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Un patron à l’Élysée? Mauvaise question

Le regard libre d'Elisabeth Lévy


Un patron à l’Élysée? Mauvaise question
Interrogé le 3 février sur une potentielle participation à l’élection présidentielle en 2027, le patron des supermarchés Michel-Edouard Leclerc a indiqué que "pas plus con qu'un autre", il n'excluait rien. Capture YT.

Faut-il un PDG pour sauver la République ? Elisabeth Lévy donne son avis dans sa chronique radio. Selon elle, la France n’est pas une entreprise. Nous vous proposons de l’écouter


Challenges, mai 2025.

Faut-il envoyer un patron à l’Elysée ? C’est la dernière idée à la mode. Puisque les énarques et autres professionnels de la politique nous ont emmenés dans le mur, il nous faudrait un patron, quelqu’un qui connait la réalité de l’entreprise, pour remettre de l’ordre dans la maison France. Selon un sondage OpinionWay/La Tribune Dimanche, pour 58 % des sondés, un entrepreneur ferait un bon président. Les Français ont déjà leurs favoris. Dans une autre enquête datant de février 2025, 43 % sont favorables à une candidature Michel-Edouard Leclerc, 34 % pour Bernard Arnault, 30 % pour François Pinault, 29 % pour Xavier Niel et 28 % pour Vincent Bolloré.

Si MM. Arnault, Pinault et Bolloré ne semblent pas tentés par l’aventure politique, préférant sans doute l’influence à l’exercice du pouvoir, d’autres sont prêts à faire don de leur personne à la France. « Je suis disponible pour la nation », disait Michel-Edouard Leclerc l’an dernier.  Xavier Niel en parlerait tous les jours, selon sa fille de 13 ans. Enfin, Matthieu Pigasse, le banquier de gauche, qui mène un combat culturel contre ce qu’il appelle l’extrême droite affirme que, par principe, il n’exclut jamais rien.

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Quand la confiance dans la politique est au plus bas, c’est peut-être une bonne idée, se dit-on. En réalité, c’est une idée aussi oiseuse que celle qui consiste à dire qu’il faut élire une femme, un immigré ou un handicapé. L’élection présidentielle n’est pas un casting ni un entretien de recrutement, c’est une rencontre entre un homme et un peuple. Et la vie d’une nation ne se réduit pas à des problèmes et des solutions. Ce qu’on attend du président de la République, particulièrement du prochain, c’est qu’il redonne au pays le goût et le sens de l’avenir, qu’il incarne ce qui fait de nous une communauté politique. Le boulot d’un patron c’est de faire du profit, celui du président, c’est de garantir l’intérêt général. Ça ne signifie pas qu’un patron ne peut pas avoir les qualités requises pour être président de la République. Mais qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise, même Donald Trump le sait contrairement à ce que répètent les commentateurs.

On a évidemment besoin d’un président qui comprenne les réalités économiques et financières, patron ou pas. Reste à savoir si les Français sont capables d’entendre ce que savent tous les chefs d’entreprise : on ne peut pas dépenser durablement beaucoup plus que ce qu’on gagne.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio




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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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