Après les drames survenus à Minneapolis, la police de l’Immigration et des Douanes est comparée à la Gestapo. Qu’il est bon de résister sans danger.
Quel est le point commun entre une nonagénaire niçoise effroyablement violée par un Tunisien sous OQTF et un infirmier américain tué par la police de l’Immigration et des Douanes, la désormais célèbre ICE ? A priori, aucun. On dirait même qu’ils appartiennent à deux réalités parallèles, deux sphères cognitives qui ne se rencontrent jamais. Chacun dans son couloir, chacun ses victimes. Sur CNews, on pense que le viol barbare est un fait de société et la mort d’Alex Pretti, un dramatique fait divers. Et sur France Culture, c’est le contraire. Enfin presque : les antennes publiques ont quasiment fait l’impasse sur le calvaire de la vieille dame, sinon pour s’indigner de son instrumentalisation par la droite. Bien entendu, quand la gauche brandit la dépouille d’Alex Pretti pour diaboliser le président américain, elle n’instrumentalise pas, elle analyse.
Un autre fil relie le jeune homme à la vieille dame. Tous deux sont victimes de la politique migratoire de leur gouvernement – trop laxiste à Nice, exercée brutalement et sans souci excessif du droit à Minneapolis. Seulement, si cette politique obtient des résultats notables aux États-Unis où la baisse spectaculaire du taux d’homicide accompagne la décrue de l’immigration clandestine (ce qui ne prouve pas que ceci explique cela mais ne l’exclut pas non plus), en France, enserrée dans les filets d’un État de droit qui n’accorde aucun droit aux États, elle ne parvient qu’à mettre en scène l’impuissance publique. Chacun sait en effet que quiconque réussit à mettre un pied sur le territoire a de bonnes chances de pouvoir y rester, même après avoir commis des délits ou des crimes. En dépit des promesses réitérées de réduire les flux migratoires, ce que réclament une majorité de Français, y compris de gauche, 385 000 titres de séjour ont été délivrés en 2025. Pour faire court, nos frontières sont des passoires.
En attendant, les deux drames de Minneapolis sont une divine surprise pour le camp du Bien. Entre les deux rives de l’Atlantique, on assiste à un impayable concours de vertu antifasciste. Le N-word (N comme nazi) est de sortie. Sur France Culture, mon très cher ami Guillaume Erner ressort sa subtile distinction entre « comparer à » et « comparer avec » pour conclure que, si le trumpisme n’est pas le nazisme, ça y ressemble beaucoup. Peu importe que l’ICE ait été créée par George Bush et qu’elle n’en soit pas, loin s’en faut, à sa première bavure. Les grandes âmes d’Hollywood affirment sobrement que, sous Trump, l’ICE, c’est la Gestapo, tandis que Tim Walz, le gouverneur démocrate du Minnesota, compare les enfants de Minneapolis terrés chez eux à Anne Frank. Dans l’Allemagne nazie, personne n’aurait osé dénoncer publiquement la Gestapo, mais c’est sans doute un détail.
À Paris, les Insoumis, que l’on connaît moins regardants sur les droits de l’Homme quand il est question de l’Iran ou de l’Algérie, exigent qu’on interdise l’accès du territoire européen aux policiers de l’ICE. Marine Tondelier risque courageusement sa coiffure (à défaut de sa vie) pour manifester contre le fascisme qui vient d’Amérique. « Après les États-Unis, la France peut être le prochain pays à basculer dans le fascisme », écrit-elle dans le Huff Post. Qu’il est bon de résister sans danger.
On suppose que personne en France, même ceux qui rêvent d’une ICE à la française, ne souhaite de voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile. Reste à savoir jusqu’où nous sommes prêts à aller pour protéger les vieilles dames et les autres des méfaits commis par des clandestins incapables de s’acclimater à nos mœurs. Faut-il, par exemple, autoriser les arrestations collectives ? Peut-être, à condition de pouvoir procéder dans la foulée à des expulsions collectives. Une chose est sûre : si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant.
Nos extrêmes gauchistes se fichent éperdument de l’ICE, de Renee Good et d’Alex Pretti. Ils veulent démontrer que toute politique visant à réduire et contrôler l’immigration mène inévitablement au pire. Entre grand remplacement et nazisme, il faut choisir. Le risque, c’est que les gens ordinaires, excédés et angoissés d’être culturellement minoritaires chez eux, finissent par penser que le nazisme, ce n’est pas si grave.




