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Dati / Knafo: bonnet blanc et escarpins noirs

Droite à Paris: Rachida Dati face à la tentation Knafo


Dati / Knafo: bonnet blanc et escarpins noirs
© Jacques Benaroch/SIPA © Lionel Urman/SIPA

Du camion-poubelle au caniveau: alors que sa rivale de droite fait parler d’elle et pourrait se qualifier au second tour à Paris selon un sondage, Rachida Dati a expliqué pourquoi toute alliance ou discussion était impossible avec Sarah Knafo.


Rachida Dati, on s’en souvient, débuta sa campagne pour les municipales de Paris sur les chapeaux de roue… On la vit crânement juchée à l’arrière d’un camion poubelle, en tenue de travail, c’est à dire vêtue d’un sweat à capuche et chaussée de sneakers antidérapantes. À tu et à toi avec ses collègues d’un jour, elle ripait sec et haranguait les passants matinaux avec l’assurance qu’on lui connaît, promettant, dès son avènement, une capitale rappropriée. Ce coup d’éclat passé, la dame renfila ses escarpins, se glissa dans ses tailleurs griffés et réintégra la rue de Valois. Elle prit alors une judicieuse décision, celle de ne pas se commettre dans des débats oiseux avec ses adversaires, ce, jusqu’au premier tour des municipales, le 15 mars. Des fois qu’il lui faudrait causer programme, mieux ne valait prendre aucun risque.

Sous la ceinture

C’est alors que Sarah Knafo, elle aussi désireuse de présider aux destinées de Paris, entra en scène. La jeune louve, souriante, pimpante, affutée et brillante, multiplia les propositions pour la capitale là où, force est de le reconnaître, les autres candidats ne pipaient mot.

La candidate, Reconquête, en effet, n’envisage pas moins de 10 milliards d’euros d’économies sur dix ans, en divisant par deux les effectifs (55000 fonctionnaires) sans toucher pour autant à ceux qui travaillent à la sécurité et à la petite enfance, mais en taillant dans les 3800 emplois de la culture (Une pierre dans le jardin de Dati). Elle prévoit aussi de privatiser la totalité des emplois consacrés à l’enlèvement des ordures ménagères, de diviser par deux la taxe foncière qu’elle compte financer par la vente d’une partie du parc social. Et, last but not least, elle propose de rouvrir les voies sur berges !

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Il n’en fallut pas plus à la fraîche trublionne pour les briser menu à la vieille briscarde de la politique. Dati contrattaqua et, il faut bien le dire, sans élégance. Sur le plateau de BFMTV, la semaine dernière, on entendit donc la candidate des Républicains exclure pour le second tour second tour l’éventualité d’une alliance avec Thierry Mariani (Rassemblement national) et surtout avec Sarah Knafo. D’un ton condescendant et prenant la position victimaire à la mode, la rouée Rachida Dati déclara aux participants du « Forum BFMTV » : « Je ne suis pas dans les accords d’appareil, rappelez-moi comment je m’appelle et quel est mon parcours ? » N’hésitant pas à frapper sous la ceinture en invoquant ses origines « racisées », elle attribua ensuite à Sarah Knafo des propos tenus par Éric Zemmour en 2016. Celui-ci avait en effet trouvé scandaleux que Dati prénommât sa fille Zohra.

Prises de bec

Pour la ministre de la Culture – et ça l’arrange- Éric Zemmour et Sarah Knafo, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Et vas-y que je te ressers l’antienne éculée de l’extrême droite et du grand remplacement ! Sarah Knafo serait, bien sûr, « Quelqu’un de raciste, qui dit qu’on grand remplace, qui dit que ma fille n’est pas légitime et que je ne suis pas légitime », tout comme Zemmour. « Vous n’allez pas gagner avec quelqu’un qui ne veut pas de vous, poursuit Dati dont il est notoire qu’elle a été écartée des plus hautes fonctions ».

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Dati n’a pas oublié non plus non la prise de bec entre Zemmour et Hapsatou Sy, ex-chroniqueuse du groupe Canal+ à laquelle il avait déclaré qu’il eût été préférable, pour être une bonne Française, qu’elle se prénommât Corinne. Cela avait valu au bougre une condamnation pour injure raciste. Alors, sur un malentendu, pour discréditer Sarah Knafo, ça peut encore marcher estime certainement la ministre de la Culture.

Rachida Dati nous le prouve, il faut faire feu de tout bois pour disqualifier son adversaire. Quant à Sarah Knafo, elle est incontestablement la femme par qui la peste arriva, pour reprendre le titre du brûlot, fraîchement paru, chez Flammarion, consacré à Renaud Camus et écrit par Gaspard Dhellemmes et Olivier Fayes.

Autant, se le dire, on n’est pas sorti des ronces et l’alliance des droites n’est pas pour demain. En revanche, à gauche, qu’on se rassure, une fois de plus, elle se prépare.




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est professeur de Lettres modernes

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