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Iran: l’impasse d’une économie de pillage

Chaque seuil franchi par le dollar annonce une défaite intérieure. La dollarisation informelle s’étend, le bazar se bloque, et la peur organise les comportements. L’économie iranienne entre dans une logique de survie où l’informel devient une stratégie de sécurité. Grande analyse


Un mois après le massacre des 8 et 9 janvier, l’économie iranienne a basculé. Ce massacre, survenu au cœur de l’hiver, a agi comme un révélateur. En frappant une société déjà exténuée, il a cristallisé ce qui était en gestation depuis des années : une économie de guerre intérieure, une monnaie à l’agonie, un État policier riche se maintenant par la violence contre la volonté d’un peuple qui s’appauvrit, sans horizon d’amélioration. L’Iran d’aujourd’hui est un pays pillé et désorienté. Un pays où la rente continue de circuler, mais où l’économie réelle se délite, et où l’État s’est transformé en machine à ponctionner, puis à réprimer, sans pouvoir gouverner.

Promesses non tenues et désordre monétaire

Le mois de janvier 2026 marque ainsi une étape particulière parce qu’il vient après la grande démonstration de force répressive, mais aussi après l’effondrement simultané de deux promesses centrales du régime. La première était que l’État, malgré ses défauts et ses abus, garantissait une forme de stabilité matérielle et redistributive. La seconde était la prétention à la puissance régionale, justifiant sacrifices et privations au nom de la « résistance ». Or, au début de février, l’une comme l’autre apparaît démenties par l’expérience quotidienne.

Ce qui frappe d’abord, c’est le désordre monétaire. Le toman n’est plus une monnaie nationale. Après la révolution de 1979, la République islamique n’a pas changé de monnaie au sens strict. L’unité officielle est restée le rial et l’État s’est contenté de modifier les billets. En revanche, l’effondrement progressif de la valeur du rial a renforcé une dissociation entre la monnaie officielle et la monnaie réellement utilisée par la société. Dans la vie courante, les Iraniens (comme les Français avec la « brique ») ont continué à compter en toman, une unité plus ancienne, non officielle, équivalant traditionnellement à dix rials, parce qu’elle simplifie les transactions et permet de retirer un zéro mentalement. Cette coexistence est devenue un marqueur de désordre monétaire.

Dans les rues de Téhéran, le prix du dollar affiché sur les panneaux improvisés devient un bulletin météo de la République islamique. Chaque seuil franchi alimente une spirale de peur avec achats anticipés, fuite vers les actifs tangibles, stockage, conversion de l’épargne en or ou en dollar. Le phénomène est visible dans des comportements simples. Dans certains quartiers les commerçants refusent d’afficher les prix de biens importés, ou annoncent des « prix du jour ». Des artisans demandent désormais à être payés en dollars ou en équivalents or. Sur les plateformes de petites annonces, des appartements se négocient implicitement en devises étrangères.

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Cette dollarisation informelle entraîne mécaniquement un transfert de richesse. Ceux qui ont accès au dollar, par les circuits d’import-export, les licences, les fondations ou les réseaux liés aux Gardiens de la révolution, voient leur richesse augmenter. Ceux qui vivent d’un salaire mal indexé sont écrasés. La classe moyenne urbaine est encore visible, mais elle ne pèse plus. C’est l’une des évolutions majeures de ce début 2026. En Iran, le déclassement est la norme. Un professeur, un ingénieur, un infirmier, un fonctionnaire peuvent aujourd’hui se retrouver à pratiquer une activité d’appoint informelle, un commerce de revente, des services de livraison ou des petits travaux, dans une logique de survie qui ronge le prestige social et dissout les hiérarchies de compétence.

Internet HS

Le massacre des 8 et 9 janvier intervient dans cette économie déjà fracturée, mais il y ajoute une dimension décisive en démontrant que le régime assumera, sans retenue, une gestion coercitive de la contestation. Car en coupant Internet pour étouffer les manifestations, le régime a en même temps étouffer l’économie.  Dans un pays où l’inflation a imposé une indexation quasi permanente des prix sur le dollar, la connexion est devenue un outil de survie car elle permet de connaître le taux de change et d’ajuster les prix. Quand le réseau tombe, le marché se fige. À cela s’ajoute un effet plus concret encore. L’économie iranienne s’est largement adaptée aux paiements électroniques, précisément parce que la monnaie se dévalue et que manipuler du cash devient impraticable. Or sans Internet, terminaux bancaires, applications de paiement et transferts s’interrompent et le cash ne prend pas le relais. La coupure ajoute au désordre monétaire une panne logistique, et fait sentir à la population que l’État est capable de paralyser l’économie du quotidien en quelques heures. Autrement dit, Cela change la nature même des choix économiques. Dans un pays où la violence d’État devient prévisible, chacun cherche à se rendre invisible et réduire le risque. C’est ce mécanisme, plus encore que l’inflation, qui fait monter l’informel comme stratégie de sécurité personnelle.

Cette mutation se lit dans les bazars. Ce qui rend le bazar iranien si central, c’est qu’il ne renvoie pas uniquement à un marché, mais à une structure complète de société. En persan, le bāzār désigne certes un lieu, souvent couvert, inséré au cœur des grandes villes, organisé en allées spécialisées, en métiers et en corporations, où se croisent les marchandises, les services, les flux de crédit et les circuits d’approvisionnement. Mais en Iran, le bazar est aussi un milieu, presque une catégorie sociopolitique. Les bazaris ne constituent pas une classe homogène au sens marxiste, car ils vont du petit artisan au grand importateur, du détaillant au grossiste, du commerçant de quartier au notable doté de réseaux. Pourtant, ils partagent une même culture, fondée sur la confiance, la réputation, la solidarité, et l’enracinement dans des liens familiaux, professionnels et religieux. Historiquement, cette configuration a fait du bazar un acteur décisif, souvent en alliance avec le clergé chiite, non seulement parce qu’il concentre des ressources, mais parce qu’il détient une capacité rare dans un régime autoritaire, le pouvoir de bloquer. Il n’est pas rare que des familles de bazaris soient liées à des grands clercs chiites et que les fondations religieuses participent dans les réseaux de crédits pour le commerce. Fermer boutique et interrompre la circulation des biens et des prix, c’est paralyser l’économie du quotidien. Ainsi, lorsque le bazar ferme, il s’agit d’un signal social et politique, indiquant que la confiance a cessé de fonctionner.

Le bazar, épicentre du séisme

Historiquement, le bazar a été, en 1979, l’un des poumons de la révolution, et pendant longtemps l’un des relais de légitimité du régime. Mais au début 2026, le bazar fonctionne comme un sismographe de la rupture. Des fermetures ponctuelles, des journées de grève improvisées, des refus d’ouvrir après des événements répressifs sont autant de signaux. Un commerçant ne formule pas toujours une opposition idéologique mais plutôt un constat brutal d’un cul de sac économique. Lorsque les bazaris cessent de fixer les prix, ou reportent les transactions, ce n’est pas un acte politique mais l’expression d’une désorganisation profonde de l’économie. Pour vivre le commerce exige une monnaie, une confiance et un minimum de sécurité pour le bien et les personnes. Le régime n’arrive plus à assurer ce trio.

L’inflation, dans ce contexte, ce n’est pas seulement « tout augmente ». C’est la destruction de la valeur du travail et l’impossibilité de planifier et investir. La consommation bascule vers l’alimentaire, le logement. L’accès aux traitements médicaux importés ou aux équipements modernes devient erratique. Les familles mobilisent leurs réseaux, sollicitent des proches à l’étranger, recourent au marché noir. Ce point est essentiel dans l’économie iranienne contemporaine. On peut supporter l’idéologie, voire l’humiliation, tant que la vie tient. Mais lorsque l’État ne garantit plus les biens vitaux, il cesse d’être une autorité.

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Pourtant, l’Iran n’est pas un pays sans ressources. L’Iran continue d’exporter du pétrole, même sous sanctions. Il continue de produire, d’importer, de contourner. Il continue d’exister. Mais le problème tient à la structure de la rente. La rente pétrolière, au lieu d’alimenter une industrialisation ou une modernisation, sert à maintenir l’appareil politique. Elle finance la sécurité, les subventions, les clientèles. Elle évite l’effondrement sans offrir un avenir.

Dans ce modèle, les sanctions jouent un rôle paradoxal. Elles affaiblissent la société, mais elles renforcent le régime. Elles détruisent l’économie formelle et enrichissent les intermédiaires. L’importation devient une prérogative politique. La distribution du dollar devient une arme. L’accès aux ressources devient une récompense de loyauté.

On le voit dans des exemples concrets. Un commerçant qui veut importer ne dépend pas seulement de la demande et du prix. Il dépend d’une chaîne opaque de licences, d’intermédiaires, de douanes, de réseaux et parfois de protection sécuritaire. Cette réalité ne concerne pas seulement les grandes entreprises. Certaines familles ont accès à des circuits privilégiés, parfois via une appartenance aux structures para-étatiques, parfois via des réseaux de Basij ou des fondations. D’autres n’y ont pas accès. Cette asymétrie produit une société double. D’un côté, une minorité qui continue de consommer, d’acheter des voitures importées, d’accéder à des produits étrangers. De l’autre, une majorité enfermée dans une économie de substitution, de basse qualité, et de renoncements.

C’est ici qu’intervient le facteur stratégique, souvent négligé. Pendant longtemps, le régime a justifié la pauvreté par la grandeur. L’« axe de la résistance » était présenté comme la preuve que l’Iran n’était pas un pays comme les autres. Or, en 2024–2025, cette histoire s’est effondrée. Les défaites et les revers militaires, qu’il s’agisse de Gaza, du Liban, de la Syrie ou de la confrontation directe avec Israël, ont produit un effet intérieur. L’argent a été gaspillé. Les sacrifices n’ont pas construit une puissance protectrice mais, au contraire, exposé l’Iran à des attaques directes. Non seulement le pays souffre, mais il souffre pour rien.

Téhéran, 13 juin 2025 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Or, on peut accepter l’austérité au nom d’un projet. Mais lorsque le projet apparaît comme un échec coûteux, la pauvreté devient simple injustice. Et le massacre des 8 et 9 janvier ajoute à ce constat d’échec l’évidence de la violence intérieure. À quoi bon se sacrifier, si l’on est réprimé, humilié et ruiné simultanément ?

L’économie iranienne de début février 2026 est donc une économie fragmentée. D’un côté, l’Iran des insiders. De l’autre, l’Iran de l’informel et de la débrouille dans un contexte de déclassement et appauvrissement. Enfin, l’Iran de la sortie, celui des classes éduquées qui cherchent à partir, et qui, lorsqu’elles ne partent pas, vivent comme si elles devaient partir demain. Les ingénieurs, médecins, entrepreneurs, étudiants de haut niveau ne croient plus à un avenir national même lorsqu’ils restent.

La question centrale, dès lors, n’est pas de savoir si l’économie iranienne va s’effondrer demain. Elle est de savoir si elle peut encore se régénérer. Car le danger majeur pour la République islamique n’est pas un crash spectaculaire mais plutôt l’épuisement lent. L’érosion d’un système qui conserve une armature étatique, mais qui perd sa substance sociale et son capital humain.

Hallucinant

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On connaissait les écrivains piégés par des canulars philosophiques. Il faudra se faire maintenant aux discours truffés de fausses citations générées par l’intelligence artificielle.


C’est dans ce piège qu’est tombée Petra De Sutter, femme transgenre et nouvelle rectrice de l’université de Gand (Belgique) et accessoirement ancienne ministre et sénatrice Groen (écologiste). Les deux citations en cause : « Le dogme est l’ennemi du progrès »« La connaissance décrit et maîtrise la réalité ; la sagesse cherche des réponses à des questions existentielles – elle est liée à la culture et à l’éthique », attribuées respectivement au scientifique Albert Einstein et au professeur de psychologie Paul Verhaeghe.

On appelle ça dans le jargon des « hallucinations » : des moments d’égarement de l’IA, quand celle-ci commence à délivrer avec aplomb des informations fausses. Et voilà donc la rectrice attrapée comme un vulgaire étudiant de première année un peu paresseuse, et jurant, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus. « Je regrette profondément d’être tombée dans ce piège. Je ne peux malheureusement plus revenir en arrière. Cette expérience est pour moi une bonne leçon et va sans aucun doute relancer le débat sur l’utilisation de l’IA ». L’affaire est fâcheuse, puisqu’à cause d’elle l’ancienne ministre et professeur de gynécologie ne recevra pas de doctorat honorifique à l’université d’Amsterdam, distinction qui devait lui revenir pour ses contributions importantes à la science médicale et à son engagement social. Pas suffisamment grave, toutefois, pour remettre en cause sa fonction au sein de l’université flamande.

Bien avant que l’utilisation de l’IA ne se banalise, un minimum de vigilance était nécessaire quand on voulait citer de grands esprits. En son temps déjà, Clemenceau disait : « Il faut se méfier des citations que l’on trouve sur internet ».

Socialisme façon Trump

Le taux moyen des cartes de crédit aux États-Unis est actuellement de 23%. Trump entend les plafonner.


Le nouveau combat de Donald Trump n’a rien d’exotique.

Pas la Chine. Pas l’immigration. Pas l’expansion territoriale, mais… les cartes de crédit. Cœur nucléaire de la consommation américaine, perfusion quotidienne de millions de ménages, la carte de crédit est devenue, selon lui, une machine à tondre les classes moyennes. Et comme souvent avec Trump, la nuance n’est pas invitée à la table. Son diagnostic est simple : les credit card companies « arnaquent » les Américains avec des taux délirants. Et il faut que ça cesse. Maintenant. Pas après étude d’impact. Pas après concertation. Avant les mid-terms. Le taux moyen des cartes de crédit se situe aujourd’hui autour de 23 %. Il peut grimper jusqu’à… 36 % pour les profils jugés « à risque ». Sa solution ? Un plafond légal à 10 % – un taux jamais vu, selon le Wall Street Journal, depuis 1984. Pas une proposition. Une sommation – que les démocrates s’abstiennent de trop critiquer, puisqu’à sa façon, Trump fait du social. Un plafond à 10 % ferait ainsi économiser environ 100 milliards de dollars d’intérêts aux ménages américains. De l’argent qui retournerait dans la consommation. Interrogé sur ce qu’il ferait si les sociétés financières refusaient d’obéir, Trump a répondu avec la délicatesse qu’on lui connaît : « Elles contreviendraient à la loi. » Les banques, elles, hurlent déjà. Risque de défaut plus élevé. Crédit rationné. Explosion de l’endettement des plus fragiles. Bref, elles agitent tous les épouvantails connus. Mais dans l’univers trumpien, il n’y a qu’une issue : un deal. Mais un deal de gauche.

Il nous aura décidément tout fait.

Nova is the new Inter

La radio de Matthieu Pigasse s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême droite, le milliardaire de gauche leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.


Mercredi 14 janvier, Benjamin Duhamel recevait sur France Inter le banquier gauchiste Matthieu Pigasse. L’occasion pour ce dernier de rappeler, pour la millième fois, qu’il mène « une bataille culturelle contre l’extrême droite et la droite radicale » qui, selon lui, « matraquent de manière obsessionnelle leurs fantasmes » dans les médias Bolloré et mènent de surcroît, actuellement, une « action contre l’audiovisuel public » – rappelons que lui-même qualifiait il n’y a pas si longtemps Radio France de « voix du pouvoir ». Les médias qu’il dirige seraient en revanche totalement indépendants et ne se contenteraient pas de « commenter des thèmes » – l’insécurité, l’islam et l’immigration –, mais délivreraient une véritable information basée sur des faits. « Mes médias ont une ligne », concède toutefois M. Pigasse tout en assurant ne pas interférer dans leurs contenus, contredisant ainsi le même M. Pigasse qui affirmait il y a quelques mois, dans Libération, lutter farouchement contre la « droite radicale » et vouloir « mettre les médias [qu’il] contrôle dans ce combat ». À la question de savoir si, des fois, il ne serait pas un peu le « Vincent Bolloré de gauche », le banquier d’affaires au grand cœur répond avec des arguments à vous arracher des larmes : « Tout nous oppose avec Vincent Bolloré, à commencer par les valeurs, pas besoin de le dire. Moi, j’ai toujours prôné la justice sociale, l’ouverture à l’autre, le partage des richesses » – c’est beau comme du François Hollande. Ou du Xavier Bertrand. Ou du Jean-Luc Mélenchon. Ou du Raphaël Glucksmann. Ou du Olivier Faure. Ou du Fabien Roussel. Ou du Édouard Philippe. Ou du Marine Tondelier. [Liste non exhaustive].

Peser sur 2027…

Matthieu Pigasse regrette encore de s’être fait voler la vedette, il y a bientôt dix ans, par Emmanuel Macron. Énarque, proche du PS, conseiller de Dominique Strauss-Kahn puis de Laurent Fabius au ministère de l’Économie et des Finances, banquier d’affaires et associé-gérant chez Lazard, il ne lui manquait pas grand-chose pour briguer, comme son clone Emmanuel Macron, la présidence de la République en 2017. Au magazine Vanity Fair, il confirmera, quelques mois après les élections, avoir reculé au dernier moment, en accusant « ceux qui ont fait Macron », François Hollande en tête, de l’avoir « bloqué ». Depuis, le banquier a musclé son discours d’ultra-gauche et étoffé son portefeuille médiatique : Mediawan, l’entreprise productrice de contenus achetés par la télévision publique, Le Monde, Télérama et Le Nouvel Obs, excusez du peu. Progressistes, immigrationnistes et woke, ces médias dénoncent régulièrement les « vagues réactionnaires » qui submergeraient notre pays et présagent le retour du fascisme si l’« extrême droite » gagne les prochaines présidentielles. Rien de nouveau, donc, sous le soleil de la bien-pensance centro-socialo-gauchiste, la même qui favorisa, au nom du « front républicain », l’accession au pouvoir du plus néfaste président de la Ve république, j’ai nommé Emmanuel Macron. Face à Benjamin Duhamel, M. Pigasse laisse planer le doute sur sa potentielle candidature, mais assure vouloir « peser le plus possible sur la présidentielle de 2027 ». Pour cela, il compte sur une presse à ses ordres et sur ses… humoristes.

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En effet, l’homme d’affaires est également propriétaire de Radio Nova. Nova, c’est essentiellement des pubs et un programme musical composé de toutes les daubes techno, rappeuses, slameuses et nakamureuses passées ou actuelles. « Éclectique, mais plutôt marqué par la basse que par la guitare », avoue sans détour le directeur de la radio, Frédéric Antelme. Les dealers des cités, les sociologues de Paris 8 et les cadres branchés en raffolent, paraît-il. Côté humour, Guillaume Meurice, Aymeric Lompret, Juliette Arnaud et Pierre-Emmanuel Barré, transfuges de France Inter, animent chaque dimanche « La Dernière », une émission « transgressive » où tous les thèmes chers aux wokistes élevés en batterie universitaire, aux islamo-gauchistes, aux artistes anticapitalistes subventionnés, aux décoloniaux antisionistes en général et aux insoumis propalestiniens en particulier sont abordés avec un humour de plus en plus lourdingue. « J’ai souhaité créer un espace où on essaie de devenir moins cons », affirme Guillaume Meurice à Télérama. Raté ! Au fil des semaines, le succès aidant, lui et sa bande se sont mis à la hauteur d’un public conquis d’avance et se régalant d’entendre en boucle les mêmes blagues graveleuses débitées sur un ton crasseux. Sur internet, en tapant les mots-clés « bite », « couille », « connard », « merde », « pisse » ou « slibard », l’on est sûr de tomber soit sur un livre de Virginie Despentes, soit sur… une chronique de Pierre-Emmanuel Barré. Celle, par exemple, où avant de traiter le ministre de l’Intérieur de « grosse cuve à pisse », il assène en ricanant : « Dans la police il n’y a pas que des violeurs, il y a aussi des meurtriers. […] En fait, la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi. » Ou celle dans laquelle il se gausse des Français qui se disent patriotes – « Je me régale à regarder ces vieux tas de fromage de bites avec leurs drapeaux bleu-blanc-rouge. […] Les patriotes, c’est vraiment la trace de pneu dans le slibard de Marianne. Ils sont devenus demeurés comme des brosses à chiottes à force de s’informer avec CNews. […] La nationalité française, donnez-la à n’importe quel étranger, avec ou sans métier, qui fait toc-toc à la France. On s’en bat les couilles de la nationalité française » –, avant d’annoncer son programme s’il était au pouvoir : « Pour chaque immigré naturalisé, on dénaturalise un connard français ! » Voilà le niveau ! Niveau qui ne risque pas de s’élever avec Akim Omiri et son émission quotidienne, « La Riposte ». Les obsessions de M. Omiri et de ses acolytes ? Les mêmes que celles de la bande à Guillaume Meurice. Une chroniqueuse de l’émission a récemment déclenché l’hilarité de ses congénères en rapportant les résultats d’un sondage révélant que 30 % des homosexuels se disent prêts à voter Jordan Bardella au premier tour des présidentielles : « C’est pas si étonnant. Ça reste la catégorie de personnes la mieux préparée à se faire enculer. » La blague, quoiqu’éculée, peut à la rigueur faire sourire. Mais je vous laisse imaginer ce qui se passerait si un propos analogue était tenu par un humoriste supposément de droite, sur un média Bolloré, à propos des homosexuels déclarant vouloir voter socialiste aux prochaines élections…

Transfuges

Autre transfuge de France Inter, le dénommé Djamil Le Schlag anime de son côté une émission hebdomadaire intitulée… « Les Grands Remplaçants ». « Le principe de l’émission : un décryptage humoristique de l’extrême droite et du racisme en France, à partir du vécu de personnes racisées », peut-on lire sur un des nombreux médias d’extrême gauche qui en font la publicité. « C’est l’énergie du rap transposé sur un plateau d’humour. On va se marrer. Razzia sur la bande FM et gros ulcères pour les lecteurs de Renaud Camus », assure-t-on sur le site de la radio. Sous couvert d’humour, le militantisme indigéniste est totalement assumé. Les sketches ressemblent à de laborieux tracts politiques diversitaires et décoloniaux. Les humoristes et leurs invités sont très majoritairement « racisés », se revendiquent comme tels et se moquent régulièrement des Français qui renâclent à l’idée de voir leur pays ressembler à la Belgique, pays que Djamil Le Schlag admire pour sa société multiculturelle, une réussite selon lui, et pour le « cordon sanitaire » de ses médias publics qui « mettent au ban de la société les fachos et les racistes » : « En Belgique, si t’es raciste on t’invite pas à la télé, alors qu’en France, sur certaines chaînes, on t’invite que si tu es raciste. » Lui n’est pas raciste, bien sûr. Pourtant, sur le média communautariste Paroles d’honneur, il déclare ne vouloir embaucher pour son émission que « des Arabes et des Noirs ». Il préconise par ailleurs « de ne jamais aller dans les endroits où il n’y a que des Blancs ». À ceux qui en doutaient encore, ces propos prouvent que l’antiracisme racialiste, dont se prévalent les chroniqueurs de Radio Nova, cache – de plus en plus mal, il est vrai – un racisme antiblanc bien réel.

Matthieu Pigasse, propriétaire de Radio Nova, invité de la matinale de France Inter, 14 janvier 2026. Capture d’écran France inter

Matthieu Pigasse est fier de ses recrues. Il adore les entendre éructer des insanités contre les Français qui votent mal, contre les policiers, contre CNews, contre les « islamophobes ». Il jubile de les voir s’acoquiner avec Rima Hassan, Rokhaya Diallo, des activistes immigrationnistes, des militants antisionistes, des écologistes radicaux islamo-compatibles. La logorrhée ordurière de Pierre-Emmanuel Barré le met en joie. Une méchante blague sur Pascal Praud ou Christine Kelly lui fait la journée. Ses bouffons ont carte blanche. « En face, ils n’ont pas de limites, donc je leur ai dit de ne pas en avoir non plus », déclare-t-il à Libération. Message reçu cinq sur cinq. Tous les excès sont admis du moment qu’ils permettent de colporter l’idée que la France est, de toute éternité, un pays raciste, xénophobe et islamophobe. Radio Nova est à l’image de la France souhaitée par M. Pigasse, un conglomérat de communautés ethnoreligieuses, une société intégralement « racialisée » dans laquelle les Blancs sont d’éternels coupables, les « racisés » d’éternelles victimes, et tous ceux qui ne votent pas à gauche d’éternels fascistes.

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France Inter s’est transformée ces dernières années en pépinière d’humoristes-militants d’extrême gauche. Afin d’illustrer, pour le déplorer, cet état de fait, Charles Alloncle, le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, a rappelé, lors de l’audition de la présidente du comité d’éthique et de la médiatrice de Radio France, les propos scandaleux d’Aymeric Lompret lors de sa chronique du 15 octobre 2021[1] : « Merci, les gens d’extrême droite, d’avoir payé [vos impôts] pour qu’on dise que vous êtes des gros cons. Si j’étais à votre place, comment je serais dégoûté de me faire insulter toute la journée et, en plus, de devoir payer pour ça. » Repéré par M. Pigasse, Aymeric Lompret a fini chez Radio Nova. Normal. Un autre humoriste francintérien devrait bientôt l’y rejoindre. Merwane Benlazar, qui s’était déjà distingué en débarquant sur le plateau de « C à vous » en livrée salafisteavant qu’on ne découvre ses messages misogynes et procharia sur X[2], a pondu le 7 janvier dernier une chronique qui a exaspéré jusqu’au pourtant toujours très circonspect président de ladite commission, Jérémie Patrier-Leitus. Encouragé par les ricanements de Matthieu Noël, l’animateur de « Zoom Zoom Zen », l’émission dans laquelle il sévit, on l’y entend appeler à une censure politique voisine de celle qui se pratique dans l’audiovisuel public belge. Sa blague du jour : « On a été trop gentils avec l’extrême droite. Mettre un facho au micro, c’est légitimer ses idées. » Bravo, M. Benlazar ! Votre prochain entretien d’embauche pour un poste de rigolo-militant pas drôle sur Radio Nova ne devrait être qu’une formalité…


[1] Voir à ce sujet mon article du 18 octobre 2021, « France Inter a un incroyable talent », causeur.fr.

[2] Voir à ce sujet l’article d’Élisabeth Lévy du 4 février 2025, « Merwane Benlazar : défense de rire », causeur.fr.

La gauche, c’était mieux avant

Groupuscule, de Marco Koskas, retrace la vie heureuse et mouvementée d’une bande de copains dans les années 1970. Un groupe de gentils gauchos comme on n’en fait plus.  


Marco Koskas nous avait habitués à son tropisme israélien, voilà qu’il en s’éloigne et revient en France sur les pas d’une jeunesse romancée des années 70. Un peu hippie et un peu anar, un peu mao-spontex et un peu guévariste, fumeur de chichon le samedi soir et souvent squatteur, tel est le personnage principal de l’histoire, un groupuscule de la banlieue ouest de Paris,

Dans ce groupuscule, on fait aussi du cinéma quand on a de la pellicule, ou quand on est inspiré. Mais comme dans le gauchisme de l’époque, où chacun apportait son trauma personnel, le film sans queue ni tête qu’ils fabriquent va devenir un manifeste de la culture underground et diviser les rêveurs et les opportunistes. 

Entretemps, mille histoires d’amour éclosent de page en page, comme devaient s’épanouir mille roses dans la Chine de Mao.

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Guytou aime Inès qui lui préfère à la fois Jean-Mi et Ben Loulou, lequel raffole de Sophie qui opte d’abord pour Portas puis pour Paco. Jalousie bannie, ils passent outre les chagrins d’amour car ils ne veulent former qu’un être collectif. La liberté sexuelle qui court dans ce roman déclencherait les foudres de MeToo aujourd’hui. Mais chez Koskas elle n’est que tendresse, innocence et bonheur de vivre. 

Dans ce récit drôle et rondement mené, le plus surprenant est l’aspect documentaire inattendu. L’auteur nous montre sans avoir l’air d’y toucher, ce que fut cette extrême gauche-là, loin des horreurs de la mélenchonie actuelle. Ce livre nous raconte une époque joyeuse où les organisations gauchistes étaient peuplées de militants juifs, ashkenazes en majorité qui n’oubliaient pas leur humour. Preuve en est la blague qui courait alors : À La ligue Communiste, on ne parlait pas yiddish parce que Bensaïd, sépharade n’aurait pas compris. Comme tout cela est loin ! Pour ce beau roman, Marco Koskas devrait recevoir le prix de la consolation… 

Groupuscule, Marco Koskas, Éditions Galligrasud, 2026. 212 pages

GROUPUSCULE

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L’Europe contre l’Europe

Imposer à la Grèce le retrait des icônes orthodoxes des tribunaux n’apporterait rien aux droits fondamentaux des individus et constituerait au contraire une atteinte inutile à l’héritage civilisationnel européen. La CEDH fait fausse route.


L’Europe doit-elle se mêler de signes religieux et de traditions culturelles ? C’est apparemment le souhait de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (Nicolas Bauer dans Le Figaro[1]). Rappelons que la CEDH, garante de la convention du même nom a pour mission de protéger les libertés individuelles au sein de la cinquantaine d’Etats-Membres du Conseil de l’Europe. Et qu’en général elle piétine allègrement le droit des Etats à se protéger. Par exemple, on se souvient qu’elle a déjà ordonné à la France de rapatrier un Tchétchène condamné pour terrorisme – ce que nous n’avons pas fait.

Cependant, jusque-là, elle refusait prudemment d’intervenir dans des litiges relevant de l’identité culturelle. En 2009, dans un jugement célèbre Lautsi/Italie, la Cour enjoignait à l’Italie de retirer les crucifix des écoles. Pour une fois, les Etats s’étaient rebiffés. Face aux protestations de 21 gouvernements, la Cour avait reculé et admis en 2011 que l’Italie avait le droit de perpétuer une tradition. C’est bien aimable à elle… Depuis, la Cour estime que ces questions relèvent de la marge d’appréciation des Etats, c’est à dire ce qui reste de leur souveraineté. Elle refuse donc d’obliger un Etat à « diminuer le rôle d’une religion à laquelle adhère historiquement et culturellement la population ». Et ne nous demande pas de cacher nos églises. La religion historique et majoritaire – le christianisme dans la plupart des pays concernés – peut avoir une visibilité plus grande. Bref, dans sa grande sagesse, la CEDH, créée en 1948, admettait que des Etats pluriséculaires aient une identité propre.

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Mais cela pourrait changer. C’est du moins ce que veulent certains magistrats. La juridiction européenne s’est saisie d’un vieux litige pour demander à la Grèce, pays où la religion orthodoxe a un statut officiel, de justifier la présence d’icônes orthodoxes aux murs des tribunaux. Cela pourrait parait-il attenter au droit de certains de ne pas croire. La bonne blague. J’ignorais que la vue de Notre-Dame offensait les athées.

Comme dans toutes les instances européennes, l’idéologie multiculti est à l’œuvre. Pour ne pas blesser les derniers arrivés et leur religion minoritaire (l’islam), on demanderait à l’Europe d’effacer son passé. Certes, le jugement n’est pas encore rendu, mais si la CEDH relance ce débat c’est probablement pour changer de jurisprudence. Ce qui reviendrait à attaquer la civilisation européenne au nom de l’Etat de droit. Si on voulait que les peuples européens détestent à la fois les juges et l’Europe, on ne ferait pas autrement.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/symboles-religieux-dans-les-tribunaux-grecs-la-cedh-n-a-pas-a-s-inviter-dans-un-debat-culturel-national-20260203

Van Reeth arrête

Honorable femme de gauche, Adèle Van Reeth n’était pas assez islamo-wokiste pour se faire respecter dans la Maison ronde…


Dans le match entre les « deux gauches irréconciliables » qui se joue en permanence au sein de l’audiovisuel public, une victoire de taille vient d’être remportée par la Mélenchonie. A la surprise générale, Adèle Van Reeth, la directrice de France Inter, a annoncé ce matin sa démission. Nommée en 2022, la quadragénaire vivait un enfer à la tête de la radio la plus écoutée du pays. Considérée comme une sociale-démocrate, c’est-à-dire comme une sociale-traître, par bon nombre d’employés acquis aux thèses insoumises, elle s’ingéniait depuis trois ans à injecter un peu plus de pluralisme dans la station – un pluralisme circonscrit à la gauche bien entendu, ne rêvons pas non plus…

Elle a fait revenir Patrick Cohen, éditorialiste pas assez à gauche pour les équipes

Aux yeux de la plupart de ses équipes, Adèle Van Reeth présentait dès le départ un immense défaut : celui d’être la compagne de Raphaël Enthoven, le directeur de Franc-Tireur, publication de gauche qui a le malheur de ne pas trouver des excuses au Hamas. Mais une fois en poste, la normalienne a aggravé son cas en arrêtant en 2023 l’émission d’histoire de Patrick Boucheron, compagnon de route du Nouveau Front populaire, en embauchant lors de la rentrée suivante le trop centriste Patrick Cohen, qui assure depuis lors l’éditorial politique de la matinale (7h40), et en licenciant la même année le trop désobéissant Guillaume Meurice, dont les blagues à la Dieudonné n’avaient rien à faire sur une chaîne d’Etat.

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En novembre, les représentants de différents personnels de la radio — journalistes, producteurs, techniciens — avaient ainsi écrit à Adèle Van Reeth pour lui reprocher de ne pas avoir suffisamment soutenu Thomas Legrand lors de polémique autour de la fameuse vidéo de L’Incorrect montrant le journaliste au restaurant avec des responsables du Parti socialiste. L’année d’avant déjà, la rédaction avait voté une motion de défiance contre elle en raison de l’arrivée de Patrick Cohen. On l’aura compris, France Inter est en réalité cogéré par un personnel majoritairement sectaire, corporatiste et marqué à l’extrême gauche. Malheur à quiconque déplaît au soviet.

Céline Pigalle, une remplaçante plus convenable…

Tout sauf un hasard, Adèle Van Reeth a annoncé son départ le jour-même où la ministre de la Culture, Rachida Dati, était entendue par la commission parlementaire qui passe au crible le financement et la neutralité de l’audiovisuel public. Elle sera remplacée par Céline Pigalle, qui a dirigé par le passé France Bleu, BFMTV et I-Télé. La quinquagénaire devrait normalement être accueillie avec bienveillance par ses nouveaux collaborateurs : son plus haut fait d’arme est d’avoir débarqué d’I-Télé en 2014 un certain… Éric Zemmour.

🎙️ Etats-Unis: résistance civique ou insurrection?

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Avec Gerald Olivier et Jeremy Stubbs.


Avec Gerald Olivier, grand spécialiste de la vie politique et sociale aux Etats-Unis, nous revenons sur les événements récents liés aux opérations de l’ICE (United States Immigration and Customs Enforcement) dans les différents états, surtout celui du Minnesota.

Le service ICE a une mission clairement définie, dont une partie consiste à rechercher, arrêter et à expulser des immigrés clandestins, mission qu’il exécute sur tout le territoire américain depuis sa création par Georges W. Bush en 2003. C’est sous Barak Obama qu’il a expulsé le plus d’illégaux. La première victoire du second mandat de Donald Trump a été de fermer la frontière sud avec le Mexique, réduisant ainsi à presque néant le flux de migrants qui avait atteint des niveaux records sous son prédécesseur, Joe Biden. Cette fermeture a permis aux agents de l’ICE et à leurs collègues de la United States Border Patrol (Patrouille frontalière des Etats-Unis), placés tous sous l’égide du Département de la Sécurité intérieure, de se focaliser sur l’expulsion de clandestins dans les états non-frontaliers du pays.

Les difficultés particulières entourant l’exécution de cette mission à Minneapolis proviennent du fait que le maire démocrate a fait de la capitale du Minnesota une « ville sanctuaire », c’est-à-dire un espace où les forces de l’ordre locales refusent presque toute coopération avec les agences fédérales luttant contre l’immigration légale. Aucun soutien n’est apporté aux agents fédéraux, ni dans l’identification d’immigrés clandestins criminels détenus dans les prisons, ni dans le maintien de l’ordre entourant les opérations de recherche de clandestins sur la voie publique ou dans les entreprises.

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Cette difficulté est exacerbée par un deuxième facteur, à savoir les activités d’obstruction par des groupes militants très organisés visant à entraver les opérations fédérales au nom, non seulement de la défense de les immigrés, mais aussi de la résistance au gouvernement « fasciste » de Donald Trump. C’est dans ce contexte que la mort tragique de deux de ces activistes, Renee Good et Alex Pretti, a provoqué une crise aiguë pour le président américain, dont l’action pour maîtriser l’immigration constituait sa première et, jusqu’à présent, sa plus grande réussite aux yeux du public américain.

Envoyé à Minneapolis, le « border czar » (« tsar des frontières ») de Donald Trump, Tom Homan, a pu négocier avec le maire qui a finalement donner son accord pour que les forces de l’ordre locales coopèrent avec les agents de l’ICE dans le repérage des illégaux détenus dans les prisons.

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Grammy Awards: mise KO en 2024, l’aristocratie culturelle tente de revenir sur scène

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Trump et l’immigration: l’imposture du récit progressiste


Un parfum de déjà-vu flotte dans l’air. Une fois encore, Hollywood déroule son catéchisme progressiste. La récente cérémonie des Grammy Awards a pris des allures de meeting politique, enchaînant les discours moralisateurs contre l’administration Trump et la police de l’immigration (ICE), les postures vertueuses et les indignations parfaitement calibrées. Dans quelques semaines, les Oscars suivront sans doute le même scénario. L’ambiance rappelle les grandes heures de Black Lives Matter, lorsque chaque remise de prix se transformait en prêche sur la justice sociale, tandis que les rues des grandes villes américaines brûlaient sous la rage des émeutiers.

Donneurs de leçons

Les internationalistes aiment à déplorer le soi-disant « monde post-vérité » dans lequel nous serions plongés. Fake news, manipulation, complotisme, leur verdict est tranché et nous aurions perdu tout contact avec le réel. Étrange, pourtant, de voir ces mêmes donneurs de leçons tordre les faits à loisir pour bâtir un récit à leur convenance. L’immigration en est un cas d’école.

Oui, la cote de popularité de Donald Trump est au plus bas. Les méthodes de l’ICE sont vivement critiquées après la mort de Renée Good et d’Alex Pretti, tués lors d’interventions menées par des agences fédérales. Les médias exultent. Et aussitôt s’impose un récit selon lequel Trump paierait le prix d’une politique migratoire jugée trop brutale. Le message est sans ambiguité. Voyez où mène la fermeté en matière d’immigration. L’électorat se détourne. Le peuple aurait parlé. Retour à la raison.

Sauf que c’est faux.

Retour de bâton

Ce qui se joue actuellement ressemble fort à une tentative collective de recoller les morceaux d’un récit mis à mal entre 2016 et 2024. Vous vous en souvenez, l’immigration massive était présentée comme un enrichissement incontestable, une fatalité historique, le sens même de l’Histoire avec un grand H. S’y opposer revenait à nier le progrès, sombrer dans le fascisme.

Mais la furie iconoclaste de la séquence wokiste a provoqué un retour de bâton. Le récit s’est fissuré, puis effondré. De ce contre-mouvement sont nées l’élection de Donald Trump et la montée des populismes identitaires à travers tout l’Occident.

Pourtant, l’establishment progressiste ne désarme pas. Il se recycle, se réinvente, change d’habits. Tout au long de l’année 2025, il a mangé son pain noir, attendant patiemment son heure. Les revers de Trump lui offrent désormais une occasion rêvée de revenir sur scène et de reforger un nouveau récit.

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Le nouveau récit porté par l’aristocratie culturelle commence par effacer sciemment la distinction entre les immigrés entrés légalement et ceux qui ont franchi la frontière de manière illégale. Tout au long de la cérémonie des Grammy, on a ressassé, sous d’innombrables variantes, le refrain de « l’Amérique, nation d’immigrants », en oubliant commodément que, si beaucoup sont effectivement issus de l’immigration, leurs aïeux étaient souvent venus dans le respect des lois.

Plus largement, l’élite progressiste cherche à imposer l’idée que la fermeté migratoire ne fonctionne pas, que le peuple américain n’en veut pas, et que, depuis le début, les élites culturelles avaient raison.

Des chiffres qui contredisent le récit progressiste

Ce n’est pas que les Américains soient sourds aux critiques adressées à la politique migratoire de Donald Trump. Mais ces critiques ne recoupent pas nécessairement le récit progressiste dominant. Une étude du Pew Research Center, publiée en octobre 2025 et largement relayée par les médias américains, indique que 53 % des citoyens estiment que l’administration Trump va « trop loin » dans sa volonté d’expulser les immigrés en situation irrégulière.

Pris isolément, ce chiffre ne permet pas de conclure grand-chose. D’une part, 53% constitue une majorité relative, trop étroite pour justifier l’idée d’un rejet massif. D’autre part, que signifie au juste « trop loin » ? Peut-être qu’une majorité d’Américains refuse simplement l’idée de violences extrêmes ou de méthodes arbitraires, ce qui ne revient pas, en soi, à soutenir l’immigration incontrôlée.

Plus révélateur encore, la même enquête montre qu’une majorité de sympathisants démocrates estime qu’au moins certains immigrés illégaux devraient être expulsés. Les républicains, quant à eux, souhaitent que tous ou une partie le soient. Seuls les électeurs latino-américains expriment une inquiétude marquée face aux expulsions. Autrement dit, l’étude souvent présentée comme la preuve d’un rejet de la fermeté migratoire révèle en réalité qu’une large majorité d’Américains, y compris chez les électeurs démocrates, approuve le principe des expulsions. Une nuance qui, sans surprise, disparaît dans le traitement médiatique.

À l’inverse, la Maison Blanche s’appuie sur sa propre enquête, conduite par l’institut de sondage Cygnal, qui se revendique de centre droit sur son profil LinkedIn. Selon cette étude, 73% des Américains considèrent qu’entrer illégalement sur le territoire constitue une violation de la loi, et 61% se déclarent favorables à l’expulsion des immigrés en situation irrégulière.

Dans ce contexte de données parfois contradictoires, la raison impose de reconnaître que l’opinion américaine est, a minima, bien plus nuancée sur la question de la politique migratoire de l’administration Trump que ne le suggère le discours de l’establishment progressiste.

Les vraies raisons de l’impopularité de Trump

Ce qui trouble avant tout de nombreux Américains, c’est le décalage grandissant entre leurs préoccupations concrètes et les priorités affichées par le locataire de la Maison-Blanche. Donald Trump a été réélu en grande partie sur des promesses économiques. Pourtant, les enquêtes d’opinion les plus récentes montrent qu’une majorité d’Américains, républicains comme démocrates, ne perçoivent toujours aucune amélioration tangible et estiment qu’il accorde trop peu d’attention à cette question.

Pour une large part des électeurs inscrits, l’économie demeure l’un des enjeux centraux du pays. Selon un sondage récent du New York Times, près de la moitié des personnes interrogées estiment que les politiques de Donald Trump ont rendu la vie « moins abordable » pour la plupart des Américains. Même constat dans une enquête menée par Fox News, où environ sept électeurs sur dix considèrent que le président ne consacre pas suffisamment d’attention à la question économique, y compris près d’un électeur républicain sur deux. Et cela, alors même que Trump prévoit de dépenser 300 millions de dollars pour faire construire une salle de bal à la Maison-Blanche.

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Les difficultés du président tiennent aussi à sa conversion récente à l’interventionnisme sur la scène internationale, alors qu’il promettait jadis de mettre un terme aux tentatives de changement de régime à l’étranger. Plusieurs enquêtes d’opinion montrent qu’une large majorité d’Américains rejettent l’idée de prises de contrôle territoriales ou d’engagements militaires offensifs, à l’image des velléités exprimées à l’égard du Groenland. Seule une minorité soutient que les États-Unis devraient exercer un contrôle direct sur l’île, tandis que la majorité s’y oppose fermement.

Enfin, l’attitude pour le moins ambiguë de l’administration Trump dans l’affaire Epstein, conjuguée à ses attaques répétées contre les institutions démocratiques américaines, ne contribue en rien à rassurer quant à sa capacité à aider le pays à traverser la tempête économique et géopolitique actuelle.

Mais alors, pourquoi l’aristocratie culturelle choisit-elle de concentrer ses attaques sur la politique migratoire de Donald Trump ? Parce qu’admettre que les questions identitaires ne constituent pas le véritable talon d’Achille du président l’obligerait à se regarder en face. Se draper dans la vertu sur l’immigration ne coûte rien. Dénoncer l’ICE depuis une villa de Beverly Hills n’engage à rien. En revanche, évoquer les inégalités économiques, la concentration obscène des richesses ou la fiscalité confiscatoire qui étrangle les classes moyennes pendant que les plus fortunés optimisent tranquillement ? Là, le « camp du bien » risquerait de perdre instantanément son auréole.

Un langage de diplomate

Tout en continuant de développer ses analyses géopolitiques disruptives, le leader de l’extrème gauche animalise ses adversaires lors de ses voeux


Bien que cela ne soit « pas dans sa culture de Maghrébin-Européen », le candidat officiel du grand remplacement a présenté ses vœux devant près de 600 « camarades », à Paris, le 6 janvier. L’occasion pour notre général Tapioca de livrer un discours d’une heure et demie largement consacré à la politique internationale.

Trois jours plus tôt, les Américains ont mené l’opération « Absolute Resolve » à Caracas. Les journaux français ont alors évoqué la « capture» de Marudo, ce qui a profondément irrité le leader de la gauche. Il met donc en garde ses soutiens : il faut absolument parler d’« enlèvement » ou de « kidnapping » — comme seul Le Monde, qu’il exècre pourtant en temps normal, l’a fait. « Les Chinois sont plus respectueux des autres que les États-Unis d’Amérique (…) Ce que vous voyez, c’est une bête blessée à mort qui se débat », analyse-t-il, se réjouissant de la dédollarisation de l’économie mondiale. Cependant, le tribun n’oublie pas de régler ses comptes avec Emmanuel Macron, ce « kéké » qui « dit un jour une chose et le lendemain le contraire » : « son arrogance néocoloniale déshonore la France. Cet homme qui nous préside est un poulet d’élevage. Pas une fois de sa vie il n’est allé dans le champ picorer… Toujours il est arrivé à l’heure de la gamelle en regardant si elle était pleine ! » La salle exulte. Une fois l’ennemi politique suffisamment ridiculisé-animalisé, tout est permis. « Tout anticommuniste est un chien », disait Sartre, pendant qu’à Moscou, on chassait vipères lubriques et rats visqueux. Évoquant l’Algérie et l’Afrique, Mélenchon affirme que Macron « nous a fâchés avec tout le monde » et qu’il « nous fait honte ». Avec le Maghreb, dit-il, « c’est une histoire de famille » : ancienne puissance coloniale, la France devrait donc « baisser le ton ». Après avoir adressé ses « pensées émues pour les camarades vénézuéliens et cubains assassinés », le chef de meute se tourne vers la Chine : « Nous ne voulons pas être les vassaux des USA. Tous ceux qui ne sont pas avec les USA sont nos amis ! »

Vu de LFI, le monde est simple.

Iran: l’impasse d’une économie de pillage

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Un commerçant attend les clients, bazar de Tajrish, nord de Téhéran, 27 janvier 2026 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Chaque seuil franchi par le dollar annonce une défaite intérieure. La dollarisation informelle s’étend, le bazar se bloque, et la peur organise les comportements. L’économie iranienne entre dans une logique de survie où l’informel devient une stratégie de sécurité. Grande analyse


Un mois après le massacre des 8 et 9 janvier, l’économie iranienne a basculé. Ce massacre, survenu au cœur de l’hiver, a agi comme un révélateur. En frappant une société déjà exténuée, il a cristallisé ce qui était en gestation depuis des années : une économie de guerre intérieure, une monnaie à l’agonie, un État policier riche se maintenant par la violence contre la volonté d’un peuple qui s’appauvrit, sans horizon d’amélioration. L’Iran d’aujourd’hui est un pays pillé et désorienté. Un pays où la rente continue de circuler, mais où l’économie réelle se délite, et où l’État s’est transformé en machine à ponctionner, puis à réprimer, sans pouvoir gouverner.

Promesses non tenues et désordre monétaire

Le mois de janvier 2026 marque ainsi une étape particulière parce qu’il vient après la grande démonstration de force répressive, mais aussi après l’effondrement simultané de deux promesses centrales du régime. La première était que l’État, malgré ses défauts et ses abus, garantissait une forme de stabilité matérielle et redistributive. La seconde était la prétention à la puissance régionale, justifiant sacrifices et privations au nom de la « résistance ». Or, au début de février, l’une comme l’autre apparaît démenties par l’expérience quotidienne.

Ce qui frappe d’abord, c’est le désordre monétaire. Le toman n’est plus une monnaie nationale. Après la révolution de 1979, la République islamique n’a pas changé de monnaie au sens strict. L’unité officielle est restée le rial et l’État s’est contenté de modifier les billets. En revanche, l’effondrement progressif de la valeur du rial a renforcé une dissociation entre la monnaie officielle et la monnaie réellement utilisée par la société. Dans la vie courante, les Iraniens (comme les Français avec la « brique ») ont continué à compter en toman, une unité plus ancienne, non officielle, équivalant traditionnellement à dix rials, parce qu’elle simplifie les transactions et permet de retirer un zéro mentalement. Cette coexistence est devenue un marqueur de désordre monétaire.

Dans les rues de Téhéran, le prix du dollar affiché sur les panneaux improvisés devient un bulletin météo de la République islamique. Chaque seuil franchi alimente une spirale de peur avec achats anticipés, fuite vers les actifs tangibles, stockage, conversion de l’épargne en or ou en dollar. Le phénomène est visible dans des comportements simples. Dans certains quartiers les commerçants refusent d’afficher les prix de biens importés, ou annoncent des « prix du jour ». Des artisans demandent désormais à être payés en dollars ou en équivalents or. Sur les plateformes de petites annonces, des appartements se négocient implicitement en devises étrangères.

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Cette dollarisation informelle entraîne mécaniquement un transfert de richesse. Ceux qui ont accès au dollar, par les circuits d’import-export, les licences, les fondations ou les réseaux liés aux Gardiens de la révolution, voient leur richesse augmenter. Ceux qui vivent d’un salaire mal indexé sont écrasés. La classe moyenne urbaine est encore visible, mais elle ne pèse plus. C’est l’une des évolutions majeures de ce début 2026. En Iran, le déclassement est la norme. Un professeur, un ingénieur, un infirmier, un fonctionnaire peuvent aujourd’hui se retrouver à pratiquer une activité d’appoint informelle, un commerce de revente, des services de livraison ou des petits travaux, dans une logique de survie qui ronge le prestige social et dissout les hiérarchies de compétence.

Internet HS

Le massacre des 8 et 9 janvier intervient dans cette économie déjà fracturée, mais il y ajoute une dimension décisive en démontrant que le régime assumera, sans retenue, une gestion coercitive de la contestation. Car en coupant Internet pour étouffer les manifestations, le régime a en même temps étouffer l’économie.  Dans un pays où l’inflation a imposé une indexation quasi permanente des prix sur le dollar, la connexion est devenue un outil de survie car elle permet de connaître le taux de change et d’ajuster les prix. Quand le réseau tombe, le marché se fige. À cela s’ajoute un effet plus concret encore. L’économie iranienne s’est largement adaptée aux paiements électroniques, précisément parce que la monnaie se dévalue et que manipuler du cash devient impraticable. Or sans Internet, terminaux bancaires, applications de paiement et transferts s’interrompent et le cash ne prend pas le relais. La coupure ajoute au désordre monétaire une panne logistique, et fait sentir à la population que l’État est capable de paralyser l’économie du quotidien en quelques heures. Autrement dit, Cela change la nature même des choix économiques. Dans un pays où la violence d’État devient prévisible, chacun cherche à se rendre invisible et réduire le risque. C’est ce mécanisme, plus encore que l’inflation, qui fait monter l’informel comme stratégie de sécurité personnelle.

Cette mutation se lit dans les bazars. Ce qui rend le bazar iranien si central, c’est qu’il ne renvoie pas uniquement à un marché, mais à une structure complète de société. En persan, le bāzār désigne certes un lieu, souvent couvert, inséré au cœur des grandes villes, organisé en allées spécialisées, en métiers et en corporations, où se croisent les marchandises, les services, les flux de crédit et les circuits d’approvisionnement. Mais en Iran, le bazar est aussi un milieu, presque une catégorie sociopolitique. Les bazaris ne constituent pas une classe homogène au sens marxiste, car ils vont du petit artisan au grand importateur, du détaillant au grossiste, du commerçant de quartier au notable doté de réseaux. Pourtant, ils partagent une même culture, fondée sur la confiance, la réputation, la solidarité, et l’enracinement dans des liens familiaux, professionnels et religieux. Historiquement, cette configuration a fait du bazar un acteur décisif, souvent en alliance avec le clergé chiite, non seulement parce qu’il concentre des ressources, mais parce qu’il détient une capacité rare dans un régime autoritaire, le pouvoir de bloquer. Il n’est pas rare que des familles de bazaris soient liées à des grands clercs chiites et que les fondations religieuses participent dans les réseaux de crédits pour le commerce. Fermer boutique et interrompre la circulation des biens et des prix, c’est paralyser l’économie du quotidien. Ainsi, lorsque le bazar ferme, il s’agit d’un signal social et politique, indiquant que la confiance a cessé de fonctionner.

Le bazar, épicentre du séisme

Historiquement, le bazar a été, en 1979, l’un des poumons de la révolution, et pendant longtemps l’un des relais de légitimité du régime. Mais au début 2026, le bazar fonctionne comme un sismographe de la rupture. Des fermetures ponctuelles, des journées de grève improvisées, des refus d’ouvrir après des événements répressifs sont autant de signaux. Un commerçant ne formule pas toujours une opposition idéologique mais plutôt un constat brutal d’un cul de sac économique. Lorsque les bazaris cessent de fixer les prix, ou reportent les transactions, ce n’est pas un acte politique mais l’expression d’une désorganisation profonde de l’économie. Pour vivre le commerce exige une monnaie, une confiance et un minimum de sécurité pour le bien et les personnes. Le régime n’arrive plus à assurer ce trio.

L’inflation, dans ce contexte, ce n’est pas seulement « tout augmente ». C’est la destruction de la valeur du travail et l’impossibilité de planifier et investir. La consommation bascule vers l’alimentaire, le logement. L’accès aux traitements médicaux importés ou aux équipements modernes devient erratique. Les familles mobilisent leurs réseaux, sollicitent des proches à l’étranger, recourent au marché noir. Ce point est essentiel dans l’économie iranienne contemporaine. On peut supporter l’idéologie, voire l’humiliation, tant que la vie tient. Mais lorsque l’État ne garantit plus les biens vitaux, il cesse d’être une autorité.

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Pourtant, l’Iran n’est pas un pays sans ressources. L’Iran continue d’exporter du pétrole, même sous sanctions. Il continue de produire, d’importer, de contourner. Il continue d’exister. Mais le problème tient à la structure de la rente. La rente pétrolière, au lieu d’alimenter une industrialisation ou une modernisation, sert à maintenir l’appareil politique. Elle finance la sécurité, les subventions, les clientèles. Elle évite l’effondrement sans offrir un avenir.

Dans ce modèle, les sanctions jouent un rôle paradoxal. Elles affaiblissent la société, mais elles renforcent le régime. Elles détruisent l’économie formelle et enrichissent les intermédiaires. L’importation devient une prérogative politique. La distribution du dollar devient une arme. L’accès aux ressources devient une récompense de loyauté.

On le voit dans des exemples concrets. Un commerçant qui veut importer ne dépend pas seulement de la demande et du prix. Il dépend d’une chaîne opaque de licences, d’intermédiaires, de douanes, de réseaux et parfois de protection sécuritaire. Cette réalité ne concerne pas seulement les grandes entreprises. Certaines familles ont accès à des circuits privilégiés, parfois via une appartenance aux structures para-étatiques, parfois via des réseaux de Basij ou des fondations. D’autres n’y ont pas accès. Cette asymétrie produit une société double. D’un côté, une minorité qui continue de consommer, d’acheter des voitures importées, d’accéder à des produits étrangers. De l’autre, une majorité enfermée dans une économie de substitution, de basse qualité, et de renoncements.

C’est ici qu’intervient le facteur stratégique, souvent négligé. Pendant longtemps, le régime a justifié la pauvreté par la grandeur. L’« axe de la résistance » était présenté comme la preuve que l’Iran n’était pas un pays comme les autres. Or, en 2024–2025, cette histoire s’est effondrée. Les défaites et les revers militaires, qu’il s’agisse de Gaza, du Liban, de la Syrie ou de la confrontation directe avec Israël, ont produit un effet intérieur. L’argent a été gaspillé. Les sacrifices n’ont pas construit une puissance protectrice mais, au contraire, exposé l’Iran à des attaques directes. Non seulement le pays souffre, mais il souffre pour rien.

Téhéran, 13 juin 2025 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Or, on peut accepter l’austérité au nom d’un projet. Mais lorsque le projet apparaît comme un échec coûteux, la pauvreté devient simple injustice. Et le massacre des 8 et 9 janvier ajoute à ce constat d’échec l’évidence de la violence intérieure. À quoi bon se sacrifier, si l’on est réprimé, humilié et ruiné simultanément ?

L’économie iranienne de début février 2026 est donc une économie fragmentée. D’un côté, l’Iran des insiders. De l’autre, l’Iran de l’informel et de la débrouille dans un contexte de déclassement et appauvrissement. Enfin, l’Iran de la sortie, celui des classes éduquées qui cherchent à partir, et qui, lorsqu’elles ne partent pas, vivent comme si elles devaient partir demain. Les ingénieurs, médecins, entrepreneurs, étudiants de haut niveau ne croient plus à un avenir national même lorsqu’ils restent.

La question centrale, dès lors, n’est pas de savoir si l’économie iranienne va s’effondrer demain. Elle est de savoir si elle peut encore se régénérer. Car le danger majeur pour la République islamique n’est pas un crash spectaculaire mais plutôt l’épuisement lent. L’érosion d’un système qui conserve une armature étatique, mais qui perd sa substance sociale et son capital humain.

Hallucinant

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Petra De Sutter © Shutterstock/SIPA

On connaissait les écrivains piégés par des canulars philosophiques. Il faudra se faire maintenant aux discours truffés de fausses citations générées par l’intelligence artificielle.


C’est dans ce piège qu’est tombée Petra De Sutter, femme transgenre et nouvelle rectrice de l’université de Gand (Belgique) et accessoirement ancienne ministre et sénatrice Groen (écologiste). Les deux citations en cause : « Le dogme est l’ennemi du progrès »« La connaissance décrit et maîtrise la réalité ; la sagesse cherche des réponses à des questions existentielles – elle est liée à la culture et à l’éthique », attribuées respectivement au scientifique Albert Einstein et au professeur de psychologie Paul Verhaeghe.

On appelle ça dans le jargon des « hallucinations » : des moments d’égarement de l’IA, quand celle-ci commence à délivrer avec aplomb des informations fausses. Et voilà donc la rectrice attrapée comme un vulgaire étudiant de première année un peu paresseuse, et jurant, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus. « Je regrette profondément d’être tombée dans ce piège. Je ne peux malheureusement plus revenir en arrière. Cette expérience est pour moi une bonne leçon et va sans aucun doute relancer le débat sur l’utilisation de l’IA ». L’affaire est fâcheuse, puisqu’à cause d’elle l’ancienne ministre et professeur de gynécologie ne recevra pas de doctorat honorifique à l’université d’Amsterdam, distinction qui devait lui revenir pour ses contributions importantes à la science médicale et à son engagement social. Pas suffisamment grave, toutefois, pour remettre en cause sa fonction au sein de l’université flamande.

Bien avant que l’utilisation de l’IA ne se banalise, un minimum de vigilance était nécessaire quand on voulait citer de grands esprits. En son temps déjà, Clemenceau disait : « Il faut se méfier des citations que l’on trouve sur internet ».

Socialisme façon Trump

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DR

Le taux moyen des cartes de crédit aux États-Unis est actuellement de 23%. Trump entend les plafonner.


Le nouveau combat de Donald Trump n’a rien d’exotique.

Pas la Chine. Pas l’immigration. Pas l’expansion territoriale, mais… les cartes de crédit. Cœur nucléaire de la consommation américaine, perfusion quotidienne de millions de ménages, la carte de crédit est devenue, selon lui, une machine à tondre les classes moyennes. Et comme souvent avec Trump, la nuance n’est pas invitée à la table. Son diagnostic est simple : les credit card companies « arnaquent » les Américains avec des taux délirants. Et il faut que ça cesse. Maintenant. Pas après étude d’impact. Pas après concertation. Avant les mid-terms. Le taux moyen des cartes de crédit se situe aujourd’hui autour de 23 %. Il peut grimper jusqu’à… 36 % pour les profils jugés « à risque ». Sa solution ? Un plafond légal à 10 % – un taux jamais vu, selon le Wall Street Journal, depuis 1984. Pas une proposition. Une sommation – que les démocrates s’abstiennent de trop critiquer, puisqu’à sa façon, Trump fait du social. Un plafond à 10 % ferait ainsi économiser environ 100 milliards de dollars d’intérêts aux ménages américains. De l’argent qui retournerait dans la consommation. Interrogé sur ce qu’il ferait si les sociétés financières refusaient d’obéir, Trump a répondu avec la délicatesse qu’on lui connaît : « Elles contreviendraient à la loi. » Les banques, elles, hurlent déjà. Risque de défaut plus élevé. Crédit rationné. Explosion de l’endettement des plus fragiles. Bref, elles agitent tous les épouvantails connus. Mais dans l’univers trumpien, il n’y a qu’une issue : un deal. Mais un deal de gauche.

Il nous aura décidément tout fait.

Nova is the new Inter

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Les quatre voix de « La Dernière » sur Radio Nova, transfuges de France Inter : Guillaume Meurice, Juliette Arnaud, Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret. DR.

La radio de Matthieu Pigasse s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême droite, le milliardaire de gauche leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.


Mercredi 14 janvier, Benjamin Duhamel recevait sur France Inter le banquier gauchiste Matthieu Pigasse. L’occasion pour ce dernier de rappeler, pour la millième fois, qu’il mène « une bataille culturelle contre l’extrême droite et la droite radicale » qui, selon lui, « matraquent de manière obsessionnelle leurs fantasmes » dans les médias Bolloré et mènent de surcroît, actuellement, une « action contre l’audiovisuel public » – rappelons que lui-même qualifiait il n’y a pas si longtemps Radio France de « voix du pouvoir ». Les médias qu’il dirige seraient en revanche totalement indépendants et ne se contenteraient pas de « commenter des thèmes » – l’insécurité, l’islam et l’immigration –, mais délivreraient une véritable information basée sur des faits. « Mes médias ont une ligne », concède toutefois M. Pigasse tout en assurant ne pas interférer dans leurs contenus, contredisant ainsi le même M. Pigasse qui affirmait il y a quelques mois, dans Libération, lutter farouchement contre la « droite radicale » et vouloir « mettre les médias [qu’il] contrôle dans ce combat ». À la question de savoir si, des fois, il ne serait pas un peu le « Vincent Bolloré de gauche », le banquier d’affaires au grand cœur répond avec des arguments à vous arracher des larmes : « Tout nous oppose avec Vincent Bolloré, à commencer par les valeurs, pas besoin de le dire. Moi, j’ai toujours prôné la justice sociale, l’ouverture à l’autre, le partage des richesses » – c’est beau comme du François Hollande. Ou du Xavier Bertrand. Ou du Jean-Luc Mélenchon. Ou du Raphaël Glucksmann. Ou du Olivier Faure. Ou du Fabien Roussel. Ou du Édouard Philippe. Ou du Marine Tondelier. [Liste non exhaustive].

Peser sur 2027…

Matthieu Pigasse regrette encore de s’être fait voler la vedette, il y a bientôt dix ans, par Emmanuel Macron. Énarque, proche du PS, conseiller de Dominique Strauss-Kahn puis de Laurent Fabius au ministère de l’Économie et des Finances, banquier d’affaires et associé-gérant chez Lazard, il ne lui manquait pas grand-chose pour briguer, comme son clone Emmanuel Macron, la présidence de la République en 2017. Au magazine Vanity Fair, il confirmera, quelques mois après les élections, avoir reculé au dernier moment, en accusant « ceux qui ont fait Macron », François Hollande en tête, de l’avoir « bloqué ». Depuis, le banquier a musclé son discours d’ultra-gauche et étoffé son portefeuille médiatique : Mediawan, l’entreprise productrice de contenus achetés par la télévision publique, Le Monde, Télérama et Le Nouvel Obs, excusez du peu. Progressistes, immigrationnistes et woke, ces médias dénoncent régulièrement les « vagues réactionnaires » qui submergeraient notre pays et présagent le retour du fascisme si l’« extrême droite » gagne les prochaines présidentielles. Rien de nouveau, donc, sous le soleil de la bien-pensance centro-socialo-gauchiste, la même qui favorisa, au nom du « front républicain », l’accession au pouvoir du plus néfaste président de la Ve république, j’ai nommé Emmanuel Macron. Face à Benjamin Duhamel, M. Pigasse laisse planer le doute sur sa potentielle candidature, mais assure vouloir « peser le plus possible sur la présidentielle de 2027 ». Pour cela, il compte sur une presse à ses ordres et sur ses… humoristes.

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En effet, l’homme d’affaires est également propriétaire de Radio Nova. Nova, c’est essentiellement des pubs et un programme musical composé de toutes les daubes techno, rappeuses, slameuses et nakamureuses passées ou actuelles. « Éclectique, mais plutôt marqué par la basse que par la guitare », avoue sans détour le directeur de la radio, Frédéric Antelme. Les dealers des cités, les sociologues de Paris 8 et les cadres branchés en raffolent, paraît-il. Côté humour, Guillaume Meurice, Aymeric Lompret, Juliette Arnaud et Pierre-Emmanuel Barré, transfuges de France Inter, animent chaque dimanche « La Dernière », une émission « transgressive » où tous les thèmes chers aux wokistes élevés en batterie universitaire, aux islamo-gauchistes, aux artistes anticapitalistes subventionnés, aux décoloniaux antisionistes en général et aux insoumis propalestiniens en particulier sont abordés avec un humour de plus en plus lourdingue. « J’ai souhaité créer un espace où on essaie de devenir moins cons », affirme Guillaume Meurice à Télérama. Raté ! Au fil des semaines, le succès aidant, lui et sa bande se sont mis à la hauteur d’un public conquis d’avance et se régalant d’entendre en boucle les mêmes blagues graveleuses débitées sur un ton crasseux. Sur internet, en tapant les mots-clés « bite », « couille », « connard », « merde », « pisse » ou « slibard », l’on est sûr de tomber soit sur un livre de Virginie Despentes, soit sur… une chronique de Pierre-Emmanuel Barré. Celle, par exemple, où avant de traiter le ministre de l’Intérieur de « grosse cuve à pisse », il assène en ricanant : « Dans la police il n’y a pas que des violeurs, il y a aussi des meurtriers. […] En fait, la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi. » Ou celle dans laquelle il se gausse des Français qui se disent patriotes – « Je me régale à regarder ces vieux tas de fromage de bites avec leurs drapeaux bleu-blanc-rouge. […] Les patriotes, c’est vraiment la trace de pneu dans le slibard de Marianne. Ils sont devenus demeurés comme des brosses à chiottes à force de s’informer avec CNews. […] La nationalité française, donnez-la à n’importe quel étranger, avec ou sans métier, qui fait toc-toc à la France. On s’en bat les couilles de la nationalité française » –, avant d’annoncer son programme s’il était au pouvoir : « Pour chaque immigré naturalisé, on dénaturalise un connard français ! » Voilà le niveau ! Niveau qui ne risque pas de s’élever avec Akim Omiri et son émission quotidienne, « La Riposte ». Les obsessions de M. Omiri et de ses acolytes ? Les mêmes que celles de la bande à Guillaume Meurice. Une chroniqueuse de l’émission a récemment déclenché l’hilarité de ses congénères en rapportant les résultats d’un sondage révélant que 30 % des homosexuels se disent prêts à voter Jordan Bardella au premier tour des présidentielles : « C’est pas si étonnant. Ça reste la catégorie de personnes la mieux préparée à se faire enculer. » La blague, quoiqu’éculée, peut à la rigueur faire sourire. Mais je vous laisse imaginer ce qui se passerait si un propos analogue était tenu par un humoriste supposément de droite, sur un média Bolloré, à propos des homosexuels déclarant vouloir voter socialiste aux prochaines élections…

Transfuges

Autre transfuge de France Inter, le dénommé Djamil Le Schlag anime de son côté une émission hebdomadaire intitulée… « Les Grands Remplaçants ». « Le principe de l’émission : un décryptage humoristique de l’extrême droite et du racisme en France, à partir du vécu de personnes racisées », peut-on lire sur un des nombreux médias d’extrême gauche qui en font la publicité. « C’est l’énergie du rap transposé sur un plateau d’humour. On va se marrer. Razzia sur la bande FM et gros ulcères pour les lecteurs de Renaud Camus », assure-t-on sur le site de la radio. Sous couvert d’humour, le militantisme indigéniste est totalement assumé. Les sketches ressemblent à de laborieux tracts politiques diversitaires et décoloniaux. Les humoristes et leurs invités sont très majoritairement « racisés », se revendiquent comme tels et se moquent régulièrement des Français qui renâclent à l’idée de voir leur pays ressembler à la Belgique, pays que Djamil Le Schlag admire pour sa société multiculturelle, une réussite selon lui, et pour le « cordon sanitaire » de ses médias publics qui « mettent au ban de la société les fachos et les racistes » : « En Belgique, si t’es raciste on t’invite pas à la télé, alors qu’en France, sur certaines chaînes, on t’invite que si tu es raciste. » Lui n’est pas raciste, bien sûr. Pourtant, sur le média communautariste Paroles d’honneur, il déclare ne vouloir embaucher pour son émission que « des Arabes et des Noirs ». Il préconise par ailleurs « de ne jamais aller dans les endroits où il n’y a que des Blancs ». À ceux qui en doutaient encore, ces propos prouvent que l’antiracisme racialiste, dont se prévalent les chroniqueurs de Radio Nova, cache – de plus en plus mal, il est vrai – un racisme antiblanc bien réel.

Matthieu Pigasse, propriétaire de Radio Nova, invité de la matinale de France Inter, 14 janvier 2026. Capture d’écran France inter

Matthieu Pigasse est fier de ses recrues. Il adore les entendre éructer des insanités contre les Français qui votent mal, contre les policiers, contre CNews, contre les « islamophobes ». Il jubile de les voir s’acoquiner avec Rima Hassan, Rokhaya Diallo, des activistes immigrationnistes, des militants antisionistes, des écologistes radicaux islamo-compatibles. La logorrhée ordurière de Pierre-Emmanuel Barré le met en joie. Une méchante blague sur Pascal Praud ou Christine Kelly lui fait la journée. Ses bouffons ont carte blanche. « En face, ils n’ont pas de limites, donc je leur ai dit de ne pas en avoir non plus », déclare-t-il à Libération. Message reçu cinq sur cinq. Tous les excès sont admis du moment qu’ils permettent de colporter l’idée que la France est, de toute éternité, un pays raciste, xénophobe et islamophobe. Radio Nova est à l’image de la France souhaitée par M. Pigasse, un conglomérat de communautés ethnoreligieuses, une société intégralement « racialisée » dans laquelle les Blancs sont d’éternels coupables, les « racisés » d’éternelles victimes, et tous ceux qui ne votent pas à gauche d’éternels fascistes.

A lire aussi, du même auteur: Charline et le mystère du cordon sanitaire disparu

France Inter s’est transformée ces dernières années en pépinière d’humoristes-militants d’extrême gauche. Afin d’illustrer, pour le déplorer, cet état de fait, Charles Alloncle, le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, a rappelé, lors de l’audition de la présidente du comité d’éthique et de la médiatrice de Radio France, les propos scandaleux d’Aymeric Lompret lors de sa chronique du 15 octobre 2021[1] : « Merci, les gens d’extrême droite, d’avoir payé [vos impôts] pour qu’on dise que vous êtes des gros cons. Si j’étais à votre place, comment je serais dégoûté de me faire insulter toute la journée et, en plus, de devoir payer pour ça. » Repéré par M. Pigasse, Aymeric Lompret a fini chez Radio Nova. Normal. Un autre humoriste francintérien devrait bientôt l’y rejoindre. Merwane Benlazar, qui s’était déjà distingué en débarquant sur le plateau de « C à vous » en livrée salafisteavant qu’on ne découvre ses messages misogynes et procharia sur X[2], a pondu le 7 janvier dernier une chronique qui a exaspéré jusqu’au pourtant toujours très circonspect président de ladite commission, Jérémie Patrier-Leitus. Encouragé par les ricanements de Matthieu Noël, l’animateur de « Zoom Zoom Zen », l’émission dans laquelle il sévit, on l’y entend appeler à une censure politique voisine de celle qui se pratique dans l’audiovisuel public belge. Sa blague du jour : « On a été trop gentils avec l’extrême droite. Mettre un facho au micro, c’est légitimer ses idées. » Bravo, M. Benlazar ! Votre prochain entretien d’embauche pour un poste de rigolo-militant pas drôle sur Radio Nova ne devrait être qu’une formalité…


[1] Voir à ce sujet mon article du 18 octobre 2021, « France Inter a un incroyable talent », causeur.fr.

[2] Voir à ce sujet l’article d’Élisabeth Lévy du 4 février 2025, « Merwane Benlazar : défense de rire », causeur.fr.

La gauche, c’était mieux avant

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L'écrivain franco-israélien Marco Koskas. DR.

Groupuscule, de Marco Koskas, retrace la vie heureuse et mouvementée d’une bande de copains dans les années 1970. Un groupe de gentils gauchos comme on n’en fait plus.  


Marco Koskas nous avait habitués à son tropisme israélien, voilà qu’il en s’éloigne et revient en France sur les pas d’une jeunesse romancée des années 70. Un peu hippie et un peu anar, un peu mao-spontex et un peu guévariste, fumeur de chichon le samedi soir et souvent squatteur, tel est le personnage principal de l’histoire, un groupuscule de la banlieue ouest de Paris,

Dans ce groupuscule, on fait aussi du cinéma quand on a de la pellicule, ou quand on est inspiré. Mais comme dans le gauchisme de l’époque, où chacun apportait son trauma personnel, le film sans queue ni tête qu’ils fabriquent va devenir un manifeste de la culture underground et diviser les rêveurs et les opportunistes. 

Entretemps, mille histoires d’amour éclosent de page en page, comme devaient s’épanouir mille roses dans la Chine de Mao.

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Guytou aime Inès qui lui préfère à la fois Jean-Mi et Ben Loulou, lequel raffole de Sophie qui opte d’abord pour Portas puis pour Paco. Jalousie bannie, ils passent outre les chagrins d’amour car ils ne veulent former qu’un être collectif. La liberté sexuelle qui court dans ce roman déclencherait les foudres de MeToo aujourd’hui. Mais chez Koskas elle n’est que tendresse, innocence et bonheur de vivre. 

Dans ce récit drôle et rondement mené, le plus surprenant est l’aspect documentaire inattendu. L’auteur nous montre sans avoir l’air d’y toucher, ce que fut cette extrême gauche-là, loin des horreurs de la mélenchonie actuelle. Ce livre nous raconte une époque joyeuse où les organisations gauchistes étaient peuplées de militants juifs, ashkenazes en majorité qui n’oubliaient pas leur humour. Preuve en est la blague qui courait alors : À La ligue Communiste, on ne parlait pas yiddish parce que Bensaïd, sépharade n’aurait pas compris. Comme tout cela est loin ! Pour ce beau roman, Marco Koskas devrait recevoir le prix de la consolation… 

Groupuscule, Marco Koskas, Éditions Galligrasud, 2026. 212 pages

GROUPUSCULE

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L’Europe contre l’Europe

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Image d'illustration Unsplash

Imposer à la Grèce le retrait des icônes orthodoxes des tribunaux n’apporterait rien aux droits fondamentaux des individus et constituerait au contraire une atteinte inutile à l’héritage civilisationnel européen. La CEDH fait fausse route.


L’Europe doit-elle se mêler de signes religieux et de traditions culturelles ? C’est apparemment le souhait de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (Nicolas Bauer dans Le Figaro[1]). Rappelons que la CEDH, garante de la convention du même nom a pour mission de protéger les libertés individuelles au sein de la cinquantaine d’Etats-Membres du Conseil de l’Europe. Et qu’en général elle piétine allègrement le droit des Etats à se protéger. Par exemple, on se souvient qu’elle a déjà ordonné à la France de rapatrier un Tchétchène condamné pour terrorisme – ce que nous n’avons pas fait.

Cependant, jusque-là, elle refusait prudemment d’intervenir dans des litiges relevant de l’identité culturelle. En 2009, dans un jugement célèbre Lautsi/Italie, la Cour enjoignait à l’Italie de retirer les crucifix des écoles. Pour une fois, les Etats s’étaient rebiffés. Face aux protestations de 21 gouvernements, la Cour avait reculé et admis en 2011 que l’Italie avait le droit de perpétuer une tradition. C’est bien aimable à elle… Depuis, la Cour estime que ces questions relèvent de la marge d’appréciation des Etats, c’est à dire ce qui reste de leur souveraineté. Elle refuse donc d’obliger un Etat à « diminuer le rôle d’une religion à laquelle adhère historiquement et culturellement la population ». Et ne nous demande pas de cacher nos églises. La religion historique et majoritaire – le christianisme dans la plupart des pays concernés – peut avoir une visibilité plus grande. Bref, dans sa grande sagesse, la CEDH, créée en 1948, admettait que des Etats pluriséculaires aient une identité propre.

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Mais cela pourrait changer. C’est du moins ce que veulent certains magistrats. La juridiction européenne s’est saisie d’un vieux litige pour demander à la Grèce, pays où la religion orthodoxe a un statut officiel, de justifier la présence d’icônes orthodoxes aux murs des tribunaux. Cela pourrait parait-il attenter au droit de certains de ne pas croire. La bonne blague. J’ignorais que la vue de Notre-Dame offensait les athées.

Comme dans toutes les instances européennes, l’idéologie multiculti est à l’œuvre. Pour ne pas blesser les derniers arrivés et leur religion minoritaire (l’islam), on demanderait à l’Europe d’effacer son passé. Certes, le jugement n’est pas encore rendu, mais si la CEDH relance ce débat c’est probablement pour changer de jurisprudence. Ce qui reviendrait à attaquer la civilisation européenne au nom de l’Etat de droit. Si on voulait que les peuples européens détestent à la fois les juges et l’Europe, on ne ferait pas autrement.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/symboles-religieux-dans-les-tribunaux-grecs-la-cedh-n-a-pas-a-s-inviter-dans-un-debat-culturel-national-20260203

Van Reeth arrête

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Adèle Van Reeth et Céline Pigalle. DR.

Honorable femme de gauche, Adèle Van Reeth n’était pas assez islamo-wokiste pour se faire respecter dans la Maison ronde…


Dans le match entre les « deux gauches irréconciliables » qui se joue en permanence au sein de l’audiovisuel public, une victoire de taille vient d’être remportée par la Mélenchonie. A la surprise générale, Adèle Van Reeth, la directrice de France Inter, a annoncé ce matin sa démission. Nommée en 2022, la quadragénaire vivait un enfer à la tête de la radio la plus écoutée du pays. Considérée comme une sociale-démocrate, c’est-à-dire comme une sociale-traître, par bon nombre d’employés acquis aux thèses insoumises, elle s’ingéniait depuis trois ans à injecter un peu plus de pluralisme dans la station – un pluralisme circonscrit à la gauche bien entendu, ne rêvons pas non plus…

Elle a fait revenir Patrick Cohen, éditorialiste pas assez à gauche pour les équipes

Aux yeux de la plupart de ses équipes, Adèle Van Reeth présentait dès le départ un immense défaut : celui d’être la compagne de Raphaël Enthoven, le directeur de Franc-Tireur, publication de gauche qui a le malheur de ne pas trouver des excuses au Hamas. Mais une fois en poste, la normalienne a aggravé son cas en arrêtant en 2023 l’émission d’histoire de Patrick Boucheron, compagnon de route du Nouveau Front populaire, en embauchant lors de la rentrée suivante le trop centriste Patrick Cohen, qui assure depuis lors l’éditorial politique de la matinale (7h40), et en licenciant la même année le trop désobéissant Guillaume Meurice, dont les blagues à la Dieudonné n’avaient rien à faire sur une chaîne d’Etat.

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En novembre, les représentants de différents personnels de la radio — journalistes, producteurs, techniciens — avaient ainsi écrit à Adèle Van Reeth pour lui reprocher de ne pas avoir suffisamment soutenu Thomas Legrand lors de polémique autour de la fameuse vidéo de L’Incorrect montrant le journaliste au restaurant avec des responsables du Parti socialiste. L’année d’avant déjà, la rédaction avait voté une motion de défiance contre elle en raison de l’arrivée de Patrick Cohen. On l’aura compris, France Inter est en réalité cogéré par un personnel majoritairement sectaire, corporatiste et marqué à l’extrême gauche. Malheur à quiconque déplaît au soviet.

Céline Pigalle, une remplaçante plus convenable…

Tout sauf un hasard, Adèle Van Reeth a annoncé son départ le jour-même où la ministre de la Culture, Rachida Dati, était entendue par la commission parlementaire qui passe au crible le financement et la neutralité de l’audiovisuel public. Elle sera remplacée par Céline Pigalle, qui a dirigé par le passé France Bleu, BFMTV et I-Télé. La quinquagénaire devrait normalement être accueillie avec bienveillance par ses nouveaux collaborateurs : son plus haut fait d’arme est d’avoir débarqué d’I-Télé en 2014 un certain… Éric Zemmour.

🎙️ Etats-Unis: résistance civique ou insurrection?

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Manifestation contre ICE et le président Trump, Dallas, Texas, 20/1/26 Avi Adelman/ZUMA/SIPA

Avec Gerald Olivier et Jeremy Stubbs.


Avec Gerald Olivier, grand spécialiste de la vie politique et sociale aux Etats-Unis, nous revenons sur les événements récents liés aux opérations de l’ICE (United States Immigration and Customs Enforcement) dans les différents états, surtout celui du Minnesota.

Le service ICE a une mission clairement définie, dont une partie consiste à rechercher, arrêter et à expulser des immigrés clandestins, mission qu’il exécute sur tout le territoire américain depuis sa création par Georges W. Bush en 2003. C’est sous Barak Obama qu’il a expulsé le plus d’illégaux. La première victoire du second mandat de Donald Trump a été de fermer la frontière sud avec le Mexique, réduisant ainsi à presque néant le flux de migrants qui avait atteint des niveaux records sous son prédécesseur, Joe Biden. Cette fermeture a permis aux agents de l’ICE et à leurs collègues de la United States Border Patrol (Patrouille frontalière des Etats-Unis), placés tous sous l’égide du Département de la Sécurité intérieure, de se focaliser sur l’expulsion de clandestins dans les états non-frontaliers du pays.

Les difficultés particulières entourant l’exécution de cette mission à Minneapolis proviennent du fait que le maire démocrate a fait de la capitale du Minnesota une « ville sanctuaire », c’est-à-dire un espace où les forces de l’ordre locales refusent presque toute coopération avec les agences fédérales luttant contre l’immigration légale. Aucun soutien n’est apporté aux agents fédéraux, ni dans l’identification d’immigrés clandestins criminels détenus dans les prisons, ni dans le maintien de l’ordre entourant les opérations de recherche de clandestins sur la voie publique ou dans les entreprises.

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Cette difficulté est exacerbée par un deuxième facteur, à savoir les activités d’obstruction par des groupes militants très organisés visant à entraver les opérations fédérales au nom, non seulement de la défense de les immigrés, mais aussi de la résistance au gouvernement « fasciste » de Donald Trump. C’est dans ce contexte que la mort tragique de deux de ces activistes, Renee Good et Alex Pretti, a provoqué une crise aiguë pour le président américain, dont l’action pour maîtriser l’immigration constituait sa première et, jusqu’à présent, sa plus grande réussite aux yeux du public américain.

Envoyé à Minneapolis, le « border czar » (« tsar des frontières ») de Donald Trump, Tom Homan, a pu négocier avec le maire qui a finalement donner son accord pour que les forces de l’ordre locales coopèrent avec les agents de l’ICE dans le repérage des illégaux détenus dans les prisons.

Cover Up : Le clan Biden, l'Amérique et l'Etat profond

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Grammy Awards: mise KO en 2024, l’aristocratie culturelle tente de revenir sur scène

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Récompensé aux Grammy, le chanteur portoricain Bad Bunny a dénoncé l’ICE dans son discours, Los Angeles, 1er février 2026 © John Salangsang/Shutterstock/SIPA

Trump et l’immigration: l’imposture du récit progressiste


Un parfum de déjà-vu flotte dans l’air. Une fois encore, Hollywood déroule son catéchisme progressiste. La récente cérémonie des Grammy Awards a pris des allures de meeting politique, enchaînant les discours moralisateurs contre l’administration Trump et la police de l’immigration (ICE), les postures vertueuses et les indignations parfaitement calibrées. Dans quelques semaines, les Oscars suivront sans doute le même scénario. L’ambiance rappelle les grandes heures de Black Lives Matter, lorsque chaque remise de prix se transformait en prêche sur la justice sociale, tandis que les rues des grandes villes américaines brûlaient sous la rage des émeutiers.

Donneurs de leçons

Les internationalistes aiment à déplorer le soi-disant « monde post-vérité » dans lequel nous serions plongés. Fake news, manipulation, complotisme, leur verdict est tranché et nous aurions perdu tout contact avec le réel. Étrange, pourtant, de voir ces mêmes donneurs de leçons tordre les faits à loisir pour bâtir un récit à leur convenance. L’immigration en est un cas d’école.

Oui, la cote de popularité de Donald Trump est au plus bas. Les méthodes de l’ICE sont vivement critiquées après la mort de Renée Good et d’Alex Pretti, tués lors d’interventions menées par des agences fédérales. Les médias exultent. Et aussitôt s’impose un récit selon lequel Trump paierait le prix d’une politique migratoire jugée trop brutale. Le message est sans ambiguité. Voyez où mène la fermeté en matière d’immigration. L’électorat se détourne. Le peuple aurait parlé. Retour à la raison.

Sauf que c’est faux.

Retour de bâton

Ce qui se joue actuellement ressemble fort à une tentative collective de recoller les morceaux d’un récit mis à mal entre 2016 et 2024. Vous vous en souvenez, l’immigration massive était présentée comme un enrichissement incontestable, une fatalité historique, le sens même de l’Histoire avec un grand H. S’y opposer revenait à nier le progrès, sombrer dans le fascisme.

Mais la furie iconoclaste de la séquence wokiste a provoqué un retour de bâton. Le récit s’est fissuré, puis effondré. De ce contre-mouvement sont nées l’élection de Donald Trump et la montée des populismes identitaires à travers tout l’Occident.

Pourtant, l’establishment progressiste ne désarme pas. Il se recycle, se réinvente, change d’habits. Tout au long de l’année 2025, il a mangé son pain noir, attendant patiemment son heure. Les revers de Trump lui offrent désormais une occasion rêvée de revenir sur scène et de reforger un nouveau récit.

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Le nouveau récit porté par l’aristocratie culturelle commence par effacer sciemment la distinction entre les immigrés entrés légalement et ceux qui ont franchi la frontière de manière illégale. Tout au long de la cérémonie des Grammy, on a ressassé, sous d’innombrables variantes, le refrain de « l’Amérique, nation d’immigrants », en oubliant commodément que, si beaucoup sont effectivement issus de l’immigration, leurs aïeux étaient souvent venus dans le respect des lois.

Plus largement, l’élite progressiste cherche à imposer l’idée que la fermeté migratoire ne fonctionne pas, que le peuple américain n’en veut pas, et que, depuis le début, les élites culturelles avaient raison.

Des chiffres qui contredisent le récit progressiste

Ce n’est pas que les Américains soient sourds aux critiques adressées à la politique migratoire de Donald Trump. Mais ces critiques ne recoupent pas nécessairement le récit progressiste dominant. Une étude du Pew Research Center, publiée en octobre 2025 et largement relayée par les médias américains, indique que 53 % des citoyens estiment que l’administration Trump va « trop loin » dans sa volonté d’expulser les immigrés en situation irrégulière.

Pris isolément, ce chiffre ne permet pas de conclure grand-chose. D’une part, 53% constitue une majorité relative, trop étroite pour justifier l’idée d’un rejet massif. D’autre part, que signifie au juste « trop loin » ? Peut-être qu’une majorité d’Américains refuse simplement l’idée de violences extrêmes ou de méthodes arbitraires, ce qui ne revient pas, en soi, à soutenir l’immigration incontrôlée.

Plus révélateur encore, la même enquête montre qu’une majorité de sympathisants démocrates estime qu’au moins certains immigrés illégaux devraient être expulsés. Les républicains, quant à eux, souhaitent que tous ou une partie le soient. Seuls les électeurs latino-américains expriment une inquiétude marquée face aux expulsions. Autrement dit, l’étude souvent présentée comme la preuve d’un rejet de la fermeté migratoire révèle en réalité qu’une large majorité d’Américains, y compris chez les électeurs démocrates, approuve le principe des expulsions. Une nuance qui, sans surprise, disparaît dans le traitement médiatique.

À l’inverse, la Maison Blanche s’appuie sur sa propre enquête, conduite par l’institut de sondage Cygnal, qui se revendique de centre droit sur son profil LinkedIn. Selon cette étude, 73% des Américains considèrent qu’entrer illégalement sur le territoire constitue une violation de la loi, et 61% se déclarent favorables à l’expulsion des immigrés en situation irrégulière.

Dans ce contexte de données parfois contradictoires, la raison impose de reconnaître que l’opinion américaine est, a minima, bien plus nuancée sur la question de la politique migratoire de l’administration Trump que ne le suggère le discours de l’establishment progressiste.

Les vraies raisons de l’impopularité de Trump

Ce qui trouble avant tout de nombreux Américains, c’est le décalage grandissant entre leurs préoccupations concrètes et les priorités affichées par le locataire de la Maison-Blanche. Donald Trump a été réélu en grande partie sur des promesses économiques. Pourtant, les enquêtes d’opinion les plus récentes montrent qu’une majorité d’Américains, républicains comme démocrates, ne perçoivent toujours aucune amélioration tangible et estiment qu’il accorde trop peu d’attention à cette question.

Pour une large part des électeurs inscrits, l’économie demeure l’un des enjeux centraux du pays. Selon un sondage récent du New York Times, près de la moitié des personnes interrogées estiment que les politiques de Donald Trump ont rendu la vie « moins abordable » pour la plupart des Américains. Même constat dans une enquête menée par Fox News, où environ sept électeurs sur dix considèrent que le président ne consacre pas suffisamment d’attention à la question économique, y compris près d’un électeur républicain sur deux. Et cela, alors même que Trump prévoit de dépenser 300 millions de dollars pour faire construire une salle de bal à la Maison-Blanche.

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Les difficultés du président tiennent aussi à sa conversion récente à l’interventionnisme sur la scène internationale, alors qu’il promettait jadis de mettre un terme aux tentatives de changement de régime à l’étranger. Plusieurs enquêtes d’opinion montrent qu’une large majorité d’Américains rejettent l’idée de prises de contrôle territoriales ou d’engagements militaires offensifs, à l’image des velléités exprimées à l’égard du Groenland. Seule une minorité soutient que les États-Unis devraient exercer un contrôle direct sur l’île, tandis que la majorité s’y oppose fermement.

Enfin, l’attitude pour le moins ambiguë de l’administration Trump dans l’affaire Epstein, conjuguée à ses attaques répétées contre les institutions démocratiques américaines, ne contribue en rien à rassurer quant à sa capacité à aider le pays à traverser la tempête économique et géopolitique actuelle.

Mais alors, pourquoi l’aristocratie culturelle choisit-elle de concentrer ses attaques sur la politique migratoire de Donald Trump ? Parce qu’admettre que les questions identitaires ne constituent pas le véritable talon d’Achille du président l’obligerait à se regarder en face. Se draper dans la vertu sur l’immigration ne coûte rien. Dénoncer l’ICE depuis une villa de Beverly Hills n’engage à rien. En revanche, évoquer les inégalités économiques, la concentration obscène des richesses ou la fiscalité confiscatoire qui étrangle les classes moyennes pendant que les plus fortunés optimisent tranquillement ? Là, le « camp du bien » risquerait de perdre instantanément son auréole.

Un langage de diplomate

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Tout en continuant de développer ses analyses géopolitiques disruptives, le leader de l’extrème gauche animalise ses adversaires lors de ses voeux


Bien que cela ne soit « pas dans sa culture de Maghrébin-Européen », le candidat officiel du grand remplacement a présenté ses vœux devant près de 600 « camarades », à Paris, le 6 janvier. L’occasion pour notre général Tapioca de livrer un discours d’une heure et demie largement consacré à la politique internationale.

Trois jours plus tôt, les Américains ont mené l’opération « Absolute Resolve » à Caracas. Les journaux français ont alors évoqué la « capture» de Marudo, ce qui a profondément irrité le leader de la gauche. Il met donc en garde ses soutiens : il faut absolument parler d’« enlèvement » ou de « kidnapping » — comme seul Le Monde, qu’il exècre pourtant en temps normal, l’a fait. « Les Chinois sont plus respectueux des autres que les États-Unis d’Amérique (…) Ce que vous voyez, c’est une bête blessée à mort qui se débat », analyse-t-il, se réjouissant de la dédollarisation de l’économie mondiale. Cependant, le tribun n’oublie pas de régler ses comptes avec Emmanuel Macron, ce « kéké » qui « dit un jour une chose et le lendemain le contraire » : « son arrogance néocoloniale déshonore la France. Cet homme qui nous préside est un poulet d’élevage. Pas une fois de sa vie il n’est allé dans le champ picorer… Toujours il est arrivé à l’heure de la gamelle en regardant si elle était pleine ! » La salle exulte. Une fois l’ennemi politique suffisamment ridiculisé-animalisé, tout est permis. « Tout anticommuniste est un chien », disait Sartre, pendant qu’à Moscou, on chassait vipères lubriques et rats visqueux. Évoquant l’Algérie et l’Afrique, Mélenchon affirme que Macron « nous a fâchés avec tout le monde » et qu’il « nous fait honte ». Avec le Maghreb, dit-il, « c’est une histoire de famille » : ancienne puissance coloniale, la France devrait donc « baisser le ton ». Après avoir adressé ses « pensées émues pour les camarades vénézuéliens et cubains assassinés », le chef de meute se tourne vers la Chine : « Nous ne voulons pas être les vassaux des USA. Tous ceux qui ne sont pas avec les USA sont nos amis ! »

Vu de LFI, le monde est simple.