Imposer à la Grèce le retrait des icônes orthodoxes des tribunaux n’apporterait rien aux droits fondamentaux des individus et constituerait au contraire une atteinte inutile à l’héritage civilisationnel européen. La CEDH fait fausse route.
L’Europe doit-elle se mêler de signes religieux et de traditions culturelles ? C’est apparemment le souhait de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (Nicolas Bauer dans Le Figaro[1]). Rappelons que la CEDH, garante de la convention du même nom a pour mission de protéger les libertés individuelles au sein de la cinquantaine d’Etats-Membres du Conseil de l’Europe. Et qu’en général elle piétine allègrement le droit des Etats à se protéger. Par exemple, on se souvient qu’elle a déjà ordonné à la France de rapatrier un Tchétchène condamné pour terrorisme – ce que nous n’avons pas fait.
Cependant, jusque-là, elle refusait prudemment d’intervenir dans des litiges relevant de l’identité culturelle. En 2009, dans un jugement célèbre Lautsi/Italie, la Cour enjoignait à l’Italie de retirer les crucifix des écoles. Pour une fois, les Etats s’étaient rebiffés. Face aux protestations de 21 gouvernements, la Cour avait reculé et admis en 2011 que l’Italie avait le droit de perpétuer une tradition. C’est bien aimable à elle… Depuis, la Cour estime que ces questions relèvent de la marge d’appréciation des Etats, c’est à dire ce qui reste de leur souveraineté. Elle refuse donc d’obliger un Etat à « diminuer le rôle d’une religion à laquelle adhère historiquement et culturellement la population ». Et ne nous demande pas de cacher nos églises. La religion historique et majoritaire – le christianisme dans la plupart des pays concernés – peut avoir une visibilité plus grande. Bref, dans sa grande sagesse, la CEDH, créée en 1948, admettait que des Etats pluriséculaires aient une identité propre.
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Mais cela pourrait changer. C’est du moins ce que veulent certains magistrats. La juridiction européenne s’est saisie d’un vieux litige pour demander à la Grèce, pays où la religion orthodoxe a un statut officiel, de justifier la présence d’icônes orthodoxes aux murs des tribunaux. Cela pourrait parait-il attenter au droit de certains de ne pas croire. La bonne blague. J’ignorais que la vue de Notre-Dame offensait les athées.
Comme dans toutes les instances européennes, l’idéologie multiculti est à l’œuvre. Pour ne pas blesser les derniers arrivés et leur religion minoritaire (l’islam), on demanderait à l’Europe d’effacer son passé. Certes, le jugement n’est pas encore rendu, mais si la CEDH relance ce débat c’est probablement pour changer de jurisprudence. Ce qui reviendrait à attaquer la civilisation européenne au nom de l’Etat de droit. Si on voulait que les peuples européens détestent à la fois les juges et l’Europe, on ne ferait pas autrement.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
[1] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/symboles-religieux-dans-les-tribunaux-grecs-la-cedh-n-a-pas-a-s-inviter-dans-un-debat-culturel-national-20260203




