Trump et l’immigration: l’imposture du récit progressiste
Un parfum de déjà-vu flotte dans l’air. Une fois encore, Hollywood déroule son catéchisme progressiste. La récente cérémonie des Grammy Awards a pris des allures de meeting politique, enchaînant les discours moralisateurs contre l’administration Trump et la police de l’immigration (ICE), les postures vertueuses et les indignations parfaitement calibrées. Dans quelques semaines, les Oscars suivront sans doute le même scénario. L’ambiance rappelle les grandes heures de Black Lives Matter, lorsque chaque remise de prix se transformait en prêche sur la justice sociale, tandis que les rues des grandes villes américaines brûlaient sous la rage des émeutiers.
Donneurs de leçons
Les internationalistes aiment à déplorer le soi-disant « monde post-vérité » dans lequel nous serions plongés. Fake news, manipulation, complotisme, leur verdict est tranché et nous aurions perdu tout contact avec le réel. Étrange, pourtant, de voir ces mêmes donneurs de leçons tordre les faits à loisir pour bâtir un récit à leur convenance. L’immigration en est un cas d’école.
Oui, la cote de popularité de Donald Trump est au plus bas. Les méthodes de l’ICE sont vivement critiquées après la mort de Renée Good et d’Alex Pretti, tués lors d’interventions menées par des agences fédérales. Les médias exultent. Et aussitôt s’impose un récit selon lequel Trump paierait le prix d’une politique migratoire jugée trop brutale. Le message est sans ambiguité. Voyez où mène la fermeté en matière d’immigration. L’électorat se détourne. Le peuple aurait parlé. Retour à la raison.
Sauf que c’est faux.
Retour de bâton
Ce qui se joue actuellement ressemble fort à une tentative collective de recoller les morceaux d’un récit mis à mal entre 2016 et 2024. Vous vous en souvenez, l’immigration massive était présentée comme un enrichissement incontestable, une fatalité historique, le sens même de l’Histoire avec un grand H. S’y opposer revenait à nier le progrès, sombrer dans le fascisme.
Mais la furie iconoclaste de la séquence wokiste a provoqué un retour de bâton. Le récit s’est fissuré, puis effondré. De ce contre-mouvement sont nées l’élection de Donald Trump et la montée des populismes identitaires à travers tout l’Occident.
Pourtant, l’establishment progressiste ne désarme pas. Il se recycle, se réinvente, change d’habits. Tout au long de l’année 2025, il a mangé son pain noir, attendant patiemment son heure. Les revers de Trump lui offrent désormais une occasion rêvée de revenir sur scène et de reforger un nouveau récit.
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Le nouveau récit porté par l’aristocratie culturelle commence par effacer sciemment la distinction entre les immigrés entrés légalement et ceux qui ont franchi la frontière de manière illégale. Tout au long de la cérémonie des Grammy, on a ressassé, sous d’innombrables variantes, le refrain de « l’Amérique, nation d’immigrants », en oubliant commodément que, si beaucoup sont effectivement issus de l’immigration, leurs aïeux étaient souvent venus dans le respect des lois.
Plus largement, l’élite progressiste cherche à imposer l’idée que la fermeté migratoire ne fonctionne pas, que le peuple américain n’en veut pas, et que, depuis le début, les élites culturelles avaient raison.
Des chiffres qui contredisent le récit progressiste
Ce n’est pas que les Américains soient sourds aux critiques adressées à la politique migratoire de Donald Trump. Mais ces critiques ne recoupent pas nécessairement le récit progressiste dominant. Une étude du Pew Research Center, publiée en octobre 2025 et largement relayée par les médias américains, indique que 53 % des citoyens estiment que l’administration Trump va « trop loin » dans sa volonté d’expulser les immigrés en situation irrégulière.
Pris isolément, ce chiffre ne permet pas de conclure grand-chose. D’une part, 53% constitue une majorité relative, trop étroite pour justifier l’idée d’un rejet massif. D’autre part, que signifie au juste « trop loin » ? Peut-être qu’une majorité d’Américains refuse simplement l’idée de violences extrêmes ou de méthodes arbitraires, ce qui ne revient pas, en soi, à soutenir l’immigration incontrôlée.
Plus révélateur encore, la même enquête montre qu’une majorité de sympathisants démocrates estime qu’au moins certains immigrés illégaux devraient être expulsés. Les républicains, quant à eux, souhaitent que tous ou une partie le soient. Seuls les électeurs latino-américains expriment une inquiétude marquée face aux expulsions. Autrement dit, l’étude souvent présentée comme la preuve d’un rejet de la fermeté migratoire révèle en réalité qu’une large majorité d’Américains, y compris chez les électeurs démocrates, approuve le principe des expulsions. Une nuance qui, sans surprise, disparaît dans le traitement médiatique.
À l’inverse, la Maison Blanche s’appuie sur sa propre enquête, conduite par l’institut de sondage Cygnal, qui se revendique de centre droit sur son profil LinkedIn. Selon cette étude, 73% des Américains considèrent qu’entrer illégalement sur le territoire constitue une violation de la loi, et 61% se déclarent favorables à l’expulsion des immigrés en situation irrégulière.
Dans ce contexte de données parfois contradictoires, la raison impose de reconnaître que l’opinion américaine est, a minima, bien plus nuancée sur la question de la politique migratoire de l’administration Trump que ne le suggère le discours de l’establishment progressiste.
Les vraies raisons de l’impopularité de Trump
Ce qui trouble avant tout de nombreux Américains, c’est le décalage grandissant entre leurs préoccupations concrètes et les priorités affichées par le locataire de la Maison-Blanche. Donald Trump a été réélu en grande partie sur des promesses économiques. Pourtant, les enquêtes d’opinion les plus récentes montrent qu’une majorité d’Américains, républicains comme démocrates, ne perçoivent toujours aucune amélioration tangible et estiment qu’il accorde trop peu d’attention à cette question.
Pour une large part des électeurs inscrits, l’économie demeure l’un des enjeux centraux du pays. Selon un sondage récent du New York Times, près de la moitié des personnes interrogées estiment que les politiques de Donald Trump ont rendu la vie « moins abordable » pour la plupart des Américains. Même constat dans une enquête menée par Fox News, où environ sept électeurs sur dix considèrent que le président ne consacre pas suffisamment d’attention à la question économique, y compris près d’un électeur républicain sur deux. Et cela, alors même que Trump prévoit de dépenser 300 millions de dollars pour faire construire une salle de bal à la Maison-Blanche.
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Les difficultés du président tiennent aussi à sa conversion récente à l’interventionnisme sur la scène internationale, alors qu’il promettait jadis de mettre un terme aux tentatives de changement de régime à l’étranger. Plusieurs enquêtes d’opinion montrent qu’une large majorité d’Américains rejettent l’idée de prises de contrôle territoriales ou d’engagements militaires offensifs, à l’image des velléités exprimées à l’égard du Groenland. Seule une minorité soutient que les États-Unis devraient exercer un contrôle direct sur l’île, tandis que la majorité s’y oppose fermement.
Enfin, l’attitude pour le moins ambiguë de l’administration Trump dans l’affaire Epstein, conjuguée à ses attaques répétées contre les institutions démocratiques américaines, ne contribue en rien à rassurer quant à sa capacité à aider le pays à traverser la tempête économique et géopolitique actuelle.
Mais alors, pourquoi l’aristocratie culturelle choisit-elle de concentrer ses attaques sur la politique migratoire de Donald Trump ? Parce qu’admettre que les questions identitaires ne constituent pas le véritable talon d’Achille du président l’obligerait à se regarder en face. Se draper dans la vertu sur l’immigration ne coûte rien. Dénoncer l’ICE depuis une villa de Beverly Hills n’engage à rien. En revanche, évoquer les inégalités économiques, la concentration obscène des richesses ou la fiscalité confiscatoire qui étrangle les classes moyennes pendant que les plus fortunés optimisent tranquillement ? Là, le « camp du bien » risquerait de perdre instantanément son auréole.
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