Le président Emmanuel Macron assure qu’il n’est en rien responsable de l’interpellation – très commentée – de l’informaticien franco-russe Pavel Durov, cofondateur de la messagerie cryptée Telegram.
La dérive illibérale du macronisme signe son échec. La fin politique d’Emmanuel Macron est liée au chaos qu’il a créé, croyant en sortir vainqueur. Ce mercredi, il était toujours en recherche d’un Premier ministre suffisamment aimable pour accepter de lui sauver provisoirement la mise.
Déplorables de droite, indésirables de gauche…
Toutefois, la démission du chef de l’État devient une hypothèse crédible, tant son régime recroquevillé offense la République. En effet, non content de vouloir exclure le RN, parti qui fédère 80% des votes de droite, mais aussi le NFP et ses 7 millions d’électeurs (soit, au total, 18 millions d’indésirables !), Macron a avalisé de surcroit la généralisation d’une mise en surveillance des opinions. Dès lors, apparaît un pouvoir en rupture avec la démocratie. L’arrestation, le 24 août à l’aéroport du Bourget, du fondateur de la messagerie cryptée Telegram, le franco-russe Pavel Durov, au prétexte d’un manque de modération sur sa plate-forme, est venue ajouter un voile noir sur la liberté d’expression, qui n’est plus qu’une expression. Mardi, le président a voulu s’exonérer de cet acte de police judiciaire en assurant : « La France est plus que tout attachée à la liberté d’expression et de communication (…) Dans un État de droit (…), les libertés sont exercées dans un cadre établi par la loi pour protéger les citoyens et respecter leurs droits fondamentaux. C’est à la justice, en totale indépendance, qu’il revient de faire respecter la loi. L’arrestation du président de Telegram sur le territoire français a eu lieu dans le cadre d’une enquête judiciaire en cours. Ce n’est en rien une décision politique. Il revient aux juges de statuer ». En réalité, la législation qui a permis l’arrestation de Durov est la traduction fidèle de la volonté élyséenne de trier les idées et de faire taire.
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En choisissant, le 27 juin, de reconduire le commissaire Thierry Breton dans ses fonctions, Macron a avalisé le combat mené par l’Union européenne pour contrôler les réseaux sociaux, au nom de la lutte contre la haine et le racisme. Or ces deux termes ne répondent à aucune définition juridique et permettent toutes les censures morales. La mise en garde à vue de Durov préfigure-t-elle celle d’Elon Musk, le patron de X (ex-Twitter), lors d’un prochain passage en France ? En sommant, en vain, le milliardaire de se soumettre à la modération de l’UE, Breton a ouvert la voie à une généralisation de la répression des patrons de réseaux sociaux. Dans le même temps, Mark Zuckerberg (patron de Facebook et Instagram) a reconnu, lundi, avoir dû censurer, sous la pression de l’administration Biden, des informations liées au Covid ou à l’affaire Hunter Biden, officiellement présentée à l’époque comme une fake-news russe.
Dissidents inquiets
Cette dérive totalitaire contre les opinions dissidentes ne s’arrête pas à l’internet. L’acharnement du système macronien a encouragé l’Arcom, gendarme de l’audiovisuel, à priver NRJ 12 et C8 de leur diffusion et à mettre sous surveillance la trop libre CNews. Précédemment, c’était la chaîne russe RT France qui avait été interdite. Des journaux d’opposition comme France Soir, L’Incorrect, Causeur, Valeurs Actuelles, etc., sont eux aussi les cibles de mécanismes d’étouffement qui, s’ils ne répondent pas directement aux ordres de l’Élysée, ne sont en rien contrariants pour la macronie et sa quête hygiéniste, y compris dans le lavage de cerveau et l’opinion propre.
À la France des Lumières a succédé la France des petits flics de la pensée officielle. Face à eux, le refus d’obtempérer devient un devoir.
Grand amateur de littérature d’espionnage, notre chroniqueur ne tarit pas d’éloges sur l’œuvre de Trevanian, un Américain d’une intelligence rare, d’un cynisme accompli, ancien résident du Pays basque français — homme de goût donc, et de convictions.
Peut-être vous rappelez-vous La Sanction, un film de et avec Clint Eastwood, lancé sur la face nord de l’Eiger, en Suisse, avec une équipe dont il doit éliminer l’un des membres — sans savoir lequel. Le roman dont est tiré le film est signé Trevanian, nom de plume de Rodney Whitaker (1931-2005), honorable professeur de communication à l’université d’Austin, au Texas, romancier sous divers pseudonymes, et résident permanent du Pays basque français.
En 1979 Trevanian sort Shibumi, un roman d’espionnage qui enrobe une philosophie de la vie, des considérations d’une acuité remarquable sur l’état du monde et particulièrement celui des Etats-Unis, et une exaltation du shibumi, cet art de vivre japonais qui « implique l’idée du raffinement le plus subtil sous les apparences les plus banales ». Rien d’étonnant quand on sait que Whitaker, après avoir fait la guerre durant quatre ans en Corée, a passé du temps au Japon. Un jardin zen dans un vieux château basque vaut mieux que la brousse exubérante que vous laissez pousser autour de votre pavillon de banlieue.
Son héros, Nicholaï Hel, fils d’une aristocrate russe réfugiée à Shanghaï et d’un Allemand de passage, est un tueur exemplaire, le genre qui vous occit (ceci est une forme inventée du verbe défectif occire, goûtez-en tout le suc) avec une paille ou une carte de crédit. Autrefois formé par un maître de Go — le roman est divisé en phases du jeu le plus japonais qui soit — orphelin adopté par un général nippon qu’il se chargera de tuer au nez et à la barbe de ses geôliers soviétiques, il a longtemps été un assassin indépendant qui éliminait des cibles contre des rémunérations confortables. Le voilà désormais à la retraite, dans son château basque, se livrant à des explorations spéléologiques risquées, goûtant les charmes d’une courtisane haut de gamme qui a consenti à passer du temps avec lui, — mais rattrapé par son passé et sujet à la vindicte de la Mother Company, une firme parallèle qui chapeaute la CIA pour servir les intérêts des pays producteurs de pétrole. On voit que Trevanian ne pensait pas bien.
Considérations décapantes sur le monde
À part John Le Carré, je ne vois pas d’écrivain d’espionnage qui ait sa largeur de vues. Son héros est encore jeune quand le Japon, dévasté par la guerre, est occupé par l’armée américaine. Deux leçons à tirer du massacre. « De nombreux Japonais ne semblaient pas réaliser que c’est la propagande du vainqueur qui devient l’histoire du vaincu », premier point. Et « il apprit que tous les Américains étaient des marchands et qu’au fondement même du génie américain, il y avait l’achat et la vente. Ils vendaient leur idéologie démocratique comme des colporteurs, soutenus par le grand racket de protection des ventes d’armes et des pressions économiques. Leurs guerres étaient des exercices monstrueux de protection et d’approvisionnement ».
Écrit en 1979, le livre n’a pas pris une ride. Qu’est-ce que Whitaker, décédé en 2005, aurait pu dire de la guerre du Golfe, de l’invasion de l’Irak ou de l’actuel conflit ukrainien ?… Ou de la guerre sourde ou bruyante entre les Palestiniens et leurs voisins juifs… Les trois obstacles les plus dangereux au succès des dirigeants de l’OPEP sont, dit-il, « les efforts furieux de l’OLP pour semer le désordre afin d’obtenir une part des richesses arabes ; l’interférence stupide de la CIA et de la NSA, son antenne ; et l’insistance tenace et égoïste d’Israël à survivre ». D’où la conclusion évidente : « Nous serions tous plus heureux si le problème palestinien — et les Palestiniens avec lui — disparaissait tout bonnement ».
Un point de vue qui a tout pour choquer les progressistes actuels, tout fiérots de leur soutien au Hamas. D’autant que Trevanian est assez péremptoire sur les Arabes : « La virginité est capitale pour les Arabes, qui craignent avec raison les comparaisons ».
Il a par ailleurs sur les hommes qui dirigent la plus grande puissance mondiale un avis définitif : « C’est un truisme de la politique américaine qu’aucun homme capable de remporter une élection ne mérite de la remporter ». C’est qu’en vrai réactionnaire — c’est-à-dire en homme lucide —, il croit au génie des peuples — ou plutôt, à leur absence de génie : « L’Amérique, après tout, a été peuplée par la lie de l’Europe. Sachant cela, nous devons les considérer comme innocents. Innocents comme la vipère, innocents comme le chacal. Dangereux et perfides, mais pas immoraux. Tu en parles comme d’une race méprisable. Mais ce n’est pas une race. Ce n’est même pas une culture. Seulement un ragoût culturel des détritus et des restes du banquet européen ».
Le roman multiplie les analyses à l’emporte-pièce qui justement emportent notre conviction : « Les Américains confondaient niveau de vie et qualité de la vie, égalité des chances et médiocrité institutionnalisée, bravade et courage, machisme et virilité, libertinage et liberté, verbosité et éloquence, amusement et plaisir — bref, toutes les erreurs communes à ceux qui croient que la justice implique l’égalité entre tous au lieu de l’égalité entre égaux ». Ce garçon est modérément démocrate…
Sans oublier des considérations sur les modes éducatives, qui enthousiasmeront ceux qui savent que le règne du Crétin est arrivé : « La sociologie, cette pseudoscience descriptive qui camoufle ses insuffisances dans un brouillard de statistiques, se retranchant sur le créneau étroit entre la psychologie et l’anthropologie. Le genre de non-sujet que tant d’Américains choisissent pour justifier quatre années d’insignifiance intellectuelle destinées à prolonger l’adolescence ».
Une arme basque méconnue
La gamine au cœur de l’intrigue — une certaine Hannah Stern — venue demander de l’aide à Nicholaï, permet de dresser le portrait d’une génération entière. Elle a « cette soif désespérée de notoriété qui conduit soudain acteurs et artistes incapables de retenir l’attention du public par la vertu de leurs seuls talents à découvrir des injustices sociales jusqu’alors insoupçonnées ». Comment lui faire comprendre qu’une cause n’a de sens que si le style que l’on emploie pour la défendre est esthétiquement juste ? « La plupart des jeunes gens de votre âge sont si profondément absorbés par leurs problèmes individuels — si préoccupés de leur univers personnel — qu’ils sont incapables de percevoir que le style et la forme sont l’essentiel, que la substance n’est qu’une illusion transitoire. L’important n’est pas ce que vous faites, mais comment vous le faites ».
Je ne vous expliquerai pas comment le héros se dépêtrera des tentacules de la Mother Company, et punira un prêtre délateur d’un coup de makila (ce bâton de marche basque qui dissimule une lame dans son manche, et qui non seulement est en vente libre à l’Atelier Ainciart Bergara, situé à Larressore, dans les Pyrénées-Atlantiques, mais a été classé à l’Inventaire du Patrimoine immatériel en France — ce qui devrait suffire à justifier le fait que vous en possédiez un…), et remportera finalement la partie. Ce roman, traduit en France en 1981, était introuvable. Les éditions Gallmeister l’ont réédité il y a tout juste un an, il est encore sur tous les rayons des librairies, je vous laisse juges de la décision qui s’impose.
Trevanian, Shibumi, Gallmeister / Totem, septembre 2023, 605 p.
Trevanian, La Sanction, Gallmeister, 2017, 336 p.
Clint Eastwood, La Sanction, DVD.
Pat Perna et Jean-Baptiste Eustache, Shibumi (BD), Les Arènes, septembre 2022, 215 p.
La rentrée des médias audiovisuels signe le retour de quelques figures exaspérantes du petit écran. Mais, gare à ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Si les médias conservateurs ont bien raison de critiquer les indignations prévisibles et le sectarisme de vedettes de la télé penchant singulièrement à gauche, attention: il existe aussi une pensée unique à droite. Le commentaire de Philippe Bilger.
Si je voulais, je pourrais chaque jour écrire un billet sur la situation politique singulière qui est en train d’endormir ou d’énerver les Français.
Commence à monter, contre Emmanuel Macron, le reproche de n’avoir pas purgé d’emblée l’option du gouvernement NFP avec Lucie Castets comme Première ministre. La censure serait tombée au bout de 24 heures et on n’en parlerait plus ! Pourtant je continue à penser que la méthode choisie par le président et ses critères n’étaient pas aberrants, et je pourrais répéter ce que je disais fin juillet avant les Jeux olympiques: « Il n’y a pas de médaille d’or pour la vitesse politique » ! Je concède cependant que la critique de François Bayrou le blâmant pour avoir discuté avec les partis[1] alors qu’il s’agissait de sa seule responsabilité peut être entendue.
Le « panthéon des exaspérants » de Valeurs actuelles
Après ce préambule on voudra bien me pardonner de quitter le champ de cette actualité sans cesse brûlante au profit d’une analyse médiatique que le hasard de la rentrée me permet de proposer. En effet, revenu à Paris, j’ai pu prendre connaissance de plusieurs numéros de Valeurs actuelles, dont celui du 25 au 31 juillet consacré en particulier au thème de « La télé qui rend fou ».
Après un excellent article d’Édouard Lavollé dénonçant quelques personnalités médiatiques ignorant le pluralisme et diffusant un catéchisme progressiste jamais questionné – la suffisance d’un Yann Barthès aurait mérité d’être mise en exergue -, ce que l’hebdomadaire qualifie de « panthéon des exaspérants » est passé au crible sur un mode plus ou moins talentueux : Gilles-William Goldnadel s’est chargé de Patrick Cohen, Charles Consigny de Pablo Pillaud-Vivien, Frank Tapiro de Karim Zéribi, Geoffroy Lejeune de Jean-Michel Aphatie et, enfin, Eric Naulleau de Gilles Verdez.
Je connais les « procureurs » et plus ou moins leurs « victimes ». Rien de ce que j’ai lu n’est choquant, outrancier, encore moins insultant – j’aurais même été tenté, pour tel ou tel, d’être plus acerbe – et pourtant je n’ai pu dissimuler un malaise intellectuel face à cet exercice collectif. Celui-ci m’est apparu injuste dans sa sélection. Quoi qu’on pense de Patrick Cohen et des contradictions que sa pratique professionnelle souvent orientée peut susciter, je ne l’aurais pas mis sur le même plan que les autres. Certes, comme Jean-Michel Aphatie, on l’a connu adepte d’une discrimination : ne devaient être invités dans les émissions que ceux qu’il estimait décents et convenables. Selon ses seuls critères. Mais il n’empêche que c’est aller trop loin que de le traiter « d’exaspérant ».
Cette rectification opérée, quelque chose d’autre, de plus fondamental, m’aurait détourné du bonheur apparent de pouvoir m’exprimer en toute liberté sur des personnalités que professionnellement je côtoyais. Non pas la peur ou la timidité, non pas non plus le risque de dégrader encore davantage des relations déjà fragilisées.
Comme un boomerang
Mais seulement la conscience que m’autorisant dans mon registre une totale liberté, il convenait que j’acceptasse la rançon de celle-ci : l’infinie diversité, pour le pire ou le meilleur, de mes partenaires médiatiques. Qu’on le veuille ou non, il y avait, dans ces cinq jugements, au moins l’envie de démontrer une supériorité, la certitude implicite que les uns étaient meilleurs que les autres. Pour être sans doute vraie, cette perception éclairant chacune des analyses, ne devait cependant pas les priver de cette modestie élémentaire car leurs cibles auraient pu tout aussi bien dresser d’eux un portrait négatif – ou au moins contrasté.
Je suis d’autant plus sensible à ce risque de réciprocité que, aussi susceptible que je puisse être, j’ai toujours compris que les critiques que je formulais reviendraient peut-être à mon encontre comme un boomerang. Et que j’aurais à les accepter.
Dans la vie intellectuelle et médiatique, il me semble que nous n’avons pas le choix. Les idées sont faites pour être discutées, contredites ou approuvées. Avec l’élémentaire courtoisie de bien écouter l’autre avant. Certes on peut être plus qu’agacé par la manière dont certains conçoivent le débat, le simplifient à l’extrême ou le fuient. Mais il faut tenir et ne pas chercher d’autre remède que sa propre parole en réplique. J’essaie de m’imaginer face à la mission d’écrire tout le mal que je pense de certains. Passée l’exaltation du droit à une sincérité sans nuance, je suis sûr que je n’échapperais pas, dans les rapports humains, à cette interrogation fondamentale sur la paille et la poutre. Dans quel œil la première, dans quel œil la seconde ?
Les chaises musicales de la télé Qui dit rentrée télé dit jeu des chaises musicales pour nos journalistes et animateurs vedettes… Voici les mouvements notables de cette année : – Julien Arnaud quitte TF1 pour animer « Télématin » sur France 2, à la place de Thomas Sotto. Flavie Flamand co-animera l’émission matinale. – Thomas Sotto, critiqué par son équipe de « Télématin » la saison dernière, animera lui la matinale de RTL – Patrick Cohen est de retour à France Inter où il proposera un édito politique chaque matin à 7h40 – Sur la même antenne, le très woke Matthieu Noël voit son émission prolongée d’une heure. L’émission animée l’année dernière par Marie Misset, Marine Baousson et Maïa Mazaurette en remplacement de la bande de Charline Vanhoenacker n’a jamais trouvé son public. – Malgré la polémique monstre déclenchée par Guillaume Meurice dans son émission satirique l’année dernière, concernant une blague sur le prépuce du Premier ministre israélien, Charline Vanhoenacker retrouve une chronique quotidienne sur l’antenne publique, chaque matin, à 9h45. – Guillaume Meurice reconstitue l’équipe déchue de Melle Vanhoenacker sur Radio Nova, le dimanche soir. – Benjamin Castaldi est chargé de relancer la matinale d’Europe 2. – L’éditorialiste du Figaro Yves Thréard arrive sur BFMTV le vendredi soir (« Tous contre Thréard! ») … • La rédaction
Pyongyang se lasse des tracts et clés USB pleines de propagande, envoyés par des militants sud-coréens par-delà la frontière. Si la Corée du Sud «procède simultanément à la dispersion de tracts et à la diffusion par haut-parleur de provocations au-delà de la frontière, le pays sera sans aucun doute témoin d’une nouvelle riposte», a menacé Kim Yo-jong, porte-parole de la Corée du Nord et sœur du dictateur Kim Jong-un, dont le régime s’illustre de son côté par l’envoi de ballons garnis de mégots de cigarettes, de papier hygiénique ou d’excréments d’animaux chez son voisin.
Au mois de juillet, un communiqué de l’état-major interarmées sud-coréen informait les populations que des ballons expédiés de la Corée du Nord venaient d’atteindre le complexe présidentiel, à Séoul. Que transportaient ces ballons ennemis ? Rien d’autre que des déchets, des ordures.
PQ contre K-Pop
Ce n’était pas la première fois que de semblables cadeaux tombaient du ciel, mais jamais encore la présidence n’avait été menacée d’aussi près. Immédiatement, des équipes spécialisées dans la détection et le traitement de substances chimiques ont été dépêchées et des messages ont été diffusés en boucle dissuadant les habitants de toucher ces cochonneries. Pourquoi l’envoi d’ordures et pas d’autre chose ? Dans la logique de Pyongyang, il s’agirait d’une espèce de réponse du berger à la bergère, des militants sud-coréens n’ayant de cesse de faire passer au Nord des éléments de propagande, notamment des enregistrements de ces musiques et chorégraphies K.pop qui font fureur, paraît-il, dans le monde entier et qui, pour la dictature communiste pure et dure du jovial Kim Jong-un ne sont évidemment que le pire des ordures produites par le monde capitaliste. Ordures contre ordures, en quelque sorte.
Une once d’humour dans les relations envenimées entre les deux parties, serait-on tenté de croire.
Défense de rire
Vu d’ici, hors de portée olfactive, ce pourrait être drôle. À ceci près que cette manière nouvelle de procéder au traitement des déchets n’a fait qu’envenimer davantage une situation qui n’en avait nul besoin. Le Sud a aussitôt intensifié la diffusion de sa propagande au Nord, suspendu l’accord militaire de décrispation qui, vaille que vaille, avait fini par s’imposer, et repris les exercices à balles réelles en limite de la zone démilitarisée séparant les deux pays. Quant au Nord, il s’est empressé de pointer sur l’ennemi deux-cent cinquante nouveaux missiles balistiques. Ces ordures high tech des temps modernes et des bellicistes compulsifs.
La discrétion estivale de l’ancien président de la République, pourtant très friand des combinaisons politiques les plus sophistiquées, est étrange. En juin, en campagne pour les législatives, il demandait à l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon de «se taire» pour «vraiment rendre service au Nouveau Front populaire». Alors que de nombreux sujets de fond les opposent, et alors que la plus proche conseillère de Jean-Luc Mélenchon Sophia Chikirou a depuis comparé le hollandisme à des «punaises de lit», bizarrement, le socialiste n’intervient pas dans le débat politique agité de la rentrée.
Loin de moi l’idée d’offenser François Hollande, que j’avais beaucoup apprécié aussi bien lors de l’entretien qu’il avait bien voulu m’accorder dans « Bilger les soumet à la question » que dans sa périphérie aimable et spirituelle. Toutefois je ne voudrais pas qu’on s’interrogeât sur lui en doutant non seulement de son rôle présidentiel – avec le constat amer tiré par lui seul qu’il ne pouvait pas se représenter – mais de l’importance de sa nouvelle fonction de député au sein du groupe socialiste. Celui-ci, inséré dans le Nouveau Front populaire (NFP), se montre alternativement dans la soumission à Jean-Luc Mélenchon puis dans sa détestation. J’avoue qu’au cours des péripéties de ces dernières semaines concernant le président de la République, ses rapports avec le NFP, les tensions entre LFI et les socialistes, toutes les éventualités pour la désignation d’un nouveau Premier ministre et, plus globalement, le rôle d’Emmanuel Macron lui-même, j’aurais aimé l’entendre. Il n’a pas dit un mot et son étrange discrétion peut s’expliquer de plusieurs manières.
– Laisser passer un peu de temps après son élection comme député et sa validation d’une alliance où LFI semblait occuper la part du lion. Alors que beaucoup espéraient de sa part, et pas seulement à gauche, une parole forte et exemplaire en raison de ses prises de position nettes à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon.
– Faire preuve de modestie et presque d’effacement de peur de se voir reprocher au contraire une omniprésence, presque une arrogance qu’on aurait imputées à l’exercice de son mandat présidentiel même défaillant.
– Ne pas risquer de faire surgir publiquement une voix discordante au sein du groupe socialiste, ce qui n’aurait pas manqué d’aggraver les relations notoirement mauvaises qu’il a avec Olivier Faure.
Je ne crois pas qu’avec sa personnalité aux antipodes de celle que des médiocres sans discernement se plaisent à tourner en dérision, il ait eu pour ambition seulement la fonction de député, même si son bonheur conjugal l’a peut-être rendu moins réactif à l’égard de ce qu’une existence partisane exige. La gloire, alors, non pas le deuil éclatant du bonheur selon la formule magnifique de Madame de Staël mais son contraire : le bonheur comme un adoucissement consenti et bienfaisant des combats partisans.
Il n’est pas impossible pourtant, quand le paysage politique se sera décanté, que François Hollande réapparaisse dans sa subtilité, son intelligence, sa passion des compromis et d’une modération qu’il voudrait toujours vigoureuse. Député pour rien, après avoir eu le courage de revenir d’une humiliation qui aurait pu être irréversible, ce n’était vraiment pas l’hypothèse la plus plausible ! Je ne l’imagine pas se priver, à sa manière, avec une douceur acide, de tout ce qu’il pourra accomplir à titre personnel pour se venger d’Emmanuel Macron qui n’a cessé, avant de devenir président, de lui mentir et de le faire tomber dans une naïveté voire un aveuglement qui n’étaient pourtant pas son genre. Je constate, en écrivant ce billet, que Michel Richard, que j’apprécie, a traité dans Le Point le même sujet : l’apparente passivité de François Hollande. L’ancien président mérite bien de susciter ce double intérêt. À quoi sert-il ? Ayons de la patience.
Trois ans après leur retour au pouvoir, les talibans promulguent une nouvelle loi pour « promouvoir la vertu » et interdisent notamment aux femmes de chanter en public.
C’est le chœur tragiquement silencieux des femmes afghanes. Ces femmes désormais condamnées au silence. C’est le chœur des esclaves asservies par les talibans, mâles fanatiques, débiles, perdus d’âme et d’esprit, coupables d’abyssales folies mystiques, dont la plus pernicieuse de toutes : enchaîner la divinité à leur propre délire.
Ils interdisent désormais aux femmes – leurs mères, leurs épouses, leur sœurs, leurs filles – de faire entendre le son de leur voix en public. Ailleurs donc que dans la sphère carcérale du logis. Un pas de plus – un pas de trop ? – dans l’effroyable entreprise de négation de la femme en tant qu’être, en tant que personne, en tant que membre à part entière de l’humanité.
Que serait un monde où l’on n’entendrait plus la musique de la voix féminine ? Un asile immonde à peu près aussi peu vivable que celui dont on aurait éradiqué le chant des oiseaux.
Avec cet interdit, un stade suprême est atteint dans le registre de la barbarie. On se demande quel prodige nihiliste rend possible la conception et la mise en acte d’une telle haine. Haine qui, au fond, n’est sans doute que la réponse pitoyable à une peur viscérale, névrotique, psychotique de la femme, l’inaccessible femme, la femme nimbée de mystère. La femme dont tout mâle sent bien de quelle force d’âme elle est riche.
Mais qu’importe le diagnostic face à la monstruosité du fait.
Cette fois plus que jamais, il ne faudrait pas que seul le silence de la lâcheté occidentale réponde au silence de la barbarie. Oui, cette fois plus que jamais, on attend que les femmes d’ici, les femmes musulmanes en premier, évidemment, mais aussi toutes les autres (Parmi elles les féministes d’estrade, enfin! Se déroberont-elles comme si souvent ?), descendent par milliers, par millions dans la rue et fassent entendre leur voix ! Qu’elles chantent assez fort pour que, là-bas, à Kaboul et partout où c’est nécessaire, résonne le chœur des femmes libres…
Ou alors faudra-t-il attendre l’étape suivante dans l’escalade monstrueuse, à savoir couper la langue des petites filles dès le berceau pour être bien certain qu’on n’aura pas à affronter la peur d’entendre leur voix ? Tout comme, ailleurs, sous d’autres cieux et d’autres mœurs qu’on voudrait parfois nous présenter comme aussi dignes de respect que les nôtres, on excise les fillettes pour les priver du bonheur de jouir. Les priver de voix, les priver de plaisir. Autrement dit, réduire la femme à un objet, à une chose tout juste bonne à servir le mâle et à mettre bas. Qu’on n’aille pas se raconter d’histoires. Au point où nous en sommes, l’enjeu, pas si loin de chez nous, est bel et bien celui-là.
Devant la recrudescence des actes antisémites dans le pays, des juifs se demandent s’il ne faut pas partir. Les discours républicains volontaristes de nos hommes politiques semblent inopérants et un peu creux pour contrer le phénomène.
Chère Elisabeth, Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai entendu les propos que tu as tenus avant-hier sur CNews au micro de Thierry Cabannes face à Julien Dray dans l’émission « Face à face »[1]. Des propos forts, émouvants, qui m’ont retourné l’esprit et les tripes au point de me pousser à t’écrire cette lettre. Une lettre que j’aurais aimé ne jamais écrire mais, vu la gravité de la situation pour toi et tous les Français juifs, je n’ai pas pu m’empêcher de l’écrire. « Cela fait des mois que je me dis que je ne finirais pas ma vie dans mon pays ». Tel est le propos que tu as tenu, un propos qui m’a révolté et mis hors de moi. Un propos qui est malheureusement la triste réalité pour nombre de Français juifs, et ce depuis des années, les alyas, l’émigration vers Israël, se multipliant vu le climat subi par nos compatriotes juifs (je ne parle pas de communauté puisque la République ne reconnait que des citoyens).
Climat nauséabond
Un climat nauséabond qui a empiré depuis des années avec nombre d’attentats antisémites, de la rue Copernic à La Grande-Motte en passant par Toulouse, la rue Rosiers ou l’Hyper Cacher. Des attentats ayant pour dénominateur commun le conflit au Proche-Orient et l’islamisme – un conflit au Proche-Orient dans lequel nos compatriotes juifs n’ont aucune responsabilité et un islamisme qui sème la mort partout où il passe.
Un conflit au Proche-Orient dans lequel les Français juifs ont toujours été exemplaires, puisqu’ils n’ont jamais commis le moindre acte hostile contre une mosquée ou des musulmans après les nombreux actes terroristes commis dans l’État hébreu. Une réalité qui ne marche pas dans l’autre sens, Merah ayant tué de sang-froid des enfants pour « venger les enfants palestiniens » comme le terroriste de la Grande-Motte a mis le feu à une synagogue pour Gaza qu’il ne sait probablement pas situer sur une carte… Mais pour certains, les juifs sont fautifs, même si le 7 octobre ils ont été victimes du plus grand pogrom depuis la Seconde Guerre mondiale. Les mêmes qui parlent de génocide à Gaza alors que le Hamas, s’il le pouvait, ferait une solution finale saison 2 aux Israéliens pour faire la Palestine « de la rivière à la mer », un génocide qu’ils ont commencé le 7 octobre dernier et contre lequel Israël est en état de légitime défense.
Mais les juifs sont responsables et coupables alors que les Français juifs ne demandent, comme toi Elisabeth, qu’à vivre en paix et en sécurité en France, ce qui est un dû pour tous les membres de la communauté nationale, en particulier les plus menacés.
Une présence bimillénaire en France
Alors Elisabeth, sache que tu es française et que ta place, comme celle de tous tes coreligionnaires et compatriotes est ici. La France a une histoire juive bimillénaire puisque les premiers juifs sont arrivés en France alors que celle-ci s’appelait encore la Gaule. Les juifs alsaciens ou les juifs du comtat Venaissin font partie de notre histoire ancienne avant d’être rejoints dans notre histoire plus récente par les ashkénazes d’Europe de l’est fuyant les pogroms et les sépharades chassés après les indépendances en Afrique du nord. Des Français juifs qui se sont illustrés dans les arts, la culture, les sciences, l’entrepreneuriat sans jamais ou presque faire de revendications communautaristes. Des Français juifs qui se sont illustrés aussi les armes à la main, en défendant la France. Il y aura 110 ans le 29 août, le rabbin Abraham Bloch mourait sous les tirs allemands alors qu’il portait un crucifix à un poilu mourant qui le suppliait de lui donner l’extrême-onction alors qu’aucun aumônier n’était présent. Un moment de fraternité française unique, très peu de temps après que la lèpre antisémite ait frappé la France lors de l’affaire Dreyfus. Alfred Dreyfus qui faisait partie d’une famille juive d’Alsace ayant choisi « l’option française » après l’annexion de l’Alsace-Moselle, preuve de son patriotisme incontestable. Alors chère Elisabeth ne pars pas et je profite de cette lettre pour dire à nos compatriotes juifs que leur place est ici, que la France a besoin d’eux et qu’on les aime. Je t’embrasse et te dis à très vite.
«Cela fait des mois que je me dis que je ne finirais pas ma vie dans mon pays» à cause de la multiplication des actes antisémites en France, déplore Elisabeth Lévy, dans #FaceafaceETEpic.twitter.com/bdEWH4BZci
Pendant que la chanteuse un peu mièvre Angèle chante « Bruxelles, je t’aime », jusqu’au paysage politique de la capitale belge change du tout au tout…
L’irruption sur la scène politico-médiatique de Fouad Ahidar, autrefois socialiste flamand, pourrait être un tournant politique majeur en Belgique. Aux dernières élections de juin, son parti a obtenu trois députés bruxellois (et un élu au Parlement flamand) après une campagne menée à destination de la communauté arabo-musulmane. L’homme, qui est l’objet d’une plainte après avoir qualifié les juifs de « psychopathes » et qui a décrit les événements du 7 octobre comme une « petite réponse d’une partie du Hamas », est le nouvel étendard du vote communautaire. À terme, il pourrait s’accaparer une part grandissante des suffrages dans une capitale où se côtoient toutes les nuances d’un islamo-gauchisme plus que jamais soudé par les événements au Proche-Orient.
Inquiétant contexte
Remettons-nous dans le contexte bruxellois. Plus que nulle part ailleurs, l’antisionisme et la dénonciation d’Israël y sont souvent le cache-sexe de sentiments bien plus fangeux. La recrudescence de l’antisémitisme dans la capitale belge a ainsi été clairement mise au jour par un récent sondage à l’occasion duquel 22 % des « Bruxellois » ont déclaré leur aversion pour les Juifs ; 41 % que ceux-ci contrôlent la finance et 40 % qu’ils dirigent les médias – pourtant plutôt complaisants à l’égard la cause palestinienne, sans oublier le boycott par la chaîne publique flamande de la chanteuse israélienne à l’eurovision.
Tel un symbole, le professeur israélien Elie Barnavi, partisan de la création d’un Etat palestinien et peu suspect de sympathies politiques à droite, fut empêché, peu avant la trêve des confiseurs, de tenir une conférence à l’Université libre de Bruxelles : lui, l’allié de la cause palestinienne, était donc déclaré persona non grata, en raison de sa nationalité et de ses origines, soit la définition même du racisme. S’il n’y avait pas eu ça et là quelques drapeaux LGBT, on pourrait écrire que le campus de l’ULB fut alors devenu, pendant plusieurs semaines, une mini-bande de Gaza : les drapeaux palestiniens pendirent aux fenêtres de bâtiments dégradés par les activistes ; le keffieh fut porté avec ostentation ; les slogans, jusqu’aux plus nauséabonds, fusèrent comme autrefois les chants estudiantins ; on y utilisa davantage le terme « génocide » que l’expression « libération des otages » ; la violence n’était jamais loin, jusqu’à l’agression de deux étudiants portant le drapeau israélien ; le rectorat mit fin aux accords de recherche avec les universités israéliennes et les professeurs se mirent au diapason : pour soutenir « la cause », certains ont déclaré vouloir faire la « grève de la surveillance » lors des examens (« étudiants, trichez, c’est pour la bonne cause ! »).
La lutte des races supplante la lutte des classes
Il n’est dès lors pas étonnant de constater que l’islamo-gauchisme se transforme toujours plus clairement en gaucho-islamisme ; autrement dit, la lutte des classes passe au second rang, derrière l’affirmation religieuse. Bruxelles avait été la pionnière en faisant élire, il y a quinze ans, la première femme voilée dans un Parlement en Europe : Mahinur Özdemir, représentante du Centre démocrate humaniste (aujourd’hui Les Engagé-e-s) et présentée alors comme parangon de la diversité heureuse, a depuis été écartée de la vie politique en raison de son abnégation à refuser de reconnaître le génocide arménien et a rejoint le gouvernement… turc de Recep Tayyip Erdogan. À la même époque, les Loups gris turcs faisaient déjà de l’entrisme sur les listes, et certains députés militaient pour la libération d’Oussama Attar qui deviendrait plus tard le cerveau des attentats de Paris.
Entretemps, de nouvelles figures, toujours plus nombreuses, ont émergé. C’est le cas notamment de Ridouane Chahid, bourgmestre (= maire) socialiste d’Evere, une des dix-neuf communes bruxelloises, à la Tabaâ tamponnée sur le front (marque indiquant une grande assiduité religieuse), qui a fait hisser un drapeau palestinien au fronton de sa maison communale. Mais on n’est plus à cela près : l’ancienne co-présidente d’Ecolo fut maintenue en place après avoir relayé sur ses réseaux sociaux une comptine appelant à « tuer les fils de Sion » ; elle ne fut poussée que récemment vers la sortie en raison des… mauvais résultats de sa formation politique (dus entre autres à un wokisme délirant et une politique de mobilité désastreuse).
Les autres élus ne semblent pas s’en alarmer outre mesure et se complaisent dans le rôle d’idiots utiles. Ainsi en est-il, par exemple, de l’écologiste Alain Maron : dans une interview surréaliste, celui qui était encore ministre a déclaré, sans nuance, que l’ « islam est pour l’égalité hommes-femmes et le droit à l’avortement ». Et que dire de Défi, parti ouvertement laïc qui, pour rester dans le précédent gouvernement, ferma les yeux sur une affaire de port du hijab dans une société publique ? Tout ce petit monde tente aujourd’hui de former un gouvernement régional bruxellois : face au blocage, il se murmure que les socialistes flamands pourraient vouloir y intégrer la formation de Fouad Ahidar. Ce dernier sait que le temps, à court et à long terme, joue en sa faveur. Dans tous les cas, il a déjà annoncé vouloir présenter des listes aux élections communales qui se tiendront en octobre. Il reste à voir si celles-ci connaîtront la voie de l’éphémère parti Islam qui avait eu pour vocation d’instaurer la charia en Belgique ou celle de leurs homologues qui, au Royaume-Uni commencent à faire de l’ombre aux travaillistes. Quoi qu’il en advienne, les partis « du système » commenceront peut-être alors à se mordre les doigts d’avoir longtemps joué une carte communautaire qui commence à leur échapper.
Elections présidentielles américaines. Personne ne pensait que la convention démocrate de Chicago qui a vu Kamala Harris officiellement investie candidate du parti à la présidentielle de novembre se déroulerait aussi bien. Une vraie « parenthèse enchantée » ! Récit et réflexions.
L’image d’unité joyeuse et déterminée, la chorégraphie réglée au cordeau avec le public qui agite la bonne banderole et l’orateur la bonne intonation au bon moment. Le changement de «pitch» de la voix, la plaisanterie apparemment spontanée, l’évocation d’un passé forcément émouvant, le rappel de la grandeur des Etats Unis et c’est le tonnerre d’applaudissements au moment prévu.
Place aux professionnels
Il y avait bien sûr sur la scène de grands professionnels de la communication tels les époux Obama ou Clinton, Oprah Winfrey ou Alesandria Ocasio-Cortez (AOC) mais les «spin doctors» du spectacle politique américain sont remarquables et de nouveaux venus dans ce showbiz particulier ont appris les codes avec dextérité. Rien d’ennuyeux dans le discours de Tim Walz, le candidat à la vice-présidence, ce gouverneur du Minnesota qui ne nous dit rien de son travail de gouverneur, mais qui est parfait comme représentant de l’Amérique rurale, comme professeur d’école, comme soldat dans la Garde Nationale et encore plus comme coach sportif, cochant ainsi toutes les cases du bon sens, de la solidarité et du goût de l’effort.
Quant à Douglas Emhoff, il a été parfait dans la tâche qui lui était assignée de présenter de son épouse Kamala Harris l’image la plus chaleureuse possible. Ce n’est pas en France que le conjoint d’une femme politique aurait détaillé à son auditoire la « blind date » qui lui a permis de faire la conquête de sa future épouse. Maniant l’autodérision (« ma mère est la seule personne au monde qui pense que c’est Kamala qui a eu de la chance de m’avoir pour époux ») et assumant joyeusement sa position subordonnée, il a probablement beaucoup fait pour gagner le vote féminin. Nul doute que tel était l’objectif de son discours.
Il y avait dans ces quatre journées de Convention Démocrate à Chicago une impression d’alignement des planètes qui fait penser aux Jeux Olympiques de Paris. Qui aurait imaginé que cela se déroulerait aussi bien ? Mais une fois les Jeux finis, la France reste embourbée dans le marécage post-électoral de notre microcosme. Le Parti Démocrate, lui, semble sortir des oubliettes et les conséquences pour le monde peuvent être majeures.
Il y a cinq semaines, Joe Biden annonçait sa décision de ne pas se représenter à l’élection présidentielle américaine à la surprise générale. Il était alors largement donné perdant face à un Donald Trump qui, une semaine avant cette décision, avait échappé à un attentat de façon que beaucoup de ses partisans étaient disposés à considérer comme miraculeuse et qui, trois jours avant, avait été triomphalement désigné comme candidat républicain.
Biden a exprimé son soutien à la candidature de sa vice-présidente, mais cela apparaissait comme un soutien par défaut: aucun candidat démocrate ne s’était présenté contre le président en exercice et il était politiquement suicidaire d’écarter la candidature de la vice-présidente, une femme originaire de la diversité. Cependant, le travail spécifique qui lui avait été assigné par Biden, réduire l’afflux vers les Etats-Unis d’immigrants illégaux en provenance de l’Amérique centrale, avait largement été considéré comme un échec et n’avait pas généré non plus beaucoup de sympathie chez ses interlocuteurs d’Amérique latine. Quant au reste, la part de Kamala Harris dans les choix de la présidence Biden semble minime, en dehors du hasard qui a fait que son vote au Sénat, qu’elle présidait statutairement, avait été décisif pour le passage de plusieurs lois importantes dans une assemblée précisément divisée en deux.
Le terme de «administration Biden Harris », largement utilisé par les orateurs lors de la convention démocrate parait donc quelque peu exagéré…..
Les classes moyennes et les libertés choyées
Joe Biden, comme tous les orateurs de la convention, s’est félicité du bilan économique de sa présidence, auquel ont contribué des investissements massifs réalisés par l’Etat, une hérésie évidemment pour les libertariens tels Robert Kennedy Jr, qui en difficulté financière après une candidature personnelle absurde, vient de se rallier logiquement à Trump (lire à ce sujet l’analyse signée Pierre Clairé sur notre site NDLR). Mais les faits sont là, le chômage est résorbé, l’inflation sous contrôle et la production augmente. Sur le plan économique, les Etats-Unis ne sont pas en déclin et le terme de grande présidence, que beaucoup ont prononcé, n’était peut-être pas seulement une flatterie accordée au président sortant.
Les orateurs, s’ils ont peu parlé d’économie, ont beaucoup honoré la classe moyenne, qui serait mise en danger par le programme républicain de soutien aux « gros »: big Pharma, big Oil, big Tech… sous le mantra de la liberté d’entreprendre.
C’est là le noyau des oppositions entre démocrates et républicains, et les préoccupations de l’électorat démocrate relèvent aussi des « libertés » : liberté de se soigner, d’habiter sous un toit, de ne pas être victime d’une fusillade, de manger à sa faim, d’éduquer ses enfants, de choisir ses amours et sa vie reproductive et de ne pas être discriminé par son origine.
La convention a été un immense succès pour le parti démocrate, donné perdant à la suite des moments confusionnels de Joe Biden dans son débat avec Donald Trump. Il parvient à rallier sans fausse note tous les élus et tous les partisans autour d’une candidate jusque-là considérée comme une vice présidente plutôt falote, et qui réapparait soudain comme une femme forte (« tough ») devant laquelle Poutine et les autres n’auront qu’à bien se tenir. Et Biden, qui a pourtant de quoi être amer, met lui-même les rieurs de son côté en constatant qu’il avait commencé sa carrière politique en étant un « trop » jeune sénateur (29 ans) et qu’il l’achèvera en étant un « trop » vieux président. Et du coup, Trump perd son meilleur ennemi…
Au cours de la convention, les allusions à la politique étrangère n’étaient pas fréquentes: Chine, Russie (hormis le dictateur Poutine), Iran, Europe, islamisme ou Otan étaient absentes si ce n’est, à petite dose, chez Joe Biden et Kamala Harris. Il y eut néanmoins deux exceptions.
La première, omniprésente, était la référence patriotique. Dans ce parti démocrate dont on pensait qu’il était grignoté par le wokisme, la déconstruction des grands discours et la repentance tous azimuts, la fierté de vivre dans un pays « particulier », le « plus grand pays du monde », était constamment rappelée et passionnément applaudie. Il ne s’agissait pas, bien entendu, de l’Amérique du Mayflower ou des Wasp, mais de ce peuple bigarré, dont Kamala Harris, de père jamaïquin et de mère indienne, mariée à un Juif de Brooklyn, est particulièrement représentative.
La seconde, c’est Gaza. Peu d’orateurs ont cité Israël, beaucoup ont parlé de Gaza et pratiquement dans les mêmes termes, de Joe Biden à Bernie Sanders : à savoir, il faut libérer les otages et parvenir à un cessez le feu. Les plus optimistes – ou les plus ignorants – ont prétendu que la paix s’ensuivrait, et après des paroles aussi profondes, le tonnerre d’applaudissements était garanti.
Pour la plupart des orateurs, c’est sous son aspect humanitaire (otages et victimes civiles) que la situation au Moyen Orient a été évoquée et non pas sous son aspect politique, avec le combat existentiel d’Israël, la menace iranienne et le danger islamiste. Cette présentation permettait un consensus en neutralisant les oppositions. Elle correspond de plus à ces « bons » sentiments populaires optimistes, confortables et naïfs : si nous voulons vraiment la paix, les « autres » finiront par la vouloir également… Comme si l’histoire du XXe siècle n’avait rien appris…
Pour qui voteront les amis d’Israël ?
Beaucoup d’amis d’Israël vont, pour leur vote, mettre dans la balance ce qu’ils croiront être l’orientation du candidat ou de la candidate vis-à-vis de ce pays. Trump a dit qu’un Juif qui voterait démocrate devrait se faire examiner le cerveau, ce à quoi certains ont répondu que c’était au Juif qui voterait pour Trump de faire cet examen. Je reprendrai ce débat psychiatrique lié à Trump, passionnant et accablant, une autre fois, mais la convention de Chicago donne l’occasion de réfléchir sur le positionnement actuel du parti démocrate
Une première constatation: Joe Biden est un véritable ami d’Israël. On sait que ses relations avec Benjamin Netanyahu, qu’il connait depuis 40 ans, ne sont pas toujours au beau fixe. C’est une litote, et les exemples ne manquent d’ailleurs pas d’Israéliens auxquels on pourrait appliquer la même remarque dans leurs relations avec leur Premier Ministre. La stratégie militaire israélienne a pu être impactée par les réticences américaines. Il n’en reste pas moins que les Etats-Unis ont fourni à Israël une aide en matière d’armement, un déploiement préventif de forces, un soutien diplomatique et une coordination sécuritaire exceptionnelle.
Un tel soutien a provoqué des réactions hostiles chez certains électeurs démocrates dits progressistes, certains universitaires, beaucoup d’étudiants, ainsi que dans la communauté arabo-musulmane et plus généralement chez ceux qui font des Palestiniens le parangon des opprimés de ce monde. Cette hostilité a conduit à l’intérieur du parti démocrate à un mouvement de désapprobation de Joe Biden, avec une nouvelle catégorie d’électeurs envoyés à la Convention, les non-engagés (« non-committed »), venus sans mandat de vote pour Joe Biden. Il s’agit d’environ 700 électeurs sur 15 000, donc moins de 5%.
La « Squad » est un petit groupe très médiatisé de représentants élus (et surtout de représentantes) démocrates progressistes et propalestiniens : OAC est la plus célèbre mais elle n’est pas la plus agressive envers Israël (elle est même critiquée pour cela), bien qu’elle utilise sans honte et en toute ignorance le terme de « génocide ». Deux des membres les plus connus de la Squad viennent de perdre leur campagne pour la nomination du parti aux prochaines élections législatives. Le groupe n’est pas en croissance.
La palme de la haine anti-israélienne va à deux députées de la Squad bien installées dans leur circonscription. Ilhan Omar, née réfugiée somalienne est élue à Saint Paul (Minnesota) où s’est installée une importante communauté somalienne. Rashida Tlaib, fille de réfugiés palestiniens est l’élue de Daerborn Michigan. Daerborn, dans la banlieue de Detroit, est la ville de Henry Ford dont le Daerborn Independant avait été entre 1919 et 1927 le pire brûlot antisémite de l’histoire américaine. Aujourd’hui, c’est la capitale de l’islam américain. Rashida Tlaib a été une des organisatrices de la grande marche pour la Palestine où 2000 manifestants sur les 30 000 espérés ont défilé à Chicago au début de la Convention. Bien que Joe Biden ait dit que les manifestants avaient eux aussi des arguments à faire valoir (le nombre de victimes gazaouies), cette manifestation fut un échec et n’a pas influencé le déroulement de la Convention.
Au cours de cette Convention, les parents d’un otage isralo-américain, Hersh Goldberg Polin, ont prononcé un discours qui a amené les larmes aux yeux de nombreux délégués. Il ne faut pas se tromper: l’assistance aurait pleuré de la même façon en écoutant les plaintes d’un gazaoui, lequel aurait certainement omis de signaler la responsabilité du Hamas dans le calvaire de la population. Mais il faut constater que les organisateurs de la Convention démocrate ont refusé de faire venir des Palestiniens au micro. Les cadres démocrates restent dans leur très grande majorité des soutiens d’Israël, comme le confirment les votes bipartisans au Congrès et les sondages dans la population, contrairement à ce que pourraient faire penser des medias américains le plus souvent critiques d’Israël. Cet air nous est connu…
Qu’en est-il, enfin et surtout, de la candidate démocrate et de son colistier? Tim Walz, gouverneur d’un Etat dont la capitale a une forte présence musulmane, a tissé des liens avec des responsables musulmans locaux. Il a pris la parole lors de manifestations contre l’islamophobie. Mais il entretient également des liens étroits avec les représentants locaux de la communauté juive. De 2007 à 2019, alors qu’il était membre du Congrès américain, il a constamment voté en faveur d’Israël.
Quant à Kamala Harris, elle a déclaré lors de son discours d’acceptation à Chicago: « Je défendrai toujours le droit d’Israël à se défendre, car le peuple d’Israël ne doit jamais plus faire face à l’horreur qu’une organisation terroriste appelée Hamas a causée le 7 octobre ». Ces paroles sont en phase avec toutes ses déclarations antérieures, notamment son discours de 2017 à l’AIPAC où elle affirmait qu’en aucun cas Israël ne devait être une question partisane et qu’il avait le droit à l’autodéfense. Elle s’était opposée au BDS ainsi qu’à la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU de 2016 qui condamnait la construction de colonies israéliennes en Cisjordanie (résolution qui avait été votée par le Conseil, car sous la présidence de Obama, la délégation américaine s’était simplement abstenue, sans mettre de veto). On peut bien entendu ajouter à cela l’ambiance familiale avec un mari dont tout indique que non seulement il est actif en matière de lutte contre l’antisémitisme, mais qu’il exprime envers Israël les sentiments positifs qui sont ceux de la grande majorité des Juifs de ce monde.
Tout cela ne préjuge pas de l’avenir. Les complexités géopolitiques, les modes intellectuelles, et surtout les réactions émotionnelles sont utilisées aujourd’hui avec habileté par les ennemis d’Israël et même un chef d’Etat surinformé peut y être sensible. Par ailleurs, la conception de l’avenir, des compromis à effectuer et des risques à prendre pour avancer vers une coexistence pacifique n’a jamais fait consensus en Israël même. On peut parier que Ben Gvir ne serait pas l’interlocuteur rêvé de Kamala Harris…
Enfin, la menace iranienne existentielle pour Israël est plus lointaine pour Washington et il n’y manque pas de diplomates qui n’attendent qu’un signal pour reprendre du service et chercher à apaiser les mollahs. Il n’en reste pas moins que dans son discours de Chicago, Kamala Harris a dit que pour défendre les intérêts des USA, elle n’hésiterait pas à décider de toute action nécessaire, quelle qu’elle soit, contre l’Iran et les terroristes soutenus par l’Iran.
Certains présentent de façon très sombre les conséquences d’une présidence de Kamala Harris en ce qui concerne l’avenir d’Israël et considèrent que ceux qui la soutiennent sont des naïfs inguérissables. Pour ceux qui pensent que les relations entre Israël et les Etats-Unis sont trop importantes pour dépendre des foucades d’un président narcissique et lunatique, sa candidature donne tout de même aujourd’hui matière à soulagement.
Celle qui est passée de la musique pop au « prog rock », et ensuite à la chanson engagée, est partie le 23 août. L’anarchiste de gauche qui, après un période yéyé et après avoir voulu « détruire complètement la chanson classique, avec refrain et couplets réguliers » en chantant avec des cris et des onomatopées, restera aussi dans les mémoires comme une des grandes interprètes du répertoire français. L’hommage de Patrick Eudeline.
Les Carabiniers ? Qui se souvient de ce Godard somme toute mineur ? 1964. Notre homme tourne. Beaucoup, peut-être trop. Entre indispensable et anecdotique. Les Carabiniers vaut pour son « engagement », son air du temps. C’est le premier film ouvertement politique du Jean-Luc. Et pour le visage de Catherine Ribeiro. Comme Chantal Goya, comme Anna Karina, on la remarque. Godard a le chic pour les actrices brunes, pour les dénicher de nulle part.
Patrice Moullet (sous pseudo) joue aussi dans le film : il est un des deux héros. Il a cinq ans de moins que la dame ; elle est Portugaise, née à Lyon en 1941 dans un milieu ouvrier. Lui est un Parisien, presque un branché du Drugstore. Avec Catherine, c’est le début d’une histoire qui durera quinze ans. Il sera le partenaire absolu, l’unique. Lui et Jean Van Parys la poussent à chanter. C’est l’évidence. Beauté du Diable, voix différente et indiscutable, héritée d’une mère qui aimait le fado… Comme Marie Laforêt ou Valérie Lagrange, comme Zouzou, elle sera chanteuse/actrice.
Elle signe chez Barclay. Une flopée de singles suit. Succès d’estime, comme on dit pudiquement, mais pas de hits. Les compositions originales (« Dieu me pardonne », « Rien n’y fait, rien n’y fera ») voisinent les reprises de classiques folk ou de Dylan en version française. C’est charmant, pop, éphémère et éternel. Elle pose pour Jean-Marie Périer… C’est la fameuse photo Salut les Copains. 1966. Un aréopage, un Olympe yéyé en centerfold. De Monty à Gainsbourg, de Johnny à Ronnie.
Mais les beatniks sont là, comme les premiers Maos. Tout va très vite, gronde et rue dans les brancards. Catherine fréquente la scène d’avant-garde. Kalfon, Clementi et les autres. Elle se rebelle. Pouvait-il en être autrement ? Non, elle ne sera pas une cover-girl, une autre poupée de cire et de son. Elle ne fera pas « le jeu du showbiz ».
Avec Moullet, elle fonde Alpes, un groupe de « rock progressif »… Un album suit, chez Festival. Comme Magma, le Manset de « La mort d’Orion » ou même le Vangelis de « 666 » – tous sortis la même année, 1970 – Catherine refuse le verbe et les mots, le sens. Elle rêve d’onomatopées, d’expression libre, d’indicible, d’un art free et abstrait. Et c’est ce qu’elle nous donne. Elle hurle, murmure ou susurre comme, justement, Irene Papas avec Vangelis.
Derrière elle, ou plutôt à ses côtés, Patrice Moullet s’illustre sur des instruments de l’espace qu’il fabrique lui-même. Des gaffophones ! Des percuphones ! Des cosmophones !
Mais tel qu’il est, à côté des suscités, ou des oubliés Catharsis ou Moving Gélatine Plates, l’album devient un des incontournables de l’époque. Et Alpes emmène son « prog rock » dans tous les festivals.
Bientôt, les seventies chassent ce clou. Gauchisme comme hippies ou « pop music » laissent place au rock décadent, aux seventies, au rétro. Nous sommes en 73. On en revient aux chansons, à l’attitude, on en revient au rock and roll. À tout ce que Alpes n’est pas.
Le groupe stagne. Catherine, alors, poussée par sa maison de disques, enregistre un album de reprises de Piaf. Une réussite artistique et critique, mais un échec commercial. « Le blues de Piaf »… Oh le beau concept, la belle évidence ! Quelques années plus tard, l’Américain Willie de Ville allait le clamer haut et fort. Piaf ! C’est le blues…. Le blues de Paris.
Peu après, elle tourne dans Né de Jacques Richard, avec Lonsdale et Luchini.
Comme d’autres – tant -, elle sera de gauche. Férocement. Du gauchisme swag en pull shetland façon La Chinoise, elle passera au communisme le plus austère, le plus… renfrogné ? Elle est très tôt engagée avec l’Organisation communiste internationaliste (OCI). La petite fille des sixties devient une passionaria rouge. Palestine, usines en lutte, Vietnam, Pinochet, elle est de toutes les causes. Sa beauté, cette voix, énorme, lyrique et immense : elle avait tout. Elle refuse le star système, la moindre compromission. Énervée, même, quand Mitterrand vient la voir en concert.
Sa discographie, néanmoins, est riche et elle aura parcouru toutes les scènes françaises, inlassablement. Bobino, Francofolies, Printemps de Bourges. Elle devient une des plus grandes interprètes du répertoire, de Brel à Barbara. Reconnue, bientôt culte.
Sa fin de vie sera difficile, avec une fille tox et nombre de morts autour d’elle.
Elle est partie peu de temps après Delon. Deux France qui s’en vont, que tout, quasi, opposait. Il est permis de pleurer les deux.
Chatherine Ribeiro reprend Ferrat chez Pascal Sevran.
Le président Emmanuel Macron assure qu’il n’est en rien responsable de l’interpellation – très commentée – de l’informaticien franco-russe Pavel Durov, cofondateur de la messagerie cryptée Telegram.
La dérive illibérale du macronisme signe son échec. La fin politique d’Emmanuel Macron est liée au chaos qu’il a créé, croyant en sortir vainqueur. Ce mercredi, il était toujours en recherche d’un Premier ministre suffisamment aimable pour accepter de lui sauver provisoirement la mise.
Déplorables de droite, indésirables de gauche…
Toutefois, la démission du chef de l’État devient une hypothèse crédible, tant son régime recroquevillé offense la République. En effet, non content de vouloir exclure le RN, parti qui fédère 80% des votes de droite, mais aussi le NFP et ses 7 millions d’électeurs (soit, au total, 18 millions d’indésirables !), Macron a avalisé de surcroit la généralisation d’une mise en surveillance des opinions. Dès lors, apparaît un pouvoir en rupture avec la démocratie. L’arrestation, le 24 août à l’aéroport du Bourget, du fondateur de la messagerie cryptée Telegram, le franco-russe Pavel Durov, au prétexte d’un manque de modération sur sa plate-forme, est venue ajouter un voile noir sur la liberté d’expression, qui n’est plus qu’une expression. Mardi, le président a voulu s’exonérer de cet acte de police judiciaire en assurant : « La France est plus que tout attachée à la liberté d’expression et de communication (…) Dans un État de droit (…), les libertés sont exercées dans un cadre établi par la loi pour protéger les citoyens et respecter leurs droits fondamentaux. C’est à la justice, en totale indépendance, qu’il revient de faire respecter la loi. L’arrestation du président de Telegram sur le territoire français a eu lieu dans le cadre d’une enquête judiciaire en cours. Ce n’est en rien une décision politique. Il revient aux juges de statuer ». En réalité, la législation qui a permis l’arrestation de Durov est la traduction fidèle de la volonté élyséenne de trier les idées et de faire taire.
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En choisissant, le 27 juin, de reconduire le commissaire Thierry Breton dans ses fonctions, Macron a avalisé le combat mené par l’Union européenne pour contrôler les réseaux sociaux, au nom de la lutte contre la haine et le racisme. Or ces deux termes ne répondent à aucune définition juridique et permettent toutes les censures morales. La mise en garde à vue de Durov préfigure-t-elle celle d’Elon Musk, le patron de X (ex-Twitter), lors d’un prochain passage en France ? En sommant, en vain, le milliardaire de se soumettre à la modération de l’UE, Breton a ouvert la voie à une généralisation de la répression des patrons de réseaux sociaux. Dans le même temps, Mark Zuckerberg (patron de Facebook et Instagram) a reconnu, lundi, avoir dû censurer, sous la pression de l’administration Biden, des informations liées au Covid ou à l’affaire Hunter Biden, officiellement présentée à l’époque comme une fake-news russe.
Dissidents inquiets
Cette dérive totalitaire contre les opinions dissidentes ne s’arrête pas à l’internet. L’acharnement du système macronien a encouragé l’Arcom, gendarme de l’audiovisuel, à priver NRJ 12 et C8 de leur diffusion et à mettre sous surveillance la trop libre CNews. Précédemment, c’était la chaîne russe RT France qui avait été interdite. Des journaux d’opposition comme France Soir, L’Incorrect, Causeur, Valeurs Actuelles, etc., sont eux aussi les cibles de mécanismes d’étouffement qui, s’ils ne répondent pas directement aux ordres de l’Élysée, ne sont en rien contrariants pour la macronie et sa quête hygiéniste, y compris dans le lavage de cerveau et l’opinion propre.
À la France des Lumières a succédé la France des petits flics de la pensée officielle. Face à eux, le refus d’obtempérer devient un devoir.
Grand amateur de littérature d’espionnage, notre chroniqueur ne tarit pas d’éloges sur l’œuvre de Trevanian, un Américain d’une intelligence rare, d’un cynisme accompli, ancien résident du Pays basque français — homme de goût donc, et de convictions.
Peut-être vous rappelez-vous La Sanction, un film de et avec Clint Eastwood, lancé sur la face nord de l’Eiger, en Suisse, avec une équipe dont il doit éliminer l’un des membres — sans savoir lequel. Le roman dont est tiré le film est signé Trevanian, nom de plume de Rodney Whitaker (1931-2005), honorable professeur de communication à l’université d’Austin, au Texas, romancier sous divers pseudonymes, et résident permanent du Pays basque français.
En 1979 Trevanian sort Shibumi, un roman d’espionnage qui enrobe une philosophie de la vie, des considérations d’une acuité remarquable sur l’état du monde et particulièrement celui des Etats-Unis, et une exaltation du shibumi, cet art de vivre japonais qui « implique l’idée du raffinement le plus subtil sous les apparences les plus banales ». Rien d’étonnant quand on sait que Whitaker, après avoir fait la guerre durant quatre ans en Corée, a passé du temps au Japon. Un jardin zen dans un vieux château basque vaut mieux que la brousse exubérante que vous laissez pousser autour de votre pavillon de banlieue.
Son héros, Nicholaï Hel, fils d’une aristocrate russe réfugiée à Shanghaï et d’un Allemand de passage, est un tueur exemplaire, le genre qui vous occit (ceci est une forme inventée du verbe défectif occire, goûtez-en tout le suc) avec une paille ou une carte de crédit. Autrefois formé par un maître de Go — le roman est divisé en phases du jeu le plus japonais qui soit — orphelin adopté par un général nippon qu’il se chargera de tuer au nez et à la barbe de ses geôliers soviétiques, il a longtemps été un assassin indépendant qui éliminait des cibles contre des rémunérations confortables. Le voilà désormais à la retraite, dans son château basque, se livrant à des explorations spéléologiques risquées, goûtant les charmes d’une courtisane haut de gamme qui a consenti à passer du temps avec lui, — mais rattrapé par son passé et sujet à la vindicte de la Mother Company, une firme parallèle qui chapeaute la CIA pour servir les intérêts des pays producteurs de pétrole. On voit que Trevanian ne pensait pas bien.
Considérations décapantes sur le monde
À part John Le Carré, je ne vois pas d’écrivain d’espionnage qui ait sa largeur de vues. Son héros est encore jeune quand le Japon, dévasté par la guerre, est occupé par l’armée américaine. Deux leçons à tirer du massacre. « De nombreux Japonais ne semblaient pas réaliser que c’est la propagande du vainqueur qui devient l’histoire du vaincu », premier point. Et « il apprit que tous les Américains étaient des marchands et qu’au fondement même du génie américain, il y avait l’achat et la vente. Ils vendaient leur idéologie démocratique comme des colporteurs, soutenus par le grand racket de protection des ventes d’armes et des pressions économiques. Leurs guerres étaient des exercices monstrueux de protection et d’approvisionnement ».
Écrit en 1979, le livre n’a pas pris une ride. Qu’est-ce que Whitaker, décédé en 2005, aurait pu dire de la guerre du Golfe, de l’invasion de l’Irak ou de l’actuel conflit ukrainien ?… Ou de la guerre sourde ou bruyante entre les Palestiniens et leurs voisins juifs… Les trois obstacles les plus dangereux au succès des dirigeants de l’OPEP sont, dit-il, « les efforts furieux de l’OLP pour semer le désordre afin d’obtenir une part des richesses arabes ; l’interférence stupide de la CIA et de la NSA, son antenne ; et l’insistance tenace et égoïste d’Israël à survivre ». D’où la conclusion évidente : « Nous serions tous plus heureux si le problème palestinien — et les Palestiniens avec lui — disparaissait tout bonnement ».
Un point de vue qui a tout pour choquer les progressistes actuels, tout fiérots de leur soutien au Hamas. D’autant que Trevanian est assez péremptoire sur les Arabes : « La virginité est capitale pour les Arabes, qui craignent avec raison les comparaisons ».
Il a par ailleurs sur les hommes qui dirigent la plus grande puissance mondiale un avis définitif : « C’est un truisme de la politique américaine qu’aucun homme capable de remporter une élection ne mérite de la remporter ». C’est qu’en vrai réactionnaire — c’est-à-dire en homme lucide —, il croit au génie des peuples — ou plutôt, à leur absence de génie : « L’Amérique, après tout, a été peuplée par la lie de l’Europe. Sachant cela, nous devons les considérer comme innocents. Innocents comme la vipère, innocents comme le chacal. Dangereux et perfides, mais pas immoraux. Tu en parles comme d’une race méprisable. Mais ce n’est pas une race. Ce n’est même pas une culture. Seulement un ragoût culturel des détritus et des restes du banquet européen ».
Le roman multiplie les analyses à l’emporte-pièce qui justement emportent notre conviction : « Les Américains confondaient niveau de vie et qualité de la vie, égalité des chances et médiocrité institutionnalisée, bravade et courage, machisme et virilité, libertinage et liberté, verbosité et éloquence, amusement et plaisir — bref, toutes les erreurs communes à ceux qui croient que la justice implique l’égalité entre tous au lieu de l’égalité entre égaux ». Ce garçon est modérément démocrate…
Sans oublier des considérations sur les modes éducatives, qui enthousiasmeront ceux qui savent que le règne du Crétin est arrivé : « La sociologie, cette pseudoscience descriptive qui camoufle ses insuffisances dans un brouillard de statistiques, se retranchant sur le créneau étroit entre la psychologie et l’anthropologie. Le genre de non-sujet que tant d’Américains choisissent pour justifier quatre années d’insignifiance intellectuelle destinées à prolonger l’adolescence ».
Une arme basque méconnue
La gamine au cœur de l’intrigue — une certaine Hannah Stern — venue demander de l’aide à Nicholaï, permet de dresser le portrait d’une génération entière. Elle a « cette soif désespérée de notoriété qui conduit soudain acteurs et artistes incapables de retenir l’attention du public par la vertu de leurs seuls talents à découvrir des injustices sociales jusqu’alors insoupçonnées ». Comment lui faire comprendre qu’une cause n’a de sens que si le style que l’on emploie pour la défendre est esthétiquement juste ? « La plupart des jeunes gens de votre âge sont si profondément absorbés par leurs problèmes individuels — si préoccupés de leur univers personnel — qu’ils sont incapables de percevoir que le style et la forme sont l’essentiel, que la substance n’est qu’une illusion transitoire. L’important n’est pas ce que vous faites, mais comment vous le faites ».
Je ne vous expliquerai pas comment le héros se dépêtrera des tentacules de la Mother Company, et punira un prêtre délateur d’un coup de makila (ce bâton de marche basque qui dissimule une lame dans son manche, et qui non seulement est en vente libre à l’Atelier Ainciart Bergara, situé à Larressore, dans les Pyrénées-Atlantiques, mais a été classé à l’Inventaire du Patrimoine immatériel en France — ce qui devrait suffire à justifier le fait que vous en possédiez un…), et remportera finalement la partie. Ce roman, traduit en France en 1981, était introuvable. Les éditions Gallmeister l’ont réédité il y a tout juste un an, il est encore sur tous les rayons des librairies, je vous laisse juges de la décision qui s’impose.
Trevanian, Shibumi, Gallmeister / Totem, septembre 2023, 605 p.
Trevanian, La Sanction, Gallmeister, 2017, 336 p.
Clint Eastwood, La Sanction, DVD.
Pat Perna et Jean-Baptiste Eustache, Shibumi (BD), Les Arènes, septembre 2022, 215 p.
De gauche à droite: le journaliste Patrick Cohen commente l'affaire de Crépol sur France 5, Yann Barthès enquête sur les "néo-réacs" dans "Quotidien", Jean-Michel Apathie se demande si les Français ont la campagne présidentielle qu'ils méritent. DR.
La rentrée des médias audiovisuels signe le retour de quelques figures exaspérantes du petit écran. Mais, gare à ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Si les médias conservateurs ont bien raison de critiquer les indignations prévisibles et le sectarisme de vedettes de la télé penchant singulièrement à gauche, attention: il existe aussi une pensée unique à droite. Le commentaire de Philippe Bilger.
Si je voulais, je pourrais chaque jour écrire un billet sur la situation politique singulière qui est en train d’endormir ou d’énerver les Français.
Commence à monter, contre Emmanuel Macron, le reproche de n’avoir pas purgé d’emblée l’option du gouvernement NFP avec Lucie Castets comme Première ministre. La censure serait tombée au bout de 24 heures et on n’en parlerait plus ! Pourtant je continue à penser que la méthode choisie par le président et ses critères n’étaient pas aberrants, et je pourrais répéter ce que je disais fin juillet avant les Jeux olympiques: « Il n’y a pas de médaille d’or pour la vitesse politique » ! Je concède cependant que la critique de François Bayrou le blâmant pour avoir discuté avec les partis[1] alors qu’il s’agissait de sa seule responsabilité peut être entendue.
Le « panthéon des exaspérants » de Valeurs actuelles
Après ce préambule on voudra bien me pardonner de quitter le champ de cette actualité sans cesse brûlante au profit d’une analyse médiatique que le hasard de la rentrée me permet de proposer. En effet, revenu à Paris, j’ai pu prendre connaissance de plusieurs numéros de Valeurs actuelles, dont celui du 25 au 31 juillet consacré en particulier au thème de « La télé qui rend fou ».
Après un excellent article d’Édouard Lavollé dénonçant quelques personnalités médiatiques ignorant le pluralisme et diffusant un catéchisme progressiste jamais questionné – la suffisance d’un Yann Barthès aurait mérité d’être mise en exergue -, ce que l’hebdomadaire qualifie de « panthéon des exaspérants » est passé au crible sur un mode plus ou moins talentueux : Gilles-William Goldnadel s’est chargé de Patrick Cohen, Charles Consigny de Pablo Pillaud-Vivien, Frank Tapiro de Karim Zéribi, Geoffroy Lejeune de Jean-Michel Aphatie et, enfin, Eric Naulleau de Gilles Verdez.
Je connais les « procureurs » et plus ou moins leurs « victimes ». Rien de ce que j’ai lu n’est choquant, outrancier, encore moins insultant – j’aurais même été tenté, pour tel ou tel, d’être plus acerbe – et pourtant je n’ai pu dissimuler un malaise intellectuel face à cet exercice collectif. Celui-ci m’est apparu injuste dans sa sélection. Quoi qu’on pense de Patrick Cohen et des contradictions que sa pratique professionnelle souvent orientée peut susciter, je ne l’aurais pas mis sur le même plan que les autres. Certes, comme Jean-Michel Aphatie, on l’a connu adepte d’une discrimination : ne devaient être invités dans les émissions que ceux qu’il estimait décents et convenables. Selon ses seuls critères. Mais il n’empêche que c’est aller trop loin que de le traiter « d’exaspérant ».
Cette rectification opérée, quelque chose d’autre, de plus fondamental, m’aurait détourné du bonheur apparent de pouvoir m’exprimer en toute liberté sur des personnalités que professionnellement je côtoyais. Non pas la peur ou la timidité, non pas non plus le risque de dégrader encore davantage des relations déjà fragilisées.
Comme un boomerang
Mais seulement la conscience que m’autorisant dans mon registre une totale liberté, il convenait que j’acceptasse la rançon de celle-ci : l’infinie diversité, pour le pire ou le meilleur, de mes partenaires médiatiques. Qu’on le veuille ou non, il y avait, dans ces cinq jugements, au moins l’envie de démontrer une supériorité, la certitude implicite que les uns étaient meilleurs que les autres. Pour être sans doute vraie, cette perception éclairant chacune des analyses, ne devait cependant pas les priver de cette modestie élémentaire car leurs cibles auraient pu tout aussi bien dresser d’eux un portrait négatif – ou au moins contrasté.
Je suis d’autant plus sensible à ce risque de réciprocité que, aussi susceptible que je puisse être, j’ai toujours compris que les critiques que je formulais reviendraient peut-être à mon encontre comme un boomerang. Et que j’aurais à les accepter.
Dans la vie intellectuelle et médiatique, il me semble que nous n’avons pas le choix. Les idées sont faites pour être discutées, contredites ou approuvées. Avec l’élémentaire courtoisie de bien écouter l’autre avant. Certes on peut être plus qu’agacé par la manière dont certains conçoivent le débat, le simplifient à l’extrême ou le fuient. Mais il faut tenir et ne pas chercher d’autre remède que sa propre parole en réplique. J’essaie de m’imaginer face à la mission d’écrire tout le mal que je pense de certains. Passée l’exaltation du droit à une sincérité sans nuance, je suis sûr que je n’échapperais pas, dans les rapports humains, à cette interrogation fondamentale sur la paille et la poutre. Dans quel œil la première, dans quel œil la seconde ?
Les chaises musicales de la télé Qui dit rentrée télé dit jeu des chaises musicales pour nos journalistes et animateurs vedettes… Voici les mouvements notables de cette année : – Julien Arnaud quitte TF1 pour animer « Télématin » sur France 2, à la place de Thomas Sotto. Flavie Flamand co-animera l’émission matinale. – Thomas Sotto, critiqué par son équipe de « Télématin » la saison dernière, animera lui la matinale de RTL – Patrick Cohen est de retour à France Inter où il proposera un édito politique chaque matin à 7h40 – Sur la même antenne, le très woke Matthieu Noël voit son émission prolongée d’une heure. L’émission animée l’année dernière par Marie Misset, Marine Baousson et Maïa Mazaurette en remplacement de la bande de Charline Vanhoenacker n’a jamais trouvé son public. – Malgré la polémique monstre déclenchée par Guillaume Meurice dans son émission satirique l’année dernière, concernant une blague sur le prépuce du Premier ministre israélien, Charline Vanhoenacker retrouve une chronique quotidienne sur l’antenne publique, chaque matin, à 9h45. – Guillaume Meurice reconstitue l’équipe déchue de Melle Vanhoenacker sur Radio Nova, le dimanche soir. – Benjamin Castaldi est chargé de relancer la matinale d’Europe 2. – L’éditorialiste du Figaro Yves Thréard arrive sur BFMTV le vendredi soir (« Tous contre Thréard! ») … • La rédaction
Pyongyang se lasse des tracts et clés USB pleines de propagande, envoyés par des militants sud-coréens par-delà la frontière. Si la Corée du Sud «procède simultanément à la dispersion de tracts et à la diffusion par haut-parleur de provocations au-delà de la frontière, le pays sera sans aucun doute témoin d’une nouvelle riposte», a menacé Kim Yo-jong, porte-parole de la Corée du Nord et sœur du dictateur Kim Jong-un, dont le régime s’illustre de son côté par l’envoi de ballons garnis de mégots de cigarettes, de papier hygiénique ou d’excréments d’animaux chez son voisin.
Au mois de juillet, un communiqué de l’état-major interarmées sud-coréen informait les populations que des ballons expédiés de la Corée du Nord venaient d’atteindre le complexe présidentiel, à Séoul. Que transportaient ces ballons ennemis ? Rien d’autre que des déchets, des ordures.
PQ contre K-Pop
Ce n’était pas la première fois que de semblables cadeaux tombaient du ciel, mais jamais encore la présidence n’avait été menacée d’aussi près. Immédiatement, des équipes spécialisées dans la détection et le traitement de substances chimiques ont été dépêchées et des messages ont été diffusés en boucle dissuadant les habitants de toucher ces cochonneries. Pourquoi l’envoi d’ordures et pas d’autre chose ? Dans la logique de Pyongyang, il s’agirait d’une espèce de réponse du berger à la bergère, des militants sud-coréens n’ayant de cesse de faire passer au Nord des éléments de propagande, notamment des enregistrements de ces musiques et chorégraphies K.pop qui font fureur, paraît-il, dans le monde entier et qui, pour la dictature communiste pure et dure du jovial Kim Jong-un ne sont évidemment que le pire des ordures produites par le monde capitaliste. Ordures contre ordures, en quelque sorte.
Une once d’humour dans les relations envenimées entre les deux parties, serait-on tenté de croire.
Défense de rire
Vu d’ici, hors de portée olfactive, ce pourrait être drôle. À ceci près que cette manière nouvelle de procéder au traitement des déchets n’a fait qu’envenimer davantage une situation qui n’en avait nul besoin. Le Sud a aussitôt intensifié la diffusion de sa propagande au Nord, suspendu l’accord militaire de décrispation qui, vaille que vaille, avait fini par s’imposer, et repris les exercices à balles réelles en limite de la zone démilitarisée séparant les deux pays. Quant au Nord, il s’est empressé de pointer sur l’ennemi deux-cent cinquante nouveaux missiles balistiques. Ces ordures high tech des temps modernes et des bellicistes compulsifs.
La discrétion estivale de l’ancien président de la République, pourtant très friand des combinaisons politiques les plus sophistiquées, est étrange. En juin, en campagne pour les législatives, il demandait à l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon de «se taire» pour «vraiment rendre service au Nouveau Front populaire». Alors que de nombreux sujets de fond les opposent, et alors que la plus proche conseillère de Jean-Luc Mélenchon Sophia Chikirou a depuis comparé le hollandisme à des «punaises de lit», bizarrement, le socialiste n’intervient pas dans le débat politique agité de la rentrée.
Loin de moi l’idée d’offenser François Hollande, que j’avais beaucoup apprécié aussi bien lors de l’entretien qu’il avait bien voulu m’accorder dans « Bilger les soumet à la question » que dans sa périphérie aimable et spirituelle. Toutefois je ne voudrais pas qu’on s’interrogeât sur lui en doutant non seulement de son rôle présidentiel – avec le constat amer tiré par lui seul qu’il ne pouvait pas se représenter – mais de l’importance de sa nouvelle fonction de député au sein du groupe socialiste. Celui-ci, inséré dans le Nouveau Front populaire (NFP), se montre alternativement dans la soumission à Jean-Luc Mélenchon puis dans sa détestation. J’avoue qu’au cours des péripéties de ces dernières semaines concernant le président de la République, ses rapports avec le NFP, les tensions entre LFI et les socialistes, toutes les éventualités pour la désignation d’un nouveau Premier ministre et, plus globalement, le rôle d’Emmanuel Macron lui-même, j’aurais aimé l’entendre. Il n’a pas dit un mot et son étrange discrétion peut s’expliquer de plusieurs manières.
– Laisser passer un peu de temps après son élection comme député et sa validation d’une alliance où LFI semblait occuper la part du lion. Alors que beaucoup espéraient de sa part, et pas seulement à gauche, une parole forte et exemplaire en raison de ses prises de position nettes à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon.
– Faire preuve de modestie et presque d’effacement de peur de se voir reprocher au contraire une omniprésence, presque une arrogance qu’on aurait imputées à l’exercice de son mandat présidentiel même défaillant.
– Ne pas risquer de faire surgir publiquement une voix discordante au sein du groupe socialiste, ce qui n’aurait pas manqué d’aggraver les relations notoirement mauvaises qu’il a avec Olivier Faure.
Je ne crois pas qu’avec sa personnalité aux antipodes de celle que des médiocres sans discernement se plaisent à tourner en dérision, il ait eu pour ambition seulement la fonction de député, même si son bonheur conjugal l’a peut-être rendu moins réactif à l’égard de ce qu’une existence partisane exige. La gloire, alors, non pas le deuil éclatant du bonheur selon la formule magnifique de Madame de Staël mais son contraire : le bonheur comme un adoucissement consenti et bienfaisant des combats partisans.
Il n’est pas impossible pourtant, quand le paysage politique se sera décanté, que François Hollande réapparaisse dans sa subtilité, son intelligence, sa passion des compromis et d’une modération qu’il voudrait toujours vigoureuse. Député pour rien, après avoir eu le courage de revenir d’une humiliation qui aurait pu être irréversible, ce n’était vraiment pas l’hypothèse la plus plausible ! Je ne l’imagine pas se priver, à sa manière, avec une douceur acide, de tout ce qu’il pourra accomplir à titre personnel pour se venger d’Emmanuel Macron qui n’a cessé, avant de devenir président, de lui mentir et de le faire tomber dans une naïveté voire un aveuglement qui n’étaient pourtant pas son genre. Je constate, en écrivant ce billet, que Michel Richard, que j’apprécie, a traité dans Le Point le même sujet : l’apparente passivité de François Hollande. L’ancien président mérite bien de susciter ce double intérêt. À quoi sert-il ? Ayons de la patience.
Trois ans après leur retour au pouvoir, les talibans promulguent une nouvelle loi pour « promouvoir la vertu » et interdisent notamment aux femmes de chanter en public.
C’est le chœur tragiquement silencieux des femmes afghanes. Ces femmes désormais condamnées au silence. C’est le chœur des esclaves asservies par les talibans, mâles fanatiques, débiles, perdus d’âme et d’esprit, coupables d’abyssales folies mystiques, dont la plus pernicieuse de toutes : enchaîner la divinité à leur propre délire.
Ils interdisent désormais aux femmes – leurs mères, leurs épouses, leur sœurs, leurs filles – de faire entendre le son de leur voix en public. Ailleurs donc que dans la sphère carcérale du logis. Un pas de plus – un pas de trop ? – dans l’effroyable entreprise de négation de la femme en tant qu’être, en tant que personne, en tant que membre à part entière de l’humanité.
Que serait un monde où l’on n’entendrait plus la musique de la voix féminine ? Un asile immonde à peu près aussi peu vivable que celui dont on aurait éradiqué le chant des oiseaux.
Avec cet interdit, un stade suprême est atteint dans le registre de la barbarie. On se demande quel prodige nihiliste rend possible la conception et la mise en acte d’une telle haine. Haine qui, au fond, n’est sans doute que la réponse pitoyable à une peur viscérale, névrotique, psychotique de la femme, l’inaccessible femme, la femme nimbée de mystère. La femme dont tout mâle sent bien de quelle force d’âme elle est riche.
Mais qu’importe le diagnostic face à la monstruosité du fait.
Cette fois plus que jamais, il ne faudrait pas que seul le silence de la lâcheté occidentale réponde au silence de la barbarie. Oui, cette fois plus que jamais, on attend que les femmes d’ici, les femmes musulmanes en premier, évidemment, mais aussi toutes les autres (Parmi elles les féministes d’estrade, enfin! Se déroberont-elles comme si souvent ?), descendent par milliers, par millions dans la rue et fassent entendre leur voix ! Qu’elles chantent assez fort pour que, là-bas, à Kaboul et partout où c’est nécessaire, résonne le chœur des femmes libres…
Ou alors faudra-t-il attendre l’étape suivante dans l’escalade monstrueuse, à savoir couper la langue des petites filles dès le berceau pour être bien certain qu’on n’aura pas à affronter la peur d’entendre leur voix ? Tout comme, ailleurs, sous d’autres cieux et d’autres mœurs qu’on voudrait parfois nous présenter comme aussi dignes de respect que les nôtres, on excise les fillettes pour les priver du bonheur de jouir. Les priver de voix, les priver de plaisir. Autrement dit, réduire la femme à un objet, à une chose tout juste bonne à servir le mâle et à mettre bas. Qu’on n’aille pas se raconter d’histoires. Au point où nous en sommes, l’enjeu, pas si loin de chez nous, est bel et bien celui-là.
Les journalistes Elisabeth Lévy et Philippe David. DR.
Devant la recrudescence des actes antisémites dans le pays, des juifs se demandent s’il ne faut pas partir. Les discours républicains volontaristes de nos hommes politiques semblent inopérants et un peu creux pour contrer le phénomène.
Chère Elisabeth, Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai entendu les propos que tu as tenus avant-hier sur CNews au micro de Thierry Cabannes face à Julien Dray dans l’émission « Face à face »[1]. Des propos forts, émouvants, qui m’ont retourné l’esprit et les tripes au point de me pousser à t’écrire cette lettre. Une lettre que j’aurais aimé ne jamais écrire mais, vu la gravité de la situation pour toi et tous les Français juifs, je n’ai pas pu m’empêcher de l’écrire. « Cela fait des mois que je me dis que je ne finirais pas ma vie dans mon pays ». Tel est le propos que tu as tenu, un propos qui m’a révolté et mis hors de moi. Un propos qui est malheureusement la triste réalité pour nombre de Français juifs, et ce depuis des années, les alyas, l’émigration vers Israël, se multipliant vu le climat subi par nos compatriotes juifs (je ne parle pas de communauté puisque la République ne reconnait que des citoyens).
Climat nauséabond
Un climat nauséabond qui a empiré depuis des années avec nombre d’attentats antisémites, de la rue Copernic à La Grande-Motte en passant par Toulouse, la rue Rosiers ou l’Hyper Cacher. Des attentats ayant pour dénominateur commun le conflit au Proche-Orient et l’islamisme – un conflit au Proche-Orient dans lequel nos compatriotes juifs n’ont aucune responsabilité et un islamisme qui sème la mort partout où il passe.
Un conflit au Proche-Orient dans lequel les Français juifs ont toujours été exemplaires, puisqu’ils n’ont jamais commis le moindre acte hostile contre une mosquée ou des musulmans après les nombreux actes terroristes commis dans l’État hébreu. Une réalité qui ne marche pas dans l’autre sens, Merah ayant tué de sang-froid des enfants pour « venger les enfants palestiniens » comme le terroriste de la Grande-Motte a mis le feu à une synagogue pour Gaza qu’il ne sait probablement pas situer sur une carte… Mais pour certains, les juifs sont fautifs, même si le 7 octobre ils ont été victimes du plus grand pogrom depuis la Seconde Guerre mondiale. Les mêmes qui parlent de génocide à Gaza alors que le Hamas, s’il le pouvait, ferait une solution finale saison 2 aux Israéliens pour faire la Palestine « de la rivière à la mer », un génocide qu’ils ont commencé le 7 octobre dernier et contre lequel Israël est en état de légitime défense.
Mais les juifs sont responsables et coupables alors que les Français juifs ne demandent, comme toi Elisabeth, qu’à vivre en paix et en sécurité en France, ce qui est un dû pour tous les membres de la communauté nationale, en particulier les plus menacés.
Une présence bimillénaire en France
Alors Elisabeth, sache que tu es française et que ta place, comme celle de tous tes coreligionnaires et compatriotes est ici. La France a une histoire juive bimillénaire puisque les premiers juifs sont arrivés en France alors que celle-ci s’appelait encore la Gaule. Les juifs alsaciens ou les juifs du comtat Venaissin font partie de notre histoire ancienne avant d’être rejoints dans notre histoire plus récente par les ashkénazes d’Europe de l’est fuyant les pogroms et les sépharades chassés après les indépendances en Afrique du nord. Des Français juifs qui se sont illustrés dans les arts, la culture, les sciences, l’entrepreneuriat sans jamais ou presque faire de revendications communautaristes. Des Français juifs qui se sont illustrés aussi les armes à la main, en défendant la France. Il y aura 110 ans le 29 août, le rabbin Abraham Bloch mourait sous les tirs allemands alors qu’il portait un crucifix à un poilu mourant qui le suppliait de lui donner l’extrême-onction alors qu’aucun aumônier n’était présent. Un moment de fraternité française unique, très peu de temps après que la lèpre antisémite ait frappé la France lors de l’affaire Dreyfus. Alfred Dreyfus qui faisait partie d’une famille juive d’Alsace ayant choisi « l’option française » après l’annexion de l’Alsace-Moselle, preuve de son patriotisme incontestable. Alors chère Elisabeth ne pars pas et je profite de cette lettre pour dire à nos compatriotes juifs que leur place est ici, que la France a besoin d’eux et qu’on les aime. Je t’embrasse et te dis à très vite.
«Cela fait des mois que je me dis que je ne finirais pas ma vie dans mon pays» à cause de la multiplication des actes antisémites en France, déplore Elisabeth Lévy, dans #FaceafaceETEpic.twitter.com/bdEWH4BZci
Pendant que la chanteuse un peu mièvre Angèle chante « Bruxelles, je t’aime », jusqu’au paysage politique de la capitale belge change du tout au tout…
L’irruption sur la scène politico-médiatique de Fouad Ahidar, autrefois socialiste flamand, pourrait être un tournant politique majeur en Belgique. Aux dernières élections de juin, son parti a obtenu trois députés bruxellois (et un élu au Parlement flamand) après une campagne menée à destination de la communauté arabo-musulmane. L’homme, qui est l’objet d’une plainte après avoir qualifié les juifs de « psychopathes » et qui a décrit les événements du 7 octobre comme une « petite réponse d’une partie du Hamas », est le nouvel étendard du vote communautaire. À terme, il pourrait s’accaparer une part grandissante des suffrages dans une capitale où se côtoient toutes les nuances d’un islamo-gauchisme plus que jamais soudé par les événements au Proche-Orient.
Inquiétant contexte
Remettons-nous dans le contexte bruxellois. Plus que nulle part ailleurs, l’antisionisme et la dénonciation d’Israël y sont souvent le cache-sexe de sentiments bien plus fangeux. La recrudescence de l’antisémitisme dans la capitale belge a ainsi été clairement mise au jour par un récent sondage à l’occasion duquel 22 % des « Bruxellois » ont déclaré leur aversion pour les Juifs ; 41 % que ceux-ci contrôlent la finance et 40 % qu’ils dirigent les médias – pourtant plutôt complaisants à l’égard la cause palestinienne, sans oublier le boycott par la chaîne publique flamande de la chanteuse israélienne à l’eurovision.
Tel un symbole, le professeur israélien Elie Barnavi, partisan de la création d’un Etat palestinien et peu suspect de sympathies politiques à droite, fut empêché, peu avant la trêve des confiseurs, de tenir une conférence à l’Université libre de Bruxelles : lui, l’allié de la cause palestinienne, était donc déclaré persona non grata, en raison de sa nationalité et de ses origines, soit la définition même du racisme. S’il n’y avait pas eu ça et là quelques drapeaux LGBT, on pourrait écrire que le campus de l’ULB fut alors devenu, pendant plusieurs semaines, une mini-bande de Gaza : les drapeaux palestiniens pendirent aux fenêtres de bâtiments dégradés par les activistes ; le keffieh fut porté avec ostentation ; les slogans, jusqu’aux plus nauséabonds, fusèrent comme autrefois les chants estudiantins ; on y utilisa davantage le terme « génocide » que l’expression « libération des otages » ; la violence n’était jamais loin, jusqu’à l’agression de deux étudiants portant le drapeau israélien ; le rectorat mit fin aux accords de recherche avec les universités israéliennes et les professeurs se mirent au diapason : pour soutenir « la cause », certains ont déclaré vouloir faire la « grève de la surveillance » lors des examens (« étudiants, trichez, c’est pour la bonne cause ! »).
La lutte des races supplante la lutte des classes
Il n’est dès lors pas étonnant de constater que l’islamo-gauchisme se transforme toujours plus clairement en gaucho-islamisme ; autrement dit, la lutte des classes passe au second rang, derrière l’affirmation religieuse. Bruxelles avait été la pionnière en faisant élire, il y a quinze ans, la première femme voilée dans un Parlement en Europe : Mahinur Özdemir, représentante du Centre démocrate humaniste (aujourd’hui Les Engagé-e-s) et présentée alors comme parangon de la diversité heureuse, a depuis été écartée de la vie politique en raison de son abnégation à refuser de reconnaître le génocide arménien et a rejoint le gouvernement… turc de Recep Tayyip Erdogan. À la même époque, les Loups gris turcs faisaient déjà de l’entrisme sur les listes, et certains députés militaient pour la libération d’Oussama Attar qui deviendrait plus tard le cerveau des attentats de Paris.
Entretemps, de nouvelles figures, toujours plus nombreuses, ont émergé. C’est le cas notamment de Ridouane Chahid, bourgmestre (= maire) socialiste d’Evere, une des dix-neuf communes bruxelloises, à la Tabaâ tamponnée sur le front (marque indiquant une grande assiduité religieuse), qui a fait hisser un drapeau palestinien au fronton de sa maison communale. Mais on n’est plus à cela près : l’ancienne co-présidente d’Ecolo fut maintenue en place après avoir relayé sur ses réseaux sociaux une comptine appelant à « tuer les fils de Sion » ; elle ne fut poussée que récemment vers la sortie en raison des… mauvais résultats de sa formation politique (dus entre autres à un wokisme délirant et une politique de mobilité désastreuse).
Les autres élus ne semblent pas s’en alarmer outre mesure et se complaisent dans le rôle d’idiots utiles. Ainsi en est-il, par exemple, de l’écologiste Alain Maron : dans une interview surréaliste, celui qui était encore ministre a déclaré, sans nuance, que l’ « islam est pour l’égalité hommes-femmes et le droit à l’avortement ». Et que dire de Défi, parti ouvertement laïc qui, pour rester dans le précédent gouvernement, ferma les yeux sur une affaire de port du hijab dans une société publique ? Tout ce petit monde tente aujourd’hui de former un gouvernement régional bruxellois : face au blocage, il se murmure que les socialistes flamands pourraient vouloir y intégrer la formation de Fouad Ahidar. Ce dernier sait que le temps, à court et à long terme, joue en sa faveur. Dans tous les cas, il a déjà annoncé vouloir présenter des listes aux élections communales qui se tiendront en octobre. Il reste à voir si celles-ci connaîtront la voie de l’éphémère parti Islam qui avait eu pour vocation d’instaurer la charia en Belgique ou celle de leurs homologues qui, au Royaume-Uni commencent à faire de l’ombre aux travaillistes. Quoi qu’il en advienne, les partis « du système » commenceront peut-être alors à se mordre les doigts d’avoir longtemps joué une carte communautaire qui commence à leur échapper.
Elections présidentielles américaines. Personne ne pensait que la convention démocrate de Chicago qui a vu Kamala Harris officiellement investie candidate du parti à la présidentielle de novembre se déroulerait aussi bien. Une vraie « parenthèse enchantée » ! Récit et réflexions.
L’image d’unité joyeuse et déterminée, la chorégraphie réglée au cordeau avec le public qui agite la bonne banderole et l’orateur la bonne intonation au bon moment. Le changement de «pitch» de la voix, la plaisanterie apparemment spontanée, l’évocation d’un passé forcément émouvant, le rappel de la grandeur des Etats Unis et c’est le tonnerre d’applaudissements au moment prévu.
Place aux professionnels
Il y avait bien sûr sur la scène de grands professionnels de la communication tels les époux Obama ou Clinton, Oprah Winfrey ou Alesandria Ocasio-Cortez (AOC) mais les «spin doctors» du spectacle politique américain sont remarquables et de nouveaux venus dans ce showbiz particulier ont appris les codes avec dextérité. Rien d’ennuyeux dans le discours de Tim Walz, le candidat à la vice-présidence, ce gouverneur du Minnesota qui ne nous dit rien de son travail de gouverneur, mais qui est parfait comme représentant de l’Amérique rurale, comme professeur d’école, comme soldat dans la Garde Nationale et encore plus comme coach sportif, cochant ainsi toutes les cases du bon sens, de la solidarité et du goût de l’effort.
Quant à Douglas Emhoff, il a été parfait dans la tâche qui lui était assignée de présenter de son épouse Kamala Harris l’image la plus chaleureuse possible. Ce n’est pas en France que le conjoint d’une femme politique aurait détaillé à son auditoire la « blind date » qui lui a permis de faire la conquête de sa future épouse. Maniant l’autodérision (« ma mère est la seule personne au monde qui pense que c’est Kamala qui a eu de la chance de m’avoir pour époux ») et assumant joyeusement sa position subordonnée, il a probablement beaucoup fait pour gagner le vote féminin. Nul doute que tel était l’objectif de son discours.
Il y avait dans ces quatre journées de Convention Démocrate à Chicago une impression d’alignement des planètes qui fait penser aux Jeux Olympiques de Paris. Qui aurait imaginé que cela se déroulerait aussi bien ? Mais une fois les Jeux finis, la France reste embourbée dans le marécage post-électoral de notre microcosme. Le Parti Démocrate, lui, semble sortir des oubliettes et les conséquences pour le monde peuvent être majeures.
Il y a cinq semaines, Joe Biden annonçait sa décision de ne pas se représenter à l’élection présidentielle américaine à la surprise générale. Il était alors largement donné perdant face à un Donald Trump qui, une semaine avant cette décision, avait échappé à un attentat de façon que beaucoup de ses partisans étaient disposés à considérer comme miraculeuse et qui, trois jours avant, avait été triomphalement désigné comme candidat républicain.
Biden a exprimé son soutien à la candidature de sa vice-présidente, mais cela apparaissait comme un soutien par défaut: aucun candidat démocrate ne s’était présenté contre le président en exercice et il était politiquement suicidaire d’écarter la candidature de la vice-présidente, une femme originaire de la diversité. Cependant, le travail spécifique qui lui avait été assigné par Biden, réduire l’afflux vers les Etats-Unis d’immigrants illégaux en provenance de l’Amérique centrale, avait largement été considéré comme un échec et n’avait pas généré non plus beaucoup de sympathie chez ses interlocuteurs d’Amérique latine. Quant au reste, la part de Kamala Harris dans les choix de la présidence Biden semble minime, en dehors du hasard qui a fait que son vote au Sénat, qu’elle présidait statutairement, avait été décisif pour le passage de plusieurs lois importantes dans une assemblée précisément divisée en deux.
Le terme de «administration Biden Harris », largement utilisé par les orateurs lors de la convention démocrate parait donc quelque peu exagéré…..
Les classes moyennes et les libertés choyées
Joe Biden, comme tous les orateurs de la convention, s’est félicité du bilan économique de sa présidence, auquel ont contribué des investissements massifs réalisés par l’Etat, une hérésie évidemment pour les libertariens tels Robert Kennedy Jr, qui en difficulté financière après une candidature personnelle absurde, vient de se rallier logiquement à Trump (lire à ce sujet l’analyse signée Pierre Clairé sur notre site NDLR). Mais les faits sont là, le chômage est résorbé, l’inflation sous contrôle et la production augmente. Sur le plan économique, les Etats-Unis ne sont pas en déclin et le terme de grande présidence, que beaucoup ont prononcé, n’était peut-être pas seulement une flatterie accordée au président sortant.
Les orateurs, s’ils ont peu parlé d’économie, ont beaucoup honoré la classe moyenne, qui serait mise en danger par le programme républicain de soutien aux « gros »: big Pharma, big Oil, big Tech… sous le mantra de la liberté d’entreprendre.
C’est là le noyau des oppositions entre démocrates et républicains, et les préoccupations de l’électorat démocrate relèvent aussi des « libertés » : liberté de se soigner, d’habiter sous un toit, de ne pas être victime d’une fusillade, de manger à sa faim, d’éduquer ses enfants, de choisir ses amours et sa vie reproductive et de ne pas être discriminé par son origine.
La convention a été un immense succès pour le parti démocrate, donné perdant à la suite des moments confusionnels de Joe Biden dans son débat avec Donald Trump. Il parvient à rallier sans fausse note tous les élus et tous les partisans autour d’une candidate jusque-là considérée comme une vice présidente plutôt falote, et qui réapparait soudain comme une femme forte (« tough ») devant laquelle Poutine et les autres n’auront qu’à bien se tenir. Et Biden, qui a pourtant de quoi être amer, met lui-même les rieurs de son côté en constatant qu’il avait commencé sa carrière politique en étant un « trop » jeune sénateur (29 ans) et qu’il l’achèvera en étant un « trop » vieux président. Et du coup, Trump perd son meilleur ennemi…
Au cours de la convention, les allusions à la politique étrangère n’étaient pas fréquentes: Chine, Russie (hormis le dictateur Poutine), Iran, Europe, islamisme ou Otan étaient absentes si ce n’est, à petite dose, chez Joe Biden et Kamala Harris. Il y eut néanmoins deux exceptions.
La première, omniprésente, était la référence patriotique. Dans ce parti démocrate dont on pensait qu’il était grignoté par le wokisme, la déconstruction des grands discours et la repentance tous azimuts, la fierté de vivre dans un pays « particulier », le « plus grand pays du monde », était constamment rappelée et passionnément applaudie. Il ne s’agissait pas, bien entendu, de l’Amérique du Mayflower ou des Wasp, mais de ce peuple bigarré, dont Kamala Harris, de père jamaïquin et de mère indienne, mariée à un Juif de Brooklyn, est particulièrement représentative.
La seconde, c’est Gaza. Peu d’orateurs ont cité Israël, beaucoup ont parlé de Gaza et pratiquement dans les mêmes termes, de Joe Biden à Bernie Sanders : à savoir, il faut libérer les otages et parvenir à un cessez le feu. Les plus optimistes – ou les plus ignorants – ont prétendu que la paix s’ensuivrait, et après des paroles aussi profondes, le tonnerre d’applaudissements était garanti.
Pour la plupart des orateurs, c’est sous son aspect humanitaire (otages et victimes civiles) que la situation au Moyen Orient a été évoquée et non pas sous son aspect politique, avec le combat existentiel d’Israël, la menace iranienne et le danger islamiste. Cette présentation permettait un consensus en neutralisant les oppositions. Elle correspond de plus à ces « bons » sentiments populaires optimistes, confortables et naïfs : si nous voulons vraiment la paix, les « autres » finiront par la vouloir également… Comme si l’histoire du XXe siècle n’avait rien appris…
Pour qui voteront les amis d’Israël ?
Beaucoup d’amis d’Israël vont, pour leur vote, mettre dans la balance ce qu’ils croiront être l’orientation du candidat ou de la candidate vis-à-vis de ce pays. Trump a dit qu’un Juif qui voterait démocrate devrait se faire examiner le cerveau, ce à quoi certains ont répondu que c’était au Juif qui voterait pour Trump de faire cet examen. Je reprendrai ce débat psychiatrique lié à Trump, passionnant et accablant, une autre fois, mais la convention de Chicago donne l’occasion de réfléchir sur le positionnement actuel du parti démocrate
Une première constatation: Joe Biden est un véritable ami d’Israël. On sait que ses relations avec Benjamin Netanyahu, qu’il connait depuis 40 ans, ne sont pas toujours au beau fixe. C’est une litote, et les exemples ne manquent d’ailleurs pas d’Israéliens auxquels on pourrait appliquer la même remarque dans leurs relations avec leur Premier Ministre. La stratégie militaire israélienne a pu être impactée par les réticences américaines. Il n’en reste pas moins que les Etats-Unis ont fourni à Israël une aide en matière d’armement, un déploiement préventif de forces, un soutien diplomatique et une coordination sécuritaire exceptionnelle.
Un tel soutien a provoqué des réactions hostiles chez certains électeurs démocrates dits progressistes, certains universitaires, beaucoup d’étudiants, ainsi que dans la communauté arabo-musulmane et plus généralement chez ceux qui font des Palestiniens le parangon des opprimés de ce monde. Cette hostilité a conduit à l’intérieur du parti démocrate à un mouvement de désapprobation de Joe Biden, avec une nouvelle catégorie d’électeurs envoyés à la Convention, les non-engagés (« non-committed »), venus sans mandat de vote pour Joe Biden. Il s’agit d’environ 700 électeurs sur 15 000, donc moins de 5%.
La « Squad » est un petit groupe très médiatisé de représentants élus (et surtout de représentantes) démocrates progressistes et propalestiniens : OAC est la plus célèbre mais elle n’est pas la plus agressive envers Israël (elle est même critiquée pour cela), bien qu’elle utilise sans honte et en toute ignorance le terme de « génocide ». Deux des membres les plus connus de la Squad viennent de perdre leur campagne pour la nomination du parti aux prochaines élections législatives. Le groupe n’est pas en croissance.
La palme de la haine anti-israélienne va à deux députées de la Squad bien installées dans leur circonscription. Ilhan Omar, née réfugiée somalienne est élue à Saint Paul (Minnesota) où s’est installée une importante communauté somalienne. Rashida Tlaib, fille de réfugiés palestiniens est l’élue de Daerborn Michigan. Daerborn, dans la banlieue de Detroit, est la ville de Henry Ford dont le Daerborn Independant avait été entre 1919 et 1927 le pire brûlot antisémite de l’histoire américaine. Aujourd’hui, c’est la capitale de l’islam américain. Rashida Tlaib a été une des organisatrices de la grande marche pour la Palestine où 2000 manifestants sur les 30 000 espérés ont défilé à Chicago au début de la Convention. Bien que Joe Biden ait dit que les manifestants avaient eux aussi des arguments à faire valoir (le nombre de victimes gazaouies), cette manifestation fut un échec et n’a pas influencé le déroulement de la Convention.
Au cours de cette Convention, les parents d’un otage isralo-américain, Hersh Goldberg Polin, ont prononcé un discours qui a amené les larmes aux yeux de nombreux délégués. Il ne faut pas se tromper: l’assistance aurait pleuré de la même façon en écoutant les plaintes d’un gazaoui, lequel aurait certainement omis de signaler la responsabilité du Hamas dans le calvaire de la population. Mais il faut constater que les organisateurs de la Convention démocrate ont refusé de faire venir des Palestiniens au micro. Les cadres démocrates restent dans leur très grande majorité des soutiens d’Israël, comme le confirment les votes bipartisans au Congrès et les sondages dans la population, contrairement à ce que pourraient faire penser des medias américains le plus souvent critiques d’Israël. Cet air nous est connu…
Qu’en est-il, enfin et surtout, de la candidate démocrate et de son colistier? Tim Walz, gouverneur d’un Etat dont la capitale a une forte présence musulmane, a tissé des liens avec des responsables musulmans locaux. Il a pris la parole lors de manifestations contre l’islamophobie. Mais il entretient également des liens étroits avec les représentants locaux de la communauté juive. De 2007 à 2019, alors qu’il était membre du Congrès américain, il a constamment voté en faveur d’Israël.
Quant à Kamala Harris, elle a déclaré lors de son discours d’acceptation à Chicago: « Je défendrai toujours le droit d’Israël à se défendre, car le peuple d’Israël ne doit jamais plus faire face à l’horreur qu’une organisation terroriste appelée Hamas a causée le 7 octobre ». Ces paroles sont en phase avec toutes ses déclarations antérieures, notamment son discours de 2017 à l’AIPAC où elle affirmait qu’en aucun cas Israël ne devait être une question partisane et qu’il avait le droit à l’autodéfense. Elle s’était opposée au BDS ainsi qu’à la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU de 2016 qui condamnait la construction de colonies israéliennes en Cisjordanie (résolution qui avait été votée par le Conseil, car sous la présidence de Obama, la délégation américaine s’était simplement abstenue, sans mettre de veto). On peut bien entendu ajouter à cela l’ambiance familiale avec un mari dont tout indique que non seulement il est actif en matière de lutte contre l’antisémitisme, mais qu’il exprime envers Israël les sentiments positifs qui sont ceux de la grande majorité des Juifs de ce monde.
Tout cela ne préjuge pas de l’avenir. Les complexités géopolitiques, les modes intellectuelles, et surtout les réactions émotionnelles sont utilisées aujourd’hui avec habileté par les ennemis d’Israël et même un chef d’Etat surinformé peut y être sensible. Par ailleurs, la conception de l’avenir, des compromis à effectuer et des risques à prendre pour avancer vers une coexistence pacifique n’a jamais fait consensus en Israël même. On peut parier que Ben Gvir ne serait pas l’interlocuteur rêvé de Kamala Harris…
Enfin, la menace iranienne existentielle pour Israël est plus lointaine pour Washington et il n’y manque pas de diplomates qui n’attendent qu’un signal pour reprendre du service et chercher à apaiser les mollahs. Il n’en reste pas moins que dans son discours de Chicago, Kamala Harris a dit que pour défendre les intérêts des USA, elle n’hésiterait pas à décider de toute action nécessaire, quelle qu’elle soit, contre l’Iran et les terroristes soutenus par l’Iran.
Certains présentent de façon très sombre les conséquences d’une présidence de Kamala Harris en ce qui concerne l’avenir d’Israël et considèrent que ceux qui la soutiennent sont des naïfs inguérissables. Pour ceux qui pensent que les relations entre Israël et les Etats-Unis sont trop importantes pour dépendre des foucades d’un président narcissique et lunatique, sa candidature donne tout de même aujourd’hui matière à soulagement.
Catherine Ribeiro au Palais de Chaillot, PARIS. Le 9 octobre 1996. SIMON ISABELLE/SIPA
Celle qui est passée de la musique pop au « prog rock », et ensuite à la chanson engagée, est partie le 23 août. L’anarchiste de gauche qui, après un période yéyé et après avoir voulu « détruire complètement la chanson classique, avec refrain et couplets réguliers » en chantant avec des cris et des onomatopées, restera aussi dans les mémoires comme une des grandes interprètes du répertoire français. L’hommage de Patrick Eudeline.
Les Carabiniers ? Qui se souvient de ce Godard somme toute mineur ? 1964. Notre homme tourne. Beaucoup, peut-être trop. Entre indispensable et anecdotique. Les Carabiniers vaut pour son « engagement », son air du temps. C’est le premier film ouvertement politique du Jean-Luc. Et pour le visage de Catherine Ribeiro. Comme Chantal Goya, comme Anna Karina, on la remarque. Godard a le chic pour les actrices brunes, pour les dénicher de nulle part.
Patrice Moullet (sous pseudo) joue aussi dans le film : il est un des deux héros. Il a cinq ans de moins que la dame ; elle est Portugaise, née à Lyon en 1941 dans un milieu ouvrier. Lui est un Parisien, presque un branché du Drugstore. Avec Catherine, c’est le début d’une histoire qui durera quinze ans. Il sera le partenaire absolu, l’unique. Lui et Jean Van Parys la poussent à chanter. C’est l’évidence. Beauté du Diable, voix différente et indiscutable, héritée d’une mère qui aimait le fado… Comme Marie Laforêt ou Valérie Lagrange, comme Zouzou, elle sera chanteuse/actrice.
Elle signe chez Barclay. Une flopée de singles suit. Succès d’estime, comme on dit pudiquement, mais pas de hits. Les compositions originales (« Dieu me pardonne », « Rien n’y fait, rien n’y fera ») voisinent les reprises de classiques folk ou de Dylan en version française. C’est charmant, pop, éphémère et éternel. Elle pose pour Jean-Marie Périer… C’est la fameuse photo Salut les Copains. 1966. Un aréopage, un Olympe yéyé en centerfold. De Monty à Gainsbourg, de Johnny à Ronnie.
Mais les beatniks sont là, comme les premiers Maos. Tout va très vite, gronde et rue dans les brancards. Catherine fréquente la scène d’avant-garde. Kalfon, Clementi et les autres. Elle se rebelle. Pouvait-il en être autrement ? Non, elle ne sera pas une cover-girl, une autre poupée de cire et de son. Elle ne fera pas « le jeu du showbiz ».
Avec Moullet, elle fonde Alpes, un groupe de « rock progressif »… Un album suit, chez Festival. Comme Magma, le Manset de « La mort d’Orion » ou même le Vangelis de « 666 » – tous sortis la même année, 1970 – Catherine refuse le verbe et les mots, le sens. Elle rêve d’onomatopées, d’expression libre, d’indicible, d’un art free et abstrait. Et c’est ce qu’elle nous donne. Elle hurle, murmure ou susurre comme, justement, Irene Papas avec Vangelis.
Derrière elle, ou plutôt à ses côtés, Patrice Moullet s’illustre sur des instruments de l’espace qu’il fabrique lui-même. Des gaffophones ! Des percuphones ! Des cosmophones !
Mais tel qu’il est, à côté des suscités, ou des oubliés Catharsis ou Moving Gélatine Plates, l’album devient un des incontournables de l’époque. Et Alpes emmène son « prog rock » dans tous les festivals.
Bientôt, les seventies chassent ce clou. Gauchisme comme hippies ou « pop music » laissent place au rock décadent, aux seventies, au rétro. Nous sommes en 73. On en revient aux chansons, à l’attitude, on en revient au rock and roll. À tout ce que Alpes n’est pas.
Le groupe stagne. Catherine, alors, poussée par sa maison de disques, enregistre un album de reprises de Piaf. Une réussite artistique et critique, mais un échec commercial. « Le blues de Piaf »… Oh le beau concept, la belle évidence ! Quelques années plus tard, l’Américain Willie de Ville allait le clamer haut et fort. Piaf ! C’est le blues…. Le blues de Paris.
Peu après, elle tourne dans Né de Jacques Richard, avec Lonsdale et Luchini.
Comme d’autres – tant -, elle sera de gauche. Férocement. Du gauchisme swag en pull shetland façon La Chinoise, elle passera au communisme le plus austère, le plus… renfrogné ? Elle est très tôt engagée avec l’Organisation communiste internationaliste (OCI). La petite fille des sixties devient une passionaria rouge. Palestine, usines en lutte, Vietnam, Pinochet, elle est de toutes les causes. Sa beauté, cette voix, énorme, lyrique et immense : elle avait tout. Elle refuse le star système, la moindre compromission. Énervée, même, quand Mitterrand vient la voir en concert.
Sa discographie, néanmoins, est riche et elle aura parcouru toutes les scènes françaises, inlassablement. Bobino, Francofolies, Printemps de Bourges. Elle devient une des plus grandes interprètes du répertoire, de Brel à Barbara. Reconnue, bientôt culte.
Sa fin de vie sera difficile, avec une fille tox et nombre de morts autour d’elle.
Elle est partie peu de temps après Delon. Deux France qui s’en vont, que tout, quasi, opposait. Il est permis de pleurer les deux.
Chatherine Ribeiro reprend Ferrat chez Pascal Sevran.