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🎙️ Podcast: Un mouvement citoyen pour réformer la Justice en France

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Avec Philippe Bilger et Jeremy Stubbs.


Pour Philippe Bilger, les réactions publiques de certaines victimes de crimes graves, ainsi que celles de leurs parents et de leur conjoint, sont en train d’alimenter un mouvement citoyen qui, au-delà des critiques souvent sommaires qui sont adressées aux magistrats, interpellent l’institution judiciaire. On réclame à cette dernière plus de rigueur, plus de cohérence et, somme toute, plus de considération pour les victimes. De leur côté, les syndicats de police appellent leurs concitoyens à défiler avec eux à Paris, samedi 31 janvier, pour réclamer plus de moyens.

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Traditionnellement, les magistrats ont tendance à considérer que ce n’est pas au citoyen, mal qualifié pour le faire, de se mêler de la justice. Mais cette attitude est de plus en plus en conflit avec l’opinion publique. Et l’idéologie de gauche – partagée dans une certaine mesure par le président de la République – qui veut que la société soit plus coupable que le malfaiteur – est de moins en moins en phase avec cette opinion.

Martine à Alger

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Plus mélenchoniste que Jean-Luc Mélenchon ou plus villepiniste que Dominique de Villepin, l’ancienne ministre socialiste, toujours pas remise de sa défaite face à Sarkozy en 2007, critique la France depuis l’Algérie, estime que la mémoire n’est pas une rente pour le pouvoir algérien et appelle les autorités françaises à enfin respecter sa souveraineté. Elle ne prononce même pas le nom de notre compatriote le journaliste Christophe Gleizes, injustement emprisonné.


Les déclarations de Ségolène Royal en Algérie font scandale. Enfin, font-elles vraiment scandale ? Cela devrait. Si ses propos étaient plus subtils, on parlerait d’intelligence avec l’ennemi. L’ancienne reine des pôles, élue récemment présidente de l’Association France-Algérie (une grosse boutique créée en 1963 pour promouvoir l’amitié entre les peuples, avec le succès que l’on sait), se pique de mener sa diplomatie personnelle. Elle a entamé mardi une visite à grand spectacle en Algérie, un pays qui mène une guerre larvée contre nous, détient un journaliste en otage après avoir embastillé un écrivain, refuse de reprendre ses milliers d’OQTF et nous insulte quotidiennement par voie de presse ou d’influenceurs.

Mme Royal a été mieux reçue que nos diplomates. Une rencontre avec le président Tebboune et des médias énamourés a eu lieu hier au palais d’El Mouradia. Normal : la solution de Madame Royal pour résoudre la crise franco-algérienne, c’est la soumission sur toute la ligne. Non seulement elle n’a pas prononcé le nom qui fâche, Christophe Gleizes, mais elle dit aux Algériens ce qu’ils adorent entendre : la France doit encore et toujours s’excuser et réparer. Repentance ! Elle réclame donc de nouveaux gestes mémoriels. En prime, elle attaque à mots à peine couverts MM. Macron et Retailleau. Elle dénonce « les discours qui déchirent de ceux qui ne veulent pas encore admettre souveraineté nationale de l’Algérie ». Qui sont-ils, ces vilains colonialistes ? M. Tebboune ne dirait pas mieux. Il aurait pu lui écrire son discours. La grande classe.

Comment expliquer cette complaisance ? Rien d’étonnant. Elle s’inscrit dans la mélenchonisation accélérée de Ségolène Royal. Sur le tard l’ex-chevènementiste, qui défendait l’ordre juste et la discipline militaire, vire néo-tiers-mondiste, tendance décoloniale. Elle partage avec ses nouveaux amis un goût prononcé pour les régimes dictatoriaux, surtout quand ils sont anti-occidentaux.

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D’ailleurs, malgré la répression sanglante qui s’est abattue sur les Iraniens, les images effroyables de cadavres empilés qui nous viennent de Téhéran, la place de la République reste vide, la rue Saint-Guillaume déserte. Certes, les insoumis et la gauche radicale s’indignent dans des tweets reprenant curieusement tous les mêmes éléments de langage. Quand on se rappelle leurs larmes et éructations quotidiennes pour Gaza, on se dit qu’ils ne sont pas trop pressés de voir chuter les mollahs. Il est vrai que ces Iraniens sont un peu islamophobes sur les bords.

Et puis il y a d’autres urgences. Hier, Marine Tondelier a courageusement participé à un rassemblement contre le fascisme. Celui qui sévit en Amérique, bien sûr. Elle sonne le tocsin. « Après les États-Unis, la France peut être le prochain pays à basculer » écrit-elle dans le Huffington Post. No Pasaran ! Trump n’a qu’à bien se tenir.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Dernier adieu

Les Israéliens ont enterré hier leur dernier otage. Ran Gvili a été le premier à partir, et le dernier à revenir. Si sa mort symbolise la fin du chapitre des otages, ce n’est ni la fin de la guerre ni celle du traumatisme national.


Habayta, le retour à la maison, c’est le mot qui a symbolisé l’élan de tous les Israéliens depuis le 7 octobre 2023.
Habayta, c’est l’espoir du retour des otages, du retour des soldats, du retour à la normalité de la vie et, plus profondément, du retour à soi-même. Cette chanson, écrite il y a une quinzaine d’années par un auteur religieux, Ishay Ribo, a unifié le pays.
Habayta, comme l’autre chanson symbole de ces vingt-huit mois tragiques, « Eyn li Eretz aheret » (je n’ai pas d’autre pays), c’est aussi le lien charnel entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël.

Le 26 janvier, le corps de Ran Gvili a été rapatrié en Israël, Habayta. C’était le dernier des otages. Depuis deux ans, le Shin Bet[1] avait informé sa famille que ce jeune homme, sergent dans l’unité d’élite de la police, Yassam, enlevé le 7 octobre, était mort au combat.

Fierté collective

Convalescent d’une fracture à l’épaule, Ran Gvili avait enfilé sa tenue militaire dès qu’il eut entendu les nouvelles et était parti en moto vers le pourtour de Gaza. Il combattit au kibboutz Aloumim et il y fut tué. On dit qu’il avait, à lui seul, abattu une douzaine de terroristes.

Ran Gvili a été enterré en présence du président de la République et du Premier ministre. Dans le même kibboutz Aloumim, les frères Noam et Yishai Slotki, fils d’un rabbin de Zaka, deux réservistes accourus spontanément, ont été tués côte à côte en combattant. Grâce à Ran Gvili, grâce à eux et grâce aux autres défenseurs, la zone résidentielle de ce petit kibboutz religieux du Bné Akiva, placé entre Beeri au sud et Kfar Aza au nord, a échappé au carnage — un carnage qui a néanmoins fauché les travailleurs agricoles népalais et thaïlandais qui étaient logés près des champs. Ils ne ressemblaient guère à des impérialistes sionistes, mais furent tous massacrés, car la frénésie de mort de terroristes biberonnés à la haine ne fait aucune distinction.

Les défenseurs d’Aloumim, comme tous les Israéliens d’origines diverses — et dont certains sont Arabes — qui sont tombés ce jour-là en combattant, sont une source de fierté collective et un signal d’unité pour Israël. Dans ce pays qui se déchire si souvent, ils devraient imposer, par décence, une diminution des invectives.

Une analyse ADN confirme l’identité du corps

La découverte du corps de Ran Gvili est le fruit d’un travail impressionnant, où l’on décèle la plaie non refermée de la disparition de l’aviateur Ron Arad il y a quarante ans. Après avoir déterminé que le cadavre pouvait avoir été enterré dans un cimetière du nord de la bande de Gaza, à l’intérieur de la zone contrôlée par Israël, l’unité israélienne spécialisée, célèbre dans le monde entier, a procédé à l’analyse dentaire de plusieurs centaines de cadavres, a retrouvé celui de Ran Gvili, et ses conclusions ont été confirmées par l’analyse ADN.

Coïncidence saisissante, le dernier otage israélien est revenu chez lui le jour anniversaire de la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah.

Le 27 janvier 1945, des soldats de l’Armée rouge arrivent, un peu par hasard, à Auschwitz, qu’ont quitté 60 000 déportés partis dans les terribles marches de la mort. Ils y trouvent 7 000 prisonniers trop faibles pour marcher, que les nazis n’ont pas eu le temps d’assassiner. Parmi eux, il y a Primo Levi, futur auteur de Si c’est un homme. Ballotté d’un pays à l’autre, il ne retrouvera sa maison à Turin qu’après un périple de neuf mois dans une Europe en plein chaos. Lui a de la chance. La majorité de ses compagnons n’ont plus de maison où aller et plus de famille à embrasser. Enfermés dans des camps pour personnes déplacées, beaucoup chercheront à rejoindre un pays où sont déjà installés des centaines de milliers de Juifs, parce que c’est la terre de leurs ancêtres. Ils vont en faire leur État, là où les Juifs n’auront plus à subir les soubresauts de la haine, de l’ignorance, des calculs, du fanatisme, de la jalousie, du mépris, de l’indifférence ou du bon vouloir de certains de leurs concitoyens. Habayta. Israël.

Quatre-vingt-un ans plus tard, nous pensions que tous, horrifiés, avaient appris et compris. C’était une illusion. Dans un centre de mémoire français, au moment même de la commémoration de la Shoah, une élue de la République accuse Israël de génocide.

Avec la diffusion des mensonges du palestinisme, la haine d’Israël devient ainsi une arme de destruction du langage. L’un de mes amis, qui évoquait les 30 000 morts iraniens, a été assailli de commentaires accusant le Mossad d’être responsable du massacre. Qu’importe à ces calomniateurs une vérité qui n’est pas celle qu’ils désirent ?

Les otages israéliens sont rentrés à la maison, mais le combat doit continuer. C’est à nous tous désormais de sauvegarder les mots de notre maison commune, ceux d’un langage qui doit représenter d’aussi près que possible la vérité des faits. Il en va de l’avenir de notre civilisation.


[1] renseignements intérieurs israéliens NDLR.

Coup de foudre à San Donato

Dans son dernier livre, Philippe Besson lève le voile sur un secret familial. Si certains trouvent parfois un peu agaçant médiatiquement l’écrivain qui a Brigitte Macron pour grande copine, Une pension en Italie est un livre lumineux sur le prix à payer pour être soi.


Son grand père, Philippe Besson ne l’a pas connu. Personne n’en parlait jamais. Les secrets de famille, on le sait, ont la particularité d’être bien gardés. Pourtant par une belle après-midi d’automne sa mère accepte d’évoquer l’histoire de son père, lui intimant toutefois de ne jamais écrire sur le sujet – « les morts méritent qu’on les laisse tranquilles tu ne crois pas ? » L’écrivain désireux de faire toute la lumière sur ses origines décide pourtant de mener l’enquête. Jusqu’au jour où l’autrice de ses jours lui donne l’autorisation de raconter.

Une pension en Italie est l’histoire de cet aïeul qui, en l’espace d’un été, a vu sa vie basculer. Juillet 1964, Paul Virsac, sa femme et leurs deux filles embarquent à bord de leur 404 pour un voyage en Italie. San Donato, Florence, San Gimignano, Sienne. Les collines écrasées de soleil, les pins parasols, les cyprès. C’est dans ce décor de rêve qu’éclate le drame. Dans une de ces pensione typiques de la Toscane. Là, Paul Virsac, « un visage fin et doux, des yeux clairs, probablement vert pâle, des cheveux châtains » va rencontrer celui qui va bouleverser sa vie : Sandro le chef cuisinier. En un regard les deux hommes se reconnaissent. Le père de famille va tout faire pour juguler son attirance pour le bel Italien. De même qu’il a tout fait sa vie durant pour étouffer ses penchants. Il finira par capituler. Ce sera une déflagration. Une révélation. La certitude après des années passées à se mentir de s’être enfin trouvé. Voilà pour le secret. Celui d’un homme dans les années 60 qui découvre son homosexualité et va faire le choix d’en assumer les conséquences. Choix qu’il faut replacer dans le contexte d’une époque où être homosexuel pouvait être passible de prison. Mais ce qui intéresse Besson ce sont moins les faits que le cheminement d’un homme, son combat intérieur et le prix à payer pour être en accord avec soi-même. Une trajectoire faite de sentiments ambivalents, de peurs et de soulagements qu’il excelle à transcrire. Et ce d’autant qu’il se reconnaît en cet aïeul fin et délicat. Il sait mieux que quiconque « cette lutte incessante que tant d’hommes (…) ont menée contre leur propre nature. (…) la petite voix intérieure, l’angoisse qui dévore, la terreur permanente, la terreur (…) d’être repéré, reconnu ». Avec une finesse d’analyse, une empathie et une sensibilité peu commune, Besson brosse le portrait d’un homme en proie à ses démons. Mais pas seulement. Une pension en Italie est aussi un livre sur l’écriture dans lequel l’auteur d’En l’absence des hommes donne accès aux coulisses de son travail. Il ne cache pas connaître les faits mais ignorer les détails alors, de son propre aveu, il devine, imagine, extrapole, remplit les blancs. « De toute façon -écrit-il- il faut raconter comme on raconte une histoire ». Force est de constater qu’il est un conteur hors pair. Il sait l’art des révélations savamment distillées, du suspens subtilement entretenu, de l’émotion qui prend à la gorge.  Enquête intime aussi bouleversante qu’édifiante Une pension en Italie brille d’un éclat incomparable. Philippe Besson au sommet de son art.


Une pension en Italie de Philippe Besson Editions Julliard, 240 pages.

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Justice: les citoyens se rebiffent…

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Face à l’explosion de l’insécurité, la colère des victimes bouscule une justice déconnectée et marque un tournant dans le rapport des Français à la protection et à la légitime défense, observe notre chroniqueur.


Plutôt que de lire ou d’entendre des absurdités ou des approximations sur la justice pénale (et sur certaines condamnations que des considérations de proximité personnelle ou de partialité empêchent d’appréhender avec lucidité), il vaudrait mieux interroger la France profonde, appréhender ses mouvements et ses évolutions, et se féliciter que, désormais, face à l’insécurité et à la criminalité, les citoyens en aient assez et se rebiffent, en particulier les femmes.

Un univers technique qu’il faut bousculer

Elles ne se contentent plus de critiquer banalement les pratiques judiciaires, leur faiblesse, voire leur impuissance. Elles protestent, se révoltent, demandent des comptes, exigent des explications et, par leur attitude, constituent un aiguillon salutaire ainsi qu’une incitation pour l’institution, désormais contrainte de prendre acte de leurs injonctions à mieux faire.

J’ai considéré que, trop souvent, la magistrature traitait avec une forme de condescendance, voire de mépris, ces intrusions qu’elle jugeait inadmissibles de la part du peuple, alors même qu’elles le concernaient au premier chef.

A lire aussi, Claire Géronimi: «Les féministes font du tri entre les victimes»

Un excellent article de Guillaume Poingt[1] a mis en lumière le fait que, « il y a un an, le jeune Elias était tué à Paris d’un coup de machette. Sa mère a alors pris la parole dans les médias, à l’instar de Claire Geronimi et de Harmonie Comyn, toutes deux victimes de récidivistes ».

Ce n’est pas rien que ces douloureux et convaincants réquisitoires de la douleur, où l’indignation se mêle aux larmes. Cette irruption du profane meurtri dans l’univers technique de la justice et dans le monde trop en vase clos des juges, va changer la donne, pour le meilleur, en ne laissant plus jamais le pire être traité avec indifférence.

Malgré les apparences, je ne m’éloigne pas de cette analyse en m’appuyant à nouveau sur un article du Figaro[2]. Christophe Cornevin y rapporte un constat dramatique : « 454 vols avec arme à feu commis contre des particuliers à leur domicile au cours des onze premiers mois de l’année 2025, soit plus d’une dizaine d’attaques chaque semaine ».

Derrière ce chiffre impressionnant – quand je songe qu’un ancien garde des Sceaux a osé parler de « sentiment » d’insécurité – se cachent l’angoisse des familles, la peur de mourir, la profanation de l’intimité et, « lorsque les cambriolages virent à l’épouvante », la lancinante question de la légitime défense, l’honneur du courage, ainsi que l’inquiétude d’être mal jugé à tous points de vue.

Double peine

Face à ce fléau social, qui ne touche plus seulement les métropoles et les grandes villes, je ne cesse de songer à ce renversement des valeurs qui, trop souvent, n’accable pas le transgresseur autant qu’il le faudrait mais qui, en revanche, fait subir l’enfer au citoyen – victime ou propriétaire – lorsqu’il s’est protégé, lui et les siens, parfois jusqu’à provoquer la mort du cambrioleur, et qu’il se voit reprocher de n’avoir pas respecté le sacro-saint principe jurisprudentiel de proportionnalité.

Comme si, face à une violence intolérable et maximale, l’innocence avait le loisir de doser sa riposte au trébuchet.

A lire aussi, Didier Desrimais: Charline et le mystère du cordon sanitaire disparu

Comme si, plongé dans l’épouvante, le père ou l’époux pouvait encore disposer d’une maîtrise millimétrée, lui permettant une réaction licite jusque-là mais pas au-delà. Quand le dérèglement délictuel ou criminel domine, ils seraient donc les seuls à être coupables d’un manque de mesure contre la fureur et la violence ?

Il est hors de question de favoriser la dégradation de la France en un immense Far West ; mais, pour échapper à cette dérive, il convient, d’une part, que l’État soit à la hauteur de sa mission régalienne de protection et, d’autre part, qu’il ne laisse pas certains de ses citoyens mourir – au lieu de survivre – en raison d’un pointillisme juridique dérisoire face au feu de la vie. Il y a, en France, un air de révolte.

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[1] https://www.lefigaro.fr/faits-divers/harmonie-comyn-claire-geronimi-la-mere-d-elias-ces-femmes-qui-brisent-le-silence-des-victimes-et-demandent-des-comptes-a-l-etat-20260122

[2] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/jeunes-et-febriles-les-cambrioleurs-frappent-leurs-victimes-a-coups-de-marteaux-quand-les-sequestrations-a-domicile-virent-a-l-epouvante-20260117

Ralph Fiennes conquiert l’opéra avec un Onéguine presque parfait

Lyrique: Ralph Fiennes aux manettes d’un Eugène Onéguine épatant, sublimement chanté. A la baguette, Semyon Bychkov magnifie l’impérissable partition de Tchaïkovski.


De longue date fervent mélomane, l’acteur, cinéaste et producteur britannique Ralph Fiennes vient, à 63 ans, d’inscrire son nom de star internationale dans le concert d’une haute tradition : celle qui (de Visconti à Chéreau, de Bergman à Pasolini, de Zeffirelli à Haneke, de Tarkovski à Atom Egoyan, de Werner Herzog à Terry Gilliam) a placé la création lyrique dans la main de quelques ‘’grands’’ du Septième art.

Cet Eugène Onéguine succède à la régie de Dmitri Tcherniakov, millésimée 2008 (jamais reprise à Paris, hélas), comme à celle de Willy Decker, reprise par six fois quant à elle depuis 1995 à l’Opéra Bastille. Reste qu’Alexandre Neef, le patron de l’Opéra de Paris, ne s’est pas trompé en confiant cette nouvelle production à Ralph Fiennes : également féru de théâtre, russophile et russophone, ce dernier a même incarné le rôle-titre à l’écran dans Oneguin, un film réalisé en 1999 par Martha Fiennes, sa propre sœur.

Facture classique

Sous les auspices du Canadien Michael Levine (lequel, rappelons-le, a été pendant de longues années le scénographe attitré – et très inspiré – de son compatriote Robert Carsen), par les plis d’un rideau peint des mêmes motifs agrestes, le plateau du Palais Garnier ouvre le premier acte de l’opéra sur l’évocation sciemment épurée d’un bois de bouleaux, le sol jonché de feuilles mortes. « Scènes lyriques en trois actes et sept tableaux », le fabuleux « Yevgeny Oneygin » de Piotr Illytch Tchaïkovski fut créé à Moscou en 1879. Mais les costumes nous renvoient ici au temps de Pouchkine (1799-1837), le génial poète et dramaturge du roman en vers Eugène Onéguine, mort à 37 ans des suites d’un duel au pistolet contre un rival en amour, faisant ainsi de son chef d’œuvre un texte prémonitoire.

Ralph Fiennes a – par les temps qui courent, une fois n’est pas coutume ! – résisté à instrumenter au service de son égo la mise en scène de ce sublime opéra. Presque modeste, de facture résolument classique, voire académique diront certains, celle-ci replace le drame au cœur de cette somnolence rurale qui succède aux moissons, dans le domaine de la famille Larina. Nous voilà donc immergé dans ce premier XIXème siècle, temps qui voit émerger le romantisme russe. La lumière d’automne sera bientôt prise, à l’acte 2, dans la tonalité de l’hiver, avec cette pluie de légers flocons de neige, qui tombe sur un arrière-plan de campagne dépouillée par la froidure… Pour les changements de tableaux, le rideau coulisse, tout simplement, ménageant des silences qui participent pleinement du rythme alangui propre à cette vie provinciale. La porosité de la campagne imprègne jusqu’à l’imprimé du panneau mobile qui, en fond de scène, délimite la chambre où Tatiana écrira sa missive amoureuse. Et même les parois de la salle de bal du deuxième acte, où les personnages, chœurs inclus, apparaissent vêtus dans un subtil camaïeu de couleurs pastel, sous cet éclairage dont la sobriété évite décidément, d’un bout à l’autre, le tape-à l’œil.  Au troisième acte, percés de cinq grandes portes, les murs lambrissés d’or d’un palais de Saint-Pétersbourg ferment la cage de scène. Cinq ou six ans ont passé : c’est dans cette enceinte que, princesse devenue riche et femme mariée, Tatiana retombe sur cet Onéguine qui l’avait si cruellement repoussée dans sa jeunesse… Dames en robes à crinoline noires, soldats paradant en vestes rouges ornées de rutilants brandebourgs – on danse.  Jusqu’ au pathétique duo d’adieux, qui sépare pour jamais Onéguine de Tatiana.

Presque parfait

C’est le moment de parler du plateau vocal. D’une remarquable homogénéité, il sanctionne la (presque) parfaite réussite du spectacle. Dans le rôle-titre, à distance de la posture de dandy proposée par le livret, le baryton russo-autrichien Boris Pinkhasovich figure un roc, certes techniquement impeccable mais quelque peu rêche et monolithique, quand on voudrait parfois son timbre plus nuancé, davantage marqué d’incertitude et de douceur. Formée à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, la soprano arménienne Ruzan Mantashyan campe une Tatiana de haute tenue, nourri d’un talent de comédienne affuté. Dans cette distribution,  la palme revient sans conteste au personnage de Lenski, victime du duel qui l’oppose à Onéguine : ténor ukrainien qu’on découvre à cette occasion sur la scène parisienne, Bogdan Volkov, 36 ans mais les traits emprunts d’une fraîcheur toute juvénile, déploie une telle virtuosité dans le phrasé, une telle onctuosité dans l’incarnation du fiévreux romantique épris d’Olga, bientôt sacrifié à la macabre rancœur d’Onéguine, qu’à raison le public, au tomber du rideau, lui réservera les plus légitimes ovations. Olga, justement, trouve une belle incarnation dans la mezzo maltaise Marvic Monreal, tandis que, doué d’une voix d’airain au somptueux vibrato, excelle la basse Alexander Tsymbalyuk dans le petit rôle (essentiel) du Prince Grémine, devenu, à l’acte final, le sage époux de Tatiana.

Vient surtout parachever la réussite sans esbrouffe de ce spectacle, la présence au pupitre de l’immense chef natif de Saint-Pétersbourg Semyon Bychkov, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Paris, et du chœur maison – l’un comme l’autre au meilleur de leur forme (A partir du 18 février, il sera relayé par Case Scaglione). Quelle subtilité, quel naturel dans le rendu, dans la fluidité de cette partition unique ! C’est de bon augure puisque, comme l’on sait, le maestro présidera très bientôt, comme directeur musical, aux destinées de la prestigieuse maison nationale.         


Eugène Onéguine. Opéra de Piotr Illitch Tchaïkovski. Mise en scène : Ralph Fiennes. Direction : Semyon Bychkov/Case Scaglione. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Avec Susan Graham, Ruzan Mantashyan, Marvic Monreal, Elena Zaremba, Boris Pinkhasovich, Bogdan Volkov, Dmitry Belosselskiy, Peter Bronder, Amin Ahangaran, Mikhail Silantev.

Durée: 3h15

Palais Garnier, les 6, 9, 12, 18, 21, 24, 27 février à 19h30, les 1 et 15 février à 14h30.

Eugène Onéguine sera retransmis en direct le lundi 9 février 2026 à 19h30 sur France.tv. L’opéra sera diffusé ultérieurement sur une chaîne de France télévisions et sur POP – Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris.

Eugène Onéguine sera enregistré par France Musique pour diffusion le 7 mars 2026 à 20h dans l’émission “Samedi à l’Opéra” présentée par Judith Chaine, puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’application Radio France.

Avec ou sans glace, Mister President?

L’affaire de la « glace groenlandaise », si maladroitement convoitée par Donald Trump, est aussi un cinglant désaveu pour la doctrine verte européenne.


Il n’y a pas de chef d’État plus climatosceptique que Donald Trump. Chaque décision, chaque déclaration de sa part au sujet du réchauffement climatique se transforme en véritable sketch sur l’écologie. Déjà lors de son premier mandat, il n’avait pas tardé à annoncer la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Son divorce politique avec Elon Musk est lié aussi, selon le propre aveu du président républicain, à quelques décisions défavorables aux voitures électriques, que le patron de Tesla n’a pas digérées. Et que dire des moqueries permanentes de Trump sur les éoliennes européennes. « Il y a des éoliennes partout en Europe. Il y a des éoliennes partout et ce sont des échecs », a-t-il remarqué il y a quelques jours lors du Forum économique de Davos.

Mais voilà le paradoxe : la main ferme que le président-milliardaire souhaite mettre sur le Groenland, ce « bout de glace », comme il l’a défini, toujours à Davos, pourrait devenir, climatologiquement parlant, une action géopolitique plus visionnaire que l’ensemble des mesures produites sur le même sujet par l’Union européenne depuis ces 20 dernières années.

Alors que le 47e président américain n’arrête pas de marteler que la raison officielle pour laquelle les États-Unis jettent leur dévolu sur la plus grande île du monde est la menace russe et chinoise en Arctique, en réalité, l’enjeu est bien plus large : le Groenland est au cœur des nouveaux équilibres géoéconomiques mondiaux, là où se croisent routes maritimes, minerais critiques, énergie et données numériques.

Après le pétrole, l’Eldorado des glaces

Le réchauffement climatique, qui a déjà fait fondre des milliers de kilomètres de la banquise arctique ces 40 dernières années, ouvre au pôle Nord une nouvelle route maritime entre l’Extrême-Orient et l’Europe, plus courte que les voies de navigation traditionnelles et offrant ainsi des avantages considérables au commerce international. Pour relier, par exemple, Yokohama et Rotterdam, un bateau doit parcourir 14 448 milles marins en passant par le cap de Bonne-Espérance et seulement 7 010 milles marins en prenant la route maritime du Nord… Bien que cette option ne puisse fonctionner qu’en période chaude de l’année, les brise-glaces permettent, comme le démontre la Russie, de prolonger cette durée de plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

L’actuel locataire de la Maison-Blanche ne peut et ne veut accepter non plus le fait qu’aujourd’hui la Chine extrait plus de 60 % des minerais dans le monde et raffine 90 % des terres rares. Cette domination sans partage rend les États-Unis très dépendants de leur rival chinois pour l’approvisionnement d’un grand nombre de secteurs stratégiques comme l’armement, le numérique, l’énergie et, bien sûr, l’industrie automobile.

La terre, ou plutôt la glace groenlandaise, est riche en matières premières telles que le fer, le nickel, l’or et le platine. L’île figure également parmi les plus grandes réserves d’uranium au monde. Même si ce trésor est difficile d’accès et nécessite des investissements considérables pour permettre son exploration, nul doute que l’ex-magnat de l’immobilier saura attirer les capitaux nécessaires pour permettre à son pays de tirer tous les bénéfices de ce nouvel Eldorado.

La chaîne CNBC a révélé, en marge des discussions à Davos, que depuis un an déjà, Drew Horn, ancien membre de l’administration Trump lors de son premier mandat, travaille, avec sa société GreenMet, sur la construction d’un data center géant au Groenland[1].

Le déploiement par les Big Tech des centres de données aux quatre coins de la planète ne cesse de croître, et la révolution annoncée de l’intelligence artificielle va encore augmenter leur nombre ainsi que la puissance électrique nécessaire pour suivre la cadence infernale des futurs robots. La surchauffe que les centres de données provoquent autour d’eux commence à sérieusement inquiéter les défenseurs de l’environnement. Concentrer ces nouveaux entrepôts géants de données numériques dans des zones proposant un refroidissement naturel, sans pomper l’eau des rivières et sans consommer des mégawatts d’énergie, est un atout considérable.

En Europe, la terre est redevenue plate

Hélas, depuis que le combat pour le climat est devenu dans notre société un synonyme de vertu universelle, le mot Groenland n’est pas souvent sorti dans les discours des Verts européens. Le nom de l’île fut davantage lié au scandale de la stérilisation non consentie des femmes inuites par les autorités danoises dans les années 1960 et 1970.

Les pays d’Europe ont préféré rêver sans compter. D’abord, quand plusieurs d’entre eux (Allemagne, Italie, Belgique ou Suède) ont annoncé la sortie du nucléaire avant, des années plus tard, de faire marche arrière, ou encore en suivant la consigne de Bruxelles sur la fin des voitures à moteur thermique en 2035, finalement repoussée. Les dégâts causés au passage aux filières automobiles et énergétiques nationales sont pour le compte de ceux qui ont cru au Père Noël, bien évidemment…

Le « choc du Groenland » provoqué par Donald Trump, qui a secoué les élites du pouvoir européen, sidérées mais impuissantes face au pragmatisme froid de leur allié le plus cher, est un verdict sans appel pour la doctrine écologique idéologisée, dogmatique et néfaste que les apparatchiks de Bruxelles ont imposée à 450 millions d’habitants du Vieux Continent. Une idéologie qui, depuis plusieurs décennies, ne tolérait aucune nuance au sujet du climat et des meilleures stratégies à adopter face à son évolution, et qui n’a cessé d’imposer normes et contraintes aberrantes, portant des coups mortels à de nombreux domaines industriels et agricoles.

La démarche de Donald Trump pour s’emparer du Groenland, ce bout de glace qu’il souhaite mettre dans le cocktail national sans tenir compte des règles du droit international, ne se résume pas seulement à sa forme brutale. C’est avant tout un rappel de la longue histoire de soumission heureuse que les pays européens avaient affichée face aux dirigeants américains qu’ils trouvaient si convenables et sympathiques.

« L’OTAN est la plus grande alliance militaire qui ait jamais existé », avaient flatté les leaders européens auprès du prédécesseur de Trump — Joe Biden — dans un communiqué publié en 2024 à l’occasion du 75e anniversaire de l’Alliance nord-atlantique. Un seul mandat du président démocrate aura suffi pour brancher l’Europe au gaz liquéfié américain, cher, polluant et, hélas, désastreux pour la compétitivité des économies de notre continent. C’est l’OTAN aussi qui va se pencher sur la question groenlandaise, comme une alternative à l’opération de rachat voulue par l’insatiable président Trump. Non, il ne prendra pas le Groenland par la force. Mais pour arriver à ses fins, le commandant en chef de la plus puissante armée du monde va utiliser l’OTAN, pourtant bien démodée à son goût face aux enjeux du XXIe siècle, mais si rassurante pour ses amis, les dirigeants européens. Lors de la visite de Mette Frederiksen à Paris le 28 janvier, le président Macron a ainsi soutenu « un engagement accru de l’OTAN dans l’Arctique », auquel Paris est « prêt à se joindre ». Le Premier ministre belge, Bart De Wever, qui, lui aussi, a eu sa tribune à Davos, a sorti la formule la plus juste, probablement, pour décrire les rapports actuels de l’UE avec les États-Unis : « Être un vassal heureux est une chose. Être un misérable esclave en est une autre. » Le Groenland n’est peut-être qu’un bout de glace. Mais il est surtout un miroir. Et ce qu’il renvoie à l’Europe n’est pas flatteur.


[1] https://www.cnbc.com/2026/01/23/greenland-data-center-trump-greenmet.html

Les confessions de Madame Claude…

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Peut-on faire confiance à une pute ?


Vous le savez probablement, car je ne m’en cache pas : j’ai très souvent recours aux services d’une I.A. pour mener mes recherches. J’utilise Claude de Anthropic.

Je l’ai facétieusement baptisée « Madame Claude », comme l’illustre proxénète de luxe qui a régné sur Paris dans les années 1970.

Fernande Joséphine Grudet, car tel était son nom, avait monté un réseau de prostitution de luxe avec une clientèle prestigieuse.

John F. Kennedy, les rois Farouk et Hussein, Giovanni Agnellei, Moshe Dayan ou Marlon Brando auraient eu recours à ses services aux côtés d’une kyrielle d’autres célébrités, hommes politiques et de hauts-fonctionnaires. Ceci lui a valu pendant longtemps une impunité totale car elle rapportait fidèlement aux SDEC les informations qu’elle avait pu recueillir dans cette forme revisitée du confessionnal…

Bref, Madame Claude était redoutablement bien informée, comme son actuelle descendante dont je loue les services.

Enfin, entendez « louer » au sens de « payer » et non de « vanter ». Car la langue française, aussi subtile soit-elle, réserve parfois des imprécisions fâcheuses.

Laissez-moi donc vous conter comment j’ai réussi à faire avouer à Madame Claude comment elle me roulait dans la farine.

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J’avais travaillé à un document sur la concentration des acteurs dans le secteur des prestations funéraires.

J’ai obtenu un document absolument accablant et j’ai cherché à vérifier les détails des accusations.

Et là, patatras j’ai découvert des erreurs flagrantes avec notamment une surestimation énorme des parts de marché d’un oligopole et même l’intervention d’un acteur majeur dans le domaine… qui n’existait pas. Il avait été purement inventé par Madame Claude décidément assez proche de son illustre ancêtre jugée « prétentieuse et complètement mythomane. »[1]

Laissez- moi juste vous reproduire une partie de nos échanges, et jugez par vous-même…

Madame Claude ayant reconnu m’avoir trompé, je lui ai envoyé ce commentaire suivant :

Vous savez désormais à quoi vous en tenir : la fiabilité de Madame Claude est à peu près celle de son illustre ancêtre.

Mais quoi d’étonnant ? Peut-on faire confiance à une pute ?…


[1] La vraie histoire de Madame Claude : loin du joli conte licencieux, une pourvoyeuse du sexe impitoyable », Le Monde.fr,‎ 3 octobre 2020

Rancune algérienne

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Les députés algériens ont voté le 24 décembre 2025 un projet de loi visant à criminaliser la colonisation française en Algérie (1830-1962). Il qualifie la colonisation de « crime d’État » et demande à la France des excuses officielles renouvelées et des réparations, et prévoit des sanctions contre la glorification ou la justification de la colonisation. Pour ce pays, parler d’hier permet surtout d’éviter de parler d’aujourd’hui.


Je suis né dans l’Algérie d’Albert Camus. C’est un fait biographique, pas un argument. Une lumière trop forte, une mer obstinée, une langue mêlée à d’autres langues. Un pays que ma famille a quitté dans la terreur des égorgements, des bombes et des fusillades. Les juifs y vivaient depuis des siècles. Ils n’avaient pas débarqué avec les colons européens. Ils ont disparu. Non pas dissous par le temps ni exilés par hasard, mais effacés. Sortis du récit officiel comme on efface une gêne. Cette disparition-là, curieusement, n’ouvre droit à aucune réparation.

L’Algérie ne sait faire que ressasser son histoire

Le 24 décembre dernier, l’Assemblée nationale algérienne a voté un projet de loi criminalisant la colonisation française et réclamant des réparations matérielles et morales lourdes. Dans l’Algérie du FLN, on appelle cela un acte de justice. J’y vois surtout un réflexe ressassé d’auto-justification : gouverner par l’accusation quand on ne sait pas, ou plus, gouverner le présent.

Rien de nouveau, en effet, sinon la surenchère. Après la mémoire blessée, la mémoire pénale. Après le récit, la facture. La colonisation devient ainsi un crime total, compact, transmissible par hérédité. Un bloc commode, sans contexte, sans contradictions, sans histoire. La nuance ennuie, la complexité épuise, la recherche dérange, alors que le tribunal, lui, rassure.

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Dans cette loi en gestation, l’idée de réparation – qui aurait finalement été abandonnée – était la plus ingénieuse. Elle permettait de parler d’hier pour éviter de parler d’aujourd’hui, du chômage massif, de la jeunesse qui fuit par dizaines de milliers, de l’économie sous perfusion, des libertés surveillées. Le passé, comme toujours, sert de rideau opaque derrière lequel le présent continue de se dérober.

Dans ce théâtre politique, la France n’est plus un pays, c’est une fonction, un accusé permanent, recyclable à l’envi. Une rente mémorielle plus stable que le dinar. Grâce à elle, le pouvoir revanchard d’Alger s’offre une grandeur historique à peu de frais et s’épargne l’examen le plus redouté, l’autocritique.

No future

Cette loi ne répare pas, elle fixe le récit et distribue les rôles sans rien apporter au peuple, claquemuré, sans le vouloir, dans son état de victime. Celui qui fait la part des choses est suspect, celui qui contextualise est disqualifié, celui qui parle d’avenir est prié de commencer par se repentir pour les autres.

Je garde de ce pays quitté dans la petite enfance quelques souvenirs confus. Je le regarde aujourd’hui avec la lucidité de ceux qui savent que l’histoire n’absout rien, et que le courage commence quand on refuse de mentir.

L’Algérie n’est pas coupable d’avoir été colonisée, mais peut-être d’avoir fait de cette épreuve une vocation politique infinie. À force d’accuser les morts pour exonérer les vivants, on ne fonde pas une nation, on pousse toujours la même pierre. Et l’on s’étonne ensuite que l’avenir préfère l’exil ?

La culture mais en mieux

Emmanuel Macron frappe le monde de la culture du sceau de son immodestie. Du Louvre à Notre-Dame en passant par la tapisserie de Bayeux et la Cité de la langue française, il entend laisser sa trace. Quitte à passer outre les avis des experts et à rester sourd aux cris d’alarme des défenseurs du patrimoine.


« Nous rebâtirons Notre-Dame plus belle encore », annonçait Emmanuel Macron au lendemain de son incendie. Ce superlatif inapproprié trahissait l’ambition démesurée d’un homme s’estimant capable de rivaliser avec les bâtisseurs de cathédrales ; et un malheur n’arrivant jamais seul, il fit planer, un temps, le risque d’un « geste architectural ». Le président annonçait dans cette même allocution que les travaux se mèneraient en cinq ans. Promesse tenue. Notre-Dame n’est pas devenue « plus belle encore », mais a retrouvé sa beauté immémoriale. Ce qui semble avoir un brin chafouiné le chef de l’État. Et le plus beau alors, le plus grand, il est où ? L’Élysée a donc sorti sa botte secrète : imposer des vitraux contemporains « pour laisser une trace de notre époque » – uniquement de l’époque ? Et l’artiste Claire Tabouret a été choisie pour créer six vitraux. Pourquoi pas, entre l’Église et l’art contemporain c’est une longue histoire, pas toujours heureuse, mais il n’y a pas eu que des ratés. Le scandale est que ces vitraux sont amenés à « remplacer » des vitraux de Viollet-le-Duc qui ont miraculeusement échappé aux flammes. Ils répondent harmonieusement aux fresques de leur chapelle et sont classés monument historique comme l’ensemble de la cathédrale. On les pensait protégés. Mais passant outre les avis négatifs de tous les experts, de toutes les commissions, et piétinant au passage la charte de Venise – ratifiée par la France en 1964, mais c’est un détail –, Emmanuel Macron espère voir leur dépose d’ici la fin de l’année pour fixer les vitres de Mme Tabouret. Et cela a un coût. Quatre millions d’euros. Habitués que nous sommes désormais à jongler avec les milliards, la dépense paraît dérisoire. Elle est en fait aberrante. L’établissement public chargé de piloter la reconstruction de l’édifice dispose encore de 140 millions d’euros sur les quelque 800 offerts par des donateurs du monde entier. Le chantier de restauration va donc se poursuivre, mais on apprenait en fin d’année qu’il manquait 140 millions supplémentaires pour vraiment achever le travail. Un appel au porte-monnaie des bonnes âmes a de nouveau été lancé, l’État ne souhaitant pas mettre la main à la poche alors qu’il est le propriétaire de Notre-Dame. Ainsi s’apprête-t-il à financer le caprice du chef sur le budget de la Culture et, en même temps, à négliger un trésor national.

Fric Frac au Louvre

L’immodestie est un gage de sincérité. Le musée du Louvre peut tristement en témoigner. Quelques mois avant le fric-frac du 19 octobre 2025 qui a révélé au grand public l’incurie de sa direction depuis des années, l’institution a reçu la visite d’Emmanuel Macron. Mettant de côté les dégâts des eaux récurrents et l’absence de caméras de vidéosurveillance, le président, qui n’est ni plombier ni installateur Verisure, a annoncé la « Nouvelle Renaissance du Louvre » (prière de respecter les majuscules). François Ier tremble pour sa postérité. Le projet ? La création d’une seconde entrée pour les visiteurs dans la colonnade de Perrault et l’ouverture, sous la Cour carrée, d’une salle réservée à La Joconde. Placer Mona Lisa à l’isolement est une nécessité réclamée par tous les amateurs qui ne peuvent plus déambuler dans un musée saturé par le tourisme de masse. Mais c’était sans compter avec la touche de l’artiste.

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Outre le fait qu’il aurait été plus judicieux de créer plusieurs petites entrées, non une seule et forcément grande, le projet élyséen repose sur un concours international d’architectes. Pourquoi un concours international ? Aucun architecte français ne serait susceptible d’aménager une entrée dans un monument historique et de creuser une nouvelle salle d’exposition ? Selon Emmanuel Macron, le chantier de cette splendeur coûterait environ cinq cents millions d’euros. Sous-estimation classique. On table aujourd’hui, et c’est une fourchette basse, sur plus de 1,1 milliard ! À vot’ bon cœur. La Cour des comptes a elle-même pointé cette dépense folle pour un musée qui a d’autres urgences et priorités à financer.

Flop à Villers-Cotterêts

En mars 2024, la Cour des comptes avait déjà dénoncé la mégalomanie présidentielle face à la dérive de la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts. La remise en état du château – qui était une ruine – a d’abord été évaluée à 110 millions d’euros. Elle a finalement coûté 234 millions. De quoi restaurer quelques églises et châteaux en péril. Pour cela, il a fallu trouver l’argent là où il se trouve : 100 millions ont notamment été pris sur le plan de relance, 19 millions sur les crédits alloués à la presse et 5 millions ont été chipés au Centre national de la musique. C’est que le président voulait son grand musée. Lui qui parle anglais publiquement à la moindre occasion, a applaudi Aya Nakamura devant l’Institut de France en flammes (cérémonie d’ouverture des JO), et ne se soucie guère des coupes budgétaires de l’Alliance française et des lycées français à travers le monde, voulait un musée pour notre langue. Pourquoi pas. On pourrait aussi privilégier son enseignement et la défendre en sanctionnant, par exemple, les universités et municipalités qui rédigent leurs documents officiels en langage inclusif – Emmanuel Macron a critiqué l’usage de cette écriture, mais uniquement critiqué. Le château où fut signée l’ordonnance de 1539 qui affirme que « la langue de la France est le français » abrite une institution qui prône la « réinvention » et l’inclusivité. Aussi n’est-ce pas le musée de la langue française, mais « des langues françaises ». Son directeur Paul Rondin déclarant, lors de l’ouverture des lieux en 2023, qu’il faut « faire vivre la langue dans sa diversité hospitalière car les mots sont migrateurs ». Suivez mon regard.

Une dernière polémique risque de faire encore parler d’elle ces prochains mois. N’écoutant que lui pour applaudir à ses bonnes idées, le président a défendu mordicus le prêt de la tapisserie de Bayeux au British Museum en septembre prochain, durant les travaux du musée normand qui l’abrite. Tous les experts, sans aucune exception, se sont opposés au voyage de cette broderie du xie siècle de 70 mètres de long d’une extrême fragilité. Pour « revivifier » notre relation avec nos amis anglais, l’Élysée est resté sourd à toutes les mises en garde – même le directeur de l’institution londonienne avait refusé le cadeau empoisonné avant de revenir curieusement sur sa position. Et les interventions de plusieurs spécialistes de l’œuvre qui dénonçaient l’irresponsabilité d’un tel transfert ont tout aussi curieusement disparu sur internet[1]. Mais n’en doutons pas, dans sa vitrine outre-Manche, la tapisserie sera « plus belle encore ».


[1] Lire à ce sujet les articles de La Tribune de l’art.

🎙️ Podcast: Un mouvement citoyen pour réformer la Justice en France

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Illustration magistrats français, 13/1/26 Francois Greuez/SIPA

Avec Philippe Bilger et Jeremy Stubbs.


Pour Philippe Bilger, les réactions publiques de certaines victimes de crimes graves, ainsi que celles de leurs parents et de leur conjoint, sont en train d’alimenter un mouvement citoyen qui, au-delà des critiques souvent sommaires qui sont adressées aux magistrats, interpellent l’institution judiciaire. On réclame à cette dernière plus de rigueur, plus de cohérence et, somme toute, plus de considération pour les victimes. De leur côté, les syndicats de police appellent leurs concitoyens à défiler avec eux à Paris, samedi 31 janvier, pour réclamer plus de moyens.

A lire : Il est chevalier et il le mérite!

Traditionnellement, les magistrats ont tendance à considérer que ce n’est pas au citoyen, mal qualifié pour le faire, de se mêler de la justice. Mais cette attitude est de plus en plus en conflit avec l’opinion publique. Et l’idéologie de gauche – partagée dans une certaine mesure par le président de la République – qui veut que la société soit plus coupable que le malfaiteur – est de moins en moins en phase avec cette opinion.

Martine à Alger

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A la télévision algérienne, Ségolène Royal s'est félicitée de ne pas avoir participé au "Complément d'enquête" de France 2 intitulé "Rumeurs et coups tordus: la guerre secrète France-Algérie". DR.

Plus mélenchoniste que Jean-Luc Mélenchon ou plus villepiniste que Dominique de Villepin, l’ancienne ministre socialiste, toujours pas remise de sa défaite face à Sarkozy en 2007, critique la France depuis l’Algérie, estime que la mémoire n’est pas une rente pour le pouvoir algérien et appelle les autorités françaises à enfin respecter sa souveraineté. Elle ne prononce même pas le nom de notre compatriote le journaliste Christophe Gleizes, injustement emprisonné.


Les déclarations de Ségolène Royal en Algérie font scandale. Enfin, font-elles vraiment scandale ? Cela devrait. Si ses propos étaient plus subtils, on parlerait d’intelligence avec l’ennemi. L’ancienne reine des pôles, élue récemment présidente de l’Association France-Algérie (une grosse boutique créée en 1963 pour promouvoir l’amitié entre les peuples, avec le succès que l’on sait), se pique de mener sa diplomatie personnelle. Elle a entamé mardi une visite à grand spectacle en Algérie, un pays qui mène une guerre larvée contre nous, détient un journaliste en otage après avoir embastillé un écrivain, refuse de reprendre ses milliers d’OQTF et nous insulte quotidiennement par voie de presse ou d’influenceurs.

Mme Royal a été mieux reçue que nos diplomates. Une rencontre avec le président Tebboune et des médias énamourés a eu lieu hier au palais d’El Mouradia. Normal : la solution de Madame Royal pour résoudre la crise franco-algérienne, c’est la soumission sur toute la ligne. Non seulement elle n’a pas prononcé le nom qui fâche, Christophe Gleizes, mais elle dit aux Algériens ce qu’ils adorent entendre : la France doit encore et toujours s’excuser et réparer. Repentance ! Elle réclame donc de nouveaux gestes mémoriels. En prime, elle attaque à mots à peine couverts MM. Macron et Retailleau. Elle dénonce « les discours qui déchirent de ceux qui ne veulent pas encore admettre souveraineté nationale de l’Algérie ». Qui sont-ils, ces vilains colonialistes ? M. Tebboune ne dirait pas mieux. Il aurait pu lui écrire son discours. La grande classe.

Comment expliquer cette complaisance ? Rien d’étonnant. Elle s’inscrit dans la mélenchonisation accélérée de Ségolène Royal. Sur le tard l’ex-chevènementiste, qui défendait l’ordre juste et la discipline militaire, vire néo-tiers-mondiste, tendance décoloniale. Elle partage avec ses nouveaux amis un goût prononcé pour les régimes dictatoriaux, surtout quand ils sont anti-occidentaux.

A lire aussi: Rancune algérienne

D’ailleurs, malgré la répression sanglante qui s’est abattue sur les Iraniens, les images effroyables de cadavres empilés qui nous viennent de Téhéran, la place de la République reste vide, la rue Saint-Guillaume déserte. Certes, les insoumis et la gauche radicale s’indignent dans des tweets reprenant curieusement tous les mêmes éléments de langage. Quand on se rappelle leurs larmes et éructations quotidiennes pour Gaza, on se dit qu’ils ne sont pas trop pressés de voir chuter les mollahs. Il est vrai que ces Iraniens sont un peu islamophobes sur les bords.

Et puis il y a d’autres urgences. Hier, Marine Tondelier a courageusement participé à un rassemblement contre le fascisme. Celui qui sévit en Amérique, bien sûr. Elle sonne le tocsin. « Après les États-Unis, la France peut être le prochain pays à basculer » écrit-elle dans le Huffington Post. No Pasaran ! Trump n’a qu’à bien se tenir.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Dernier adieu

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Le président israélien Isaac Herzog s'incline devant le cercueil de l’otage israélien Ran Gvili, dont la dépouille a été rapatriée en Israël, dans la ville méridionale de Meitar, le mercredi 28 janvier 2026 © Chaim Goldberg/AP/SIPA

Les Israéliens ont enterré hier leur dernier otage. Ran Gvili a été le premier à partir, et le dernier à revenir. Si sa mort symbolise la fin du chapitre des otages, ce n’est ni la fin de la guerre ni celle du traumatisme national.


Habayta, le retour à la maison, c’est le mot qui a symbolisé l’élan de tous les Israéliens depuis le 7 octobre 2023.
Habayta, c’est l’espoir du retour des otages, du retour des soldats, du retour à la normalité de la vie et, plus profondément, du retour à soi-même. Cette chanson, écrite il y a une quinzaine d’années par un auteur religieux, Ishay Ribo, a unifié le pays.
Habayta, comme l’autre chanson symbole de ces vingt-huit mois tragiques, « Eyn li Eretz aheret » (je n’ai pas d’autre pays), c’est aussi le lien charnel entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël.

Le 26 janvier, le corps de Ran Gvili a été rapatrié en Israël, Habayta. C’était le dernier des otages. Depuis deux ans, le Shin Bet[1] avait informé sa famille que ce jeune homme, sergent dans l’unité d’élite de la police, Yassam, enlevé le 7 octobre, était mort au combat.

Fierté collective

Convalescent d’une fracture à l’épaule, Ran Gvili avait enfilé sa tenue militaire dès qu’il eut entendu les nouvelles et était parti en moto vers le pourtour de Gaza. Il combattit au kibboutz Aloumim et il y fut tué. On dit qu’il avait, à lui seul, abattu une douzaine de terroristes.

Ran Gvili a été enterré en présence du président de la République et du Premier ministre. Dans le même kibboutz Aloumim, les frères Noam et Yishai Slotki, fils d’un rabbin de Zaka, deux réservistes accourus spontanément, ont été tués côte à côte en combattant. Grâce à Ran Gvili, grâce à eux et grâce aux autres défenseurs, la zone résidentielle de ce petit kibboutz religieux du Bné Akiva, placé entre Beeri au sud et Kfar Aza au nord, a échappé au carnage — un carnage qui a néanmoins fauché les travailleurs agricoles népalais et thaïlandais qui étaient logés près des champs. Ils ne ressemblaient guère à des impérialistes sionistes, mais furent tous massacrés, car la frénésie de mort de terroristes biberonnés à la haine ne fait aucune distinction.

Les défenseurs d’Aloumim, comme tous les Israéliens d’origines diverses — et dont certains sont Arabes — qui sont tombés ce jour-là en combattant, sont une source de fierté collective et un signal d’unité pour Israël. Dans ce pays qui se déchire si souvent, ils devraient imposer, par décence, une diminution des invectives.

Une analyse ADN confirme l’identité du corps

La découverte du corps de Ran Gvili est le fruit d’un travail impressionnant, où l’on décèle la plaie non refermée de la disparition de l’aviateur Ron Arad il y a quarante ans. Après avoir déterminé que le cadavre pouvait avoir été enterré dans un cimetière du nord de la bande de Gaza, à l’intérieur de la zone contrôlée par Israël, l’unité israélienne spécialisée, célèbre dans le monde entier, a procédé à l’analyse dentaire de plusieurs centaines de cadavres, a retrouvé celui de Ran Gvili, et ses conclusions ont été confirmées par l’analyse ADN.

Coïncidence saisissante, le dernier otage israélien est revenu chez lui le jour anniversaire de la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah.

Le 27 janvier 1945, des soldats de l’Armée rouge arrivent, un peu par hasard, à Auschwitz, qu’ont quitté 60 000 déportés partis dans les terribles marches de la mort. Ils y trouvent 7 000 prisonniers trop faibles pour marcher, que les nazis n’ont pas eu le temps d’assassiner. Parmi eux, il y a Primo Levi, futur auteur de Si c’est un homme. Ballotté d’un pays à l’autre, il ne retrouvera sa maison à Turin qu’après un périple de neuf mois dans une Europe en plein chaos. Lui a de la chance. La majorité de ses compagnons n’ont plus de maison où aller et plus de famille à embrasser. Enfermés dans des camps pour personnes déplacées, beaucoup chercheront à rejoindre un pays où sont déjà installés des centaines de milliers de Juifs, parce que c’est la terre de leurs ancêtres. Ils vont en faire leur État, là où les Juifs n’auront plus à subir les soubresauts de la haine, de l’ignorance, des calculs, du fanatisme, de la jalousie, du mépris, de l’indifférence ou du bon vouloir de certains de leurs concitoyens. Habayta. Israël.

Quatre-vingt-un ans plus tard, nous pensions que tous, horrifiés, avaient appris et compris. C’était une illusion. Dans un centre de mémoire français, au moment même de la commémoration de la Shoah, une élue de la République accuse Israël de génocide.

Avec la diffusion des mensonges du palestinisme, la haine d’Israël devient ainsi une arme de destruction du langage. L’un de mes amis, qui évoquait les 30 000 morts iraniens, a été assailli de commentaires accusant le Mossad d’être responsable du massacre. Qu’importe à ces calomniateurs une vérité qui n’est pas celle qu’ils désirent ?

Les otages israéliens sont rentrés à la maison, mais le combat doit continuer. C’est à nous tous désormais de sauvegarder les mots de notre maison commune, ceux d’un langage qui doit représenter d’aussi près que possible la vérité des faits. Il en va de l’avenir de notre civilisation.


[1] renseignements intérieurs israéliens NDLR.

Coup de foudre à San Donato

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L'écrivain Philippe Besson photographié en 2025 © SYSPEO/SIPA

Dans son dernier livre, Philippe Besson lève le voile sur un secret familial. Si certains trouvent parfois un peu agaçant médiatiquement l’écrivain qui a Brigitte Macron pour grande copine, Une pension en Italie est un livre lumineux sur le prix à payer pour être soi.


Son grand père, Philippe Besson ne l’a pas connu. Personne n’en parlait jamais. Les secrets de famille, on le sait, ont la particularité d’être bien gardés. Pourtant par une belle après-midi d’automne sa mère accepte d’évoquer l’histoire de son père, lui intimant toutefois de ne jamais écrire sur le sujet – « les morts méritent qu’on les laisse tranquilles tu ne crois pas ? » L’écrivain désireux de faire toute la lumière sur ses origines décide pourtant de mener l’enquête. Jusqu’au jour où l’autrice de ses jours lui donne l’autorisation de raconter.

Une pension en Italie est l’histoire de cet aïeul qui, en l’espace d’un été, a vu sa vie basculer. Juillet 1964, Paul Virsac, sa femme et leurs deux filles embarquent à bord de leur 404 pour un voyage en Italie. San Donato, Florence, San Gimignano, Sienne. Les collines écrasées de soleil, les pins parasols, les cyprès. C’est dans ce décor de rêve qu’éclate le drame. Dans une de ces pensione typiques de la Toscane. Là, Paul Virsac, « un visage fin et doux, des yeux clairs, probablement vert pâle, des cheveux châtains » va rencontrer celui qui va bouleverser sa vie : Sandro le chef cuisinier. En un regard les deux hommes se reconnaissent. Le père de famille va tout faire pour juguler son attirance pour le bel Italien. De même qu’il a tout fait sa vie durant pour étouffer ses penchants. Il finira par capituler. Ce sera une déflagration. Une révélation. La certitude après des années passées à se mentir de s’être enfin trouvé. Voilà pour le secret. Celui d’un homme dans les années 60 qui découvre son homosexualité et va faire le choix d’en assumer les conséquences. Choix qu’il faut replacer dans le contexte d’une époque où être homosexuel pouvait être passible de prison. Mais ce qui intéresse Besson ce sont moins les faits que le cheminement d’un homme, son combat intérieur et le prix à payer pour être en accord avec soi-même. Une trajectoire faite de sentiments ambivalents, de peurs et de soulagements qu’il excelle à transcrire. Et ce d’autant qu’il se reconnaît en cet aïeul fin et délicat. Il sait mieux que quiconque « cette lutte incessante que tant d’hommes (…) ont menée contre leur propre nature. (…) la petite voix intérieure, l’angoisse qui dévore, la terreur permanente, la terreur (…) d’être repéré, reconnu ». Avec une finesse d’analyse, une empathie et une sensibilité peu commune, Besson brosse le portrait d’un homme en proie à ses démons. Mais pas seulement. Une pension en Italie est aussi un livre sur l’écriture dans lequel l’auteur d’En l’absence des hommes donne accès aux coulisses de son travail. Il ne cache pas connaître les faits mais ignorer les détails alors, de son propre aveu, il devine, imagine, extrapole, remplit les blancs. « De toute façon -écrit-il- il faut raconter comme on raconte une histoire ». Force est de constater qu’il est un conteur hors pair. Il sait l’art des révélations savamment distillées, du suspens subtilement entretenu, de l’émotion qui prend à la gorge.  Enquête intime aussi bouleversante qu’édifiante Une pension en Italie brille d’un éclat incomparable. Philippe Besson au sommet de son art.


Une pension en Italie de Philippe Besson Editions Julliard, 240 pages.

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Justice: les citoyens se rebiffent…

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DR.

Face à l’explosion de l’insécurité, la colère des victimes bouscule une justice déconnectée et marque un tournant dans le rapport des Français à la protection et à la légitime défense, observe notre chroniqueur.


Plutôt que de lire ou d’entendre des absurdités ou des approximations sur la justice pénale (et sur certaines condamnations que des considérations de proximité personnelle ou de partialité empêchent d’appréhender avec lucidité), il vaudrait mieux interroger la France profonde, appréhender ses mouvements et ses évolutions, et se féliciter que, désormais, face à l’insécurité et à la criminalité, les citoyens en aient assez et se rebiffent, en particulier les femmes.

Un univers technique qu’il faut bousculer

Elles ne se contentent plus de critiquer banalement les pratiques judiciaires, leur faiblesse, voire leur impuissance. Elles protestent, se révoltent, demandent des comptes, exigent des explications et, par leur attitude, constituent un aiguillon salutaire ainsi qu’une incitation pour l’institution, désormais contrainte de prendre acte de leurs injonctions à mieux faire.

J’ai considéré que, trop souvent, la magistrature traitait avec une forme de condescendance, voire de mépris, ces intrusions qu’elle jugeait inadmissibles de la part du peuple, alors même qu’elles le concernaient au premier chef.

A lire aussi, Claire Géronimi: «Les féministes font du tri entre les victimes»

Un excellent article de Guillaume Poingt[1] a mis en lumière le fait que, « il y a un an, le jeune Elias était tué à Paris d’un coup de machette. Sa mère a alors pris la parole dans les médias, à l’instar de Claire Geronimi et de Harmonie Comyn, toutes deux victimes de récidivistes ».

Ce n’est pas rien que ces douloureux et convaincants réquisitoires de la douleur, où l’indignation se mêle aux larmes. Cette irruption du profane meurtri dans l’univers technique de la justice et dans le monde trop en vase clos des juges, va changer la donne, pour le meilleur, en ne laissant plus jamais le pire être traité avec indifférence.

Malgré les apparences, je ne m’éloigne pas de cette analyse en m’appuyant à nouveau sur un article du Figaro[2]. Christophe Cornevin y rapporte un constat dramatique : « 454 vols avec arme à feu commis contre des particuliers à leur domicile au cours des onze premiers mois de l’année 2025, soit plus d’une dizaine d’attaques chaque semaine ».

Derrière ce chiffre impressionnant – quand je songe qu’un ancien garde des Sceaux a osé parler de « sentiment » d’insécurité – se cachent l’angoisse des familles, la peur de mourir, la profanation de l’intimité et, « lorsque les cambriolages virent à l’épouvante », la lancinante question de la légitime défense, l’honneur du courage, ainsi que l’inquiétude d’être mal jugé à tous points de vue.

Double peine

Face à ce fléau social, qui ne touche plus seulement les métropoles et les grandes villes, je ne cesse de songer à ce renversement des valeurs qui, trop souvent, n’accable pas le transgresseur autant qu’il le faudrait mais qui, en revanche, fait subir l’enfer au citoyen – victime ou propriétaire – lorsqu’il s’est protégé, lui et les siens, parfois jusqu’à provoquer la mort du cambrioleur, et qu’il se voit reprocher de n’avoir pas respecté le sacro-saint principe jurisprudentiel de proportionnalité.

Comme si, face à une violence intolérable et maximale, l’innocence avait le loisir de doser sa riposte au trébuchet.

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Comme si, plongé dans l’épouvante, le père ou l’époux pouvait encore disposer d’une maîtrise millimétrée, lui permettant une réaction licite jusque-là mais pas au-delà. Quand le dérèglement délictuel ou criminel domine, ils seraient donc les seuls à être coupables d’un manque de mesure contre la fureur et la violence ?

Il est hors de question de favoriser la dégradation de la France en un immense Far West ; mais, pour échapper à cette dérive, il convient, d’une part, que l’État soit à la hauteur de sa mission régalienne de protection et, d’autre part, qu’il ne laisse pas certains de ses citoyens mourir – au lieu de survivre – en raison d’un pointillisme juridique dérisoire face au feu de la vie. Il y a, en France, un air de révolte.

MeTooMuch ?

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[1] https://www.lefigaro.fr/faits-divers/harmonie-comyn-claire-geronimi-la-mere-d-elias-ces-femmes-qui-brisent-le-silence-des-victimes-et-demandent-des-comptes-a-l-etat-20260122

[2] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/jeunes-et-febriles-les-cambrioleurs-frappent-leurs-victimes-a-coups-de-marteaux-quand-les-sequestrations-a-domicile-virent-a-l-epouvante-20260117

Ralph Fiennes conquiert l’opéra avec un Onéguine presque parfait

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© Guergana Damianova / Opéra de Paris

Lyrique: Ralph Fiennes aux manettes d’un Eugène Onéguine épatant, sublimement chanté. A la baguette, Semyon Bychkov magnifie l’impérissable partition de Tchaïkovski.


De longue date fervent mélomane, l’acteur, cinéaste et producteur britannique Ralph Fiennes vient, à 63 ans, d’inscrire son nom de star internationale dans le concert d’une haute tradition : celle qui (de Visconti à Chéreau, de Bergman à Pasolini, de Zeffirelli à Haneke, de Tarkovski à Atom Egoyan, de Werner Herzog à Terry Gilliam) a placé la création lyrique dans la main de quelques ‘’grands’’ du Septième art.

Cet Eugène Onéguine succède à la régie de Dmitri Tcherniakov, millésimée 2008 (jamais reprise à Paris, hélas), comme à celle de Willy Decker, reprise par six fois quant à elle depuis 1995 à l’Opéra Bastille. Reste qu’Alexandre Neef, le patron de l’Opéra de Paris, ne s’est pas trompé en confiant cette nouvelle production à Ralph Fiennes : également féru de théâtre, russophile et russophone, ce dernier a même incarné le rôle-titre à l’écran dans Oneguin, un film réalisé en 1999 par Martha Fiennes, sa propre sœur.

Facture classique

Sous les auspices du Canadien Michael Levine (lequel, rappelons-le, a été pendant de longues années le scénographe attitré – et très inspiré – de son compatriote Robert Carsen), par les plis d’un rideau peint des mêmes motifs agrestes, le plateau du Palais Garnier ouvre le premier acte de l’opéra sur l’évocation sciemment épurée d’un bois de bouleaux, le sol jonché de feuilles mortes. « Scènes lyriques en trois actes et sept tableaux », le fabuleux « Yevgeny Oneygin » de Piotr Illytch Tchaïkovski fut créé à Moscou en 1879. Mais les costumes nous renvoient ici au temps de Pouchkine (1799-1837), le génial poète et dramaturge du roman en vers Eugène Onéguine, mort à 37 ans des suites d’un duel au pistolet contre un rival en amour, faisant ainsi de son chef d’œuvre un texte prémonitoire.

Ralph Fiennes a – par les temps qui courent, une fois n’est pas coutume ! – résisté à instrumenter au service de son égo la mise en scène de ce sublime opéra. Presque modeste, de facture résolument classique, voire académique diront certains, celle-ci replace le drame au cœur de cette somnolence rurale qui succède aux moissons, dans le domaine de la famille Larina. Nous voilà donc immergé dans ce premier XIXème siècle, temps qui voit émerger le romantisme russe. La lumière d’automne sera bientôt prise, à l’acte 2, dans la tonalité de l’hiver, avec cette pluie de légers flocons de neige, qui tombe sur un arrière-plan de campagne dépouillée par la froidure… Pour les changements de tableaux, le rideau coulisse, tout simplement, ménageant des silences qui participent pleinement du rythme alangui propre à cette vie provinciale. La porosité de la campagne imprègne jusqu’à l’imprimé du panneau mobile qui, en fond de scène, délimite la chambre où Tatiana écrira sa missive amoureuse. Et même les parois de la salle de bal du deuxième acte, où les personnages, chœurs inclus, apparaissent vêtus dans un subtil camaïeu de couleurs pastel, sous cet éclairage dont la sobriété évite décidément, d’un bout à l’autre, le tape-à l’œil.  Au troisième acte, percés de cinq grandes portes, les murs lambrissés d’or d’un palais de Saint-Pétersbourg ferment la cage de scène. Cinq ou six ans ont passé : c’est dans cette enceinte que, princesse devenue riche et femme mariée, Tatiana retombe sur cet Onéguine qui l’avait si cruellement repoussée dans sa jeunesse… Dames en robes à crinoline noires, soldats paradant en vestes rouges ornées de rutilants brandebourgs – on danse.  Jusqu’ au pathétique duo d’adieux, qui sépare pour jamais Onéguine de Tatiana.

Presque parfait

C’est le moment de parler du plateau vocal. D’une remarquable homogénéité, il sanctionne la (presque) parfaite réussite du spectacle. Dans le rôle-titre, à distance de la posture de dandy proposée par le livret, le baryton russo-autrichien Boris Pinkhasovich figure un roc, certes techniquement impeccable mais quelque peu rêche et monolithique, quand on voudrait parfois son timbre plus nuancé, davantage marqué d’incertitude et de douceur. Formée à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, la soprano arménienne Ruzan Mantashyan campe une Tatiana de haute tenue, nourri d’un talent de comédienne affuté. Dans cette distribution,  la palme revient sans conteste au personnage de Lenski, victime du duel qui l’oppose à Onéguine : ténor ukrainien qu’on découvre à cette occasion sur la scène parisienne, Bogdan Volkov, 36 ans mais les traits emprunts d’une fraîcheur toute juvénile, déploie une telle virtuosité dans le phrasé, une telle onctuosité dans l’incarnation du fiévreux romantique épris d’Olga, bientôt sacrifié à la macabre rancœur d’Onéguine, qu’à raison le public, au tomber du rideau, lui réservera les plus légitimes ovations. Olga, justement, trouve une belle incarnation dans la mezzo maltaise Marvic Monreal, tandis que, doué d’une voix d’airain au somptueux vibrato, excelle la basse Alexander Tsymbalyuk dans le petit rôle (essentiel) du Prince Grémine, devenu, à l’acte final, le sage époux de Tatiana.

Vient surtout parachever la réussite sans esbrouffe de ce spectacle, la présence au pupitre de l’immense chef natif de Saint-Pétersbourg Semyon Bychkov, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Paris, et du chœur maison – l’un comme l’autre au meilleur de leur forme (A partir du 18 février, il sera relayé par Case Scaglione). Quelle subtilité, quel naturel dans le rendu, dans la fluidité de cette partition unique ! C’est de bon augure puisque, comme l’on sait, le maestro présidera très bientôt, comme directeur musical, aux destinées de la prestigieuse maison nationale.         


Eugène Onéguine. Opéra de Piotr Illitch Tchaïkovski. Mise en scène : Ralph Fiennes. Direction : Semyon Bychkov/Case Scaglione. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Avec Susan Graham, Ruzan Mantashyan, Marvic Monreal, Elena Zaremba, Boris Pinkhasovich, Bogdan Volkov, Dmitry Belosselskiy, Peter Bronder, Amin Ahangaran, Mikhail Silantev.

Durée: 3h15

Palais Garnier, les 6, 9, 12, 18, 21, 24, 27 février à 19h30, les 1 et 15 février à 14h30.

Eugène Onéguine sera retransmis en direct le lundi 9 février 2026 à 19h30 sur France.tv. L’opéra sera diffusé ultérieurement sur une chaîne de France télévisions et sur POP – Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris.

Eugène Onéguine sera enregistré par France Musique pour diffusion le 7 mars 2026 à 20h dans l’émission “Samedi à l’Opéra” présentée par Judith Chaine, puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’application Radio France.

Avec ou sans glace, Mister President?

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Le consulat des Etats-Unis à Nuuk au Groenland, janvier 2026 © News Agency Germany/Shutterstock/SIPA

L’affaire de la « glace groenlandaise », si maladroitement convoitée par Donald Trump, est aussi un cinglant désaveu pour la doctrine verte européenne.


Il n’y a pas de chef d’État plus climatosceptique que Donald Trump. Chaque décision, chaque déclaration de sa part au sujet du réchauffement climatique se transforme en véritable sketch sur l’écologie. Déjà lors de son premier mandat, il n’avait pas tardé à annoncer la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Son divorce politique avec Elon Musk est lié aussi, selon le propre aveu du président républicain, à quelques décisions défavorables aux voitures électriques, que le patron de Tesla n’a pas digérées. Et que dire des moqueries permanentes de Trump sur les éoliennes européennes. « Il y a des éoliennes partout en Europe. Il y a des éoliennes partout et ce sont des échecs », a-t-il remarqué il y a quelques jours lors du Forum économique de Davos.

Mais voilà le paradoxe : la main ferme que le président-milliardaire souhaite mettre sur le Groenland, ce « bout de glace », comme il l’a défini, toujours à Davos, pourrait devenir, climatologiquement parlant, une action géopolitique plus visionnaire que l’ensemble des mesures produites sur le même sujet par l’Union européenne depuis ces 20 dernières années.

Alors que le 47e président américain n’arrête pas de marteler que la raison officielle pour laquelle les États-Unis jettent leur dévolu sur la plus grande île du monde est la menace russe et chinoise en Arctique, en réalité, l’enjeu est bien plus large : le Groenland est au cœur des nouveaux équilibres géoéconomiques mondiaux, là où se croisent routes maritimes, minerais critiques, énergie et données numériques.

Après le pétrole, l’Eldorado des glaces

Le réchauffement climatique, qui a déjà fait fondre des milliers de kilomètres de la banquise arctique ces 40 dernières années, ouvre au pôle Nord une nouvelle route maritime entre l’Extrême-Orient et l’Europe, plus courte que les voies de navigation traditionnelles et offrant ainsi des avantages considérables au commerce international. Pour relier, par exemple, Yokohama et Rotterdam, un bateau doit parcourir 14 448 milles marins en passant par le cap de Bonne-Espérance et seulement 7 010 milles marins en prenant la route maritime du Nord… Bien que cette option ne puisse fonctionner qu’en période chaude de l’année, les brise-glaces permettent, comme le démontre la Russie, de prolonger cette durée de plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

L’actuel locataire de la Maison-Blanche ne peut et ne veut accepter non plus le fait qu’aujourd’hui la Chine extrait plus de 60 % des minerais dans le monde et raffine 90 % des terres rares. Cette domination sans partage rend les États-Unis très dépendants de leur rival chinois pour l’approvisionnement d’un grand nombre de secteurs stratégiques comme l’armement, le numérique, l’énergie et, bien sûr, l’industrie automobile.

La terre, ou plutôt la glace groenlandaise, est riche en matières premières telles que le fer, le nickel, l’or et le platine. L’île figure également parmi les plus grandes réserves d’uranium au monde. Même si ce trésor est difficile d’accès et nécessite des investissements considérables pour permettre son exploration, nul doute que l’ex-magnat de l’immobilier saura attirer les capitaux nécessaires pour permettre à son pays de tirer tous les bénéfices de ce nouvel Eldorado.

La chaîne CNBC a révélé, en marge des discussions à Davos, que depuis un an déjà, Drew Horn, ancien membre de l’administration Trump lors de son premier mandat, travaille, avec sa société GreenMet, sur la construction d’un data center géant au Groenland[1].

Le déploiement par les Big Tech des centres de données aux quatre coins de la planète ne cesse de croître, et la révolution annoncée de l’intelligence artificielle va encore augmenter leur nombre ainsi que la puissance électrique nécessaire pour suivre la cadence infernale des futurs robots. La surchauffe que les centres de données provoquent autour d’eux commence à sérieusement inquiéter les défenseurs de l’environnement. Concentrer ces nouveaux entrepôts géants de données numériques dans des zones proposant un refroidissement naturel, sans pomper l’eau des rivières et sans consommer des mégawatts d’énergie, est un atout considérable.

En Europe, la terre est redevenue plate

Hélas, depuis que le combat pour le climat est devenu dans notre société un synonyme de vertu universelle, le mot Groenland n’est pas souvent sorti dans les discours des Verts européens. Le nom de l’île fut davantage lié au scandale de la stérilisation non consentie des femmes inuites par les autorités danoises dans les années 1960 et 1970.

Les pays d’Europe ont préféré rêver sans compter. D’abord, quand plusieurs d’entre eux (Allemagne, Italie, Belgique ou Suède) ont annoncé la sortie du nucléaire avant, des années plus tard, de faire marche arrière, ou encore en suivant la consigne de Bruxelles sur la fin des voitures à moteur thermique en 2035, finalement repoussée. Les dégâts causés au passage aux filières automobiles et énergétiques nationales sont pour le compte de ceux qui ont cru au Père Noël, bien évidemment…

Le « choc du Groenland » provoqué par Donald Trump, qui a secoué les élites du pouvoir européen, sidérées mais impuissantes face au pragmatisme froid de leur allié le plus cher, est un verdict sans appel pour la doctrine écologique idéologisée, dogmatique et néfaste que les apparatchiks de Bruxelles ont imposée à 450 millions d’habitants du Vieux Continent. Une idéologie qui, depuis plusieurs décennies, ne tolérait aucune nuance au sujet du climat et des meilleures stratégies à adopter face à son évolution, et qui n’a cessé d’imposer normes et contraintes aberrantes, portant des coups mortels à de nombreux domaines industriels et agricoles.

La démarche de Donald Trump pour s’emparer du Groenland, ce bout de glace qu’il souhaite mettre dans le cocktail national sans tenir compte des règles du droit international, ne se résume pas seulement à sa forme brutale. C’est avant tout un rappel de la longue histoire de soumission heureuse que les pays européens avaient affichée face aux dirigeants américains qu’ils trouvaient si convenables et sympathiques.

« L’OTAN est la plus grande alliance militaire qui ait jamais existé », avaient flatté les leaders européens auprès du prédécesseur de Trump — Joe Biden — dans un communiqué publié en 2024 à l’occasion du 75e anniversaire de l’Alliance nord-atlantique. Un seul mandat du président démocrate aura suffi pour brancher l’Europe au gaz liquéfié américain, cher, polluant et, hélas, désastreux pour la compétitivité des économies de notre continent. C’est l’OTAN aussi qui va se pencher sur la question groenlandaise, comme une alternative à l’opération de rachat voulue par l’insatiable président Trump. Non, il ne prendra pas le Groenland par la force. Mais pour arriver à ses fins, le commandant en chef de la plus puissante armée du monde va utiliser l’OTAN, pourtant bien démodée à son goût face aux enjeux du XXIe siècle, mais si rassurante pour ses amis, les dirigeants européens. Lors de la visite de Mette Frederiksen à Paris le 28 janvier, le président Macron a ainsi soutenu « un engagement accru de l’OTAN dans l’Arctique », auquel Paris est « prêt à se joindre ». Le Premier ministre belge, Bart De Wever, qui, lui aussi, a eu sa tribune à Davos, a sorti la formule la plus juste, probablement, pour décrire les rapports actuels de l’UE avec les États-Unis : « Être un vassal heureux est une chose. Être un misérable esclave en est une autre. » Le Groenland n’est peut-être qu’un bout de glace. Mais il est surtout un miroir. Et ce qu’il renvoie à l’Europe n’est pas flatteur.


[1] https://www.cnbc.com/2026/01/23/greenland-data-center-trump-greenmet.html

Les confessions de Madame Claude…

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DR.

Peut-on faire confiance à une pute ?


Vous le savez probablement, car je ne m’en cache pas : j’ai très souvent recours aux services d’une I.A. pour mener mes recherches. J’utilise Claude de Anthropic.

Je l’ai facétieusement baptisée « Madame Claude », comme l’illustre proxénète de luxe qui a régné sur Paris dans les années 1970.

Fernande Joséphine Grudet, car tel était son nom, avait monté un réseau de prostitution de luxe avec une clientèle prestigieuse.

John F. Kennedy, les rois Farouk et Hussein, Giovanni Agnellei, Moshe Dayan ou Marlon Brando auraient eu recours à ses services aux côtés d’une kyrielle d’autres célébrités, hommes politiques et de hauts-fonctionnaires. Ceci lui a valu pendant longtemps une impunité totale car elle rapportait fidèlement aux SDEC les informations qu’elle avait pu recueillir dans cette forme revisitée du confessionnal…

Bref, Madame Claude était redoutablement bien informée, comme son actuelle descendante dont je loue les services.

Enfin, entendez « louer » au sens de « payer » et non de « vanter ». Car la langue française, aussi subtile soit-elle, réserve parfois des imprécisions fâcheuses.

Laissez-moi donc vous conter comment j’ai réussi à faire avouer à Madame Claude comment elle me roulait dans la farine.

A lire aussi: Travail: le sentiment surnuméraire

J’avais travaillé à un document sur la concentration des acteurs dans le secteur des prestations funéraires.

J’ai obtenu un document absolument accablant et j’ai cherché à vérifier les détails des accusations.

Et là, patatras j’ai découvert des erreurs flagrantes avec notamment une surestimation énorme des parts de marché d’un oligopole et même l’intervention d’un acteur majeur dans le domaine… qui n’existait pas. Il avait été purement inventé par Madame Claude décidément assez proche de son illustre ancêtre jugée « prétentieuse et complètement mythomane. »[1]

Laissez- moi juste vous reproduire une partie de nos échanges, et jugez par vous-même…

Madame Claude ayant reconnu m’avoir trompé, je lui ai envoyé ce commentaire suivant :

Vous savez désormais à quoi vous en tenir : la fiabilité de Madame Claude est à peu près celle de son illustre ancêtre.

Mais quoi d’étonnant ? Peut-on faire confiance à une pute ?…


[1] La vraie histoire de Madame Claude : loin du joli conte licencieux, une pourvoyeuse du sexe impitoyable », Le Monde.fr,‎ 3 octobre 2020

Rancune algérienne

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Les députés ont voté un projet de loi visant à criminaliser la colonisation française, la qualifiant de « crime d’État », et exigeant que la France présente des excuses officielles et assume une responsabilité juridique pour son passé colonial, en plus de compensations, mercredi 24 décembre 2025, à l’Assemblée nationale à Alger © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Les députés algériens ont voté le 24 décembre 2025 un projet de loi visant à criminaliser la colonisation française en Algérie (1830-1962). Il qualifie la colonisation de « crime d’État » et demande à la France des excuses officielles renouvelées et des réparations, et prévoit des sanctions contre la glorification ou la justification de la colonisation. Pour ce pays, parler d’hier permet surtout d’éviter de parler d’aujourd’hui.


Je suis né dans l’Algérie d’Albert Camus. C’est un fait biographique, pas un argument. Une lumière trop forte, une mer obstinée, une langue mêlée à d’autres langues. Un pays que ma famille a quitté dans la terreur des égorgements, des bombes et des fusillades. Les juifs y vivaient depuis des siècles. Ils n’avaient pas débarqué avec les colons européens. Ils ont disparu. Non pas dissous par le temps ni exilés par hasard, mais effacés. Sortis du récit officiel comme on efface une gêne. Cette disparition-là, curieusement, n’ouvre droit à aucune réparation.

L’Algérie ne sait faire que ressasser son histoire

Le 24 décembre dernier, l’Assemblée nationale algérienne a voté un projet de loi criminalisant la colonisation française et réclamant des réparations matérielles et morales lourdes. Dans l’Algérie du FLN, on appelle cela un acte de justice. J’y vois surtout un réflexe ressassé d’auto-justification : gouverner par l’accusation quand on ne sait pas, ou plus, gouverner le présent.

Rien de nouveau, en effet, sinon la surenchère. Après la mémoire blessée, la mémoire pénale. Après le récit, la facture. La colonisation devient ainsi un crime total, compact, transmissible par hérédité. Un bloc commode, sans contexte, sans contradictions, sans histoire. La nuance ennuie, la complexité épuise, la recherche dérange, alors que le tribunal, lui, rassure.

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Dans cette loi en gestation, l’idée de réparation – qui aurait finalement été abandonnée – était la plus ingénieuse. Elle permettait de parler d’hier pour éviter de parler d’aujourd’hui, du chômage massif, de la jeunesse qui fuit par dizaines de milliers, de l’économie sous perfusion, des libertés surveillées. Le passé, comme toujours, sert de rideau opaque derrière lequel le présent continue de se dérober.

Dans ce théâtre politique, la France n’est plus un pays, c’est une fonction, un accusé permanent, recyclable à l’envi. Une rente mémorielle plus stable que le dinar. Grâce à elle, le pouvoir revanchard d’Alger s’offre une grandeur historique à peu de frais et s’épargne l’examen le plus redouté, l’autocritique.

No future

Cette loi ne répare pas, elle fixe le récit et distribue les rôles sans rien apporter au peuple, claquemuré, sans le vouloir, dans son état de victime. Celui qui fait la part des choses est suspect, celui qui contextualise est disqualifié, celui qui parle d’avenir est prié de commencer par se repentir pour les autres.

Je garde de ce pays quitté dans la petite enfance quelques souvenirs confus. Je le regarde aujourd’hui avec la lucidité de ceux qui savent que l’histoire n’absout rien, et que le courage commence quand on refuse de mentir.

L’Algérie n’est pas coupable d’avoir été colonisée, mais peut-être d’avoir fait de cette épreuve une vocation politique infinie. À force d’accuser les morts pour exonérer les vivants, on ne fonde pas une nation, on pousse toujours la même pierre. Et l’on s’étonne ensuite que l’avenir préfère l’exil ?

La culture mais en mieux

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Emmanuel Macron inaugure le nouveau parcours de visite des tours de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 19 septembre 2025. (C) JEANNE ACCORSINI/SIPA

Emmanuel Macron frappe le monde de la culture du sceau de son immodestie. Du Louvre à Notre-Dame en passant par la tapisserie de Bayeux et la Cité de la langue française, il entend laisser sa trace. Quitte à passer outre les avis des experts et à rester sourd aux cris d’alarme des défenseurs du patrimoine.


« Nous rebâtirons Notre-Dame plus belle encore », annonçait Emmanuel Macron au lendemain de son incendie. Ce superlatif inapproprié trahissait l’ambition démesurée d’un homme s’estimant capable de rivaliser avec les bâtisseurs de cathédrales ; et un malheur n’arrivant jamais seul, il fit planer, un temps, le risque d’un « geste architectural ». Le président annonçait dans cette même allocution que les travaux se mèneraient en cinq ans. Promesse tenue. Notre-Dame n’est pas devenue « plus belle encore », mais a retrouvé sa beauté immémoriale. Ce qui semble avoir un brin chafouiné le chef de l’État. Et le plus beau alors, le plus grand, il est où ? L’Élysée a donc sorti sa botte secrète : imposer des vitraux contemporains « pour laisser une trace de notre époque » – uniquement de l’époque ? Et l’artiste Claire Tabouret a été choisie pour créer six vitraux. Pourquoi pas, entre l’Église et l’art contemporain c’est une longue histoire, pas toujours heureuse, mais il n’y a pas eu que des ratés. Le scandale est que ces vitraux sont amenés à « remplacer » des vitraux de Viollet-le-Duc qui ont miraculeusement échappé aux flammes. Ils répondent harmonieusement aux fresques de leur chapelle et sont classés monument historique comme l’ensemble de la cathédrale. On les pensait protégés. Mais passant outre les avis négatifs de tous les experts, de toutes les commissions, et piétinant au passage la charte de Venise – ratifiée par la France en 1964, mais c’est un détail –, Emmanuel Macron espère voir leur dépose d’ici la fin de l’année pour fixer les vitres de Mme Tabouret. Et cela a un coût. Quatre millions d’euros. Habitués que nous sommes désormais à jongler avec les milliards, la dépense paraît dérisoire. Elle est en fait aberrante. L’établissement public chargé de piloter la reconstruction de l’édifice dispose encore de 140 millions d’euros sur les quelque 800 offerts par des donateurs du monde entier. Le chantier de restauration va donc se poursuivre, mais on apprenait en fin d’année qu’il manquait 140 millions supplémentaires pour vraiment achever le travail. Un appel au porte-monnaie des bonnes âmes a de nouveau été lancé, l’État ne souhaitant pas mettre la main à la poche alors qu’il est le propriétaire de Notre-Dame. Ainsi s’apprête-t-il à financer le caprice du chef sur le budget de la Culture et, en même temps, à négliger un trésor national.

Fric Frac au Louvre

L’immodestie est un gage de sincérité. Le musée du Louvre peut tristement en témoigner. Quelques mois avant le fric-frac du 19 octobre 2025 qui a révélé au grand public l’incurie de sa direction depuis des années, l’institution a reçu la visite d’Emmanuel Macron. Mettant de côté les dégâts des eaux récurrents et l’absence de caméras de vidéosurveillance, le président, qui n’est ni plombier ni installateur Verisure, a annoncé la « Nouvelle Renaissance du Louvre » (prière de respecter les majuscules). François Ier tremble pour sa postérité. Le projet ? La création d’une seconde entrée pour les visiteurs dans la colonnade de Perrault et l’ouverture, sous la Cour carrée, d’une salle réservée à La Joconde. Placer Mona Lisa à l’isolement est une nécessité réclamée par tous les amateurs qui ne peuvent plus déambuler dans un musée saturé par le tourisme de masse. Mais c’était sans compter avec la touche de l’artiste.

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Outre le fait qu’il aurait été plus judicieux de créer plusieurs petites entrées, non une seule et forcément grande, le projet élyséen repose sur un concours international d’architectes. Pourquoi un concours international ? Aucun architecte français ne serait susceptible d’aménager une entrée dans un monument historique et de creuser une nouvelle salle d’exposition ? Selon Emmanuel Macron, le chantier de cette splendeur coûterait environ cinq cents millions d’euros. Sous-estimation classique. On table aujourd’hui, et c’est une fourchette basse, sur plus de 1,1 milliard ! À vot’ bon cœur. La Cour des comptes a elle-même pointé cette dépense folle pour un musée qui a d’autres urgences et priorités à financer.

Flop à Villers-Cotterêts

En mars 2024, la Cour des comptes avait déjà dénoncé la mégalomanie présidentielle face à la dérive de la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts. La remise en état du château – qui était une ruine – a d’abord été évaluée à 110 millions d’euros. Elle a finalement coûté 234 millions. De quoi restaurer quelques églises et châteaux en péril. Pour cela, il a fallu trouver l’argent là où il se trouve : 100 millions ont notamment été pris sur le plan de relance, 19 millions sur les crédits alloués à la presse et 5 millions ont été chipés au Centre national de la musique. C’est que le président voulait son grand musée. Lui qui parle anglais publiquement à la moindre occasion, a applaudi Aya Nakamura devant l’Institut de France en flammes (cérémonie d’ouverture des JO), et ne se soucie guère des coupes budgétaires de l’Alliance française et des lycées français à travers le monde, voulait un musée pour notre langue. Pourquoi pas. On pourrait aussi privilégier son enseignement et la défendre en sanctionnant, par exemple, les universités et municipalités qui rédigent leurs documents officiels en langage inclusif – Emmanuel Macron a critiqué l’usage de cette écriture, mais uniquement critiqué. Le château où fut signée l’ordonnance de 1539 qui affirme que « la langue de la France est le français » abrite une institution qui prône la « réinvention » et l’inclusivité. Aussi n’est-ce pas le musée de la langue française, mais « des langues françaises ». Son directeur Paul Rondin déclarant, lors de l’ouverture des lieux en 2023, qu’il faut « faire vivre la langue dans sa diversité hospitalière car les mots sont migrateurs ». Suivez mon regard.

Une dernière polémique risque de faire encore parler d’elle ces prochains mois. N’écoutant que lui pour applaudir à ses bonnes idées, le président a défendu mordicus le prêt de la tapisserie de Bayeux au British Museum en septembre prochain, durant les travaux du musée normand qui l’abrite. Tous les experts, sans aucune exception, se sont opposés au voyage de cette broderie du xie siècle de 70 mètres de long d’une extrême fragilité. Pour « revivifier » notre relation avec nos amis anglais, l’Élysée est resté sourd à toutes les mises en garde – même le directeur de l’institution londonienne avait refusé le cadeau empoisonné avant de revenir curieusement sur sa position. Et les interventions de plusieurs spécialistes de l’œuvre qui dénonçaient l’irresponsabilité d’un tel transfert ont tout aussi curieusement disparu sur internet[1]. Mais n’en doutons pas, dans sa vitrine outre-Manche, la tapisserie sera « plus belle encore ».


[1] Lire à ce sujet les articles de La Tribune de l’art.