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Conflit ou recul ?

Jan Vermeer, Femme en bleu lisant une lettre
Jan Vermeer, Femme en bleu lisant une lettre.

Mon service de presse étant limité aux deux ou trois amis qui m’envoient gentiment les ouvrages qu’ils font paraître plus ou moins régulièrement, je n’ai pas eu la chance de recevoir par ce biais le dernier ouvrage d’Élisabeth Badinter. Ma conscience me dictait donc de me précipiter en librairie pour me le procurer, et donner une allure sérieuse à l’article qui me trottait dans la tête depuis que j’avais entendu Mme Badinter sonner le branle-bas de combat en brandissant l’épouvantail de la grande régression antiféministe par-dessus nos bols de café et nos têtes ensommeillées, un matin sur France Inter. Malheureusement pour moi, et heureusement pour les femmes, la dame avait été très efficace et je m’entendais dire d’abord par mes libraires préférés, puis par les autres, que j’arrivais après la bataille : l’ouvrage se vendait trop bien, il était indisponible ici, et même en rupture de stock chez l’éditeur, déjà en cours de réimpression quelques jours à peine après sa sortie.

Les lignes suivantes sont donc seulement fondées sur les multiples entretiens qu’Élisabeth Badinter a accordés à la presse. En conséquence, elles manqueront sans doute de précision et de nuance. Néanmoins, la présence dans les médias de l’auteur fut telle que j’ai l’impression d’avoir lu son livre même sans l’avoir lu.

[access capability= »lire_inedits »]Serait-ce la volée de bois vert que lui ont valu les courageuses « réflexions sur trente ans de féminisme » de Fausse route, mais il semble qu’Élisabeth Badinter ait éprouvé le besoin, à l’occasion de ce Conflit, de renouer avec les schémas binaires fédérateurs du féminisme-canal historique. D’un côté la société « culpabilisante » qui entrave la liberté des femmes, et de l’autre ces mêmes femmes qui se doivent de résister pour exister vraiment, c’est-à-dire comme des femmes et non comme des babouins ou des chimpanzés femelles arrimées leur vie durant à de triviales tâches domestiques. Ainsi, dans son dernier ouvrage, c’est la femme « culpabilisée » qu’elle défend, contre elle-même parfois, lorsqu’elle préfère l’animalisation de l’allaitement et de la vie au foyer à la grande bagarre parmi les hommes pour la reconnaissance sociale sur la vaste scène du monde humain.

Les femmes ne sont pas des primates, c’est au nom de la liberté humaine de façonner son destin qu’Élisabeth Badinter refuse les assignations à materner qui, paraît-il, pèseraient sur les femmes aujourd’hui. A écouter Élisabeth Badinter, on a l’impression qu’aujourd’hui, en France, des dizaines de milliers de femmes sous l’influence d’un nouveau clergé vert se cloîtrent chez elles avec leur progéniture pour investir dans celle-ci toutes leurs ambitions sociales frustrées. Le nouveau discours réactionnaire, à l’ombre du label bio, serait ainsi d’une efficacité redoutable.

Élisabeth Badinter voit très juste lorsqu’elle dénonce le culte de l’enfant-roi auquel les femmes doivent, comme tout le monde, se soumettre. Mais le souci obsessionnel du bien-être des enfants a-t-il vraiment pour conséquence l’augmentation de la pression sociale sur les femmes pour les renvoyer dans leur foyer ?

Si tel était le cas, il faudrait expliquer pourquoi le nombre de places en crèche explose dans notre pays, et que chacun, à gauche (écologistes compris) comme à droite, continue de considérer que, dans ce domaine, on n’en fait jamais assez. Selon une étude récente de la Sécurité sociale, depuis 1990, le nombre de places agréées d’accueil collectif a été multiplié par près de 1,7 (hors jardins d’enfants), soit une augmentation annuelle moyenne de 3,1 %. Dans le même temps la natalité était en quasi-stagnation puisque les naissances ont augmenté de moins de 3 % entre 1990 et 2007. Il est aisé de constater, à la lumière de ces chiffres, qu’en France, le fait pour une femme de travailler tout en ayant des enfants est de mieux en mieux accepté puisqu’il paraît aller de soi que l’Etat et les collectivités locales consentent des efforts financiers gigantesques pour le permettre.

Élisabeth Badinter s’en prend plus particulièrement aux écologistes qui véhiculeraient une idéologie du « retour à la nature » culpabilisante pour les mères. Il faut donc regarder ce qui se passe lorsque les Verts sont aux affaires. Prenons le cas emblématique de Paris. Parmi les adjoints de Delanoë, c’est un Vert, Christophe Najdovski, qui est en charge de la petite enfance. Depuis 2001, 5 800 places en crèche ont été créées, soit une augmentation de 20 %, alors que, dans le même temps, les familles ont plutôt fui la capitale pour cause d’explosion des prix immobiliers. L’adjoint à la petite enfance dispose aujourd’hui d’un budget presque illimité pour arracher des emplacements aux vilains promoteurs afin d’ouvrir de nouvelles crèches et de permettre aux mères d’aller travailler, dans l’immobilier par exemple. Au cours de la présente mandature, la municipalité a alloué 300 millions d’euros pris sur le budget d’investissement de la Ville à la construction de crèches. Pas mal quand même, pour d’affreux bobos qui veulent, paraît-il, renvoyer les femmes à la maison !

Le « droit » des femmes (et des hommes) à travailler tout en élevant des enfants bénéficie aujourd’hui d’un consensus tel, à gauche et à droite, que ce sont les pouvoirs publics qui sont accusés de ne pas tenir leurs engagements, à un moment où les finances publiques sont dans le rouge et où le chômage augmente. Les parents des classes privilégiées affichent en outre une préférence de plus en plus marquée pour les modes de garde collectifs des enfants. Alors que, traditionnellement, ce mode de garde était réservé aux classes populaires, de plus en plus de parents de classes aisées n’envisagent rien d’autre que de faire garder leur progéniture par la collectivité, sans que cela soulève aucun débat. L’enfant-roi mérite que l’Etat se consacre tout entier à son bien-être. Après tout, une maman c’est faillible, une nounou aussi, et il n’est pas toujours possible d’installer, chez soi ou chez l’assistante maternelle à laquelle on consent en tremblant de confier son petit trésor, un système de vidéosurveillance relié au commissariat du coin. Dans ce contexte de risque maximum pour nos chers bambins, quoi de mieux qu’une crèche aux normes européennes de sécurité ?

Comment comprendre, alors que nous assistons en France à un processus accéléré de collectivisation de la garde des jeunes enfants, la thèse d’Élisabeth Badinter selon laquelle on chercherait à « culpabiliser » les mères en les empêchant de sortir le nez des couches et de la layette ?

À l’heure du triomphe de Big Mother, c’est l’institution maternelle elle-même qui vacille.

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Intégrisme libéral à la BCE

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Jean-Claude Trichet
Jean-Claude Trichet, photo Flickr/Parlement Européen.

Depuis le traité de Maastricht, on nous a raconté que l’indépendance des banques centrales était la condition nécessaire pour une bonne gestion de la monnaie, qu’il fallait  mettre à l’abri des décisions des gouvernants, par essence électoralistes et aux conséquences nécessairement désastreuses. Les décisions de politique monétaires ne seraient donc que des mesures d’ajustement techniques, prises objectivement et presque mécaniquement, sans que l’idéologie n’intervienne. Une pure affaire d’experts devant rester en dehors du débat public.

Le gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet a donné cette semaine une interview à l’hebdomadaire Le Point qui me semble faire voler ce mythe en éclats. Si notre grand argentier est toujours très sourcilleux quant à son indépendance à l’égard du politique, il semble bien faire allégeance au pouvoir financier.

L’essentiel de l’entretien est un festival de langue de bois parfaitement sans intérêt. On croirait entendre un théologien enfermé dans ses dogmes et inaccessible à toute forme de réalité. On y lit par exemple avec effarement que « personne ne remet plus en cause les principes du pacte de stabilité » alors que celui-ci a volé en éclat à la faveur de la crise, ou que « la population grecque comprend parfaitement la nécessité de redresser ses comptes publics et de prendre les mesures indispensables pour renouer avec la croissance et créer des emplois » ou que la Grèce peut remercier l’euro de l’avoir « rendue plus forte » !

Très curieusement, les journalistes ont évité les questions qui fâchent. Rien sur les déséquilibres croissants entre les pays excédentaires et les pays déficitaires au sein de la zone euro et la viabilité d’une monnaie commune dans ce contexte. Rien non plus sur la polémique sur le modèle allemand lancée par Christine Lagarde. Cependant, interrogé sur la proposition de certains économistes, notamment ceux du FMI, d’autoriser une certaine relance de l’inflation, Trichet fait une réponse d’une étonnante franchise : « Si je vous disais – c’est une hypothèse évidemment absurde – que je ne suis pas contre une inflation autour de 4% vous verriez en temps réel, l’ensemble des participants au marché augmenter nos taux d’intérêt de manière considérable pour tenir compte de l’inflation future. Qui plus est, s’y ajouterait une importante prime de risque pour tenir compte des nouveaux changements possibles. Les ménages perdraient confiance. Les entreprises auraient des financements plus coûteux. Et les Etats verraient le coût du refinancement de leur stock de dette augmenter massivement. L’inflation, qui est au demeurant rejetée par nos concitoyens n’est absolument pas la solution ! »

Manifestement les rentiers d’aujourd’hui, qui pas plus qu’hier n’ont envie de se laisser « euthanasier » par l’inflation,  ont trouvé en Jean-Claude Trichet, mieux qu’un porte-parole, un chien de garde de leurs intérêts !

La réponse de Trichet en dit long sur le fonctionnement du système de domination du pouvoir financier à notre époque de « mondialisation heureuse ».

Les élites détentrices d’une parole autorisée doivent exercer un terrorisme intellectuel sans faille pour interdire tout débat qui pourrait accréditer l’idée même de solutions alternatives. Il est interdit de parler des éventuelles vertus de l’inflation et encore moins des moyens de la susciter. Interdit ! Ainsi, une fois que l’intérêt des classes dominantes transformé en pensée unique, il suffit de s’appuyer sur les représentations qu’en ont les classes populaires pour leur conférer une légitimité démocratique.

Trichet nous renseigne aussi sur la nature totalitaire du pouvoir financier à l’âge hyper-capitaliste. Frédéric Lordon est encore en dessous de la réalité lorsqu’il parle de « dictature du capital », car la dictature est assumée comme tel avec la violence qui va avec. Le capital aujourd’hui exerce sa domination de manière sournoise, cachée derrière des lois économiques présentées comme des vérités naturelles et l’absence d’alternatives envisageables.

Cette domination s’exprime principalement par deux canaux. Le pouvoir de l’actionnaire dit « capitalisme actionnarial » qui conduit à garantir le paiement d’une rente quasi incompressible aux détenteurs du capital, quel qu’en soit les conséquences : réductions des coûts de production, intensification du travail, licenciements, délocalisations, suspensions des investissements. Les derniers chiffres du CAC 40 cette année l’ont exprimé avec force. Malgré la crise et la réduction du volume d’activité, le montant des dividendes est resté identique aux années passées, parfois même supérieur aux profits !

Bien évidemment l’idéologie dominante ne va pas présenter ce versement comme une rente, mais au contraire comme une bonne nouvelle pour tout le monde. Car en vertu du théorème de Schmitt « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain ». L’histoire n’a fait que démontrer le contraire, mais ce n’est pas grave, nos brillants éditorialistes économiques continuent à y croire. Du coup, le système tient sans trembler. Cette année, l’information est passée dans l’indifférence générale, les médias trouvant beaucoup plus rigolo de s’intéresser aux classements des plus grandes fortunes mondiales qu’à la répartition de la valeur ajoutée en temps de crise.

On retrouve cette mystification avec l’affaire Grecque puisque Trichet se permet d’annoncer aux Grecs que la saignée qu’ils sont censés accepter avec le sourire produira demain de la croissance et de l’emploi ! Pourtant, si l’Etat et la population sont sommés de faire pénitence, certains dans l’ombre font bombance. Les intérêts prohibitifs payés par la Grèce sur sa dette publique sont bien perçus par quelqu’un !

Je ne me lancerais pas aujourd’hui le débat sur la légitimité des intérêts payés sur la dette publique, je préfère laisser cela à des plumes plus compétentes. Je me contenterais d’esquisser un raisonnement simple. La BCE refinance les banques à des taux très bas (entre 0.5% et 1%). Celles-ci prêtent aux Etats à 3.5% (dans le meilleur des cas) puis refourguent les titres de dettes publiques à la BCE en garantie. Dans ces conditions, la différence entre le taux directeur de la BCE et le taux d’intérêt sur les emprunts d’Etat constitue une marge au profit du système financier. Plus les taux d’intérêts payés par les Etats augmentent, plus les banques font de profits, et cela pour un service rendu strictement identique.

Trichet nous rappelle avec sa menace grotesque (un gros mot dans sa bouche pourrait suffire à faire monter les taux d’intérêt) que le pouvoir financier peut faire varier cette marge de manière totalement discrétionnaire et pour des motifs purement subjectifs. Il suffit de déclarer que tel ou tel pays n’inspire pas confiance pour le rançonner avec des taux d’intérêts majorés, lui imposer une saignée et par la même occasion se goinfrer allègrement !

On pourrait s’attendre à ce que le grand argentier de la zone euro cherche à défendre les intérêts des Etats en s’attachant à améliorer leurs conditions de financement : rassurer les marchés sur l’inexistence du risque de banqueroute des Etats ou modérer l’appétit des banques commerciales. Après tout, lorsque le système financier était en situation de faillite virtuelle, la BCE n’a pas hésité à user de « moyens non conventionnels » (en clair de la création monétaire) pour renflouer les banques. Pourquoi ne déclarerait-elle pas aujourd’hui qu’elle n’hésiterait pas à en faire de même (en prêtant directement aux Etats) pour éviter toute situation de défaut de paiement ?

Trichet fait exactement le contraire. Il légitime la souveraineté des marchés financiers, l’irrationalité de leur réaction et la prédation qu’ils organisent. Des populations qui souffrent, des Etats qui se délitent et les profits des banques qui explosent !

On sait désormais que la BCE n’est indépendante qu’à l’égard des souverainetés étatiques. Elle est à l’image de sa grande sœur américaine, une instance de type oligarchique, la garante des privilèges du pouvoir financier et la protectrice des oligarchies financière.

Texte initialement paru sur Horizons.

Les agneaux volent bas

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On sait que Dieu est très occupé ces temps-ci : Il doit notamment limiter la guerre en Afghanistan, sauver des Chrétiens d’Orient persécutés et consoler les têtes de listes UMP aux régionales. Mais pourquoi, avec de tels défis à relever, ne remplace-t-Il donc qu’un fonctionnaire sur deux dans Son administration paradisiaque ? On peut légitimement se le demander après l’incroyable erreur de calendrier commise par les services concernés. En effet, alors que Pâques aura lieu cette année le 4 avril, quelle ne fut pas la surprise d’un automobiliste de Cologne, ce dimanche 21 mars, quand il vit soudain, dans une rue paisible de la jolie cité rhénane, un agneau tomber du ciel et s’écraser juste devant lui. En voulant l’éviter, le chauffeur germain réduisit son véhicule en miettes et se brisa une main dans l’accident. Quant à la pauvre bête, qui devait enlever le péché du monde, grièvement blessée, elle a été abattue sur place par la police.

Allons nous faire voir chez les Grecs !

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Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.
Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.

Angela Merkel, qui pressure son peuple pour gonfler son commerce extérieur, fait les gros yeux et dit tout haut ce que les banquiers centraux pensent tout bas. Si les Grecs, avec leur indolence méditerranéenne, leurs îles où l’on boit l’ouzo en grignotant du poulpe grillé, avec leur jeunesse à la tête tellement près du bonnet de l’evzone qu’elle renouent chaque année avec une ferveur émeutière que l’on croyait oubliée, leurs vieillards communistes qui ont descendu le drapeau nazi de l’Acropole en 41 et se font aujourd’hui tabasser par des flics sous-payés et donc normalement corrompus, si ces Grecs là, donc, ne font pas un effort, ils seront punis.

Comment ? En envoyant l’aviation de l’Otan comme chez leurs voisins serbes il y a quinze ans ? Ah, qu’elle était étonnante, cette photo d’un avion de l’Otan, siglé de la croix de fer toujours en vigueur dans la Lutwaffe, qui s’était fait descendre aux environs de Belgrade par ces salopards de purificateurs ethniques. Peu importe d’ailleurs qu’ils aient été, les Serbes comme les Grecs, les seuls peuples des Balkans à résister contre les nazis tandis que les Croates sous la direction d’Ante Pavelic s’engageaient à tour de bras dans la SS et que les Bosniaques, eux allèrent s’entrainer pour la SS Bosna du côté de Villefranche dont le maire était le jeune Robert Fabre et dont les habitants furent vivement étonnés de voir « des Allemands qui priaient comme nos Arabes. »

Non, on ne va pas les punir de cette manière, trop de mauvais souvenirs. Et puis avec les Grecs on ne sait jamais. Depuis les Thermopyles, on se méfie. On se souvient que des milliers de Perses ont cru qu’ils écraseraient sans mal ces pédérastes qui ne pensaient qu’à la philosophie et à la poésie et qui s’étaient retrouvés face à trois cents gonzes, bien décidés à leur faire payer cher, très cher, le droit de passage.

Mussolini aussi en a su quelque chose, lui qui a cru les gober en 1940 et s’est retrouvé honteusement raccompagné à sa propre frontière par une armée pourtant équipée comme en 1870. Imaginez un peu, tout de même, l’UE ordonnant le bombardement d’Athènes, de Delphes et de notre chère Argolide pour dépassement du déficit autorisé par Bruxelles. Surtout que ce n’est qu’à moitié leur faute, tout de même, aux Grecs. Ils sont comme nous, finalement. Ils ont eu des banques atteintes par l’encéphalite financière spongiforme, des traders autistes et avides, des fortunes bâties tellement vite qu’elles ont dû énerver Eole qui a fait tourner le vent. Et voilà maintenant qu’on leur demande de payer. Enfin qu’on demande au peuple grec de payer, nuance.

Mais le peuple grec, lui, passez-moi l’expression, il n’en a rien à battre. Le réel, dit quelque part Lacan, c’est quand on se cogne. Eh bien voilà, c’est fait, Angela Merkel se cogne. Ou plutôt, elle est la première à le dire et à dire aussi que ça fait mal. Parce que de manière assez étonnante, ce sont ceux qui vivent dans l’irréalité totale des marchés comme les esclaves de la caverne de Platon qui viennent expliquer aux gens le « réalisme économique » : pour combler nos déficits, on va réduire vos retraites, vos salaires, votre sécu.

Et le Grec lui, il dit non, no, nicht, occhi !

Et il a bien raison. C’est l’Euro, la fiction : la preuve, les billets ne représentent que des monuments virtuels alors que nous sommes le continent de tous les lieux, de tous les noms.

Et si Angela Merkel ne menace pas les Grecs de bombardements massifs, elle croit leur faire encore plus peur en envisageant une exclusion de l’Euro.

Quel effet cela peut faire d’être exclu d’une fiction, du mauvais rêve d’une société endormie ? Si ça se trouve, ce seront de joyeuses retrouvailles avec le réel dans le matin profond. On les envierait presque les Grecs de bientôt renouer avec le drachme et la raison, comme la chouette de Minerve qui prend son envol hégélien alors que le soir tombe déjà sur cette Union qui n’en fut jamais une.

Et puis, il ressemblera à quoi, l’Euro, sans les Grecs ? A une monnaie blonde pour protestants aux yeux bleus ? C’est ça ? Vraiment ?

Bon, d’accord mais alors dites moi quand est le prochain vol pour Athènes, que je le prenne avant le blocus.

David Cameron : le coup du bébé

On savait déjà dans les milieux autorisés que David Cameron, candidat au poste de premier ministre britannique, était un lecteur assidu de Causeur. Mais pas au point de mettre en application illico presto son dernier numéro où l’improbable monsieur bébé et la « maternité triomphante » se voient disséqués sous toutes les coutures.
En l’occurrence, il s’agirait plutôt de paternité prometteuse. Un an après la mort tragique de son fils aîné Ivan atteint d’une forme très grave de paralysie cérébrale, la grossesse de Mrs Cameron vient d’être révélée et fait déjà l’effet d’une « secret weapon ». A quelques semaines des élections générales, comment ne pas y voir le petit coup de pouce du destin qui devrait lui permettre d’arracher les 2% qui lui manquent pour assurer son succès ?
En politique aussi, à toute chose bébé est bon.

Zemmour et les pitbulls

Eric Zemmour
Eric Zemmour

Ils dénoncent au nom de la morale, excommunient au nom de la tolérance et prétendent interdire au nom de la liberté. En général, pour nos maccarthystes de la gauche indignée qui passent leur temps à traquer le dérapage raciste, homophobe ou idéologique, un clou chasse l’autre. Hortefeux, Besson, Frêche et même Robert Ménard qui a commis les crimes d’avouer qu’il préfèrerait que sa fille soit hétérosexuelle et de dire qu’il ne se battrait pas pour éviter la peine capitale à Dutroux: la liste des infréquentables s’allonge chaque jour.

Seulement, maintenant qu’ils ont planté leurs crocs dans les mollets de notre confrère et ami Eric Zemmour, les pitbulls de la pensée correcte ne semblent pas décidés à le lâcher. Ces grands humanistes veulent sa tête. Rien de moins. Il est vrai que Zemmour charrie. Pour commencer, il refuse de participer au déni de réalité qui leur tient lieu de pensée. C’est ainsi qu’il a osé évoquer la surreprésentation des Français issus de l’immigration dans la population carcérale – un fait parfaitement connu. Vérité déplaisante précisément parce que c’est une vérité d’ailleurs. Mes aïeux, quel charivari ! La LICRA s’énerve, le CSA s’inquiète, les belles âmes vocifèrent en boucle, ses chers collègues trouvent que la liberté d’accord mais que quand même il exagère.

Par-dessus le marché quand il ne la ramène pas avec le réel rien que pour nous gâcher la vie, l’ami Zemmour a sur la plupart des sujets des opinions différentes de celles des gardiens de la doxa – et même parfois des miennes : sur l’IVG, il pousse le bouchon un peu loin à mon goût de femme libérée.

On peut ne pas partager les idées de Zemmour et même être choqué par elles. Justement, ses procureurs au tout petit pied emmenés par de supposés humoristes aussi indéboulonnables qu’ils se croient rebelles adorent l’impertinence. Ils devraient être ravis qu’on les choque.

Mais non : ils aiment la diversité en tout point sauf pour les opinions et adorent la liberté de penser à l’unique condition qu’on pense comme eux. Il faut les comprendre, les pauvres : toute expression d’une divergence leur rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Et après, ils digèrent mal.

Il faut saluer la rédaction et la direction de RTL – oui, je sais, j’y travaille, comme ça, les petits esprits pourront m’accuser de faire du gringue à mes patrons, ça les occupera. Bien que les propos de l’ennemi médiatique numéro un aient été diversement appréciées rue Bayard, la station affiche sa solidarité avec son chroniqueur. Dans ces conditions, les rumeurs de son licenciement par Le Figaro ne peuvent être qu’infondées. Imagine-t-on Etienne Mougeotte qui brave si courageusement le pouvoir se coucher devant la meute ? Pas un instant. Il est certain que Patrick de Carolis, également sommé de toutes parts de débarquer le trublion, ne se laissera pas intimider. Quant au CSA qui ne trouve rien à redire aux calomnies proférées chaque matin entre deux banalités par Stéphane Guillon ainsi qu’à pas mal d’autres crapuleries cathodiques, on ne le voit pas céder à la tentation de la censure.

Saluons également le CRAN (Conseil représentatifs des associations noires) qui a emporté hier le pompon de la dégueulasserie. L’association avait tenté de porter plainte contre le journaliste après que celui-ci avait, horresco referens, affirmé qu’il existe des différences entre les races – perso j’aurais parlé de cultures mais tout le monde a compris. Il se trouve que cette plainte a été déclarée irrecevable – une nouvelle qui, curieusement, n’a pas fait grand bruit. Mais cela n’a pas empêché l’association de féliciter Etienne Mougeotte pour sa courageuse et supposée décision de virer Zemmour et d’appeler ses autres employeurs à l’imiter. Quand le CRAN n’est pas d’accord avec quelqu’un, il n’imagine pas que l’on puisse argumenter. Virez-le ! Devant tant de panache, on reste sans voix.

Oui, il est rassurant de savoir qu’il existe encore des espaces de liberté. Blague à part, il est salutaire que s’expriment des voix comme celle d’Eric Zemmour. Ne nous y trompons pas. Avec sa liberté, c’est la nôtre qui est menacée.

Le père, cet importun

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L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh
L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh, vers 2350 av. J.-C., musée du Louvre.

La mère monte aux dépens de la femme, nous explique Élisabeth Badinter. Déjà, il y a quelques années, Michel Schneider montrait, dans Big Mother[1. Odile Jacob, 2002. Réédition en Poches Odile Jacob, février 2005. ], que l’image de la mère colonisait jusqu’à notre classe politique. Seulement, dans tout ça, on ne parle pas du père. Plus de quarante ans après mai 1968, il semble qu’on continue à combattre une société patriarcale qui, pourtant, n’existe plus depuis bien longtemps.

[access capability= »lire_inedits »]La généralisation du divorce − plus d’un mariage sur trois finit ainsi − a fait exploser le modèle qui s’imposait aux familles depuis des siècles. Ce modèle, qu’on ne songe évidemment pas à rendre à nouveau obligatoire, est désormais ringardisé. Ce qui est dans le vent, ce qui est cool, c’est désormais la famille recomposée. Le nombre des familles monoparentales (Le « monoparent » étant féminin à une écrasante majorité) a explosé. Or, si les enfants ont effectivement besoin de leur mère, ils ont aussi besoin de leur père. Et il ne faut donc pas, dès lors, s’étonner que la délinquance juvénile augmente ; un juge pour enfants confiait, il y a quelques mois, sur le plateau d’Yves Calvi, sur France 5, que son taux était bien plus fort dans les familles monoparentales.

Pourtant, notre société continue à nier l’importance de la présence du père. Mme Morano, ministre de la Famille, aurait souhaité mettre en place un statut du beau-parent[2. La commission Léonetti a, pour l’heure, heureusement bloqué ce projet inutile et funeste.]. Il s’agissait, là encore, d’un rude coup donné à l’autorité paternelle. Mais pas seulement : hypocritement, ce projet permettait aux couples lesbiens[3. 90 % des couples homosexuels désirant un enfant, par adoption ou autre biais, sont des couples de femmes.] de s’engouffrer dans la brèche en donnant la possibilité à l’une des deux femmes de récupérer une autorité parentale dans le cadre de ce statut de beau-parent. Mais qu’il s’agisse d’un beau-parent du même sexe que le responsable légal ou non, c’est l’autorité du père légitime qui était encore battue en brèche. Celui-ci, à qui les juges confient rarement la garde des enfants en cas de divorce, malgré le développement récent de la garde alternée − laquelle ne constitue pas non plus une panacée en terme de stabilité −, semble bien devenu un importun, son rôle étant continuellement dévalué par rapport à celui de la mère.

Ce n’est pas seulement le père qui est de plus en plus absent, mais aussi son image. À l’école, où l’enfant passe normalement son temps lorsqu’il n’est pas à la maison, le personnel enseignant a connu une féminisation galopante. À tel point qu’on se demande s’il ne faudrait pas imposer des quotas d’hommes parmi les professeurs et, surtout, les conseillers principaux d’éducation qui sont chargés de la discipline dans les établissements. Avec un père absent à la maison et une école peuplée de femmes[4. Ajoutons que dans les ZEP, où le taux de familles monoparentales est davantage important, la minorité d’hommes des établissements fait davantage figure d’image de « grand frère » que de père puisque ce sont les professeurs les plus jeunes qui y sont nommés.], le jeune adolescent n’a guère de modèles masculins positifs à sa disposition. Son quartier lui en offre d’autres : parfois un caïd, parfois un imam intégriste, parfois − plus heureusement − un entraîneur de football.

Il reste tout de même des familles traditionnelles avec un père, une mère et des enfants. Mme Antier leur apprend qu’il ne faut surtout pas donner la fessée et souhaite même mettre celle-ci hors-la-loi. Elle fait partie de ceux qui, dénoncés par Élisabeth Badinter, abreuvent les familles d’un discours culpabilisant sur l’allaitement. Elle conseille aussi le co-sleeping (ou « co-dodo ») qui consiste à faire dormir l’enfant dans le lit parental les deux premières années de sa vie. Les féministes s’inquiètent à juste titre à propos de la « vie de femme » de Madame. Quant à Monsieur… Silence radio ! Ah, non ! Mme Antier conseille, car il est souvent porté sur la bouteille, de le reléguer sur le canapé, des fois que son taux d’alcoolémie l’amène à écraser le jeune enfant.

Décidément, partout, le père est vraiment de trop.[/access]

L’UMP, le PS et les autres

Daniel Cohn-Bendit
Daniel Cohn-Bendit.

L’analyse des élections régionales selon les catégories habituelles, vainqueurs-vaincus, principaux et secondaires, a pour elle l’avantage d’être simple, mais l’inconvénient de figer le tableau politique de la France. Pour les commentateurs, sondeurs et éditorialistes, pour la plupart ancrés dans la capitale, la victoire a souri à la patronne de la rue de Solferino, et le goût amer de la défaite se remâche sous les ors de l’Elysée et de Matignon. En 2012, selon ces mêmes analystes, ce sera à nouveau le choc des mêmes contre les mêmes, et le résultat dépendra de la manière dont les forces en présence auront tiré les leçons de cette élection intermédiaire.

Ainsi, Martine Aubry aurait fait un grand pas vers la candidature socialiste à l’Elysée, et Nicolas Sarkozy, dont personne ne doute qu’il ne veuille se succéder à lui-même, partirait dès aujourd’hui à la reconquête de son électorat perdu.

Chacun s’accorde, en plus, pour prononcer l’oraison funèbre des ambitions de François Bayrou, prendre acte de l’inscription durable et à un niveau à deux chiffres des écologistes dans le paysage politique français et d’un réveil du Front National qui s’apprête à procéder à un passage de témoin dynastique. Une note de bas de page nous rappelle, pour mémoire que l’extrême gauche radicale s’est ramassée en beauté, faute d’avoir montré la moindre appétence à mettre les mains dans le cambouis des exécutifs régionaux.

Ces élections auraient donc, selon ces analyses, introduit plus de clarté et de stabilité dans le jeu politique français, en fixant un rapport de force entre les principales formations politiques et en dessinant les contours des alliances et des stratégies pour 2012. Tout cela n’est pas faux, mais cette image printanière de la vie politique de notre pays persistera-t-elle au-delà de cette saison qui s’ouvre ? Il est permis d’en douter.
Si l’on écoute bien les petites musiques discordantes qui se sont fait entendre dès dimanche soir et qui ne vont pas manquer de résonner à nouveau dans les prochains jours ou les prochaines semaines, on ne peut douter de la longévité du calme apparent intervenu après la proclamation des résultats.

À droite comme à gauche, et même chez les écologistes, des forces non négligeables entendent bien s’employer à dynamiter les piliers de cet édifice politique.

À droite, les doutes sur la capacité de Nicolas Sarkozy à relever le défi présidentiel en 2012 sont de plus en plus manifestes dans les troupes de l’UMP, notamment chez les parlementaires inquiets pour leur reconduction en 2012. Pour peu que le Sénat, l’an prochain, se dote d’une majorité de gauche, ce qui n’est pas impossible au vu des dernières élections locales, le bilan politique intérieur de Nicolas Sarkozy se solderait par la plus calamiteuse reculade de la droite républicaine française depuis 1945. En Grande-Bretagne l’affaire serait déjà en passe d’être réglée, comme ce fut le cas lors de la destitution de Margaret Thatcher, en 1990, par le biais d’une rébellion des parlementaires tories. Une telle procédure n’est pas possible dans notre Vème République, mais un démontage du président de la République en exercice n’est pas pour autant exclu. Il suffit que les adversaires internes de Nicolas Sarkozy s’unissent et complotent avec suffisamment d’énergie et d’habileté pour que ce dernier « ne soit plus en situation » de postuler à sa propre succession au vu de batteries de sondages indiquant, que dans tous les cas de figure, il serait battu par un candidat de gauche. Dans cette hypothèse, son seul atout réside dans les contradictions des postulants de droite à sa succession. Un Copé ou un Bertrand préféreraient un Sarkozy candidat et battu en 2010, pour jouer leur chance en 2017, alors qu’un Fillon ou Villepin auraient, eux, intérêt à être présents dès 2012. Déjà, chacun à sa manière, fait entendre sa différence, et cette attitude devrait aller en s’amplifiant. On peut compter sur Galouzeau pour frapper d’estoc et de taille sur le locataire de l’Elysée, mais cela ne saurait suffire à faire exploser la machine sarkozienne, qui tient toujours des positions solides dans le monde des affaires, de la presse, des instituts de sondage et autre instruments du pouvoir moderne.

Mais le rejet de sa personne, de son style, de son manque d’écoute et de respect par les grognards de l’UMP sur le terrain constitue le handicap le plus sérieux à un redressement rapide et spectaculaire de la situation politique de Nicolas Sarkozy. S’il s’avérait, de plus, que le cours de sa vie privée entre dans des eaux agitées, l’affaire, de grave, deviendrait désespérée. Il ne peut espérer d’aide de ses « amis » de l’étranger : Angela Merkel, Gordon Brown ou Barack Obama ont déjà prouvé qu’ils peuvent, comme à Copenhague ou dans la crise de l’euro, l’abandonner en rase campagne s’ils estiment que leur intérêt national est ailleurs.

Reste le miracle : une sortie de crise plus rapide que prévue, une baisse significative du taux de chômage, et un accord général sur la réforme des retraites, qui devrait être la grande question des mois qui viennent. Le seul vrai ami de Nicolas Sarkozy est aujourd’hui Bernard Thibaut, ce qui ne manque pas de sel.

Au PS, on aura remarqué dimanche soir, la mauvaise manière faite par Ségolène Royal à Martine Aubry, en se précipitant dès 20h07 devant les caméras pour émettre son message. Forte de son score de 61%, la triomphatrice picto-charentaise a caractérisé cette victoire nationale comme celle de ses collègues présidents de région, réduisant ainsi à la portion congrue les mérites de sa rivale Martine Aubry. De son côté Frêche, grand vainqueur, lui aussi, décrétait le PS obsolète appelait à la création d’un « parti démocrate » à l’américaine et poussait son ami Gérard Collomb, maire de Lyon, à entrer dans l’arène des primaires pour y faire entendre la voix des grands barons locaux. Le « pacte à trois », Fabius, Aubry, Strauss-Kahn destiné à ne soutenir que l’un d’entre eux lors de ces fameuses primaires apparaît à bon nombre de militants et de sympathisants socialistes comme une manœuvre politicienne digne de la SFIO d’antan.

Dans ce contexte, il reste aux « dynamiteurs » du système Solferino, renforcés par leurs performances sur le terrain, à faire le plus dur : s’entendre sur le nom de celui ou celle à qui l’on confiera les clés de la nouvelle maison à reconstruire sur les ruines de l’ancienne…

Enfin, les écolos. Les anciens auront noté le clin d’œil aux old timers de 68 dans la publication de l’appel du 22 mars de Dany Cohn-Bendit dans Libération. Dany, on l’aura remarqué passe du « nous » au  » je » en exhortant les Verts de Cécile Duflot à sortir de leur logique de groupuscule devenu gros comme un parti pour fonder une  » coopérative politique » intégrant dans une formation unique toutes les personnalités de la société civile rassemblées, grâce à lui, au sein d’Europe-Ecologie. En fait, il s’agit là d’une tentative de mettre l’écologie politique au niveau organisationnel des grandes formations, même si le langage utilisé pour vendre cet Epinay des écolos, dont il serait le Mitterrand, est encore emprunté au jargon deleuzo-guattarien, mâtiné de post-modernisme universitaire américain. La réussite de ce projet est absolument nécessaire à Dany Cohn-Bendit pour qu’il puisse jouer à plein le seul rôle qu’il ambitionne, celui de faiseur de roi à gauche, ce qui implique une candidature unique PS-écolo en 2012. Pour l’instant le message est entendu moyennement chez les nouveaux élus verts régionaux, qui vont devoir gérer au jour le jour leurs rapports avec leurs alliés socialistes, et ne tiennent pas trop à voir l’Européen Cohn-Bendit mettre son nez dans les cuisines locales. Il n’est pas exclu, dans ce schéma, que ce dernier fasse acte de candidature aux « primaires ouvertes » de la gauche, en annonçant que si d’aventure, il venait à les remporter, il demanderait alors la nationalité française. Il s’arrangera, bien sûr, pour faire un score honorable sans remporter la timbale, mais se trouvera alors en position de monnayer son soutien à l’un ou l’autre des candidats en échange d’un nombre de circonscriptions assez élevé pour gagnables pour que la « coopérative » puisse former un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, dont il serait le parrain tirant les ficelles depuis Bruxelles et Strasbourg.

Pour ceux que cela intéresse encore, la politique politicienne des prochains mois a toutes les chances de se muer en une pièce de théâtre shakespearienne, où l’on compte les cadavres à la fin, plutôt qu’en une geste cornélienne où les héros glorieux triomphent de l’adversité.

Corée du mort

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Pak Nam Ki, haut responsable du parti communiste de Corée du Nord, a été exécuté la semaine dernière dans une caserne de Pyong Yang. Il avait 77 ans et avait totalement échoué dans une réforme monétaire dont l’avait chargé Kim Il Sung. Lancée le 30 novembre, cette réforme a, en fait, aggravé la famine et même provoqué de nombreuses émeutes dans un pays où l’ordre et la sécurité règnent habituellement. Nerveux, François Fillon s’est rendu ce matin à l’Elysée pour procéder à un remaniement ministériel qualifié de « technique ». Il aurait, auparavant, fait l’inventaire des casernes de la région parisienne. Xavier Darcos et Xavier Bertrand, eux, seraient déjà réfugiés à l’ambassade de Chine.

Deux petits tours et puis s’en vont

Urne

Tout d’abord, les grands équilibres. Sauf à considérer la non-bascule de l’Alsace –qui a toujours voté à droite depuis son Anschluss à la France- comme un événement historique, les résultats actent d’un rapport de force régional à peu près intact entre les deux blocs dominants. Le même, donc, qui avait préludé à la victoire de Sarkozy en 2007. Personne, sauf quelques militants post-ados du MJS, n’a eu le mauvais goût de hurler à la victoire hier soir à Solferino, où Martine a imposé sans trop de mal sa ligne du triomphe modeste.

La modestie, quoique d’un genre différent, était aussi de rigueur à l’UMP. Pour une fois, chacun avait appris sa fiche de contrition par cœur, et même les moins qualifiés pour ce genre d’exercice repentant (Morano, Lefebvre, Estrosi) y sont allés de leur mea culpa – sans jamais chercher à chipoter quant à la réalité de la claque.

Un seul credo hier chez les sarkozystes : « Nous n’avons pas su nous faire comprendre car nous n’avons pas su entendre. » À l’avenir donc, c’est promis-juré-craché, l’UMP sera à l’écoute du pays avant d’engager des réformes. On est content pour eux, sauf qu’on n’en croit pas un mot. Car sur le gros dossier du moment – à savoir les retraites- la seule façon d’être « à l’écoute », c’est de l’enterrer vivant avant même que François Fillon ne le ressorte de son attaché-case. Malgré les rodomontades généralisées sur les réformes indispensables, il n’est pas dit que ledit dossier ne soit pas déjà mort dans l’esprit du président : l’Elysée vaut bien un parjure.

Dans ce tsunami d’autocritique à droite, l’unique mais lourdement martelé bémol aura été le distinguo entre élection nationale et pipis de chat intermédiaires. Mauvaise foi, peut-être (remember les hourras des européennes); mais vérité néanmoins. En ne s’engageant pas plus que ça, et en minimisant la portée du scrutin dès que les sondages ont commencé à sentir le sapin, bref en sautant son tour sur ce coup-là, le chef de l’Etat a préservé l’essentiel –tout en permettant aux sarkozystes d’en bas d’exprimer leur ras le bol avec leur pieds, de pousser une gueulante gestalto-thérapique sans conséquences majeures. Sans vouloir nous vanter, mais un peu quand même, c’est pile le scénario anti-catastrophe qu’on avait prévu.

On nous fera remarquer, à raison, que cette bouderie, l’électorat sarkozyste ne l’a pas seulement manifestée en s’abstenant, mais en requinquant concomitamment le FN – seul parti où hier soir, la modestie n’était pas de mise. À tort, au moins pour un des arguments répétés en boucle par le père et la fille -et repris tels quels par nombre de politologues trop pressés- comme quoi pour la première fois le Front progresse sur le premier tour là où il se maintient. C’est vrai, certes, sauf que c’est encore plus vrai pour tous les autres acteurs de triangulaires, sans exception : en Limousin, le Front de Gauche progresse de 7 points sur le premier tour ; en Bretagne, Europe Ecologie en gagne 5, même topo en Corse pour la liste de Simeoni. Bref, quelles que soient leurs casquettes, les troisièmes larrons ont fait une bonne affaire, la belle affaire. Eh oui, on rappellera pour les plus distraits qu’il n’y aura pas de troisième candidat au deuxième tour de la présidentielle. Et que le bon score du FN, permettra en 2012 tant à Sarko qu’à son challenger socialiste de s’en servir à nouveau comme épouvantail pour appeler au vote utile dès le premier tour afin d’éviter une répétition du 21 avril de sinistre mémoire. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser les hésitations chez les écolos à présenter un candidat autonome, d’aucuns jugeant plus avisé de faire un package deal avec le PS avant 2012 genre « on présente personne à la présidentielle, en échange de 50 circonscriptions blindées aux législatives ». Ce serait le pur bon sens, mais bon, les Verts et le bon sens, hein…

A priori, cette résurrection pré-pascale du FN fait donc comme d’hab’ le jeu du PS. Sauf qu’à notre avis, elle roule aussi pour le président. Entendez-vous dans la campagne monter le grondement du chantage à la non-représentation de notre bon Nicolas S ? Sa femme d’abord (qui dit qu’un mandat c’est bien assez), puis lui ensuite. Genre, puisque vous ne m’aimez pas, puisque ce pays ne m’aime pas, je vais faire conférencier à la Bill Clinton ou à la Tony Blair, même pas peur. Et trouvez-vous un champion -Raffarin, Copé, Villepin, Morin- pour sauver la France. On parie ? Les petits moutons bleus vont venir pleurer sur le paillasson de l’Elysée en moins de 10 minutes. Et le grand Nicolas Sarkozy reviendra nimbé de sa pauvre houppelande de petit homme providentiel. Celui qui peut ramener le frontiste à la raison…

Aimable moyen aussi de piquer une partie de leur fond de commerce aux villepinistes. Ceux-ci espéraient surfer sur défaite sarkozyste, ils risquent au contraire de se prendre dans les dents un retour de bâton unioniste et légitimiste. (On verra ce que donne, jeudi, leur grande surboum de printemps)

On ajoutera à cela que si le président a un peu le FN en travers de la gorge, il n’a plus l’écharde géante du Modem enfoncée profond dans la voûte plantaire. Idem pour le PS avec la regroupusculisation du NPA au profit d’un Front de Gauche remuant certes, mais monitorable.

Bref à gauche comme à droite, les compteurs sont à zéro. Les élections ne se sont pas passées hier, elles commencent aujourd’hui.

Conflit ou recul ?

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Jan Vermeer, Femme en bleu lisant une lettre
Jan Vermeer, Femme en bleu lisant une lettre.
Jan Vermeer, Femme en bleu lisant une lettre
Jan Vermeer, Femme en bleu lisant une lettre.

Mon service de presse étant limité aux deux ou trois amis qui m’envoient gentiment les ouvrages qu’ils font paraître plus ou moins régulièrement, je n’ai pas eu la chance de recevoir par ce biais le dernier ouvrage d’Élisabeth Badinter. Ma conscience me dictait donc de me précipiter en librairie pour me le procurer, et donner une allure sérieuse à l’article qui me trottait dans la tête depuis que j’avais entendu Mme Badinter sonner le branle-bas de combat en brandissant l’épouvantail de la grande régression antiféministe par-dessus nos bols de café et nos têtes ensommeillées, un matin sur France Inter. Malheureusement pour moi, et heureusement pour les femmes, la dame avait été très efficace et je m’entendais dire d’abord par mes libraires préférés, puis par les autres, que j’arrivais après la bataille : l’ouvrage se vendait trop bien, il était indisponible ici, et même en rupture de stock chez l’éditeur, déjà en cours de réimpression quelques jours à peine après sa sortie.

Les lignes suivantes sont donc seulement fondées sur les multiples entretiens qu’Élisabeth Badinter a accordés à la presse. En conséquence, elles manqueront sans doute de précision et de nuance. Néanmoins, la présence dans les médias de l’auteur fut telle que j’ai l’impression d’avoir lu son livre même sans l’avoir lu.

[access capability= »lire_inedits »]Serait-ce la volée de bois vert que lui ont valu les courageuses « réflexions sur trente ans de féminisme » de Fausse route, mais il semble qu’Élisabeth Badinter ait éprouvé le besoin, à l’occasion de ce Conflit, de renouer avec les schémas binaires fédérateurs du féminisme-canal historique. D’un côté la société « culpabilisante » qui entrave la liberté des femmes, et de l’autre ces mêmes femmes qui se doivent de résister pour exister vraiment, c’est-à-dire comme des femmes et non comme des babouins ou des chimpanzés femelles arrimées leur vie durant à de triviales tâches domestiques. Ainsi, dans son dernier ouvrage, c’est la femme « culpabilisée » qu’elle défend, contre elle-même parfois, lorsqu’elle préfère l’animalisation de l’allaitement et de la vie au foyer à la grande bagarre parmi les hommes pour la reconnaissance sociale sur la vaste scène du monde humain.

Les femmes ne sont pas des primates, c’est au nom de la liberté humaine de façonner son destin qu’Élisabeth Badinter refuse les assignations à materner qui, paraît-il, pèseraient sur les femmes aujourd’hui. A écouter Élisabeth Badinter, on a l’impression qu’aujourd’hui, en France, des dizaines de milliers de femmes sous l’influence d’un nouveau clergé vert se cloîtrent chez elles avec leur progéniture pour investir dans celle-ci toutes leurs ambitions sociales frustrées. Le nouveau discours réactionnaire, à l’ombre du label bio, serait ainsi d’une efficacité redoutable.

Élisabeth Badinter voit très juste lorsqu’elle dénonce le culte de l’enfant-roi auquel les femmes doivent, comme tout le monde, se soumettre. Mais le souci obsessionnel du bien-être des enfants a-t-il vraiment pour conséquence l’augmentation de la pression sociale sur les femmes pour les renvoyer dans leur foyer ?

Si tel était le cas, il faudrait expliquer pourquoi le nombre de places en crèche explose dans notre pays, et que chacun, à gauche (écologistes compris) comme à droite, continue de considérer que, dans ce domaine, on n’en fait jamais assez. Selon une étude récente de la Sécurité sociale, depuis 1990, le nombre de places agréées d’accueil collectif a été multiplié par près de 1,7 (hors jardins d’enfants), soit une augmentation annuelle moyenne de 3,1 %. Dans le même temps la natalité était en quasi-stagnation puisque les naissances ont augmenté de moins de 3 % entre 1990 et 2007. Il est aisé de constater, à la lumière de ces chiffres, qu’en France, le fait pour une femme de travailler tout en ayant des enfants est de mieux en mieux accepté puisqu’il paraît aller de soi que l’Etat et les collectivités locales consentent des efforts financiers gigantesques pour le permettre.

Élisabeth Badinter s’en prend plus particulièrement aux écologistes qui véhiculeraient une idéologie du « retour à la nature » culpabilisante pour les mères. Il faut donc regarder ce qui se passe lorsque les Verts sont aux affaires. Prenons le cas emblématique de Paris. Parmi les adjoints de Delanoë, c’est un Vert, Christophe Najdovski, qui est en charge de la petite enfance. Depuis 2001, 5 800 places en crèche ont été créées, soit une augmentation de 20 %, alors que, dans le même temps, les familles ont plutôt fui la capitale pour cause d’explosion des prix immobiliers. L’adjoint à la petite enfance dispose aujourd’hui d’un budget presque illimité pour arracher des emplacements aux vilains promoteurs afin d’ouvrir de nouvelles crèches et de permettre aux mères d’aller travailler, dans l’immobilier par exemple. Au cours de la présente mandature, la municipalité a alloué 300 millions d’euros pris sur le budget d’investissement de la Ville à la construction de crèches. Pas mal quand même, pour d’affreux bobos qui veulent, paraît-il, renvoyer les femmes à la maison !

Le « droit » des femmes (et des hommes) à travailler tout en élevant des enfants bénéficie aujourd’hui d’un consensus tel, à gauche et à droite, que ce sont les pouvoirs publics qui sont accusés de ne pas tenir leurs engagements, à un moment où les finances publiques sont dans le rouge et où le chômage augmente. Les parents des classes privilégiées affichent en outre une préférence de plus en plus marquée pour les modes de garde collectifs des enfants. Alors que, traditionnellement, ce mode de garde était réservé aux classes populaires, de plus en plus de parents de classes aisées n’envisagent rien d’autre que de faire garder leur progéniture par la collectivité, sans que cela soulève aucun débat. L’enfant-roi mérite que l’Etat se consacre tout entier à son bien-être. Après tout, une maman c’est faillible, une nounou aussi, et il n’est pas toujours possible d’installer, chez soi ou chez l’assistante maternelle à laquelle on consent en tremblant de confier son petit trésor, un système de vidéosurveillance relié au commissariat du coin. Dans ce contexte de risque maximum pour nos chers bambins, quoi de mieux qu’une crèche aux normes européennes de sécurité ?

Comment comprendre, alors que nous assistons en France à un processus accéléré de collectivisation de la garde des jeunes enfants, la thèse d’Élisabeth Badinter selon laquelle on chercherait à « culpabiliser » les mères en les empêchant de sortir le nez des couches et de la layette ?

À l’heure du triomphe de Big Mother, c’est l’institution maternelle elle-même qui vacille.

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Intégrisme libéral à la BCE

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Jean-Claude Trichet
Jean-Claude Trichet, photo Flickr/Parlement Européen.
Jean-Claude Trichet
Jean-Claude Trichet, photo Flickr/Parlement Européen.

Depuis le traité de Maastricht, on nous a raconté que l’indépendance des banques centrales était la condition nécessaire pour une bonne gestion de la monnaie, qu’il fallait  mettre à l’abri des décisions des gouvernants, par essence électoralistes et aux conséquences nécessairement désastreuses. Les décisions de politique monétaires ne seraient donc que des mesures d’ajustement techniques, prises objectivement et presque mécaniquement, sans que l’idéologie n’intervienne. Une pure affaire d’experts devant rester en dehors du débat public.

Le gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet a donné cette semaine une interview à l’hebdomadaire Le Point qui me semble faire voler ce mythe en éclats. Si notre grand argentier est toujours très sourcilleux quant à son indépendance à l’égard du politique, il semble bien faire allégeance au pouvoir financier.

L’essentiel de l’entretien est un festival de langue de bois parfaitement sans intérêt. On croirait entendre un théologien enfermé dans ses dogmes et inaccessible à toute forme de réalité. On y lit par exemple avec effarement que « personne ne remet plus en cause les principes du pacte de stabilité » alors que celui-ci a volé en éclat à la faveur de la crise, ou que « la population grecque comprend parfaitement la nécessité de redresser ses comptes publics et de prendre les mesures indispensables pour renouer avec la croissance et créer des emplois » ou que la Grèce peut remercier l’euro de l’avoir « rendue plus forte » !

Très curieusement, les journalistes ont évité les questions qui fâchent. Rien sur les déséquilibres croissants entre les pays excédentaires et les pays déficitaires au sein de la zone euro et la viabilité d’une monnaie commune dans ce contexte. Rien non plus sur la polémique sur le modèle allemand lancée par Christine Lagarde. Cependant, interrogé sur la proposition de certains économistes, notamment ceux du FMI, d’autoriser une certaine relance de l’inflation, Trichet fait une réponse d’une étonnante franchise : « Si je vous disais – c’est une hypothèse évidemment absurde – que je ne suis pas contre une inflation autour de 4% vous verriez en temps réel, l’ensemble des participants au marché augmenter nos taux d’intérêt de manière considérable pour tenir compte de l’inflation future. Qui plus est, s’y ajouterait une importante prime de risque pour tenir compte des nouveaux changements possibles. Les ménages perdraient confiance. Les entreprises auraient des financements plus coûteux. Et les Etats verraient le coût du refinancement de leur stock de dette augmenter massivement. L’inflation, qui est au demeurant rejetée par nos concitoyens n’est absolument pas la solution ! »

Manifestement les rentiers d’aujourd’hui, qui pas plus qu’hier n’ont envie de se laisser « euthanasier » par l’inflation,  ont trouvé en Jean-Claude Trichet, mieux qu’un porte-parole, un chien de garde de leurs intérêts !

La réponse de Trichet en dit long sur le fonctionnement du système de domination du pouvoir financier à notre époque de « mondialisation heureuse ».

Les élites détentrices d’une parole autorisée doivent exercer un terrorisme intellectuel sans faille pour interdire tout débat qui pourrait accréditer l’idée même de solutions alternatives. Il est interdit de parler des éventuelles vertus de l’inflation et encore moins des moyens de la susciter. Interdit ! Ainsi, une fois que l’intérêt des classes dominantes transformé en pensée unique, il suffit de s’appuyer sur les représentations qu’en ont les classes populaires pour leur conférer une légitimité démocratique.

Trichet nous renseigne aussi sur la nature totalitaire du pouvoir financier à l’âge hyper-capitaliste. Frédéric Lordon est encore en dessous de la réalité lorsqu’il parle de « dictature du capital », car la dictature est assumée comme tel avec la violence qui va avec. Le capital aujourd’hui exerce sa domination de manière sournoise, cachée derrière des lois économiques présentées comme des vérités naturelles et l’absence d’alternatives envisageables.

Cette domination s’exprime principalement par deux canaux. Le pouvoir de l’actionnaire dit « capitalisme actionnarial » qui conduit à garantir le paiement d’une rente quasi incompressible aux détenteurs du capital, quel qu’en soit les conséquences : réductions des coûts de production, intensification du travail, licenciements, délocalisations, suspensions des investissements. Les derniers chiffres du CAC 40 cette année l’ont exprimé avec force. Malgré la crise et la réduction du volume d’activité, le montant des dividendes est resté identique aux années passées, parfois même supérieur aux profits !

Bien évidemment l’idéologie dominante ne va pas présenter ce versement comme une rente, mais au contraire comme une bonne nouvelle pour tout le monde. Car en vertu du théorème de Schmitt « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain ». L’histoire n’a fait que démontrer le contraire, mais ce n’est pas grave, nos brillants éditorialistes économiques continuent à y croire. Du coup, le système tient sans trembler. Cette année, l’information est passée dans l’indifférence générale, les médias trouvant beaucoup plus rigolo de s’intéresser aux classements des plus grandes fortunes mondiales qu’à la répartition de la valeur ajoutée en temps de crise.

On retrouve cette mystification avec l’affaire Grecque puisque Trichet se permet d’annoncer aux Grecs que la saignée qu’ils sont censés accepter avec le sourire produira demain de la croissance et de l’emploi ! Pourtant, si l’Etat et la population sont sommés de faire pénitence, certains dans l’ombre font bombance. Les intérêts prohibitifs payés par la Grèce sur sa dette publique sont bien perçus par quelqu’un !

Je ne me lancerais pas aujourd’hui le débat sur la légitimité des intérêts payés sur la dette publique, je préfère laisser cela à des plumes plus compétentes. Je me contenterais d’esquisser un raisonnement simple. La BCE refinance les banques à des taux très bas (entre 0.5% et 1%). Celles-ci prêtent aux Etats à 3.5% (dans le meilleur des cas) puis refourguent les titres de dettes publiques à la BCE en garantie. Dans ces conditions, la différence entre le taux directeur de la BCE et le taux d’intérêt sur les emprunts d’Etat constitue une marge au profit du système financier. Plus les taux d’intérêts payés par les Etats augmentent, plus les banques font de profits, et cela pour un service rendu strictement identique.

Trichet nous rappelle avec sa menace grotesque (un gros mot dans sa bouche pourrait suffire à faire monter les taux d’intérêt) que le pouvoir financier peut faire varier cette marge de manière totalement discrétionnaire et pour des motifs purement subjectifs. Il suffit de déclarer que tel ou tel pays n’inspire pas confiance pour le rançonner avec des taux d’intérêts majorés, lui imposer une saignée et par la même occasion se goinfrer allègrement !

On pourrait s’attendre à ce que le grand argentier de la zone euro cherche à défendre les intérêts des Etats en s’attachant à améliorer leurs conditions de financement : rassurer les marchés sur l’inexistence du risque de banqueroute des Etats ou modérer l’appétit des banques commerciales. Après tout, lorsque le système financier était en situation de faillite virtuelle, la BCE n’a pas hésité à user de « moyens non conventionnels » (en clair de la création monétaire) pour renflouer les banques. Pourquoi ne déclarerait-elle pas aujourd’hui qu’elle n’hésiterait pas à en faire de même (en prêtant directement aux Etats) pour éviter toute situation de défaut de paiement ?

Trichet fait exactement le contraire. Il légitime la souveraineté des marchés financiers, l’irrationalité de leur réaction et la prédation qu’ils organisent. Des populations qui souffrent, des Etats qui se délitent et les profits des banques qui explosent !

On sait désormais que la BCE n’est indépendante qu’à l’égard des souverainetés étatiques. Elle est à l’image de sa grande sœur américaine, une instance de type oligarchique, la garante des privilèges du pouvoir financier et la protectrice des oligarchies financière.

Texte initialement paru sur Horizons.

Les agneaux volent bas

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On sait que Dieu est très occupé ces temps-ci : Il doit notamment limiter la guerre en Afghanistan, sauver des Chrétiens d’Orient persécutés et consoler les têtes de listes UMP aux régionales. Mais pourquoi, avec de tels défis à relever, ne remplace-t-Il donc qu’un fonctionnaire sur deux dans Son administration paradisiaque ? On peut légitimement se le demander après l’incroyable erreur de calendrier commise par les services concernés. En effet, alors que Pâques aura lieu cette année le 4 avril, quelle ne fut pas la surprise d’un automobiliste de Cologne, ce dimanche 21 mars, quand il vit soudain, dans une rue paisible de la jolie cité rhénane, un agneau tomber du ciel et s’écraser juste devant lui. En voulant l’éviter, le chauffeur germain réduisit son véhicule en miettes et se brisa une main dans l’accident. Quant à la pauvre bête, qui devait enlever le péché du monde, grièvement blessée, elle a été abattue sur place par la police.

Allons nous faire voir chez les Grecs !

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Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.
Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.
Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.
Relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, Athènes.

Angela Merkel, qui pressure son peuple pour gonfler son commerce extérieur, fait les gros yeux et dit tout haut ce que les banquiers centraux pensent tout bas. Si les Grecs, avec leur indolence méditerranéenne, leurs îles où l’on boit l’ouzo en grignotant du poulpe grillé, avec leur jeunesse à la tête tellement près du bonnet de l’evzone qu’elle renouent chaque année avec une ferveur émeutière que l’on croyait oubliée, leurs vieillards communistes qui ont descendu le drapeau nazi de l’Acropole en 41 et se font aujourd’hui tabasser par des flics sous-payés et donc normalement corrompus, si ces Grecs là, donc, ne font pas un effort, ils seront punis.

Comment ? En envoyant l’aviation de l’Otan comme chez leurs voisins serbes il y a quinze ans ? Ah, qu’elle était étonnante, cette photo d’un avion de l’Otan, siglé de la croix de fer toujours en vigueur dans la Lutwaffe, qui s’était fait descendre aux environs de Belgrade par ces salopards de purificateurs ethniques. Peu importe d’ailleurs qu’ils aient été, les Serbes comme les Grecs, les seuls peuples des Balkans à résister contre les nazis tandis que les Croates sous la direction d’Ante Pavelic s’engageaient à tour de bras dans la SS et que les Bosniaques, eux allèrent s’entrainer pour la SS Bosna du côté de Villefranche dont le maire était le jeune Robert Fabre et dont les habitants furent vivement étonnés de voir « des Allemands qui priaient comme nos Arabes. »

Non, on ne va pas les punir de cette manière, trop de mauvais souvenirs. Et puis avec les Grecs on ne sait jamais. Depuis les Thermopyles, on se méfie. On se souvient que des milliers de Perses ont cru qu’ils écraseraient sans mal ces pédérastes qui ne pensaient qu’à la philosophie et à la poésie et qui s’étaient retrouvés face à trois cents gonzes, bien décidés à leur faire payer cher, très cher, le droit de passage.

Mussolini aussi en a su quelque chose, lui qui a cru les gober en 1940 et s’est retrouvé honteusement raccompagné à sa propre frontière par une armée pourtant équipée comme en 1870. Imaginez un peu, tout de même, l’UE ordonnant le bombardement d’Athènes, de Delphes et de notre chère Argolide pour dépassement du déficit autorisé par Bruxelles. Surtout que ce n’est qu’à moitié leur faute, tout de même, aux Grecs. Ils sont comme nous, finalement. Ils ont eu des banques atteintes par l’encéphalite financière spongiforme, des traders autistes et avides, des fortunes bâties tellement vite qu’elles ont dû énerver Eole qui a fait tourner le vent. Et voilà maintenant qu’on leur demande de payer. Enfin qu’on demande au peuple grec de payer, nuance.

Mais le peuple grec, lui, passez-moi l’expression, il n’en a rien à battre. Le réel, dit quelque part Lacan, c’est quand on se cogne. Eh bien voilà, c’est fait, Angela Merkel se cogne. Ou plutôt, elle est la première à le dire et à dire aussi que ça fait mal. Parce que de manière assez étonnante, ce sont ceux qui vivent dans l’irréalité totale des marchés comme les esclaves de la caverne de Platon qui viennent expliquer aux gens le « réalisme économique » : pour combler nos déficits, on va réduire vos retraites, vos salaires, votre sécu.

Et le Grec lui, il dit non, no, nicht, occhi !

Et il a bien raison. C’est l’Euro, la fiction : la preuve, les billets ne représentent que des monuments virtuels alors que nous sommes le continent de tous les lieux, de tous les noms.

Et si Angela Merkel ne menace pas les Grecs de bombardements massifs, elle croit leur faire encore plus peur en envisageant une exclusion de l’Euro.

Quel effet cela peut faire d’être exclu d’une fiction, du mauvais rêve d’une société endormie ? Si ça se trouve, ce seront de joyeuses retrouvailles avec le réel dans le matin profond. On les envierait presque les Grecs de bientôt renouer avec le drachme et la raison, comme la chouette de Minerve qui prend son envol hégélien alors que le soir tombe déjà sur cette Union qui n’en fut jamais une.

Et puis, il ressemblera à quoi, l’Euro, sans les Grecs ? A une monnaie blonde pour protestants aux yeux bleus ? C’est ça ? Vraiment ?

Bon, d’accord mais alors dites moi quand est le prochain vol pour Athènes, que je le prenne avant le blocus.

David Cameron : le coup du bébé

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On savait déjà dans les milieux autorisés que David Cameron, candidat au poste de premier ministre britannique, était un lecteur assidu de Causeur. Mais pas au point de mettre en application illico presto son dernier numéro où l’improbable monsieur bébé et la « maternité triomphante » se voient disséqués sous toutes les coutures.
En l’occurrence, il s’agirait plutôt de paternité prometteuse. Un an après la mort tragique de son fils aîné Ivan atteint d’une forme très grave de paralysie cérébrale, la grossesse de Mrs Cameron vient d’être révélée et fait déjà l’effet d’une « secret weapon ». A quelques semaines des élections générales, comment ne pas y voir le petit coup de pouce du destin qui devrait lui permettre d’arracher les 2% qui lui manquent pour assurer son succès ?
En politique aussi, à toute chose bébé est bon.

Zemmour et les pitbulls

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Eric Zemmour
Eric Zemmour
Eric Zemmour
Eric Zemmour

Ils dénoncent au nom de la morale, excommunient au nom de la tolérance et prétendent interdire au nom de la liberté. En général, pour nos maccarthystes de la gauche indignée qui passent leur temps à traquer le dérapage raciste, homophobe ou idéologique, un clou chasse l’autre. Hortefeux, Besson, Frêche et même Robert Ménard qui a commis les crimes d’avouer qu’il préfèrerait que sa fille soit hétérosexuelle et de dire qu’il ne se battrait pas pour éviter la peine capitale à Dutroux: la liste des infréquentables s’allonge chaque jour.

Seulement, maintenant qu’ils ont planté leurs crocs dans les mollets de notre confrère et ami Eric Zemmour, les pitbulls de la pensée correcte ne semblent pas décidés à le lâcher. Ces grands humanistes veulent sa tête. Rien de moins. Il est vrai que Zemmour charrie. Pour commencer, il refuse de participer au déni de réalité qui leur tient lieu de pensée. C’est ainsi qu’il a osé évoquer la surreprésentation des Français issus de l’immigration dans la population carcérale – un fait parfaitement connu. Vérité déplaisante précisément parce que c’est une vérité d’ailleurs. Mes aïeux, quel charivari ! La LICRA s’énerve, le CSA s’inquiète, les belles âmes vocifèrent en boucle, ses chers collègues trouvent que la liberté d’accord mais que quand même il exagère.

Par-dessus le marché quand il ne la ramène pas avec le réel rien que pour nous gâcher la vie, l’ami Zemmour a sur la plupart des sujets des opinions différentes de celles des gardiens de la doxa – et même parfois des miennes : sur l’IVG, il pousse le bouchon un peu loin à mon goût de femme libérée.

On peut ne pas partager les idées de Zemmour et même être choqué par elles. Justement, ses procureurs au tout petit pied emmenés par de supposés humoristes aussi indéboulonnables qu’ils se croient rebelles adorent l’impertinence. Ils devraient être ravis qu’on les choque.

Mais non : ils aiment la diversité en tout point sauf pour les opinions et adorent la liberté de penser à l’unique condition qu’on pense comme eux. Il faut les comprendre, les pauvres : toute expression d’une divergence leur rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Et après, ils digèrent mal.

Il faut saluer la rédaction et la direction de RTL – oui, je sais, j’y travaille, comme ça, les petits esprits pourront m’accuser de faire du gringue à mes patrons, ça les occupera. Bien que les propos de l’ennemi médiatique numéro un aient été diversement appréciées rue Bayard, la station affiche sa solidarité avec son chroniqueur. Dans ces conditions, les rumeurs de son licenciement par Le Figaro ne peuvent être qu’infondées. Imagine-t-on Etienne Mougeotte qui brave si courageusement le pouvoir se coucher devant la meute ? Pas un instant. Il est certain que Patrick de Carolis, également sommé de toutes parts de débarquer le trublion, ne se laissera pas intimider. Quant au CSA qui ne trouve rien à redire aux calomnies proférées chaque matin entre deux banalités par Stéphane Guillon ainsi qu’à pas mal d’autres crapuleries cathodiques, on ne le voit pas céder à la tentation de la censure.

Saluons également le CRAN (Conseil représentatifs des associations noires) qui a emporté hier le pompon de la dégueulasserie. L’association avait tenté de porter plainte contre le journaliste après que celui-ci avait, horresco referens, affirmé qu’il existe des différences entre les races – perso j’aurais parlé de cultures mais tout le monde a compris. Il se trouve que cette plainte a été déclarée irrecevable – une nouvelle qui, curieusement, n’a pas fait grand bruit. Mais cela n’a pas empêché l’association de féliciter Etienne Mougeotte pour sa courageuse et supposée décision de virer Zemmour et d’appeler ses autres employeurs à l’imiter. Quand le CRAN n’est pas d’accord avec quelqu’un, il n’imagine pas que l’on puisse argumenter. Virez-le ! Devant tant de panache, on reste sans voix.

Oui, il est rassurant de savoir qu’il existe encore des espaces de liberté. Blague à part, il est salutaire que s’expriment des voix comme celle d’Eric Zemmour. Ne nous y trompons pas. Avec sa liberté, c’est la nôtre qui est menacée.

Le père, cet importun

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L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh
L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh, vers 2350 av. J.-C., musée du Louvre.
L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh
L'inspecteur des scribes Raherka et sa femme Merséânkh, vers 2350 av. J.-C., musée du Louvre.

La mère monte aux dépens de la femme, nous explique Élisabeth Badinter. Déjà, il y a quelques années, Michel Schneider montrait, dans Big Mother[1. Odile Jacob, 2002. Réédition en Poches Odile Jacob, février 2005. ], que l’image de la mère colonisait jusqu’à notre classe politique. Seulement, dans tout ça, on ne parle pas du père. Plus de quarante ans après mai 1968, il semble qu’on continue à combattre une société patriarcale qui, pourtant, n’existe plus depuis bien longtemps.

[access capability= »lire_inedits »]La généralisation du divorce − plus d’un mariage sur trois finit ainsi − a fait exploser le modèle qui s’imposait aux familles depuis des siècles. Ce modèle, qu’on ne songe évidemment pas à rendre à nouveau obligatoire, est désormais ringardisé. Ce qui est dans le vent, ce qui est cool, c’est désormais la famille recomposée. Le nombre des familles monoparentales (Le « monoparent » étant féminin à une écrasante majorité) a explosé. Or, si les enfants ont effectivement besoin de leur mère, ils ont aussi besoin de leur père. Et il ne faut donc pas, dès lors, s’étonner que la délinquance juvénile augmente ; un juge pour enfants confiait, il y a quelques mois, sur le plateau d’Yves Calvi, sur France 5, que son taux était bien plus fort dans les familles monoparentales.

Pourtant, notre société continue à nier l’importance de la présence du père. Mme Morano, ministre de la Famille, aurait souhaité mettre en place un statut du beau-parent[2. La commission Léonetti a, pour l’heure, heureusement bloqué ce projet inutile et funeste.]. Il s’agissait, là encore, d’un rude coup donné à l’autorité paternelle. Mais pas seulement : hypocritement, ce projet permettait aux couples lesbiens[3. 90 % des couples homosexuels désirant un enfant, par adoption ou autre biais, sont des couples de femmes.] de s’engouffrer dans la brèche en donnant la possibilité à l’une des deux femmes de récupérer une autorité parentale dans le cadre de ce statut de beau-parent. Mais qu’il s’agisse d’un beau-parent du même sexe que le responsable légal ou non, c’est l’autorité du père légitime qui était encore battue en brèche. Celui-ci, à qui les juges confient rarement la garde des enfants en cas de divorce, malgré le développement récent de la garde alternée − laquelle ne constitue pas non plus une panacée en terme de stabilité −, semble bien devenu un importun, son rôle étant continuellement dévalué par rapport à celui de la mère.

Ce n’est pas seulement le père qui est de plus en plus absent, mais aussi son image. À l’école, où l’enfant passe normalement son temps lorsqu’il n’est pas à la maison, le personnel enseignant a connu une féminisation galopante. À tel point qu’on se demande s’il ne faudrait pas imposer des quotas d’hommes parmi les professeurs et, surtout, les conseillers principaux d’éducation qui sont chargés de la discipline dans les établissements. Avec un père absent à la maison et une école peuplée de femmes[4. Ajoutons que dans les ZEP, où le taux de familles monoparentales est davantage important, la minorité d’hommes des établissements fait davantage figure d’image de « grand frère » que de père puisque ce sont les professeurs les plus jeunes qui y sont nommés.], le jeune adolescent n’a guère de modèles masculins positifs à sa disposition. Son quartier lui en offre d’autres : parfois un caïd, parfois un imam intégriste, parfois − plus heureusement − un entraîneur de football.

Il reste tout de même des familles traditionnelles avec un père, une mère et des enfants. Mme Antier leur apprend qu’il ne faut surtout pas donner la fessée et souhaite même mettre celle-ci hors-la-loi. Elle fait partie de ceux qui, dénoncés par Élisabeth Badinter, abreuvent les familles d’un discours culpabilisant sur l’allaitement. Elle conseille aussi le co-sleeping (ou « co-dodo ») qui consiste à faire dormir l’enfant dans le lit parental les deux premières années de sa vie. Les féministes s’inquiètent à juste titre à propos de la « vie de femme » de Madame. Quant à Monsieur… Silence radio ! Ah, non ! Mme Antier conseille, car il est souvent porté sur la bouteille, de le reléguer sur le canapé, des fois que son taux d’alcoolémie l’amène à écraser le jeune enfant.

Décidément, partout, le père est vraiment de trop.[/access]

L’UMP, le PS et les autres

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Daniel Cohn-Bendit
Daniel Cohn-Bendit.
Daniel Cohn-Bendit
Daniel Cohn-Bendit.

L’analyse des élections régionales selon les catégories habituelles, vainqueurs-vaincus, principaux et secondaires, a pour elle l’avantage d’être simple, mais l’inconvénient de figer le tableau politique de la France. Pour les commentateurs, sondeurs et éditorialistes, pour la plupart ancrés dans la capitale, la victoire a souri à la patronne de la rue de Solferino, et le goût amer de la défaite se remâche sous les ors de l’Elysée et de Matignon. En 2012, selon ces mêmes analystes, ce sera à nouveau le choc des mêmes contre les mêmes, et le résultat dépendra de la manière dont les forces en présence auront tiré les leçons de cette élection intermédiaire.

Ainsi, Martine Aubry aurait fait un grand pas vers la candidature socialiste à l’Elysée, et Nicolas Sarkozy, dont personne ne doute qu’il ne veuille se succéder à lui-même, partirait dès aujourd’hui à la reconquête de son électorat perdu.

Chacun s’accorde, en plus, pour prononcer l’oraison funèbre des ambitions de François Bayrou, prendre acte de l’inscription durable et à un niveau à deux chiffres des écologistes dans le paysage politique français et d’un réveil du Front National qui s’apprête à procéder à un passage de témoin dynastique. Une note de bas de page nous rappelle, pour mémoire que l’extrême gauche radicale s’est ramassée en beauté, faute d’avoir montré la moindre appétence à mettre les mains dans le cambouis des exécutifs régionaux.

Ces élections auraient donc, selon ces analyses, introduit plus de clarté et de stabilité dans le jeu politique français, en fixant un rapport de force entre les principales formations politiques et en dessinant les contours des alliances et des stratégies pour 2012. Tout cela n’est pas faux, mais cette image printanière de la vie politique de notre pays persistera-t-elle au-delà de cette saison qui s’ouvre ? Il est permis d’en douter.
Si l’on écoute bien les petites musiques discordantes qui se sont fait entendre dès dimanche soir et qui ne vont pas manquer de résonner à nouveau dans les prochains jours ou les prochaines semaines, on ne peut douter de la longévité du calme apparent intervenu après la proclamation des résultats.

À droite comme à gauche, et même chez les écologistes, des forces non négligeables entendent bien s’employer à dynamiter les piliers de cet édifice politique.

À droite, les doutes sur la capacité de Nicolas Sarkozy à relever le défi présidentiel en 2012 sont de plus en plus manifestes dans les troupes de l’UMP, notamment chez les parlementaires inquiets pour leur reconduction en 2012. Pour peu que le Sénat, l’an prochain, se dote d’une majorité de gauche, ce qui n’est pas impossible au vu des dernières élections locales, le bilan politique intérieur de Nicolas Sarkozy se solderait par la plus calamiteuse reculade de la droite républicaine française depuis 1945. En Grande-Bretagne l’affaire serait déjà en passe d’être réglée, comme ce fut le cas lors de la destitution de Margaret Thatcher, en 1990, par le biais d’une rébellion des parlementaires tories. Une telle procédure n’est pas possible dans notre Vème République, mais un démontage du président de la République en exercice n’est pas pour autant exclu. Il suffit que les adversaires internes de Nicolas Sarkozy s’unissent et complotent avec suffisamment d’énergie et d’habileté pour que ce dernier « ne soit plus en situation » de postuler à sa propre succession au vu de batteries de sondages indiquant, que dans tous les cas de figure, il serait battu par un candidat de gauche. Dans cette hypothèse, son seul atout réside dans les contradictions des postulants de droite à sa succession. Un Copé ou un Bertrand préféreraient un Sarkozy candidat et battu en 2010, pour jouer leur chance en 2017, alors qu’un Fillon ou Villepin auraient, eux, intérêt à être présents dès 2012. Déjà, chacun à sa manière, fait entendre sa différence, et cette attitude devrait aller en s’amplifiant. On peut compter sur Galouzeau pour frapper d’estoc et de taille sur le locataire de l’Elysée, mais cela ne saurait suffire à faire exploser la machine sarkozienne, qui tient toujours des positions solides dans le monde des affaires, de la presse, des instituts de sondage et autre instruments du pouvoir moderne.

Mais le rejet de sa personne, de son style, de son manque d’écoute et de respect par les grognards de l’UMP sur le terrain constitue le handicap le plus sérieux à un redressement rapide et spectaculaire de la situation politique de Nicolas Sarkozy. S’il s’avérait, de plus, que le cours de sa vie privée entre dans des eaux agitées, l’affaire, de grave, deviendrait désespérée. Il ne peut espérer d’aide de ses « amis » de l’étranger : Angela Merkel, Gordon Brown ou Barack Obama ont déjà prouvé qu’ils peuvent, comme à Copenhague ou dans la crise de l’euro, l’abandonner en rase campagne s’ils estiment que leur intérêt national est ailleurs.

Reste le miracle : une sortie de crise plus rapide que prévue, une baisse significative du taux de chômage, et un accord général sur la réforme des retraites, qui devrait être la grande question des mois qui viennent. Le seul vrai ami de Nicolas Sarkozy est aujourd’hui Bernard Thibaut, ce qui ne manque pas de sel.

Au PS, on aura remarqué dimanche soir, la mauvaise manière faite par Ségolène Royal à Martine Aubry, en se précipitant dès 20h07 devant les caméras pour émettre son message. Forte de son score de 61%, la triomphatrice picto-charentaise a caractérisé cette victoire nationale comme celle de ses collègues présidents de région, réduisant ainsi à la portion congrue les mérites de sa rivale Martine Aubry. De son côté Frêche, grand vainqueur, lui aussi, décrétait le PS obsolète appelait à la création d’un « parti démocrate » à l’américaine et poussait son ami Gérard Collomb, maire de Lyon, à entrer dans l’arène des primaires pour y faire entendre la voix des grands barons locaux. Le « pacte à trois », Fabius, Aubry, Strauss-Kahn destiné à ne soutenir que l’un d’entre eux lors de ces fameuses primaires apparaît à bon nombre de militants et de sympathisants socialistes comme une manœuvre politicienne digne de la SFIO d’antan.

Dans ce contexte, il reste aux « dynamiteurs » du système Solferino, renforcés par leurs performances sur le terrain, à faire le plus dur : s’entendre sur le nom de celui ou celle à qui l’on confiera les clés de la nouvelle maison à reconstruire sur les ruines de l’ancienne…

Enfin, les écolos. Les anciens auront noté le clin d’œil aux old timers de 68 dans la publication de l’appel du 22 mars de Dany Cohn-Bendit dans Libération. Dany, on l’aura remarqué passe du « nous » au  » je » en exhortant les Verts de Cécile Duflot à sortir de leur logique de groupuscule devenu gros comme un parti pour fonder une  » coopérative politique » intégrant dans une formation unique toutes les personnalités de la société civile rassemblées, grâce à lui, au sein d’Europe-Ecologie. En fait, il s’agit là d’une tentative de mettre l’écologie politique au niveau organisationnel des grandes formations, même si le langage utilisé pour vendre cet Epinay des écolos, dont il serait le Mitterrand, est encore emprunté au jargon deleuzo-guattarien, mâtiné de post-modernisme universitaire américain. La réussite de ce projet est absolument nécessaire à Dany Cohn-Bendit pour qu’il puisse jouer à plein le seul rôle qu’il ambitionne, celui de faiseur de roi à gauche, ce qui implique une candidature unique PS-écolo en 2012. Pour l’instant le message est entendu moyennement chez les nouveaux élus verts régionaux, qui vont devoir gérer au jour le jour leurs rapports avec leurs alliés socialistes, et ne tiennent pas trop à voir l’Européen Cohn-Bendit mettre son nez dans les cuisines locales. Il n’est pas exclu, dans ce schéma, que ce dernier fasse acte de candidature aux « primaires ouvertes » de la gauche, en annonçant que si d’aventure, il venait à les remporter, il demanderait alors la nationalité française. Il s’arrangera, bien sûr, pour faire un score honorable sans remporter la timbale, mais se trouvera alors en position de monnayer son soutien à l’un ou l’autre des candidats en échange d’un nombre de circonscriptions assez élevé pour gagnables pour que la « coopérative » puisse former un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, dont il serait le parrain tirant les ficelles depuis Bruxelles et Strasbourg.

Pour ceux que cela intéresse encore, la politique politicienne des prochains mois a toutes les chances de se muer en une pièce de théâtre shakespearienne, où l’on compte les cadavres à la fin, plutôt qu’en une geste cornélienne où les héros glorieux triomphent de l’adversité.

Corée du mort

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Pak Nam Ki, haut responsable du parti communiste de Corée du Nord, a été exécuté la semaine dernière dans une caserne de Pyong Yang. Il avait 77 ans et avait totalement échoué dans une réforme monétaire dont l’avait chargé Kim Il Sung. Lancée le 30 novembre, cette réforme a, en fait, aggravé la famine et même provoqué de nombreuses émeutes dans un pays où l’ordre et la sécurité règnent habituellement. Nerveux, François Fillon s’est rendu ce matin à l’Elysée pour procéder à un remaniement ministériel qualifié de « technique ». Il aurait, auparavant, fait l’inventaire des casernes de la région parisienne. Xavier Darcos et Xavier Bertrand, eux, seraient déjà réfugiés à l’ambassade de Chine.

Deux petits tours et puis s’en vont

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Urne

Urne

Tout d’abord, les grands équilibres. Sauf à considérer la non-bascule de l’Alsace –qui a toujours voté à droite depuis son Anschluss à la France- comme un événement historique, les résultats actent d’un rapport de force régional à peu près intact entre les deux blocs dominants. Le même, donc, qui avait préludé à la victoire de Sarkozy en 2007. Personne, sauf quelques militants post-ados du MJS, n’a eu le mauvais goût de hurler à la victoire hier soir à Solferino, où Martine a imposé sans trop de mal sa ligne du triomphe modeste.

La modestie, quoique d’un genre différent, était aussi de rigueur à l’UMP. Pour une fois, chacun avait appris sa fiche de contrition par cœur, et même les moins qualifiés pour ce genre d’exercice repentant (Morano, Lefebvre, Estrosi) y sont allés de leur mea culpa – sans jamais chercher à chipoter quant à la réalité de la claque.

Un seul credo hier chez les sarkozystes : « Nous n’avons pas su nous faire comprendre car nous n’avons pas su entendre. » À l’avenir donc, c’est promis-juré-craché, l’UMP sera à l’écoute du pays avant d’engager des réformes. On est content pour eux, sauf qu’on n’en croit pas un mot. Car sur le gros dossier du moment – à savoir les retraites- la seule façon d’être « à l’écoute », c’est de l’enterrer vivant avant même que François Fillon ne le ressorte de son attaché-case. Malgré les rodomontades généralisées sur les réformes indispensables, il n’est pas dit que ledit dossier ne soit pas déjà mort dans l’esprit du président : l’Elysée vaut bien un parjure.

Dans ce tsunami d’autocritique à droite, l’unique mais lourdement martelé bémol aura été le distinguo entre élection nationale et pipis de chat intermédiaires. Mauvaise foi, peut-être (remember les hourras des européennes); mais vérité néanmoins. En ne s’engageant pas plus que ça, et en minimisant la portée du scrutin dès que les sondages ont commencé à sentir le sapin, bref en sautant son tour sur ce coup-là, le chef de l’Etat a préservé l’essentiel –tout en permettant aux sarkozystes d’en bas d’exprimer leur ras le bol avec leur pieds, de pousser une gueulante gestalto-thérapique sans conséquences majeures. Sans vouloir nous vanter, mais un peu quand même, c’est pile le scénario anti-catastrophe qu’on avait prévu.

On nous fera remarquer, à raison, que cette bouderie, l’électorat sarkozyste ne l’a pas seulement manifestée en s’abstenant, mais en requinquant concomitamment le FN – seul parti où hier soir, la modestie n’était pas de mise. À tort, au moins pour un des arguments répétés en boucle par le père et la fille -et repris tels quels par nombre de politologues trop pressés- comme quoi pour la première fois le Front progresse sur le premier tour là où il se maintient. C’est vrai, certes, sauf que c’est encore plus vrai pour tous les autres acteurs de triangulaires, sans exception : en Limousin, le Front de Gauche progresse de 7 points sur le premier tour ; en Bretagne, Europe Ecologie en gagne 5, même topo en Corse pour la liste de Simeoni. Bref, quelles que soient leurs casquettes, les troisièmes larrons ont fait une bonne affaire, la belle affaire. Eh oui, on rappellera pour les plus distraits qu’il n’y aura pas de troisième candidat au deuxième tour de la présidentielle. Et que le bon score du FN, permettra en 2012 tant à Sarko qu’à son challenger socialiste de s’en servir à nouveau comme épouvantail pour appeler au vote utile dès le premier tour afin d’éviter une répétition du 21 avril de sinistre mémoire. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser les hésitations chez les écolos à présenter un candidat autonome, d’aucuns jugeant plus avisé de faire un package deal avec le PS avant 2012 genre « on présente personne à la présidentielle, en échange de 50 circonscriptions blindées aux législatives ». Ce serait le pur bon sens, mais bon, les Verts et le bon sens, hein…

A priori, cette résurrection pré-pascale du FN fait donc comme d’hab’ le jeu du PS. Sauf qu’à notre avis, elle roule aussi pour le président. Entendez-vous dans la campagne monter le grondement du chantage à la non-représentation de notre bon Nicolas S ? Sa femme d’abord (qui dit qu’un mandat c’est bien assez), puis lui ensuite. Genre, puisque vous ne m’aimez pas, puisque ce pays ne m’aime pas, je vais faire conférencier à la Bill Clinton ou à la Tony Blair, même pas peur. Et trouvez-vous un champion -Raffarin, Copé, Villepin, Morin- pour sauver la France. On parie ? Les petits moutons bleus vont venir pleurer sur le paillasson de l’Elysée en moins de 10 minutes. Et le grand Nicolas Sarkozy reviendra nimbé de sa pauvre houppelande de petit homme providentiel. Celui qui peut ramener le frontiste à la raison…

Aimable moyen aussi de piquer une partie de leur fond de commerce aux villepinistes. Ceux-ci espéraient surfer sur défaite sarkozyste, ils risquent au contraire de se prendre dans les dents un retour de bâton unioniste et légitimiste. (On verra ce que donne, jeudi, leur grande surboum de printemps)

On ajoutera à cela que si le président a un peu le FN en travers de la gorge, il n’a plus l’écharde géante du Modem enfoncée profond dans la voûte plantaire. Idem pour le PS avec la regroupusculisation du NPA au profit d’un Front de Gauche remuant certes, mais monitorable.

Bref à gauche comme à droite, les compteurs sont à zéro. Les élections ne se sont pas passées hier, elles commencent aujourd’hui.