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Touche pas à ma photo retouchée !

Diego velazquez, Vénus à son Miroir
Diego velazquez, Vénus à son Miroir, 1649-51

Quand on est député UMP, ces temps-ci, il faut bien trouver un moyen de s’occuper. C’est l’inconvénient: appartenir au parti présidentiel surtout avec un président de la République qui veut toujours en être le chef fait assez vite de vous un « godillot » selon l’expression imagée utilisée dès les majorités absolues de députés UNR puis UDR sous le grand Charles puis sous Georges Pompidou.

Il serait néanmoins inélégant de dire de Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône qu’elle est un godillot, voire dans un souci de féminisation, une godillote. Le néologisme est amusant mais ne correspond pas, essentiellement pour des raisons esthétiques, à Valérie Boyer, la belle quarantaine brune et chic, qui outre son mandat national est aussi conseillère municipale de Marseille et secrétaire national de l’UMP aux questions de santé. Non, Valérie Boyer n’a pas le genre godillot mais plutôt escarpin, voire talon aiguilles, ceux qui font les jambes longues, les fesses fermes et la cambrure intéressante.

Députée escarpin donc, Valérie Boyer s’était fait un peu connaître en 2008, ce qui est toujours difficile dans une UMP pléthorique et masculine (la parité, c’est pour les candidats, pas les élus, faut pas rêver) à l’Assemblée nationale par des propositions de loi sur l’anorexie et l’obésité, ces deux faces d’un même grand corps malade et malheureux que les adolescents de nos temps si tranquillement inhumains promènent sous nos yeux comme des remords vivants.

Il y a donc, chez Valérie Boyer, le louable souci de faire de son activité politique une activité sociétale. Par exemple, sur le sujet que nous venons d’évoquer, plutôt que de s’attaquer au pourquoi du comment d’une telle recrudescence de l’obésité et de l’anorexie, elle a préféré s’interroger sur leur dépistage précoce. Mais attaquer frontalement l’industrie agroalimentaire, la junk-food, la disparition des repas en famille remplacés par des grignotages puisque les familles se mettent de plus en plus rarement à table ensemble à cause des rythmes de travail de plus en plus discordants des uns et des autres pendant la semaine et maintenant, même le dimanche qui n’a plus rien de sacré, cela elle n’en a pas parlé. Trop social, sans doute.

Mais je ne doute pas un seul instant de la bonne foi de Valérie Boyer, mère de deux grandes filles. Valérie Boyer aurait aussi bien pu être députée PS puisque justement, elle est sociétale et non sociale. S’attaquer à l’anorexie uniquement sous l’angle de la prévention, ça ne mange pas de pas de pain, si je puis dire, et l’on retrouve effectivement une des marques de fabriques du sociétalisme : gérer la conséquence et non attaquer la cause, ou si vous préférez, soigner le symptôme et non la maladie.

Valérie Boyer propose maintenant une autre loi visant à interdire les photos retouchées, ou tout au moins à obliger à ce que les retouches soient signalées. Cette loi, si elle est votée, vise explicitement les magazines féminins et leur arme absolue, le logiciel Photoshop qui vous transforme Amy Winehouse au sortir d’une boite de nuit avec de la vodka à la place du sang et les cloisons nasales plâtrées de cocaïne, en une radieuse princesse juive à choucroute hyperbolique prête à chanter son sublime « Rehab ». Donc nous verrions désormais les bourrelets présidentiels quand il fait de l’aviron, les cernes sexy de la noctambule dans le vent et les fesses merveilleusement un peu trop callipyges de Jennifer Lopez qui pourtant, quand elle tourne le dos, me fait soudain croire à l’existence de Dieu.

Pour revenir à cette authenticité, Valérie Boyer avance d’excellents arguments : « Ces photos de femmes sublimées, dans les magazines, la publicité, cette éternelle jeunesse, ces cheveux qui brillent à vous faire mal aux yeux, ne correspondent à aucune réalité. Ces corps parfaits n’existent pas, ils sont trafiqués. C’est une énorme usine à frustration, une pression sociale qui aggrave les symptômes d’anorexie ou d’obésité des adolescentes fragiles », déclare-t-elle dans un entretien donné à Ouest France.

D’excellents arguments mais que l’on nous permettra de trouver irrecevables. Faire le lien entre la photo retouchée d’un mannequin et l’anorexie mimétique qui en découlerait chez une adolescente me semble aussi fallacieux ou en tout cas aussi à côté de la plaque que l’idée que certains jeux vidéos ou certains films ultra-violents seraient la cause des passages à l’acte chez certains jeunes. Ce serait tellement rassurant si c’était vrai. Mais, encore une fois ce n’est pas seulement à cause d’un magazine féminin qu’une jeune fille se laisse mourir de faim et ce n’est pas seulement à cause d’une consommation excessive de film gore que cet élève de seconde va poignarder son condisciple.

Cela nous empêcherait de nous poser le problème des familles éclatées et recomposées, de la perspective d’avoir à vivre dans un monde de pure compétition où seule la performance professionnelle sera valorisée, de connaître la précarité, les difficultés toujours plus grandes à se loger, à travailler ou à mener des études.

Ensuite, cette loi, si elle passe, pose un autre problème. Valérie Boyer a-t-elle conscience, avec cette proposition de loi, d’apporter sa pierre de bonne intention au nouvel enfer idéologique qui se profile sous le double signe du néo-puritanisme et de la transparence. Néo-puritanisme ségolono-chiennes de garde parce qu’il s’agit bien entendu d’en finir, au bout du compte, avec la représentation avilissante du corps de la femme dans la publicité, ou même de l’homme dont les torses impeccables nous donnent envie d’acheter l’eau de toilette qu’ils promeuvent, des fois que. On objectera ici que l’avilissement de la femme, on ferait mieux, au hasard, de le combattre au travers du temps partiel imposé et du travail de nuit dans la grande distribution ou la vente par correspondance. Que faire une pub pour de la lingerie sur les abribus sera toujours moins aliénant que de se lever à cinq heures pour aller prendre sa permanence téléphonique au centre d’appels.

Mais le plus grave n’est pas là. Une loi comme celle-ci participe aussi de cette pulsion de la transparence qui gagne toute notre société. On va doucement mais sûrement dans le Nous autres de Zamiatine.

« Je suis comme je suis » serait donc la devise de la non-retouchée. Au culte de la beauté se substituerait le culte du naturel. Or le naturel est le contraire de la civilisation. On ne s’habille plus pour dîner, on « vient comme on est », on met ses pieds sur la table et on braille dans son téléphone portable à la sonnerie régressive de jingle pour émissions enfantines.

On ne séduit plus, non plus. Pourquoi, si les mannequins ont de petits boutons, quelques bourrelets, un rien de cellulite à l’intérieur des cuisses, ferait-elle un effort, elle, la femme libérée, la femme non retouchée ? À la poubelle la trousse de maquillage et les produits de beautés qui sont des insultes à l’écologie.

Le paradoxe étant que nous arrivons, à la fin, à un corps aussi faux que le corps retouché d’un mannequin. La réalité d’une femme n’est pas plus quand on la surprend au réveil que lorsqu’elle sort harnachée et pomponnée pour la grande guerre charmante de la séduction.

Non, le corps est vrai dans un entre-deux et cet entre-deux est ce que nous avons de plus cher : il s’appelle l’intimité.

L’intimité, qui est une résistance puisque même chez Zamiatine, les habitants des appartements de verre où tout le monde voyait tout le monde, avaient quand même le droit de tirer les rideaux un quart d’heure par jour.

Et de toute façon, retouchée ou non, il ne s’agit que d’images. On rappellera donc pour finir la phrase de Guy Debord sur la question : « Les images existantes ne prouvent que les mensonges existants. » Retouchées ou non.

Nous autres

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Luc Chatel, pire qu’un ministre grec

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On se félicitait de ce ministre de l’éducation, qui ne connaissant rien à l’éducation, n’avait aucune inhibition en face de ce mammouth chevauché par des feignasses surmutualisées et jamais contentes. Il avait ainsi appliqué, à l’école comme ailleurs, cette règle si visiblement bénéfique autour de nous du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Pour tenir le choc, il avait ainsi habilement articulé cette politique avec les marchands de portiques de sécurité et le ministère de l’intérieur, qui a récemment expérimenté le concept de forces spéciales à l’usage des lycées devenus par là-même à peu près aussi agréables à vivre pour les élèves et leurs (rares) professeurs que le triangle sunnite pour un GI. Mais là, patatras, Luc Chatel sombre à nouveau dans la démagogie et aggrave nos déficits. Il vient de décider, en effet, d’augmenter les professeurs débutants, selon les catégories, entre 157 et 259 euros. De tels avantages octroyés à des bacs +5 ne risquent-ils pas en plus de provoquer une véritable hémorragie dans nos vraies élites, les traders par exemple, qui vont déserter leur salle des marchés pour se précipiter sur les concours d’enseignement afin de pouvoir se goberger grâce à des postes de profs d’économie dans l’académie de Créteil. Le cap, des réformes, tu parles… La France a décidément du mal à se libérer de ses tropismes soviétiformes.

« Veilleur, où en est la nuit ? »

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Chrétiens

Les chrétiens d’Orient ont toujours été des gêneurs pour les amateurs de géopolitique simplifiée. Ce serait tellement plus facile un monde où, d’un côté, il y aurait les bons, l’Occident blanc, et de l’autre les méchants : les Arabo-musulmans. Ce schéma, qui a résumé un temps et de manière si tragique une certaine vision à la fois néo-conservatrice et apocalyptique, au sens premier du terme, de la politique extérieure de Bush, s’est toujours heurté à cette réalité gênante : il arrive bien souvent que l’on n’entende le Notre Père dit en arabe, dans les territoires palestiniens, en Israël, en Irak, en Syrie ou en Egypte. Longtemps intégrés tant bien que mal dans ces pays, au point que l’on oublie parfois que le dernier premier ministre de Saddam Hussein, Tarek Aziz, était un chrétien assyrien, les différents conflits au Proche et au Moyen-Orient ont fait fondre leur nombre comme neige de paix au soleil de guerre et l’on ne compte plus, par exemple, que quelques familles chrétiennes à Bethléem, qui fut pourtant autrefois, avec Nazareth, la principale communauté de la région.

[access capability= »lire_inedits »]Mais les chrétiens d’Orient sont loin d’être les seuls à être persécutés et, pour Raphaël Delpard, réalisateur et historien, qui se présente à l’orée de La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde comme un juif de droite athée, les chrétiens seraient finalement, aujourd’hui, la principale communauté religieuse à souffrir de massacres mais aussi de vexations diverses allant de l’interdiction de certains métiers à la pratique des rites considérée comme un délit passible de sanction pénales en passant par le viol collectif rituel. Et tout cela dans un silence médiatique remarquablement assourdissant.

Delpard a lui-même, au cours de nombreux voyages, accompli un tour du monde de cette horreur quotidienne et banalisée. Son livre est un Guide bleu atroce qui nous emmène vers des destinations évidentes, comme l’Iran ou la Corée du Nord, mais d’autres quand même plus surprenantes comme la Biélorussie ou… les Maldives, chères à Cécile Duflot, où les croyants ne peuvent vivre leur foi que dans le secret le plus absolu. La constante, dans tous ces pays : une hypocrisie entre ce que permet la loi ou la Constitution et la réalité quotidienne des faits.

Ce qui fut pour lui le déclencheur d’un tel intérêt, Delpard le raconte très bien et de manière très émouvante : « Ma rencontre avec ces nouveaux martyrs remonte à 2002. Je me trouvais alors à Casablanca, au Maroc, en compagnie de journalistes. À la fin d’une séance de travail, ils m’ont montré une vidéo qui avait été tournée dans une cave en Algérie. Il s’agissait d’un mariage chrétien clandestin. La vision de cet homme et de cette femme contraints de s’unir secrètement, en plein XXIe siècle, provoqua en moi un choc d’une brutalité inouïe. »

En annexe de son livre, Delpard fait le point sur un nombre important de situations individuelles et donne une liste d’associations susceptibles d’aider ces grands oubliés de l’intolérance contemporaine.

« Veilleur, où en est la nuit ? » comme disait Isaïe.

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Obama joue la diaspora contre Israël

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Barack Obama

Cette fois-ci, il est inutile de se voiler la face ou même de relativiser la crise qui s’est tout récemment envenimée entre l’administration de Barack Obama et le gouvernement israélien. À l’humiliation du vice-président Jo Biden, cueilli au plexus par l’annonce de la construction de 1600 logements juifs à Jérusalem-est lors de sa visite en Israël, a répondu la maltraitance calculée de Benyamin Netanyahou à la Maison Blanche, où il avait été convoqué mardi 23 mars par le président américain et ses conseillers.

Ni photographes, ni conférence de presse commune, ni même de communiqué final de la rencontre, il fallait que le monde entier sache que le premier ministre d’Israël était là pour se faire sévèrement remonter les bretelles, sinon plus.

En même temps, le président américain faisait passer un message sans équivoque à l’AIPAC, le puissant lobby pro-israélien de Washington, qui venait d’ovationner Netanyahou et de lui signifier son plein soutien sur la question de Jérusalem, capitale indivisible de l’Etat juif. On peut résumer ce message à un bras d’honneur symbolique, indiquant qu’il n’était plus à l’ordre du jour de suivre les consignes de l’AIPAC en matière de politique proche-orientale des Etats-Unis d’Amérique.

Netanyahou est revenu à Jérusalem nanti d’une liste d’exigences formulées par Obama et ses conseillers sur laquelle il est en train de se concerter avec son cabinet restreint, et auxquelles il devrait donner réponse après les fêtes de Pessah. On peut deviner ce que veut la Maison Blanche : cessation totale des constructions au-delà des frontières de 1967, reprise immédiate des pourparlers avec Mahmoud Abbas englobant les questions qui fâchent : frontières, Jérusalem, droit au retour des réfugiés palestiniens, levée du blocus de Gaza.

Pourquoi ce durcissement ? Barack Obama avait très mal commencé son approche du conflit israélo-arabe en exigeant d’emblée le gel de toute construction dans les implantations juives en Cisjordanie sans pouvoir l’imposer dans les faits.

Il avait donc le choix entre deux attitudes : soit remettre les choses à plat en réfléchissant aux raisons de l’échec des tentatives de ses prédécesseurs de mettre un terme à ce conflit interminable, soit persévérer dans sa ligne consistant à accentuer les pressions sur Israël jusqu’à ce que l’Etat juif vienne à résipiscence et passe sous les fourches caudines de Washington.

Il a apparemment choisi la seconde, en faisant une analyse de la situation essentiellement fondée sur son intérêt en politique intérieure.

Contrairement à ce qui avait été affirmé au moment de son élection, Barack Obama n’est pas un centriste pragmatique du genre de Bill Clinton. C’est un véritable et sincère liberal au sens anglo-saxon du terme qui tient à faire passer les thèses de cette mouvance dans la réalité sociale américaine, quel qu’en soit le prix électoral payé par ses amis démocrates, comme on a pu le voir avec le débat sur l’assurance-maladie. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne craint pas ce lobby juif qu’il exècre. En cela, il n’a pas fondamentalement tort puisque la sociologie électorale américaine révèle un vote juif indécrottablement ancré chez les démocrates, et la sociologie tout court une prise de distance croissante de la jeune génération de juifs américains des Etats-Unis avec Israël.

Même s’il en allait autrement, on ne comprend rien à l’attitude d’Obama en pensant qu’il est obnubilé par sa réélection en 2014. Il veut remplir le maximum des objectifs qu’il s’est fixé au cours de l’actuel mandat pour rendre irréversible le nouveau cours imprimé par lui à la puissance américaine dans le monde, et accessoirement assurer sa place dans l’Histoire. Il s’agit de la réconciliation avec le monde arabo-musulman, de la reprise d’un dialogue stratégique avec la Russie, des accommodements avec la Chine, de la prise de distance avec l’Europe. On murmure, mais ce ne sont là peut-être que supputations et calomnies, que Barack Obama aurait déjà pris son parti d’un Iran pourvu d’armes nucléaires, faute de pouvoir engager l’ensemble du Conseil de sécurité de l’ONU dans des sanctions efficaces contre le régime de Téhéran. On n’aura pas longtemps à attendre pour savoir ce qu’il en est vraiment.

On comprend alors qu’il n’est plus question de tergiverser avec le peuple à la nuque raide qui persiste à vouloir rester ce qu’il est sur une minuscule portion du territoire proche-oriental. S’il ne suit pas à la ligne près le diktat de Washington, ce peuple est menacé du pire : arrêt de l’aide militaire, fin du veto systématique aux résolutions anti-israéliennes de l’ONU et autres punitions propre à faire monter les ovations de la rue arabe et pro-arabe en faveur de l’hôte de la Maison Blanche.

L’isolement diplomatique et moral d’Israël dans le contexte international actuel (rapport Goldstone, Mossad à Dubaï) est te que la politique israélienne d’Obama ne devrait pas susciter, en dehors des communautés juives à travers le monde, de levées de bouclier.

On pourrait alors en conclure que la suite des événements est écrite d’avance : ne pouvant se couper d’un allié stratégique indispensable, Nétanyahou va céder sur tout, au risque de fâcher ses alliés ultranationalistes et ultrareligieux, se débarrasser d’Avigdor Lieberman et faire entrer Tzipi Livni au gouvernement. Cela n’est pas si sûr. Il est un élément qu’Obama ne peut pas maîtriser, le temps, qui comme chacun, sait ne se comporte pas de la même manière en Orient et en Occident. Obama veut aller vite, très vite : que toute l’affaire soit réglée en moins de deux ans. Israël, et là il ne s’agit pas seulement de son gouvernement mais également de sa société, ne ressent aucune hâte à sortir du statu quo actuel. Depuis la fin de la seconde Intifada, la situation sécuritaire du pays a rarement été aussi bonne (mise à part la menace nucléaire iranienne, mais celle-ci est largement indépendante du règlement du contentieux avec les Palestiniens). Les Européens regardent avec envie les taux de croissances de l’économie israélienne qui est déjà en sortie de crise. Les menaces au nord (Hezbollah) et au sud (Hamas) sont observées avec attention, mais les intéressés savent qu’ils seront l’objet de représailles impitoyables s’ils s’avisent de reprendre leur harcèlement sur les populations israéliennes. L’avantage d’une image internationale profondément dégradée, c’est qu’elle permet de se défendre avec les moyens appropriés sans crainte de la réprobation mondiale, qui persistera de toute façon. Alors pourquoi se presser ? Il y aura un après-Obama dans lequel les cartes ont toutes les chances d’être rebattues.

Pour que Netanyahou se retrouve vraiment en difficulté, il faudrait que le troisième larron, Mahmoud Abbas, mette rapidement Israël au pied du mur en venant à la table des négociations avec un plan qui montre vraiment son désir d’avoir au plus vite un Etat, et qui ne soit pas le simple ressassement des exigences exprimées par Yasser Arafat, qui ont bloqué jusque là toute solution dite à deux Etats pour deux peuples. Il faudrait pour cela que monsieur Obama le leur demande poliment.

Quand on est Küng, on est Küng

Hans Küng

Il est frappant que ce prêtre passe auprès de la plupart des médias pour un oracle, une référence, quasiment un Père de l’Eglise. Les mêmes journaleux qui ne comprennent strictement plus rien à l’Eglise catholique (ceci a été nettement démontré par Bernard Lecomte dans son ouvrage Pourquoi le pape a mauvaise presse, DDB, 2009), et qui sont toujours prêt à « mettre sur la sellette » (allusion charmante à un supplice médiéval), nos pasteurs, nos évêques, nos cardinaux, et maintenant notre Saint-Père – les mêmes journaleux donc, dès lors qu’ils ont affaire à ce contestataire autoproclamé, sont immédiatement chapeau bas. Naturellement ils n’ont pas lu ses livres. Moi, j’ai lu le texte dans lequel il préconise (le granthéologien), pour remédier à ces déchirantes histoires de pédophilie, le mariage des prêtres.

Je dis : la conception de la sexualité humaine sur laquelle repose une telle proposition est une honte, est un avilissement, est une dégradation atroce de l’être humain. Vous êtes peut-être un granthéologien, M. Küng, bardé de diplômes et parfait rat de bibliothèque, mais vous n’en êtes pas moins avec toute votre grande culture un perroquet de l’idéologie dominante, un allié objectif des forces les plus puissantes, les plus secrètes et les plus répugnantes qui agissent dans les sociétés modernes pour réduire et anéantir cette miraculeuse merveille qu’est la sexualité.
Je vais traduire de façon grossière, je vais traduire de façon brutale, ce que nous a dit King Küng. Pardon à ceux que cela pourrait choquer. Mais ce n’est pas moi qui suis choquant. C’est lui. Il faut appeler un chat un chat. Ce que nous dit le granthéologien devenu la référence absolue de toute la cathophobie, c’est qu’il n’y a qu’à fournir une femme aux prêtres, afin qu’ils puissent tirer leur coup deux ou trois fois par semaine (ou davantage s’ils le veulent), et que comme ça, ils foutront la paix aux petites filles et aux petits garçons.

Ce que vous préconisez donc pour nos prêtres, Monsieur le Granthéologien, c’est une forme de la stabulation libre. En vous lisant, je me suis subitement rappelé cette scène, qui m’avait tant frappé adolescent, du grand péplum de Kubrick, Spartacus. A un moment, on voit Spartacus (Kirk Douglas) dans sa cellule d’esclave gladiateur. La porte s’ouvre. On fait entrer une femme. Les dresseurs, les lanistae, savent bien que ces hommes ont des envies sexuelles. Alors, on leur fournit des putes. Et Spartacus refuse. Il se met à hurler : Je ne suis pas un animal ! Vous, M. Küng, prêtre et théologien, vous êtes en train de dire à nos prêtres qu’ils sont des animaux comme les autres !

Remarquez bien, vous ne faites en cela qu’étendre au sacerdoce le mot d’ordre unique et mortifère qui est aujourd’hui proposé à tous : l’abjecte réduction de la sexualité à un besoin consommatoire que l’on peut satisfaire à peu de frais. Longtemps, il est vrai, la société chrétienne a gendarmé la sexualité ; elle lui a imposé des cadres, des limites, parfois tout à fait abusives ou absurdes, je le reconnais volontiers. La société libérale et marchande a trouvé mieux : l’autoriser. Allez ! Voilà la pilule ! Voilà la capote ! Voilà le sextoy ! Voilà les films (des fois que vous manqueriez d’inspiration !) Allez ! Baisez donc ! Une fois les couilles bien vidées et la fente bien bourrée, vous en serez débarrassés, de la sexualité !

Oui, je suis mal poli. Mais je ne fais que dénuder ce que vous nous dites, M. Küng. Désolé. Mais vous, vous n’êtes pas mal poli, vous êtes infâme. Vous avez injurié nos pasteurs et vous nous injuriez. La sexualité humaine n’est pas ce que vous croyez. Je vous trouve bien mal renseigné ! C’est un étonnement ; c’est un mystère ; c’est un jardin secret ; c’est une merveille. C’est le plus beau don de Dieu à notre condition humaine.

Alors, des prêtres ont fauté. Gravement. Et moi, chrétien, j’en pleure. Il est indispensable, quand il est prouvé que cela a eu lieu, qu’ils en rendent compte à la justice humaine. Il reste, M. Küng, granthéologien, que votre dégoûtante proposition est une basse insulte à la dignité humaine.

Belgique, toujours grande et belle

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Plutôt que de nous encombrer avec des DVD de films en noir et blanc, des CD de musique classique, ou encore des textes soi-disant fondateurs préfacés par des académiciens, la presse de fin de semaine qui veut doper ses ventes ferait mieux de suivre l’exemple belge. En effet, l’hebdomadaire TV Moustique, un genre de Télérama en plus drôle (ce n’est pas difficile, vous me direz) a décidé d’offrir un pack de six Jupiler Tauro à chaque acheteur. C’est tout de même moins hypocrite, au bout du compte: le gars qui boit une ou deux bonnes bières en feuilletant son hebdo télé correspond, soyons honnête, davantage à la réalité que le lecteur du Monde ou du Figaro, qui range Proudhon dans sa bibliothèque en écoutant Brahms. Patron, remettez-moi un TV Moustique !

Délivrez-nous des livres !

Jules Verne

D’après un sondage Figaro/Opinionway, publié à l’occasion de la trentième édition du Salon du Livre, 22% des Français se disent prêts à lire un roman ou un essai sur un écran. On en déduira donc que 22% des Français sont décidément passés de l’autre côté. On pourrait être désagréable et dire que s’ils sont prêts à adopter ce support, c’est qu’ils ne savent pas lire. Et cela explique leur soumission à n’importe quelle clownerie technologique destinée à les faire entrer dans le monde futur qui ressemblera, si l’on s’en fie aux signes de ces temps-ci, à un Disneyland orwellien avec Mickey dans le rôle de Big Brother et Pluto dans le rôle de O’Brien qui vous emmènera tranquillement dans la Pièce 101 rebaptisée Grotte Enchantée.

Ils vont lire quoi sur leur livre électronique, sérieusement, ces mutants ? La Recherche du Temps Perdu ? Swann n’aura pas échangé son premier baiser avec Odette et le narrateur ne se sera pas encore masturbé dans le cabinet aux iris qu’ils auront des yeux de lapin russe, nos nouveaux lecteurs électroniques.

Non, bien entendu, et ces 22% de gens qui se disent prêts à lire sur e-book doivent se dire que de toute façon plus personne ne lit Proust. Ils doivent croire que lire, sans doute, c’est lire des confessions de star, des mémoires de footballeurs, et pour devenir intelligent les 200.000 signes annuels de Minc ou de Duhamel. Peut-être que c’est possible de lire 200.000 signes de Minc ou Duhamel, je ne sais pas, je ne les lis pas. Ils ont sans doute une pensée aisément numérisable, une écriture à l’image du langage informatique : binaire. Mais je doute sincèrement que la Princesse de Guermantes, Saint Loup, Charlus se laissent facilement numériser. Ce n’est pas leur genre. Pas du tout.

Oui, ils sont désormais 22% , de l’autre côté de tout ce qui fondait la lecture . Prêts à perdre ce qu’ils n’ont peut-être jamais connu. C’est-à-dire un rapport sensuel au livre feuilleté, à sa reliure, à son odeur, à sa façon de plus ou moins mal vieillir, à ses couvertures illustrées qui dataient aussi les époques de notre vie. C’est-à-dire la joie de la chasse subtile qui consistait à trouver, dans une caisse de polars sur un marché de village, une édition originale du Traité du Style d’Aragon miraculeusement échouée là, pour le prix d’un SAS d’occasion. Un retour sur soi dans le calme d’un fauteuil Voltaire, la lecture étant souvent la prière de l’athée, ou sur une plage isolée. Comment feront-ils, d’ailleurs, quand la batterie de leur e-book sera vidée, ces déjà-morts pour continuer, alors que le soir tombe, à lire pour l’amoureuse au dos bronzé, à la peau au goût de sel, les poèmes de Toulet ou l’Odyssée versifiée par Philippe Jaccottet ?

Notre société bougiste et néophile ne nous présentera évidemment que les avantages de cette mutation. Il faudra la trouver aimable, si l’on tient à survivre, et le faire savoir. On nous dira : vous pourrez stocker tellement de livres, vous verrez. Comme si une bonne bibliothèque se quantifiait. On nous dira : vous pourrez revenir en arrière et prendre des notes avec un stylet adapté. On vous remercie mais on a comme l’impression que c’était déjà possible avec nos livres lus et relus au point que le texte est devenu le palimpseste de nos notes. D’ailleurs, c’est une spécialité néophile, de vous présenter comme un progrès ce qui a toujours existé en le ripolinant avec deux composants électroniques (GPS versus Carte Michelin, par exemple). Et puis, argument moral donc imparable, grâce aux e-livres, les pays du tiers-monde vont enfin avoir accès à la culture. Bien sûr, mais il faudrait qu’ils aient déjà l’électricité, les pays du tiers-monde. Et quand cette jolie saloperie sera usée, ils en feront quoi, des déchets, les pays du tiers-monde ? Du compost avec du vrai mercure dedans ? Pourquoi ai-je soudain l’intuition que parmi les 22% de lecteurs potentiels de livre électroniques, il y a beaucoup d’écolo tiers-mondistes, ces missionnaires catastrophiques des fausses émancipations et vrais pollueurs par bonté d’âme ?

La réalité ne dépasse pas la fiction. Elle est pire. Nous avons longtemps pensé que nos bibliothèques, quand tout serait perdu, seraient notre refuge, notre consolation. Eh bien non, le pré-fascisme des technolâtres va venir nous traquer jusque là.

Quand Bradbury imaginait le pire, on voyait des pompiers habillés en noirs. Ils entassaient nos livres, les aspergeaient d’essence et y mettaient le feu. Mais il y avait encore une certaine grandeur atroce dans ce cérémonial nihiliste.

Là, ce sera atrocement banal. Ils auront le sourire d’assassin des commerciaux. Ils auront des costumes gris et ils nous proposeront « des solutions adaptées pour changer de support. »

Il n’est pas impossible, alors, comme dernier geste de vrai lecteur, c’est-à-dire d’homme libre, qu’on leur balance en pleine tronche, deux ou trois pavés. Les chefs d’œuvre de la littérature mondiale (et non pas mondialisée) offrent un large choix.

Villepin revient et il n’est pas content

Dominique de Villepin
Dominique de Villepin revient.

On pourra dire, on y était. Nous aussi on a entendu mugir dans nos campagnes jeudi matin la foule appelant au secours de ce vieux pays. Dominique de Villepin, l’ami tu te souviens ? L’ennemi qu’il fallait abattre par Clearstream, l’ancien Premier ministre, le secrétaire général honni de l’Elysée, auteur de la dissolution de 1997 ? Lui même, et un autre. Depuis hier le troisième homme celui que la droite, mais au-delà la France, la Nation, au-dessus des partis attendait pour refaire de cet endroit un endroit où il fait bon vivre.

Au cas où vous seriez resté dans un terrier, une grotte ou un endroit civilisé, c’est à dire loin des journaux gratuits ou écrits par des écrivaillons en mal de découverte de la vie, il se trouve qu’hier, DDV, présentait son analyse de la défaite de l’UMP aux régionales, de la crise et annonçait la création de son parti pour le – tiens-toi bien – le 19 juin prochain. Le gaulliste a compris un truc : pour avoir une chance à deux ans de l’échéance (majuscule obligatoire) il faut endosser le cheval de bataille républicain-bonnet phrygien. Evidemment, sur certains points, nous n’avons pas de doute sur la conviction du DDV : l’Afghanistan, le commandement intégré de l’OTAN, la voix de la France dans le monde et tous ces trucs, il n’a sans doute pas de preuve à donner de son attachement à sa version gaullienne de la France. Pour le reste, mystère : l’économie, le libéralisme, la sécu, la sécurité, les salaires, le mieux-vivre-ensemble, il en pense quoi exactement ?

Hier, il l’a dit : il pense qu’il ne faut plus martyriser la France, qu’on ne doit plus confondre réduction des déficits et accroissement des inégalités, que seul l’Etat peut assurer la protection des plus faibles, et que c’est là le seul bouclier dont notre pays ait besoin aujourd’hui. Le tout pouvant se résumer dans la formule magique du jour : « Il faut revenir au fondement de la France, de la nation, de l’Etat. Notre mot d’ordre, c’est une république solidaire. » France, nation, Etat, République, tout est dit voire redit quatre fois pour les mal-comprenants. Au passage, on notera que l’Europe est absente de cette tétralogie fondatrice, et on se dira qu’il ne s’agit vraisemblablement pas d’une faute d’étourderie. On irait même jusqu’à se demander, si on ne les savait retenus ailleurs, si Guaino ou Gallo n’ont pas tenu la plume de Dominique. Bref, on a aimé, beaucoup aimé, et d’autant plus aimé, que l’irruption du Villepin nouveau était assortie d’une descente en flamme du Villepin d’antan, celui du CPE et de l’autisme social. L’autocritique  politique, le droit d’auto-inventaire au scalpel sont des exercices trop inédits en France pour être sans valeur…

En conséquence de quoi, on a presque envie d’y croire, et on n’est pas seuls. Y’a un public pour le retour du Général, et pas seulement chez les lecteurs de l’excellent Benoît Duteurtre. Et un public en déshérence, vu que Chevènement est aux oubliettes de Solférino et que Dupont-Aignan est déjà mort faute d’avoir jamais su exister.

De quoi séduire 5, 10, 15 % des électeurs. Who knows ? Mais, en tout cas, bien assez pour que Sarkozy ait de quoi être très inquiet… Et sans doute Marine Le Pen aussi.

Le bonheur, une idée neuve à Rennes ?

Si l’on sait, depuis la chanson de Barbara, que Nantes est une ville morose où, essentiellement, il pleut, Rennes réserve bien des surprises égayantes. La préfecture d’Ile-et-Vilaine a lancé, sur son site Internet, une vaste consultation citoyenne sur un thème qui n’a laissé indifférente aucune midinette bretonne à coiffe tradi : « Qu’est-ce que le bonheur ? » et cela dans le contexte d’un « forum » que Libé organise ce week-end. L’AFP, les yeux embués d’une dégoulinante mièvrerie, se plait à relayer les définitions du bonheur, tantôt sentencieuses tantôt triviales, sélectionnées par on-ne-sait-trop-qui et affichées dans les rues de Rennes… Le bonheur c’est footbalistiquement « la galette saucisse du Stade rennais », c’est religieusement « être en paix avec soi et les autres », c’est inévitablement « l’ici et le maintenant » ou encore c’est festivement « le Love+friends+chocolate+sex+rock’n’roll »… Yeah ! La mairie se félicite en ces termes de cet inquiétant record de participation : « On espérait entre 300 et 400 contributions mais nous en sommes à plus de 3.000 ! » Ces aimables Rennais, n’ayant certainement guère d’autres chats à fouetter en attendant fébrilement les cycliques « Transmusicales », se repaissent donc de bonheur et offrent l’instantané d’une société sans négativité, peuplée d’individus estimant connaître la recette de l' »homme heureux ». On sait que le sémillant Saint-Just, représentant du Comité de salut public utilisa cette fameuse formule « Le bonheur est une idée neuve en Europe » pour conclure et appuyer sa démonstration selon laquelle il fallait lutter sans répit contre les « ennemis » de la Révolution française. Et si, à Rennes, on commençait par afficher ainsi son bonheur, telle une quelconque « pride » passagère, et que l’on finissait par couper la tête de ceux qui n’ont pas d’idée de ce qu’est cet idéal incertain qui aide à vivre, mais pas à penser ? Et si le bonheur, c’était d’aller plutôt à Nantes ?

Paradis 2.0

Jérôme Bosch, Le jardin des délices.
Jérôme Bosch, Le jardin des délices. Panneau central (1503).

Internet l’inquiétante extase, écrivait il y a déjà près d’une décennie Alain Finkielkraut. De façon relativement prévisible, cela lui valut les quolibets que l’on réserve aux oiseaux de mauvais augures. Le philosophe, en médisant du jardin d’Eden numérique que l’on promettait à l’humanité enfin réconciliée, s’était assuré, notamment à cette occasion, une solide réputation de vieux réac sur lequel on peut cracher à loisir. Réputation qui ne s’est pas démentie depuis, c’est le moins qu’on puisse dire.

Neuf ans plus tard, quelle tête a le paradis virtuel dans lequel chaque internaute s’égaie à loisirs, grâce aux hautes vertus du haut débit généralisé ?

Pour répondre à cette question trop générale, il me faut, si je veux resserrer mon propos, me plonger dans les profondeurs célestes, excusez l’oxymore, même s’il est parfaitement justifié, du « réseau social » Facebook, qui est aujourd’hui le site le plus populaire au monde, juste devant Google. Pour faire face à l’ampleur de la tâche, j’ai besoin en effet d’un angle d’attaque. Et quelle meilleure approche pour comprendre le Paradis 2.0 que de s’intéresser à ce qu’il dit des concepteurs du Paradis 1.0, je veux parler de l’obsolète Eglise Catholique? Quels liens unissent les inventeurs du paradis historique et les habitants de l’actuel Paradis virtuel (encore un oxymore, je sais, mais c’est l’époque qui est comme ça, oxymorique)? Les habitants du néo-paradis montreront–t-ils une forme de reconnaissance pour cette vieille institution? Sauront-t-ils manifester une gratitude que l’on n’ose qualifier de chrétienne à l’égard de celle qui leurs a, bien malgré elle je vous l’accorde, montré la voie vers le Jardin des délices numériques?

Je ne suis en mesure de donner les réponses tout de suite qu’aux deux premières questions : dans l’ordre, aucune, abominables. Quant à la réponse aux deux autres, je renvoie ceux qui sont pressés de retourner socialiser sur Facebook à la fin de l’article.

Aucune, dis-je, car cette réponse est la meilleure justification de cet article, et du temps que je passe à l’écrire plutôt que d’agir dans le monde pour gagner ma place au sein du Paradis 1.0, auquel j’ai la faiblesse de croire encore, surtout les jours d’euphorie, c’est-à-dire pas aujourd’hui, malgré le printemps qui vient, et à cause justement de la présente plongée céleste et en apnée dans celui qui prétend lui succéder.

Abominables, en voici la preuve. En tapant « curé » sur le moteur de recherche de la page d’accueil de Facebook, le site me propose spontanément (en première position) de rejoindre un groupe intitulé « violer des curés pour venger des enfants », qui compte 572 fans. Sur le « mur » des expectorations du groupe[1. Par charité chrétienne, nous ne publions que les initiales des patronymes (NDLR).] en question, on peut lire sous la plume d’un certain Jon C.[2. Les citations reproduites ici étaient le 21 mars 2010 librement accessibles sur Facebook. (PS/ Non ! Je n’ai pas pu m’empêcher de corriger quelques fautes avant de comprendre que c’était désespéré – EL). ] (qui par ailleurs, tout en haut de son site My Space, proclame fièrement « I want to believe ») : « J’ai vu un curée se balader avec des hosties dans l’anus dernièrement. C’est normal ? »[3. Dans l’ensemble des interventions reproduites ici l’orthographe et la syntaxe d’origine, ou plutôt leurs absences, ont été scrupuleusement respectées. Au Paradis 2.0, les vieilles règles fascistes sont bien sûr toutes abolies.]. À quoi l’administrateur du groupe donne cette réponse pleine d’élégance elle aussi: « C’est normal il faut bien que les enfants de cœur prennent la commufion…Euh pardon communion ».

Si je décide de passer au niveau supérieur et de taper « évêque » au même endroit, c’est alors un autre groupe qui m’est proposé, intitulé plus sobrement : « Courir nu dans l’église en poursuivant l’évêque », avec la photo d’un évêque bien réel, Mgr Giraud, récemment nommé à Soissons. Quelques-uns des 20 012 fans de ce groupe à succès proposent en particulier, en réponse à la question « qu’est-ce qu’on fait quand on l’a attrapé ? » de crucifier l’évêque. On trouvera facilement d’autres exemples de réponses, d’une nature tellement ignoble que je n’ose les reproduire ici, sur les blogs cathos-tradi, qui sont les seuls à s’en émouvoir.

Si l’on s’intéresse au Saint-Siège sur Facebook, on arrive vite sur nombre de groupes qui se proposent, tels de néo-lansquenets, d’envahir le Vatican. Choisissons au hasard le groupe intitulé « 15 000 personnes dans ce groupe et on fait une grosse orgie au Vatican » (1207 fans).

Au sein de ce groupe de fans de l’orgie vaticane, Quentin B., lui aussi choisi au hasard, est un sympathique jeune homme qui dispose de 82 amis. Il nous fait part avec un remarquable sens de la transparence de ses désirs les plus débridés. « Je rêve que le pape se fasse cramer par des chrétiens fous ! », déclare-t-il sous les vivats. Jérémy A., quant à lui, en tant que diplômé de l’université « Julles Ferry 98 (?) », manifeste dans ses phantasmes une conscience politique beaucoup plus fine que la plupart de ses camarades : « C’est clair une grosse teuf, mais surtout pillier ses enculer de leurs richesses qui ont volés impunément aux colonies!! Tout cet or et ses diamants méritent de revenir aux peuples spolier!! ».

Si l’on tape maintenant « Boutin », afin de s’intéresser à la seule personnalité qui ose proposer de faire quelque chose de sa foi dans l’espace public en France, on n’est pas déçu non plus. Un groupe (parmi d’autres) qui s’en prend à Christine Boutin est un peu platement intitulé « Anti Christine Boutin ». Mais quelques-uns des 1250 membres du groupe se rattrapent en faisant preuve d’une imagination digne de Jérôme Bosch dans les sévices qu’ils promettent à Mme Boutin.

Donnons quelques exemples. L’un d’entre eux recourt assez classiquement à l’imaginaire anticlérical : « Que cette chienne soit sacrifiée sur l’autel de la grande luxure. Au bucher la pétasse intégriste! ». Tel autre ne craint pas de paraître contradictoire en stigmatisant un hypothétique dévergondage de Mme Boutin, tout en paraissant l’inviter à la licence : « crève salope ou occupe toi de ton gros cul ! ». Un autre encore, qui au Paradis 2. 0 est bien placé pour entendre des voix, propose : « boutons la Boutin hors de france!!! ».

Gérald D., pour sa part, 451 amis, membre des pages « Jean-Jacques Goldman » et « JE T’AIME MAMAN », critique vertement Mme Boutin tout en défendant son droit à être elle-même en écrivant : « dégage boutin tu nous emmerdent !!!!!! ils faut que tu comprenne enfin si tu y arrive que l’on ne choisi pas d’être homosexuel !!!!! mais on ne choisi pas non plus d’être une grosse merde comme toi !!!! tu me dégoute a un tel point tu es une HAINE pour la FRANCE !! (..) c’est pas avec des cons comme ca que l’on évolue. (…) comme vanneste ces gens la ,n’ont pas de cerveau. il faut virer tout ces vieux qui nous gouvernent et mettre des jeunes qui nous comprennent. »

Antoine R. un jeune homme qui aime « les bisous dans le cou », fait preuve d’une modération de bon aloi en affirmant que « la muselière ne devrait pas être réservée qu’aux chiens ! », avant de trouver enfin un sens à l’existence de Mme Boutin : « En la voyant je ne regrette pas d’être gay ! ».

Yoan B., membre par ailleurs du groupe « contre les connards qui nous insultes de Sales français » sait d’où vient le mal : « cette femme a été vraiment fini à la pisse ! ».

Vanessa L., une charmante jeune femme qui aime les câlins et les massages, fait quant à elle dans la concision : « mais qu’on la pende ».

Quant à Grégoire V., un jeune homme aux traits fins et au sourire malicieux, « Etudiant(e) de cycle supérieur à Université de Nantes », il vend la mèche : « j’ai des frissons rien qu’en pensant à elle ».

Ces quelques interventions ont été choisies parmi des milliers d’interventions semblables sur des dizaines de groupes « anticatholiques », tous plus orduriers les uns que les autres. Cette obsession, que je n’appellerai jamais cathophobe, serait-elle le signe qu’après tout, et comme le suggère la phrase à double entente de notre « étudiant(e) de cycle supérieur à Université de Nantes », les catholiques d’aujourd’hui, jusque dans le sadisme ludique qu’ils suscitent au Paradis 2.0, font l’objet d’une forme étrange de reconnaissance par l’extatique monde moderne?

Mais de quelle nature exactement est cette reconnaissance ?

Je laisse à des esprits plus affutés et moins dégoutés que le mien le soin de répondre à cette question. Moi, pour ma part, je vais enfin pouvoir, en cette belle journée de printemps, éteindre mon ordinateur et, comme chaque jour que Dieu daigne malgré tout encore faire, tenter de gagner ma place au bon vieux paradis de papa.

Touche pas à ma photo retouchée !

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Diego velazquez, Vénus à son Miroir
Diego velazquez, Vénus à son Miroir (1649-51)
Diego velazquez, Vénus à son Miroir
Diego velazquez, Vénus à son Miroir, 1649-51

Quand on est député UMP, ces temps-ci, il faut bien trouver un moyen de s’occuper. C’est l’inconvénient: appartenir au parti présidentiel surtout avec un président de la République qui veut toujours en être le chef fait assez vite de vous un « godillot » selon l’expression imagée utilisée dès les majorités absolues de députés UNR puis UDR sous le grand Charles puis sous Georges Pompidou.

Il serait néanmoins inélégant de dire de Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône qu’elle est un godillot, voire dans un souci de féminisation, une godillote. Le néologisme est amusant mais ne correspond pas, essentiellement pour des raisons esthétiques, à Valérie Boyer, la belle quarantaine brune et chic, qui outre son mandat national est aussi conseillère municipale de Marseille et secrétaire national de l’UMP aux questions de santé. Non, Valérie Boyer n’a pas le genre godillot mais plutôt escarpin, voire talon aiguilles, ceux qui font les jambes longues, les fesses fermes et la cambrure intéressante.

Députée escarpin donc, Valérie Boyer s’était fait un peu connaître en 2008, ce qui est toujours difficile dans une UMP pléthorique et masculine (la parité, c’est pour les candidats, pas les élus, faut pas rêver) à l’Assemblée nationale par des propositions de loi sur l’anorexie et l’obésité, ces deux faces d’un même grand corps malade et malheureux que les adolescents de nos temps si tranquillement inhumains promènent sous nos yeux comme des remords vivants.

Il y a donc, chez Valérie Boyer, le louable souci de faire de son activité politique une activité sociétale. Par exemple, sur le sujet que nous venons d’évoquer, plutôt que de s’attaquer au pourquoi du comment d’une telle recrudescence de l’obésité et de l’anorexie, elle a préféré s’interroger sur leur dépistage précoce. Mais attaquer frontalement l’industrie agroalimentaire, la junk-food, la disparition des repas en famille remplacés par des grignotages puisque les familles se mettent de plus en plus rarement à table ensemble à cause des rythmes de travail de plus en plus discordants des uns et des autres pendant la semaine et maintenant, même le dimanche qui n’a plus rien de sacré, cela elle n’en a pas parlé. Trop social, sans doute.

Mais je ne doute pas un seul instant de la bonne foi de Valérie Boyer, mère de deux grandes filles. Valérie Boyer aurait aussi bien pu être députée PS puisque justement, elle est sociétale et non sociale. S’attaquer à l’anorexie uniquement sous l’angle de la prévention, ça ne mange pas de pas de pain, si je puis dire, et l’on retrouve effectivement une des marques de fabriques du sociétalisme : gérer la conséquence et non attaquer la cause, ou si vous préférez, soigner le symptôme et non la maladie.

Valérie Boyer propose maintenant une autre loi visant à interdire les photos retouchées, ou tout au moins à obliger à ce que les retouches soient signalées. Cette loi, si elle est votée, vise explicitement les magazines féminins et leur arme absolue, le logiciel Photoshop qui vous transforme Amy Winehouse au sortir d’une boite de nuit avec de la vodka à la place du sang et les cloisons nasales plâtrées de cocaïne, en une radieuse princesse juive à choucroute hyperbolique prête à chanter son sublime « Rehab ». Donc nous verrions désormais les bourrelets présidentiels quand il fait de l’aviron, les cernes sexy de la noctambule dans le vent et les fesses merveilleusement un peu trop callipyges de Jennifer Lopez qui pourtant, quand elle tourne le dos, me fait soudain croire à l’existence de Dieu.

Pour revenir à cette authenticité, Valérie Boyer avance d’excellents arguments : « Ces photos de femmes sublimées, dans les magazines, la publicité, cette éternelle jeunesse, ces cheveux qui brillent à vous faire mal aux yeux, ne correspondent à aucune réalité. Ces corps parfaits n’existent pas, ils sont trafiqués. C’est une énorme usine à frustration, une pression sociale qui aggrave les symptômes d’anorexie ou d’obésité des adolescentes fragiles », déclare-t-elle dans un entretien donné à Ouest France.

D’excellents arguments mais que l’on nous permettra de trouver irrecevables. Faire le lien entre la photo retouchée d’un mannequin et l’anorexie mimétique qui en découlerait chez une adolescente me semble aussi fallacieux ou en tout cas aussi à côté de la plaque que l’idée que certains jeux vidéos ou certains films ultra-violents seraient la cause des passages à l’acte chez certains jeunes. Ce serait tellement rassurant si c’était vrai. Mais, encore une fois ce n’est pas seulement à cause d’un magazine féminin qu’une jeune fille se laisse mourir de faim et ce n’est pas seulement à cause d’une consommation excessive de film gore que cet élève de seconde va poignarder son condisciple.

Cela nous empêcherait de nous poser le problème des familles éclatées et recomposées, de la perspective d’avoir à vivre dans un monde de pure compétition où seule la performance professionnelle sera valorisée, de connaître la précarité, les difficultés toujours plus grandes à se loger, à travailler ou à mener des études.

Ensuite, cette loi, si elle passe, pose un autre problème. Valérie Boyer a-t-elle conscience, avec cette proposition de loi, d’apporter sa pierre de bonne intention au nouvel enfer idéologique qui se profile sous le double signe du néo-puritanisme et de la transparence. Néo-puritanisme ségolono-chiennes de garde parce qu’il s’agit bien entendu d’en finir, au bout du compte, avec la représentation avilissante du corps de la femme dans la publicité, ou même de l’homme dont les torses impeccables nous donnent envie d’acheter l’eau de toilette qu’ils promeuvent, des fois que. On objectera ici que l’avilissement de la femme, on ferait mieux, au hasard, de le combattre au travers du temps partiel imposé et du travail de nuit dans la grande distribution ou la vente par correspondance. Que faire une pub pour de la lingerie sur les abribus sera toujours moins aliénant que de se lever à cinq heures pour aller prendre sa permanence téléphonique au centre d’appels.

Mais le plus grave n’est pas là. Une loi comme celle-ci participe aussi de cette pulsion de la transparence qui gagne toute notre société. On va doucement mais sûrement dans le Nous autres de Zamiatine.

« Je suis comme je suis » serait donc la devise de la non-retouchée. Au culte de la beauté se substituerait le culte du naturel. Or le naturel est le contraire de la civilisation. On ne s’habille plus pour dîner, on « vient comme on est », on met ses pieds sur la table et on braille dans son téléphone portable à la sonnerie régressive de jingle pour émissions enfantines.

On ne séduit plus, non plus. Pourquoi, si les mannequins ont de petits boutons, quelques bourrelets, un rien de cellulite à l’intérieur des cuisses, ferait-elle un effort, elle, la femme libérée, la femme non retouchée ? À la poubelle la trousse de maquillage et les produits de beautés qui sont des insultes à l’écologie.

Le paradoxe étant que nous arrivons, à la fin, à un corps aussi faux que le corps retouché d’un mannequin. La réalité d’une femme n’est pas plus quand on la surprend au réveil que lorsqu’elle sort harnachée et pomponnée pour la grande guerre charmante de la séduction.

Non, le corps est vrai dans un entre-deux et cet entre-deux est ce que nous avons de plus cher : il s’appelle l’intimité.

L’intimité, qui est une résistance puisque même chez Zamiatine, les habitants des appartements de verre où tout le monde voyait tout le monde, avaient quand même le droit de tirer les rideaux un quart d’heure par jour.

Et de toute façon, retouchée ou non, il ne s’agit que d’images. On rappellera donc pour finir la phrase de Guy Debord sur la question : « Les images existantes ne prouvent que les mensonges existants. » Retouchées ou non.

Nous autres

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Luc Chatel, pire qu’un ministre grec

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On se félicitait de ce ministre de l’éducation, qui ne connaissant rien à l’éducation, n’avait aucune inhibition en face de ce mammouth chevauché par des feignasses surmutualisées et jamais contentes. Il avait ainsi appliqué, à l’école comme ailleurs, cette règle si visiblement bénéfique autour de nous du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Pour tenir le choc, il avait ainsi habilement articulé cette politique avec les marchands de portiques de sécurité et le ministère de l’intérieur, qui a récemment expérimenté le concept de forces spéciales à l’usage des lycées devenus par là-même à peu près aussi agréables à vivre pour les élèves et leurs (rares) professeurs que le triangle sunnite pour un GI. Mais là, patatras, Luc Chatel sombre à nouveau dans la démagogie et aggrave nos déficits. Il vient de décider, en effet, d’augmenter les professeurs débutants, selon les catégories, entre 157 et 259 euros. De tels avantages octroyés à des bacs +5 ne risquent-ils pas en plus de provoquer une véritable hémorragie dans nos vraies élites, les traders par exemple, qui vont déserter leur salle des marchés pour se précipiter sur les concours d’enseignement afin de pouvoir se goberger grâce à des postes de profs d’économie dans l’académie de Créteil. Le cap, des réformes, tu parles… La France a décidément du mal à se libérer de ses tropismes soviétiformes.

« Veilleur, où en est la nuit ? »

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Chrétiens

Chrétiens

Les chrétiens d’Orient ont toujours été des gêneurs pour les amateurs de géopolitique simplifiée. Ce serait tellement plus facile un monde où, d’un côté, il y aurait les bons, l’Occident blanc, et de l’autre les méchants : les Arabo-musulmans. Ce schéma, qui a résumé un temps et de manière si tragique une certaine vision à la fois néo-conservatrice et apocalyptique, au sens premier du terme, de la politique extérieure de Bush, s’est toujours heurté à cette réalité gênante : il arrive bien souvent que l’on n’entende le Notre Père dit en arabe, dans les territoires palestiniens, en Israël, en Irak, en Syrie ou en Egypte. Longtemps intégrés tant bien que mal dans ces pays, au point que l’on oublie parfois que le dernier premier ministre de Saddam Hussein, Tarek Aziz, était un chrétien assyrien, les différents conflits au Proche et au Moyen-Orient ont fait fondre leur nombre comme neige de paix au soleil de guerre et l’on ne compte plus, par exemple, que quelques familles chrétiennes à Bethléem, qui fut pourtant autrefois, avec Nazareth, la principale communauté de la région.

[access capability= »lire_inedits »]Mais les chrétiens d’Orient sont loin d’être les seuls à être persécutés et, pour Raphaël Delpard, réalisateur et historien, qui se présente à l’orée de La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde comme un juif de droite athée, les chrétiens seraient finalement, aujourd’hui, la principale communauté religieuse à souffrir de massacres mais aussi de vexations diverses allant de l’interdiction de certains métiers à la pratique des rites considérée comme un délit passible de sanction pénales en passant par le viol collectif rituel. Et tout cela dans un silence médiatique remarquablement assourdissant.

Delpard a lui-même, au cours de nombreux voyages, accompli un tour du monde de cette horreur quotidienne et banalisée. Son livre est un Guide bleu atroce qui nous emmène vers des destinations évidentes, comme l’Iran ou la Corée du Nord, mais d’autres quand même plus surprenantes comme la Biélorussie ou… les Maldives, chères à Cécile Duflot, où les croyants ne peuvent vivre leur foi que dans le secret le plus absolu. La constante, dans tous ces pays : une hypocrisie entre ce que permet la loi ou la Constitution et la réalité quotidienne des faits.

Ce qui fut pour lui le déclencheur d’un tel intérêt, Delpard le raconte très bien et de manière très émouvante : « Ma rencontre avec ces nouveaux martyrs remonte à 2002. Je me trouvais alors à Casablanca, au Maroc, en compagnie de journalistes. À la fin d’une séance de travail, ils m’ont montré une vidéo qui avait été tournée dans une cave en Algérie. Il s’agissait d’un mariage chrétien clandestin. La vision de cet homme et de cette femme contraints de s’unir secrètement, en plein XXIe siècle, provoqua en moi un choc d’une brutalité inouïe. »

En annexe de son livre, Delpard fait le point sur un nombre important de situations individuelles et donne une liste d’associations susceptibles d’aider ces grands oubliés de l’intolérance contemporaine.

« Veilleur, où en est la nuit ? » comme disait Isaïe.

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Obama joue la diaspora contre Israël

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Barack Obama

Barack Obama

Cette fois-ci, il est inutile de se voiler la face ou même de relativiser la crise qui s’est tout récemment envenimée entre l’administration de Barack Obama et le gouvernement israélien. À l’humiliation du vice-président Jo Biden, cueilli au plexus par l’annonce de la construction de 1600 logements juifs à Jérusalem-est lors de sa visite en Israël, a répondu la maltraitance calculée de Benyamin Netanyahou à la Maison Blanche, où il avait été convoqué mardi 23 mars par le président américain et ses conseillers.

Ni photographes, ni conférence de presse commune, ni même de communiqué final de la rencontre, il fallait que le monde entier sache que le premier ministre d’Israël était là pour se faire sévèrement remonter les bretelles, sinon plus.

En même temps, le président américain faisait passer un message sans équivoque à l’AIPAC, le puissant lobby pro-israélien de Washington, qui venait d’ovationner Netanyahou et de lui signifier son plein soutien sur la question de Jérusalem, capitale indivisible de l’Etat juif. On peut résumer ce message à un bras d’honneur symbolique, indiquant qu’il n’était plus à l’ordre du jour de suivre les consignes de l’AIPAC en matière de politique proche-orientale des Etats-Unis d’Amérique.

Netanyahou est revenu à Jérusalem nanti d’une liste d’exigences formulées par Obama et ses conseillers sur laquelle il est en train de se concerter avec son cabinet restreint, et auxquelles il devrait donner réponse après les fêtes de Pessah. On peut deviner ce que veut la Maison Blanche : cessation totale des constructions au-delà des frontières de 1967, reprise immédiate des pourparlers avec Mahmoud Abbas englobant les questions qui fâchent : frontières, Jérusalem, droit au retour des réfugiés palestiniens, levée du blocus de Gaza.

Pourquoi ce durcissement ? Barack Obama avait très mal commencé son approche du conflit israélo-arabe en exigeant d’emblée le gel de toute construction dans les implantations juives en Cisjordanie sans pouvoir l’imposer dans les faits.

Il avait donc le choix entre deux attitudes : soit remettre les choses à plat en réfléchissant aux raisons de l’échec des tentatives de ses prédécesseurs de mettre un terme à ce conflit interminable, soit persévérer dans sa ligne consistant à accentuer les pressions sur Israël jusqu’à ce que l’Etat juif vienne à résipiscence et passe sous les fourches caudines de Washington.

Il a apparemment choisi la seconde, en faisant une analyse de la situation essentiellement fondée sur son intérêt en politique intérieure.

Contrairement à ce qui avait été affirmé au moment de son élection, Barack Obama n’est pas un centriste pragmatique du genre de Bill Clinton. C’est un véritable et sincère liberal au sens anglo-saxon du terme qui tient à faire passer les thèses de cette mouvance dans la réalité sociale américaine, quel qu’en soit le prix électoral payé par ses amis démocrates, comme on a pu le voir avec le débat sur l’assurance-maladie. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne craint pas ce lobby juif qu’il exècre. En cela, il n’a pas fondamentalement tort puisque la sociologie électorale américaine révèle un vote juif indécrottablement ancré chez les démocrates, et la sociologie tout court une prise de distance croissante de la jeune génération de juifs américains des Etats-Unis avec Israël.

Même s’il en allait autrement, on ne comprend rien à l’attitude d’Obama en pensant qu’il est obnubilé par sa réélection en 2014. Il veut remplir le maximum des objectifs qu’il s’est fixé au cours de l’actuel mandat pour rendre irréversible le nouveau cours imprimé par lui à la puissance américaine dans le monde, et accessoirement assurer sa place dans l’Histoire. Il s’agit de la réconciliation avec le monde arabo-musulman, de la reprise d’un dialogue stratégique avec la Russie, des accommodements avec la Chine, de la prise de distance avec l’Europe. On murmure, mais ce ne sont là peut-être que supputations et calomnies, que Barack Obama aurait déjà pris son parti d’un Iran pourvu d’armes nucléaires, faute de pouvoir engager l’ensemble du Conseil de sécurité de l’ONU dans des sanctions efficaces contre le régime de Téhéran. On n’aura pas longtemps à attendre pour savoir ce qu’il en est vraiment.

On comprend alors qu’il n’est plus question de tergiverser avec le peuple à la nuque raide qui persiste à vouloir rester ce qu’il est sur une minuscule portion du territoire proche-oriental. S’il ne suit pas à la ligne près le diktat de Washington, ce peuple est menacé du pire : arrêt de l’aide militaire, fin du veto systématique aux résolutions anti-israéliennes de l’ONU et autres punitions propre à faire monter les ovations de la rue arabe et pro-arabe en faveur de l’hôte de la Maison Blanche.

L’isolement diplomatique et moral d’Israël dans le contexte international actuel (rapport Goldstone, Mossad à Dubaï) est te que la politique israélienne d’Obama ne devrait pas susciter, en dehors des communautés juives à travers le monde, de levées de bouclier.

On pourrait alors en conclure que la suite des événements est écrite d’avance : ne pouvant se couper d’un allié stratégique indispensable, Nétanyahou va céder sur tout, au risque de fâcher ses alliés ultranationalistes et ultrareligieux, se débarrasser d’Avigdor Lieberman et faire entrer Tzipi Livni au gouvernement. Cela n’est pas si sûr. Il est un élément qu’Obama ne peut pas maîtriser, le temps, qui comme chacun, sait ne se comporte pas de la même manière en Orient et en Occident. Obama veut aller vite, très vite : que toute l’affaire soit réglée en moins de deux ans. Israël, et là il ne s’agit pas seulement de son gouvernement mais également de sa société, ne ressent aucune hâte à sortir du statu quo actuel. Depuis la fin de la seconde Intifada, la situation sécuritaire du pays a rarement été aussi bonne (mise à part la menace nucléaire iranienne, mais celle-ci est largement indépendante du règlement du contentieux avec les Palestiniens). Les Européens regardent avec envie les taux de croissances de l’économie israélienne qui est déjà en sortie de crise. Les menaces au nord (Hezbollah) et au sud (Hamas) sont observées avec attention, mais les intéressés savent qu’ils seront l’objet de représailles impitoyables s’ils s’avisent de reprendre leur harcèlement sur les populations israéliennes. L’avantage d’une image internationale profondément dégradée, c’est qu’elle permet de se défendre avec les moyens appropriés sans crainte de la réprobation mondiale, qui persistera de toute façon. Alors pourquoi se presser ? Il y aura un après-Obama dans lequel les cartes ont toutes les chances d’être rebattues.

Pour que Netanyahou se retrouve vraiment en difficulté, il faudrait que le troisième larron, Mahmoud Abbas, mette rapidement Israël au pied du mur en venant à la table des négociations avec un plan qui montre vraiment son désir d’avoir au plus vite un Etat, et qui ne soit pas le simple ressassement des exigences exprimées par Yasser Arafat, qui ont bloqué jusque là toute solution dite à deux Etats pour deux peuples. Il faudrait pour cela que monsieur Obama le leur demande poliment.

Quand on est Küng, on est Küng

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Hans Küng

Hans Küng

Il est frappant que ce prêtre passe auprès de la plupart des médias pour un oracle, une référence, quasiment un Père de l’Eglise. Les mêmes journaleux qui ne comprennent strictement plus rien à l’Eglise catholique (ceci a été nettement démontré par Bernard Lecomte dans son ouvrage Pourquoi le pape a mauvaise presse, DDB, 2009), et qui sont toujours prêt à « mettre sur la sellette » (allusion charmante à un supplice médiéval), nos pasteurs, nos évêques, nos cardinaux, et maintenant notre Saint-Père – les mêmes journaleux donc, dès lors qu’ils ont affaire à ce contestataire autoproclamé, sont immédiatement chapeau bas. Naturellement ils n’ont pas lu ses livres. Moi, j’ai lu le texte dans lequel il préconise (le granthéologien), pour remédier à ces déchirantes histoires de pédophilie, le mariage des prêtres.

Je dis : la conception de la sexualité humaine sur laquelle repose une telle proposition est une honte, est un avilissement, est une dégradation atroce de l’être humain. Vous êtes peut-être un granthéologien, M. Küng, bardé de diplômes et parfait rat de bibliothèque, mais vous n’en êtes pas moins avec toute votre grande culture un perroquet de l’idéologie dominante, un allié objectif des forces les plus puissantes, les plus secrètes et les plus répugnantes qui agissent dans les sociétés modernes pour réduire et anéantir cette miraculeuse merveille qu’est la sexualité.
Je vais traduire de façon grossière, je vais traduire de façon brutale, ce que nous a dit King Küng. Pardon à ceux que cela pourrait choquer. Mais ce n’est pas moi qui suis choquant. C’est lui. Il faut appeler un chat un chat. Ce que nous dit le granthéologien devenu la référence absolue de toute la cathophobie, c’est qu’il n’y a qu’à fournir une femme aux prêtres, afin qu’ils puissent tirer leur coup deux ou trois fois par semaine (ou davantage s’ils le veulent), et que comme ça, ils foutront la paix aux petites filles et aux petits garçons.

Ce que vous préconisez donc pour nos prêtres, Monsieur le Granthéologien, c’est une forme de la stabulation libre. En vous lisant, je me suis subitement rappelé cette scène, qui m’avait tant frappé adolescent, du grand péplum de Kubrick, Spartacus. A un moment, on voit Spartacus (Kirk Douglas) dans sa cellule d’esclave gladiateur. La porte s’ouvre. On fait entrer une femme. Les dresseurs, les lanistae, savent bien que ces hommes ont des envies sexuelles. Alors, on leur fournit des putes. Et Spartacus refuse. Il se met à hurler : Je ne suis pas un animal ! Vous, M. Küng, prêtre et théologien, vous êtes en train de dire à nos prêtres qu’ils sont des animaux comme les autres !

Remarquez bien, vous ne faites en cela qu’étendre au sacerdoce le mot d’ordre unique et mortifère qui est aujourd’hui proposé à tous : l’abjecte réduction de la sexualité à un besoin consommatoire que l’on peut satisfaire à peu de frais. Longtemps, il est vrai, la société chrétienne a gendarmé la sexualité ; elle lui a imposé des cadres, des limites, parfois tout à fait abusives ou absurdes, je le reconnais volontiers. La société libérale et marchande a trouvé mieux : l’autoriser. Allez ! Voilà la pilule ! Voilà la capote ! Voilà le sextoy ! Voilà les films (des fois que vous manqueriez d’inspiration !) Allez ! Baisez donc ! Une fois les couilles bien vidées et la fente bien bourrée, vous en serez débarrassés, de la sexualité !

Oui, je suis mal poli. Mais je ne fais que dénuder ce que vous nous dites, M. Küng. Désolé. Mais vous, vous n’êtes pas mal poli, vous êtes infâme. Vous avez injurié nos pasteurs et vous nous injuriez. La sexualité humaine n’est pas ce que vous croyez. Je vous trouve bien mal renseigné ! C’est un étonnement ; c’est un mystère ; c’est un jardin secret ; c’est une merveille. C’est le plus beau don de Dieu à notre condition humaine.

Alors, des prêtres ont fauté. Gravement. Et moi, chrétien, j’en pleure. Il est indispensable, quand il est prouvé que cela a eu lieu, qu’ils en rendent compte à la justice humaine. Il reste, M. Küng, granthéologien, que votre dégoûtante proposition est une basse insulte à la dignité humaine.

Belgique, toujours grande et belle

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Plutôt que de nous encombrer avec des DVD de films en noir et blanc, des CD de musique classique, ou encore des textes soi-disant fondateurs préfacés par des académiciens, la presse de fin de semaine qui veut doper ses ventes ferait mieux de suivre l’exemple belge. En effet, l’hebdomadaire TV Moustique, un genre de Télérama en plus drôle (ce n’est pas difficile, vous me direz) a décidé d’offrir un pack de six Jupiler Tauro à chaque acheteur. C’est tout de même moins hypocrite, au bout du compte: le gars qui boit une ou deux bonnes bières en feuilletant son hebdo télé correspond, soyons honnête, davantage à la réalité que le lecteur du Monde ou du Figaro, qui range Proudhon dans sa bibliothèque en écoutant Brahms. Patron, remettez-moi un TV Moustique !

Délivrez-nous des livres !

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Jules Verne

Jules Verne

D’après un sondage Figaro/Opinionway, publié à l’occasion de la trentième édition du Salon du Livre, 22% des Français se disent prêts à lire un roman ou un essai sur un écran. On en déduira donc que 22% des Français sont décidément passés de l’autre côté. On pourrait être désagréable et dire que s’ils sont prêts à adopter ce support, c’est qu’ils ne savent pas lire. Et cela explique leur soumission à n’importe quelle clownerie technologique destinée à les faire entrer dans le monde futur qui ressemblera, si l’on s’en fie aux signes de ces temps-ci, à un Disneyland orwellien avec Mickey dans le rôle de Big Brother et Pluto dans le rôle de O’Brien qui vous emmènera tranquillement dans la Pièce 101 rebaptisée Grotte Enchantée.

Ils vont lire quoi sur leur livre électronique, sérieusement, ces mutants ? La Recherche du Temps Perdu ? Swann n’aura pas échangé son premier baiser avec Odette et le narrateur ne se sera pas encore masturbé dans le cabinet aux iris qu’ils auront des yeux de lapin russe, nos nouveaux lecteurs électroniques.

Non, bien entendu, et ces 22% de gens qui se disent prêts à lire sur e-book doivent se dire que de toute façon plus personne ne lit Proust. Ils doivent croire que lire, sans doute, c’est lire des confessions de star, des mémoires de footballeurs, et pour devenir intelligent les 200.000 signes annuels de Minc ou de Duhamel. Peut-être que c’est possible de lire 200.000 signes de Minc ou Duhamel, je ne sais pas, je ne les lis pas. Ils ont sans doute une pensée aisément numérisable, une écriture à l’image du langage informatique : binaire. Mais je doute sincèrement que la Princesse de Guermantes, Saint Loup, Charlus se laissent facilement numériser. Ce n’est pas leur genre. Pas du tout.

Oui, ils sont désormais 22% , de l’autre côté de tout ce qui fondait la lecture . Prêts à perdre ce qu’ils n’ont peut-être jamais connu. C’est-à-dire un rapport sensuel au livre feuilleté, à sa reliure, à son odeur, à sa façon de plus ou moins mal vieillir, à ses couvertures illustrées qui dataient aussi les époques de notre vie. C’est-à-dire la joie de la chasse subtile qui consistait à trouver, dans une caisse de polars sur un marché de village, une édition originale du Traité du Style d’Aragon miraculeusement échouée là, pour le prix d’un SAS d’occasion. Un retour sur soi dans le calme d’un fauteuil Voltaire, la lecture étant souvent la prière de l’athée, ou sur une plage isolée. Comment feront-ils, d’ailleurs, quand la batterie de leur e-book sera vidée, ces déjà-morts pour continuer, alors que le soir tombe, à lire pour l’amoureuse au dos bronzé, à la peau au goût de sel, les poèmes de Toulet ou l’Odyssée versifiée par Philippe Jaccottet ?

Notre société bougiste et néophile ne nous présentera évidemment que les avantages de cette mutation. Il faudra la trouver aimable, si l’on tient à survivre, et le faire savoir. On nous dira : vous pourrez stocker tellement de livres, vous verrez. Comme si une bonne bibliothèque se quantifiait. On nous dira : vous pourrez revenir en arrière et prendre des notes avec un stylet adapté. On vous remercie mais on a comme l’impression que c’était déjà possible avec nos livres lus et relus au point que le texte est devenu le palimpseste de nos notes. D’ailleurs, c’est une spécialité néophile, de vous présenter comme un progrès ce qui a toujours existé en le ripolinant avec deux composants électroniques (GPS versus Carte Michelin, par exemple). Et puis, argument moral donc imparable, grâce aux e-livres, les pays du tiers-monde vont enfin avoir accès à la culture. Bien sûr, mais il faudrait qu’ils aient déjà l’électricité, les pays du tiers-monde. Et quand cette jolie saloperie sera usée, ils en feront quoi, des déchets, les pays du tiers-monde ? Du compost avec du vrai mercure dedans ? Pourquoi ai-je soudain l’intuition que parmi les 22% de lecteurs potentiels de livre électroniques, il y a beaucoup d’écolo tiers-mondistes, ces missionnaires catastrophiques des fausses émancipations et vrais pollueurs par bonté d’âme ?

La réalité ne dépasse pas la fiction. Elle est pire. Nous avons longtemps pensé que nos bibliothèques, quand tout serait perdu, seraient notre refuge, notre consolation. Eh bien non, le pré-fascisme des technolâtres va venir nous traquer jusque là.

Quand Bradbury imaginait le pire, on voyait des pompiers habillés en noirs. Ils entassaient nos livres, les aspergeaient d’essence et y mettaient le feu. Mais il y avait encore une certaine grandeur atroce dans ce cérémonial nihiliste.

Là, ce sera atrocement banal. Ils auront le sourire d’assassin des commerciaux. Ils auront des costumes gris et ils nous proposeront « des solutions adaptées pour changer de support. »

Il n’est pas impossible, alors, comme dernier geste de vrai lecteur, c’est-à-dire d’homme libre, qu’on leur balance en pleine tronche, deux ou trois pavés. Les chefs d’œuvre de la littérature mondiale (et non pas mondialisée) offrent un large choix.

Villepin revient et il n’est pas content

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Dominique de Villepin revient.
Dominique de Villepin
Dominique de Villepin revient.

On pourra dire, on y était. Nous aussi on a entendu mugir dans nos campagnes jeudi matin la foule appelant au secours de ce vieux pays. Dominique de Villepin, l’ami tu te souviens ? L’ennemi qu’il fallait abattre par Clearstream, l’ancien Premier ministre, le secrétaire général honni de l’Elysée, auteur de la dissolution de 1997 ? Lui même, et un autre. Depuis hier le troisième homme celui que la droite, mais au-delà la France, la Nation, au-dessus des partis attendait pour refaire de cet endroit un endroit où il fait bon vivre.

Au cas où vous seriez resté dans un terrier, une grotte ou un endroit civilisé, c’est à dire loin des journaux gratuits ou écrits par des écrivaillons en mal de découverte de la vie, il se trouve qu’hier, DDV, présentait son analyse de la défaite de l’UMP aux régionales, de la crise et annonçait la création de son parti pour le – tiens-toi bien – le 19 juin prochain. Le gaulliste a compris un truc : pour avoir une chance à deux ans de l’échéance (majuscule obligatoire) il faut endosser le cheval de bataille républicain-bonnet phrygien. Evidemment, sur certains points, nous n’avons pas de doute sur la conviction du DDV : l’Afghanistan, le commandement intégré de l’OTAN, la voix de la France dans le monde et tous ces trucs, il n’a sans doute pas de preuve à donner de son attachement à sa version gaullienne de la France. Pour le reste, mystère : l’économie, le libéralisme, la sécu, la sécurité, les salaires, le mieux-vivre-ensemble, il en pense quoi exactement ?

Hier, il l’a dit : il pense qu’il ne faut plus martyriser la France, qu’on ne doit plus confondre réduction des déficits et accroissement des inégalités, que seul l’Etat peut assurer la protection des plus faibles, et que c’est là le seul bouclier dont notre pays ait besoin aujourd’hui. Le tout pouvant se résumer dans la formule magique du jour : « Il faut revenir au fondement de la France, de la nation, de l’Etat. Notre mot d’ordre, c’est une république solidaire. » France, nation, Etat, République, tout est dit voire redit quatre fois pour les mal-comprenants. Au passage, on notera que l’Europe est absente de cette tétralogie fondatrice, et on se dira qu’il ne s’agit vraisemblablement pas d’une faute d’étourderie. On irait même jusqu’à se demander, si on ne les savait retenus ailleurs, si Guaino ou Gallo n’ont pas tenu la plume de Dominique. Bref, on a aimé, beaucoup aimé, et d’autant plus aimé, que l’irruption du Villepin nouveau était assortie d’une descente en flamme du Villepin d’antan, celui du CPE et de l’autisme social. L’autocritique  politique, le droit d’auto-inventaire au scalpel sont des exercices trop inédits en France pour être sans valeur…

En conséquence de quoi, on a presque envie d’y croire, et on n’est pas seuls. Y’a un public pour le retour du Général, et pas seulement chez les lecteurs de l’excellent Benoît Duteurtre. Et un public en déshérence, vu que Chevènement est aux oubliettes de Solférino et que Dupont-Aignan est déjà mort faute d’avoir jamais su exister.

De quoi séduire 5, 10, 15 % des électeurs. Who knows ? Mais, en tout cas, bien assez pour que Sarkozy ait de quoi être très inquiet… Et sans doute Marine Le Pen aussi.

Le bonheur, une idée neuve à Rennes ?

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Si l’on sait, depuis la chanson de Barbara, que Nantes est une ville morose où, essentiellement, il pleut, Rennes réserve bien des surprises égayantes. La préfecture d’Ile-et-Vilaine a lancé, sur son site Internet, une vaste consultation citoyenne sur un thème qui n’a laissé indifférente aucune midinette bretonne à coiffe tradi : « Qu’est-ce que le bonheur ? » et cela dans le contexte d’un « forum » que Libé organise ce week-end. L’AFP, les yeux embués d’une dégoulinante mièvrerie, se plait à relayer les définitions du bonheur, tantôt sentencieuses tantôt triviales, sélectionnées par on-ne-sait-trop-qui et affichées dans les rues de Rennes… Le bonheur c’est footbalistiquement « la galette saucisse du Stade rennais », c’est religieusement « être en paix avec soi et les autres », c’est inévitablement « l’ici et le maintenant » ou encore c’est festivement « le Love+friends+chocolate+sex+rock’n’roll »… Yeah ! La mairie se félicite en ces termes de cet inquiétant record de participation : « On espérait entre 300 et 400 contributions mais nous en sommes à plus de 3.000 ! » Ces aimables Rennais, n’ayant certainement guère d’autres chats à fouetter en attendant fébrilement les cycliques « Transmusicales », se repaissent donc de bonheur et offrent l’instantané d’une société sans négativité, peuplée d’individus estimant connaître la recette de l' »homme heureux ». On sait que le sémillant Saint-Just, représentant du Comité de salut public utilisa cette fameuse formule « Le bonheur est une idée neuve en Europe » pour conclure et appuyer sa démonstration selon laquelle il fallait lutter sans répit contre les « ennemis » de la Révolution française. Et si, à Rennes, on commençait par afficher ainsi son bonheur, telle une quelconque « pride » passagère, et que l’on finissait par couper la tête de ceux qui n’ont pas d’idée de ce qu’est cet idéal incertain qui aide à vivre, mais pas à penser ? Et si le bonheur, c’était d’aller plutôt à Nantes ?

Paradis 2.0

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Jérôme Bosch, Le jardin des délices.
Jérôme Bosch, Le jardin des délices. Panneau central (1503).
Jérôme Bosch, Le jardin des délices.
Jérôme Bosch, Le jardin des délices. Panneau central (1503).

Internet l’inquiétante extase, écrivait il y a déjà près d’une décennie Alain Finkielkraut. De façon relativement prévisible, cela lui valut les quolibets que l’on réserve aux oiseaux de mauvais augures. Le philosophe, en médisant du jardin d’Eden numérique que l’on promettait à l’humanité enfin réconciliée, s’était assuré, notamment à cette occasion, une solide réputation de vieux réac sur lequel on peut cracher à loisir. Réputation qui ne s’est pas démentie depuis, c’est le moins qu’on puisse dire.

Neuf ans plus tard, quelle tête a le paradis virtuel dans lequel chaque internaute s’égaie à loisirs, grâce aux hautes vertus du haut débit généralisé ?

Pour répondre à cette question trop générale, il me faut, si je veux resserrer mon propos, me plonger dans les profondeurs célestes, excusez l’oxymore, même s’il est parfaitement justifié, du « réseau social » Facebook, qui est aujourd’hui le site le plus populaire au monde, juste devant Google. Pour faire face à l’ampleur de la tâche, j’ai besoin en effet d’un angle d’attaque. Et quelle meilleure approche pour comprendre le Paradis 2.0 que de s’intéresser à ce qu’il dit des concepteurs du Paradis 1.0, je veux parler de l’obsolète Eglise Catholique? Quels liens unissent les inventeurs du paradis historique et les habitants de l’actuel Paradis virtuel (encore un oxymore, je sais, mais c’est l’époque qui est comme ça, oxymorique)? Les habitants du néo-paradis montreront–t-ils une forme de reconnaissance pour cette vieille institution? Sauront-t-ils manifester une gratitude que l’on n’ose qualifier de chrétienne à l’égard de celle qui leurs a, bien malgré elle je vous l’accorde, montré la voie vers le Jardin des délices numériques?

Je ne suis en mesure de donner les réponses tout de suite qu’aux deux premières questions : dans l’ordre, aucune, abominables. Quant à la réponse aux deux autres, je renvoie ceux qui sont pressés de retourner socialiser sur Facebook à la fin de l’article.

Aucune, dis-je, car cette réponse est la meilleure justification de cet article, et du temps que je passe à l’écrire plutôt que d’agir dans le monde pour gagner ma place au sein du Paradis 1.0, auquel j’ai la faiblesse de croire encore, surtout les jours d’euphorie, c’est-à-dire pas aujourd’hui, malgré le printemps qui vient, et à cause justement de la présente plongée céleste et en apnée dans celui qui prétend lui succéder.

Abominables, en voici la preuve. En tapant « curé » sur le moteur de recherche de la page d’accueil de Facebook, le site me propose spontanément (en première position) de rejoindre un groupe intitulé « violer des curés pour venger des enfants », qui compte 572 fans. Sur le « mur » des expectorations du groupe[1. Par charité chrétienne, nous ne publions que les initiales des patronymes (NDLR).] en question, on peut lire sous la plume d’un certain Jon C.[2. Les citations reproduites ici étaient le 21 mars 2010 librement accessibles sur Facebook. (PS/ Non ! Je n’ai pas pu m’empêcher de corriger quelques fautes avant de comprendre que c’était désespéré – EL). ] (qui par ailleurs, tout en haut de son site My Space, proclame fièrement « I want to believe ») : « J’ai vu un curée se balader avec des hosties dans l’anus dernièrement. C’est normal ? »[3. Dans l’ensemble des interventions reproduites ici l’orthographe et la syntaxe d’origine, ou plutôt leurs absences, ont été scrupuleusement respectées. Au Paradis 2.0, les vieilles règles fascistes sont bien sûr toutes abolies.]. À quoi l’administrateur du groupe donne cette réponse pleine d’élégance elle aussi: « C’est normal il faut bien que les enfants de cœur prennent la commufion…Euh pardon communion ».

Si je décide de passer au niveau supérieur et de taper « évêque » au même endroit, c’est alors un autre groupe qui m’est proposé, intitulé plus sobrement : « Courir nu dans l’église en poursuivant l’évêque », avec la photo d’un évêque bien réel, Mgr Giraud, récemment nommé à Soissons. Quelques-uns des 20 012 fans de ce groupe à succès proposent en particulier, en réponse à la question « qu’est-ce qu’on fait quand on l’a attrapé ? » de crucifier l’évêque. On trouvera facilement d’autres exemples de réponses, d’une nature tellement ignoble que je n’ose les reproduire ici, sur les blogs cathos-tradi, qui sont les seuls à s’en émouvoir.

Si l’on s’intéresse au Saint-Siège sur Facebook, on arrive vite sur nombre de groupes qui se proposent, tels de néo-lansquenets, d’envahir le Vatican. Choisissons au hasard le groupe intitulé « 15 000 personnes dans ce groupe et on fait une grosse orgie au Vatican » (1207 fans).

Au sein de ce groupe de fans de l’orgie vaticane, Quentin B., lui aussi choisi au hasard, est un sympathique jeune homme qui dispose de 82 amis. Il nous fait part avec un remarquable sens de la transparence de ses désirs les plus débridés. « Je rêve que le pape se fasse cramer par des chrétiens fous ! », déclare-t-il sous les vivats. Jérémy A., quant à lui, en tant que diplômé de l’université « Julles Ferry 98 (?) », manifeste dans ses phantasmes une conscience politique beaucoup plus fine que la plupart de ses camarades : « C’est clair une grosse teuf, mais surtout pillier ses enculer de leurs richesses qui ont volés impunément aux colonies!! Tout cet or et ses diamants méritent de revenir aux peuples spolier!! ».

Si l’on tape maintenant « Boutin », afin de s’intéresser à la seule personnalité qui ose proposer de faire quelque chose de sa foi dans l’espace public en France, on n’est pas déçu non plus. Un groupe (parmi d’autres) qui s’en prend à Christine Boutin est un peu platement intitulé « Anti Christine Boutin ». Mais quelques-uns des 1250 membres du groupe se rattrapent en faisant preuve d’une imagination digne de Jérôme Bosch dans les sévices qu’ils promettent à Mme Boutin.

Donnons quelques exemples. L’un d’entre eux recourt assez classiquement à l’imaginaire anticlérical : « Que cette chienne soit sacrifiée sur l’autel de la grande luxure. Au bucher la pétasse intégriste! ». Tel autre ne craint pas de paraître contradictoire en stigmatisant un hypothétique dévergondage de Mme Boutin, tout en paraissant l’inviter à la licence : « crève salope ou occupe toi de ton gros cul ! ». Un autre encore, qui au Paradis 2. 0 est bien placé pour entendre des voix, propose : « boutons la Boutin hors de france!!! ».

Gérald D., pour sa part, 451 amis, membre des pages « Jean-Jacques Goldman » et « JE T’AIME MAMAN », critique vertement Mme Boutin tout en défendant son droit à être elle-même en écrivant : « dégage boutin tu nous emmerdent !!!!!! ils faut que tu comprenne enfin si tu y arrive que l’on ne choisi pas d’être homosexuel !!!!! mais on ne choisi pas non plus d’être une grosse merde comme toi !!!! tu me dégoute a un tel point tu es une HAINE pour la FRANCE !! (..) c’est pas avec des cons comme ca que l’on évolue. (…) comme vanneste ces gens la ,n’ont pas de cerveau. il faut virer tout ces vieux qui nous gouvernent et mettre des jeunes qui nous comprennent. »

Antoine R. un jeune homme qui aime « les bisous dans le cou », fait preuve d’une modération de bon aloi en affirmant que « la muselière ne devrait pas être réservée qu’aux chiens ! », avant de trouver enfin un sens à l’existence de Mme Boutin : « En la voyant je ne regrette pas d’être gay ! ».

Yoan B., membre par ailleurs du groupe « contre les connards qui nous insultes de Sales français » sait d’où vient le mal : « cette femme a été vraiment fini à la pisse ! ».

Vanessa L., une charmante jeune femme qui aime les câlins et les massages, fait quant à elle dans la concision : « mais qu’on la pende ».

Quant à Grégoire V., un jeune homme aux traits fins et au sourire malicieux, « Etudiant(e) de cycle supérieur à Université de Nantes », il vend la mèche : « j’ai des frissons rien qu’en pensant à elle ».

Ces quelques interventions ont été choisies parmi des milliers d’interventions semblables sur des dizaines de groupes « anticatholiques », tous plus orduriers les uns que les autres. Cette obsession, que je n’appellerai jamais cathophobe, serait-elle le signe qu’après tout, et comme le suggère la phrase à double entente de notre « étudiant(e) de cycle supérieur à Université de Nantes », les catholiques d’aujourd’hui, jusque dans le sadisme ludique qu’ils suscitent au Paradis 2.0, font l’objet d’une forme étrange de reconnaissance par l’extatique monde moderne?

Mais de quelle nature exactement est cette reconnaissance ?

Je laisse à des esprits plus affutés et moins dégoutés que le mien le soin de répondre à cette question. Moi, pour ma part, je vais enfin pouvoir, en cette belle journée de printemps, éteindre mon ordinateur et, comme chaque jour que Dieu daigne malgré tout encore faire, tenter de gagner ma place au bon vieux paradis de papa.