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Droits de l’homme ? Mon cul !

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Ainsi notre ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a-t-il fini par dresser le triste constat de l’incompatibilité de la politique d’un Etat avec l’exigence des droits de l’homme. Amère réalité au moment où l’on célèbre le 60e anniversaire de la déclaration universelle de ces mêmes droits. En effet, jamais les mots n’ont été à ce point démentis par les faits. Il faut croire que le monde est bien malade pour ne plus croire à la morale et au droit qu’il a lui même édictés. Pourtant, c’était une belle idée que cette grande déclaration au sortir de l’affrontement avec la barbarie nazie. « Nous les peuples, nous les nations… » Ça avait de l’allure, cette volonté d’inventer un droit planétaire pour conjurer le mal. Et voilà que, par un étonnant tour de passe-passe, le Mal chassé par la porte du Tribunal de Nuremberg, rentre par la fenêtre, hélas, de l’ONU elle même. Car l’astuce d’aujourd’hui consiste aujourd’hui à draper les pires pratiques dans les oripeaux des droits de l’homme. Cette forfaiture a un précédent. En août 2001, la conférence de Durban de la même ONU avait déjà dénoncé les méfaits de l’occident en général et d’Israël en particulier tandis que des portraits à la gloire d’Hitler avaient été distribués par des ONG islamistes. Quelques jours après la fin de la conférence, les avions piratés par Ben Laden s’écrasaient sur les tours de Manhattan. Les mots avaient devancé les choses.

Tandis qu’à Genève, au Palais des Nations, on s’apprête aux festivités à venir – une salle dite de l’Alliance des civilisations vient d’être inaugurée avec force champagne et petits fours pour la modique somme de 50 millions d’euros –, on pouvait voir à la télévision un reportage sur les violences et viols commis au Congo sous l’œil placide des forces de l’ONU. En dix ans de conflit dans l’ex-Congo belge, ce sont près de cinq millions de personnes qui ont péri directement on indirectement, victimes de toutes les exactions, guerres, guérillas qui ont frappé ce territoire. De ce conflit de première intensité, l’ONU ne se soucie guère, pas plus que les médias occidentaux, abandonnant l’Afrique aux poubelles de la modernité, vous pensez bien ce ne sont que des noirs qui tuent d’autres noirs. En revanche, l’ONU s’intéresse à des crimes bien plus intéressants qu’il faut dénoncer dans l’urgence avec les mots qu’il faut. Ainsi son expert pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens, Richard Falk, a récemment déclaré que « la politique d’Israël dans les territoires relevait de la qualification de crimes contre l’humanité ». Voilà un expert international qui a les sens du mot juste pour qualifier finement les choses.

Et voilà qu’en France Stéphane Hessel, ancien résistant, légende vivante de la justice universelle et de la bonne conscience hexagonale, tient des propos similaires. Ce qu’annonce ce type d’outrance c’est le désastre annoncé de la future conférence de l’ONU sur le racisme prévue pour avril 2009 à Genève, où c’est bien évidemment Israël qui sera cloué au pilori des droits de l’homme à la sauce onusienne. L’illusion serait de croire qu’en y sacrifiant Israël, l’Europe y gagnerait trois gouttes de pétrole supplémentaire. Il n’en est rien. La mécanique onusienne s’est emballée : aujourd’hui c’est le principe d’universalité des droits qui est mis en cause par la coalition des Etats regroupés au sein de l’Organisation de la Conférence Islamique. C’est le principe d’égalité des sexes qui est mis à mal par la même OCI au nom du relativisme culturel. Avec la complicité de la Chine et de la Russie, ce sont le Soudan, la Libye, la Syrie, l’Egypte, l’Algérie, le Pakistan qui prétendent imposer de nouvelles normes désignant la diffamation des religions comme autant de crimes racistes. La lecture critique de la charia, la mise en cause du texte coranique, seraient désormais considérés comme autant de crimes contre l’humanité faisant de la liberté de penser un délit majeur. Ne parlons pas des pratiques répressives en islam contre les femmes, elles seraient mal vues par les mandataires de l’OCI. Quand aux droits des autres peuples, Tibétains, Kurdes ou Ouïgours, ils attendront la séance suivante.

Alors, Monsieur Kouchner, puisqu’il y aurait difficulté à faire coïncider la fidélité aux principes des droits de l’homme dont nous sommes si fiers et la politique de la France, pourquoi la France pour rester fidèle à ses idéaux, pourquoi la France n’annonce-t-elle pas qu’elle boycotte la mascarade de cette conférence scélérate ? Ça ne couterait pas si cher et ça pourrait rapporter gros – si on pense, bien sûr, que l’honneur a quelque valeur.

Dimanche va mourir !

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Nous n’avons décidément pas la droite la plus bête du monde. Cela peut chagriner, mais cela est un fait. Quand une cinquantaine de députés UMP s’opposent avec une vigueur étonnante à la possibilité de travailler le dimanche, on se souvient soudain que tout le monde n’est pas sarkozyste à droite, c’est-à-dire évoluant dans un monde où seule la consommation serait la clef du bonheur.

On a pu entendre cette semaine, sur France Info, l’un de ces micros-débats entre Sylvie Pierre-Brossolette et Laurent Joffrin sur cette question. C’est habituellement ronronnant puisque les deux plumes faisant partie du même bloc central, leurs désaccords sont profondément artificiels et rappellent la fameuse formule blanc bonnet et bonnet blanc du regretté Jacques Duclos à la présidentielle de 1969. Mais là, tout d’un coup, le ton de Sylvie Pierre-Brossolette, censée incarner la droite, face à un Laurent Joffrin, censé incarner la gauche (on ne rit pas, dans le fond…), est monté d’un cran. En substance, pour défendre une loi autorisant le travail le dimanche, elle a dit qu’on n’allait pas continuer à vivre sur deux mille ans de tradition. Elle n’a pas prononcé l’adjectif « judéo-chrétienne », mais enfin, l’idée était là.

C’est vrai, quoi, c’est fou ce que c’est ennuyeux le judéo-christianisme quand on y pense. Des prophètes douteux chassent les marchands du temple, on fait de l’égalité entre les personnes un impératif catégorique et on indique au passage que le Seigneur lui-même s’est reposé le septième jour après une semaine de Genèse qui dut largement excéder les trente-cinq heures. Et voilà que Sylvie Pierre-Brossolette voit là d’insupportables freins à la croissance, voire d’insupportables atteintes à la liberté individuelle. Et de renchérir en jetant un opprobre moderne, tellement moderne, sur ces députés UMP dont on sait bien d’où ils viennent et d’où ils parlent. Que l’on nous permette de traduire : il s’agit de catholiques réacs qui croient à la famille, ces idiots, et qui protègent un petit commerce de centre-ville obsolète, sauf l’Arabe du coin dont même les débatteurs de France Info ont besoin quand ils sont en rupture de Boulaouane gris ou d’œufs pour improviser une omelette entre grandes consciences libérales éclairées.

En plus, la dame a cru bon d’ajouter que tout le monde n’ayant pas une vie de famille, notamment les jeunes, pourquoi les empêcher de gagner plus en allant faire des démonstrations de matelas multispires dans des magasins aux couloirs heideggériens qui ne mènent nulle part. Oui, pourquoi ? Eh bien peut-être parce que le meilleur endroit pour rencontrer l’homme ou la femme de sa vie n’est pas dans ces non-lieux[1. Sur cette notion de non-lieux, on se reportera à l’excellent livre de Marc Augé, Non-lieux, pour une anthropologie de la surmodernité (Seuil).] qui prolifèrent dans la périphérie de toutes les villes françaises et les rendent tranquillement inhumaines, alignant les mêmes enseignes qu’on s’approche de Lille ou de Rennes, de Châteauroux ou de Toulon.

On sait depuis Marx et Debord que le capitalisme se manifeste par une formidable uniformisation du réel, une unification des modes de production qui fait disparaître la figure du monde dans une gigantesque galerie marchande planétaire où personne n’a jamais rien pu accomplir d’autre que consommer et même, paupérisation durable aidant, juste rêver de consommer. Qui peut tomber amoureux, se réciter un poème, prier, bref redevenir un sujet autonome dans des endroits comme les magasins de meubles en cuir, les restaurants rapides, les multiplex cinématographiques ? Qui peut rester un homme ? « Pour la première fois dans l’histoire, écrit Debord dans In Girum imus et consumimur igni, voilà des agents économiques hautement spécialisés qui, en dehors de leur travail, doivent tout faire eux-mêmes : ils conduisent eux-mêmes leurs voitures et commencent à pomper eux-mêmes leur essence, ils font eux-mêmes leurs achats ou ce qu’ils appellent de la cuisine, ils se servent eux-mêmes dans les supermarchés comme dans ce qui a remplacé les wagons-restaurants. »

Cette unification de l’espace est effective depuis presque trente ans en Occident. On pourra lire pour s’en convaincre les œuvres de Raymond Carver, de J.G. Ballard ou, pour la France, celle de François Taillandier[2. Par exemple, Les vitamines du bonheur de Raymond Carver (Livre de Poche) et Anielka de François Taillandier (Stock).], peintres de cette post-humanité qui passe sa vie dans les pseudo-villes rurbanisées, commet l’adultère sous poutres apparentes pavillonnaires et vit l’essentiel de sa vie sociale en croisant son voisin dans des rues identiques et des centres commerciaux climatisés qui ressemblent à des aéroports d’où ne partirait jamais aucun avion.

Ce que voudraient, de manière consciente ou non peu importe, nos néo-libéraux, c’est que cette unification de l’espace se double d’une unification temporelle. La mort voulue du dimanche n’est pas là pour relancer on ne sait quelle hypothétique croissance, on ne sait quel pouvoir d’achat anémique pour les précaires qui trouveront de quoi augmenter une paie étique en souriant à l’individu déculturé par des années de TF1, lequel demandera pour la dixième fois si on peut payer en mille fois sans frais cette perceuse à percussion centrale : il a bien fallu, en effet, occuper les heures postprandiales, étant donné que le zapping des quatre cents chaînes du câble n’a rien donné.

Non, la mort voulue du dimanche est le désir totalitaire d’en finir avec un temps qui échapperait aux rapports de production, un temps fait pour la lecture, le bricolage, l’amour, la pêche à la ligne, le repas de famille, un temps profondément libéré, un temps libre au sens premier du terme. Le désir d’en finir avec cet îlot hebdomadaire qui est toujours un repère dans le fleuve identique des jours aliénés.

On s’est déjà, dans notre pays, attaqué aux fêtes, on a voulu tuer la Pentecôte et on y est presque arrivé. Qui ne ressent pas une légère obscénité à voir des enseignes ouvertes un 11 novembre, par exemple et à l’idée d’aller manger des hamburgers sur le cadavre des Poilus pour célébrer la flexibilité du travail ? Apparemment, juste ce qu’il reste de catholiques et de communistes en France.

Ça ne fait pas grand monde mais, une fois encore, ils sont sur la même ligne de feu pour contrer la tranquille barbarie de la marchandise souveraine. Péguy et Bernanos main dans la main avec Marx et son gendre Lafargue, auteur d’un célèbre Eloge de la paresse. Ce front commun ne surprendra que les idiots. Et les enfants qui, disait Trenet, s’ennuient le dimanche. Mais eux, au moins, ont l’excuse d’être des enfants.

Anielka - Grand Prix du Roman de l'Académie Française 1999

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Le Père Noël est un causeur

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Le mensuel Causeur du mois de décembre vient de paraître ! Au sommaire de ce numéro dont la couverture a été confiée à Jacques Louis David (un jeune plasticien plein de promesses) : un retour sur le parti socialiste après l’épreuve du Congrès de Reims, une sélection d’articles parus sur le site et des articles originaux d’Elisabeth Lévy et de Gil Mihaely. Vous n’êtes pas encore abonné à Causeur ? N’hésitez plus à vous abonner ou à offrir un abonnement à vos amis – combien d’entre eux espèrent en secret trouver un numéro de Causeur sous le sapin le 25 décembre prochain ! Faites des heureux !

Ils ont pissé dans le Styx

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La profanation de la nécropole militaire Notre-Dame-de-Lorette aura donné ces jours-ci un écho plus large que prévu à la parution du rapport de la mission parlementaire sur la lutte contre les violations de sépultures conduite par André Flajolet et Jean-Frédéric Poisson[1. C’est drôle, dès qu’un problème se pose, on découvre qu’une commission parlementaire est en train de se pencher dessus… Qui s’occupe de mon découvert bancaire ?]. Les deux députés nous apprennent qu’ »il y a environ un acte de violation de sépulture à peu près tous les trois jours en France ». Sur cent profanations annuelles ces cinq dernières années, dix sont à caractère islamophobe et antisémite, dix autres sont le fruit du fan club de Marilyn Manson, métallo la semaine et révérend de l’Eglise satanique de San Francisco le dimanche. Quant aux quatre-vingts autres, elles sont l’œuvre de profanateurs aussi barges qu’alcoolisés. Le pack de Kro aura donc plus fait pour la propagation des violations de sépultures ces dernières années que la haine de Moïse, de Mahomet et de Jésus réunis.

Tout indique, pour l’heure, que la profanation de la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette est un acte d’islamophobie teinté d’un soupçon d’antisémitisme – tout le monde est servi. C’est un problème, mais au fond ce n’est pas le problème. Dès lors que 80 % des profanations sont commises au petit bonheur la chance par des crétins pas trop regardants sur la confession des morts dont ils saccagent la stèle ou attentent au cadavre, c’est la profanation en tant que telle qui devrait nous inquiéter.

Or, sans souffrir aucune exception, les journaux ont concentré leurs titres et leurs analyses ces derniers jours sur le caractère « musulman et juif » des tombes, tandis que le président de la République se fendait d’un communiqué dénonçant « le racisme le plus inadmissible qui soit ».

Certes, c’est devenu un réflexe de ressortir de sa pochette surprise idéologique son bréviaire d’antiraciste militant pour expliquer les choses : racisme anti-musulman, anti-juif, anti-chrétien. C’est au choix. Ah ! Le mort n’avait pas de signes confessionnels sur sa tombe ? Qu’à cela ne tienne, j’ai dans ma panoplie un petit racisme anti-laïque qui n’a pas trop servi ces temps-ci. Je vous l’emballe ou c’est pour consommer tout de suite ?

Ici, le mot « racisme » sert d’emballage médiatique à des actes dont les ressorts sont d’une nature beaucoup plus complexe et, semble-t-il, inquiétante.

Expliquer une profanation par le racisme, c’est passer à côté de la réalité. Si jamais l’on s’en tenait d’ailleurs aux motivations des profanateurs pour expliquer le phénomène dans sa globalité, les statistiques de la gendarmerie nous obligeraient à en déduire que la France souffre plus d’un problème de gamins[2. 80 % des interpellés sur ce genre d’affaires ont moins de 18 ans.] un peu bourrés qui vont s’encanailler au Père Lachaise que de satanisme, d’islamophobie ou d’antisémitisme. Certes, c’est moins vendeur. Mais, en vérité, on ne peut jamais rendre compte d’un crime uniquement par son mobile. Prenez, par exemple, un crime passionnel : si vous vous en tenez aux motivations du meurtrier, vous n’avez rien d’autre qu’une belle histoire d’amour… L’explication éclipse l’acte.

Hormis les atteintes à l’intégrité des cadavres[3. Huit affaires élucidées et jugées en moyenne par an concernent des atteintes physiques sur les cadavres.], en quoi consiste une profanation ? À dégrader une pierre tombale de diverses manières (destruction, renversement, inscription, déjections, etc.). Si cette dégradation n’était que physique, le mal serait bénin : l’intervention d’un marbrier ou d’un employé du cimetière suffirait à la réparer. Or, une profanation ne tient jamais dans les formes qu’elle revêt, mais essentiellement dans sa portée symbolique.

La fonction symbolique d’une pierre tombale ou d’une stèle est double[4. Les anthropologues comparatistes me pardonneront, mais je parle des cimetières tels qu’on les trouve aujourd’hui en France. Non pas de l’Inde ni de Haïti, et encore moins des cimetières français dans une dizaine d’années, lorsqu’à l’inhumation traditionnelle aura succédé la crémation.]. Elle est d’abord un mémorial : elle donne à lire aux vivants le nom des défunts. Par-delà la mort subsiste l’humanité d’un patronyme suivi de deux dates, résumant à eux seuls le fil tenu de toute une existence[5. L’énumération systématique des noms est la principale activité humaine face à la mort. Litanie des saints ou littérature : la mortalité nous appelle à nous raccrocher à ce qui reste. Qu’on relise le Barrès des Déracinés et l’Aragon du Conscrit des cent villages : « J’emmène avec moi pour bagage / Cent villages sans lien sinon / L’ancienne antienne de leurs noms / L’odorante fleur du langage / Adieu Forléans, Marimbault / Vallore-Ville, Volmérange / Avize, Avoine / Vallerange. »]. Face à la mortalité, le nom gravé dans la pierre est non pas le meilleur gage d’immortalité, mais le moyen le plus simple que l’homme ait jamais trouvé pour que son existence excède sa propre mort. Première chose donc, une pierre tombale est moins l’affaire d’un marbrier que celle du sens et de la valeur que l’on accorde à la vie humaine. La deuxième fonction symbolique d’une pierre tombale est de marquer la distinction radicale entre la mort et la vie.

Pour les anthropologues, cette distinction n’est pas anodine : elle est l’une des étapes les plus cruciales du processus d’hominisation. On a longtemps pensé que les rites funéraires étaient le propre d’Homo sapiens, qui les aurait inventés 30 000 ans avant notre ère au Paléolithique supérieur. Or, certaines découvertes archéologiques (Qafzeh en Israël, La Ferrassie en Dordogne, Techik-Tach en Ouzbékistan ou Grimaldi en Italie) repoussent les premiers comportements funéraires beaucoup plus loin dans l’histoire. La découverte à Burgos en Espagne de 3000 fossiles humains atteste de comportements funéraires chez Homo heidelbergensis, l’ancêtre commun à Homo sapiens et à Homo neandertalensis. Il y a 350 000 ans, les pithécanthropes se livraient à des rituels mortuaires. La mise en scène de la différenciation entre la mort et la vie est donc un comportement typique de l’espèce : elle naît chez les préhominiens et s’institutionnalise chez Homo sapiens.

Marquer la différence symbolique entre le monde des vivants et le monde des morts : voilà ce qui pourrait constituer le propre de l’homme. On peut relire à cette aune-là l’Antigone de Sophocle. On présente souvent ce texte fondateur de la littérature occidentale comme l’illustration du conflit entre légitimité et légalité. Il y a certainement autre chose à y lire : si Antigone brave l’édit de Créon, c’est pour répandre « un fin voile de poussière sèche » sur le cadavre de Polynice que Créon avait ordonné de maintenir nu et exempt du moindre grain de sable que le vent viendrait y déposer. Créon mène une lutte symbolique : accepter que de la poussière se dépose sur le corps de Polynice, c’est admettre qu’il y a une différence entre son cadavre et le monde des vivants – or cette distinction est réservée aux hommes. Créon entend déshumaniser Polynice.

Quant à Antigone, le coryphée nous dit qu’elle a agi au nom d’une « loi divine ». Il ne faut pas entendre ici ce terme comme la loi édictée par une transcendance, mais bien comme une « loi transcendantale », c’est-à-dire comme une condition de possibilité de l’humanité elle-même. Qui ne marque pas la différence entre la mort et la vie n’est pas digne d’être appelé un homme, nous dit Sophocle. Après lui, les grands récits humains mettant en scène cette distinction radicale ne manquent pas et notre imaginaire collectif est marqué tout aussi bien par le cours du Styx que par la pierre roulée du Tombeau. Pour reprendre la thèse que formule René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque, ces mythes imprègnent notre imaginaire non par leur inventivité littéraire mais par la vérité anthropologique qu’ils recèlent : l’humanité naît au cimetière – Sophocle et Coppens disent, en fin de compte, la même chose.

Quel est le rapport avec les profanateurs qui sévissent cent cinquante fois par an dans les cimetières français ? Ils destituent un ordre symbolique présent aussi bien dans le processus d’hominisation de notre espèce depuis plus de quatre cent mille ans que dans le système de représentation de nos civilisations humaines.

Les profanateurs ne sont pas seulement déconnectés des références qui mettent en scène la distinction entre la mort et la vie dans toutes les cultures et toutes les religions humaines. Ce n’est pas simplement l’éthique ou la morale religieuse qui leur manque : leur cas est plus grave. Lire Sophocle, maîtriser les subtilités de l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, croire en un Arrière-monde ou connaître la différence entre le Paléolithique et le Néolithique ne sont pas requis chez un être humain : intuitivement il sait, comme ses très lointains ancêtres pithécanthropes, la ligne de partage entre la mort et la vie. Les profanateurs ont rompu en visière avec la civilisation, c’est-à-dire, dans le sens français, avec l’idée même d’humanité. Des racistes, de sombres crétins alcoolisés, des fans de Marilyn Manson ou des gamins qui jouent Lara Croft contre Antigone : ils peuvent être bien tout cela à la fois. Mais ce qu’ils sont, avant tout, dans l’ordre symbolique, ce sont des criminels contre l’humanité.

La Mort

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On vous dit tout, on vous cache rien

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Pour les petits curieux qui veulent savoir ce que font les Causeurs en dehors de leurs heures de travail, un (fort agréable) début de réponse se trouve ici. Et surtout n’en profitez pas pour flâner un peu partout sur le blog de Didier Goux, rentrez tout de suite à la maison !

J’aime mon pays, mais…

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J’ai abandonné depuis longtemps mes rêveries chevènementistes – en vrai, Chevènement himself m’y encouragea brutalement en les reniant lui-même avant moi et, en plus, devant moi. Plus précisément, en nous expliquant à la Mutualité, entre la présidentielle et les législatives de 2002, que nous n’étions plus les joyeux lutins qui avaient renvoyé Jospin à la niche au premier tour, mais des degauches respectables, dont l’ultima ratio était de sauver le siège de député du 11e arrondissement de Georges Sarre. Il encourut pour cela une sévère mise au point d’Elisabeth Lévy qui lui rappela, devant 2000 témoins, dont une grosse moitié l’applaudit à tout rompre, les termes initiaux de notre contrat de mariage. Et croyez-moi, quand Elisabeth se sent trahie, mieux vaut ne pas être l’unique objet de son ressentiment, car les mots pour le dire lui viennent aisément.

Bon tout ça pour vous expliquer que, contrairement par exemple à mon meilleur ami (Basile de Koch, à l’heure où je vous parle et depuis 15 ans) et à la plupart de mes proches, je ne suis pas souverainiste, ni même un authentique patriote. Pour tout dire, je ne me sens pas toujours français. Peut-être tout d’abord parce que je n’ai pas toujours été français, ayant été naturalisé à l’âge de 10 ans (je me souviens encore en train de hurler à mes copains, photocopie en main : « Ça y est, j’ai été nationalisé ! »). Avant ça j’étais italien, sans jamais avoir foutu les pieds en Italie. En fait, j’étais un petit juif égyptien foutu à la porte du pays où étaient nés tous ses aïeux depuis au moins des siècles, à cause d’histoires compliquées entre juifs et arabes dont vous avez sans doute entendu parler. Italien, juif, égyptien, en 1965, ça faisait un peu beaucoup pour mes petits camarades de CP de l’école Joliot-Curie d’Ivry-sur-Seine, alors fort peu cosmopolite, qui eurent donc vite fait de me rebaptiser « l’Américain ». Le surnom me resta assez longtemps, très exactement jusqu’à la troisième, où je devins, et pour de longues années, « Max », à la suite d’un exposé – que je jugerai, avec le recul, pour le moins unilatéral – en cours d’histoire à la gloire de Maximilien Robespierre, du Comité de Salut Public et de la Terreur.

De fait, comme quelques dizaines de millions d’humains de par le monde, mon attachement viscéral à la France fut d’abord engendré par l’aventure tragique et christique des suppliciés de Thermidor. Aujourd’hui encore, j’ai tendance à penser (au grand dam de mon amie Elisabeth) que les aristocrates déclassés Robespierre, Saint-Just, Couthon, Lebas eurent raison dans leur erreur, leur horreur, leur Terreur. Entre nous, c’est quand même la dernière fois que ce pays a été gouverné par des honnêtes gens, plaçant, tels Louis XI, Henri IV ou Louis XIV, (et aussi Winston Churchill, Fidel Castro ou Ariel Sharon) l’intérêt supérieur de leur patrie au-dessus de toute autre considération, notamment politique.

N’empêche, avec les années, je me suis rendu compte, que mon patriotisme était souvent superficiel, pour ne pas dire schizophrène. La musique, la littérature, le cinéma que j’aimais venaient tous d’Amérique. Et pour ne rien vous cacher, je préférais toujours un cheeseburger arrosé de coca et suivi d’un carrot-cake chez Joe Allen à toute autre forme de déjeuner. Ajoutez à cela une pointe de désillusion sur la Révolution française. Comme je suis snob, elle ne vient pas, comme tout le monde, de la lecture de François Furet, qui reste pour moi, un remake marxophobe d’Albert Soboul, le sérieux en plus et la verve en moins. Non, finalement, c’est plutôt la découverte du martyre d’André Chénier qui m’a décillé. Et cette phrase de Kleber Haedens, dans Une introduction à la littérature française que je cite de mémoire, qui explique que Jean-Jacques Rousseau sème des pâquerettes et récolte des têtes.

Une fois brisé le tabou robespierriste, les autres verrous sautent sans difficulté majeure. Même pas besoin de savoir que c’est la Chambre issue du Front Populaire qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain, ni d’avoir lu les Récits de la Kolyma. On sait d’avance qu’il y a un loup dans l’Histoire.

Donc, mon patriotisme a cessé depuis bien longtemps d’être gothique flamboyant. En 1963, Garaudy et Aragon, pour faire pièce aux canons du réalisme socialiste de Jdanov, avaient hasardé l’heureuse formule : « Pour un réalisme sans rivages ». Mon patriotisme est de cette race-là. Il s’est, dirons-nous pour le fun, « métissé ». En fouillant bien on y trouvera des traces :

– d’occidentalisme primaire (mais version XXL, de Valparaiso à Tokyo, en passant bien sûr par Jérusalem, on n’est pas des pédés) ;

– de cynisme : j’ai bien sûr fait campagne pour le non au référendum sur la Constitution européenne, mais en vrai je m’intéressais beaucoup plus au non qu’à la Constitution, sur laquelle je n’ai toujours pas la moindre opinion ;

– de populisme : une nation, c’est aimable quand il y a un peuple dedans. Le plus simple pour me faire comprendre sera de paraphraser Marx qui explique que ce qui fait une classe sociale, ce n’est pas bêtement sa place dans le processus de production, mais la conscience qu’elle a d’être une classe. Ce qui a fait, ne fait plus et pourra, si Dieu veut, refaire le peuple français, c’est sa conscience d’unicité, d’historicité et d’universalité. Pour dire les choses plus simplement, on est français quand on vibre pour Jeanne d’Arc, La Fontaine, Poussin, la Grande armée, Dumas ou Gainsbourg – et, bien sûr, pour le « souvenir du sacre de Reims et le récit de la fête de la Fédération[1. « Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Marc Bloch.] ». Ceux qui pensent que onze décérébrés en bleu beuglant autour d’une coupe en ferraille peuvent y suffire sont des ennemis du peuple et seront, espérons-le, punis comme tels ;

– d’élitisme, parce que ce mouvement ne peut plus venir d’en bas. Le peuple ne s’auto-réparera pas tout seul, tel R2D2. La classe ouvrière et la paysannerie ont disparu en tant que classes, exterminées respectivement par la gauche et la droite en qui elles plaçaient leur confiance. Leur histoire, leur tradition, et leur rôle structurant dans notre identité ont disparu avec elles. C’est triste et c’est tant mieux, tout est à refaire, avec une vague idée de ce qu’il ne faut plus faire. Le sursaut, s’il vient, ne pourra venir que d’une poignée d’intellos « dilettantes et fanatiques[2. De mémoire, c’est ainsi que Gaston Gallimard décrivait, fort joliment, les fondateurs de la NRF.] », qui autour d’un verre de Chablis ou d’Amontillado, se diront que ce serait quand même dommage de faire une croix sur ce pays, parce qu’après tout on l’aime bien, malgré Cauet, Télérama ou l’élection de l’analphabète Simone Veil à l’Académie.

Et enfin il va de soi que tout cela requiert une bonne dose d’optimisme. Mais à quoi ça sert d’être français, si on ne croit pas aux miracles ?

L'étrange défaite

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Alors, ça vient ces émeutes ?

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Nos jeunes sont des branleurs. Malgré les appels à peine subliminaux à l’émeute lancés par Le Monde, Libération et quelques dirigeants socialistes qui espéraient se refaire une santé sur le dos des manifestants grecs, nos-étudiants-et-lycéens-en-lutte (et avec de bonnes raisons de l’être même si ce ne sont généralement pas celles qu’ils choisissent) ont refusé d’égayer nos fêtes de fin d’année en nous offrant un remake hexagonal de la révolte grecque – et de celle de nos banlieues qui, maintenant que le temps a fait son effet et que les Grecs ont arraché le titre aux Français, paraît un peu pâlotte. En début de semaine, j’en ai même entendu un, un de nos jeunes en colère à nous, expliquer, probablement sur France Inter (impossible à retrouver sauf à me payer une demi-journée d’archéologie radiophonique), qu’on ne risquait guère de voir le mouvement anti-Darcos dégénérer en tragédie grecque (c’est juste pour faire un bon mot et aussi parce que je ne trouve pas le bon mot). Plutôt honnête, le jeune homme a expliqué, après avoir entendu des témoignages, saisissants du reste, de Grecs de toutes générations sur la dureté de leur condition, qu’on n’en était pas là en France. Encore un qui gâche le métier. S’il est à l’Unef, c’est-à-dire au PS, il a dû se faire engueuler sévère. La lucidité n’était pas au programme, on te l’avait pas dit, petit ?

« Ici, c’est pire, ou ça le sera bientôt. » C’est la ligne que le parti des bonnes consciences a essayé de faire prévaloir en fin de semaine. Il est vrai qu’au bout de quatre jours d’affrontements chez nos amis les Grecs, et alors que des dizaines de témoignages effarants avaient été diffusés, on ne savait plus très bien quoi raconter. « Après la Grèce, la France peut-elle s’enflammer ? », s’interrogeait Libé, vendredi, avec, en « une », la photo plein pot d’une manifestante bordelaise. Vous l’aurez compris, la véritable question était : la France doit-elle s’enflammer ? Et bien entendu, la réponse était comprise dans la question. L’après-midi, Le Monde jouait sur le même registre, avec le ton calme qui sied aux institutions honorables : « Social, jeunesse, banlieues : la France gagnée par l’inquiétude », annonçait-il en première page.

On me dira que nos deux estimables quotidiens se sont contentés de faire écho aux préoccupations de l’ensemble de la classe politique – on se demande que fait le CRAN. Ben voyons ! Dans son éditorial, Le Monde légitimait par avance la montée aux extrêmes si elle devait avoir lieu. Non seulement les raisons de désespérer ne manquent pas, expliquait-il en substance mais en outre, « il ne reste plus guère d’écrans protecteurs et de corps intermédiaires ». Pas même une victime à sacrifier à la foule en colère puisque « l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy a fait disparaître le gouvernement et son chef, fusibles commodes depuis un demi-siècle ». Bref, livré sans défense au capitalisme le plus dégueulasse, le peuple ne peut même plus se défouler en coupant quelques têtes. Retenez-le ou il fait un malheur ! Et l’éditorialiste de conclure : « La France n’est pas la Grèce. Mais. »

À Libé, on a tiré sur la même ficelle. « La France a le profil grec », écrivait Didier Pourquery après avoir pareillement expliqué qu’il serait bien étonnant (décevant ?) que l’agitation grecque ne s’exporte pas. En prime, nous avons eu droit aux péroraisons de l’inénarrable sociologue de service (je vous épargne son nom, inutile de le retenir ou alors, allez le chercher vous-mêmes !). Au journaliste qui craignait qu’en période de chômage la résignation ne l’emporte, elle a fait cette réponse magnifique : « Il peut y avoir une explosion. Nous sommes sur une poudrière. Une étincelle peut s’enflammer, plus qu’en 2005. » Allez les p’tits gars, ne laissez pas la flamme s’éteindre !

Certes, nos deux journaux n’ont pas tout inventé. Les politiques de tous bords n’ont cessé de proclamer leur inquiétude. Seulement, du côté de la gauche, cette inquiétude ne m’a semblé ni parfaitement désintéressée, ni parfaitement honnête. Quand Laurent Fabius déclare sur Europe 1 (cité par Le Monde) que « ce qu’on voit en Grèce n’est pas du tout, malheureusement, hors du champ de ce qui peut arriver en France », qu’il en remet une compresse sur « la dépression économique et la désespérance sociale », pour conclure en fustigeant « un gouvernement qui, vis-à-vis de la jeunesse ne montre pas de compréhension », quand Julien Dray, jeunologue éternel, proclame que « le syndrome grec menace l’ensemble des pays », je ne sais pas pourquoi mais j’entends autant de gourmandise que d’inquiétude. C’est sous couvert du même genre d’inquiétude qu’en mai 2007, Ségolène Royal avait promis de la casse si Nicolas Sarkozy était élu.

Bref, la gauche s’inquiète mais en se frottant les mains – encore que beaucoup doivent réellement flipper en se demandant si ce ne sont pas les copains de la maison d’à côté qui rafleront la mise au cas où la prophétie répétée en boucle se révèlerait auto-réalisatrice. Quoi qu’il en soit, il est bien plus rigolo de flatter la jeunesse dans le sens du poil victimaire que de combattre sur le fond les projets insensés de monsieur Darcos. Il est vrai qu’à gauche, ce que Darcos fait, beaucoup l’avaient rêvé. Il prétend faire de l’histoire une matière optionnelle ? Il a raison, l’histoire c’est sale. Il pense que pour être prof de français, il est plus important de « connaître l’institution scolaire » (nouvelle épreuve envisagée pour le Capes) que de comprendre quelque chose à la littérature ? Il a enfin compris que la littérature ne pouvait engendrer que d’affreuses discriminations. Bon, je caricature, mais on en est à peu près là. Sauf que toutes ces questions de savoir et de culture, ça prend la tête. Alors la gauche, au moins unie dans la démagogie, préfère ânonner, pour l’édification des jeunes et des moins jeunes : « Vous êtes pauvres ? C’est la faute au gouvernement. » Puisqu’on a toujours raison de se révolter.

Et pourtant, cette mayonnaise-là n’a pas pris. Reste à savoir pourquoi. J’hasarderai une hypothèse : ça n’a pas pris parce que la télé n’a pas joué le jeu. Un coup d’œil sur les sommaires des « 20 heures » de la semaine de France 2 et TF1 montre en effet que, passés les deux premiers jours, la Grèce était traitée en quelques secondes, en fin de journal, quand elle n’était pas purement et simplement absente. Il faut dire qu’entre les foyers privés d’électricité et le bébé perdu-retrouvé, on avait peu de temps pour les broutilles. En tout cas, sauf erreur de ma part, nos grandes chaînes n’ont pas jugé nécessaire d’inviter un dirigeant-lycéen à expliquer que la Grèce ce n’était rien à côté de ce qu’on allait voir en France. D’ailleurs, elles n’ont pas vraiment mis le paquet sur les mouvements lycéens. Du coup, la question reste entière. Il serait intéressant de comprendre les raisons de cette abstinence, curieuse quand on se rappelle l’enthousiasme avec lequel les mêmes chaînes avaient couvert le CPE. Certains verront là, une fois de plus, la main invisible de Sarkozy. Il est vrai que l’actuel président a sinon encouragé du moins suivi avec un grand intérêt les manifestations qui ont abouti à la chute de son rival. On ne saurait totalement exclure que Patrick de Carolis et Martin Bouygues aient cherché, l’un à éviter d’énerver encore plus le chef de l’Etat, l’autre à lui faire plaisir. J’aurais plutôt tendance à chercher l’explication de cette réserve du côté de la « bourse aux émotions », définition que Peter Sloterdijk donne des médias. Pour faire court, les émeutes, c’était pas le mood du moment. Autrement dit, si la télévision n’a pas rallié le chœur des vierges plus ou moins faussement effarouchées, c’est pour de mauvaises raisons.

N’empêche que Lolo Ferrari, David Pujadas et surtout leurs patrons respectifs ont sauvé nos fêtes de fin d’année. Merci à eux. Quant aux autres, qu’ils ne s’impatientent pas. La jeunesse finira par les entendre.

NB. Je sais, le titre, j’ai déjà fait le coup. Mais justement, eux aussi, ils l’ont déjà fait.

Bartholomé Dantony

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Le navigateur Bartholomé Dantony vécut dans l’ombre de Christophe Colomb qui le priva d’exercer une carrière d’explorateur à sa mesure. « Il est génois, moi je suis gêné », avait coutume de répéter le plus malchanceux navigateur de l’histoire humaine. Quand Colomb s’embarqua en août 1492 à bord de la Santa Maria pour ouvrir la route occidentale des Indes, Bartholomé Dantony renfloua La Relance, une caravelle française, afin d’ouvrir la route orientale. L’idée aurait pu s’avérer excellente si le frêle esquif ne s’était pas échoué au large d’Izmir, obligeant Dantony à accomplir le reste du trajet à pied. Las, les Ottomans le firent prisonnier et ce n’est qu’en 1507 qu’il parvint aux Indes. Nous ne pouvons malheureusement en dire davantage sur Bartholomé Dantony : les sources manquent et se bornent à cet unique tableau dont nous ignorons l’auteur. Quant à l’historiographie, elle se limite à un article écrit en 1971 dans le numéro 567 de L’Indicateur Bertrand.

Anonyme, Bartholomé Dantony. Huile sur toile, conservée au siège de l’Union maritime et portuaire (rue de la Boétie, Paris).

Mon pote le manouche

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J’ai évoqué dans mon dernier billet (qui a été publié alors j’en profite, tant que je gagne, je joue !) mes voisins les manouches. Une aire d’accueil pour les gens du voyage a été aménagée au bord de la forêt, à deux pas de chez moi. Comme la briqueterie où j’ai élu domicile, elle est séparée du village par le chemin de fer.

La mairie, socialiste, a sélectionné les familles invitées à y résider en choisissant celles qui n’étaient pas reparties l’année précédente avec le cuivre des sanitaires du stade sur la pelouse duquel elles avaient séjourné, ou celles dont les enfants étaient scolarisés. Depuis, il y a une dizaine de caravanes. L’été, ils partent aux Saintes-Marie-de-la-Mer.

On peut rire de la bonne conscience de gauche qui fait le tri parmi les nomades mais les communes de droite dans le coin évitent la question et ne construisent pas les aménagements réglementaires – tant pis pour les directives européennes. Du coup, les manouches s’installent où ils peuvent, ce qui n’est pas très bien vu. Rares sont ceux qui aiment voir arriver ces oiseaux de passage. Même mes copains de gauche, purs de tout fantasme raciste, ferment leur porte à double-tour. D’autres seraient prêts à rappeler Pétain pourvu qu’on arrête de les cambrioler.

Evidemment, les « gens du voyage » n’ont pas le monopole du vol de poules. Mais leur sale réputation les précède.

J’en parle à l’occasion avec l’un de mes nouveaux voisins manouches qui passe de temps en temps. J’ai construit une niche pour son chien, depuis on est en affaires. Il a souvent besoin de planches qu’il tente de négocier contre des tickets de manège, une batterie de cuisine ou un sac à main. Inutile de vous dire que le sac, je n’oserais l’offrir qu’à ma grand mère et encore parce qu’elle est morte. Il m’appelle « mon copain ». Salut mon copain, ça va mon copain ?

Un jour où il est venu chercher une planche, je lui parle de mon camion volé, il y a une dizaine d’années.
– Ah bon ? Ah bon ? Un Master aussi, un Master ?
– Non, un Ford Transit, un modèle de 96 que j’avais acheté un an plus tôt, avec les formes des portières un peu courbes, un autoradio et des super enceintes que je venais d’installer – mon premier camion presque neuf après la série de poubelles dans lesquelles j’avais roulé des années.
– Ah bon ? Ah bon ? Il dit tout deux fois mais tellement vite qu’on n’entend qu’une fois et demi.
– Ah ben oui, c’est comme ça, un jour, un jour ça s’ra toi, pis un jour, ça s’ra an aut’. C’est comme ça ! Et ça le fait rire : idiot, filou les deux, difficile à dire.

Je le regarde et je me souviens du gendarme qui, alors que j’étais venu déclarer le vol, m’avait confié : « Les camions, on sait que c’est les gens du voyage. » Je me souviens que les nuits suivantes, je rêvais de meurtres, je me voyais choper les enfoirés qui me l’avaient piqué et aller les torturer dans la forêt. (Je sais, c’est très mal de ne pas avoir plutôt pensé à l’enfance difficile de mes voleurs.) Et puis la galère, racheter un camion, emprunter. Bien sûr, je n’étais pas assuré pour le vol. Mon père m’a bien aidé sur ce coup-là – merci.

Et l’autre en face de moi : « Ben oui, c’est comme ça, un jour, ça s’ra toi pis… »

Et je me souviens aussi de ceux qui m’avaient fait le coup de l’affutage.
Un midi, un freluquet débarque à l’atelier, un manouche endimanché dans un costard avec une mallette. Il fait l’affutage – cela signifie qu’il veut affuter mes outils.
Bon, l’histoire du camion remonte déjà à cinq ans, ma colère est retombée, allez faut que tout le monde bosse. Je lui confie des fers, des mèches. Je lui demande le prix.
– Tu t’inquiètes pas ! Un bon prix !
– D’accord, mais dis-moi comment tu fais ton prix.
Il prend une mèche de 10, en mesure le diamètre (c’est important) et me dit : « 10 mm c’est 2 francs. » Tope là. Il repart avec les outils et me les rapportera affutés le soir.

Vers 20 heures, trois mecs celui du midi plus deux autres, sapés comme des maquereaux, font irruption dans ma cour en Mercedes. Ils en sortent avec mes fers affutés dans un carton et commencent à compter devant moi. L’un des trois prend une mèche et la mesure dans le sens de la longueur. Voilà l’arnaque. Résultat, le prix de l’affutage d’une mèche de 10 millimètres de diamètre a été multiplié par les 25 centimètres de long de ladite mèche. Et passe, d’un seul coup d’un seul de 2 francs à 50 francs.

Je leur dis que non, que ça ne marche pas comme ça.
– Mais si, c’est comme ça qu’on compte!
Ils font le total et me demandent 5000 francs pour le travail – qui vaut au maximum 1000 francs. Je leur dis que je ne payerai pas. Deux heures, ça a duré, le ton montait, le prix baissait. Ils ont vaguement menacé de venir stationner des caravanes dans ma cour, ont fait des allusions à tout mon bois qui pourrait bien brûler si ça se trouve. Ils gueulent, moi aussi. Tout le monde bluffe mais ça peut virer à la baston. À un moment, c’est très chaud, je téléphone à mon voisin d’en face.
– J’ai une embrouille avec les manouches, viens qu’on fasse le poids.
– J’arrive mais fais-moi passer pour un client à toi.
Il ne veut pas que les manouches sachent où il habite. « Et surtout, il rajoute, faut pas qu’ils partent fâchés. » Dans la boite de BTP où travaille son beau-frère, ils ont eu la même arnaque, trois mecs, ils voulaient 400.000 balles, ils sont partis avec un chèque de 50.000, mais comme ils gueulaient que ce n’était pas assez et qu’ils ne voulaient pas partir, les ouvriers les ont virés à coups de lattes. Le mois suivant, une nuit, la taule brulait. Ils ne s’en sont pas remis, la boite a fermé…

Bon, ce soir-là (je suis toujours dans mes souvenirs), le voisin finit par s’amener. Pas une fillette, le gars : plus de 100 kilos, il est charpentier. Avant, il était équarisseur dans un abattoir. Une fois, il a explosé l’avant de son camion contre un sanglier qui traversait la route. Pas moyen de faire un constat, il s’est payé sur la bête. Avec son beau-frère (celui de la boite de BTP qui a fermé depuis) ils ont étalé une bâche sur le carrelage du salon et le bestiau a fini dans les congélateurs. En principe on n’en parle pas trop, mais avec vous ça ne risque rien. C’est qu’on n’a pas le droit, il faut le déclarer aux garde-forestiers, et après, ils se le gardent pour eux, l’animal…

Il arrive, les gominés font encore un peu de cirque et repartent avec un chèque de 1000 francs. Le pire c’est qu’on aurait pu les latter à l’aise, ces harengs saur, mais après, on fait quoi ? On passe nos nuits à veiller ? C’est pas mon cabot qui va monter la garde.
Mais ça va, ils ne sont pas partis fâchés. L’année d’après, l’un des macs me rappelle pour de l’affutage. « Tu rigoles ? », je lui dis. Ils tentent le coup. Des fois qu’ils tomberaient sur un Alzheimer qu’ils pourraient niquer tous les ans.

Bon je m’égare dans mes souvenirs et l’autre qui est là à attendre. Il repart avec sa planche et je le prie de garder ses casseroles. « Merci mon copain. »

Après la Halde, faut-il aussi dissoudre la SPA ?

19

Il ne leur suffisait pas d’avoir kidnappé Vox, le chien si peu errant de Cyril Benassar, les amis des bêtes veulent en plus faire la police sur le réseau social : la SPA vient de demander très officiellement à Facebook la fermeture du groupe pour de rire intitulé « Fédération Française de Lancer de Chiot ».
Virginie Pocq Saint-Jean, présidente de la SPA s’est même fendue d’un communiqué : « Internet peut être la pire ou la meilleure des choses. Il est alarmant que de tels groupes, comptant exercer des activités de mauvais goût puissent se créer ainsi sur Facebook. Il y a un véritable problème de société. La SPA ne peut que désapprouver la création d’un tel groupe et demande à Facebook de le fermer dans les plus brefs délais. » Car figurez-vous qu’en vrai nous sommes confrontés à un problème de société : « Les animaux une fois de plus font les frais du malaise d’une société en perte de repères, c’est inacceptable et nous devons réagir ! », conclut la présidente du Hezbolouahouah.

Droits de l’homme ? Mon cul !

53

Ainsi notre ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a-t-il fini par dresser le triste constat de l’incompatibilité de la politique d’un Etat avec l’exigence des droits de l’homme. Amère réalité au moment où l’on célèbre le 60e anniversaire de la déclaration universelle de ces mêmes droits. En effet, jamais les mots n’ont été à ce point démentis par les faits. Il faut croire que le monde est bien malade pour ne plus croire à la morale et au droit qu’il a lui même édictés. Pourtant, c’était une belle idée que cette grande déclaration au sortir de l’affrontement avec la barbarie nazie. « Nous les peuples, nous les nations… » Ça avait de l’allure, cette volonté d’inventer un droit planétaire pour conjurer le mal. Et voilà que, par un étonnant tour de passe-passe, le Mal chassé par la porte du Tribunal de Nuremberg, rentre par la fenêtre, hélas, de l’ONU elle même. Car l’astuce d’aujourd’hui consiste aujourd’hui à draper les pires pratiques dans les oripeaux des droits de l’homme. Cette forfaiture a un précédent. En août 2001, la conférence de Durban de la même ONU avait déjà dénoncé les méfaits de l’occident en général et d’Israël en particulier tandis que des portraits à la gloire d’Hitler avaient été distribués par des ONG islamistes. Quelques jours après la fin de la conférence, les avions piratés par Ben Laden s’écrasaient sur les tours de Manhattan. Les mots avaient devancé les choses.

Tandis qu’à Genève, au Palais des Nations, on s’apprête aux festivités à venir – une salle dite de l’Alliance des civilisations vient d’être inaugurée avec force champagne et petits fours pour la modique somme de 50 millions d’euros –, on pouvait voir à la télévision un reportage sur les violences et viols commis au Congo sous l’œil placide des forces de l’ONU. En dix ans de conflit dans l’ex-Congo belge, ce sont près de cinq millions de personnes qui ont péri directement on indirectement, victimes de toutes les exactions, guerres, guérillas qui ont frappé ce territoire. De ce conflit de première intensité, l’ONU ne se soucie guère, pas plus que les médias occidentaux, abandonnant l’Afrique aux poubelles de la modernité, vous pensez bien ce ne sont que des noirs qui tuent d’autres noirs. En revanche, l’ONU s’intéresse à des crimes bien plus intéressants qu’il faut dénoncer dans l’urgence avec les mots qu’il faut. Ainsi son expert pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens, Richard Falk, a récemment déclaré que « la politique d’Israël dans les territoires relevait de la qualification de crimes contre l’humanité ». Voilà un expert international qui a les sens du mot juste pour qualifier finement les choses.

Et voilà qu’en France Stéphane Hessel, ancien résistant, légende vivante de la justice universelle et de la bonne conscience hexagonale, tient des propos similaires. Ce qu’annonce ce type d’outrance c’est le désastre annoncé de la future conférence de l’ONU sur le racisme prévue pour avril 2009 à Genève, où c’est bien évidemment Israël qui sera cloué au pilori des droits de l’homme à la sauce onusienne. L’illusion serait de croire qu’en y sacrifiant Israël, l’Europe y gagnerait trois gouttes de pétrole supplémentaire. Il n’en est rien. La mécanique onusienne s’est emballée : aujourd’hui c’est le principe d’universalité des droits qui est mis en cause par la coalition des Etats regroupés au sein de l’Organisation de la Conférence Islamique. C’est le principe d’égalité des sexes qui est mis à mal par la même OCI au nom du relativisme culturel. Avec la complicité de la Chine et de la Russie, ce sont le Soudan, la Libye, la Syrie, l’Egypte, l’Algérie, le Pakistan qui prétendent imposer de nouvelles normes désignant la diffamation des religions comme autant de crimes racistes. La lecture critique de la charia, la mise en cause du texte coranique, seraient désormais considérés comme autant de crimes contre l’humanité faisant de la liberté de penser un délit majeur. Ne parlons pas des pratiques répressives en islam contre les femmes, elles seraient mal vues par les mandataires de l’OCI. Quand aux droits des autres peuples, Tibétains, Kurdes ou Ouïgours, ils attendront la séance suivante.

Alors, Monsieur Kouchner, puisqu’il y aurait difficulté à faire coïncider la fidélité aux principes des droits de l’homme dont nous sommes si fiers et la politique de la France, pourquoi la France pour rester fidèle à ses idéaux, pourquoi la France n’annonce-t-elle pas qu’elle boycotte la mascarade de cette conférence scélérate ? Ça ne couterait pas si cher et ça pourrait rapporter gros – si on pense, bien sûr, que l’honneur a quelque valeur.

Dimanche va mourir !

206

Nous n’avons décidément pas la droite la plus bête du monde. Cela peut chagriner, mais cela est un fait. Quand une cinquantaine de députés UMP s’opposent avec une vigueur étonnante à la possibilité de travailler le dimanche, on se souvient soudain que tout le monde n’est pas sarkozyste à droite, c’est-à-dire évoluant dans un monde où seule la consommation serait la clef du bonheur.

On a pu entendre cette semaine, sur France Info, l’un de ces micros-débats entre Sylvie Pierre-Brossolette et Laurent Joffrin sur cette question. C’est habituellement ronronnant puisque les deux plumes faisant partie du même bloc central, leurs désaccords sont profondément artificiels et rappellent la fameuse formule blanc bonnet et bonnet blanc du regretté Jacques Duclos à la présidentielle de 1969. Mais là, tout d’un coup, le ton de Sylvie Pierre-Brossolette, censée incarner la droite, face à un Laurent Joffrin, censé incarner la gauche (on ne rit pas, dans le fond…), est monté d’un cran. En substance, pour défendre une loi autorisant le travail le dimanche, elle a dit qu’on n’allait pas continuer à vivre sur deux mille ans de tradition. Elle n’a pas prononcé l’adjectif « judéo-chrétienne », mais enfin, l’idée était là.

C’est vrai, quoi, c’est fou ce que c’est ennuyeux le judéo-christianisme quand on y pense. Des prophètes douteux chassent les marchands du temple, on fait de l’égalité entre les personnes un impératif catégorique et on indique au passage que le Seigneur lui-même s’est reposé le septième jour après une semaine de Genèse qui dut largement excéder les trente-cinq heures. Et voilà que Sylvie Pierre-Brossolette voit là d’insupportables freins à la croissance, voire d’insupportables atteintes à la liberté individuelle. Et de renchérir en jetant un opprobre moderne, tellement moderne, sur ces députés UMP dont on sait bien d’où ils viennent et d’où ils parlent. Que l’on nous permette de traduire : il s’agit de catholiques réacs qui croient à la famille, ces idiots, et qui protègent un petit commerce de centre-ville obsolète, sauf l’Arabe du coin dont même les débatteurs de France Info ont besoin quand ils sont en rupture de Boulaouane gris ou d’œufs pour improviser une omelette entre grandes consciences libérales éclairées.

En plus, la dame a cru bon d’ajouter que tout le monde n’ayant pas une vie de famille, notamment les jeunes, pourquoi les empêcher de gagner plus en allant faire des démonstrations de matelas multispires dans des magasins aux couloirs heideggériens qui ne mènent nulle part. Oui, pourquoi ? Eh bien peut-être parce que le meilleur endroit pour rencontrer l’homme ou la femme de sa vie n’est pas dans ces non-lieux[1. Sur cette notion de non-lieux, on se reportera à l’excellent livre de Marc Augé, Non-lieux, pour une anthropologie de la surmodernité (Seuil).] qui prolifèrent dans la périphérie de toutes les villes françaises et les rendent tranquillement inhumaines, alignant les mêmes enseignes qu’on s’approche de Lille ou de Rennes, de Châteauroux ou de Toulon.

On sait depuis Marx et Debord que le capitalisme se manifeste par une formidable uniformisation du réel, une unification des modes de production qui fait disparaître la figure du monde dans une gigantesque galerie marchande planétaire où personne n’a jamais rien pu accomplir d’autre que consommer et même, paupérisation durable aidant, juste rêver de consommer. Qui peut tomber amoureux, se réciter un poème, prier, bref redevenir un sujet autonome dans des endroits comme les magasins de meubles en cuir, les restaurants rapides, les multiplex cinématographiques ? Qui peut rester un homme ? « Pour la première fois dans l’histoire, écrit Debord dans In Girum imus et consumimur igni, voilà des agents économiques hautement spécialisés qui, en dehors de leur travail, doivent tout faire eux-mêmes : ils conduisent eux-mêmes leurs voitures et commencent à pomper eux-mêmes leur essence, ils font eux-mêmes leurs achats ou ce qu’ils appellent de la cuisine, ils se servent eux-mêmes dans les supermarchés comme dans ce qui a remplacé les wagons-restaurants. »

Cette unification de l’espace est effective depuis presque trente ans en Occident. On pourra lire pour s’en convaincre les œuvres de Raymond Carver, de J.G. Ballard ou, pour la France, celle de François Taillandier[2. Par exemple, Les vitamines du bonheur de Raymond Carver (Livre de Poche) et Anielka de François Taillandier (Stock).], peintres de cette post-humanité qui passe sa vie dans les pseudo-villes rurbanisées, commet l’adultère sous poutres apparentes pavillonnaires et vit l’essentiel de sa vie sociale en croisant son voisin dans des rues identiques et des centres commerciaux climatisés qui ressemblent à des aéroports d’où ne partirait jamais aucun avion.

Ce que voudraient, de manière consciente ou non peu importe, nos néo-libéraux, c’est que cette unification de l’espace se double d’une unification temporelle. La mort voulue du dimanche n’est pas là pour relancer on ne sait quelle hypothétique croissance, on ne sait quel pouvoir d’achat anémique pour les précaires qui trouveront de quoi augmenter une paie étique en souriant à l’individu déculturé par des années de TF1, lequel demandera pour la dixième fois si on peut payer en mille fois sans frais cette perceuse à percussion centrale : il a bien fallu, en effet, occuper les heures postprandiales, étant donné que le zapping des quatre cents chaînes du câble n’a rien donné.

Non, la mort voulue du dimanche est le désir totalitaire d’en finir avec un temps qui échapperait aux rapports de production, un temps fait pour la lecture, le bricolage, l’amour, la pêche à la ligne, le repas de famille, un temps profondément libéré, un temps libre au sens premier du terme. Le désir d’en finir avec cet îlot hebdomadaire qui est toujours un repère dans le fleuve identique des jours aliénés.

On s’est déjà, dans notre pays, attaqué aux fêtes, on a voulu tuer la Pentecôte et on y est presque arrivé. Qui ne ressent pas une légère obscénité à voir des enseignes ouvertes un 11 novembre, par exemple et à l’idée d’aller manger des hamburgers sur le cadavre des Poilus pour célébrer la flexibilité du travail ? Apparemment, juste ce qu’il reste de catholiques et de communistes en France.

Ça ne fait pas grand monde mais, une fois encore, ils sont sur la même ligne de feu pour contrer la tranquille barbarie de la marchandise souveraine. Péguy et Bernanos main dans la main avec Marx et son gendre Lafargue, auteur d’un célèbre Eloge de la paresse. Ce front commun ne surprendra que les idiots. Et les enfants qui, disait Trenet, s’ennuient le dimanche. Mais eux, au moins, ont l’excuse d’être des enfants.

Anielka - Grand Prix du Roman de l'Académie Française 1999

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Le Père Noël est un causeur

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Le mensuel Causeur du mois de décembre vient de paraître ! Au sommaire de ce numéro dont la couverture a été confiée à Jacques Louis David (un jeune plasticien plein de promesses) : un retour sur le parti socialiste après l’épreuve du Congrès de Reims, une sélection d’articles parus sur le site et des articles originaux d’Elisabeth Lévy et de Gil Mihaely. Vous n’êtes pas encore abonné à Causeur ? N’hésitez plus à vous abonner ou à offrir un abonnement à vos amis – combien d’entre eux espèrent en secret trouver un numéro de Causeur sous le sapin le 25 décembre prochain ! Faites des heureux !

Ils ont pissé dans le Styx

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La profanation de la nécropole militaire Notre-Dame-de-Lorette aura donné ces jours-ci un écho plus large que prévu à la parution du rapport de la mission parlementaire sur la lutte contre les violations de sépultures conduite par André Flajolet et Jean-Frédéric Poisson[1. C’est drôle, dès qu’un problème se pose, on découvre qu’une commission parlementaire est en train de se pencher dessus… Qui s’occupe de mon découvert bancaire ?]. Les deux députés nous apprennent qu’ »il y a environ un acte de violation de sépulture à peu près tous les trois jours en France ». Sur cent profanations annuelles ces cinq dernières années, dix sont à caractère islamophobe et antisémite, dix autres sont le fruit du fan club de Marilyn Manson, métallo la semaine et révérend de l’Eglise satanique de San Francisco le dimanche. Quant aux quatre-vingts autres, elles sont l’œuvre de profanateurs aussi barges qu’alcoolisés. Le pack de Kro aura donc plus fait pour la propagation des violations de sépultures ces dernières années que la haine de Moïse, de Mahomet et de Jésus réunis.

Tout indique, pour l’heure, que la profanation de la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette est un acte d’islamophobie teinté d’un soupçon d’antisémitisme – tout le monde est servi. C’est un problème, mais au fond ce n’est pas le problème. Dès lors que 80 % des profanations sont commises au petit bonheur la chance par des crétins pas trop regardants sur la confession des morts dont ils saccagent la stèle ou attentent au cadavre, c’est la profanation en tant que telle qui devrait nous inquiéter.

Or, sans souffrir aucune exception, les journaux ont concentré leurs titres et leurs analyses ces derniers jours sur le caractère « musulman et juif » des tombes, tandis que le président de la République se fendait d’un communiqué dénonçant « le racisme le plus inadmissible qui soit ».

Certes, c’est devenu un réflexe de ressortir de sa pochette surprise idéologique son bréviaire d’antiraciste militant pour expliquer les choses : racisme anti-musulman, anti-juif, anti-chrétien. C’est au choix. Ah ! Le mort n’avait pas de signes confessionnels sur sa tombe ? Qu’à cela ne tienne, j’ai dans ma panoplie un petit racisme anti-laïque qui n’a pas trop servi ces temps-ci. Je vous l’emballe ou c’est pour consommer tout de suite ?

Ici, le mot « racisme » sert d’emballage médiatique à des actes dont les ressorts sont d’une nature beaucoup plus complexe et, semble-t-il, inquiétante.

Expliquer une profanation par le racisme, c’est passer à côté de la réalité. Si jamais l’on s’en tenait d’ailleurs aux motivations des profanateurs pour expliquer le phénomène dans sa globalité, les statistiques de la gendarmerie nous obligeraient à en déduire que la France souffre plus d’un problème de gamins[2. 80 % des interpellés sur ce genre d’affaires ont moins de 18 ans.] un peu bourrés qui vont s’encanailler au Père Lachaise que de satanisme, d’islamophobie ou d’antisémitisme. Certes, c’est moins vendeur. Mais, en vérité, on ne peut jamais rendre compte d’un crime uniquement par son mobile. Prenez, par exemple, un crime passionnel : si vous vous en tenez aux motivations du meurtrier, vous n’avez rien d’autre qu’une belle histoire d’amour… L’explication éclipse l’acte.

Hormis les atteintes à l’intégrité des cadavres[3. Huit affaires élucidées et jugées en moyenne par an concernent des atteintes physiques sur les cadavres.], en quoi consiste une profanation ? À dégrader une pierre tombale de diverses manières (destruction, renversement, inscription, déjections, etc.). Si cette dégradation n’était que physique, le mal serait bénin : l’intervention d’un marbrier ou d’un employé du cimetière suffirait à la réparer. Or, une profanation ne tient jamais dans les formes qu’elle revêt, mais essentiellement dans sa portée symbolique.

La fonction symbolique d’une pierre tombale ou d’une stèle est double[4. Les anthropologues comparatistes me pardonneront, mais je parle des cimetières tels qu’on les trouve aujourd’hui en France. Non pas de l’Inde ni de Haïti, et encore moins des cimetières français dans une dizaine d’années, lorsqu’à l’inhumation traditionnelle aura succédé la crémation.]. Elle est d’abord un mémorial : elle donne à lire aux vivants le nom des défunts. Par-delà la mort subsiste l’humanité d’un patronyme suivi de deux dates, résumant à eux seuls le fil tenu de toute une existence[5. L’énumération systématique des noms est la principale activité humaine face à la mort. Litanie des saints ou littérature : la mortalité nous appelle à nous raccrocher à ce qui reste. Qu’on relise le Barrès des Déracinés et l’Aragon du Conscrit des cent villages : « J’emmène avec moi pour bagage / Cent villages sans lien sinon / L’ancienne antienne de leurs noms / L’odorante fleur du langage / Adieu Forléans, Marimbault / Vallore-Ville, Volmérange / Avize, Avoine / Vallerange. »]. Face à la mortalité, le nom gravé dans la pierre est non pas le meilleur gage d’immortalité, mais le moyen le plus simple que l’homme ait jamais trouvé pour que son existence excède sa propre mort. Première chose donc, une pierre tombale est moins l’affaire d’un marbrier que celle du sens et de la valeur que l’on accorde à la vie humaine. La deuxième fonction symbolique d’une pierre tombale est de marquer la distinction radicale entre la mort et la vie.

Pour les anthropologues, cette distinction n’est pas anodine : elle est l’une des étapes les plus cruciales du processus d’hominisation. On a longtemps pensé que les rites funéraires étaient le propre d’Homo sapiens, qui les aurait inventés 30 000 ans avant notre ère au Paléolithique supérieur. Or, certaines découvertes archéologiques (Qafzeh en Israël, La Ferrassie en Dordogne, Techik-Tach en Ouzbékistan ou Grimaldi en Italie) repoussent les premiers comportements funéraires beaucoup plus loin dans l’histoire. La découverte à Burgos en Espagne de 3000 fossiles humains atteste de comportements funéraires chez Homo heidelbergensis, l’ancêtre commun à Homo sapiens et à Homo neandertalensis. Il y a 350 000 ans, les pithécanthropes se livraient à des rituels mortuaires. La mise en scène de la différenciation entre la mort et la vie est donc un comportement typique de l’espèce : elle naît chez les préhominiens et s’institutionnalise chez Homo sapiens.

Marquer la différence symbolique entre le monde des vivants et le monde des morts : voilà ce qui pourrait constituer le propre de l’homme. On peut relire à cette aune-là l’Antigone de Sophocle. On présente souvent ce texte fondateur de la littérature occidentale comme l’illustration du conflit entre légitimité et légalité. Il y a certainement autre chose à y lire : si Antigone brave l’édit de Créon, c’est pour répandre « un fin voile de poussière sèche » sur le cadavre de Polynice que Créon avait ordonné de maintenir nu et exempt du moindre grain de sable que le vent viendrait y déposer. Créon mène une lutte symbolique : accepter que de la poussière se dépose sur le corps de Polynice, c’est admettre qu’il y a une différence entre son cadavre et le monde des vivants – or cette distinction est réservée aux hommes. Créon entend déshumaniser Polynice.

Quant à Antigone, le coryphée nous dit qu’elle a agi au nom d’une « loi divine ». Il ne faut pas entendre ici ce terme comme la loi édictée par une transcendance, mais bien comme une « loi transcendantale », c’est-à-dire comme une condition de possibilité de l’humanité elle-même. Qui ne marque pas la différence entre la mort et la vie n’est pas digne d’être appelé un homme, nous dit Sophocle. Après lui, les grands récits humains mettant en scène cette distinction radicale ne manquent pas et notre imaginaire collectif est marqué tout aussi bien par le cours du Styx que par la pierre roulée du Tombeau. Pour reprendre la thèse que formule René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque, ces mythes imprègnent notre imaginaire non par leur inventivité littéraire mais par la vérité anthropologique qu’ils recèlent : l’humanité naît au cimetière – Sophocle et Coppens disent, en fin de compte, la même chose.

Quel est le rapport avec les profanateurs qui sévissent cent cinquante fois par an dans les cimetières français ? Ils destituent un ordre symbolique présent aussi bien dans le processus d’hominisation de notre espèce depuis plus de quatre cent mille ans que dans le système de représentation de nos civilisations humaines.

Les profanateurs ne sont pas seulement déconnectés des références qui mettent en scène la distinction entre la mort et la vie dans toutes les cultures et toutes les religions humaines. Ce n’est pas simplement l’éthique ou la morale religieuse qui leur manque : leur cas est plus grave. Lire Sophocle, maîtriser les subtilités de l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, croire en un Arrière-monde ou connaître la différence entre le Paléolithique et le Néolithique ne sont pas requis chez un être humain : intuitivement il sait, comme ses très lointains ancêtres pithécanthropes, la ligne de partage entre la mort et la vie. Les profanateurs ont rompu en visière avec la civilisation, c’est-à-dire, dans le sens français, avec l’idée même d’humanité. Des racistes, de sombres crétins alcoolisés, des fans de Marilyn Manson ou des gamins qui jouent Lara Croft contre Antigone : ils peuvent être bien tout cela à la fois. Mais ce qu’ils sont, avant tout, dans l’ordre symbolique, ce sont des criminels contre l’humanité.

La Mort

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On vous dit tout, on vous cache rien

8

Pour les petits curieux qui veulent savoir ce que font les Causeurs en dehors de leurs heures de travail, un (fort agréable) début de réponse se trouve ici. Et surtout n’en profitez pas pour flâner un peu partout sur le blog de Didier Goux, rentrez tout de suite à la maison !

J’aime mon pays, mais…

55

J’ai abandonné depuis longtemps mes rêveries chevènementistes – en vrai, Chevènement himself m’y encouragea brutalement en les reniant lui-même avant moi et, en plus, devant moi. Plus précisément, en nous expliquant à la Mutualité, entre la présidentielle et les législatives de 2002, que nous n’étions plus les joyeux lutins qui avaient renvoyé Jospin à la niche au premier tour, mais des degauches respectables, dont l’ultima ratio était de sauver le siège de député du 11e arrondissement de Georges Sarre. Il encourut pour cela une sévère mise au point d’Elisabeth Lévy qui lui rappela, devant 2000 témoins, dont une grosse moitié l’applaudit à tout rompre, les termes initiaux de notre contrat de mariage. Et croyez-moi, quand Elisabeth se sent trahie, mieux vaut ne pas être l’unique objet de son ressentiment, car les mots pour le dire lui viennent aisément.

Bon tout ça pour vous expliquer que, contrairement par exemple à mon meilleur ami (Basile de Koch, à l’heure où je vous parle et depuis 15 ans) et à la plupart de mes proches, je ne suis pas souverainiste, ni même un authentique patriote. Pour tout dire, je ne me sens pas toujours français. Peut-être tout d’abord parce que je n’ai pas toujours été français, ayant été naturalisé à l’âge de 10 ans (je me souviens encore en train de hurler à mes copains, photocopie en main : « Ça y est, j’ai été nationalisé ! »). Avant ça j’étais italien, sans jamais avoir foutu les pieds en Italie. En fait, j’étais un petit juif égyptien foutu à la porte du pays où étaient nés tous ses aïeux depuis au moins des siècles, à cause d’histoires compliquées entre juifs et arabes dont vous avez sans doute entendu parler. Italien, juif, égyptien, en 1965, ça faisait un peu beaucoup pour mes petits camarades de CP de l’école Joliot-Curie d’Ivry-sur-Seine, alors fort peu cosmopolite, qui eurent donc vite fait de me rebaptiser « l’Américain ». Le surnom me resta assez longtemps, très exactement jusqu’à la troisième, où je devins, et pour de longues années, « Max », à la suite d’un exposé – que je jugerai, avec le recul, pour le moins unilatéral – en cours d’histoire à la gloire de Maximilien Robespierre, du Comité de Salut Public et de la Terreur.

De fait, comme quelques dizaines de millions d’humains de par le monde, mon attachement viscéral à la France fut d’abord engendré par l’aventure tragique et christique des suppliciés de Thermidor. Aujourd’hui encore, j’ai tendance à penser (au grand dam de mon amie Elisabeth) que les aristocrates déclassés Robespierre, Saint-Just, Couthon, Lebas eurent raison dans leur erreur, leur horreur, leur Terreur. Entre nous, c’est quand même la dernière fois que ce pays a été gouverné par des honnêtes gens, plaçant, tels Louis XI, Henri IV ou Louis XIV, (et aussi Winston Churchill, Fidel Castro ou Ariel Sharon) l’intérêt supérieur de leur patrie au-dessus de toute autre considération, notamment politique.

N’empêche, avec les années, je me suis rendu compte, que mon patriotisme était souvent superficiel, pour ne pas dire schizophrène. La musique, la littérature, le cinéma que j’aimais venaient tous d’Amérique. Et pour ne rien vous cacher, je préférais toujours un cheeseburger arrosé de coca et suivi d’un carrot-cake chez Joe Allen à toute autre forme de déjeuner. Ajoutez à cela une pointe de désillusion sur la Révolution française. Comme je suis snob, elle ne vient pas, comme tout le monde, de la lecture de François Furet, qui reste pour moi, un remake marxophobe d’Albert Soboul, le sérieux en plus et la verve en moins. Non, finalement, c’est plutôt la découverte du martyre d’André Chénier qui m’a décillé. Et cette phrase de Kleber Haedens, dans Une introduction à la littérature française que je cite de mémoire, qui explique que Jean-Jacques Rousseau sème des pâquerettes et récolte des têtes.

Une fois brisé le tabou robespierriste, les autres verrous sautent sans difficulté majeure. Même pas besoin de savoir que c’est la Chambre issue du Front Populaire qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain, ni d’avoir lu les Récits de la Kolyma. On sait d’avance qu’il y a un loup dans l’Histoire.

Donc, mon patriotisme a cessé depuis bien longtemps d’être gothique flamboyant. En 1963, Garaudy et Aragon, pour faire pièce aux canons du réalisme socialiste de Jdanov, avaient hasardé l’heureuse formule : « Pour un réalisme sans rivages ». Mon patriotisme est de cette race-là. Il s’est, dirons-nous pour le fun, « métissé ». En fouillant bien on y trouvera des traces :

– d’occidentalisme primaire (mais version XXL, de Valparaiso à Tokyo, en passant bien sûr par Jérusalem, on n’est pas des pédés) ;

– de cynisme : j’ai bien sûr fait campagne pour le non au référendum sur la Constitution européenne, mais en vrai je m’intéressais beaucoup plus au non qu’à la Constitution, sur laquelle je n’ai toujours pas la moindre opinion ;

– de populisme : une nation, c’est aimable quand il y a un peuple dedans. Le plus simple pour me faire comprendre sera de paraphraser Marx qui explique que ce qui fait une classe sociale, ce n’est pas bêtement sa place dans le processus de production, mais la conscience qu’elle a d’être une classe. Ce qui a fait, ne fait plus et pourra, si Dieu veut, refaire le peuple français, c’est sa conscience d’unicité, d’historicité et d’universalité. Pour dire les choses plus simplement, on est français quand on vibre pour Jeanne d’Arc, La Fontaine, Poussin, la Grande armée, Dumas ou Gainsbourg – et, bien sûr, pour le « souvenir du sacre de Reims et le récit de la fête de la Fédération[1. « Il y a deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. » Marc Bloch.] ». Ceux qui pensent que onze décérébrés en bleu beuglant autour d’une coupe en ferraille peuvent y suffire sont des ennemis du peuple et seront, espérons-le, punis comme tels ;

– d’élitisme, parce que ce mouvement ne peut plus venir d’en bas. Le peuple ne s’auto-réparera pas tout seul, tel R2D2. La classe ouvrière et la paysannerie ont disparu en tant que classes, exterminées respectivement par la gauche et la droite en qui elles plaçaient leur confiance. Leur histoire, leur tradition, et leur rôle structurant dans notre identité ont disparu avec elles. C’est triste et c’est tant mieux, tout est à refaire, avec une vague idée de ce qu’il ne faut plus faire. Le sursaut, s’il vient, ne pourra venir que d’une poignée d’intellos « dilettantes et fanatiques[2. De mémoire, c’est ainsi que Gaston Gallimard décrivait, fort joliment, les fondateurs de la NRF.] », qui autour d’un verre de Chablis ou d’Amontillado, se diront que ce serait quand même dommage de faire une croix sur ce pays, parce qu’après tout on l’aime bien, malgré Cauet, Télérama ou l’élection de l’analphabète Simone Veil à l’Académie.

Et enfin il va de soi que tout cela requiert une bonne dose d’optimisme. Mais à quoi ça sert d’être français, si on ne croit pas aux miracles ?

L'étrange défaite

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Alors, ça vient ces émeutes ?

63

Nos jeunes sont des branleurs. Malgré les appels à peine subliminaux à l’émeute lancés par Le Monde, Libération et quelques dirigeants socialistes qui espéraient se refaire une santé sur le dos des manifestants grecs, nos-étudiants-et-lycéens-en-lutte (et avec de bonnes raisons de l’être même si ce ne sont généralement pas celles qu’ils choisissent) ont refusé d’égayer nos fêtes de fin d’année en nous offrant un remake hexagonal de la révolte grecque – et de celle de nos banlieues qui, maintenant que le temps a fait son effet et que les Grecs ont arraché le titre aux Français, paraît un peu pâlotte. En début de semaine, j’en ai même entendu un, un de nos jeunes en colère à nous, expliquer, probablement sur France Inter (impossible à retrouver sauf à me payer une demi-journée d’archéologie radiophonique), qu’on ne risquait guère de voir le mouvement anti-Darcos dégénérer en tragédie grecque (c’est juste pour faire un bon mot et aussi parce que je ne trouve pas le bon mot). Plutôt honnête, le jeune homme a expliqué, après avoir entendu des témoignages, saisissants du reste, de Grecs de toutes générations sur la dureté de leur condition, qu’on n’en était pas là en France. Encore un qui gâche le métier. S’il est à l’Unef, c’est-à-dire au PS, il a dû se faire engueuler sévère. La lucidité n’était pas au programme, on te l’avait pas dit, petit ?

« Ici, c’est pire, ou ça le sera bientôt. » C’est la ligne que le parti des bonnes consciences a essayé de faire prévaloir en fin de semaine. Il est vrai qu’au bout de quatre jours d’affrontements chez nos amis les Grecs, et alors que des dizaines de témoignages effarants avaient été diffusés, on ne savait plus très bien quoi raconter. « Après la Grèce, la France peut-elle s’enflammer ? », s’interrogeait Libé, vendredi, avec, en « une », la photo plein pot d’une manifestante bordelaise. Vous l’aurez compris, la véritable question était : la France doit-elle s’enflammer ? Et bien entendu, la réponse était comprise dans la question. L’après-midi, Le Monde jouait sur le même registre, avec le ton calme qui sied aux institutions honorables : « Social, jeunesse, banlieues : la France gagnée par l’inquiétude », annonçait-il en première page.

On me dira que nos deux estimables quotidiens se sont contentés de faire écho aux préoccupations de l’ensemble de la classe politique – on se demande que fait le CRAN. Ben voyons ! Dans son éditorial, Le Monde légitimait par avance la montée aux extrêmes si elle devait avoir lieu. Non seulement les raisons de désespérer ne manquent pas, expliquait-il en substance mais en outre, « il ne reste plus guère d’écrans protecteurs et de corps intermédiaires ». Pas même une victime à sacrifier à la foule en colère puisque « l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy a fait disparaître le gouvernement et son chef, fusibles commodes depuis un demi-siècle ». Bref, livré sans défense au capitalisme le plus dégueulasse, le peuple ne peut même plus se défouler en coupant quelques têtes. Retenez-le ou il fait un malheur ! Et l’éditorialiste de conclure : « La France n’est pas la Grèce. Mais. »

À Libé, on a tiré sur la même ficelle. « La France a le profil grec », écrivait Didier Pourquery après avoir pareillement expliqué qu’il serait bien étonnant (décevant ?) que l’agitation grecque ne s’exporte pas. En prime, nous avons eu droit aux péroraisons de l’inénarrable sociologue de service (je vous épargne son nom, inutile de le retenir ou alors, allez le chercher vous-mêmes !). Au journaliste qui craignait qu’en période de chômage la résignation ne l’emporte, elle a fait cette réponse magnifique : « Il peut y avoir une explosion. Nous sommes sur une poudrière. Une étincelle peut s’enflammer, plus qu’en 2005. » Allez les p’tits gars, ne laissez pas la flamme s’éteindre !

Certes, nos deux journaux n’ont pas tout inventé. Les politiques de tous bords n’ont cessé de proclamer leur inquiétude. Seulement, du côté de la gauche, cette inquiétude ne m’a semblé ni parfaitement désintéressée, ni parfaitement honnête. Quand Laurent Fabius déclare sur Europe 1 (cité par Le Monde) que « ce qu’on voit en Grèce n’est pas du tout, malheureusement, hors du champ de ce qui peut arriver en France », qu’il en remet une compresse sur « la dépression économique et la désespérance sociale », pour conclure en fustigeant « un gouvernement qui, vis-à-vis de la jeunesse ne montre pas de compréhension », quand Julien Dray, jeunologue éternel, proclame que « le syndrome grec menace l’ensemble des pays », je ne sais pas pourquoi mais j’entends autant de gourmandise que d’inquiétude. C’est sous couvert du même genre d’inquiétude qu’en mai 2007, Ségolène Royal avait promis de la casse si Nicolas Sarkozy était élu.

Bref, la gauche s’inquiète mais en se frottant les mains – encore que beaucoup doivent réellement flipper en se demandant si ce ne sont pas les copains de la maison d’à côté qui rafleront la mise au cas où la prophétie répétée en boucle se révèlerait auto-réalisatrice. Quoi qu’il en soit, il est bien plus rigolo de flatter la jeunesse dans le sens du poil victimaire que de combattre sur le fond les projets insensés de monsieur Darcos. Il est vrai qu’à gauche, ce que Darcos fait, beaucoup l’avaient rêvé. Il prétend faire de l’histoire une matière optionnelle ? Il a raison, l’histoire c’est sale. Il pense que pour être prof de français, il est plus important de « connaître l’institution scolaire » (nouvelle épreuve envisagée pour le Capes) que de comprendre quelque chose à la littérature ? Il a enfin compris que la littérature ne pouvait engendrer que d’affreuses discriminations. Bon, je caricature, mais on en est à peu près là. Sauf que toutes ces questions de savoir et de culture, ça prend la tête. Alors la gauche, au moins unie dans la démagogie, préfère ânonner, pour l’édification des jeunes et des moins jeunes : « Vous êtes pauvres ? C’est la faute au gouvernement. » Puisqu’on a toujours raison de se révolter.

Et pourtant, cette mayonnaise-là n’a pas pris. Reste à savoir pourquoi. J’hasarderai une hypothèse : ça n’a pas pris parce que la télé n’a pas joué le jeu. Un coup d’œil sur les sommaires des « 20 heures » de la semaine de France 2 et TF1 montre en effet que, passés les deux premiers jours, la Grèce était traitée en quelques secondes, en fin de journal, quand elle n’était pas purement et simplement absente. Il faut dire qu’entre les foyers privés d’électricité et le bébé perdu-retrouvé, on avait peu de temps pour les broutilles. En tout cas, sauf erreur de ma part, nos grandes chaînes n’ont pas jugé nécessaire d’inviter un dirigeant-lycéen à expliquer que la Grèce ce n’était rien à côté de ce qu’on allait voir en France. D’ailleurs, elles n’ont pas vraiment mis le paquet sur les mouvements lycéens. Du coup, la question reste entière. Il serait intéressant de comprendre les raisons de cette abstinence, curieuse quand on se rappelle l’enthousiasme avec lequel les mêmes chaînes avaient couvert le CPE. Certains verront là, une fois de plus, la main invisible de Sarkozy. Il est vrai que l’actuel président a sinon encouragé du moins suivi avec un grand intérêt les manifestations qui ont abouti à la chute de son rival. On ne saurait totalement exclure que Patrick de Carolis et Martin Bouygues aient cherché, l’un à éviter d’énerver encore plus le chef de l’Etat, l’autre à lui faire plaisir. J’aurais plutôt tendance à chercher l’explication de cette réserve du côté de la « bourse aux émotions », définition que Peter Sloterdijk donne des médias. Pour faire court, les émeutes, c’était pas le mood du moment. Autrement dit, si la télévision n’a pas rallié le chœur des vierges plus ou moins faussement effarouchées, c’est pour de mauvaises raisons.

N’empêche que Lolo Ferrari, David Pujadas et surtout leurs patrons respectifs ont sauvé nos fêtes de fin d’année. Merci à eux. Quant aux autres, qu’ils ne s’impatientent pas. La jeunesse finira par les entendre.

NB. Je sais, le titre, j’ai déjà fait le coup. Mais justement, eux aussi, ils l’ont déjà fait.

Bartholomé Dantony

25

Le navigateur Bartholomé Dantony vécut dans l’ombre de Christophe Colomb qui le priva d’exercer une carrière d’explorateur à sa mesure. « Il est génois, moi je suis gêné », avait coutume de répéter le plus malchanceux navigateur de l’histoire humaine. Quand Colomb s’embarqua en août 1492 à bord de la Santa Maria pour ouvrir la route occidentale des Indes, Bartholomé Dantony renfloua La Relance, une caravelle française, afin d’ouvrir la route orientale. L’idée aurait pu s’avérer excellente si le frêle esquif ne s’était pas échoué au large d’Izmir, obligeant Dantony à accomplir le reste du trajet à pied. Las, les Ottomans le firent prisonnier et ce n’est qu’en 1507 qu’il parvint aux Indes. Nous ne pouvons malheureusement en dire davantage sur Bartholomé Dantony : les sources manquent et se bornent à cet unique tableau dont nous ignorons l’auteur. Quant à l’historiographie, elle se limite à un article écrit en 1971 dans le numéro 567 de L’Indicateur Bertrand.

Anonyme, Bartholomé Dantony. Huile sur toile, conservée au siège de l’Union maritime et portuaire (rue de la Boétie, Paris).

Mon pote le manouche

97

J’ai évoqué dans mon dernier billet (qui a été publié alors j’en profite, tant que je gagne, je joue !) mes voisins les manouches. Une aire d’accueil pour les gens du voyage a été aménagée au bord de la forêt, à deux pas de chez moi. Comme la briqueterie où j’ai élu domicile, elle est séparée du village par le chemin de fer.

La mairie, socialiste, a sélectionné les familles invitées à y résider en choisissant celles qui n’étaient pas reparties l’année précédente avec le cuivre des sanitaires du stade sur la pelouse duquel elles avaient séjourné, ou celles dont les enfants étaient scolarisés. Depuis, il y a une dizaine de caravanes. L’été, ils partent aux Saintes-Marie-de-la-Mer.

On peut rire de la bonne conscience de gauche qui fait le tri parmi les nomades mais les communes de droite dans le coin évitent la question et ne construisent pas les aménagements réglementaires – tant pis pour les directives européennes. Du coup, les manouches s’installent où ils peuvent, ce qui n’est pas très bien vu. Rares sont ceux qui aiment voir arriver ces oiseaux de passage. Même mes copains de gauche, purs de tout fantasme raciste, ferment leur porte à double-tour. D’autres seraient prêts à rappeler Pétain pourvu qu’on arrête de les cambrioler.

Evidemment, les « gens du voyage » n’ont pas le monopole du vol de poules. Mais leur sale réputation les précède.

J’en parle à l’occasion avec l’un de mes nouveaux voisins manouches qui passe de temps en temps. J’ai construit une niche pour son chien, depuis on est en affaires. Il a souvent besoin de planches qu’il tente de négocier contre des tickets de manège, une batterie de cuisine ou un sac à main. Inutile de vous dire que le sac, je n’oserais l’offrir qu’à ma grand mère et encore parce qu’elle est morte. Il m’appelle « mon copain ». Salut mon copain, ça va mon copain ?

Un jour où il est venu chercher une planche, je lui parle de mon camion volé, il y a une dizaine d’années.
– Ah bon ? Ah bon ? Un Master aussi, un Master ?
– Non, un Ford Transit, un modèle de 96 que j’avais acheté un an plus tôt, avec les formes des portières un peu courbes, un autoradio et des super enceintes que je venais d’installer – mon premier camion presque neuf après la série de poubelles dans lesquelles j’avais roulé des années.
– Ah bon ? Ah bon ? Il dit tout deux fois mais tellement vite qu’on n’entend qu’une fois et demi.
– Ah ben oui, c’est comme ça, un jour, un jour ça s’ra toi, pis un jour, ça s’ra an aut’. C’est comme ça ! Et ça le fait rire : idiot, filou les deux, difficile à dire.

Je le regarde et je me souviens du gendarme qui, alors que j’étais venu déclarer le vol, m’avait confié : « Les camions, on sait que c’est les gens du voyage. » Je me souviens que les nuits suivantes, je rêvais de meurtres, je me voyais choper les enfoirés qui me l’avaient piqué et aller les torturer dans la forêt. (Je sais, c’est très mal de ne pas avoir plutôt pensé à l’enfance difficile de mes voleurs.) Et puis la galère, racheter un camion, emprunter. Bien sûr, je n’étais pas assuré pour le vol. Mon père m’a bien aidé sur ce coup-là – merci.

Et l’autre en face de moi : « Ben oui, c’est comme ça, un jour, ça s’ra toi pis… »

Et je me souviens aussi de ceux qui m’avaient fait le coup de l’affutage.
Un midi, un freluquet débarque à l’atelier, un manouche endimanché dans un costard avec une mallette. Il fait l’affutage – cela signifie qu’il veut affuter mes outils.
Bon, l’histoire du camion remonte déjà à cinq ans, ma colère est retombée, allez faut que tout le monde bosse. Je lui confie des fers, des mèches. Je lui demande le prix.
– Tu t’inquiètes pas ! Un bon prix !
– D’accord, mais dis-moi comment tu fais ton prix.
Il prend une mèche de 10, en mesure le diamètre (c’est important) et me dit : « 10 mm c’est 2 francs. » Tope là. Il repart avec les outils et me les rapportera affutés le soir.

Vers 20 heures, trois mecs celui du midi plus deux autres, sapés comme des maquereaux, font irruption dans ma cour en Mercedes. Ils en sortent avec mes fers affutés dans un carton et commencent à compter devant moi. L’un des trois prend une mèche et la mesure dans le sens de la longueur. Voilà l’arnaque. Résultat, le prix de l’affutage d’une mèche de 10 millimètres de diamètre a été multiplié par les 25 centimètres de long de ladite mèche. Et passe, d’un seul coup d’un seul de 2 francs à 50 francs.

Je leur dis que non, que ça ne marche pas comme ça.
– Mais si, c’est comme ça qu’on compte!
Ils font le total et me demandent 5000 francs pour le travail – qui vaut au maximum 1000 francs. Je leur dis que je ne payerai pas. Deux heures, ça a duré, le ton montait, le prix baissait. Ils ont vaguement menacé de venir stationner des caravanes dans ma cour, ont fait des allusions à tout mon bois qui pourrait bien brûler si ça se trouve. Ils gueulent, moi aussi. Tout le monde bluffe mais ça peut virer à la baston. À un moment, c’est très chaud, je téléphone à mon voisin d’en face.
– J’ai une embrouille avec les manouches, viens qu’on fasse le poids.
– J’arrive mais fais-moi passer pour un client à toi.
Il ne veut pas que les manouches sachent où il habite. « Et surtout, il rajoute, faut pas qu’ils partent fâchés. » Dans la boite de BTP où travaille son beau-frère, ils ont eu la même arnaque, trois mecs, ils voulaient 400.000 balles, ils sont partis avec un chèque de 50.000, mais comme ils gueulaient que ce n’était pas assez et qu’ils ne voulaient pas partir, les ouvriers les ont virés à coups de lattes. Le mois suivant, une nuit, la taule brulait. Ils ne s’en sont pas remis, la boite a fermé…

Bon, ce soir-là (je suis toujours dans mes souvenirs), le voisin finit par s’amener. Pas une fillette, le gars : plus de 100 kilos, il est charpentier. Avant, il était équarisseur dans un abattoir. Une fois, il a explosé l’avant de son camion contre un sanglier qui traversait la route. Pas moyen de faire un constat, il s’est payé sur la bête. Avec son beau-frère (celui de la boite de BTP qui a fermé depuis) ils ont étalé une bâche sur le carrelage du salon et le bestiau a fini dans les congélateurs. En principe on n’en parle pas trop, mais avec vous ça ne risque rien. C’est qu’on n’a pas le droit, il faut le déclarer aux garde-forestiers, et après, ils se le gardent pour eux, l’animal…

Il arrive, les gominés font encore un peu de cirque et repartent avec un chèque de 1000 francs. Le pire c’est qu’on aurait pu les latter à l’aise, ces harengs saur, mais après, on fait quoi ? On passe nos nuits à veiller ? C’est pas mon cabot qui va monter la garde.
Mais ça va, ils ne sont pas partis fâchés. L’année d’après, l’un des macs me rappelle pour de l’affutage. « Tu rigoles ? », je lui dis. Ils tentent le coup. Des fois qu’ils tomberaient sur un Alzheimer qu’ils pourraient niquer tous les ans.

Bon je m’égare dans mes souvenirs et l’autre qui est là à attendre. Il repart avec sa planche et je le prie de garder ses casseroles. « Merci mon copain. »

Après la Halde, faut-il aussi dissoudre la SPA ?

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Il ne leur suffisait pas d’avoir kidnappé Vox, le chien si peu errant de Cyril Benassar, les amis des bêtes veulent en plus faire la police sur le réseau social : la SPA vient de demander très officiellement à Facebook la fermeture du groupe pour de rire intitulé « Fédération Française de Lancer de Chiot ».
Virginie Pocq Saint-Jean, présidente de la SPA s’est même fendue d’un communiqué : « Internet peut être la pire ou la meilleure des choses. Il est alarmant que de tels groupes, comptant exercer des activités de mauvais goût puissent se créer ainsi sur Facebook. Il y a un véritable problème de société. La SPA ne peut que désapprouver la création d’un tel groupe et demande à Facebook de le fermer dans les plus brefs délais. » Car figurez-vous qu’en vrai nous sommes confrontés à un problème de société : « Les animaux une fois de plus font les frais du malaise d’une société en perte de repères, c’est inacceptable et nous devons réagir ! », conclut la présidente du Hezbolouahouah.