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L’intelligente Martine et le clown Lang

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Jack Lang

La semaine dernière, Martine Aubry jetait un pavé dans la mare qui a laissé sur le séant la plupart des observateurs, votre serviteur n’en étant pas exempt. Alors que sa stratégie des douze derniers mois était de coller aux médias et leur donner ce qu’ils voulaient -du moderne, que du moderne, et rien que du moderne, voilà que le maire de Lille confiait son interrogation sur les bienfaits du quinquennat.

Evidemment, pour quelqu’un qui, d’une façon minoritaire, a voté « non » au référendum actant le passage du mandat présidentiel de sept à cinq ans, la surprise ne peut être que bonne. Pour les autres, la pilule aura du mal à passer. Mais on ne peut être qu’admiratif devant une personnalité politique qui fait le bilan d’une réforme et, alors qu’elle y avait été favorable à l’époque, interroge ses contemporains sur sa pertinence, expérience faite. Le quinquennat a bouleversé, en mal, les institutions de la Ve République. Il les a dévoyées, faisant du Président un super premier-ministre, et de l’élection législative un troisième tour obligatoire de la présidentielle. Certes, les derniers septennats avaient déjà plus ou moins commencé le sale boulot, les Présidents acceptant des cohabitations alors que les pertes de légitimité issues de défaites aux élections législatives auraient dû être autant de raisons pour eux de provoquer des élections présidentielles anticipées, y participant ou pas.

Mais ce qui devrait finir pas convaincre de l’utilité du débat, c’est l’attitude du député Lang. Voilà que l’ancien ministre de la Culture a sorti le Famas ce matin contre la Première secrétaire de son parti en disant de pas imaginer qu’elle ait prononcé telle infamie, rappelant sans rire que le quinquennat était une conquête de la gauche, alors que RPR, UDF et PS avaient ensemble réclamé cette évolution et l’avaient défendue dans le débat référendaire. Et enfin, il a ajouté la tarte à la crème habituelle des faux-modernes : revenir sur cela c’est revenir en arrière, ce n’est pas avancer mais reculer. La Politique ne serait pour Lang qu’une histoire soit d’avancée soit de recul. On comprend donc pourquoi le gouvernement de Monsieur Jospin, auquel appartenaient tous les deux l’intelligente Martine et ce clown triste de Lang, n’est jamais revenu sur les réformes libérales précédemment décidées par les gouvernements précédents. Revenir sur l’autorisation administrative de licenciement ? Revenir en arrière ! Re-nationaliser l’eau, comme le proposait en son temps le regretté Philippe Séguin ? Réactionnaire ! Et si Monsieur Lang conseillait le prochain président socialiste, l’encouragerait-il à ne point reculer en abrogeant une bonne part des réformes de Nicolas Sarkozy ?

Bien sûr, Jack Lang n’arrête pas là son argumentation. Il moque la situation française à rebours de toutes les démocraties environnantes. Tous les autres sont à quatre ans. On ne va pas revenir à six ou sept. Le sens de l’histoire, c’est de diminuer la durée des mandats. Mais alors, pourquoi s’arrêter à cinq ou quatre, je vous le demande ? Pourquoi ne pas voter tous les ans pour le Président, voire même tous les mois ou toutes les semaines ? C’est avancer, Coco !

Quand bien même nous serions les seuls à augmenter la durée du mandat présidentiel que nous n’aurions pas tort pour autant. Les autres démocraties ne montrent pas, à l’heure actuelle, de signes de meilleure santé que la nôtre. Et quand on s’extasie de la formidable participation qui aurait prévalu pour l’élection de Barack Obama, on ne précise jamais qu’elle fut de l’ordre de 60 %, soit un taux qui aurait des allures de catastrophe en France. De même, la seule réforme positive que Monsieur Lang a donné à la France en quarante ans de vie politique, le prix unique du Livre, est extrêmement minoritaire parmi les législations des pays comparables. Avancer, donc, ce serait la bazarder comme le réclament depuis longtemps les institutions européennes ?

L’intelligence de Martine Aubry a donc été de s’affranchir de ces couillonnades chères à Lang. Que ce dernier fut adjoint à Balladur par le Président de la République éclaire encore davantage sur ce que signifie l’ouverture sarkozienne : légitimer le pire de la droite en associant quelques éléments du pire de la gauche.

Tu n’invoqueras point en vain le nom de Google !

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Si Caton d’Utique, qui se transperça de sa propre épée après la défaite des derniers Pompéiens, avait eu Google à sa disposition et qu’il lui soit venu l’idée de se livrer à des recherches sur la meilleure manière de se suicider plutôt que de lire une dernière fois le Phédon, il serait tombé sur un numéro de téléphone de prévention, mis en évidence de manière très différente de ses demandes, tout en haut de la page. Google a donc décidé que le suicide, c’était mal. Sans doute comme le communisme, le vin ou la solitude. On imagine le mourant décidé à un ultime sursaut de dignité qui se dira que, décidément, on lui aura fait la morale jusqu’au bout. On savait Google remarquablement adapté à la publicité virale, se crispant sur ce qu’il estime être les mots-clés de vos messages ou de vos requêtes, et ne vous lâchant plus. Il faudra faire, désormais, avec ses intrusions métaphysiques. Ou aller surfer en Chine, premier pays libéré du néo-totalitarisme d’un moteur de recherche qui, aurait dit Gunther Anders, dans L’obsolescence de l’homme, nous renvoie à notre « honte prométhéenne » et, dans une mégalomanie de plus en plus visible, se prend tout simplement pour Dieu.

Canal plus Festivus

Le Grand Journal

Quand on est insomniaque, il arrive qu’on regarde à la télévision des programmes qu’on ne fréquente pas. Le grand journal, Canal +, dans la nuit de mardi à mercredi, avec les animateurs habituels et les invités, Éric Naulleau, Alain Finkielkraut, Guy Bedos : la discussion porte sur Éric Zemmour, l’homme qui ose rappeler aux Français que leur vieux pays est énigmatique et compliqué. La mise en accusation est immédiate. Bedos vitupère, tout son petit corps tremble et s’agite. On le sent traversé d’une onde de dégoût et de colère : il ressent intimement la menace de la Bête. Il est prêt à lui livrer, là, devant nous, un terrible combat. Ce faisant, il prouve la persistance, malgré l’âge, de l’esprit de révolte et de justice qui, jadis, inspirait l’ancien animateur des soirées humoristiques du Parti socialiste. Sa mine boudeuse accentue sa consternation. Il proclame que sa vie est justifiée par une farouche détermination : l’antiracisme. On en déduit immédiatement que Zemmour incarne cette horreur morale, le racisme. D’ailleurs, il précise à l’adresse de Naulleau : « Je ne viens plus à ton émission à cause de lui. » (« Ton émission », en l’occurrence est celle de Laurent Ruquier, On n’est pas couché, dans laquelle les deux Éric forment un fameux tandem de flingueurs, qui rappelle un peu le couple de vieux sarcastiques du Muppet’s show).

Passons sur les échanges, le détail des offensives. On retiendra que la chaîne du football, de l’humour décalé et des milliardaires facétieux a consacré un quart d’heure de son temps d’antenne à peser un peu plus sur la balance des accusations, dans l’injuste et stupide procès que la conjuration des conformistes instruit contre Zemmour. Seul Finkielkraut tenta de développer une défense générale. Il différencia les deux scandales médiatiques du moment : l’un, provoqué par Stéphane Guillon et l’autre par Éric Z. Il argumenta, sans montrer la tension qui, souvent, altère ses traits et nuit à sa démonstration. Il plaida en faveur de ceux qui prétendent observer le réel, contre leurs adversaires, lesquels disent défendre des principes moraux. Mais, sur son flanc gauche, Bedos manifestait tous les signes de l’épouvante et de l’irritation. Il grimaçait, feignait l’accablement, prenait le ciel à témoin de son tourment. Ses mimiques navrées disaient sa souffrance de se trouver dans la proximité de l’avocat du Mal. N’y tenant plus, usant du pivot de son siège, il se tourna vers le public, ravi : il confiait à son dos le soin d’exprimer sa réfutation de l’outrage. Puis le décor de gradins aux tons acidulés s’ouvrit, et apparut une jolie jeune femme. Le visage d’Alain F. se ferma. Cessant brusquement de se dilater, l’homme s’agglomérait, et, soudainement, « s’absentait » du monde. Les spectateurs, encouragés dans la coulisse, exultèrent. Miss météo, pétillante, anima une brève séquence fantaisiste, pour le plus grand contentement des cadres présents à l’émission, leur patron en tête. Alain Finkielkraut, la tête dans les épaules, se résorbait en lui-même. Alentour, ce n’était que joie et allégresse.

Au théâtre de l’Atelier, Fabrice Luchini donne une lecture de Philippe Muray[1. Fabrice Luchini lit Philippe Muray, au théâtre de l’Atelier, 1 Place Charles Dullin 75018 Paris]. Il y remporte un succès auquel il ne s’attendait pas. La salle, charmante et inconfortable, résonne des rires que provoquent les descriptions grinçantes de Murray, augmentées de quelques désespérantes observations de Cioran. On sort heureux de ce festival de Festivus Festivus, transfiguré, cruellement vengé, on se surprend à siffler dans les rues l’air de La fille de madame Angot[2. La fille de madame Angot, opéra comique de Charles Lecocq (1832-1918)], dont le prénom n’est pas Christine…

Et l’on voit, sortant du Tombeau pour une touriste innocente[3. Tombeau pour une touriste innocente, Minimum Respect, Les Belles Lettres], un cortège tintinnabulant de moralisateurs postmodernes, d' »artistes musiciens, citoyens, jongleurs, équilibristes » qui se dirige, après le spectacle, vers le plateau du « Grand Journal ».

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Les territoires prennent le maquis

Saint-Émilion
Saint-Émilion. Photo Flickr / Claude-Olivier Marti

On perçoit, depuis les élections régionales, une certaine agitation dans les provinces de France. Elle commence aux portes de la capitale avec la grogne des élus de banlieue, de toutes tendances, contre le projet du « Grand Paris » porté, au nom de l’Elysée, par le secrétaire d’Etat Christian Blanc. Les départements, un peu éclipsés par la mise en avant électorale des régions, se font à nouveau entendre : les conseils généraux entrent en rébellion plus ou moins ouverte contre l’Etat. Ils se plaignent du transfert des charges non compensées provoqués par la mise en place du RSA et de diverses prestations à la personne, alors que leurs rentrées fiscales sont laminées par la crise. Claude Bartolone, le remuant président du Conseil général du 9-3, fait voter un budget en déséquilibre pour défier l’Etat. Ses homologues de droite ne vont pas aussi loin, mais ne manquent pas de faire savoir que l’augmentation des impôts locaux et la réduction des budgets départementaux leur est imposée par la pingrerie de l’Elysée et de Matignon. Les paysans voient leurs revenus fondre comme la neige en avril, et s’attendent à un nouveau coup de Trafalgar avec la réforme de la PAC. L’union de la culture et de l’agriculture, principales victimes des coupes budgétaires rassemble dans une même colère le producteur de lait et les soutiers de la décentralisation du théâtre, des arts et de la musique.

L’affaire, dira-t-on, n’est pas nouvelle : l’opposition séculaire des jacobins et des girondins, des provinces contre le pouvoir central, des barons locaux contre les grands seigneurs de la Cour est une des constantes du débat politique français.

Contrairement à ce qui se passe en Espagne, en Italie et même en Grande-Bretagne, cette éternelle querelle ne met pas en cause l’unité de la République. La revendication indépendantiste ou autonomisme n’intervient qu’à la marge, dans des régions périphériques. Elle est présente de manière endémique en Corse, comme cela s’est encore révélé lors des élections régionales et à, un moindre degré, dans la partie française du Pays basque. La République, quelle que soit la couleur politique de ses dirigeants, est parvenue à en limiter les effets nuisibles en faisant usage, tour à tour, de la répression contre les éléments les plus violents, et du dialogue avec ses représentants réputés modérés. Les mouvements ethnoculturels bretons, occitans, alsaciens et catalans ne se font aucune illusion sur leur capacité à entraîner derrière eux les populations des territoires qu’ils voudraient faire revenir au temps où les langues et cultures régionales résistaient à l’uniformisation décrétée par le pouvoir parisien. Ils doivent se contenter des petits gestes de l’Etat pour les amadouer : des panneaux de signalisation bilingues, des épreuves facultatives de patois au baccalauréat, écoles Diwan et autres bimbeloteries folkloriques qui amusent les touristes.

La révolte qui gronde actuellement dans nos provinces n’est pas de cette nature. Elle ne saurait se résumer, n’en déplaise à nos amis paléo-marxistes ou néo-anticapitalistes, à une version moderne de l’éternelle lutte des classes. Elle traverse toutes les institutions qui fondent notre République et notre démocratie. Elle n’épargne ni le Parti socialiste, ni les syndicats, comme en témoignent la contestation des « centrales » et de leurs dirigeants par les barons locaux du PS ou les grandes gueules cégétistes sur le terrain qui dénoncent la supposée connivence de Bernard Thibaut avec Nicolas Sarkozy.

En se lançant dans une réforme en profondeur de l’organisation territoriale de la France, le président de la République avait, sur le papier, de solides arguments à faire valoir. Le « millefeuille » institutionnel issu de l’empilement des structures : communes, intercommunalités, département, régions produit de l’opacité, des chevauchements de compétences, de la bureaucratie inutile, favorise le gaspillage, le clientélisme et la corruption.

La commission Balladur, à laquelle participaient quelques « grands élus » de gauche comme Pierre Mauroy et André Vallini, avait établi un constat de ces dysfonctionnements et formulé quelques propositions pour y remédier. Nicolas Sarkozy s’en est largement inspiré pour concevoir une réforme des territoires permettant une plus grande efficacité de leur gestion, et une meilleure lisibilité politique de leurs structures.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne marche pas, et que l’échec de cette réforme pourrait bien être le dernier clou enfoncé dans le cercueil du sarkozysme. Outre quelques maladresses qui auraient pu facilement être évitées, comme cette absurde proposition du scrutin uninominal à un tour pour les futurs conseillers territoriaux, ce projet souffre de l’absence totale de confiance dans celui qui le porte.

Les territoriaux, c’est à dire l’immense majorité des Français qui habitent quelque part et ne font pas partie d’une élite « déterritorialisée » indifférente au lieu où elle est amenée à incarner l’Etat, l’Economie, la Culture, ou la Presse avec des majuscules, ne se sentent ni aimés, ni compris par le pouvoir. Certes, Nicolas Sarkozy ne peut être taxé de l’hypocrisie de certains de ses prédécesseurs, comme Jacques Chirac ou François Mitterrand. Ces derniers avaient compris que leur ancrage symbolique dans la France provinciale était la meilleure garantie de leur tranquillité dans l’exercice régalien du pouvoir à la française. Certes, le peuple des territoriaux n’était pas totalement dupe de cet enracinement factice, mais un cocktail de flatteries et de largesses financières dans les périodes fastes suffisait à maintenir le calme et la jovialité dans les provinces.

Le pouvoir « hors sol » est peut-être une figure postmoderne de l’organisation des sociétés démocratiques, mais la terre, qui ment comme tout le monde, sait aussi se venger.

Interdit aux rumeurs

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Il paraîtrait donc que le président de la République aurait retiré sa voiture de fonction à Rachida Dati et demandé, en outre qu’on vire quelques sous-fifres au JDD suite à une certaine rumeur concernant sa vie privée. C’est mal. La preuve, toutes nos plus belles plumes s’en indignent dans la presse. C’est donc très grave. On irait presque dire que c’est du jamais vu, si un président en exercice il y a une vingtaine d’années n’avait fait mettre sur écoute des dizaines de personnes, mobilisé les services spéciaux et instrumentalisé des magistrats pour étouffer dans l’œuf des rumeurs du même ordre, quoique avérées, celles-là…

« La police du rire ! »

Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut, photo Hannah.

L’affaire Zemmour s’est conclue – provisoirement ? − par la défaite de ceux qui demandaient sa tête. Reste cette atmosphère pesante dans laquelle on dénonce à tout va plutôt que de répondre et que nous avons, faute de mieux, baptisée le « nouveau maccarthysme »…
Comment rendre compte du climat dans lequel nous vivons ? Nous sommes sortis du XXe siècle avec la certitude, fondée, que le racisme est le mal absolu. Tout au long du siècle, il s’est décliné sous différentes formes, du racisme colonial dénoncé par Gide dès son Voyage au Congo au racisme apocalyptique des nazis. Très légitimement, nous avons juré : « Plus jamais ça ! » Nous surveillons nos réflexes, nos préjugés et luttons contre nos tendances à la discrimination.

[access capability= »lire_inedits »]Et nous aurions tort de le faire ?
Non ! Mais voilà que surviennent des événements qui ne rentrent pas dans le cadre. Nous ne voulons plus être xénophobes, mais il y a en France une hostilité à la France qui n’est pas le résultat de la xénophobie française. Et cela, nous ne savons pas le penser. Le « politiquement correct » français est en France le résultat d’un malaise, d’un trouble, d’une panique intellectuelle et morale face à un phénomène qui nous prend complètement de court. Ce mot, « panique », m’est venu en relisant un texte magnifique de Czeslaw Milosz sur la Russie dans Une autre Europe : « Le XXe siècle, pris de panique devant les sottises des nationalistes et des racistes, s’efforce de combler les abîmes du temps avec des statistiques de production et quelques noms de systèmes politico-économiques. Il renonce à étudier davantage la trame mystérieuse du devenir. » Milosz rend ici compte de l’extraordinaire succès du marxisme après la guerre. Nous sommes post-marxistes, mais la panique demeure. D’où nos stratégies d’euphémisation, d’évitement, d’occultation voire de déni d’une réalité pour laquelle nous manquent les concepts adéquats. Et lorsque, soudain, quelqu’un dit : « Le roi est nu », tout le monde s’affole et certains s’indignent. L’affaire Zemmour se comprend dans ce contexte.

Les adversaires de Zemmour, qui sont en grande partie les vôtres, vous accusent de vous focaliser sur l’immigration. Pourquoi cette dénégation du réel porterait-elle en priorité sur cette thématique et ses dépendances – laïcité, intégration…. ?
Précisément à cause de notre peur légitime du racisme. Mais si le racisme n’est pas une option, et c’est heureux, l’antiracisme ne rend pas compte de la réalité nouvelle d’une France dans laquelle on définit son identité en criant « Nique la France ! ».

Peut-être, mais n’est-il pas dangereux de laisser croire que tous nos concitoyens noirs ou arabes détestent la France ou qu’ils sont des trafiquants en puissance ? Une certaine prudence n’est-elle pas requise ?
La prudence, le scrupule, le refus de la généralisation s’imposent. Mais à force d’occultation et de déni, on finira par faire élire Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle en 2017. Il est de la plus haute importance de faire face à la réalité comme elle vient. Nous ne devons pas faire le cadeau du réel au Front national parce que lui généralise, homogénéise et essentialise. Il doit y avoir un moyen d’échapper à l’alternative entre essentialisation et dénégation. Mais qu’on cesse de stigmatiser ceux qui essaient plus ou moins maladroitement de dire les choses et qui ne se laissent pas intimider par l’expression « quartiers populaires ».

Vous ne faites pourtant pas partie de ceux qui proclament que l’on doit pouvoir tout dire ?
Je ne plaide pas pour un alignement de la France sur l’Amérique et son sacro-saint Premier amendement. Il y a des lois contre la diffamation, l’injure et l’incitation à la haine et c’est très bien. On ne peut pas dire n’importe quoi, n’importe comment. Mais aujourd’hui, ce ne sont pas les opinions qui sont pourchassées, ce sont les constats.

Pour ajouter à la confusion, ceux qui réclament que l’on fasse taire Zemmour hurlent à la censure quand on ose les critiquer ou leur répondre. D’où le rapprochement intéressé qu’ils font entre le cas Zemmour et celui de Guillon, alors que le premier était menacé de licenciement tandis que le deuxième, en bon « rebellocrate », comme disait Muray, jouit d’une parfaite impunité.
Le problème tient au statut des amuseurs dans la société actuelle. Ils ne réclament pas la liberté mais l’impunité. Devant la moindre critique, ils agitent, avec le soutien des rédactions, le spectre de la censure, de la dictature, du goulag. Cette attitude est d’autant plus détestable et ridicule qu’ils ne narguent pas la police de la pensée, ils la font. Ils ne sont pas en dehors des clous, ils sont dans les clous et verbalisent, par leurs sarcasmes, leurs caricatures et leurs insultes, tous ceux qui en sortent. Dans sa chronique qui a fait débat, Stéphane Guillon ne s’est pas contenté de dire que le ministre de l’Immigration avait des yeux de fouine et un menton fuyant et qu’il était une taupe du FN, il a imaginé un gouvernement dont Eric Zemmour serait le ministre de la Culture, et cela, au lendemain des ennuis qui avaient été faits à Zemmour. Le politiquement correct trouve dans les amuseurs son expression finale. Ils se prennent pour des rebelles intrépides alors que, comme l’a très bien vu Philippe Muray, ils sont les inquisiteurs du nouvel ordre moral.

C’est encore pire : la singularité est suspecte et il est devenu subversif de penser et de dire la même chose que tous les autres et, en conséquence, de tirer en meute sur les ambulances de la vie publique.
Un auditeur m’a signalé que, lors d’un concours de photographies organisé par la FNAC de Nice, le prix du politiquement incorrect avait été attribué à la photo représentant un jeune homme, de dos, pantalon baissé, qui s’essuie le derrière avec le drapeau français. Ce n’est pas vrai ! Le politiquement correct, c’est justement de faire cela. Le politiquement correct, c’est Gaspard Proust, amuseur plein de promesses, qui décrit le couple présidentiel comme « un beauf à gourmette avec sa pute à frange ». Quel conformisme, quelle vulgarité, quelle bêtise ! Le grand mensonge est de nous donner à penser qu’il faut du courage pour tomber si bas. À un moment où le pouvoir politique est faible, les bouffons s’acharnent sur lui comme s’il était fort et infiniment dangereux. Les rois du monde veulent nous faire croire qu’ils défient le pouvoir des rois.

En attendant, est-ce qu’à l’ère hyper-médiatique, accepter la caricature, même blessante, et la critique, même violente, ne fait pas partie de la vie publique ?
Dans le Nouvel Observateur, François Morel vole au secours de Guillon. « La chronique, dit-il, ne m’a pas choqué. Franchement, le mec qui est ministre d’État et qui affirme lutter à armes inégales avec un humoriste qui fait un billet de quelques minutes à la radio, il ne doit pas être très sûr de ses convictions. » J’ai dû m’y reprendre à deux fois pour lire un texte aussi franchement débile. Vous êtes ministre, on vous traite de fasciste, voire de nazi, vous sortez de vos gonds. Et François Morel explique que c’est parce que vous n’êtes pas sûr de vos convictions ! L’inverse, bien sûr, est vrai. Plus vous avez de convictions, moins une telle attaque est tolérable. Il faudrait être totalement cynique pour ne lui accorder aucune importance. Grande nouvelle : les amuseurs sont bêtes. Ils sont, par surcroît, tellement galvanisés, enivrés de leur pouvoir, enfermés dans leur bulle qu’ils sont incapables de se mettre à la place de ceux qu’ils attaquent. Ce sectarisme, ce dogmatisme bétonné, c’est la mort de l’humour.

Vous y allez un peu fort, non ?
Non, et j’en veux pour preuve cette magnifique définition de l’humour que fait Kundera dans Les Testaments trahis : « L’humour, l’éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté et l’homme dans sa profonde incompétence à juger les autres. L’humour, l’ivresse de la relativité des choses humaines, le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude. » Où voyez-vous ce plaisir se déployer ? Quel rapport entre l’humour ainsi défini et les chroniques de Didier Porte, Stéphane Guillon, Guy Carlier ou les commentaires absurdes de François Morel ?

Faut-il pour autant censurer les censeurs ? N’est-il pas légitime que ces voix aient droit au chapitre dans les grands médias ?
Se pose tout de même la question de la civilité. Est-ce sur une radio de service public qu’on doit traiter Martine Aubry de « petit pot à tabac » ? Je n’en suis pas sûr. Est-il normal qu’un responsable politique invité à 8 h 20 sur une radio d’information se fasse agresser et insulter entre 8 heures moins 5 et 8 heures ? Est-il normal que la dérision préempte la discussion et que le crachat précède l’invitation ? Les règles minimales de la courtoisie devraient interdire ce genre de comportement. De plus, tout cela a, dans la société, un effet absolument dévastateur : c’est sur l’exemple de cette dérision que les élèves se sentent encouragés à traiter leurs enseignantes de « pouffiasse », de « vieille peau » ou de « sac à merde ». Les professeurs représentent eux aussi l’autorité républicaine. Mais on n’en a plus rien à faire de cette transcendance-là.

Pourquoi en aurait-on quelque chose à faire dès lors que les politiques, qui sont supposés l’incarner, acceptent d’être traités de façon indigne ?
Les hommes politiques devraient être capables de déclarer solidairement que la vie publique requiert d’autres règles. Ils ne le font pas et ne le feront jamais, trop occupés à se tirer dans les pattes et à se battre pour deux minutes d’antenne. Le pouvoir cède parce que le pouvoir est faible. Vous vous souvenez de la phrase immortelle de Jospin : « On ne gouverne pas contre Le Monde. » Aujourd’hui, on ne gouverne pas contre Canal+, on ne gouverne pas contre France Inter, on ne gouverne pas contre les amuseurs. On peut sans doute rire de tout. Mais pas dans ces conditions, pas dans une France qui vit une crise massive du vivre-ensemble, où l’autorité publique est bafouée de toutes parts, où les formes ne cessent d’être piétinées. Il faut remettre des formes. Je ne demande rien d’autre.

Faut-il interdire la caricature ? Elle fait partie de notre culture et elle a toujours joué aussi sur le physique…
Vous parlez exactement comme François Morel ! Certes, la caricature utilise l’attaque physique depuis des siècles mais, justement, le XXe siècle devrait justement nous alerter. On sait jusqu’où est allée la caricature physique. Celle-ci serait ignoble quand elle est raciste et tout à fait légitime quand elle brandit de drapeau de l’antiracisme. Si l’antiracisme consiste à mobiliser contre ses ennemis les procédés du racisme, on n’aura fait aucun progrès.[/access]

Iran : même pas mal !

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Mahmoud Ahmadinejad

Grande nouvelle ! Les dirigeants chinois seraient maintenant disposés à ne pas opposer leur veto à un nouveau train de sanctions imposées par l’ONU à la République islamique d’Iran qui s’obstine à poursuivre son programme d’armement nucléaire.

Après la Russie, qui s’est ralliée au principe d’une pression internationale accrue sur le régime de Téhéran en échange d’un nouveau traité entre Moscou et Washington sur la réduction des armements stratégiques, c’est Pékin qui semble de mettre au diapason de la ligne « dure » des Occidentaux.

En fait, lorsque l’on regarde l’affaire de plus près, le « revirement » des Chinois consiste simplement à accepter de discuter, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU augmenté de l’Allemagne, de l’ampleur d’éventuelles sanctions s’ajoutant à celles déjà en vigueur.

Ces discussions devraient se poursuivre jusqu’à la fin du printemps, une échéance proposée par Barack Obama lors de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy. La Chine, et dans une moindre mesure la Russie, vont se battre pour que ces sanctions soient les moins douloureuses possibles pour le régime de Mahmoud Ahmadinejad. Elles seront soutenues, au sein du Conseil de sécurité, par le Brésil et la Turquie qui y siègent actuellement comme membres non permanents.

L’attitude de Pékin est toute de subtilité asiatique : les dirigeants chinois sont opposés à ce que Téhéran se dote d’armes nucléaires, mais ne soutiendra pas des sanctions « mordantes », telles que l’embargo sur les livraisons de carburant raffiné ou l’interdiction des ports internationaux à la flotte commerciale iranienne.

Le texte qui sera soumis au Conseil de sécurité sera donc, obligatoirement, un texte de compromis, et le temps nécessaire à sa rédaction mis à profit pour négocier en coulisses avec Téhéran d’une sortie de crise où personne ne perdrait la face. Cette séquence de quatre mois correspond, comme par hasard, à l’exigence adressée à Benyamin Netanyahou de gel des constructions à Jérusalem-Est.

L’option militaire, qui était encore sur la table avant l’accession de Barack Obama à la Maison Blanche, comme recours, au moins rhétorique, dans le dialogue avec Téhéran, est maintenant explicitement écartée par le Département d’Etat et le Pentagone.

Tous les efforts de la diplomatie US sont actuellement consacrés à dissuader Israël de se livrer à une attaque préventive contre les installations nucléaires iraniennes, en échange d’un « parapluie » nucléaire américain face aux menaces de Téhéran. Deux journalistes israéliens de Haaretz, Avi Issacharoff et Amos Harel, très bien introduits dans l’establishment militaire et diplomatique israélien, ont fait récemment état de la conviction de la plupart des hauts responsables de l’Etat juif : l’administration américaine se prépare à vivre avec un Iran doté de l’arme nucléaire, et discute avec ses alliés européens membres de l’OTAN de la posture à adopter dans cette éventualité. Le discours alarmiste de Barack Obama , le 2 avril , sur CBS News, affirmant que Téhéran poursuit imperturbablement ses objectifs nucléaires montre, certes, qu’il est tout à fait au courant de ce qui se passe. Mais ces propos ne s’accompagnent, en aucune façon d’une escalade, même verbale, de nature à faire comprendre à Ahmadinejad et Khamenei qu’ils risquent gros à se comporter de la sorte.

Même si l’on n’est pas la petite souris que l’on rêverait d’être lors des briefings stratégiques à la Maison Blanche, on peut imaginer la teneur des échanges entre les divers acteurs de ce dossier. Les militaires sont obnubilés par une sortie d’Irak, prévue pour la fin de l’année, qui ne soit pas pourrie par des attentats perpétrés par des milices chiites proches de Téhéran, plutôt calmes en ce moment. La neutralité iranienne dans le conflit afghan – les mollahs iraniens ne portent pas les talibans sunnites dans leur cœur – est précieuse, car elle évite de précipiter les persophones afghans dans la rébellion. Enfin, un Iran nucléaire, c’est peut-être ennuyeux pour les alliés traditionnels des Etats-Unis au Moyen-Orient (Egypte, Arabie Saoudite), mais cela ne menace en rien la sécurité des Etats-Unis. On devrait pouvoir calmer les angoisses de Ryad et du Caire avec le déploiement de quelques missiles nucléaires à moyenne portée dans le secteur. Les diplomates, ces « petits messieurs en pantalon rayé » que méprisait Harry Truman, ne portent plus de pantalon rayé, mais restent des champions de l’appeasement tous azimuts et se remettent lentement des traumatismes à répétition subis pendant l’ère George W. Bush. Les représentants de l’économie ont une peur bleue d’un nouveau choc pétrolier qui pourrait survenir si la crise iranienne dégénérait en un affrontement violent, armé ou non. La presse et l’opinion publique, aux Etats-Unis et en Europe sont peu mobilisées sur cette question. Le mouvement de solidarité avec les opposants iraniens à Ahmadinejad, qui est bien réel, ne contribue pas à pousser les gouvernants vers la fermeté : un choc frontal avec le régime de Téhéran pourrait provoquer un mouvement de rassemblement populaire autour du régime, affirment des exilés iraniens et ceux qui les soutiennent.

Rien n’incite donc Washington à pousser les feux sur ce dossier, et l’on ne voit pas comment des Européens, plus lucides sur les dégâts prévisibles provoqués par un Iran nucléaire que la nouvelle administration américaine, pourraient agir seuls, ou même persuader Washington de se montrer plus ferme.

Au bout du bout du banc, le dilemme est porté par les seuls Israéliens : to hit or not to hit, frapper ou ne pas frapper. L’Iran puissance régionale nucléaire, cela signifie la fin du pouvoir de dissuasion d’Israël vis-à-vis du Hezbollah et du Hamas, l’ébranlement des régimes « modérés » de la région, principalement en Jordanie et en Egypte où les islamistes auront beau jeu de faire valoir que la résistance paie plus que la soumission. On peut estimer, sans être traité d’apprenti-sorcier, qu’il est légitime, d’un point de vue israélien, de tout faire pour éviter de se retrouver dans une telle situation. L’hypothèse, avancée par quelques têtes d’œufs de think tanks américains de gauche, selon laquelle la possession de l’arme nucléaire responsabiliserait le régime des mollahs, comme elle a jadis rendu rationnelle et prudente la politique extérieure de l’URSS, ne semble pas de nature à rassurer les gens ordinaires de Tel Aviv ou Haïfa.

Tout cela, comme disait ma grand-mère, ne présage rien de bon pour nous. Et ce nous, en l’occurrence, va bien au-delà de ceux qui se réclament de la culture et de la tradition juive.

Le journalisme est-il un « métier pourri » ?

Jean-Luc Mélenchon

D’accord, Jean-Luc Mélenchon est mal tombé. Tant qu’à s’attaquer aux journalistes, mieux aurait valu choisir un puissant, une star de la profession. Affronter Apathie, Demorand ou Pujadas, ça aurait eu plus d’allure que de tomber à bras raccourcis sur un étudiant de l’école de journalisme de Sciences Po. Enfin, le jeune Félix Briaud aura ainsi eu droit à son quart d’heure de célébrité et, sans doute, aux félicitations de ses professeurs tous soigneusement recrutés dans les médias où on pense bien.

D’autre part, si le patron du Front de Gauche a bien raison de s’en prendre au goût des médias – y compris des plus sérieux – pour l’insignifiant et le people, il a mal choisi son terrain. En effet, la réouverture des maisons closes serait assurément un progrès, à la fois pour la paix des familles et pour les dames qui y officieraient. C’est donc un sujet d’intérêt général– même si le patron du Front de Gauche considère la sexualité comme une affaire bourgeoise…

Pour finir, c’est très mal de traiter de « petite cervelle » quelqu’un dont, à l’évidence, on n’a pas eu le temps de mesurer le tour de crane. Et puis, au lieu de parler de notre « métier pourri », Mélenchon aurait pu dire qu’il était « mal parti » ou se lamenter sur notre « profession sinistrée » – intellectuellement et socialement, ce qui devrait d’ailleurs susciter l’intérêt de ce bon marxiste.

Si toutefois on consent à mettre ce vocabulaire, un peu excessif et somme toute négligé pour un homme qui brandit la dignitas, sur le compte de la colère, il faut admettre que ses propos relèvent du bon sens. Qu’un homme politique veuille être interrogé sur son programme plutôt que sur sa vie privée ou l’élection de Miss France, cela devrait être une évidence.

Je n’en suis pas très fière, mais ça me réjouit toujours qu’un politique se permette d’engueuler un journaliste. Rien n’est pire que le spectacle de ces élus acceptant de se faire maltraiter en direct par des interviewers qui se croient rebelles parce qu’ils jouent les flics ou insulter par des pseudo-comiques qui, comme le résume notre ami Alain Finkielkraut, réclament la liberté quand ils veulent l’impunité. Ou plutôt si, il y a pire : les politiques qui, depuis la fameuse question posée par Ardisson à Michel Rocard, acceptent n’importe quoi pour passer à la télé, y compris les questions et les voisinages les plus dégradants.

Seulement, il ne suffit pas de s’en prendre aux journalistes. Dans le trio que forment journalistes, politiques et public, tout le monde conspire dans le même sens, celui de l’indigence et de l’insignifiance quand ce n’est pas celui de la vulgarité. Si des journalistes ou des amuseurs faisant office de journalistes exercent aujourd’hui un pouvoir exorbitant quoi qu’en disent ceux qui hurlent tous les quatre matins à la  liberté menacée, c’est bien parce que les politiques ont accepté de se dessaisir du leur. « On ne gouverne pas contre Le Monde », disait Jospin, officialisant la transformation des contre-pouvoirs en pouvoir. On aimerait convaincre ses successeurs que gouverner, c’est aussi et peut-être d’abord être capable de s’opposer au Monde – et aux autres.

Gaffe à la cédille

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Si vous êtes l’heureux possesseur d’un iPhone, mieux vaut demander à vos interlocuteurs « Comment vas-tu ? » plutôt que « Comment ça va ? ». Tout d’abord parce que c’est plus joli, mais surtout parce que, d’après nos vigilants confrères de 60 millions de consommateurs, la lettre c, quand elle est pourvue d’une cédille, fait dérailler les téléphones d’Apple et exploser le tarif des SMS. Méfiance, donc, mais pas de parano non plus. Tout d’abord parce qu’on est à l’abri de ce type de déboires si on dispose d’un forfait SMS illimité, ce qui est plus que fréquent pour les iPhones. Et puis les mots à cédille sont plutôt rares dans l’univers du texto : on n’en trouve ni dans « Téhou? », ni dans « Apl! », ni dans « biz », ni même dans « Sava? »

L’Eglise à l’Index ?

Autant l’avouer tout de suite, je suis catholique. Je sais que c’est grave, mais j’assume. Courageusement. Autant vous l’avouer aussi, au risque de vous surprendre, je ne suis pas pédophile. Normal, me répondrez-vous, vous n’êtes pas prêtre. En effet.

D’ailleurs au risque de vous surprendre encore un peu plus, je n’ai jamais eu, enfant, affaire à un curé pédophile et Dieu sait (Dieu merci, d’ailleurs, comme dirait mon pote Lecœur de Direct 8) que j’en aurai vu, des curés. Jusqu’ici, je suis sûr que vous vous dites que ce papier n’est pas très intéressant. Alors, venons-en aux faits, puisqu’on n’a pas que ça à foutre, surtout sur internet, y a aussi morandini.com à regarder, Eric Zemmour à écouter et le mur de Facebook à rafraîchir.

On nous délivre en cascade depuis quelques jours, en une cascade à tel point ininterrompue qu’on se demande forcément qui en a ouvert les vannes, des « révélations » sur des cas, innombrables semble-t-il, de pédophilie presbytérienne. Les agissements passés de ces curés sont abominables et moi, qui suis catholique, j’ai honte. J’ai vraiment honte, contrairement à divers commentateurs qui, même en prenant un air grave et en baissant pudiquement les yeux, arrivent de plus en plus mal à dissimuler leur joie maligne de voir tomber dans la fange ordinaire d’un mal qui est ici tout sauf banal des hommes consacrés à Dieu lesquels, prêchant une morale horripilante toute la journée, se révèlent en réalité comme les pires pourceaux.

Entendons-nous bien. J’ai honte de ces prêtres, pas de l’Eglise catholique. Ce qui est bien dans l’Eglise, disait mon Bernanos favori, c’est qu’on est entre pécheurs. En l’occurrence, comme des millions, des centaines de millions d’autres catholiques, je me serais volontiers passé de cette cohabitation. Je me serais surtout volontiers passé de l’existence des pédophiles en général, qu’ils soient curetons ou libertins de confession, ou encore personne. Mais je n’ai pas honte de mon Eglise, de l’Eglise tout court, car, comme disait ailleurs le même Bernanos sans craindre l’apparence du paradoxe, « notre Eglise est l’Eglise des saints ». Et en ce moment même, j’en vois bien un de ces saints qui, surexposé, est l’objet destinal de toutes ces révélations : le petit homme en blanc, parce qu’il a entrepris tel un autre Christ de nettoyer les écuries d’Augias, de crever l’abcès, de faire le ménage, est chargé du poids de tous les péchés du monde. Nul doute qu’il s’y soit soumis en connaissance de cause. Mais peu importe à l’opinion publique le courage du Pape. Ce n’est pas cela qu’elle veut.

Le travail qui devrait nous faire frémir si nous n’y étions déjà habitués depuis des décennies, c’est celui qu’accomplissent les journalistes des quatre coins du monde, qui se sont ligués comme un seul homme contre un seul homme pour enfin faire venir au jour la vérité. Il y a un paradoxe profond dans notre époque, une faille qui clive son être : alors qu’elle fait profession de religion scientifique, qu’elle a pris définitivement le costume du technicien à qui on ne la fait pas, de l’expert surdoué en toutes matières, elle fait aussi bien abstraction des chiffres qu’elle idolâtrait la minute d’avant quand ils ont le mauvais goût de la contredire. On vient de le voir avec l’étrange affaire Zemmour à qui personne n’a su opposer le moindre chiffre qui invalidât sa phrase. Que celle-ci ait été opportune, je ne le crois pas, mais c’est une autre affaire.

On le voit aussi avec l’affaire de la pédophilie des prêtres. De deux choses l’une : soit on pense que ce sont des êtres intrinsèquement pervers et qu’il faut interdire formellement leur ministère, comme on ferait de la première secte venue ou, à tout le moins, les débarrasser de gré ou de force d’un célibat qui aurait fait d’eux ces monstres ; soit l’on est choqué que des hommes consacrés à la charité, au Bien sous toutes ses formes, aient pu fauter, et l’on rend ainsi témoignage à la foi qui les meut habituellement. Ce n’est certainement pas cette deuxième option qui prévaut dans l’orchestre des faiseurs de scoops actuels.

Il leur faut donc démontrer que le catholicisme ou le célibat de ses prêtres engendrerait les tendances ou les actes pédophiles. Et là, ils vont avoir du fil à retordre. Redonnons encore une fois des chiffres qui trainent un peu partout, mais qu’on n’aura pas de raison de cesser de répéter tant qu’ils n’auront pas vraiment été lus : d’une part, selon le ministère français de la Justice, 90% des affaires recensées de pédophilie concernent des hommes mariés. D’autre part, selon les données annoncées Mgr Charles J. Scicluna, ministère public du tribunal de la Congrégation pour la doctrine de la foi à Avvenire, de 2001 à 2010, il y a eu environ 3.000 accusations regardant des prêtres diocésains ou religieux pour des crimes commis ces 50 dernières années, dont seulement, si l’on ose dire, 10 % peuvent être qualifiées véritablement en pédophilie. On arrive donc à 300 prêtres sur 400.000 dans le monde. On peut bien entendu supposer que de nombreux cas n’auront pas été portés à la connaissance des autorités, mais cela reste de l’ordre de l’hypothèse. Mais surtout, last but not least, Philip Jenkins, qui est le spécialiste américain du sujet (et qui n’est pas catholique) après avoir enquêté pendant 20 ans sur le lien possible entre pédophilie et célibat consacré, arrive au chiffre précis pour le diocèse de Chicago d’1,8 % de prêtres coupables de faute sur mineur, dont un seul sur 2200 était véritablement pédophile. Il y ajoutait cette déclaration déterminante : « Mes travaux sur des cas au cours des 20 dernières années n’indiquent aucune preuve quelle qu’elle soit que les catholiques ou les autres clercs célibataires soient plus susceptibles d’être impliqués dans l’inconduite ou de mauvais traitements que les ministres de toute autre confession – ou même, que les non-clercs[1. Le 3 mars 2002 dans la Pittsburgh Post Gazette]. »

On pourra en outre consulter une étude britannique, qui rapporte que sur 60 cas d’abus par des ministres du culte, toutes confessions confondues, 25 sont le fait de prêtres catholiques, 35 de protestants et d’anglicans (mariés) ; que selon les chiffres du Guardian, la proportion de pédophiles dans l’Eglise est rigoureusement la même que dans les autres milieux ; que, toujours selon Jenkins, cité par le journaliste italien Massimo Introvigne, « si l’on compare l’Eglise catholique des Etats-Unis aux différentes « dénominations » protestantes, on découvre que la présence de pédophiles est – selon les dénominations – de deux à dix fois plus élevée parmi les membres du clergé protestant que chez les prêtres catholiques. » ; et enfin, toujours d’après Introvigne, que « dans le même temps où une centaine de prêtres américains étaient condamnés pour abus sexuel sur des enfants, le nombre de professeurs d’éducation physique et d’entraîneurs d’équipes sportives – eux aussi en grande majorité mariés – reconnus coupables du même crime par les tribunaux américains avoisinait les 6000. »

Je suis bien d’accord avec vous, les journalistes, ce ne sont que des chiffres qui ne soignent pas du tout les victimes des abus de religieux pervertis. Qui au contraire, auraient plutôt tendance à les assommer un peu plus s’il était possible. Mais qu’au moins, devant ces chiffres, l’on cesse enfin de nous bassiner avec la question du célibat catholique latin. Une bonne fois.

De toute façon, ne me prenez pas pour un imbécile : je ne vous prends pas pour des imbéciles non plus et je sais très bien que vous ne voulez qu’une chose, atteindre cette pauvre Eglise dans son cœur. Et comme vous êtes des malins, vous savez que son cœur est à Rome et que c’est surtout un petit Allemand à tête de gros chat qui le fait battre (d’un point de vue humain, s’entend). Tant qu’il n’aura pas été roulé dans la boue, vous ne serez pas satisfaits.

Avouez, avouez au moins que vous aurez tout essayé, avec une persévérance qui vous honore : ses origines teutonnes, son passage forcé à la Hitlerjugend, son retour en arrière laissant présager des avant-hier qui chantent en latin, Pie XII et les Juifs, la capote et les Africains, la gamine brésilienne violée et avortée. Maintenant, les pédophiles. Ce qui vous emmerde bien, c’est qu’il n’ait jamais, lui, au grand jamais, caressé le moindre enfant : alors vous avez tenté de l’avoir par son frère, antique bonhomme tout ce qu’il y a de plus pur, vous avez fait donner la cavalerie aux gros sabots d’Hans Küng, le rival mimétique malheureux, vous avez fait dire aux Irlandais qu’il ne leur demandait pas assez pardon dans sa lettre ; et maintenant, vous ressortez l’histoire d’un curé américain ayant sévi il y a 35 ans et mort depuis. C’est un peu comme si l’on accusait tout Hollywood et tout le CNC français d’avoir couvert Polanski. Comme si toute la gauche française, Libé en tête, devait payer pour les âneries de Cohn-Bendit des années 1970.

En fait, vous me faites bien rigoler, même si je ne devrais pas dans la situation actuelle. Moi, j’ai mal. Mes curés me font mal. Vous, vous instrumentalisez des histoires sordides pour avoir la tête d’un octogénaire qui persiste à ne pas penser comme vous. Vous êtes sûrs de perdre devant la morale de l’Histoire, mais vous continuez. Pauvres de vous.

L’intelligente Martine et le clown Lang

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Jack Lang

Jack Lang

La semaine dernière, Martine Aubry jetait un pavé dans la mare qui a laissé sur le séant la plupart des observateurs, votre serviteur n’en étant pas exempt. Alors que sa stratégie des douze derniers mois était de coller aux médias et leur donner ce qu’ils voulaient -du moderne, que du moderne, et rien que du moderne, voilà que le maire de Lille confiait son interrogation sur les bienfaits du quinquennat.

Evidemment, pour quelqu’un qui, d’une façon minoritaire, a voté « non » au référendum actant le passage du mandat présidentiel de sept à cinq ans, la surprise ne peut être que bonne. Pour les autres, la pilule aura du mal à passer. Mais on ne peut être qu’admiratif devant une personnalité politique qui fait le bilan d’une réforme et, alors qu’elle y avait été favorable à l’époque, interroge ses contemporains sur sa pertinence, expérience faite. Le quinquennat a bouleversé, en mal, les institutions de la Ve République. Il les a dévoyées, faisant du Président un super premier-ministre, et de l’élection législative un troisième tour obligatoire de la présidentielle. Certes, les derniers septennats avaient déjà plus ou moins commencé le sale boulot, les Présidents acceptant des cohabitations alors que les pertes de légitimité issues de défaites aux élections législatives auraient dû être autant de raisons pour eux de provoquer des élections présidentielles anticipées, y participant ou pas.

Mais ce qui devrait finir pas convaincre de l’utilité du débat, c’est l’attitude du député Lang. Voilà que l’ancien ministre de la Culture a sorti le Famas ce matin contre la Première secrétaire de son parti en disant de pas imaginer qu’elle ait prononcé telle infamie, rappelant sans rire que le quinquennat était une conquête de la gauche, alors que RPR, UDF et PS avaient ensemble réclamé cette évolution et l’avaient défendue dans le débat référendaire. Et enfin, il a ajouté la tarte à la crème habituelle des faux-modernes : revenir sur cela c’est revenir en arrière, ce n’est pas avancer mais reculer. La Politique ne serait pour Lang qu’une histoire soit d’avancée soit de recul. On comprend donc pourquoi le gouvernement de Monsieur Jospin, auquel appartenaient tous les deux l’intelligente Martine et ce clown triste de Lang, n’est jamais revenu sur les réformes libérales précédemment décidées par les gouvernements précédents. Revenir sur l’autorisation administrative de licenciement ? Revenir en arrière ! Re-nationaliser l’eau, comme le proposait en son temps le regretté Philippe Séguin ? Réactionnaire ! Et si Monsieur Lang conseillait le prochain président socialiste, l’encouragerait-il à ne point reculer en abrogeant une bonne part des réformes de Nicolas Sarkozy ?

Bien sûr, Jack Lang n’arrête pas là son argumentation. Il moque la situation française à rebours de toutes les démocraties environnantes. Tous les autres sont à quatre ans. On ne va pas revenir à six ou sept. Le sens de l’histoire, c’est de diminuer la durée des mandats. Mais alors, pourquoi s’arrêter à cinq ou quatre, je vous le demande ? Pourquoi ne pas voter tous les ans pour le Président, voire même tous les mois ou toutes les semaines ? C’est avancer, Coco !

Quand bien même nous serions les seuls à augmenter la durée du mandat présidentiel que nous n’aurions pas tort pour autant. Les autres démocraties ne montrent pas, à l’heure actuelle, de signes de meilleure santé que la nôtre. Et quand on s’extasie de la formidable participation qui aurait prévalu pour l’élection de Barack Obama, on ne précise jamais qu’elle fut de l’ordre de 60 %, soit un taux qui aurait des allures de catastrophe en France. De même, la seule réforme positive que Monsieur Lang a donné à la France en quarante ans de vie politique, le prix unique du Livre, est extrêmement minoritaire parmi les législations des pays comparables. Avancer, donc, ce serait la bazarder comme le réclament depuis longtemps les institutions européennes ?

L’intelligence de Martine Aubry a donc été de s’affranchir de ces couillonnades chères à Lang. Que ce dernier fut adjoint à Balladur par le Président de la République éclaire encore davantage sur ce que signifie l’ouverture sarkozienne : légitimer le pire de la droite en associant quelques éléments du pire de la gauche.

Tu n’invoqueras point en vain le nom de Google !

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Si Caton d’Utique, qui se transperça de sa propre épée après la défaite des derniers Pompéiens, avait eu Google à sa disposition et qu’il lui soit venu l’idée de se livrer à des recherches sur la meilleure manière de se suicider plutôt que de lire une dernière fois le Phédon, il serait tombé sur un numéro de téléphone de prévention, mis en évidence de manière très différente de ses demandes, tout en haut de la page. Google a donc décidé que le suicide, c’était mal. Sans doute comme le communisme, le vin ou la solitude. On imagine le mourant décidé à un ultime sursaut de dignité qui se dira que, décidément, on lui aura fait la morale jusqu’au bout. On savait Google remarquablement adapté à la publicité virale, se crispant sur ce qu’il estime être les mots-clés de vos messages ou de vos requêtes, et ne vous lâchant plus. Il faudra faire, désormais, avec ses intrusions métaphysiques. Ou aller surfer en Chine, premier pays libéré du néo-totalitarisme d’un moteur de recherche qui, aurait dit Gunther Anders, dans L’obsolescence de l’homme, nous renvoie à notre « honte prométhéenne » et, dans une mégalomanie de plus en plus visible, se prend tout simplement pour Dieu.

Canal plus Festivus

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Le Grand Journal

Le Grand Journal

Quand on est insomniaque, il arrive qu’on regarde à la télévision des programmes qu’on ne fréquente pas. Le grand journal, Canal +, dans la nuit de mardi à mercredi, avec les animateurs habituels et les invités, Éric Naulleau, Alain Finkielkraut, Guy Bedos : la discussion porte sur Éric Zemmour, l’homme qui ose rappeler aux Français que leur vieux pays est énigmatique et compliqué. La mise en accusation est immédiate. Bedos vitupère, tout son petit corps tremble et s’agite. On le sent traversé d’une onde de dégoût et de colère : il ressent intimement la menace de la Bête. Il est prêt à lui livrer, là, devant nous, un terrible combat. Ce faisant, il prouve la persistance, malgré l’âge, de l’esprit de révolte et de justice qui, jadis, inspirait l’ancien animateur des soirées humoristiques du Parti socialiste. Sa mine boudeuse accentue sa consternation. Il proclame que sa vie est justifiée par une farouche détermination : l’antiracisme. On en déduit immédiatement que Zemmour incarne cette horreur morale, le racisme. D’ailleurs, il précise à l’adresse de Naulleau : « Je ne viens plus à ton émission à cause de lui. » (« Ton émission », en l’occurrence est celle de Laurent Ruquier, On n’est pas couché, dans laquelle les deux Éric forment un fameux tandem de flingueurs, qui rappelle un peu le couple de vieux sarcastiques du Muppet’s show).

Passons sur les échanges, le détail des offensives. On retiendra que la chaîne du football, de l’humour décalé et des milliardaires facétieux a consacré un quart d’heure de son temps d’antenne à peser un peu plus sur la balance des accusations, dans l’injuste et stupide procès que la conjuration des conformistes instruit contre Zemmour. Seul Finkielkraut tenta de développer une défense générale. Il différencia les deux scandales médiatiques du moment : l’un, provoqué par Stéphane Guillon et l’autre par Éric Z. Il argumenta, sans montrer la tension qui, souvent, altère ses traits et nuit à sa démonstration. Il plaida en faveur de ceux qui prétendent observer le réel, contre leurs adversaires, lesquels disent défendre des principes moraux. Mais, sur son flanc gauche, Bedos manifestait tous les signes de l’épouvante et de l’irritation. Il grimaçait, feignait l’accablement, prenait le ciel à témoin de son tourment. Ses mimiques navrées disaient sa souffrance de se trouver dans la proximité de l’avocat du Mal. N’y tenant plus, usant du pivot de son siège, il se tourna vers le public, ravi : il confiait à son dos le soin d’exprimer sa réfutation de l’outrage. Puis le décor de gradins aux tons acidulés s’ouvrit, et apparut une jolie jeune femme. Le visage d’Alain F. se ferma. Cessant brusquement de se dilater, l’homme s’agglomérait, et, soudainement, « s’absentait » du monde. Les spectateurs, encouragés dans la coulisse, exultèrent. Miss météo, pétillante, anima une brève séquence fantaisiste, pour le plus grand contentement des cadres présents à l’émission, leur patron en tête. Alain Finkielkraut, la tête dans les épaules, se résorbait en lui-même. Alentour, ce n’était que joie et allégresse.

Au théâtre de l’Atelier, Fabrice Luchini donne une lecture de Philippe Muray[1. Fabrice Luchini lit Philippe Muray, au théâtre de l’Atelier, 1 Place Charles Dullin 75018 Paris]. Il y remporte un succès auquel il ne s’attendait pas. La salle, charmante et inconfortable, résonne des rires que provoquent les descriptions grinçantes de Murray, augmentées de quelques désespérantes observations de Cioran. On sort heureux de ce festival de Festivus Festivus, transfiguré, cruellement vengé, on se surprend à siffler dans les rues l’air de La fille de madame Angot[2. La fille de madame Angot, opéra comique de Charles Lecocq (1832-1918)], dont le prénom n’est pas Christine…

Et l’on voit, sortant du Tombeau pour une touriste innocente[3. Tombeau pour une touriste innocente, Minimum Respect, Les Belles Lettres], un cortège tintinnabulant de moralisateurs postmodernes, d' »artistes musiciens, citoyens, jongleurs, équilibristes » qui se dirige, après le spectacle, vers le plateau du « Grand Journal ».

Minimum respect

Prix: 19,00 €

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Les territoires prennent le maquis

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Saint-Émilion
Saint-Émilion. Photo Flickr / Claude-Olivier Marti
Saint-Émilion
Saint-Émilion. Photo Flickr / Claude-Olivier Marti

On perçoit, depuis les élections régionales, une certaine agitation dans les provinces de France. Elle commence aux portes de la capitale avec la grogne des élus de banlieue, de toutes tendances, contre le projet du « Grand Paris » porté, au nom de l’Elysée, par le secrétaire d’Etat Christian Blanc. Les départements, un peu éclipsés par la mise en avant électorale des régions, se font à nouveau entendre : les conseils généraux entrent en rébellion plus ou moins ouverte contre l’Etat. Ils se plaignent du transfert des charges non compensées provoqués par la mise en place du RSA et de diverses prestations à la personne, alors que leurs rentrées fiscales sont laminées par la crise. Claude Bartolone, le remuant président du Conseil général du 9-3, fait voter un budget en déséquilibre pour défier l’Etat. Ses homologues de droite ne vont pas aussi loin, mais ne manquent pas de faire savoir que l’augmentation des impôts locaux et la réduction des budgets départementaux leur est imposée par la pingrerie de l’Elysée et de Matignon. Les paysans voient leurs revenus fondre comme la neige en avril, et s’attendent à un nouveau coup de Trafalgar avec la réforme de la PAC. L’union de la culture et de l’agriculture, principales victimes des coupes budgétaires rassemble dans une même colère le producteur de lait et les soutiers de la décentralisation du théâtre, des arts et de la musique.

L’affaire, dira-t-on, n’est pas nouvelle : l’opposition séculaire des jacobins et des girondins, des provinces contre le pouvoir central, des barons locaux contre les grands seigneurs de la Cour est une des constantes du débat politique français.

Contrairement à ce qui se passe en Espagne, en Italie et même en Grande-Bretagne, cette éternelle querelle ne met pas en cause l’unité de la République. La revendication indépendantiste ou autonomisme n’intervient qu’à la marge, dans des régions périphériques. Elle est présente de manière endémique en Corse, comme cela s’est encore révélé lors des élections régionales et à, un moindre degré, dans la partie française du Pays basque. La République, quelle que soit la couleur politique de ses dirigeants, est parvenue à en limiter les effets nuisibles en faisant usage, tour à tour, de la répression contre les éléments les plus violents, et du dialogue avec ses représentants réputés modérés. Les mouvements ethnoculturels bretons, occitans, alsaciens et catalans ne se font aucune illusion sur leur capacité à entraîner derrière eux les populations des territoires qu’ils voudraient faire revenir au temps où les langues et cultures régionales résistaient à l’uniformisation décrétée par le pouvoir parisien. Ils doivent se contenter des petits gestes de l’Etat pour les amadouer : des panneaux de signalisation bilingues, des épreuves facultatives de patois au baccalauréat, écoles Diwan et autres bimbeloteries folkloriques qui amusent les touristes.

La révolte qui gronde actuellement dans nos provinces n’est pas de cette nature. Elle ne saurait se résumer, n’en déplaise à nos amis paléo-marxistes ou néo-anticapitalistes, à une version moderne de l’éternelle lutte des classes. Elle traverse toutes les institutions qui fondent notre République et notre démocratie. Elle n’épargne ni le Parti socialiste, ni les syndicats, comme en témoignent la contestation des « centrales » et de leurs dirigeants par les barons locaux du PS ou les grandes gueules cégétistes sur le terrain qui dénoncent la supposée connivence de Bernard Thibaut avec Nicolas Sarkozy.

En se lançant dans une réforme en profondeur de l’organisation territoriale de la France, le président de la République avait, sur le papier, de solides arguments à faire valoir. Le « millefeuille » institutionnel issu de l’empilement des structures : communes, intercommunalités, département, régions produit de l’opacité, des chevauchements de compétences, de la bureaucratie inutile, favorise le gaspillage, le clientélisme et la corruption.

La commission Balladur, à laquelle participaient quelques « grands élus » de gauche comme Pierre Mauroy et André Vallini, avait établi un constat de ces dysfonctionnements et formulé quelques propositions pour y remédier. Nicolas Sarkozy s’en est largement inspiré pour concevoir une réforme des territoires permettant une plus grande efficacité de leur gestion, et une meilleure lisibilité politique de leurs structures.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne marche pas, et que l’échec de cette réforme pourrait bien être le dernier clou enfoncé dans le cercueil du sarkozysme. Outre quelques maladresses qui auraient pu facilement être évitées, comme cette absurde proposition du scrutin uninominal à un tour pour les futurs conseillers territoriaux, ce projet souffre de l’absence totale de confiance dans celui qui le porte.

Les territoriaux, c’est à dire l’immense majorité des Français qui habitent quelque part et ne font pas partie d’une élite « déterritorialisée » indifférente au lieu où elle est amenée à incarner l’Etat, l’Economie, la Culture, ou la Presse avec des majuscules, ne se sentent ni aimés, ni compris par le pouvoir. Certes, Nicolas Sarkozy ne peut être taxé de l’hypocrisie de certains de ses prédécesseurs, comme Jacques Chirac ou François Mitterrand. Ces derniers avaient compris que leur ancrage symbolique dans la France provinciale était la meilleure garantie de leur tranquillité dans l’exercice régalien du pouvoir à la française. Certes, le peuple des territoriaux n’était pas totalement dupe de cet enracinement factice, mais un cocktail de flatteries et de largesses financières dans les périodes fastes suffisait à maintenir le calme et la jovialité dans les provinces.

Le pouvoir « hors sol » est peut-être une figure postmoderne de l’organisation des sociétés démocratiques, mais la terre, qui ment comme tout le monde, sait aussi se venger.

Interdit aux rumeurs

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Il paraîtrait donc que le président de la République aurait retiré sa voiture de fonction à Rachida Dati et demandé, en outre qu’on vire quelques sous-fifres au JDD suite à une certaine rumeur concernant sa vie privée. C’est mal. La preuve, toutes nos plus belles plumes s’en indignent dans la presse. C’est donc très grave. On irait presque dire que c’est du jamais vu, si un président en exercice il y a une vingtaine d’années n’avait fait mettre sur écoute des dizaines de personnes, mobilisé les services spéciaux et instrumentalisé des magistrats pour étouffer dans l’œuf des rumeurs du même ordre, quoique avérées, celles-là…

« La police du rire ! »

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Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut, photo Hannah.
Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut, photo Hannah.

L’affaire Zemmour s’est conclue – provisoirement ? − par la défaite de ceux qui demandaient sa tête. Reste cette atmosphère pesante dans laquelle on dénonce à tout va plutôt que de répondre et que nous avons, faute de mieux, baptisée le « nouveau maccarthysme »…
Comment rendre compte du climat dans lequel nous vivons ? Nous sommes sortis du XXe siècle avec la certitude, fondée, que le racisme est le mal absolu. Tout au long du siècle, il s’est décliné sous différentes formes, du racisme colonial dénoncé par Gide dès son Voyage au Congo au racisme apocalyptique des nazis. Très légitimement, nous avons juré : « Plus jamais ça ! » Nous surveillons nos réflexes, nos préjugés et luttons contre nos tendances à la discrimination.

[access capability= »lire_inedits »]Et nous aurions tort de le faire ?
Non ! Mais voilà que surviennent des événements qui ne rentrent pas dans le cadre. Nous ne voulons plus être xénophobes, mais il y a en France une hostilité à la France qui n’est pas le résultat de la xénophobie française. Et cela, nous ne savons pas le penser. Le « politiquement correct » français est en France le résultat d’un malaise, d’un trouble, d’une panique intellectuelle et morale face à un phénomène qui nous prend complètement de court. Ce mot, « panique », m’est venu en relisant un texte magnifique de Czeslaw Milosz sur la Russie dans Une autre Europe : « Le XXe siècle, pris de panique devant les sottises des nationalistes et des racistes, s’efforce de combler les abîmes du temps avec des statistiques de production et quelques noms de systèmes politico-économiques. Il renonce à étudier davantage la trame mystérieuse du devenir. » Milosz rend ici compte de l’extraordinaire succès du marxisme après la guerre. Nous sommes post-marxistes, mais la panique demeure. D’où nos stratégies d’euphémisation, d’évitement, d’occultation voire de déni d’une réalité pour laquelle nous manquent les concepts adéquats. Et lorsque, soudain, quelqu’un dit : « Le roi est nu », tout le monde s’affole et certains s’indignent. L’affaire Zemmour se comprend dans ce contexte.

Les adversaires de Zemmour, qui sont en grande partie les vôtres, vous accusent de vous focaliser sur l’immigration. Pourquoi cette dénégation du réel porterait-elle en priorité sur cette thématique et ses dépendances – laïcité, intégration…. ?
Précisément à cause de notre peur légitime du racisme. Mais si le racisme n’est pas une option, et c’est heureux, l’antiracisme ne rend pas compte de la réalité nouvelle d’une France dans laquelle on définit son identité en criant « Nique la France ! ».

Peut-être, mais n’est-il pas dangereux de laisser croire que tous nos concitoyens noirs ou arabes détestent la France ou qu’ils sont des trafiquants en puissance ? Une certaine prudence n’est-elle pas requise ?
La prudence, le scrupule, le refus de la généralisation s’imposent. Mais à force d’occultation et de déni, on finira par faire élire Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle en 2017. Il est de la plus haute importance de faire face à la réalité comme elle vient. Nous ne devons pas faire le cadeau du réel au Front national parce que lui généralise, homogénéise et essentialise. Il doit y avoir un moyen d’échapper à l’alternative entre essentialisation et dénégation. Mais qu’on cesse de stigmatiser ceux qui essaient plus ou moins maladroitement de dire les choses et qui ne se laissent pas intimider par l’expression « quartiers populaires ».

Vous ne faites pourtant pas partie de ceux qui proclament que l’on doit pouvoir tout dire ?
Je ne plaide pas pour un alignement de la France sur l’Amérique et son sacro-saint Premier amendement. Il y a des lois contre la diffamation, l’injure et l’incitation à la haine et c’est très bien. On ne peut pas dire n’importe quoi, n’importe comment. Mais aujourd’hui, ce ne sont pas les opinions qui sont pourchassées, ce sont les constats.

Pour ajouter à la confusion, ceux qui réclament que l’on fasse taire Zemmour hurlent à la censure quand on ose les critiquer ou leur répondre. D’où le rapprochement intéressé qu’ils font entre le cas Zemmour et celui de Guillon, alors que le premier était menacé de licenciement tandis que le deuxième, en bon « rebellocrate », comme disait Muray, jouit d’une parfaite impunité.
Le problème tient au statut des amuseurs dans la société actuelle. Ils ne réclament pas la liberté mais l’impunité. Devant la moindre critique, ils agitent, avec le soutien des rédactions, le spectre de la censure, de la dictature, du goulag. Cette attitude est d’autant plus détestable et ridicule qu’ils ne narguent pas la police de la pensée, ils la font. Ils ne sont pas en dehors des clous, ils sont dans les clous et verbalisent, par leurs sarcasmes, leurs caricatures et leurs insultes, tous ceux qui en sortent. Dans sa chronique qui a fait débat, Stéphane Guillon ne s’est pas contenté de dire que le ministre de l’Immigration avait des yeux de fouine et un menton fuyant et qu’il était une taupe du FN, il a imaginé un gouvernement dont Eric Zemmour serait le ministre de la Culture, et cela, au lendemain des ennuis qui avaient été faits à Zemmour. Le politiquement correct trouve dans les amuseurs son expression finale. Ils se prennent pour des rebelles intrépides alors que, comme l’a très bien vu Philippe Muray, ils sont les inquisiteurs du nouvel ordre moral.

C’est encore pire : la singularité est suspecte et il est devenu subversif de penser et de dire la même chose que tous les autres et, en conséquence, de tirer en meute sur les ambulances de la vie publique.
Un auditeur m’a signalé que, lors d’un concours de photographies organisé par la FNAC de Nice, le prix du politiquement incorrect avait été attribué à la photo représentant un jeune homme, de dos, pantalon baissé, qui s’essuie le derrière avec le drapeau français. Ce n’est pas vrai ! Le politiquement correct, c’est justement de faire cela. Le politiquement correct, c’est Gaspard Proust, amuseur plein de promesses, qui décrit le couple présidentiel comme « un beauf à gourmette avec sa pute à frange ». Quel conformisme, quelle vulgarité, quelle bêtise ! Le grand mensonge est de nous donner à penser qu’il faut du courage pour tomber si bas. À un moment où le pouvoir politique est faible, les bouffons s’acharnent sur lui comme s’il était fort et infiniment dangereux. Les rois du monde veulent nous faire croire qu’ils défient le pouvoir des rois.

En attendant, est-ce qu’à l’ère hyper-médiatique, accepter la caricature, même blessante, et la critique, même violente, ne fait pas partie de la vie publique ?
Dans le Nouvel Observateur, François Morel vole au secours de Guillon. « La chronique, dit-il, ne m’a pas choqué. Franchement, le mec qui est ministre d’État et qui affirme lutter à armes inégales avec un humoriste qui fait un billet de quelques minutes à la radio, il ne doit pas être très sûr de ses convictions. » J’ai dû m’y reprendre à deux fois pour lire un texte aussi franchement débile. Vous êtes ministre, on vous traite de fasciste, voire de nazi, vous sortez de vos gonds. Et François Morel explique que c’est parce que vous n’êtes pas sûr de vos convictions ! L’inverse, bien sûr, est vrai. Plus vous avez de convictions, moins une telle attaque est tolérable. Il faudrait être totalement cynique pour ne lui accorder aucune importance. Grande nouvelle : les amuseurs sont bêtes. Ils sont, par surcroît, tellement galvanisés, enivrés de leur pouvoir, enfermés dans leur bulle qu’ils sont incapables de se mettre à la place de ceux qu’ils attaquent. Ce sectarisme, ce dogmatisme bétonné, c’est la mort de l’humour.

Vous y allez un peu fort, non ?
Non, et j’en veux pour preuve cette magnifique définition de l’humour que fait Kundera dans Les Testaments trahis : « L’humour, l’éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté et l’homme dans sa profonde incompétence à juger les autres. L’humour, l’ivresse de la relativité des choses humaines, le plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude. » Où voyez-vous ce plaisir se déployer ? Quel rapport entre l’humour ainsi défini et les chroniques de Didier Porte, Stéphane Guillon, Guy Carlier ou les commentaires absurdes de François Morel ?

Faut-il pour autant censurer les censeurs ? N’est-il pas légitime que ces voix aient droit au chapitre dans les grands médias ?
Se pose tout de même la question de la civilité. Est-ce sur une radio de service public qu’on doit traiter Martine Aubry de « petit pot à tabac » ? Je n’en suis pas sûr. Est-il normal qu’un responsable politique invité à 8 h 20 sur une radio d’information se fasse agresser et insulter entre 8 heures moins 5 et 8 heures ? Est-il normal que la dérision préempte la discussion et que le crachat précède l’invitation ? Les règles minimales de la courtoisie devraient interdire ce genre de comportement. De plus, tout cela a, dans la société, un effet absolument dévastateur : c’est sur l’exemple de cette dérision que les élèves se sentent encouragés à traiter leurs enseignantes de « pouffiasse », de « vieille peau » ou de « sac à merde ». Les professeurs représentent eux aussi l’autorité républicaine. Mais on n’en a plus rien à faire de cette transcendance-là.

Pourquoi en aurait-on quelque chose à faire dès lors que les politiques, qui sont supposés l’incarner, acceptent d’être traités de façon indigne ?
Les hommes politiques devraient être capables de déclarer solidairement que la vie publique requiert d’autres règles. Ils ne le font pas et ne le feront jamais, trop occupés à se tirer dans les pattes et à se battre pour deux minutes d’antenne. Le pouvoir cède parce que le pouvoir est faible. Vous vous souvenez de la phrase immortelle de Jospin : « On ne gouverne pas contre Le Monde. » Aujourd’hui, on ne gouverne pas contre Canal+, on ne gouverne pas contre France Inter, on ne gouverne pas contre les amuseurs. On peut sans doute rire de tout. Mais pas dans ces conditions, pas dans une France qui vit une crise massive du vivre-ensemble, où l’autorité publique est bafouée de toutes parts, où les formes ne cessent d’être piétinées. Il faut remettre des formes. Je ne demande rien d’autre.

Faut-il interdire la caricature ? Elle fait partie de notre culture et elle a toujours joué aussi sur le physique…
Vous parlez exactement comme François Morel ! Certes, la caricature utilise l’attaque physique depuis des siècles mais, justement, le XXe siècle devrait justement nous alerter. On sait jusqu’où est allée la caricature physique. Celle-ci serait ignoble quand elle est raciste et tout à fait légitime quand elle brandit de drapeau de l’antiracisme. Si l’antiracisme consiste à mobiliser contre ses ennemis les procédés du racisme, on n’aura fait aucun progrès.[/access]

Iran : même pas mal !

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Mahmoud Ahmadinejad

Mahmoud Ahmadinejad

Grande nouvelle ! Les dirigeants chinois seraient maintenant disposés à ne pas opposer leur veto à un nouveau train de sanctions imposées par l’ONU à la République islamique d’Iran qui s’obstine à poursuivre son programme d’armement nucléaire.

Après la Russie, qui s’est ralliée au principe d’une pression internationale accrue sur le régime de Téhéran en échange d’un nouveau traité entre Moscou et Washington sur la réduction des armements stratégiques, c’est Pékin qui semble de mettre au diapason de la ligne « dure » des Occidentaux.

En fait, lorsque l’on regarde l’affaire de plus près, le « revirement » des Chinois consiste simplement à accepter de discuter, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU augmenté de l’Allemagne, de l’ampleur d’éventuelles sanctions s’ajoutant à celles déjà en vigueur.

Ces discussions devraient se poursuivre jusqu’à la fin du printemps, une échéance proposée par Barack Obama lors de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy. La Chine, et dans une moindre mesure la Russie, vont se battre pour que ces sanctions soient les moins douloureuses possibles pour le régime de Mahmoud Ahmadinejad. Elles seront soutenues, au sein du Conseil de sécurité, par le Brésil et la Turquie qui y siègent actuellement comme membres non permanents.

L’attitude de Pékin est toute de subtilité asiatique : les dirigeants chinois sont opposés à ce que Téhéran se dote d’armes nucléaires, mais ne soutiendra pas des sanctions « mordantes », telles que l’embargo sur les livraisons de carburant raffiné ou l’interdiction des ports internationaux à la flotte commerciale iranienne.

Le texte qui sera soumis au Conseil de sécurité sera donc, obligatoirement, un texte de compromis, et le temps nécessaire à sa rédaction mis à profit pour négocier en coulisses avec Téhéran d’une sortie de crise où personne ne perdrait la face. Cette séquence de quatre mois correspond, comme par hasard, à l’exigence adressée à Benyamin Netanyahou de gel des constructions à Jérusalem-Est.

L’option militaire, qui était encore sur la table avant l’accession de Barack Obama à la Maison Blanche, comme recours, au moins rhétorique, dans le dialogue avec Téhéran, est maintenant explicitement écartée par le Département d’Etat et le Pentagone.

Tous les efforts de la diplomatie US sont actuellement consacrés à dissuader Israël de se livrer à une attaque préventive contre les installations nucléaires iraniennes, en échange d’un « parapluie » nucléaire américain face aux menaces de Téhéran. Deux journalistes israéliens de Haaretz, Avi Issacharoff et Amos Harel, très bien introduits dans l’establishment militaire et diplomatique israélien, ont fait récemment état de la conviction de la plupart des hauts responsables de l’Etat juif : l’administration américaine se prépare à vivre avec un Iran doté de l’arme nucléaire, et discute avec ses alliés européens membres de l’OTAN de la posture à adopter dans cette éventualité. Le discours alarmiste de Barack Obama , le 2 avril , sur CBS News, affirmant que Téhéran poursuit imperturbablement ses objectifs nucléaires montre, certes, qu’il est tout à fait au courant de ce qui se passe. Mais ces propos ne s’accompagnent, en aucune façon d’une escalade, même verbale, de nature à faire comprendre à Ahmadinejad et Khamenei qu’ils risquent gros à se comporter de la sorte.

Même si l’on n’est pas la petite souris que l’on rêverait d’être lors des briefings stratégiques à la Maison Blanche, on peut imaginer la teneur des échanges entre les divers acteurs de ce dossier. Les militaires sont obnubilés par une sortie d’Irak, prévue pour la fin de l’année, qui ne soit pas pourrie par des attentats perpétrés par des milices chiites proches de Téhéran, plutôt calmes en ce moment. La neutralité iranienne dans le conflit afghan – les mollahs iraniens ne portent pas les talibans sunnites dans leur cœur – est précieuse, car elle évite de précipiter les persophones afghans dans la rébellion. Enfin, un Iran nucléaire, c’est peut-être ennuyeux pour les alliés traditionnels des Etats-Unis au Moyen-Orient (Egypte, Arabie Saoudite), mais cela ne menace en rien la sécurité des Etats-Unis. On devrait pouvoir calmer les angoisses de Ryad et du Caire avec le déploiement de quelques missiles nucléaires à moyenne portée dans le secteur. Les diplomates, ces « petits messieurs en pantalon rayé » que méprisait Harry Truman, ne portent plus de pantalon rayé, mais restent des champions de l’appeasement tous azimuts et se remettent lentement des traumatismes à répétition subis pendant l’ère George W. Bush. Les représentants de l’économie ont une peur bleue d’un nouveau choc pétrolier qui pourrait survenir si la crise iranienne dégénérait en un affrontement violent, armé ou non. La presse et l’opinion publique, aux Etats-Unis et en Europe sont peu mobilisées sur cette question. Le mouvement de solidarité avec les opposants iraniens à Ahmadinejad, qui est bien réel, ne contribue pas à pousser les gouvernants vers la fermeté : un choc frontal avec le régime de Téhéran pourrait provoquer un mouvement de rassemblement populaire autour du régime, affirment des exilés iraniens et ceux qui les soutiennent.

Rien n’incite donc Washington à pousser les feux sur ce dossier, et l’on ne voit pas comment des Européens, plus lucides sur les dégâts prévisibles provoqués par un Iran nucléaire que la nouvelle administration américaine, pourraient agir seuls, ou même persuader Washington de se montrer plus ferme.

Au bout du bout du banc, le dilemme est porté par les seuls Israéliens : to hit or not to hit, frapper ou ne pas frapper. L’Iran puissance régionale nucléaire, cela signifie la fin du pouvoir de dissuasion d’Israël vis-à-vis du Hezbollah et du Hamas, l’ébranlement des régimes « modérés » de la région, principalement en Jordanie et en Egypte où les islamistes auront beau jeu de faire valoir que la résistance paie plus que la soumission. On peut estimer, sans être traité d’apprenti-sorcier, qu’il est légitime, d’un point de vue israélien, de tout faire pour éviter de se retrouver dans une telle situation. L’hypothèse, avancée par quelques têtes d’œufs de think tanks américains de gauche, selon laquelle la possession de l’arme nucléaire responsabiliserait le régime des mollahs, comme elle a jadis rendu rationnelle et prudente la politique extérieure de l’URSS, ne semble pas de nature à rassurer les gens ordinaires de Tel Aviv ou Haïfa.

Tout cela, comme disait ma grand-mère, ne présage rien de bon pour nous. Et ce nous, en l’occurrence, va bien au-delà de ceux qui se réclament de la culture et de la tradition juive.

Le journalisme est-il un « métier pourri » ?

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Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon

D’accord, Jean-Luc Mélenchon est mal tombé. Tant qu’à s’attaquer aux journalistes, mieux aurait valu choisir un puissant, une star de la profession. Affronter Apathie, Demorand ou Pujadas, ça aurait eu plus d’allure que de tomber à bras raccourcis sur un étudiant de l’école de journalisme de Sciences Po. Enfin, le jeune Félix Briaud aura ainsi eu droit à son quart d’heure de célébrité et, sans doute, aux félicitations de ses professeurs tous soigneusement recrutés dans les médias où on pense bien.

D’autre part, si le patron du Front de Gauche a bien raison de s’en prendre au goût des médias – y compris des plus sérieux – pour l’insignifiant et le people, il a mal choisi son terrain. En effet, la réouverture des maisons closes serait assurément un progrès, à la fois pour la paix des familles et pour les dames qui y officieraient. C’est donc un sujet d’intérêt général– même si le patron du Front de Gauche considère la sexualité comme une affaire bourgeoise…

Pour finir, c’est très mal de traiter de « petite cervelle » quelqu’un dont, à l’évidence, on n’a pas eu le temps de mesurer le tour de crane. Et puis, au lieu de parler de notre « métier pourri », Mélenchon aurait pu dire qu’il était « mal parti » ou se lamenter sur notre « profession sinistrée » – intellectuellement et socialement, ce qui devrait d’ailleurs susciter l’intérêt de ce bon marxiste.

Si toutefois on consent à mettre ce vocabulaire, un peu excessif et somme toute négligé pour un homme qui brandit la dignitas, sur le compte de la colère, il faut admettre que ses propos relèvent du bon sens. Qu’un homme politique veuille être interrogé sur son programme plutôt que sur sa vie privée ou l’élection de Miss France, cela devrait être une évidence.

Je n’en suis pas très fière, mais ça me réjouit toujours qu’un politique se permette d’engueuler un journaliste. Rien n’est pire que le spectacle de ces élus acceptant de se faire maltraiter en direct par des interviewers qui se croient rebelles parce qu’ils jouent les flics ou insulter par des pseudo-comiques qui, comme le résume notre ami Alain Finkielkraut, réclament la liberté quand ils veulent l’impunité. Ou plutôt si, il y a pire : les politiques qui, depuis la fameuse question posée par Ardisson à Michel Rocard, acceptent n’importe quoi pour passer à la télé, y compris les questions et les voisinages les plus dégradants.

Seulement, il ne suffit pas de s’en prendre aux journalistes. Dans le trio que forment journalistes, politiques et public, tout le monde conspire dans le même sens, celui de l’indigence et de l’insignifiance quand ce n’est pas celui de la vulgarité. Si des journalistes ou des amuseurs faisant office de journalistes exercent aujourd’hui un pouvoir exorbitant quoi qu’en disent ceux qui hurlent tous les quatre matins à la  liberté menacée, c’est bien parce que les politiques ont accepté de se dessaisir du leur. « On ne gouverne pas contre Le Monde », disait Jospin, officialisant la transformation des contre-pouvoirs en pouvoir. On aimerait convaincre ses successeurs que gouverner, c’est aussi et peut-être d’abord être capable de s’opposer au Monde – et aux autres.

Gaffe à la cédille

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Si vous êtes l’heureux possesseur d’un iPhone, mieux vaut demander à vos interlocuteurs « Comment vas-tu ? » plutôt que « Comment ça va ? ». Tout d’abord parce que c’est plus joli, mais surtout parce que, d’après nos vigilants confrères de 60 millions de consommateurs, la lettre c, quand elle est pourvue d’une cédille, fait dérailler les téléphones d’Apple et exploser le tarif des SMS. Méfiance, donc, mais pas de parano non plus. Tout d’abord parce qu’on est à l’abri de ce type de déboires si on dispose d’un forfait SMS illimité, ce qui est plus que fréquent pour les iPhones. Et puis les mots à cédille sont plutôt rares dans l’univers du texto : on n’en trouve ni dans « Téhou? », ni dans « Apl! », ni dans « biz », ni même dans « Sava? »

L’Eglise à l’Index ?

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Autant l’avouer tout de suite, je suis catholique. Je sais que c’est grave, mais j’assume. Courageusement. Autant vous l’avouer aussi, au risque de vous surprendre, je ne suis pas pédophile. Normal, me répondrez-vous, vous n’êtes pas prêtre. En effet.

D’ailleurs au risque de vous surprendre encore un peu plus, je n’ai jamais eu, enfant, affaire à un curé pédophile et Dieu sait (Dieu merci, d’ailleurs, comme dirait mon pote Lecœur de Direct 8) que j’en aurai vu, des curés. Jusqu’ici, je suis sûr que vous vous dites que ce papier n’est pas très intéressant. Alors, venons-en aux faits, puisqu’on n’a pas que ça à foutre, surtout sur internet, y a aussi morandini.com à regarder, Eric Zemmour à écouter et le mur de Facebook à rafraîchir.

On nous délivre en cascade depuis quelques jours, en une cascade à tel point ininterrompue qu’on se demande forcément qui en a ouvert les vannes, des « révélations » sur des cas, innombrables semble-t-il, de pédophilie presbytérienne. Les agissements passés de ces curés sont abominables et moi, qui suis catholique, j’ai honte. J’ai vraiment honte, contrairement à divers commentateurs qui, même en prenant un air grave et en baissant pudiquement les yeux, arrivent de plus en plus mal à dissimuler leur joie maligne de voir tomber dans la fange ordinaire d’un mal qui est ici tout sauf banal des hommes consacrés à Dieu lesquels, prêchant une morale horripilante toute la journée, se révèlent en réalité comme les pires pourceaux.

Entendons-nous bien. J’ai honte de ces prêtres, pas de l’Eglise catholique. Ce qui est bien dans l’Eglise, disait mon Bernanos favori, c’est qu’on est entre pécheurs. En l’occurrence, comme des millions, des centaines de millions d’autres catholiques, je me serais volontiers passé de cette cohabitation. Je me serais surtout volontiers passé de l’existence des pédophiles en général, qu’ils soient curetons ou libertins de confession, ou encore personne. Mais je n’ai pas honte de mon Eglise, de l’Eglise tout court, car, comme disait ailleurs le même Bernanos sans craindre l’apparence du paradoxe, « notre Eglise est l’Eglise des saints ». Et en ce moment même, j’en vois bien un de ces saints qui, surexposé, est l’objet destinal de toutes ces révélations : le petit homme en blanc, parce qu’il a entrepris tel un autre Christ de nettoyer les écuries d’Augias, de crever l’abcès, de faire le ménage, est chargé du poids de tous les péchés du monde. Nul doute qu’il s’y soit soumis en connaissance de cause. Mais peu importe à l’opinion publique le courage du Pape. Ce n’est pas cela qu’elle veut.

Le travail qui devrait nous faire frémir si nous n’y étions déjà habitués depuis des décennies, c’est celui qu’accomplissent les journalistes des quatre coins du monde, qui se sont ligués comme un seul homme contre un seul homme pour enfin faire venir au jour la vérité. Il y a un paradoxe profond dans notre époque, une faille qui clive son être : alors qu’elle fait profession de religion scientifique, qu’elle a pris définitivement le costume du technicien à qui on ne la fait pas, de l’expert surdoué en toutes matières, elle fait aussi bien abstraction des chiffres qu’elle idolâtrait la minute d’avant quand ils ont le mauvais goût de la contredire. On vient de le voir avec l’étrange affaire Zemmour à qui personne n’a su opposer le moindre chiffre qui invalidât sa phrase. Que celle-ci ait été opportune, je ne le crois pas, mais c’est une autre affaire.

On le voit aussi avec l’affaire de la pédophilie des prêtres. De deux choses l’une : soit on pense que ce sont des êtres intrinsèquement pervers et qu’il faut interdire formellement leur ministère, comme on ferait de la première secte venue ou, à tout le moins, les débarrasser de gré ou de force d’un célibat qui aurait fait d’eux ces monstres ; soit l’on est choqué que des hommes consacrés à la charité, au Bien sous toutes ses formes, aient pu fauter, et l’on rend ainsi témoignage à la foi qui les meut habituellement. Ce n’est certainement pas cette deuxième option qui prévaut dans l’orchestre des faiseurs de scoops actuels.

Il leur faut donc démontrer que le catholicisme ou le célibat de ses prêtres engendrerait les tendances ou les actes pédophiles. Et là, ils vont avoir du fil à retordre. Redonnons encore une fois des chiffres qui trainent un peu partout, mais qu’on n’aura pas de raison de cesser de répéter tant qu’ils n’auront pas vraiment été lus : d’une part, selon le ministère français de la Justice, 90% des affaires recensées de pédophilie concernent des hommes mariés. D’autre part, selon les données annoncées Mgr Charles J. Scicluna, ministère public du tribunal de la Congrégation pour la doctrine de la foi à Avvenire, de 2001 à 2010, il y a eu environ 3.000 accusations regardant des prêtres diocésains ou religieux pour des crimes commis ces 50 dernières années, dont seulement, si l’on ose dire, 10 % peuvent être qualifiées véritablement en pédophilie. On arrive donc à 300 prêtres sur 400.000 dans le monde. On peut bien entendu supposer que de nombreux cas n’auront pas été portés à la connaissance des autorités, mais cela reste de l’ordre de l’hypothèse. Mais surtout, last but not least, Philip Jenkins, qui est le spécialiste américain du sujet (et qui n’est pas catholique) après avoir enquêté pendant 20 ans sur le lien possible entre pédophilie et célibat consacré, arrive au chiffre précis pour le diocèse de Chicago d’1,8 % de prêtres coupables de faute sur mineur, dont un seul sur 2200 était véritablement pédophile. Il y ajoutait cette déclaration déterminante : « Mes travaux sur des cas au cours des 20 dernières années n’indiquent aucune preuve quelle qu’elle soit que les catholiques ou les autres clercs célibataires soient plus susceptibles d’être impliqués dans l’inconduite ou de mauvais traitements que les ministres de toute autre confession – ou même, que les non-clercs[1. Le 3 mars 2002 dans la Pittsburgh Post Gazette]. »

On pourra en outre consulter une étude britannique, qui rapporte que sur 60 cas d’abus par des ministres du culte, toutes confessions confondues, 25 sont le fait de prêtres catholiques, 35 de protestants et d’anglicans (mariés) ; que selon les chiffres du Guardian, la proportion de pédophiles dans l’Eglise est rigoureusement la même que dans les autres milieux ; que, toujours selon Jenkins, cité par le journaliste italien Massimo Introvigne, « si l’on compare l’Eglise catholique des Etats-Unis aux différentes « dénominations » protestantes, on découvre que la présence de pédophiles est – selon les dénominations – de deux à dix fois plus élevée parmi les membres du clergé protestant que chez les prêtres catholiques. » ; et enfin, toujours d’après Introvigne, que « dans le même temps où une centaine de prêtres américains étaient condamnés pour abus sexuel sur des enfants, le nombre de professeurs d’éducation physique et d’entraîneurs d’équipes sportives – eux aussi en grande majorité mariés – reconnus coupables du même crime par les tribunaux américains avoisinait les 6000. »

Je suis bien d’accord avec vous, les journalistes, ce ne sont que des chiffres qui ne soignent pas du tout les victimes des abus de religieux pervertis. Qui au contraire, auraient plutôt tendance à les assommer un peu plus s’il était possible. Mais qu’au moins, devant ces chiffres, l’on cesse enfin de nous bassiner avec la question du célibat catholique latin. Une bonne fois.

De toute façon, ne me prenez pas pour un imbécile : je ne vous prends pas pour des imbéciles non plus et je sais très bien que vous ne voulez qu’une chose, atteindre cette pauvre Eglise dans son cœur. Et comme vous êtes des malins, vous savez que son cœur est à Rome et que c’est surtout un petit Allemand à tête de gros chat qui le fait battre (d’un point de vue humain, s’entend). Tant qu’il n’aura pas été roulé dans la boue, vous ne serez pas satisfaits.

Avouez, avouez au moins que vous aurez tout essayé, avec une persévérance qui vous honore : ses origines teutonnes, son passage forcé à la Hitlerjugend, son retour en arrière laissant présager des avant-hier qui chantent en latin, Pie XII et les Juifs, la capote et les Africains, la gamine brésilienne violée et avortée. Maintenant, les pédophiles. Ce qui vous emmerde bien, c’est qu’il n’ait jamais, lui, au grand jamais, caressé le moindre enfant : alors vous avez tenté de l’avoir par son frère, antique bonhomme tout ce qu’il y a de plus pur, vous avez fait donner la cavalerie aux gros sabots d’Hans Küng, le rival mimétique malheureux, vous avez fait dire aux Irlandais qu’il ne leur demandait pas assez pardon dans sa lettre ; et maintenant, vous ressortez l’histoire d’un curé américain ayant sévi il y a 35 ans et mort depuis. C’est un peu comme si l’on accusait tout Hollywood et tout le CNC français d’avoir couvert Polanski. Comme si toute la gauche française, Libé en tête, devait payer pour les âneries de Cohn-Bendit des années 1970.

En fait, vous me faites bien rigoler, même si je ne devrais pas dans la situation actuelle. Moi, j’ai mal. Mes curés me font mal. Vous, vous instrumentalisez des histoires sordides pour avoir la tête d’un octogénaire qui persiste à ne pas penser comme vous. Vous êtes sûrs de perdre devant la morale de l’Histoire, mais vous continuez. Pauvres de vous.