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Des scientifiques demandent une « police » de la science

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Ce n’était pas une blague. Le 1er avril, Libération a publié en « une » un appel de quatre cents scientifiques qui demandent aux plus hautes autorités scientifiques du pays de remettre de l’ordre dans la pratique de la science en France. Il leur est entre autres suggéré de réaffirmer leur confiance dans les travaux des signataires et de rétablir leur dignité, qui selon eux, aurait été bafouée dans les médias par une petite poignée de climato-sceptiques citant Claude Allègre et Vincent Courtillot. Tout cela au nom de l’éthique scientifique et d’un supposé pacte moral entre les chercheurs et la société.

Ce n’est pas le fond de la controverse scientifique qui est là en jeu. C’est la démarche qui est sidérante. En effet, si les signataires s’estiment victimes d’affirmations mensongères ou calomnieuses, cela relève de la loi. C’est donc à la justice, pas aux institutions scientifiques qu’ils doivent faire appel. Demander à celles-ci de trancher en désignant les bons et les mauvais est proprement effrayant quand on en envisage toutes les conséquences. Les signataires ont-ils réfléchi au précédent qu’ils ont créé ?

« Combien de divisions ? » Les climato-alarmistes se prévalent sans cesse de cet argument stalinien. Ainsi l’unanimité des 2500 scientifiques du GIEC (chiffre contestable d’ailleurs) aurait force de preuve, de même que le fait d’aligner 400 signatures démontrerait la validité scientifique des affirmations des pétitionnaires. Ce serait presque le contraire. Une avancée scientifique est toujours le fait que d’une ou quelques personnes. Comme je l’ai rappelé à maintes reprises, la science est amorale, elle ne se décide pas, ni au consensus, ni à la majorité, ni à l’unanimité. Elle se démontre, et c’est tout. Peu importe par qui et pourquoi. Et surtout, on ne tranche pas un débat scientifique, on le fait progresser.

Cette pétition n’a rien à voir avec la science, elle a à voir avec la police de la science. Des scientifiques – que l’on croyait fort sourcilleux sur leur liberté académique – demandent à leurs tutelles d’intervenir pour les défendre au nom de ce qu’ils appellent l’éthique scientifique. Ils accusent ceux qui ne sont pas d’accord avec eux d’oublier « les principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société ». Et dire que Galilée fut à l’honneur l’année dernière… Cela me rappelle cette phrase de Schumpeter sur le marxisme : « La qualité religieuse du marxisme explique également une attitude caractéristique du marxiste orthodoxe à l’égard de ses contradicteurs. À ses yeux, comme aux yeux de tout croyant en une foi, l’opposant ne commet pas seulement une erreur, mais aussi un péché. Toute dissidence est condamnée, non seulement du point de vue intellectuel, mais encore du point de vue moral. » Malheureusement, cette vision limpide énoncée dès 1942 n’a eu aucune influence concrète sur les nombreuses dérives du marxisme à travers le monde pendant plusieurs décennies, ce qui ne porte pas spécialement à l’optimisme.

Tout citoyen, et encore plus tout responsable devrait avoir à cœur d’œuvrer pour maintenir une stricte séparation, entre science et la religion bien sûr, mais aussi entre vérité et croyance scientifique. S’il est légitime que des scientifiques croient en leur modèle, cela n’en fait pas une vérité. La confusion des genres serait in fine néfaste pour toutes, et en plus ferait monter la « température humaine » de bien plus de deux degrés.

Lorsque j’ai eu connaissance, le 24 mars, de la première version de cette pétition qui était encore plus délirante que celle qui a été publiée, le contenu m’a semblé tellement grotesque , la démarche si hallucinante, que j’ai cru à un canular. Dans ce climat religieux, cette atmosphère d’inquisition, je n’arrive toujours pas à me défaire de l’idée que cette pétition était un poisson d’avril !

Halte aux mots anxiogènes !

La presse a largement rendu compte des résultats du concours Francomots lancé par le secrétariat d’Etat à la francophonie. Ce concours, dont le but était de faire reculer les anglicismes, a accouché de quelques propositions crétines comme l’usage de « bolidage » à la place de tuning, de « ramdam » pour buzz (l’origine arabe de ramdam étant plus « correcte » que l’origine anglo-saxonne de buzz…), l’utilisation de « e-blabla » pour tchat, etc. Bref, un grand moment de rigolade pour les jeunes et l’occasion pour l’Afp de diffuser une dépêche au titre abyssal : « Des « néomots » rigolos pour bouter l’anglais hors du français ». Rigolo ? La presse a peu parlé, en revanche, des travaux de la sous-commission « mots anxiogènes » de la délégation à la langue française du ministère de la culture, qui a rendu ses conclusions au même moment : est recommandé l’effacement progressif des dictionnaires – et des discours publics – certains mots « anxiogènes », « dépassés » et « peu recommandables ». Ainsi est-il proposé de bannir le mot « nuit » au profit de « suspension temporaire du jour ». Il est suggéré également de mettre le « crépuscule » inquiétant au fond d’un trou. La sous-commission nous invite aussi à user avec une grande parcimonie des formules anxiogènes « ne peut », « n’est vraiment pas capable », « n’est pas assez belle », « ne peut pas passer en 5e avec ces notes », etc. Un Grenelle des néomots sera bientôt lancé afin de trouver des substituts acceptables à des notions négatives telles que : « religion », « moralité », « mort », « travail », « fidélité », « famille », « individualité », ou encore « langage ». Skyrock, la radio rap, devrait être associée au projet, ainsi que la Ratp, qui propose, dans ce contexte, un grand concours de slam citoyen.

Le bouclier et la burqa

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Il est des juxtapositions douloureuses. Celle qui voit se télescoper dans les JT la sanctuarisation du bouclier fiscal et l’enterrement de la loi anti-burqa relève du cas d’école.

Il est bien évident que l’opération poudre aux yeux mise en place pour hâter et célébrer le déculottage sarkozyste sur le « voile intégral » se solde par un fiasco non moins intégral. Pourtant, le Monde, le Figaro et Libé, dans un chœur touchant de vierges au Dalloz entre les dents, ont tenté, tout comme la gauche mainstream, de nous faire avaler le canular du Mais malgré les efforts des uns et des autres, il n’aura pas échappé à grand monde que ce refilage de mistigri au Conseil d’Etat était cousu de fil à plomb. D’autant plus qu’une semaine avant, on nous avait servi le même gag avec la taxe carbone et que la Belgique, c’est-à-dire l’État le plus impuissant – et le plus eurocompatible – de l’Union, n’a pas gobé, elle, le fabliau du Palais Royal selon lequel une bonne grosse interdiction de derrière les fagots nous exposait « à de sérieux risques au regard de la Constitution et de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Donc on se fout du peuple, ce qui après tout n’est pas très grave en soi : c’est même le plus commun des modes de gouvernement, à Paris comme à Pékin, Londres ou Bamako. Le petit problème, c’est que tout le monde s’en aperçoit. Un peu comme avec la taxe carbone, donc. Mais aussi comme avec le Traité de Lisbonne, ou les aventures de Jean Sarkozy à l’EPAD et quelques autres faits d’armes élyséens. Le petit problème, c’est que mis bout à bout, ce qu’on a sous le nez n’est plus du simple foutage de gueule, c’est un 26 octobre postmoderne, dilué dans l’espace et le temps. Pour ceux qui n’étaient pas nés, on rappellera que le 26 octobre 1995, Jacques Chirac, élu cinq mois plus tôt dans l’enthousiasme sur le thème de la fracture sociale, avait expliqué aux Français que la résorption d’icelle était reportée sine die pour cause – déjà ! – d’Union Européenne.

Chiraquisation donc, mais hypocrite : l’actuel président n’a pas le courage de nous dire en face que son triptyque gagnant de 2007 populisme/réactivité/volontarisme était désormais bon pour les Archives nationales et qu’il avait rompu avec l’idée même de rupture. Et c’est pile à ce moment-là que déboule sur les plateaux la noria ministérielle de seconds couteaux prêts à se faire tuer sur place pour défendre le bouclier fiscal. Mettez-vous à la place d’un agriculteur, d’un délocalisé, d’un surendetté, ou plus banalement d’un électeur lambda. Ils n’ont pas forcément cru que le président irait chercher les points de croissance avec les dents. Mais ils ont cru qu’il se donnerait du mal. Et voilà qu’ils constatent aujourd’hui que les canines présidentielles s’en prennent surtout aux mollets de ceux qui contestent son bouclier fiscal. Or chacun sent bien qu’il existait douze mille façons raisonnables d’expédier ce gadget pour rentiers à la trappe. La crise mondiale blabla, la solidarité nationale taratata, les équilibres budgétaires et patati et patata…

C’est d’autant plus désolant que je ne suis pas moi-même accro au bouclier fiscal, pas plus qu’à l’ISF ou aux droits de succession. Et dans les deux sens. J’ai pas de religion, comme dirait l’autre, ou, plus précisément, je n’ai pas l’impression que leur maintien, leur suspension, ou leur suppression créerait un seul emploi supplémentaire. Parce qu’économiquement tout cela se passe à la marge de la marge. On est dans l’opérette économique. Une fiction qui arrange beaucoup de monde, à gauche comme à droite. Qui permet de faire croire qu’on est pour l’entreprise ou bien pour les travailleurs, alors qu’on a cédé à d’autres, sans discontinuer depuis trente ans, toutes les clefs et tous les leviers. Que toutes les politiques industrielles, économiques et sociales relèvent de l’accompagnement et de l’ajustement. Ce fut la force de Sarkozy d’avoir fait croire qu’on allait sortir de ce destin de nation-caniche : les sondages actuels sont à la hauteur de la déception. Certes, il n’est écrit nulle part que le constat de divorce acté aux régionales entre le président et son peuple de droite soit éternel. Mais on voit mal comment il va recoller les morceaux. Et ce n’est sûrement pas avec des messages tels que le bouclier ou la burqa que ses électeurs vont avoir envie de rentrer dormir à la maison…

Rupture, vous avez dit rupture ?

Un référendum sur la burqa ?

Pour tout dire, quand il m’arrivait – pas si souvent que cela d’ailleurs – de croiser, à la fin de mes vingt années de ZEP, des femmes en burqa, j’éprouvais à titre personnel un véritable sentiment de tristesse plus que de colère. Un très vieux fond judéo-chrétien me renvoyait, évidemment, à je ne sais quelle obscure culpabilité. Ces burqa ou même simplement ces foulards et ces hidjab chez des filles de plus en plus jeunes, c’était de ma faute.

Oui, j’aurais pu, nous aurions pu peut-être empêcher ça, empêcher que ne se referment sur la République les deux mâchoires du même piège à cons. D’un côté, à l’intérieur de l’école, le pédagogisme béat inconsciemment ethno-différentialiste et, à l’extérieur, des gouvernements de gauche ou de droite qui juraient qu’il n’y a pas d’alternative au néo-libéralisme, qui lui, pour le coup n’était pas voilé mais complètement échevelé. Nous aurions pu, mais nous étions si peu nombreux, soldats d’une armée qui n’avait plus envie de gagner la bataille de l’émancipation.

Le résultat était là : les corps gracieux, amis de l’espace, dans la ville aux friches industrielles refondées en théâtre d’art contemporain, avaient en quinze ans à peine cédé la place à des corps fantômes qui prouvaient mieux que n’importe quelle statistique économique que le repli identitaire s’était substitué à la lutte des classes.

Nous nous souvenions dans notre ville, au milieu des années 1980, que les premières revendications sur le voile étaient paradoxalement apparues chez des filles « qui s’en étaient sorties », élèves en hypokhâgne et en khâgne. Mais bien sûr, comme souvent, le paradoxe n’était qu’apparent. Ces jeunes filles qui lisaient Plutarque à main levée avaient dû tout prendre, tout arracher pour en arriver là. Rien ne leur avait été donné : elles avaient dû lutter contre une école qui gérait leur relégation sous les ripolinages de plus en plus délirants de « projets » pédagogiques qui étaient autant de villages Potemkine, elles avaient dû, souvent, lutter contre le grandfratriarcat encouragé par les anges de l’antiracisme comme vaseline sociale pour maintenir un semblant de vie familiale dans les quartiers.

Alors, le voile en hypokhâgne. Pour dire merde. Pour dire non. Pour mettre le système face à ses contradictions. « Oui, j’ai eu mention très bien au bac philo mais ce n’est pas grâce à votre école, à vos associations, à votre feinte compassion, à votre vrai mépris. » Qu’on regarde, pour se faire une idée de ce que je dis, les déclarations de Jeannette Bougrab, la nouvelle présidente de la Halde, dans un récent portrait d’elle dans la presse. Des choses du genre, alors qu’elle est une brillante élève de terminale C, « vous devriez faire infirmière plutôt que médecin ». Tout ça dit par des profs qui devaient probablement voter socialiste.

À droite, entre parenthèses, cela devrait calmer les idées reçues sur un enseignement tenu par des profs marxistes. S’ils avaient été majoritairement et efficacement marxistes, les profs en question, ce n’est pas avec un voile sur la tête qu’elles seraient arrivées en classe prépa, les beurettes, mais avec au mieux la carte du parti communiste ou de la LCR et au pire un cocktail Molotov. Mais non, les profs étaient sous la férule de Meirieu, lui-même devenu hiérarque d’Europe écologie. Vous voyez bien, amis de droite, que vous ne risquez plus grand chose de cette engeance-là

Alors le voile, ce voile de jeunes intellectuelles révoltées comme affirmation sans issue.

Maintenant, nous n’en sommes plus là, évidemment. Il n’y a que quelques sociéto-démagos du NPA pour faire croire qu’une candidate voilée, ça fait partie de la France d’aujourd’hui qui concilierait émancipation et signes religieux ostentatoires.

En tout cas, je ne sais pas qui était à la manœuvre, mais c’est réussi.

Parce que plus ça va sur cette question, moins ça va. André Gerin, sénateur maire communiste, est monté au feu sur la question et a initié une commission parlementaire sur la burqa, pointe avancée de cette névrose identitaire. Moi, Gerin, je lui faisais confiance. Il allait bien resituer le problème : le chiffrer, le circonscrire, faire le lien entre burqa et misère sociale, plus qu’entre burqa et je ne sais quelle invasion islamiste. Ou alors, mais ça revient au même, lier intégrisme religieux et relégation économique.

Mais voilà, Copé, brillant stratège, tout à sa carrière et à son opposition à Sarkozy, a grillé la politesse de la commission et réclamé une loi. La loi que finalement vient de proposer le président un peu inquiet tout de même par sa récente hémorragie électorale. Et avec une remarquable constance dans l’aveuglement, toujours persuadé qu’elle est due, cette déroute, à un traitement insuffisant de l’immigration et de l’insécurité alors que le FN doit son succès, avant tout, à une campagne sociale.

Comme vient de nous l’expliquer notre chère rédactrice en chef, cette loi qui prévoyait une interdiction totale de la burqa a été déclarée contraire au droit par le Conseil d’état. Il faudrait donc d’après Elisabeth que le président appelle à un référendum.

Un référendum sur la burqa, quand on propose moins de cent cinquante euros aux Conti pour aller bosser en Tunisie, ne nous semble pas une priorité mais bon, admettons.
Eh bien, je dis : « Chiche ! »

Je dis chiche parce que la burqa est devenue plus qu’un symbole ; elle est devenue la cristallisation de toutes les peurs et les frustrations des uns et des autres. Il faut effectivement laisser la parole au peuple. On a parfois de bonnes surprises : le referendum de 2005 a été assez amusant, dans le genre.

Je suis certain que dans l’esprit d’Elisabeth, il ne pas de stigmatiser qui que ce soit mais qu’elle le propose au nom d’une ligne républicaine forte, au nom de l’égalité.

Mais si je lui fais confiance à elle, ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres qui refuseront d’articuler cette interdiction sur la question sociale et trouveront là un prétexte juridique à un vote aimablement raciste.

Alors pour dissiper tous les doutes, je propose que le libellé de la question soumise à nos compatriotes soit le suivant : « Etes vous favorable à l’interdiction totale de la Burqa et pour un smic à 2500 euros ? »

Il aurait été plus simple de mettre tout de suite le smic à 2500 euros pour faire disparaître la burqa, mais bon, je ne vais pas sombrer dans l’utopie, non plus…

À vos marques !

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Ségolène Royal vient de déposer à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) la marque « Université populaire ». Tous ceux qui, depuis des lustres, et même plus, ont passé quelques soirées parfois passionnantes, parfois chiantes, sur les chaises incommodes des salles municipales pour entendre les conférences-débats organisées sous ce sigle en avalent leur dentier. L’UP une marque ? comme Chevignon ou Hermès? Il fallait une allumée comme Ségolène, sans doute induite en erreur par un compagnon à la redresse dans le créneau marque, pour oser ce hold-up sur ce patrimoine immatériel de milliers de bénévoles laïcs, de gauche, et furieusement hostiles à la marchandisation de leurs soirées culturelles. Ségo, aujourd’hui, t’as perdu la présidentielle !

L’idéologie, une passion française ?

Toits à Québec (David Paul Ohmer, flickr.com).

Vue du Québec, la violente polémique qui a opposé Éric Zemmour au système médiatique français, ainsi qu’à ce para-pouvoir officieux, agité mais efficace, que sont les associations dites « antiracistes », fait figure de symptôme. Le mal dont il est ici question n’a pas de cure connue et mute avec une régularité exaspérante d’une époque à l’autre, dans l’ignorance délibérée de la vérité. La passion idéologique, loin d’être éteinte, continue de faire des flammèches partout où elle passe.

Voici, en effet, une lumière bien particulière dont la vocation principale est d’incendier et d’aveugler, plutôt que d’éclairer et d’apaiser. Le degré de haine et de détestation, les manifestations de bêtise, les procès d’intention et les appels au lynchage dont fut l’objet Éric Zemmour, à la suite de propos pourtant bien peu exceptionnels (« si les Noirs et les Arabes sont contrôlés plus souvent, c’est parce que la plupart des trafiquants sont des Noirs et des Arabes, c’est un fait » [je résume]) sont parfaitement déraisonnables, mais ils ne devraient plus surprendre de la part d’une classe politico-médiatique ne se sentant plus en rien redevable de la souveraineté populaire ou de l’intérêt général.

À la bourse du standing médiatique, l’apparence de vertu est trop payante, la négation du réel trop tentante, pour que la vertu réelle incarnée par des intelligences de sens commun comme Zemmour s’impose comme pôle de convergence du débat public.

Car enfin, Zemmour a-t-il raison, oui ou non ? On sait que la République française interdit les statistiques ethniques officielles, ce qui rend ce genre de postulat toujours un peu périlleux – d’un point de vue méthodologique, s’entend. Dans la lettre qu’il a adressée à la LICRA, Zemmour cite cependant ses sources : « Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la Justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de musulmans dans les prisons entre 70 et 80 %. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre L’islam dans les prisons (Balland), confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) et de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), on évaluait entre 60 et 70 % des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG, relevait que 85 % de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes établissaient que 87 % étaient de nationalité française, 67 % d’origine maghrébine et 17 % d’origine africaine. La ‘plupart’ est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient. »

Or, il semblerait que ce soit moins la validité des propos qui soit en cause que leur caractère prétendument « insupportable ». Apparemment, « la plupart des trafiquants sont Noirs et Arabes » ne se dit pas, à tout le moins pas de cette façon, même si « c’est un fait ». Veut-on dire par là que l’énoncé de vérités n’est plus permis sur le territoire de la République ? Voilà qui serait original, à défaut d’être raisonnable. On sait que, depuis une vingtaine d’années, les sociétés occidentales tirent une grande fierté de leurs innovations toujours plus poussées en matière de contrôle du discours public. Elles s’idolâtrent et se contemplent, s’imitent et se cajolent.  Leur appareil d’État, secondé par d’innombrables satellites associatifs, ne cesse de gonfler à mesure que grandit leur amour du genre humain. Cette sentimentalité paternaliste  qui croit devoir intervenir à tout moment pour protéger tous et chacun de la blessure de la parole relève d’une fraternité pastorale dangereuse, à peine digne de la non-pensée des marchands de pub et des écrivains humanitaires. Elle stigmatise de facto le réel comme une source de haine, en tant qu’il serait une source de division et de différenciation. L’important ne serait plus d’être fidèle à la réalité, mais de lui substituer une interprétation collagène qui viendra en effacer les strates les moins présentables. Car contrairement à la vie, le décor publicitaire de gauche comme de droite n’a pas d’envers. Il est la façade du néant.

Dans son texte du 26 mars dernier dans Le Monde, Caroline Fourest, par exemple, ne conteste pas la sur-représentation des Noirs et des Arabes comme trafiquants. Elle écrit : « Enfin, oui, Éric Zemmour, la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. Non pas parce que le fait d’être noir ou arabe mène naturellement ou culturellement au trafic. Mais parce qu’on a beaucoup plus de chance de devenir dealer de shit que journaliste quand on naît dans des familles pauvres ne misant pas sur la culture. » On remarque d’abord le malheureux procédé qui consiste à entremêler dans son propre raisonnement, pour mieux le tortiller et le falsifier, le raisonnement de l’adversaire. Ce « non pas parce que le fait d’être noir ou arabe mène naturellement ou culturellement au trafic » n’a rien à voir de près ou de loin avec ce qu’a dit Éric Zemmour, mais Fourest fait comme si. On comprend que, pour elle, l’important est moins ce qu’il a dit que ce qu’il aurait voulu dire. Aveuglée par l’idéologie anti-raciste, elle prête des intentions et des « fantasmes » à celui qui se sera contenté d’énoncer une vérité factuelle.

Le sujet n’étant plus la sur-représentation des Noirs et des Arabes comme trafiquants, mais le « cas Zemmour », la polémique a donc tourné autour des prétendues intentions racistes du journaliste. C’est d’ailleurs pourquoi elle a pris des proportions aussi impressionnantes. La violence qu’elle a véhiculé – et continue de véhiculer – n’entre pas dans la catégorie du « débat sulfureux », ce qui serait beaucoup trop commode. Par son hostilité de principe à toute vérité et à toute méthodologie, elle rappelle plutôt le mécanisme primitif du lynchage et du procès inquisitorial. Il ne peut pas y avoir débat lorsqu’on s’ingénie, par mauvaise foi, à parasiter les termes de la polémique, ceci pour mieux encourager l’expulsion d’un homme qu’on ne veut plus voir comme un interlocuteur, mais comme un accusé.

Lorsque les médias les plus autorisés parlent, de façon répétitive, de la lettre de Zemmour à la LICRA comme d’une « lettre d’excuses », ils n’informent plus, ils désinforment. Zemmour ne s’est pas excusé ; il n’avait d’ailleurs pas à le faire. Il a simplement exprimé des regrets quant à la souffrance que la déformation de ses propos par les médias aurait pu causer chez ceux de ses « compatriotes noirs et arabes », honnêtes citoyens, pères de famille, qui seraient fidèles comme lui à l’esprit de la France.

Que dire d’autre de cette lettre sinon qu’elle est admirable de clarté et de sobriété sur les ressorts profonds de l’affaire ? Si Zemmour l’a écrite pour clarifier sa position et contrer des déformations irresponsables, les médias, en retour, l’ont lue pour y trouver la confirmation d’un « aveu », autrement dit du plaidoyer de culpabilité de l’accusé. Il fallait à tout prix que Zemmour, quoi qu’il dise pour sa défense, apparaisse penaud et déconfit. La guerre médiatique en est une d’images et d’archétypes, où le « dernier mot » se confond avec la « dernière impression », le « fin mot de l’histoire » avec un scénario binaire, qui voit les gagnants l’emporter sur les perdants, les procureurs sur les accusés, les gaillards sur les penauds.

Préoccupé de sa sauvegarde corporatiste et idéologique, le système n’a toutefois pas vu qu’en s’attaquant à Zemmour, il s’attaquait également, par la même occasion, à une certaine sensibilité populaire française. À travers Zemmour, il attaquait tous ceux qui, le lisant dans les journaux ou l’écoutant à la radio et à la télé, se reconnaissaient en lui. De fait, la formidable réaction en chaîne qu’a déclenché, chez son lectorat et son auditoire, la rumeur de son licenciement au Figaro, n’a été une surprise que pour ceux qui, depuis longtemps, vivent une vie médiatique à l’abri de toute réalité concrète.

En opposant la parole à la machine, la vérité à la falsification et le sens commun au politiquement correct, Zemmour subvertit l’espace médiatique en même temps qu’il met en lumière la disparition de l’espace public. C’est à la fois une réjouissance et une grande tristesse.

Sous les pavés du « village global » médiatique, subsiste l’Atlantide de la cité politique évanouie. Le « cas Zemmour », pour reprendre la formule consacrée, est avant tout symptomatique de l’impasse politique de la droite française, qui a échoué depuis une vingtaine d’années à traduire politiquement une certaine sensibilité populaire restée critique de l’idéologie de mai 68. Aujourd’hui soixante-huitarde et amie des médias à l’égal de la gauche, l’UMP laisse en plan une partie importante de l’électorat, qui n’a par ailleurs aucune envie de rallier le FN. À défaut de se retrouver au pouvoir, cette sensibilité – qui aimerait discuter sérieusement de l’école, de la délinquance, du système fiscal, de l’immigration – trouve ainsi en Zemmour un digne et éloquent représentant. Tel un homme politique, celui-ci peut compter sur une « base » bien motivée à le soutenir dans les moments les plus rudes. Ce mouvement a priori sympathique dissimule, il faut bien le dire, un aveu terrible sur l’état réel de la vie politique en France. La vague zemmourienne trahit plus profondément un ressac de la démocratie.

La fusion des grands médias et du politique, les deux clans partageant une certaine idéologie bien-pensante qui carbure au multiculturalisme, au tiers-mondisme, à l’humanitarisme, tous prétextes à la déresponsabilisation radicale des individus et à la négation du sentiment national, n’est certes pas une nouveauté. Au Québec, la « crise des accommodements raisonnables » a été l’occasion de confirmer le même type d’alliance. Les intellectuels « experts », les journalistes-relais et les politiciens dits « progressistes » se retrouvèrent, main dans la main, sous la coupe d’un État thérapeutique assumant plus que jamais sa rupture avec sa fonction politique. Le bavardage médiatique et académique, people ou expertocrate, ne servit qu’à légitimer l’activisme technocratique et la mission de rééducation du nouvel ordre régnant.

Comme toutes les sociétés occidentales, le Québec fait face à une offensive majeure de subversion de ses institutions, au profit d’extrémismes à la fois intérieurs et extérieurs, les plus doctrinaires de nos supposés « progressistes » s’entendant fort bien avec les « réactionnaires » étrangers les plus radicaux. Mais le politiquement correct qui applique également sa terreur dans notre pays n’est clairement pas aussi fort qu’en France. Nos Commissions des droits de la personne et nos « Ligues des Noirs » ont déjà manifesté leur pouvoir de nuisance, mais elles sont une vraie blague en comparaison de SOS Racisme et de la Halde. Une partie du système médiatique québécois – honnie par l’intelligentsia, bien entendu – reste à l’écoute des préoccupations plus populaires et fournit une capacité de riposte aux politiques qui chercheraient à faire la critique du multiculturalisme d’État. Comme partout ailleurs, la liberté d’expression est minée mais elle reste de beaucoup supérieure à celle qui prévaut en Europe.

Il y a donc un certain espoir de ressaisissement ; du moins est-ce sur cette possibilité qu’il nous faut parier. Le jour, toutefois, où un clone d’Éric Zemmour viendrait à naître au Québec et subirait un lynchage médiatique et professionnel analogue à ce que vit en ce moment le véritable Éric Zemmour en France, serait aussi le jour où il nous faudrait constater le triomphe sans partage du système. Cela pourrait avoir lieu dans quinze ans, peut-être dans dix. Il faudra, alors, proposer une analyse implacable et sans complaisance.

Je crois en avoir déjà trouvé le titre : Mélancolie québécoise.

Vous n’aurez pas l’Alsace d’abord

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La liste Alsace d’abord menée par Jacques Cordonnier a fait 4,98 % des voix aux dernières élections régionales. C’est extrêmement rageant quand on sait que pour 96 voix, Jacques Cordonnier n’a pu négocier aucune fusion et ne verra aucun de ses frais de campagne remboursés puisqu’il reste en deçà des 5 %. Pour contre-attaquer, il a donc décidé de déposer un recours auprès du Conseil d’Etat pour annuler les élections régionales en Alsace. Le motif invoqué ? La préfecture, dans une évidente intention de nuire, aurait qualifié sa liste d’ »extrême droite » et non de « régionaliste » comme il l’aurait souhaité. C’est bien la première fois qu’un membre de la direction exécutive du Bloc Identitaire trouve l’appellation « extrême droite » honteuse. En même temps, si ce monsieur parvient à faire rejouer le match, à la vitesse où les mauvaises habitudes (voyages en jet privés et loyer de complaisance pour sous-ministres) ont été reprises, ses 5 %, il va les faire les doigts dans le nez.

Burqa : pour un référendum

Passer outre les avis du Conseil d'Etat : c'est possible.

Je devais avoir la tête ailleurs. Ou peut-être étais-je en voyage. Ou alors je suis amnésique. Aussi incroyable que cela paraisse, j’ai raté une élection – et pas la moindre. Je n’ai aucun souvenir du scrutin au cours duquel nous avons désigné nos conseillers d’Etat – érigés par Le Monde en « Sages », terme jusque-là réservé aux membres du Conseil constitutionnel (lesquels ont encore le défaut d’être nommés par des élus, autrement dit, même indirectement, de procéder du suffrage universel). Je suppose que le même jour, nous avons désigné d’autres « sages » : le patron de la Banque centrale et, parmi une palanquée d’experts, les dirigeants des agences de notation financière. S’ils ne bénéficiaient de l’onction du suffrage universel, jamais nous laisserions ceux-ci noter la République française et la menacer de punitions au cas où elle ne filerait pas droit. C’est que nous sommes démocrates, et même hyper-démocrates. Rien n’est plus sacré à nos yeux que la parole du peuple, en particulier quand il parle bien. On nous imagine mal confier nos destins à des experts que nous n’avons pas élus, aussi « sages », énarques et talentueux soient-ils. Si nous considérons que l’avis du Conseil d’Etat doit primer sur celui du chef de l’Etat, c’est forcément que la légitimité du premier est supérieure à celle du second.

Donc, le Conseil d’Etat a tranché. « L’interdiction générale de la burqa contraire au droit », résume Le Monde, visiblement fort satisfait de cet avis ipso facto transformé en décision s’imposant à tous. À vrai dire, j’ai dû aussi rater quelques cours de droit administratif à Sciences Po parce que j’ignorais que, dans notre pays, le Conseil d’Etat disait le droit – sauf, bien sûr, quand il intervient en dernier ressort comme juge de l’administration. Dans l’affaire présente, il joue le rôle de conseiller comme il le fait pour tout projet de loi et son avis est uniquement consultatif. En tout cas, c’est ce que je croyais, bêtement sans doute.

Le Conseil met donc en garde le gouvernement : si vous votez une interdiction générale, vous vous ferez retoquer par nos copains et voisins du Conseil constitutionnel, puis par la Cour européenne des Droits de l’Homme. On se rappelle que, sur le voile à l’école, les conseillers d’Etat avaient, à la demande de Jospin, pondu un avis mi-chèvre moi-chou, refilant le mistigri aux chefs d’établissement. Le principe de laïcité, expliquait alors le Conseil « interdit […] toute discrimination dans l’accès à l’enseignement qui serait fondée sur les convictions ou les croyances religieuses des élèves » mais « la liberté ainsi reconnue comporte pour eux le droit d’exprimer et de manifester leurs croyances religieuses à l’intérieur des établissements scolaires ». Tout juste reconnaissait-il aux proviseurs le droit d’interdire le voile en cours de gymnastique ou de sciences. On nous expliquait alors que la loi serait une catastrophe, qu’elle nous fâcherait avec les musulmans du monde entier, qu’elle ferait fuir les jeunes filles musulmanes de l’école publique – et bien sûr qu’elle serait retoquée par le Conseil constitutionnel. Quand la loi a été votée en 2004, rien de tel ne s’est produit. On avait juste perdu vingt ans et encouragé de nombreuses jeunes filles à adopter le hidjab. Il faut croire que nos sourcilleux gardiens des droits de la femme à être aliénée attendent que nos rues soient peuplées de fantômettes pour décider qu’il faut agir.

Dans la classe politique, le soulagement est perceptible, dans les rédactions on triomphe – très discrètement à Libé où, en trois jours, on n’a pas trouvé le temps de consacrer un papier de fond à la question. On vous l’avait bien dit que c’était très mal et très stigmatisant de vouloir interdire le voile intégral. Moi, je trouve ça très mal et contraire à nos mœurs de m’imposer ce spectacle dégradant, mais apparemment, nos sages n’en ont rien à faire de moi et de nos mœurs.

Je vous vois venir : Montesquieu, les checks and balances, le pouvoir qui doit arrêter le pouvoir. À ma connaissance, Montesquieu n’a jamais préconisé que le pouvoir soit exercé par les détenteurs non élus des contre-pouvoirs – il est vrai qu’il n’avait pas idée de ce que deviendraient nos médias. Encore un cours que j’aurais séché ?

Il n’est évidemment pas question de transiger avec l’Etat de droit. Reste à savoir si le droit doit évoluer avec la société ou si la société doit se conformer au droit tel qu’il est. De brillants esprits ont trouvé intelligent de modifier la Constitution pour y introduite cette ânerie qu’est le principe de précaution, mais face à la burqa, notre droit serait immuable ?

Oui, nous répugnons, au nom de la liberté qui nous est chère, à prononcer une interdiction générale concernant une habitude vestimentaire. Sauf que la burqa n’est pas une fanfreluche comme les autres. Dans le monde entier, elle est portée et préconisée par ceux qui nous promettent chaque jour mille morts. Porter la burqa en France c’est affirmer haut et fort qu’on n’adhère pas aux valeurs de la France. Et ça, ce n’est pas contraire au droit ? Autant expliquer directement aux Français qu’ils doivent renoncer à leurs valeurs au nom de leurs valeurs.

On imagine aisément qu’autour du président, le chœur des conseillers se réjouit de cette occasion qui lui est offerte de botter en touche. « Aller contre l’avis du Conseil d’Etat, mais vous n’y pensez pas, monsieur le Président ! De plus, la France sera condamnée par la CEDH, l’effet serait désastreux. » Dans la novlangue que l’on parle aujourd’hui à Matignon et, malheureusement, de plus en plus à l’Elysée, cela s’appelle du volontarisme. Après tout quand « réforme » est le nom donné à la politique menée depuis plus de vingt ans avec le succès que l’on sait, comme disait l’autre, il n’y a plus de limites.

Eh bien si, monsieur le Président pensez-y ! Vous avez le choix.

Si les mots ont encore un sens, rien n’oblige le chef de l’Etat à se conformer à l’avis du Conseil d’Etat – je renvoie les sceptiques au terme « consultatif » dans le dictionnaire. Pour peu qu’on ait la volonté d’aller jusqu’au bout, les solutions respectueuses du droit existent. La première est de modifier la Constitution pour y introduire un principe justifiant l’interdiction de la burqa – dignité humaine, civilité, décence (oui, cette prison de tissu est parfaitement indécente), respect de l’autre : les juristes sont très imaginatifs, ils trouveront. On peut comprendre cependant que le Nicolas Sarkozy préfère éviter le tunnel d’une révision constitutionnelle dans les circonstances actuelles. Heureusement, il existe une autre solution, simple et idéale au plan symbolique. Le Conseil constitutionnel s’étant toujours refusé à contrôler la conformité des lois référendaires – et, sauf à faire un coup d’Etat, il devrait continuer – il suffit de soumettre le texte de loi à l’approbation du peuple. On verra bien si la CEDH a ensuite le toupet de s’opposer à un choix aussi clairement démocratique. Bien sûr, si le peuple choisit le radieux avenir multiculturel contre son affreux passé assimilationniste, s’il décide de faire prévaloir les origines sur l’histoire et la géographie, il n’y aura qu’à s’incliner.

Inutile de s’emballer, les chances de voir se réaliser un tel scénario sont pour infimes. Le plus probable est que le camp de l’apaisement l’emportera. Peu importe que le président de la République ait solennellement déclaré que « la burqa n’est pas la bienvenue en France ». Peu importe que les Français, y compris, je l’espère, musulmans, soient, selon toute vraisemblance, majoritairement favorables à cette mesure. La cohorte des trouillards bien-pensants qui se réjouissent aujourd’hui a la vue courte. Le message envoyé aux électeurs est clair : la politique est impuissante et vous n’avez pas droit au chapitre. Laissons donc décider ceux qui savent. Je ne voudrais pas être désagréable mais c’est ainsi que les démocraties finissent.

Contrôles d’identité, le vrai scandale

La police française est raciste : « c’est un fait » bien établi depuis qu’un xénophobe téméraire a tenté de le contester à la télévision. Mais sait-on qu’elle est aussi outrageusement sexiste ? En effet, selon une très sérieuse étude du CNRS, c’est le sexe plus encore que la couleur de la peau qui constitue l’élément le plus discriminatoire des contrôles d’identité, les hommes étant beaucoup plus contrôlés que les femmes. N’en doutons pas, celui (ou celle) qui, pour justifier cette pratique parfaitement scandaleuse, invoquera le « fait » que la population carcérale est à plus de 95 % masculine encourra les foudres de toute la police de la pensée qui agit, quant à elle, d’une façon toujours moins discriminante.

Allouche, pour la bonne bouche

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Israël

Les meilleurs journalistes ne sont pas forcément ceux qui sont désignés comme tels dans les distributions des prix, comme le « prestigieux » Albert-Londres. Quand ce ne sont pas de purs et simples bidonneurs qui sont primés, les frimeurs de la plume ou de la caméra ont infiniment plus de chances de décrocher la timbale que les scrupuleux qui hésitent à tordre une info pour faire un bon mot…

[access capability= »lire_inedits »]Jean-Luc Allouche est maintenant passé dans le cadre de réserve après quelques dizaines d’années passées sur le front de l’info, au mensuel juif L’Arche d’abord, puis à Libération, dont il fut le correspondant en Israël de 2002 à 2005, au plus fort de la deuxième Intifada. Jean-Luc Allouche n’a reçu aucun prix de journalisme, n’est pas allé faire le beau sur les plateaux de télé et ne passait pas sa vie à chasser le « scoop » qui aurait pu lui ouvrir le cœur, et plus si affinités, des stagiaires du CFJ embedded à la rédaction de Libé.

N’empêche, Allouche est un grand de la profession pour lequel j’éprouve une très vive et très sincère admiration, et cela en dépit du fait qu’il compte au nombre de mes amis.

A ceux qui n’ont pas eu la chance de le lire dans Libé, une session de rattrapage est offerte sous la forme d’un recueil de ses principaux reportages israéliens (et palestiniens) récemment parus sous le titre Les Jours redoutables, chez Denoël.

L’exercice est périlleux : ce qui est écrit dans l’urgence, sous la pression de l’événement, a de fortes chances de mal vieillir, ou pire de montrer rétrospectivement à quel point le journaliste s’était fourré le doigt dans l’œil, par aveuglement idéologique ou manque crasse de culture.

Ce n’est pas le cas des chroniques d’Allouche qui se bonifient en vieillissant, comme ces vins dont il est un amateur éclairé. C’est d’ailleurs lui qui popularisa en France les nouveaux vignerons israéliens, dont la production compte aujourd’hui parmi les grand crus mondiaux…

Sa nomination comme correspondant en Israël n’avait pas fait que des heureux à Libération, où les « gauchistes » historiques de ce quotidien ne cachaient pas leur désapprobation de voir un supposé sioniste remplacer une journaliste dont le pro-palestinisme hystérique avait fini par porter un coup à la crédibilité du quotidien de Serge July. Mais ce dernier a tenu bon, et il a eu raison. Pendant trois ans, Libération est devenu le journal de référence dans le traitement du conflit israélo-palestinien. La recette est si simple qu’on se demande pourquoi elle n’est pas plus souvent utilisée : il suffit d’être honnête, de raconter ce que l’on voit, ce que l’on entend, et d’être à l’écoute des bruits de la rue israélienne et palestinienne. Cela demande, mine de rien, un certain courage : il est plus confortable, pour un correspondant à l’étranger, d’écrire ce que les « gens de Paris » ont envie de lire, même si cela va à l’encontre des réalités constatées sur le terrain. Dans ce domaine, la couverture du conflit israélo-arabe peut devenir une galère, car nombreux sont les ignorants qui se targuent d’avoir une opinion sur la question et qui ne supportent pas que les faits viennent mettre le souk dans leurs préjugés.

Ce qui fait de Jean-Luc Allouche plus qu’un bon journaliste, un journaliste heureux, c’est son peu de goût pour l’idéologie. Chez lui, pas de leçons de morale distribuées à la louche à ce cochon de lecteur prié de prendre cela pour des perles dont il serait à peine digne.

Allouche est juif, il est pied-noir, de Constantine, élevé dans un milieu religieux dont il s’est émancipé sans le renier. Il parle hébreu et comprend un peu l’arabe. Pour un correspondant en Israël d’un grand média français, ce n’est pas une carte de visite, c’est un casier judiciaire. Certains diplomates de la « rue arabe » du Quai d’Orsay, retranchés dans le consulat général de France à Jérusalem, et certains collègues ne manqueront pas de le lui faire sentir.

La réponse d’Allouche est dans ses textes : qu’il soit dans une colonie juive de Cisjordanie, chez les barbus de Gaza ou les bobos de Tel-Aviv, il est un guide, et non un juge.

Il se fait prophète dans le sous-titre de son livre : Israël-Palestine, la paix dans mille ans. Si c’est vrai, personne ne sera plus là pour dire : Allouche l’avait bien dit !

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Des scientifiques demandent une « police » de la science

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Ce n’était pas une blague. Le 1er avril, Libération a publié en « une » un appel de quatre cents scientifiques qui demandent aux plus hautes autorités scientifiques du pays de remettre de l’ordre dans la pratique de la science en France. Il leur est entre autres suggéré de réaffirmer leur confiance dans les travaux des signataires et de rétablir leur dignité, qui selon eux, aurait été bafouée dans les médias par une petite poignée de climato-sceptiques citant Claude Allègre et Vincent Courtillot. Tout cela au nom de l’éthique scientifique et d’un supposé pacte moral entre les chercheurs et la société.

Ce n’est pas le fond de la controverse scientifique qui est là en jeu. C’est la démarche qui est sidérante. En effet, si les signataires s’estiment victimes d’affirmations mensongères ou calomnieuses, cela relève de la loi. C’est donc à la justice, pas aux institutions scientifiques qu’ils doivent faire appel. Demander à celles-ci de trancher en désignant les bons et les mauvais est proprement effrayant quand on en envisage toutes les conséquences. Les signataires ont-ils réfléchi au précédent qu’ils ont créé ?

« Combien de divisions ? » Les climato-alarmistes se prévalent sans cesse de cet argument stalinien. Ainsi l’unanimité des 2500 scientifiques du GIEC (chiffre contestable d’ailleurs) aurait force de preuve, de même que le fait d’aligner 400 signatures démontrerait la validité scientifique des affirmations des pétitionnaires. Ce serait presque le contraire. Une avancée scientifique est toujours le fait que d’une ou quelques personnes. Comme je l’ai rappelé à maintes reprises, la science est amorale, elle ne se décide pas, ni au consensus, ni à la majorité, ni à l’unanimité. Elle se démontre, et c’est tout. Peu importe par qui et pourquoi. Et surtout, on ne tranche pas un débat scientifique, on le fait progresser.

Cette pétition n’a rien à voir avec la science, elle a à voir avec la police de la science. Des scientifiques – que l’on croyait fort sourcilleux sur leur liberté académique – demandent à leurs tutelles d’intervenir pour les défendre au nom de ce qu’ils appellent l’éthique scientifique. Ils accusent ceux qui ne sont pas d’accord avec eux d’oublier « les principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société ». Et dire que Galilée fut à l’honneur l’année dernière… Cela me rappelle cette phrase de Schumpeter sur le marxisme : « La qualité religieuse du marxisme explique également une attitude caractéristique du marxiste orthodoxe à l’égard de ses contradicteurs. À ses yeux, comme aux yeux de tout croyant en une foi, l’opposant ne commet pas seulement une erreur, mais aussi un péché. Toute dissidence est condamnée, non seulement du point de vue intellectuel, mais encore du point de vue moral. » Malheureusement, cette vision limpide énoncée dès 1942 n’a eu aucune influence concrète sur les nombreuses dérives du marxisme à travers le monde pendant plusieurs décennies, ce qui ne porte pas spécialement à l’optimisme.

Tout citoyen, et encore plus tout responsable devrait avoir à cœur d’œuvrer pour maintenir une stricte séparation, entre science et la religion bien sûr, mais aussi entre vérité et croyance scientifique. S’il est légitime que des scientifiques croient en leur modèle, cela n’en fait pas une vérité. La confusion des genres serait in fine néfaste pour toutes, et en plus ferait monter la « température humaine » de bien plus de deux degrés.

Lorsque j’ai eu connaissance, le 24 mars, de la première version de cette pétition qui était encore plus délirante que celle qui a été publiée, le contenu m’a semblé tellement grotesque , la démarche si hallucinante, que j’ai cru à un canular. Dans ce climat religieux, cette atmosphère d’inquisition, je n’arrive toujours pas à me défaire de l’idée que cette pétition était un poisson d’avril !

Halte aux mots anxiogènes !

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La presse a largement rendu compte des résultats du concours Francomots lancé par le secrétariat d’Etat à la francophonie. Ce concours, dont le but était de faire reculer les anglicismes, a accouché de quelques propositions crétines comme l’usage de « bolidage » à la place de tuning, de « ramdam » pour buzz (l’origine arabe de ramdam étant plus « correcte » que l’origine anglo-saxonne de buzz…), l’utilisation de « e-blabla » pour tchat, etc. Bref, un grand moment de rigolade pour les jeunes et l’occasion pour l’Afp de diffuser une dépêche au titre abyssal : « Des « néomots » rigolos pour bouter l’anglais hors du français ». Rigolo ? La presse a peu parlé, en revanche, des travaux de la sous-commission « mots anxiogènes » de la délégation à la langue française du ministère de la culture, qui a rendu ses conclusions au même moment : est recommandé l’effacement progressif des dictionnaires – et des discours publics – certains mots « anxiogènes », « dépassés » et « peu recommandables ». Ainsi est-il proposé de bannir le mot « nuit » au profit de « suspension temporaire du jour ». Il est suggéré également de mettre le « crépuscule » inquiétant au fond d’un trou. La sous-commission nous invite aussi à user avec une grande parcimonie des formules anxiogènes « ne peut », « n’est vraiment pas capable », « n’est pas assez belle », « ne peut pas passer en 5e avec ces notes », etc. Un Grenelle des néomots sera bientôt lancé afin de trouver des substituts acceptables à des notions négatives telles que : « religion », « moralité », « mort », « travail », « fidélité », « famille », « individualité », ou encore « langage ». Skyrock, la radio rap, devrait être associée au projet, ainsi que la Ratp, qui propose, dans ce contexte, un grand concours de slam citoyen.

Le bouclier et la burqa

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Il est des juxtapositions douloureuses. Celle qui voit se télescoper dans les JT la sanctuarisation du bouclier fiscal et l’enterrement de la loi anti-burqa relève du cas d’école.

Il est bien évident que l’opération poudre aux yeux mise en place pour hâter et célébrer le déculottage sarkozyste sur le « voile intégral » se solde par un fiasco non moins intégral. Pourtant, le Monde, le Figaro et Libé, dans un chœur touchant de vierges au Dalloz entre les dents, ont tenté, tout comme la gauche mainstream, de nous faire avaler le canular du Mais malgré les efforts des uns et des autres, il n’aura pas échappé à grand monde que ce refilage de mistigri au Conseil d’Etat était cousu de fil à plomb. D’autant plus qu’une semaine avant, on nous avait servi le même gag avec la taxe carbone et que la Belgique, c’est-à-dire l’État le plus impuissant – et le plus eurocompatible – de l’Union, n’a pas gobé, elle, le fabliau du Palais Royal selon lequel une bonne grosse interdiction de derrière les fagots nous exposait « à de sérieux risques au regard de la Constitution et de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Donc on se fout du peuple, ce qui après tout n’est pas très grave en soi : c’est même le plus commun des modes de gouvernement, à Paris comme à Pékin, Londres ou Bamako. Le petit problème, c’est que tout le monde s’en aperçoit. Un peu comme avec la taxe carbone, donc. Mais aussi comme avec le Traité de Lisbonne, ou les aventures de Jean Sarkozy à l’EPAD et quelques autres faits d’armes élyséens. Le petit problème, c’est que mis bout à bout, ce qu’on a sous le nez n’est plus du simple foutage de gueule, c’est un 26 octobre postmoderne, dilué dans l’espace et le temps. Pour ceux qui n’étaient pas nés, on rappellera que le 26 octobre 1995, Jacques Chirac, élu cinq mois plus tôt dans l’enthousiasme sur le thème de la fracture sociale, avait expliqué aux Français que la résorption d’icelle était reportée sine die pour cause – déjà ! – d’Union Européenne.

Chiraquisation donc, mais hypocrite : l’actuel président n’a pas le courage de nous dire en face que son triptyque gagnant de 2007 populisme/réactivité/volontarisme était désormais bon pour les Archives nationales et qu’il avait rompu avec l’idée même de rupture. Et c’est pile à ce moment-là que déboule sur les plateaux la noria ministérielle de seconds couteaux prêts à se faire tuer sur place pour défendre le bouclier fiscal. Mettez-vous à la place d’un agriculteur, d’un délocalisé, d’un surendetté, ou plus banalement d’un électeur lambda. Ils n’ont pas forcément cru que le président irait chercher les points de croissance avec les dents. Mais ils ont cru qu’il se donnerait du mal. Et voilà qu’ils constatent aujourd’hui que les canines présidentielles s’en prennent surtout aux mollets de ceux qui contestent son bouclier fiscal. Or chacun sent bien qu’il existait douze mille façons raisonnables d’expédier ce gadget pour rentiers à la trappe. La crise mondiale blabla, la solidarité nationale taratata, les équilibres budgétaires et patati et patata…

C’est d’autant plus désolant que je ne suis pas moi-même accro au bouclier fiscal, pas plus qu’à l’ISF ou aux droits de succession. Et dans les deux sens. J’ai pas de religion, comme dirait l’autre, ou, plus précisément, je n’ai pas l’impression que leur maintien, leur suspension, ou leur suppression créerait un seul emploi supplémentaire. Parce qu’économiquement tout cela se passe à la marge de la marge. On est dans l’opérette économique. Une fiction qui arrange beaucoup de monde, à gauche comme à droite. Qui permet de faire croire qu’on est pour l’entreprise ou bien pour les travailleurs, alors qu’on a cédé à d’autres, sans discontinuer depuis trente ans, toutes les clefs et tous les leviers. Que toutes les politiques industrielles, économiques et sociales relèvent de l’accompagnement et de l’ajustement. Ce fut la force de Sarkozy d’avoir fait croire qu’on allait sortir de ce destin de nation-caniche : les sondages actuels sont à la hauteur de la déception. Certes, il n’est écrit nulle part que le constat de divorce acté aux régionales entre le président et son peuple de droite soit éternel. Mais on voit mal comment il va recoller les morceaux. Et ce n’est sûrement pas avec des messages tels que le bouclier ou la burqa que ses électeurs vont avoir envie de rentrer dormir à la maison…

Rupture, vous avez dit rupture ?

Un référendum sur la burqa ?

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Pour tout dire, quand il m’arrivait – pas si souvent que cela d’ailleurs – de croiser, à la fin de mes vingt années de ZEP, des femmes en burqa, j’éprouvais à titre personnel un véritable sentiment de tristesse plus que de colère. Un très vieux fond judéo-chrétien me renvoyait, évidemment, à je ne sais quelle obscure culpabilité. Ces burqa ou même simplement ces foulards et ces hidjab chez des filles de plus en plus jeunes, c’était de ma faute.

Oui, j’aurais pu, nous aurions pu peut-être empêcher ça, empêcher que ne se referment sur la République les deux mâchoires du même piège à cons. D’un côté, à l’intérieur de l’école, le pédagogisme béat inconsciemment ethno-différentialiste et, à l’extérieur, des gouvernements de gauche ou de droite qui juraient qu’il n’y a pas d’alternative au néo-libéralisme, qui lui, pour le coup n’était pas voilé mais complètement échevelé. Nous aurions pu, mais nous étions si peu nombreux, soldats d’une armée qui n’avait plus envie de gagner la bataille de l’émancipation.

Le résultat était là : les corps gracieux, amis de l’espace, dans la ville aux friches industrielles refondées en théâtre d’art contemporain, avaient en quinze ans à peine cédé la place à des corps fantômes qui prouvaient mieux que n’importe quelle statistique économique que le repli identitaire s’était substitué à la lutte des classes.

Nous nous souvenions dans notre ville, au milieu des années 1980, que les premières revendications sur le voile étaient paradoxalement apparues chez des filles « qui s’en étaient sorties », élèves en hypokhâgne et en khâgne. Mais bien sûr, comme souvent, le paradoxe n’était qu’apparent. Ces jeunes filles qui lisaient Plutarque à main levée avaient dû tout prendre, tout arracher pour en arriver là. Rien ne leur avait été donné : elles avaient dû lutter contre une école qui gérait leur relégation sous les ripolinages de plus en plus délirants de « projets » pédagogiques qui étaient autant de villages Potemkine, elles avaient dû, souvent, lutter contre le grandfratriarcat encouragé par les anges de l’antiracisme comme vaseline sociale pour maintenir un semblant de vie familiale dans les quartiers.

Alors, le voile en hypokhâgne. Pour dire merde. Pour dire non. Pour mettre le système face à ses contradictions. « Oui, j’ai eu mention très bien au bac philo mais ce n’est pas grâce à votre école, à vos associations, à votre feinte compassion, à votre vrai mépris. » Qu’on regarde, pour se faire une idée de ce que je dis, les déclarations de Jeannette Bougrab, la nouvelle présidente de la Halde, dans un récent portrait d’elle dans la presse. Des choses du genre, alors qu’elle est une brillante élève de terminale C, « vous devriez faire infirmière plutôt que médecin ». Tout ça dit par des profs qui devaient probablement voter socialiste.

À droite, entre parenthèses, cela devrait calmer les idées reçues sur un enseignement tenu par des profs marxistes. S’ils avaient été majoritairement et efficacement marxistes, les profs en question, ce n’est pas avec un voile sur la tête qu’elles seraient arrivées en classe prépa, les beurettes, mais avec au mieux la carte du parti communiste ou de la LCR et au pire un cocktail Molotov. Mais non, les profs étaient sous la férule de Meirieu, lui-même devenu hiérarque d’Europe écologie. Vous voyez bien, amis de droite, que vous ne risquez plus grand chose de cette engeance-là

Alors le voile, ce voile de jeunes intellectuelles révoltées comme affirmation sans issue.

Maintenant, nous n’en sommes plus là, évidemment. Il n’y a que quelques sociéto-démagos du NPA pour faire croire qu’une candidate voilée, ça fait partie de la France d’aujourd’hui qui concilierait émancipation et signes religieux ostentatoires.

En tout cas, je ne sais pas qui était à la manœuvre, mais c’est réussi.

Parce que plus ça va sur cette question, moins ça va. André Gerin, sénateur maire communiste, est monté au feu sur la question et a initié une commission parlementaire sur la burqa, pointe avancée de cette névrose identitaire. Moi, Gerin, je lui faisais confiance. Il allait bien resituer le problème : le chiffrer, le circonscrire, faire le lien entre burqa et misère sociale, plus qu’entre burqa et je ne sais quelle invasion islamiste. Ou alors, mais ça revient au même, lier intégrisme religieux et relégation économique.

Mais voilà, Copé, brillant stratège, tout à sa carrière et à son opposition à Sarkozy, a grillé la politesse de la commission et réclamé une loi. La loi que finalement vient de proposer le président un peu inquiet tout de même par sa récente hémorragie électorale. Et avec une remarquable constance dans l’aveuglement, toujours persuadé qu’elle est due, cette déroute, à un traitement insuffisant de l’immigration et de l’insécurité alors que le FN doit son succès, avant tout, à une campagne sociale.

Comme vient de nous l’expliquer notre chère rédactrice en chef, cette loi qui prévoyait une interdiction totale de la burqa a été déclarée contraire au droit par le Conseil d’état. Il faudrait donc d’après Elisabeth que le président appelle à un référendum.

Un référendum sur la burqa, quand on propose moins de cent cinquante euros aux Conti pour aller bosser en Tunisie, ne nous semble pas une priorité mais bon, admettons.
Eh bien, je dis : « Chiche ! »

Je dis chiche parce que la burqa est devenue plus qu’un symbole ; elle est devenue la cristallisation de toutes les peurs et les frustrations des uns et des autres. Il faut effectivement laisser la parole au peuple. On a parfois de bonnes surprises : le referendum de 2005 a été assez amusant, dans le genre.

Je suis certain que dans l’esprit d’Elisabeth, il ne pas de stigmatiser qui que ce soit mais qu’elle le propose au nom d’une ligne républicaine forte, au nom de l’égalité.

Mais si je lui fais confiance à elle, ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres qui refuseront d’articuler cette interdiction sur la question sociale et trouveront là un prétexte juridique à un vote aimablement raciste.

Alors pour dissiper tous les doutes, je propose que le libellé de la question soumise à nos compatriotes soit le suivant : « Etes vous favorable à l’interdiction totale de la Burqa et pour un smic à 2500 euros ? »

Il aurait été plus simple de mettre tout de suite le smic à 2500 euros pour faire disparaître la burqa, mais bon, je ne vais pas sombrer dans l’utopie, non plus…

À vos marques !

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Ségolène Royal vient de déposer à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) la marque « Université populaire ». Tous ceux qui, depuis des lustres, et même plus, ont passé quelques soirées parfois passionnantes, parfois chiantes, sur les chaises incommodes des salles municipales pour entendre les conférences-débats organisées sous ce sigle en avalent leur dentier. L’UP une marque ? comme Chevignon ou Hermès? Il fallait une allumée comme Ségolène, sans doute induite en erreur par un compagnon à la redresse dans le créneau marque, pour oser ce hold-up sur ce patrimoine immatériel de milliers de bénévoles laïcs, de gauche, et furieusement hostiles à la marchandisation de leurs soirées culturelles. Ségo, aujourd’hui, t’as perdu la présidentielle !

L’idéologie, une passion française ?

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Toits à Québec (David Paul Ohmer, flickr.com).
Toits à Québec (David Paul Ohmer, flickr.com).

Vue du Québec, la violente polémique qui a opposé Éric Zemmour au système médiatique français, ainsi qu’à ce para-pouvoir officieux, agité mais efficace, que sont les associations dites « antiracistes », fait figure de symptôme. Le mal dont il est ici question n’a pas de cure connue et mute avec une régularité exaspérante d’une époque à l’autre, dans l’ignorance délibérée de la vérité. La passion idéologique, loin d’être éteinte, continue de faire des flammèches partout où elle passe.

Voici, en effet, une lumière bien particulière dont la vocation principale est d’incendier et d’aveugler, plutôt que d’éclairer et d’apaiser. Le degré de haine et de détestation, les manifestations de bêtise, les procès d’intention et les appels au lynchage dont fut l’objet Éric Zemmour, à la suite de propos pourtant bien peu exceptionnels (« si les Noirs et les Arabes sont contrôlés plus souvent, c’est parce que la plupart des trafiquants sont des Noirs et des Arabes, c’est un fait » [je résume]) sont parfaitement déraisonnables, mais ils ne devraient plus surprendre de la part d’une classe politico-médiatique ne se sentant plus en rien redevable de la souveraineté populaire ou de l’intérêt général.

À la bourse du standing médiatique, l’apparence de vertu est trop payante, la négation du réel trop tentante, pour que la vertu réelle incarnée par des intelligences de sens commun comme Zemmour s’impose comme pôle de convergence du débat public.

Car enfin, Zemmour a-t-il raison, oui ou non ? On sait que la République française interdit les statistiques ethniques officielles, ce qui rend ce genre de postulat toujours un peu périlleux – d’un point de vue méthodologique, s’entend. Dans la lettre qu’il a adressée à la LICRA, Zemmour cite cependant ses sources : « Il y a quelques années, une enquête commandée par le ministère de la Justice, pour évaluer le nombre d’imans nécessaires, évaluait le pourcentage de musulmans dans les prisons entre 70 et 80 %. En 2004, l’islamologue Farhad Khosrokhavar, dans un livre L’islam dans les prisons (Balland), confirmait ce chiffre. En 2007, dans un article du Point, qui avait eu accès aux synthèses de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) et de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), on évaluait entre 60 et 70 % des suspects répertoriés issus de l’immigration. Il y a près de dix ans, la commissaire Lucienne Bui Trong, chargée des violences urbaines à la direction centrale des RG, relevait que 85 % de leurs auteurs sont d’origine maghrébine. Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes établissaient que 87 % étaient de nationalité française, 67 % d’origine maghrébine et 17 % d’origine africaine. La ‘plupart’ est donc, au regard de ces chiffres, le mot qui convient. »

Or, il semblerait que ce soit moins la validité des propos qui soit en cause que leur caractère prétendument « insupportable ». Apparemment, « la plupart des trafiquants sont Noirs et Arabes » ne se dit pas, à tout le moins pas de cette façon, même si « c’est un fait ». Veut-on dire par là que l’énoncé de vérités n’est plus permis sur le territoire de la République ? Voilà qui serait original, à défaut d’être raisonnable. On sait que, depuis une vingtaine d’années, les sociétés occidentales tirent une grande fierté de leurs innovations toujours plus poussées en matière de contrôle du discours public. Elles s’idolâtrent et se contemplent, s’imitent et se cajolent.  Leur appareil d’État, secondé par d’innombrables satellites associatifs, ne cesse de gonfler à mesure que grandit leur amour du genre humain. Cette sentimentalité paternaliste  qui croit devoir intervenir à tout moment pour protéger tous et chacun de la blessure de la parole relève d’une fraternité pastorale dangereuse, à peine digne de la non-pensée des marchands de pub et des écrivains humanitaires. Elle stigmatise de facto le réel comme une source de haine, en tant qu’il serait une source de division et de différenciation. L’important ne serait plus d’être fidèle à la réalité, mais de lui substituer une interprétation collagène qui viendra en effacer les strates les moins présentables. Car contrairement à la vie, le décor publicitaire de gauche comme de droite n’a pas d’envers. Il est la façade du néant.

Dans son texte du 26 mars dernier dans Le Monde, Caroline Fourest, par exemple, ne conteste pas la sur-représentation des Noirs et des Arabes comme trafiquants. Elle écrit : « Enfin, oui, Éric Zemmour, la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. Non pas parce que le fait d’être noir ou arabe mène naturellement ou culturellement au trafic. Mais parce qu’on a beaucoup plus de chance de devenir dealer de shit que journaliste quand on naît dans des familles pauvres ne misant pas sur la culture. » On remarque d’abord le malheureux procédé qui consiste à entremêler dans son propre raisonnement, pour mieux le tortiller et le falsifier, le raisonnement de l’adversaire. Ce « non pas parce que le fait d’être noir ou arabe mène naturellement ou culturellement au trafic » n’a rien à voir de près ou de loin avec ce qu’a dit Éric Zemmour, mais Fourest fait comme si. On comprend que, pour elle, l’important est moins ce qu’il a dit que ce qu’il aurait voulu dire. Aveuglée par l’idéologie anti-raciste, elle prête des intentions et des « fantasmes » à celui qui se sera contenté d’énoncer une vérité factuelle.

Le sujet n’étant plus la sur-représentation des Noirs et des Arabes comme trafiquants, mais le « cas Zemmour », la polémique a donc tourné autour des prétendues intentions racistes du journaliste. C’est d’ailleurs pourquoi elle a pris des proportions aussi impressionnantes. La violence qu’elle a véhiculé – et continue de véhiculer – n’entre pas dans la catégorie du « débat sulfureux », ce qui serait beaucoup trop commode. Par son hostilité de principe à toute vérité et à toute méthodologie, elle rappelle plutôt le mécanisme primitif du lynchage et du procès inquisitorial. Il ne peut pas y avoir débat lorsqu’on s’ingénie, par mauvaise foi, à parasiter les termes de la polémique, ceci pour mieux encourager l’expulsion d’un homme qu’on ne veut plus voir comme un interlocuteur, mais comme un accusé.

Lorsque les médias les plus autorisés parlent, de façon répétitive, de la lettre de Zemmour à la LICRA comme d’une « lettre d’excuses », ils n’informent plus, ils désinforment. Zemmour ne s’est pas excusé ; il n’avait d’ailleurs pas à le faire. Il a simplement exprimé des regrets quant à la souffrance que la déformation de ses propos par les médias aurait pu causer chez ceux de ses « compatriotes noirs et arabes », honnêtes citoyens, pères de famille, qui seraient fidèles comme lui à l’esprit de la France.

Que dire d’autre de cette lettre sinon qu’elle est admirable de clarté et de sobriété sur les ressorts profonds de l’affaire ? Si Zemmour l’a écrite pour clarifier sa position et contrer des déformations irresponsables, les médias, en retour, l’ont lue pour y trouver la confirmation d’un « aveu », autrement dit du plaidoyer de culpabilité de l’accusé. Il fallait à tout prix que Zemmour, quoi qu’il dise pour sa défense, apparaisse penaud et déconfit. La guerre médiatique en est une d’images et d’archétypes, où le « dernier mot » se confond avec la « dernière impression », le « fin mot de l’histoire » avec un scénario binaire, qui voit les gagnants l’emporter sur les perdants, les procureurs sur les accusés, les gaillards sur les penauds.

Préoccupé de sa sauvegarde corporatiste et idéologique, le système n’a toutefois pas vu qu’en s’attaquant à Zemmour, il s’attaquait également, par la même occasion, à une certaine sensibilité populaire française. À travers Zemmour, il attaquait tous ceux qui, le lisant dans les journaux ou l’écoutant à la radio et à la télé, se reconnaissaient en lui. De fait, la formidable réaction en chaîne qu’a déclenché, chez son lectorat et son auditoire, la rumeur de son licenciement au Figaro, n’a été une surprise que pour ceux qui, depuis longtemps, vivent une vie médiatique à l’abri de toute réalité concrète.

En opposant la parole à la machine, la vérité à la falsification et le sens commun au politiquement correct, Zemmour subvertit l’espace médiatique en même temps qu’il met en lumière la disparition de l’espace public. C’est à la fois une réjouissance et une grande tristesse.

Sous les pavés du « village global » médiatique, subsiste l’Atlantide de la cité politique évanouie. Le « cas Zemmour », pour reprendre la formule consacrée, est avant tout symptomatique de l’impasse politique de la droite française, qui a échoué depuis une vingtaine d’années à traduire politiquement une certaine sensibilité populaire restée critique de l’idéologie de mai 68. Aujourd’hui soixante-huitarde et amie des médias à l’égal de la gauche, l’UMP laisse en plan une partie importante de l’électorat, qui n’a par ailleurs aucune envie de rallier le FN. À défaut de se retrouver au pouvoir, cette sensibilité – qui aimerait discuter sérieusement de l’école, de la délinquance, du système fiscal, de l’immigration – trouve ainsi en Zemmour un digne et éloquent représentant. Tel un homme politique, celui-ci peut compter sur une « base » bien motivée à le soutenir dans les moments les plus rudes. Ce mouvement a priori sympathique dissimule, il faut bien le dire, un aveu terrible sur l’état réel de la vie politique en France. La vague zemmourienne trahit plus profondément un ressac de la démocratie.

La fusion des grands médias et du politique, les deux clans partageant une certaine idéologie bien-pensante qui carbure au multiculturalisme, au tiers-mondisme, à l’humanitarisme, tous prétextes à la déresponsabilisation radicale des individus et à la négation du sentiment national, n’est certes pas une nouveauté. Au Québec, la « crise des accommodements raisonnables » a été l’occasion de confirmer le même type d’alliance. Les intellectuels « experts », les journalistes-relais et les politiciens dits « progressistes » se retrouvèrent, main dans la main, sous la coupe d’un État thérapeutique assumant plus que jamais sa rupture avec sa fonction politique. Le bavardage médiatique et académique, people ou expertocrate, ne servit qu’à légitimer l’activisme technocratique et la mission de rééducation du nouvel ordre régnant.

Comme toutes les sociétés occidentales, le Québec fait face à une offensive majeure de subversion de ses institutions, au profit d’extrémismes à la fois intérieurs et extérieurs, les plus doctrinaires de nos supposés « progressistes » s’entendant fort bien avec les « réactionnaires » étrangers les plus radicaux. Mais le politiquement correct qui applique également sa terreur dans notre pays n’est clairement pas aussi fort qu’en France. Nos Commissions des droits de la personne et nos « Ligues des Noirs » ont déjà manifesté leur pouvoir de nuisance, mais elles sont une vraie blague en comparaison de SOS Racisme et de la Halde. Une partie du système médiatique québécois – honnie par l’intelligentsia, bien entendu – reste à l’écoute des préoccupations plus populaires et fournit une capacité de riposte aux politiques qui chercheraient à faire la critique du multiculturalisme d’État. Comme partout ailleurs, la liberté d’expression est minée mais elle reste de beaucoup supérieure à celle qui prévaut en Europe.

Il y a donc un certain espoir de ressaisissement ; du moins est-ce sur cette possibilité qu’il nous faut parier. Le jour, toutefois, où un clone d’Éric Zemmour viendrait à naître au Québec et subirait un lynchage médiatique et professionnel analogue à ce que vit en ce moment le véritable Éric Zemmour en France, serait aussi le jour où il nous faudrait constater le triomphe sans partage du système. Cela pourrait avoir lieu dans quinze ans, peut-être dans dix. Il faudra, alors, proposer une analyse implacable et sans complaisance.

Je crois en avoir déjà trouvé le titre : Mélancolie québécoise.

Vous n’aurez pas l’Alsace d’abord

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La liste Alsace d’abord menée par Jacques Cordonnier a fait 4,98 % des voix aux dernières élections régionales. C’est extrêmement rageant quand on sait que pour 96 voix, Jacques Cordonnier n’a pu négocier aucune fusion et ne verra aucun de ses frais de campagne remboursés puisqu’il reste en deçà des 5 %. Pour contre-attaquer, il a donc décidé de déposer un recours auprès du Conseil d’Etat pour annuler les élections régionales en Alsace. Le motif invoqué ? La préfecture, dans une évidente intention de nuire, aurait qualifié sa liste d’ »extrême droite » et non de « régionaliste » comme il l’aurait souhaité. C’est bien la première fois qu’un membre de la direction exécutive du Bloc Identitaire trouve l’appellation « extrême droite » honteuse. En même temps, si ce monsieur parvient à faire rejouer le match, à la vitesse où les mauvaises habitudes (voyages en jet privés et loyer de complaisance pour sous-ministres) ont été reprises, ses 5 %, il va les faire les doigts dans le nez.

Burqa : pour un référendum

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Passer outre les avis du Conseil d'Etat : c'est possible.
Passer outre les avis du Conseil d'Etat : c'est possible.

Je devais avoir la tête ailleurs. Ou peut-être étais-je en voyage. Ou alors je suis amnésique. Aussi incroyable que cela paraisse, j’ai raté une élection – et pas la moindre. Je n’ai aucun souvenir du scrutin au cours duquel nous avons désigné nos conseillers d’Etat – érigés par Le Monde en « Sages », terme jusque-là réservé aux membres du Conseil constitutionnel (lesquels ont encore le défaut d’être nommés par des élus, autrement dit, même indirectement, de procéder du suffrage universel). Je suppose que le même jour, nous avons désigné d’autres « sages » : le patron de la Banque centrale et, parmi une palanquée d’experts, les dirigeants des agences de notation financière. S’ils ne bénéficiaient de l’onction du suffrage universel, jamais nous laisserions ceux-ci noter la République française et la menacer de punitions au cas où elle ne filerait pas droit. C’est que nous sommes démocrates, et même hyper-démocrates. Rien n’est plus sacré à nos yeux que la parole du peuple, en particulier quand il parle bien. On nous imagine mal confier nos destins à des experts que nous n’avons pas élus, aussi « sages », énarques et talentueux soient-ils. Si nous considérons que l’avis du Conseil d’Etat doit primer sur celui du chef de l’Etat, c’est forcément que la légitimité du premier est supérieure à celle du second.

Donc, le Conseil d’Etat a tranché. « L’interdiction générale de la burqa contraire au droit », résume Le Monde, visiblement fort satisfait de cet avis ipso facto transformé en décision s’imposant à tous. À vrai dire, j’ai dû aussi rater quelques cours de droit administratif à Sciences Po parce que j’ignorais que, dans notre pays, le Conseil d’Etat disait le droit – sauf, bien sûr, quand il intervient en dernier ressort comme juge de l’administration. Dans l’affaire présente, il joue le rôle de conseiller comme il le fait pour tout projet de loi et son avis est uniquement consultatif. En tout cas, c’est ce que je croyais, bêtement sans doute.

Le Conseil met donc en garde le gouvernement : si vous votez une interdiction générale, vous vous ferez retoquer par nos copains et voisins du Conseil constitutionnel, puis par la Cour européenne des Droits de l’Homme. On se rappelle que, sur le voile à l’école, les conseillers d’Etat avaient, à la demande de Jospin, pondu un avis mi-chèvre moi-chou, refilant le mistigri aux chefs d’établissement. Le principe de laïcité, expliquait alors le Conseil « interdit […] toute discrimination dans l’accès à l’enseignement qui serait fondée sur les convictions ou les croyances religieuses des élèves » mais « la liberté ainsi reconnue comporte pour eux le droit d’exprimer et de manifester leurs croyances religieuses à l’intérieur des établissements scolaires ». Tout juste reconnaissait-il aux proviseurs le droit d’interdire le voile en cours de gymnastique ou de sciences. On nous expliquait alors que la loi serait une catastrophe, qu’elle nous fâcherait avec les musulmans du monde entier, qu’elle ferait fuir les jeunes filles musulmanes de l’école publique – et bien sûr qu’elle serait retoquée par le Conseil constitutionnel. Quand la loi a été votée en 2004, rien de tel ne s’est produit. On avait juste perdu vingt ans et encouragé de nombreuses jeunes filles à adopter le hidjab. Il faut croire que nos sourcilleux gardiens des droits de la femme à être aliénée attendent que nos rues soient peuplées de fantômettes pour décider qu’il faut agir.

Dans la classe politique, le soulagement est perceptible, dans les rédactions on triomphe – très discrètement à Libé où, en trois jours, on n’a pas trouvé le temps de consacrer un papier de fond à la question. On vous l’avait bien dit que c’était très mal et très stigmatisant de vouloir interdire le voile intégral. Moi, je trouve ça très mal et contraire à nos mœurs de m’imposer ce spectacle dégradant, mais apparemment, nos sages n’en ont rien à faire de moi et de nos mœurs.

Je vous vois venir : Montesquieu, les checks and balances, le pouvoir qui doit arrêter le pouvoir. À ma connaissance, Montesquieu n’a jamais préconisé que le pouvoir soit exercé par les détenteurs non élus des contre-pouvoirs – il est vrai qu’il n’avait pas idée de ce que deviendraient nos médias. Encore un cours que j’aurais séché ?

Il n’est évidemment pas question de transiger avec l’Etat de droit. Reste à savoir si le droit doit évoluer avec la société ou si la société doit se conformer au droit tel qu’il est. De brillants esprits ont trouvé intelligent de modifier la Constitution pour y introduite cette ânerie qu’est le principe de précaution, mais face à la burqa, notre droit serait immuable ?

Oui, nous répugnons, au nom de la liberté qui nous est chère, à prononcer une interdiction générale concernant une habitude vestimentaire. Sauf que la burqa n’est pas une fanfreluche comme les autres. Dans le monde entier, elle est portée et préconisée par ceux qui nous promettent chaque jour mille morts. Porter la burqa en France c’est affirmer haut et fort qu’on n’adhère pas aux valeurs de la France. Et ça, ce n’est pas contraire au droit ? Autant expliquer directement aux Français qu’ils doivent renoncer à leurs valeurs au nom de leurs valeurs.

On imagine aisément qu’autour du président, le chœur des conseillers se réjouit de cette occasion qui lui est offerte de botter en touche. « Aller contre l’avis du Conseil d’Etat, mais vous n’y pensez pas, monsieur le Président ! De plus, la France sera condamnée par la CEDH, l’effet serait désastreux. » Dans la novlangue que l’on parle aujourd’hui à Matignon et, malheureusement, de plus en plus à l’Elysée, cela s’appelle du volontarisme. Après tout quand « réforme » est le nom donné à la politique menée depuis plus de vingt ans avec le succès que l’on sait, comme disait l’autre, il n’y a plus de limites.

Eh bien si, monsieur le Président pensez-y ! Vous avez le choix.

Si les mots ont encore un sens, rien n’oblige le chef de l’Etat à se conformer à l’avis du Conseil d’Etat – je renvoie les sceptiques au terme « consultatif » dans le dictionnaire. Pour peu qu’on ait la volonté d’aller jusqu’au bout, les solutions respectueuses du droit existent. La première est de modifier la Constitution pour y introduire un principe justifiant l’interdiction de la burqa – dignité humaine, civilité, décence (oui, cette prison de tissu est parfaitement indécente), respect de l’autre : les juristes sont très imaginatifs, ils trouveront. On peut comprendre cependant que le Nicolas Sarkozy préfère éviter le tunnel d’une révision constitutionnelle dans les circonstances actuelles. Heureusement, il existe une autre solution, simple et idéale au plan symbolique. Le Conseil constitutionnel s’étant toujours refusé à contrôler la conformité des lois référendaires – et, sauf à faire un coup d’Etat, il devrait continuer – il suffit de soumettre le texte de loi à l’approbation du peuple. On verra bien si la CEDH a ensuite le toupet de s’opposer à un choix aussi clairement démocratique. Bien sûr, si le peuple choisit le radieux avenir multiculturel contre son affreux passé assimilationniste, s’il décide de faire prévaloir les origines sur l’histoire et la géographie, il n’y aura qu’à s’incliner.

Inutile de s’emballer, les chances de voir se réaliser un tel scénario sont pour infimes. Le plus probable est que le camp de l’apaisement l’emportera. Peu importe que le président de la République ait solennellement déclaré que « la burqa n’est pas la bienvenue en France ». Peu importe que les Français, y compris, je l’espère, musulmans, soient, selon toute vraisemblance, majoritairement favorables à cette mesure. La cohorte des trouillards bien-pensants qui se réjouissent aujourd’hui a la vue courte. Le message envoyé aux électeurs est clair : la politique est impuissante et vous n’avez pas droit au chapitre. Laissons donc décider ceux qui savent. Je ne voudrais pas être désagréable mais c’est ainsi que les démocraties finissent.

Contrôles d’identité, le vrai scandale

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La police française est raciste : « c’est un fait » bien établi depuis qu’un xénophobe téméraire a tenté de le contester à la télévision. Mais sait-on qu’elle est aussi outrageusement sexiste ? En effet, selon une très sérieuse étude du CNRS, c’est le sexe plus encore que la couleur de la peau qui constitue l’élément le plus discriminatoire des contrôles d’identité, les hommes étant beaucoup plus contrôlés que les femmes. N’en doutons pas, celui (ou celle) qui, pour justifier cette pratique parfaitement scandaleuse, invoquera le « fait » que la population carcérale est à plus de 95 % masculine encourra les foudres de toute la police de la pensée qui agit, quant à elle, d’une façon toujours moins discriminante.

Allouche, pour la bonne bouche

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Israël

Israël

Les meilleurs journalistes ne sont pas forcément ceux qui sont désignés comme tels dans les distributions des prix, comme le « prestigieux » Albert-Londres. Quand ce ne sont pas de purs et simples bidonneurs qui sont primés, les frimeurs de la plume ou de la caméra ont infiniment plus de chances de décrocher la timbale que les scrupuleux qui hésitent à tordre une info pour faire un bon mot…

[access capability= »lire_inedits »]Jean-Luc Allouche est maintenant passé dans le cadre de réserve après quelques dizaines d’années passées sur le front de l’info, au mensuel juif L’Arche d’abord, puis à Libération, dont il fut le correspondant en Israël de 2002 à 2005, au plus fort de la deuxième Intifada. Jean-Luc Allouche n’a reçu aucun prix de journalisme, n’est pas allé faire le beau sur les plateaux de télé et ne passait pas sa vie à chasser le « scoop » qui aurait pu lui ouvrir le cœur, et plus si affinités, des stagiaires du CFJ embedded à la rédaction de Libé.

N’empêche, Allouche est un grand de la profession pour lequel j’éprouve une très vive et très sincère admiration, et cela en dépit du fait qu’il compte au nombre de mes amis.

A ceux qui n’ont pas eu la chance de le lire dans Libé, une session de rattrapage est offerte sous la forme d’un recueil de ses principaux reportages israéliens (et palestiniens) récemment parus sous le titre Les Jours redoutables, chez Denoël.

L’exercice est périlleux : ce qui est écrit dans l’urgence, sous la pression de l’événement, a de fortes chances de mal vieillir, ou pire de montrer rétrospectivement à quel point le journaliste s’était fourré le doigt dans l’œil, par aveuglement idéologique ou manque crasse de culture.

Ce n’est pas le cas des chroniques d’Allouche qui se bonifient en vieillissant, comme ces vins dont il est un amateur éclairé. C’est d’ailleurs lui qui popularisa en France les nouveaux vignerons israéliens, dont la production compte aujourd’hui parmi les grand crus mondiaux…

Sa nomination comme correspondant en Israël n’avait pas fait que des heureux à Libération, où les « gauchistes » historiques de ce quotidien ne cachaient pas leur désapprobation de voir un supposé sioniste remplacer une journaliste dont le pro-palestinisme hystérique avait fini par porter un coup à la crédibilité du quotidien de Serge July. Mais ce dernier a tenu bon, et il a eu raison. Pendant trois ans, Libération est devenu le journal de référence dans le traitement du conflit israélo-palestinien. La recette est si simple qu’on se demande pourquoi elle n’est pas plus souvent utilisée : il suffit d’être honnête, de raconter ce que l’on voit, ce que l’on entend, et d’être à l’écoute des bruits de la rue israélienne et palestinienne. Cela demande, mine de rien, un certain courage : il est plus confortable, pour un correspondant à l’étranger, d’écrire ce que les « gens de Paris » ont envie de lire, même si cela va à l’encontre des réalités constatées sur le terrain. Dans ce domaine, la couverture du conflit israélo-arabe peut devenir une galère, car nombreux sont les ignorants qui se targuent d’avoir une opinion sur la question et qui ne supportent pas que les faits viennent mettre le souk dans leurs préjugés.

Ce qui fait de Jean-Luc Allouche plus qu’un bon journaliste, un journaliste heureux, c’est son peu de goût pour l’idéologie. Chez lui, pas de leçons de morale distribuées à la louche à ce cochon de lecteur prié de prendre cela pour des perles dont il serait à peine digne.

Allouche est juif, il est pied-noir, de Constantine, élevé dans un milieu religieux dont il s’est émancipé sans le renier. Il parle hébreu et comprend un peu l’arabe. Pour un correspondant en Israël d’un grand média français, ce n’est pas une carte de visite, c’est un casier judiciaire. Certains diplomates de la « rue arabe » du Quai d’Orsay, retranchés dans le consulat général de France à Jérusalem, et certains collègues ne manqueront pas de le lui faire sentir.

La réponse d’Allouche est dans ses textes : qu’il soit dans une colonie juive de Cisjordanie, chez les barbus de Gaza ou les bobos de Tel-Aviv, il est un guide, et non un juge.

Il se fait prophète dans le sous-titre de son livre : Israël-Palestine, la paix dans mille ans. Si c’est vrai, personne ne sera plus là pour dire : Allouche l’avait bien dit !

Les Jours redoutables: Israël-Palestine : la paix dans mille ans

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