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On aura tout bu !

Jojo lapin et Gaston l’éléphant
Mais qui sont les mystérieux Jojo lapin et Gaston l’éléphant ?

C’est Hunter S. Thompson qu’on assassine : vous savez, ce fou américain qu’on enseigne aujourd’hui dans les meilleures écoles de journalisme, l’inventeur du gonzo et notamment l’immortel auteur de Las Vegas Parano. C’est ce type d’humain, encore vivant de l’autre côté de la tombe, que les morts qui nous servent de contemporains visent à travers la polémique opposant Reza et Sébastien Lapaque.

Le photographe iranien universellement célébré s’émeut en effet jusqu’à vouloir porter plainte que Sébastien Lapaque, romancier et critique littéraire au Figaro, l’ait « agressé verbalement ».

La scène comique se passe dans le TGV des auteurs, Saint-Malo-Paris, au retour du Festival Etonnants Voyageurs. Un Lapaque profondément alcoolisé lisant d’une voix mi-malrucienne, mi-bébertienne des Halles du milieu de la nuit un trac post-situ dénonçant l’embourgeoisement du Festival est filmé de près par un Réza sans doute intrigué par la scène. Tout d’un coup, Lapaque entend, ou croit entendre, une voix susurrant : « c’est la bande à Pétain ». (Nous prévenons le lecteur déjà privé de tout qu’à partir de ce moment la scène n’étant plus filmée, il sera en sus privé d’images).

Dans le sang lapaquien, l’alcool ne fait qu’un tour : quoi ! lui, le bernanosien, lui le gaulliste, on le traite de fils à Pétain ! Le voilà qui s’emporte, défend son amour de la France à l’aide de n’importe quoi – en l’occurrence Jojo Lapin et Gaston l’éléphant, étonnants personnages dont les aventures, aux dires d’Olivier Maulin, romancier proche de Lapaque et spectateur de la scène, avaient alimenté leurs discussions des trois derniers jours. Par-dessus le marché, Lapaque embraye à l’évidence à partir d’une phrase du Péguy de Notre jeunesse – qu’il cite dans un papier paru concomitamment dans le Figaro – sur la pureté du passé français : « Et plus nous avons de passé, plus nous avons de mémoire, plus ainsi (comme vous le dites) nous avons de responsabilités, plus ainsi aussi ici nous devons la défendre ainsi. Plus nous avons de passé derrière nous, plus (justement) il nous faut le défendre ainsi, le garder pur. »

Sébastien Lapaque est truffé de défauts, notoires quand il a bu, c’est-à-dire plutôt souvent. Entre la rue de Seine et la rue de Bucy où il a presque entièrement perdu sa jeunesse, nul n’ignore ses éructations, ses insultes, ses mépris d’ivrogne bientôt rattrapés et effacés par des accolades humides. Il agace, on a envie de le cogner et puis on découvre un petit garçon dont le trop-plein d’énergie ne témoigne que de la recherche d’une vie plus intense qu’il n’a pas vraiment trouvée.

Réza ne pouvait pas le savoir, évidemment. Il aurait pu rentrer dans le lard de Lapaque et l’altercation eut vite fini. Mais non, il paraît qu’il veut porter plainte. Pour racisme, peut-être ? A trop sensibiliser les populations à l’horreur, on les formate pour qu’elles le dénichent où même elle n’est pas. Lapaque est tout sauf raciste.

Je suis de ceux dont il fut l’un des capitaines, quand nous avions vingt ans. De ceux à qui il a fait aimer et connaître Bernanos, Orwell et Debord, vaccinant à vie nos consciences contre les totalitarismes.

M. Réza non seulement prend la tirade de Lapaque pour une attaque raciste, ce qu’à l’évidence elle n’est pas – sauf à mettre Péguy en enfer – mais en sus aligne les contresens : Lapaque représentant d’une « droite religieuse » ? Ce terme a sans doute cours en Iran et aux Etats-Unis, il ne désigne rien ni personne en France. Le fascisme et Bernanos ? Qu’il ouvre seulement les Grands cimetières sous la lune.

Porter plainte contre des propos d’ivrogne ? On aura tout vu.

La prochaine fois, que M. Réza n’hésite pas à faire rouler Lapaque dans le caniveau. Ils s’en porteront mieux tous les deux, et l’antifascisme, qu’il lutte contre le brun ou le vert, aussi.

Défense de rire

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Il est de bon ton de regretter que la culture française hexagonale rayonne assez peu au Québec (et vice versa, d’ailleurs, hormis quelques comédies musicales au sirop d’érable). Et bien les choses sont peut-être en train de s’améliorer. Ainsi, quand le plus grand quotidien francophone du pays, le Journal de Montréal, s’inquiète et s’amuse des ambitions politiques de plus en plus affirmées d’Antoine Dionne-Charest, 21 ans, et fils de l’actuel Premier Ministre de la Belle Province, il n’hésite pas à titrer: Charest comme Sarkozy ?

Anticonstitution…

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J’adore Nicolas Sarkozy. Si j’avais la taille mannequin – je ne l’ai jamais eue – et que je pouvais gratter une guitare sans savoir chanter, je le demanderais en mariage. Il a, pour nous autres Allemandes, tous les attributs du french lover. Petit, sec, racé, plutôt beau gosse, propre sur lui, doté d’une gouaille suffisamment vulgos pour attirer à lui la ménagère de moins de cinquante ans et la mégère dont le ticket n’est plus valable au-delà de cette limite, Nicolas Sarkozy m’épate. Il a le truc qui faut, le wizz, le buzz, le crac-boum-hue. Et si ce n’était que ça, Angela Merkel ne serait pas passée à côté. C’est qu’il a aussi des idées ! Et des idées comme on ne fait plus. Ou qu’on n’a peut-être jamais eues. Par exemple, tenez : il y a des déficits, Nicolas Sarkozy veut les rendre anticonstitutionnels. C’est génial, prodigieux, la dernière nouveauté de la pensée magique. S’il n’était pas occupé par d’autres sinécures, l’homme pourrait facilement devenir chef de rayon au Bon Marché.

Mais Nicolas – je l’appelle Nicolas, car mon degré d’intimité est suffisamment élevé ; je ne sais pas pour lui – ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Rendre le déficit d’un Etat anticonstitutionnel est une bonne voie, mais c’est un peu trop fastoche. Pour tout dire, ça ressemble un peu trop aux papiers que je griffonne en début d’année et qui me tiennent lieu de résolutions : ne plus prendre de dessert, ne plus en reprendre deux fois, ne pas froisser Willy sur ses problèmes de virilité (un type de plus de 60 ans ne mérite pas de se faire insulter chaque fois qu’on est au radada). Le problème avec ce genre de papiers, c’est comme avec la Constitution : on finit par les oublier quelque part. On les retrouve un jour, alors qu’on y est venu chercher autre chose, dans la poche du slip Kangourou d’un quelconque Jean-Louis Debré ou dans un autre endroit où je n’aventurerais pas mes doigts.

Cela étant, Mamour – je l’appelle Mamour parce qu’il n’y a pas de raison, moi aussi je n’y connais rien à la musique – a raison de vouloir déconstitutionnaliser les déficits. Et, si bien parti, il devrait se prendre à déconstitutionnaliser bien d’autres choses :

1- Il faut déconstitutionnaliser la connerie. Elle est, depuis Descartes, la chose la mieux partagée au monde, surtout en France, et les cons nous cernent. La chose nous concerne tant qu’elle devrait être inscrite comme une première urgence. Cela obligerait certainement une soixantaine de millions de Français à jouer les boat people jusqu’à la Corse.

2- Interdire dans la Constitution le racisme et l’antisémitisme serait, même si cela me semble être déjà fait, une autre priorité présidentielle. Il y en a ras-le-bol des nègres qui traitent les youpins de juifs et des feujs qui traitent les bougnoules de blacks. Faut un peu moins de discrimination, un peu plus de distinction, et moins de daltonisme ! On n’est pas des niakwés quand même !

3- Interdire les mecs qui n’aiment pas les grosses dans la Constitution ne serait pas la moindre des mesures. Je ne parle pas pour moi, même si j’ai un peu pris ces temps-ci autour des hanches. De toute façon je vous emmerde, y en a qui aiment ça.

4- Sucrer de la Constitution les pédophiles. Et les enfants, trop excitants.

5- Sucrer le sucre. Ça fait grossir. Et puis, il y a l’aspartame. C’est pas pareil, mais bon…

6- Interdire constitutionnellement la parution hebdomadaire du magazine Elle. Je l’achète chaque semaine et, franchement, tous ces boudins qui posent en se la jouant glamour, ça ne me remonte pas le moral.

7- Bannir l’homophobie. Tous les pédés ne sont pas des enculés.

8- Retourner à Syracuse et inscrire ça dans la Loi fondamentale. On y a passé notre voyages de noces avec Willy, on était jeunes et c’était bien. Surtout le petit-déjeuner continental, on pouvait se resservir plusieurs fois.

9- Interdire constitutionnellement le port de la moustache. Au début, ça chatouille. Après, ça grattouille. Au final, ça n’est pas si désagréable, mais quand même.

10- Obliger Nicolas Sarkozy à tomber amoureux de moi. Et Brad Pitt. Et je n’en voudrai pas.

11- Déclarer inconstitutionnelle la Constitution. Parce que le slip kangourou du président du Conseil constitutionnel, quand t’en as vu un, tu les as tous vus. Même lorsqu’ils sont remontés jusqu’aux épaules. Les slips kangourous, pas les présidents du Conseil constitutionnel.

Promo de printemps

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Figurez-vous que pendant que d’aucuns bienheureux lecteurs jardinent, cuisinent, butinent ou shoppinent, les vaillants forçats de l’équipe rédactionnelle mettent la dernière main au numéro 24 de Causeur. Numéro que recevront, bien sûr, les déjà abonnés, mais aussi ceux qui s’abonneront ce week-end, disons avant lundi 20 heures. Après, ils devront s’en passer et ronger leurs sangs jusqu’au numéro 25, ce que nous ne souhaiterions pas au pire de nos ennemis. Quant aux amis, c’est ici qu’on s’abonne.

Lapaque vs Reza : vidéo-gag ou crime raciste ?

Sébastien Lapaque.

Je ne suis pas suspecte de sympathie excessive pour Sébastien Lapaque, écrivain et journaliste au Figaro qui, pour des raisons mystérieuses, a décrété un jour que j’étais particulièrement nuisible et s’est mis en tête de le faire savoir à des tas de gens dont la plupart ignoraient mon existence et s’en trouvaient fort bien. Rien de personnel. Dans notre monde enchanté des lettres et du journalisme, on n’a pas besoin de savoir pourquoi on se déteste. D’ailleurs, je ne le déteste pas. Disons que ce garçon talentueux et agité peut surprendre par le caractère excessif de ses emportements. Et du temps où nous nous croisions dans des soirées baroques et arrosées, je me souviens qu’il n’avait pas son pareil pour fabriquer un scandale nocturne ou une querelle de petit matin. Résistant au manque de sommeil et aux excès de tout le reste, Lapaque est tout sauf un bonnet de nuit et, dans une époque qui en produit tant, cela doit être salué. Un jour, il n’y aura plus de Lapaque pour troubler le sommeil des honnêtes travailleurs dans les rues de nos villes la nuit et ce sera bien triste. Pour le reste, un parcours qui passe par l’Action française et De Gaulle, Bernanos et Jean-Pierre Chevènement et bien d’autres lieux où il s’est forgé une singularité.

J’ai donc d’abord bien ri en découvrant que cet amateur de provoc en tout genre était accusé d’être une sorte d’Ahmadinejad à la française – excusez du peu – par Reza, photographe que son origine persane qualifie certainement pour détecter ce genre de choses. Entre nous, si Ahmadinejad vidait de temps en temps quelques verres avec Lapaque, il serait plus amusant. Et moins dangereux.

L’incident ayant été partiellement filmé et abondamment raconté par ses protagonistes et spectateurs, je vous la fais courte. Ça pourrait se passe dans le TGV qui ramène de Saint Malo une troupe de journalistes et littérateurs ayant participé au festival des Etonnants voyageurs qui n’est pas, semble-t-il, un lieu de tempérance et de sobriété. Pour se fader du prêchi-prêcha sur la littérature-monde il n’est pas forcément recommandé d’être à jeun. Les membres du petit groupe attroupés autour de Lapaque dans la voiture-bar ont visiblement été très raisonnables sur l’eau minérale. Personne n’a forcé sur la Vittel. Lapaque fait son show, déclamant le texte d’un tract situ-anonyme accusant le festival d’être à la solde de ses sponsors. Dans son dos, quelqu’un parle de « bande à Pétain ». Le photographe Reza, qui venait peut-être se chercher une Badoit, tombe sur la scène et la filme. Il n’en faut pas plus à Lapaque pour improviser un nouveau numéro, à la Gabin ou à la Blondin, l’histoire tranchera certainement. Il menace Reza de lui casser la gueule et se lance dans une tirade embrouillée sur laquelle les versions divergent. À en croire l’offensé, Lapaque aurait alors des propos racistes, affirmant que la France de Reza n’est pas « pure ». Lapaque nie l’usage de tels termes qui d’ailleurs ne lui ressemblent pas. Seule certitude, il a parlé de « sa France qui est celle de Gaston l’Eléphant et de Jojo Lapin ». D’accord, il y est allé fort : Jojo Lapin et Gaston l’Eléphant, ça sent la rafle à plein nez. Jojo Lapin ! Gaston l’Eléphant ! Si ça ne vous rappelle pas les heures les plus sombres de notre histoire, vous êtes amnésique. Même bourré, on ne rigole pas.

Esprit de sérieux, es-tu là ?

Justement, Reza, ne plaisante pas. Le second degré, c’est pas son truc. Il a vu arriver le fascisme en Iran et il le flaire à trois kilomètres même quand il se dissimule dans les vapeurs d’alcool. « Avec de tels propos, Ahmadinejad est à notre porte », dit-il sans rigoler. Il est même, semble-t-il, en pleurs, lorsqu’il relate la scène. « Ce qui me choque, de la part d’un homme de plume comme Monsieur Lapaque, c’est de retrouver ce racisme latent que je sens depuis trente ans. Même s’il était ivre-mort, c’est inacceptable. » Doit-on comprendre que la France entière est inculpée avec Lapaque-Ahmadinejad ?

Comme il suffit de prononcer le mot « racisme » pour fabriquer un scandale, l’affaire n’en reste pas là. Cette scène d’anthologie fait l’objet d’une bonne vingtaine d’articles. Des propos d’ivrogne sont analysés, commentés, soupesés. Esprit de sérieux, es-tu là ? Bonjour tristesse. En vérité, tout ça fiche un peu la trouille. Lapaque se fend d’une lettre à Reza dans laquelle il fait amende honorable pour son déconnage alcoolisé. Mais face au fascisme, on ne transige pas : Reza annonce son intention de porter plainte !

Il est difficile de croire qu’un type comme Reza, qui a voyagé et connu des fascistes qui n’étaient pas en peau de Jojo Lapin, ait vraiment été impressionné par la logorrhée de Lapaque. Peut-être souffre-t-il d’une sobriété excessive (C’est une blague !!!! Je jure que je suis contre l’alcoolisme), mais il a de la bouteille. Y aurait-il un peu de pose dans l’exhibition de son chagrin ? De notre rencontre il ya une vingtaine d’années (dans les parages d’un voyage en grandes pompes du roi du Maroc et de sa cour dans les provinces contestées du sud), j’avais conservé un souvenir différent.

Soyons justes, Reza a le droit d’avoir ses humeurs. S’installer dans un TGV avec la perspective de deux heures de rêverie et tomber sur une bande de braillards avinés, satisfaits d’eux-mêmes et impolis avec les dames, ça énerve. Mais il y a certainement une fin plus marrante à trouver que du papier bleu et de l’antifascisme standard. Pour finir, j’aimerais lui dire de ne pas s’inquiéter. Moi non plus, je ne connais pas Gaston l’Eléphant. C’est grave ?

Chômage : mauvais chiffres ou mauvaise foi ?

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Selon les chiffres publiés hier par Bercy, le nombre de chômeurs inscrits au Pôle emploi en catégorie A (sans aucune activité) a augmenté de 0,6 % au mois d’avril. En y incluant en plus les catégorie B et C (temps partiel non choisi), la hausse atteint 0,9 % par rapport au mois précédent. En un an, les chiffres du chômage se sont accrus de 10,5 %, principalement au détriment des jeunes. En conséquence de quoi, la ministre de l’économie a aussitôt déclaré : « Cette hausse en avril n’interrompt pas la tendance observée depuis plusieurs mois à la stabilisation du marché du travail, notamment pour les jeunes. » On se demande pourquoi Christine Lagarde se donne tant de mal à exorciser les statistiques issues de ses propres services. Franchement, c’est pas la peine d’en rajouter : avec l’attribution de l’Euro 2016 à la France, très bientôt, n’en doutons pas, la récession ne sera plus qu’un mauvais souvenir…

L’iceberg en flammes de la timidophobie

Coeur
Photo Flickr / Thomas Hawk

Comme toutes les autres phobies, la timidophobie n’est pas une phobie comme les autres.
J’aborderai en premier lieu la part émergée de cet iceberg ultra-dérapant et chaque jour plus brûlant, hélas, d’actualité : la timidophobie que les timidologues ont coutume de désigner schématiquement comme timidophobie « du Sud » ou « à l’ancienne ».

Rappelons aux timido-sceptiques quelques faits têtus et accablants : dans 217 pays dans le monde, la timidité demeure illégale et est encore punie, en 2010, par des peines allant de dix-sept ans de prison à la peine de mort. En Malaisie, aux Bermudes et au Mozambique, la timidité est punie par la flagellation. Au Zimbabwe, à Samoa et sur les îles Fidji, les personnes à sensibilité timide sont tout bonnement lapidées. En Chine, aux Galapagos et à Trinité-et-Tobago, comme du reste en Arkansas et dans le Missouri, les timides sont condamnés à la peine de mort par estrapade. Au Pérou enfin, qui constitue aujourd’hui encore le must de la timidophobie à l’ancienne, les personnes timides sont enduites de miel et léchées par de vieux pangolins malades, selon un rituel immémorial, avant d’être brûlées vives. À Taïwan et en Inde, on enregistre cependant un léger recul de la timidophobie. Depuis 2007, la timidité y est illégale seulement dans la police, dans la poissonnerie et dans l’armée.

[access capability= »lire_inedits »]Les timides, créatures diaboliques et malfaisantes

Nous en convenons : toutes ces violences ne sont pas entièrement négligeables. Pourtant elles nécessitent, bien plus qu’une condamnation morale aveugle, avant tout l’explication et la compréhension. Dans ces 217 pays, les personnes timides sont traditionnellement considérées comme des créatures diaboliques et malfaisantes. Cela s’explique aisément, dans la plupart des cas, par la prédominance de cultures orales dans lesquelles la totalité de l’existence sociale et symbolique (et peut-être même sociétale) passe par la prise de parole publique. Quoi de plus naturel, dès lors, que le « sans-parole » y soit aussi le démoniaque ?

Une lutte éclairée contre la timidophobie ne saurait en aucune manière pactiser avec le rejet méprisant et colonialiste de la différence des cultures de la parole. Nous n’avons pas le droit de juger ces violences timidophobes du Sud complaisamment et inlassablement montrées du doigt par toutes les mains réactionnaires. Sans démagogie ni relativisme, j’accomplirai même un dernier pas en posant une question qui risque de briser bien des tabous de la lutte contre la timidophobie : qu’est-ce qui nous prouve, après tout, que, dans leur univers culturel propre, les timides du Sud jetés au bûcher ne sont pas réellement diaboliques et malfaisants ?

D’une manière très malsaine, les anti-timidophobes réactionnaires ont fait de ces 217 pays leur éternel cheval de bataille. Par ce tour de passe-passe nauséabond, ils entendent escamoter le cœur de la question timidophobe, la part immergée de l’iceberg : la bonne vieille timidophobie du Nord, la timidophobie bien de chez nous ! Son maître-mot : l’indifférence. Combien de fois, nous autres timides du Nord, avons-nous entendu la même rengaine destructrice soi-disant anodine : « Oh, excusez-moi, je ne vous avais pas vu ! » « Pouvez-vous répéter un peu plus fort ? » « Pardon, je ne vous avais pas remarqué ! » Disons-le sans détour : l’indifférence est notre lapidation de chaque jour. Et la brûlure de la honte est plus dévorante que tous les bûchers péruviens.[/access]

Un petit boulot pour Nicolas « Char-queue-zi »

Le Parlement hongrois, dominé par les conservateurs nationalistes du Fidesz, vient de voter un amendement à la Constitution permettant à tous les Hongrois ethniques vivant hors des frontières du pays d’en obtenir la nationalité. Cela va mettre un souk pas possible avec les pays voisins où vivent des minorités magyares : Roumanie, Slovaquie, Serbie. La Hongrie n’a jamais pu digérer le traité de Trianon du 4 juin 1920, amputant de provinces où les Hongrois étaient en majorité le territoire qui lui était accordé par les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale. L’Union européenne, à laquelle appartiennent tous les pays concernés, à l’exception de la Serbie, est, comme qui dirait, bien emmerdée. Que faire ? Tancer les Hongrois ? Câliner les Slovaques ? Payer les Roumains pour qu’ils s’écrasent ? Ne serait-il pas plus judicieux de confier au président de la République française, Nicolas Sarkozy, dit « Char-queue-zi » à Budapest, une mission de conciliation dont il pourrait sortir auréolé d’une gloire que la France semble réticente à lui accorder ?

Taser, un choc salutaire

Le « Taser », une chance pour les délinquants ? La question est évidemment scandaleuse pour les professionnels de l’indignation qui n’ont pas manqué de dénoncer en boucle la décision du ministre de l’Intérieur d’autoriser la police municipale à s’équiper de « pistolets à impulsion électrique ».

Il est vrai que le moment choisi pour publier le décret au JO – au lendemain des obsèques de la jeune policière municipale tuée à Villiers sur Marne – n’est pas du meilleur goût. On peut déplorer que le gouvernement surfe sur l’émotion provoquée par ce fait divers pour faire passer cette mesure controversée. Sans doute espérait-il éviter ainsi le chœur des pleureuses toujours promptes à dénoncer l’Etat répressif et les violences policières. C’est raté. La Ligue des Droits de l’Homme s’insurge contre la « politique de la peur », tandis qu’Amnesty International souligne à nouveau « le risque de non respect des normes internationales relatives au recours à la force ainsi que de la Convention des Nations unies contre la torture ».

Coïncidence malencontreuse, c’est également hier qu’était publié le rapport 2010 dans lequel Amnesty déplore, sans rire, que la situation des droits de l’homme n’évolue pas en France. Au chapitre « violences policières », l’association évoque le cas d’un homme mort en 2009 dans un commissariat. Certes, c’est un de trop. Mais quand la police se fait insulter, agresser à coups de projectiles et tirer dessus, il faut peut-être se féliciter qu’il y en ait un seul. La réalité, c’est que notre police est républicaine dans un contexte qui l’est de moins en moins.

Cela dit, le décret « Taser » ne satisfera pas ceux à qui il s’adresse, les policiers municipaux. En effet, face à des malfrats prêts à tuer, la seule solution, ce sont des policiers bien formés et autorisés à se défendre. Or, l’affaire de Villiers-sur-Marne montre qu’on risque de voir se constituer une police à deux vitesses. On comprend mal pourquoi 30 % des policiers municipaux sont armés : soit ils sont là pour aider les vieilles dames à traverser et mettre des PV, auquel cas ils n’ont pas à être armés du tout, soit ils font le même boulot que leurs collègues de la Police nationale et ils doivent bénéficier de la même formation et des mêmes outils.

De fait, la sécurité fait partie des missions régaliennes de l’Etat et on préfèrerait nettement que, face à la violence criminelle, l’Etat demeure le seul détenteur de la violence légitime. Reste qu’on ne reviendra pas en arrière. Et les voyous, eux, ne font pas la différence entre les uniformes. Municipal ou national, pour eux, un flic est un flic.

Personne ne croit, du moins faut-il l’espérer, que le « Taser » fera des miracles. On voit mal à quoi il servirait contre des individus équipés d’armement lourd. Pour autant, on ne saurait conclure à son inutilité. En effet, les malfaiteurs prêts à devenir des meurtriers – et meurtriers de policiers – pour échapper à la prison restent heureusement l’exception. Du reste, au-delà de leur médiatisation compréhensible, les morts de policiers en service sont, sur la longue période, plutôt en diminution. En revanche, ce qui disparaît de notre univers mental, c’est la peur du gendarme. On ne respecte plus l’uniforme : certains trouvent cette évolution réjouissante ; elle est plutôt terrifiante. Même les Bobbies anglais, symboles d’une société si policée qu’elle pouvait presque se passer de police, ont dû se résoudre à s’armer. Dans un monde civilisé, la peur de l’autorité suffisait : celle-ci n’avait pas à s’exercer par balles. Dans un monde qui s’ensauvage, c’est le « Taser » qui est une arme civilisée.

Face à la rébellion, que peuvent et que doivent faire les policiers ? Est-il préférable qu’ils tirent à balles réelles ou qu’ils neutralisent les récalcitrants ? Aujourd’hui, ils ne peuvent rien faire. Résultat, les atteintes à l’autorité, en particulier les refus d’obtempérer, ont augmenté de 43 % entre 2003 et 2008 et les violences physiques contre la police nationale de 34 %.

Nous avons la chance de vivre dans un pays de libertés. Et ces libertés ne sont pas menacées par les caméras de surveillance mais par ceux qu’elles surveillent. Les honnêtes gens n’ont pas peur de la police, ils ont peur des voyous. Il faut que les voyous aient peur de la police et si le « Taser » leur fait peur, tant mieux. Ceux qui criaient hier « police partout justice nulle part » devront bien admettre que quand la police n’est nulle part, c’est la barbarie qui est partout.

Téléphone insupportable

L’usine du groupe Taïwanais Foxconn Technology de Shenzen, en Chine, est confrontée à une vague de suicides depuis le début du mois de janvier. Une bonne douzaine d’employés se sont jetés dans le vide en laissant des lettres sans équivoque sur les raisons de leur défenestration. Foxconn qui assemble notamment les composants de la nouvelle génération d’iPhone a réagi par la personne de son président Terry Gou (à ne pas confondre avec John Woo, qui, lui, ne met des massacres en scène qu’au cinéma), a déclaré : « Nous ne dirigeons pas des usines à sueur et à sang. » Cela n’a pas empêché le gouvernement de Pékin d’exprimer ses plus vives inquiétudes. De son côté, France Telecom a démenti toute rumeur de prise de participation dans le capital de Foxconn Technology, même si certains responsables trouvent intéressantes et stimulantes les pistes ouvertes par monsieur Gou dans ses méthodes de management.

On aura tout bu !

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Jojo lapin et Gaston l’éléphant
Mais qui sont ces mystérieux Jojo lapin et Gaston l’éléphant ?
Jojo lapin et Gaston l’éléphant
Mais qui sont les mystérieux Jojo lapin et Gaston l’éléphant ?

C’est Hunter S. Thompson qu’on assassine : vous savez, ce fou américain qu’on enseigne aujourd’hui dans les meilleures écoles de journalisme, l’inventeur du gonzo et notamment l’immortel auteur de Las Vegas Parano. C’est ce type d’humain, encore vivant de l’autre côté de la tombe, que les morts qui nous servent de contemporains visent à travers la polémique opposant Reza et Sébastien Lapaque.

Le photographe iranien universellement célébré s’émeut en effet jusqu’à vouloir porter plainte que Sébastien Lapaque, romancier et critique littéraire au Figaro, l’ait « agressé verbalement ».

La scène comique se passe dans le TGV des auteurs, Saint-Malo-Paris, au retour du Festival Etonnants Voyageurs. Un Lapaque profondément alcoolisé lisant d’une voix mi-malrucienne, mi-bébertienne des Halles du milieu de la nuit un trac post-situ dénonçant l’embourgeoisement du Festival est filmé de près par un Réza sans doute intrigué par la scène. Tout d’un coup, Lapaque entend, ou croit entendre, une voix susurrant : « c’est la bande à Pétain ». (Nous prévenons le lecteur déjà privé de tout qu’à partir de ce moment la scène n’étant plus filmée, il sera en sus privé d’images).

Dans le sang lapaquien, l’alcool ne fait qu’un tour : quoi ! lui, le bernanosien, lui le gaulliste, on le traite de fils à Pétain ! Le voilà qui s’emporte, défend son amour de la France à l’aide de n’importe quoi – en l’occurrence Jojo Lapin et Gaston l’éléphant, étonnants personnages dont les aventures, aux dires d’Olivier Maulin, romancier proche de Lapaque et spectateur de la scène, avaient alimenté leurs discussions des trois derniers jours. Par-dessus le marché, Lapaque embraye à l’évidence à partir d’une phrase du Péguy de Notre jeunesse – qu’il cite dans un papier paru concomitamment dans le Figaro – sur la pureté du passé français : « Et plus nous avons de passé, plus nous avons de mémoire, plus ainsi (comme vous le dites) nous avons de responsabilités, plus ainsi aussi ici nous devons la défendre ainsi. Plus nous avons de passé derrière nous, plus (justement) il nous faut le défendre ainsi, le garder pur. »

Sébastien Lapaque est truffé de défauts, notoires quand il a bu, c’est-à-dire plutôt souvent. Entre la rue de Seine et la rue de Bucy où il a presque entièrement perdu sa jeunesse, nul n’ignore ses éructations, ses insultes, ses mépris d’ivrogne bientôt rattrapés et effacés par des accolades humides. Il agace, on a envie de le cogner et puis on découvre un petit garçon dont le trop-plein d’énergie ne témoigne que de la recherche d’une vie plus intense qu’il n’a pas vraiment trouvée.

Réza ne pouvait pas le savoir, évidemment. Il aurait pu rentrer dans le lard de Lapaque et l’altercation eut vite fini. Mais non, il paraît qu’il veut porter plainte. Pour racisme, peut-être ? A trop sensibiliser les populations à l’horreur, on les formate pour qu’elles le dénichent où même elle n’est pas. Lapaque est tout sauf raciste.

Je suis de ceux dont il fut l’un des capitaines, quand nous avions vingt ans. De ceux à qui il a fait aimer et connaître Bernanos, Orwell et Debord, vaccinant à vie nos consciences contre les totalitarismes.

M. Réza non seulement prend la tirade de Lapaque pour une attaque raciste, ce qu’à l’évidence elle n’est pas – sauf à mettre Péguy en enfer – mais en sus aligne les contresens : Lapaque représentant d’une « droite religieuse » ? Ce terme a sans doute cours en Iran et aux Etats-Unis, il ne désigne rien ni personne en France. Le fascisme et Bernanos ? Qu’il ouvre seulement les Grands cimetières sous la lune.

Porter plainte contre des propos d’ivrogne ? On aura tout vu.

La prochaine fois, que M. Réza n’hésite pas à faire rouler Lapaque dans le caniveau. Ils s’en porteront mieux tous les deux, et l’antifascisme, qu’il lutte contre le brun ou le vert, aussi.

Défense de rire

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Il est de bon ton de regretter que la culture française hexagonale rayonne assez peu au Québec (et vice versa, d’ailleurs, hormis quelques comédies musicales au sirop d’érable). Et bien les choses sont peut-être en train de s’améliorer. Ainsi, quand le plus grand quotidien francophone du pays, le Journal de Montréal, s’inquiète et s’amuse des ambitions politiques de plus en plus affirmées d’Antoine Dionne-Charest, 21 ans, et fils de l’actuel Premier Ministre de la Belle Province, il n’hésite pas à titrer: Charest comme Sarkozy ?

Anticonstitution…

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J’adore Nicolas Sarkozy. Si j’avais la taille mannequin – je ne l’ai jamais eue – et que je pouvais gratter une guitare sans savoir chanter, je le demanderais en mariage. Il a, pour nous autres Allemandes, tous les attributs du french lover. Petit, sec, racé, plutôt beau gosse, propre sur lui, doté d’une gouaille suffisamment vulgos pour attirer à lui la ménagère de moins de cinquante ans et la mégère dont le ticket n’est plus valable au-delà de cette limite, Nicolas Sarkozy m’épate. Il a le truc qui faut, le wizz, le buzz, le crac-boum-hue. Et si ce n’était que ça, Angela Merkel ne serait pas passée à côté. C’est qu’il a aussi des idées ! Et des idées comme on ne fait plus. Ou qu’on n’a peut-être jamais eues. Par exemple, tenez : il y a des déficits, Nicolas Sarkozy veut les rendre anticonstitutionnels. C’est génial, prodigieux, la dernière nouveauté de la pensée magique. S’il n’était pas occupé par d’autres sinécures, l’homme pourrait facilement devenir chef de rayon au Bon Marché.

Mais Nicolas – je l’appelle Nicolas, car mon degré d’intimité est suffisamment élevé ; je ne sais pas pour lui – ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Rendre le déficit d’un Etat anticonstitutionnel est une bonne voie, mais c’est un peu trop fastoche. Pour tout dire, ça ressemble un peu trop aux papiers que je griffonne en début d’année et qui me tiennent lieu de résolutions : ne plus prendre de dessert, ne plus en reprendre deux fois, ne pas froisser Willy sur ses problèmes de virilité (un type de plus de 60 ans ne mérite pas de se faire insulter chaque fois qu’on est au radada). Le problème avec ce genre de papiers, c’est comme avec la Constitution : on finit par les oublier quelque part. On les retrouve un jour, alors qu’on y est venu chercher autre chose, dans la poche du slip Kangourou d’un quelconque Jean-Louis Debré ou dans un autre endroit où je n’aventurerais pas mes doigts.

Cela étant, Mamour – je l’appelle Mamour parce qu’il n’y a pas de raison, moi aussi je n’y connais rien à la musique – a raison de vouloir déconstitutionnaliser les déficits. Et, si bien parti, il devrait se prendre à déconstitutionnaliser bien d’autres choses :

1- Il faut déconstitutionnaliser la connerie. Elle est, depuis Descartes, la chose la mieux partagée au monde, surtout en France, et les cons nous cernent. La chose nous concerne tant qu’elle devrait être inscrite comme une première urgence. Cela obligerait certainement une soixantaine de millions de Français à jouer les boat people jusqu’à la Corse.

2- Interdire dans la Constitution le racisme et l’antisémitisme serait, même si cela me semble être déjà fait, une autre priorité présidentielle. Il y en a ras-le-bol des nègres qui traitent les youpins de juifs et des feujs qui traitent les bougnoules de blacks. Faut un peu moins de discrimination, un peu plus de distinction, et moins de daltonisme ! On n’est pas des niakwés quand même !

3- Interdire les mecs qui n’aiment pas les grosses dans la Constitution ne serait pas la moindre des mesures. Je ne parle pas pour moi, même si j’ai un peu pris ces temps-ci autour des hanches. De toute façon je vous emmerde, y en a qui aiment ça.

4- Sucrer de la Constitution les pédophiles. Et les enfants, trop excitants.

5- Sucrer le sucre. Ça fait grossir. Et puis, il y a l’aspartame. C’est pas pareil, mais bon…

6- Interdire constitutionnellement la parution hebdomadaire du magazine Elle. Je l’achète chaque semaine et, franchement, tous ces boudins qui posent en se la jouant glamour, ça ne me remonte pas le moral.

7- Bannir l’homophobie. Tous les pédés ne sont pas des enculés.

8- Retourner à Syracuse et inscrire ça dans la Loi fondamentale. On y a passé notre voyages de noces avec Willy, on était jeunes et c’était bien. Surtout le petit-déjeuner continental, on pouvait se resservir plusieurs fois.

9- Interdire constitutionnellement le port de la moustache. Au début, ça chatouille. Après, ça grattouille. Au final, ça n’est pas si désagréable, mais quand même.

10- Obliger Nicolas Sarkozy à tomber amoureux de moi. Et Brad Pitt. Et je n’en voudrai pas.

11- Déclarer inconstitutionnelle la Constitution. Parce que le slip kangourou du président du Conseil constitutionnel, quand t’en as vu un, tu les as tous vus. Même lorsqu’ils sont remontés jusqu’aux épaules. Les slips kangourous, pas les présidents du Conseil constitutionnel.

Promo de printemps

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Figurez-vous que pendant que d’aucuns bienheureux lecteurs jardinent, cuisinent, butinent ou shoppinent, les vaillants forçats de l’équipe rédactionnelle mettent la dernière main au numéro 24 de Causeur. Numéro que recevront, bien sûr, les déjà abonnés, mais aussi ceux qui s’abonneront ce week-end, disons avant lundi 20 heures. Après, ils devront s’en passer et ronger leurs sangs jusqu’au numéro 25, ce que nous ne souhaiterions pas au pire de nos ennemis. Quant aux amis, c’est ici qu’on s’abonne.

Lapaque vs Reza : vidéo-gag ou crime raciste ?

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Sébastien Lapaque.
Sébastien Lapaque.

Je ne suis pas suspecte de sympathie excessive pour Sébastien Lapaque, écrivain et journaliste au Figaro qui, pour des raisons mystérieuses, a décrété un jour que j’étais particulièrement nuisible et s’est mis en tête de le faire savoir à des tas de gens dont la plupart ignoraient mon existence et s’en trouvaient fort bien. Rien de personnel. Dans notre monde enchanté des lettres et du journalisme, on n’a pas besoin de savoir pourquoi on se déteste. D’ailleurs, je ne le déteste pas. Disons que ce garçon talentueux et agité peut surprendre par le caractère excessif de ses emportements. Et du temps où nous nous croisions dans des soirées baroques et arrosées, je me souviens qu’il n’avait pas son pareil pour fabriquer un scandale nocturne ou une querelle de petit matin. Résistant au manque de sommeil et aux excès de tout le reste, Lapaque est tout sauf un bonnet de nuit et, dans une époque qui en produit tant, cela doit être salué. Un jour, il n’y aura plus de Lapaque pour troubler le sommeil des honnêtes travailleurs dans les rues de nos villes la nuit et ce sera bien triste. Pour le reste, un parcours qui passe par l’Action française et De Gaulle, Bernanos et Jean-Pierre Chevènement et bien d’autres lieux où il s’est forgé une singularité.

J’ai donc d’abord bien ri en découvrant que cet amateur de provoc en tout genre était accusé d’être une sorte d’Ahmadinejad à la française – excusez du peu – par Reza, photographe que son origine persane qualifie certainement pour détecter ce genre de choses. Entre nous, si Ahmadinejad vidait de temps en temps quelques verres avec Lapaque, il serait plus amusant. Et moins dangereux.

L’incident ayant été partiellement filmé et abondamment raconté par ses protagonistes et spectateurs, je vous la fais courte. Ça pourrait se passe dans le TGV qui ramène de Saint Malo une troupe de journalistes et littérateurs ayant participé au festival des Etonnants voyageurs qui n’est pas, semble-t-il, un lieu de tempérance et de sobriété. Pour se fader du prêchi-prêcha sur la littérature-monde il n’est pas forcément recommandé d’être à jeun. Les membres du petit groupe attroupés autour de Lapaque dans la voiture-bar ont visiblement été très raisonnables sur l’eau minérale. Personne n’a forcé sur la Vittel. Lapaque fait son show, déclamant le texte d’un tract situ-anonyme accusant le festival d’être à la solde de ses sponsors. Dans son dos, quelqu’un parle de « bande à Pétain ». Le photographe Reza, qui venait peut-être se chercher une Badoit, tombe sur la scène et la filme. Il n’en faut pas plus à Lapaque pour improviser un nouveau numéro, à la Gabin ou à la Blondin, l’histoire tranchera certainement. Il menace Reza de lui casser la gueule et se lance dans une tirade embrouillée sur laquelle les versions divergent. À en croire l’offensé, Lapaque aurait alors des propos racistes, affirmant que la France de Reza n’est pas « pure ». Lapaque nie l’usage de tels termes qui d’ailleurs ne lui ressemblent pas. Seule certitude, il a parlé de « sa France qui est celle de Gaston l’Eléphant et de Jojo Lapin ». D’accord, il y est allé fort : Jojo Lapin et Gaston l’Eléphant, ça sent la rafle à plein nez. Jojo Lapin ! Gaston l’Eléphant ! Si ça ne vous rappelle pas les heures les plus sombres de notre histoire, vous êtes amnésique. Même bourré, on ne rigole pas.

Esprit de sérieux, es-tu là ?

Justement, Reza, ne plaisante pas. Le second degré, c’est pas son truc. Il a vu arriver le fascisme en Iran et il le flaire à trois kilomètres même quand il se dissimule dans les vapeurs d’alcool. « Avec de tels propos, Ahmadinejad est à notre porte », dit-il sans rigoler. Il est même, semble-t-il, en pleurs, lorsqu’il relate la scène. « Ce qui me choque, de la part d’un homme de plume comme Monsieur Lapaque, c’est de retrouver ce racisme latent que je sens depuis trente ans. Même s’il était ivre-mort, c’est inacceptable. » Doit-on comprendre que la France entière est inculpée avec Lapaque-Ahmadinejad ?

Comme il suffit de prononcer le mot « racisme » pour fabriquer un scandale, l’affaire n’en reste pas là. Cette scène d’anthologie fait l’objet d’une bonne vingtaine d’articles. Des propos d’ivrogne sont analysés, commentés, soupesés. Esprit de sérieux, es-tu là ? Bonjour tristesse. En vérité, tout ça fiche un peu la trouille. Lapaque se fend d’une lettre à Reza dans laquelle il fait amende honorable pour son déconnage alcoolisé. Mais face au fascisme, on ne transige pas : Reza annonce son intention de porter plainte !

Il est difficile de croire qu’un type comme Reza, qui a voyagé et connu des fascistes qui n’étaient pas en peau de Jojo Lapin, ait vraiment été impressionné par la logorrhée de Lapaque. Peut-être souffre-t-il d’une sobriété excessive (C’est une blague !!!! Je jure que je suis contre l’alcoolisme), mais il a de la bouteille. Y aurait-il un peu de pose dans l’exhibition de son chagrin ? De notre rencontre il ya une vingtaine d’années (dans les parages d’un voyage en grandes pompes du roi du Maroc et de sa cour dans les provinces contestées du sud), j’avais conservé un souvenir différent.

Soyons justes, Reza a le droit d’avoir ses humeurs. S’installer dans un TGV avec la perspective de deux heures de rêverie et tomber sur une bande de braillards avinés, satisfaits d’eux-mêmes et impolis avec les dames, ça énerve. Mais il y a certainement une fin plus marrante à trouver que du papier bleu et de l’antifascisme standard. Pour finir, j’aimerais lui dire de ne pas s’inquiéter. Moi non plus, je ne connais pas Gaston l’Eléphant. C’est grave ?

Chômage : mauvais chiffres ou mauvaise foi ?

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Selon les chiffres publiés hier par Bercy, le nombre de chômeurs inscrits au Pôle emploi en catégorie A (sans aucune activité) a augmenté de 0,6 % au mois d’avril. En y incluant en plus les catégorie B et C (temps partiel non choisi), la hausse atteint 0,9 % par rapport au mois précédent. En un an, les chiffres du chômage se sont accrus de 10,5 %, principalement au détriment des jeunes. En conséquence de quoi, la ministre de l’économie a aussitôt déclaré : « Cette hausse en avril n’interrompt pas la tendance observée depuis plusieurs mois à la stabilisation du marché du travail, notamment pour les jeunes. » On se demande pourquoi Christine Lagarde se donne tant de mal à exorciser les statistiques issues de ses propres services. Franchement, c’est pas la peine d’en rajouter : avec l’attribution de l’Euro 2016 à la France, très bientôt, n’en doutons pas, la récession ne sera plus qu’un mauvais souvenir…

L’iceberg en flammes de la timidophobie

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Coeur
Photo Flickf / Thomas Hawk
Coeur
Photo Flickr / Thomas Hawk

Comme toutes les autres phobies, la timidophobie n’est pas une phobie comme les autres.
J’aborderai en premier lieu la part émergée de cet iceberg ultra-dérapant et chaque jour plus brûlant, hélas, d’actualité : la timidophobie que les timidologues ont coutume de désigner schématiquement comme timidophobie « du Sud » ou « à l’ancienne ».

Rappelons aux timido-sceptiques quelques faits têtus et accablants : dans 217 pays dans le monde, la timidité demeure illégale et est encore punie, en 2010, par des peines allant de dix-sept ans de prison à la peine de mort. En Malaisie, aux Bermudes et au Mozambique, la timidité est punie par la flagellation. Au Zimbabwe, à Samoa et sur les îles Fidji, les personnes à sensibilité timide sont tout bonnement lapidées. En Chine, aux Galapagos et à Trinité-et-Tobago, comme du reste en Arkansas et dans le Missouri, les timides sont condamnés à la peine de mort par estrapade. Au Pérou enfin, qui constitue aujourd’hui encore le must de la timidophobie à l’ancienne, les personnes timides sont enduites de miel et léchées par de vieux pangolins malades, selon un rituel immémorial, avant d’être brûlées vives. À Taïwan et en Inde, on enregistre cependant un léger recul de la timidophobie. Depuis 2007, la timidité y est illégale seulement dans la police, dans la poissonnerie et dans l’armée.

[access capability= »lire_inedits »]Les timides, créatures diaboliques et malfaisantes

Nous en convenons : toutes ces violences ne sont pas entièrement négligeables. Pourtant elles nécessitent, bien plus qu’une condamnation morale aveugle, avant tout l’explication et la compréhension. Dans ces 217 pays, les personnes timides sont traditionnellement considérées comme des créatures diaboliques et malfaisantes. Cela s’explique aisément, dans la plupart des cas, par la prédominance de cultures orales dans lesquelles la totalité de l’existence sociale et symbolique (et peut-être même sociétale) passe par la prise de parole publique. Quoi de plus naturel, dès lors, que le « sans-parole » y soit aussi le démoniaque ?

Une lutte éclairée contre la timidophobie ne saurait en aucune manière pactiser avec le rejet méprisant et colonialiste de la différence des cultures de la parole. Nous n’avons pas le droit de juger ces violences timidophobes du Sud complaisamment et inlassablement montrées du doigt par toutes les mains réactionnaires. Sans démagogie ni relativisme, j’accomplirai même un dernier pas en posant une question qui risque de briser bien des tabous de la lutte contre la timidophobie : qu’est-ce qui nous prouve, après tout, que, dans leur univers culturel propre, les timides du Sud jetés au bûcher ne sont pas réellement diaboliques et malfaisants ?

D’une manière très malsaine, les anti-timidophobes réactionnaires ont fait de ces 217 pays leur éternel cheval de bataille. Par ce tour de passe-passe nauséabond, ils entendent escamoter le cœur de la question timidophobe, la part immergée de l’iceberg : la bonne vieille timidophobie du Nord, la timidophobie bien de chez nous ! Son maître-mot : l’indifférence. Combien de fois, nous autres timides du Nord, avons-nous entendu la même rengaine destructrice soi-disant anodine : « Oh, excusez-moi, je ne vous avais pas vu ! » « Pouvez-vous répéter un peu plus fort ? » « Pardon, je ne vous avais pas remarqué ! » Disons-le sans détour : l’indifférence est notre lapidation de chaque jour. Et la brûlure de la honte est plus dévorante que tous les bûchers péruviens.[/access]

Un petit boulot pour Nicolas « Char-queue-zi »

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Le Parlement hongrois, dominé par les conservateurs nationalistes du Fidesz, vient de voter un amendement à la Constitution permettant à tous les Hongrois ethniques vivant hors des frontières du pays d’en obtenir la nationalité. Cela va mettre un souk pas possible avec les pays voisins où vivent des minorités magyares : Roumanie, Slovaquie, Serbie. La Hongrie n’a jamais pu digérer le traité de Trianon du 4 juin 1920, amputant de provinces où les Hongrois étaient en majorité le territoire qui lui était accordé par les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale. L’Union européenne, à laquelle appartiennent tous les pays concernés, à l’exception de la Serbie, est, comme qui dirait, bien emmerdée. Que faire ? Tancer les Hongrois ? Câliner les Slovaques ? Payer les Roumains pour qu’ils s’écrasent ? Ne serait-il pas plus judicieux de confier au président de la République française, Nicolas Sarkozy, dit « Char-queue-zi » à Budapest, une mission de conciliation dont il pourrait sortir auréolé d’une gloire que la France semble réticente à lui accorder ?

Taser, un choc salutaire

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Le « Taser », une chance pour les délinquants ? La question est évidemment scandaleuse pour les professionnels de l’indignation qui n’ont pas manqué de dénoncer en boucle la décision du ministre de l’Intérieur d’autoriser la police municipale à s’équiper de « pistolets à impulsion électrique ».

Il est vrai que le moment choisi pour publier le décret au JO – au lendemain des obsèques de la jeune policière municipale tuée à Villiers sur Marne – n’est pas du meilleur goût. On peut déplorer que le gouvernement surfe sur l’émotion provoquée par ce fait divers pour faire passer cette mesure controversée. Sans doute espérait-il éviter ainsi le chœur des pleureuses toujours promptes à dénoncer l’Etat répressif et les violences policières. C’est raté. La Ligue des Droits de l’Homme s’insurge contre la « politique de la peur », tandis qu’Amnesty International souligne à nouveau « le risque de non respect des normes internationales relatives au recours à la force ainsi que de la Convention des Nations unies contre la torture ».

Coïncidence malencontreuse, c’est également hier qu’était publié le rapport 2010 dans lequel Amnesty déplore, sans rire, que la situation des droits de l’homme n’évolue pas en France. Au chapitre « violences policières », l’association évoque le cas d’un homme mort en 2009 dans un commissariat. Certes, c’est un de trop. Mais quand la police se fait insulter, agresser à coups de projectiles et tirer dessus, il faut peut-être se féliciter qu’il y en ait un seul. La réalité, c’est que notre police est républicaine dans un contexte qui l’est de moins en moins.

Cela dit, le décret « Taser » ne satisfera pas ceux à qui il s’adresse, les policiers municipaux. En effet, face à des malfrats prêts à tuer, la seule solution, ce sont des policiers bien formés et autorisés à se défendre. Or, l’affaire de Villiers-sur-Marne montre qu’on risque de voir se constituer une police à deux vitesses. On comprend mal pourquoi 30 % des policiers municipaux sont armés : soit ils sont là pour aider les vieilles dames à traverser et mettre des PV, auquel cas ils n’ont pas à être armés du tout, soit ils font le même boulot que leurs collègues de la Police nationale et ils doivent bénéficier de la même formation et des mêmes outils.

De fait, la sécurité fait partie des missions régaliennes de l’Etat et on préfèrerait nettement que, face à la violence criminelle, l’Etat demeure le seul détenteur de la violence légitime. Reste qu’on ne reviendra pas en arrière. Et les voyous, eux, ne font pas la différence entre les uniformes. Municipal ou national, pour eux, un flic est un flic.

Personne ne croit, du moins faut-il l’espérer, que le « Taser » fera des miracles. On voit mal à quoi il servirait contre des individus équipés d’armement lourd. Pour autant, on ne saurait conclure à son inutilité. En effet, les malfaiteurs prêts à devenir des meurtriers – et meurtriers de policiers – pour échapper à la prison restent heureusement l’exception. Du reste, au-delà de leur médiatisation compréhensible, les morts de policiers en service sont, sur la longue période, plutôt en diminution. En revanche, ce qui disparaît de notre univers mental, c’est la peur du gendarme. On ne respecte plus l’uniforme : certains trouvent cette évolution réjouissante ; elle est plutôt terrifiante. Même les Bobbies anglais, symboles d’une société si policée qu’elle pouvait presque se passer de police, ont dû se résoudre à s’armer. Dans un monde civilisé, la peur de l’autorité suffisait : celle-ci n’avait pas à s’exercer par balles. Dans un monde qui s’ensauvage, c’est le « Taser » qui est une arme civilisée.

Face à la rébellion, que peuvent et que doivent faire les policiers ? Est-il préférable qu’ils tirent à balles réelles ou qu’ils neutralisent les récalcitrants ? Aujourd’hui, ils ne peuvent rien faire. Résultat, les atteintes à l’autorité, en particulier les refus d’obtempérer, ont augmenté de 43 % entre 2003 et 2008 et les violences physiques contre la police nationale de 34 %.

Nous avons la chance de vivre dans un pays de libertés. Et ces libertés ne sont pas menacées par les caméras de surveillance mais par ceux qu’elles surveillent. Les honnêtes gens n’ont pas peur de la police, ils ont peur des voyous. Il faut que les voyous aient peur de la police et si le « Taser » leur fait peur, tant mieux. Ceux qui criaient hier « police partout justice nulle part » devront bien admettre que quand la police n’est nulle part, c’est la barbarie qui est partout.

Téléphone insupportable

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L’usine du groupe Taïwanais Foxconn Technology de Shenzen, en Chine, est confrontée à une vague de suicides depuis le début du mois de janvier. Une bonne douzaine d’employés se sont jetés dans le vide en laissant des lettres sans équivoque sur les raisons de leur défenestration. Foxconn qui assemble notamment les composants de la nouvelle génération d’iPhone a réagi par la personne de son président Terry Gou (à ne pas confondre avec John Woo, qui, lui, ne met des massacres en scène qu’au cinéma), a déclaré : « Nous ne dirigeons pas des usines à sueur et à sang. » Cela n’a pas empêché le gouvernement de Pékin d’exprimer ses plus vives inquiétudes. De son côté, France Telecom a démenti toute rumeur de prise de participation dans le capital de Foxconn Technology, même si certains responsables trouvent intéressantes et stimulantes les pistes ouvertes par monsieur Gou dans ses méthodes de management.