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Pute et pas soumise

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Marie L. Barret Ephémère, vénale et légère

À qui doit-on le titre, « Ephémère, vénale et légère » ? À l’auteur, aux éditeurs, à des experts en marketing ? Un rien racoleur, il révèle un aspect de la personnalité de Marie L. Barret, mais en dissimule un autre, qui semble pourtant dominant. Dans son activité professionnelle aussi bien que dans le récit qu’elle en fait, Marie L. Barret (s’agit-il de son vrai nom ?) se montre aussi scrupuleuse et appliquée qu’imperturbable. Non pas qu’elle soit indifférente ou dénuée d’humour. Au contraire. Quand elle dépose des fleurs sur la tombe d’un prénommé Falco, l’un de ses anciens clients, une note d’affection sincère perce derrière les mots. Un indice parmi d’autres de sa sensibilité savamment maîtrisée à l’égard des hommes qui recourent à ses services. Ainsi, quand elle évoque Toni, qui « fait bien du sept préservatifs à l’heure » tout en exigeant un fond sonore adapté à son tempérament – Carmen de Bizet ou les Carmina Burana de Carl Orff –, c’est plutôt sur le mode de l’humour grivois. Autant le dire d’emblée : Marie L. Barret, putain de son état, possède de nombreux talents dont ceux de savoir bien raconter, de faire rire, d’analyser intelligemment son environnement et de fignoler des portraits incomparables.[access capability= »lire_inedits »]

Dépourvue de toute prétention, elle-même préfère parler de sa « compétence » : « J’ai un bon fonds de commerce. C’est une activité simple, rentable et plus calme que mon emploi précédent. J’aurais pu me reconvertir autrement, je ne l’ai pas fait par paresse ou facilité sans doute, mais aussi parce que j’ai exploité une compétence. La compétence de la pute ?! Oui, quelque chose du moins qui permet de garder une constance, un détachement affectueux, une disponibilité dosée, une faculté d’adaptation, en plus d’un bon cul et d’une capacité à tailler des pipes. » Il est vrai qu’avec ses diplômes universitaires, la connaissance de langues étrangères, une formation professionnelle en massage, Marie la Putain affiche le profil idéal d’une candidate prédestinée à réussir brillamment un « parcours de sortie de la prostitution » recommandé par les féministes paternalistes et par l’actuel gouvernement. Jugée préjudiciable aux femmes en particulier – qui constituent 85 % des personnes prostituées, selon un rapport publié récemment par l’association Le Nid –, la prostitution ne saurait en aucun cas être une activité choisie librement. Il suffirait pourtant que les experts en rédemption des femmes déchues consacrent une minute de leur temps précieux à surfer sur internet pour s’apercevoir que l’espace de la sexualité tarifée explose, impliquant désormais autant de femmes que d’hommes et de tous les milieux sociaux.

Certains y trouvent leur compte et finissent par s’installer durablement dans la profession, sans nécessairement ruiner leur vie affective, familiale ou sociale. Marie en parle avec une franchise déconcertante : « Je suis à chaque fois à ma place. Autant dans mon poing fermé dans l’anus d’un client que dans ma main refermée sur celle de mon petit dernier pour traverser la rue, autant dans mes doigts autour d’un sexe dressé qu’autour de la cuillère en bois qui tourne le mélange de légumes et d’herbes en train de mijoter. Cette réalité existe, je l’accompagne, elle me fait vivre. » Victime des proxénètes ? Des réseaux mafieux ? Des hommes ? Eh bien non. Victime in abstracto peut-être, dans la mesure où on s’obstine ici et là à envisager chaque rapport sexuel rémunéré comme une violence.

Marie reçoit chez elle, dans une maison au bout d’un chemin, entourée d’un jardin qu’elle cultive avec passion. Elle fixe ses horaires et ses tarifs, compris entre 70 euros pour « un massage simple » de trois quarts d’heure et 130 euros pour « la totale » d’une heure. Loin de la malmener, les hommes qui viennent la voir, dont plusieurs habitués, ne lésinent pas sur les cadeaux, que ce soit un panier d’œufs bio, un bouquet de fleurs ou un bijou, les invitations au restaurant qu’elle accepte et celles à partir en week-end qu’elle refuse, les petits services. Antonin s’était ainsi arrangé avec un ami gendarme chargé de contrôler les salons de massage, pour qu’il contourne le lieu de travail de Marie : « Mon pote a barré ton nom et il a noté : contrôlé. Ma biche, on a eu chaud ! ». C’est tout juste s’ils ne s’engagent pas dans une compétition ouverte en vue de décrocher une faveur à laquelle les concurrents n’auraient pas eu droit. Mariés ou divorcés, en couple ou veufs, pères de famille ou grands-pères, sportifs ou handicapés, timides ou entreprenants, intellos ou paysans, ces hommes seraient tous passibles d’une amende de 1500 euros si la proposition de la pénalisation des clients des prostituées, rejetée par le Sénat en deuxième lecture, faisait l’objet d’un nouveau vote à l’Assemblée. Avant de décider arbitrairement de sanctionner « l’achat d’acte sexuel » et de mettre en place des « stages de sensibilisation » susceptibles d’inculquer la bonne sexualité aux clients des prostituées, les députés feraient mieux de se pencher sur le répertoire de Marie La Putain. Elle y consigne les dates de ses rendez-vous mais aussi les lubies érotiques de ses visiteurs. Gilles, le fétichiste, affectionne les bodies noirs et le strass ; Pierre, l’esthète, aime causer peinture en s’abandonnant aux caresses ; maladroit, Paulin, éleveur de volailles, se montre toujours de bonne humeur ; Lucien, joyeux coquin de 85 ans, ne rêve que de passer toute la nuit aux côtés de Marie, sa dernière nuit avec une femme. Porterait-on un coup fatal au proxénétisme et à la traite des êtres humains en verbalisant Lucien ? Notre société deviendrait-elle moins violente et injuste, si on sanctionnait la prédilection d’Antonin pour la sodomie ?

Bien sûr, putain, ce n’est pas un métier comme un autre et Marie le sait. « Je ne peux pas ne pas écrire sur la difficulté – entière, récurrente, obsédante par moments – que j’ai à vivre de cette activité, et en même temps la certitude obscène et inébranlable d’être à ma place dans les bras de ces hommes-là », confie-t-elle. En occurrence, ce ne sont pas ses clients ni la nature de son travail qui l’exposent à la précarité. Ce qui la menace, c’est le non-statut professionnel auquel la condamne l’approche moralisatrice et hypocrite du législateur. Or le projet de loi n’entend pas s’attaquer à l’exploitation et à la vulnérabilité économique des prostituées – pas de syndicats, pas de retraite, pas de protection sociale, pas d’accès au logement. Quand, en août dernier, Amnesty International, après un vif débat interne, a décidé de publier un texte demandant aux Etats de ne plus criminaliser le travail du sexe, les Femen, Osez le féminisme ! et L’Amicale du Nid n’ont pas tardé à jeter leur sainte opprobre sur l’ONG. Depuis lors, la lutte contre le « système prostitutionnel », qui englobe dans l’optique totalitaire de certaines féministes tout rapport sexuel « acheté », qu’il soit consenti ou non, va bon train sans se soucier du réel. Certes, contraintes à la clandestinité, donc entièrement à la merci des clients, les prostituées colleraient mieux à l’image de victimes que des femmes hautement émancipées essaient de leurs renvoyer. À cinquante ans, Marie ne demande pas à être sauvée. « J’ai les mêmes clients depuis si longtemps : je vais vieillir avec eux. Nous fermerons le théâtre ensemble. »[/access]

Marie L. Barret, Ephémère, vénale et légère, Plein Jour, 2015.

*Photo : © MEPL/Rue des Archives.

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Fabius: la Cop 21, c’est son dada

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À son arrivée au quai d’Orsay, Laurent Fabius avait obtenu de François Hollande de rebaptiser l’intitulé de son ministère et d’ajouter le « développement international » aux « affaires étrangères ». De fait, le rattachement du « secrétariat d’État au commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des français de l’étranger » aux dépens de la citadelle de Bercy a donné à son poste une dimension inédite.

Après deux ans de tentatives plus ou moins efficaces pour dynamiser les exportations françaises, le développement international du quai d’Orsay a pris un nouveau visage : l’écologie. La lutte contre le réchauffement climatique devient le dernier dada de Laurent Fabius, lequel n’avait auparavant jamais brillé par sa fibre environnementale. À Bercy, à Beauvau, comme au ministère de l’Ecologie, ces empiétements successifs font grincer des dents. Et pas seulement pour des questions de périmètre ministériel ou de préséance.

Au printemps 2014, le ministre des Affaires étrangères définit lors du dîner annuel de La Revue des Deux mondes les objectifs majeurs de sa politique étrangère en 2015 : «  La France assurera la présidence de la conférence et beaucoup de décisions que nous allons prendre ou susciter cette année ou l’année prochaine seront dictées par cet objectif: permettre à la planète de survivre. Je ne fais pas de pathos, c’est en ces termes que le problème se pose. »

Matérialisation de ce discours, la Cop 21 représente un défi sécuritaire et financier aux résultats incertains. Placé sous l’égide de l’ONU, le site du Bourget sera « livré » à la souveraineté de l’ONU pendant la durée des négociations tandis que la sécurité et la logistique restent bien entendu à la charge du pays hôte. La quasi-totalité des délégations des 193 pays représentés à l’ONU, les milliers d’associations qui se greffent à l’événement ou qui tenteront de monter un sommet alternatif n’aideront pas à faire aboutir les négociations. Dans Le Monde du 1er juin, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal tape comme à son habitude dans la fourmilière: « Les négociations de l’ONU sont totalement inadaptées à l’urgence climatique. En privé, tout le monde le dit, tout le monde en est parfaitement conscient, mais la lourdeur du processus est telle qu’il se poursuit comme si de rien n’était. (…) les négociateurs, qui sont là depuis 15, voire 20 ans, vont continuer leur folklore. Vous retrouvez des centaines de personnes devant leur ordinateur, en train de discuter un point du texte entre crochets ou de jouer aux mots croisés ! »

En marge de l’événement, le collectif interministériel avait prévu tout un programme associatif, festif et culturel dans la capitale. Une grande campagne de communication a été lancée pour culpab…, pardon, sensibiliser l’opinion : « plus tard il sera trop tard », « nous ne pourrons pas dire à nos enfants que nous ne savions pas ».

Une telle générosité se révèle d’autant plus exemplaire que la France était la seule candidate pour accueillir ce nouveau sommet de la Terre. Mais l’été dernier les yeux ont commencé à s’ouvrir et les diplomates ont tiré la sonnette d’alarme. Avant même de chiffrer le coût de la lutte contre le réchauffement climatique, le quai d’Orsay cherchait un budget pour financer les réunions de travail préparatoires à Bonn. Une paille quand on songe aux milliards promis chaque année pour sauver la planète. Les pays en développement qui profitent du sommet environnemental pour solliciter l’aide des pays riches vont-ils encore pouvoir encaisser les dividendes du réchauffement climatique? Rien n’est moins sûr. Mais pour Laurent Fabius c’est clair : la barre des 100 milliards de dollars promis en 2009 à Copenhague doit pouvoir être atteinte.

Trop chères, trop stériles, les grandes conférences onusiennes ont prouvé leur inefficacité depuis des années. Le principe des conférences onusiennes « un pays, une voix » donne un pouvoir équivalent à Vanuatu et à la France. Rio, Kyoto, Copenhague, Durban, Marrakech, Varsovie, Lima, la liste est longue des 21 conférences climat et de leurs communiqués historiques. Les engagements à l’horizon 2050 et 2100 avec des objectifs « chiffrés et contraignants » dont la responsabilité reposent sur la bonne volonté des successeurs des contractants.

« Il faut évidemment que les dispositions sur lesquelles nous allons nous mettre d’accord se traduisent dans les faits » prévient le chef de la diplomatie française, se sentant obligé d’ajouter « ce n’est pas une discussion politique en l’air ». Mais dans le Financial Times, John Kerry a très vite douché les espoirs de Laurent Fabius : pour le secrétaire d’Etat américain, jamais Washington ne se soumettra à des objectifs « de réduction juridiquement contraignants ». La souveraineté américaine ne se plie pas à une quelconque justice ou tribunal international même écologique.

Les massacres du 13 novembre ont un temps remis en question la tenue de cette conférence climat à Paris. « La France est en guerre« , l’état d’urgence est décrété. Les concerts sont annulées, les réunions publiques interdites car susceptibles de troubler l’ordre public. Les forces de l’ordre sont entièrement absorbées par la lutte antiterroriste. Mais annuler la Cop 21 serait rien moins qu' »abdiquer face au terrorisme. » Cette conférence va donc mobiliser une bonne moitié des forces mobiles pourtant engagées dans la lutte contre l’islamisme radical. Si l’exécutif a décidé de maintenir coûte que coûte l’organisation de cette conférence, il faut peut être chercher l’explication au-delà des simples motivations environnementales François Hollande est réputé pour son habileté politique et sa fine connaissance des scrutins. Le choix de placer les régionales au beau milieu de la Cop 21, à la mi-décembre, n’est pas anodin. La droite avait d’ailleurs exigé une autre date, estimant que la campagne en serait troublée. Devant la nouvelle défaite socialiste qui s’annonce, la conférence mondiale sur le réchauffement climatique tombe en effet à pic. Elle devrait permettre au président d’esquiver le bilan de sa décentralisation et de prendre de la hauteur en s’emparant d’un sujet consensuel et « sympa ». Puisque maintenir la Cop, c’est faire la nique à Daech, Hollande reste le chef de guerre qui protège la France tout en tentant de sauver la planète. Hollande, Fabius et Royal comptent bien surfer sur la vague écolo mondiale pour enjamber la déroute électorale. Rester camper sur le piédestal de l’union sacrée, dépolitiser les élections régionales et amoindrir les conséquences d’une raclée annoncée, voilà le programme.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732807_000009.

«L’Iran est la seule armée capable de vaincre Daech»

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iran france daech amir aslani

Ardavan Amir-Aslani est un avocat et essayiste spécialiste du Moyen-Orient. Il a notamment publié Juifs et Perses. Iran et Israël (Nouveau monde), Iran-États-Unis, les amis de demain ou l’après-Ahmadinejad (Pierre-Guillaume de Roux) et L’âge d’or de la diplomatie algérienne (Editions du Moment).

Daoud Boughezala. Avant d’aborder les questions géopolitiques, commençons par vos activités professionnelles. Vous venez d’ouvrir le cabinet d’avocats d’affaires « Cohen-Amir-Aslani » à Téhéran. En vous permettant de vous installer en Iran sous ce nom à consonance juive, la République islamique entend-elle se laver des soupçons d’antisémitisme qui pèse sur elle? 

Ardavan Amir-Aslani. La République islamique n’a pas eu son mot à dire quant au lancement de notre cabinet, et aucun de ses représentants n’est venu nous interroger sur la question. La loi iranienne ne connaissant pas la notion de cabinet d’avocats en tant que telle, le barreau de Téhéran est exclusivement constitué d’avocats « individuels » à l’exercice libéral qui s’y inscrivent à titre personnel. Lorsque je distribue les cartes de visite de mon cabinet en Iran, j’ai droit à des sourires, parce que les gens reconnaissent le nom à consonance juive, mais sans aucune remarque désobligeante. D’ailleurs, les employés de mon cabinet sont issus de familles religieuses, pratiquent l’islam et ne trouvent rien à redire au fait de travailler pour nous.

Il n’est pourtant pas toujours très plaisant d’être Juif en Iran…

C’est une erreur de considérer le peuple iranien comme un peuple antisémite. Même la République islamique permet constitutionnellement aux minorités religieuses et ethniques d’être surreprésentées à l’Assemblée nationale iranienne. C’est à ce titre-là que les juifs, qui sont environ 30.000 en Iran, élisent un député. Ceci dit, je ne prétends pas qu’il n’y ait pas d’antisémites en Iran, l’ancien président Ahmadinejad en est un bon exemple.

La signature de l’accord de Vienne sur le nucléaire aiguise l’appétit des investisseurs européens. Proche de l’Arabie Saoudite et du Qatar, la France a-t-elle raté le coche avec les milieux d’affaires iraniens ?

Le retour de l’Iran dans le concert des nations à l’issue de la levée des sanctions va être l’équivalent, d’un point de vue économique, du retour de l’ensemble des pays de l’Est-européen dans le camp occidental après la chute du mur de Berlin. Il s’agit de la première réserve gazière, de la quatrième réserve d’hydrocarbures au monde. C’est un pays de 83 millions d’habitants, un marché domestique important qui occupe une place centrale au Moyen-Orient. Je crois que la France a un coup à jouer parce que les secteurs les plus porteurs de l’économie iranienne – secteurs pétrolier, aéroportuaire, aérien, du traitement de l’eau – trouveront naturellement comme partenaires les grands groupes français comme Total, Airbus, Suez environnement ou Veolia. Malgré le positionnement particulièrement dur de la diplomatie française tout au long des négociations sur le nucléaire iranien, la France a su revenir dans le cœur des Iraniens. Quelques jours après l’accord de Vienne, Laurent Fabius a été parmi les premiers politiques d’envergure à faire son chemin de Damas en se rendant à Téhéran. Aujourd’hui, les Iraniens n’ont qu’une seule envie : pouvoir de nouveau commercer avec la France, laquelle pourra redevenir un partenaire industriel et commercial majeur.

Le Président iranien Hassan Rohani a vivement condamné les derniers attentats de Paris, les qualifiant de « crimes contre l’humanité » et contestant le caractère islamique de Daech. Est-ce une manière de conjurer le choc des civilisations ?

La journée tragique du vendredi 13 novembre était hélas prévisible. On aurait pu voir venir les choses depuis l’attaque des tours jumelles à New York le 11 septembre 2001. Ce jour-là, dix-sept personnes dont une majorité de Saoudiens et de Qataris, se sont écrasés sur des cibles civiles. C’est alors qu’a commencé le conflit de civilisations qui oppose l’Occident – c’est-à-dire non pas les pays de l’Ouest mais ceux qui sont attachés à la volonté de vivre et de laisser vivre – à une certaine version de l’islam. Il s’agit de la lecture wahhabite sunnite de l’islam marquée par l’Arabie Saoudite. Or, il se trouve que cet islamo-fascisme djihadiste a également comme ennemi principal l’Iranien chiite. Ce dernier est le principal objet de leur haine, devant le Juif et le Chrétien.

Partant de ce constat, pensez-vous crédible une inflexion de la politique étrangère française en faveur de l’Iran et de la Russie afin de combattre l’Etat islamique ?

Au Moyen-Orient, la France a construit tout son système d’alliances sur l’appui aux pétromonarchies sunnites wahhabites. Elle devrait réfléchir à  changer de stratégie. Tandis que Daech sert de pôle d’attraction sanguinaire et médiéval à nos jeunes frustrés d’origine musulmane, le seul moyen d’avoir la paix dans la région, c’est d’éradiquer l’Etat islamique. Pour l’instant, les bombardements contre Daech qui contrôle un territoire grand comme l’Angleterre à cheval sur l’Irak et la Syrie, ne l’ont pas fait reculer d’un mètre. Par contre, lorsque la volonté est là et des troupes au sol engagées, des milices pro-chiites irakiennes encadrés par des Iraniens ont mis vingt-quatre heures pour reprendre Tikrit à l’Etat islamique. Quand on veut, on peut.

Justement, aucun pays occidental, Etats-Unis et France compris, n’est prêt à envoyer des hommes au sol lutter contre l’Etat islamique. Que faire ?

Aujourd’hui, l’Iran est la seule armée capable de vaincre Daech et se montre d’autant plus déterminée qu’elle constitue une des cibles prioritaires du groupe djihadiste. Il faut donc permettre à l’armée iranienne, aidée des milices chiites de la région, de combattre au sol. Téhéran ne demande que ça.

En êtes-vous bien sûr ? Tant que l’Etat islamique reste cantonné à plus de quarante kilomètres de la République islamique, les pasdarans et les forces iraniennes se gardent bien d’intervenir massivement…

Le seul pays qui a fait qu’Assad tient bon depuis cinq ans, c’est l’Iran. Sans les forces armées chiites venues prêter main forte à l’armée syrienne, il serait tombé. Idem en Irak, s’il n’y avait pas de troupes pro-iraniennes à Samarra ou aux abords du Kurdistan irakien, le pays serait tombé entre les mains de Daech. Certes, il n’y a pas de troupes iraniennes au sol déployées massivement dans ces pays mais des milices proches de Téhéran. 60% de la population irakienne étant chiite, cela représente suffisamment de combattants prêts à prendre les armes contre l’Etat islamique sans que l’Iran ait besoin d’y envoyer des soldats. En Syrie, où les chiites sont minoritaires, l’Iran a fait en sorte que des chiites irakiens, pakistanais et afghans constituent des brigades chiites internationales pour sauver le pouvoir de Damas.

Mais sur un plan plus politique, la relégation des sunnites dans l’Irak post-Saddam Hussein a fait le lit de l’Etat islamique. De ce point de vue, la proximité entre Téhéran et Bagdad, en confortant la mainmise des chiites sur l’Irak, n’a-t-elle pas fait le jeu de Daech ?

C’est une question décisive. Quand on regarde la carte, on voit que l’Iran contrôle les capitales historiques de la civilisation arabe comme Damas (ville des Omeyyades), Bagdad (ville des Abbassides), Beyrouth (avec le Hezbollah) et Sanaa (au Yémen). Il y a une survisibilité de la puissance iranienne dans la région. Par conséquent, il n’y aura pas de paix durable dans la région tant que les Iraniens et leurs alliés occidentaux – car l’Iran est de facto l’allié des Occidentaux – n’auront pas réussi à fédérer les tribus sunnites en Irak et en Syrie. L’immense majorité des sunnites n’est pas sur la ligne idéologique de Daech ; il suffit d’observer la colère des sunnites de Mossoul sous le joug de l’Etat islamique. Tant en Irak qu’en Syrie, avec l’aide des Américains, se constituent déjà des brigades sunnites anti-EI. Il faudrait y ajouter des brigades mixtes chiites-sunnites pour faire battre en retraite Daech.

Rappelons que les deux tiers des combattants de l’Etat islamique sont des étrangers, dont la moitié de Saoudiens et un tiers de Caucasiens (Tchetchènes, Ingouches, Daguestanais), indifférents au sort des populations locales qui leur sont étrangères. Tous ces djihadistes aspirent à revenir dans leur pays d’origine commettre des attentats comme ceux que l’on a connus à Paris.

*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21800238_000008.

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Il était une fois 2015 (2/3)

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dutilleux muray 2015

Paris, à côté de la plaque. La poursuite de la publication du Journal de Philippe Muray. La vérité – enfin – sur la fête de Noël ! Rétrospective de l’année, suite.

Dutilleux (Henri). Debussy, Ravel, Couperin, Fauré, Berlioz, Saint-Saëns, Satie, Poulenc… la France a donné au monde un nombre considérable de grands compositeurs. A l’instar de l’Allemagne et l’Italie le climat, les paysages, l’état d’esprit général, la psychologie et le régime alimentaire doivent être propices à l’éclosion de grands musiciens. Parmi ces grands noms il y a Henri Dutilleux (1916-2013) ; compositeur inclassable qui est toujours resté à l’écart des chapelles et sectes musicales diverses du XX ème siècle, il a laissé un catalogue aux dimensions modestes (quelques dizaines d’opus – en presque cent ans de vie !), mais ne comportant presque que des chefs d’œuvres, dont une sonate pour piano (1945) et des pièces orchestrales (Citons Timbres, espace, mouvement, 1978) qui sont jouées dans le monde entier depuis des décennies, contribuant à la joie des mélomanes, et au prestige culturel de la France. Mais il arrive que la France ait du mal avec ses génies… En 2013, à quelques encablures du centenaire, le compositeur s’éteint. Les hommages affluent du monde entier. Un type à l’Elysée écrit même un communiqué de presse signé du Président. Mais la ministre de la culture, Mme. Filippetti « oublie » de se rendre aux obsèques. L’affaire qui nous intéresse – celle de la « plaque » – commence en avril 2015. Christophe Girard, maire PS du 4ème arrondissement, qui souhaitait rendre hommage au musicien en apposant une plaque sur l’immeuble qu’il a longtemps occupé rue Saint-Louis-en-l’Île, se distingue par un tweet ravageur disant que, finalement, la pose de cette plaque était « inappropriée » en raison de « faits de collaboration (de Dutilleux) avec le régime de Vichy »… La polémique était lancée. La France découvre, stupéfaite, l’existence d’une commission historique, au sein de la Mairie de Paris, dont la fonction est d’enquêter sur la « moralité » politique des personnalités auxquelles la ville pourrait rendre hommage. Cadavres dans les placards. Exploration des poubelles de l’Histoire. La commission fouille-merde exhume une partition – coupable, nécessaire coupable… – que le jeune Dutilleux a écrite pour un film pédagogique officiel sur le sport. Pas un hymne à Pétain, non, un film à la gloire des gymnases et à la pratique sportive… Il avait la vingtaine, et – parallèlement – s’était engagé dans la Résistance, en rejoignant dès 1942 le clandestin Front national des musicien. Les mélomanes ont montré les dents. L’agitation a été considérable. Une pétition, défendant Dutilleux contre les insultes des roquets analphabètes de l’époque, arrive même à recueillir plus de 7000 signatures. Les médias entrent dans la danse. La « commission » revoit son jugement. Christophe Girard, et d’autres élus, regrettent d’avoir parlé de « faits de collaboration ». La plaque est finalement apposée le 22 septembre 2015. Il avait d’abord été question d’y graver : « Henri Dutilleux, compositeur contemporain »… Comme si Bach et Beethoven n’étaient pas non plus contemporains à leur temps. Comme si cela avait le moindre sens. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas… Deux discours sont prononcés. Nos confrères de « Forum opéra » parlent d’un « hommage grotesque » – raillant des discours pompés de Wikipédia et s’amusant de l’inculture de l’adjoint à la culture, Bruno Julliard, évoquant fautivement le compositeur « Gabriel Faure », et non « Fauré ». La mairesse de Paris (il faut dire comme ça) Anne Hidalgo est évidemment restée en dehors de toute cette polémique. J’ai eu le bonheur de rencontrer Dutilleux à deux reprises. Une fois, assez longuement, dans les années 90, salle Olivier Messiaen à Radio France. Nous avons parlé musique, musique et musique. Il était assis sur le tabouret du piano de son épouse Geneviève Joy, et j’étais debout à côté de lui. Au bout d’un moment il s’est enquis, prévenant, de mon confort et m’a demandé si je voulais m’asseoir pour poursuivre notre échange. J’avais 20 ans. Il en avait près de 80. Je fais le pari qu’il aurait pris cet épisode bouffon de sa « plaque » avec humour et bonhommie. En 2016 nous célébrerons le centenaire de sa naissance : peut-être une occasion pour les politiques de se racheter ?

Muray (Philippe). En 2015, Les Belles Lettres ont publié le second tome du journal de Muray (Ultima Necat II) qui couvre les années 1986-1988. Prenant un tour franchement littéraire, plus cohérent que le premier tome (qui couvrait une période beaucoup plus longue) ce journal nous éclaire sur la fabrique de la pensée murayenne. En pleine gestation et écriture de son grand roman Postérité – qui paraîtra en 1988 chez Grasset dans une collection dirigée par Bernard-Henri Levy -, le pourfendeur d’homo festivus observe le monde moderne vivre ses pathétiques soubresauts de fin de siècle, et se rêve en grand romancier, avec pour modèle évidemment L-F Céline. C’est l’insuccès qui sera au bout du chemin, l’indifférence critique, l’indifférence du public, et au fil des pages on perçoit une vraie mélancolie. On comprend plus que jamais que Muray a eu plusieurs « vies » littéraires. Après une première période étonnante où l’auteur des « Exorcismes spirituels » se voue au roman, dans un style expérimental ; après l’écriture de ses deux grands essais (Le « Céline » et le « XIXème siècle ») ; il retrouve le roman, et projette déjà l’écriture de son Rubens. Il semble ne pas avoir conscience encore que sa plume s’épanouira dans les décennies qui vont venir dans une veine pamphlétaire ravageuse, période qui s’ouvrira avec L’empire du bien (1991). S’il parle peu de sa vie privée (il entremêle ça et là des notations sur son bagne, l’écriture de romans populaires sous pseudonyme, ou sur ses femmes, à des notes préparatoires sur les personnages de Postérité), il se livre parfois sur sa philosophie personnelle, comme dans ce très bel extrait que nous mettrons en exergue : «Il faut amener une femme à tromper avec vous le reste de l’univers. Si vous n’avez jamais senti que votre femme ou votre maîtresse, en vous aimant, était infidèle à tout le reste, au genre humain, à l’hystérie, à la communauté, vous n’avez jamais aimé, vous n’avez jamais été aimé. Vous n’avez jamais heureux». Dont acte. Rendez-vous courant 2016 pour lire la suite de ce passionnant journal qui pourrait bien être le chef d’œuvre de Muray…

Noël. Il y a quelques années, dans le cadre de notre rétrospective 2013, nous révélions mondialement l’origine méconnue de la fête de Noël. A l’inverse de ce que beaucoup d’ignorants pensent cela n’a absolument aucun rapport avec un Jésus, une crèche, des rois mages, un fier sapin, ou encore l’industrie du jouet, non, chaque année nous nous offrons des cadeaux pour célébrer la naissance d’Humphrey Bogart, arrivé sur terre le 25 décembre 1899 – afin d’apporter de la paix, du flegme et de la virilité dans le monde. Cela me vaut depuis quelques années un courrier de lecteurs qui attirent mon attention sur d’autres origines possibles à cette fête. Si j’en crois un mail de Martine de Besançon, cette pratique festive remonterait au temps de la grandeur de Noël Roquevert (1892-1973), immense acteur français aujourd’hui bien oublié, qui incarnait notamment le personnage surnommé « Landru » dans Un singe en hiver de Verneuil (d’après Blondin), énigmatique patron de bazar qui fournissait aux deux héros babioles et fusées de feu d’artifice, pour rendre l’après-guerre plus respirable. On a vu aussi Roquevert chez Clouzot (L’assassin habite au 21, Le Corbeau, Les Diaboliques)… Mais pourquoi parler de Roquevert ? Car il paraît possible – compte tenu de son apport au cinéma – que certaines parties du globe fêtent Noël pour lui rendre un vibrant hommage. Là-bas on ne dit pas « Joyeux Noël ! » mais « Joyeux Noël Roquevert ! » Nous avançons résolument dans la connaissance de cette fête…

à suivre…

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00339351_000001.

De l’apocalypse nucléaire à l’apocalypse climatique

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climat écologie nucléaire

La pensée apocalyptique semble inhérente à la nature humaine : peu importe que les divers scénarios catastrophistes élaborés au cours des millénaires écoulés se soient tous révélés erronés, il en surviendra toujours un nouveau qui prédira, cette fois-ci à coup sûr, la fin de l’humanité, et enjoindra, en conséquence, les vivants à modifier leur comportement pour garantir la survie de l’espèce. Philippulus, le prophète dérangé de L’Etoile mystérieuse de Hergé, est aujourd’hui incarné par des savants choyés par l’ONU, bardés de diplômes, qui ont eu l’intelligence de rassembler leurs savoirs parcellaires pour construire une idéologie d’apparence rationnelle, le réchauffisme, en réalité à vocation totalitaire. Leur puissance actuelle repose sur un paradigme qui mélange des faits incontestables – la terre se réchauffe, et les activités humaines contribuent à ce réchauffement – et des extrapolations hasardeuses sur les conséquences abominables de cette évolution.

Ce paradigme engendre une posture politique et morale intimidante. Les générations passées, celles des révolutions industrielles des deux siècles précédents, et la génération actuelle sont clouées au pilori pour avoir engagé l’humanité dans une spirale infernale, et les générations futures sont invoquées au nom de l’adage le plus stupide jamais formulé en ce bas monde : « Cette terre ne nous appartient pas, nous l’avons empruntée à nos enfants ! » On pourrait répondre, à ceux qui l’ânonnent comme un mantra, que nous avons d’abord hérité cette planète de nos parents, et dans un meilleur état, pour ce qui concerne le destin de l’espèce humaine, qu’ils ne l’avaient reçue des leurs. Un seul indicateur devrait donner à réfléchir aux nouveaux prophètes de malheur : l’espérance de vie de la prochaine génération, celle de nos enfants, malgré toutes les turpitudes des humains passés et présents, est incontestablement plus élevée que la nôtre, et cela même dans les régions où, naguère, les populations étaient régulièrement décimées par les famines, les épidémies, la mortalité infantile. Les quelques améliorations élaborées pour combattre ces fléaux grâce au développement des sciences et des techniques sont l’œuvre de savants tout aussi respectables que les honorables membres du GIEC. Ainsi, on prévoit, d’ici la fin du siècle, une explosion démographique sur le continent africain, alors que cette population avait stagné aux cours des siècles passés, à cause des calamités évoquées plus haut

Le bilan économique, politique et moral de l’humanité récente peut donc être considéré comme « globalement positif », comme aurait dit feu Georges Marchais, ce qui ne nous exonère naturellement pas de tirer les leçons des horreurs que l’humanité s’est infligée à elle-même, en se laissant entraîner dans des aventures idéologiques et militaires dévastatrices, dont Hobbes avait su décrire les ressorts (homo homini lupus)…

La transformation en discours de l’apocalypse de l’analyse des périls nouveaux qui menacent l’avenir d’une partie de nos semblables n’appelle pas une réponse rationnelle adaptée à chacun d’entre eux. Elle invite à une mobilisation passionnelle de l’ensemble de l’humanité contre un danger global et indifférencié pour effectuer, toutes affaires cessantes, un virage à 180° dans notre manière de vivre, de penser, de jouir. Cette attitude est la porte ouverte à l’apparition de nouveaux totalitarismes, où une minorité prétendument éclairée, mais en réalité aveuglée par la conviction d’être porteuse d’une vérité transcendantale, entend promouvoir un homme nouveau, hier le prolétaire ou le fasciste, aujourd’hui le décroissant et le végétarien.

Pour comprendre ce phénomène, et se prémunir contre sa réapparition sous une forme renouvelée, il n’est pas inutile de jeter un regard rétrospectif sur la forme précédente du discours apocalyptique universel, celui de l’inéluctable destruction de l’humanité par la guerre nucléaire, une période que les plus anciens d’entre nous ont vécu, dans leur enfance et dans leur jeunesse. Le monde sortait alors d’un cycle de violence et de mort d’une ampleur inégalée dans l’histoire des guerres : soixante millions de victimes, militaires et civiles, une tentative de génocide avérée, l’irruption d’une arme de destruction massive, la bombe atomique expérimentée à Hiroshima et Nagasaki.

Bannir la guerre semblait alors l’exigence absolue de ceux qui avaient survécu à cette tourmente. Des efforts méritoires furent déployés pour mettre en place des institutions planétaires destinées empêcher le retour de telles abominations. Il fallait aller au-delà des aménagements du droit de la guerre institués au lendemain du premier conflit mondial : conventions de Genève, bannissement de certaines armes (gaz de combat), pour mettre en place un système collectif de préventions des conflits armés, que devait incarner l’Organisation des nations unies. Il fallait faire disparaître le tragique de l’Histoire, tout en permettant à l’histoire de continuer, cette fois-ci pour le bien de l’humanité. La nature humaine étant ce qu’elle est, il n’aura pas fallu plus de cinq ans pour que cette utopie en marche se transforme en un nouveau discours de l’apocalypse, instrumentalisé par ceux-là même qui profitaient des failles du nouveau système mondial pour tenter de faire triompher leur projet politique et idéologique totalitaire à l’échelle planétaire. Le postulat était le suivant : l’arme nucléaire allait inéluctablement conduire l’humanité à sa vitrification généralisée, toute arme inventée étant par nature destinée à être utilisée. Ce discours fut cyniquement propagé par l’une des superpuissances issues du second conflit mondial, l’URSS, qui s’efforçait dans le même temps de rattraper par tous les moyens son retard sur les Etats-Unis dans ce domaine. La diabolisation de l’arme nucléaire était l’instrument de la disqualification morale de ses premiers détenteurs, et le prétexte pour s’autoriser à en disposer,  puisque « l’autre » refusait de s’en défaire. L’URSS et son despote Staline, puis ses successeurs, ont entretenu ce discours apocalyptique qui leur permettait de maintenir, avec la complicité de leurs « idiots utiles » dans le monde occidental, leur emprise sur une bonne moitié de la planète,  au moyen d’un système d’oppression dont les victimes sont estimées à plus de vingt millions, et même plus si l’on y ajoute les victimes chinoises de la folie maoïste. En fait, même si un conflit nucléaire avait éclaté entre 1950 (date de l’obtention de l’arme nucléaire par l’URSS) et 1989, rien ne permet d’affirmer qu’il eût marqué la fin de l’espèce humaine, ni même qu’il eût été plus dévastateur, en terme de destruction de vies et de biens, que la deuxième guerre mondiale. Ce discours de l’apocalypse, en tous cas, a servi à prolonger la vie de «  l’hypothèse communiste » chère à Alain Badiou. L’appel de Stockholm [1. Texte de l’appel de Stockholm du 19 mars 1950 : « Nous exigeons l’interdiction absolue de l’arme atomique, arme d’épouvante et d’extermination massive des populations. Nous exigeons l’établissement d’un rigoureux contrôle international pour assurer l’application de cette mesure d’interdiction. Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n’importe quel pays, l’arme atomique, commettrait un crime contre l’humanité et serait à traiter comme criminel de guerre. Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel. »], formidable machine de propagande soviétique lancée en en 1950, rassembla, en Occident, un grand nombre de prétendus pacifistes, bien au-delà des communistes convaincus, puisque même le jeune Jacques Chirac s’y laissa prendre… Ajoutons, pour clore ce rappel historique que la disparition de ce discours de la scène publique ne signifie pas que l’humanité est, aujourd’hui, moins menacée de la guerre nucléaire qu’elle ne l’était hier. Au contraire, la prolifération nucléaire actuelle, et le maintien par les Etats-Unis et la Russie d’un stock très important de ce type d’armes en rend la possibilité tout autant, sinon plus envisageable qu’au siècle dernier, comme le constate lucidement François Heisbourg dans son dernier ouvrage [2. François Heisbourg, Secrètes Histoires, éditions Stock.].

Il ne peut y avoir de coexistence, dans une même période, de deux discours apocalyptiques, car ce sont par nature des idéologies totalitaires, devant mobiliser seules les affects des humains. Autour d’un postulat de base, réputé irréfutable, on agglomère un catalogue hétéroclite de nouveaux tabous, au nom du sacro-saint principe de précaution : le nucléaire civil, les OGM, l’alimentation carnée sont les interdits de la nouvelle religion post-moderne.

La nouveauté, concernant le catastrophisme écologique qui domine aujourd’hui, c’est qu’il n’est pas mis en forme et imposé par les pouvoirs politiques dominants, mais conçu et diffusé au sein des sociétés ouvertes et démocratiques par des idéologues prétendant sauver l’humanité en attisant les angoisses existentielles travaillant l’âme humaine. Un peuple qui a peur ne pouvant avoir tort, ceux qui ont reçu  démocratiquement la mission de le guider doivent lui emboîter le pas, ou au moins faire semblant d’être aussi effrayés que leurs mandants. La mise en scène de la COP 21, l’accumulation de déclarations hyperboliques : « Sauver la planète ! Notre maison brûle !… », sont des leurres aussi efficaces pour répondre réellement aux problèmes posés que l’invention du grand méchant loup pour inciter les enfants à se tenir tranquille. Quel avenir politique, dans nos démocraties d’opinion et d’émotion, aurait un dirigeant qui dirait à ses électeurs que la modification, même de 4° en un siècle, de la température moyenne de la planète ne signifierait pas la fin d’une humanité qui en a vu d’autres, et qu’il convient d’en évaluer les désagréments pour les rendre les moins nocifs possibles, puisqu’il est irréaliste de penser que le genre humain, unanime, se mobilise pour adorer le fétiche écolo ? Le danger qui nous guette immédiatement est moins de griller dans les flammes de l’astre solaire que de subir la dictature comportementale des nouveaux Philippulus.

*Photo : Sipa.00732616_000018.

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Salafisme: L’Arbresle qui cache la forêt

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arbresle salafisme islam daech

L’Arbresle est une jolie petite commune de 6161 habitants dont l’histoire se confond avec l’abbaye bénédictine de Savigny, érigée au XIe siècle et tombée en ruine au XVIIe siècle. Le petit village a perdu sa vocation de place forte pour accueillir une pacifique et prospère bourgeoisie lyonnaise à la Renaissance avant de se convertir à l’industrie textile au XIXe siècle. Après le déclin du secteur textile à la fin des années 1960, L’Arbresle est retombée dans la torpeur. Ses habitants ont peut-être conservé dans le folklore local le souvenir de la Bête du Lyonnais qui terrorisa la région entre 1754 et 1756, faisant une trentaine de victimes, principalement des enfants, mais ce sont bien d’autres sujets qui occupent aujourd’hui les conversations depuis que le préfet du Rhône Michel Delpuech a, dans le cadre de l’article 8 de la loi relative à l’état d’urgence, décidé de fermer la salle de prière, dite « mosquée », située au 33 bis rue Gabriel Péri à l’Arbresle. « Prenez le centre de l’arbresle ,en direction de sain bel vous allez trouver un pont eh bien juste après le pont garer vous sur le parking a droite la mosquée est a 30seconde », peut-on encore lire sur le site du Guide musulman qui précise que les prêches s’effectuent en français et que la salle de prière comporte un espace pour les femmes.

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, il y avait, en 2012, 2.131 lieux de culte musulmans en France métropolitaine et 318 outre-mer. Il en existait 150 en 1976, 200 en 1979, 900 en 1985, 1035 en 1987 et 1 555 en 2001. Le nombre de mosquées en France a donc été multiplié par dix en l’espace de vingt-cinq ans, de 1979 à 2001. D’après les statistiques données par l’OCDE et le département des affaires économiques et sociales de l’ONU (Fondation Robert Schuman), le nombre d’immigrés s’est stabilisé à six millions et a augmenté plus graduellement à partir de 1980. L’immigration due au regroupement familial et l’installation durable d’une partie des migrants a remplacé la logique de l’immigration de travail qui avait cours jusqu’aux années 1970. Selon le ministère de l’Intérieur, la France compterait aujourd’hui 5 à 6 millions de Musulmans, un chiffre ramené à 4 millions de personnes de 18 à 50 ans se disant musulmanes selon l’INED. Selon les mêmes sources, un tiers environ de ceux que l’on sera bien obligé de nommer, faute d’une expression plus précise, des « personnes de culture musulmane », seraient pratiquants. En 2008, l’INED évoquait 2,1 millions de personnes, pour 11,5 millions de catholiques, qui disposent de 45 000 lieux de cultes en France. Mais parmi les lieux de prière musulmans, bien peu sont en réalité des mosquées et les deux tiers sont des salles de prières ne dépassant pas cent mètres carrés, apparaissant et disparaissant très facilement. Elles sont financées par les fidèles ou par des « donations » venues de France ou de l’étranger, dont l’encadrement peut poser problème, tout autant que l’origine, surtout quand elle est saoudienne. A la date du 29 juin 2015, il y avait en France, 393 projets de construction de Mosquées, dont trois dépassent le million d’euros : Bordeaux, Marseille et Mulhouse. La grande mosquée de Lyon, inaugurée le 30 septembre 1994, est sortie de terre en grande partie grâce à des fonds saoudiens. « L’Arabie Saoudite nous a accordé le financement qu’elle nous avait promis », rapportait le recteur de la grande mosquée de Lyon au site SaphirNews le 27 août 2014. Le rapport déposé au Sénat le 17 mars 2015 par Hervé Maurey, sénateur et maire de Bernay (Eure), a pointé du doigt quelques inquiétudes et souligné les avantages que pourrait avoir l’instauration d’un co-financement public complétant le financement par les fidèles, selon les élus locaux (toutes tendances confondues) consultés pour les besoins du rapport, qui ont confié avoir éprouvé : « l’impression d’une certaine opacité dans le financement des lieux de culte musulmans aujourd’hui (liens éventuels entre certains financeurs et des organisations terroristes) et la crainte de financement provenant directement d’Etats étrangers comme l’Algérie, l’Arabie Saoudite ou encore le Qatar (pour ne citer qu’eux) leur suggèrent de prendre des mesures claires afin de réguler ces situations. »

La première inquiétude provient de la nature de l’islam salafiste que l’Arabie Saoudite, notamment, finance à coups de pétrodollars depuis plus de vingt ans, et du risque de voir un islam français majoritairement sunnite basculer en partie sous l’influence de la « finance spirituelle » saoudienne. Si les grands projets de « mosquée-cathédrale » comme celle de Lyon ou de Marseille sont des symboles religieux très visibles, les multiples salles de prières (plus de 1500) sont disséminées non seulement dans les cités, comme celle des Minguettes à Vénissieux, fermée le 18 novembre, mais aussi dans les communes rurales, comme à L’Arbresle, visée aujourd’hui par une interdiction préfectorale. « Fréquentée par de nombreux salafistes, dont certains en relation avec des individus pouvant se trouver en Syrie, cette salle, dans le contexte actuel postérieur aux attentats de Paris, présente un risque sérieux d’atteinte à la sécurité et à l’ordre public », explique la Préfecture du Rhône. Le chercheur Samir Amghar estimait  en 2012 que : « Selon les renseignements généraux, les salafistes sont entre 12.000 et 15.000 en France, mais les salafistes jihadistes sont ultra-minoritaires », un avis pas nécessairement partagé par son collègue politologue Gilles Kepel, qui jugeait lui, dans le même article de La Dépêche « inquiétant, quand les salafistes imposent leurs règles, par exemple le port du voile intégral, aux autres musulmans ».

Le problème ne provient pas en effet nécessairement du nombre de salafistes mais de leur emprise discrète sur une communauté musulmane hétérogène. Emprise d’autant plus discrète qu’en dépit de la conviction partagée par les spécialistes du renseignement que le recrutement au sein des mosquées a été considérablement réduit depuis 2001 grâce à la surveillance exercée par les services de renseignements, encore faut-il que les pouvoirs publics aient parfaitement connaissance de l’existence d’une salle de prière et que la présence de radicaux salafistes puisse justifier la mobilisation d’une structure de renseignements. En ce sens, le dernier facteur qui complique dangereusement le phénomène est Internet. Depuis une dizaine d’années, on assiste en effet à la montée en puissance d’un islam radicalisé de nouvelle génération, un islam mutant, dont les pratiquants, souvent jeunes, attirés par les mirages romantico-nihilistes du djihadisme, vont parfaire leur progression politico-religieuse sur Internet avant même de mettre les pieds à la mosquée, ce qui rend l’évolution du phénomène encore plus difficile à surveiller. L’état d’urgence donne peut-être les moyens aux pouvoirs publics de lutter de façon très éphémère contre le radicalisme islamiste en menant des perquisitions et en prononçant des fermetures par arrêté préfectoral mais cette agitation soudaine a surtout pour effet de médiatiser le laisser-aller dont les autorités politiques portent aujourd’hui la responsabilité, tout autant l’administration de Nicolas Sarkozy que celle de François Hollande ou de Jacques Chirac d’ailleurs, pour ne pas remonter encore plus loin. Et quand la mosquée salafiste de L’Abresle ou des Minguettes est fermée, combien, comme celle de Lunel, sont restées trop longtemps en activité tandis que nos dirigeants continuaient – et continuent encore – à serrer la main des pourvoyeurs de fonds saoudiens. «  Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table », déclarait très récemment le juge Marc Trévidic. L’argent n’a peut-être pas d’odeur mais le djihadisme sent quand même fortement le pétrole.

*Photo: DR.

Climat: au bout des Lumières, le tunnel?

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climat écologie religion Lumières

André Malraux, au travers d’une citation si souvent galvaudée, nous avait prévenus que le XXIe siècle « serait religieux ou ne serait pas ». L’espérance communiste, religion de substitution, fut la grande passion du XXe siècle. Se prétendant matérialiste et scientifique, elle se revendiquait de l’héritage des Lumières. L’imposture s’est effondrée. La chute de l’URSS et La fin de l’histoire nous annoncèrent que pour notre Foule sentimentale, l’horizon indépassable était l’extension indéfinie de la sphère marchande. Le problème, comme l’a relevé Alain Souchon, c’est que cette foule « a soif d’idéal, attirée par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Les religions en place y ont vu une opportunité pour essayer de reprendre du poil de la bête. La montée de l’islam politique a été considérée comme le principal symptôme de ce qu’annonçait Malraux. Mais en fait, de nouvelles croyances ont surgi. Et c’est là que « les Lumières » ont commencé à baisser.

Par leur engagement contre les oppressions religieuses et politiques, les représentants du mouvement des Lumières se voyaient comme une élite avancée, œuvrant pour un progrès du monde. Affrontant à l’aide de la raison l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés, ils voulaient procéder au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. Ébranlant les certitudes anciennes, ils ont tracé une route empruntée par les deux siècles suivants, qui accouchèrent à partir de cet élan des révolutions industrielle, scientifique et technique, remises en cause désormais par de nouvelles croyances.

La plus intéressante est celle qui prend racine dans la prise de conscience écologique. D’abord, parce que les prémices qui y poussent sont fondés. L’humanité, devenue espèce invasive, pourrait voir son succès reproductif remis en cause par les raisons mêmes qui l’ont produit. En un mot, nous foutons le bordel dans notre maison. Depuis quatre milliards d’années la planète en a vu d’autres, et dans les cinq prochains elle en verra d’autres. Mais là, il s’agit de nous-mêmes et de nos enfants, et ce serait une bonne idée de s’en préoccuper. En tentant de préférence d’échapper aux mauvaises habitudes, comme le retour à la pensée magique, l’effacement de la raison, la peur de la science et de la technique, et la sacralisation de nouveaux totems. Malheureusement, une nouvelle religion s’impose : celle de Gaïa, notre planète, la déesse mère, dont on nous serine absolument tous les jours qu’il faut la respecter et la sauver. Beaucoup y voient une nouvelle idéologie. C’est plus que ça.

Ainsi le nouveau culte de la planète-mère semble bien lié à la mondialisation. Nos identités de rattachement ne sont pas si nombreuses. Depuis une trentaine d’années, aux anciennes de la famille et du territoire national est venue s’ajouter celle de l’appartenance à un monde globalisé. Et cette appartenance a besoin de ciment et de foi. Le culte de la planète mère va-t-il faire l’affaire ? L’utilité politique de croyances communes, pour souder une société politique, est une évidence historique. À Constantinople, l’empereur Théodose, pragmatique, avait fait du christianisme la religion de l’Empire Romain en 380 après J.-C. Recevant une délégation d’évêques venus de Gaza pour se plaindre du manque de piété de leurs ouailles, il avait répondu : « Certes, mais les impôts rentrent bien, c’est le principal. »

La première étape de cette transformation fut de disqualifier la science dont le « culte » nous avait conduits à cette situation angoissante : montée de la pensée magique, succès étonnant de charlatans médiatiques, expression de peurs irrationnelles, auxquelles intellectuels et scientifiques ont tenté de réagir. L’anathème est immédiatement tombé : « scientistes » ! La science – coupable de tous les maux puisqu’à l’origine du développement invasif de l’espèce humaine – s’est retrouvée disqualifiée. Et avec elle la méthode scientifique a été invalidée. Un relativisme ravageur en a fait un récit parmi d’autres.

Les OGM, par exemple, dont le refus relève d’un réflexe de peur de la manipulation du vivant. La démarche des opposants ne reposait pas sur une démarche scientifique. La science a démontré que la nature procède elle-même à la modification génétique, jusqu’à la création d’OGM « naturels ». Et que leur utilisation déjà ancienne n’a jamais eu de conséquences négatives ni sur la santé ni sur l’environnement. Au contraire, si l’on pense à l’affaire du  « riz doré ». Au discours scientifique, furent alors opposés des discours directement politiques ou religieux. Les OGM c’est le capitalisme prédateur pour les uns, la manipulation du vivant donc de l’œuvre de Dieu pour les autres. Ou les deux à la fois. Vade retro Satanas !

La question du « réchauffement climatique » représente une autre étape et le clou suivant enfoncé sur le cercueil de la pensée des Lumières. Nous ne nous prononcerons pas ici sur la réalité de ce réchauffement et sur le caractère anthropique de son origine. De toute façon, le débat raisonné est désormais impossible, il sera bientôt interdit.

Car derrière lui se profilent enjeux économiques, géostratégiques et politiques, au cœur desquels se trouve la contradiction économique entre le Nord et le Sud.

Singulière ruse de l’Histoire, l’Occident a inversé l’équation. La nouvelle religion reposera sur la science – mais une science officielle figée, non discutable – en rassemblant laboratoires et scientifiques de nombreux pays, dans une instance intergouvernementale, par conséquent politique. Sur la base d’une orientation fixée au préalable, le GIEC est devenu le support de l’expression d’une « vérité scientifique » qui doit s’imposer à tous. La bonne foi des scientifiques du GIEC n’est pas en cause. Simplement, les budgets, les subventions, les carrières sont fonctions du camp choisi. Les sceptiques ou les opposants sont vilipendés, ostracisés, ridiculisés. Et bien sûr systématiquement accusés d’être payés par les lobbies. Le réchauffement climatique est peut-être une réalité, mais il est aujourd’hui interdit ne serait-ce que d’en douter. Et là se loge le renversement. Le nouveau dogme est fondé sur la science, mais au détriment de la méthode scientifique qui impose le doute et la remise en cause. Nous avions eu sous Staline la « science prolétarienne », il faut désormais adhérer à la « science citoyenne », où ce qui compte est moins la compréhension d’une réalité scientifique difficile  que l’adhésion du plus grand nombre. Une équipe de chercheurs s’est penchée sur les rapports du GIEC et leurs synthèses, rédigés à l’attention des gouvernants. Ils en ont conclu que « même des textes d’Albert Einstein » étaient plus faciles d’accès, et « ils sont si difficiles à comprendre qu’il faut un doctorat au minimum pour en saisir les recommandations ». Qu’à cela ne tienne, l’argument d’autorité devrait suffire.

Comme toujours, il faut à la nouvelle religion culpabiliser l’homme, d’où vient tout le mal, et lui indiquer le chemin de la rédemption. Identifier les hérésies, chasser et punir les hérétiques. Les sceptiques, dubitatifs, interrogatifs sont des « connards » nous dira NKM, doivent être fichés affirme Corinne Lepage, virés de leur boulot dit-on à France2, sont des « négationnistes » assènent les ahuris, des criminels méritant la prison salivent les amateurs de punitions. En attendant pire. Il s’agit d’un phénomène classique, dont la religion chrétienne a donné un bon exemple lorsqu’elle est devenue religion de l’empire romain. Il y eut beaucoup plus d’exécutions pour hérésie dans les trois siècles qui suivirent son avènement comme religion d’État que de martyrs chrétiens dans les trois qui l’ont précédé.

Autre exigence, débusquer le Diable. Jacques Ellul, précurseur et gourou post-mortem l’avait vu dans l’avènement de la « technique ». Pour les OGM, ce sera Monsanto qui, pour gagner du temps, aurait dû s’appeler Monsatan. Pour le réchauffement, les anges déchus sont plus nombreux : lobbies pétroliers, scientifiques dévoyés, Chinois avides de consommation, Africains corrompus… Et enfin, il faudra béatifier quelques originaux, adeptes de fausses sciences et de nouvelles ascèses.

Le débat est rendu très difficile, sinon impossible, par l’utilisation massive de l’argument d’autorité. Car cette fois-ci, le dogme est nous dit-on s.c.i.e.n.t.f.i.q.u.e. Situation assez étonnante, on voit dans un phénomène aux connotations religieuses évidentes l’affirmation d’une vérité non plus révélée, mais désormais prouvée. J’avais pourtant retenu de l’enseignement des Lumières qu’il y avait des méthodes, des hypothèses, des découvertes et des théories scientifiques, mais pas de vérité  définitive. Ce retour de la pensée magique veut nous dire le contraire.

*Photo : 00732616_000017.

Black Blocs: Il faut des méchants pour justifier l’état d’urgence

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black blocs etat urgence cop

Les Black Blocs sont devenus, ce matin, les nouveaux profanateurs de sépulture. Je ne sais pas si, comme l’écrit l’ami Daoud, ils sont les idiots utiles de l’Etat et les meilleurs amis de l’ordre qu’ils prétendent contester. Je ne sais pas non plus si les 323 interpellations et gardes à vue qui ont suivi cette manif concernaient toutes des  Black blocs. Mais  ils sont devenus les Fantômas fantasmatiques de la frange radicale d’une jeunesse qui refuse encore et toujours, et par tous les moyens, la logique mortifère des modes de production de ce temps, de l’organisation étatique qu’ils induisent et du discours médiatique qui va avec.

Quelques remarques, donc, sur ces travailleurs du négatif, ces Goldstein de nos post-démocraties modernes, Goldstein étant l’incarnation de l’ennemi prévu par Big Brother lui-même dans 1984. Daoud nous parle d’une de leurs premières apparitions médiatiques et nous annonce qu’ils ont, à Gênes en 2001, sciemment amené l’un des leurs à la mort. Je ne suis pas certain que la famille de Carlo Giulani soit tout à fait d’accord avec cette analyse.

D’autre part, il ne faut jamais oublier qu’à Gênes en 2001 comme sur la place de la République ce dimanche 29 novembre, ce ne sont pas les manifestants qui créent le degré de violence d’une manifestation mais les forces de l’ordre elles-mêmes et surtout ceux qui les commandent. Ou, pour dire les choses autrement, c’est la police qui décide comment et si une manifestation dégénère. Rappelons-nous du 11 janvier, il n’y a eu ni Black Blocs, ni voyous, ni casseurs alors que plusieurs millions de personnes ont manifesté.

Le gouvernement italien, lors du sommet du G8, avait entièrement bouclé la ville, y compris par de véritables barrières infranchissables. Comme les manifestants, qui n’étaient pas tous des Black Blocs, loin de là, ont voulu quand même passer, les heurts violents étaient inévitables ainsi que la répression qui s’en est suivie après la mort de Carlo Giulani. Le film Diaz, un crime d’Etat montre d’ailleurs bien comment la police italienne, en attaquant froidement les locaux où vivaient les manifestants, les ont systématiquement bastonnés puis les ont suivis jusque dans les hôpitaux pour les matraquer sur leur lit avant d’enfermer les blessés en prison pour des interrogatoires serrés. Le scandale a été énorme mais vite étouffé. Depuis, les G8 se déroulent dans des endroits de plus en plus inaccessibles où l’on n’est plus dérangé par les citoyens…

Ce qui s’est passé hier à République est du même ordre, même si cela n’a pas atteint l’intensité de Gênes. Il est évident qu’une manif interdite au nom de l’état d’urgence prolongé dont on n’a pas besoin d’être un Black Bloc pour vouloir qu’elle se déroule quand même et que la COP 21 ne se réduise pas à un huis-clos diplomatique, va forcément connaître des heurts. Elles se sont pourtant déroulées calmement ailleurs, à Lille, par exemple, avec 2000 personnes, parce que la police a eu la sagesse de « faire comme si ».

À Paris, les heurts étaient d’autant plus prévisibles qu’il n’y a pas besoin, non plus, d’être Black Bloc pour refuser l’état d’urgence à géométrie variable qui cible pour l’essentiel le mouvement social, les zadistes, les alter, les écolos plus ou moins libertaires mais qui laisse, comme à Lille, le marché de Noël se dérouler tranquillement et qui n’utilise aucune mesure particulière pour filtrer les entrées dans les hypermarchés ouverts le dimanche en ces approches de Noël.

Et puis, comme si tout cela ne suffisait pas, il faut que les Blacks Blocs soient de fait, non seulement des violents, mais des salauds. Et de se mettre en place un story-telling médiatico-politique pour dénoncer leur « profanation » du « mémorial » aux morts du 13 novembre. Décidément, ils ne respectent rien. Dans une inversion assez étonnante, ils deviennent autant de Créon de ces pures Antigone que seraient la police et les « bons » manifestants.

On oublie simplement que les Black Blocks, quand ils lancent des objets sur les CRS, choisissent rarement des bougies, plutôt des boulons. D’après les premiers témoignages, ce n’est pas la police qui a protégé le « mémorial », mais d’autres manifestants.

Bref, comme le dit Georgio Agamben : « La seule véritable anarchie est celle du pouvoir. »

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732558_000006.

Pour l’UNEF, traquer «l’ennemi intérieur» est une «dérive guerrière et sécuritaire»

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Un Appel intitulé « La génération de la crise ne sera pas celle de la guerre ! » vient d’être lancé ce dimanche par l’UNEF, les Jeunes Communistes, les Jeunes CGT, la JOC, le MRJC, l’UNL, la maison des potes, les jeunes écolos, DIDF-jeunes, le Parti de Gauche, Ensemble et les JRG.

Comme de bien entendu les mots « islamistes » ou « islamisme » sont absents du texte.

Comme de bien entendu on y met solennellement en garde contre « l’état d’urgence permanent ».

Comme de bien entendu on y explique que « s’il y a bien une situation qui mérite l’état d’urgence, c’est celle des jeunes en France victimes de discriminations. Nous pensons à tous les jeunes victimes de racisme au quotidien, de contrôles au faciès, de discriminations à l’embauche. La jeunesse risque de souffrir de la récupération politique des forces réactionnaires et de l’extrême droite à la suite de ces attentats. Mais aussi les jeunes de quartiers populaires ou de territoires ruraux délaissés, victimes de discriminations territoriales, les femmes victimes du sexisme, les jeunes discriminés pour leur identité sexuelle… »

Une petite surprise cependant dans cet appel rédigé comme en écriture automatique : on y dénonce aussi « une dérive guerrière et sécuritaire, qui traduit la montée de la violence et la recherche d’un ennemi intérieur ».

Un épouvantail, un fantasme, un hoax, « l’ennemi intérieur » ? Une dérive guerrière que de vouloir le traquer ?

Comme disait Jean Ferrat à propos des fils-à-papa soixante-huitards : « Vous vous dites la jeunesse, pauvres petits cons ! »

Laurent Ruquier: terreur sur l’Hexagone

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Il est étrange, en des temps troublés, de suivre une émission  comme « On n’est pas couché » : l’électrochoc qui a secoué la France dans la nuit du 13 novembre n’a visiblement pas ébranlé les animateurs, ni même les invités. Comme si passer dans la petite lucarne immunisait contre tous les malheurs du monde et conduisait à reproduire ad aeternam les mêmes clichés et à poser les mêmes questions ineptes, dont Léa Salamé et Yann Moix sont devenus au fil des mois les dérisoires incarnations. Évidemment, on peut toujours prendre plaisir, un plaisir pervers, à entendre Yann Moix lire Charles Péguy à haute voix sur un ton grandiloquent et répéter que les musulmans n’ont rien à voir avec l’islam politique. Évidemment, on peut toujours sourire aux minauderies de Léa Salamé qui, comme une enfant, cherche  par tous les moyens à attirer l’attention de son papa en lui serinant, « Dis papa, pourquoi  on vend des armes à l’Arabie Saoudite ? »
Le papa, en l’occurrence, était le maire de Pau, François Bayrou, un homme qui aime bien être photographié sur son tracteur entouré de ses six enfants. Il ne désespère pas d’être un jour une sorte d’Alain Juppé bis, le dernier recours de la Nation. Personne ne croit autant en lui que lui-même. Il dégage une forme d’autosatisfaction qui fait plaisir à voir et qui serait même contagieuse s’il était en mesure de nous épargner les banalités d’usage. À lui seul, il résume cette haute fonction publique omnisciente et souvent inculte qui gangrène la France. C’est elle justement qu’attaque au vitriol Gilles Kepel, le meilleur spécialiste du discours djihadiste et de l’islam en France dans Terreur sur l’Hexagone, son dernier livre qui devait sortir en janvier chez Gallimard et qui sera en vente dès le 15 décembre. Voilà au moins un joli cadeau de Noël que nous devons aux djihadistes. Gilles Kepel n’est pas loin de penser avec Michel Houellebecq ou avec Ivan Rioufol que la situation fâcheuse – un euphémisme – dans laquelle nous nous trouvons a des responsables politiques parmi lesquels l’insignifiant opportuniste qui nous tient lieu de chef de l’Etat et le demeuré congénital qui lui fait office de Premier ministre  (ce sont les mots de Houellebecq qu’on éprouve toujours un malin plaisir à citer). Au moins, Kepel et Houellebecq relèvent le défi lancé par l’islam, pas comme le pleutre Michel Onfray qui a renoncé à publier son essai Penser l’ Islam en janvier chez Grasset.

Il n’y a pas que Péguy, ai-je envie de dire à Yann Moix, il y a aussi Karl Kraus dont Les Derniers Jours de l’humanité sont autant de tableaux ouvrant sur des centaines d’enfers. « On n’est pas couché » est devenu l’enfer de l’insignifiance. Je me permettrai donc, en tant que Viennois (de l’empire austro-hongrois bien sûr) de conseiller la lecture des Monologues du Râleur et de l’Optimiste (aux éditions Agone) de Karl Kraus, dialogues qui débutent ainsi pour le plus vif plaisir de Léa Salamé (et là je n’invente rien) :

L’OPTIMISTE : Vous pouvez vous estimer heureux. En Syrie, une infirmière de la Croix-Rouge, dont la voiture a roulé encore quelques mètres, a été abattue.

LE RÂLEUR : On a donné la force armée à l’esclave. Sa nature ne le supporte pas. Il est comme le mendiant qui montre des plaies qu’il n’a pas reçues.

Pute et pas soumise

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Marie L. Barret Ephémère, vénale et légère

Marie L. Barret Ephémère, vénale et légère

À qui doit-on le titre, « Ephémère, vénale et légère » ? À l’auteur, aux éditeurs, à des experts en marketing ? Un rien racoleur, il révèle un aspect de la personnalité de Marie L. Barret, mais en dissimule un autre, qui semble pourtant dominant. Dans son activité professionnelle aussi bien que dans le récit qu’elle en fait, Marie L. Barret (s’agit-il de son vrai nom ?) se montre aussi scrupuleuse et appliquée qu’imperturbable. Non pas qu’elle soit indifférente ou dénuée d’humour. Au contraire. Quand elle dépose des fleurs sur la tombe d’un prénommé Falco, l’un de ses anciens clients, une note d’affection sincère perce derrière les mots. Un indice parmi d’autres de sa sensibilité savamment maîtrisée à l’égard des hommes qui recourent à ses services. Ainsi, quand elle évoque Toni, qui « fait bien du sept préservatifs à l’heure » tout en exigeant un fond sonore adapté à son tempérament – Carmen de Bizet ou les Carmina Burana de Carl Orff –, c’est plutôt sur le mode de l’humour grivois. Autant le dire d’emblée : Marie L. Barret, putain de son état, possède de nombreux talents dont ceux de savoir bien raconter, de faire rire, d’analyser intelligemment son environnement et de fignoler des portraits incomparables.[access capability= »lire_inedits »]

Dépourvue de toute prétention, elle-même préfère parler de sa « compétence » : « J’ai un bon fonds de commerce. C’est une activité simple, rentable et plus calme que mon emploi précédent. J’aurais pu me reconvertir autrement, je ne l’ai pas fait par paresse ou facilité sans doute, mais aussi parce que j’ai exploité une compétence. La compétence de la pute ?! Oui, quelque chose du moins qui permet de garder une constance, un détachement affectueux, une disponibilité dosée, une faculté d’adaptation, en plus d’un bon cul et d’une capacité à tailler des pipes. » Il est vrai qu’avec ses diplômes universitaires, la connaissance de langues étrangères, une formation professionnelle en massage, Marie la Putain affiche le profil idéal d’une candidate prédestinée à réussir brillamment un « parcours de sortie de la prostitution » recommandé par les féministes paternalistes et par l’actuel gouvernement. Jugée préjudiciable aux femmes en particulier – qui constituent 85 % des personnes prostituées, selon un rapport publié récemment par l’association Le Nid –, la prostitution ne saurait en aucun cas être une activité choisie librement. Il suffirait pourtant que les experts en rédemption des femmes déchues consacrent une minute de leur temps précieux à surfer sur internet pour s’apercevoir que l’espace de la sexualité tarifée explose, impliquant désormais autant de femmes que d’hommes et de tous les milieux sociaux.

Certains y trouvent leur compte et finissent par s’installer durablement dans la profession, sans nécessairement ruiner leur vie affective, familiale ou sociale. Marie en parle avec une franchise déconcertante : « Je suis à chaque fois à ma place. Autant dans mon poing fermé dans l’anus d’un client que dans ma main refermée sur celle de mon petit dernier pour traverser la rue, autant dans mes doigts autour d’un sexe dressé qu’autour de la cuillère en bois qui tourne le mélange de légumes et d’herbes en train de mijoter. Cette réalité existe, je l’accompagne, elle me fait vivre. » Victime des proxénètes ? Des réseaux mafieux ? Des hommes ? Eh bien non. Victime in abstracto peut-être, dans la mesure où on s’obstine ici et là à envisager chaque rapport sexuel rémunéré comme une violence.

Marie reçoit chez elle, dans une maison au bout d’un chemin, entourée d’un jardin qu’elle cultive avec passion. Elle fixe ses horaires et ses tarifs, compris entre 70 euros pour « un massage simple » de trois quarts d’heure et 130 euros pour « la totale » d’une heure. Loin de la malmener, les hommes qui viennent la voir, dont plusieurs habitués, ne lésinent pas sur les cadeaux, que ce soit un panier d’œufs bio, un bouquet de fleurs ou un bijou, les invitations au restaurant qu’elle accepte et celles à partir en week-end qu’elle refuse, les petits services. Antonin s’était ainsi arrangé avec un ami gendarme chargé de contrôler les salons de massage, pour qu’il contourne le lieu de travail de Marie : « Mon pote a barré ton nom et il a noté : contrôlé. Ma biche, on a eu chaud ! ». C’est tout juste s’ils ne s’engagent pas dans une compétition ouverte en vue de décrocher une faveur à laquelle les concurrents n’auraient pas eu droit. Mariés ou divorcés, en couple ou veufs, pères de famille ou grands-pères, sportifs ou handicapés, timides ou entreprenants, intellos ou paysans, ces hommes seraient tous passibles d’une amende de 1500 euros si la proposition de la pénalisation des clients des prostituées, rejetée par le Sénat en deuxième lecture, faisait l’objet d’un nouveau vote à l’Assemblée. Avant de décider arbitrairement de sanctionner « l’achat d’acte sexuel » et de mettre en place des « stages de sensibilisation » susceptibles d’inculquer la bonne sexualité aux clients des prostituées, les députés feraient mieux de se pencher sur le répertoire de Marie La Putain. Elle y consigne les dates de ses rendez-vous mais aussi les lubies érotiques de ses visiteurs. Gilles, le fétichiste, affectionne les bodies noirs et le strass ; Pierre, l’esthète, aime causer peinture en s’abandonnant aux caresses ; maladroit, Paulin, éleveur de volailles, se montre toujours de bonne humeur ; Lucien, joyeux coquin de 85 ans, ne rêve que de passer toute la nuit aux côtés de Marie, sa dernière nuit avec une femme. Porterait-on un coup fatal au proxénétisme et à la traite des êtres humains en verbalisant Lucien ? Notre société deviendrait-elle moins violente et injuste, si on sanctionnait la prédilection d’Antonin pour la sodomie ?

Bien sûr, putain, ce n’est pas un métier comme un autre et Marie le sait. « Je ne peux pas ne pas écrire sur la difficulté – entière, récurrente, obsédante par moments – que j’ai à vivre de cette activité, et en même temps la certitude obscène et inébranlable d’être à ma place dans les bras de ces hommes-là », confie-t-elle. En occurrence, ce ne sont pas ses clients ni la nature de son travail qui l’exposent à la précarité. Ce qui la menace, c’est le non-statut professionnel auquel la condamne l’approche moralisatrice et hypocrite du législateur. Or le projet de loi n’entend pas s’attaquer à l’exploitation et à la vulnérabilité économique des prostituées – pas de syndicats, pas de retraite, pas de protection sociale, pas d’accès au logement. Quand, en août dernier, Amnesty International, après un vif débat interne, a décidé de publier un texte demandant aux Etats de ne plus criminaliser le travail du sexe, les Femen, Osez le féminisme ! et L’Amicale du Nid n’ont pas tardé à jeter leur sainte opprobre sur l’ONG. Depuis lors, la lutte contre le « système prostitutionnel », qui englobe dans l’optique totalitaire de certaines féministes tout rapport sexuel « acheté », qu’il soit consenti ou non, va bon train sans se soucier du réel. Certes, contraintes à la clandestinité, donc entièrement à la merci des clients, les prostituées colleraient mieux à l’image de victimes que des femmes hautement émancipées essaient de leurs renvoyer. À cinquante ans, Marie ne demande pas à être sauvée. « J’ai les mêmes clients depuis si longtemps : je vais vieillir avec eux. Nous fermerons le théâtre ensemble. »[/access]

Marie L. Barret, Ephémère, vénale et légère, Plein Jour, 2015.

*Photo : © MEPL/Rue des Archives.

Ephémère, vénale et légère

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Fabius: la Cop 21, c’est son dada

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fabius cop21 regionales

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À son arrivée au quai d’Orsay, Laurent Fabius avait obtenu de François Hollande de rebaptiser l’intitulé de son ministère et d’ajouter le « développement international » aux « affaires étrangères ». De fait, le rattachement du « secrétariat d’État au commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des français de l’étranger » aux dépens de la citadelle de Bercy a donné à son poste une dimension inédite.

Après deux ans de tentatives plus ou moins efficaces pour dynamiser les exportations françaises, le développement international du quai d’Orsay a pris un nouveau visage : l’écologie. La lutte contre le réchauffement climatique devient le dernier dada de Laurent Fabius, lequel n’avait auparavant jamais brillé par sa fibre environnementale. À Bercy, à Beauvau, comme au ministère de l’Ecologie, ces empiétements successifs font grincer des dents. Et pas seulement pour des questions de périmètre ministériel ou de préséance.

Au printemps 2014, le ministre des Affaires étrangères définit lors du dîner annuel de La Revue des Deux mondes les objectifs majeurs de sa politique étrangère en 2015 : «  La France assurera la présidence de la conférence et beaucoup de décisions que nous allons prendre ou susciter cette année ou l’année prochaine seront dictées par cet objectif: permettre à la planète de survivre. Je ne fais pas de pathos, c’est en ces termes que le problème se pose. »

Matérialisation de ce discours, la Cop 21 représente un défi sécuritaire et financier aux résultats incertains. Placé sous l’égide de l’ONU, le site du Bourget sera « livré » à la souveraineté de l’ONU pendant la durée des négociations tandis que la sécurité et la logistique restent bien entendu à la charge du pays hôte. La quasi-totalité des délégations des 193 pays représentés à l’ONU, les milliers d’associations qui se greffent à l’événement ou qui tenteront de monter un sommet alternatif n’aideront pas à faire aboutir les négociations. Dans Le Monde du 1er juin, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal tape comme à son habitude dans la fourmilière: « Les négociations de l’ONU sont totalement inadaptées à l’urgence climatique. En privé, tout le monde le dit, tout le monde en est parfaitement conscient, mais la lourdeur du processus est telle qu’il se poursuit comme si de rien n’était. (…) les négociateurs, qui sont là depuis 15, voire 20 ans, vont continuer leur folklore. Vous retrouvez des centaines de personnes devant leur ordinateur, en train de discuter un point du texte entre crochets ou de jouer aux mots croisés ! »

En marge de l’événement, le collectif interministériel avait prévu tout un programme associatif, festif et culturel dans la capitale. Une grande campagne de communication a été lancée pour culpab…, pardon, sensibiliser l’opinion : « plus tard il sera trop tard », « nous ne pourrons pas dire à nos enfants que nous ne savions pas ».

Une telle générosité se révèle d’autant plus exemplaire que la France était la seule candidate pour accueillir ce nouveau sommet de la Terre. Mais l’été dernier les yeux ont commencé à s’ouvrir et les diplomates ont tiré la sonnette d’alarme. Avant même de chiffrer le coût de la lutte contre le réchauffement climatique, le quai d’Orsay cherchait un budget pour financer les réunions de travail préparatoires à Bonn. Une paille quand on songe aux milliards promis chaque année pour sauver la planète. Les pays en développement qui profitent du sommet environnemental pour solliciter l’aide des pays riches vont-ils encore pouvoir encaisser les dividendes du réchauffement climatique? Rien n’est moins sûr. Mais pour Laurent Fabius c’est clair : la barre des 100 milliards de dollars promis en 2009 à Copenhague doit pouvoir être atteinte.

Trop chères, trop stériles, les grandes conférences onusiennes ont prouvé leur inefficacité depuis des années. Le principe des conférences onusiennes « un pays, une voix » donne un pouvoir équivalent à Vanuatu et à la France. Rio, Kyoto, Copenhague, Durban, Marrakech, Varsovie, Lima, la liste est longue des 21 conférences climat et de leurs communiqués historiques. Les engagements à l’horizon 2050 et 2100 avec des objectifs « chiffrés et contraignants » dont la responsabilité reposent sur la bonne volonté des successeurs des contractants.

« Il faut évidemment que les dispositions sur lesquelles nous allons nous mettre d’accord se traduisent dans les faits » prévient le chef de la diplomatie française, se sentant obligé d’ajouter « ce n’est pas une discussion politique en l’air ». Mais dans le Financial Times, John Kerry a très vite douché les espoirs de Laurent Fabius : pour le secrétaire d’Etat américain, jamais Washington ne se soumettra à des objectifs « de réduction juridiquement contraignants ». La souveraineté américaine ne se plie pas à une quelconque justice ou tribunal international même écologique.

Les massacres du 13 novembre ont un temps remis en question la tenue de cette conférence climat à Paris. « La France est en guerre« , l’état d’urgence est décrété. Les concerts sont annulées, les réunions publiques interdites car susceptibles de troubler l’ordre public. Les forces de l’ordre sont entièrement absorbées par la lutte antiterroriste. Mais annuler la Cop 21 serait rien moins qu' »abdiquer face au terrorisme. » Cette conférence va donc mobiliser une bonne moitié des forces mobiles pourtant engagées dans la lutte contre l’islamisme radical. Si l’exécutif a décidé de maintenir coûte que coûte l’organisation de cette conférence, il faut peut être chercher l’explication au-delà des simples motivations environnementales François Hollande est réputé pour son habileté politique et sa fine connaissance des scrutins. Le choix de placer les régionales au beau milieu de la Cop 21, à la mi-décembre, n’est pas anodin. La droite avait d’ailleurs exigé une autre date, estimant que la campagne en serait troublée. Devant la nouvelle défaite socialiste qui s’annonce, la conférence mondiale sur le réchauffement climatique tombe en effet à pic. Elle devrait permettre au président d’esquiver le bilan de sa décentralisation et de prendre de la hauteur en s’emparant d’un sujet consensuel et « sympa ». Puisque maintenir la Cop, c’est faire la nique à Daech, Hollande reste le chef de guerre qui protège la France tout en tentant de sauver la planète. Hollande, Fabius et Royal comptent bien surfer sur la vague écolo mondiale pour enjamber la déroute électorale. Rester camper sur le piédestal de l’union sacrée, dépolitiser les élections régionales et amoindrir les conséquences d’une raclée annoncée, voilà le programme.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732807_000009.

«L’Iran est la seule armée capable de vaincre Daech»

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iran france daech amir aslani

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Ardavan Amir-Aslani est un avocat et essayiste spécialiste du Moyen-Orient. Il a notamment publié Juifs et Perses. Iran et Israël (Nouveau monde), Iran-États-Unis, les amis de demain ou l’après-Ahmadinejad (Pierre-Guillaume de Roux) et L’âge d’or de la diplomatie algérienne (Editions du Moment).

Daoud Boughezala. Avant d’aborder les questions géopolitiques, commençons par vos activités professionnelles. Vous venez d’ouvrir le cabinet d’avocats d’affaires « Cohen-Amir-Aslani » à Téhéran. En vous permettant de vous installer en Iran sous ce nom à consonance juive, la République islamique entend-elle se laver des soupçons d’antisémitisme qui pèse sur elle? 

Ardavan Amir-Aslani. La République islamique n’a pas eu son mot à dire quant au lancement de notre cabinet, et aucun de ses représentants n’est venu nous interroger sur la question. La loi iranienne ne connaissant pas la notion de cabinet d’avocats en tant que telle, le barreau de Téhéran est exclusivement constitué d’avocats « individuels » à l’exercice libéral qui s’y inscrivent à titre personnel. Lorsque je distribue les cartes de visite de mon cabinet en Iran, j’ai droit à des sourires, parce que les gens reconnaissent le nom à consonance juive, mais sans aucune remarque désobligeante. D’ailleurs, les employés de mon cabinet sont issus de familles religieuses, pratiquent l’islam et ne trouvent rien à redire au fait de travailler pour nous.

Il n’est pourtant pas toujours très plaisant d’être Juif en Iran…

C’est une erreur de considérer le peuple iranien comme un peuple antisémite. Même la République islamique permet constitutionnellement aux minorités religieuses et ethniques d’être surreprésentées à l’Assemblée nationale iranienne. C’est à ce titre-là que les juifs, qui sont environ 30.000 en Iran, élisent un député. Ceci dit, je ne prétends pas qu’il n’y ait pas d’antisémites en Iran, l’ancien président Ahmadinejad en est un bon exemple.

La signature de l’accord de Vienne sur le nucléaire aiguise l’appétit des investisseurs européens. Proche de l’Arabie Saoudite et du Qatar, la France a-t-elle raté le coche avec les milieux d’affaires iraniens ?

Le retour de l’Iran dans le concert des nations à l’issue de la levée des sanctions va être l’équivalent, d’un point de vue économique, du retour de l’ensemble des pays de l’Est-européen dans le camp occidental après la chute du mur de Berlin. Il s’agit de la première réserve gazière, de la quatrième réserve d’hydrocarbures au monde. C’est un pays de 83 millions d’habitants, un marché domestique important qui occupe une place centrale au Moyen-Orient. Je crois que la France a un coup à jouer parce que les secteurs les plus porteurs de l’économie iranienne – secteurs pétrolier, aéroportuaire, aérien, du traitement de l’eau – trouveront naturellement comme partenaires les grands groupes français comme Total, Airbus, Suez environnement ou Veolia. Malgré le positionnement particulièrement dur de la diplomatie française tout au long des négociations sur le nucléaire iranien, la France a su revenir dans le cœur des Iraniens. Quelques jours après l’accord de Vienne, Laurent Fabius a été parmi les premiers politiques d’envergure à faire son chemin de Damas en se rendant à Téhéran. Aujourd’hui, les Iraniens n’ont qu’une seule envie : pouvoir de nouveau commercer avec la France, laquelle pourra redevenir un partenaire industriel et commercial majeur.

Le Président iranien Hassan Rohani a vivement condamné les derniers attentats de Paris, les qualifiant de « crimes contre l’humanité » et contestant le caractère islamique de Daech. Est-ce une manière de conjurer le choc des civilisations ?

La journée tragique du vendredi 13 novembre était hélas prévisible. On aurait pu voir venir les choses depuis l’attaque des tours jumelles à New York le 11 septembre 2001. Ce jour-là, dix-sept personnes dont une majorité de Saoudiens et de Qataris, se sont écrasés sur des cibles civiles. C’est alors qu’a commencé le conflit de civilisations qui oppose l’Occident – c’est-à-dire non pas les pays de l’Ouest mais ceux qui sont attachés à la volonté de vivre et de laisser vivre – à une certaine version de l’islam. Il s’agit de la lecture wahhabite sunnite de l’islam marquée par l’Arabie Saoudite. Or, il se trouve que cet islamo-fascisme djihadiste a également comme ennemi principal l’Iranien chiite. Ce dernier est le principal objet de leur haine, devant le Juif et le Chrétien.

Partant de ce constat, pensez-vous crédible une inflexion de la politique étrangère française en faveur de l’Iran et de la Russie afin de combattre l’Etat islamique ?

Au Moyen-Orient, la France a construit tout son système d’alliances sur l’appui aux pétromonarchies sunnites wahhabites. Elle devrait réfléchir à  changer de stratégie. Tandis que Daech sert de pôle d’attraction sanguinaire et médiéval à nos jeunes frustrés d’origine musulmane, le seul moyen d’avoir la paix dans la région, c’est d’éradiquer l’Etat islamique. Pour l’instant, les bombardements contre Daech qui contrôle un territoire grand comme l’Angleterre à cheval sur l’Irak et la Syrie, ne l’ont pas fait reculer d’un mètre. Par contre, lorsque la volonté est là et des troupes au sol engagées, des milices pro-chiites irakiennes encadrés par des Iraniens ont mis vingt-quatre heures pour reprendre Tikrit à l’Etat islamique. Quand on veut, on peut.

Justement, aucun pays occidental, Etats-Unis et France compris, n’est prêt à envoyer des hommes au sol lutter contre l’Etat islamique. Que faire ?

Aujourd’hui, l’Iran est la seule armée capable de vaincre Daech et se montre d’autant plus déterminée qu’elle constitue une des cibles prioritaires du groupe djihadiste. Il faut donc permettre à l’armée iranienne, aidée des milices chiites de la région, de combattre au sol. Téhéran ne demande que ça.

En êtes-vous bien sûr ? Tant que l’Etat islamique reste cantonné à plus de quarante kilomètres de la République islamique, les pasdarans et les forces iraniennes se gardent bien d’intervenir massivement…

Le seul pays qui a fait qu’Assad tient bon depuis cinq ans, c’est l’Iran. Sans les forces armées chiites venues prêter main forte à l’armée syrienne, il serait tombé. Idem en Irak, s’il n’y avait pas de troupes pro-iraniennes à Samarra ou aux abords du Kurdistan irakien, le pays serait tombé entre les mains de Daech. Certes, il n’y a pas de troupes iraniennes au sol déployées massivement dans ces pays mais des milices proches de Téhéran. 60% de la population irakienne étant chiite, cela représente suffisamment de combattants prêts à prendre les armes contre l’Etat islamique sans que l’Iran ait besoin d’y envoyer des soldats. En Syrie, où les chiites sont minoritaires, l’Iran a fait en sorte que des chiites irakiens, pakistanais et afghans constituent des brigades chiites internationales pour sauver le pouvoir de Damas.

Mais sur un plan plus politique, la relégation des sunnites dans l’Irak post-Saddam Hussein a fait le lit de l’Etat islamique. De ce point de vue, la proximité entre Téhéran et Bagdad, en confortant la mainmise des chiites sur l’Irak, n’a-t-elle pas fait le jeu de Daech ?

C’est une question décisive. Quand on regarde la carte, on voit que l’Iran contrôle les capitales historiques de la civilisation arabe comme Damas (ville des Omeyyades), Bagdad (ville des Abbassides), Beyrouth (avec le Hezbollah) et Sanaa (au Yémen). Il y a une survisibilité de la puissance iranienne dans la région. Par conséquent, il n’y aura pas de paix durable dans la région tant que les Iraniens et leurs alliés occidentaux – car l’Iran est de facto l’allié des Occidentaux – n’auront pas réussi à fédérer les tribus sunnites en Irak et en Syrie. L’immense majorité des sunnites n’est pas sur la ligne idéologique de Daech ; il suffit d’observer la colère des sunnites de Mossoul sous le joug de l’Etat islamique. Tant en Irak qu’en Syrie, avec l’aide des Américains, se constituent déjà des brigades sunnites anti-EI. Il faudrait y ajouter des brigades mixtes chiites-sunnites pour faire battre en retraite Daech.

Rappelons que les deux tiers des combattants de l’Etat islamique sont des étrangers, dont la moitié de Saoudiens et un tiers de Caucasiens (Tchetchènes, Ingouches, Daguestanais), indifférents au sort des populations locales qui leur sont étrangères. Tous ces djihadistes aspirent à revenir dans leur pays d’origine commettre des attentats comme ceux que l’on a connus à Paris.

*Photo : Sipa. Numéro de reportage : AP21800238_000008.

Iran - Etat-Unis : Les amis de demain ou l'après-Ahmadinejad

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Il était une fois 2015 (2/3)

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dutilleux muray 2015

Paris, à côté de la plaque. La poursuite de la publication du Journal de Philippe Muray. La vérité – enfin – sur la fête de Noël ! Rétrospective de l’année, suite.

Dutilleux (Henri). Debussy, Ravel, Couperin, Fauré, Berlioz, Saint-Saëns, Satie, Poulenc… la France a donné au monde un nombre considérable de grands compositeurs. A l’instar de l’Allemagne et l’Italie le climat, les paysages, l’état d’esprit général, la psychologie et le régime alimentaire doivent être propices à l’éclosion de grands musiciens. Parmi ces grands noms il y a Henri Dutilleux (1916-2013) ; compositeur inclassable qui est toujours resté à l’écart des chapelles et sectes musicales diverses du XX ème siècle, il a laissé un catalogue aux dimensions modestes (quelques dizaines d’opus – en presque cent ans de vie !), mais ne comportant presque que des chefs d’œuvres, dont une sonate pour piano (1945) et des pièces orchestrales (Citons Timbres, espace, mouvement, 1978) qui sont jouées dans le monde entier depuis des décennies, contribuant à la joie des mélomanes, et au prestige culturel de la France. Mais il arrive que la France ait du mal avec ses génies… En 2013, à quelques encablures du centenaire, le compositeur s’éteint. Les hommages affluent du monde entier. Un type à l’Elysée écrit même un communiqué de presse signé du Président. Mais la ministre de la culture, Mme. Filippetti « oublie » de se rendre aux obsèques. L’affaire qui nous intéresse – celle de la « plaque » – commence en avril 2015. Christophe Girard, maire PS du 4ème arrondissement, qui souhaitait rendre hommage au musicien en apposant une plaque sur l’immeuble qu’il a longtemps occupé rue Saint-Louis-en-l’Île, se distingue par un tweet ravageur disant que, finalement, la pose de cette plaque était « inappropriée » en raison de « faits de collaboration (de Dutilleux) avec le régime de Vichy »… La polémique était lancée. La France découvre, stupéfaite, l’existence d’une commission historique, au sein de la Mairie de Paris, dont la fonction est d’enquêter sur la « moralité » politique des personnalités auxquelles la ville pourrait rendre hommage. Cadavres dans les placards. Exploration des poubelles de l’Histoire. La commission fouille-merde exhume une partition – coupable, nécessaire coupable… – que le jeune Dutilleux a écrite pour un film pédagogique officiel sur le sport. Pas un hymne à Pétain, non, un film à la gloire des gymnases et à la pratique sportive… Il avait la vingtaine, et – parallèlement – s’était engagé dans la Résistance, en rejoignant dès 1942 le clandestin Front national des musicien. Les mélomanes ont montré les dents. L’agitation a été considérable. Une pétition, défendant Dutilleux contre les insultes des roquets analphabètes de l’époque, arrive même à recueillir plus de 7000 signatures. Les médias entrent dans la danse. La « commission » revoit son jugement. Christophe Girard, et d’autres élus, regrettent d’avoir parlé de « faits de collaboration ». La plaque est finalement apposée le 22 septembre 2015. Il avait d’abord été question d’y graver : « Henri Dutilleux, compositeur contemporain »… Comme si Bach et Beethoven n’étaient pas non plus contemporains à leur temps. Comme si cela avait le moindre sens. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas… Deux discours sont prononcés. Nos confrères de « Forum opéra » parlent d’un « hommage grotesque » – raillant des discours pompés de Wikipédia et s’amusant de l’inculture de l’adjoint à la culture, Bruno Julliard, évoquant fautivement le compositeur « Gabriel Faure », et non « Fauré ». La mairesse de Paris (il faut dire comme ça) Anne Hidalgo est évidemment restée en dehors de toute cette polémique. J’ai eu le bonheur de rencontrer Dutilleux à deux reprises. Une fois, assez longuement, dans les années 90, salle Olivier Messiaen à Radio France. Nous avons parlé musique, musique et musique. Il était assis sur le tabouret du piano de son épouse Geneviève Joy, et j’étais debout à côté de lui. Au bout d’un moment il s’est enquis, prévenant, de mon confort et m’a demandé si je voulais m’asseoir pour poursuivre notre échange. J’avais 20 ans. Il en avait près de 80. Je fais le pari qu’il aurait pris cet épisode bouffon de sa « plaque » avec humour et bonhommie. En 2016 nous célébrerons le centenaire de sa naissance : peut-être une occasion pour les politiques de se racheter ?

Muray (Philippe). En 2015, Les Belles Lettres ont publié le second tome du journal de Muray (Ultima Necat II) qui couvre les années 1986-1988. Prenant un tour franchement littéraire, plus cohérent que le premier tome (qui couvrait une période beaucoup plus longue) ce journal nous éclaire sur la fabrique de la pensée murayenne. En pleine gestation et écriture de son grand roman Postérité – qui paraîtra en 1988 chez Grasset dans une collection dirigée par Bernard-Henri Levy -, le pourfendeur d’homo festivus observe le monde moderne vivre ses pathétiques soubresauts de fin de siècle, et se rêve en grand romancier, avec pour modèle évidemment L-F Céline. C’est l’insuccès qui sera au bout du chemin, l’indifférence critique, l’indifférence du public, et au fil des pages on perçoit une vraie mélancolie. On comprend plus que jamais que Muray a eu plusieurs « vies » littéraires. Après une première période étonnante où l’auteur des « Exorcismes spirituels » se voue au roman, dans un style expérimental ; après l’écriture de ses deux grands essais (Le « Céline » et le « XIXème siècle ») ; il retrouve le roman, et projette déjà l’écriture de son Rubens. Il semble ne pas avoir conscience encore que sa plume s’épanouira dans les décennies qui vont venir dans une veine pamphlétaire ravageuse, période qui s’ouvrira avec L’empire du bien (1991). S’il parle peu de sa vie privée (il entremêle ça et là des notations sur son bagne, l’écriture de romans populaires sous pseudonyme, ou sur ses femmes, à des notes préparatoires sur les personnages de Postérité), il se livre parfois sur sa philosophie personnelle, comme dans ce très bel extrait que nous mettrons en exergue : «Il faut amener une femme à tromper avec vous le reste de l’univers. Si vous n’avez jamais senti que votre femme ou votre maîtresse, en vous aimant, était infidèle à tout le reste, au genre humain, à l’hystérie, à la communauté, vous n’avez jamais aimé, vous n’avez jamais été aimé. Vous n’avez jamais heureux». Dont acte. Rendez-vous courant 2016 pour lire la suite de ce passionnant journal qui pourrait bien être le chef d’œuvre de Muray…

Noël. Il y a quelques années, dans le cadre de notre rétrospective 2013, nous révélions mondialement l’origine méconnue de la fête de Noël. A l’inverse de ce que beaucoup d’ignorants pensent cela n’a absolument aucun rapport avec un Jésus, une crèche, des rois mages, un fier sapin, ou encore l’industrie du jouet, non, chaque année nous nous offrons des cadeaux pour célébrer la naissance d’Humphrey Bogart, arrivé sur terre le 25 décembre 1899 – afin d’apporter de la paix, du flegme et de la virilité dans le monde. Cela me vaut depuis quelques années un courrier de lecteurs qui attirent mon attention sur d’autres origines possibles à cette fête. Si j’en crois un mail de Martine de Besançon, cette pratique festive remonterait au temps de la grandeur de Noël Roquevert (1892-1973), immense acteur français aujourd’hui bien oublié, qui incarnait notamment le personnage surnommé « Landru » dans Un singe en hiver de Verneuil (d’après Blondin), énigmatique patron de bazar qui fournissait aux deux héros babioles et fusées de feu d’artifice, pour rendre l’après-guerre plus respirable. On a vu aussi Roquevert chez Clouzot (L’assassin habite au 21, Le Corbeau, Les Diaboliques)… Mais pourquoi parler de Roquevert ? Car il paraît possible – compte tenu de son apport au cinéma – que certaines parties du globe fêtent Noël pour lui rendre un vibrant hommage. Là-bas on ne dit pas « Joyeux Noël ! » mais « Joyeux Noël Roquevert ! » Nous avançons résolument dans la connaissance de cette fête…

à suivre…

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00339351_000001.

De l’apocalypse nucléaire à l’apocalypse climatique

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climat écologie nucléaire

climat écologie nucléaire

La pensée apocalyptique semble inhérente à la nature humaine : peu importe que les divers scénarios catastrophistes élaborés au cours des millénaires écoulés se soient tous révélés erronés, il en surviendra toujours un nouveau qui prédira, cette fois-ci à coup sûr, la fin de l’humanité, et enjoindra, en conséquence, les vivants à modifier leur comportement pour garantir la survie de l’espèce. Philippulus, le prophète dérangé de L’Etoile mystérieuse de Hergé, est aujourd’hui incarné par des savants choyés par l’ONU, bardés de diplômes, qui ont eu l’intelligence de rassembler leurs savoirs parcellaires pour construire une idéologie d’apparence rationnelle, le réchauffisme, en réalité à vocation totalitaire. Leur puissance actuelle repose sur un paradigme qui mélange des faits incontestables – la terre se réchauffe, et les activités humaines contribuent à ce réchauffement – et des extrapolations hasardeuses sur les conséquences abominables de cette évolution.

Ce paradigme engendre une posture politique et morale intimidante. Les générations passées, celles des révolutions industrielles des deux siècles précédents, et la génération actuelle sont clouées au pilori pour avoir engagé l’humanité dans une spirale infernale, et les générations futures sont invoquées au nom de l’adage le plus stupide jamais formulé en ce bas monde : « Cette terre ne nous appartient pas, nous l’avons empruntée à nos enfants ! » On pourrait répondre, à ceux qui l’ânonnent comme un mantra, que nous avons d’abord hérité cette planète de nos parents, et dans un meilleur état, pour ce qui concerne le destin de l’espèce humaine, qu’ils ne l’avaient reçue des leurs. Un seul indicateur devrait donner à réfléchir aux nouveaux prophètes de malheur : l’espérance de vie de la prochaine génération, celle de nos enfants, malgré toutes les turpitudes des humains passés et présents, est incontestablement plus élevée que la nôtre, et cela même dans les régions où, naguère, les populations étaient régulièrement décimées par les famines, les épidémies, la mortalité infantile. Les quelques améliorations élaborées pour combattre ces fléaux grâce au développement des sciences et des techniques sont l’œuvre de savants tout aussi respectables que les honorables membres du GIEC. Ainsi, on prévoit, d’ici la fin du siècle, une explosion démographique sur le continent africain, alors que cette population avait stagné aux cours des siècles passés, à cause des calamités évoquées plus haut

Le bilan économique, politique et moral de l’humanité récente peut donc être considéré comme « globalement positif », comme aurait dit feu Georges Marchais, ce qui ne nous exonère naturellement pas de tirer les leçons des horreurs que l’humanité s’est infligée à elle-même, en se laissant entraîner dans des aventures idéologiques et militaires dévastatrices, dont Hobbes avait su décrire les ressorts (homo homini lupus)…

La transformation en discours de l’apocalypse de l’analyse des périls nouveaux qui menacent l’avenir d’une partie de nos semblables n’appelle pas une réponse rationnelle adaptée à chacun d’entre eux. Elle invite à une mobilisation passionnelle de l’ensemble de l’humanité contre un danger global et indifférencié pour effectuer, toutes affaires cessantes, un virage à 180° dans notre manière de vivre, de penser, de jouir. Cette attitude est la porte ouverte à l’apparition de nouveaux totalitarismes, où une minorité prétendument éclairée, mais en réalité aveuglée par la conviction d’être porteuse d’une vérité transcendantale, entend promouvoir un homme nouveau, hier le prolétaire ou le fasciste, aujourd’hui le décroissant et le végétarien.

Pour comprendre ce phénomène, et se prémunir contre sa réapparition sous une forme renouvelée, il n’est pas inutile de jeter un regard rétrospectif sur la forme précédente du discours apocalyptique universel, celui de l’inéluctable destruction de l’humanité par la guerre nucléaire, une période que les plus anciens d’entre nous ont vécu, dans leur enfance et dans leur jeunesse. Le monde sortait alors d’un cycle de violence et de mort d’une ampleur inégalée dans l’histoire des guerres : soixante millions de victimes, militaires et civiles, une tentative de génocide avérée, l’irruption d’une arme de destruction massive, la bombe atomique expérimentée à Hiroshima et Nagasaki.

Bannir la guerre semblait alors l’exigence absolue de ceux qui avaient survécu à cette tourmente. Des efforts méritoires furent déployés pour mettre en place des institutions planétaires destinées empêcher le retour de telles abominations. Il fallait aller au-delà des aménagements du droit de la guerre institués au lendemain du premier conflit mondial : conventions de Genève, bannissement de certaines armes (gaz de combat), pour mettre en place un système collectif de préventions des conflits armés, que devait incarner l’Organisation des nations unies. Il fallait faire disparaître le tragique de l’Histoire, tout en permettant à l’histoire de continuer, cette fois-ci pour le bien de l’humanité. La nature humaine étant ce qu’elle est, il n’aura pas fallu plus de cinq ans pour que cette utopie en marche se transforme en un nouveau discours de l’apocalypse, instrumentalisé par ceux-là même qui profitaient des failles du nouveau système mondial pour tenter de faire triompher leur projet politique et idéologique totalitaire à l’échelle planétaire. Le postulat était le suivant : l’arme nucléaire allait inéluctablement conduire l’humanité à sa vitrification généralisée, toute arme inventée étant par nature destinée à être utilisée. Ce discours fut cyniquement propagé par l’une des superpuissances issues du second conflit mondial, l’URSS, qui s’efforçait dans le même temps de rattraper par tous les moyens son retard sur les Etats-Unis dans ce domaine. La diabolisation de l’arme nucléaire était l’instrument de la disqualification morale de ses premiers détenteurs, et le prétexte pour s’autoriser à en disposer,  puisque « l’autre » refusait de s’en défaire. L’URSS et son despote Staline, puis ses successeurs, ont entretenu ce discours apocalyptique qui leur permettait de maintenir, avec la complicité de leurs « idiots utiles » dans le monde occidental, leur emprise sur une bonne moitié de la planète,  au moyen d’un système d’oppression dont les victimes sont estimées à plus de vingt millions, et même plus si l’on y ajoute les victimes chinoises de la folie maoïste. En fait, même si un conflit nucléaire avait éclaté entre 1950 (date de l’obtention de l’arme nucléaire par l’URSS) et 1989, rien ne permet d’affirmer qu’il eût marqué la fin de l’espèce humaine, ni même qu’il eût été plus dévastateur, en terme de destruction de vies et de biens, que la deuxième guerre mondiale. Ce discours de l’apocalypse, en tous cas, a servi à prolonger la vie de «  l’hypothèse communiste » chère à Alain Badiou. L’appel de Stockholm [1. Texte de l’appel de Stockholm du 19 mars 1950 : « Nous exigeons l’interdiction absolue de l’arme atomique, arme d’épouvante et d’extermination massive des populations. Nous exigeons l’établissement d’un rigoureux contrôle international pour assurer l’application de cette mesure d’interdiction. Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n’importe quel pays, l’arme atomique, commettrait un crime contre l’humanité et serait à traiter comme criminel de guerre. Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel. »], formidable machine de propagande soviétique lancée en en 1950, rassembla, en Occident, un grand nombre de prétendus pacifistes, bien au-delà des communistes convaincus, puisque même le jeune Jacques Chirac s’y laissa prendre… Ajoutons, pour clore ce rappel historique que la disparition de ce discours de la scène publique ne signifie pas que l’humanité est, aujourd’hui, moins menacée de la guerre nucléaire qu’elle ne l’était hier. Au contraire, la prolifération nucléaire actuelle, et le maintien par les Etats-Unis et la Russie d’un stock très important de ce type d’armes en rend la possibilité tout autant, sinon plus envisageable qu’au siècle dernier, comme le constate lucidement François Heisbourg dans son dernier ouvrage [2. François Heisbourg, Secrètes Histoires, éditions Stock.].

Il ne peut y avoir de coexistence, dans une même période, de deux discours apocalyptiques, car ce sont par nature des idéologies totalitaires, devant mobiliser seules les affects des humains. Autour d’un postulat de base, réputé irréfutable, on agglomère un catalogue hétéroclite de nouveaux tabous, au nom du sacro-saint principe de précaution : le nucléaire civil, les OGM, l’alimentation carnée sont les interdits de la nouvelle religion post-moderne.

La nouveauté, concernant le catastrophisme écologique qui domine aujourd’hui, c’est qu’il n’est pas mis en forme et imposé par les pouvoirs politiques dominants, mais conçu et diffusé au sein des sociétés ouvertes et démocratiques par des idéologues prétendant sauver l’humanité en attisant les angoisses existentielles travaillant l’âme humaine. Un peuple qui a peur ne pouvant avoir tort, ceux qui ont reçu  démocratiquement la mission de le guider doivent lui emboîter le pas, ou au moins faire semblant d’être aussi effrayés que leurs mandants. La mise en scène de la COP 21, l’accumulation de déclarations hyperboliques : « Sauver la planète ! Notre maison brûle !… », sont des leurres aussi efficaces pour répondre réellement aux problèmes posés que l’invention du grand méchant loup pour inciter les enfants à se tenir tranquille. Quel avenir politique, dans nos démocraties d’opinion et d’émotion, aurait un dirigeant qui dirait à ses électeurs que la modification, même de 4° en un siècle, de la température moyenne de la planète ne signifierait pas la fin d’une humanité qui en a vu d’autres, et qu’il convient d’en évaluer les désagréments pour les rendre les moins nocifs possibles, puisqu’il est irréaliste de penser que le genre humain, unanime, se mobilise pour adorer le fétiche écolo ? Le danger qui nous guette immédiatement est moins de griller dans les flammes de l’astre solaire que de subir la dictature comportementale des nouveaux Philippulus.

*Photo : Sipa.00732616_000018.

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Salafisme: L’Arbresle qui cache la forêt

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arbresle salafisme islam daech

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L’Arbresle est une jolie petite commune de 6161 habitants dont l’histoire se confond avec l’abbaye bénédictine de Savigny, érigée au XIe siècle et tombée en ruine au XVIIe siècle. Le petit village a perdu sa vocation de place forte pour accueillir une pacifique et prospère bourgeoisie lyonnaise à la Renaissance avant de se convertir à l’industrie textile au XIXe siècle. Après le déclin du secteur textile à la fin des années 1960, L’Arbresle est retombée dans la torpeur. Ses habitants ont peut-être conservé dans le folklore local le souvenir de la Bête du Lyonnais qui terrorisa la région entre 1754 et 1756, faisant une trentaine de victimes, principalement des enfants, mais ce sont bien d’autres sujets qui occupent aujourd’hui les conversations depuis que le préfet du Rhône Michel Delpuech a, dans le cadre de l’article 8 de la loi relative à l’état d’urgence, décidé de fermer la salle de prière, dite « mosquée », située au 33 bis rue Gabriel Péri à l’Arbresle. « Prenez le centre de l’arbresle ,en direction de sain bel vous allez trouver un pont eh bien juste après le pont garer vous sur le parking a droite la mosquée est a 30seconde », peut-on encore lire sur le site du Guide musulman qui précise que les prêches s’effectuent en français et que la salle de prière comporte un espace pour les femmes.

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, il y avait, en 2012, 2.131 lieux de culte musulmans en France métropolitaine et 318 outre-mer. Il en existait 150 en 1976, 200 en 1979, 900 en 1985, 1035 en 1987 et 1 555 en 2001. Le nombre de mosquées en France a donc été multiplié par dix en l’espace de vingt-cinq ans, de 1979 à 2001. D’après les statistiques données par l’OCDE et le département des affaires économiques et sociales de l’ONU (Fondation Robert Schuman), le nombre d’immigrés s’est stabilisé à six millions et a augmenté plus graduellement à partir de 1980. L’immigration due au regroupement familial et l’installation durable d’une partie des migrants a remplacé la logique de l’immigration de travail qui avait cours jusqu’aux années 1970. Selon le ministère de l’Intérieur, la France compterait aujourd’hui 5 à 6 millions de Musulmans, un chiffre ramené à 4 millions de personnes de 18 à 50 ans se disant musulmanes selon l’INED. Selon les mêmes sources, un tiers environ de ceux que l’on sera bien obligé de nommer, faute d’une expression plus précise, des « personnes de culture musulmane », seraient pratiquants. En 2008, l’INED évoquait 2,1 millions de personnes, pour 11,5 millions de catholiques, qui disposent de 45 000 lieux de cultes en France. Mais parmi les lieux de prière musulmans, bien peu sont en réalité des mosquées et les deux tiers sont des salles de prières ne dépassant pas cent mètres carrés, apparaissant et disparaissant très facilement. Elles sont financées par les fidèles ou par des « donations » venues de France ou de l’étranger, dont l’encadrement peut poser problème, tout autant que l’origine, surtout quand elle est saoudienne. A la date du 29 juin 2015, il y avait en France, 393 projets de construction de Mosquées, dont trois dépassent le million d’euros : Bordeaux, Marseille et Mulhouse. La grande mosquée de Lyon, inaugurée le 30 septembre 1994, est sortie de terre en grande partie grâce à des fonds saoudiens. « L’Arabie Saoudite nous a accordé le financement qu’elle nous avait promis », rapportait le recteur de la grande mosquée de Lyon au site SaphirNews le 27 août 2014. Le rapport déposé au Sénat le 17 mars 2015 par Hervé Maurey, sénateur et maire de Bernay (Eure), a pointé du doigt quelques inquiétudes et souligné les avantages que pourrait avoir l’instauration d’un co-financement public complétant le financement par les fidèles, selon les élus locaux (toutes tendances confondues) consultés pour les besoins du rapport, qui ont confié avoir éprouvé : « l’impression d’une certaine opacité dans le financement des lieux de culte musulmans aujourd’hui (liens éventuels entre certains financeurs et des organisations terroristes) et la crainte de financement provenant directement d’Etats étrangers comme l’Algérie, l’Arabie Saoudite ou encore le Qatar (pour ne citer qu’eux) leur suggèrent de prendre des mesures claires afin de réguler ces situations. »

La première inquiétude provient de la nature de l’islam salafiste que l’Arabie Saoudite, notamment, finance à coups de pétrodollars depuis plus de vingt ans, et du risque de voir un islam français majoritairement sunnite basculer en partie sous l’influence de la « finance spirituelle » saoudienne. Si les grands projets de « mosquée-cathédrale » comme celle de Lyon ou de Marseille sont des symboles religieux très visibles, les multiples salles de prières (plus de 1500) sont disséminées non seulement dans les cités, comme celle des Minguettes à Vénissieux, fermée le 18 novembre, mais aussi dans les communes rurales, comme à L’Arbresle, visée aujourd’hui par une interdiction préfectorale. « Fréquentée par de nombreux salafistes, dont certains en relation avec des individus pouvant se trouver en Syrie, cette salle, dans le contexte actuel postérieur aux attentats de Paris, présente un risque sérieux d’atteinte à la sécurité et à l’ordre public », explique la Préfecture du Rhône. Le chercheur Samir Amghar estimait  en 2012 que : « Selon les renseignements généraux, les salafistes sont entre 12.000 et 15.000 en France, mais les salafistes jihadistes sont ultra-minoritaires », un avis pas nécessairement partagé par son collègue politologue Gilles Kepel, qui jugeait lui, dans le même article de La Dépêche « inquiétant, quand les salafistes imposent leurs règles, par exemple le port du voile intégral, aux autres musulmans ».

Le problème ne provient pas en effet nécessairement du nombre de salafistes mais de leur emprise discrète sur une communauté musulmane hétérogène. Emprise d’autant plus discrète qu’en dépit de la conviction partagée par les spécialistes du renseignement que le recrutement au sein des mosquées a été considérablement réduit depuis 2001 grâce à la surveillance exercée par les services de renseignements, encore faut-il que les pouvoirs publics aient parfaitement connaissance de l’existence d’une salle de prière et que la présence de radicaux salafistes puisse justifier la mobilisation d’une structure de renseignements. En ce sens, le dernier facteur qui complique dangereusement le phénomène est Internet. Depuis une dizaine d’années, on assiste en effet à la montée en puissance d’un islam radicalisé de nouvelle génération, un islam mutant, dont les pratiquants, souvent jeunes, attirés par les mirages romantico-nihilistes du djihadisme, vont parfaire leur progression politico-religieuse sur Internet avant même de mettre les pieds à la mosquée, ce qui rend l’évolution du phénomène encore plus difficile à surveiller. L’état d’urgence donne peut-être les moyens aux pouvoirs publics de lutter de façon très éphémère contre le radicalisme islamiste en menant des perquisitions et en prononçant des fermetures par arrêté préfectoral mais cette agitation soudaine a surtout pour effet de médiatiser le laisser-aller dont les autorités politiques portent aujourd’hui la responsabilité, tout autant l’administration de Nicolas Sarkozy que celle de François Hollande ou de Jacques Chirac d’ailleurs, pour ne pas remonter encore plus loin. Et quand la mosquée salafiste de L’Abresle ou des Minguettes est fermée, combien, comme celle de Lunel, sont restées trop longtemps en activité tandis que nos dirigeants continuaient – et continuent encore – à serrer la main des pourvoyeurs de fonds saoudiens. «  Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table », déclarait très récemment le juge Marc Trévidic. L’argent n’a peut-être pas d’odeur mais le djihadisme sent quand même fortement le pétrole.

*Photo: DR.

Climat: au bout des Lumières, le tunnel?

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climat écologie religion Lumières

climat écologie religion Lumières

André Malraux, au travers d’une citation si souvent galvaudée, nous avait prévenus que le XXIe siècle « serait religieux ou ne serait pas ». L’espérance communiste, religion de substitution, fut la grande passion du XXe siècle. Se prétendant matérialiste et scientifique, elle se revendiquait de l’héritage des Lumières. L’imposture s’est effondrée. La chute de l’URSS et La fin de l’histoire nous annoncèrent que pour notre Foule sentimentale, l’horizon indépassable était l’extension indéfinie de la sphère marchande. Le problème, comme l’a relevé Alain Souchon, c’est que cette foule « a soif d’idéal, attirée par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Les religions en place y ont vu une opportunité pour essayer de reprendre du poil de la bête. La montée de l’islam politique a été considérée comme le principal symptôme de ce qu’annonçait Malraux. Mais en fait, de nouvelles croyances ont surgi. Et c’est là que « les Lumières » ont commencé à baisser.

Par leur engagement contre les oppressions religieuses et politiques, les représentants du mouvement des Lumières se voyaient comme une élite avancée, œuvrant pour un progrès du monde. Affrontant à l’aide de la raison l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés, ils voulaient procéder au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. Ébranlant les certitudes anciennes, ils ont tracé une route empruntée par les deux siècles suivants, qui accouchèrent à partir de cet élan des révolutions industrielle, scientifique et technique, remises en cause désormais par de nouvelles croyances.

La plus intéressante est celle qui prend racine dans la prise de conscience écologique. D’abord, parce que les prémices qui y poussent sont fondés. L’humanité, devenue espèce invasive, pourrait voir son succès reproductif remis en cause par les raisons mêmes qui l’ont produit. En un mot, nous foutons le bordel dans notre maison. Depuis quatre milliards d’années la planète en a vu d’autres, et dans les cinq prochains elle en verra d’autres. Mais là, il s’agit de nous-mêmes et de nos enfants, et ce serait une bonne idée de s’en préoccuper. En tentant de préférence d’échapper aux mauvaises habitudes, comme le retour à la pensée magique, l’effacement de la raison, la peur de la science et de la technique, et la sacralisation de nouveaux totems. Malheureusement, une nouvelle religion s’impose : celle de Gaïa, notre planète, la déesse mère, dont on nous serine absolument tous les jours qu’il faut la respecter et la sauver. Beaucoup y voient une nouvelle idéologie. C’est plus que ça.

Ainsi le nouveau culte de la planète-mère semble bien lié à la mondialisation. Nos identités de rattachement ne sont pas si nombreuses. Depuis une trentaine d’années, aux anciennes de la famille et du territoire national est venue s’ajouter celle de l’appartenance à un monde globalisé. Et cette appartenance a besoin de ciment et de foi. Le culte de la planète mère va-t-il faire l’affaire ? L’utilité politique de croyances communes, pour souder une société politique, est une évidence historique. À Constantinople, l’empereur Théodose, pragmatique, avait fait du christianisme la religion de l’Empire Romain en 380 après J.-C. Recevant une délégation d’évêques venus de Gaza pour se plaindre du manque de piété de leurs ouailles, il avait répondu : « Certes, mais les impôts rentrent bien, c’est le principal. »

La première étape de cette transformation fut de disqualifier la science dont le « culte » nous avait conduits à cette situation angoissante : montée de la pensée magique, succès étonnant de charlatans médiatiques, expression de peurs irrationnelles, auxquelles intellectuels et scientifiques ont tenté de réagir. L’anathème est immédiatement tombé : « scientistes » ! La science – coupable de tous les maux puisqu’à l’origine du développement invasif de l’espèce humaine – s’est retrouvée disqualifiée. Et avec elle la méthode scientifique a été invalidée. Un relativisme ravageur en a fait un récit parmi d’autres.

Les OGM, par exemple, dont le refus relève d’un réflexe de peur de la manipulation du vivant. La démarche des opposants ne reposait pas sur une démarche scientifique. La science a démontré que la nature procède elle-même à la modification génétique, jusqu’à la création d’OGM « naturels ». Et que leur utilisation déjà ancienne n’a jamais eu de conséquences négatives ni sur la santé ni sur l’environnement. Au contraire, si l’on pense à l’affaire du  « riz doré ». Au discours scientifique, furent alors opposés des discours directement politiques ou religieux. Les OGM c’est le capitalisme prédateur pour les uns, la manipulation du vivant donc de l’œuvre de Dieu pour les autres. Ou les deux à la fois. Vade retro Satanas !

La question du « réchauffement climatique » représente une autre étape et le clou suivant enfoncé sur le cercueil de la pensée des Lumières. Nous ne nous prononcerons pas ici sur la réalité de ce réchauffement et sur le caractère anthropique de son origine. De toute façon, le débat raisonné est désormais impossible, il sera bientôt interdit.

Car derrière lui se profilent enjeux économiques, géostratégiques et politiques, au cœur desquels se trouve la contradiction économique entre le Nord et le Sud.

Singulière ruse de l’Histoire, l’Occident a inversé l’équation. La nouvelle religion reposera sur la science – mais une science officielle figée, non discutable – en rassemblant laboratoires et scientifiques de nombreux pays, dans une instance intergouvernementale, par conséquent politique. Sur la base d’une orientation fixée au préalable, le GIEC est devenu le support de l’expression d’une « vérité scientifique » qui doit s’imposer à tous. La bonne foi des scientifiques du GIEC n’est pas en cause. Simplement, les budgets, les subventions, les carrières sont fonctions du camp choisi. Les sceptiques ou les opposants sont vilipendés, ostracisés, ridiculisés. Et bien sûr systématiquement accusés d’être payés par les lobbies. Le réchauffement climatique est peut-être une réalité, mais il est aujourd’hui interdit ne serait-ce que d’en douter. Et là se loge le renversement. Le nouveau dogme est fondé sur la science, mais au détriment de la méthode scientifique qui impose le doute et la remise en cause. Nous avions eu sous Staline la « science prolétarienne », il faut désormais adhérer à la « science citoyenne », où ce qui compte est moins la compréhension d’une réalité scientifique difficile  que l’adhésion du plus grand nombre. Une équipe de chercheurs s’est penchée sur les rapports du GIEC et leurs synthèses, rédigés à l’attention des gouvernants. Ils en ont conclu que « même des textes d’Albert Einstein » étaient plus faciles d’accès, et « ils sont si difficiles à comprendre qu’il faut un doctorat au minimum pour en saisir les recommandations ». Qu’à cela ne tienne, l’argument d’autorité devrait suffire.

Comme toujours, il faut à la nouvelle religion culpabiliser l’homme, d’où vient tout le mal, et lui indiquer le chemin de la rédemption. Identifier les hérésies, chasser et punir les hérétiques. Les sceptiques, dubitatifs, interrogatifs sont des « connards » nous dira NKM, doivent être fichés affirme Corinne Lepage, virés de leur boulot dit-on à France2, sont des « négationnistes » assènent les ahuris, des criminels méritant la prison salivent les amateurs de punitions. En attendant pire. Il s’agit d’un phénomène classique, dont la religion chrétienne a donné un bon exemple lorsqu’elle est devenue religion de l’empire romain. Il y eut beaucoup plus d’exécutions pour hérésie dans les trois siècles qui suivirent son avènement comme religion d’État que de martyrs chrétiens dans les trois qui l’ont précédé.

Autre exigence, débusquer le Diable. Jacques Ellul, précurseur et gourou post-mortem l’avait vu dans l’avènement de la « technique ». Pour les OGM, ce sera Monsanto qui, pour gagner du temps, aurait dû s’appeler Monsatan. Pour le réchauffement, les anges déchus sont plus nombreux : lobbies pétroliers, scientifiques dévoyés, Chinois avides de consommation, Africains corrompus… Et enfin, il faudra béatifier quelques originaux, adeptes de fausses sciences et de nouvelles ascèses.

Le débat est rendu très difficile, sinon impossible, par l’utilisation massive de l’argument d’autorité. Car cette fois-ci, le dogme est nous dit-on s.c.i.e.n.t.f.i.q.u.e. Situation assez étonnante, on voit dans un phénomène aux connotations religieuses évidentes l’affirmation d’une vérité non plus révélée, mais désormais prouvée. J’avais pourtant retenu de l’enseignement des Lumières qu’il y avait des méthodes, des hypothèses, des découvertes et des théories scientifiques, mais pas de vérité  définitive. Ce retour de la pensée magique veut nous dire le contraire.

*Photo : 00732616_000017.

Black Blocs: Il faut des méchants pour justifier l’état d’urgence

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black blocs etat urgence cop

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Les Black Blocs sont devenus, ce matin, les nouveaux profanateurs de sépulture. Je ne sais pas si, comme l’écrit l’ami Daoud, ils sont les idiots utiles de l’Etat et les meilleurs amis de l’ordre qu’ils prétendent contester. Je ne sais pas non plus si les 323 interpellations et gardes à vue qui ont suivi cette manif concernaient toutes des  Black blocs. Mais  ils sont devenus les Fantômas fantasmatiques de la frange radicale d’une jeunesse qui refuse encore et toujours, et par tous les moyens, la logique mortifère des modes de production de ce temps, de l’organisation étatique qu’ils induisent et du discours médiatique qui va avec.

Quelques remarques, donc, sur ces travailleurs du négatif, ces Goldstein de nos post-démocraties modernes, Goldstein étant l’incarnation de l’ennemi prévu par Big Brother lui-même dans 1984. Daoud nous parle d’une de leurs premières apparitions médiatiques et nous annonce qu’ils ont, à Gênes en 2001, sciemment amené l’un des leurs à la mort. Je ne suis pas certain que la famille de Carlo Giulani soit tout à fait d’accord avec cette analyse.

D’autre part, il ne faut jamais oublier qu’à Gênes en 2001 comme sur la place de la République ce dimanche 29 novembre, ce ne sont pas les manifestants qui créent le degré de violence d’une manifestation mais les forces de l’ordre elles-mêmes et surtout ceux qui les commandent. Ou, pour dire les choses autrement, c’est la police qui décide comment et si une manifestation dégénère. Rappelons-nous du 11 janvier, il n’y a eu ni Black Blocs, ni voyous, ni casseurs alors que plusieurs millions de personnes ont manifesté.

Le gouvernement italien, lors du sommet du G8, avait entièrement bouclé la ville, y compris par de véritables barrières infranchissables. Comme les manifestants, qui n’étaient pas tous des Black Blocs, loin de là, ont voulu quand même passer, les heurts violents étaient inévitables ainsi que la répression qui s’en est suivie après la mort de Carlo Giulani. Le film Diaz, un crime d’Etat montre d’ailleurs bien comment la police italienne, en attaquant froidement les locaux où vivaient les manifestants, les ont systématiquement bastonnés puis les ont suivis jusque dans les hôpitaux pour les matraquer sur leur lit avant d’enfermer les blessés en prison pour des interrogatoires serrés. Le scandale a été énorme mais vite étouffé. Depuis, les G8 se déroulent dans des endroits de plus en plus inaccessibles où l’on n’est plus dérangé par les citoyens…

Ce qui s’est passé hier à République est du même ordre, même si cela n’a pas atteint l’intensité de Gênes. Il est évident qu’une manif interdite au nom de l’état d’urgence prolongé dont on n’a pas besoin d’être un Black Bloc pour vouloir qu’elle se déroule quand même et que la COP 21 ne se réduise pas à un huis-clos diplomatique, va forcément connaître des heurts. Elles se sont pourtant déroulées calmement ailleurs, à Lille, par exemple, avec 2000 personnes, parce que la police a eu la sagesse de « faire comme si ».

À Paris, les heurts étaient d’autant plus prévisibles qu’il n’y a pas besoin, non plus, d’être Black Bloc pour refuser l’état d’urgence à géométrie variable qui cible pour l’essentiel le mouvement social, les zadistes, les alter, les écolos plus ou moins libertaires mais qui laisse, comme à Lille, le marché de Noël se dérouler tranquillement et qui n’utilise aucune mesure particulière pour filtrer les entrées dans les hypermarchés ouverts le dimanche en ces approches de Noël.

Et puis, comme si tout cela ne suffisait pas, il faut que les Blacks Blocs soient de fait, non seulement des violents, mais des salauds. Et de se mettre en place un story-telling médiatico-politique pour dénoncer leur « profanation » du « mémorial » aux morts du 13 novembre. Décidément, ils ne respectent rien. Dans une inversion assez étonnante, ils deviennent autant de Créon de ces pures Antigone que seraient la police et les « bons » manifestants.

On oublie simplement que les Black Blocks, quand ils lancent des objets sur les CRS, choisissent rarement des bougies, plutôt des boulons. D’après les premiers témoignages, ce n’est pas la police qui a protégé le « mémorial », mais d’autres manifestants.

Bref, comme le dit Georgio Agamben : « La seule véritable anarchie est celle du pouvoir. »

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732558_000006.

Pour l’UNEF, traquer «l’ennemi intérieur» est une «dérive guerrière et sécuritaire»

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Un Appel intitulé « La génération de la crise ne sera pas celle de la guerre ! » vient d’être lancé ce dimanche par l’UNEF, les Jeunes Communistes, les Jeunes CGT, la JOC, le MRJC, l’UNL, la maison des potes, les jeunes écolos, DIDF-jeunes, le Parti de Gauche, Ensemble et les JRG.

Comme de bien entendu les mots « islamistes » ou « islamisme » sont absents du texte.

Comme de bien entendu on y met solennellement en garde contre « l’état d’urgence permanent ».

Comme de bien entendu on y explique que « s’il y a bien une situation qui mérite l’état d’urgence, c’est celle des jeunes en France victimes de discriminations. Nous pensons à tous les jeunes victimes de racisme au quotidien, de contrôles au faciès, de discriminations à l’embauche. La jeunesse risque de souffrir de la récupération politique des forces réactionnaires et de l’extrême droite à la suite de ces attentats. Mais aussi les jeunes de quartiers populaires ou de territoires ruraux délaissés, victimes de discriminations territoriales, les femmes victimes du sexisme, les jeunes discriminés pour leur identité sexuelle… »

Une petite surprise cependant dans cet appel rédigé comme en écriture automatique : on y dénonce aussi « une dérive guerrière et sécuritaire, qui traduit la montée de la violence et la recherche d’un ennemi intérieur ».

Un épouvantail, un fantasme, un hoax, « l’ennemi intérieur » ? Une dérive guerrière que de vouloir le traquer ?

Comme disait Jean Ferrat à propos des fils-à-papa soixante-huitards : « Vous vous dites la jeunesse, pauvres petits cons ! »

Laurent Ruquier: terreur sur l’Hexagone

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Il est étrange, en des temps troublés, de suivre une émission  comme « On n’est pas couché » : l’électrochoc qui a secoué la France dans la nuit du 13 novembre n’a visiblement pas ébranlé les animateurs, ni même les invités. Comme si passer dans la petite lucarne immunisait contre tous les malheurs du monde et conduisait à reproduire ad aeternam les mêmes clichés et à poser les mêmes questions ineptes, dont Léa Salamé et Yann Moix sont devenus au fil des mois les dérisoires incarnations. Évidemment, on peut toujours prendre plaisir, un plaisir pervers, à entendre Yann Moix lire Charles Péguy à haute voix sur un ton grandiloquent et répéter que les musulmans n’ont rien à voir avec l’islam politique. Évidemment, on peut toujours sourire aux minauderies de Léa Salamé qui, comme une enfant, cherche  par tous les moyens à attirer l’attention de son papa en lui serinant, « Dis papa, pourquoi  on vend des armes à l’Arabie Saoudite ? »
Le papa, en l’occurrence, était le maire de Pau, François Bayrou, un homme qui aime bien être photographié sur son tracteur entouré de ses six enfants. Il ne désespère pas d’être un jour une sorte d’Alain Juppé bis, le dernier recours de la Nation. Personne ne croit autant en lui que lui-même. Il dégage une forme d’autosatisfaction qui fait plaisir à voir et qui serait même contagieuse s’il était en mesure de nous épargner les banalités d’usage. À lui seul, il résume cette haute fonction publique omnisciente et souvent inculte qui gangrène la France. C’est elle justement qu’attaque au vitriol Gilles Kepel, le meilleur spécialiste du discours djihadiste et de l’islam en France dans Terreur sur l’Hexagone, son dernier livre qui devait sortir en janvier chez Gallimard et qui sera en vente dès le 15 décembre. Voilà au moins un joli cadeau de Noël que nous devons aux djihadistes. Gilles Kepel n’est pas loin de penser avec Michel Houellebecq ou avec Ivan Rioufol que la situation fâcheuse – un euphémisme – dans laquelle nous nous trouvons a des responsables politiques parmi lesquels l’insignifiant opportuniste qui nous tient lieu de chef de l’Etat et le demeuré congénital qui lui fait office de Premier ministre  (ce sont les mots de Houellebecq qu’on éprouve toujours un malin plaisir à citer). Au moins, Kepel et Houellebecq relèvent le défi lancé par l’islam, pas comme le pleutre Michel Onfray qui a renoncé à publier son essai Penser l’ Islam en janvier chez Grasset.

Il n’y a pas que Péguy, ai-je envie de dire à Yann Moix, il y a aussi Karl Kraus dont Les Derniers Jours de l’humanité sont autant de tableaux ouvrant sur des centaines d’enfers. « On n’est pas couché » est devenu l’enfer de l’insignifiance. Je me permettrai donc, en tant que Viennois (de l’empire austro-hongrois bien sûr) de conseiller la lecture des Monologues du Râleur et de l’Optimiste (aux éditions Agone) de Karl Kraus, dialogues qui débutent ainsi pour le plus vif plaisir de Léa Salamé (et là je n’invente rien) :

L’OPTIMISTE : Vous pouvez vous estimer heureux. En Syrie, une infirmière de la Croix-Rouge, dont la voiture a roulé encore quelques mètres, a été abattue.

LE RÂLEUR : On a donné la force armée à l’esclave. Sa nature ne le supporte pas. Il est comme le mendiant qui montre des plaies qu’il n’a pas reçues.