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Molenbeek, le Waterloo de la gauche belge

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En Belgique, la gauche ne s’est pas contentée, comme le think tank Terra Nova en France, de conceptualiser la figure de l’immigré, nouveau prolétaire appelé à remplacer une classe ouvrière déclinante. Depuis vingt ans, Bruxelles est devenue le laboratoire du communautarisme ethnique et religieux. Dopée au cocktail détonnant du multiculturalisme et du déni des réalités, la capitale belge est également devenue celle de l’islamisme radical en Europe et une base arrière du terrorisme djihadiste. Le problème est loin de se résumer à Molenbeek, aujourd’hui symbole de toutes les dérives.

Comment en est-on arrivé là ? Immigration incontrôlée et communautarisme ont causé un dérapage. Pas un de ces petits « dérapages » que les médias belges autant que français aiment traquer avec jouissance. Plutôt une sortie de route fracassante et une collision de valeurs avec des conséquences funestes. Rapportée à la taille de sa population, la Belgique est le pays qui fournit le plus de djihadistes à la Syrie et à… l’Europe. Pourquoi ? Le monde politique belge préfère éviter de se poser la question.

Tentons une explication. L’immigration massive et incontrôlée est une première réponse. Depuis les années 2000, la Belgique, et Bruxelles en particulier, a connu un choc migratoire, pudiquement qualifié de « démographique ».[access capability= »lire_inedits »] En douze ans, plus d’un million de personnes ont immigré dans un pays d’à peine dix millions d’habitants[1. Une partie de cette immigration est d’origine européenne, un élément souvent mis en avant pour masquer l’importance de sa dimension extra-européenne. La population de Molenbeek a augmenté de 30 % en quinze ans, une croissance due en grande partie à une immigration en provenance du Maghreb.]. Sur cette période, en pourcentage, le solde migratoire est quatre fois plus important que celui de la France et de l’Allemagne, et dépasse celui des pays traditionnels d’immigration comme les États-Unis ou le Canada. Regroupement familial (50 % de l’immigration !), mariages blancs, régularisation des clandestins, générosité du système social, acquisition de la nationalité facilitée jusqu’à l’absurde (une simple preuve de résidence suffit à devenir belge), toutes les politiques publiques se renforcent mutuellement pour transformer la population et la physionomie des villes du royaume. Aucun débat public n’accompagne cette évolution majeure[2. Il faudra attendre 2014 et un gouvernement de centre droit dont, pour la première fois depuis vingt ans, les socialistes sont exclus, pour inverser la tendance… avant que la crise des réfugiés ne remette en cause ce tournant.].

S’y ajoute une marche forcée vers le communautarisme. Au pays de Magritte, point de politique d’intégration. Le terme même est contesté, la gauche lui préférant celui d’« inclusion sociale », qui a l’avantage de transférer l’obligation d’intégration du migrant vers la société d’accueil.

Le problème culturel que constitue l’arrivée massive de populations musulmanes, surtout marocaines et turques, a été nié. Sans problème, il ne peut y avoir de solution. L’intégration était censée se faire naturellement grâce au miracle du brassage multiculturel. Il suffisait de l’encourager par des fonds publics et en muselant, par l’accusation d’islamophobie ou de racisme, le téméraire qui oserait le contester. À Molenbeek, ces politiques ont été poussées au paroxysme par les édiles locaux. Visites dans les mosquées, subventions versées à des associations musulmanes, mise à disposition des locaux publics pour des écoles coraniques, grands frères transformés en agents communaux, clientélisme, candidats aux élections proches des mosquées, participation aux fêtes musulmanes (mais jamais à celles catholiques) ainsi qu’à des défilés anti-israéliens où l’on scande des slogans antisémites, sans jamais les condamner.

Un climat de tolérance s’y est instauré, par rapport aux infractions à la loi, à la multiplication des mosquées (une cinquantaine à Molenbeek pour 100.000 habitants), aux discours salafistes et extrémistes. Certains quartiers sont devenus peu à peu des zones de non-droit. De tolérance en renoncements, un terreau favorable au développement de l’islamisme radical puis aux apprentis terroristes s’est progressivement créé.

Encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg. Sous le radar de la presse et du monde politique, ce sont les valeurs démocratiques qui souffrent en silence dans ces quartiers. La liberté élémentaire d’aller et venir en portant une tenue de son choix n’existe plus, sauf si, comme plus de la moitié des femmes, on porte le voile. La liberté d’exposer des œuvres de nus est inconcevable. Celle d’exprimer une opinion dissonante de la majorité sociologique non plus.

Sexisme et homophobie sont bien présents. Un antisémitisme virulent, généralisé mais nié, sévit dans ces quartiers. Les professeurs identifiés comme juifs ont dû partir. En 2013, l’école juive Maïmonide a décidé de quitter Anderlecht, la ville du célèbre club de football voisine de Molenbeek. Le monument aux déportés juifs qui s’y trouve doit être protégé sous peine d’être vandalisé. Récemment, les écoles publiques de la Ville de Bruxelles[2. La Région de Bruxelles-Capitale est composée de 19 communes dont la ville de Bruxelles, mais aussi Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek, Saint-Josse où, avec Bruxelles, les problèmes de communautarisme sont les plus aigus. Contrairement à la France, les quartiers à problèmes ne sont pas situés dans les banlieues mais au cœur des grandes villes. Il en va de même à Anvers, Liège, Verviers, Charleroi, etc.] sont devenues Judenrein[3. La Commission Bouchard-Taylor a été créée le 8 février 2007 par le Premier ministre du Québec afin d’examiner les questions liées aux accommodements raisonnables consentis au Québec.], le dernier enfant juif ayant quitté ces écoles, à la suite des intimidations de ses « camarades » musulmans. L’histoire de la Shoah n’y est plus enseignée. Un député socialiste de Molenbeek a même pu traiter l’expert en terrorisme Claude Moniquet de « crapule sioniste » sans encourir la moindre sanction. Cerise sur le gâteau, le PS local a produit il y a deux ans une caricature antisémite sur une affiche invitant à un débat. Le décalage entre les discours officiels lors des commémorations de la Shoah – attribuant l’antisémitisme contemporain à l’extrême droite – et la réalité de son contexte musulman dans les quartiers devient abyssal.

Outre cet antisémitisme presque identitaire, l’échec de l’intégration a créé le communautarisme qui lui-même a favorisé le développement de courants radicaux et fondamentalistes qui ont, parfois, sombré dans la violence.

En Wallonie et à Bruxelles, contrairement à la Flandre, le monde politique belge francophone est dominé par la gauche. Le Parti socialiste, le cdH – Centre démocrate humaniste (sic), d’inspiration sociale-chrétienne – et les écologistes (Ecolo) sont, ensemble, largement majoritaires. Pour capter ce nouveau vote immigré – 40 % environ de la population bruxelloise est désormais musulmane –, ils se sont lancés dans une surenchère permanente.

Ecolo est ainsi devenu le champion des « accommodements raisonnables », sur le modèle canadien, issu de la Commission Bouchard-Taylor[4. La Commission Bouchard-Taylor a été créée le 8 février 2007 par le Premier ministre du Québec afin d’examiner les questions liées aux accommodements raisonnables consentis au Québec.]. Le PS compte aujourd’hui une majorité d’élus d’origine étrangère, dont l’élection dépend souvent d’un vote exclusivement communautaire. On trouve désormais des tracts électoraux rédigés en turc, ourdou, arabe… Des candidats utilisent la liste des électeurs pour ne cibler que les Turcs, Congolais, Pakistanais ou autres.

En 2009, le cdH, le parti démocrate-chrétien, fit élire la première femme voilée dans un Parlement européen. La députée belge Mahinur Özdemir, proche du président turc Erdogan, a ainsi joué un rôle important pour faire régresser le statut des femmes en Turquie. Après tout, si le voile est autorisé au Parlement belge, pourquoi ne pas l’autoriser en Turquie où, suivant la ligne d’Atatürk, il était interdit ? Longtemps, la ministre de l’Intérieur de ce parti a traité les départs de jeunes Belges en Syrie sous un angle humanitaire, les présentant comme des victimes de la société plutôt que comme de dangereux terroristes. Elle a été jusqu’à faciliter le retour de Syrie d’une femme enceinte de son compagnon djihadiste, afin qu’elle puisse « accoucher en Belgique dans de bonnes conditions ». Aujourd’hui ministre de l’Enseignement, elle ferme les yeux sur le non-respect des obligations scolaires dans les écoles de ces quartiers : les absences des filles aux cours de sport, les difficultés d’enseigner certaines matières telles que la biologie (Darwin), le français (Voltaire) ou l’histoire de l’art (cachez ces nus indécents!).

La responsabilité de la gauche dans cette descente aux enfers est écrasante, mais elle l’a fait dans un climat médiatique et intellectuel, favorable et complaisant. Les quelques universitaires qui travaillent sur ces questions sont davantage des militants du multiculturalisme que des chercheurs rigoureux. Selon eux, « la Wallonie et Bruxelles sont vouées à être diversifiées tant culturellement qu’au plan des identifications collectives ». Il y a donc lieu de reconnaître ces nouvelles identités et « le fait communautaire » : « c’est la raison pour laquelle nous préférons parler de citoyenneté multiculturelle plutôt qu’interculturelle ». Une évolution dont pourtant la majorité de la population ne veut à aucun prix, mais elle n’a pas vraiment voix au chapitre.

Médias, intellectuels, politiques ont cultivé le mythe du vivre-ensemble et de Bruxelles comme modèle de diversité multiculturelle. Par adhésion à un concept où il fallait à chaque incident « éviter de jeter de l’huile sur le feu », les problèmes ont été minimisés, voire niés[5. Pour ne pas être systématiquement écarté du pouvoir, le parti libéral de centre-droit auquel j’appartiens n’a pas toujours non plus dénoncé assez haut et fort les dérives communautaristes.]. L’immigration de masse couplée à l’absence de politique d’immigration dans un contexte de montée en puissance de l’islamisme s’est transformée en poison mortel.

Il faut ajouter à ces facteurs le morcellement des compétences et même le délitement de l’État belge, ainsi que la présence de coalitions politiques différentes aux nombreux niveaux de pouvoir qui empêchent de mener une politique cohérente contre le radicalisme. L’immigration est ainsi une compétence fédérale, tandis que l’intégration relève des Régions et l’enseignement des Communautés!

Du côté francophone du pays, le système éducatif est encore plus sinistré qu’en France. Des dizaines de milliers de jeunes, surtout issus de l’immigration, végètent dans des « classes poubelles » sans perspective d’obtenir un diplôme valorisé sur le marché de l’emploi. Dans certains quartiers, le chômage des jeunes atteint 40 %. Si souvent invoquée, l’explication sociale du radicalisme – l’arbre qui cache la forêt de la dimension politico-religieuse de l’islamisme radical – ne tient cependant pas quand on analyse le parcours de la majorité des djihadistes.

Avant de céder aux charmes du communautarisme prôné par Terra Nova ou d’autres, la France ferait bien d’analyser de près le « modèle bruxellois », longtemps présenté comme une réussite au prix d’une fable digne d’Orwell. Ou plutôt d’une farce qui se termine en tragédie.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21824206_000012.

Algérie: un footballeur puni pour avoir soutenu les victimes des attentats de Paris

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Lofti Dif attentats de Paris

Grâce au site Liberté-Algérie, on vient de prendre connaissance des déboires du footballeur  Lofti Dif. Tout commence le 27 novembre denier, en plein match. Lofti, l’avant centre du Ca-Batna (Ligue 2) était fou de joie, il venait de marquer un but contre L’ASA Chlef.

Comme le font beaucoup de joueurs du monde entier dans ce cas-là, après les embrassades, il soulève son maillot pour laisser apparaître son t-shirt, sur lequel est inscrit un message. Un petit message qui nous va d’ailleurs droit au cœur : « ICI, C PARIS ». Les choses auraient pu en rester là. Mais non !

D’après nos confrères de Liberté-Algérie, cet anodin message de solidarité avec les victimes des attentas islamistes du 13 novembre a déclenché la colère des dirigeants du club : « La direction du CA Batna a, en effet, suspendu, à titre conservatoire, et ce jusqu’à nouvel ordre, le joueur juste après la confrontation, en lui infligeant, en sus, une amende. »

Nos insolents confrères algériens enfoncent le clou avec une question qui n’en est pas vraiment une : « Si le joueur avait exprimé un soutien à la population de Gaza, aurait-il reçu la même punition ? »

Si le jeune Lofti est empêché de jouer encore longtemps dans son pays, je serai ravi que la France lui offre l’asile footballistique et lui accorde une naturalisation express dans la foulée. On pourrait alors l’intégrer dans l’Equipe de France où, paraît-il, il y a une place vacante à l’avant. Je ne sais pas si, techniquement, Lofti est à la hauteur, mais au moins lui, il sait se tenir !

Benzema, forcément coupable?

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Karim Benzema Mathieu Valbuena Justice médias

Hier soir au 20 heures, foin d’État d’urgence, de djihadisme ou de fin des temps climatique. Il fallait laisser la place à l’essentiel. Nous fûmes relancés toute la journée à grand son de trompe pour ne surtout pas rater l’événement : « Sextape, Benzema va parler ». Il a effectivement débité un texte appris par cœur, aux éléments de langage soigneusement usinés. Ce qui ne servira à rien, si ce n’est à alimenter la chronique déchaînée.

Intéressante, cette affaire, en ce qu’elle raconte de passablement déplaisant sur nous. Concernant Karim Benzema, celui-ci a droit à son lynchage médiatique géant en attendant pire. La planète entière, France comprise, se gave de la religion football. Cela fait vivre pas mal de monde et surtout brasse des fortunes. Alors pour nous permettre de nous purifier de cette passion douteuse, il faut offrir au public un petit sacrifice de bouc émissaire de temps en temps. René Girard nous l’a bien expliqué. Cela tombe sur Benzema, parce que c’est vrai qu’il exagère quand même celui-là. Arabe et musulman, gamin des cités acculturé issu de la racaille et privé d’adolescence. Fournissant un travail acharné, qui lui permet d’accéder au haut niveau et de toucher l’argent qui va avec. C’est-à-dire beaucoup. En ce moment, tout cela, ce n’est quand même pas très malin. Parce qu’en France, l’argent on n’aime pas trop. Enfin celui des autres, et encore moins si c’est un arabe.

Il y en a énormément que ça met en rage, en général les mêmes qui se pressent au stade et passent leur vie devant la télé. Benzema aggrave son cas en étant perpétuellement maussade et peu sympathique, pratiquant un jeu qui, pour être efficace, n’est guère spectaculaire. Malgré son nouveau statut et sa fortune, il a gardé la mentalité de la cité et les amis qui vont avec. La petite cour délétère qui fatalement va tourner autour de ce loto ambulant.

Assumant naïvement le statut de mercenaire des joueurs d’aujourd’hui, et par une phrase sortie de son contexte, il a dit son attachement à l’Algérie, pays de ses parents, et le caractère essentiellement sportif de sa contribution à l’équipe de France. À chaque sortie de celle-ci, comme en plus il ne chante pas la Marseillaise, il prend cher. Retourne dans ton pays, blasphémateur ! Alors l’affaire qui vient de lui tomber dessus est une aubaine. Lui qui s’était déjà pris une jolie séquence médiatico-judiciaire avec l’affaire Zahia dont il faut quand même rappeler qu’après quatre ans d’instruction médiatisée pour une frasque sexuelle, il avait été relaxé après que le procureur à l’audience lui eut présenté ses excuses pour cette procédure débile.

Pour Benzema saison II, à nouveau une histoire de sexe, l’enquête et l’instruction sont comme d’habitude faites dans la rue. On se reportera donc aux informations disponibles, essentiellement dans le quotidien vespéral de référence, à la pointe du combat dans ce dossier. Si l’on comprend bien Valbuena, son camarade en équipe de France se serait fait dérober une vidéo de ses ébats sexuels avec sa compagne enregistrée sur son portable, et aurait été victime d’un chantage : la destruction de la vidéo contre une remise d’argent. Benzema est accusé d’avoir joué les intermédiaires entre les maîtres chanteurs et Valbuena. On est en matière pénale, et les éléments dont j’ai pu avoir connaissance me semblent pour l’instant insuffisants pour caractériser une infraction. De toute façon, cette question devrait relever des magistrats qui auront à en connaître et non pas du tribunal médiatique. Lequel alimente quotidiennement la meute, bien décidée à déchiqueter la proie qu’on vient de lui jeter. Parmi les aboyeurs se trouvent des personnes qui auraient peut-être été bien avisées de rester discrètes. Un Premier ministre par exemple, probablement très occupé ces temps-ci, mais qui a quand même trouvé le temps de déclarer Benzema coupable d’une faute morale, et ne devant plus faire partie de l’équipe de France. Il est vrai que sur le plan de la morale, utilisateur des moyens aériens de la République pour ses escapades footbalistiques en famille, Manuel Valls est idéalement placé. On pense aussi à Camille Lacourt qui, sans rien connaître du dossier, a jugé nécessaire de frapper son camarade sportif à terre. Vous avez tout pour vous Monsieur Lacourt, champion du monde de natation encore plus beau qu’Alain Delon au même âge, marié à une Miss France, concentré de grâce et d’intelligence, vous auriez vraiment pu vous dispenser de cette inélégance. Et puis vous savez, la vie est longue et elle n’est pas toujours tendre…

Tenons-en  nous là pour les aboyeurs déjà fort nombreux, et passons maintenant aux ineffables Plic et Ploc. Ce sont les deux journalistes du Monde, gratifiés par leur journal du nom ronflant « d’enquêteurs ». Gerard Davet et David Lhomme forment un duo qui a accédé à une certaine forme de notoriété pour avoir été à la pointe de la chasse au Sarkozy. Non pas qu’ils aient été les seuls, mais ils ont bénéficié de certains privilèges qui leur permettaient d’accéder aux pièces de différents dossiers avant même les avocats de la défense. De ces fuites, ils firent bon usage et remplirent leurs colonnes d’extraits, de citations tronquées, de commentaires orientés, destinés à convaincre le lecteur que Nicolas Sarkozy était un bandit de grand chemin et que la justice allait nous en débarrasser. Ils ont cependant fini par faire une grosse bêtise. Ils ont rapporté dans un livre une conversation avec Jean-Pierre Jouyet au cours de laquelle celui-ci leur aurait confirmé que dans l’affaire de l’amende électorale payée par l’UMP, il avait fait l’objet d’une démarche pressante de François Fillon pour accélérer la procédure pénale contre l’ancien Président. Évidemment, Jouyet a dû démentir. Et c’est là que nos duettistes ont fait très fort en produisant un enregistrement de la conversation réalisée à l’insu de Jouyet, qui n’a pas vraiment apprécié. Résultat, ils sont donc rapidement devenus tricards : fin des entretiens réguliers à l’Élysée avec François Hollande et tarissement  des sources qui alimentaient leur petit fleuve tranquille.

Ils viennent de revenir à la lumière, mais cette fois-ci pour une chasse au très petit gibier. Faute de grives, on mange non pas des merles mais de petits insectes. Malheureusement toujours avec les mêmes méthodes : publications de procès-verbaux, d’extraits tronqués, d’analyses tendancieuses, occupation des plateaux télé pour y délivrer leurs réquisitions. Ils ne vont pas attendre celles du procureur chargé de l’affaire. Ils savent bien, eux, que Benzema est coupable. Et une fois de plus, on assiste au spectacle de la violation quotidienne de libertés publiques fondamentales. Secret de l’instruction, présomption d’innocence, en attendant le secret professionnel des avocats comme pour Sarkozy, tout cela gaiement foulé aux pieds, sans que, comme d’habitude cela n’arrache une remarque à ceux que l’on entend beaucoup sur les dangers de l’état d’urgence. L’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme sur le « droit au procès équitable » et les règles de la procédure pénale française censées protéger les libertés individuelles ? On ne va quand même pas s’encombrer avec ça, quand il y a de l’audience à faire et que l’on tape sur un footeux mal dégrossi, ce qui ne présente aucun danger.

Voyez-vous, Monsieur Benzema, je ne sais pas ce qui s’est passé et dit à Clairefontaine entre Valbuena et vous, et d’ailleurs je m’en fous. Ce que je vois c’est que vous allez vers des moments difficiles. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les réseaux pour y voir la meute montrer son vilain visage. Nombreux sont ceux, Premier ministre en tête, qui veulent votre exclusion de l’équipe de France. Je pense que c’est acquis, mais ils ne s’arrêteront pas là. Commencent déjà les pressions sur le Real Madrid pour que lui aussi vous mette à la porte. Il vous reste à faire le gros dos et confiance à vos avocats. Je vous souhaite bon courage.

*Photo : SIPA.00729580_000001.

Place de la République: de Charlie au tricolore…

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Le dos courbé comme en plein jardinage, remettant d’aplomb divers ornements, deux dames rouspètent : « C’est des pourris, c’est un pèlerinage, quand même. » Elles en veulent à ceux des manifestants qui, la veille, se sont servis en bougies et pots de fleurs pour les balancer sur des CRS. On est lundi, et dimanche, ici même Place de la République à Paris, un rassemblement anti-Cop 21, interdit en raison de l’état d’urgence, a dégénéré en affrontements. Mausolée, mémorial, monument aux morts et maintenant lieu de pèlerinage : Marianne en bronze et sa base en pierre polie anthracite gagnent de jour en jour un statut toujours plus funéraire. Les attentats du 13 novembre ont transformé l’ensemble statuaire des frères Morice, inauguré il y a plus d’un siècle, en un quasi-cimetière des victimes parisiennes de l’Etat islamique.

Bottée, juchée sur le rebord circulaire qui cerne la statue, Sabrina donne des consignes à son équipe de bénévoles et demande à la foule de se joindre à l’effort : « Allez ! Venez ! On a besoin d’aide, insiste-t-elle, absorbée par la tâche. Il faut replacer les bougies au premier plan, les fleurs au second, et tous les messages encore lisibles doivent être conservés et rangés dans des pochettes en plastique. N’oubliez pas de les prendre en photo, ça permettra d’en garder une trace quand il n’en restera plus rien. » C’est l’euphorie d’un groupe soudé par le tragique. Un moment rare, il faut en profiter, il ne durera pas. Aussi redouble-t-on d’ardeur. Eisenstein et Renoir sont à la manivelle.

Sabrina, une jeune femme, est la patronne des « 17 plus jamais », une « communauté » avec page Facebook, créée peu de temps après les attentats de janvier, qui avaient fait 17 morts. Ces gardiens du temple se sont promis d’entretenir quotidiennement la statue de la République, où les témoignages affluent dans une anarchie généreuse. L’aspect et pour ainsi dire la nature des lieux ont radicalement changé. Avant le 13 novembre, c’était « Répu » se souvenant de Charlie, bientôt rejoint par des combats et des slogans pacifistes, internationalistes, un peu gauchistes, limite anti-Charlie. Aujourd’hui, c’est très différent. Face au « danger », la patrie est centrale, la nation s’affirme. Les « 17 plus jamais » font en sorte de composer de jolis tableaux de drapeaux français, qui se voient de loin, davantage que le petit drapeau tunisien, l’algérien ou le kabyle.

Egalement présents ce lundi, trois femmes et un homme venus de l’Eure – et n’appartenant pas au collectif des « 17 plus jamais » – ne seraient sans doute pas allés expressément Place de la République si ne s’étaient produites les tueries du 13. Ils ont passé le week-end en banlieue parisienne, chez des connaissances. « On est déjà venu samedi pour participer au nettoyage des abords de la statue, raconte l’une des femmes. On a acheté des gants, des balais et des sacs poubelle à Monoprix et chez Tati. » Ils sortent d’un restaurant et s’apprêtent à regagner la Normandie en voiture. Avec la nuit qui arrive, ils ne vont d’ailleurs pas tarder. Ils tenaient à se recueillir une dernière fois au pied de ce mémorial improvisé.

Ils ne font guère mystère de leur vote à tous quatre, dimanche au premier tour des régionales. Ce sera Front national. « L’état d’urgence, c’est juste, et pour nous, c’est pas fini, il y aura d’autres attaques, prédit l’une des trois femmes. On est quand même envahi. Chez nous, dans l’Eure, c’est le même souci. On se pose des questions, on se demande si on est en France. Pendant notre week-end, on a vu des enfants dormir parterre à 11 heures du soir. Où allons-nous ? » L’homme, entre 50 et 60 ans, visage creusé, ne parle pas beaucoup. « Je suis ouvrier en usine, dans une papeterie, dit-il. J’ai du travail, j’ai de la chance. »

Les attentats devraient profiter au Front national, indiquent les sondages. Philippe, la cinquantaine, assure que le groupe des « 17 plus jamais » qu’il a rejoint « il y a deux semaines », est « apolitique ». « Nous sommes un groupe citoyen et démocratique », dit-il. Lui est chef d’entreprise en région parisienne et dirige plusieurs dizaines de salariés. « J’ai été bouleversé par ce qui s’est passé, confie-t-il. J’ai voulu faire quelque chose, alors que ce n’est pas dans mon habitude. Je donne mon argent mais pas mon temps. Je viens d’un milieu assez bourgeois, je suis peut-être un peu égoïste. »

Depuis le 13 novembre, Philippe est une pile d’émotion. Dimanche, pendant les heurts entre des jeunes cagoulés et la police, il se tenait dans un angle de la place, rageant : « Vous avez profané le monument aux morts », avait-il crié. « Ici c’est comme une tombe, on ne vient pas se servir, c’est un manque de respect, jugeait-il lundi, leur pardonnant toutefois. Ils sont plus violents que méchants, c’est des autonomes, des altermondialistes, 95% c’est des mecs bien. » Dimanche, la bagarre terminée, François-Marie Banier, l’ancien complice de Liliane Bettencourt, débarquait comme de nulle part sur la place, appareil photo autour du cou. « Je déteste tous les blasphèmes », disait-il en coup de vent, apprenant que des bougies avaient volé comme des projectiles.

L’islam. Il est présent parmi les dizaines de milliers de fleurs et de bougies, les centaines de pancartes et de petits mots laissés. Le lycée de l’Hautil, à Jouy-le-Moutier, dans le Val-d’Oise, a déposé au pied du monument une trentaine de messages rédigés sur des bristols jaunes, roses et verts, protégés d’un film plastique sous lequel apparaissent également des colombes coloriées en bleu, blanc, rouge. Pêle-mêle : « Ce soir du 13 novembre, les notes se sont tues mais la musique continue », « Levons-nous peuple de France, il n’est pas essentiel de défendre ses idées en tuant », « Nous sommes des musulmans et nous ne sommes pas des terroristes, ne confondez pas », « Musulmans non terroristes, pray for paris », « Toujours se relever même si l’espoir n’est pas là, il faut du courage et aimer ».

Côté catholique, Louis est venu de l’Essonne, vêtu de sa chemise et de son foulard de chef scout de France. Il dépose une pancarte, pas plus mal faite que les autres, pas mieux non plus : une tour Eiffel tricolore entourée d’une multitude de prénoms, ceux des jeunes scouts dont il a la charge. L’étudiant en biologie d’une vingtaine d’années ne les avait pas revus entre les attentats et dimanche dernier. Ses protégés, âgés de 11 à 14 ans, peuvent bien fréquenter des écoles catholiques, ils surfent sur Internet comme tous les enfants de leur âge. « Sur un site, ils ont vu une photo de l’intérieur du Bataclan, avec des morts, raconte Louis. Cela ne les pas particulièrement effrayés. Pour eux, ça s’apparente à un jeu vidéo, non à quelque chose de réel. Plus préoccupantes sont les théories du complot. On s’attache à les démonter. » Louis s’inquiète de ce que sera l’avenir proche. « Je crains que, comme après les attentats de janvier, l’union du moment ne s’effrite. La montée attendue du Front national va attiser les haines », pense-t-il.

Pour Philippe, le chef d’entreprise voué à la conservation du mémorial de la Place de la République, ce serait une catastrophe, car « on ne garde ici que les messages d’amour et de tendresse ». Paix des cimetières, fureur du monde.

*Photo: DR.

Egypte : Néfertiti contre Daech

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, les sites archéologiques égyptiens, fouillés en long, en large et en travers, depuis plus d’un siècle, nous réservent toujours des surprises, et pas des moindres.  Depuis des semaines, un groupe d’explorateurs scanne sans relâche les murs de la tombe la plus célèbre de la Vallée des Rois : celle de Toutankhamon. D’après l’égyptologue britannique Nicolas Reeves, la sépulture du jeune pharaon découverte il y a 93 ans pourrait cacher le tombeau longtemps recherché de la reine Néfertiti. La chambre funéraire du pharaon Toutankhamon, mort à 19 ans, dix ans après son arrivée au pouvoir en 1322 avant notre ère, dissimulerait en réalité un vaste complexe funéraire, jusqu’à alors insoupçonné. En son sein, girait la dépouille de celle qui pourrait être la mère de Toutankhamon – leur arbre généalogique n’a pas été clairement reconstitué.

Pour l’Egypte, cette découverte  tomberait à point nommé. Elle pourrait relancer l’industrie du tourisme égyptien, en berne depuis la série d’attentats qu’a perpétré la branche locale de l’Etat islamique, Ansar Bayt al-Maqdis, dont l’explosion de l’avion russe au-dessus du Sinaï fin octobre. Dès juillet, le groupe revendiquait un attentat à la voiture piégée contre le consulat d’Italie ainsi que plusieurs attaques contre les forces de l’ordre dans le Sinaï. Depuis, les grandes villes touristiques telles que Louxor, Assouan ou Le Caire voient les touristes – et les devises – se raréfier. De 10 milliards d’euros par an avant l’arrivée au pouvoir du général Sissi, les revenus de l’industrie touristique sont tombés à 5 milliards d’euros.

Face à ce marasme, Néfertiti pourrait à nouveau servir son pays. À quoi doit-on ce possible miracle ? À l’origine de la thèse de la « tombe cachée » de Nicolas Reeves, des photographies couleurs haute résolution d’une société espagnole, Factum Arte, publiées en 2014. « Une évaluation minutieuse des scanners de Factum Arte pendant plusieurs mois a donné lieu à des résultats intrigants : la présence probable de deux portes encore jamais découvertes », écrivait cet été  Reeves. Une des portes pourrait mener à un entrepôt, l’autre, située sur le mur nord de la tombe pourrait être la continuation de la chambre funéraire. « Néfertiti elle-même, co-régente et successeur éventuelle du pharaon Akhenaton » s’y trouverait. Mais pourquoi donc ? Le professeur Reeves avance plusieurs éléments de preuves. La tombe de Toutankhamon, découverte par Howard Carter en 1922, aurait en réalité « été à la fois construite et destinée à recevoir la sépulture de Néfertiti ».  La tombe de cette dernière aurait été réaménagée pour accueillir la dépouille de Toutankhamon, mort dix ans plus tard. Découvrir derrière ces murs la dépouille de l’épouse d’Akhénaton pourrait de surcroît apporter des réponses essentielles quant à la filiation de Toutankhamon. Car deux écoles s’opposent. Selon certains, le pharaon serait le fils de Néfertiti. Pour d’autres, il serait le fruit de l’union d’Akhenaton avec l’une de ses sœurs à l’identité inconnue.

Mais les scientifiques cherchent avant tout à prouver la présence d’une cavité derrière les murs de la tombe. Une thèse confortée par les premières explorations de la tombe, ainsi que l’a révélé le New York Times. Ainsi, les scientifiques ont-ils récemment annoncé que leurs radars auraient détecté avec quasi-exactitude la présence d’une cavité derrière les murs de la chambre funéraire. Mamdouh Eldamaty, ministre de la Culture égyptien, a estimé à « 90 % » les chances que les recherches aboutissent à la découverte d’« une autre chambre, une autre tombe », derrière la chambre funéraire de Toutankhamon. Le ministre a par ailleurs annoncé que d’autres explorations auraient lieu dans les prochaines semaines, avant que le mur ne soit percé. Un autre expert, le japonais Hirokatsu Watanabe devrait quant à lui rendre ses conclusions dans un mois.

Mais malgré l’enthousiasme de certains, la thèse ne fait pas consensus parm la communauté scientifique. Elle est même sérieusement remise en cause par les autorités égyptiennes et d’autres égyptologues.  Pour le professeur Zahi Hawass, ancien ministre des Antiquités égyptiennes, sorte d’Indiana Jones bien connu des amateurs des chaines National Geographic et Histoire, le projet de recherche n’aboutira pas. Cette figure du régime de Moubarak n’y croit pas, sans pour autant avancer d’arguments solides. Selon lui, aucune tombe ne se trouverait derrière celle de Toutankhamon. Encore moins celle de Néfertiti. Malgré ses critiques, l’archéologue égyptien concède que les partisans de la thèse de Nicolas Reeves « attendent désespérément une bonne nouvelle ».

Qu’une découverte soit imminente ou non, la recherche suffit à faire renaître l’espoir chez les tour-opérateurs de Louxor, exsangues. Interrogé par le New York Times, Bahaa Youssef, directeur de l’agence de voyage Sunrise tour à Louxor, tente de mettre au point de nouvelles stratégies pour remplir les caisses de sa société. « L’Egypte a besoin d’événements importants, pour que les regards se tournent à nouveau vers nous ».

Un an avant le « printemps » du Caire, chaque jour, quelque 12.000 touristes formaient de longues files d’attente pour visiter les merveilles de Louxor. En 2012, ils n’étaient plus que 300, sans compter la chute du nombre de touristes qui préféraient les croisières culturelles et autres visites de temples et musées dans le reste du pays.

La découverte pourrait donc créer un « choc positif » pour l’économie du pays. Désireux de créer le buzz, le professeur Reeves n’a pas hésité à plastronner : « Si nous trouvons ce que je pense, ce sera une découverte plus importante encore que celle de Toutankhamon ».

Quoi qu’il advienne, si les djihadistes égyptiens ont fait fuir les touristes, ils n’ont pas encore mis la main, comme en Syrie, sur les merveilles archéologiques pour les dynamiter.

 

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : Numéro de reportage : 00515442_000011.

Calendrier Pirelli 2016: et le sexisme, bordel?

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Jusqu’à présent, et depuis 1964, le calendrier annuel du fabricant de pneus italien Pirelli était attendu comme le messie par toute la planète. A sa sortie, on découvrait enfin quel photographe de renommée internationale allait nous gratifier de ses clichés torrides des plus belles filles du monde.

Et puis, un beau jour, quelqu’un a décidé de mettre un terme au culte planétaire de cet objet exceptionnel, initialement destiné aux garagistes. Comment ? Fastoche : en opérant un revirement « féministe » censé lutter contre les stéréotypes « sexistes ». Mais voyez plutôt.

Pour l’année 2015 qui se termine, le calendrier Pirelli, c’était ça :

calendrier Pirelli 2015

calendrier Pirelli 2015

Profitez-en bien jusqu’au 31 décembre… parce que pour l’année 2016, ce sera ça :

calendrier Pirelli 2016

calendrier Pirelli 2016

En lieu et place des superbes nymphettes qui prenaient la pose en tenue d’Eve, vous y découvrirez : la chanteuse Patti Smith en chemise froissée, la sportive Serena Williams en culotte Sloggi, l’humoriste Amy Schumer buvant un café de chez McDo, l’octogénaireYoko Ono cachée derrière ses lunettes rondes, etc.

Annie Leibovitz, qui les a photographiées en noir et blanc, dit avoir voulu mettre à l’honneur des femmes « fortes et naturelles ». Perspicace, Paris Match remarque qu’elle « rhabille le calendrier Pirelli ». Et pour Libération, tout ça, c’est rien que du bonus : les modèles du calendrier 2016 sont juste « plus âgées, plus rondes et plus intello ».

Mais bizarrement, personne ne remarque l’odieux sexisme dont la photographe a fait preuve avec ce casting, 100% féminin. C’est vrai quoi, si les garagistes adorent les femmes mûres enrobées et cultivées, il n’y a pas de raison qu’ils apprécient moins les vieux notaires gras du bide, par exemple. Ah, vivement 2017 !

Non au néocolonialisme libéral qui étouffe l’Afrique!

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fn regionales afrique cop21

Délégué national à la prospective FN, Loup Viallet est responsable du Collectif mer et francophonie au sein du Rassemblement Bleu Marine.

Daniel Saoud. Après les attentats du 13 novembre, François Hollande et le gouvernement ont rétabli les contrôles aux frontières du territoire, expulsé des djihadistes binationaux, décrété l’état d’urgence afin de nettoyer les banlieues de leurs arsenaux. Comme Marion Le Pen, êtes-vous agréablement surpris par la réaction de l’exécutif qui applique une partie du programme du FN ?

Loup Viallet. Je crois surtout que les mesures portées par le FN sont les plus pertinentes pour garantir la sécurité des Français, et cela a été démontré par un gouvernement qui les conspuait. Quant au « nettoyage des banlieues de leurs arsenaux » où circulent illégalement des armes de guerre, cela semble impossible à mener si les contrôles aux frontières nationales ne sont pas rétablis de manière permanente.

Marine Le Pen critique régulièrement l’alliance de la France avec l’Arabie Saoudite et le Qatar. Afin de vaincre l’Etat islamique sur le terrain, quelles solutions militaro-diplomatiques préconisez-vous ?

Cela fait des mois, qu’à contreflots de la meute médiatico-politique, Marine Le Pen a défendu que la coalition contre Daech devait inclure l’Etat syrien. Aussi il semblerait avisé de rouvrir notre ambassade à Damas, fermée en mars 2012 par N. Sarkozy. Une décision sur laquelle François Hollande n’a pas voulu revenir.

Vous avez mis sur pied le Collectif mer et francophonie du Rassemblement Bleu Marine. N’est-ce pas paradoxal de vouloir refermer les frontières de l’hexagone en prétendant défendre la grandeur de la France et de sa langue dans le monde entier ?

D’après vous, est-ce en effaçant ses frontières et en désengageant son Etat de ses missions régaliennes que l’on rendra sa grandeur à la France ? Qui peut sérieusement penser que notre pays rayonne davantage depuis que son pilotage se transfère à Bruxelles ? La France semble plutôt empêtrée dans l’UE, qui fixe même nos quotas annuels de pêche, et qui affaiblit commercialement en plus de la Russie bien des Etats francophones d’Afrique de l’Ouest qui devraient au contraire être nos partenaires stratégiques. C’est la conviction sur laquelle s’est fondé le Collectif Mer et Francophonie, que j’anime avec Gwenael Blancho et Alex Frederiksen : la politique des intérêts nationaux d’une France souveraine se doit de développer les deux atouts qui font de notre pays une puissance mondiale. Notre immense domaine maritime, notre frontière ultramarine sur quatre océans, qui doit être surveillée, explorée et exploitée. Et notre langue, partagée avec 450 millions de francophones dans le monde, qui sert aujourd’hui de lien à un monde francophone grand quatre fois comme l’UE, dont les populations sont étouffées par la « globalization », et avec lesquelles nos intérêts nationaux et les débouchés de nos entreprises nous commandent de mettre en place un développement « co-profitable » respectueux de la diversité des cultures et des modes de vie.

Quelles activités développez-vous en partenariat avec l’Afrique ? Ces liens sont-ils également un moyen de régulier l’émigration subsaharienne ?

Nous nouons des liens avec l’Afrique. Nous multiplions les prises de contact avec les entrepreneurs, ONG, d’anciens responsables politiques, mais aussi avec des ingénieurs et des haut-fonctionnaires. Récemment, un directeur d’ONG de développement agricole durable au Bénin, s’est affilié à l’une de nos campagnes sur les rapports Nord/Sud. Enfin nous publions régulièrement des analyses sur les problèmes qui nous semblent communs, comme l’extension du marché de l’UE à la CEDEAO ou la crise migratoire. Le COMEF a la conviction que la crise migratoire trouvera sa résolution par les Etats, et hors de l’idéologie mondialiste sans frontières. Dans la conduite de nouveaux modes de développement, qui ne doivent ni être assujettis, ni imiter ceux du Nord. Cette victoire se fera sur le nouveau colonialisme ultralibéral qui étouffe l’essor d’industries et notamment de l’industrie textile en Afrique de l’Ouest tout en menaçant ses modèles d’agriculture familiale. Ils sont nombreux à souhaiter que leur prospérité repose sur des bases saines qui ne poussent pas à fuir, et non sur les efforts de leurs diasporas. C’est pourquoi il faut souhaiter que la France retrouve vite sa souveraineté : pour assurer une stabilité loin du chaos que nous connaissons, en coordination avec des Etats souverains prêts à maîtriser leurs frontières, à développer leurs marchés intérieurs comme à repousser le terrorisme islamique de Daech ou de Boko Haram.

Le FN propose de supprimer les compétences internationales des conseils régionaux. Pourquoi vouloir ainsi affaiblir l’ouverture des régions vers l’universel ?

En effet, l’on ne compte plus les candidats FN qui proposent que leurs exécutifs régionaux fassent l’économie du budget alloué à la coopération internationale ou décentralisée. C’est le choix notamment de Marine Le Pen dans le Nord, de Florian Philippot en ACAL et de Wallerand de Saint-Just en Île-de-France. Cette proposition n’affaiblit en rien l’ouverture des régions sur le monde, puisque les compétences en matière de commerce extérieur ne sont pas remises en cause. Pas d’enfermement, donc, mais plutôt l’économie saine d’un poste de dépense superflu qui pourra se traduire par des baisses d’impôts, des investissements publics. Sans nuire à l’indivisibilité de l’Etat par l’entretien de diplomaties régionales.

En cette première semaine de Cop 21, partagez-vous avec le gouvernement l’accent mis sur les énergies renouvelables et la réduction du réchauffement climatique ? N’est-il pas illusoire de défendre un modèle de croissance infinie dans un monde aux ressources finies ?

Ce serait une erreur. Je ne sais pas ce qu’il sortira de cette « Cop », mais elle me semble suspecte dès son ouverture : certains organisateurs font des vœux pieux en réunion sur l’avenir du climat, pendant que leurs équipent négocient ou exécutent ailleurs les volets des accords de libre échange TAFTA, TISA (Accord sur le Commerce des Services), Accords de Partenariat Economique (UE-CEDEAO), autant de textes inéquitables et destructeurs socialement, économiquement et écologiquement.

Régionales: Valls singe Sarkozy

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Sous cette République gaullienne présidentielle, le tripartisme n’existe pas. On y a cru un moment, depuis deux ans, mais en fait non. Le Parti socialiste et les Républicains sont en train de nous administrer la preuve, en loucedé, que comme jadis les feus UDF et RPR, il est tout à fait possible de se partager le pays en professant des programmes apparemment différents.

À LR comme à l’UDF d’avant vont les communautés locales, départements, mairies et demain régions. Au PS, le président, le gouvernement et les députés. Comme pour le RPR de Chirac.

On n’invente pas, c’est ce qui est en train de se passer. Manuel Valls l’a asséné ce matin à la radio : « Chacun devra prendre ses responsabilités à droite comme à gauche, pour empêcher le FN de gagner une région. »

Anne Hidalgo est encore plus claire : « Je préfère aucun socialiste dans un exécutif plutôt que le Front national à tête de ces exécutifs ».

Et la candidate EELV Emmanuelle Cosse, qui n’est pas socialiste mais perdante de toute façon, souscrit elle aussi à ce retrait des listes de gauche partout où leur maintien en troisième position risquerait d’offrir les conseils régionaux au FN. C’est de l’ouverture avant l’heure, et c’est du vallsisme, jumeau du sarkozysme ancien : se poser en résistant à Marine Le Pen, si pur et si désintéressé qu’on est prêt à sacrifier ses troupes locales pour éviter le péril, en espérant engranger demain les intérêts de cet investissement risqué.

Je ne sais pas si Valls a 2017, ou plutôt 2022 en ligne de mire : mais il est certain qu’il prendra rendez-vous avec l’avenir dès dimanche soir, s’il intime l’ordre à ses listes de se retirer, particulièrement dans le Nord et dans le Sud, au profit des Républicains.

Il est minuit, la France s’éveille

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attentats daech islam elkaroui

Voici l’introduction au dossier « Pas de quartier pour les islamistes, pas d’islamistes dans nos quartiers » signée Elisabeth Lévy. Retrouvez le dossier complet dans notre numéro de décembre.

« Hollande. Son plan pour contrer le FN. » Au lendemain de la nuit meurtrière du 13 novembre, la une de Society, encore placardée au dos de nombreux kiosques parisiens, claque comme une accusation. Tout comme la manchette du Monde, datée du 12 novembre : « Le plan de Matignon contre le FN. » Lutter contre la menace frontiste, voilà donc ce qui, à la veille de la tuerie, préoccupait nos dirigeants – et les grandes consciences de leur presse. Pendant que nos ennemis se préparaient militairement à accomplir leurs crimes, l’Élysée et Matignon se tiraient la bourre pour savoir qui serait « le meilleur rempart contre le Front national » – et qui, accessoirement, exploiterait le mieux ce terrible danger pour faire avancer ses propres actions électorales. Pendant que la fascination du djihad se répandait dans une fraction de la jeunesse de quartiers islamo-salafisés, une bonne partie de la corporation médiatique s’employait à dresser des listes de salauds qui « font le jeu du Front national ». Il faut croire qu’il était plus gratifiant – et moins fatigant – de fantasmer le retour de la bête immonde que de se prendre la tête avec l’islam radical.

Alors que les familles endeuillées, et avec elles tout le pays, pleurent leurs morts, ces rodomontades résistantes, ces postures pseudo-héroïques semblent rescapées d’un autre temps. Le samedi 14 novembre, Paris était désert, sauf quelques endroits où on se pressait pour être triste et avoir peur ensemble, et dans cette atmosphère de « jour d’après », on se disait que, cette fois, on avait vraiment changé de monde. Quelques jours plus tard, on est moins sûr. D’après le Monde du 22 novembre, nous sommes entrés dans « La France d’après ». Mais après tout, pourquoi cette fois ? Pourquoi pas après Merah ? Pourquoi pas après Charlie et l’Hyper Casher ? Avons-nous changé de monde après Tati, après le RER Saint-Michel, après le Drakkar de Beyrouth ?

D’abord, pourquoi le nier, on s’habitue. On n’est pas moins horrifié, on est moins surpris. Du reste, le retour aux affaires courantes est de plus en plus rapide. Après le 13 novembre, il ne nous a fallu que quelques jours pour recommencer à parler d’autre chose – et à acheter des chaussures. On a fait de la poésie après Auschwitz, on fera les soldes après le Bataclan.

Et pourtant, peut-être que, cette fois, tout ne redeviendra pas comme avant. En tout cas pas aussi vite que d’habitude. D’abord, on l’a abondamment répété, « maintenant, tout le monde se sent visé » – même les « Français innocents », comme l’a remarqué l’ami Guillaume Erner, non sans acidité, en référence à la bourde de Raymond Barre après l’attentat de la rue Copernic[1. Il a dit quelque chose comme : « Ils voulaient tuer des juifs, ils ont tué des Français innocents. »]. Désormais, nous disent nos ennemis, nous tuerons des dessinateurs, des juifs et des bobos. Pourquoi des bobos ? C’est ainsi, plus besoin de dessiner Mahomet ou d’être juif pour susciter la haine du djihadiste – ce qui signifie a contrario qu’il ne sert à rien d’être accommodant, à moins que ces accommodements aillent jusqu’au renoncement à fréquenter les bistrots.

Ensuite, il est devenu impossible d’ignorer que le terrorisme islamiste, chez nous, n’est pas un phénomène importé mais une production locale. Quel que soit le rôle de Daech comme camp d’entraînement, comme sponsor et comme Terre promise rêvée, c’est dans nos villes et, de plus en plus, dans nos campagnes, que se recrutent les assassins. On se rappelle la stupeur d’Israël, après l’assassinat d’Yitzhak Rabin, il y a vingt ans, parce qu’« un Juif avait tué un Juif ». Nous devons nous y faire : ce sont, pour l’essentiel, des Français qui tuent des Français. Nous avons des ennemis lointains et d’autres de l’intérieur.

Si quelque chose a changé pour de bon, c’est que, grâce notamment à la conjonction de ces deux éléments, la France d’après est un peu plus la France que celle d’avant. Si beaucoup de gens, y compris à gauche, ont retrouvé le goût du tricolore et de la Marseillaise, suscitant d’homériques affrontements sur Facebook, ce n’est pas parce qu’ils sont au garde-à-vous, prêts à défiler au son du canon, mais parce que, en nous sommant de défendre ce que nous avons en commun, les tueurs refont de nous un peuple. Certains trouveront qu’il manque parfois de panache, ce peuple. « Nous sommes les enfants de Descartes et de Voltaire », écrit Brice Couturier dans la magnifique adresse aux djihadistes que nous publions dans les pages qui suivent. Certes. Mais les terroristes n’ont pas attaqué une librairie (on se demande bien pourquoi…). Et nous sommes aussi les enfants du rock et de l’oisiveté, de l’alcool et de la télé, du porno et du mariage gay (oui, oui… ils finiront par me convertir…).

Si c’est aux terrasses des cafés qu’est aujourd’hui réfugiée la civilité française, défendons les terrasses par les armes ! Si on menace notre liberté de nous abrutir en boîte de nuit, sauvons les boîtes de nuit ! S’ils détestent le sexe, le stupre sera notre langue et notre sol ! En somme, quand les djihadistes s’attaquent à ce que nos existences ont de frivole et même de vain, nous redécouvrons, à travers leur regard hébété, à quel point ces frivolités et ces vanités nous sont chères. Pierre Manent propose de passer un compromis avec les musulmans sur les mœurs. Au contraire, c’est le moment de proclamer qu’elles ne sont pas négociables. Vous n’êtes pas obligés d’en profiter (la minijupe n’est pas une obligation, tout de même…), mais vous êtes obligés de laisser vos sœurs et vos filles s’y adonner si ça leur chante. Ah, ils s’en prennent au ventre mou de notre civilisation ? Ils apprendront vite que ce ventre mou est dur à cuire et verront de quel bois se chauffe l’Occidental avachi.

Tout de même…, on dirait que cette fois, nous avons compris. Après Charlie et les grandes envolées sur l’esprit du 11 janvier qui devait continuer de souffler, nous avons été priés de nous battre la coulpe pour les crimes des Kouachi et Coulibaly, rapport à l’apartheid que nous leur avions fait subir. Et on nous a expliqué sur tous les tons que tout ça n’avait rien à voir avec l’islam et que le problème numéro un de la France, c’était l’islamophobie.

Rien de tel aujourd’hui. Le président en fait même un peu trop dans le tricolore quand il nous demande de pavoiser nos fenêtres. Perso, je préférerais que l’idée vienne de moi. Et puis il ne faudrait pas que cette orgie de symbole finisse par tenir lieu de politique. Bon, en haut lieu, malgré la difficulté qu’a eue le président, dans les premiers jours, à prononcer le mot « islamiste », on semble mesurer l’ampleur de la menace intérieure et déterminé à se donner les moyens de la combattre. Délivrés de certaines complications procédurales par l’état d’urgence, les policiers se félicitent d’avoir, pour la première fois depuis janvier dernier, les coudées franches pour taper dans les fourmilières islamistes. Et si à la gauche de la gauche, on communie dans la dénonciation du « tournant sécuritaire » de Hollande, la France des bistrots, elle, redoute plutôt qu’il soit sans lendemain. Partagée entre le soulagement de voir ses gouvernants agir et l’envie de leur demander des comptes – Qu’avez-vous fait pendant dix mois ? –, cette France-là ne croit pas que ses libertés soient menacées et se préoccupe assez peu des menaces pesant sur celles des salafistes et assimilés. L’humeur du moment, un brin excessive, serait plutôt : « Coffrez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » Cependant, et quoi que feignent de croire Olivier Besancenot et quelques autres, nul ne propose d’abolir l’état de droit et les libertés publiques en France.

Il faut noter que même Laurent Joffrin, le patron de Libération, habituellement pourfendeur inlassable de l’islamophobie, découvre qu’il y a une parenté entre l’arbre et la forêt et que le danger ne tient pas seulement à quelques dizaines de fanatiques prêts à passer à l’acte qui n’auraient « rien à voir » avec la religion d’amour et de tolérance que l’on sait : « Tous les salafistes, loin de là, ne sont pas terroristes, écrit-il dans son édito du 24 novembre. Mais la plupart des terroristes identifiés à ce jour sont passés par le salafisme. La plupart des musulmans ne sont pas salafistes. Mais les salafistes sont une branche extrême, fondamentaliste, de l’islam. » Cette petite musique, nouvelle sous cette plume, est peut-être la preuve que l’ère du déni est en train de prendre fin.

Dans ce contexte, le « Pas d’amalgame » n’est plus très tendance. Non pas, évidemment, qu’il soit devenu légitime de faire des amalgames – entre ceux qui aiment leur pays et ceux qui le haïssent. Au contraire, l’actualité invite aux éclaircissements. La France n’a pas un problème avec l’islam mais avec certaines de ses expressions, incompatibles avec les mœurs françaises, présentes notamment dans « l’islam des cités ». Et le risque d’amalgame est d’autant plus faible que nombre de voix musulmanes, institutionnelles ou individuelles, reconnaissent aujourd’hui que ces expressions existent et qu’il faut les combattre. Pour un type qui fera sauter – ou pas – sa ceinture d’explosifs, combien d’admirateurs qui se contentent de maudire les juifs, la France et l’Occident ? La parole de notables de l’islam officiel, inaudible pour une grande partie de la jeunesse musulmane, est franchement dévaluée. Au moins, pour la première fois, reconnaissent-ils la gravité de la situation et leur responsabilité dans celle-ci.

Mais le plus encourageant, c’est que les tueurs aient, à l’inverse de ce qu’ils voulaient, provoqué un réflexe patriotique chez nombre de Français musulmans qui, anonymes ou célèbres, sont sortis du silence. Comme ce gars énervé qui s’est filmé dans sa voiture expliquant « C’est à nous de faire le boulot et de repérer ces bâtards ! » Comme l’économiste Hakim El Karoui qui, pour la première fois sans doute, parle « en tant que », dans une tribune parue dans Le Monde. « Les Français musulmans ne peuvent plus se contenter d’adopter une posture victimaire. Il faut combattre les idées salafistes », écrit cet ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin qui, il y a quelques années, a signé un livre avec Emmanuel Todd. On aimerait citer in extenso ce texte tonique et autocritique : « Nous [Français de confession musulmane] n’avons pas réussi à nous organiser par nous-mêmes. […] Nous avons laissé des États étrangers financer le culte musulman. […] Nous nous sommes cachés derrière des discours lénifiants et sympathiques (“l’islam est une religion de paix”, “l’islam est l’ennemi de la violence”), incontestablement vrais, mais qui oublient que l’islam, c’est aussi ce qu’en font les musulmans. Et, notamment, les musulmans qui font le plus de bruit. […] Nous avons laissé le poison de la salafisation des esprits se répandre. Aujourd’hui, nous sommes face à nos responsabilités. Et notamment ceux qui ont fait les meilleures écoles, suivi les plus beaux parcours, cru dans l’idée que la religion n’était qu’une affaire privée dans une République laïque. Eh bien non, c’est aussi une question publique. Malheureusement. Et c’est à notre génération, née en France, élevée et éduquée par l’école de la République, de prendre les choses en main. » On espérait de telles voix depuis longtemps.

En attendant, qu’on se rassure, si François Hollande caressait des rêves de dictature, il doit être déçu. L’union nationale est encore facultative – et c’est heureux. Certes, nul n’a revendiqué publiquement le droit de ne pas être Paris puisque, cette fois, tout le monde – ou presque – « pouvait s’identifier ». Mais après quelques jours de sidération compréhensible, la divergence a repris ses droits et le parti de l’Autre – partiellement reconverti en camp de la paix – est de nouveau en ordre de bataille. Et il entonne de nouveau la chanson de la France coupable – à l’intérieur comme à l’extérieur.

Ce néopacifisme, qui se diffuse dans une partie de la jeunesse avec le mot d’ordre « Leur guerre, nos morts », ne manque pas de partisans dans le monde intellectuel. Gageons, avec un peu d’ironie, qu’il ne tardera pas à rassembler le FN et l’extrême gauche – encore que, maintenant que Poutine est dans le coup, le Front mettra peut-être un peu de vodka dans son vin isolationniste.

Attention, que l’engagement de la France en Syrie suscite un débat et même une franche contestation, rien n’est plus légitime. On a le droit de regretter que Michel Onfray, que l’on a connu moins jobard, avale la propagande de l’EI et finisse presque par donner raison à ceux qui nous attaquent – qui ne feraient, selon lui, que répondre à nos agressions –en utilisant, en prime, le terme « islamophobe » pour qualifier notre diplomatie.

Quoi qu’il en soit, on peut comprendre que beaucoup, échaudés par les conséquences désastreuses des précédents irakiens, libyens, syriens, redoutent une dérive bushiste, même si, avec quelques dizaines d’avions et des frappes qui restent d’assez basse intensité, on est assez loin de l’opération Tempête du Désert. Du reste, si, à l’évidence, les Occidentaux n’ont rien arrangé nulle part, il faut un tropisme finalement très néoconservateur pour penser que tout le mal vient d’eux. Croit-on vraiment que, si la France n’était pas intervenue en Libye, la situation y serait plus stable ? Et sait-on ce que serait devenu le régime de Saddam Hussein si les Américains ne s’en étaient pas mêlés ? En réalité, les États faillis, corrompus, illégitimes, violents ont contribué au moins autant que les interventions occidentales à faire de cette région un marigot djihadiste.

C’est sans surprise sur le front intérieur que le parti de la repentance donne sa pleine mesure, en mobilisant la rhétorique excusiste que l’on connaît. On a du mal à croire qu’Emmanuel Macron ait délibérément choisi ce terrain mouvant pour donner des gages à la gauche du PS ou à ce qu’il en reste. Convoquant le terreau sur lequel prospère le djihadisme, le ministre de l’Economie estime que la société française a sa part de responsabilité parce que les discriminations, les inégalités, le chômage et toutes nos turpitudes. Bref, il ne parle pas d’apartheid mais presque. Dans les bataillons de la sociologie « radicale », c’est le ravissement. Et quand Olivier Roy, qui annonce la fin de l’islam politique depuis une vingtaine d’années, leur offre la formule magique qui blanchit l’islam de tout soupçon, c’est l’extase. « Ce n’est pas l’islam qui s’est radicalisé, c’est la radicalité qui s’est islamisée », écrit-il – et il embobine tout le monde avec ce tour de normalien.

Un instant sonnée, l’extrême gauche universitaire reforme les rangs, et quelques-uns de ses représentants éminents signent une tribune hilarante – ou terrifiante – dans Libération[2]. « Comment éviter que ne sombrent des jeunes issus en particulier des milieux populaires, s’ils ne cessent d’être partout discriminés, à l’école, à l’embauche, dans l’accès au logement ou dans leurs croyances ? Et s’ils finissent en prison. En les stigmatisant davantage ? En ne leur ouvrant pas d’autres conditions d’existence ? En niant leur dignité revendiquée ? » Nier la dignité des assassins, vous n’y pensez pas. Non, il ne faut pas faire une chose pareille. « La seule manière de combattre concrètement, ici, nos ennemis, dans ce pays devenu le deuxième vendeur d’armes mondial, c’est de refuser un système qui, au nom du profit à courte vue, produit partout plus d’injustice. » La suite, vous devinez : ce n’est pas Daech, ou Ben Laden, qui sont responsables de la violence, c’est Bush et c’est nous. Enfin vous et moi (pas eux, bien sûr). Dans un monde qui change à grande allure, la persistance de ce fatras tiers-mondiste et complotiste est presque rassurante. D’autant plus qu’il ne semble guère rencontrer d’écho. Je préfère penser qu’on entend l’appel de Hakim El Karoui « pour que l’islam de France fabrique une vision et des pratiques de l’islam compatibles avec la vie en France ». Ce serait, dit-il encore, « le plus beau service que la France pourrait rendre à l’islam. » De fait, paradoxalement, c’est peut-être en France que la bataille pour les esprits musulmans, à laquelle Gilles Kepel appelle depuis longtemps, peut être gagnée. D’ailleurs, c’est pas pour me vanter, mais on l’avait bien dit. En janvier dernier, après les attentats de Charlie et de l’Hyper Casher, nous écrivions que la France pouvait être une chance pour l’islam. C’est peut-être même sa dernière chance de remonter dans le train de l’Histoire.

Cet article en accès libre est extrait du numéro de décembre de Causeur.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732430_000002.

Pas de quartier pour les islamistes, pas d’islamistes dans nos quartiers

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daech enel belgique muray

Plus rien ne sera jamais comme avant. C’est du moins ce qu’on nous répète à chaque fois qu’un attentat de grande ampleur se produit dans notre pays. « Après Charlie, on nous a expliqué que tout ça n’avait rien à voir avec l’islam et que le problème numéro un de la France, c’était l’islamophobie », regrette Elisabeth Lévy. Au lendemain des carnages du 13 novembre, une lueur d’espoir scintille au milieu du chagrin : et s’il était minuit dans le siècle ? « Peut-être que, cette fois, tout ne redeviendra pas comme avant. En tout cas pas aussi vite que d’habitude », espère notre directrice de la rédaction en introduction au dossier que nous avons consacré à cette triste actualité.

Certes, « le parti de l’Autre », suivant la belle expression de notre marraine Elisabeth, n’a pas dit son dernier mot, ainsi que le démontre Régis Soubrouillard dans son reportage à la gauche de la gauche. Chez les islamo-gauchistes, on conspue la France coupable en toutes circonstances, et tant pis pour le deuil national : fussent-ils kamikazes, antisémites et meurtriers, les djihadistes sont des damnés de la terre que la République a indûment maltraités. CQFD. Rien d’étonnant à ce qu’une partie du peuple des banlieues, tout acquis au combat contre « l’islamophobie », ne se sente pas plus «Paris» qu’il n’était Charlie en janvier. Malgré l’effroi et l’ampleur du massacre, une frange entière du 93 a fait sécession d’avec la nation, nous confirme notre correspondante locale Alexandra Laignel-Lavastine. Quelques kilomètres plus loin, le Boboland parisien des Xe et XIe arrondissement panse ses plaies. Sonné, Homo festivus pleure ses morts et commence à regarder le monde d’un autre œil, certains dénonçant même les impensés et autres tabous d’une gauche diversitaire engluée dans ses contradictions. Une plongée en eaux profondes signée Gérald Andrieu.

Outre-Quiévrain, l’heure n’est pas encore à l’aggiornamento. Pourtant, nos voisins belges ont rendu les armes face à l’offensive salafiste dont ils sont les victimes depuis des années. Le sénateur libéral Alain Destexhe explore par le menu la débâcle de son pays, base arrière des terroristes du 13 novembre et grand pourvoyeur de bras pour l’Etat islamique. La Belgique est hélas devenue l’autre pays du djihad…

L’effacement des frontières nationales au sein de l’espace Schengen aidant, Bruxelles comme Paris encourent le même péril islamiste. Malheureusement, l’appareil judiciaire ne suit pas, d’après le juge Jean de Maillard, qui déplore la mansuétude de notre législation à l’égard des terroristes, lesquels bénéficient des remises et aménagements de peine prévus pour les criminels de droit commun. Dans ces conditions, comment prévenir la menace globale ? Sans y voir la panacée, le géopolitologue Frédéric Encel approuve l’intensification des frappes françaises contre Daech. De toute manière, ingérence ou non, les terroristes nous détestent – et nous tuent – déjà pour ce que nous sommes.

Mais l’actualité ne se résume pas à l’état d’urgence. En ce début de Cop 21, Causeur n’a pas sacrifié le débat écologique à l’unanimisme en vogue. Des technophiles climatosceptiques aux décroissants comme votre serviteur, nos contributeurs s’exaspèrent de la propagande gouvernementale nous enjoignant de fermer nos robinets avant de faire nos prières du soir. Des écolos, des vrais, nous en avons trouvé chez les décroissants de la revue Limite, dont le couple Bès a convié Pascal Bories à déjeuner bio. Le chercheur Olivier Rey, circonspect devant le catastrophisme d’Etat, nous prodigue en outre une leçon de choses à l’usage des écolos conséquents. Comme la stérilité, le désastre environnemental est devenu un marché dont nos gouvernants s’efforcent d’encourager l’extension. Merci l’industrie !

Pour achever ce numéro en beauté, un petit bouillon de culture s’impose. Vous prendrez bien une double dose de Muray, à travers le texte qu’il consacrait au désormais regretté René Girard voici une trentaine d’années, et l’entretien qu’Alexandre de Vitry m’a accordé. Ce jeune chercheur, auteur d’une thèse sur Péguy et d’un essai sur l’œuvre de Muray, compare les cheminements de pensée de ces deux antimodernes irrécupérables. Et comme notre époque morbide tourne au spleen, quoi de plus réjouissant qu’un voyage chez les zombies guidé par Jérôme Leroy ? Au cinéma comme en littérature, The Walking dead vous hante…

Molenbeek, le Waterloo de la gauche belge

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belgique molenbeel daech islam

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En Belgique, la gauche ne s’est pas contentée, comme le think tank Terra Nova en France, de conceptualiser la figure de l’immigré, nouveau prolétaire appelé à remplacer une classe ouvrière déclinante. Depuis vingt ans, Bruxelles est devenue le laboratoire du communautarisme ethnique et religieux. Dopée au cocktail détonnant du multiculturalisme et du déni des réalités, la capitale belge est également devenue celle de l’islamisme radical en Europe et une base arrière du terrorisme djihadiste. Le problème est loin de se résumer à Molenbeek, aujourd’hui symbole de toutes les dérives.

Comment en est-on arrivé là ? Immigration incontrôlée et communautarisme ont causé un dérapage. Pas un de ces petits « dérapages » que les médias belges autant que français aiment traquer avec jouissance. Plutôt une sortie de route fracassante et une collision de valeurs avec des conséquences funestes. Rapportée à la taille de sa population, la Belgique est le pays qui fournit le plus de djihadistes à la Syrie et à… l’Europe. Pourquoi ? Le monde politique belge préfère éviter de se poser la question.

Tentons une explication. L’immigration massive et incontrôlée est une première réponse. Depuis les années 2000, la Belgique, et Bruxelles en particulier, a connu un choc migratoire, pudiquement qualifié de « démographique ».[access capability= »lire_inedits »] En douze ans, plus d’un million de personnes ont immigré dans un pays d’à peine dix millions d’habitants[1. Une partie de cette immigration est d’origine européenne, un élément souvent mis en avant pour masquer l’importance de sa dimension extra-européenne. La population de Molenbeek a augmenté de 30 % en quinze ans, une croissance due en grande partie à une immigration en provenance du Maghreb.]. Sur cette période, en pourcentage, le solde migratoire est quatre fois plus important que celui de la France et de l’Allemagne, et dépasse celui des pays traditionnels d’immigration comme les États-Unis ou le Canada. Regroupement familial (50 % de l’immigration !), mariages blancs, régularisation des clandestins, générosité du système social, acquisition de la nationalité facilitée jusqu’à l’absurde (une simple preuve de résidence suffit à devenir belge), toutes les politiques publiques se renforcent mutuellement pour transformer la population et la physionomie des villes du royaume. Aucun débat public n’accompagne cette évolution majeure[2. Il faudra attendre 2014 et un gouvernement de centre droit dont, pour la première fois depuis vingt ans, les socialistes sont exclus, pour inverser la tendance… avant que la crise des réfugiés ne remette en cause ce tournant.].

S’y ajoute une marche forcée vers le communautarisme. Au pays de Magritte, point de politique d’intégration. Le terme même est contesté, la gauche lui préférant celui d’« inclusion sociale », qui a l’avantage de transférer l’obligation d’intégration du migrant vers la société d’accueil.

Le problème culturel que constitue l’arrivée massive de populations musulmanes, surtout marocaines et turques, a été nié. Sans problème, il ne peut y avoir de solution. L’intégration était censée se faire naturellement grâce au miracle du brassage multiculturel. Il suffisait de l’encourager par des fonds publics et en muselant, par l’accusation d’islamophobie ou de racisme, le téméraire qui oserait le contester. À Molenbeek, ces politiques ont été poussées au paroxysme par les édiles locaux. Visites dans les mosquées, subventions versées à des associations musulmanes, mise à disposition des locaux publics pour des écoles coraniques, grands frères transformés en agents communaux, clientélisme, candidats aux élections proches des mosquées, participation aux fêtes musulmanes (mais jamais à celles catholiques) ainsi qu’à des défilés anti-israéliens où l’on scande des slogans antisémites, sans jamais les condamner.

Un climat de tolérance s’y est instauré, par rapport aux infractions à la loi, à la multiplication des mosquées (une cinquantaine à Molenbeek pour 100.000 habitants), aux discours salafistes et extrémistes. Certains quartiers sont devenus peu à peu des zones de non-droit. De tolérance en renoncements, un terreau favorable au développement de l’islamisme radical puis aux apprentis terroristes s’est progressivement créé.

Encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg. Sous le radar de la presse et du monde politique, ce sont les valeurs démocratiques qui souffrent en silence dans ces quartiers. La liberté élémentaire d’aller et venir en portant une tenue de son choix n’existe plus, sauf si, comme plus de la moitié des femmes, on porte le voile. La liberté d’exposer des œuvres de nus est inconcevable. Celle d’exprimer une opinion dissonante de la majorité sociologique non plus.

Sexisme et homophobie sont bien présents. Un antisémitisme virulent, généralisé mais nié, sévit dans ces quartiers. Les professeurs identifiés comme juifs ont dû partir. En 2013, l’école juive Maïmonide a décidé de quitter Anderlecht, la ville du célèbre club de football voisine de Molenbeek. Le monument aux déportés juifs qui s’y trouve doit être protégé sous peine d’être vandalisé. Récemment, les écoles publiques de la Ville de Bruxelles[2. La Région de Bruxelles-Capitale est composée de 19 communes dont la ville de Bruxelles, mais aussi Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek, Saint-Josse où, avec Bruxelles, les problèmes de communautarisme sont les plus aigus. Contrairement à la France, les quartiers à problèmes ne sont pas situés dans les banlieues mais au cœur des grandes villes. Il en va de même à Anvers, Liège, Verviers, Charleroi, etc.] sont devenues Judenrein[3. La Commission Bouchard-Taylor a été créée le 8 février 2007 par le Premier ministre du Québec afin d’examiner les questions liées aux accommodements raisonnables consentis au Québec.], le dernier enfant juif ayant quitté ces écoles, à la suite des intimidations de ses « camarades » musulmans. L’histoire de la Shoah n’y est plus enseignée. Un député socialiste de Molenbeek a même pu traiter l’expert en terrorisme Claude Moniquet de « crapule sioniste » sans encourir la moindre sanction. Cerise sur le gâteau, le PS local a produit il y a deux ans une caricature antisémite sur une affiche invitant à un débat. Le décalage entre les discours officiels lors des commémorations de la Shoah – attribuant l’antisémitisme contemporain à l’extrême droite – et la réalité de son contexte musulman dans les quartiers devient abyssal.

Outre cet antisémitisme presque identitaire, l’échec de l’intégration a créé le communautarisme qui lui-même a favorisé le développement de courants radicaux et fondamentalistes qui ont, parfois, sombré dans la violence.

En Wallonie et à Bruxelles, contrairement à la Flandre, le monde politique belge francophone est dominé par la gauche. Le Parti socialiste, le cdH – Centre démocrate humaniste (sic), d’inspiration sociale-chrétienne – et les écologistes (Ecolo) sont, ensemble, largement majoritaires. Pour capter ce nouveau vote immigré – 40 % environ de la population bruxelloise est désormais musulmane –, ils se sont lancés dans une surenchère permanente.

Ecolo est ainsi devenu le champion des « accommodements raisonnables », sur le modèle canadien, issu de la Commission Bouchard-Taylor[4. La Commission Bouchard-Taylor a été créée le 8 février 2007 par le Premier ministre du Québec afin d’examiner les questions liées aux accommodements raisonnables consentis au Québec.]. Le PS compte aujourd’hui une majorité d’élus d’origine étrangère, dont l’élection dépend souvent d’un vote exclusivement communautaire. On trouve désormais des tracts électoraux rédigés en turc, ourdou, arabe… Des candidats utilisent la liste des électeurs pour ne cibler que les Turcs, Congolais, Pakistanais ou autres.

En 2009, le cdH, le parti démocrate-chrétien, fit élire la première femme voilée dans un Parlement européen. La députée belge Mahinur Özdemir, proche du président turc Erdogan, a ainsi joué un rôle important pour faire régresser le statut des femmes en Turquie. Après tout, si le voile est autorisé au Parlement belge, pourquoi ne pas l’autoriser en Turquie où, suivant la ligne d’Atatürk, il était interdit ? Longtemps, la ministre de l’Intérieur de ce parti a traité les départs de jeunes Belges en Syrie sous un angle humanitaire, les présentant comme des victimes de la société plutôt que comme de dangereux terroristes. Elle a été jusqu’à faciliter le retour de Syrie d’une femme enceinte de son compagnon djihadiste, afin qu’elle puisse « accoucher en Belgique dans de bonnes conditions ». Aujourd’hui ministre de l’Enseignement, elle ferme les yeux sur le non-respect des obligations scolaires dans les écoles de ces quartiers : les absences des filles aux cours de sport, les difficultés d’enseigner certaines matières telles que la biologie (Darwin), le français (Voltaire) ou l’histoire de l’art (cachez ces nus indécents!).

La responsabilité de la gauche dans cette descente aux enfers est écrasante, mais elle l’a fait dans un climat médiatique et intellectuel, favorable et complaisant. Les quelques universitaires qui travaillent sur ces questions sont davantage des militants du multiculturalisme que des chercheurs rigoureux. Selon eux, « la Wallonie et Bruxelles sont vouées à être diversifiées tant culturellement qu’au plan des identifications collectives ». Il y a donc lieu de reconnaître ces nouvelles identités et « le fait communautaire » : « c’est la raison pour laquelle nous préférons parler de citoyenneté multiculturelle plutôt qu’interculturelle ». Une évolution dont pourtant la majorité de la population ne veut à aucun prix, mais elle n’a pas vraiment voix au chapitre.

Médias, intellectuels, politiques ont cultivé le mythe du vivre-ensemble et de Bruxelles comme modèle de diversité multiculturelle. Par adhésion à un concept où il fallait à chaque incident « éviter de jeter de l’huile sur le feu », les problèmes ont été minimisés, voire niés[5. Pour ne pas être systématiquement écarté du pouvoir, le parti libéral de centre-droit auquel j’appartiens n’a pas toujours non plus dénoncé assez haut et fort les dérives communautaristes.]. L’immigration de masse couplée à l’absence de politique d’immigration dans un contexte de montée en puissance de l’islamisme s’est transformée en poison mortel.

Il faut ajouter à ces facteurs le morcellement des compétences et même le délitement de l’État belge, ainsi que la présence de coalitions politiques différentes aux nombreux niveaux de pouvoir qui empêchent de mener une politique cohérente contre le radicalisme. L’immigration est ainsi une compétence fédérale, tandis que l’intégration relève des Régions et l’enseignement des Communautés!

Du côté francophone du pays, le système éducatif est encore plus sinistré qu’en France. Des dizaines de milliers de jeunes, surtout issus de l’immigration, végètent dans des « classes poubelles » sans perspective d’obtenir un diplôme valorisé sur le marché de l’emploi. Dans certains quartiers, le chômage des jeunes atteint 40 %. Si souvent invoquée, l’explication sociale du radicalisme – l’arbre qui cache la forêt de la dimension politico-religieuse de l’islamisme radical – ne tient cependant pas quand on analyse le parcours de la majorité des djihadistes.

Avant de céder aux charmes du communautarisme prôné par Terra Nova ou d’autres, la France ferait bien d’analyser de près le « modèle bruxellois », longtemps présenté comme une réussite au prix d’une fable digne d’Orwell. Ou plutôt d’une farce qui se termine en tragédie.[/access]

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21824206_000012.

Algérie: un footballeur puni pour avoir soutenu les victimes des attentats de Paris

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Lofti Dif attentats de Paris

Grâce au site Liberté-Algérie, on vient de prendre connaissance des déboires du footballeur  Lofti Dif. Tout commence le 27 novembre denier, en plein match. Lofti, l’avant centre du Ca-Batna (Ligue 2) était fou de joie, il venait de marquer un but contre L’ASA Chlef.

Comme le font beaucoup de joueurs du monde entier dans ce cas-là, après les embrassades, il soulève son maillot pour laisser apparaître son t-shirt, sur lequel est inscrit un message. Un petit message qui nous va d’ailleurs droit au cœur : « ICI, C PARIS ». Les choses auraient pu en rester là. Mais non !

D’après nos confrères de Liberté-Algérie, cet anodin message de solidarité avec les victimes des attentas islamistes du 13 novembre a déclenché la colère des dirigeants du club : « La direction du CA Batna a, en effet, suspendu, à titre conservatoire, et ce jusqu’à nouvel ordre, le joueur juste après la confrontation, en lui infligeant, en sus, une amende. »

Nos insolents confrères algériens enfoncent le clou avec une question qui n’en est pas vraiment une : « Si le joueur avait exprimé un soutien à la population de Gaza, aurait-il reçu la même punition ? »

Si le jeune Lofti est empêché de jouer encore longtemps dans son pays, je serai ravi que la France lui offre l’asile footballistique et lui accorde une naturalisation express dans la foulée. On pourrait alors l’intégrer dans l’Equipe de France où, paraît-il, il y a une place vacante à l’avant. Je ne sais pas si, techniquement, Lofti est à la hauteur, mais au moins lui, il sait se tenir !

Benzema, forcément coupable?

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Karim Benzema Mathieu Valbuena Justice médias

Karim Benzema Mathieu Valbuena Justice médias

Hier soir au 20 heures, foin d’État d’urgence, de djihadisme ou de fin des temps climatique. Il fallait laisser la place à l’essentiel. Nous fûmes relancés toute la journée à grand son de trompe pour ne surtout pas rater l’événement : « Sextape, Benzema va parler ». Il a effectivement débité un texte appris par cœur, aux éléments de langage soigneusement usinés. Ce qui ne servira à rien, si ce n’est à alimenter la chronique déchaînée.

Intéressante, cette affaire, en ce qu’elle raconte de passablement déplaisant sur nous. Concernant Karim Benzema, celui-ci a droit à son lynchage médiatique géant en attendant pire. La planète entière, France comprise, se gave de la religion football. Cela fait vivre pas mal de monde et surtout brasse des fortunes. Alors pour nous permettre de nous purifier de cette passion douteuse, il faut offrir au public un petit sacrifice de bouc émissaire de temps en temps. René Girard nous l’a bien expliqué. Cela tombe sur Benzema, parce que c’est vrai qu’il exagère quand même celui-là. Arabe et musulman, gamin des cités acculturé issu de la racaille et privé d’adolescence. Fournissant un travail acharné, qui lui permet d’accéder au haut niveau et de toucher l’argent qui va avec. C’est-à-dire beaucoup. En ce moment, tout cela, ce n’est quand même pas très malin. Parce qu’en France, l’argent on n’aime pas trop. Enfin celui des autres, et encore moins si c’est un arabe.

Il y en a énormément que ça met en rage, en général les mêmes qui se pressent au stade et passent leur vie devant la télé. Benzema aggrave son cas en étant perpétuellement maussade et peu sympathique, pratiquant un jeu qui, pour être efficace, n’est guère spectaculaire. Malgré son nouveau statut et sa fortune, il a gardé la mentalité de la cité et les amis qui vont avec. La petite cour délétère qui fatalement va tourner autour de ce loto ambulant.

Assumant naïvement le statut de mercenaire des joueurs d’aujourd’hui, et par une phrase sortie de son contexte, il a dit son attachement à l’Algérie, pays de ses parents, et le caractère essentiellement sportif de sa contribution à l’équipe de France. À chaque sortie de celle-ci, comme en plus il ne chante pas la Marseillaise, il prend cher. Retourne dans ton pays, blasphémateur ! Alors l’affaire qui vient de lui tomber dessus est une aubaine. Lui qui s’était déjà pris une jolie séquence médiatico-judiciaire avec l’affaire Zahia dont il faut quand même rappeler qu’après quatre ans d’instruction médiatisée pour une frasque sexuelle, il avait été relaxé après que le procureur à l’audience lui eut présenté ses excuses pour cette procédure débile.

Pour Benzema saison II, à nouveau une histoire de sexe, l’enquête et l’instruction sont comme d’habitude faites dans la rue. On se reportera donc aux informations disponibles, essentiellement dans le quotidien vespéral de référence, à la pointe du combat dans ce dossier. Si l’on comprend bien Valbuena, son camarade en équipe de France se serait fait dérober une vidéo de ses ébats sexuels avec sa compagne enregistrée sur son portable, et aurait été victime d’un chantage : la destruction de la vidéo contre une remise d’argent. Benzema est accusé d’avoir joué les intermédiaires entre les maîtres chanteurs et Valbuena. On est en matière pénale, et les éléments dont j’ai pu avoir connaissance me semblent pour l’instant insuffisants pour caractériser une infraction. De toute façon, cette question devrait relever des magistrats qui auront à en connaître et non pas du tribunal médiatique. Lequel alimente quotidiennement la meute, bien décidée à déchiqueter la proie qu’on vient de lui jeter. Parmi les aboyeurs se trouvent des personnes qui auraient peut-être été bien avisées de rester discrètes. Un Premier ministre par exemple, probablement très occupé ces temps-ci, mais qui a quand même trouvé le temps de déclarer Benzema coupable d’une faute morale, et ne devant plus faire partie de l’équipe de France. Il est vrai que sur le plan de la morale, utilisateur des moyens aériens de la République pour ses escapades footbalistiques en famille, Manuel Valls est idéalement placé. On pense aussi à Camille Lacourt qui, sans rien connaître du dossier, a jugé nécessaire de frapper son camarade sportif à terre. Vous avez tout pour vous Monsieur Lacourt, champion du monde de natation encore plus beau qu’Alain Delon au même âge, marié à une Miss France, concentré de grâce et d’intelligence, vous auriez vraiment pu vous dispenser de cette inélégance. Et puis vous savez, la vie est longue et elle n’est pas toujours tendre…

Tenons-en  nous là pour les aboyeurs déjà fort nombreux, et passons maintenant aux ineffables Plic et Ploc. Ce sont les deux journalistes du Monde, gratifiés par leur journal du nom ronflant « d’enquêteurs ». Gerard Davet et David Lhomme forment un duo qui a accédé à une certaine forme de notoriété pour avoir été à la pointe de la chasse au Sarkozy. Non pas qu’ils aient été les seuls, mais ils ont bénéficié de certains privilèges qui leur permettaient d’accéder aux pièces de différents dossiers avant même les avocats de la défense. De ces fuites, ils firent bon usage et remplirent leurs colonnes d’extraits, de citations tronquées, de commentaires orientés, destinés à convaincre le lecteur que Nicolas Sarkozy était un bandit de grand chemin et que la justice allait nous en débarrasser. Ils ont cependant fini par faire une grosse bêtise. Ils ont rapporté dans un livre une conversation avec Jean-Pierre Jouyet au cours de laquelle celui-ci leur aurait confirmé que dans l’affaire de l’amende électorale payée par l’UMP, il avait fait l’objet d’une démarche pressante de François Fillon pour accélérer la procédure pénale contre l’ancien Président. Évidemment, Jouyet a dû démentir. Et c’est là que nos duettistes ont fait très fort en produisant un enregistrement de la conversation réalisée à l’insu de Jouyet, qui n’a pas vraiment apprécié. Résultat, ils sont donc rapidement devenus tricards : fin des entretiens réguliers à l’Élysée avec François Hollande et tarissement  des sources qui alimentaient leur petit fleuve tranquille.

Ils viennent de revenir à la lumière, mais cette fois-ci pour une chasse au très petit gibier. Faute de grives, on mange non pas des merles mais de petits insectes. Malheureusement toujours avec les mêmes méthodes : publications de procès-verbaux, d’extraits tronqués, d’analyses tendancieuses, occupation des plateaux télé pour y délivrer leurs réquisitions. Ils ne vont pas attendre celles du procureur chargé de l’affaire. Ils savent bien, eux, que Benzema est coupable. Et une fois de plus, on assiste au spectacle de la violation quotidienne de libertés publiques fondamentales. Secret de l’instruction, présomption d’innocence, en attendant le secret professionnel des avocats comme pour Sarkozy, tout cela gaiement foulé aux pieds, sans que, comme d’habitude cela n’arrache une remarque à ceux que l’on entend beaucoup sur les dangers de l’état d’urgence. L’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme sur le « droit au procès équitable » et les règles de la procédure pénale française censées protéger les libertés individuelles ? On ne va quand même pas s’encombrer avec ça, quand il y a de l’audience à faire et que l’on tape sur un footeux mal dégrossi, ce qui ne présente aucun danger.

Voyez-vous, Monsieur Benzema, je ne sais pas ce qui s’est passé et dit à Clairefontaine entre Valbuena et vous, et d’ailleurs je m’en fous. Ce que je vois c’est que vous allez vers des moments difficiles. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les réseaux pour y voir la meute montrer son vilain visage. Nombreux sont ceux, Premier ministre en tête, qui veulent votre exclusion de l’équipe de France. Je pense que c’est acquis, mais ils ne s’arrêteront pas là. Commencent déjà les pressions sur le Real Madrid pour que lui aussi vous mette à la porte. Il vous reste à faire le gros dos et confiance à vos avocats. Je vous souhaite bon courage.

*Photo : SIPA.00729580_000001.

Place de la République: de Charlie au tricolore…

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place republique attentats fn

place republique attentats fn

Le dos courbé comme en plein jardinage, remettant d’aplomb divers ornements, deux dames rouspètent : « C’est des pourris, c’est un pèlerinage, quand même. » Elles en veulent à ceux des manifestants qui, la veille, se sont servis en bougies et pots de fleurs pour les balancer sur des CRS. On est lundi, et dimanche, ici même Place de la République à Paris, un rassemblement anti-Cop 21, interdit en raison de l’état d’urgence, a dégénéré en affrontements. Mausolée, mémorial, monument aux morts et maintenant lieu de pèlerinage : Marianne en bronze et sa base en pierre polie anthracite gagnent de jour en jour un statut toujours plus funéraire. Les attentats du 13 novembre ont transformé l’ensemble statuaire des frères Morice, inauguré il y a plus d’un siècle, en un quasi-cimetière des victimes parisiennes de l’Etat islamique.

Bottée, juchée sur le rebord circulaire qui cerne la statue, Sabrina donne des consignes à son équipe de bénévoles et demande à la foule de se joindre à l’effort : « Allez ! Venez ! On a besoin d’aide, insiste-t-elle, absorbée par la tâche. Il faut replacer les bougies au premier plan, les fleurs au second, et tous les messages encore lisibles doivent être conservés et rangés dans des pochettes en plastique. N’oubliez pas de les prendre en photo, ça permettra d’en garder une trace quand il n’en restera plus rien. » C’est l’euphorie d’un groupe soudé par le tragique. Un moment rare, il faut en profiter, il ne durera pas. Aussi redouble-t-on d’ardeur. Eisenstein et Renoir sont à la manivelle.

Sabrina, une jeune femme, est la patronne des « 17 plus jamais », une « communauté » avec page Facebook, créée peu de temps après les attentats de janvier, qui avaient fait 17 morts. Ces gardiens du temple se sont promis d’entretenir quotidiennement la statue de la République, où les témoignages affluent dans une anarchie généreuse. L’aspect et pour ainsi dire la nature des lieux ont radicalement changé. Avant le 13 novembre, c’était « Répu » se souvenant de Charlie, bientôt rejoint par des combats et des slogans pacifistes, internationalistes, un peu gauchistes, limite anti-Charlie. Aujourd’hui, c’est très différent. Face au « danger », la patrie est centrale, la nation s’affirme. Les « 17 plus jamais » font en sorte de composer de jolis tableaux de drapeaux français, qui se voient de loin, davantage que le petit drapeau tunisien, l’algérien ou le kabyle.

Egalement présents ce lundi, trois femmes et un homme venus de l’Eure – et n’appartenant pas au collectif des « 17 plus jamais » – ne seraient sans doute pas allés expressément Place de la République si ne s’étaient produites les tueries du 13. Ils ont passé le week-end en banlieue parisienne, chez des connaissances. « On est déjà venu samedi pour participer au nettoyage des abords de la statue, raconte l’une des femmes. On a acheté des gants, des balais et des sacs poubelle à Monoprix et chez Tati. » Ils sortent d’un restaurant et s’apprêtent à regagner la Normandie en voiture. Avec la nuit qui arrive, ils ne vont d’ailleurs pas tarder. Ils tenaient à se recueillir une dernière fois au pied de ce mémorial improvisé.

Ils ne font guère mystère de leur vote à tous quatre, dimanche au premier tour des régionales. Ce sera Front national. « L’état d’urgence, c’est juste, et pour nous, c’est pas fini, il y aura d’autres attaques, prédit l’une des trois femmes. On est quand même envahi. Chez nous, dans l’Eure, c’est le même souci. On se pose des questions, on se demande si on est en France. Pendant notre week-end, on a vu des enfants dormir parterre à 11 heures du soir. Où allons-nous ? » L’homme, entre 50 et 60 ans, visage creusé, ne parle pas beaucoup. « Je suis ouvrier en usine, dans une papeterie, dit-il. J’ai du travail, j’ai de la chance. »

Les attentats devraient profiter au Front national, indiquent les sondages. Philippe, la cinquantaine, assure que le groupe des « 17 plus jamais » qu’il a rejoint « il y a deux semaines », est « apolitique ». « Nous sommes un groupe citoyen et démocratique », dit-il. Lui est chef d’entreprise en région parisienne et dirige plusieurs dizaines de salariés. « J’ai été bouleversé par ce qui s’est passé, confie-t-il. J’ai voulu faire quelque chose, alors que ce n’est pas dans mon habitude. Je donne mon argent mais pas mon temps. Je viens d’un milieu assez bourgeois, je suis peut-être un peu égoïste. »

Depuis le 13 novembre, Philippe est une pile d’émotion. Dimanche, pendant les heurts entre des jeunes cagoulés et la police, il se tenait dans un angle de la place, rageant : « Vous avez profané le monument aux morts », avait-il crié. « Ici c’est comme une tombe, on ne vient pas se servir, c’est un manque de respect, jugeait-il lundi, leur pardonnant toutefois. Ils sont plus violents que méchants, c’est des autonomes, des altermondialistes, 95% c’est des mecs bien. » Dimanche, la bagarre terminée, François-Marie Banier, l’ancien complice de Liliane Bettencourt, débarquait comme de nulle part sur la place, appareil photo autour du cou. « Je déteste tous les blasphèmes », disait-il en coup de vent, apprenant que des bougies avaient volé comme des projectiles.

L’islam. Il est présent parmi les dizaines de milliers de fleurs et de bougies, les centaines de pancartes et de petits mots laissés. Le lycée de l’Hautil, à Jouy-le-Moutier, dans le Val-d’Oise, a déposé au pied du monument une trentaine de messages rédigés sur des bristols jaunes, roses et verts, protégés d’un film plastique sous lequel apparaissent également des colombes coloriées en bleu, blanc, rouge. Pêle-mêle : « Ce soir du 13 novembre, les notes se sont tues mais la musique continue », « Levons-nous peuple de France, il n’est pas essentiel de défendre ses idées en tuant », « Nous sommes des musulmans et nous ne sommes pas des terroristes, ne confondez pas », « Musulmans non terroristes, pray for paris », « Toujours se relever même si l’espoir n’est pas là, il faut du courage et aimer ».

Côté catholique, Louis est venu de l’Essonne, vêtu de sa chemise et de son foulard de chef scout de France. Il dépose une pancarte, pas plus mal faite que les autres, pas mieux non plus : une tour Eiffel tricolore entourée d’une multitude de prénoms, ceux des jeunes scouts dont il a la charge. L’étudiant en biologie d’une vingtaine d’années ne les avait pas revus entre les attentats et dimanche dernier. Ses protégés, âgés de 11 à 14 ans, peuvent bien fréquenter des écoles catholiques, ils surfent sur Internet comme tous les enfants de leur âge. « Sur un site, ils ont vu une photo de l’intérieur du Bataclan, avec des morts, raconte Louis. Cela ne les pas particulièrement effrayés. Pour eux, ça s’apparente à un jeu vidéo, non à quelque chose de réel. Plus préoccupantes sont les théories du complot. On s’attache à les démonter. » Louis s’inquiète de ce que sera l’avenir proche. « Je crains que, comme après les attentats de janvier, l’union du moment ne s’effrite. La montée attendue du Front national va attiser les haines », pense-t-il.

Pour Philippe, le chef d’entreprise voué à la conservation du mémorial de la Place de la République, ce serait une catastrophe, car « on ne garde ici que les messages d’amour et de tendresse ». Paix des cimetières, fureur du monde.

*Photo: DR.

Egypte : Néfertiti contre Daech

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nefertiti tourisme egypte daech

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, les sites archéologiques égyptiens, fouillés en long, en large et en travers, depuis plus d’un siècle, nous réservent toujours des surprises, et pas des moindres.  Depuis des semaines, un groupe d’explorateurs scanne sans relâche les murs de la tombe la plus célèbre de la Vallée des Rois : celle de Toutankhamon. D’après l’égyptologue britannique Nicolas Reeves, la sépulture du jeune pharaon découverte il y a 93 ans pourrait cacher le tombeau longtemps recherché de la reine Néfertiti. La chambre funéraire du pharaon Toutankhamon, mort à 19 ans, dix ans après son arrivée au pouvoir en 1322 avant notre ère, dissimulerait en réalité un vaste complexe funéraire, jusqu’à alors insoupçonné. En son sein, girait la dépouille de celle qui pourrait être la mère de Toutankhamon – leur arbre généalogique n’a pas été clairement reconstitué.

Pour l’Egypte, cette découverte  tomberait à point nommé. Elle pourrait relancer l’industrie du tourisme égyptien, en berne depuis la série d’attentats qu’a perpétré la branche locale de l’Etat islamique, Ansar Bayt al-Maqdis, dont l’explosion de l’avion russe au-dessus du Sinaï fin octobre. Dès juillet, le groupe revendiquait un attentat à la voiture piégée contre le consulat d’Italie ainsi que plusieurs attaques contre les forces de l’ordre dans le Sinaï. Depuis, les grandes villes touristiques telles que Louxor, Assouan ou Le Caire voient les touristes – et les devises – se raréfier. De 10 milliards d’euros par an avant l’arrivée au pouvoir du général Sissi, les revenus de l’industrie touristique sont tombés à 5 milliards d’euros.

Face à ce marasme, Néfertiti pourrait à nouveau servir son pays. À quoi doit-on ce possible miracle ? À l’origine de la thèse de la « tombe cachée » de Nicolas Reeves, des photographies couleurs haute résolution d’une société espagnole, Factum Arte, publiées en 2014. « Une évaluation minutieuse des scanners de Factum Arte pendant plusieurs mois a donné lieu à des résultats intrigants : la présence probable de deux portes encore jamais découvertes », écrivait cet été  Reeves. Une des portes pourrait mener à un entrepôt, l’autre, située sur le mur nord de la tombe pourrait être la continuation de la chambre funéraire. « Néfertiti elle-même, co-régente et successeur éventuelle du pharaon Akhenaton » s’y trouverait. Mais pourquoi donc ? Le professeur Reeves avance plusieurs éléments de preuves. La tombe de Toutankhamon, découverte par Howard Carter en 1922, aurait en réalité « été à la fois construite et destinée à recevoir la sépulture de Néfertiti ».  La tombe de cette dernière aurait été réaménagée pour accueillir la dépouille de Toutankhamon, mort dix ans plus tard. Découvrir derrière ces murs la dépouille de l’épouse d’Akhénaton pourrait de surcroît apporter des réponses essentielles quant à la filiation de Toutankhamon. Car deux écoles s’opposent. Selon certains, le pharaon serait le fils de Néfertiti. Pour d’autres, il serait le fruit de l’union d’Akhenaton avec l’une de ses sœurs à l’identité inconnue.

Mais les scientifiques cherchent avant tout à prouver la présence d’une cavité derrière les murs de la tombe. Une thèse confortée par les premières explorations de la tombe, ainsi que l’a révélé le New York Times. Ainsi, les scientifiques ont-ils récemment annoncé que leurs radars auraient détecté avec quasi-exactitude la présence d’une cavité derrière les murs de la chambre funéraire. Mamdouh Eldamaty, ministre de la Culture égyptien, a estimé à « 90 % » les chances que les recherches aboutissent à la découverte d’« une autre chambre, une autre tombe », derrière la chambre funéraire de Toutankhamon. Le ministre a par ailleurs annoncé que d’autres explorations auraient lieu dans les prochaines semaines, avant que le mur ne soit percé. Un autre expert, le japonais Hirokatsu Watanabe devrait quant à lui rendre ses conclusions dans un mois.

Mais malgré l’enthousiasme de certains, la thèse ne fait pas consensus parm la communauté scientifique. Elle est même sérieusement remise en cause par les autorités égyptiennes et d’autres égyptologues.  Pour le professeur Zahi Hawass, ancien ministre des Antiquités égyptiennes, sorte d’Indiana Jones bien connu des amateurs des chaines National Geographic et Histoire, le projet de recherche n’aboutira pas. Cette figure du régime de Moubarak n’y croit pas, sans pour autant avancer d’arguments solides. Selon lui, aucune tombe ne se trouverait derrière celle de Toutankhamon. Encore moins celle de Néfertiti. Malgré ses critiques, l’archéologue égyptien concède que les partisans de la thèse de Nicolas Reeves « attendent désespérément une bonne nouvelle ».

Qu’une découverte soit imminente ou non, la recherche suffit à faire renaître l’espoir chez les tour-opérateurs de Louxor, exsangues. Interrogé par le New York Times, Bahaa Youssef, directeur de l’agence de voyage Sunrise tour à Louxor, tente de mettre au point de nouvelles stratégies pour remplir les caisses de sa société. « L’Egypte a besoin d’événements importants, pour que les regards se tournent à nouveau vers nous ».

Un an avant le « printemps » du Caire, chaque jour, quelque 12.000 touristes formaient de longues files d’attente pour visiter les merveilles de Louxor. En 2012, ils n’étaient plus que 300, sans compter la chute du nombre de touristes qui préféraient les croisières culturelles et autres visites de temples et musées dans le reste du pays.

La découverte pourrait donc créer un « choc positif » pour l’économie du pays. Désireux de créer le buzz, le professeur Reeves n’a pas hésité à plastronner : « Si nous trouvons ce que je pense, ce sera une découverte plus importante encore que celle de Toutankhamon ».

Quoi qu’il advienne, si les djihadistes égyptiens ont fait fuir les touristes, ils n’ont pas encore mis la main, comme en Syrie, sur les merveilles archéologiques pour les dynamiter.

 

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : Numéro de reportage : 00515442_000011.

Calendrier Pirelli 2016: et le sexisme, bordel?

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Jusqu’à présent, et depuis 1964, le calendrier annuel du fabricant de pneus italien Pirelli était attendu comme le messie par toute la planète. A sa sortie, on découvrait enfin quel photographe de renommée internationale allait nous gratifier de ses clichés torrides des plus belles filles du monde.

Et puis, un beau jour, quelqu’un a décidé de mettre un terme au culte planétaire de cet objet exceptionnel, initialement destiné aux garagistes. Comment ? Fastoche : en opérant un revirement « féministe » censé lutter contre les stéréotypes « sexistes ». Mais voyez plutôt.

Pour l’année 2015 qui se termine, le calendrier Pirelli, c’était ça :

calendrier Pirelli 2015

calendrier Pirelli 2015

Profitez-en bien jusqu’au 31 décembre… parce que pour l’année 2016, ce sera ça :

calendrier Pirelli 2016

calendrier Pirelli 2016

En lieu et place des superbes nymphettes qui prenaient la pose en tenue d’Eve, vous y découvrirez : la chanteuse Patti Smith en chemise froissée, la sportive Serena Williams en culotte Sloggi, l’humoriste Amy Schumer buvant un café de chez McDo, l’octogénaireYoko Ono cachée derrière ses lunettes rondes, etc.

Annie Leibovitz, qui les a photographiées en noir et blanc, dit avoir voulu mettre à l’honneur des femmes « fortes et naturelles ». Perspicace, Paris Match remarque qu’elle « rhabille le calendrier Pirelli ». Et pour Libération, tout ça, c’est rien que du bonus : les modèles du calendrier 2016 sont juste « plus âgées, plus rondes et plus intello ».

Mais bizarrement, personne ne remarque l’odieux sexisme dont la photographe a fait preuve avec ce casting, 100% féminin. C’est vrai quoi, si les garagistes adorent les femmes mûres enrobées et cultivées, il n’y a pas de raison qu’ils apprécient moins les vieux notaires gras du bide, par exemple. Ah, vivement 2017 !

Non au néocolonialisme libéral qui étouffe l’Afrique!

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fn regionales afrique cop21

fn regionales afrique cop21

Délégué national à la prospective FN, Loup Viallet est responsable du Collectif mer et francophonie au sein du Rassemblement Bleu Marine.

Daniel Saoud. Après les attentats du 13 novembre, François Hollande et le gouvernement ont rétabli les contrôles aux frontières du territoire, expulsé des djihadistes binationaux, décrété l’état d’urgence afin de nettoyer les banlieues de leurs arsenaux. Comme Marion Le Pen, êtes-vous agréablement surpris par la réaction de l’exécutif qui applique une partie du programme du FN ?

Loup Viallet. Je crois surtout que les mesures portées par le FN sont les plus pertinentes pour garantir la sécurité des Français, et cela a été démontré par un gouvernement qui les conspuait. Quant au « nettoyage des banlieues de leurs arsenaux » où circulent illégalement des armes de guerre, cela semble impossible à mener si les contrôles aux frontières nationales ne sont pas rétablis de manière permanente.

Marine Le Pen critique régulièrement l’alliance de la France avec l’Arabie Saoudite et le Qatar. Afin de vaincre l’Etat islamique sur le terrain, quelles solutions militaro-diplomatiques préconisez-vous ?

Cela fait des mois, qu’à contreflots de la meute médiatico-politique, Marine Le Pen a défendu que la coalition contre Daech devait inclure l’Etat syrien. Aussi il semblerait avisé de rouvrir notre ambassade à Damas, fermée en mars 2012 par N. Sarkozy. Une décision sur laquelle François Hollande n’a pas voulu revenir.

Vous avez mis sur pied le Collectif mer et francophonie du Rassemblement Bleu Marine. N’est-ce pas paradoxal de vouloir refermer les frontières de l’hexagone en prétendant défendre la grandeur de la France et de sa langue dans le monde entier ?

D’après vous, est-ce en effaçant ses frontières et en désengageant son Etat de ses missions régaliennes que l’on rendra sa grandeur à la France ? Qui peut sérieusement penser que notre pays rayonne davantage depuis que son pilotage se transfère à Bruxelles ? La France semble plutôt empêtrée dans l’UE, qui fixe même nos quotas annuels de pêche, et qui affaiblit commercialement en plus de la Russie bien des Etats francophones d’Afrique de l’Ouest qui devraient au contraire être nos partenaires stratégiques. C’est la conviction sur laquelle s’est fondé le Collectif Mer et Francophonie, que j’anime avec Gwenael Blancho et Alex Frederiksen : la politique des intérêts nationaux d’une France souveraine se doit de développer les deux atouts qui font de notre pays une puissance mondiale. Notre immense domaine maritime, notre frontière ultramarine sur quatre océans, qui doit être surveillée, explorée et exploitée. Et notre langue, partagée avec 450 millions de francophones dans le monde, qui sert aujourd’hui de lien à un monde francophone grand quatre fois comme l’UE, dont les populations sont étouffées par la « globalization », et avec lesquelles nos intérêts nationaux et les débouchés de nos entreprises nous commandent de mettre en place un développement « co-profitable » respectueux de la diversité des cultures et des modes de vie.

Quelles activités développez-vous en partenariat avec l’Afrique ? Ces liens sont-ils également un moyen de régulier l’émigration subsaharienne ?

Nous nouons des liens avec l’Afrique. Nous multiplions les prises de contact avec les entrepreneurs, ONG, d’anciens responsables politiques, mais aussi avec des ingénieurs et des haut-fonctionnaires. Récemment, un directeur d’ONG de développement agricole durable au Bénin, s’est affilié à l’une de nos campagnes sur les rapports Nord/Sud. Enfin nous publions régulièrement des analyses sur les problèmes qui nous semblent communs, comme l’extension du marché de l’UE à la CEDEAO ou la crise migratoire. Le COMEF a la conviction que la crise migratoire trouvera sa résolution par les Etats, et hors de l’idéologie mondialiste sans frontières. Dans la conduite de nouveaux modes de développement, qui ne doivent ni être assujettis, ni imiter ceux du Nord. Cette victoire se fera sur le nouveau colonialisme ultralibéral qui étouffe l’essor d’industries et notamment de l’industrie textile en Afrique de l’Ouest tout en menaçant ses modèles d’agriculture familiale. Ils sont nombreux à souhaiter que leur prospérité repose sur des bases saines qui ne poussent pas à fuir, et non sur les efforts de leurs diasporas. C’est pourquoi il faut souhaiter que la France retrouve vite sa souveraineté : pour assurer une stabilité loin du chaos que nous connaissons, en coordination avec des Etats souverains prêts à maîtriser leurs frontières, à développer leurs marchés intérieurs comme à repousser le terrorisme islamique de Daech ou de Boko Haram.

Le FN propose de supprimer les compétences internationales des conseils régionaux. Pourquoi vouloir ainsi affaiblir l’ouverture des régions vers l’universel ?

En effet, l’on ne compte plus les candidats FN qui proposent que leurs exécutifs régionaux fassent l’économie du budget alloué à la coopération internationale ou décentralisée. C’est le choix notamment de Marine Le Pen dans le Nord, de Florian Philippot en ACAL et de Wallerand de Saint-Just en Île-de-France. Cette proposition n’affaiblit en rien l’ouverture des régions sur le monde, puisque les compétences en matière de commerce extérieur ne sont pas remises en cause. Pas d’enfermement, donc, mais plutôt l’économie saine d’un poste de dépense superflu qui pourra se traduire par des baisses d’impôts, des investissements publics. Sans nuire à l’indivisibilité de l’Etat par l’entretien de diplomaties régionales.

En cette première semaine de Cop 21, partagez-vous avec le gouvernement l’accent mis sur les énergies renouvelables et la réduction du réchauffement climatique ? N’est-il pas illusoire de défendre un modèle de croissance infinie dans un monde aux ressources finies ?

Ce serait une erreur. Je ne sais pas ce qu’il sortira de cette « Cop », mais elle me semble suspecte dès son ouverture : certains organisateurs font des vœux pieux en réunion sur l’avenir du climat, pendant que leurs équipent négocient ou exécutent ailleurs les volets des accords de libre échange TAFTA, TISA (Accord sur le Commerce des Services), Accords de Partenariat Economique (UE-CEDEAO), autant de textes inéquitables et destructeurs socialement, économiquement et écologiquement.

Régionales: Valls singe Sarkozy

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Sous cette République gaullienne présidentielle, le tripartisme n’existe pas. On y a cru un moment, depuis deux ans, mais en fait non. Le Parti socialiste et les Républicains sont en train de nous administrer la preuve, en loucedé, que comme jadis les feus UDF et RPR, il est tout à fait possible de se partager le pays en professant des programmes apparemment différents.

À LR comme à l’UDF d’avant vont les communautés locales, départements, mairies et demain régions. Au PS, le président, le gouvernement et les députés. Comme pour le RPR de Chirac.

On n’invente pas, c’est ce qui est en train de se passer. Manuel Valls l’a asséné ce matin à la radio : « Chacun devra prendre ses responsabilités à droite comme à gauche, pour empêcher le FN de gagner une région. »

Anne Hidalgo est encore plus claire : « Je préfère aucun socialiste dans un exécutif plutôt que le Front national à tête de ces exécutifs ».

Et la candidate EELV Emmanuelle Cosse, qui n’est pas socialiste mais perdante de toute façon, souscrit elle aussi à ce retrait des listes de gauche partout où leur maintien en troisième position risquerait d’offrir les conseils régionaux au FN. C’est de l’ouverture avant l’heure, et c’est du vallsisme, jumeau du sarkozysme ancien : se poser en résistant à Marine Le Pen, si pur et si désintéressé qu’on est prêt à sacrifier ses troupes locales pour éviter le péril, en espérant engranger demain les intérêts de cet investissement risqué.

Je ne sais pas si Valls a 2017, ou plutôt 2022 en ligne de mire : mais il est certain qu’il prendra rendez-vous avec l’avenir dès dimanche soir, s’il intime l’ordre à ses listes de se retirer, particulièrement dans le Nord et dans le Sud, au profit des Républicains.

Il est minuit, la France s’éveille

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attentats daech islam elkaroui

attentats daech islam elkaroui

Voici l’introduction au dossier « Pas de quartier pour les islamistes, pas d’islamistes dans nos quartiers » signée Elisabeth Lévy. Retrouvez le dossier complet dans notre numéro de décembre.

« Hollande. Son plan pour contrer le FN. » Au lendemain de la nuit meurtrière du 13 novembre, la une de Society, encore placardée au dos de nombreux kiosques parisiens, claque comme une accusation. Tout comme la manchette du Monde, datée du 12 novembre : « Le plan de Matignon contre le FN. » Lutter contre la menace frontiste, voilà donc ce qui, à la veille de la tuerie, préoccupait nos dirigeants – et les grandes consciences de leur presse. Pendant que nos ennemis se préparaient militairement à accomplir leurs crimes, l’Élysée et Matignon se tiraient la bourre pour savoir qui serait « le meilleur rempart contre le Front national » – et qui, accessoirement, exploiterait le mieux ce terrible danger pour faire avancer ses propres actions électorales. Pendant que la fascination du djihad se répandait dans une fraction de la jeunesse de quartiers islamo-salafisés, une bonne partie de la corporation médiatique s’employait à dresser des listes de salauds qui « font le jeu du Front national ». Il faut croire qu’il était plus gratifiant – et moins fatigant – de fantasmer le retour de la bête immonde que de se prendre la tête avec l’islam radical.

Alors que les familles endeuillées, et avec elles tout le pays, pleurent leurs morts, ces rodomontades résistantes, ces postures pseudo-héroïques semblent rescapées d’un autre temps. Le samedi 14 novembre, Paris était désert, sauf quelques endroits où on se pressait pour être triste et avoir peur ensemble, et dans cette atmosphère de « jour d’après », on se disait que, cette fois, on avait vraiment changé de monde. Quelques jours plus tard, on est moins sûr. D’après le Monde du 22 novembre, nous sommes entrés dans « La France d’après ». Mais après tout, pourquoi cette fois ? Pourquoi pas après Merah ? Pourquoi pas après Charlie et l’Hyper Casher ? Avons-nous changé de monde après Tati, après le RER Saint-Michel, après le Drakkar de Beyrouth ?

D’abord, pourquoi le nier, on s’habitue. On n’est pas moins horrifié, on est moins surpris. Du reste, le retour aux affaires courantes est de plus en plus rapide. Après le 13 novembre, il ne nous a fallu que quelques jours pour recommencer à parler d’autre chose – et à acheter des chaussures. On a fait de la poésie après Auschwitz, on fera les soldes après le Bataclan.

Et pourtant, peut-être que, cette fois, tout ne redeviendra pas comme avant. En tout cas pas aussi vite que d’habitude. D’abord, on l’a abondamment répété, « maintenant, tout le monde se sent visé » – même les « Français innocents », comme l’a remarqué l’ami Guillaume Erner, non sans acidité, en référence à la bourde de Raymond Barre après l’attentat de la rue Copernic[1. Il a dit quelque chose comme : « Ils voulaient tuer des juifs, ils ont tué des Français innocents. »]. Désormais, nous disent nos ennemis, nous tuerons des dessinateurs, des juifs et des bobos. Pourquoi des bobos ? C’est ainsi, plus besoin de dessiner Mahomet ou d’être juif pour susciter la haine du djihadiste – ce qui signifie a contrario qu’il ne sert à rien d’être accommodant, à moins que ces accommodements aillent jusqu’au renoncement à fréquenter les bistrots.

Ensuite, il est devenu impossible d’ignorer que le terrorisme islamiste, chez nous, n’est pas un phénomène importé mais une production locale. Quel que soit le rôle de Daech comme camp d’entraînement, comme sponsor et comme Terre promise rêvée, c’est dans nos villes et, de plus en plus, dans nos campagnes, que se recrutent les assassins. On se rappelle la stupeur d’Israël, après l’assassinat d’Yitzhak Rabin, il y a vingt ans, parce qu’« un Juif avait tué un Juif ». Nous devons nous y faire : ce sont, pour l’essentiel, des Français qui tuent des Français. Nous avons des ennemis lointains et d’autres de l’intérieur.

Si quelque chose a changé pour de bon, c’est que, grâce notamment à la conjonction de ces deux éléments, la France d’après est un peu plus la France que celle d’avant. Si beaucoup de gens, y compris à gauche, ont retrouvé le goût du tricolore et de la Marseillaise, suscitant d’homériques affrontements sur Facebook, ce n’est pas parce qu’ils sont au garde-à-vous, prêts à défiler au son du canon, mais parce que, en nous sommant de défendre ce que nous avons en commun, les tueurs refont de nous un peuple. Certains trouveront qu’il manque parfois de panache, ce peuple. « Nous sommes les enfants de Descartes et de Voltaire », écrit Brice Couturier dans la magnifique adresse aux djihadistes que nous publions dans les pages qui suivent. Certes. Mais les terroristes n’ont pas attaqué une librairie (on se demande bien pourquoi…). Et nous sommes aussi les enfants du rock et de l’oisiveté, de l’alcool et de la télé, du porno et du mariage gay (oui, oui… ils finiront par me convertir…).

Si c’est aux terrasses des cafés qu’est aujourd’hui réfugiée la civilité française, défendons les terrasses par les armes ! Si on menace notre liberté de nous abrutir en boîte de nuit, sauvons les boîtes de nuit ! S’ils détestent le sexe, le stupre sera notre langue et notre sol ! En somme, quand les djihadistes s’attaquent à ce que nos existences ont de frivole et même de vain, nous redécouvrons, à travers leur regard hébété, à quel point ces frivolités et ces vanités nous sont chères. Pierre Manent propose de passer un compromis avec les musulmans sur les mœurs. Au contraire, c’est le moment de proclamer qu’elles ne sont pas négociables. Vous n’êtes pas obligés d’en profiter (la minijupe n’est pas une obligation, tout de même…), mais vous êtes obligés de laisser vos sœurs et vos filles s’y adonner si ça leur chante. Ah, ils s’en prennent au ventre mou de notre civilisation ? Ils apprendront vite que ce ventre mou est dur à cuire et verront de quel bois se chauffe l’Occidental avachi.

Tout de même…, on dirait que cette fois, nous avons compris. Après Charlie et les grandes envolées sur l’esprit du 11 janvier qui devait continuer de souffler, nous avons été priés de nous battre la coulpe pour les crimes des Kouachi et Coulibaly, rapport à l’apartheid que nous leur avions fait subir. Et on nous a expliqué sur tous les tons que tout ça n’avait rien à voir avec l’islam et que le problème numéro un de la France, c’était l’islamophobie.

Rien de tel aujourd’hui. Le président en fait même un peu trop dans le tricolore quand il nous demande de pavoiser nos fenêtres. Perso, je préférerais que l’idée vienne de moi. Et puis il ne faudrait pas que cette orgie de symbole finisse par tenir lieu de politique. Bon, en haut lieu, malgré la difficulté qu’a eue le président, dans les premiers jours, à prononcer le mot « islamiste », on semble mesurer l’ampleur de la menace intérieure et déterminé à se donner les moyens de la combattre. Délivrés de certaines complications procédurales par l’état d’urgence, les policiers se félicitent d’avoir, pour la première fois depuis janvier dernier, les coudées franches pour taper dans les fourmilières islamistes. Et si à la gauche de la gauche, on communie dans la dénonciation du « tournant sécuritaire » de Hollande, la France des bistrots, elle, redoute plutôt qu’il soit sans lendemain. Partagée entre le soulagement de voir ses gouvernants agir et l’envie de leur demander des comptes – Qu’avez-vous fait pendant dix mois ? –, cette France-là ne croit pas que ses libertés soient menacées et se préoccupe assez peu des menaces pesant sur celles des salafistes et assimilés. L’humeur du moment, un brin excessive, serait plutôt : « Coffrez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » Cependant, et quoi que feignent de croire Olivier Besancenot et quelques autres, nul ne propose d’abolir l’état de droit et les libertés publiques en France.

Il faut noter que même Laurent Joffrin, le patron de Libération, habituellement pourfendeur inlassable de l’islamophobie, découvre qu’il y a une parenté entre l’arbre et la forêt et que le danger ne tient pas seulement à quelques dizaines de fanatiques prêts à passer à l’acte qui n’auraient « rien à voir » avec la religion d’amour et de tolérance que l’on sait : « Tous les salafistes, loin de là, ne sont pas terroristes, écrit-il dans son édito du 24 novembre. Mais la plupart des terroristes identifiés à ce jour sont passés par le salafisme. La plupart des musulmans ne sont pas salafistes. Mais les salafistes sont une branche extrême, fondamentaliste, de l’islam. » Cette petite musique, nouvelle sous cette plume, est peut-être la preuve que l’ère du déni est en train de prendre fin.

Dans ce contexte, le « Pas d’amalgame » n’est plus très tendance. Non pas, évidemment, qu’il soit devenu légitime de faire des amalgames – entre ceux qui aiment leur pays et ceux qui le haïssent. Au contraire, l’actualité invite aux éclaircissements. La France n’a pas un problème avec l’islam mais avec certaines de ses expressions, incompatibles avec les mœurs françaises, présentes notamment dans « l’islam des cités ». Et le risque d’amalgame est d’autant plus faible que nombre de voix musulmanes, institutionnelles ou individuelles, reconnaissent aujourd’hui que ces expressions existent et qu’il faut les combattre. Pour un type qui fera sauter – ou pas – sa ceinture d’explosifs, combien d’admirateurs qui se contentent de maudire les juifs, la France et l’Occident ? La parole de notables de l’islam officiel, inaudible pour une grande partie de la jeunesse musulmane, est franchement dévaluée. Au moins, pour la première fois, reconnaissent-ils la gravité de la situation et leur responsabilité dans celle-ci.

Mais le plus encourageant, c’est que les tueurs aient, à l’inverse de ce qu’ils voulaient, provoqué un réflexe patriotique chez nombre de Français musulmans qui, anonymes ou célèbres, sont sortis du silence. Comme ce gars énervé qui s’est filmé dans sa voiture expliquant « C’est à nous de faire le boulot et de repérer ces bâtards ! » Comme l’économiste Hakim El Karoui qui, pour la première fois sans doute, parle « en tant que », dans une tribune parue dans Le Monde. « Les Français musulmans ne peuvent plus se contenter d’adopter une posture victimaire. Il faut combattre les idées salafistes », écrit cet ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin qui, il y a quelques années, a signé un livre avec Emmanuel Todd. On aimerait citer in extenso ce texte tonique et autocritique : « Nous [Français de confession musulmane] n’avons pas réussi à nous organiser par nous-mêmes. […] Nous avons laissé des États étrangers financer le culte musulman. […] Nous nous sommes cachés derrière des discours lénifiants et sympathiques (“l’islam est une religion de paix”, “l’islam est l’ennemi de la violence”), incontestablement vrais, mais qui oublient que l’islam, c’est aussi ce qu’en font les musulmans. Et, notamment, les musulmans qui font le plus de bruit. […] Nous avons laissé le poison de la salafisation des esprits se répandre. Aujourd’hui, nous sommes face à nos responsabilités. Et notamment ceux qui ont fait les meilleures écoles, suivi les plus beaux parcours, cru dans l’idée que la religion n’était qu’une affaire privée dans une République laïque. Eh bien non, c’est aussi une question publique. Malheureusement. Et c’est à notre génération, née en France, élevée et éduquée par l’école de la République, de prendre les choses en main. » On espérait de telles voix depuis longtemps.

En attendant, qu’on se rassure, si François Hollande caressait des rêves de dictature, il doit être déçu. L’union nationale est encore facultative – et c’est heureux. Certes, nul n’a revendiqué publiquement le droit de ne pas être Paris puisque, cette fois, tout le monde – ou presque – « pouvait s’identifier ». Mais après quelques jours de sidération compréhensible, la divergence a repris ses droits et le parti de l’Autre – partiellement reconverti en camp de la paix – est de nouveau en ordre de bataille. Et il entonne de nouveau la chanson de la France coupable – à l’intérieur comme à l’extérieur.

Ce néopacifisme, qui se diffuse dans une partie de la jeunesse avec le mot d’ordre « Leur guerre, nos morts », ne manque pas de partisans dans le monde intellectuel. Gageons, avec un peu d’ironie, qu’il ne tardera pas à rassembler le FN et l’extrême gauche – encore que, maintenant que Poutine est dans le coup, le Front mettra peut-être un peu de vodka dans son vin isolationniste.

Attention, que l’engagement de la France en Syrie suscite un débat et même une franche contestation, rien n’est plus légitime. On a le droit de regretter que Michel Onfray, que l’on a connu moins jobard, avale la propagande de l’EI et finisse presque par donner raison à ceux qui nous attaquent – qui ne feraient, selon lui, que répondre à nos agressions –en utilisant, en prime, le terme « islamophobe » pour qualifier notre diplomatie.

Quoi qu’il en soit, on peut comprendre que beaucoup, échaudés par les conséquences désastreuses des précédents irakiens, libyens, syriens, redoutent une dérive bushiste, même si, avec quelques dizaines d’avions et des frappes qui restent d’assez basse intensité, on est assez loin de l’opération Tempête du Désert. Du reste, si, à l’évidence, les Occidentaux n’ont rien arrangé nulle part, il faut un tropisme finalement très néoconservateur pour penser que tout le mal vient d’eux. Croit-on vraiment que, si la France n’était pas intervenue en Libye, la situation y serait plus stable ? Et sait-on ce que serait devenu le régime de Saddam Hussein si les Américains ne s’en étaient pas mêlés ? En réalité, les États faillis, corrompus, illégitimes, violents ont contribué au moins autant que les interventions occidentales à faire de cette région un marigot djihadiste.

C’est sans surprise sur le front intérieur que le parti de la repentance donne sa pleine mesure, en mobilisant la rhétorique excusiste que l’on connaît. On a du mal à croire qu’Emmanuel Macron ait délibérément choisi ce terrain mouvant pour donner des gages à la gauche du PS ou à ce qu’il en reste. Convoquant le terreau sur lequel prospère le djihadisme, le ministre de l’Economie estime que la société française a sa part de responsabilité parce que les discriminations, les inégalités, le chômage et toutes nos turpitudes. Bref, il ne parle pas d’apartheid mais presque. Dans les bataillons de la sociologie « radicale », c’est le ravissement. Et quand Olivier Roy, qui annonce la fin de l’islam politique depuis une vingtaine d’années, leur offre la formule magique qui blanchit l’islam de tout soupçon, c’est l’extase. « Ce n’est pas l’islam qui s’est radicalisé, c’est la radicalité qui s’est islamisée », écrit-il – et il embobine tout le monde avec ce tour de normalien.

Un instant sonnée, l’extrême gauche universitaire reforme les rangs, et quelques-uns de ses représentants éminents signent une tribune hilarante – ou terrifiante – dans Libération[2]. « Comment éviter que ne sombrent des jeunes issus en particulier des milieux populaires, s’ils ne cessent d’être partout discriminés, à l’école, à l’embauche, dans l’accès au logement ou dans leurs croyances ? Et s’ils finissent en prison. En les stigmatisant davantage ? En ne leur ouvrant pas d’autres conditions d’existence ? En niant leur dignité revendiquée ? » Nier la dignité des assassins, vous n’y pensez pas. Non, il ne faut pas faire une chose pareille. « La seule manière de combattre concrètement, ici, nos ennemis, dans ce pays devenu le deuxième vendeur d’armes mondial, c’est de refuser un système qui, au nom du profit à courte vue, produit partout plus d’injustice. » La suite, vous devinez : ce n’est pas Daech, ou Ben Laden, qui sont responsables de la violence, c’est Bush et c’est nous. Enfin vous et moi (pas eux, bien sûr). Dans un monde qui change à grande allure, la persistance de ce fatras tiers-mondiste et complotiste est presque rassurante. D’autant plus qu’il ne semble guère rencontrer d’écho. Je préfère penser qu’on entend l’appel de Hakim El Karoui « pour que l’islam de France fabrique une vision et des pratiques de l’islam compatibles avec la vie en France ». Ce serait, dit-il encore, « le plus beau service que la France pourrait rendre à l’islam. » De fait, paradoxalement, c’est peut-être en France que la bataille pour les esprits musulmans, à laquelle Gilles Kepel appelle depuis longtemps, peut être gagnée. D’ailleurs, c’est pas pour me vanter, mais on l’avait bien dit. En janvier dernier, après les attentats de Charlie et de l’Hyper Casher, nous écrivions que la France pouvait être une chance pour l’islam. C’est peut-être même sa dernière chance de remonter dans le train de l’Histoire.

Cet article en accès libre est extrait du numéro de décembre de Causeur.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00732430_000002.

Pas de quartier pour les islamistes, pas d’islamistes dans nos quartiers

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daech enel belgique muray

daech enel belgique muray

Plus rien ne sera jamais comme avant. C’est du moins ce qu’on nous répète à chaque fois qu’un attentat de grande ampleur se produit dans notre pays. « Après Charlie, on nous a expliqué que tout ça n’avait rien à voir avec l’islam et que le problème numéro un de la France, c’était l’islamophobie », regrette Elisabeth Lévy. Au lendemain des carnages du 13 novembre, une lueur d’espoir scintille au milieu du chagrin : et s’il était minuit dans le siècle ? « Peut-être que, cette fois, tout ne redeviendra pas comme avant. En tout cas pas aussi vite que d’habitude », espère notre directrice de la rédaction en introduction au dossier que nous avons consacré à cette triste actualité.

Certes, « le parti de l’Autre », suivant la belle expression de notre marraine Elisabeth, n’a pas dit son dernier mot, ainsi que le démontre Régis Soubrouillard dans son reportage à la gauche de la gauche. Chez les islamo-gauchistes, on conspue la France coupable en toutes circonstances, et tant pis pour le deuil national : fussent-ils kamikazes, antisémites et meurtriers, les djihadistes sont des damnés de la terre que la République a indûment maltraités. CQFD. Rien d’étonnant à ce qu’une partie du peuple des banlieues, tout acquis au combat contre « l’islamophobie », ne se sente pas plus «Paris» qu’il n’était Charlie en janvier. Malgré l’effroi et l’ampleur du massacre, une frange entière du 93 a fait sécession d’avec la nation, nous confirme notre correspondante locale Alexandra Laignel-Lavastine. Quelques kilomètres plus loin, le Boboland parisien des Xe et XIe arrondissement panse ses plaies. Sonné, Homo festivus pleure ses morts et commence à regarder le monde d’un autre œil, certains dénonçant même les impensés et autres tabous d’une gauche diversitaire engluée dans ses contradictions. Une plongée en eaux profondes signée Gérald Andrieu.

Outre-Quiévrain, l’heure n’est pas encore à l’aggiornamento. Pourtant, nos voisins belges ont rendu les armes face à l’offensive salafiste dont ils sont les victimes depuis des années. Le sénateur libéral Alain Destexhe explore par le menu la débâcle de son pays, base arrière des terroristes du 13 novembre et grand pourvoyeur de bras pour l’Etat islamique. La Belgique est hélas devenue l’autre pays du djihad…

L’effacement des frontières nationales au sein de l’espace Schengen aidant, Bruxelles comme Paris encourent le même péril islamiste. Malheureusement, l’appareil judiciaire ne suit pas, d’après le juge Jean de Maillard, qui déplore la mansuétude de notre législation à l’égard des terroristes, lesquels bénéficient des remises et aménagements de peine prévus pour les criminels de droit commun. Dans ces conditions, comment prévenir la menace globale ? Sans y voir la panacée, le géopolitologue Frédéric Encel approuve l’intensification des frappes françaises contre Daech. De toute manière, ingérence ou non, les terroristes nous détestent – et nous tuent – déjà pour ce que nous sommes.

Mais l’actualité ne se résume pas à l’état d’urgence. En ce début de Cop 21, Causeur n’a pas sacrifié le débat écologique à l’unanimisme en vogue. Des technophiles climatosceptiques aux décroissants comme votre serviteur, nos contributeurs s’exaspèrent de la propagande gouvernementale nous enjoignant de fermer nos robinets avant de faire nos prières du soir. Des écolos, des vrais, nous en avons trouvé chez les décroissants de la revue Limite, dont le couple Bès a convié Pascal Bories à déjeuner bio. Le chercheur Olivier Rey, circonspect devant le catastrophisme d’Etat, nous prodigue en outre une leçon de choses à l’usage des écolos conséquents. Comme la stérilité, le désastre environnemental est devenu un marché dont nos gouvernants s’efforcent d’encourager l’extension. Merci l’industrie !

Pour achever ce numéro en beauté, un petit bouillon de culture s’impose. Vous prendrez bien une double dose de Muray, à travers le texte qu’il consacrait au désormais regretté René Girard voici une trentaine d’années, et l’entretien qu’Alexandre de Vitry m’a accordé. Ce jeune chercheur, auteur d’une thèse sur Péguy et d’un essai sur l’œuvre de Muray, compare les cheminements de pensée de ces deux antimodernes irrécupérables. Et comme notre époque morbide tourne au spleen, quoi de plus réjouissant qu’un voyage chez les zombies guidé par Jérôme Leroy ? Au cinéma comme en littérature, The Walking dead vous hante…