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Alors! À quand le top départ?

Le gouvernement recherche 40 milliards d’euros d’économies pour le budget 2026. Les pistes d’économies sont connues depuis longtemps, seul le courage politique manque, regrette notre chroniqueuse libérale Sophie de Menthon


Il faut arrêter les analyses stratosphériques, les promesses qui n’en sont plus, les bonnes intentions qui ne sont même plus louables et les coups de semonce de tous les partis politiques. Oui ! Il faut simplifier et diminuer le train de vie de l’État dans tous les domaines. Aujourd’hui, rien ne pourra être crédible, aucune fiscalité, aucun prélèvement nouveau sans qu’il y ait concrètement et explicitement annoncée, une économie substantielle et immédiate émanant de l’État. Stop au baratin !

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Là, tout de suite, simplement, prendre des décisions applicables immédiatement avec une énergie politique. Il ne suffit pas que le Premier ministre dise, enfin, que la situation est désastreuse pour s’extasier…  Il ne suffit pas non plus que l’on réunisse encore et encore des spécialistes de rien: il faut agir. Le comble étant que le ministre des Finances demande « aux grands patrons d’être patriotes », comme si tout faire pour sauver sa boite n’était pas un patriotisme prioritaire ? Nous demandons, nous, aux politiques d’être eux patriotes, en ne ruinant pas nos entreprises sur lesquelles ils font -mal- vivre la France.

Le changement c’est maintenant

Rien ne semble les convaincre et les faire bouger… pour les aider un peu, voici une ébauche de liste à la Prévert pour bien faire comprendre que le changement, aussi modeste soit-il, commence dans les détails quotidiens. Pas besoin de s’interroger sur l’utilité de certaines dépenses publiques, le bon sens de n’importe lequel d’entre nous répond.

Tiens : la pancarte « presse » par exemple qui identifie les kiosquiers grâce à sa plume rouge depuis les années 1950 sera modifiée en 2025, avec la disparition de la fameuse plume pour « un design plus doux et accessible, avec une déclinaison lumineuse conforme aux réglementations définies par le Code de l’environnement ». L’urgence de la dépense est évidente : plus de 3 millions d’euros. Dans le même genre, une autre priorité de Bercy, cette fois, est d’imposer un nouveau modèle de panonceaux pour les « hébergements classés » : pour comprendre il faut 42 pages de directives à respecter, sous peine d’amende. Des fonctionnaires seront donc mobilisés pour traquer les panneaux non conformes. C’est ce qu’on appelle peut-être l’économie de guerre ? Plus sérieusement, on se pose des questions sur le Haut-Commissariat au Plan (HCP) qui a été instauré pour éclairer les choix publics sur divers enjeux stratégiques. Résultat ? En quatre ans, 18 notes stratégiques, pour un coût de 6,7 millions d’euros (soit 372 000 euros par note). Le Haut-Commissariat au Plan est tellement « haut » qu’il empiète sur les compétences de plusieurs institutions existantes, dont France Stratégie ou le Conseil d’Analyse Économique.

Clément Beaune, le nouveau Haut commissaire au Plan © JEANNE ACCORSINI/SIPA

C’est dans l’Aide Publique au Développement (ADP) que la technocratie française trouve son expression la plus pure dans la gabegie. Tantôt sous forme de dons, tantôt sous forme de prêts, la France soutient ainsi chaque année 271 organisations internationales dans 150 pays. Les résultats sont pour le moins surprenants : 100 millions d’euros pour aider les seniors chinois, 250 chameaux pour la Mauritanie, des mixeurs pour des écoles sans électricité en Afrique – du grand art… Le tout reviendrait au minimum à 15 milliards d’euros par an. Notre générosité ne s’arrête pas là, et il convient d’urgence de réduire ou supprimer certaines subventions aux associations ou aux secteurs en difficulté, les subventions des festivals ou des événements non essentiels dans certaines régions par exemple. Nous n’avons plus les moyens de jouer aux mécènes avec l’argent des régions. Pour faire la lumière sur ces finances publiques dilapidées, le ministre délégué chargé de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a eu l’idée lumineuse de créer « une commission d’évaluation de l’aide publique au développement » (Combien de fonctionnaires, s’il vous plait?) 

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Et depuis le temps que tout le monde en parle, si nous supprimions enfin le CESE (Conseil Économique, Social et Environnemental) régional et national ? Au niveau national, il coûte chaque année plus de 30 millions d’euros en fonctionnement (rémunérations, frais divers, etc.). Les CESE régionaux font doublon, avec des fonctions qui peuvent en plus être assurées par d’autres instances comme les conseils régionaux ! Certes c’est une façon de payer les syndicalistes qui nous rendent bien cette faveur… Pendant que nous y sommes, on pourrait aussi regarder du côté des cures thermales (qu’on adore, par ailleurs), d’autant que leur remboursement est pris en charge en partie par la Sécurité sociale – cela représente plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année. L’État ne pourrait-il pas réduire ces remboursements en les limitant aux pathologies graves ?

Simplification à tous les étages

Moins facile : la réduction de l’administration et la diminution du nombre de fonctionnaires administratifs. Il est vital de fusionner ou supprimer des agences qui gèrent certaines démarches administratives redondantes et génèrent bureaucratie et agents administratifs. Une réforme de l’administration territoriale pourrait aussi permettre de supprimer certaines compétences locales non prioritaires ou de les transférer à d’autres niveaux de l’État (communes, départements, régions). De même, les postes administratifs dédoublés dans les ministères et administrations sont trop nombreux. Surtout, par voie de conséquence, 161 000 départs à la retraite par an pourraient ne pas être renouvelés, en supprimant pour cela les corps et les frontières étanches pour offrir formation et mobilité à ceux qui restent.

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Pour le plaisir de l’exemplarité, la diminution du train de vie de l’État – tellement symbolique – est indispensable ! Réduire les dépenses liées aux voyages officiels de ministres et responsables politiques (en avion, hôtel, voiture de fonction)… Par exemple, la location de jets privés ou l’organisation de réceptions somptueuses pourraient être réévaluées. Il est également impératif de réduire les frais de représentation et de communication des ministères (les événements non essentiels). Non ce n’est pas de la démagogie, même si c’est peu par rapport au montant de la dette. Mais au moment où l’on s’apprête à saigner les Français aux quatre veines, les symboles sont absolument nécessaires. Alors qu’est-ce qu’on attend ? Même pas besoin d’établir des priorités au point où nous en sommes, il faut reformer et supprimer tout ce qui passe au coin du bon sens ! Pas besoin de lois, pas besoin de nouveaux comités, pas besoin de referendum, juste un peu de courage… vous avez dit courage ?

Plastique Bashing : L'intox

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La Bonne Mère en proie à LFI

Notre chroniqueur n’a jamais fait un mystère du fait qu’il habite Marseille, ville autrefois provençale livrée désormais à tous les vents du sud. Il n’est pas supporter de l’OM, et fréquente fort peu les églises. Pourtant, le voici défenseur de Notre-Dame-de-la-Garde, que les islamo-gauchistes locaux voudraient rayer de la ville…


Il y aura bientôt quarante ans, finissant un petit livre sur le Mont Saint-Michel (l’une de mes spécialités), j’avais assisté à l’envol de l’archange qui surmonte la flèche de l’église abbatiale. C’était la première fois depuis sa pose, un siècle auparavant, et la statue était rongée par l’air marin, qui prend ses aises par là-bas, et par les milliers d’impacts de foudre, puisqu’elle fait office de paratonnerre. Les archanges montent au ciel en hélicoptère.

L’opération a été reconduite en 2016. Il faut à chaque fois réparer la gangue de cuivre doré qui recouvre le fer de la statue. Doré à l’or fin : pour une statue d’une tonne, cela fait quelques feuilles d’or de 0,2 micron d’épaisseur chacune…

Moins toutefois que pour le Dôme des Invalides, restauré en 1989, dans le cadre des célébrations du bi-centenaire de la Révolution. Douze kilos d’or fin à chaque restauration, depuis la première, réalisée en 1715. Payés par le contribuable. Et alors ? C’est un monument historique, qui participe à la gloire de la France, tout comme le Mont Saint-Michel, l’un des sites les plus visités du pays.

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Marseille a donc décidé de redorer la statue de la Vierge posée tout en haut de la basilique néo-romano-byzantine qui surplombe la ville.

Mais ma ville a la spécificité d’abriter quelques-uns des plus exquis des élus LFI. Redorer la Vierge — une statue de plus de 11 mètres de haut ? Pas question ! s’insurgent ces braves gens. Après avoir fait les comptes (2,8 millions d’euros, dont 300 000 de la ville de Marseille, 400 000 du Conseil départemental, et 500 000 de la Région PACA), après avoir fait briller les yeux des analphabètes avec les 40 000 feuilles d’or fin nécessaires pour l’opération, nos vertueux élus s’emportent : « Les fonds publics doivent aller à l’école, au logement, au transport, à la réponse aux besoins de la population ! » Inutile de demander à quelles populations pensent messieurs Bompard et Delogu, les cadres intellectuels de LFI.

Et de souligner que c’est moins la loi de 1905 qui s’applique ici que celle de 1942, « loi du gouvernement de Vichy, collaborationniste avec les nazis, antisémite et raciste », qui « permet le versement d’argent public pour le financement de réparations aux édifices affectés aux cultes publics, qu’ils soient ou non classés monuments historiques » — ce que la Bonne Mère n’est pas, effectivement. Au passage, on est bien content d’apprendre que le parti de mesdames Panot, Obono and co. s’oppose à l’antisémitisme.

Notre-Dame-de-la-Garde, outre le fait d’être un spot touristique de premier ordre (chaque jour, un petit train sur roues y amène quelques milliers de visiteurs), est un site essentiel pour comprendre la ville ; il y a quelques années, on avait mis « la Ville » au programme de l’heptaconcours des IEP de province. J’avais donc traîné là-haut (et la montée est rude) mes élèves issus des « quartiers », comme on dit, qui n’y avaient jamais mis le pied, moitié paresse, moitié superstition, et furent tout étonnés de repérer leurs quartiers nord de naissance au sein de cette toile gigantesque qu’est la métropole marseillaise. Etonnés de lire sur les murs déchiquetés par les balles de mitrailleuse la trace des combats de 1944. Tout étonnés aussi de trouver dans la basilique elle-même tant de témoignages d’une foi vivace, à travers les milliers d’ex-voto célébrant l’intervention de la Vierge dans le retour des navires ou la résistance aux maladies mortelles.

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Mes étudiants musulmans, prenant sur eux d’entrer dans un lieu de culte catholique, conclurent que Dieu est partout — ou nulle part.

Je leur expliquai que la basilique actuelle a été construite sur les murs d’une ancienne chapelle du XIIIe siècle, déjà dédiée à la Vierge, patronne des marins et des pêcheurs. Que c’est de là-haut que François Ier, venu à Marseille en 1515 après Marignan, constata que la ville était mal défendue, et qu’il décida de construire le fort de l’île d’IF et d’englober l’église de la Vierge dans une structure militaire, qui forme aujourd’hui le soubassement de la basilique. Notre-Dame-de-la Garde est le résumé de l’histoire de la ville, le témoin de la ferveur populaire — comme l’est au fond la crèche provençale, que des laïques à jugement court veulent faire interdire, à Béziers et ailleurs (à Marseille, Jean-Claude Gaudin a pensé plus « citoyen » de la supprimer de lui-même il y a une vingtaine d’années). Un peuple a une histoire, et s’est inventé bien des façons de la célébrer — et c’est un athée convaincu qui vous le dit.

Personne n’est dupe : la protestation de LFI est en sous-main un appel du pied à tous ceux qui, dans cette ville, préfèrent voir fleurir des mosquées que redorer des Vierges. Mais elle est d’abord un affront à la mémoire populaire, quoiqu’on sache que chez certains de leurs supporters, l’histoire commence et finit en 622 à Médine avec l’avènement de l’islam et, en même temps, de la nuit.

Jean-Paul Brighelli, Entre ciel et mer, le Mont Saint-Michel, Gallimard, coll. Découvertes, 1987, 160 p.

Entre ciel et mer, le Mont-Saint-Michel

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«Les Vigiles», de Tahar Djaout. Un roman prémonitoire?

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L’histoire, dit-on, ne repasse pas les plats. Voire. Il lui arrive pourtant de bégayer.

Le cas de Boualem Sansal qui croupit depuis des mois dans les geôles algériennes en offre un exemple frappant. Il présente d’étranges similitudes avec celui d’un autre écrivain algérien qui connut des mécomptes tragiques.

Il reste toutefois à souhaiter que le dénouement diffère.

Printemps 1991. Un jury littéraire présidé par Jean d’Ormesson et comptant dans ses rangs des personnalités telles que Jacqueline de Romilly, Maurice Rheims, Hervé Bazin, Emmanuel Roblès, vient de décerner à Paris le prix Méditerranée à Tahar Djaout pour son roman Les Vigiles. Ce dernier, né en 1954 en Kabylie, licencié en mathématiques, est aussi poète et nouvelliste.

Ses Vigiles brossent, de la société algérienne, un tableau sans complaisance qui donne froid dans le dos. Derrière la fiction, un témoignage accablant : bureaucratie omniprésente et tatillonne. Arbitraire. Concussion. Un pays où tout s’achète –  hormis les denrées de première nécessité, introuvables. La corruption y est générale. La délation y sévit à l’état endémique. Les anciens combattants du FLN y jouissent de sinécures et d’exorbitants privilèges, tandis que les intégristes musulmans prétendent, notamment par le biais de l’école, régenter les mœurs et imposer une pudibonderie ridicule.

Tel est le bilan de l’Algérie socialiste après une trentaine d’années d’indépendance.

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Le roman de Tahar Djaout compte les déboires d’un jeune professeur, inventeur d’un métier à tisser amélioré qu’il souhaite faire breveter. Pas si simple. On le suspecte, on l’espionne. On lui refuse un passeport. Il est victime de brimades sans nombre, pris dans un réseau inextricable de chausse-trapes. C’est que, dans une société sclérosée où chacun s’accroche à ses prébendes, toute innovation est perçue comme un danger.

Jusqu’à un spectaculaire retournement. Le régime finit par s’apercevoir de tout l’avantage à tirer de la situation. Voilà notre inventeur promu au rang de héros national. Pour justifier l’erreur de jugement, il ne reste plus qu’à trouver un bouc émissaire. Ce sera le vieux Menouar Ziada, être simple, trop naïf et trop pur pour avoir seulement l’idée de contester un système où le cynisme tient lieu de morale.

Cette fable amère, habilement narrée, vaut surtout par la virulence du propos. Lequel traduit à n’en pas douter, la stricte réalité. La mise en coupe réglée du pays y est dénoncée en termes sans équivoque.

Peut-être pourrait-on reprocher à l’auteur d’avoir forcé sur l’angélisme psychologique dans sa peinture du vieux Ziada. engagé par idéal dans la guerre d’indépendance et qui collectionne les incompréhensions et les malheurs. Mais on conçoit la nécessité dramatique du contrepoint, et, du reste, il s’agit là d’un détail secondaire qui ne gâte en rien la force corrosive de ces Vigiles

Deux ans plus tard, le 2 juin 1993, Tahar Djaout, victime d’un attentat, est abattu de deux balles dans la tête à Alger au pied de son domicile.

On se gardera de tirer la moindre conclusion.

Les Vigiles Le Seuil, 218 pages (1991)

Les Vigiles

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Faire taire Renaud Camus: la Grande-Bretagne en renfort

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Renaud Camus a été interdit d’entrée au Royaume-Uni. Le père de la théorie du “grand remplacement” devait prendre la parole lors d’un événement du Homeland Party. Les théoriciens islamistes ont moins de difficulté à prendre la parole dans ce pays, raillent ses soutiens…


Qui délivrera la démocratie libérale de ses censeurs ? Même la Grande-Bretagne, jadis exemplaire dans ses tolérances, est devenue méconnaissable. Le ministère de l’Intérieur britannique vient d’interdire à Renaud Camus de se rendre à une invitation du Home Land Party, pour y tenir une conférence sur la remigration des clandestins non intégrés. L’écrivain devait également participer ultérieurement à un débat organisé par l’Oxford Union. Les autorités ont estimé que la présence de M. Camus, présenté par ses détracteurs comme le promoteur de la « théorie complotiste » du grand remplacement, « ne contribuerait pas au bien public ».

Et le free speech, alors ?

C’est également en Grande-Bretagne que le journaliste et lanceur d’alerte Tommy Robinson, qui dénonce l’islamisation de son pays, est emprisonné pour ses prises de position. M. Robinson avait déjà été arrêté en 2018, dans l’indifférence de la profession, pour avoir dénoncé les crimes pédophiles de masse perpétrés durant des années par des gangs indo-pakistanais contre des jeunes filles blanches issues de milieux défavorisés. Commentant son interdiction d’entrer en Angleterre, l’écrivain français a tweeté vendredi : « Je serais bien allé en Angleterre malgré l’interdiction, mais ça m’ennuierait de donner au président Macron et à son ministre des Affaires étrangères le souci d’un deuxième écrivain français octogénaire et cancéreux emprisonné dans un pays musulman. »

A relire, Renaud Camus: « Une vérité n’est plus tout à fait une vérité s’il est interdit de la contester »

Cet ostracisme, qui veut faire taire un homme de Lettres coupable de décrire ce que ses contemporains ont sous les yeux – le remplacement d’une civilisation par une autre sous le double effet d’une immigration extra-européenne et d’une déculturation française – , donne la mesure du sectarisme imposé par l’idéologie antiraciste. En France, c’est l’universitaire Fabrice Balanche, cible de militants « antiracistes », qui s’est vu reprocher certaines de ses prises de position par la présidente de l’Université Lyon 2. L’incapacité d’admettre la contradiction sans y voir une agression explique l’effondrement de la qualité du débat. La diabolisation qui frappe Camus, en dépit d’une œuvre littéraire remarquable, vient rappeler l’indigence intellectuelle des gardiens du dogme antiraciste. Ces moralistes empêchent de penser la réalité. Ils participent à la crise de l’intelligence des idéologues. Cette situation n’est certes pas nouvelle. Au début des années 80, Raymond Aron déplorait déjà, dans Le spectateur engagé, l’absence de débats entre éditorialistes, comme ils existaient sous la IIIe République. « Il n’y a plus que des monologues ou des injures », écrivait-il.

Une résistance encore timide

Cependant, désormais, les épurateurs ne supportent même plus d’entendre d’autres opinions que les leurs. Face au sort réservé à M. Balanche, 50 universitaires de renom sont venus lui apporter leur soutien, dans une tribune publiée ce samedi dans Le Figaro. Ils y demandent la démission de la présidente de Lyon 2. Ce réveil d’une résistance des élites est à saluer. Mais qui osera protester contre l’interdiction faite à Renaud Camus de venir en Grande-Bretagne pour y discuter d’un sujet tabou ? Comme l’a écrit l’intéressé : « Qui veut noyer son peuple l’accuse de la race ».

François, pape des pauvres et des polémiques, est mort

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Souverain pontife depuis 2013, François a suscité bien des indignations. Le « pape des progressistes » a défendu l’immigration, dénigré le monde occidental, soutenu activistes et ONG… Mais il est mort ce lundi de Pâques. Selon Paul Rafin, l’heure n’est pas à la polémique mais à l’oraison.


Une tristesse commune émeut l’univers ; c’est la force du catholicisme, cette grande religion traditionnelle, d’avoir uni — comme le judaïsme — les hommes par des liens supérieurs et qui les rassemblent, l’Évangile, la messe, le Pape ; et c’est bien la puissance du christianisme d’avoir étendu ces liens aux « Gentils », c’est-à-dire à tous les hommes de l’univers. Le pape n’est-il pas pour les chrétiens, pour tous les chrétiens catholiques, quels que soient leurs désaccords avec lui, le chef de la foi religieuse ? — sans cette verticalité nécessaire, il y aurait autant de sectes nouvelles que de mécontents, et c’est tout l’édifice qui s’effondrerait.

D’un bout à l’autre du monde, donc, on pleure ce pape dont la figure avait je ne sais quoi de sympathique, source inépuisable d’anecdotes étonnantes et toujours amusantes, que l’on disait proche des pauvres et qui l’était en effet, par ses actes autant que par ses paroles. Les Deux Papes, le film de Fernando Meirelles, n’avait pas peu contribué à sa popularité ; popularité qu’il avait déjà gagnée par son évidente humilité, par son amour hors du commun de l’humanité, par son goût non affecté, mais très sincère, pour le football (il était Argentin !), enfin par ce regard espiègle bénit du Seigneur qui donnait irrésistiblement envie de le suivre dans sa foi : il avait toujours l’air heureux.

Jean-Paul II l’avait fait cardinal ; François l’aura au moins égalé en réputation, et laissera lui aussi pour l’histoire le souvenir d’un homme simple et modeste, dont la vie fut comme une illustration des enseignements du Christ. Il faisait avec Benoît XVI, son prédécesseur, un contraste qui n’a pas manqué de soulever les indignations des pratiquants traditionnels. Moi-même, j’ai pu le qualifier de « pape des progressistes ». Mais quoi ? il défendait l’immigration, adressait aux fidèles des encycliques écolo-socialistes, invitait aux synodes les activistes des ONG ; on l’accusait d’être marxiste, il devait s’en défendre (!) ; pire, il s’attaquait aux messes tridentines et à la tradition.

Mais l’heure n’est pas aux médisances ; elle est à l’oraison. Alors, au risque de choquer, j’oserai dire que ce pape avait raison, lorsqu’il dénonçait les mensonges des fanatiques de la « vraie Église ». Le christianisme repose en effet sur un double paradoxe que même ses plus zélés défenseurs ont bien de la peine à justifier : il est né de la soumission au temporel par la pratique de la prière intérieure (Rendez à César ce qui est à César) et l’abolition du rite jugé hypocrite (« On chercherait vainement dans l’Évangile, écrivait Renan à ce propos, une pratique religieuse recommandée par Jésus. Le baptême n’a pour lui qu’une importance secondaire ; et quant à la prière, il ne règle rien, sinon qu’elle se fasse du cœur ») ; en même temps, il s’est fortifié dans sa matérialité par sa puissance terrestre, par sa lutte contre le temporel, par l’établissement puis la persistance de ses rites. Dilemme d’une religion de l’humilité dont l’adversaire est la vanité, et qui domine le monde ! Face à cela, les uns privilégient une lecture fidèle des Évangiles, lesquels, à les lire sans mauvaise foi, délivrent un message humaniste, universaliste, abolitionniste ; les autres, sans les renier (notamment dans les vertus individuelles qu’elles exaltent), les interprètent volontiers librement dès qu’il s’agit de soutenir des réalités. Le pape François aimait les Évangiles pures, dépouillés de leurs exégètes pharisiennes : et cela démontre qu’il était un homme de cœur. Hélas ! qu’aura été la sanction de cette politique ? la poursuite d’une déchristianisation massive des sociétés occidentales (la récente hausse des baptêmes, en France, ne compense pas l’hémorragie enregistrée depuis un demi-siècle) ; au contraire, un regain des pratiques traditionalistes, par réaction, peut-être, à l’islamisation de la société tout droit venue de l’immigration. Le prochain pape aura le choix entre poursuivre la révolution, ce retour éthéré à la parole christique qui fut toujours et la gloire et l’inconscience de l’Occident, ou prendre à bras-le-corps ces réalités qui font que l’histoire est tragique.

François est mort pendant les fêtes de Pâques, les plus importantes chez les chrétiens, celles qui célèbrent la résurrection du Christ : son rappel à Dieu, à cette date magnifique, paraît une preuve de sa divine élection. Il n’était pas le Christ : il ne reviendra pas ; mais il était plein de vertus, sensible et bon : nul ne doute qu’il trouvera sans peine les portes du Paradis, ce baiser de Dieu — et qu’il y sera accueilli dans la Lumière, lui qui, connaissant Jésus, ne craignait plus la mort.

«Il y a un soft power catholique qui fait encore vibrer»

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Elisabeth Lévy revient sur la mort du pape François, un évènement qui a fait la une dans toute la presse mondiale. Sur l’islam ou Charlie Hebdo, le pape avait tenu des propos désastreux, rappelle toutefois notre directrice.


C’est une émotion planétaire, renforcée par le symbole de cette mort survenue le jour de la Résurrection. Quel autre dirigeant aurait droit aux drapeaux en berne aux États-Unis, après avoir pourtant violemment critiqué Trump ? Qui susciterait l’humilité du vice-président J.D. Vance ? Qui d’autre ferait la une de tous les journaux du monde, à part peut-être Lady Di, ou une star du rock comme Michael Jackson ? Qui serait salué à la fois par MM. Mélenchon, Macron, Poutine et Zelensky ?

Un phénomène et une peine chez les croyants qui fascinent

Cela montre que, malgré la mort de Dieu, malgré la déchristianisation avancée de l’Europe et de la France, il existe un soft power catholique qui continue de faire vibrer. Le catholicisme reste la deuxième religion mondiale, avec 1,4 milliard de fidèles (17,7 %), contre 1,6 milliard de musulmans (mais c’est la première si l’on distingue sunnites et chiites). Malgré le discours inclusif du Pape François, l’Église reste une étrangeté verticale dans un monde devenu horizontal : une hiérarchie de fer, un chef dont l’autorité s’impose à tous — cela n’existe dans aucune autre Église, d’où le poids unique de sa parole et de sa personne.

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En France, les réactions sont plus contrastées. Les fronts sont renversés : le Pape François a été beaucoup plus critiqué à droite qu’à gauche.
À gauche, on lui pardonne ses positions sur l’avortement et l’euthanasie (en somme, on lui pardonne d’être catholique), parce que François était écolo, dénonçait l’Europe-forteresse, et se montrait ouvert à l’islam.

Des positions énervantes concernant le massacre de Charlie Hebdo

Ce sont justement ses positions sur l’immigration et l’islam qui heurtent Philippe de Villiers et une partie des catholiques. En 2013, à Lampedusa, le premier jour du ramadan, François promet aux « chers immigrés musulmans » que l’Église est à leurs côtés. En février 2019, il signe à Abou Dhabi une déclaration sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence, avec le recteur d’al-Azhar, affirmant notamment que la diversité des religions est une volonté divine. Ce refus d’affirmer une vérité supérieure entre en contradiction avec le principe même du monothéisme, selon moi. Comme s’il justifiait l’effacement du christianisme face à un islam conquérant.

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Et puis, il y a son « oui, mais », après l’attentat de Charlie Hebdo, rappelé hier avec virulence[1] par Sophia Aram. Le Pape François estimait que la liberté d’expression est un droit fondamental, mais qu’elle ne permet pas d’insulter la foi d’autrui. Je ne dirais pas, comme Sophia Aram, qu’il a justifié le massacre. Il n’empêche : cette position, désastreuse, était à l’époque celle de toute l’islamo-gauche.
Alors oui, la France est un pays profondément marqué par l’empreinte catholique, et il faut la défendre contre les déconstructeurs. Mais n’oublions pas qu’elle est aussi la patrie des bouffeurs de curés…


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale chez Jean-Jacques Bourdin


[1] https://x.com/SophiaAram/status/1914321448790872186

Les malfaisants ont pris le pouvoir !

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Alors que les caïds ne se cachent même plus, le Conseil national des barreaux entérine dans une étude la baisse historique de la confiance des Français dans leur justice.


Par mon titre, j’entends l’ensemble des transgresseurs, délinquants, criminels, détenus, condamnés, fauteurs de troubles, compulsifs de la violation de la loi, haineux de la moindre autorité, orphelins du langage et violents immédiats, ignorants de la morale élémentaire, mineurs lâchés sans bride par des éducateurs de toutes sortes dépassés, auteurs d’abjections multiples, obsessionnels de la haine de l’État…

Des surveillants de prison ont témoigné et ils ont confirmé ce qu’on sait depuis longtemps : «Les détenus ont pris le pouvoir». Il y a des établissements où ils font la loi quand les défenseurs de celle-ci sont voués à plier sous leur joug.

La justice décidément mal en point

Le Conseil national des barreaux (CNB) a publié une enquête d’opinion menée avec l’IFOP (voir tweet ci dessous). Aujourd’hui, elle conclut à une chute libre de la magistrature dans l’esprit public puisque 48% de nos concitoyens sont en défiance à l’égard des institutions judiciaires alors qu’en 2008 une forte majorité portait un regard favorable sur elles.

À lire aussi : « Il est impossible de mettre un mineur en prison »

Ce sont toujours les mêmes reproches qui sont adressés à la Justice : lenteur, inégalité, médiocre accessibilité, mépris, indulgence pour les puissants et dureté avec les faibles, politisation des magistrats…

Je pourrais presque me réjouir que 52% des Français ne vouent pas aux gémonies cette institution capitale pour la démocratie, qui n’est plus depuis longtemps un pouvoir mais une autorité et qui devrait être surtout à mon sens un service public. On comprend bien le caractère particulier de ce dernier sur au moins un double plan : on n’a pas envie d’en user comme on le ferait d’un service public ordinaire et il est inévitable que le mécontentement d’un citoyen sur deux – il a perdu ou il n’a pas assez gagné – abaisse largement l’indice de satisfaction !

Je n’ai plus envie de me vouer à une apologie désespérée de cette institution que j’ai pratiquée durant quarante ans avec cette certitude qu’une pratique singulière visant l’exemplarité pouvait sur-le-champ modifier l’opinion d’observateurs initialement pessimistes ou au moins réservés. Il me semble assez piquant que cette enquête ait été élaborée sous l’égide du barreau comme si en réalité celui-ci se lavait les mains de cette désaffection judiciaire.

Les forces de l’ordre passent au premier plan

Une Justice « partisane » est le grief dominant, d’autant plus accablant qu’il mêle les politiques, les médias et les citoyens dans cette dénonciation qui rend impossible – je m’en suis rendu compte – toute contradiction. Je ne me résous pas à cette descente de la Justice dans l’estime publique alors que par ailleurs, et là je m’en félicite, l’armée et la police progressent.

À lire aussi : «La police ne peut plus rien pour vous…»

Il n’y a évidemment aucune raison pour que la Justice échappe au mouvement général qui fait que les malfaisants ayant pris le pouvoir un peu partout, naturellement les forces régaliennes sont accusées de faiblesse à leur égard.

C’est en effet le changement fondamental dans la lutte contre le fléau de l’insécurité : le fait que les transgresseurs, où qu’ils soient, ne se contentent plus de compter sur leur bonne étoile pour échapper à l’interpellation et à la condamnation mais que dorénavant ils prennent les devants; on attaque les pompiers, on donne des rendez-vous meurtriers à la police, on menace les juges, on insulte les maires, on poursuit ses trafics et ses intentions homicides en prison, on manifeste avec arrogance que le monde a changé et que les sales ombres ont pris le pas sur les lumières honorables, reléguées peu à peu dans les oubliettes d’une société qui n’a pas su les sauvegarder.

Je vois bien pourquoi la Justice, au-delà de sa politisation, est mal perçue par rapport à la police et à l’armée. Elle intervient tard, trop tard, quand tout est consommé et elle est rarement à la hauteur de ce qu’espère le citoyen même de bonne foi. Elle n’est par ailleurs jugée que sur ses affaires médiatisées, ce qui a pour conséquence de laisser dans l’anonymat la multitude des pratiques des parquets et du siège acceptables, parfois même excellentes. Le pessimisme d’aujourd’hui qui fait douter de la victoire possible contre les crimes, les délits et l’enfer pénitentiaire est parfaitement compréhensible. Puisque la loi est passée de l’autre côté et que les malfaisants tiennent le haut du pavé.

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Intelligence artificielle ou bêtise humaine?

Personne ne sait quel type d’humain va découler de l’usage quotidien de l’IA. Ce qui est sûr, c’est qu’en recensant toutes les connaissances, elle propose un savoir prémâché et standardisé qui n’encourage pas à la « gymnastique intellectuelle ». La libre pensée et l’érudition vagabonde seront-elles la chasse gardée des gens « bêtes » ?


Face à l’arrivée de l’IA sur le marché planétaire, il y a ceux qui se préparent ou sont déjà prêts, et ceux qui font mine de résister tout en sachant qu’il leur faudra tôt ou tard en passer eux aussi par là. Car l’avancée irrésistible de l’IA – voyez avec quelle familiarité on en parle déjà ! – pourrait bien être aussi celle des Titans annoncée par Ernst Jünger[1]. Un Titan, vraiment, le très courtois ChatGTP qui vous répond toujours de manière si calme et mesurée ? L’intelligence est chez lui dépassionnée, limpide, et c’est très rassurant d’avoir affaire à un anthropoïde dont le discours paraît nettoyé des miasmes humains. Les ados déjà en raffolent et le consultent pour un oui et pour un non comme s’il était leur ami, leur coach, leur doudou consolateur en cas de gros chagrin. Rien n’oblige après tout à faire un usage intelligent de l’intelligence, artificielle ou pas ! Mais on juge finalement l’arbre à ses fruits et l’IA parviendra peut-être à réaliser ce que l’intelligence naturelle n’a pas accompli : faire reculer la bêtise humaine dont les ravages sont eux aussi titanesques.

L’ancienne culture face à l’intelligence prédigérée

De la bêtise on dit communément qu’elle est un « manque d’intelligence », et point n’est besoin d’avoir un quotient intellectuel surdimensionné pour faire ce constat. S’il s’agit d’un déficit en matière d’informations, et non de déficience mentale, l’instruction et la culture avaient jusqu’alors pour mission de l’atténuer, et parfois même de le combler par des exercices appropriés qui soumettaient les informations reçues à une « gymnastique intellectuelle » capable de les digérer, de les assimiler. Du moins en était-il ainsi dans l’ancien monde. Dans le nouveau, en revanche, l’IA se charge de recenser et organiser les connaissances que l’utilisateur n’aura plus qu’à gérer comme il le veut, ou selon l’esprit du temps. Mais le pourra-t-il, n’ayant pas participé à l’élaboration de ce produit prédigéré ? Il y a même à parier que l’IA exercera une fascination telle que certains de ses utilisateurs se sentiront investis d’une surpuissance égale à la sienne, tandis que d’autres seront accablés par leur impuissance à savoir tout sur tout.

Car l’IA prolonge et réalise en fait le vieux rêve des métaphysiciens de l’âge classique désireux de mettre au jour un savoir intégral, total, et cela en effectuant des « dénombrements entiers » (Descartes) dans tous les domaines du savoir ; ces connaissances une fois interconnectées prenant alors la forme d’une vaste « combinatoire » (Leibniz) à l’image de l’Intellect divin. C’est le fantôme de l’Omniscient dont le regard, disait Nicolas de Cues[2], vous suit où que vous soyez, à qui l’IA offre une nouvelle vie. Pourquoi ne saurait-elle pas tout sur vous, et même ce que vous ignorez encore de vous-même ? Car de ces combinaisons multiples surgissent des informations neuves prouvant que l’IA est capable de prospecter, d’inventer. Aussi peut-on la comparer à un faisceau lumineux suffisamment puissant pour expulser l’erreur, et interdire à l’esprit humain de proférer des bêtises. Mais c’est méconnaître la bêtise, attachée à l’intelligence comme le parasite à sa proie : « Si la bêtise ne ressemblait pas à s’y méprendre au progrès, au talent, à l’espoir et au perfectionnement, personne ne voudrait être bête », écrivait Robert Musil[3].

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La bêtise, ce miroir grimaçant de l’intelligence

Si l’intelligence permet de résoudre un problème, de s’adapter, nul doute que la bêtise en est la caricature et rapproche les benêts, les nigauds et les niais des bêtes qui sont dépourvues de cette capacité. Que de types humains la bêtise pourtant façonne alors que l’intelligence semble les réduire à un prototype unique ! L’homme intelligent paraît en effet taillé d’une seule pièce, tendu comme un arc par son effort de compréhension et sa volonté de venir à bout des difficultés. Que va-t-il devenir quand l’IA l’aura mis au chômage technique, et convaincu de la vanité de ses efforts ? La dépression probablement l’attend, tandis que le terrain sera libre pour que les faiblards de l’intellect reprennent espoir et offrent le spectacle de leur époustouflante diversité. Car la sottise n’est pas l’idiotie, ni l’imbécillité la stupidité. On peut dire des inepties, mais sont-elles pour autant des conneries ? Et si la paroi est parfois mince entre bêtise et folie, il vient toujours un moment où le « fol » apporte la preuve qu’il n’est pas un dément. Il y aurait par ailleurs beaucoup à dire sur la possible « bêtise » des gens intelligents… Que pourra l’IA face à cette faune pittoresque, vagabondant sur le terrain vague déserté par les surdoués, les pragmatiques qui se reconnaîtront dans ce nouvel et puissant artefact dont la conception même valorise la mégalomanie humaine, et la bêtise qui lui est associée ?

Des bienfaits, l’IA en apportera aussi nécessairement, et on les énumère déjà dans le domaine médical, spatial, et dans tout secteur de la recherche où il convient d’affûter les diagnostics et de gagner du temps dans le recoupement des informations. Mais personne ne sait quel type humain va fabriquer l’usage devenu quotidien de l’IA : sera-t-il encore doté de sensibilité, d’empathie, ou gagné par une froideur calculatrice et une habileté manipulatrice ? Car des facilités, l’IA en apportera, dont on pressent les ravages dès lors que la tâche de l’intelligence ne sera plus de rendre compte avec pertinence et acuité du réel, mais d’en jouer de mille et une manières jusqu’à en dissoudre les contours. Et si l’intelligence artificielle finit un jour par convaincre les êtres humains de leur inutilité, hormis comme programmateur et utilisateurs de ce qui les détrône, on pourrait même en arriver à penser qu’il est beaucoup plus stimulant d’être « bête » comme on l’entend, qu’intelligent comme l’IA prétend nous imposer de l’être.


[1]. Ernst Jünger (avec Antonio Gnoli et Franco Volpi), Les Prochains Titans, Paris, Grasset, 1998.

[2]. Nicolas de Cues, Le Tableau ou la Vision de Dieu (trad. A. Minazzoli), Paris, Cerf, 1986.

[3]. Robert Musil, « De la bêtise », Essais (trad. P. Jaccottet), Paris, Seuil, 1984, p. 296.

LES PROCHAINS TITANS

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LE TABLEAU OU LA VISION DE DIEU

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De la bêtise

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C’est du Zola ! 

L’une des plus belles expositions de ce printemps était consacrée aux photographies d’Émile Zola. L’écrivain se découvre cette passion tardive en même temps que le bonheur familial, et ses clichés témoignent de la vie d’un bourgeois heureux et amoureux, loin des bas-fonds sordides dépeints au fil de ses romans


Émile Zola (1840-1902) eut deux enfants, Denise et Jacques, d’une jeune femme qu’Alexandrine, son épouse, fit entrer à leur service comme lingère au printemps 1888, et dont il tomba éperdument amoureux. Il avait alors 48 ans et traversait une crise dont il avait confessé l’ampleur l’année précédente, dans ses travaux préparatoires au Rêve, seizième roman du cycle des Rougon-Macquart : « Moi, le travail, la littérature qui a mangé ma vie, et le bouleversement, la crise, le besoin d’être aimé. Après toutes les recherches, il n’y a que la femme. C’est l’aveu. Des sanglots, une vie manquée. La vieillesse qui arrive, plus d’amour possible, le corps qui s’en va. » Lui que l’on accusa, avec une violence inouïe, d’avoir « méconnu l’idéal des hommes » (Anatole France), d’avoir pataugé dans la boue des cœurs et suffoqué dans la touffeur de la nature humaine avec un pessimisme complaisant, trouva en Jeanne Rozerot la plus belle des consolations, la femme adorée à qui il ne cessa d’envoyer, lorsqu’il était loin d’elle – et il le fut souvent – toutes ses pensées, « tout son sang » et « toute son âme ».

La photographie, une révélation tardive

L’année de sa rencontre avec Jeanne, Zola découvrit la photographie lors d’un séjour à Royan, chez des amis qui l’initièrent à ce qui allait devenir son violon d’Ingres, selon ses propres mots. Il était né en 1840, un an après le premier daguerréotype, mais ne se consacra à cette fabuleuse nouveauté qu’à partir de 1894, l’année qui suivit la parution du Docteur Pascal, dernier volume de sa saga naturaliste. Denise avait cinq ans, Jacques trois ans, et lui, le grand romancier, le monument, futur auteur du puissant J’accuse… ! qui mourrait en 1902 asphyxié par les émanations toxiques de sa cheminée, rêvait de vivre encore vingt ans pour voir grandir ses enfants et chérir leur mère (Lettres à Jeanne, 31 décembre 1893). Pendant les huit dernières années de sa vie, il se passionna pour la photo, en amateur doué pour la chimie, le mouvement et la lumière, en artiste doué pour le réel et sa présence, en homme doué pour la vie, une vie « grande » et « bonne », « quoiqu’elle paraisse affreuse » (Le Docteur Pascal), qu’il eut l’admirable force et la joie souvent douloureuse de « vivre tout haut » (Mes Haines). Cette autre façon de saisir les choses et les êtres lui permit de fixer sur papier citrate les pages d’amour qu’il n’avait pas encore écrites, de cette façon du moins, dans ses romans.

Une centaine de photographies d’Émile Zola est actuellement exposée à l’Espace Richaud, ancien hôpital royal de Versailles. Sur ces images préemptées par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie lors de la vente publique de 2017 (2 000 négatifs en tout), pas de Gervaise, de Tante Dide, de Père Fouan ni de Nana, pas de Chanteau hurlant que la goutte lui racle les os avec une scie, de fidèle cuisinière pendue aux cordons de son tablier, de mari agonisant dans des jupes qui exhalent un peu de l’épouse défunte, de Minouche indifférente à la noyade de ses ventrées de chatons, ni de médecin impuissant déclarant « on naît pour souffrir, à quoi bon s’en émouvoir ». Pas de personnages sortis des bas-fonds de la société, des bouges sordides de l’âme ou des malheureuses impasses du cœur, mais des êtres chers, bien mis et soignés, robes ceinturées, costumes élégants, chapeaux, souliers et bottines – Jeanne, les enfants, Alexandrine, les amis, les domestiques, le chien Pinpin – saisis par un œil attentif, tendre et protecteur, celui du mari, de l’amant, du père, de l’ami et du maître. Avec la photographie, Émile Zola referma le catalogue des maux et des tares étalés jusqu’à l’écœurement, pour ouvrir l’album des regards aimants, des gestes caressants et des doux détails qui consolent du malheur de l’existence. Une balade à bicyclette dans les Yvelines, près des Mureaux, des barques en bord de Seine, des promenades impressionnistes à Paris ou à la campagne, les épaules nues de Jeanne, Alexandrine lisant ou jouant avec ses chiens, les bulles de savon de Denise et de Jacques, leurs jeux complices autour d’une poupée, d’un chaton ou d’un petit lapin, leurs courses effrénées, main dans la main, dans le jardin de Verneuil, près de Médan, les cabrioles de Pinpin. Les photos d’֤Émile Zola, ce n’est pas franchement du Zola.

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L’œil du père, du mari, de l’homme amoureux

Sur l’un des albums qu’il constitua en 1897 et qu’il dédia à Jeanne Rozerot, on lit : « Denise et Jacques. Histoire vraie. » La vérité de la vie n’est pas seulement dans le visage de Nana putréfié par la petite vérole, avec son air de charnier, ses pustules et ses croûtes, ou dans celui de la fille d’Hélène (Une page d’amour), avec ses deux grands yeux de poupée morte et sa pâleur blême de femme jalouse. Elle est aussi dans le grain de beauté du dos de Jeanne, ses longs cheveux relevés en chignon qu’elle nattait le soir au coucher en « une tresse si tiède et qui sent[ait] si bon » (Lettres à Jeanne), son cou orné du collier aux sept perles que Zola lui offrit et qu’elle portera au-delà de la vie, dans les sourires de Denise et de Jacques – Jacques imitant son père, l’appareil photographique à la main, Denise lui passant les bras au cou lors de bien belles séances de lecture. Cette histoire vraie, elle est enfin sur le visage d’Émile Zola lui-même, qui se photographiait grâce à un déclencheur pneumatique de son invention. Visage sérieux et grave, beauté des rides de l’homme aimé, mais regard soucieux du précaire équilibre familial qu’il travailla à conserver, au prix d’un chagrin infini, pour que tout le monde autour de lui soit un peu heureux. Sa Pauline de La Joie de vivre (1884) s’était déjà posé la question : « Était-ce possible qu’on mentît à son cœur, qu’on cessât d’aimer un jour, après avoir aimé ? » Avec l’amour de Jeanne et des enfants d’un côté, et l’attachement à Alexandrine de l’autre, le cœur renaissant de Zola étouffait. Décidé à jouer le rôle de l’homme satisfait pour préserver le bonheur de tous excepté le sien, il prit souvent sa longue-vue pour apercevoir, depuis sa maison de Médan, ses « trois beaux mignons » dans leur jardin du village voisin. « Cette nuit, je pensais que je voudrais avoir une photographie de vous trois, à cette fenêtre, où vous m’apparaissez de si loin. Je trouve cette apparition si douce, que je voudrais en perpétuer le souvenir dans une image. Il faut que j’aie votre portrait à tous les trois, à cette fenêtre lointaine, où tant de fois je vous ai guettés. » (Lettre à Jeanne, 13 juillet 1893). Le « sale monde » (Nana) zolien cède, côté jardin, aux douces images d’Émile Zola.

Émile Zola, Sur une allée du parc Monceau : promeneuse sous un parapluie, 1894-1902 © Ministère de la Culture/MPP/Grand Palais-RMN

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Loin du manifeste, une tendresse silencieuse

« Zola photographe » est sans doute l’une des plus belles expositions de photos de ce printemps, avec la rétrospective Robert Doisneau (« Instants donnés ») au musée Maillol et les fresques de Sebastião Salgado aux Franciscaines de Deauville. Non pas que Zola soit un grand photographe mais, comme l’a si joliment écrit Michel Tournier dans son Crépuscule des masques, « il contemple, il aime, s’enchante de visages et photographie avec le cœur », pour retenir un peu de ce dont il fut privé – une vie de famille. On est loin des manifestes pixelisés courageusement engagés contre le racisme, la colonisation et la pollution, prêts à tout pour essayer de faire du Zola avec les pauvres moyens du bord – préjugés, conformisme et fragilité du monde – ou pour imprimer à la pelle des J’accuse subventionnés sur papier glacé. Qu’il est bon de regarder des images qui n’interrogent et ne dénoncent rien, qui n’incitent à aucune rédemption minute et n’invitent à aucune expérience onirico-holistique masturbatoire.

À l’époque de Zola, il y a cent trente ans, la photographie était toute une histoire : une technique laborieuse et un long récit. Le matériel était lourd, encombrant, le temps de pose et le développement fastidieux. Mais l’image racontait quelque chose. On prenait une photographie comme on prenait un peu de présent, pour le fixer et faire parler après lui la mémoire et le cœur. Nous vivons aujourd’hui dans un monde saturé d’images. Nous passons notre temps à tout photographier : un ticket de caisse comme preuve d’achat, une voiture mal garée comme preuve d’infraction, soi-même avec des amis comme certificat ès sympathie. Avec l’intelligence artificielle, la photo peut même reproduire à l’infini ce qui n’a pas eu lieu une seule fois et attester de ce qui n’a jamais existé, contrairement à ce que répète en boucle Roland Barthes dans sa Chambre claire (1980) : non pas « ça a été et ça ne sera plus jamais », mais ça n’a pas été et ça sera encore. Abreuvé d’images, photographes inépuisables mais inutiles de nos vies sans histoire, sans mémoire et sans cœur à force de vouloir tout retenir et de ne rien choisir parmi les moments qu’il nous est donné de vivre, nous nous éloignons de Zola photographe. Lui attendait de l’image qu’elle comble un peu la douloureuse béance de l’absence. Nous attendons – peut-être – secrètement des nôtres qu’elles ne viennent plus encombrer la plénitude de notre présence au monde.

À voir

« Zola photographe », Espace Richaud, 78, boulevard de la Reine, 78000 Versailles, jusqu’au 20 avril 2025.

« Robert Doisneau : instants Donnés », musée Maillol, 59-61, rue de Grenelle, 75007 Paris, du 17 avril au 12 octobre 2025.

« Sebastião Salgado, collection de la MEP », Les Franciscaines, 145b, avenue de la République, 14800 Deauville, jusqu’au 1er juin 2025.

Maison Zola, 26, rue Pasteur, 78670 Médan.

À lire

Émile Zola, Lettres à Jeanne Rozerot (1892-1902), Gallimard, 2004.

Michel Tournier, Le Crépuscule des masques, Hoëbeke, 1992.

Lettres à Jeanne Rozerot: (1892-1902)

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Le Crépuscule des masques : Photos et photographes

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La mouche de Lacoche

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Récemment. Un dimanche de printemps. Il faisait beau et doux. Ma sauvageonne, plus ébouriffée que jamais, avait, me dit-elle, des fourmis dans ses jolies jambes. « Je m’ennuie, vieux Yak ! (N.D.A. : il lui arrive de m’appeler ainsi ; elle a dix ans de moins que moi) », me prévient-elle, de sa voix tonitruante et bien timbrée de fille de gendarme et de petite-fille de commandant de gendarmerie. « Il fait beau, si beau ! Bougeons, je t’en prie ! Tu ne vas pas encore rester à lire sur le lit par un temps pareil. Allons voir ma copine Corinne, à Albert. C’est le Printemps du Département. Il y a des visites guidées un peu partout ; elle a quelques idées. »

Que peut-on refuser à une jolie femme, surtout quand elle exhibe une sensualité irrésistible, le corps moulé dans une adorable robe légère, très légère ? OK ; emballé ; vendu ! Direction l’aéroport Henry-Potez, d’Amiens, situé à Méaulte, près d’Albert. Les portes sont ouvertes ; une visite, autorisée ; une exposition et Corinne nous attendent sur place. Une bonne occasion de découvrir ; je suis souvent passé devant ce sacré aéroport mais n’y ai jamais mis les pieds. Corinne est déjà sur zone. Retrouvailles amicales et chaleureuses. On entre ; on flâne ; on baguenaude, attentifs aux panneaux explicatifs et aux maquettes d’avions. C’est passionnant. Les filles papotent, bavardes comme à leur habitude ; je suis un peu à la traîne. Soudain, mon attention est attirée par une mouche, une grosse mouche aux ailes bleutées. Elle s’est posée contre la vitre qui donne sur la piste d’atterrissage ou de décollage (comme tu voudras, lecteur ; mais tout de même : le décollage est synonyme de fête, d’évasion imminente, de nuages de type Lucy dans le ciel avec des diamants ; l’atterrissage, signifie le retour à la raison, à la vie terrestre, banale, difficile, soucieuse comme un lama qui fait la gueule ; ce ne sont pas Baudelaire, Rimbaud, de Quincey, Ginsberg, Brian Jones et Keith Richards qui me contrediront !). Je la contemple ; elle m’observe à son tour de ses yeux globuleux et gainsbouriens. À quoi pense-t-elle, la bestiole ? Je la soupçonne d’être jalouse, elle avec ses petites ailes ; jalouse des grandes ailes des avions qu’elle aperçoit sur la piste d’atterrissage et/ou de décollage.

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On quitte l’aéroport et Méaulte. Arrivée à Albert. On se promène dans la ville. On passe devant la boulangerie Watteau. Une affiche attire mon attention : « La Watteau d’or. Une fois par semaine, Un Watteau d’Or se glisse dans l’une de nos fabrications. Vous le trouvez, vous gagnez une baguette par jour pendant un mois. » Je trouve ça épatant ; la fève et l’Épiphanie quotidiennes. L’Albertin ne manque pas d’imagination. Un peu plus loin, on croise dans la rue un chat qui a l’air comme chez lui. Dans une vitrine, une autre affichette explique qu’il se nomme Pirate, qu’il a été adopté par les commerçants, qu’il a à boire, à manger. Les commerçants albertins aiment les animaux.

On arrive au Musée des Abris consacré à la Grande Guerre. Passionnant ; terriblement émouvant. Des objets, nombreux ; là un fusil ; ici, une mitraillette. Des casques, troués, souvent, par les éclats d’obus. Des photos de combattants. Noël Whittles, né en 1890 à Cheshire ; décédé à Manchester, en 1944 ; blessé au bras gauche à Mont Kemmel ; une citation de la Military Cross : lors d’un bombardement, il a mis ses hommes à l’abri, puis rassembla ses soldats et reparti à l’assaut ; son fils, Graham servit dans les commandos britanniques et fut tué en Normandie le 14 juillet 1944 ; il avait 20 ans ; deux braves. Un peu plus loin, Antoine Herlem, tué à l’ennemi le 28 juillet 1916, près de Maurepas. Marius Aymé (1888-1976), capitaine du 28e bataillon de chasseurs alpins ; le 12 septembre 1916, il participe à la prise de Bouchavesnes ; ses hommes et lui prennent une tranchée ennemie et un soldat allemand qu’ils croient morts ; ce dernier ouvre le feu et blesse grièvement le capitaine au fémur. Des braves ; rien que des braves. Des destins fracassés par l’horreur de la guerre. En sortant du musée, j’écris sur le livre d’or, un petit hommage à mon grand-père Alfred qui combattit notamment à Bouchavesnes et à Maurepas où il fut blessé par un éclat d’obus.

Dehors, il faisait toujours doux et beau. Les filles me dirent que j’avais l’air songeur. Elles n’avaient pas tort.

Alors! À quand le top départ?

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François Bayrou à la sortie du palais de l'Élysée le 21 avril 2025 © J.E.E/SIPA

Le gouvernement recherche 40 milliards d’euros d’économies pour le budget 2026. Les pistes d’économies sont connues depuis longtemps, seul le courage politique manque, regrette notre chroniqueuse libérale Sophie de Menthon


Il faut arrêter les analyses stratosphériques, les promesses qui n’en sont plus, les bonnes intentions qui ne sont même plus louables et les coups de semonce de tous les partis politiques. Oui ! Il faut simplifier et diminuer le train de vie de l’État dans tous les domaines. Aujourd’hui, rien ne pourra être crédible, aucune fiscalité, aucun prélèvement nouveau sans qu’il y ait concrètement et explicitement annoncée, une économie substantielle et immédiate émanant de l’État. Stop au baratin !

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Là, tout de suite, simplement, prendre des décisions applicables immédiatement avec une énergie politique. Il ne suffit pas que le Premier ministre dise, enfin, que la situation est désastreuse pour s’extasier…  Il ne suffit pas non plus que l’on réunisse encore et encore des spécialistes de rien: il faut agir. Le comble étant que le ministre des Finances demande « aux grands patrons d’être patriotes », comme si tout faire pour sauver sa boite n’était pas un patriotisme prioritaire ? Nous demandons, nous, aux politiques d’être eux patriotes, en ne ruinant pas nos entreprises sur lesquelles ils font -mal- vivre la France.

Le changement c’est maintenant

Rien ne semble les convaincre et les faire bouger… pour les aider un peu, voici une ébauche de liste à la Prévert pour bien faire comprendre que le changement, aussi modeste soit-il, commence dans les détails quotidiens. Pas besoin de s’interroger sur l’utilité de certaines dépenses publiques, le bon sens de n’importe lequel d’entre nous répond.

Tiens : la pancarte « presse » par exemple qui identifie les kiosquiers grâce à sa plume rouge depuis les années 1950 sera modifiée en 2025, avec la disparition de la fameuse plume pour « un design plus doux et accessible, avec une déclinaison lumineuse conforme aux réglementations définies par le Code de l’environnement ». L’urgence de la dépense est évidente : plus de 3 millions d’euros. Dans le même genre, une autre priorité de Bercy, cette fois, est d’imposer un nouveau modèle de panonceaux pour les « hébergements classés » : pour comprendre il faut 42 pages de directives à respecter, sous peine d’amende. Des fonctionnaires seront donc mobilisés pour traquer les panneaux non conformes. C’est ce qu’on appelle peut-être l’économie de guerre ? Plus sérieusement, on se pose des questions sur le Haut-Commissariat au Plan (HCP) qui a été instauré pour éclairer les choix publics sur divers enjeux stratégiques. Résultat ? En quatre ans, 18 notes stratégiques, pour un coût de 6,7 millions d’euros (soit 372 000 euros par note). Le Haut-Commissariat au Plan est tellement « haut » qu’il empiète sur les compétences de plusieurs institutions existantes, dont France Stratégie ou le Conseil d’Analyse Économique.

Clément Beaune, le nouveau Haut commissaire au Plan © JEANNE ACCORSINI/SIPA

C’est dans l’Aide Publique au Développement (ADP) que la technocratie française trouve son expression la plus pure dans la gabegie. Tantôt sous forme de dons, tantôt sous forme de prêts, la France soutient ainsi chaque année 271 organisations internationales dans 150 pays. Les résultats sont pour le moins surprenants : 100 millions d’euros pour aider les seniors chinois, 250 chameaux pour la Mauritanie, des mixeurs pour des écoles sans électricité en Afrique – du grand art… Le tout reviendrait au minimum à 15 milliards d’euros par an. Notre générosité ne s’arrête pas là, et il convient d’urgence de réduire ou supprimer certaines subventions aux associations ou aux secteurs en difficulté, les subventions des festivals ou des événements non essentiels dans certaines régions par exemple. Nous n’avons plus les moyens de jouer aux mécènes avec l’argent des régions. Pour faire la lumière sur ces finances publiques dilapidées, le ministre délégué chargé de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a eu l’idée lumineuse de créer « une commission d’évaluation de l’aide publique au développement » (Combien de fonctionnaires, s’il vous plait?) 

À lire aussi, Philippe Bilger : François Bayrou: la vérité permet-elle d’agir?

Et depuis le temps que tout le monde en parle, si nous supprimions enfin le CESE (Conseil Économique, Social et Environnemental) régional et national ? Au niveau national, il coûte chaque année plus de 30 millions d’euros en fonctionnement (rémunérations, frais divers, etc.). Les CESE régionaux font doublon, avec des fonctions qui peuvent en plus être assurées par d’autres instances comme les conseils régionaux ! Certes c’est une façon de payer les syndicalistes qui nous rendent bien cette faveur… Pendant que nous y sommes, on pourrait aussi regarder du côté des cures thermales (qu’on adore, par ailleurs), d’autant que leur remboursement est pris en charge en partie par la Sécurité sociale – cela représente plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année. L’État ne pourrait-il pas réduire ces remboursements en les limitant aux pathologies graves ?

Simplification à tous les étages

Moins facile : la réduction de l’administration et la diminution du nombre de fonctionnaires administratifs. Il est vital de fusionner ou supprimer des agences qui gèrent certaines démarches administratives redondantes et génèrent bureaucratie et agents administratifs. Une réforme de l’administration territoriale pourrait aussi permettre de supprimer certaines compétences locales non prioritaires ou de les transférer à d’autres niveaux de l’État (communes, départements, régions). De même, les postes administratifs dédoublés dans les ministères et administrations sont trop nombreux. Surtout, par voie de conséquence, 161 000 départs à la retraite par an pourraient ne pas être renouvelés, en supprimant pour cela les corps et les frontières étanches pour offrir formation et mobilité à ceux qui restent.

A lire ensuite: Hep là, retraité! T’as pas cent balles?

Pour le plaisir de l’exemplarité, la diminution du train de vie de l’État – tellement symbolique – est indispensable ! Réduire les dépenses liées aux voyages officiels de ministres et responsables politiques (en avion, hôtel, voiture de fonction)… Par exemple, la location de jets privés ou l’organisation de réceptions somptueuses pourraient être réévaluées. Il est également impératif de réduire les frais de représentation et de communication des ministères (les événements non essentiels). Non ce n’est pas de la démagogie, même si c’est peu par rapport au montant de la dette. Mais au moment où l’on s’apprête à saigner les Français aux quatre veines, les symboles sont absolument nécessaires. Alors qu’est-ce qu’on attend ? Même pas besoin d’établir des priorités au point où nous en sommes, il faut reformer et supprimer tout ce qui passe au coin du bon sens ! Pas besoin de lois, pas besoin de nouveaux comités, pas besoin de referendum, juste un peu de courage… vous avez dit courage ?

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La Bonne Mère en proie à LFI

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Marseille. DR.

Notre chroniqueur n’a jamais fait un mystère du fait qu’il habite Marseille, ville autrefois provençale livrée désormais à tous les vents du sud. Il n’est pas supporter de l’OM, et fréquente fort peu les églises. Pourtant, le voici défenseur de Notre-Dame-de-la-Garde, que les islamo-gauchistes locaux voudraient rayer de la ville…


Il y aura bientôt quarante ans, finissant un petit livre sur le Mont Saint-Michel (l’une de mes spécialités), j’avais assisté à l’envol de l’archange qui surmonte la flèche de l’église abbatiale. C’était la première fois depuis sa pose, un siècle auparavant, et la statue était rongée par l’air marin, qui prend ses aises par là-bas, et par les milliers d’impacts de foudre, puisqu’elle fait office de paratonnerre. Les archanges montent au ciel en hélicoptère.

L’opération a été reconduite en 2016. Il faut à chaque fois réparer la gangue de cuivre doré qui recouvre le fer de la statue. Doré à l’or fin : pour une statue d’une tonne, cela fait quelques feuilles d’or de 0,2 micron d’épaisseur chacune…

Moins toutefois que pour le Dôme des Invalides, restauré en 1989, dans le cadre des célébrations du bi-centenaire de la Révolution. Douze kilos d’or fin à chaque restauration, depuis la première, réalisée en 1715. Payés par le contribuable. Et alors ? C’est un monument historique, qui participe à la gloire de la France, tout comme le Mont Saint-Michel, l’un des sites les plus visités du pays.

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Marseille a donc décidé de redorer la statue de la Vierge posée tout en haut de la basilique néo-romano-byzantine qui surplombe la ville.

Mais ma ville a la spécificité d’abriter quelques-uns des plus exquis des élus LFI. Redorer la Vierge — une statue de plus de 11 mètres de haut ? Pas question ! s’insurgent ces braves gens. Après avoir fait les comptes (2,8 millions d’euros, dont 300 000 de la ville de Marseille, 400 000 du Conseil départemental, et 500 000 de la Région PACA), après avoir fait briller les yeux des analphabètes avec les 40 000 feuilles d’or fin nécessaires pour l’opération, nos vertueux élus s’emportent : « Les fonds publics doivent aller à l’école, au logement, au transport, à la réponse aux besoins de la population ! » Inutile de demander à quelles populations pensent messieurs Bompard et Delogu, les cadres intellectuels de LFI.

Et de souligner que c’est moins la loi de 1905 qui s’applique ici que celle de 1942, « loi du gouvernement de Vichy, collaborationniste avec les nazis, antisémite et raciste », qui « permet le versement d’argent public pour le financement de réparations aux édifices affectés aux cultes publics, qu’ils soient ou non classés monuments historiques » — ce que la Bonne Mère n’est pas, effectivement. Au passage, on est bien content d’apprendre que le parti de mesdames Panot, Obono and co. s’oppose à l’antisémitisme.

Notre-Dame-de-la-Garde, outre le fait d’être un spot touristique de premier ordre (chaque jour, un petit train sur roues y amène quelques milliers de visiteurs), est un site essentiel pour comprendre la ville ; il y a quelques années, on avait mis « la Ville » au programme de l’heptaconcours des IEP de province. J’avais donc traîné là-haut (et la montée est rude) mes élèves issus des « quartiers », comme on dit, qui n’y avaient jamais mis le pied, moitié paresse, moitié superstition, et furent tout étonnés de repérer leurs quartiers nord de naissance au sein de cette toile gigantesque qu’est la métropole marseillaise. Etonnés de lire sur les murs déchiquetés par les balles de mitrailleuse la trace des combats de 1944. Tout étonnés aussi de trouver dans la basilique elle-même tant de témoignages d’une foi vivace, à travers les milliers d’ex-voto célébrant l’intervention de la Vierge dans le retour des navires ou la résistance aux maladies mortelles.

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Mes étudiants musulmans, prenant sur eux d’entrer dans un lieu de culte catholique, conclurent que Dieu est partout — ou nulle part.

Je leur expliquai que la basilique actuelle a été construite sur les murs d’une ancienne chapelle du XIIIe siècle, déjà dédiée à la Vierge, patronne des marins et des pêcheurs. Que c’est de là-haut que François Ier, venu à Marseille en 1515 après Marignan, constata que la ville était mal défendue, et qu’il décida de construire le fort de l’île d’IF et d’englober l’église de la Vierge dans une structure militaire, qui forme aujourd’hui le soubassement de la basilique. Notre-Dame-de-la Garde est le résumé de l’histoire de la ville, le témoin de la ferveur populaire — comme l’est au fond la crèche provençale, que des laïques à jugement court veulent faire interdire, à Béziers et ailleurs (à Marseille, Jean-Claude Gaudin a pensé plus « citoyen » de la supprimer de lui-même il y a une vingtaine d’années). Un peuple a une histoire, et s’est inventé bien des façons de la célébrer — et c’est un athée convaincu qui vous le dit.

Personne n’est dupe : la protestation de LFI est en sous-main un appel du pied à tous ceux qui, dans cette ville, préfèrent voir fleurir des mosquées que redorer des Vierges. Mais elle est d’abord un affront à la mémoire populaire, quoiqu’on sache que chez certains de leurs supporters, l’histoire commence et finit en 622 à Médine avec l’avènement de l’islam et, en même temps, de la nuit.

Jean-Paul Brighelli, Entre ciel et mer, le Mont Saint-Michel, Gallimard, coll. Découvertes, 1987, 160 p.

Entre ciel et mer, le Mont-Saint-Michel

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«Les Vigiles», de Tahar Djaout. Un roman prémonitoire?

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L'écrivain algérien Tahar Djaout photographié en 1987 © ANDERSEN ULF/SIPA

L’histoire, dit-on, ne repasse pas les plats. Voire. Il lui arrive pourtant de bégayer.

Le cas de Boualem Sansal qui croupit depuis des mois dans les geôles algériennes en offre un exemple frappant. Il présente d’étranges similitudes avec celui d’un autre écrivain algérien qui connut des mécomptes tragiques.

Il reste toutefois à souhaiter que le dénouement diffère.

Printemps 1991. Un jury littéraire présidé par Jean d’Ormesson et comptant dans ses rangs des personnalités telles que Jacqueline de Romilly, Maurice Rheims, Hervé Bazin, Emmanuel Roblès, vient de décerner à Paris le prix Méditerranée à Tahar Djaout pour son roman Les Vigiles. Ce dernier, né en 1954 en Kabylie, licencié en mathématiques, est aussi poète et nouvelliste.

Ses Vigiles brossent, de la société algérienne, un tableau sans complaisance qui donne froid dans le dos. Derrière la fiction, un témoignage accablant : bureaucratie omniprésente et tatillonne. Arbitraire. Concussion. Un pays où tout s’achète –  hormis les denrées de première nécessité, introuvables. La corruption y est générale. La délation y sévit à l’état endémique. Les anciens combattants du FLN y jouissent de sinécures et d’exorbitants privilèges, tandis que les intégristes musulmans prétendent, notamment par le biais de l’école, régenter les mœurs et imposer une pudibonderie ridicule.

Tel est le bilan de l’Algérie socialiste après une trentaine d’années d’indépendance.

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Le roman de Tahar Djaout compte les déboires d’un jeune professeur, inventeur d’un métier à tisser amélioré qu’il souhaite faire breveter. Pas si simple. On le suspecte, on l’espionne. On lui refuse un passeport. Il est victime de brimades sans nombre, pris dans un réseau inextricable de chausse-trapes. C’est que, dans une société sclérosée où chacun s’accroche à ses prébendes, toute innovation est perçue comme un danger.

Jusqu’à un spectaculaire retournement. Le régime finit par s’apercevoir de tout l’avantage à tirer de la situation. Voilà notre inventeur promu au rang de héros national. Pour justifier l’erreur de jugement, il ne reste plus qu’à trouver un bouc émissaire. Ce sera le vieux Menouar Ziada, être simple, trop naïf et trop pur pour avoir seulement l’idée de contester un système où le cynisme tient lieu de morale.

Cette fable amère, habilement narrée, vaut surtout par la virulence du propos. Lequel traduit à n’en pas douter, la stricte réalité. La mise en coupe réglée du pays y est dénoncée en termes sans équivoque.

Peut-être pourrait-on reprocher à l’auteur d’avoir forcé sur l’angélisme psychologique dans sa peinture du vieux Ziada. engagé par idéal dans la guerre d’indépendance et qui collectionne les incompréhensions et les malheurs. Mais on conçoit la nécessité dramatique du contrepoint, et, du reste, il s’agit là d’un détail secondaire qui ne gâte en rien la force corrosive de ces Vigiles

Deux ans plus tard, le 2 juin 1993, Tahar Djaout, victime d’un attentat, est abattu de deux balles dans la tête à Alger au pied de son domicile.

On se gardera de tirer la moindre conclusion.

Les Vigiles Le Seuil, 218 pages (1991)

Les Vigiles

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Faire taire Renaud Camus: la Grande-Bretagne en renfort

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L'écrivain français Renaud Camus © Renaud Camus

Renaud Camus a été interdit d’entrée au Royaume-Uni. Le père de la théorie du “grand remplacement” devait prendre la parole lors d’un événement du Homeland Party. Les théoriciens islamistes ont moins de difficulté à prendre la parole dans ce pays, raillent ses soutiens…


Qui délivrera la démocratie libérale de ses censeurs ? Même la Grande-Bretagne, jadis exemplaire dans ses tolérances, est devenue méconnaissable. Le ministère de l’Intérieur britannique vient d’interdire à Renaud Camus de se rendre à une invitation du Home Land Party, pour y tenir une conférence sur la remigration des clandestins non intégrés. L’écrivain devait également participer ultérieurement à un débat organisé par l’Oxford Union. Les autorités ont estimé que la présence de M. Camus, présenté par ses détracteurs comme le promoteur de la « théorie complotiste » du grand remplacement, « ne contribuerait pas au bien public ».

Et le free speech, alors ?

C’est également en Grande-Bretagne que le journaliste et lanceur d’alerte Tommy Robinson, qui dénonce l’islamisation de son pays, est emprisonné pour ses prises de position. M. Robinson avait déjà été arrêté en 2018, dans l’indifférence de la profession, pour avoir dénoncé les crimes pédophiles de masse perpétrés durant des années par des gangs indo-pakistanais contre des jeunes filles blanches issues de milieux défavorisés. Commentant son interdiction d’entrer en Angleterre, l’écrivain français a tweeté vendredi : « Je serais bien allé en Angleterre malgré l’interdiction, mais ça m’ennuierait de donner au président Macron et à son ministre des Affaires étrangères le souci d’un deuxième écrivain français octogénaire et cancéreux emprisonné dans un pays musulman. »

A relire, Renaud Camus: « Une vérité n’est plus tout à fait une vérité s’il est interdit de la contester »

Cet ostracisme, qui veut faire taire un homme de Lettres coupable de décrire ce que ses contemporains ont sous les yeux – le remplacement d’une civilisation par une autre sous le double effet d’une immigration extra-européenne et d’une déculturation française – , donne la mesure du sectarisme imposé par l’idéologie antiraciste. En France, c’est l’universitaire Fabrice Balanche, cible de militants « antiracistes », qui s’est vu reprocher certaines de ses prises de position par la présidente de l’Université Lyon 2. L’incapacité d’admettre la contradiction sans y voir une agression explique l’effondrement de la qualité du débat. La diabolisation qui frappe Camus, en dépit d’une œuvre littéraire remarquable, vient rappeler l’indigence intellectuelle des gardiens du dogme antiraciste. Ces moralistes empêchent de penser la réalité. Ils participent à la crise de l’intelligence des idéologues. Cette situation n’est certes pas nouvelle. Au début des années 80, Raymond Aron déplorait déjà, dans Le spectateur engagé, l’absence de débats entre éditorialistes, comme ils existaient sous la IIIe République. « Il n’y a plus que des monologues ou des injures », écrivait-il.

Une résistance encore timide

Cependant, désormais, les épurateurs ne supportent même plus d’entendre d’autres opinions que les leurs. Face au sort réservé à M. Balanche, 50 universitaires de renom sont venus lui apporter leur soutien, dans une tribune publiée ce samedi dans Le Figaro. Ils y demandent la démission de la présidente de Lyon 2. Ce réveil d’une résistance des élites est à saluer. Mais qui osera protester contre l’interdiction faite à Renaud Camus de venir en Grande-Bretagne pour y discuter d’un sujet tabou ? Comme l’a écrit l’intéressé : « Qui veut noyer son peuple l’accuse de la race ».

François, pape des pauvres et des polémiques, est mort

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Vatican, Noël 2017 © AP/SIPA

Souverain pontife depuis 2013, François a suscité bien des indignations. Le « pape des progressistes » a défendu l’immigration, dénigré le monde occidental, soutenu activistes et ONG… Mais il est mort ce lundi de Pâques. Selon Paul Rafin, l’heure n’est pas à la polémique mais à l’oraison.


Une tristesse commune émeut l’univers ; c’est la force du catholicisme, cette grande religion traditionnelle, d’avoir uni — comme le judaïsme — les hommes par des liens supérieurs et qui les rassemblent, l’Évangile, la messe, le Pape ; et c’est bien la puissance du christianisme d’avoir étendu ces liens aux « Gentils », c’est-à-dire à tous les hommes de l’univers. Le pape n’est-il pas pour les chrétiens, pour tous les chrétiens catholiques, quels que soient leurs désaccords avec lui, le chef de la foi religieuse ? — sans cette verticalité nécessaire, il y aurait autant de sectes nouvelles que de mécontents, et c’est tout l’édifice qui s’effondrerait.

D’un bout à l’autre du monde, donc, on pleure ce pape dont la figure avait je ne sais quoi de sympathique, source inépuisable d’anecdotes étonnantes et toujours amusantes, que l’on disait proche des pauvres et qui l’était en effet, par ses actes autant que par ses paroles. Les Deux Papes, le film de Fernando Meirelles, n’avait pas peu contribué à sa popularité ; popularité qu’il avait déjà gagnée par son évidente humilité, par son amour hors du commun de l’humanité, par son goût non affecté, mais très sincère, pour le football (il était Argentin !), enfin par ce regard espiègle bénit du Seigneur qui donnait irrésistiblement envie de le suivre dans sa foi : il avait toujours l’air heureux.

Jean-Paul II l’avait fait cardinal ; François l’aura au moins égalé en réputation, et laissera lui aussi pour l’histoire le souvenir d’un homme simple et modeste, dont la vie fut comme une illustration des enseignements du Christ. Il faisait avec Benoît XVI, son prédécesseur, un contraste qui n’a pas manqué de soulever les indignations des pratiquants traditionnels. Moi-même, j’ai pu le qualifier de « pape des progressistes ». Mais quoi ? il défendait l’immigration, adressait aux fidèles des encycliques écolo-socialistes, invitait aux synodes les activistes des ONG ; on l’accusait d’être marxiste, il devait s’en défendre (!) ; pire, il s’attaquait aux messes tridentines et à la tradition.

Mais l’heure n’est pas aux médisances ; elle est à l’oraison. Alors, au risque de choquer, j’oserai dire que ce pape avait raison, lorsqu’il dénonçait les mensonges des fanatiques de la « vraie Église ». Le christianisme repose en effet sur un double paradoxe que même ses plus zélés défenseurs ont bien de la peine à justifier : il est né de la soumission au temporel par la pratique de la prière intérieure (Rendez à César ce qui est à César) et l’abolition du rite jugé hypocrite (« On chercherait vainement dans l’Évangile, écrivait Renan à ce propos, une pratique religieuse recommandée par Jésus. Le baptême n’a pour lui qu’une importance secondaire ; et quant à la prière, il ne règle rien, sinon qu’elle se fasse du cœur ») ; en même temps, il s’est fortifié dans sa matérialité par sa puissance terrestre, par sa lutte contre le temporel, par l’établissement puis la persistance de ses rites. Dilemme d’une religion de l’humilité dont l’adversaire est la vanité, et qui domine le monde ! Face à cela, les uns privilégient une lecture fidèle des Évangiles, lesquels, à les lire sans mauvaise foi, délivrent un message humaniste, universaliste, abolitionniste ; les autres, sans les renier (notamment dans les vertus individuelles qu’elles exaltent), les interprètent volontiers librement dès qu’il s’agit de soutenir des réalités. Le pape François aimait les Évangiles pures, dépouillés de leurs exégètes pharisiennes : et cela démontre qu’il était un homme de cœur. Hélas ! qu’aura été la sanction de cette politique ? la poursuite d’une déchristianisation massive des sociétés occidentales (la récente hausse des baptêmes, en France, ne compense pas l’hémorragie enregistrée depuis un demi-siècle) ; au contraire, un regain des pratiques traditionalistes, par réaction, peut-être, à l’islamisation de la société tout droit venue de l’immigration. Le prochain pape aura le choix entre poursuivre la révolution, ce retour éthéré à la parole christique qui fut toujours et la gloire et l’inconscience de l’Occident, ou prendre à bras-le-corps ces réalités qui font que l’histoire est tragique.

François est mort pendant les fêtes de Pâques, les plus importantes chez les chrétiens, celles qui célèbrent la résurrection du Christ : son rappel à Dieu, à cette date magnifique, paraît une preuve de sa divine élection. Il n’était pas le Christ : il ne reviendra pas ; mais il était plein de vertus, sensible et bon : nul ne doute qu’il trouvera sans peine les portes du Paradis, ce baiser de Dieu — et qu’il y sera accueilli dans la Lumière, lui qui, connaissant Jésus, ne craignait plus la mort.

«Il y a un soft power catholique qui fait encore vibrer»

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Le Pape François s'adresse à des migrants, Lampedusa, 7 juillet 2013 © Alessandra Tarantino/AP/SIPA

Elisabeth Lévy revient sur la mort du pape François, un évènement qui a fait la une dans toute la presse mondiale. Sur l’islam ou Charlie Hebdo, le pape avait tenu des propos désastreux, rappelle toutefois notre directrice.


C’est une émotion planétaire, renforcée par le symbole de cette mort survenue le jour de la Résurrection. Quel autre dirigeant aurait droit aux drapeaux en berne aux États-Unis, après avoir pourtant violemment critiqué Trump ? Qui susciterait l’humilité du vice-président J.D. Vance ? Qui d’autre ferait la une de tous les journaux du monde, à part peut-être Lady Di, ou une star du rock comme Michael Jackson ? Qui serait salué à la fois par MM. Mélenchon, Macron, Poutine et Zelensky ?

Un phénomène et une peine chez les croyants qui fascinent

Cela montre que, malgré la mort de Dieu, malgré la déchristianisation avancée de l’Europe et de la France, il existe un soft power catholique qui continue de faire vibrer. Le catholicisme reste la deuxième religion mondiale, avec 1,4 milliard de fidèles (17,7 %), contre 1,6 milliard de musulmans (mais c’est la première si l’on distingue sunnites et chiites). Malgré le discours inclusif du Pape François, l’Église reste une étrangeté verticale dans un monde devenu horizontal : une hiérarchie de fer, un chef dont l’autorité s’impose à tous — cela n’existe dans aucune autre Église, d’où le poids unique de sa parole et de sa personne.

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En France, les réactions sont plus contrastées. Les fronts sont renversés : le Pape François a été beaucoup plus critiqué à droite qu’à gauche.
À gauche, on lui pardonne ses positions sur l’avortement et l’euthanasie (en somme, on lui pardonne d’être catholique), parce que François était écolo, dénonçait l’Europe-forteresse, et se montrait ouvert à l’islam.

Des positions énervantes concernant le massacre de Charlie Hebdo

Ce sont justement ses positions sur l’immigration et l’islam qui heurtent Philippe de Villiers et une partie des catholiques. En 2013, à Lampedusa, le premier jour du ramadan, François promet aux « chers immigrés musulmans » que l’Église est à leurs côtés. En février 2019, il signe à Abou Dhabi une déclaration sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence, avec le recteur d’al-Azhar, affirmant notamment que la diversité des religions est une volonté divine. Ce refus d’affirmer une vérité supérieure entre en contradiction avec le principe même du monothéisme, selon moi. Comme s’il justifiait l’effacement du christianisme face à un islam conquérant.

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Et puis, il y a son « oui, mais », après l’attentat de Charlie Hebdo, rappelé hier avec virulence[1] par Sophia Aram. Le Pape François estimait que la liberté d’expression est un droit fondamental, mais qu’elle ne permet pas d’insulter la foi d’autrui. Je ne dirais pas, comme Sophia Aram, qu’il a justifié le massacre. Il n’empêche : cette position, désastreuse, était à l’époque celle de toute l’islamo-gauche.
Alors oui, la France est un pays profondément marqué par l’empreinte catholique, et il faut la défendre contre les déconstructeurs. Mais n’oublions pas qu’elle est aussi la patrie des bouffeurs de curés…


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale chez Jean-Jacques Bourdin


[1] https://x.com/SophiaAram/status/1914321448790872186

Les malfaisants ont pris le pouvoir !

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Le garde des sceaux Gérald Darmanin visite la maison centrale (prison) de Saint-Maur dans l'Indre, 28 février 2025 © Charles Bury/SIPA

Alors que les caïds ne se cachent même plus, le Conseil national des barreaux entérine dans une étude la baisse historique de la confiance des Français dans leur justice.


Par mon titre, j’entends l’ensemble des transgresseurs, délinquants, criminels, détenus, condamnés, fauteurs de troubles, compulsifs de la violation de la loi, haineux de la moindre autorité, orphelins du langage et violents immédiats, ignorants de la morale élémentaire, mineurs lâchés sans bride par des éducateurs de toutes sortes dépassés, auteurs d’abjections multiples, obsessionnels de la haine de l’État…

Des surveillants de prison ont témoigné et ils ont confirmé ce qu’on sait depuis longtemps : «Les détenus ont pris le pouvoir». Il y a des établissements où ils font la loi quand les défenseurs de celle-ci sont voués à plier sous leur joug.

La justice décidément mal en point

Le Conseil national des barreaux (CNB) a publié une enquête d’opinion menée avec l’IFOP (voir tweet ci dessous). Aujourd’hui, elle conclut à une chute libre de la magistrature dans l’esprit public puisque 48% de nos concitoyens sont en défiance à l’égard des institutions judiciaires alors qu’en 2008 une forte majorité portait un regard favorable sur elles.

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Ce sont toujours les mêmes reproches qui sont adressés à la Justice : lenteur, inégalité, médiocre accessibilité, mépris, indulgence pour les puissants et dureté avec les faibles, politisation des magistrats…

Je pourrais presque me réjouir que 52% des Français ne vouent pas aux gémonies cette institution capitale pour la démocratie, qui n’est plus depuis longtemps un pouvoir mais une autorité et qui devrait être surtout à mon sens un service public. On comprend bien le caractère particulier de ce dernier sur au moins un double plan : on n’a pas envie d’en user comme on le ferait d’un service public ordinaire et il est inévitable que le mécontentement d’un citoyen sur deux – il a perdu ou il n’a pas assez gagné – abaisse largement l’indice de satisfaction !

Je n’ai plus envie de me vouer à une apologie désespérée de cette institution que j’ai pratiquée durant quarante ans avec cette certitude qu’une pratique singulière visant l’exemplarité pouvait sur-le-champ modifier l’opinion d’observateurs initialement pessimistes ou au moins réservés. Il me semble assez piquant que cette enquête ait été élaborée sous l’égide du barreau comme si en réalité celui-ci se lavait les mains de cette désaffection judiciaire.

Les forces de l’ordre passent au premier plan

Une Justice « partisane » est le grief dominant, d’autant plus accablant qu’il mêle les politiques, les médias et les citoyens dans cette dénonciation qui rend impossible – je m’en suis rendu compte – toute contradiction. Je ne me résous pas à cette descente de la Justice dans l’estime publique alors que par ailleurs, et là je m’en félicite, l’armée et la police progressent.

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Il n’y a évidemment aucune raison pour que la Justice échappe au mouvement général qui fait que les malfaisants ayant pris le pouvoir un peu partout, naturellement les forces régaliennes sont accusées de faiblesse à leur égard.

C’est en effet le changement fondamental dans la lutte contre le fléau de l’insécurité : le fait que les transgresseurs, où qu’ils soient, ne se contentent plus de compter sur leur bonne étoile pour échapper à l’interpellation et à la condamnation mais que dorénavant ils prennent les devants; on attaque les pompiers, on donne des rendez-vous meurtriers à la police, on menace les juges, on insulte les maires, on poursuit ses trafics et ses intentions homicides en prison, on manifeste avec arrogance que le monde a changé et que les sales ombres ont pris le pas sur les lumières honorables, reléguées peu à peu dans les oubliettes d’une société qui n’a pas su les sauvegarder.

Je vois bien pourquoi la Justice, au-delà de sa politisation, est mal perçue par rapport à la police et à l’armée. Elle intervient tard, trop tard, quand tout est consommé et elle est rarement à la hauteur de ce qu’espère le citoyen même de bonne foi. Elle n’est par ailleurs jugée que sur ses affaires médiatisées, ce qui a pour conséquence de laisser dans l’anonymat la multitude des pratiques des parquets et du siège acceptables, parfois même excellentes. Le pessimisme d’aujourd’hui qui fait douter de la victoire possible contre les crimes, les délits et l’enfer pénitentiaire est parfaitement compréhensible. Puisque la loi est passée de l’autre côté et que les malfaisants tiennent le haut du pavé.

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Intelligence artificielle ou bêtise humaine?

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© Stockphoto

Personne ne sait quel type d’humain va découler de l’usage quotidien de l’IA. Ce qui est sûr, c’est qu’en recensant toutes les connaissances, elle propose un savoir prémâché et standardisé qui n’encourage pas à la « gymnastique intellectuelle ». La libre pensée et l’érudition vagabonde seront-elles la chasse gardée des gens « bêtes » ?


Face à l’arrivée de l’IA sur le marché planétaire, il y a ceux qui se préparent ou sont déjà prêts, et ceux qui font mine de résister tout en sachant qu’il leur faudra tôt ou tard en passer eux aussi par là. Car l’avancée irrésistible de l’IA – voyez avec quelle familiarité on en parle déjà ! – pourrait bien être aussi celle des Titans annoncée par Ernst Jünger[1]. Un Titan, vraiment, le très courtois ChatGTP qui vous répond toujours de manière si calme et mesurée ? L’intelligence est chez lui dépassionnée, limpide, et c’est très rassurant d’avoir affaire à un anthropoïde dont le discours paraît nettoyé des miasmes humains. Les ados déjà en raffolent et le consultent pour un oui et pour un non comme s’il était leur ami, leur coach, leur doudou consolateur en cas de gros chagrin. Rien n’oblige après tout à faire un usage intelligent de l’intelligence, artificielle ou pas ! Mais on juge finalement l’arbre à ses fruits et l’IA parviendra peut-être à réaliser ce que l’intelligence naturelle n’a pas accompli : faire reculer la bêtise humaine dont les ravages sont eux aussi titanesques.

L’ancienne culture face à l’intelligence prédigérée

De la bêtise on dit communément qu’elle est un « manque d’intelligence », et point n’est besoin d’avoir un quotient intellectuel surdimensionné pour faire ce constat. S’il s’agit d’un déficit en matière d’informations, et non de déficience mentale, l’instruction et la culture avaient jusqu’alors pour mission de l’atténuer, et parfois même de le combler par des exercices appropriés qui soumettaient les informations reçues à une « gymnastique intellectuelle » capable de les digérer, de les assimiler. Du moins en était-il ainsi dans l’ancien monde. Dans le nouveau, en revanche, l’IA se charge de recenser et organiser les connaissances que l’utilisateur n’aura plus qu’à gérer comme il le veut, ou selon l’esprit du temps. Mais le pourra-t-il, n’ayant pas participé à l’élaboration de ce produit prédigéré ? Il y a même à parier que l’IA exercera une fascination telle que certains de ses utilisateurs se sentiront investis d’une surpuissance égale à la sienne, tandis que d’autres seront accablés par leur impuissance à savoir tout sur tout.

Car l’IA prolonge et réalise en fait le vieux rêve des métaphysiciens de l’âge classique désireux de mettre au jour un savoir intégral, total, et cela en effectuant des « dénombrements entiers » (Descartes) dans tous les domaines du savoir ; ces connaissances une fois interconnectées prenant alors la forme d’une vaste « combinatoire » (Leibniz) à l’image de l’Intellect divin. C’est le fantôme de l’Omniscient dont le regard, disait Nicolas de Cues[2], vous suit où que vous soyez, à qui l’IA offre une nouvelle vie. Pourquoi ne saurait-elle pas tout sur vous, et même ce que vous ignorez encore de vous-même ? Car de ces combinaisons multiples surgissent des informations neuves prouvant que l’IA est capable de prospecter, d’inventer. Aussi peut-on la comparer à un faisceau lumineux suffisamment puissant pour expulser l’erreur, et interdire à l’esprit humain de proférer des bêtises. Mais c’est méconnaître la bêtise, attachée à l’intelligence comme le parasite à sa proie : « Si la bêtise ne ressemblait pas à s’y méprendre au progrès, au talent, à l’espoir et au perfectionnement, personne ne voudrait être bête », écrivait Robert Musil[3].

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La bêtise, ce miroir grimaçant de l’intelligence

Si l’intelligence permet de résoudre un problème, de s’adapter, nul doute que la bêtise en est la caricature et rapproche les benêts, les nigauds et les niais des bêtes qui sont dépourvues de cette capacité. Que de types humains la bêtise pourtant façonne alors que l’intelligence semble les réduire à un prototype unique ! L’homme intelligent paraît en effet taillé d’une seule pièce, tendu comme un arc par son effort de compréhension et sa volonté de venir à bout des difficultés. Que va-t-il devenir quand l’IA l’aura mis au chômage technique, et convaincu de la vanité de ses efforts ? La dépression probablement l’attend, tandis que le terrain sera libre pour que les faiblards de l’intellect reprennent espoir et offrent le spectacle de leur époustouflante diversité. Car la sottise n’est pas l’idiotie, ni l’imbécillité la stupidité. On peut dire des inepties, mais sont-elles pour autant des conneries ? Et si la paroi est parfois mince entre bêtise et folie, il vient toujours un moment où le « fol » apporte la preuve qu’il n’est pas un dément. Il y aurait par ailleurs beaucoup à dire sur la possible « bêtise » des gens intelligents… Que pourra l’IA face à cette faune pittoresque, vagabondant sur le terrain vague déserté par les surdoués, les pragmatiques qui se reconnaîtront dans ce nouvel et puissant artefact dont la conception même valorise la mégalomanie humaine, et la bêtise qui lui est associée ?

Des bienfaits, l’IA en apportera aussi nécessairement, et on les énumère déjà dans le domaine médical, spatial, et dans tout secteur de la recherche où il convient d’affûter les diagnostics et de gagner du temps dans le recoupement des informations. Mais personne ne sait quel type humain va fabriquer l’usage devenu quotidien de l’IA : sera-t-il encore doté de sensibilité, d’empathie, ou gagné par une froideur calculatrice et une habileté manipulatrice ? Car des facilités, l’IA en apportera, dont on pressent les ravages dès lors que la tâche de l’intelligence ne sera plus de rendre compte avec pertinence et acuité du réel, mais d’en jouer de mille et une manières jusqu’à en dissoudre les contours. Et si l’intelligence artificielle finit un jour par convaincre les êtres humains de leur inutilité, hormis comme programmateur et utilisateurs de ce qui les détrône, on pourrait même en arriver à penser qu’il est beaucoup plus stimulant d’être « bête » comme on l’entend, qu’intelligent comme l’IA prétend nous imposer de l’être.


[1]. Ernst Jünger (avec Antonio Gnoli et Franco Volpi), Les Prochains Titans, Paris, Grasset, 1998.

[2]. Nicolas de Cues, Le Tableau ou la Vision de Dieu (trad. A. Minazzoli), Paris, Cerf, 1986.

[3]. Robert Musil, « De la bêtise », Essais (trad. P. Jaccottet), Paris, Seuil, 1984, p. 296.

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C’est du Zola ! 

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Émile Zola, La lecture : Émile Zola et ses enfants, 1894-1902, tirage moderne jet d'encre d'après le négatif original © Ministère de la Culture/MPP/Grand Palais-RMN

L’une des plus belles expositions de ce printemps était consacrée aux photographies d’Émile Zola. L’écrivain se découvre cette passion tardive en même temps que le bonheur familial, et ses clichés témoignent de la vie d’un bourgeois heureux et amoureux, loin des bas-fonds sordides dépeints au fil de ses romans


Émile Zola (1840-1902) eut deux enfants, Denise et Jacques, d’une jeune femme qu’Alexandrine, son épouse, fit entrer à leur service comme lingère au printemps 1888, et dont il tomba éperdument amoureux. Il avait alors 48 ans et traversait une crise dont il avait confessé l’ampleur l’année précédente, dans ses travaux préparatoires au Rêve, seizième roman du cycle des Rougon-Macquart : « Moi, le travail, la littérature qui a mangé ma vie, et le bouleversement, la crise, le besoin d’être aimé. Après toutes les recherches, il n’y a que la femme. C’est l’aveu. Des sanglots, une vie manquée. La vieillesse qui arrive, plus d’amour possible, le corps qui s’en va. » Lui que l’on accusa, avec une violence inouïe, d’avoir « méconnu l’idéal des hommes » (Anatole France), d’avoir pataugé dans la boue des cœurs et suffoqué dans la touffeur de la nature humaine avec un pessimisme complaisant, trouva en Jeanne Rozerot la plus belle des consolations, la femme adorée à qui il ne cessa d’envoyer, lorsqu’il était loin d’elle – et il le fut souvent – toutes ses pensées, « tout son sang » et « toute son âme ».

La photographie, une révélation tardive

L’année de sa rencontre avec Jeanne, Zola découvrit la photographie lors d’un séjour à Royan, chez des amis qui l’initièrent à ce qui allait devenir son violon d’Ingres, selon ses propres mots. Il était né en 1840, un an après le premier daguerréotype, mais ne se consacra à cette fabuleuse nouveauté qu’à partir de 1894, l’année qui suivit la parution du Docteur Pascal, dernier volume de sa saga naturaliste. Denise avait cinq ans, Jacques trois ans, et lui, le grand romancier, le monument, futur auteur du puissant J’accuse… ! qui mourrait en 1902 asphyxié par les émanations toxiques de sa cheminée, rêvait de vivre encore vingt ans pour voir grandir ses enfants et chérir leur mère (Lettres à Jeanne, 31 décembre 1893). Pendant les huit dernières années de sa vie, il se passionna pour la photo, en amateur doué pour la chimie, le mouvement et la lumière, en artiste doué pour le réel et sa présence, en homme doué pour la vie, une vie « grande » et « bonne », « quoiqu’elle paraisse affreuse » (Le Docteur Pascal), qu’il eut l’admirable force et la joie souvent douloureuse de « vivre tout haut » (Mes Haines). Cette autre façon de saisir les choses et les êtres lui permit de fixer sur papier citrate les pages d’amour qu’il n’avait pas encore écrites, de cette façon du moins, dans ses romans.

Une centaine de photographies d’Émile Zola est actuellement exposée à l’Espace Richaud, ancien hôpital royal de Versailles. Sur ces images préemptées par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie lors de la vente publique de 2017 (2 000 négatifs en tout), pas de Gervaise, de Tante Dide, de Père Fouan ni de Nana, pas de Chanteau hurlant que la goutte lui racle les os avec une scie, de fidèle cuisinière pendue aux cordons de son tablier, de mari agonisant dans des jupes qui exhalent un peu de l’épouse défunte, de Minouche indifférente à la noyade de ses ventrées de chatons, ni de médecin impuissant déclarant « on naît pour souffrir, à quoi bon s’en émouvoir ». Pas de personnages sortis des bas-fonds de la société, des bouges sordides de l’âme ou des malheureuses impasses du cœur, mais des êtres chers, bien mis et soignés, robes ceinturées, costumes élégants, chapeaux, souliers et bottines – Jeanne, les enfants, Alexandrine, les amis, les domestiques, le chien Pinpin – saisis par un œil attentif, tendre et protecteur, celui du mari, de l’amant, du père, de l’ami et du maître. Avec la photographie, Émile Zola referma le catalogue des maux et des tares étalés jusqu’à l’écœurement, pour ouvrir l’album des regards aimants, des gestes caressants et des doux détails qui consolent du malheur de l’existence. Une balade à bicyclette dans les Yvelines, près des Mureaux, des barques en bord de Seine, des promenades impressionnistes à Paris ou à la campagne, les épaules nues de Jeanne, Alexandrine lisant ou jouant avec ses chiens, les bulles de savon de Denise et de Jacques, leurs jeux complices autour d’une poupée, d’un chaton ou d’un petit lapin, leurs courses effrénées, main dans la main, dans le jardin de Verneuil, près de Médan, les cabrioles de Pinpin. Les photos d’֤Émile Zola, ce n’est pas franchement du Zola.

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L’œil du père, du mari, de l’homme amoureux

Sur l’un des albums qu’il constitua en 1897 et qu’il dédia à Jeanne Rozerot, on lit : « Denise et Jacques. Histoire vraie. » La vérité de la vie n’est pas seulement dans le visage de Nana putréfié par la petite vérole, avec son air de charnier, ses pustules et ses croûtes, ou dans celui de la fille d’Hélène (Une page d’amour), avec ses deux grands yeux de poupée morte et sa pâleur blême de femme jalouse. Elle est aussi dans le grain de beauté du dos de Jeanne, ses longs cheveux relevés en chignon qu’elle nattait le soir au coucher en « une tresse si tiède et qui sent[ait] si bon » (Lettres à Jeanne), son cou orné du collier aux sept perles que Zola lui offrit et qu’elle portera au-delà de la vie, dans les sourires de Denise et de Jacques – Jacques imitant son père, l’appareil photographique à la main, Denise lui passant les bras au cou lors de bien belles séances de lecture. Cette histoire vraie, elle est enfin sur le visage d’Émile Zola lui-même, qui se photographiait grâce à un déclencheur pneumatique de son invention. Visage sérieux et grave, beauté des rides de l’homme aimé, mais regard soucieux du précaire équilibre familial qu’il travailla à conserver, au prix d’un chagrin infini, pour que tout le monde autour de lui soit un peu heureux. Sa Pauline de La Joie de vivre (1884) s’était déjà posé la question : « Était-ce possible qu’on mentît à son cœur, qu’on cessât d’aimer un jour, après avoir aimé ? » Avec l’amour de Jeanne et des enfants d’un côté, et l’attachement à Alexandrine de l’autre, le cœur renaissant de Zola étouffait. Décidé à jouer le rôle de l’homme satisfait pour préserver le bonheur de tous excepté le sien, il prit souvent sa longue-vue pour apercevoir, depuis sa maison de Médan, ses « trois beaux mignons » dans leur jardin du village voisin. « Cette nuit, je pensais que je voudrais avoir une photographie de vous trois, à cette fenêtre, où vous m’apparaissez de si loin. Je trouve cette apparition si douce, que je voudrais en perpétuer le souvenir dans une image. Il faut que j’aie votre portrait à tous les trois, à cette fenêtre lointaine, où tant de fois je vous ai guettés. » (Lettre à Jeanne, 13 juillet 1893). Le « sale monde » (Nana) zolien cède, côté jardin, aux douces images d’Émile Zola.

Émile Zola, Sur une allée du parc Monceau : promeneuse sous un parapluie, 1894-1902 © Ministère de la Culture/MPP/Grand Palais-RMN

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Loin du manifeste, une tendresse silencieuse

« Zola photographe » est sans doute l’une des plus belles expositions de photos de ce printemps, avec la rétrospective Robert Doisneau (« Instants donnés ») au musée Maillol et les fresques de Sebastião Salgado aux Franciscaines de Deauville. Non pas que Zola soit un grand photographe mais, comme l’a si joliment écrit Michel Tournier dans son Crépuscule des masques, « il contemple, il aime, s’enchante de visages et photographie avec le cœur », pour retenir un peu de ce dont il fut privé – une vie de famille. On est loin des manifestes pixelisés courageusement engagés contre le racisme, la colonisation et la pollution, prêts à tout pour essayer de faire du Zola avec les pauvres moyens du bord – préjugés, conformisme et fragilité du monde – ou pour imprimer à la pelle des J’accuse subventionnés sur papier glacé. Qu’il est bon de regarder des images qui n’interrogent et ne dénoncent rien, qui n’incitent à aucune rédemption minute et n’invitent à aucune expérience onirico-holistique masturbatoire.

À l’époque de Zola, il y a cent trente ans, la photographie était toute une histoire : une technique laborieuse et un long récit. Le matériel était lourd, encombrant, le temps de pose et le développement fastidieux. Mais l’image racontait quelque chose. On prenait une photographie comme on prenait un peu de présent, pour le fixer et faire parler après lui la mémoire et le cœur. Nous vivons aujourd’hui dans un monde saturé d’images. Nous passons notre temps à tout photographier : un ticket de caisse comme preuve d’achat, une voiture mal garée comme preuve d’infraction, soi-même avec des amis comme certificat ès sympathie. Avec l’intelligence artificielle, la photo peut même reproduire à l’infini ce qui n’a pas eu lieu une seule fois et attester de ce qui n’a jamais existé, contrairement à ce que répète en boucle Roland Barthes dans sa Chambre claire (1980) : non pas « ça a été et ça ne sera plus jamais », mais ça n’a pas été et ça sera encore. Abreuvé d’images, photographes inépuisables mais inutiles de nos vies sans histoire, sans mémoire et sans cœur à force de vouloir tout retenir et de ne rien choisir parmi les moments qu’il nous est donné de vivre, nous nous éloignons de Zola photographe. Lui attendait de l’image qu’elle comble un peu la douloureuse béance de l’absence. Nous attendons – peut-être – secrètement des nôtres qu’elles ne viennent plus encombrer la plénitude de notre présence au monde.

À voir

« Zola photographe », Espace Richaud, 78, boulevard de la Reine, 78000 Versailles, jusqu’au 20 avril 2025.

« Robert Doisneau : instants Donnés », musée Maillol, 59-61, rue de Grenelle, 75007 Paris, du 17 avril au 12 octobre 2025.

« Sebastião Salgado, collection de la MEP », Les Franciscaines, 145b, avenue de la République, 14800 Deauville, jusqu’au 1er juin 2025.

Maison Zola, 26, rue Pasteur, 78670 Médan.

À lire

Émile Zola, Lettres à Jeanne Rozerot (1892-1902), Gallimard, 2004.

Michel Tournier, Le Crépuscule des masques, Hoëbeke, 1992.

Lettres à Jeanne Rozerot: (1892-1902)

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La mouche de Lacoche

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© D.R.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Récemment. Un dimanche de printemps. Il faisait beau et doux. Ma sauvageonne, plus ébouriffée que jamais, avait, me dit-elle, des fourmis dans ses jolies jambes. « Je m’ennuie, vieux Yak ! (N.D.A. : il lui arrive de m’appeler ainsi ; elle a dix ans de moins que moi) », me prévient-elle, de sa voix tonitruante et bien timbrée de fille de gendarme et de petite-fille de commandant de gendarmerie. « Il fait beau, si beau ! Bougeons, je t’en prie ! Tu ne vas pas encore rester à lire sur le lit par un temps pareil. Allons voir ma copine Corinne, à Albert. C’est le Printemps du Département. Il y a des visites guidées un peu partout ; elle a quelques idées. »

Que peut-on refuser à une jolie femme, surtout quand elle exhibe une sensualité irrésistible, le corps moulé dans une adorable robe légère, très légère ? OK ; emballé ; vendu ! Direction l’aéroport Henry-Potez, d’Amiens, situé à Méaulte, près d’Albert. Les portes sont ouvertes ; une visite, autorisée ; une exposition et Corinne nous attendent sur place. Une bonne occasion de découvrir ; je suis souvent passé devant ce sacré aéroport mais n’y ai jamais mis les pieds. Corinne est déjà sur zone. Retrouvailles amicales et chaleureuses. On entre ; on flâne ; on baguenaude, attentifs aux panneaux explicatifs et aux maquettes d’avions. C’est passionnant. Les filles papotent, bavardes comme à leur habitude ; je suis un peu à la traîne. Soudain, mon attention est attirée par une mouche, une grosse mouche aux ailes bleutées. Elle s’est posée contre la vitre qui donne sur la piste d’atterrissage ou de décollage (comme tu voudras, lecteur ; mais tout de même : le décollage est synonyme de fête, d’évasion imminente, de nuages de type Lucy dans le ciel avec des diamants ; l’atterrissage, signifie le retour à la raison, à la vie terrestre, banale, difficile, soucieuse comme un lama qui fait la gueule ; ce ne sont pas Baudelaire, Rimbaud, de Quincey, Ginsberg, Brian Jones et Keith Richards qui me contrediront !). Je la contemple ; elle m’observe à son tour de ses yeux globuleux et gainsbouriens. À quoi pense-t-elle, la bestiole ? Je la soupçonne d’être jalouse, elle avec ses petites ailes ; jalouse des grandes ailes des avions qu’elle aperçoit sur la piste d’atterrissage et/ou de décollage.

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On quitte l’aéroport et Méaulte. Arrivée à Albert. On se promène dans la ville. On passe devant la boulangerie Watteau. Une affiche attire mon attention : « La Watteau d’or. Une fois par semaine, Un Watteau d’Or se glisse dans l’une de nos fabrications. Vous le trouvez, vous gagnez une baguette par jour pendant un mois. » Je trouve ça épatant ; la fève et l’Épiphanie quotidiennes. L’Albertin ne manque pas d’imagination. Un peu plus loin, on croise dans la rue un chat qui a l’air comme chez lui. Dans une vitrine, une autre affichette explique qu’il se nomme Pirate, qu’il a été adopté par les commerçants, qu’il a à boire, à manger. Les commerçants albertins aiment les animaux.

On arrive au Musée des Abris consacré à la Grande Guerre. Passionnant ; terriblement émouvant. Des objets, nombreux ; là un fusil ; ici, une mitraillette. Des casques, troués, souvent, par les éclats d’obus. Des photos de combattants. Noël Whittles, né en 1890 à Cheshire ; décédé à Manchester, en 1944 ; blessé au bras gauche à Mont Kemmel ; une citation de la Military Cross : lors d’un bombardement, il a mis ses hommes à l’abri, puis rassembla ses soldats et reparti à l’assaut ; son fils, Graham servit dans les commandos britanniques et fut tué en Normandie le 14 juillet 1944 ; il avait 20 ans ; deux braves. Un peu plus loin, Antoine Herlem, tué à l’ennemi le 28 juillet 1916, près de Maurepas. Marius Aymé (1888-1976), capitaine du 28e bataillon de chasseurs alpins ; le 12 septembre 1916, il participe à la prise de Bouchavesnes ; ses hommes et lui prennent une tranchée ennemie et un soldat allemand qu’ils croient morts ; ce dernier ouvre le feu et blesse grièvement le capitaine au fémur. Des braves ; rien que des braves. Des destins fracassés par l’horreur de la guerre. En sortant du musée, j’écris sur le livre d’or, un petit hommage à mon grand-père Alfred qui combattit notamment à Bouchavesnes et à Maurepas où il fut blessé par un éclat d’obus.

Dehors, il faisait toujours doux et beau. Les filles me dirent que j’avais l’air songeur. Elles n’avaient pas tort.