Accueil Site Page 223

Israël: servir le Roi ou le royaume?

Ronen Bar, le chef du service de renseignement intérieur, a été limogé par M. Nétanyahou pour « manque de confiance », une décision suspendue par la Cour suprême. Il a répliqué en transmettant deux lettres (une publique, une confidentielle) accusant le Premier ministre d’atteintes graves à l’État de droit. L’affaire révèle une société israélienne profondément divisée, où les institutions censées rester neutres sont de plus en plus politisées.


La crise politique israélienne a franchi un nouveau seuil avec l’affrontement désormais ouvert entre le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le chef du Shin Bet, Ronen Bar. La Cour suprême a accordé à Netanyahou un délai supplémentaire, jusqu’au 27 avril 2025, pour répondre à un affidavit[1] explosif de 31 pages (une partie rendue publique, et une autre classifiée) remis par M. Bar, dans lequel ce dernier accuse le chef du gouvernement israélien d’avoir tenté de l’instrumentaliser à des fins personnelles et politiques. Ce nouvel épisode s’inscrit dans une série de tensions croissantes entre les pouvoirs exécutif, judiciaire et sécuritaire, mettant en péril les équilibres institutionnels de l’État hébreu.

Falsifications

Dans sa déclaration sous serment déposée le 21 avril, Ronen Bar accuse Netanyahou de lui avoir demandé à plusieurs reprises de violer l’indépendance de ses fonctions. Trois éléments majeurs ressortent. D’abord, la surveillance illégale : Netanyahou aurait exigé que le Shin Bet[2] place sous surveillance des figures de la société civile, notamment des organisateurs et soutiens financiers du mouvement de protestation contre sa réforme judiciaire. Il convient de rappeler que, si le mandat du Shin Bet inclut bien la lutte contre la subversion et l’insurrection, des critères stricts ont été définis et validés par la justice pour distinguer la contestation, même radicale ou violente, des agissements sortant du cadre légal. Selon M. Bar, les personnes ciblées ne répondaient pas à ces critères.

Ensuite, Bar affirme que le Premier ministre a tenté d’obtenir un avis sécuritaire falsifié afin d’éviter de comparaître dans son procès pour corruption, en invoquant des risques pour la sécurité nationale. Enfin, il dénonce une exigence de loyauté personnelle inconditionnelle, y compris au mépris des décisions de la Cour suprême, exigence qu’il a refusée. Ces révélations, qualifiées de « mensongères » et de « fabrications politiques » par le bureau de M. Netanyahou, ont provoqué un véritable séisme au sein des cercles politiques et sécuritaires.

En mars 2025, Netanyahou annonçait son intention de révoquer Ronen Bar, invoquant une « perte de confiance », dans un contexte marqué par le lourd bilan de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, au cours de laquelle plus de 1 200 personnes ont été tuées. Bar avait reconnu une part de responsabilité, tout en soulignant que les alertes émises par ses services avaient été ignorées à d’autres niveaux de l’exécutif.

Particularité israélienne : pas de constitution écrite !

La conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, s’est opposée à cette révocation, estimant qu’elle n’était fondée sur aucun motif professionnel objectif mais motivée par des considérations politiques. Elle a saisi la Cour suprême, qui a suspendu la décision dans l’attente d’un examen approfondi. Déjà en désaccord avec le gouvernement sur d’autres dossiers sensibles, Mme Baharav-Miara apparaît ici comme le dernier rempart juridique contre un possible arbitraire de l’exécutif.

Pour comprendre pleinement l’enjeu, il convient de s’arrêter sur le rôle constitutionnel de la conseillère juridique du gouvernement, bien plus large que ne le laisse supposer son titre.

A lire aussi, du même auteur: Nétanyahou : ni juges ni Hamas

Dans les démocraties contemporaines, rares sont les systèmes dans lesquels une seule figure concentre à la fois les fonctions de conseillère juridique de l’exécutif, de cheffe du ministère public, et de représentante de l’intérêt général devant la Cour suprême. C’est pourtant le cas en Israël, où la conseillère juridique du gouvernement incarne un contre-pouvoir à la fois redouté, contesté et essentiel.

Le cœur du paradoxe israélien réside dans cette concentration de prérogatives : là où la plupart des régimes occidentaux séparent les fonctions de procureur général, de conseiller juridique et d’avocat de l’État, Israël a, dès ses premières décennies, choisi de les fusionner. L’objectif initial était d’assurer la cohérence de l’action de l’État, d’éviter les conflits de compétences et de garantir une lecture uniforme du droit. Mais ce modèle a fait de la conseillère juridique une gardienne du régime démocratique, dotée d’un pouvoir d’obstruction significatif face aux dérives de l’exécutif.

Son autorité ne repose pas sur une loi fondamentale spécifique, mais sur la jurisprudence, les usages administratifs, et une tradition issue du droit anglo-saxon. Ses avis sont contraignants tant qu’ils ne sont pas annulés par la Cour suprême, ce qui arrive. Elle peut refuser de défendre certaines décisions, présenter devant le juge une position indépendante, voire s’opposer à des nominations ou projets de loi jugés contraires aux fondements de l’État de droit.

Cette architecture institutionnelle singulière ne va pas sans controverses. Certains y voient une dérive technocratique, une captation du pouvoir démocratique par une élite juridique non élue. D’autres, au contraire, y reconnaissent le dernier garant de l’équilibre des pouvoirs dans un État où l’exécutif tend à se déployer sans contrepartie institutionnelle suffisante.

C’est à cette lumière qu’il faut analyser la tentative de limogeage de Ronen Bar. L’affaire met en tension deux logiques irréconciliables : celle de la sécurité nationale, qui exige efficacité et unité de commandement, et celle de l’intégrité institutionnelle, qui repose sur l’indépendance des organes de sécurité. En refusant d’obéir à des ordres politiquement orientés, M. Bar s’est érigé en défenseur de la déontologie du renseignement, mais aussi en symbole d’une résistance administrative à la personnalisation du pouvoir.

La Cour suprême, souvent critiquée mais toujours centrale dans l’architecture démocratique israélienne, se retrouve une fois de plus en position d’arbitre. Sa décision, attendue pour le 27 avril, dira dans quelle mesure et dans quelles limites le pouvoir judiciaire est encore en mesure d’imposer des freins à un exécutif fort de son soutien parlementaire.


[1] Déclaration sous serment NDLR

[2] Renseignements intérieurs israéliens NDLR

François face à la complexité du monde

La fraternité jusqu’à l’aveuglement ? Concernant la Chine, Israël ou l’islam, derrière les apparences, le Pape François n’ignorait en réalité rien des contraintes de la realpolotik.


Pour les chrétiens, le dimanche de Pâques est le jour de la résurrection du Christ, autrement dit  l’anniversaire de l’événement fondateur  du christianisme. C’est le jour le plus important du calendrier, où Noël n’est arrivé que quelques siècles plus tard. Le Pape François, épuisé depuis sa sortie de l’hôpital  a écrit la bénédiction Urbi et Orbi, n’a pas pu la prononcer lui-même, mais  est allé à la rencontre de la foule. Le  lendemain matin, il était mort. J’ai pensé à une étude américaine sur les décès des personnes âgées juives autour de la Pâque. Les jours qui précédaient la fête, les décès étaient plus rares que les jours qui la suivaient, comme si des malades qui tenaient à vivre cet événement en famille lâchaient prise après…

François avait fait jusqu’au bout  son travail de Pape, en accord avec des principes d’une exigence extrême. Ce n’était pas pour rien que le jésuite Bergoglio avait pris un prénom que nul Pape ne s’était avisé de choisir: celui de l’apôtre des pauvres, de l’amour universel envers les créatures, hommes ou bêtes qui peuplent la nature divine et accessoirement le précurseur du dialogue avec l’islam par sa rencontre avec le Sultan d’Egypte au cours de la cinquième croisade. 

Le Pape François a suivi avec une extraordinaire détermination l’exemple de François d’Assise, qui lui-même s’alignait sur le Sermon sur la Montagne tiré de l’Evangile de Mathieu, éloge de la préférence envers les pauvres  et les opprimés.

Ironie du destin,  ce fut un Américain, catholique fervent depuis son récent baptême, aussi strict que lui sur l’avortement et sur la fin de vie, mais opposé quant au reste,  qui fut un de ses derniers interlocuteurs: J.D. Vance, vice-président d’un Donald Trump que François avait vertement critiqué lors de son premier mandat.

Enfin dans l’homélie de cette journée historique, un détail insolite: l’inquiétude  du Pape sur la montée de l’antisémitisme.

Lorsque le cardinal Bergoglio est devenu François, tous les indicateurs étaient au vert dans les communautés juives. J’ai eu l’occasion, après son élection, d’être reçu au sein d’une délégation juive d’Amérique du Sud, surtout des Argentins, et j’ai été frappé par la cordialité de leurs relations. Le discours du Pape était plein d’angoisse. Parlant des chrétiens d’Orient,  il nous prit à témoins: « Parce que vous êtes Juifs, vous, vous pouvez comprendre mieux que les autres que ce qui se passe là-bas, c’est un génocide ! ». J’ai trouvé le terme inapproprié au regard de ce que je savais, mais je n’ai pas pris la parole.

La suite l’a confirmé.

On dit que le Pape François a parlé d’un génocide possible à Gaza  dans un livre d’entretien de novembre 2024. Mais il l’avait utilisé auparavant. En novembre 2023, des familles palestiniennes reçues au Vatican ont déclaré qu’il avait parlé de génocide. Si j’en crois mon expérience personnelle  le Pape François utilise ce mot de façon laxiste, en fonction de son ressenti moral; et non de critères juridiques. Si la Cour Internationale de Justice n’a pas statué, un observateur impartial sait qu’il n’y a pas à Gaza les critères d’un génocide dans lesquelles l’intentionnalité est fondamentale. Ce terme est une arme, extrêmement efficace, dans une guerre des mots menée contre Israël. Le Pape en a été malheureusement un transmetteur.

Gabriel Romanellin curé de Gaza

Depuis le 7 octobre 2023, très nombreuses ont été les références du Pape François au drame que vivent  les Gazaouis.  Tous  les soirs, jusqu’à la veille de sa mort  il s’entretenait avec le curé  de la minuscule communauté chrétienne de Gaza, le père Gabriel Romanelli, un Argentin comme lui. Beaucoup de personnes proches du Pape François témoignent aujourd’hui de la profondeur affective qu’il pouvait mettre dans ces relations humaines. C’est ce qui s’est passé avec Gaza, source personnelle d’émotions  et de colère. Il a reçu des familles d’otages israéliens, il a réclamé leur libération, mais il n’a pas créé avec eux les mêmes liens. De même; sans qu’il les ait négligés dans ses discours, je ne vois pas, en dehors évidemment des réfugies, qui ont été le fil conducteur de son pontificat, qu’il se soit mobilisé émotionnellement avec la même intensité  pour d’autres lieux de la planète où des hommes et des femmes, chrétiens ou non, étaient persécutés: il a gardé des relations courtoises avec les dirigeants iraniens, sans fulminer contre les crimes contre l’humanité qu’ils produisent en cascade, Et pourtant, il avait vu dans sa  jeunesse les ayatollahs à l’œuvre dans les attentats contre l’AMIA…

La cérémonie du 30ᵉ anniversaire de l’attentat de l’AMIA, le 18 juillet 2024 à Buenos Aires © Esteban Osorio/Sipa USA/SIPA

En ce qui concerne le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, notoirement un homme du KGB, avec lequel il avait eu en 2016 une rencontre historique sur…. l’aéroport de La Havane,  les relations se sont dégradées car le Pape a manifesté son soutien à l’Ukraine, même s’il n’a jamais, même à Boucha, désigné la responsabilité russe. Avec la Chine il a signé un accord qui laisse  au gouvernement le contrôle sur l’Église catholique chinoise. François n’ignorait pas entièrement les contraintes de la Realpolotik.

C’est dans cet espace entre volonté de paix et exigences de la diplomatie qu’il faut analyser ses relations avec l’islam, indiscutablement un marqueur de son pontificat, comme les relations avec les Juifs l’avaient été au temps de Jean Paul II.

Le Pape François a systématiquement réagi aux attentats islamistes qui ont parsemé son pontificat par la compassion envers les victimes, la condamnation du terrorisme au nom de Dieu et l’appel à ne pas associer l’islam à la violence. Ces réactions traduisent la volonté  -admirable- de ne pas essentialiser l’ennemi, mais la crainte de  stigmatiser et la recherche d’équilibre ont parfois conduit loin dans l’occultation des responsabilités.

Sur la place Saint Pierre,  dimanche 8 octobre 2023, le Pape François fait état de son appréhension et de sa  tristesse; il prie pour ceux qui ont vécu ou vivent encore des moments de terreur et d’angoisse. Il conclut que le terrorisme n’est pas une solution et que la guerre est toujours une défaite. Il ne prononce pas, et ne prononcera pratiquement jamais, le mot « Hamas ».

En novembre 2023, il a reçu des familles d’otages israéliennes, et dans la soirée  des familles de prisonniers palestiniens en Israël. A l’issue de ces deux rencontres, dont le parallélisme avait choqué les amis d’Israël, il a déclaré «Là, ce n’est plus la guerre, c’est du terrorisme»,  sans préciser s’il parlait des massacres du 7-Octobre ou, comme la plupart l’ont compris, de la réaction israélienne. 

A aucune de ses invocations du malheur des Gazaouis il ne faisait allusion aux terroristes du 7-Octobre et à leur chantage sur les otages: un seul responsable apparaissait en filigrane, Israël. De cette époque date le désamour entre le Pape François et les Juifs. 

De passage pour un enterrement, j’ai ressenti la profonde déception de la communauté juive romaine, celle qui avait été au premier rang des initiatives de Jean Paul II. 

Toute sa vie cependant, le Pape François a témoigné que les acquis de Nostra Aetate étaient irréversibles, que l’antisémitisme était une tare dont l’Eglise s’était enfin débarrassée et qu’il n’était pas question de la réalimenter. Il n’y a pas à douter de cet engagement. Son rôle a été déterminant pour rendre accessible aux chercheurs l’ensemble des archives du pontificat de Pie XII, archives qui confirment ce que la plupart pressentaient et que certains cherchaient  à édulcorer, que le Vatican était parfaitement au courant de l’extermination des Juifs. Mais tout se passe comme si cet engagement indiscutable l’avait rendu partiellement aveugle et sourd aux dérives de l’israélophobie et aux sous-entendus de l’islamisme.  Il est significatif que sa dernière homélie se soit inquiétée de la montée de l’antisémitisme, mais n’ait pas remis en cause l’idéologie qui l’alimentait.

En mai 2014 le Pape François a effectué un voyage en Israël. Plus exactement, il a effectué un pèlerinage en Terre Sainte au cinquantième anniversaire de la rencontre entre  Paul VI et le patriarche orthodoxe Athénagoras. A Bethléem il  posa ses mains sur le mur de séparation construit par les Israéliens dans le contexte de violences intenses au cours de la Seconde Intifada, un geste qui reflétait l’engagement du Pape François en faveur des opprimés mais qui suscita un malaise que ni sa visite à Yad Vashem, ni sa présence sur la tombe de Herzl ne parvinrent à dissiper.

Fratelli Tutti

La grande cause du pontificat du Pape François a été celle de la fraternité humaine dont témoigne l’encyclique Fratelli Tutti, publiée en 2020 le jour de la fête  de François d’Assise. 

Peut-être parce qu’il considérait que le rétablissement des liens avec les Juifs était une histoire acquise, plus certainement  parce que les liens avec les musulmans, tellement plus nombreux que les Juifs, lui parurent la clef d’une coexistence harmonieuse, le Pape a cherché à établir avec l’islam des liens qu’aucun autre pontife n’avait développés de façon aussi spectaculaire et persévérante.

Son interlocuteur sunnite, Ahmed Al-Tayeb, grand imam de la mosquée Al-Azhar au Caire, a réagi à la mort du Pape François en l’appelant son frère en humanité. Ensemble ils ont signé à Abu Dhabi un «Document sur la fraternité humaine» dans lequel il est écrit que «La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer». Aussi louable soit-elle, cette phrase est malheureusement une illusion. Aujourd’hui la foi sert  souvent à tuer sans ressentir de remords. Au demeurant, Ahmed Al-Tayeb qui a défendu l’autonomie de Al Azhar contre les Frères Musulmans, qui a approuvé la destitution de Mohamed Morsi en 2013 et qui se dit partisan d’un islam modéré, non politique, voire un peu soufi, a accueilli avec enthousiasme les massacres du 7-Octobre. Sa fraternité de croyant ne s’étend pas aux victimes de ce jour-là. Il a écrit sur le fait que  l’expropriation des Palestiniens était le crime des crimes de l’humanité. Et il réserve sa compassion aux Gazaouis sans s’interroger sur la responsabilité du Hamas dans la guerre.

Il en est de même pour Mahmoud Abbas en Cisjordanie qui cherche un peu de légitimité interne dans un discours  antisémite classique et qui réserve à usage externe ses  déclarations pacifiques. 

Comme d’autres qui ne partageaient pas ses objectifs religieux, le Pape François a fait des Palestiniens le paradigme des victimes. Cela est  faux au regard de l’histoire qui révèle que le palestinisme a été grandement une fabrication idéologique destinée à servir les menées  du nationalisme arabe, puis du soviétisme et enfin de l’islamisme. 

Les objectifs  du Pape François étaient différents, aussi spirituellement admirables qu’humainement irréalistes. Ils étaient ceux de la paix à tout prix et du souci prioritaires envers les déshérités. Ce sont là des idées qui parcourent l’histoire du christianisme et qui ont été habituellement tenues à l’écart par les hiérarchies qui se sentaient plus confortables avec la notion de guerre juste, définie entre autres par Thomas d’Aquin. 

Il est vrai que le Pape François lui-même a déclaré le 11 octobre 2023 qu’Israël avait le droit de se défendre, ce qui nous parait la moindre des choses, mais ne l’était peut-être pas pour un pacifiste absolu. Il a cependant assorti ce droit d’exigences de proportionnalité et de précautions  dont  le respect strict aurait lié les mains aux Israéliens.

Au cours de l’histoire, les Juifs ont beaucoup donné en tant que victimes innocentes. Ils en ont même tiré la doctrine du Kidoush Hachem, d’acceptation du martyre sans résister et  sans  profaner le nom divin. Le sionisme a imposé  une autre perspective, celle de la défense pour se maintenir en vie. Aujourd’hui les Israéliens font face à ceux qui tiennent un troisième narratif, celui où les récompenses divines proviendront de la capacité à exterminer les ennemis, qualifiés d’ennemis de Dieu.

Les partisans de la paix ne doivent pas vivre dans le déni. Le bien n’est pas forcément contagieux et certaines guerres sont nécessaires. L’illusion pacifique a abouti avec le nazisme à la catastrophe que l’on sait et il en sera de même avec l’idéologie véhiculée par le Hamas et ses acolytes si rien n’est fait pour l’arrêter.

Bruxelles, ville «antifasciste» de plus en plus antisémite

Depuis mardi, la capitale belge ne se contente plus de ses gaufres et de son Manneken-Pis pour briller, elle affiche aussi fièrement et officiellement ses valeurs de tolérance…


Il fallait les voir, fiers et valeureux, les élus socialistes, écologistes, libéraux et leur suite au moment d’adopter à l’unanimité, durant le conseil communal, une motion faisant officiellement de Bruxelles une « ville antifasciste ». Évidemment, ça ne veut rien dire, ça ne sert qu’à renforcer les égos de quelques résistants de salon, ça n’aura aucun impact car il ne reste plus beaucoup de « fascistes » au sens historique du terme. 

Antisionisme, vous disiez ?

Pendant ce temps-là, Bruxelles continue d’être gangrenée par l’antisémitisme. Les pavés de la Mémoire, honorant le souvenir de victimes du nazisme, ont été récemment tagués du mot de ralliement des islamo-gauchistes : « Gaza ». Après cela, il sera encore difficile pour les agités du drapeau palestinien de nous faire croire que leur antisionisme revendiqué n’est pas avant tout un antisémitisme.

A lire aussi: La Grande Librairie ou Le Grand Déballage?

Quelques jours plus tôt, des affiches dénonçant l’antisémitisme ont été arrachées, quelques minutes après leur apparition, à l’Université libre de Bruxelles (ULB), là même où l’extrême gauche toute-puissante sème la terreur depuis de nombreux mois. Sur l’une d’elles, on pouvait lire : « Ici, les juifs doivent cacher leur identité ». L’Union des étudiants juifs de Belgique, à l’origine de la campagne, a ainsi rappelé que certains de leurs coreligionnaires ont peur de se rendre sur le campus par crainte d’être agressés.

Antifascime : un combat d’arrière-garde

Ces incidents s’inscrivent dans une série d’actes, de propos, de dérapages antisémites de plus en plus fréquents à Bruxelles : présidente de parti qui partage une chanson appelant à tuer les fils de Sion sur ses réseaux sociaux, manifestations où pullulent des slogans nauséabonds (« Gloire à Sinwar », « From the river to the sea »…), professeur israélien menacé de se voir interdire une conférence… Selon un sondage, près d’un Bruxellois sur quatre ne se cache d’ailleurs pas au moment de témoigner son antisémitisme. 

A lire aussi, du même auteur: Le métro bruxellois, symbole du déclin de la capitale belge

Au lieu de se déclarer emphatiquement « ville antifasciste », Bruxelles n’eût-elle pas été inspirée de se revendiquer « ville anti-islamiste » ? Personne, en effet, n’est dupe : ce ne sont pas des groupuscules néo-nazis qui suscitent la terreur auprès de la population juive de la capitale belge, mais bien des islamistes qui ont désormais pignon sur rue et ne sont guère inquiétés par les responsables politiques tout heureux de trouver parmi eux une clientèle électorale qu’ils craignent de plus en plus. Les temps orwelliens se définissent souvent mieux par des oxymores : c’est ainsi que Bruxelles commence à devenir une « ville antifasciste antisémite ».

Perversions intellectuelles : une autopsie

Pourquoi les intellectuels se trompent : le titre du livre de Samuel Fitoussi est à lui seul un programme. Avec une plume acérée et une érudition accessible, l’essayiste interroge les raisons profondes pour lesquelles une partie du monde intellectuel, censé éclairer le jugement public, s’illustre régulièrement par des égarements spectaculaires. Avant de publier ce nouvel essai, Samuel Fitoussi avait signé en septembre 2023 le remarqué, Woke Fiction – Comment l’idéologie change nos films et nos séries (Le Cherche Midi)


Samuel Fitoussi est un chroniqueur souvent amusant, bien connu des lecteurs du Figaro, où il propose chaque semaine une chronique satirique et ironique sur l’actualité politique et sociale. Son style se caractérise notamment par l’usage de la fiction et de la parodie pour commenter nos événements contemporains.​

Ses sujets de prédilection incluent la politique française, les relations internationales, les débats sociétaux et les médias. Par exemple, il a imaginé dernièrement une lettre ouverte d’un fact-checker en colère après l’annonce de Mark Zuckerberg souhaitant renoncer à la vérification de l’information sur ses réseaux sociaux. Il a également proposé le 9 décembre 2024 un discours imaginaire d’Emmanuel Macron aux Français au lendemain de la censure du gouvernement de Michel Barnier, intitulé « Vous ne me méritez pas ».

Une parole sans conséquence : la spécificité de l’intellectuel

L’un des apports les plus intéressants de son ouvrage réside dans la relecture du rôle de l’intellectuel à travers le prisme de l’économie des idées. En mobilisant Thomas Sowell, Fitoussi rappelle que l’intellectuel n’a pas de « skin in the game » : ses erreurs ne lui coûtent rien, à la différence de l’entrepreneur ou de l’artisan. Cette déconnexion du réel expliquerait la facilité avec laquelle des figures aussi prestigieuses que Sartre, Foucault ou Beauvoir ont pu soutenir des régimes meurtriers. Ces errements idéologiques ne sont pas des accidents, mais des symptômes d’un système d’incitations déséquilibrées. « D’un côté, pour un intellectuel, le prix de l’erreur est faible puisqu’il ne subit pas personnellement les conséquences de ses mauvaises idées. De l’autre côté, le prix à payer s’il énonce une vérité peut être élevé dans le cas où celle-ci ne coïncide pas avec ce que les autres estiment être la vérité. »

À lire aussi, Didier Desrimais : Woke fiction, le cinéma français n’est pas épargné

L’intellectuel contre sa société : entre posture morale et distinction sociale

Fitoussi analyse longuement la fascination pour l’anti-occidentalisme comme une forme moderne de prestige moral. À la suite de Roger Scruton, il parle d’oikophobie, ce rejet systématique de sa propre culture, souvent au profit d’utopies lointaines. Steven Pinker complète cette analyse : dans la concurrence symbolique pour la reconnaissance, critiquer son propre camp serait devenu le meilleur raccourci pour briller. Quant au catastrophisme (immigration, climat…), il n’est plus une alerte, mais un marqueur de distinction.

Une indulgence asymétrique : les fautes de la gauche mieux tolérées ?

L’auteur avance par ailleurs l’idée que la critique intellectuelle française souffre d’une asymétrie morale : les erreurs de la gauche seraient perçues comme des dérives exceptionnelles, tandis que celles de la droite seraient vues comme des manifestations de son essence (on ira voir à ce titre la p. 111). Ce biais culturel rendrait certaines figures intouchables, malgré leurs égarements. Samuel Fitoussi y voit un fonctionnement en vase clos, où le regard des pairs prime sur la recherche de vérité.

Rétablir l’exigence intellectuelle

Mais loin de se limiter à une dénonciation, le livre plaide pour un redressement des exigences. Fitoussi rend hommage aux figures de lucidité qui inspirent ses réflexions : Raymond Aron, George Orwell, Jean-François Revel. Il ne s’agit pas d’être anti-intellectuel, mais de demander aux intellectuels de retrouver leur rôle critique, adossé à la confrontation avec le réel, plutôt qu’à la seule quête de reconnaissance.

À lire aussi, Entretien avec Samuel Fitoussi : «Le wokisme a profondément appauvri l’univers Disney!»

Un livre salutaire, mais à lire avec recul

Pourquoi les intellectuels se trompent est un essai stimulant, parfois provocateur, qui bouscule confortablement les certitudes du monde académique. Il pose les bonnes questions, même si certaines réponses gagneraient à être davantage nuancées.

En effet, l’ouvrage met l’accent sur la responsabilité individuelle des intellectuels dans la propagation d’idées erronées. Cependant, les médias, les maisons d’édition et les institutions académiques jouent également un rôle crucial dans la diffusion et la légitimation de ces idées. Une analyse plus complète inclurait ces acteurs pour comprendre comment certaines idées gagnent en influence malgré leurs failles. Tout ne repose pas sur les épaules des intellectuels. Une idée pour un prochain volume ?


Pourquoi les intellectuels se trompent, Samuel Fitoussi, éditions de l’Observatoire, 270 pages.

Pourquoi les intellectuels se trompent

Price: ---

0 used & new available from

Drapeaux en berne: la France en fait-elle trop?

0

La décision du gouvernement français d’autoriser samedi prochain la mise en berne des drapeaux pour la mort du Pape fait grincer quelques dents, des voix estimant que cela contrevient au principe de laïcité. Alors que les conservateurs et les croyants sont évidemment ravis… La France, souvent qualifiée de « fille aînée de l’Église », devrait-elle adopter une neutralité plus stricte envers toutes les religions, sans exception ?


Accusée d’être une « laïcarde » par des conservateurs, Elisabeth Lévy précise sa position. On n’est pas laïcard parce qu’on questionne les drapeaux en berne pour le Pape ! Oui : la laïcité est à géométrie parfois variable et c’est pour cela qu’il est intéressant d’en discuter sans s’écharper. Nous vous proposons d’écouter son intervention.


Les drapeaux seront en berne samedi à l’occasion des obsèques du Pape François et cela déplait à certains. Avait-on besoin de cette petite polémique ? Pourquoi « petite » ? J’en ai marre qu’on disqualifie toute discussion autour de sujets parfaitement légitimes et intéressants. Ce qui rend le débat public ennuyeux, c’est précisément qu’on prétende faire taire les divergences. Le conflit, c’est la vie et c’est l’esprit des Lumières.

La laïcité française en berne ?

La laïcité française est une singularité souvent mal comprise à l’étranger, un élément important de notre identité, donc un sujet de débat légitime – il n’y a rien de petit là-dedans. De plus, on le voit tous les jours, la laïcité est en débat permanent en France, donc sujet à interprétations.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Pourquoi le pape François a déçu

On n’est pas laïcard ou laïciste parce qu’on questionne l’opportunité des drapeaux en berne. Lors de la mort de Jean-Paul II, François Bayrou, fervent catholique, y était opposé. Je ne lui fais pas de procès : le Premier ministre a bien le droit d’avoir changé d’avis. Alexis Corbière (LFI) n’a pas insulté le Pape ni les catholiques : il trouve normal que le président de la République lui rende hommage, mais les drapeaux c’est un peu trop selon lui. Excusez-moi, mais je suis un peu d’accord.

« Je suis en total désaccord, car la laïcité a des principes. Il est normal que le chef de l’Etat ait rendu hommage au pape. Mais nous n’avons pas à marquer une forme de laïcité à géométrie variable, c’est-à-dire que quand une autorité religieuse meurt, on met des drapeaux en berne, mais on ne le fait pas pour d’autres cultes » a déclaré le député d’extrème gauche Alexis Corbière au micro de France info le 22 avril. DR.

De là à nier que la France est un pays de tradition et de culture catholique… Certainement pas !

Le christianisme – et le catholicisme  – est évidemment l’une des premières sources, sans doute la première, de notre identité. Le catholicisme irrigue l’art, les paysages et l’esprit français. Mais aussi probablement notre façon de manger, ou notre rapport à l’argent. Voilà pourquoi comme culture et pas comme culte, il doit avoir une certaine préséance dans notre pays. C’est par exemple bien normal qu’en France Pâques ou Noël soient fériés et pas Kippour ou l’Aïd. Cette reconnaissance de l’histoire me va très bien.

A lire aussi, éditorial: Une femme d’honneur

Mais un pays de tradition catholique n’est pas un pays catholique. Certains de mes amis catholiques regardent avec envie l’Amérique, son président qui jure sur la Bible et son actuel vice-président catho de choc J.D. Vance. Navrée, mais je préfère la séparation à la française qui est plus stricte. Entre Dieu et César, la partie n’est pas égale : s’agissant des affaires de la cité, c’est César qui décide. Et on a même le droit de se moquer de lui ! L’esprit de la laïcité (pas la loi), c’est tout de même une certaine discrétion. Dans l’espace public, on ne la ramène pas avec ses croyances. On ne prie pas au milieu de la rue. Souvenons-nous que quand de Gaulle allait à la messe en tant que président de la République, il ne communiait pas alors qu’il était pourtant également un fervent catholique.

Notre « petit » débat sur les drapeaux est intéressant car la laïcité n’est donc pas une science exacte. C’est une question de curseur. Les crèches dans les mairies ne me posent aucun problème (c’est une tradition, une culture, et je traiterais peut-être à mon tour de laïcards ceux qui semblent obsédés par leur présence chaque année). La mention de nos racines chrétiennes, c’est très bien. Mais les drapeaux, c’est l’expression de la France officielle. Et je ne vois vraiment pas pourquoi on les met en berne pour François, il n’y a aucune raison. D’autant plus que, comme chef d’Etat, François n’était pas un grand ami de la France.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio.

https://www.youtube.com/watch?v=8SYYxfcrnQY

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin

Hep là, retraité! T’as pas cent balles?

Impôts. Amélie de Montchalin a dit tout haut ce que la macronie pense et désire tout bas, selon Le Parisien. En envisageant de supprimer l’abattement de 10% dont bénéficient les séniors, le gouvernement pourrait lever un véritable « tabou ». Des cibles commodes, dénoncent de concert le RN et les Insoumis, qui n’excluent pas une censure du gouvernement si une telle piste d’économies continuait d’être étudiée.


« On ne peut pas indéfiniment mettre à contribution les actifs pour financer les nouvelles dépenses sociales liées au vieillissement1 » a déclaré Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, cherchant à justifier la possible suppression de l’abattement fiscal de 10% en faveur des séniors. « Pas question, se cabre Laurent Wauquiez, patron des députés LR, coupons d’abord dans les dépenses publiques,  notamment l’assistanat ». « C’est juste une piste, mais tout est ouvert », tempère-t-on dans l’entourage de la ministre devant la levée de boucliers. Fidèle à lui-même, le Premier ministre laisse dire et s’en remet aux partenaires sociaux…

L’imagination au pouvoir

Les génies de Bercy, de Matignon et les rescapés de la macronie encore au gouvernement et aux assemblées, radicalement réduits à la mendicité, seraient donc tout disposés à faire les poches de leurs aînés. La cible du jour, en effet, les retraités. En cause, l’abattement fiscal de 10% dont ils bénéficient depuis quelque chose comme un demi-siècle.

Ce seraient, nous assurent ces éminents comptables – la situation actuelle de nos finances suffit à elle seule à situer leur niveau de compétence en la matière – quatre milliards de recettes supplémentaires pour l’État.

Ah, la belle trouvaille ! En voilà une idée qu’elle est bonne, s’extasierait Coluche ! Taper sur les retraités : l’imagination au pouvoir, vous dis-je !

Au passage, on aimerait beaucoup savoir ce que c’est qu’un retraité dans l’esprit de ces gens. Madame la ministre du Budget, en première ligne sur ce coup tordu, a l’excuse de son relatif jeune âge, mais les autres, le Premier ministre par exemple…?

A lire aussi, Jean-Jacques Netter: Le mur des comptes

Là encore, comme si souvent, comme toujours, il semble bien que la réalité concrète du sujet leur échappe totalement. Car, avant d’avancer de formidables idées comme celle-ci, ne devraient-ils pas faire entrer dans leurs savants calculs certains paramètres que manifestement ils ignorent. Ou pire, méprisent.

Qui, dans une notable mesure, fait vivre le monde associatif à la française, si ce n’est – le plus souvent à bourse déliée – le retraité?

Qui, dans cette merveilleuse société où le chômage culmine plus haut qu’ailleurs et où l’entrée dans la vie active n’est pas qu’un fleuve tranquille, qui, disais-je, soutient financièrement enfants et petits-enfants, cela de plus en plus fréquemment jusqu’à l’âge adulte, ou davantage quand ce malin plaisir en vient à se prolonger?

Qui sont, en général, parmi les premiers contributeurs au financement des études de celles et ceux qui seront demain les cadres de la nation, constitueront les forces vives du pays?

Défaillances

Qui fait office de crèche, de garderie, d’agent de ramassage scolaire là où – pour changer un peu – les services de l’État et de la collectivité sont défaillants?

Qui, se trouvant dépositaire d’une part non négligeable du patrimoine bâti de nos villes, villages et campagnes en assure la préservation, la transmission, l’entretien, la charge et la responsabilité, faisant vivre ainsi tout un secteur économique, l’artisanat du cru en particulier?

Qui éprouve encore – mais jusqu’à quand ? – suffisamment d’attachement au pays, à la nation, à la République pour accomplir avec constance son devoir de citoyen en allant voter?

A lire aussi, Stéphane Germain: La guerre sans effort de guerre ?

Et qui – si on en venait malgré tout à taxer les cent balles de la mendicité gouvernementale, à piquer les 10% en question – qui ne se sentirait pas pour autant autorisé à aller foutre le bordel dans les quartiers et les rues, à saccager les banques et les commerces, à cogner à l’envi sur du flic et du gendarme, à incendier la médiathèque ou la Sécu? Oui qui?

À chacune de ses questions, une seule et même réponse : le retraité.

Alors il me semble que ces fichus 10% qu’on veut aller chercher dans sa poche, il les mérite amplement.

Il mérite surtout qu’on lui foute un peu la paix. Le président Pompidou disait avec une sagesse de fin lettré issu des campagnes profondes du  Cantal : « Il faut cesser d’emmerder les Français ». L’injonction vaut aussi et surtout, me semble-t-il, pour ceux que – avanie supplémentaire – ces messieurs-dames des ministères et autres économistes experts ont le front de qualifier « d’inactifs ».

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

  1. https://www.leparisien.fr/politique/amelie-de-montchalin-un-debat-est-lance-sur-le-financement-de-notre-modele-social-tout-est-sur-la-table-19-04-2025-64ADNJJFMVFJ5HYLEHB7X3DKI4.php ↩︎

Dérégulation des jeux en ligne aux États-Unis: un pari risqué

Depuis leur légalisation par une décision de la Cour suprême en 2018, les paris sportifs sont désormais permis dans une trentaine d’États. En quelques années, des États comme l’État de New York ont récolté des fortunes en recettes fiscales


Depuis 2018, les États-Unis connaissent une transformation en profondeur du secteur des jeux d’argent, à la faveur de la légalisation progressive des paris sportifs en ligne. Trente États ont aujourd’hui adopté des cadres légaux permettant à une industrie numérique puissante de s’implanter à grande échelle. Ce développement rapide ne s’est pas produit spontanément : il résulte d’un long processus, marqué par des débats juridiques, des luttes intenses de lobbying et des repositionnements d’acteurs historiques du jeu.

Le PASPA et le monopole du Nevada

Jusqu’à la fin des années 2010, les paris sportifs restaient en grande partie interdits sur le territoire américain, en vertu du Professional and Amateur Sports Protection Act (PASPA) de 1992. Si le Nevada (l’État des villes de Las Vegas et Reno) bénéficiait d’une exception légale, la majorité des joueurs passait par des plateformes offshore, hébergées dans des juridictions permissives. Ces sites, accessibles mais non régulés, représentaient un marché estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, sans contrôle étatique ni protection des consommateurs.

C’est l’État du New Jersey (l’État de la ville d’Atlantic City) qui, par un recours juridique lancé en 2011, finit par provoquer le basculement. Quelques années plus tard, le 14 mai 2018, la Cour suprême des États-Unis rend un arrêt (Murphy v. NCAA).

Dans l’affaire Murphy v. NCAA (anciennement Christie v. NCAA), l’État du New Jersey, représenté initialement par le gouverneur Chris Christie puis par son successeur Phil Murphy, cherchait à contourner le PASPA. Le New Jersey souhaitait revitaliser son industrie des jeux à Atlantic City en autorisant les paris sportifs, ce que contestèrent plusieurs ligues sportives professionnelles. La National Collegiate Athletic Association (NCAA), la National Football League (NFL), la Major League Baseball (MLB), la National Basketball Association (NBA) et la National Hockey League (NHL) craignaient que cette libéralisation ne nuise à l’intégrité des compétitions.

A lire aussi, du même auteur: Vencorex: les Chinois ont bon dos…

Le cœur du litige reposait sur une question constitutionnelle : le Congrès, en adoptant le PASPA, avait-il outrepassé ses pouvoirs en interdisant aux États de modifier leur propre législation sur les jeux ? Dans sa décision rendue à une majorité de six voix contre trois, la Cour suprême des États-Unis a donné raison au New Jersey. Le juge Samuel Alito, rédacteur de l’opinion majoritaire, a estimé qu’en « donnant des ordres directs aux législatures des États », le PASPA violait le dixième amendement de la Constitution. Cette décision n’a pas rendu les paris sportifs légaux au niveau national, mais elle a levé l’interdiction fédérale, permettant à chaque État de choisir d’autoriser ou non cette activité. Ce jugement n’impose pas la légalisation des paris sportifs, mais il en ouvre la possibilité à l’échelle des États. Le paysage juridique est alors bouleversé : dès 2019, plusieurs États mettent en place une régulation formelle, ouvrant la voie à une croissance rapide du marché.

Une coalition hétérogène d’intérêts

La légalisation des paris sportifs a été portée par une coalition variée d’acteurs. L’American Gaming Association (AGA), avec son président d’alors Geoff Freeman, a joué un rôle moteur dans la promotion d’une régulation plus permissive (ou « plus moderne », selon eux). Il est intéressant de noter que, lors de l’affaire Murphy v. NCAA, plusieurs ligues sportives professionnelles s’étaient officiellement opposées à la légalisation des paris sportifs par le New Jersey. Pourtant, cette opposition juridique masquait des positions plus nuancées. Dès 2014, la NBA, sous l’impulsion d’Adam Silver, s’était exprimée en faveur d’une légalisation fédérale régulée, considérant qu’une interdiction n’était ni réaliste ni efficace face à la prolifération du marché noir. La MLB et la NHL ont, elles aussi, évolué rapidement après la décision de la Cour suprême, reconnaissant les potentialités commerciales d’un cadre légal. En quelques mois, ces mêmes ligues ont noué des partenariats avec des opérateurs de paris, participant ainsi à la structuration du nouveau marché. Ce retournement stratégique illustre combien la position des institutions sportives était moins fondée sur un refus de principe que sur la volonté d’encadrer et d’influencer les conditions d’une légalisation désormais inéluctable.

En parallèle, certains acteurs majeurs de l’industrie du jeu, notamment issus du modèle traditionnel des casinos physiques, ont manifesté une vive opposition. C’est le cas de Sheldon Adelson, magnat de Las Vegas Sands. Farouchement opposé aux jeux d’argent en ligne, qu’il considérait comme moralement et socialement problématiques, Adelson a financé d’importantes campagnes en faveur du projet de loi Restore America’s Wire Act, visant à interdire le jeu en ligne à l’échelle fédérale. Malgré son influence, ces efforts n’ont pas abouti. La perception publique, de plus en plus favorable à une régulation encadrée, conjuguée aux intérêts économiques croissants pour les États, a pesé plus lourd que la résistance de certains acteurs traditionnels.

En 2024, les paris sportifs en ligne ont généré 13,7 milliards de dollars de revenus aux États-Unis. Certains États ont tiré un bénéfice direct de cette dynamique. La Pennsylvanie a ainsi perçu plus de 250 millions de dollars de taxes, tandis que New York, avec un taux de 51 % sur les revenus bruts des opérateurs, a dépassé les 900 millions de recettes fiscales annuelles. Ces fonds ont été mobilisés pour financer divers services publics, allant de l’éducation aux infrastructures.

Parallèlement à cette expansion économique, les études rapportent une augmentation des indicateurs liés à l’endettement personnel et aux comportements de jeu problématiques. Des données récentes publiées par le Journal of the American Medical Association (JAMA) confirment les préoccupations liées à la banalisation des paris sportifs en ligne. Une étude a observé une augmentation significative des recherches sur Internet liées à l’addiction au jeu dans les États ayant légalisé les paris. Cette corrélation entre l’accessibilité numérique et les comportements problématiques suggère que la démocratisation des plateformes ne s’accompagne pas toujours d’une prise de conscience des risques. Par ailleurs, une publication dans JAMA Psychiatry a mis en lumière l’existence d’un phénomène inquiétant : les individus pratiquant régulièrement les paris sportifs présentent un risque accru de troubles liés à la consommation d’alcool. Ces résultats renforcent l’idée que les paris en ligne ne relèvent pas seulement d’une question de régulation économique, mais posent également un véritable enjeu de santé publique.

L’influence de la publicité et des opérateurs

L’un des vecteurs de cette généralisation réside dans l’investissement publicitaire massif des opérateurs. DraftKings, FanDuel ou BetMGM ont consacré des centaines de millions de dollars à des campagnes mettant en avant des offres promotionnelles, souvent relayées par des célébrités sportives. Ces messages, largement diffusés lors des grands événements, contribuent à inscrire le pari sportif dans une forme de normalité culturelle, voire de prolongement du spectacle sportif lui-même.

Les effets de cette évolution se font également sentir sur les pôles traditionnels du jeu. À Las Vegas, les casinos enregistrent une légère baisse des mises sur les paris sportifs, tandis qu’Atlantic City voit ses revenus croître principalement grâce aux jeux en ligne. Pour s’adapter, les établissements investissent dans la modernisation de leurs espaces, dans des activités complémentaires, ou dans des projets familiaux visant à diversifier leur clientèle.

Les cadres réglementaires américains restent encore hétérogènes, et de nombreux États n’imposent pas de limites strictes sur les montants misés ni sur la publicité. D’autres pays ont adopté des approches plus encadrées. En Allemagne, la législation impose des exigences renforcées sur la protection des joueurs. Au Royaume-Uni, les autorités ont récemment freiné un projet d’assouplissement réglementaire en raison de préoccupations sociales. Le Brésil renforce également ses contrôles après une phase de libéralisation rapide. En Chine, les jeux d’argent sont largement interdits, ce qui limite le développement du secteur en ligne, hormis dans la région de Macao. Cependant, le Canada présente une approche originale.

Depuis l’ouverture de son marché aux jeux d’argent en ligne en avril 2022, l’Ontario s’est imposée comme un modèle de régulation, conjuguant croissance économique, gouvernance indépendante et protection des joueurs. Ce développement contrôlé illustre une volonté politique claire : encadrer plutôt qu’interdire.

Le modèle ontarien : encadrer plutôt qu’interdire

La création d’iGaming Ontario (iGO), devenue en 2024 une entité indépendante de la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario (AGCO), marque une étape clé. Cette séparation institutionnelle répond à un objectif de transparence et de meilleure supervision, en éliminant les éventuels conflits d’intérêts entre autorité de régulation et exploitant public. Ce cadre a permis au marché de se développer rapidement : en février 2025, les mises totales ont dépassé 7 milliards de dollars canadiens, principalement dans les jeux de casino, mais aussi dans les paris sportifs qui progressent de manière continue.

Toutefois, des questions demeurent, notamment celle de l’ouverture du marché au niveau international. La Cour d’appel de l’Ontario doit bientôt statuer sur la légalité du partage de liquidités avec des joueurs étrangers, un enjeu crucial pour le développement du poker en ligne.

À lire aussi, Jeremy Stubbs : Donald Trump : brise-tout inculte ou stratège hétérodoxe ?

L’approche canadienne toute comme celle adoptée par les grandes ligues sportives américaines face à la légalisation des paris en ligne illustre un dilemme stratégique plus large, auquel sont aujourd’hui confrontées de nombreuses institutions publiques ou privées : faut-il s’opposer frontalement à une dynamique perçue comme inévitable, ou chercher à l’encadrer de l’intérieur en espérant en limiter les effets tout en en tirant parti ? Dans un premier temps, les ligues ont défendu une posture d’opposition, mobilisant des arguments liés à l’éthique du sport et à la préservation de son intégrité. Mais dès que le cadre juridique a changé, leur position a évolué.

Ce renversement n’a rien d’anecdotique. Il signale une reconnaissance implicite : lorsque les pratiques sociales s’imposent en dehors des cadres légaux, les exclure purement et simplement revient souvent à perdre toute capacité d’action sur elles. En embrassant la régulation plutôt que l’interdiction, les ligues ont non seulement retrouvé une forme de maîtrise sur le phénomène, mais ont également contribué à structurer un marché plus transparent. Cela ne signifie pas que les risques ont disparu, mais que l’opposition rigide cède progressivement la place à une stratégie plus pragmatique.

Enfin, l’approche américaine de la régulation des paris sportifs en ligne semble largement inspirée d’un principe implicite de type caveat emptor, où la responsabilité individuelle prime sur l’intervention publique. L’idée dominante est que le consommateur est libre de ses choix, même risqués, et que le rôle de l’État n’est pas de restreindre l’offre, mais d’en encadrer les abus les plus flagrants. Cette vision contraste avec celle, plus protectrice voire paternaliste, adoptée dans de nombreux pays européens, où la régulation anticipe davantage les effets sociaux et cherche à limiter les incitations au jeu excessif.

En politique, mêlons-nous de ce qui ne nous regarde pas…

Notre chroniqueur passe en revue les différentes formations politiques nationales, lesquelles se mettent progressivement en ordre de marche pour l’élection présidentielle. S’il vote à droite, il ne s’interdit pas de distribuer bons et mauvais points à gauche, au centre ou aux extrémités de notre merveilleux « arc républicain ».


Un citoyen conscient de ses devoirs s’intéresse naturellement à la vie démocratique de son pays. Pourtant, dans l’actualité quotidienne, il me semble que trop souvent il demeure enkysté, sur le plan politique, dans sa sphère partisane. Il a son champion ou sa championne et n’en démord pas. Alors qu’on pourrait espérer, au contraire, une infinie curiosité de sa part et une envie de se mêler de ce qui ne le regarde pas.

Je n’ai jamais compris pourquoi le passionné de politique ne se sentait pas frustré à l’idée de n’avoir pas une sorte de droit de regard universel sur l’ensemble des débats agitant les partis et, partant du sien, de se construire la République qu’il souhaiterait. D’autant plus qu’il pourrait faire preuve à la fois d’objectivité – il ne serait pas concerné – et de lucidité : il ne serait pas ligoté par des liens et des dépendances internes.

Une bonne droite

Les arbitrages qu’il aura à effectuer auront des conséquences importantes, ils engageront notre pays sur des chemins contrastés, désastreux pour peu qu’ils soient mal avisés.

Commençons par le 16 mai. Si Bruno Retailleau n’est pas élu président de LR, quelle que soit la permanente invocation du duo, et non pas du duel, par Laurent Wauquiez, le premier se verrait réduit à la portion congrue et le second serait en charge de l’essentiel.

Le passé est trop clair pour qu’on puisse hésiter sur la personnalité à promouvoir et la ligne à adopter. Laurent Wauquiez n’a pas cessé de faire prévaloir ses intérêts personnels, lors de la composition des gouvernements, avant ceux de son parti et des possibles ministres sollicités. Je suis persuadé que l’action ministérielle de Bruno Retailleau, loin d’être un handicap, apparaît de plus en plus comme la démonstration qu’une vraie droite est en train, sortant de sa molle léthargie et de ses divisions artificielles, de redevenir une espérance et de susciter le désir.

Gauche plurielle

Les socialistes comprendront, lors de leur futur congrès, que leur regain dans l’opinion n’a tenu qu’à la revendication de leur ancrage social-démocrate avec leur libération de l’emprise de LFI et de la domination malsaine de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche et l’extrême gauche. Il est capital que ses adversaires s’unissent pour faire revenir un parti socialiste pleinement autonome capable de résister à la tentation facile des unions électorales. Peu importe qui le dirigera pour peu que son projet soit celui-là et pas seulement de servir le dessein de François Hollande impatient de rattraper le temps perdu.

Chez les écologistes, si Marine Tondelier éprouve beaucoup de plaisir à passer à la télévision, comme le lui a reproché un anonyme de la direction, ce ne semble pas être un motif suffisant pour ne pas envisager un concurrent ou une concurrente. On dit qu’elle est favorite, lors du prochain congrès, pour se voir renouveler comme secrétaire nationale mais on a le droit de supposer qu’en dehors de Sandrine Rousseau qui la critique, d’autres ambitions pourraient se manifester. (Elle a été largement réélue comme secrétaire nationale : on la verra encore plus à la télévision!).

A lire aussi: Mieux vaut tard…

À LFI, la garde rapprochée de Mélenchon tient bon et il y a quelque chose de pathétique dans cette fidélité qui s’obstine alors qu’elle sait que son « Lider » est voué à l’échec en 2027. La peur ou l’admiration la motivent-elles ? Ce n’est pas en tout cas la migration de François Ruffin avec ses limites politiques et son talent de cinéaste qui pourra les détourner de Mélenchon qui exerce une fascination par son emprise et sa culture et par l’habilité paternelle avec laquelle il gère les uns et les autres, les laissant libres mais sous condition d’inféodation.

Il y a Fabien Roussel au parti communiste et un sondage récent l’a mis à un niveau inespéré. Mais tout tient à sa personnalité et rien à son programme. Ce qu’il n’a pas de communiste séduit et quand il se résout à proclamer qu’il l’est, il baisse.

Plan B

Au Rassemblement national, la probabilité de Marine Le Pen candidate en 2027 n’est pas totalement à écarter mais peu plausible. Jordan Bardella est, paraît-il, le successeur naturel. Il a cherché à se vieillir mais il reste incurablement jeune. La comparaison avec l’Emmanuel Macron de 2017 n’a pas grand sens compte tenu du passé étatique de ce dernier quand il s’avance sur la scène de la joute présidentielle. Jordan Bardella, à marche forcée, se construit une personnalité, un savoir, une culture, une souplesse dans l’expression, une profondeur dans la pensée, des développements et une rigidité moins scolaires, cet homme n’est pas médiocre, il est méritant. Mais cela ne suffit pas. Il n’est pas fini, ceci dit sans la moindre dérision, contrairement à ce qu’Éric Zemmour avait fustigé chez Emmanuel Macron. On ne peut pas souhaiter que la présidence de la République soit la continuation d’une formation alors qu’elle devrait en être l’aboutissement. Le RN ne changera rien mais il devrait s’interroger.

Édouard Philippe sera candidat en 2027. Il était très apprécié des Français et le président Macron jaloux de sa popularité l’a fait partir dans des conditions peu dignes. Depuis qu’il mène son trajet à sa manière pour conquérir le Graal, il est toujours bien placé mais son juppéisme foncier décourage. On ne parvient pas à le croire quand Christophe Béchu nous annonce, de sa part, « des réformes massives ». Déjà, s’il en fait d’utiles, ce serait bien !

À Reconquête!, deux intelligences, deux personnalités dissemblables, deux talents, l’un avec une dureté inflexible, l’autre avec une conviction souriante, mais le même programme. Lequel ira ? Elle nous a déclaré que ce serait lui. J’attends la suite avec impatience. Il n’est pas fait pour suivre. Elle n’est plus faite pour suivre.

Si on ne se mêle pas en politique de ce qui ne nous regarde pas, on ne comprend pas, on n’espère rien, on est exclu. La démocratie est un immense champ où tout le monde a le droit de jouer. De sortir de chez soi pour aller voir ailleurs. De la même manière que les affaires, c’est l’argent des autres selon Alexandre Dumas fils, la République, c’est l’affaire de tous.

Le trumpisme, un mouvement contre-révolutionnaire?

0

L’élection de Donald Trump et sa politique disruptive aux États-Unis marquent un tournant décisif dans le processus de mondialisation. Elles incarnent une réaction directe à l’indifférenciation généralisée que les élites politiques ont encouragée pendant des décennies.


C’est une petite vidéo passée inaperçue, retwittée par Elon Musk fin février. Dans celle-ci, l’historien et commentateur Victor Davies Hanson se plaignait que le trumpisme soit associé à une révolution. « Ce n’est pas une nouvelle révolution. C’est une contre-révolution, un retour en arrière contre les excès de la gauche, une restauration de ce qui a fonctionné ».

La tech passe à droite !

Peu porté sur la politique jusque ces deux dernières années, l’entrepreneur star du spatial a opéré un revirement spectaculaire, jusqu’à afficher un soutien plein et entier au candidat Donald Trump pendant la campagne présidentielle américaine. Le 18 septembre, il expliquait sa position sur X : « Les démocrates ont tellement basculé à gauche que les républicains, avec tous leurs défauts, apparaissent aujourd’hui comme le choix des modérés ». Il récidivait quatre jours plus tard : « La gauche a perdu les pédales et les républicains sont les seuls à rester au milieu. Les gens le voient ». Elon Musk affirme régulièrement que le Parti démocrate s’est extrémisé, et cela l’inquiète : « Je n’ai pas bougé – ce sont eux qui ont bougé » écrivait-il encore début mars.

À lire aussi : De la «High-tech» à la «Right-tech»

Que reproche Elon Musk à la gauche américaine ? On peut citer pêle-mêle l’ouverture des vannes de l’immigration illégale durant les années Biden, accusée de déstabiliser le pays, l’offensive sur la question du genre sexué et plus généralement ce qu’il appelle le « virus de l’esprit woke », le malthusianisme profond du clan progressiste, et l’étatisme dont il serait porteur. Cette conscientisation politique tardive est consécutive à la censure profonde de l’information qui s’est installée aux États-Unis et chez ses alliés à partir de l’année 2020, qui l’avait incité à racheter le réseau Twitter en 2022 non sans une prise de risque financière.

« Des politiciens malades et radicaux »

S’il est devenu incontournable dans les médias, le fondateur de SpaceX et de Tesla n’est qu’un élément tardif de cette profonde révolte conservatrice et libertarienne qui a cours en Amérique. Celle-ci part de loin – on peut remonter au mouvement Tea Party qui avait pris de l’ampleur il y a une quinzaine d’années – et elle s’organise autour d’un homme : Donald Trump. Souvent présenté comme un simple businessman à la faconde facile, le président des États-Unis est aussi porteur d’une pensée politique structurée, que ses diatribes cachent à la perspicacité de nombreux analystes. Ses attaques contre ses adversaires ont rarement été relevées de ce côté-ci de l’Atlantique alors qu’elles révèlent beaucoup de sa pensée. Écoutons-le en meeting dans le Michigan en avril 2022 : « Ensemble nous nous levons contre certaines des forces les plus sinistres et des opposants les plus vicieux que notre pays ait jamais vus. Malgré tout ce que vous entendez à propos de la Chine, de la Russie, de l’Iran et d’autres, notre plus grand danger ne provient pas de l’extérieur mais des politiciens malades et radicaux qui ont voulu détruire notre pays en toute connaissance de cause ».
Simple effet de manches ? Non pas, car l’homme dénonce depuis près de dix ans ceux qu’il appelle les « mondialistes ». En juin 2016, il critiquait ouvertement la voie empruntée par sa principale opposante, et affichait un choix clair : « Hillary [Clinton] dit que les choses ne peuvent pas changer. Je dis qu’elles doivent changer. Il faut choisir entre l’américanisme ou son mondialisme corrompu ». Devenu président des États-Unis, il récidivait en 2017 pour son premier discours à la tribune des Nations Unies, dans lequel il visait « les accords de commerce multinationaux géants, les tribunaux internationaux irresponsables et les bureaucraties globales puissantes ».

À lire aussi : Donald Trump : brise-tout inculte ou stratège hétérodoxe ?

Révolution, contre-révolution, mondialisme, forces radicales… Quoique l’on pense des manières du président américain et des mesures du Parti républicain, ces mots décrivent une réalité largement ignorée dans le débat médiatique en France. Depuis des décennies en effet, dans nos pays occidentaux, dirigeants, intellectuels ou financiers appellent à une refonte complète de notre société et de son cadre politique. Ils parlent publiquement de révolution, de planification et de centralisation mondiale, de transformations sociétales. On trouve ces aspirations dans des think tank puissants, depuis le très malthusien Club de Rome, qui invoquait en 1972 déjà une « révision de la fabrique entière de nos sociétés actuelles », jusqu’au Forum de Davos et son désir affiché de « Grande Réinitialisation » (2020). On les rencontre chez de nombreuses personnalités, parfois à des postes hautement stratégiques, comme la présidence de la Banque Centrale Européenne ou l’administration de l’ONU. L’analyse de leurs discours et de leurs écrits révèlent une tournure d’esprit particulière, portée par le besoin impérieux d’englober le tout du regard, happée par des fantasmes d’unicité et d’indifférenciation sociétale, mais aussi fascinée par les chocs et les crises.

Un processus révolutionnaire mal identifié

L’opinion commune part du postulat que le temps des grandes idéologies politiques s’est refermé avec le XXème siècle et la chute de l’Union soviétique. L’heure serait au pragmatisme ou aux seuls intérêts économiques. Mais une analyse attentive contrevient à cette impression. Si l’Internationale communiste s’est écroulée avec la puissance qui la portait, des structures proches ont pris le relais, à l’instar de la IIème Internationale – la socialiste.
L’actuel Secrétaire général de l’ONU, le Portugais Antonio Guterres, l’a présidée entre 1999 et 2005, et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, très en pointe sur les questions d’immigration ou de transgenrisme, en est à sa tête aujourd’hui. Le Parti travailliste anglais de Keir Starmer est un membre historique de la IIème Internationale, tout comme le mouvement politique de l’ancien Secrétaire général de l’OTAN, le norvégien Jens Stoltenberg. En 2013, afin de rénover son idéologie et élargir sa base, l’Internationale socialiste a lancé l’Alliance progressiste, un mouvement qui professe rien moins qu’un programme de « transformation socio-écologique ». Outre-Atlantique, le Parti démocrate avait intégré l’Alliance, ce qui officialise le tournant radical qu’il a pris dans la décennie passée.

À lire aussi : Quand la Silicon Valley débranche le wokisme

Et la France ? La patrie de la Révolution reste très bien placée dans le concert universaliste. Ces quarante dernières années, de nombreux responsables dans notre pays ont appelé à la suppression des frontières, au mélange des populations et à l’interdépendance économique, autant d’évolutions désignées comme un préalable à l’établissement d’un monde nouveau. De l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy prônant l’instauration d’une « Démocratie-Monde » à Christine Lagarde et ses multiples appels au « reset », en passant par Jean Monnet et ses rêves d’Europe « affranchie du poids des siècles et des contraintes de la géographie », partout éclate la volonté d’araser les barrières, les différences, les distances, dans une vision très réductionniste du monde. Emmanuel Macron en personne a exprimé ces grands rêves de transformation, avec une sémantique caractéristique des utopies. Dans le livre programmatique qu’il a fait paraitre avant l’élection présidentielle de 2017, l’ancien protégé de Jacques Attali appelait à « réinventer notre pays » car « nous sommes entrés dans une nouvelle ère ». Il incitait à engager une « conversion » pour coller au « sens de l’histoire », et désignait les conservateurs comme des « ennemis ». Un « siècle de promesses » s’ouvrait, affirmait-il encore, lequel nous emmènerait vers « notre libération collective », à condition de construire un État européen et de définir « un nouvel humanisme ». Le seul livre jamais signé par le président de la République portait un titre révélateur : Révolution

Pourquoi le pape François a déçu

0

Avec François, Rome parlait comme L’Humanité, rappelle notre chroniqueur.


Le pape François, mort à 88 ans en ce lundi de Pâques, s’est laissé prendre au piège de l’idéologie « antiraciste », qu’Alain Finkielkraut avait décrit comme « le nouveau communisme du XXI e siècle ». Il suffit de lire, ce mardi matin, les dithyrambes de la presse de gauche pour se convaincre du militantisme progressiste qui fut celui du Saint Père. « Le pape humaniste », titre La Marseillaise. L’Humanité salue sa mémoire « au nom de la paix, des migrants et du Saint Esprit ». Le Parisien voit en lui « Le pape du peuple ». François est notamment salué pour ses combats contre le réchauffement climatique et pour l’immigration musulmane.

Diversité bénie

Jean-Paul II, en 2003, avait invité l’Église à avoir « un juste rapport avec l’islam », en ayant en tête les « divergences notables » entre les deux civilisations. Pour sa part, à peine élu en mars 2013, François s’était rendu à Lampedusa, île italienne débordée par les arrivées clandestines, pour y saluer « les chers immigrés musulmans ». En 2016, il revenait de l’île de Lesbos avec trois familles musulmanes, en laissant sur place des familles chrétiennes désireuses de le suivre. En visite à Marseille, il avait louangé l’idéal d’une ville multiculturelle ouverte à la diversité bénie. Bref, au-delà du message chrétien sur la charité et l’accueil, François aura illustré jusqu’à l’absurde la pente suicidaire que porte en lui le christianisme dans sa modernité, en confondant les Dix Commandements et la religion des droits de l’homme. Marcel Gauchet avait prévenu : « Le christianisme est la religion de la sortie de la religion ».

À lire aussi : François, pape des pauvres et des polémiques, est mort

Un Pape autoritaire

L’ostensible humilité de ce Pape autoritaire n’est pas sans rappeler le moralisme porté en sautoir par les idéologues du camp du Bien : ils sont persuadés de détenir la vérité au point de ne pas supporter la discussion. De ce point de vue, son rejet salutaire de l’Église « mondaine » – qui l’avait incité à refuser l’invitation d’Emmanuel Macron à la cérémonie de réouverture de Notre-Dame – l’a coupé paradoxalement d’un peuple soucieux de préserver son enracinement. L’indifférence que portait François aux chrétiens d’Orient, autant qu’à la France fragile et plus généralement à l’Europe ouverte aux influences islamistes, restera comme une tache sur son pontificat. Son opposition à la messe traditionnelle (la messe en latin) n’aura pas non plus été une réponse à la hauteur des attentes de beaucoup de fidèles.
D’autant que la jeunesse, à travers ses catéchumènes (17 800 baptisés à Pâques, soit une hausse de 45% par rapport à 2024), a fait comprendre son appétence identitaire pour un retour aux sources chrétiennes de la civilisation occidentale. Ce phénomène s’est lu également, dimanche, dans la fréquentation massive des églises. Benoît XVI avait expliqué : « La recherche de Dieu est le fondement de toute culture véritable ». Aujourd’hui l’Occident chrétien, cible d’une offensive djihadiste redoutablement efficace, mérite d’être revivifié. Or François s’est refusé à ce rôle, remarquablement défendu, au contraire, par le cardinal Robert Sarah par exemple. Puisse le prochain Pape être le résistant attendu.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

Price: ---

0 used & new available from

Israël: servir le Roi ou le royaume?

0
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assiste à son procès pour corruption au tribunal de Tel Aviv, Israël, le lundi 21 avril 2025 © Moti Kimchi/AP/SIPA

Ronen Bar, le chef du service de renseignement intérieur, a été limogé par M. Nétanyahou pour « manque de confiance », une décision suspendue par la Cour suprême. Il a répliqué en transmettant deux lettres (une publique, une confidentielle) accusant le Premier ministre d’atteintes graves à l’État de droit. L’affaire révèle une société israélienne profondément divisée, où les institutions censées rester neutres sont de plus en plus politisées.


La crise politique israélienne a franchi un nouveau seuil avec l’affrontement désormais ouvert entre le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le chef du Shin Bet, Ronen Bar. La Cour suprême a accordé à Netanyahou un délai supplémentaire, jusqu’au 27 avril 2025, pour répondre à un affidavit[1] explosif de 31 pages (une partie rendue publique, et une autre classifiée) remis par M. Bar, dans lequel ce dernier accuse le chef du gouvernement israélien d’avoir tenté de l’instrumentaliser à des fins personnelles et politiques. Ce nouvel épisode s’inscrit dans une série de tensions croissantes entre les pouvoirs exécutif, judiciaire et sécuritaire, mettant en péril les équilibres institutionnels de l’État hébreu.

Falsifications

Dans sa déclaration sous serment déposée le 21 avril, Ronen Bar accuse Netanyahou de lui avoir demandé à plusieurs reprises de violer l’indépendance de ses fonctions. Trois éléments majeurs ressortent. D’abord, la surveillance illégale : Netanyahou aurait exigé que le Shin Bet[2] place sous surveillance des figures de la société civile, notamment des organisateurs et soutiens financiers du mouvement de protestation contre sa réforme judiciaire. Il convient de rappeler que, si le mandat du Shin Bet inclut bien la lutte contre la subversion et l’insurrection, des critères stricts ont été définis et validés par la justice pour distinguer la contestation, même radicale ou violente, des agissements sortant du cadre légal. Selon M. Bar, les personnes ciblées ne répondaient pas à ces critères.

Ensuite, Bar affirme que le Premier ministre a tenté d’obtenir un avis sécuritaire falsifié afin d’éviter de comparaître dans son procès pour corruption, en invoquant des risques pour la sécurité nationale. Enfin, il dénonce une exigence de loyauté personnelle inconditionnelle, y compris au mépris des décisions de la Cour suprême, exigence qu’il a refusée. Ces révélations, qualifiées de « mensongères » et de « fabrications politiques » par le bureau de M. Netanyahou, ont provoqué un véritable séisme au sein des cercles politiques et sécuritaires.

En mars 2025, Netanyahou annonçait son intention de révoquer Ronen Bar, invoquant une « perte de confiance », dans un contexte marqué par le lourd bilan de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, au cours de laquelle plus de 1 200 personnes ont été tuées. Bar avait reconnu une part de responsabilité, tout en soulignant que les alertes émises par ses services avaient été ignorées à d’autres niveaux de l’exécutif.

Particularité israélienne : pas de constitution écrite !

La conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, s’est opposée à cette révocation, estimant qu’elle n’était fondée sur aucun motif professionnel objectif mais motivée par des considérations politiques. Elle a saisi la Cour suprême, qui a suspendu la décision dans l’attente d’un examen approfondi. Déjà en désaccord avec le gouvernement sur d’autres dossiers sensibles, Mme Baharav-Miara apparaît ici comme le dernier rempart juridique contre un possible arbitraire de l’exécutif.

Pour comprendre pleinement l’enjeu, il convient de s’arrêter sur le rôle constitutionnel de la conseillère juridique du gouvernement, bien plus large que ne le laisse supposer son titre.

A lire aussi, du même auteur: Nétanyahou : ni juges ni Hamas

Dans les démocraties contemporaines, rares sont les systèmes dans lesquels une seule figure concentre à la fois les fonctions de conseillère juridique de l’exécutif, de cheffe du ministère public, et de représentante de l’intérêt général devant la Cour suprême. C’est pourtant le cas en Israël, où la conseillère juridique du gouvernement incarne un contre-pouvoir à la fois redouté, contesté et essentiel.

Le cœur du paradoxe israélien réside dans cette concentration de prérogatives : là où la plupart des régimes occidentaux séparent les fonctions de procureur général, de conseiller juridique et d’avocat de l’État, Israël a, dès ses premières décennies, choisi de les fusionner. L’objectif initial était d’assurer la cohérence de l’action de l’État, d’éviter les conflits de compétences et de garantir une lecture uniforme du droit. Mais ce modèle a fait de la conseillère juridique une gardienne du régime démocratique, dotée d’un pouvoir d’obstruction significatif face aux dérives de l’exécutif.

Son autorité ne repose pas sur une loi fondamentale spécifique, mais sur la jurisprudence, les usages administratifs, et une tradition issue du droit anglo-saxon. Ses avis sont contraignants tant qu’ils ne sont pas annulés par la Cour suprême, ce qui arrive. Elle peut refuser de défendre certaines décisions, présenter devant le juge une position indépendante, voire s’opposer à des nominations ou projets de loi jugés contraires aux fondements de l’État de droit.

Cette architecture institutionnelle singulière ne va pas sans controverses. Certains y voient une dérive technocratique, une captation du pouvoir démocratique par une élite juridique non élue. D’autres, au contraire, y reconnaissent le dernier garant de l’équilibre des pouvoirs dans un État où l’exécutif tend à se déployer sans contrepartie institutionnelle suffisante.

C’est à cette lumière qu’il faut analyser la tentative de limogeage de Ronen Bar. L’affaire met en tension deux logiques irréconciliables : celle de la sécurité nationale, qui exige efficacité et unité de commandement, et celle de l’intégrité institutionnelle, qui repose sur l’indépendance des organes de sécurité. En refusant d’obéir à des ordres politiquement orientés, M. Bar s’est érigé en défenseur de la déontologie du renseignement, mais aussi en symbole d’une résistance administrative à la personnalisation du pouvoir.

La Cour suprême, souvent critiquée mais toujours centrale dans l’architecture démocratique israélienne, se retrouve une fois de plus en position d’arbitre. Sa décision, attendue pour le 27 avril, dira dans quelle mesure et dans quelles limites le pouvoir judiciaire est encore en mesure d’imposer des freins à un exécutif fort de son soutien parlementaire.


[1] Déclaration sous serment NDLR

[2] Renseignements intérieurs israéliens NDLR

François face à la complexité du monde

0
Le Pape François touche le mur qui sépare Israël de la Cisjordanie, Béthléem, 25 mai 2014 © APAimages/REX/REX/SIPA

La fraternité jusqu’à l’aveuglement ? Concernant la Chine, Israël ou l’islam, derrière les apparences, le Pape François n’ignorait en réalité rien des contraintes de la realpolotik.


Pour les chrétiens, le dimanche de Pâques est le jour de la résurrection du Christ, autrement dit  l’anniversaire de l’événement fondateur  du christianisme. C’est le jour le plus important du calendrier, où Noël n’est arrivé que quelques siècles plus tard. Le Pape François, épuisé depuis sa sortie de l’hôpital  a écrit la bénédiction Urbi et Orbi, n’a pas pu la prononcer lui-même, mais  est allé à la rencontre de la foule. Le  lendemain matin, il était mort. J’ai pensé à une étude américaine sur les décès des personnes âgées juives autour de la Pâque. Les jours qui précédaient la fête, les décès étaient plus rares que les jours qui la suivaient, comme si des malades qui tenaient à vivre cet événement en famille lâchaient prise après…

François avait fait jusqu’au bout  son travail de Pape, en accord avec des principes d’une exigence extrême. Ce n’était pas pour rien que le jésuite Bergoglio avait pris un prénom que nul Pape ne s’était avisé de choisir: celui de l’apôtre des pauvres, de l’amour universel envers les créatures, hommes ou bêtes qui peuplent la nature divine et accessoirement le précurseur du dialogue avec l’islam par sa rencontre avec le Sultan d’Egypte au cours de la cinquième croisade. 

Le Pape François a suivi avec une extraordinaire détermination l’exemple de François d’Assise, qui lui-même s’alignait sur le Sermon sur la Montagne tiré de l’Evangile de Mathieu, éloge de la préférence envers les pauvres  et les opprimés.

Ironie du destin,  ce fut un Américain, catholique fervent depuis son récent baptême, aussi strict que lui sur l’avortement et sur la fin de vie, mais opposé quant au reste,  qui fut un de ses derniers interlocuteurs: J.D. Vance, vice-président d’un Donald Trump que François avait vertement critiqué lors de son premier mandat.

Enfin dans l’homélie de cette journée historique, un détail insolite: l’inquiétude  du Pape sur la montée de l’antisémitisme.

Lorsque le cardinal Bergoglio est devenu François, tous les indicateurs étaient au vert dans les communautés juives. J’ai eu l’occasion, après son élection, d’être reçu au sein d’une délégation juive d’Amérique du Sud, surtout des Argentins, et j’ai été frappé par la cordialité de leurs relations. Le discours du Pape était plein d’angoisse. Parlant des chrétiens d’Orient,  il nous prit à témoins: « Parce que vous êtes Juifs, vous, vous pouvez comprendre mieux que les autres que ce qui se passe là-bas, c’est un génocide ! ». J’ai trouvé le terme inapproprié au regard de ce que je savais, mais je n’ai pas pris la parole.

La suite l’a confirmé.

On dit que le Pape François a parlé d’un génocide possible à Gaza  dans un livre d’entretien de novembre 2024. Mais il l’avait utilisé auparavant. En novembre 2023, des familles palestiniennes reçues au Vatican ont déclaré qu’il avait parlé de génocide. Si j’en crois mon expérience personnelle  le Pape François utilise ce mot de façon laxiste, en fonction de son ressenti moral; et non de critères juridiques. Si la Cour Internationale de Justice n’a pas statué, un observateur impartial sait qu’il n’y a pas à Gaza les critères d’un génocide dans lesquelles l’intentionnalité est fondamentale. Ce terme est une arme, extrêmement efficace, dans une guerre des mots menée contre Israël. Le Pape en a été malheureusement un transmetteur.

Gabriel Romanellin curé de Gaza

Depuis le 7 octobre 2023, très nombreuses ont été les références du Pape François au drame que vivent  les Gazaouis.  Tous  les soirs, jusqu’à la veille de sa mort  il s’entretenait avec le curé  de la minuscule communauté chrétienne de Gaza, le père Gabriel Romanelli, un Argentin comme lui. Beaucoup de personnes proches du Pape François témoignent aujourd’hui de la profondeur affective qu’il pouvait mettre dans ces relations humaines. C’est ce qui s’est passé avec Gaza, source personnelle d’émotions  et de colère. Il a reçu des familles d’otages israéliens, il a réclamé leur libération, mais il n’a pas créé avec eux les mêmes liens. De même; sans qu’il les ait négligés dans ses discours, je ne vois pas, en dehors évidemment des réfugies, qui ont été le fil conducteur de son pontificat, qu’il se soit mobilisé émotionnellement avec la même intensité  pour d’autres lieux de la planète où des hommes et des femmes, chrétiens ou non, étaient persécutés: il a gardé des relations courtoises avec les dirigeants iraniens, sans fulminer contre les crimes contre l’humanité qu’ils produisent en cascade, Et pourtant, il avait vu dans sa  jeunesse les ayatollahs à l’œuvre dans les attentats contre l’AMIA…

La cérémonie du 30ᵉ anniversaire de l’attentat de l’AMIA, le 18 juillet 2024 à Buenos Aires © Esteban Osorio/Sipa USA/SIPA

En ce qui concerne le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, notoirement un homme du KGB, avec lequel il avait eu en 2016 une rencontre historique sur…. l’aéroport de La Havane,  les relations se sont dégradées car le Pape a manifesté son soutien à l’Ukraine, même s’il n’a jamais, même à Boucha, désigné la responsabilité russe. Avec la Chine il a signé un accord qui laisse  au gouvernement le contrôle sur l’Église catholique chinoise. François n’ignorait pas entièrement les contraintes de la Realpolotik.

C’est dans cet espace entre volonté de paix et exigences de la diplomatie qu’il faut analyser ses relations avec l’islam, indiscutablement un marqueur de son pontificat, comme les relations avec les Juifs l’avaient été au temps de Jean Paul II.

Le Pape François a systématiquement réagi aux attentats islamistes qui ont parsemé son pontificat par la compassion envers les victimes, la condamnation du terrorisme au nom de Dieu et l’appel à ne pas associer l’islam à la violence. Ces réactions traduisent la volonté  -admirable- de ne pas essentialiser l’ennemi, mais la crainte de  stigmatiser et la recherche d’équilibre ont parfois conduit loin dans l’occultation des responsabilités.

Sur la place Saint Pierre,  dimanche 8 octobre 2023, le Pape François fait état de son appréhension et de sa  tristesse; il prie pour ceux qui ont vécu ou vivent encore des moments de terreur et d’angoisse. Il conclut que le terrorisme n’est pas une solution et que la guerre est toujours une défaite. Il ne prononce pas, et ne prononcera pratiquement jamais, le mot « Hamas ».

En novembre 2023, il a reçu des familles d’otages israéliennes, et dans la soirée  des familles de prisonniers palestiniens en Israël. A l’issue de ces deux rencontres, dont le parallélisme avait choqué les amis d’Israël, il a déclaré «Là, ce n’est plus la guerre, c’est du terrorisme»,  sans préciser s’il parlait des massacres du 7-Octobre ou, comme la plupart l’ont compris, de la réaction israélienne. 

A aucune de ses invocations du malheur des Gazaouis il ne faisait allusion aux terroristes du 7-Octobre et à leur chantage sur les otages: un seul responsable apparaissait en filigrane, Israël. De cette époque date le désamour entre le Pape François et les Juifs. 

De passage pour un enterrement, j’ai ressenti la profonde déception de la communauté juive romaine, celle qui avait été au premier rang des initiatives de Jean Paul II. 

Toute sa vie cependant, le Pape François a témoigné que les acquis de Nostra Aetate étaient irréversibles, que l’antisémitisme était une tare dont l’Eglise s’était enfin débarrassée et qu’il n’était pas question de la réalimenter. Il n’y a pas à douter de cet engagement. Son rôle a été déterminant pour rendre accessible aux chercheurs l’ensemble des archives du pontificat de Pie XII, archives qui confirment ce que la plupart pressentaient et que certains cherchaient  à édulcorer, que le Vatican était parfaitement au courant de l’extermination des Juifs. Mais tout se passe comme si cet engagement indiscutable l’avait rendu partiellement aveugle et sourd aux dérives de l’israélophobie et aux sous-entendus de l’islamisme.  Il est significatif que sa dernière homélie se soit inquiétée de la montée de l’antisémitisme, mais n’ait pas remis en cause l’idéologie qui l’alimentait.

En mai 2014 le Pape François a effectué un voyage en Israël. Plus exactement, il a effectué un pèlerinage en Terre Sainte au cinquantième anniversaire de la rencontre entre  Paul VI et le patriarche orthodoxe Athénagoras. A Bethléem il  posa ses mains sur le mur de séparation construit par les Israéliens dans le contexte de violences intenses au cours de la Seconde Intifada, un geste qui reflétait l’engagement du Pape François en faveur des opprimés mais qui suscita un malaise que ni sa visite à Yad Vashem, ni sa présence sur la tombe de Herzl ne parvinrent à dissiper.

Fratelli Tutti

La grande cause du pontificat du Pape François a été celle de la fraternité humaine dont témoigne l’encyclique Fratelli Tutti, publiée en 2020 le jour de la fête  de François d’Assise. 

Peut-être parce qu’il considérait que le rétablissement des liens avec les Juifs était une histoire acquise, plus certainement  parce que les liens avec les musulmans, tellement plus nombreux que les Juifs, lui parurent la clef d’une coexistence harmonieuse, le Pape a cherché à établir avec l’islam des liens qu’aucun autre pontife n’avait développés de façon aussi spectaculaire et persévérante.

Son interlocuteur sunnite, Ahmed Al-Tayeb, grand imam de la mosquée Al-Azhar au Caire, a réagi à la mort du Pape François en l’appelant son frère en humanité. Ensemble ils ont signé à Abu Dhabi un «Document sur la fraternité humaine» dans lequel il est écrit que «La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer». Aussi louable soit-elle, cette phrase est malheureusement une illusion. Aujourd’hui la foi sert  souvent à tuer sans ressentir de remords. Au demeurant, Ahmed Al-Tayeb qui a défendu l’autonomie de Al Azhar contre les Frères Musulmans, qui a approuvé la destitution de Mohamed Morsi en 2013 et qui se dit partisan d’un islam modéré, non politique, voire un peu soufi, a accueilli avec enthousiasme les massacres du 7-Octobre. Sa fraternité de croyant ne s’étend pas aux victimes de ce jour-là. Il a écrit sur le fait que  l’expropriation des Palestiniens était le crime des crimes de l’humanité. Et il réserve sa compassion aux Gazaouis sans s’interroger sur la responsabilité du Hamas dans la guerre.

Il en est de même pour Mahmoud Abbas en Cisjordanie qui cherche un peu de légitimité interne dans un discours  antisémite classique et qui réserve à usage externe ses  déclarations pacifiques. 

Comme d’autres qui ne partageaient pas ses objectifs religieux, le Pape François a fait des Palestiniens le paradigme des victimes. Cela est  faux au regard de l’histoire qui révèle que le palestinisme a été grandement une fabrication idéologique destinée à servir les menées  du nationalisme arabe, puis du soviétisme et enfin de l’islamisme. 

Les objectifs  du Pape François étaient différents, aussi spirituellement admirables qu’humainement irréalistes. Ils étaient ceux de la paix à tout prix et du souci prioritaires envers les déshérités. Ce sont là des idées qui parcourent l’histoire du christianisme et qui ont été habituellement tenues à l’écart par les hiérarchies qui se sentaient plus confortables avec la notion de guerre juste, définie entre autres par Thomas d’Aquin. 

Il est vrai que le Pape François lui-même a déclaré le 11 octobre 2023 qu’Israël avait le droit de se défendre, ce qui nous parait la moindre des choses, mais ne l’était peut-être pas pour un pacifiste absolu. Il a cependant assorti ce droit d’exigences de proportionnalité et de précautions  dont  le respect strict aurait lié les mains aux Israéliens.

Au cours de l’histoire, les Juifs ont beaucoup donné en tant que victimes innocentes. Ils en ont même tiré la doctrine du Kidoush Hachem, d’acceptation du martyre sans résister et  sans  profaner le nom divin. Le sionisme a imposé  une autre perspective, celle de la défense pour se maintenir en vie. Aujourd’hui les Israéliens font face à ceux qui tiennent un troisième narratif, celui où les récompenses divines proviendront de la capacité à exterminer les ennemis, qualifiés d’ennemis de Dieu.

Les partisans de la paix ne doivent pas vivre dans le déni. Le bien n’est pas forcément contagieux et certaines guerres sont nécessaires. L’illusion pacifique a abouti avec le nazisme à la catastrophe que l’on sait et il en sera de même avec l’idéologie véhiculée par le Hamas et ses acolytes si rien n’est fait pour l’arrêter.

Bruxelles, ville «antifasciste» de plus en plus antisémite

0
Lundi 2 juin 2014, un homme s’arrête pour rendre hommage avant une cérémonie en mémoire des victimes de la fusillade au Musée Juif de Bruxelles. Le Franco-algérien Mehdi Nemmouche avait tué 4 personnes le 24 mai © Virginia Mayo/AP/SIPA

Depuis mardi, la capitale belge ne se contente plus de ses gaufres et de son Manneken-Pis pour briller, elle affiche aussi fièrement et officiellement ses valeurs de tolérance…


Il fallait les voir, fiers et valeureux, les élus socialistes, écologistes, libéraux et leur suite au moment d’adopter à l’unanimité, durant le conseil communal, une motion faisant officiellement de Bruxelles une « ville antifasciste ». Évidemment, ça ne veut rien dire, ça ne sert qu’à renforcer les égos de quelques résistants de salon, ça n’aura aucun impact car il ne reste plus beaucoup de « fascistes » au sens historique du terme. 

Antisionisme, vous disiez ?

Pendant ce temps-là, Bruxelles continue d’être gangrenée par l’antisémitisme. Les pavés de la Mémoire, honorant le souvenir de victimes du nazisme, ont été récemment tagués du mot de ralliement des islamo-gauchistes : « Gaza ». Après cela, il sera encore difficile pour les agités du drapeau palestinien de nous faire croire que leur antisionisme revendiqué n’est pas avant tout un antisémitisme.

A lire aussi: La Grande Librairie ou Le Grand Déballage?

Quelques jours plus tôt, des affiches dénonçant l’antisémitisme ont été arrachées, quelques minutes après leur apparition, à l’Université libre de Bruxelles (ULB), là même où l’extrême gauche toute-puissante sème la terreur depuis de nombreux mois. Sur l’une d’elles, on pouvait lire : « Ici, les juifs doivent cacher leur identité ». L’Union des étudiants juifs de Belgique, à l’origine de la campagne, a ainsi rappelé que certains de leurs coreligionnaires ont peur de se rendre sur le campus par crainte d’être agressés.

Antifascime : un combat d’arrière-garde

Ces incidents s’inscrivent dans une série d’actes, de propos, de dérapages antisémites de plus en plus fréquents à Bruxelles : présidente de parti qui partage une chanson appelant à tuer les fils de Sion sur ses réseaux sociaux, manifestations où pullulent des slogans nauséabonds (« Gloire à Sinwar », « From the river to the sea »…), professeur israélien menacé de se voir interdire une conférence… Selon un sondage, près d’un Bruxellois sur quatre ne se cache d’ailleurs pas au moment de témoigner son antisémitisme. 

A lire aussi, du même auteur: Le métro bruxellois, symbole du déclin de la capitale belge

Au lieu de se déclarer emphatiquement « ville antifasciste », Bruxelles n’eût-elle pas été inspirée de se revendiquer « ville anti-islamiste » ? Personne, en effet, n’est dupe : ce ne sont pas des groupuscules néo-nazis qui suscitent la terreur auprès de la population juive de la capitale belge, mais bien des islamistes qui ont désormais pignon sur rue et ne sont guère inquiétés par les responsables politiques tout heureux de trouver parmi eux une clientèle électorale qu’ils craignent de plus en plus. Les temps orwelliens se définissent souvent mieux par des oxymores : c’est ainsi que Bruxelles commence à devenir une « ville antifasciste antisémite ».

Perversions intellectuelles : une autopsie

0
Samuel Fitoussi © Hannah Assouline

Pourquoi les intellectuels se trompent : le titre du livre de Samuel Fitoussi est à lui seul un programme. Avec une plume acérée et une érudition accessible, l’essayiste interroge les raisons profondes pour lesquelles une partie du monde intellectuel, censé éclairer le jugement public, s’illustre régulièrement par des égarements spectaculaires. Avant de publier ce nouvel essai, Samuel Fitoussi avait signé en septembre 2023 le remarqué, Woke Fiction – Comment l’idéologie change nos films et nos séries (Le Cherche Midi)


Samuel Fitoussi est un chroniqueur souvent amusant, bien connu des lecteurs du Figaro, où il propose chaque semaine une chronique satirique et ironique sur l’actualité politique et sociale. Son style se caractérise notamment par l’usage de la fiction et de la parodie pour commenter nos événements contemporains.​

Ses sujets de prédilection incluent la politique française, les relations internationales, les débats sociétaux et les médias. Par exemple, il a imaginé dernièrement une lettre ouverte d’un fact-checker en colère après l’annonce de Mark Zuckerberg souhaitant renoncer à la vérification de l’information sur ses réseaux sociaux. Il a également proposé le 9 décembre 2024 un discours imaginaire d’Emmanuel Macron aux Français au lendemain de la censure du gouvernement de Michel Barnier, intitulé « Vous ne me méritez pas ».

Une parole sans conséquence : la spécificité de l’intellectuel

L’un des apports les plus intéressants de son ouvrage réside dans la relecture du rôle de l’intellectuel à travers le prisme de l’économie des idées. En mobilisant Thomas Sowell, Fitoussi rappelle que l’intellectuel n’a pas de « skin in the game » : ses erreurs ne lui coûtent rien, à la différence de l’entrepreneur ou de l’artisan. Cette déconnexion du réel expliquerait la facilité avec laquelle des figures aussi prestigieuses que Sartre, Foucault ou Beauvoir ont pu soutenir des régimes meurtriers. Ces errements idéologiques ne sont pas des accidents, mais des symptômes d’un système d’incitations déséquilibrées. « D’un côté, pour un intellectuel, le prix de l’erreur est faible puisqu’il ne subit pas personnellement les conséquences de ses mauvaises idées. De l’autre côté, le prix à payer s’il énonce une vérité peut être élevé dans le cas où celle-ci ne coïncide pas avec ce que les autres estiment être la vérité. »

À lire aussi, Didier Desrimais : Woke fiction, le cinéma français n’est pas épargné

L’intellectuel contre sa société : entre posture morale et distinction sociale

Fitoussi analyse longuement la fascination pour l’anti-occidentalisme comme une forme moderne de prestige moral. À la suite de Roger Scruton, il parle d’oikophobie, ce rejet systématique de sa propre culture, souvent au profit d’utopies lointaines. Steven Pinker complète cette analyse : dans la concurrence symbolique pour la reconnaissance, critiquer son propre camp serait devenu le meilleur raccourci pour briller. Quant au catastrophisme (immigration, climat…), il n’est plus une alerte, mais un marqueur de distinction.

Une indulgence asymétrique : les fautes de la gauche mieux tolérées ?

L’auteur avance par ailleurs l’idée que la critique intellectuelle française souffre d’une asymétrie morale : les erreurs de la gauche seraient perçues comme des dérives exceptionnelles, tandis que celles de la droite seraient vues comme des manifestations de son essence (on ira voir à ce titre la p. 111). Ce biais culturel rendrait certaines figures intouchables, malgré leurs égarements. Samuel Fitoussi y voit un fonctionnement en vase clos, où le regard des pairs prime sur la recherche de vérité.

Rétablir l’exigence intellectuelle

Mais loin de se limiter à une dénonciation, le livre plaide pour un redressement des exigences. Fitoussi rend hommage aux figures de lucidité qui inspirent ses réflexions : Raymond Aron, George Orwell, Jean-François Revel. Il ne s’agit pas d’être anti-intellectuel, mais de demander aux intellectuels de retrouver leur rôle critique, adossé à la confrontation avec le réel, plutôt qu’à la seule quête de reconnaissance.

À lire aussi, Entretien avec Samuel Fitoussi : «Le wokisme a profondément appauvri l’univers Disney!»

Un livre salutaire, mais à lire avec recul

Pourquoi les intellectuels se trompent est un essai stimulant, parfois provocateur, qui bouscule confortablement les certitudes du monde académique. Il pose les bonnes questions, même si certaines réponses gagneraient à être davantage nuancées.

En effet, l’ouvrage met l’accent sur la responsabilité individuelle des intellectuels dans la propagation d’idées erronées. Cependant, les médias, les maisons d’édition et les institutions académiques jouent également un rôle crucial dans la diffusion et la légitimation de ces idées. Une analyse plus complète inclurait ces acteurs pour comprendre comment certaines idées gagnent en influence malgré leurs failles. Tout ne repose pas sur les épaules des intellectuels. Une idée pour un prochain volume ?


Pourquoi les intellectuels se trompent, Samuel Fitoussi, éditions de l’Observatoire, 270 pages.

Pourquoi les intellectuels se trompent

Price: ---

0 used & new available from

Drapeaux en berne: la France en fait-elle trop?

0
Image d'archives © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

La décision du gouvernement français d’autoriser samedi prochain la mise en berne des drapeaux pour la mort du Pape fait grincer quelques dents, des voix estimant que cela contrevient au principe de laïcité. Alors que les conservateurs et les croyants sont évidemment ravis… La France, souvent qualifiée de « fille aînée de l’Église », devrait-elle adopter une neutralité plus stricte envers toutes les religions, sans exception ?


Accusée d’être une « laïcarde » par des conservateurs, Elisabeth Lévy précise sa position. On n’est pas laïcard parce qu’on questionne les drapeaux en berne pour le Pape ! Oui : la laïcité est à géométrie parfois variable et c’est pour cela qu’il est intéressant d’en discuter sans s’écharper. Nous vous proposons d’écouter son intervention.


Les drapeaux seront en berne samedi à l’occasion des obsèques du Pape François et cela déplait à certains. Avait-on besoin de cette petite polémique ? Pourquoi « petite » ? J’en ai marre qu’on disqualifie toute discussion autour de sujets parfaitement légitimes et intéressants. Ce qui rend le débat public ennuyeux, c’est précisément qu’on prétende faire taire les divergences. Le conflit, c’est la vie et c’est l’esprit des Lumières.

La laïcité française en berne ?

La laïcité française est une singularité souvent mal comprise à l’étranger, un élément important de notre identité, donc un sujet de débat légitime – il n’y a rien de petit là-dedans. De plus, on le voit tous les jours, la laïcité est en débat permanent en France, donc sujet à interprétations.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Pourquoi le pape François a déçu

On n’est pas laïcard ou laïciste parce qu’on questionne l’opportunité des drapeaux en berne. Lors de la mort de Jean-Paul II, François Bayrou, fervent catholique, y était opposé. Je ne lui fais pas de procès : le Premier ministre a bien le droit d’avoir changé d’avis. Alexis Corbière (LFI) n’a pas insulté le Pape ni les catholiques : il trouve normal que le président de la République lui rende hommage, mais les drapeaux c’est un peu trop selon lui. Excusez-moi, mais je suis un peu d’accord.

« Je suis en total désaccord, car la laïcité a des principes. Il est normal que le chef de l’Etat ait rendu hommage au pape. Mais nous n’avons pas à marquer une forme de laïcité à géométrie variable, c’est-à-dire que quand une autorité religieuse meurt, on met des drapeaux en berne, mais on ne le fait pas pour d’autres cultes » a déclaré le député d’extrème gauche Alexis Corbière au micro de France info le 22 avril. DR.

De là à nier que la France est un pays de tradition et de culture catholique… Certainement pas !

Le christianisme – et le catholicisme  – est évidemment l’une des premières sources, sans doute la première, de notre identité. Le catholicisme irrigue l’art, les paysages et l’esprit français. Mais aussi probablement notre façon de manger, ou notre rapport à l’argent. Voilà pourquoi comme culture et pas comme culte, il doit avoir une certaine préséance dans notre pays. C’est par exemple bien normal qu’en France Pâques ou Noël soient fériés et pas Kippour ou l’Aïd. Cette reconnaissance de l’histoire me va très bien.

A lire aussi, éditorial: Une femme d’honneur

Mais un pays de tradition catholique n’est pas un pays catholique. Certains de mes amis catholiques regardent avec envie l’Amérique, son président qui jure sur la Bible et son actuel vice-président catho de choc J.D. Vance. Navrée, mais je préfère la séparation à la française qui est plus stricte. Entre Dieu et César, la partie n’est pas égale : s’agissant des affaires de la cité, c’est César qui décide. Et on a même le droit de se moquer de lui ! L’esprit de la laïcité (pas la loi), c’est tout de même une certaine discrétion. Dans l’espace public, on ne la ramène pas avec ses croyances. On ne prie pas au milieu de la rue. Souvenons-nous que quand de Gaulle allait à la messe en tant que président de la République, il ne communiait pas alors qu’il était pourtant également un fervent catholique.

Notre « petit » débat sur les drapeaux est intéressant car la laïcité n’est donc pas une science exacte. C’est une question de curseur. Les crèches dans les mairies ne me posent aucun problème (c’est une tradition, une culture, et je traiterais peut-être à mon tour de laïcards ceux qui semblent obsédés par leur présence chaque année). La mention de nos racines chrétiennes, c’est très bien. Mais les drapeaux, c’est l’expression de la France officielle. Et je ne vois vraiment pas pourquoi on les met en berne pour François, il n’y a aucune raison. D’autant plus que, comme chef d’Etat, François n’était pas un grand ami de la France.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio.

https://www.youtube.com/watch?v=8SYYxfcrnQY

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin

Hep là, retraité! T’as pas cent balles?

0
La ministre chargée des Comptes publics Amélie de Montchalin, Paris, 9 avril 2025 © Thomas Hubert/SIPA

Impôts. Amélie de Montchalin a dit tout haut ce que la macronie pense et désire tout bas, selon Le Parisien. En envisageant de supprimer l’abattement de 10% dont bénéficient les séniors, le gouvernement pourrait lever un véritable « tabou ». Des cibles commodes, dénoncent de concert le RN et les Insoumis, qui n’excluent pas une censure du gouvernement si une telle piste d’économies continuait d’être étudiée.


« On ne peut pas indéfiniment mettre à contribution les actifs pour financer les nouvelles dépenses sociales liées au vieillissement1 » a déclaré Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, cherchant à justifier la possible suppression de l’abattement fiscal de 10% en faveur des séniors. « Pas question, se cabre Laurent Wauquiez, patron des députés LR, coupons d’abord dans les dépenses publiques,  notamment l’assistanat ». « C’est juste une piste, mais tout est ouvert », tempère-t-on dans l’entourage de la ministre devant la levée de boucliers. Fidèle à lui-même, le Premier ministre laisse dire et s’en remet aux partenaires sociaux…

L’imagination au pouvoir

Les génies de Bercy, de Matignon et les rescapés de la macronie encore au gouvernement et aux assemblées, radicalement réduits à la mendicité, seraient donc tout disposés à faire les poches de leurs aînés. La cible du jour, en effet, les retraités. En cause, l’abattement fiscal de 10% dont ils bénéficient depuis quelque chose comme un demi-siècle.

Ce seraient, nous assurent ces éminents comptables – la situation actuelle de nos finances suffit à elle seule à situer leur niveau de compétence en la matière – quatre milliards de recettes supplémentaires pour l’État.

Ah, la belle trouvaille ! En voilà une idée qu’elle est bonne, s’extasierait Coluche ! Taper sur les retraités : l’imagination au pouvoir, vous dis-je !

Au passage, on aimerait beaucoup savoir ce que c’est qu’un retraité dans l’esprit de ces gens. Madame la ministre du Budget, en première ligne sur ce coup tordu, a l’excuse de son relatif jeune âge, mais les autres, le Premier ministre par exemple…?

A lire aussi, Jean-Jacques Netter: Le mur des comptes

Là encore, comme si souvent, comme toujours, il semble bien que la réalité concrète du sujet leur échappe totalement. Car, avant d’avancer de formidables idées comme celle-ci, ne devraient-ils pas faire entrer dans leurs savants calculs certains paramètres que manifestement ils ignorent. Ou pire, méprisent.

Qui, dans une notable mesure, fait vivre le monde associatif à la française, si ce n’est – le plus souvent à bourse déliée – le retraité?

Qui, dans cette merveilleuse société où le chômage culmine plus haut qu’ailleurs et où l’entrée dans la vie active n’est pas qu’un fleuve tranquille, qui, disais-je, soutient financièrement enfants et petits-enfants, cela de plus en plus fréquemment jusqu’à l’âge adulte, ou davantage quand ce malin plaisir en vient à se prolonger?

Qui sont, en général, parmi les premiers contributeurs au financement des études de celles et ceux qui seront demain les cadres de la nation, constitueront les forces vives du pays?

Défaillances

Qui fait office de crèche, de garderie, d’agent de ramassage scolaire là où – pour changer un peu – les services de l’État et de la collectivité sont défaillants?

Qui, se trouvant dépositaire d’une part non négligeable du patrimoine bâti de nos villes, villages et campagnes en assure la préservation, la transmission, l’entretien, la charge et la responsabilité, faisant vivre ainsi tout un secteur économique, l’artisanat du cru en particulier?

Qui éprouve encore – mais jusqu’à quand ? – suffisamment d’attachement au pays, à la nation, à la République pour accomplir avec constance son devoir de citoyen en allant voter?

A lire aussi, Stéphane Germain: La guerre sans effort de guerre ?

Et qui – si on en venait malgré tout à taxer les cent balles de la mendicité gouvernementale, à piquer les 10% en question – qui ne se sentirait pas pour autant autorisé à aller foutre le bordel dans les quartiers et les rues, à saccager les banques et les commerces, à cogner à l’envi sur du flic et du gendarme, à incendier la médiathèque ou la Sécu? Oui qui?

À chacune de ses questions, une seule et même réponse : le retraité.

Alors il me semble que ces fichus 10% qu’on veut aller chercher dans sa poche, il les mérite amplement.

Il mérite surtout qu’on lui foute un peu la paix. Le président Pompidou disait avec une sagesse de fin lettré issu des campagnes profondes du  Cantal : « Il faut cesser d’emmerder les Français ». L’injonction vaut aussi et surtout, me semble-t-il, pour ceux que – avanie supplémentaire – ces messieurs-dames des ministères et autres économistes experts ont le front de qualifier « d’inactifs ».

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

  1. https://www.leparisien.fr/politique/amelie-de-montchalin-un-debat-est-lance-sur-le-financement-de-notre-modele-social-tout-est-sur-la-table-19-04-2025-64ADNJJFMVFJ5HYLEHB7X3DKI4.php ↩︎

Dérégulation des jeux en ligne aux États-Unis: un pari risqué

0
Les clients d'un casino à Las Vegas prennent des paris sportifs pendant le Super Bowl le 14 mai 2018 © John Locher/AP/SIPA

Depuis leur légalisation par une décision de la Cour suprême en 2018, les paris sportifs sont désormais permis dans une trentaine d’États. En quelques années, des États comme l’État de New York ont récolté des fortunes en recettes fiscales


Depuis 2018, les États-Unis connaissent une transformation en profondeur du secteur des jeux d’argent, à la faveur de la légalisation progressive des paris sportifs en ligne. Trente États ont aujourd’hui adopté des cadres légaux permettant à une industrie numérique puissante de s’implanter à grande échelle. Ce développement rapide ne s’est pas produit spontanément : il résulte d’un long processus, marqué par des débats juridiques, des luttes intenses de lobbying et des repositionnements d’acteurs historiques du jeu.

Le PASPA et le monopole du Nevada

Jusqu’à la fin des années 2010, les paris sportifs restaient en grande partie interdits sur le territoire américain, en vertu du Professional and Amateur Sports Protection Act (PASPA) de 1992. Si le Nevada (l’État des villes de Las Vegas et Reno) bénéficiait d’une exception légale, la majorité des joueurs passait par des plateformes offshore, hébergées dans des juridictions permissives. Ces sites, accessibles mais non régulés, représentaient un marché estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, sans contrôle étatique ni protection des consommateurs.

C’est l’État du New Jersey (l’État de la ville d’Atlantic City) qui, par un recours juridique lancé en 2011, finit par provoquer le basculement. Quelques années plus tard, le 14 mai 2018, la Cour suprême des États-Unis rend un arrêt (Murphy v. NCAA).

Dans l’affaire Murphy v. NCAA (anciennement Christie v. NCAA), l’État du New Jersey, représenté initialement par le gouverneur Chris Christie puis par son successeur Phil Murphy, cherchait à contourner le PASPA. Le New Jersey souhaitait revitaliser son industrie des jeux à Atlantic City en autorisant les paris sportifs, ce que contestèrent plusieurs ligues sportives professionnelles. La National Collegiate Athletic Association (NCAA), la National Football League (NFL), la Major League Baseball (MLB), la National Basketball Association (NBA) et la National Hockey League (NHL) craignaient que cette libéralisation ne nuise à l’intégrité des compétitions.

A lire aussi, du même auteur: Vencorex: les Chinois ont bon dos…

Le cœur du litige reposait sur une question constitutionnelle : le Congrès, en adoptant le PASPA, avait-il outrepassé ses pouvoirs en interdisant aux États de modifier leur propre législation sur les jeux ? Dans sa décision rendue à une majorité de six voix contre trois, la Cour suprême des États-Unis a donné raison au New Jersey. Le juge Samuel Alito, rédacteur de l’opinion majoritaire, a estimé qu’en « donnant des ordres directs aux législatures des États », le PASPA violait le dixième amendement de la Constitution. Cette décision n’a pas rendu les paris sportifs légaux au niveau national, mais elle a levé l’interdiction fédérale, permettant à chaque État de choisir d’autoriser ou non cette activité. Ce jugement n’impose pas la légalisation des paris sportifs, mais il en ouvre la possibilité à l’échelle des États. Le paysage juridique est alors bouleversé : dès 2019, plusieurs États mettent en place une régulation formelle, ouvrant la voie à une croissance rapide du marché.

Une coalition hétérogène d’intérêts

La légalisation des paris sportifs a été portée par une coalition variée d’acteurs. L’American Gaming Association (AGA), avec son président d’alors Geoff Freeman, a joué un rôle moteur dans la promotion d’une régulation plus permissive (ou « plus moderne », selon eux). Il est intéressant de noter que, lors de l’affaire Murphy v. NCAA, plusieurs ligues sportives professionnelles s’étaient officiellement opposées à la légalisation des paris sportifs par le New Jersey. Pourtant, cette opposition juridique masquait des positions plus nuancées. Dès 2014, la NBA, sous l’impulsion d’Adam Silver, s’était exprimée en faveur d’une légalisation fédérale régulée, considérant qu’une interdiction n’était ni réaliste ni efficace face à la prolifération du marché noir. La MLB et la NHL ont, elles aussi, évolué rapidement après la décision de la Cour suprême, reconnaissant les potentialités commerciales d’un cadre légal. En quelques mois, ces mêmes ligues ont noué des partenariats avec des opérateurs de paris, participant ainsi à la structuration du nouveau marché. Ce retournement stratégique illustre combien la position des institutions sportives était moins fondée sur un refus de principe que sur la volonté d’encadrer et d’influencer les conditions d’une légalisation désormais inéluctable.

En parallèle, certains acteurs majeurs de l’industrie du jeu, notamment issus du modèle traditionnel des casinos physiques, ont manifesté une vive opposition. C’est le cas de Sheldon Adelson, magnat de Las Vegas Sands. Farouchement opposé aux jeux d’argent en ligne, qu’il considérait comme moralement et socialement problématiques, Adelson a financé d’importantes campagnes en faveur du projet de loi Restore America’s Wire Act, visant à interdire le jeu en ligne à l’échelle fédérale. Malgré son influence, ces efforts n’ont pas abouti. La perception publique, de plus en plus favorable à une régulation encadrée, conjuguée aux intérêts économiques croissants pour les États, a pesé plus lourd que la résistance de certains acteurs traditionnels.

En 2024, les paris sportifs en ligne ont généré 13,7 milliards de dollars de revenus aux États-Unis. Certains États ont tiré un bénéfice direct de cette dynamique. La Pennsylvanie a ainsi perçu plus de 250 millions de dollars de taxes, tandis que New York, avec un taux de 51 % sur les revenus bruts des opérateurs, a dépassé les 900 millions de recettes fiscales annuelles. Ces fonds ont été mobilisés pour financer divers services publics, allant de l’éducation aux infrastructures.

Parallèlement à cette expansion économique, les études rapportent une augmentation des indicateurs liés à l’endettement personnel et aux comportements de jeu problématiques. Des données récentes publiées par le Journal of the American Medical Association (JAMA) confirment les préoccupations liées à la banalisation des paris sportifs en ligne. Une étude a observé une augmentation significative des recherches sur Internet liées à l’addiction au jeu dans les États ayant légalisé les paris. Cette corrélation entre l’accessibilité numérique et les comportements problématiques suggère que la démocratisation des plateformes ne s’accompagne pas toujours d’une prise de conscience des risques. Par ailleurs, une publication dans JAMA Psychiatry a mis en lumière l’existence d’un phénomène inquiétant : les individus pratiquant régulièrement les paris sportifs présentent un risque accru de troubles liés à la consommation d’alcool. Ces résultats renforcent l’idée que les paris en ligne ne relèvent pas seulement d’une question de régulation économique, mais posent également un véritable enjeu de santé publique.

L’influence de la publicité et des opérateurs

L’un des vecteurs de cette généralisation réside dans l’investissement publicitaire massif des opérateurs. DraftKings, FanDuel ou BetMGM ont consacré des centaines de millions de dollars à des campagnes mettant en avant des offres promotionnelles, souvent relayées par des célébrités sportives. Ces messages, largement diffusés lors des grands événements, contribuent à inscrire le pari sportif dans une forme de normalité culturelle, voire de prolongement du spectacle sportif lui-même.

Les effets de cette évolution se font également sentir sur les pôles traditionnels du jeu. À Las Vegas, les casinos enregistrent une légère baisse des mises sur les paris sportifs, tandis qu’Atlantic City voit ses revenus croître principalement grâce aux jeux en ligne. Pour s’adapter, les établissements investissent dans la modernisation de leurs espaces, dans des activités complémentaires, ou dans des projets familiaux visant à diversifier leur clientèle.

Les cadres réglementaires américains restent encore hétérogènes, et de nombreux États n’imposent pas de limites strictes sur les montants misés ni sur la publicité. D’autres pays ont adopté des approches plus encadrées. En Allemagne, la législation impose des exigences renforcées sur la protection des joueurs. Au Royaume-Uni, les autorités ont récemment freiné un projet d’assouplissement réglementaire en raison de préoccupations sociales. Le Brésil renforce également ses contrôles après une phase de libéralisation rapide. En Chine, les jeux d’argent sont largement interdits, ce qui limite le développement du secteur en ligne, hormis dans la région de Macao. Cependant, le Canada présente une approche originale.

Depuis l’ouverture de son marché aux jeux d’argent en ligne en avril 2022, l’Ontario s’est imposée comme un modèle de régulation, conjuguant croissance économique, gouvernance indépendante et protection des joueurs. Ce développement contrôlé illustre une volonté politique claire : encadrer plutôt qu’interdire.

Le modèle ontarien : encadrer plutôt qu’interdire

La création d’iGaming Ontario (iGO), devenue en 2024 une entité indépendante de la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario (AGCO), marque une étape clé. Cette séparation institutionnelle répond à un objectif de transparence et de meilleure supervision, en éliminant les éventuels conflits d’intérêts entre autorité de régulation et exploitant public. Ce cadre a permis au marché de se développer rapidement : en février 2025, les mises totales ont dépassé 7 milliards de dollars canadiens, principalement dans les jeux de casino, mais aussi dans les paris sportifs qui progressent de manière continue.

Toutefois, des questions demeurent, notamment celle de l’ouverture du marché au niveau international. La Cour d’appel de l’Ontario doit bientôt statuer sur la légalité du partage de liquidités avec des joueurs étrangers, un enjeu crucial pour le développement du poker en ligne.

À lire aussi, Jeremy Stubbs : Donald Trump : brise-tout inculte ou stratège hétérodoxe ?

L’approche canadienne toute comme celle adoptée par les grandes ligues sportives américaines face à la légalisation des paris en ligne illustre un dilemme stratégique plus large, auquel sont aujourd’hui confrontées de nombreuses institutions publiques ou privées : faut-il s’opposer frontalement à une dynamique perçue comme inévitable, ou chercher à l’encadrer de l’intérieur en espérant en limiter les effets tout en en tirant parti ? Dans un premier temps, les ligues ont défendu une posture d’opposition, mobilisant des arguments liés à l’éthique du sport et à la préservation de son intégrité. Mais dès que le cadre juridique a changé, leur position a évolué.

Ce renversement n’a rien d’anecdotique. Il signale une reconnaissance implicite : lorsque les pratiques sociales s’imposent en dehors des cadres légaux, les exclure purement et simplement revient souvent à perdre toute capacité d’action sur elles. En embrassant la régulation plutôt que l’interdiction, les ligues ont non seulement retrouvé une forme de maîtrise sur le phénomène, mais ont également contribué à structurer un marché plus transparent. Cela ne signifie pas que les risques ont disparu, mais que l’opposition rigide cède progressivement la place à une stratégie plus pragmatique.

Enfin, l’approche américaine de la régulation des paris sportifs en ligne semble largement inspirée d’un principe implicite de type caveat emptor, où la responsabilité individuelle prime sur l’intervention publique. L’idée dominante est que le consommateur est libre de ses choix, même risqués, et que le rôle de l’État n’est pas de restreindre l’offre, mais d’en encadrer les abus les plus flagrants. Cette vision contraste avec celle, plus protectrice voire paternaliste, adoptée dans de nombreux pays européens, où la régulation anticipe davantage les effets sociaux et cherche à limiter les incitations au jeu excessif.

En politique, mêlons-nous de ce qui ne nous regarde pas…

0
Eric Ciotti et Jordan Bardella, Paris, juin 2024 © J.E.E/SIPA

Notre chroniqueur passe en revue les différentes formations politiques nationales, lesquelles se mettent progressivement en ordre de marche pour l’élection présidentielle. S’il vote à droite, il ne s’interdit pas de distribuer bons et mauvais points à gauche, au centre ou aux extrémités de notre merveilleux « arc républicain ».


Un citoyen conscient de ses devoirs s’intéresse naturellement à la vie démocratique de son pays. Pourtant, dans l’actualité quotidienne, il me semble que trop souvent il demeure enkysté, sur le plan politique, dans sa sphère partisane. Il a son champion ou sa championne et n’en démord pas. Alors qu’on pourrait espérer, au contraire, une infinie curiosité de sa part et une envie de se mêler de ce qui ne le regarde pas.

Je n’ai jamais compris pourquoi le passionné de politique ne se sentait pas frustré à l’idée de n’avoir pas une sorte de droit de regard universel sur l’ensemble des débats agitant les partis et, partant du sien, de se construire la République qu’il souhaiterait. D’autant plus qu’il pourrait faire preuve à la fois d’objectivité – il ne serait pas concerné – et de lucidité : il ne serait pas ligoté par des liens et des dépendances internes.

Une bonne droite

Les arbitrages qu’il aura à effectuer auront des conséquences importantes, ils engageront notre pays sur des chemins contrastés, désastreux pour peu qu’ils soient mal avisés.

Commençons par le 16 mai. Si Bruno Retailleau n’est pas élu président de LR, quelle que soit la permanente invocation du duo, et non pas du duel, par Laurent Wauquiez, le premier se verrait réduit à la portion congrue et le second serait en charge de l’essentiel.

Le passé est trop clair pour qu’on puisse hésiter sur la personnalité à promouvoir et la ligne à adopter. Laurent Wauquiez n’a pas cessé de faire prévaloir ses intérêts personnels, lors de la composition des gouvernements, avant ceux de son parti et des possibles ministres sollicités. Je suis persuadé que l’action ministérielle de Bruno Retailleau, loin d’être un handicap, apparaît de plus en plus comme la démonstration qu’une vraie droite est en train, sortant de sa molle léthargie et de ses divisions artificielles, de redevenir une espérance et de susciter le désir.

Gauche plurielle

Les socialistes comprendront, lors de leur futur congrès, que leur regain dans l’opinion n’a tenu qu’à la revendication de leur ancrage social-démocrate avec leur libération de l’emprise de LFI et de la domination malsaine de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche et l’extrême gauche. Il est capital que ses adversaires s’unissent pour faire revenir un parti socialiste pleinement autonome capable de résister à la tentation facile des unions électorales. Peu importe qui le dirigera pour peu que son projet soit celui-là et pas seulement de servir le dessein de François Hollande impatient de rattraper le temps perdu.

Chez les écologistes, si Marine Tondelier éprouve beaucoup de plaisir à passer à la télévision, comme le lui a reproché un anonyme de la direction, ce ne semble pas être un motif suffisant pour ne pas envisager un concurrent ou une concurrente. On dit qu’elle est favorite, lors du prochain congrès, pour se voir renouveler comme secrétaire nationale mais on a le droit de supposer qu’en dehors de Sandrine Rousseau qui la critique, d’autres ambitions pourraient se manifester. (Elle a été largement réélue comme secrétaire nationale : on la verra encore plus à la télévision!).

A lire aussi: Mieux vaut tard…

À LFI, la garde rapprochée de Mélenchon tient bon et il y a quelque chose de pathétique dans cette fidélité qui s’obstine alors qu’elle sait que son « Lider » est voué à l’échec en 2027. La peur ou l’admiration la motivent-elles ? Ce n’est pas en tout cas la migration de François Ruffin avec ses limites politiques et son talent de cinéaste qui pourra les détourner de Mélenchon qui exerce une fascination par son emprise et sa culture et par l’habilité paternelle avec laquelle il gère les uns et les autres, les laissant libres mais sous condition d’inféodation.

Il y a Fabien Roussel au parti communiste et un sondage récent l’a mis à un niveau inespéré. Mais tout tient à sa personnalité et rien à son programme. Ce qu’il n’a pas de communiste séduit et quand il se résout à proclamer qu’il l’est, il baisse.

Plan B

Au Rassemblement national, la probabilité de Marine Le Pen candidate en 2027 n’est pas totalement à écarter mais peu plausible. Jordan Bardella est, paraît-il, le successeur naturel. Il a cherché à se vieillir mais il reste incurablement jeune. La comparaison avec l’Emmanuel Macron de 2017 n’a pas grand sens compte tenu du passé étatique de ce dernier quand il s’avance sur la scène de la joute présidentielle. Jordan Bardella, à marche forcée, se construit une personnalité, un savoir, une culture, une souplesse dans l’expression, une profondeur dans la pensée, des développements et une rigidité moins scolaires, cet homme n’est pas médiocre, il est méritant. Mais cela ne suffit pas. Il n’est pas fini, ceci dit sans la moindre dérision, contrairement à ce qu’Éric Zemmour avait fustigé chez Emmanuel Macron. On ne peut pas souhaiter que la présidence de la République soit la continuation d’une formation alors qu’elle devrait en être l’aboutissement. Le RN ne changera rien mais il devrait s’interroger.

Édouard Philippe sera candidat en 2027. Il était très apprécié des Français et le président Macron jaloux de sa popularité l’a fait partir dans des conditions peu dignes. Depuis qu’il mène son trajet à sa manière pour conquérir le Graal, il est toujours bien placé mais son juppéisme foncier décourage. On ne parvient pas à le croire quand Christophe Béchu nous annonce, de sa part, « des réformes massives ». Déjà, s’il en fait d’utiles, ce serait bien !

À Reconquête!, deux intelligences, deux personnalités dissemblables, deux talents, l’un avec une dureté inflexible, l’autre avec une conviction souriante, mais le même programme. Lequel ira ? Elle nous a déclaré que ce serait lui. J’attends la suite avec impatience. Il n’est pas fait pour suivre. Elle n’est plus faite pour suivre.

Si on ne se mêle pas en politique de ce qui ne nous regarde pas, on ne comprend pas, on n’espère rien, on est exclu. La démocratie est un immense champ où tout le monde a le droit de jouer. De sortir de chez soi pour aller voir ailleurs. De la même manière que les affaires, c’est l’argent des autres selon Alexandre Dumas fils, la République, c’est l’affaire de tous.

Le trumpisme, un mouvement contre-révolutionnaire?

0
Le président des États-Unis, Donald Trump, siffle le début de la chasse aux œufs de Pâques 2025 sur la pelouse sud de la Maison Blanche le 21 avril 2025 © Samuel Corum - Pool via CNP/DPA/SIPA

L’élection de Donald Trump et sa politique disruptive aux États-Unis marquent un tournant décisif dans le processus de mondialisation. Elles incarnent une réaction directe à l’indifférenciation généralisée que les élites politiques ont encouragée pendant des décennies.


C’est une petite vidéo passée inaperçue, retwittée par Elon Musk fin février. Dans celle-ci, l’historien et commentateur Victor Davies Hanson se plaignait que le trumpisme soit associé à une révolution. « Ce n’est pas une nouvelle révolution. C’est une contre-révolution, un retour en arrière contre les excès de la gauche, une restauration de ce qui a fonctionné ».

La tech passe à droite !

Peu porté sur la politique jusque ces deux dernières années, l’entrepreneur star du spatial a opéré un revirement spectaculaire, jusqu’à afficher un soutien plein et entier au candidat Donald Trump pendant la campagne présidentielle américaine. Le 18 septembre, il expliquait sa position sur X : « Les démocrates ont tellement basculé à gauche que les républicains, avec tous leurs défauts, apparaissent aujourd’hui comme le choix des modérés ». Il récidivait quatre jours plus tard : « La gauche a perdu les pédales et les républicains sont les seuls à rester au milieu. Les gens le voient ». Elon Musk affirme régulièrement que le Parti démocrate s’est extrémisé, et cela l’inquiète : « Je n’ai pas bougé – ce sont eux qui ont bougé » écrivait-il encore début mars.

À lire aussi : De la «High-tech» à la «Right-tech»

Que reproche Elon Musk à la gauche américaine ? On peut citer pêle-mêle l’ouverture des vannes de l’immigration illégale durant les années Biden, accusée de déstabiliser le pays, l’offensive sur la question du genre sexué et plus généralement ce qu’il appelle le « virus de l’esprit woke », le malthusianisme profond du clan progressiste, et l’étatisme dont il serait porteur. Cette conscientisation politique tardive est consécutive à la censure profonde de l’information qui s’est installée aux États-Unis et chez ses alliés à partir de l’année 2020, qui l’avait incité à racheter le réseau Twitter en 2022 non sans une prise de risque financière.

« Des politiciens malades et radicaux »

S’il est devenu incontournable dans les médias, le fondateur de SpaceX et de Tesla n’est qu’un élément tardif de cette profonde révolte conservatrice et libertarienne qui a cours en Amérique. Celle-ci part de loin – on peut remonter au mouvement Tea Party qui avait pris de l’ampleur il y a une quinzaine d’années – et elle s’organise autour d’un homme : Donald Trump. Souvent présenté comme un simple businessman à la faconde facile, le président des États-Unis est aussi porteur d’une pensée politique structurée, que ses diatribes cachent à la perspicacité de nombreux analystes. Ses attaques contre ses adversaires ont rarement été relevées de ce côté-ci de l’Atlantique alors qu’elles révèlent beaucoup de sa pensée. Écoutons-le en meeting dans le Michigan en avril 2022 : « Ensemble nous nous levons contre certaines des forces les plus sinistres et des opposants les plus vicieux que notre pays ait jamais vus. Malgré tout ce que vous entendez à propos de la Chine, de la Russie, de l’Iran et d’autres, notre plus grand danger ne provient pas de l’extérieur mais des politiciens malades et radicaux qui ont voulu détruire notre pays en toute connaissance de cause ».
Simple effet de manches ? Non pas, car l’homme dénonce depuis près de dix ans ceux qu’il appelle les « mondialistes ». En juin 2016, il critiquait ouvertement la voie empruntée par sa principale opposante, et affichait un choix clair : « Hillary [Clinton] dit que les choses ne peuvent pas changer. Je dis qu’elles doivent changer. Il faut choisir entre l’américanisme ou son mondialisme corrompu ». Devenu président des États-Unis, il récidivait en 2017 pour son premier discours à la tribune des Nations Unies, dans lequel il visait « les accords de commerce multinationaux géants, les tribunaux internationaux irresponsables et les bureaucraties globales puissantes ».

À lire aussi : Donald Trump : brise-tout inculte ou stratège hétérodoxe ?

Révolution, contre-révolution, mondialisme, forces radicales… Quoique l’on pense des manières du président américain et des mesures du Parti républicain, ces mots décrivent une réalité largement ignorée dans le débat médiatique en France. Depuis des décennies en effet, dans nos pays occidentaux, dirigeants, intellectuels ou financiers appellent à une refonte complète de notre société et de son cadre politique. Ils parlent publiquement de révolution, de planification et de centralisation mondiale, de transformations sociétales. On trouve ces aspirations dans des think tank puissants, depuis le très malthusien Club de Rome, qui invoquait en 1972 déjà une « révision de la fabrique entière de nos sociétés actuelles », jusqu’au Forum de Davos et son désir affiché de « Grande Réinitialisation » (2020). On les rencontre chez de nombreuses personnalités, parfois à des postes hautement stratégiques, comme la présidence de la Banque Centrale Européenne ou l’administration de l’ONU. L’analyse de leurs discours et de leurs écrits révèlent une tournure d’esprit particulière, portée par le besoin impérieux d’englober le tout du regard, happée par des fantasmes d’unicité et d’indifférenciation sociétale, mais aussi fascinée par les chocs et les crises.

Un processus révolutionnaire mal identifié

L’opinion commune part du postulat que le temps des grandes idéologies politiques s’est refermé avec le XXème siècle et la chute de l’Union soviétique. L’heure serait au pragmatisme ou aux seuls intérêts économiques. Mais une analyse attentive contrevient à cette impression. Si l’Internationale communiste s’est écroulée avec la puissance qui la portait, des structures proches ont pris le relais, à l’instar de la IIème Internationale – la socialiste.
L’actuel Secrétaire général de l’ONU, le Portugais Antonio Guterres, l’a présidée entre 1999 et 2005, et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, très en pointe sur les questions d’immigration ou de transgenrisme, en est à sa tête aujourd’hui. Le Parti travailliste anglais de Keir Starmer est un membre historique de la IIème Internationale, tout comme le mouvement politique de l’ancien Secrétaire général de l’OTAN, le norvégien Jens Stoltenberg. En 2013, afin de rénover son idéologie et élargir sa base, l’Internationale socialiste a lancé l’Alliance progressiste, un mouvement qui professe rien moins qu’un programme de « transformation socio-écologique ». Outre-Atlantique, le Parti démocrate avait intégré l’Alliance, ce qui officialise le tournant radical qu’il a pris dans la décennie passée.

À lire aussi : Quand la Silicon Valley débranche le wokisme

Et la France ? La patrie de la Révolution reste très bien placée dans le concert universaliste. Ces quarante dernières années, de nombreux responsables dans notre pays ont appelé à la suppression des frontières, au mélange des populations et à l’interdépendance économique, autant d’évolutions désignées comme un préalable à l’établissement d’un monde nouveau. De l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy prônant l’instauration d’une « Démocratie-Monde » à Christine Lagarde et ses multiples appels au « reset », en passant par Jean Monnet et ses rêves d’Europe « affranchie du poids des siècles et des contraintes de la géographie », partout éclate la volonté d’araser les barrières, les différences, les distances, dans une vision très réductionniste du monde. Emmanuel Macron en personne a exprimé ces grands rêves de transformation, avec une sémantique caractéristique des utopies. Dans le livre programmatique qu’il a fait paraitre avant l’élection présidentielle de 2017, l’ancien protégé de Jacques Attali appelait à « réinventer notre pays » car « nous sommes entrés dans une nouvelle ère ». Il incitait à engager une « conversion » pour coller au « sens de l’histoire », et désignait les conservateurs comme des « ennemis ». Un « siècle de promesses » s’ouvrait, affirmait-il encore, lequel nous emmènerait vers « notre libération collective », à condition de construire un État européen et de définir « un nouvel humanisme ». Le seul livre jamais signé par le président de la République portait un titre révélateur : Révolution

Pourquoi le pape François a déçu

0
Le pape François embrasse le pied d'un homme lors du rituel du lavement des pieds au centre de réfugiés de Castelnuovo di Porto, à environ 30 km de Rome, le jeudi 24 mars 2016 © l'Osservatore Romano/AP/SIPA

Avec François, Rome parlait comme L’Humanité, rappelle notre chroniqueur.


Le pape François, mort à 88 ans en ce lundi de Pâques, s’est laissé prendre au piège de l’idéologie « antiraciste », qu’Alain Finkielkraut avait décrit comme « le nouveau communisme du XXI e siècle ». Il suffit de lire, ce mardi matin, les dithyrambes de la presse de gauche pour se convaincre du militantisme progressiste qui fut celui du Saint Père. « Le pape humaniste », titre La Marseillaise. L’Humanité salue sa mémoire « au nom de la paix, des migrants et du Saint Esprit ». Le Parisien voit en lui « Le pape du peuple ». François est notamment salué pour ses combats contre le réchauffement climatique et pour l’immigration musulmane.

Diversité bénie

Jean-Paul II, en 2003, avait invité l’Église à avoir « un juste rapport avec l’islam », en ayant en tête les « divergences notables » entre les deux civilisations. Pour sa part, à peine élu en mars 2013, François s’était rendu à Lampedusa, île italienne débordée par les arrivées clandestines, pour y saluer « les chers immigrés musulmans ». En 2016, il revenait de l’île de Lesbos avec trois familles musulmanes, en laissant sur place des familles chrétiennes désireuses de le suivre. En visite à Marseille, il avait louangé l’idéal d’une ville multiculturelle ouverte à la diversité bénie. Bref, au-delà du message chrétien sur la charité et l’accueil, François aura illustré jusqu’à l’absurde la pente suicidaire que porte en lui le christianisme dans sa modernité, en confondant les Dix Commandements et la religion des droits de l’homme. Marcel Gauchet avait prévenu : « Le christianisme est la religion de la sortie de la religion ».

À lire aussi : François, pape des pauvres et des polémiques, est mort

Un Pape autoritaire

L’ostensible humilité de ce Pape autoritaire n’est pas sans rappeler le moralisme porté en sautoir par les idéologues du camp du Bien : ils sont persuadés de détenir la vérité au point de ne pas supporter la discussion. De ce point de vue, son rejet salutaire de l’Église « mondaine » – qui l’avait incité à refuser l’invitation d’Emmanuel Macron à la cérémonie de réouverture de Notre-Dame – l’a coupé paradoxalement d’un peuple soucieux de préserver son enracinement. L’indifférence que portait François aux chrétiens d’Orient, autant qu’à la France fragile et plus généralement à l’Europe ouverte aux influences islamistes, restera comme une tache sur son pontificat. Son opposition à la messe traditionnelle (la messe en latin) n’aura pas non plus été une réponse à la hauteur des attentes de beaucoup de fidèles.
D’autant que la jeunesse, à travers ses catéchumènes (17 800 baptisés à Pâques, soit une hausse de 45% par rapport à 2024), a fait comprendre son appétence identitaire pour un retour aux sources chrétiennes de la civilisation occidentale. Ce phénomène s’est lu également, dimanche, dans la fréquentation massive des églises. Benoît XVI avait expliqué : « La recherche de Dieu est le fondement de toute culture véritable ». Aujourd’hui l’Occident chrétien, cible d’une offensive djihadiste redoutablement efficace, mérite d’être revivifié. Or François s’est refusé à ce rôle, remarquablement défendu, au contraire, par le cardinal Robert Sarah par exemple. Puisse le prochain Pape être le résistant attendu.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

Price: ---

0 used & new available from