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Corées: la haine du Japon fait l’union

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Il y a peut-être encore un espoir d’unir les deux Corées…


Les Jeux olympiques de Pyeongchang devaient sceller le réchauffement des relations entre les deux Corées, séparées par un mur physique et psychologique de 250 kilomètres de long et de 4 kilomètres de large. Las, les plaies de la guerre fratricide de 1950-1953, où deux millions d’individus perdirent la vie, peinent à se refermer. L’équipe féminine de hockey sur glace coréenne, composée de joueuses des deux nationalités, ne sera rien de plus qu’un symbole. Car une éventuelle réunification n’est pas plus souhaitée que souhaitable. Pour Séoul, un scénario à l’allemande signerait son arrêt de mort économique. Quant aux évadés nord-coréens, bien souvent traumatisés par la brutalité de leur régime, ils ont du mal à s’adapter à la démocratie moderne.

Au Nord, c’était les Choson…

Malgré tout, reste un point commun aux Coréens : la détestation de l’ennemi héréditaire japonais. Au nord comme au sud de la péninsule extrême-orientale, un héros fait même l’unanimité : Yi Sun-sin, amiral du XVIe siècle issu de la dynastie Choson, laquelle régna sur la Corée de 1392 à l’invasion nippone de 1910. Yi Sun-sin se battit victorieusement sur deux fronts, contre la Chine et le Japon.

De quoi remonter le moral et la fierté d’un peuple traditionnellement humilié par Tokyo, notamment durant les 35 longues années d’occupation japonaise au siècle dernier. Non seulement les tyrans nippons y ont abusé des femmes autochtones qu’ils prostituaient de force, mais ils ont en prime soumis les Coréens à des expériences médicales préfigurant les travaux du docteur Mengele. Au vu de tout ce passif, lorsque Kim Jong-un menace le Japon avec ses missiles nucléaires, peu de Sud-Coréens versent une larme. Et qui sait, peut-être le satrape du Nord se rêve-t-il dynaste Choson…

Le Monde selon Kim Jong-un

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La Corée du Nord en 100 questions

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Réserve fédérale américaine: Adieu Janet, on t’aimait bien!


Après quatre ans de bons et loyaux services à la tête de la Réserve fédérale américaine (FED), Janet Yellen raccroche les gants. Avec pragmatisme, celle qui a vu venir la crise de 2008 a eu la lourde tâche de ramener l’économie américaine à la raison après le passage du pompier-pyromane Ben Bernanke. Hélas, la Banque centrale européenne tarde à suivre son exemple.


Les banques centrales sont un marqueur de l’expérience néolibérale. Leurs dirigeants font désormais l’objet d’une observation scrupuleuse. On spécule sur les décisions qu’ils pourraient prendre, sur les décisions qu’ils ont prises, sur leurs commentaires et déclarations. Le pouvoir des banquiers centraux, problématique en soi, s’est encore renforcé à l’occasion de la grande crise de 2008. On nous dit qu’ils ont sauvé les banques en Occident et les économies avec elles. C’est vrai. Mais on omet de nous dire qu’ils ont laissé s’installer le contexte générateur de crise.

Elles constituent aujourd’hui un réseau planétaire dont le centre est la Réserve fédérale, la plus centrale des banques centrales si l’on ose dire. Washington, capitale de la première puissance diplomatique et militaire, abrite aussi la banque centrale la plus influente du système globalisé. Or, Janet Yellen, installée depuis quatre ans à sa tête, cède la place à un de ses collègues du conseil de politique monétaire, Jay Powell. Et les bons esprits de s’interroger sur les inflexions futures de la politique monétaire. Cela s’appelle tirer des plans sur la comète. D’abord, parce qu’on ne connaît pas le nouveau président de la Fed, ensuite parce que la banque de Washington a été « cornérisée » par la crise : elle agit, comme d’autres banques centrales, sous la contrainte. Or, justement, Yellen est sûrement celle qui avait le mieux compris les risques du surendettement.

Janet Yellen l’académique

Le conseil de politique monétaire de la Réserve fédérale comprend 17 membres, dont 12 représentent les réserves fédérales décentralisées. Janet Yellen y a longtemps siégé au titre de la réserve de San Francisco, tout particulièrement dans la période critique de boom du crédit aux ménages (notamment immobilier) qui a provoqué la crise financière. S’est-elle bercée d’illusions comme l’immense majorité des économistes et des banquiers commerciaux, des banquiers d’affaires et des banquiers centraux ? Non. Les minutes du conseil de politique monétaire, dévoilées ultérieurement, montrent qu’elle fut la seule à annoncer, en 2006, la survenue de la crise ses collègues, dont le président Alan Greenspan, spéculant sur un « atterrissage en douceur ». Janet Yellen aurait-elle les qualités d’une pythonisse ? Disons plutôt qu’elle illustre la corporation des économistes académiques. C’est une universitaire mariée à la ville avec un autre universitaire. À ce titre, elle fait partie de cette minorité d’économistes qui pensent que les dettes ne peuvent monter jusqu’au ciel sans dommages collatéraux.

Au moment de la déflagration de 2008, c’est cependant Ben Bernanke qui doit tenter de remédier au cataclysme préparé par l’apprenti sorcier Alan Greenspan. Avec l’aide du  gouvernement fédéral, qui consomme près de 400 milliards de dollars d’argent public pour sauver les banques américaines[tooltips content= »Mais aussi les trois constructeurs automobiles sauvés de la faillite par Bush et Obama grâce à un concours de 60 milliards de dollars. »]1[/tooltips], le nouveau président va initier la politique d’argent à meilleur marché de l’histoire. Les taux de la Banque, qui n’avaient jamais baissé au-dessous de 1,75 % durant la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, tombent à zéro, niveau où ils vont se maintenir jusqu’à l’arrivée de notre amie Janet ! Plus encore, mais nous nous garderons de dire « mieux encore », le quantitative easing (« assouplissement quantitatif », QE) est instauré. La Réserve fédérale et cinq autres banques centrales avec elles – Japon, zone euro, Royaume-Uni, Suisse, Suède – rachètent en masse des obligations publiques et privées aux banques américaines[tooltips content= »Au total, 4 500 milliards de dollars de dettes sont rachetées par la Réserve fédérale, dont près de 2 000 milliards de dettes hypothécaires. »]2[/tooltips]. L’opération est double, création monétaire d’un côté, mais aussi, de l’autre côté, soustraction des emprunts qui engorgeaient les marchés du crédit. Sans pour autant que les dettes concernées soient monétisées : consignées dans les registres des banques centrales, elles continuent de porter des remboursements et des intérêts.

Janet Yellen la pragmatique

Cette opération de quantitative easing, louangée par les oies blanches des sphères médiatique et politique, est une opération de desperado. Certes, elle a été conçue et menée à bien par des techniciens des marchés financiers[tooltips content= »C’est ainsi qu’un ancien de la Réserve fédérale a été extirpé de sa retraite pour procéder à mille milliards de rachats de la dette hypothécaire. »]3[/tooltips]. Mais nous commettrions une erreur d’appréciation majeure en pensant qu’elle démontre la maîtrise incontestée des banques centrales sur le système financier globalisé. Elle illustre au contraire la fragilité d’un paradigme fondé sur une croissance des dettes beaucoup plus forte que celle de la production.

Janet Yellen, qui avait vu les dangers du surendettement, a fait un deuxième diagnostic : celui d’une nécessaire normalisation. D’où les deux axes de la politique qui a marqué son passage à la présidence : l’interruption du QE et la remontée progressive des coûts des emprunts des banques commerciales auprès de la Réserve fédérale – remontés aujourd’hui à 1,25 %. La Réserve fédérale a ainsi accompli la moitié du chemin qui mène à la normalisation. On marquera mieux la spécificité de sa politique en l’opposant à celle de Mario Draghi qui pratique, à la tête de la BCE, une politique de taux zéro et poursuit opiniâtrement ses rachats d’obligations privées et publiques d’entre les mains des banques de la zone euro.

Et c’est le moment de dévoiler la face cachée du QE. Chacun voit qu’il a pour effet de comprimer les taux d’intérêt sur les marchés du crédit, qui sont aujourd’hui les plus bas de l’histoire, dans tous les compartiments, y compris les junk bonds (« obligations pourries »). Partant, la valeur des emprunts augmente à proportion puisque cette valeur obéit à une corrélation inverse et proportionnelle vis-à-vis des taux. Prenons, à titre d’illustration, le cas d’un emprunt émis pour une durée de dix ans à un taux de 4 % représentatif d’un bon emprunteur avant la crise. La perte de confiance issue de la crise a pour effet de porter à 8 % le taux du marché : cela revient à dire que le montant des obligations concernées émises cinq ans auparavant s’est déprécié de 20 % ! À l’inverse, l’abaissement drastique des taux sous l’action de la banque centrale, à 2 % comme nous l’avons constaté, nous donne une appréciation de 10 % pour une même durée de cinq ans, par rapport à la valeur d’origine. Mais bien plus si l’on prenait le plus bas niveau touché au plus fort de la crise de confiance.

Or, quelle différence cela fait-il entre la Réserve fédérale, qui a renoncé au QE, et la BCE, qui la poursuit ? La BCE achète des emprunts revalorisés dans la proportion de 10, 15 ou 20 % par rapport au prix d’émission. Autant dire que la BCE crée de la monnaie pour subventionner les banques de la zone euro, bien longtemps après que la « confiance » ait été rétablie ![tooltips content= »Dans une Europe qui interdit par ailleurs aux États de subventionner les entreprises. »]4[/tooltips] Ne nous laissons pas berner par les projets d’union bancaire européenne qui relèvent de la manipulation intellectuelle. La vérité se situe dans les relations entre les banques commerciales et les banques centrales qui les protègent des dommages issus de leurs erreurs ou de leurs fautes.

Sans doute Mario Draghi a-t-il des raisons autres que celles de Janet Yellen. Gardons cependant à l’esprit cette idée de normalisation qui a guidé la présidente sortante de la Réserve fédérale avec ses deux règles : la banque centrale n’a pas vocation à devenir un acteur permanent des marchés financiers et elle doit s’efforcer de rétablir un prix de l’argent, sans quoi il n’y aurait plus de raison d’épargner.

Aujourd’hui, la reprise économique, considérée à l’échelon mondial, s’appuie sur une nouvelle bulle du crédit centrée sur la dette des entreprises, spécialement en Chine. Une nouvelle déflagration n’est pas à écarter. Il reste, en attendant, à saluer la lucidité et le sang-froid de la banquière Janet Yellen.

Montréal a son Hidalgo (et le regrette déjà…)


La Ville de Montréal a son Anne Hidalgo ! Mais les quatre premiers mois de la nouvelle mairesse Valérie Plante n’ont pas été la lune de miel annoncée… 


L’élection imprévue de la première mairesse de Montréal, Valérie Plante, en novembre dernier, a été perçue par de nombreux observateurs au Québec comme une excellente nouvelle. Premièrement, Valérie Plante est une femme, ce qui serait automatiquement un gage de dynamisme. Deuxièmement, la nouvelle élue serait « progressiste », preuve supplémentaire de sa très grande intelligence et de sa légitimé. Troisièmement, son élection mettrait un terme au règne très canadien et non québécois de Denis Coderre, le maire précédent, dont les allégeances fédéralistes sont connues de tous.

Il est pourtant déjà très aisé de constater que la nouvelle mairesse affiche la plupart des travers idéologiques de sa collègue de Paris, Anne Hidalgo. Comme cette dernière, Valérie Plante vit dans un monde idyllique où le Mal se confond avec le capitalisme pollueur, le « nationalisme » et tout ce qui n’est pas conforme au politiquement correct. Comme Anne Hidalgo, Valérie Plante a comme projet de révolutionner sa ville pour en faire un Éden urbain dysfonctionnel.

Montréal a le cœur à gauche et le portefeuille à droite

Il est révélateur que la nouvelle mairesse n’ait bénéficié d’aucune lune de miel après son élection. Valérie Plante a rapidement chuté dans les sondages, les 100 premiers jours de son mandat ont été marqués par la désillusion. La hausse de taxes imposée aux Montréalais a beaucoup contribué à ce revirement : les gens ont envie d’être progressistes, de jouer les sociaux-démocrates, à condition que ce jeu ne leur coûte pas trop cher.

A lire aussi: Grand Paris: les bobos, une chance pour Hidalgo (ou presque)

Dans une entrevue accordée à La Presse, l’ex-ministre des Affaires municipales, Rémy Trudel, a affirmé que « le budget avait teinté cette espèce d’optimisme rayonnant qu’il y avait après les élections » et que « les lunettes roses s’étaient assombries ». Selon plusieurs experts interrogés par ce journal, la mairesse « devra poser rapidement des gestes forts pour rétablir son image » car ses débuts difficiles risquent d’entacher tout le reste de son mandat. Autant de signes d’essoufflement d’un certain progressisme municipal pourtant porté aux nues quelques mois auparavant.

La politique des petites choses

Les préoccupations de Valérie Plante pour les enjeux en marge de l’actualité réelle nous en disent aussi très long sur le côté fleur bleue de son programme. En décembre dernier, la Ville de Montréal annonçait qu’elle allait interdire la vente de boissons sucrées dans les bâtiments et sur les sites dont elle est propriétaire. Il serait totalement hors de question d’interdire le port de la burqa dans les transports publics, mais de bon ton d’en faire disparaître le Coca Cola. Selon la Anne Hidalgo de Montréal, «c’est un message important à envoyer que la santé, on prend ça au sérieux». La santé physique peut-être…

Un peu plus récemment, le retour du débat sur l’interdiction des pitbulls témoignait à la fois de l’appauvrissement général du débat public et du tempérament dogmatique de la nouvelle élue : l’administration Plante annonçait qu’elle allait suspendre une partie du règlement sur les chiens dangereux adopté précédemment. Depuis, des parents d’enfants défigurés par un pitbull font entendre leur mécontentement, jugeant (avec raison) totalement irresponsable la décision de Valérie Plante. Mais la mairie de Montréal persiste et signe : interdire une seule race de chiens serait inacceptable, voire « raciste » ! Il vaudrait mieux faire de la prévention auprès des propriétaires. Les organisations de défense des droits des animaux savent maintenant sur qui compter.

Vive Montréal libre…

Malgré son importante population et son poids économique, la ville de Montréal apparaît de plus en plus comme un petit îlot progressiste dont la consanguinité idéologique des élites est frappante. Qui plus est, la Ville de Montréal affiche dorénavant certains idéaux sécessionnistes, revendiquant toujours plus d’autonomie dans un monde où l’État-nation s’affaiblit. Et ce n’est pas avec des Anne Hidalgo ou des Valérie Plante que les métropoles occidentales redeviendront le reflet des nations qui les ont engendrées.

La face cachée du multiculturalisme

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Mélenchon à l’école: le cancre máximo


Pour Jean-Luc Mélenchon, la crise (toute relative) de l’école n’est qu’une question de moyens. Et pas du tout de pédagogisme…


Ce mardi 27 février, Mélenchon, élu de la quatrième circonscription de Marseille, était longuement interviewé dans La Provence.

Le gros titre était sur la déclaration fracassante (en forme de porte ouverte que l’on enfonce), « Macron est l’ami des riches ». Cela ne m’aurait pas arrêté (sur le sujet, je recommanderai plutôt le livre de mon ami Gérard Filoche, tout récemment sorti, Macron ou la casse sociale, éditions de l’Archipel – Filoche avec qui Mélenchon signa jadis un livre, en 2000, quand ils cotisaient au même parti) si mes yeux ne s’étaient portés par hasard sur un bout de colonne, en bas de page, où le líder máximo du Vieux-Port et de ses environs (l’interview a été réalisée dans une gargote proche du quai des Belges) n’avait cru bon de ramener sa science sur l’éducation. Et pourquoi pas ? Après tout, il fut ministre délégué à l’enseignement professionnel, au temps lointain de Jospin et Jack Lang réunis.

C’est la faute à Blanquer !

Le problème c’est qu’à la question « Retirez-vous du positif dans la réforme de l’Education nationale ? », le grand manitou de la France insoumise répond, en toute décontraction :
« Le système qui se met en place dans les universités va créer une raréfaction de la ressource humaine intellectuelle du pays. C’est un système de marchandisation des diplômes par l’argent. Blanquer veut flatter l’ancienne génération dans la nostalgie du «c’était mieux avant».

Ô Jean-Luc ! (Deux remarques en incises. 1. À Marseille, on interpelle à la romaine — c’est le « ô » vocatif de nos vieilles versions latines — pas le « oh » ni le « ho » modernes. En toute logique, il faudrait écrire ainsi l’interjection si fréquente ici — « ô con ! ». Et 2. Je me permets de t’appeler Jean-Luc parce que nous nous sommes rencontrés, et plus d’une fois, chez Jean-Claude Gawsewitch au moment où tu sortais, chez Balland, En quête de gauche — en 2007, quand je sortais moi-même Une école sous influence). Donc, cela étant précisé…

Ô Jean-Luc ! Tu galèjes ou quoi ? « Une raréfaction de la ressource humaine intellectuelle du pays » ?

Marx et ça repart ! 

Primo, une certaine dose de sélection en fac ne vise qu’à supprimer dès l’entrée ces 50% d’étudiants venus faire du tourisme, et qui se plantent en première année, aussi laxistes que soient les universitaires qui corrigent leurs torchons. Secundo, l’extension indéfinie de certaines filières « en tension », comme on dit dans ces milieux – STAPS, par exemple – est un mauvais service rendu depuis des années à des étudiants qui découvrent trop tard que les débouchés sont en nombre restreint. Et qu’on les a envoyés dans le mur.

Et notre député et futur candidat à la mairie — à moins qu’il préfère laisser Castaner s’y installer, Forcalquier étant devenu trop petit pour le délégué général de la République en marche, une-deux, une-deux, une-deux — de rajouter :

« L’école primaire a toujours été une réussite en France. On dit que 20% des élèves ne savent ni lire, ni écrire, ni compter ! On se demande même s’ils savent marcher ou parler ! Non, il y a des élèves qui ont des grosses difficultés en maths, d’autres en lecture, d’autres en écriture. Tous finissent par se rattraper. Blanquer prend la posture de l’autorité. Ses débats sur la blouse ou le téléphone ne sont pas sérieux. Ce sont des diversions. L’école se désarticule faute de moyens. »

« On » est un con

On appréciera ce « on » qui en français désigne l’imbécile d’en face, à distinguer du «nous» plein de noblesse et de dignité. « On raconte que… mais nous savons bien… » Dans ce « on », il y a à peu près tout ce que la France compte d’enseignants lucides — allez, 80%, les 80% qui ont condamné dès le premier mot la réforme du collège de Vallaud-Belkacem (forte de sa juste appréciation des statistiques, Najat abandonne finalement l’édition et rejoint l’institut de sondages IPSOS — sûr que ce qui en sortira ne sera pas du pipeau).

Et si l’école maternelle marche encore assez bien, ce n’est pas là (et c’est bien dommage, mais tu devrais te tenir au courant) que l’on apprend le lire / écrire. C’est en CP — et la plupart des « professeurs des écoles » recrutés depuis 1989 et la création des IUFM y appliquent des méthodes d’apprentissage létales. L’idéo-visuel cher à Foucambert, Goigoux et autres malfaiteurs encravatés, c’est l’arme fatale d’extinction des plus démunis. Ce ne sont pas les « moyens » (tu cotises à FO ou à la CGT, dis-moi ? Ça promet, si tu te présentes à Marseille) qui font défaut, mais l’application de méthodes efficaces.

Mais évidemment, si tu es conseillé par Danielle Obono, qui pense que « Vive la France » et « Nique la France », c’est la même chose

Eh non, ils ne finissent pas par « se rattraper ». Parce que dans les rues de Marseille, le même jour, j’ai photographié ça :

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Chine: Xi Jinping président à vie, le triomphe posthume de Mao


Une réforme constitutionnelle devrait lever la limite de deux mandats consécutifs à la tête de la République populaire de Chine. Le président Xi Jinping peut devenir le nouveau Mao. 


Il y a quelques mois, à l’issue d’un XIXème congrès éclatant, il s’agissait d’une méchante rumeur qui courait la presse étrangère et qu’il fallait écarter d’un revers de main. L’héritage de Deng Xiaoping était solide : non content d’avoir ouvert l’économie chinoise aux investisseurs étrangers, il avait facilité la transition au sommet du pouvoir, en inscrivant dans la constitution la limite de deux mandats pour le président et vice-président de la République populaire de Chine. Le pouvoir personnel de Mao, le culte de la personnalité sur lequel il se fondait et les dizaines de millions de morts qu’il causa tissaient la trame d’un cauchemar ancien que les institutions actuelles avaient vocation à exorciser. La Chine puissance responsable, montrerait l’exemple d’un pouvoir exécutif apaisé et sûr de sa force, formant un vif et heureux contraste avec le chaos trumpien. Celui qui l’incarne, Xi Jinping, ne chercherait jamais à devenir un nouveau Mao et ceux qui parlaient de lui comme d’un nouvel empereur n’utilisaient qu’une métaphore creuse, sans lien avec la réalité de la Chine contemporaine.

Xi Jinping, la « renaissance » de la nation chinoise

Un journal local, dés le mois de novembre, peu après le congrès, avait osé qualifier Xi de « grand dirigeant », un titre que seul Mao s’était vu attribuer depuis la création de la « Nouvelle Chine », en 1949. Mais l’article avait rapidement disparu des écrans, grâce à la célérité d’un système de censure d’une efficacité sans équivalent dans l’histoire humaine. Cependant, dés la fin du mois de janvier 2018, Xi Jinping était officiellement qualifié de « dirigeant du peuple », marquant ainsi un lien direct, non-institutionnel, entre Xi et le peuple chinois. Aucune opposition ne s’est ouvertement manifestée dans le Parti, malgré les inquiétudes exprimées mezzo voce par ceux qui en Chine se souviennent des horreurs des années Mao. Ce ballon d’essai confirmait l’emprise de Xi sur le Parti : aucune voix discordante n’osait s’exprimer. Il était alors possible de passer à l’étape suivante : le comité central du Parti vient d’annoncer qu’il propose, dans le cadre d’une réforme constitutionnelle à venir, de lever la limite de deux mandats consécutifs à la tête de la République populaire de Chine, ouvrant ainsi la voie à un pouvoir à vie de Xi Jinping.

A lire aussi: La Chine est grande et Xi Jinping est son prophète

Xi Jinping est devenu l’incarnation du projet de « renaissance » de la nation chinoise (ou de la « race » comme le voudrait une traduction plus exacte). Sa taille, son allure, la confiance en soi qu’il dégage, sa « vertu » (confondue en Chine avec le charisme) plaisent semble-t-il aux Chinois – même si personne n’ose le leur demander – qui y voient une image fidèle de la toute nouvelle puissance acquise par la Chine.

La Chine ne veut pas devenir un pays occidental 

Les limites données au pouvoir personnel en Chine l’avaient été alors que la Chine s’ouvrait à l’étranger. Dans les années 1980, les débats étaient vifs au sein du pouvoir, et jusque dans une société civile naissante, sur l’évolution que devait prendre la Chine. Pouvait-on envisager que le Parti s’attelle à la « cinquième modernisation », la démocratisation du régime, alors même que plusieurs pays en Asie orientale étaient touchés par une vague d’ouverture politique ? Le massacre de la place Tian’anmen en 1989 a brutalement mis fin à ces espoirs au point que les « libéraux » chinois sont aujourd’hui complètement marginalisés.

Les pays étrangers ont mis beaucoup plus de temps à prendre acte de la fermeture chinoise. Sous l’effet de l’ouverture économique et de la propagation des normes économiques et même juridiques dans la société chinoise (la Chine a enfin adopté les « dispositions générales » d’un code civil en 2017), le Parti a su entretenir les rêves de démocratisation du régime auprès des hommes politiques et des hommes d’affaires occidentaux, tant qu’il pensait avoir un besoin vital de leur aide. Cependant, ce que nous n’avons pas su voir, c’est que le régime n’avait aucune vocation à abandonner le pouvoir, et qu’il n’avait aucune volonté non plus de devenir un pays occidental comme les autres.

L’idiosyncrasie chinoise continue à informer puissamment l’action politique de la Chine. Les pratiques anciennes de l’Empire, confucéennes et surtout légistes (le légisme est une doctrine tyrannique fondée sur la manipulation par le pouvoir des « châtiments » et des « récompenses »), ont su progressivement se couler dans la rhétorique communiste. C’est que le légisme et le communisme partagent une vision sacrificielle de la politique qui fait de la désignation de boucs émissaires (aujourd’hui les corrompus et les individus réfractaires à l’ordre chinois, hier les déviationnistes et les droitistes) un instrument essentiel de la gouvernance avec des caractéristiques chinoises.

Pour les médias, la guerre en Syrie oppose (toujours) les gentils et les méchants

En Syrie, les factions rebelles ayant été repoussées de Damas, la zone de combat se concentre désormais dans la région de la Ghouta orientale, couramment désignée comme une « enclave rebelle ».

L’expression « enclave rebelle » participe de ce que Walter Lippmann appelait la « standardisation » du récit médiatique, laquelle repose sur des stéréotypies faciles qui font bon marché d’une réalité complexe et surtout, suggèrent immanquablement une appréhension morale et manichéenne de la situation. Il faut, expliquait l’auteur de Public Opinion, que les récepteurs de l’information puissent s’impliquer dans l’interprétation des faits, s’identifier dans une certaine mesure à des personnages de l’histoire et prendre parti. Le formatage idéologique marche donc main dans la main avec le besoin de séduire, de susciter l’intérêt et l’attention du public.

Une « enclave » fermée… des deux côtés

Étymologiquement, on reconnaît dans le terme d’enclave les deux éléments in et clavis (la clef). Un territoire enclavé est donc littéralement un endroit fermé à clef. On emploie ce terme pour désigner des régions isolées géographiquement ou administrativement (délaissées par les pouvoirs publics, mal desservies par les réseaux de transports, etc.). Dans un conflit, enclave devient synonyme de « poche de résistance ». S’il est fermé, c’est à la fois parce que ses occupants empêchent leur ennemi d’y pénétrer afin de ne pas perdre l’espace conquis, si menu soit-il, et parce que cet ennemi tente de contenir l’occupant dans ce territoire restreint pour en interdire l’expansion. Une enclave est donc doublement fermée à clef : de l’intérieur et de l’extérieur.

Mais en l’occurrence, le territoire désigné comme « enclave » n’est pas un coin de désert. C’est un ensemble de quartiers périphériques situés à proximité de Damas. Autrement dit, ces zones qui sont à la fois tenues (de l’intérieur) et contenues (de l’extérieur) ne sont pas vides de populations civiles.

Voilà pourquoi la notion d’« enclave rebelle » est problématique.


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On retrouve un phénomène de personnification déjà observé avec « quartier sensible » : l’enclave n’est pas en elle-même rebelle. Elle est occupée par des rebelles. C’est encore plus évident avec l’expression « région rebelle » :


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D’abord, ces expressions annihilent dans l’adjectif « rebelle » la multiplicité des opposants au régime, dont l’histoire récente nous a tout de même appris que certains, loin d’être de gentils démocrates, seraient plutôt des mini-Daech, ce qui incite peut-être à une appréhension de la situation un peu plus nuancée que : les vaillants combattants de la liberté contre le méchant autocrate sanguinaire.

Une manière hypocrite de voir les choses

Ensuite, « région rebelle » et « enclave rebelle » tendent à faire oublier qu’il s’agit de zones occupées. Elles incitent à penser que la population civile des quartiers concernés est totalement acquise à la cause des rebelles. Il est tout à fait vraisemblable que des gens soutiennent…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

Caroline « Ilitch » de Haas « arrête »: elle est « fatiguée » d’avoir raison

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La militante néo-féministe, Caroline de Haas, se dit lassée du « harcèlement » dont elle ferait l’objet sur les réseaux sociaux et a décidé de « les quitter ». Rassurez-vous, ce n’est que pour un temps « indéterminé ». 


Mme Caroline de Haas « arrête ». Elle est « fatiguée ». « Trop de violence. » Ne crions pas victoire, elle ne jette pas l’éponge, elle veut toujours « changer le monde », elle se retire seulement des réseaux sociaux, comme Lénine s’était retiré en Finlande en juillet 1917, pour mieux revenir en octobre. C’est pour cela qu’elle écrit : « Je le dis donc aux agresseurs et à leurs alliés avec beaucoup de sérénité, de détermination et d’enthousiasme : votre temps est bientôt révolu. » Ce n’est pas très éloigné de ce que déclarait Vladimir Illich à ses opposants, avec la même conviction d’incarner la « fraction consciente du prolétariat », l’Esprit qui avait condamné par avance les nobles, les bourgeois et les intellectuels aux « poubelles de l’Histoire ». J’exagère ? Lisez ces lignes : « Les porcs et leurs alliés s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. Quelques réminiscences poussiéreuses n’y changeront rien, même publiées dans Le Monde. »

Caroline de Haas outragée, Caroline de Haas brisée, Caroline de Haas martyrisée…

Cette rhétorique progressiste qui veut absolument détruire le monde tel qu’il est, et qui souhaite accélérer sa destruction, a des relents génocidaires. J’exagère encore? Non, je juge Mme de Haas d’après ses propres critères, puisqu’elle écrit : « Le langage a une influence sur les comportements humains : accepter des insultes envers les femmes, c’est de fait autoriser les violences. » Donc, accepter les insultes envers le monde tel qu’il est, c’est de fait autoriser sa destruction. Et qui est Mme de Haas pour menacer de détruire le monde ? Face à la vague de haine qu’elle a naturellement déclenchée, Mme de Haas reste pourtant imperturbable, et prend cette réaction pour la preuve qu’elle a d’autant plus raison, qu’elle a « touché juste ». Ce fanatisme a de quoi inquiéter. Je souhaite l’analyser plus précisément.

A lire aussi: Une Caroline de Haas « sur deux ou trois » dit n’importe quoi

Voici sa vision de la sexualité : « Les signataires se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature. Les violences ne sont pas de la “séduction augmentée”. D’un côté, on considère l’autre comme son égal, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres souhaits ni de son consentement. » Pareillement, sur le site du Groupe F, l’organe d’action de Mme de Haas, l’internaute est accueilli avec la question : « comment éviter le harcèlement ? » Sont énumérées ces réponses : « Ne pas porter de jupe (courte). Ne pas avoir 17 ans. Ne pas mettre de décolleté. Ne pas marcher seule le soir. Ne pas sourire aux inconnus. Ne pas porter de talons. Ne pas harceler. » Seule la dernière réponse est cochée, signe que c’est la seule bonne réponse. Cela a l’air de rien, mais tout y est. C’est d’un simplisme évangélique : « si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le. »

Le divorce du Ciel et de l’Enfer

Mme de Haas, à la différence de Jésus-Christ, de son église, et de tout le bon sens de l’espèce humaine, prétend que le désir et la volonté chez l’homme, le mâle, c’est la même chose. On remarquera qu’elle ne mentionne que les désirs de la femme, que l’homme devrait « respecter », désirs par ailleurs supposés d’une pureté angélique, comme elle l’a signifié par son indignation face à Brigitte Lahaie, qui lui a courageusement dit la sombre vérité : « On peut jouir lors d’un viol ». La vision puritaine de Mme de Haas ampute la sexualité de sa part d’ombre, elle souhaiterait sans doute qu’il n’y ait ni masochisme, ni sadisme, ni perversions, que la violence et l’amour soient soigneusement séparés, comme le Ciel de l’Enfer.

Mais la vérité du monde tel qu’il est, c’est que le désir n’est pas identique à la volonté. C’est bien triste, en effet, que cela soit si sale et si imprévisible, que nous ne soyons pas au Ciel. Saint Augustin expliquait bien que seulement avant la Chute, on bandait comme on voulait : « C’est avec raison que nous avons honte de cette convoitise, et les membres qui sont, pour ainsi dire, de son ressort et indépendants de la volonté, sont justement appelés honteux. Il n’en était pas ainsi avant le péché. ‘Ils étaient nus’, dit l’Ecriture, et ils n’en avaient point honte. Ce n’est pas que leur nudité leur fût inconnue, mais c’est qu’elle n’était pas encore honteuse; car alors la concupiscence ne faisait pas mouvoir ces membres contre le consentement de la volonté, et la désobéissance de la chair ne témoignait pas encore contre la désobéissance de l’esprit. »[tooltips content= »La Cité de Dieu, Livre XIV, Ch. XVII »]1[/tooltips]

Désirez-moi respectueusement !

Pour le dire sans figures, l’homme n’est pas attiré « respectueusement » par une femme. Il est attiré ou il ne l’est pas, malgré lui, et c’est faire l’imbécile que de prétendre que l’habillement de la femme, sa nudité, son âge, son sourire ne sont pour rien dans l’attraction qu’elle peut déclencher. Certes, cela ne place pas la responsabilité du déclenchement du désir uniquement du côté de la femme, ni ne justifie que le mâle exprime n’importe comment le désir qu’il ressent. Cela, seuls les wahhabites et Tariq Ramadan le pensent, c’est pourquoi ils veulent voiler toutes les femmes, reléguant les hommes dans une position de « porcs lubriques » incapables de se contrôler. Mais notre monde, la France galante, a navigué entre ces deux pôles extrêmes, pour responsabiliser les deux sexes de leurs désirs et des moyens qu’ils mettent en œuvre à la fois pour le susciter chez autrui et pour l’exprimer quand ils en sont émus.[tooltips content= »Pour les anglophones, voici quelqu’un qui pose le problème lucidement, Jordan Peterson« ]2[/tooltips]

Plus encore, il n’y aucune preuve que la femme n’ait que des désirs purs, non mélangés à cette satanée violence, bien au contraire. On a fait un cas « emblématique » des « frotteurs ». Le « frotteurisme » est une des nombreuses « paraphilies », parmi lesquelles on en trouve une autre, qui concerne, elle, majoritairement les femmes : l’hybristophilie, la fascination pour les tueurs en série. Anders Breivik reçoit au moins « huit cents lettres d’amour par an ». Une jeune fille de seize ans l’a demandé en mariage pendant son procès de 2012. A quand la pénalisation de cette conduite déviante, de cet éloge de la violence ?

On leur donnerait le bon Dieu…

Mais ce sont peut-être des égarées qui n’ont pas encore acheté une formation à Mme de Haas. Cependant, comme notre féministe adore les statistiques plus que le Dieu de Saint Augustin, que dira-t-elle de cette analyse des recoins des âmes humaines, à partir de ce qu’elles confient à Google : Everybody Lies : Big Data, New Data, and What the Internet Can Tell Us About Who We Really Are de Seth Stephens-Davidowitz ? Dans la deuxième partie, au chapitre « sexe », on trouve cette information : « parmi les recherches les plus populaires sur PornHub faites par des internautes femmes, il y a un genre de pornographie qui, je vous préviens, va troubler de nombreux lecteurs: le sexe avec violence contre les femmes. Au total, 25% des femmes qui cherchent du porno hétérosexuel mettent l’accent sur la douleur et/ou l’humiliation de la femme — « anal douloureux », « humiliation publique» et « gangbang  extrême brutal » par exemple. Cinq pour cent cherchent des rapports sexuels non consentis – «viols» ou «contraints» – même si ces vidéos sont interdites sur PornHub. Et les taux de recherche pour tous ces termes sont au moins deux fois plus fréquents chez les femmes que chez les hommes. S’il existe un genre de pornographie dans lequel la violence est perpétrée contre une femme, mon analyse des données montre qu’elle fait presque toujours appel de façon disproportionnée aux femmes. »

Mme de Haas pourrait reprendre le rôle de Tartuffe et déclarer aux mâles : « Couvrez ces pectoraux que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées. »



Pour sauver la SNCF, cheminots, battez-vous !

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Pour mieux suivre les rails de Berlin, la profonde réforme d’Emmanuel Macron promet la destruction de la SNCF, fleuron ouvrier français. Aux cheminots de croiser le fer !


Emmanuel Macron a bénéficié de circonstances particulières pour parvenir au pouvoir. Grâce à une opération judiciaire, à laquelle il n’est peut-être pas étranger, il s’est débarrassé de son principal adversaire de l’élection présidentielle. Cette espèce de coup d’État a précipité l’effondrement du système politique d’une Ve République gangrenée. Ce qui lui permet de gouverner en s’appuyant sur quatre ou cinq personnes, en liaison directe avec le CAC 40, dont il assume très bien d’être le serviteur. Aidé de la caste de la haute fonction publique d’État, il peut mettre en œuvre la feuille de route voulue par l’Europe allemande.

Un aller simple pour Berlin

Après avoir détruit le monument centenaire du code du travail, il est chargé, dans la perspective de la chère « concurrence libre et non faussée » des europhiles aveugles, de finir la destruction de notre système ferroviaire déjà entamée par les socialistes. Comme d’habitude, on a produit un rapport rédigé par un récidiviste du démantèlement des services publics (en l’occurrence Jean-Cyril Spinetta), pour imposer dans les têtes le caractère indispensable de la disparition de la SNCF. Comme d’habitude encore, on utilise un populisme crasseux pour opposer les travailleurs du rail aux autres catégories de la population. L’occasion la plus infecte ayant consisté à opposer leur statut à celui des agriculteurs. Sus aux cheminots, responsable de tous nos malheurs.

La SNCF, c’est la France…

Et c’est là où pour moi, ça va coincer. Dans mon enfance, le train, et ceux qui faisaient tourner la machine bénéficiaient d’un grand prestige. Ils constituaient une sorte d’aristocratie ouvrière, compétente, rigoureuse et dévouée, indispensable à la nation. Chez nous on les reconnaissait comme tels, et ce d’autant que sous la grêle, ils avaient payé le tribut. Les 3000 cheminots fusillés, les membres du réseau « Résistance Fer », avait beau être communistes, pour mon père ils étaient des frères de combat. J’ai vu les dernières motrices à vapeur, sublimes symboles de la révolution industrielle, les michelines blanches et rouges qui irriguaient mon pays jusque dans ses recoins. J’ai connu la France où il y avait des gares partout et où le chef de chacune d’entre elles était un personnage important. Même si, et c’en était le signe, on se moquait parfois de ses infortunes conjugales. Les choses ont évolué mais ce monument national est toujours présent. Je garde cette tendresse particulière pour les trains, pour ceux qui les conduisaient, et les entretenaient. Je me sens dans le TGV, que j’empreinte souvent, comme dans les michelines ou les trains rapides à compartiments ou wagons Corail.

…qui résiste

Les gares sont toujours des lieux magiques, la lumière et les odeurs y sont les mêmes que dans le monde d’avant. Et ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs. Lorsqu’aujourd’hui je prends le TGV pour Avignon, et que je vois 2h40 plus tard, des étrangers américains ou japonais en sortir pour entrer dans l’été provençal, je ressens toujours ce petit sentiment de fierté pour ce que mon pays est capable de leur montrer. Et puis je veux que l’on continue à desservir par le rail, pour les empêcher de mourir, toutes ces villes et petites villes, ces Vallon en Sully, ces Cerans-Foulletourte, ces Villedieu-les-Poêles. Pour cette dernière ne serait-ce qu’en l’honneur de Jean Devé, militant syndical, chef de gare à Villedieu, génial mécano des chenillettes Bren Carriers, tué à l’ennemi à Bir Hakeim le 10 juin 1942, compagnon de la Libération. Voyez-vous, Monsieur Macron, ce jour-là la France n’était pas à Vichy comme vous le prétendez, mais dans le désert lybien. Incarnée par un cheminot qui lui a donné sa vie.

A lire aussi: SNCF: l’adieu aux petites lignes ou le désenchantement de la France

Brader Alstom aux Américains et aux Allemands, ça c’est fait. Balancer bientôt Airbus aux mêmes, ça c’est en cours. Le reste à l’avenant.

Faites dérailler Macron !

Alors comme ça, aujourd’hui, pour mieux exécuter encore les ordres de cette Europe allemande et ouvrir à la concurrence le transport ferroviaire, avec la conséquence qu’on imagine trop bien, c’est-à-dire la disparition d’un service public du transport par rails, nos élites dirigées veulent détruire la SNCF ? Elle qui constitue, bien sûr, un indispensable outil économique de service public dont nous avons besoin, mais aussi un patrimoine historique et culturel.

Eh bien, c’est non.

Camarades cheminots, votre combat ne sera pas seulement celui pour vos intérêts professionnels, catégoriels ou personnels, aussi légitimes soient-ils. Il sera aussi et surtout celui de garder à notre pays un bien qui lui est précieux. Il y a des moments, où chacun à sa place, on est porteur de l’intérêt national. «Celui qui est désigné doit marcher», disait Péguy. Vous aurez bien sûr en face de vous la partie servile des médias qui vous insultera et vous reprochera de « prendre les usagers en otage ». Vous aurez les sondages bidons, l’arrogance cassante de la caste et les capitulations des syndicats jaunes. Ne vous laissez pas intimider.

Quelles que soient les formes de lutte que vous choisirez, nous vous soutiendrons. Rappelez-vous que les seuls combats que l’on perd sont ceux qu’on refuse de livrer.

Usbek & Rica: n’ayez pas peur des réseaux sociaux!


Le magazine Usbek & Rica entend « explorer le futur ». En dialoguant avec deux de ses responsables, Blaise Mao et Mathieu Brand, on entrevoit un XXIe siècle hésitant entre tentation technophobe et tyrannie des machines. 


Causeur. À l’origine, les réseaux sociaux étaient porteurs d’une promesse : favoriser les échanges. Or, les débats y semblent aujourd’hui de plus en plus rugueux. Comme si on assistait à des sortes de guerres de tranchées numériques. Avoir été bloqué par telle ou telle personnalité est même arboré fièrement comme une médaille.

Blaise Mao et Mathieu Brand. La réponse simpliste à cette question consisterait à dire que les réseaux sociaux ne sont qu’un grand défouloir. C’est un peu plus compliqué. Tout le monde ne se transforme pas en monstre derrière son écran, mais certains biais techniques peuvent le laisser croire. L’algorithme de Facebook, par exemple, peut donner ce sentiment car il fait remonter à la surface les commentaires les plus virulents. Tout simplement parce que ces derniers suscitent des réponses d’internautes qui, en retour, vont parfois eux aussi se montrer outranciers. À l’inverse, un post ou un commentaire nuancé, même s’il reçoit l’approbation des lecteurs, se verra beaucoup moins car il n’engendrera pas ou peu d’interactions.

Facebook ne veut plus seulement savoir si l’on apprécie tel ou tel artiste ou si l’on suit tel média, mais aussi ce qui nous choque ou nous fait rire.

C’est certain : la manière dont les réseaux sont pensés et conçus influe sur la qualité du débat d’idées. Prenons les émoticons. Sous prétexte d’exprimer nos émotions, ils les limitent à quelques-unes : on aime ou on déteste, on rit ou on pleure, on loue ou on lynche. Comme si l’homme connecté était renvoyé aux émotions les plus binaires, à sa part la plus « animale ».

Facebook a tout de même complexifié les choses. Le « je n’aime pas » a d’ailleurs été supprimé, histoire de dire : « Il n’y a pas de pensée négative chez nous. » Désormais, il y a même six types de réactions possibles du « j’adore » au « grrr » signifiant la colère. Mais cette volonté de dépasser le stade binaire est un moyen de faire un profilage toujours plus précis de notre consommation d’informations. Facebook ne veut plus seulement savoir si l’on apprécie tel ou tel artiste ou si l’on suit tel média, mais aussi ce qui nous choque ou nous fait rire.

Cependant, plusieurs « repentis » de la Silicon Valley, notamment des designers qui ont travaillé chez Google ou Facebook, reconnaissent aujourd’hui être allés trop loin, notamment dans la façon dont ils ont pu concevoir des technologies et des applications destinées à capter notre attention. On assiste ainsi à l’émergence d’une réflexion sur le sujet baptisée « ethics by design ». James Williams, un ex-designer de chez Google, prêche par exemple pour des technologies moins accaparantes. Il y a aussi cet ancien cadre de Facebook, Chamath Palihapitiya. Ce dernier a eu des mots très durs contre son ancien employeur, quand bien même il est resté sept ans dans cette entreprise, ce qui lui a permis de gagner suffisamment d’argent pour créer son propre fonds d’investissement…

Du côté de Facebook, on a dépêché deux experts maison pour savoir s’il était bon ou non de passer tant de temps sur les réseaux sociaux. Selon eux, la consommation passive de Facebook serait effectivement nuisible. Il nous faudrait donc interagir plus avec les autres utilisateurs pour en ressentir pleinement les bénéfices !

Facebook reste une entreprise. Ses dirigeants n’ont donc aucun intérêt à nous dire d’arrêter de l’utiliser. Il arrive qu’on reçoive des notifications du genre : « Vous n’avez pas répondu à plusieurs dizaines de commentaires, vous savez que répondre améliore votre réputation. » Ou bien encore : « Vous n’avez pas mis à jour votre profil depuis sept semaines. » Ses ingénieurs ont créé des outils pour nous inciter en permanence à être suractifs. Quel serait l’intérêt de ses dirigeants à faire ralentir la cadence ?

Chez Usbek & Rica, on tient absolument à développer notre communauté hors des réseaux sociaux. On a par exemple mis en place une monnaie sur notre site. Quand on commente chez nous, on gagne des usbeks. On peut ensuite les dépenser dans notre boutique. C’est une manière d’amener les gens à sortir des réseaux, de ne plus seulement venir nourrir les algorithmes de Mark Zuckerberg et d’encourager les commentaires de qualité.

Le mot « communauté » est intéressant. Mais cela pose question : ne finissons-nous pas sur internet par n’être plus entourés que par nos semblables de façon à nous retrouver, pour reprendre le titre du livre de l’anthropologue Sherry Turkle, de plus en plus « seuls ensemble » ?

Il n’est pas sûr que c’était très différent avant les réseaux sociaux. C’était sans doute même pire. Le titre du prochain édito d’Usbek & Rica pose néanmoins la question : « L’universel est-il ringard ? » Par exemple, autant la libération de la parole des femmes nous semble vraiment très très saine, autant nous sommes inquiets de l’augmentation des revendications identitaires, notamment religieuses. Près de 40 % des Français considéreraient faire partie d’une minorité. L’idée que l’on se définirait d’abord par nos différences nous inquiète.

Dans cinquante ans, il y aura une nouvelle manière de diriger notre planète, plus transparente, plus saine.

Puisque l’on évoque #metoo et #balancetonporc, ne vous inquiétez-vous pas de la possible mutation des réseaux sociaux en tribunaux populaires qui se substitueraient à la justice, la vraie ?

Il ne faut pas mettre en avant des histoires particulières et se planquer derrière celles-ci pour décrédibiliser un mouvement plus vaste qui nous apparaît extrêmement sain et spontané. Dans notre prochain numéro, nous avons abordé les suites de #metoo et l’on a envisagé et étiré trois « scénarios extrêmes » pour le futur.

Premier scénario, on a imaginé ce que pourrait donner un « retour de flamme » viril en nous intéressant au masculinisme, ce mouvement groupusculaire qui est né aux États-Unis, présent notamment dans les forums internet des adeptes des jeux vidéo, et dont certains membres finissent par ne même plus fréquenter l’autre sexe.

Le deuxième scénario est basé sur une autre dérive qui paraît aussi peu probable : l’avènement d’un hyperféminisme puritain aboutissant à une sorte de matriarcat dur.

Troisième scénario enfin, plus technologique : l’utérus artificiel. Si l’on arrive à externaliser la grossesse, on sera vraiment sur un pied d’égalité. Cela changera tout : la sexualité bien sûr, mais aussi l’éducation des enfants et, bien sûr, la place même des hommes et des femmes. Il y aura alors une crise de l’identité, mais peut-être pour le meilleur.

Ou le pire, estimeront certains. Mais revenons au présent et à la question des fake news. Mark Zuckerberg a fini par trancher. Il y aura moins d’infos sur Facebook et ce seront les utilisateurs qui jugeront collectivement de la fiabilité d’un site. Ce procédé vous paraît-il judicieux ?

On en est aux prémices de l’autocritique des réseaux sociaux sur leur propre fonctionnement, à la phase 1 post-Donald Trump. Il ne s’agit pas tant de faire confiance à la communauté des internautes que de réformer les règles des algorithmes que l’on évoquait précédemment. Comment se fait-il, par exemple, que l’on n’ait pas détecté plus tôt que des comptes connectés depuis la Macédoine multipliaient les tweets pro-Trump ? Comment se fait-il aussi qu’il n’y ait pas de modération ? Sur les insultes, l’antisémitisme, Twitter s’est quand même planqué pendant dix ans derrière le paravent de la liberté d’expression. Quant à Facebook, c’est la plus grande rédaction du monde, mais sans directeur de rédaction ! La lutte contre les fake news devrait donc relever d’abord des plateformes elles-mêmes plutôt que d’être confiée au CSA, qui a déjà du mal à gérer l’audiovisuel.

Le débat sur les fake news soulève plus largement la question de la perte de légitimité des figures d’autorité et des corps intermédiaires qui, autrefois, avaient une vraie légitimité et une certaine respectabilité. Parmi eux, il y a les journalistes dont la parole est aujourd’hui défiée. En soi, il est plutôt positif que les gens cultivent leur esprit critique. Il s’agit donc pour les journalistes de descendre dans l’arène et de se battre pour défendre une information fiable, d’autant que ce n’est pas compliqué de démonter certaines informations farfelues.

Prenons le forum de Davos ou la conférence Bilderberg. Ce genre de rassemblement est parfait pour les complotistes. Imaginez : des types puissants se réunissent dans les Alpes suisses ! Mais ça n’existera plus dans cinquante ans : il y aura une nouvelle manière de diriger notre planète, plus transparente, plus saine.

Amazon vient de lancer son premier supermarché autonome, sans caisses ni caissiers. […] Si la reconnaissance faciale est généralisée jusque dans la rue, là, ce sera un vrai souci.

La transparence totale accompagnée de la fin de l’anonymat sur internet, tel est notre avenir numérique ?

La Chine a interdit l’anonymat et c’est un gros problème. Pour savoir si cela pourrait être étendu à l’ensemble des pays, voyons déjà jusqu’où ira l’acceptation des gens à l’égard de la reconnaissance faciale. Cette technique permet déjà de déverrouiller le nouvel iPhone. Pour l’instant, tout le monde s’en moque parce que ça ne marche pas très bien. Mais Amazon vient de lancer son premier supermarché autonome, sans caisses ni caissiers. Tout est basé sur des caméras qui identifient chaque client et chaque achat. Si la reconnaissance faciale est généralisée jusque dans la rue, là, ce sera un vrai souci.

La Chine envisage aussi de mettre en place en 2020 le « système de crédit social ». Chacun de ses habitants se verra attribuer une note qui évoluera en fonction de son comportement (dans le business, sur les réseaux sociaux, sur la route, etc.). La série d’anticipation anglaise Black Mirror a également imaginé un pareil futur. Cela vous semble-t-il possible chez nous ?

Pas du tout. Cela n’est pas dans la culture des pays européens. L’Europe est extrêmement en avance sur le reste du monde sur les questions éthiques. Le Règlement européen sur la protection des données, le RGPD [qui va entrer en vigueur cette année, NDLR] constitue une incroyable victoire de l’Europe face à la dérégulation sur les data que voulaient les États-Unis. Il va obliger toutes les entreprises qui manipulent de la data, des fichiers, du cloud [du stockage de données sur des serveurs accessibles par internet, NDLR] à s’intéresser à ces questions.

Le progrès technique peut susciter des réactions violentes, mais revenir en arrière est impossible.

La confiance des Français en l’Europe pour les protéger est déjà assez limitée…

L’Europe, par rapport à la Chine ou aux États-Unis, est vraiment très stricte sur la manipulation des cellules souches, le clonage, l’intelligence artificielle ou la robotique. Prenons le cas de l’intelligence artificielle : la peur ne doit pas conditionner notre réflexion sur le sujet. Ça n’est pas simple, car nous sommes abreuvés d’imaginaires dystopiques sur tous ces sujets-là, la série Black Mirror en étant l’exemple le plus réussi. Nous n’avons pas suffisamment d’imaginaires positifs sur la technologie. Il ne faut pas croire que demain nous aurons les hommes les plus riches et les plus cultivés qui pourront s’augmenter versus les masses populaires abruties n’ayant pas accès à la technologie. Nous ne serons pas non plus remplacés par la machine. Mais quand des chercheurs reconnus comme Stephen Hawking ou des entrepreneurs comme Elon Musk signent un appel pour l’arrêt des « robots tueurs » sur les champs de bataille, cela alimente cet univers anxiogène.

Cela vous paraît-il possible de résister à l’accélération du progrès technologique ?

Certains le font déjà. Mais ce sont surtout des gens très informés sur ces sujets et qu’on présente trop souvent dans les médias comme de méchants hackers, une capuche noire sur la tête et un masque d’Anonymous sur le visage !

La réponse consiste d’abord à éduquer les plus jeunes. Prenons le réseau social Snapchat, dont ils raffolent et qui permet d’échanger des photos dont on nous dit qu’elles disparaissent au bout de quelques secondes. Il faut leur expliquer que ça n’est pas magique, que ces fichiers passent par des espaces de stockage physique à l’autre bout du monde. Il n’y a plus de frontière entre vie réelle et vie virtuelle. L’affaire Snowden a été un premier gros coup de projecteur sur ces sujets-là. Il y aura d’autres scandales liés aux données des usagers, c’est inévitable. On verra alors quel géant de l’internet ou quel État sera concerné.

Le progrès technique peut susciter des réactions violentes, mais revenir en arrière est impossible. Il y a deux ans, on a mené une grosse enquête sur les « technocritiques », les potentielles dérives luddites et les passages à l’acte violents contre des symboles. En fin d’année dernière, la Casemate, qui est un centre de culture scientifique technique et industrielle (CCSTI) réputé basé à Grenoble, a été incendié. Dans leur communiqué de revendication, les auteurs ont notamment expliqué lutter contre le « totalitarisme technologique ». Certains mettront donc leur pas dans ceux d’Unabomber [un terroriste américain en guerre contre « la société industrielle » qui, à partir de la fin des années 1970, a multiplié les colis piégés, NDLR]. Mais ce genre de comportement ne concernera sans doute qu’une minorité. L’important, c’est la façon dont la majorité va appréhender ces nouveaux outils. Notre destin numérique ne dépend pas totalement des GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon, NDLR], mais aussi de la manière dont on se les approprie. Tout est encore à inventer.

Israël, la démocratie nazifiée

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Zeev Sternhell raconte n’importe quoi sur la réalité de l’Etat juif.


« Tout ce qui est excessif est insignifiant » : le mot de Talleyrand conserve toute sa pertinence y compris pour tout ce qui touche à Israël, tant l’excès en la matière est la règle première. L’excès était déjà inscrit dans les gènes de cette terre trop promise où devait couler « le lait et le miel » et qui bien plus tard fut promise à « des rivières de sang » de la part de ceux qui ne conçoivent leur avenir radieux que dans l’anéantissement de l’Autre. La vérité d’Israël se trouve probablement entre ces deux pôles extrêmes. Ce pays d’Israël dont le père fondateur, David Ben Gourion, estimait qu’il deviendrait normal quand on y trouverait des voleurs et des prostituées, serait-il donc devenu normal ? Il y a bien dans cette Terre sainte, des voleurs, des escrocs et des prostituées. Par contre, ce qu’on ne rencontre pas (encore) ce sont des SA armés de longs couteaux, pourchassant des arabes. Personne n’y a écrit de Mein Kampf juif, il n’y a pas de texte sacré prônant la « guerre sainte » et les camps d’extermination pour les malades mentaux (pourtant nombreux dans la région) ne font pas partie des projets du gouvernement Netanyahu.

Une accusation stupide et diffamatoire

La tribune de Zeev Sternhell, publiée dans Le Monde du 19 février, présente des prophéties de malheur dont l’outrance les détruisent sitôt énoncées. Employer les mots de nazisme ou de prénazisme pour qualifier des évolutions idéologiques à l’intérieur d’Israël est aussi stupide que diffamatoire. Il y a sans nul doute en Israël des racistes anti-arabes, des racistes anti-chrétiens et des suprémacistes Juifs illuminés. Il y a eu des terroristes juifs ayant attaqué des arabes, des maires de villes arabes ou bien ayant attaqué des pacifistes juifs. Il y a surtout eu, et c’est le plus grand drame d’Israël, un terroriste juif, un fanatique nationaliste religieux ayant assassiné dans le dos, le Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995. Tout ceci est vrai, mais tout ceci ne représente pas des hordes en chemise brune prêtes à prendre le pouvoir. La société israélienne reste une société démocratique où un juge arabe, membre de la cour suprême, envoie en prison un président de l’Etat condamné pour viol. C’est dans ce même Etat qu’un Premier ministre est obligé de démissionner pour avoir omis de déclarer un vieux compte en banque à l’étranger. On aimerait pouvoir en dire autant dans nos démocraties libérales qui vivent en paix.

Libre comme BDS en Israël

Mais, selon Sternhell, l’Etat juif serait sur une très dangereuse pente le menant à terme à sa perte. C’est en effet dans cet Etat d’apartheid qu’une députée arabe, Haneen Zoabi, membre de la Knesset, ayant participé à la « flottille de la paix » en mai 2010, sitôt débarquée en Israël, se précipite à la tribune du Parlement dont elle est membre, pour dire toute la haine que lui inspire le pays dont elle est élue. Un autre exemple vient confirmer la relégation raciste dont serait victime la population arabe : M. Barghouti, créateur et animateur du mouvement BDS, est diplômé de l’université de Tel Aviv. Lorsqu’un soldat ne respecte pas les consignes de guerre et abat un terroriste blessé, il est condamné et va en prison. Cependant, pour certains, ce pays d’apartheid, inspire une telle répulsion à leurs esprits lucides qu’ils y publient en toute liberté, la manière dont ce peuple juif a été inventé, comment la terre d’Israël fut aussi inventée et comment, résolument dégoûtés par tant de mensonges, ils ont décidé de cesser d’être juifs.

A lire aussi: Zeev Sternhell, savant utile de l’antisionisme – Par Elisabeth Lévy

Dans l’histoire des mythes politiques émancipateurs, nombreux sont ceux qui conditionnent leurs succès à l’anéantissement de l’ennemi : croisades, Terreur révolutionnaire, table rase communiste, djihad islamique, génocide turc des Arméniens, génocide nazi des Juifs, génocide polpotien du Cambodge, génocide Hutu du Rwanda, etc. Nous devons faire remarquer que de tous les mythes politiques émancipateurs nés au XIXe siècle, le seul qui ne se soit pas (encore) transformé en barbarie au XXe ou au XXIe reste (à ce jour) le sionisme.

Les partis de Dieu vouent Israël à la mort

Zeev Sternhell nous annonce le contraire, et le pire étant (dans la région) le plus sûr, le nazisme serait aux portes d’Israël. On avait déjà prédit à Israël, par un jeu mimétique avec ses voisins, une orientalisation intellectuelle nuisible à l’esprit des Lumières, peu partagé au Proche orient. Il est vrai qu’avec les divers progressismes arabes environnants, celui des Ben Bella, Nasser, Hafez Al-Assad, Kadhafi, Saddam Hussein, Mengistu, Habache , Hawatmeh, Arafat et quelques autres, il devenait difficile de garder le cap et l’esprit confiant dans un souci prioritaire de justice pour les peuples de la région. A l’échec de ces progressismes des divers FLN, Baas, FPLP, FDPLP, OLP, a donc succédé le retour à l’identité des origines inaugurée par la révolution islamique en Iran (1979). L’effet contagieux a promu ses diverses métastases FIS, GIA, Al-Qaïda, Etat islamique. Cette nouvelle étape s’est affirmée à la fois dans la surenchère identitaire concurrente (sunnite/chiite) autant que dans une surenchère de massacres contre leurs propres peuples. Cependant, cette rivalité se fond dans une haine partagée prioritaire: celle d’Israël et accessoirement celle des Juifs. Les programmes des partis de Dieu, qu’ils soient sunnites ou chiites, sont à cet égard dénués de toute ambiguïté : Israël n’est voué qu’à un seul sort, celui de sa destruction. Le djihad étant un commandement divin, personne sinon des apostats, ne saurait s’y soustraire.

L’imaginaire de la guerre d’Algérie calqué au Levant

Ces données culturelles ont-elles été prises en compte par tous les esprits éclairés en Occident ? En percevant le monde arabo-islamique à travers une grille de lecture plus idéologique qu’anthropologique, c’est exclusivement dans la catégorie du colonisé luttant pour sa libération, que fut inscrit le récit de la guerre d’Algérie. Peu importait que celui-ci ait pu omettre quelques grandioses bavures : le massacre de Mélouza (1957) où la population d’un village entier fut exterminée par le FLN ou bien encore le massacre des européens d’Oran  (5 juillet 1962) La fin progressiste justifiait les moyens et personne ne voulut percevoir le projet totalitaire autant que celui de purification ethnique déjà en germe dans les résolutions du congrès de la Soummam (1956). Le principe stratégique islamique de la « taqiya », c’est à dire « avancer masqué » fut ignoré par tous les porteurs de valises seulement inspirés par l’anticolonialisme. Ce n’est que bien plus tard que Jean François Lyotard et Pierre Vidal-Naquet ont reconnu avoir sous-estimé la part religieuse, islamique, du mouvement indépendantiste algérien.

La même lecture a conditionné la perception du conflit israélo-arabe, puis israélo-palestinien autant que judéo-islamique. Cependant, en décalquant sur le Proche Orient la carte idéologique de la guerre d’Algérie, la gauche en particulier, n’a voulu en retenir, que l’apparence d’images substitutives : celle de l’impérialisme occidental dont Israël serait la figure de proue, contre un peuple opprimé. Pourtant le récit arabe et palestinien en particulier, n’est pas avare de crimes arabo-arabes : ceux de Damour, commis par les milices « palestino progressistes » contre les chrétiens (1976) de Tal el Zaatar, par les syriens et les milices chrétiennes (1976) commis contre les palestiniens sont à mettre au compte de cette même logique. La guerre actuelle en Syrie suffit amplement à le confirmer : ni l’usage d’armes chimiques par Hafez Assad puis son fils Bachar, ni le siège du camp palestinien de Yarmouk voisin de Damas, ni les 250 000 morts comptabilisés à ce jour, ne provoquent d’indignations arabo-arabes.

Oubliée la Shoah

A partir de 1967, la victoire israélienne de la guerre des Six-jours, va progressivement renverser le statut symbolique du « signe » Israël. Moshe Dayan remplaçait Massu dans les imaginaires de gauche et quand vint l’heure de Sharon, celui-ci remplaçait Aussaresses dans un schéma pré pensé. En 1982, la première guerre du Liban constitua le premier moment visible de cette reconstruction. « Les palestiniens dans Beyrouth comme les Juifs dans le ghetto de Varsovie » titrait Témoignage chrétien, (un hebdomadaire de gauche, issu de la Résistance), sans pour autant nommer les nouveaux nazis. Ce glissement symbolique visant à qualifier l’Etat des victimes comme étant devenu celui des bourreaux ne va pas quitter la doxa médiatique. Israël doit être le nouveau monstre nazi qu’il est juste de haïr, avec les effets que l’on sait : quand Gaza souffre, Sarcelles s’enflamme.

Oublié le petit Etat refuge pour les survivants de la Shoah, oubliée la Shoah elle-même puisque après 68 il était possible d’en contester la réalité au nom du « il est interdit d’interdire », puis la shoah commémorée par les mêmes au nom du « devoir de mémoire », puisque ces mêmes Juifs devenus israéliens faisaient subir aux palestiniens ce que eux mêmes avaient subi. Il fallait séparer le bon grain du Juif victime de l’ivraie israélienne impérialiste. Oubliées les exaltations arabes rêvant de jeter les juifs à la mer, oubliés les appels au djihad de Yasser Arafat. La dénonciation des israéliens devenus les nouveaux colons nazis tueurs d’enfants suffisait à éponger la culpabilité des européens, autant que la double culpabilité de la France. Vichy autant que la guerre d’Algérie passaient à la trappe d’une bonne conscience retrouvée à moindre frais.

La honte de Durban

Pourquoi ce détour et ces rappels ? Ce qui précède saurait-il disculper l’Etat des Juifs de ses pêchés capitaux actuels ? D’ailleurs l’ONU ne s’y est pas trompée. Depuis la résolution de votée en 1975 assimilant le sionisme à un racisme, bien qu’abrogée en 1991, par le jeu des majorités automatiques, l’ONU n’a guère modifié sa ligne idéologique dominante. Son institution chargée de veiller aux droits de l’homme sur la planète terre a condamné tous les ans avec une régularité exclusive les atteintes aux droits de l’homme, les méfaits, les tortures, les crimes perpétrés par Israël à l’encontre des palestiniens. Seul Israël menacerait l’harmonie du monde. A Durban, l’été 2001, c’est à l’instigation de cette même commission de l’ONU, qu’une conférence chargée de faire le point sur l’état du racisme dans le monde fit la promotion de l’antiracisme antijuif. C’est au nom de l’antiracisme qu’on y entendit des « Mort aux Juifs ».

L’UNESCO, chargée de la culture dans le monde n’est pas en reste puisqu’elle conteste régulièrement tout lien historique entre le passé juif de la terre de Palestine et l’Etat d’Israël. Les liens entre Jérusalem et l’histoire juive ne seraient que le produit d’affabulations insanes dont le célèbre complot sioniste serait le grand ordonnateur. Et quand Donald Trump reconnut l’évidence d’une histoire, la bobosphère progressiste fut saisie de convulsions unanimes. Pourtant Trump n’avait rien dit qui limitât cette ville à être la capitale du seul Etat d’Israël. Ainsi vont les constructions idéologiques et les mouvements diplomatiques qui souvent les accompagnent.

Chirac dans le piège de la politique arabe

La France, dans ces affaires complexes, n’a pas une position facile. Débarrassée du boulet algérien, De Gaulle eut l’idée d’une « politique arabe de la France ». Faute de pétrole il fallait bien avoir des idées. Quelles furent elles ? Le peuple « sur de lui même et dominateur » fut déjà, faut il le rappeler, l’objet d’un boycott proposé par la Ligue arabe auquel se soumit le gouvernement de Raymond Barre. Son souci exclusif pour les « français innocents » se retrouvait dans sa politique étrangère. Plus grave encore fut la vente par Jacques Chirac, d’un réacteur nucléaire à l’Irak de Saddam Hussein. La politique du Quai d’Orsay illustre la duplicité d’une diplomatie nostalgique de ses illusions. Malgré des agressions subies (l’assassinat de l’ambassadeur Louis Delamarre (1981), l’attentat contre les soldats français à Beyrouth (1983), malgré de bien piètres résultats, c’est Jacques Chirac qui vient honorer en personne à Damas, les funérailles de Hafez Al-Assad avant d’honorer, à Paris, en grandes pompes celles d’Arafat.

Tandis que les chrétiens d’Orient, les Coptes, les Yézidis, disparaissent sous les massacres islamiques, la France supposée en être la puissance protectrice s’efface impuissante. Au contraire, c’est Israël qui est régulièrement dénoncé comme le fauteur de guerres par un groupe d’ambassadeurs à la retraite conduits par son excellence Yves Aubin de la Massuzière. Louis Massignon ne fut pas Lawrence d’Arabie. Plus tard la préconisation de Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, de nommer Daech plutôt qu’Etat Islamique, pour ne pas froisser les susceptibilités musulmanes, n’eut aucun effet préventif contre les tueurs de Charlie hebdo ou du Bataclan.

L’échec d’Obama contre l’islamisme

Sur un terrain voisin, le pari de Barack Obama de contenir l’essor de l’islam politique fut, de la même manière, une tentative vaine non payée en retour. Le discours bienveillant de l’université du Caire à l’adresse du monde musulman, en présence de représentants des Frères musulmans, d’une part, la volonté acharnée de conclure un accord sur le nucléaire iranien, d’autre part, ont été perçus comme autant de signes de faiblesse par ceux dont la « guerre sainte », le djihad, constitue l’ossature psychique et culturelle. Cette faiblesse a un bénéficiaire immédiat : la Russie de Poutine tire (provisoirement) les marrons du feu du retrait américain tandis que dans une allégresse autodestructrice le chaos ravage le Proche Orient : la Syrie et l’Irak comptent leurs morts par centaines de milliers. Malgré cet effroyable désastre c’est toujours l’ennemi sioniste qui mobilise les passions arabes et musulmanes.

Pourquoi rappeler ce qui précède avec l’actuel moment israélien ? Parce que pour comprendre ce pays il faut à la fois le situer dans un espace, sur une carte et le situer dans l’histoire. Israël est un marqueur, un révélateur. Le rapport à Israël ou au « signe juif » dit l’état de celui qui l’adule ou le hait. Selon que la position du curseur sur l’échelle des passions qui l’affectent, Israël agit comme un révélateur. Ce sont autant de symptômes mauvais dans l’Europe démocratique qui réapparaissent quand on scande « mort aux Juifs » dans les rues de Paris ou quand certains, en Pologne, veulent attribuer aux Juifs une part de responsabilité dans leur mise à mort. Le signe juif sert de baromètre pour le climat idéologique. Sous la pression des flux migratoires ce sont toutes les questions liées à l’identité qui se posent avec acuité. Les habitants de Cologne, les femmes en particulier, se sont rendus compte de la difficulté de certaines cohabitations la nuit du nouvel an 2016. Sous la pression de l’islam et de ses épigones agressifs, c’est la notion nouvelle de sécurité culturelle qui se pose comme un enjeu de société en France et en Europe.

Misère de l’antiracisme obtus

Toute critique de l’islam ou des crimes qui sont commis en son nom est désormais qualifiée de raciste ou d’islamophobe. L’antiracisme obtus ne veut pas  voir le piège conceptuel qui lui est tendu. « L’islamophobie est un nouveau mot qui a été inventé pour que les aveugles restent aveugles », a écrit Salman Rushdie première victime du projet totalitaire conçu par les Frères musulmans. Tandis que le terrorisme islamiste frappe désormais l’Europe et la France en particulier, on peut prendre la mesure aujourd’hui du succès de cette offensive idéologique menée sous le généreux masque de l’antiracisme. Après avoir été massivement « Charlie » en 2015, voilà que certains doutent de cette solidarité, intégrant ainsi la culpabilité d’avoir blasphémé le prophète. La guerre idéologique est complémentaire de la guerre par les armes. Pour l’avoir affrontée en première ligne, Israël demeure la cible première de cette nouvelle guerre mondiale.

Ce que les Européens refusent encore de percevoir c’est que ce qu’ils vivent aujourd’hui, Israël a à l’affronter depuis sa naissance. Ce que les européens ne comprennent pas c’est que ce qui menace Israël, les menace. Ce que les européens se refusent à voir c’est que c’est Israël qui se trouve su la ligne de front. « Si Israël tombe, nous tomberons tous » a déclaré l’ancien premier ministre espagnol José Maria Aznar. Cette déclaration est-elle dénuée de fondements ?

« L’entité sioniste », source unique du malheur arabe?

Quel peuple peut sereinement vivre son présent quand il a pour mémoire celle de sa destruction et pour perspective d’avenir une destruction programmée par ses voisins ? Quel peuple pourrait simultanément négocier avec un partenaire/ennemi qui simultanément lui dénierait tout droit à l’existence ? Cette situation c’est celle qui est faite à Israël depuis 70 ans. Ceux qui ont osé briser ce refus principiel sont excommuniés ou assassinés. Le tabou Israël constitue le facteur premier de l’aliénation arabe car il interdit à ce monde de penser sa propre régression. « L’entité sioniste » serait la source unique du malheur arabe et du malheur palestinien. Pour son malheur le peuple palestinien est prisonnier de ce que certains de ses leaders ont construit comme une rente éternelle. Aucune autre cause, aucun autre peuple souffrant d’un déni de ses droits n’est autant subventionné pour perpétuer son sort. Ni les Kurdes, ni les tibétains, ni les Yézidis n’ont droit de la part des diverses institutions, associations internationales à autant d’attention, à autant de subventions. Le sort des « réfugiés » palestiniens se perpétue de générations en générations. A la fin de la seconde guerre mondiale, des frontières ont été déplacées, des millions de personnes furent déplacées, pour pouvoir enfin donner à ces peuples des cohérences viables. L’indépendance de l’Inde, le partage avec le Pakistan, a aussi déplacé des millions de personnes. On sait ce qu’il advint de la Yougoslavie désormais détruite pour avoir saccagé ses équilibres précaires. Si le leadership palestinien avait souhaité construire son Etat, il y serait parvenu depuis les accords d’Oslo, même avec une solution bancale, mais une Palestine libre aurait existé. Ce fut le choix de Ben Gourion acceptant le plan de partage de l’ONU en 1947, refusé par toutes les parties arabes, alors que la Palestine ne figurait encore sur aucune carte. C’est bien parce que le rêve palestinien relève moins du projet de construction d’un Etat indépendant que celui de détruire Israël, que ce conflit perdure. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas le comprendre.

Sternhell contre les Lumières et le judaïsme

La lecture d’une carte de géographie suffit pour réaliser l’étendue de cette sinistre farce : Israël a la surface de trois départements français entouré d’Etats arabes ou musulmans allant de l’Atlantique à l’océan indien et ce serait ce minuscule Etat qui voudrait dévorer les autres ?

C’est à un renversement des responsabilités historiques que Sternhell nous convie aujourd’hui. Pour s’éloigner autant des Lumières que de l’esprit du judaïsme et encore plus de l’idéal sioniste des pères fondateurs, voilà Israël trainé dans une boue tellement répugnante qu’elle interdit toute critique raisonnable de la politique de son gouvernement. On peut ne pas aimer la politique de ce dernier, on peut s’injurier à la Knesseth, et les israéliens ne s’en privent pas, mais induire l’idée qu’Israël est sur la voie du nazisme, est une calomnie tellement énorme qu’elle oblige tout Juif soucieux du sort d’Israël à se solidariser avec son gouvernement. Il y a des mots imprononçables pour attaquer la politique d’Israël et l’historien Sternhell, mieux que quiconque aurait du le savoir. Ce gauchisme saura séduire les grands cœurs et les grandes âmes de Jeremy Corbin à  Edgard Morin ou  Jean Ziegler et fera ressusciter n’en doutons pas, Stéphane Hessel. Il permettra de perpétuer le malheur de tous.

C’est à Vladimir Jankélévitch, qu’il faut laisser la conclusion. L’auteur de L’imprescriptible sait reconnaître et nommer le Mal : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite; l’antisionisme donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux? Il est désormais possible de haïr les juifs au nom du progressisme! Il y a de quoi avoir le vertige. Ce renversement bienvenu, cette introuvable inversion ne peuvent qu’enfermer Israël dans une nouvelle solitude. Car le fait que la droite ait toujours haï et persécuté les juifs est une chose normale et presque rassurante, puisqu’elle est en quelque sorte née pour cela. C’est sa vocation et sa profession. Tout est donc dans l’ordre. Mais avoir perdu l’appui de la Gauche, cela ressemble à un châtiment métaphysique! Oui, elle est très difficile à porter, cette ironie cruelle du renversement: devoir mendier appuis et alliances auprès de ceux qui ont toujours détesté les juifs et qui aujourd’hui trouvent un avantage tactique à soutenir Israël, voilà l’ironie tragique par excellence. Pourquoi fallait-il qu’elle fût réservée aux survivants d’Auschwitz ? »[tooltips content= »Quelquepart dans l’inachevé. Entretiens avec Béatrice Berlowitz, Gallimard, 1978. »]1[/tooltips]


Le nom de trop: Israël illégitime ?

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Corées: la haine du Japon fait l’union

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Des supportrices Nord-coréennes agitent le drapeau de l'union lors d'un match de hockey sur glace de l'équipe de Corée unifiée à l'occasion des Jeux olympiques de Pyeongchang 2018. SIPA. AP22164023_000008

Il y a peut-être encore un espoir d’unir les deux Corées…


Les Jeux olympiques de Pyeongchang devaient sceller le réchauffement des relations entre les deux Corées, séparées par un mur physique et psychologique de 250 kilomètres de long et de 4 kilomètres de large. Las, les plaies de la guerre fratricide de 1950-1953, où deux millions d’individus perdirent la vie, peinent à se refermer. L’équipe féminine de hockey sur glace coréenne, composée de joueuses des deux nationalités, ne sera rien de plus qu’un symbole. Car une éventuelle réunification n’est pas plus souhaitée que souhaitable. Pour Séoul, un scénario à l’allemande signerait son arrêt de mort économique. Quant aux évadés nord-coréens, bien souvent traumatisés par la brutalité de leur régime, ils ont du mal à s’adapter à la démocratie moderne.

Au Nord, c’était les Choson…

Malgré tout, reste un point commun aux Coréens : la détestation de l’ennemi héréditaire japonais. Au nord comme au sud de la péninsule extrême-orientale, un héros fait même l’unanimité : Yi Sun-sin, amiral du XVIe siècle issu de la dynastie Choson, laquelle régna sur la Corée de 1392 à l’invasion nippone de 1910. Yi Sun-sin se battit victorieusement sur deux fronts, contre la Chine et le Japon.

De quoi remonter le moral et la fierté d’un peuple traditionnellement humilié par Tokyo, notamment durant les 35 longues années d’occupation japonaise au siècle dernier. Non seulement les tyrans nippons y ont abusé des femmes autochtones qu’ils prostituaient de force, mais ils ont en prime soumis les Coréens à des expériences médicales préfigurant les travaux du docteur Mengele. Au vu de tout ce passif, lorsque Kim Jong-un menace le Japon avec ses missiles nucléaires, peu de Sud-Coréens versent une larme. Et qui sait, peut-être le satrape du Nord se rêve-t-il dynaste Choson…

Le Monde selon Kim Jong-un

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La Corée du Nord en 100 questions

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Réserve fédérale américaine: Adieu Janet, on t’aimait bien!

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Janet Yellen. 2017, Sipa. Numéro de reportage : AP22159365_000001.

Après quatre ans de bons et loyaux services à la tête de la Réserve fédérale américaine (FED), Janet Yellen raccroche les gants. Avec pragmatisme, celle qui a vu venir la crise de 2008 a eu la lourde tâche de ramener l’économie américaine à la raison après le passage du pompier-pyromane Ben Bernanke. Hélas, la Banque centrale européenne tarde à suivre son exemple.


Les banques centrales sont un marqueur de l’expérience néolibérale. Leurs dirigeants font désormais l’objet d’une observation scrupuleuse. On spécule sur les décisions qu’ils pourraient prendre, sur les décisions qu’ils ont prises, sur leurs commentaires et déclarations. Le pouvoir des banquiers centraux, problématique en soi, s’est encore renforcé à l’occasion de la grande crise de 2008. On nous dit qu’ils ont sauvé les banques en Occident et les économies avec elles. C’est vrai. Mais on omet de nous dire qu’ils ont laissé s’installer le contexte générateur de crise.

Elles constituent aujourd’hui un réseau planétaire dont le centre est la Réserve fédérale, la plus centrale des banques centrales si l’on ose dire. Washington, capitale de la première puissance diplomatique et militaire, abrite aussi la banque centrale la plus influente du système globalisé. Or, Janet Yellen, installée depuis quatre ans à sa tête, cède la place à un de ses collègues du conseil de politique monétaire, Jay Powell. Et les bons esprits de s’interroger sur les inflexions futures de la politique monétaire. Cela s’appelle tirer des plans sur la comète. D’abord, parce qu’on ne connaît pas le nouveau président de la Fed, ensuite parce que la banque de Washington a été « cornérisée » par la crise : elle agit, comme d’autres banques centrales, sous la contrainte. Or, justement, Yellen est sûrement celle qui avait le mieux compris les risques du surendettement.

Janet Yellen l’académique

Le conseil de politique monétaire de la Réserve fédérale comprend 17 membres, dont 12 représentent les réserves fédérales décentralisées. Janet Yellen y a longtemps siégé au titre de la réserve de San Francisco, tout particulièrement dans la période critique de boom du crédit aux ménages (notamment immobilier) qui a provoqué la crise financière. S’est-elle bercée d’illusions comme l’immense majorité des économistes et des banquiers commerciaux, des banquiers d’affaires et des banquiers centraux ? Non. Les minutes du conseil de politique monétaire, dévoilées ultérieurement, montrent qu’elle fut la seule à annoncer, en 2006, la survenue de la crise ses collègues, dont le président Alan Greenspan, spéculant sur un « atterrissage en douceur ». Janet Yellen aurait-elle les qualités d’une pythonisse ? Disons plutôt qu’elle illustre la corporation des économistes académiques. C’est une universitaire mariée à la ville avec un autre universitaire. À ce titre, elle fait partie de cette minorité d’économistes qui pensent que les dettes ne peuvent monter jusqu’au ciel sans dommages collatéraux.

Au moment de la déflagration de 2008, c’est cependant Ben Bernanke qui doit tenter de remédier au cataclysme préparé par l’apprenti sorcier Alan Greenspan. Avec l’aide du  gouvernement fédéral, qui consomme près de 400 milliards de dollars d’argent public pour sauver les banques américaines[tooltips content= »Mais aussi les trois constructeurs automobiles sauvés de la faillite par Bush et Obama grâce à un concours de 60 milliards de dollars. »]1[/tooltips], le nouveau président va initier la politique d’argent à meilleur marché de l’histoire. Les taux de la Banque, qui n’avaient jamais baissé au-dessous de 1,75 % durant la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, tombent à zéro, niveau où ils vont se maintenir jusqu’à l’arrivée de notre amie Janet ! Plus encore, mais nous nous garderons de dire « mieux encore », le quantitative easing (« assouplissement quantitatif », QE) est instauré. La Réserve fédérale et cinq autres banques centrales avec elles – Japon, zone euro, Royaume-Uni, Suisse, Suède – rachètent en masse des obligations publiques et privées aux banques américaines[tooltips content= »Au total, 4 500 milliards de dollars de dettes sont rachetées par la Réserve fédérale, dont près de 2 000 milliards de dettes hypothécaires. »]2[/tooltips]. L’opération est double, création monétaire d’un côté, mais aussi, de l’autre côté, soustraction des emprunts qui engorgeaient les marchés du crédit. Sans pour autant que les dettes concernées soient monétisées : consignées dans les registres des banques centrales, elles continuent de porter des remboursements et des intérêts.

Janet Yellen la pragmatique

Cette opération de quantitative easing, louangée par les oies blanches des sphères médiatique et politique, est une opération de desperado. Certes, elle a été conçue et menée à bien par des techniciens des marchés financiers[tooltips content= »C’est ainsi qu’un ancien de la Réserve fédérale a été extirpé de sa retraite pour procéder à mille milliards de rachats de la dette hypothécaire. »]3[/tooltips]. Mais nous commettrions une erreur d’appréciation majeure en pensant qu’elle démontre la maîtrise incontestée des banques centrales sur le système financier globalisé. Elle illustre au contraire la fragilité d’un paradigme fondé sur une croissance des dettes beaucoup plus forte que celle de la production.

Janet Yellen, qui avait vu les dangers du surendettement, a fait un deuxième diagnostic : celui d’une nécessaire normalisation. D’où les deux axes de la politique qui a marqué son passage à la présidence : l’interruption du QE et la remontée progressive des coûts des emprunts des banques commerciales auprès de la Réserve fédérale – remontés aujourd’hui à 1,25 %. La Réserve fédérale a ainsi accompli la moitié du chemin qui mène à la normalisation. On marquera mieux la spécificité de sa politique en l’opposant à celle de Mario Draghi qui pratique, à la tête de la BCE, une politique de taux zéro et poursuit opiniâtrement ses rachats d’obligations privées et publiques d’entre les mains des banques de la zone euro.

Et c’est le moment de dévoiler la face cachée du QE. Chacun voit qu’il a pour effet de comprimer les taux d’intérêt sur les marchés du crédit, qui sont aujourd’hui les plus bas de l’histoire, dans tous les compartiments, y compris les junk bonds (« obligations pourries »). Partant, la valeur des emprunts augmente à proportion puisque cette valeur obéit à une corrélation inverse et proportionnelle vis-à-vis des taux. Prenons, à titre d’illustration, le cas d’un emprunt émis pour une durée de dix ans à un taux de 4 % représentatif d’un bon emprunteur avant la crise. La perte de confiance issue de la crise a pour effet de porter à 8 % le taux du marché : cela revient à dire que le montant des obligations concernées émises cinq ans auparavant s’est déprécié de 20 % ! À l’inverse, l’abaissement drastique des taux sous l’action de la banque centrale, à 2 % comme nous l’avons constaté, nous donne une appréciation de 10 % pour une même durée de cinq ans, par rapport à la valeur d’origine. Mais bien plus si l’on prenait le plus bas niveau touché au plus fort de la crise de confiance.

Or, quelle différence cela fait-il entre la Réserve fédérale, qui a renoncé au QE, et la BCE, qui la poursuit ? La BCE achète des emprunts revalorisés dans la proportion de 10, 15 ou 20 % par rapport au prix d’émission. Autant dire que la BCE crée de la monnaie pour subventionner les banques de la zone euro, bien longtemps après que la « confiance » ait été rétablie ![tooltips content= »Dans une Europe qui interdit par ailleurs aux États de subventionner les entreprises. »]4[/tooltips] Ne nous laissons pas berner par les projets d’union bancaire européenne qui relèvent de la manipulation intellectuelle. La vérité se situe dans les relations entre les banques commerciales et les banques centrales qui les protègent des dommages issus de leurs erreurs ou de leurs fautes.

Sans doute Mario Draghi a-t-il des raisons autres que celles de Janet Yellen. Gardons cependant à l’esprit cette idée de normalisation qui a guidé la présidente sortante de la Réserve fédérale avec ses deux règles : la banque centrale n’a pas vocation à devenir un acteur permanent des marchés financiers et elle doit s’efforcer de rétablir un prix de l’argent, sans quoi il n’y aurait plus de raison d’épargner.

Aujourd’hui, la reprise économique, considérée à l’échelon mondial, s’appuie sur une nouvelle bulle du crédit centrée sur la dette des entreprises, spécialement en Chine. Une nouvelle déflagration n’est pas à écarter. Il reste, en attendant, à saluer la lucidité et le sang-froid de la banquière Janet Yellen.

Montréal a son Hidalgo (et le regrette déjà…)

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Valérie Plante, mairesse de Montréal, et Anne Hidalgo, maire de Paris. SIPA. 00847096_000005 / AP22130760_000003

La Ville de Montréal a son Anne Hidalgo ! Mais les quatre premiers mois de la nouvelle mairesse Valérie Plante n’ont pas été la lune de miel annoncée… 


L’élection imprévue de la première mairesse de Montréal, Valérie Plante, en novembre dernier, a été perçue par de nombreux observateurs au Québec comme une excellente nouvelle. Premièrement, Valérie Plante est une femme, ce qui serait automatiquement un gage de dynamisme. Deuxièmement, la nouvelle élue serait « progressiste », preuve supplémentaire de sa très grande intelligence et de sa légitimé. Troisièmement, son élection mettrait un terme au règne très canadien et non québécois de Denis Coderre, le maire précédent, dont les allégeances fédéralistes sont connues de tous.

Il est pourtant déjà très aisé de constater que la nouvelle mairesse affiche la plupart des travers idéologiques de sa collègue de Paris, Anne Hidalgo. Comme cette dernière, Valérie Plante vit dans un monde idyllique où le Mal se confond avec le capitalisme pollueur, le « nationalisme » et tout ce qui n’est pas conforme au politiquement correct. Comme Anne Hidalgo, Valérie Plante a comme projet de révolutionner sa ville pour en faire un Éden urbain dysfonctionnel.

Montréal a le cœur à gauche et le portefeuille à droite

Il est révélateur que la nouvelle mairesse n’ait bénéficié d’aucune lune de miel après son élection. Valérie Plante a rapidement chuté dans les sondages, les 100 premiers jours de son mandat ont été marqués par la désillusion. La hausse de taxes imposée aux Montréalais a beaucoup contribué à ce revirement : les gens ont envie d’être progressistes, de jouer les sociaux-démocrates, à condition que ce jeu ne leur coûte pas trop cher.

A lire aussi: Grand Paris: les bobos, une chance pour Hidalgo (ou presque)

Dans une entrevue accordée à La Presse, l’ex-ministre des Affaires municipales, Rémy Trudel, a affirmé que « le budget avait teinté cette espèce d’optimisme rayonnant qu’il y avait après les élections » et que « les lunettes roses s’étaient assombries ». Selon plusieurs experts interrogés par ce journal, la mairesse « devra poser rapidement des gestes forts pour rétablir son image » car ses débuts difficiles risquent d’entacher tout le reste de son mandat. Autant de signes d’essoufflement d’un certain progressisme municipal pourtant porté aux nues quelques mois auparavant.

La politique des petites choses

Les préoccupations de Valérie Plante pour les enjeux en marge de l’actualité réelle nous en disent aussi très long sur le côté fleur bleue de son programme. En décembre dernier, la Ville de Montréal annonçait qu’elle allait interdire la vente de boissons sucrées dans les bâtiments et sur les sites dont elle est propriétaire. Il serait totalement hors de question d’interdire le port de la burqa dans les transports publics, mais de bon ton d’en faire disparaître le Coca Cola. Selon la Anne Hidalgo de Montréal, «c’est un message important à envoyer que la santé, on prend ça au sérieux». La santé physique peut-être…

Un peu plus récemment, le retour du débat sur l’interdiction des pitbulls témoignait à la fois de l’appauvrissement général du débat public et du tempérament dogmatique de la nouvelle élue : l’administration Plante annonçait qu’elle allait suspendre une partie du règlement sur les chiens dangereux adopté précédemment. Depuis, des parents d’enfants défigurés par un pitbull font entendre leur mécontentement, jugeant (avec raison) totalement irresponsable la décision de Valérie Plante. Mais la mairie de Montréal persiste et signe : interdire une seule race de chiens serait inacceptable, voire « raciste » ! Il vaudrait mieux faire de la prévention auprès des propriétaires. Les organisations de défense des droits des animaux savent maintenant sur qui compter.

Vive Montréal libre…

Malgré son importante population et son poids économique, la ville de Montréal apparaît de plus en plus comme un petit îlot progressiste dont la consanguinité idéologique des élites est frappante. Qui plus est, la Ville de Montréal affiche dorénavant certains idéaux sécessionnistes, revendiquant toujours plus d’autonomie dans un monde où l’État-nation s’affaiblit. Et ce n’est pas avec des Anne Hidalgo ou des Valérie Plante que les métropoles occidentales redeviendront le reflet des nations qui les ont engendrées.

La face cachée du multiculturalisme

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Mélenchon à l’école: le cancre máximo

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Jean-Luc Mélenchon s'ennuie à l'Assemblée nationale, février 2018. SIPA. 00843408_000039

Pour Jean-Luc Mélenchon, la crise (toute relative) de l’école n’est qu’une question de moyens. Et pas du tout de pédagogisme…


Ce mardi 27 février, Mélenchon, élu de la quatrième circonscription de Marseille, était longuement interviewé dans La Provence.

Le gros titre était sur la déclaration fracassante (en forme de porte ouverte que l’on enfonce), « Macron est l’ami des riches ». Cela ne m’aurait pas arrêté (sur le sujet, je recommanderai plutôt le livre de mon ami Gérard Filoche, tout récemment sorti, Macron ou la casse sociale, éditions de l’Archipel – Filoche avec qui Mélenchon signa jadis un livre, en 2000, quand ils cotisaient au même parti) si mes yeux ne s’étaient portés par hasard sur un bout de colonne, en bas de page, où le líder máximo du Vieux-Port et de ses environs (l’interview a été réalisée dans une gargote proche du quai des Belges) n’avait cru bon de ramener sa science sur l’éducation. Et pourquoi pas ? Après tout, il fut ministre délégué à l’enseignement professionnel, au temps lointain de Jospin et Jack Lang réunis.

C’est la faute à Blanquer !

Le problème c’est qu’à la question « Retirez-vous du positif dans la réforme de l’Education nationale ? », le grand manitou de la France insoumise répond, en toute décontraction :
« Le système qui se met en place dans les universités va créer une raréfaction de la ressource humaine intellectuelle du pays. C’est un système de marchandisation des diplômes par l’argent. Blanquer veut flatter l’ancienne génération dans la nostalgie du «c’était mieux avant».

Ô Jean-Luc ! (Deux remarques en incises. 1. À Marseille, on interpelle à la romaine — c’est le « ô » vocatif de nos vieilles versions latines — pas le « oh » ni le « ho » modernes. En toute logique, il faudrait écrire ainsi l’interjection si fréquente ici — « ô con ! ». Et 2. Je me permets de t’appeler Jean-Luc parce que nous nous sommes rencontrés, et plus d’une fois, chez Jean-Claude Gawsewitch au moment où tu sortais, chez Balland, En quête de gauche — en 2007, quand je sortais moi-même Une école sous influence). Donc, cela étant précisé…

Ô Jean-Luc ! Tu galèjes ou quoi ? « Une raréfaction de la ressource humaine intellectuelle du pays » ?

Marx et ça repart ! 

Primo, une certaine dose de sélection en fac ne vise qu’à supprimer dès l’entrée ces 50% d’étudiants venus faire du tourisme, et qui se plantent en première année, aussi laxistes que soient les universitaires qui corrigent leurs torchons. Secundo, l’extension indéfinie de certaines filières « en tension », comme on dit dans ces milieux – STAPS, par exemple – est un mauvais service rendu depuis des années à des étudiants qui découvrent trop tard que les débouchés sont en nombre restreint. Et qu’on les a envoyés dans le mur.

Et notre député et futur candidat à la mairie — à moins qu’il préfère laisser Castaner s’y installer, Forcalquier étant devenu trop petit pour le délégué général de la République en marche, une-deux, une-deux, une-deux — de rajouter :

« L’école primaire a toujours été une réussite en France. On dit que 20% des élèves ne savent ni lire, ni écrire, ni compter ! On se demande même s’ils savent marcher ou parler ! Non, il y a des élèves qui ont des grosses difficultés en maths, d’autres en lecture, d’autres en écriture. Tous finissent par se rattraper. Blanquer prend la posture de l’autorité. Ses débats sur la blouse ou le téléphone ne sont pas sérieux. Ce sont des diversions. L’école se désarticule faute de moyens. »

« On » est un con

On appréciera ce « on » qui en français désigne l’imbécile d’en face, à distinguer du «nous» plein de noblesse et de dignité. « On raconte que… mais nous savons bien… » Dans ce « on », il y a à peu près tout ce que la France compte d’enseignants lucides — allez, 80%, les 80% qui ont condamné dès le premier mot la réforme du collège de Vallaud-Belkacem (forte de sa juste appréciation des statistiques, Najat abandonne finalement l’édition et rejoint l’institut de sondages IPSOS — sûr que ce qui en sortira ne sera pas du pipeau).

Et si l’école maternelle marche encore assez bien, ce n’est pas là (et c’est bien dommage, mais tu devrais te tenir au courant) que l’on apprend le lire / écrire. C’est en CP — et la plupart des « professeurs des écoles » recrutés depuis 1989 et la création des IUFM y appliquent des méthodes d’apprentissage létales. L’idéo-visuel cher à Foucambert, Goigoux et autres malfaiteurs encravatés, c’est l’arme fatale d’extinction des plus démunis. Ce ne sont pas les « moyens » (tu cotises à FO ou à la CGT, dis-moi ? Ça promet, si tu te présentes à Marseille) qui font défaut, mais l’application de méthodes efficaces.

Mais évidemment, si tu es conseillé par Danielle Obono, qui pense que « Vive la France » et « Nique la France », c’est la même chose

Eh non, ils ne finissent pas par « se rattraper ». Parce que dans les rues de Marseille, le même jour, j’ai photographié ça :

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Chine: Xi Jinping président à vie, le triomphe posthume de Mao

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A Pékin, l'assiette souvenir de Xi Jinping est vendue à côté de celle de Mao Zedong, mars 2016. SIPA. AP21865414_000002

Une réforme constitutionnelle devrait lever la limite de deux mandats consécutifs à la tête de la République populaire de Chine. Le président Xi Jinping peut devenir le nouveau Mao. 


Il y a quelques mois, à l’issue d’un XIXème congrès éclatant, il s’agissait d’une méchante rumeur qui courait la presse étrangère et qu’il fallait écarter d’un revers de main. L’héritage de Deng Xiaoping était solide : non content d’avoir ouvert l’économie chinoise aux investisseurs étrangers, il avait facilité la transition au sommet du pouvoir, en inscrivant dans la constitution la limite de deux mandats pour le président et vice-président de la République populaire de Chine. Le pouvoir personnel de Mao, le culte de la personnalité sur lequel il se fondait et les dizaines de millions de morts qu’il causa tissaient la trame d’un cauchemar ancien que les institutions actuelles avaient vocation à exorciser. La Chine puissance responsable, montrerait l’exemple d’un pouvoir exécutif apaisé et sûr de sa force, formant un vif et heureux contraste avec le chaos trumpien. Celui qui l’incarne, Xi Jinping, ne chercherait jamais à devenir un nouveau Mao et ceux qui parlaient de lui comme d’un nouvel empereur n’utilisaient qu’une métaphore creuse, sans lien avec la réalité de la Chine contemporaine.

Xi Jinping, la « renaissance » de la nation chinoise

Un journal local, dés le mois de novembre, peu après le congrès, avait osé qualifier Xi de « grand dirigeant », un titre que seul Mao s’était vu attribuer depuis la création de la « Nouvelle Chine », en 1949. Mais l’article avait rapidement disparu des écrans, grâce à la célérité d’un système de censure d’une efficacité sans équivalent dans l’histoire humaine. Cependant, dés la fin du mois de janvier 2018, Xi Jinping était officiellement qualifié de « dirigeant du peuple », marquant ainsi un lien direct, non-institutionnel, entre Xi et le peuple chinois. Aucune opposition ne s’est ouvertement manifestée dans le Parti, malgré les inquiétudes exprimées mezzo voce par ceux qui en Chine se souviennent des horreurs des années Mao. Ce ballon d’essai confirmait l’emprise de Xi sur le Parti : aucune voix discordante n’osait s’exprimer. Il était alors possible de passer à l’étape suivante : le comité central du Parti vient d’annoncer qu’il propose, dans le cadre d’une réforme constitutionnelle à venir, de lever la limite de deux mandats consécutifs à la tête de la République populaire de Chine, ouvrant ainsi la voie à un pouvoir à vie de Xi Jinping.

A lire aussi: La Chine est grande et Xi Jinping est son prophète

Xi Jinping est devenu l’incarnation du projet de « renaissance » de la nation chinoise (ou de la « race » comme le voudrait une traduction plus exacte). Sa taille, son allure, la confiance en soi qu’il dégage, sa « vertu » (confondue en Chine avec le charisme) plaisent semble-t-il aux Chinois – même si personne n’ose le leur demander – qui y voient une image fidèle de la toute nouvelle puissance acquise par la Chine.

La Chine ne veut pas devenir un pays occidental 

Les limites données au pouvoir personnel en Chine l’avaient été alors que la Chine s’ouvrait à l’étranger. Dans les années 1980, les débats étaient vifs au sein du pouvoir, et jusque dans une société civile naissante, sur l’évolution que devait prendre la Chine. Pouvait-on envisager que le Parti s’attelle à la « cinquième modernisation », la démocratisation du régime, alors même que plusieurs pays en Asie orientale étaient touchés par une vague d’ouverture politique ? Le massacre de la place Tian’anmen en 1989 a brutalement mis fin à ces espoirs au point que les « libéraux » chinois sont aujourd’hui complètement marginalisés.

Les pays étrangers ont mis beaucoup plus de temps à prendre acte de la fermeture chinoise. Sous l’effet de l’ouverture économique et de la propagation des normes économiques et même juridiques dans la société chinoise (la Chine a enfin adopté les « dispositions générales » d’un code civil en 2017), le Parti a su entretenir les rêves de démocratisation du régime auprès des hommes politiques et des hommes d’affaires occidentaux, tant qu’il pensait avoir un besoin vital de leur aide. Cependant, ce que nous n’avons pas su voir, c’est que le régime n’avait aucune vocation à abandonner le pouvoir, et qu’il n’avait aucune volonté non plus de devenir un pays occidental comme les autres.

L’idiosyncrasie chinoise continue à informer puissamment l’action politique de la Chine. Les pratiques anciennes de l’Empire, confucéennes et surtout légistes (le légisme est une doctrine tyrannique fondée sur la manipulation par le pouvoir des « châtiments » et des « récompenses »), ont su progressivement se couler dans la rhétorique communiste. C’est que le légisme et le communisme partagent une vision sacrificielle de la politique qui fait de la désignation de boucs émissaires (aujourd’hui les corrompus et les individus réfractaires à l’ordre chinois, hier les déviationnistes et les droitistes) un instrument essentiel de la gouvernance avec des caractéristiques chinoises.

Pour les médias, la guerre en Syrie oppose (toujours) les gentils et les méchants

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Manifestation contre le bombardement de La Ghouta à Paris, février 2018. SIPA. 00846503_000008

En Syrie, les factions rebelles ayant été repoussées de Damas, la zone de combat se concentre désormais dans la région de la Ghouta orientale, couramment désignée comme une « enclave rebelle ».

L’expression « enclave rebelle » participe de ce que Walter Lippmann appelait la « standardisation » du récit médiatique, laquelle repose sur des stéréotypies faciles qui font bon marché d’une réalité complexe et surtout, suggèrent immanquablement une appréhension morale et manichéenne de la situation. Il faut, expliquait l’auteur de Public Opinion, que les récepteurs de l’information puissent s’impliquer dans l’interprétation des faits, s’identifier dans une certaine mesure à des personnages de l’histoire et prendre parti. Le formatage idéologique marche donc main dans la main avec le besoin de séduire, de susciter l’intérêt et l’attention du public.

Une « enclave » fermée… des deux côtés

Étymologiquement, on reconnaît dans le terme d’enclave les deux éléments in et clavis (la clef). Un territoire enclavé est donc littéralement un endroit fermé à clef. On emploie ce terme pour désigner des régions isolées géographiquement ou administrativement (délaissées par les pouvoirs publics, mal desservies par les réseaux de transports, etc.). Dans un conflit, enclave devient synonyme de « poche de résistance ». S’il est fermé, c’est à la fois parce que ses occupants empêchent leur ennemi d’y pénétrer afin de ne pas perdre l’espace conquis, si menu soit-il, et parce que cet ennemi tente de contenir l’occupant dans ce territoire restreint pour en interdire l’expansion. Une enclave est donc doublement fermée à clef : de l’intérieur et de l’extérieur.

Mais en l’occurrence, le territoire désigné comme « enclave » n’est pas un coin de désert. C’est un ensemble de quartiers périphériques situés à proximité de Damas. Autrement dit, ces zones qui sont à la fois tenues (de l’intérieur) et contenues (de l’extérieur) ne sont pas vides de populations civiles.

Voilà pourquoi la notion d’« enclave rebelle » est problématique.


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On retrouve un phénomène de personnification déjà observé avec « quartier sensible » : l’enclave n’est pas en elle-même rebelle. Elle est occupée par des rebelles. C’est encore plus évident avec l’expression « région rebelle » :


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D’abord, ces expressions annihilent dans l’adjectif « rebelle » la multiplicité des opposants au régime, dont l’histoire récente nous a tout de même appris que certains, loin d’être de gentils démocrates, seraient plutôt des mini-Daech, ce qui incite peut-être à une appréhension de la situation un peu plus nuancée que : les vaillants combattants de la liberté contre le méchant autocrate sanguinaire.

Une manière hypocrite de voir les choses

Ensuite, « région rebelle » et « enclave rebelle » tendent à faire oublier qu’il s’agit de zones occupées. Elles incitent à penser que la population civile des quartiers concernés est totalement acquise à la cause des rebelles. Il est tout à fait vraisemblable que des gens soutiennent…

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Caroline « Ilitch » de Haas « arrête »: elle est « fatiguée » d’avoir raison

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Caroline de Haas lance, à Paris, la campagne du Parti communiste français (PCF), mai 2017. SIPA. 00806253_000034

La militante néo-féministe, Caroline de Haas, se dit lassée du « harcèlement » dont elle ferait l’objet sur les réseaux sociaux et a décidé de « les quitter ». Rassurez-vous, ce n’est que pour un temps « indéterminé ». 


Mme Caroline de Haas « arrête ». Elle est « fatiguée ». « Trop de violence. » Ne crions pas victoire, elle ne jette pas l’éponge, elle veut toujours « changer le monde », elle se retire seulement des réseaux sociaux, comme Lénine s’était retiré en Finlande en juillet 1917, pour mieux revenir en octobre. C’est pour cela qu’elle écrit : « Je le dis donc aux agresseurs et à leurs alliés avec beaucoup de sérénité, de détermination et d’enthousiasme : votre temps est bientôt révolu. » Ce n’est pas très éloigné de ce que déclarait Vladimir Illich à ses opposants, avec la même conviction d’incarner la « fraction consciente du prolétariat », l’Esprit qui avait condamné par avance les nobles, les bourgeois et les intellectuels aux « poubelles de l’Histoire ». J’exagère ? Lisez ces lignes : « Les porcs et leurs alliés s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. Quelques réminiscences poussiéreuses n’y changeront rien, même publiées dans Le Monde. »

Caroline de Haas outragée, Caroline de Haas brisée, Caroline de Haas martyrisée…

Cette rhétorique progressiste qui veut absolument détruire le monde tel qu’il est, et qui souhaite accélérer sa destruction, a des relents génocidaires. J’exagère encore? Non, je juge Mme de Haas d’après ses propres critères, puisqu’elle écrit : « Le langage a une influence sur les comportements humains : accepter des insultes envers les femmes, c’est de fait autoriser les violences. » Donc, accepter les insultes envers le monde tel qu’il est, c’est de fait autoriser sa destruction. Et qui est Mme de Haas pour menacer de détruire le monde ? Face à la vague de haine qu’elle a naturellement déclenchée, Mme de Haas reste pourtant imperturbable, et prend cette réaction pour la preuve qu’elle a d’autant plus raison, qu’elle a « touché juste ». Ce fanatisme a de quoi inquiéter. Je souhaite l’analyser plus précisément.

A lire aussi: Une Caroline de Haas « sur deux ou trois » dit n’importe quoi

Voici sa vision de la sexualité : « Les signataires se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature. Les violences ne sont pas de la “séduction augmentée”. D’un côté, on considère l’autre comme son égal, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres souhaits ni de son consentement. » Pareillement, sur le site du Groupe F, l’organe d’action de Mme de Haas, l’internaute est accueilli avec la question : « comment éviter le harcèlement ? » Sont énumérées ces réponses : « Ne pas porter de jupe (courte). Ne pas avoir 17 ans. Ne pas mettre de décolleté. Ne pas marcher seule le soir. Ne pas sourire aux inconnus. Ne pas porter de talons. Ne pas harceler. » Seule la dernière réponse est cochée, signe que c’est la seule bonne réponse. Cela a l’air de rien, mais tout y est. C’est d’un simplisme évangélique : « si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le. »

Le divorce du Ciel et de l’Enfer

Mme de Haas, à la différence de Jésus-Christ, de son église, et de tout le bon sens de l’espèce humaine, prétend que le désir et la volonté chez l’homme, le mâle, c’est la même chose. On remarquera qu’elle ne mentionne que les désirs de la femme, que l’homme devrait « respecter », désirs par ailleurs supposés d’une pureté angélique, comme elle l’a signifié par son indignation face à Brigitte Lahaie, qui lui a courageusement dit la sombre vérité : « On peut jouir lors d’un viol ». La vision puritaine de Mme de Haas ampute la sexualité de sa part d’ombre, elle souhaiterait sans doute qu’il n’y ait ni masochisme, ni sadisme, ni perversions, que la violence et l’amour soient soigneusement séparés, comme le Ciel de l’Enfer.

Mais la vérité du monde tel qu’il est, c’est que le désir n’est pas identique à la volonté. C’est bien triste, en effet, que cela soit si sale et si imprévisible, que nous ne soyons pas au Ciel. Saint Augustin expliquait bien que seulement avant la Chute, on bandait comme on voulait : « C’est avec raison que nous avons honte de cette convoitise, et les membres qui sont, pour ainsi dire, de son ressort et indépendants de la volonté, sont justement appelés honteux. Il n’en était pas ainsi avant le péché. ‘Ils étaient nus’, dit l’Ecriture, et ils n’en avaient point honte. Ce n’est pas que leur nudité leur fût inconnue, mais c’est qu’elle n’était pas encore honteuse; car alors la concupiscence ne faisait pas mouvoir ces membres contre le consentement de la volonté, et la désobéissance de la chair ne témoignait pas encore contre la désobéissance de l’esprit. »[tooltips content= »La Cité de Dieu, Livre XIV, Ch. XVII »]1[/tooltips]

Désirez-moi respectueusement !

Pour le dire sans figures, l’homme n’est pas attiré « respectueusement » par une femme. Il est attiré ou il ne l’est pas, malgré lui, et c’est faire l’imbécile que de prétendre que l’habillement de la femme, sa nudité, son âge, son sourire ne sont pour rien dans l’attraction qu’elle peut déclencher. Certes, cela ne place pas la responsabilité du déclenchement du désir uniquement du côté de la femme, ni ne justifie que le mâle exprime n’importe comment le désir qu’il ressent. Cela, seuls les wahhabites et Tariq Ramadan le pensent, c’est pourquoi ils veulent voiler toutes les femmes, reléguant les hommes dans une position de « porcs lubriques » incapables de se contrôler. Mais notre monde, la France galante, a navigué entre ces deux pôles extrêmes, pour responsabiliser les deux sexes de leurs désirs et des moyens qu’ils mettent en œuvre à la fois pour le susciter chez autrui et pour l’exprimer quand ils en sont émus.[tooltips content= »Pour les anglophones, voici quelqu’un qui pose le problème lucidement, Jordan Peterson« ]2[/tooltips]

Plus encore, il n’y aucune preuve que la femme n’ait que des désirs purs, non mélangés à cette satanée violence, bien au contraire. On a fait un cas « emblématique » des « frotteurs ». Le « frotteurisme » est une des nombreuses « paraphilies », parmi lesquelles on en trouve une autre, qui concerne, elle, majoritairement les femmes : l’hybristophilie, la fascination pour les tueurs en série. Anders Breivik reçoit au moins « huit cents lettres d’amour par an ». Une jeune fille de seize ans l’a demandé en mariage pendant son procès de 2012. A quand la pénalisation de cette conduite déviante, de cet éloge de la violence ?

On leur donnerait le bon Dieu…

Mais ce sont peut-être des égarées qui n’ont pas encore acheté une formation à Mme de Haas. Cependant, comme notre féministe adore les statistiques plus que le Dieu de Saint Augustin, que dira-t-elle de cette analyse des recoins des âmes humaines, à partir de ce qu’elles confient à Google : Everybody Lies : Big Data, New Data, and What the Internet Can Tell Us About Who We Really Are de Seth Stephens-Davidowitz ? Dans la deuxième partie, au chapitre « sexe », on trouve cette information : « parmi les recherches les plus populaires sur PornHub faites par des internautes femmes, il y a un genre de pornographie qui, je vous préviens, va troubler de nombreux lecteurs: le sexe avec violence contre les femmes. Au total, 25% des femmes qui cherchent du porno hétérosexuel mettent l’accent sur la douleur et/ou l’humiliation de la femme — « anal douloureux », « humiliation publique» et « gangbang  extrême brutal » par exemple. Cinq pour cent cherchent des rapports sexuels non consentis – «viols» ou «contraints» – même si ces vidéos sont interdites sur PornHub. Et les taux de recherche pour tous ces termes sont au moins deux fois plus fréquents chez les femmes que chez les hommes. S’il existe un genre de pornographie dans lequel la violence est perpétrée contre une femme, mon analyse des données montre qu’elle fait presque toujours appel de façon disproportionnée aux femmes. »

Mme de Haas pourrait reprendre le rôle de Tartuffe et déclarer aux mâles : « Couvrez ces pectoraux que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées. »



Pour sauver la SNCF, cheminots, battez-vous !

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Un travailleur du rail en grève manifeste à Paris, juin 2014. SIPA. 00686408_000002

Pour mieux suivre les rails de Berlin, la profonde réforme d’Emmanuel Macron promet la destruction de la SNCF, fleuron ouvrier français. Aux cheminots de croiser le fer !


Emmanuel Macron a bénéficié de circonstances particulières pour parvenir au pouvoir. Grâce à une opération judiciaire, à laquelle il n’est peut-être pas étranger, il s’est débarrassé de son principal adversaire de l’élection présidentielle. Cette espèce de coup d’État a précipité l’effondrement du système politique d’une Ve République gangrenée. Ce qui lui permet de gouverner en s’appuyant sur quatre ou cinq personnes, en liaison directe avec le CAC 40, dont il assume très bien d’être le serviteur. Aidé de la caste de la haute fonction publique d’État, il peut mettre en œuvre la feuille de route voulue par l’Europe allemande.

Un aller simple pour Berlin

Après avoir détruit le monument centenaire du code du travail, il est chargé, dans la perspective de la chère « concurrence libre et non faussée » des europhiles aveugles, de finir la destruction de notre système ferroviaire déjà entamée par les socialistes. Comme d’habitude, on a produit un rapport rédigé par un récidiviste du démantèlement des services publics (en l’occurrence Jean-Cyril Spinetta), pour imposer dans les têtes le caractère indispensable de la disparition de la SNCF. Comme d’habitude encore, on utilise un populisme crasseux pour opposer les travailleurs du rail aux autres catégories de la population. L’occasion la plus infecte ayant consisté à opposer leur statut à celui des agriculteurs. Sus aux cheminots, responsable de tous nos malheurs.

La SNCF, c’est la France…

Et c’est là où pour moi, ça va coincer. Dans mon enfance, le train, et ceux qui faisaient tourner la machine bénéficiaient d’un grand prestige. Ils constituaient une sorte d’aristocratie ouvrière, compétente, rigoureuse et dévouée, indispensable à la nation. Chez nous on les reconnaissait comme tels, et ce d’autant que sous la grêle, ils avaient payé le tribut. Les 3000 cheminots fusillés, les membres du réseau « Résistance Fer », avait beau être communistes, pour mon père ils étaient des frères de combat. J’ai vu les dernières motrices à vapeur, sublimes symboles de la révolution industrielle, les michelines blanches et rouges qui irriguaient mon pays jusque dans ses recoins. J’ai connu la France où il y avait des gares partout et où le chef de chacune d’entre elles était un personnage important. Même si, et c’en était le signe, on se moquait parfois de ses infortunes conjugales. Les choses ont évolué mais ce monument national est toujours présent. Je garde cette tendresse particulière pour les trains, pour ceux qui les conduisaient, et les entretenaient. Je me sens dans le TGV, que j’empreinte souvent, comme dans les michelines ou les trains rapides à compartiments ou wagons Corail.

…qui résiste

Les gares sont toujours des lieux magiques, la lumière et les odeurs y sont les mêmes que dans le monde d’avant. Et ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs. Lorsqu’aujourd’hui je prends le TGV pour Avignon, et que je vois 2h40 plus tard, des étrangers américains ou japonais en sortir pour entrer dans l’été provençal, je ressens toujours ce petit sentiment de fierté pour ce que mon pays est capable de leur montrer. Et puis je veux que l’on continue à desservir par le rail, pour les empêcher de mourir, toutes ces villes et petites villes, ces Vallon en Sully, ces Cerans-Foulletourte, ces Villedieu-les-Poêles. Pour cette dernière ne serait-ce qu’en l’honneur de Jean Devé, militant syndical, chef de gare à Villedieu, génial mécano des chenillettes Bren Carriers, tué à l’ennemi à Bir Hakeim le 10 juin 1942, compagnon de la Libération. Voyez-vous, Monsieur Macron, ce jour-là la France n’était pas à Vichy comme vous le prétendez, mais dans le désert lybien. Incarnée par un cheminot qui lui a donné sa vie.

A lire aussi: SNCF: l’adieu aux petites lignes ou le désenchantement de la France

Brader Alstom aux Américains et aux Allemands, ça c’est fait. Balancer bientôt Airbus aux mêmes, ça c’est en cours. Le reste à l’avenant.

Faites dérailler Macron !

Alors comme ça, aujourd’hui, pour mieux exécuter encore les ordres de cette Europe allemande et ouvrir à la concurrence le transport ferroviaire, avec la conséquence qu’on imagine trop bien, c’est-à-dire la disparition d’un service public du transport par rails, nos élites dirigées veulent détruire la SNCF ? Elle qui constitue, bien sûr, un indispensable outil économique de service public dont nous avons besoin, mais aussi un patrimoine historique et culturel.

Eh bien, c’est non.

Camarades cheminots, votre combat ne sera pas seulement celui pour vos intérêts professionnels, catégoriels ou personnels, aussi légitimes soient-ils. Il sera aussi et surtout celui de garder à notre pays un bien qui lui est précieux. Il y a des moments, où chacun à sa place, on est porteur de l’intérêt national. «Celui qui est désigné doit marcher», disait Péguy. Vous aurez bien sûr en face de vous la partie servile des médias qui vous insultera et vous reprochera de « prendre les usagers en otage ». Vous aurez les sondages bidons, l’arrogance cassante de la caste et les capitulations des syndicats jaunes. Ne vous laissez pas intimider.

Quelles que soient les formes de lutte que vous choisirez, nous vous soutiendrons. Rappelez-vous que les seuls combats que l’on perd sont ceux qu’on refuse de livrer.

Usbek & Rica: n’ayez pas peur des réseaux sociaux!

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Blaise Mao et Mathieu Brand sont respectivement rédacteur en chef et responsable des communautés d'Usbek & Rica. ©Hannah Assouline

Le magazine Usbek & Rica entend « explorer le futur ». En dialoguant avec deux de ses responsables, Blaise Mao et Mathieu Brand, on entrevoit un XXIe siècle hésitant entre tentation technophobe et tyrannie des machines. 


Causeur. À l’origine, les réseaux sociaux étaient porteurs d’une promesse : favoriser les échanges. Or, les débats y semblent aujourd’hui de plus en plus rugueux. Comme si on assistait à des sortes de guerres de tranchées numériques. Avoir été bloqué par telle ou telle personnalité est même arboré fièrement comme une médaille.

Blaise Mao et Mathieu Brand. La réponse simpliste à cette question consisterait à dire que les réseaux sociaux ne sont qu’un grand défouloir. C’est un peu plus compliqué. Tout le monde ne se transforme pas en monstre derrière son écran, mais certains biais techniques peuvent le laisser croire. L’algorithme de Facebook, par exemple, peut donner ce sentiment car il fait remonter à la surface les commentaires les plus virulents. Tout simplement parce que ces derniers suscitent des réponses d’internautes qui, en retour, vont parfois eux aussi se montrer outranciers. À l’inverse, un post ou un commentaire nuancé, même s’il reçoit l’approbation des lecteurs, se verra beaucoup moins car il n’engendrera pas ou peu d’interactions.

Facebook ne veut plus seulement savoir si l’on apprécie tel ou tel artiste ou si l’on suit tel média, mais aussi ce qui nous choque ou nous fait rire.

C’est certain : la manière dont les réseaux sont pensés et conçus influe sur la qualité du débat d’idées. Prenons les émoticons. Sous prétexte d’exprimer nos émotions, ils les limitent à quelques-unes : on aime ou on déteste, on rit ou on pleure, on loue ou on lynche. Comme si l’homme connecté était renvoyé aux émotions les plus binaires, à sa part la plus « animale ».

Facebook a tout de même complexifié les choses. Le « je n’aime pas » a d’ailleurs été supprimé, histoire de dire : « Il n’y a pas de pensée négative chez nous. » Désormais, il y a même six types de réactions possibles du « j’adore » au « grrr » signifiant la colère. Mais cette volonté de dépasser le stade binaire est un moyen de faire un profilage toujours plus précis de notre consommation d’informations. Facebook ne veut plus seulement savoir si l’on apprécie tel ou tel artiste ou si l’on suit tel média, mais aussi ce qui nous choque ou nous fait rire.

Cependant, plusieurs « repentis » de la Silicon Valley, notamment des designers qui ont travaillé chez Google ou Facebook, reconnaissent aujourd’hui être allés trop loin, notamment dans la façon dont ils ont pu concevoir des technologies et des applications destinées à capter notre attention. On assiste ainsi à l’émergence d’une réflexion sur le sujet baptisée « ethics by design ». James Williams, un ex-designer de chez Google, prêche par exemple pour des technologies moins accaparantes. Il y a aussi cet ancien cadre de Facebook, Chamath Palihapitiya. Ce dernier a eu des mots très durs contre son ancien employeur, quand bien même il est resté sept ans dans cette entreprise, ce qui lui a permis de gagner suffisamment d’argent pour créer son propre fonds d’investissement…

Du côté de Facebook, on a dépêché deux experts maison pour savoir s’il était bon ou non de passer tant de temps sur les réseaux sociaux. Selon eux, la consommation passive de Facebook serait effectivement nuisible. Il nous faudrait donc interagir plus avec les autres utilisateurs pour en ressentir pleinement les bénéfices !

Facebook reste une entreprise. Ses dirigeants n’ont donc aucun intérêt à nous dire d’arrêter de l’utiliser. Il arrive qu’on reçoive des notifications du genre : « Vous n’avez pas répondu à plusieurs dizaines de commentaires, vous savez que répondre améliore votre réputation. » Ou bien encore : « Vous n’avez pas mis à jour votre profil depuis sept semaines. » Ses ingénieurs ont créé des outils pour nous inciter en permanence à être suractifs. Quel serait l’intérêt de ses dirigeants à faire ralentir la cadence ?

Chez Usbek & Rica, on tient absolument à développer notre communauté hors des réseaux sociaux. On a par exemple mis en place une monnaie sur notre site. Quand on commente chez nous, on gagne des usbeks. On peut ensuite les dépenser dans notre boutique. C’est une manière d’amener les gens à sortir des réseaux, de ne plus seulement venir nourrir les algorithmes de Mark Zuckerberg et d’encourager les commentaires de qualité.

Le mot « communauté » est intéressant. Mais cela pose question : ne finissons-nous pas sur internet par n’être plus entourés que par nos semblables de façon à nous retrouver, pour reprendre le titre du livre de l’anthropologue Sherry Turkle, de plus en plus « seuls ensemble » ?

Il n’est pas sûr que c’était très différent avant les réseaux sociaux. C’était sans doute même pire. Le titre du prochain édito d’Usbek & Rica pose néanmoins la question : « L’universel est-il ringard ? » Par exemple, autant la libération de la parole des femmes nous semble vraiment très très saine, autant nous sommes inquiets de l’augmentation des revendications identitaires, notamment religieuses. Près de 40 % des Français considéreraient faire partie d’une minorité. L’idée que l’on se définirait d’abord par nos différences nous inquiète.

Dans cinquante ans, il y aura une nouvelle manière de diriger notre planète, plus transparente, plus saine.

Puisque l’on évoque #metoo et #balancetonporc, ne vous inquiétez-vous pas de la possible mutation des réseaux sociaux en tribunaux populaires qui se substitueraient à la justice, la vraie ?

Il ne faut pas mettre en avant des histoires particulières et se planquer derrière celles-ci pour décrédibiliser un mouvement plus vaste qui nous apparaît extrêmement sain et spontané. Dans notre prochain numéro, nous avons abordé les suites de #metoo et l’on a envisagé et étiré trois « scénarios extrêmes » pour le futur.

Premier scénario, on a imaginé ce que pourrait donner un « retour de flamme » viril en nous intéressant au masculinisme, ce mouvement groupusculaire qui est né aux États-Unis, présent notamment dans les forums internet des adeptes des jeux vidéo, et dont certains membres finissent par ne même plus fréquenter l’autre sexe.

Le deuxième scénario est basé sur une autre dérive qui paraît aussi peu probable : l’avènement d’un hyperféminisme puritain aboutissant à une sorte de matriarcat dur.

Troisième scénario enfin, plus technologique : l’utérus artificiel. Si l’on arrive à externaliser la grossesse, on sera vraiment sur un pied d’égalité. Cela changera tout : la sexualité bien sûr, mais aussi l’éducation des enfants et, bien sûr, la place même des hommes et des femmes. Il y aura alors une crise de l’identité, mais peut-être pour le meilleur.

Ou le pire, estimeront certains. Mais revenons au présent et à la question des fake news. Mark Zuckerberg a fini par trancher. Il y aura moins d’infos sur Facebook et ce seront les utilisateurs qui jugeront collectivement de la fiabilité d’un site. Ce procédé vous paraît-il judicieux ?

On en est aux prémices de l’autocritique des réseaux sociaux sur leur propre fonctionnement, à la phase 1 post-Donald Trump. Il ne s’agit pas tant de faire confiance à la communauté des internautes que de réformer les règles des algorithmes que l’on évoquait précédemment. Comment se fait-il, par exemple, que l’on n’ait pas détecté plus tôt que des comptes connectés depuis la Macédoine multipliaient les tweets pro-Trump ? Comment se fait-il aussi qu’il n’y ait pas de modération ? Sur les insultes, l’antisémitisme, Twitter s’est quand même planqué pendant dix ans derrière le paravent de la liberté d’expression. Quant à Facebook, c’est la plus grande rédaction du monde, mais sans directeur de rédaction ! La lutte contre les fake news devrait donc relever d’abord des plateformes elles-mêmes plutôt que d’être confiée au CSA, qui a déjà du mal à gérer l’audiovisuel.

Le débat sur les fake news soulève plus largement la question de la perte de légitimité des figures d’autorité et des corps intermédiaires qui, autrefois, avaient une vraie légitimité et une certaine respectabilité. Parmi eux, il y a les journalistes dont la parole est aujourd’hui défiée. En soi, il est plutôt positif que les gens cultivent leur esprit critique. Il s’agit donc pour les journalistes de descendre dans l’arène et de se battre pour défendre une information fiable, d’autant que ce n’est pas compliqué de démonter certaines informations farfelues.

Prenons le forum de Davos ou la conférence Bilderberg. Ce genre de rassemblement est parfait pour les complotistes. Imaginez : des types puissants se réunissent dans les Alpes suisses ! Mais ça n’existera plus dans cinquante ans : il y aura une nouvelle manière de diriger notre planète, plus transparente, plus saine.

Amazon vient de lancer son premier supermarché autonome, sans caisses ni caissiers. […] Si la reconnaissance faciale est généralisée jusque dans la rue, là, ce sera un vrai souci.

La transparence totale accompagnée de la fin de l’anonymat sur internet, tel est notre avenir numérique ?

La Chine a interdit l’anonymat et c’est un gros problème. Pour savoir si cela pourrait être étendu à l’ensemble des pays, voyons déjà jusqu’où ira l’acceptation des gens à l’égard de la reconnaissance faciale. Cette technique permet déjà de déverrouiller le nouvel iPhone. Pour l’instant, tout le monde s’en moque parce que ça ne marche pas très bien. Mais Amazon vient de lancer son premier supermarché autonome, sans caisses ni caissiers. Tout est basé sur des caméras qui identifient chaque client et chaque achat. Si la reconnaissance faciale est généralisée jusque dans la rue, là, ce sera un vrai souci.

La Chine envisage aussi de mettre en place en 2020 le « système de crédit social ». Chacun de ses habitants se verra attribuer une note qui évoluera en fonction de son comportement (dans le business, sur les réseaux sociaux, sur la route, etc.). La série d’anticipation anglaise Black Mirror a également imaginé un pareil futur. Cela vous semble-t-il possible chez nous ?

Pas du tout. Cela n’est pas dans la culture des pays européens. L’Europe est extrêmement en avance sur le reste du monde sur les questions éthiques. Le Règlement européen sur la protection des données, le RGPD [qui va entrer en vigueur cette année, NDLR] constitue une incroyable victoire de l’Europe face à la dérégulation sur les data que voulaient les États-Unis. Il va obliger toutes les entreprises qui manipulent de la data, des fichiers, du cloud [du stockage de données sur des serveurs accessibles par internet, NDLR] à s’intéresser à ces questions.

Le progrès technique peut susciter des réactions violentes, mais revenir en arrière est impossible.

La confiance des Français en l’Europe pour les protéger est déjà assez limitée…

L’Europe, par rapport à la Chine ou aux États-Unis, est vraiment très stricte sur la manipulation des cellules souches, le clonage, l’intelligence artificielle ou la robotique. Prenons le cas de l’intelligence artificielle : la peur ne doit pas conditionner notre réflexion sur le sujet. Ça n’est pas simple, car nous sommes abreuvés d’imaginaires dystopiques sur tous ces sujets-là, la série Black Mirror en étant l’exemple le plus réussi. Nous n’avons pas suffisamment d’imaginaires positifs sur la technologie. Il ne faut pas croire que demain nous aurons les hommes les plus riches et les plus cultivés qui pourront s’augmenter versus les masses populaires abruties n’ayant pas accès à la technologie. Nous ne serons pas non plus remplacés par la machine. Mais quand des chercheurs reconnus comme Stephen Hawking ou des entrepreneurs comme Elon Musk signent un appel pour l’arrêt des « robots tueurs » sur les champs de bataille, cela alimente cet univers anxiogène.

Cela vous paraît-il possible de résister à l’accélération du progrès technologique ?

Certains le font déjà. Mais ce sont surtout des gens très informés sur ces sujets et qu’on présente trop souvent dans les médias comme de méchants hackers, une capuche noire sur la tête et un masque d’Anonymous sur le visage !

La réponse consiste d’abord à éduquer les plus jeunes. Prenons le réseau social Snapchat, dont ils raffolent et qui permet d’échanger des photos dont on nous dit qu’elles disparaissent au bout de quelques secondes. Il faut leur expliquer que ça n’est pas magique, que ces fichiers passent par des espaces de stockage physique à l’autre bout du monde. Il n’y a plus de frontière entre vie réelle et vie virtuelle. L’affaire Snowden a été un premier gros coup de projecteur sur ces sujets-là. Il y aura d’autres scandales liés aux données des usagers, c’est inévitable. On verra alors quel géant de l’internet ou quel État sera concerné.

Le progrès technique peut susciter des réactions violentes, mais revenir en arrière est impossible. Il y a deux ans, on a mené une grosse enquête sur les « technocritiques », les potentielles dérives luddites et les passages à l’acte violents contre des symboles. En fin d’année dernière, la Casemate, qui est un centre de culture scientifique technique et industrielle (CCSTI) réputé basé à Grenoble, a été incendié. Dans leur communiqué de revendication, les auteurs ont notamment expliqué lutter contre le « totalitarisme technologique ». Certains mettront donc leur pas dans ceux d’Unabomber [un terroriste américain en guerre contre « la société industrielle » qui, à partir de la fin des années 1970, a multiplié les colis piégés, NDLR]. Mais ce genre de comportement ne concernera sans doute qu’une minorité. L’important, c’est la façon dont la majorité va appréhender ces nouveaux outils. Notre destin numérique ne dépend pas totalement des GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon, NDLR], mais aussi de la manière dont on se les approprie. Tout est encore à inventer.

Israël, la démocratie nazifiée

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israel zeev sternhell
Délégation israélienne aux Jeux olympiques d'hiver 2018. Sipa. Numéro de reportage : AP22163422_000426.

Zeev Sternhell raconte n’importe quoi sur la réalité de l’Etat juif.


« Tout ce qui est excessif est insignifiant » : le mot de Talleyrand conserve toute sa pertinence y compris pour tout ce qui touche à Israël, tant l’excès en la matière est la règle première. L’excès était déjà inscrit dans les gènes de cette terre trop promise où devait couler « le lait et le miel » et qui bien plus tard fut promise à « des rivières de sang » de la part de ceux qui ne conçoivent leur avenir radieux que dans l’anéantissement de l’Autre. La vérité d’Israël se trouve probablement entre ces deux pôles extrêmes. Ce pays d’Israël dont le père fondateur, David Ben Gourion, estimait qu’il deviendrait normal quand on y trouverait des voleurs et des prostituées, serait-il donc devenu normal ? Il y a bien dans cette Terre sainte, des voleurs, des escrocs et des prostituées. Par contre, ce qu’on ne rencontre pas (encore) ce sont des SA armés de longs couteaux, pourchassant des arabes. Personne n’y a écrit de Mein Kampf juif, il n’y a pas de texte sacré prônant la « guerre sainte » et les camps d’extermination pour les malades mentaux (pourtant nombreux dans la région) ne font pas partie des projets du gouvernement Netanyahu.

Une accusation stupide et diffamatoire

La tribune de Zeev Sternhell, publiée dans Le Monde du 19 février, présente des prophéties de malheur dont l’outrance les détruisent sitôt énoncées. Employer les mots de nazisme ou de prénazisme pour qualifier des évolutions idéologiques à l’intérieur d’Israël est aussi stupide que diffamatoire. Il y a sans nul doute en Israël des racistes anti-arabes, des racistes anti-chrétiens et des suprémacistes Juifs illuminés. Il y a eu des terroristes juifs ayant attaqué des arabes, des maires de villes arabes ou bien ayant attaqué des pacifistes juifs. Il y a surtout eu, et c’est le plus grand drame d’Israël, un terroriste juif, un fanatique nationaliste religieux ayant assassiné dans le dos, le Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995. Tout ceci est vrai, mais tout ceci ne représente pas des hordes en chemise brune prêtes à prendre le pouvoir. La société israélienne reste une société démocratique où un juge arabe, membre de la cour suprême, envoie en prison un président de l’Etat condamné pour viol. C’est dans ce même Etat qu’un Premier ministre est obligé de démissionner pour avoir omis de déclarer un vieux compte en banque à l’étranger. On aimerait pouvoir en dire autant dans nos démocraties libérales qui vivent en paix.

Libre comme BDS en Israël

Mais, selon Sternhell, l’Etat juif serait sur une très dangereuse pente le menant à terme à sa perte. C’est en effet dans cet Etat d’apartheid qu’une députée arabe, Haneen Zoabi, membre de la Knesset, ayant participé à la « flottille de la paix » en mai 2010, sitôt débarquée en Israël, se précipite à la tribune du Parlement dont elle est membre, pour dire toute la haine que lui inspire le pays dont elle est élue. Un autre exemple vient confirmer la relégation raciste dont serait victime la population arabe : M. Barghouti, créateur et animateur du mouvement BDS, est diplômé de l’université de Tel Aviv. Lorsqu’un soldat ne respecte pas les consignes de guerre et abat un terroriste blessé, il est condamné et va en prison. Cependant, pour certains, ce pays d’apartheid, inspire une telle répulsion à leurs esprits lucides qu’ils y publient en toute liberté, la manière dont ce peuple juif a été inventé, comment la terre d’Israël fut aussi inventée et comment, résolument dégoûtés par tant de mensonges, ils ont décidé de cesser d’être juifs.

A lire aussi: Zeev Sternhell, savant utile de l’antisionisme – Par Elisabeth Lévy

Dans l’histoire des mythes politiques émancipateurs, nombreux sont ceux qui conditionnent leurs succès à l’anéantissement de l’ennemi : croisades, Terreur révolutionnaire, table rase communiste, djihad islamique, génocide turc des Arméniens, génocide nazi des Juifs, génocide polpotien du Cambodge, génocide Hutu du Rwanda, etc. Nous devons faire remarquer que de tous les mythes politiques émancipateurs nés au XIXe siècle, le seul qui ne se soit pas (encore) transformé en barbarie au XXe ou au XXIe reste (à ce jour) le sionisme.

Les partis de Dieu vouent Israël à la mort

Zeev Sternhell nous annonce le contraire, et le pire étant (dans la région) le plus sûr, le nazisme serait aux portes d’Israël. On avait déjà prédit à Israël, par un jeu mimétique avec ses voisins, une orientalisation intellectuelle nuisible à l’esprit des Lumières, peu partagé au Proche orient. Il est vrai qu’avec les divers progressismes arabes environnants, celui des Ben Bella, Nasser, Hafez Al-Assad, Kadhafi, Saddam Hussein, Mengistu, Habache , Hawatmeh, Arafat et quelques autres, il devenait difficile de garder le cap et l’esprit confiant dans un souci prioritaire de justice pour les peuples de la région. A l’échec de ces progressismes des divers FLN, Baas, FPLP, FDPLP, OLP, a donc succédé le retour à l’identité des origines inaugurée par la révolution islamique en Iran (1979). L’effet contagieux a promu ses diverses métastases FIS, GIA, Al-Qaïda, Etat islamique. Cette nouvelle étape s’est affirmée à la fois dans la surenchère identitaire concurrente (sunnite/chiite) autant que dans une surenchère de massacres contre leurs propres peuples. Cependant, cette rivalité se fond dans une haine partagée prioritaire: celle d’Israël et accessoirement celle des Juifs. Les programmes des partis de Dieu, qu’ils soient sunnites ou chiites, sont à cet égard dénués de toute ambiguïté : Israël n’est voué qu’à un seul sort, celui de sa destruction. Le djihad étant un commandement divin, personne sinon des apostats, ne saurait s’y soustraire.

L’imaginaire de la guerre d’Algérie calqué au Levant

Ces données culturelles ont-elles été prises en compte par tous les esprits éclairés en Occident ? En percevant le monde arabo-islamique à travers une grille de lecture plus idéologique qu’anthropologique, c’est exclusivement dans la catégorie du colonisé luttant pour sa libération, que fut inscrit le récit de la guerre d’Algérie. Peu importait que celui-ci ait pu omettre quelques grandioses bavures : le massacre de Mélouza (1957) où la population d’un village entier fut exterminée par le FLN ou bien encore le massacre des européens d’Oran  (5 juillet 1962) La fin progressiste justifiait les moyens et personne ne voulut percevoir le projet totalitaire autant que celui de purification ethnique déjà en germe dans les résolutions du congrès de la Soummam (1956). Le principe stratégique islamique de la « taqiya », c’est à dire « avancer masqué » fut ignoré par tous les porteurs de valises seulement inspirés par l’anticolonialisme. Ce n’est que bien plus tard que Jean François Lyotard et Pierre Vidal-Naquet ont reconnu avoir sous-estimé la part religieuse, islamique, du mouvement indépendantiste algérien.

La même lecture a conditionné la perception du conflit israélo-arabe, puis israélo-palestinien autant que judéo-islamique. Cependant, en décalquant sur le Proche Orient la carte idéologique de la guerre d’Algérie, la gauche en particulier, n’a voulu en retenir, que l’apparence d’images substitutives : celle de l’impérialisme occidental dont Israël serait la figure de proue, contre un peuple opprimé. Pourtant le récit arabe et palestinien en particulier, n’est pas avare de crimes arabo-arabes : ceux de Damour, commis par les milices « palestino progressistes » contre les chrétiens (1976) de Tal el Zaatar, par les syriens et les milices chrétiennes (1976) commis contre les palestiniens sont à mettre au compte de cette même logique. La guerre actuelle en Syrie suffit amplement à le confirmer : ni l’usage d’armes chimiques par Hafez Assad puis son fils Bachar, ni le siège du camp palestinien de Yarmouk voisin de Damas, ni les 250 000 morts comptabilisés à ce jour, ne provoquent d’indignations arabo-arabes.

Oubliée la Shoah

A partir de 1967, la victoire israélienne de la guerre des Six-jours, va progressivement renverser le statut symbolique du « signe » Israël. Moshe Dayan remplaçait Massu dans les imaginaires de gauche et quand vint l’heure de Sharon, celui-ci remplaçait Aussaresses dans un schéma pré pensé. En 1982, la première guerre du Liban constitua le premier moment visible de cette reconstruction. « Les palestiniens dans Beyrouth comme les Juifs dans le ghetto de Varsovie » titrait Témoignage chrétien, (un hebdomadaire de gauche, issu de la Résistance), sans pour autant nommer les nouveaux nazis. Ce glissement symbolique visant à qualifier l’Etat des victimes comme étant devenu celui des bourreaux ne va pas quitter la doxa médiatique. Israël doit être le nouveau monstre nazi qu’il est juste de haïr, avec les effets que l’on sait : quand Gaza souffre, Sarcelles s’enflamme.

Oublié le petit Etat refuge pour les survivants de la Shoah, oubliée la Shoah elle-même puisque après 68 il était possible d’en contester la réalité au nom du « il est interdit d’interdire », puis la shoah commémorée par les mêmes au nom du « devoir de mémoire », puisque ces mêmes Juifs devenus israéliens faisaient subir aux palestiniens ce que eux mêmes avaient subi. Il fallait séparer le bon grain du Juif victime de l’ivraie israélienne impérialiste. Oubliées les exaltations arabes rêvant de jeter les juifs à la mer, oubliés les appels au djihad de Yasser Arafat. La dénonciation des israéliens devenus les nouveaux colons nazis tueurs d’enfants suffisait à éponger la culpabilité des européens, autant que la double culpabilité de la France. Vichy autant que la guerre d’Algérie passaient à la trappe d’une bonne conscience retrouvée à moindre frais.

La honte de Durban

Pourquoi ce détour et ces rappels ? Ce qui précède saurait-il disculper l’Etat des Juifs de ses pêchés capitaux actuels ? D’ailleurs l’ONU ne s’y est pas trompée. Depuis la résolution de votée en 1975 assimilant le sionisme à un racisme, bien qu’abrogée en 1991, par le jeu des majorités automatiques, l’ONU n’a guère modifié sa ligne idéologique dominante. Son institution chargée de veiller aux droits de l’homme sur la planète terre a condamné tous les ans avec une régularité exclusive les atteintes aux droits de l’homme, les méfaits, les tortures, les crimes perpétrés par Israël à l’encontre des palestiniens. Seul Israël menacerait l’harmonie du monde. A Durban, l’été 2001, c’est à l’instigation de cette même commission de l’ONU, qu’une conférence chargée de faire le point sur l’état du racisme dans le monde fit la promotion de l’antiracisme antijuif. C’est au nom de l’antiracisme qu’on y entendit des « Mort aux Juifs ».

L’UNESCO, chargée de la culture dans le monde n’est pas en reste puisqu’elle conteste régulièrement tout lien historique entre le passé juif de la terre de Palestine et l’Etat d’Israël. Les liens entre Jérusalem et l’histoire juive ne seraient que le produit d’affabulations insanes dont le célèbre complot sioniste serait le grand ordonnateur. Et quand Donald Trump reconnut l’évidence d’une histoire, la bobosphère progressiste fut saisie de convulsions unanimes. Pourtant Trump n’avait rien dit qui limitât cette ville à être la capitale du seul Etat d’Israël. Ainsi vont les constructions idéologiques et les mouvements diplomatiques qui souvent les accompagnent.

Chirac dans le piège de la politique arabe

La France, dans ces affaires complexes, n’a pas une position facile. Débarrassée du boulet algérien, De Gaulle eut l’idée d’une « politique arabe de la France ». Faute de pétrole il fallait bien avoir des idées. Quelles furent elles ? Le peuple « sur de lui même et dominateur » fut déjà, faut il le rappeler, l’objet d’un boycott proposé par la Ligue arabe auquel se soumit le gouvernement de Raymond Barre. Son souci exclusif pour les « français innocents » se retrouvait dans sa politique étrangère. Plus grave encore fut la vente par Jacques Chirac, d’un réacteur nucléaire à l’Irak de Saddam Hussein. La politique du Quai d’Orsay illustre la duplicité d’une diplomatie nostalgique de ses illusions. Malgré des agressions subies (l’assassinat de l’ambassadeur Louis Delamarre (1981), l’attentat contre les soldats français à Beyrouth (1983), malgré de bien piètres résultats, c’est Jacques Chirac qui vient honorer en personne à Damas, les funérailles de Hafez Al-Assad avant d’honorer, à Paris, en grandes pompes celles d’Arafat.

Tandis que les chrétiens d’Orient, les Coptes, les Yézidis, disparaissent sous les massacres islamiques, la France supposée en être la puissance protectrice s’efface impuissante. Au contraire, c’est Israël qui est régulièrement dénoncé comme le fauteur de guerres par un groupe d’ambassadeurs à la retraite conduits par son excellence Yves Aubin de la Massuzière. Louis Massignon ne fut pas Lawrence d’Arabie. Plus tard la préconisation de Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, de nommer Daech plutôt qu’Etat Islamique, pour ne pas froisser les susceptibilités musulmanes, n’eut aucun effet préventif contre les tueurs de Charlie hebdo ou du Bataclan.

L’échec d’Obama contre l’islamisme

Sur un terrain voisin, le pari de Barack Obama de contenir l’essor de l’islam politique fut, de la même manière, une tentative vaine non payée en retour. Le discours bienveillant de l’université du Caire à l’adresse du monde musulman, en présence de représentants des Frères musulmans, d’une part, la volonté acharnée de conclure un accord sur le nucléaire iranien, d’autre part, ont été perçus comme autant de signes de faiblesse par ceux dont la « guerre sainte », le djihad, constitue l’ossature psychique et culturelle. Cette faiblesse a un bénéficiaire immédiat : la Russie de Poutine tire (provisoirement) les marrons du feu du retrait américain tandis que dans une allégresse autodestructrice le chaos ravage le Proche Orient : la Syrie et l’Irak comptent leurs morts par centaines de milliers. Malgré cet effroyable désastre c’est toujours l’ennemi sioniste qui mobilise les passions arabes et musulmanes.

Pourquoi rappeler ce qui précède avec l’actuel moment israélien ? Parce que pour comprendre ce pays il faut à la fois le situer dans un espace, sur une carte et le situer dans l’histoire. Israël est un marqueur, un révélateur. Le rapport à Israël ou au « signe juif » dit l’état de celui qui l’adule ou le hait. Selon que la position du curseur sur l’échelle des passions qui l’affectent, Israël agit comme un révélateur. Ce sont autant de symptômes mauvais dans l’Europe démocratique qui réapparaissent quand on scande « mort aux Juifs » dans les rues de Paris ou quand certains, en Pologne, veulent attribuer aux Juifs une part de responsabilité dans leur mise à mort. Le signe juif sert de baromètre pour le climat idéologique. Sous la pression des flux migratoires ce sont toutes les questions liées à l’identité qui se posent avec acuité. Les habitants de Cologne, les femmes en particulier, se sont rendus compte de la difficulté de certaines cohabitations la nuit du nouvel an 2016. Sous la pression de l’islam et de ses épigones agressifs, c’est la notion nouvelle de sécurité culturelle qui se pose comme un enjeu de société en France et en Europe.

Misère de l’antiracisme obtus

Toute critique de l’islam ou des crimes qui sont commis en son nom est désormais qualifiée de raciste ou d’islamophobe. L’antiracisme obtus ne veut pas  voir le piège conceptuel qui lui est tendu. « L’islamophobie est un nouveau mot qui a été inventé pour que les aveugles restent aveugles », a écrit Salman Rushdie première victime du projet totalitaire conçu par les Frères musulmans. Tandis que le terrorisme islamiste frappe désormais l’Europe et la France en particulier, on peut prendre la mesure aujourd’hui du succès de cette offensive idéologique menée sous le généreux masque de l’antiracisme. Après avoir été massivement « Charlie » en 2015, voilà que certains doutent de cette solidarité, intégrant ainsi la culpabilité d’avoir blasphémé le prophète. La guerre idéologique est complémentaire de la guerre par les armes. Pour l’avoir affrontée en première ligne, Israël demeure la cible première de cette nouvelle guerre mondiale.

Ce que les Européens refusent encore de percevoir c’est que ce qu’ils vivent aujourd’hui, Israël a à l’affronter depuis sa naissance. Ce que les européens ne comprennent pas c’est que ce qui menace Israël, les menace. Ce que les européens se refusent à voir c’est que c’est Israël qui se trouve su la ligne de front. « Si Israël tombe, nous tomberons tous » a déclaré l’ancien premier ministre espagnol José Maria Aznar. Cette déclaration est-elle dénuée de fondements ?

« L’entité sioniste », source unique du malheur arabe?

Quel peuple peut sereinement vivre son présent quand il a pour mémoire celle de sa destruction et pour perspective d’avenir une destruction programmée par ses voisins ? Quel peuple pourrait simultanément négocier avec un partenaire/ennemi qui simultanément lui dénierait tout droit à l’existence ? Cette situation c’est celle qui est faite à Israël depuis 70 ans. Ceux qui ont osé briser ce refus principiel sont excommuniés ou assassinés. Le tabou Israël constitue le facteur premier de l’aliénation arabe car il interdit à ce monde de penser sa propre régression. « L’entité sioniste » serait la source unique du malheur arabe et du malheur palestinien. Pour son malheur le peuple palestinien est prisonnier de ce que certains de ses leaders ont construit comme une rente éternelle. Aucune autre cause, aucun autre peuple souffrant d’un déni de ses droits n’est autant subventionné pour perpétuer son sort. Ni les Kurdes, ni les tibétains, ni les Yézidis n’ont droit de la part des diverses institutions, associations internationales à autant d’attention, à autant de subventions. Le sort des « réfugiés » palestiniens se perpétue de générations en générations. A la fin de la seconde guerre mondiale, des frontières ont été déplacées, des millions de personnes furent déplacées, pour pouvoir enfin donner à ces peuples des cohérences viables. L’indépendance de l’Inde, le partage avec le Pakistan, a aussi déplacé des millions de personnes. On sait ce qu’il advint de la Yougoslavie désormais détruite pour avoir saccagé ses équilibres précaires. Si le leadership palestinien avait souhaité construire son Etat, il y serait parvenu depuis les accords d’Oslo, même avec une solution bancale, mais une Palestine libre aurait existé. Ce fut le choix de Ben Gourion acceptant le plan de partage de l’ONU en 1947, refusé par toutes les parties arabes, alors que la Palestine ne figurait encore sur aucune carte. C’est bien parce que le rêve palestinien relève moins du projet de construction d’un Etat indépendant que celui de détruire Israël, que ce conflit perdure. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas le comprendre.

Sternhell contre les Lumières et le judaïsme

La lecture d’une carte de géographie suffit pour réaliser l’étendue de cette sinistre farce : Israël a la surface de trois départements français entouré d’Etats arabes ou musulmans allant de l’Atlantique à l’océan indien et ce serait ce minuscule Etat qui voudrait dévorer les autres ?

C’est à un renversement des responsabilités historiques que Sternhell nous convie aujourd’hui. Pour s’éloigner autant des Lumières que de l’esprit du judaïsme et encore plus de l’idéal sioniste des pères fondateurs, voilà Israël trainé dans une boue tellement répugnante qu’elle interdit toute critique raisonnable de la politique de son gouvernement. On peut ne pas aimer la politique de ce dernier, on peut s’injurier à la Knesseth, et les israéliens ne s’en privent pas, mais induire l’idée qu’Israël est sur la voie du nazisme, est une calomnie tellement énorme qu’elle oblige tout Juif soucieux du sort d’Israël à se solidariser avec son gouvernement. Il y a des mots imprononçables pour attaquer la politique d’Israël et l’historien Sternhell, mieux que quiconque aurait du le savoir. Ce gauchisme saura séduire les grands cœurs et les grandes âmes de Jeremy Corbin à  Edgard Morin ou  Jean Ziegler et fera ressusciter n’en doutons pas, Stéphane Hessel. Il permettra de perpétuer le malheur de tous.

C’est à Vladimir Jankélévitch, qu’il faut laisser la conclusion. L’auteur de L’imprescriptible sait reconnaître et nommer le Mal : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite; l’antisionisme donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux? Il est désormais possible de haïr les juifs au nom du progressisme! Il y a de quoi avoir le vertige. Ce renversement bienvenu, cette introuvable inversion ne peuvent qu’enfermer Israël dans une nouvelle solitude. Car le fait que la droite ait toujours haï et persécuté les juifs est une chose normale et presque rassurante, puisqu’elle est en quelque sorte née pour cela. C’est sa vocation et sa profession. Tout est donc dans l’ordre. Mais avoir perdu l’appui de la Gauche, cela ressemble à un châtiment métaphysique! Oui, elle est très difficile à porter, cette ironie cruelle du renversement: devoir mendier appuis et alliances auprès de ceux qui ont toujours détesté les juifs et qui aujourd’hui trouvent un avantage tactique à soutenir Israël, voilà l’ironie tragique par excellence. Pourquoi fallait-il qu’elle fût réservée aux survivants d’Auschwitz ? »[tooltips content= »Quelquepart dans l’inachevé. Entretiens avec Béatrice Berlowitz, Gallimard, 1978. »]1[/tooltips]


Le nom de trop: Israël illégitime ?

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