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Pour les médias, la guerre en Syrie oppose (toujours) les gentils et les méchants

"Enclave rebelle", l'expression manichéenne qui simplifie la guerre

Pour les médias, la guerre en Syrie oppose (toujours) les gentils et les méchants
Manifestation contre le bombardement de La Ghouta à Paris, février 2018. SIPA. 00846503_000008

En Syrie, les factions rebelles ayant été repoussées de Damas, la zone de combat se concentre désormais dans la région de la Ghouta orientale, couramment désignée comme une « enclave rebelle ».

L’expression « enclave rebelle » participe de ce que Walter Lippmann appelait la « standardisation » du récit médiatique, laquelle repose sur des stéréotypies faciles qui font bon marché d’une réalité complexe et surtout, suggèrent immanquablement une appréhension morale et manichéenne de la situation. Il faut, expliquait l’auteur de Public Opinion, que les récepteurs de l’information puissent s’impliquer dans l’interprétation des faits, s’identifier dans une certaine mesure à des personnages de l’histoire et prendre parti. Le formatage idéologique marche donc main dans la main avec le besoin de séduire, de susciter l’intérêt et l’attention du public.

Une “enclave” fermée… des deux côtés

Étymologiquement, on reconnaît dans le terme d’enclave les deux éléments in et clavis (la clef). Un territoire enclavé est donc littéralement un endroit fermé à clef. On emploie ce terme pour désigner des régions isolées géographiquement ou administrativement (délaissées par les pouvoirs publics, mal desservies par les réseaux de transports, etc.). Dans un conflit, enclave devient synonyme de « poche de résistance ». S’il est fermé, c’est à la fois parce que ses occupants empêchent leur ennemi d’y pénétrer afin de ne pas perdre l’espace conquis, si menu soit-il, et parce que cet ennemi tente de contenir l’occupant dans ce territoire restreint pour en interdire l’expansion. Une enclave est donc doublement fermée à clef : de l’intérieur et de l’extérieur.

Mais en l’occurrence, le territoire désigné comme « enclave » n’est pas un coin de désert. C’est un ensemble de quartiers périphériques situés à proximité de Damas. Autrement dit, ces zones qui sont à la fois tenues (de l’intérieur) et contenues (de l’extérieur) ne sont pas vides de populations civiles.

Voilà pourquoi la notion d’« enclave rebelle » est problématique.


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On retrouve un phénomène de personnification déjà observé avec « quartier sensible » : l’enclave n’est pas en elle-même rebelle. Elle est occupée par des rebelles. C’est encore plus évident avec l’expression « région rebelle » :


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D’abord, ces expressions annihilent dans l’adjectif « rebelle » la multiplicité des opposants au régime, dont l’histoire récente nous a tout de même appris que certains, loin d’être de gentils démocrates, seraient plutôt des mini-Daech, ce qui incite peut-être à une appréhension de la situation un peu plus nuancée que : les vaillants combattants de la liberté contre le méchant autocrate sanguinaire.

Une manière hypocrite de voir les choses

Ensuite, « région rebelle » et « enclave rebelle » tendent à faire oublier qu’il s’agit de zones occupées. Elles incitent à penser que la population civile des quartiers concernés est totalement acquise à la cause des rebelles. Il est tout à fait vraisemblable que des gens soutiennent…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

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Agrégée de lettres modernes, spécialiste de grammaire, rhétorique et stylistique. Dernier ouvrage: "Les Marchands de nouvelles, Essai sur les pulsions totalitaires des médias" (L'Artilleur, 2018)

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