La militante néo-féministe, Caroline de Haas, se dit lassée du « harcèlement » dont elle ferait l’objet sur les réseaux sociaux et a décidé de « les quitter ». Rassurez-vous, ce n’est que pour un temps « indéterminé ». 


Mme Caroline de Haas « arrête ». Elle est « fatiguée ». « Trop de violence. » Ne crions pas victoire, elle ne jette pas l’éponge, elle veut toujours « changer le monde », elle se retire seulement des réseaux sociaux, comme Lénine s’était retiré en Finlande en juillet 1917, pour mieux revenir en octobre. C’est pour cela qu’elle écrit : « Je le dis donc aux agresseurs et à leurs alliés avec beaucoup de sérénité, de détermination et d’enthousiasme : votre temps est bientôt révolu. » Ce n’est pas très éloigné de ce que déclarait Vladimir Illich à ses opposants, avec la même conviction d’incarner la « fraction consciente du prolétariat », l’Esprit qui avait condamné par avance les nobles, les bourgeois et les intellectuels aux « poubelles de l’Histoire ». J’exagère ? Lisez ces lignes : « Les porcs et leurs alliés s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. Quelques réminiscences poussiéreuses n’y changeront rien, même publiées dans Le Monde. »

Caroline de Haas outragée, Caroline de Haas brisée, Caroline de Haas martyrisée…

Cette rhétorique progressiste qui veut absolument détruire le monde tel qu’il est, et qui souhaite accélérer sa destruction, a des relents génocidaires. J’exagère encore? Non, je juge Mme de Haas d’après ses propres critères, puisqu’elle écrit : « Le langage a une influence sur les comportements humains : accepter des insultes envers les femmes, c’est de fait autoriser les violences. » Donc, accepter les insultes envers le monde tel qu’il est, c’est de fait autoriser sa destruction. Et qui est Mme de Haas pour menacer de détruire le monde ? Face à la vague de haine qu’elle a naturellement déclenchée, Mme de Haas reste pourtant imperturbable, et prend cette réaction pour la preuve qu’elle a d’autant plus raison, qu’elle a « touché juste ». Ce fanatisme a de quoi inquiéter. Je souhaite l’analyser plus précisément.

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Voici sa vision de la sexualité : « Les signataires se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature. Les violences ne sont pas de la “séduction augmentée”. D’un côté, on considère l’autre comme son égal, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres souhaits ni de son consentement. » Pareillement, sur le site du Groupe F, l’organe d’action de Mme de Haas, l’internaute est accueilli avec la question : « comment éviter le harcèlement ? » Sont énumérées ces réponses : « Ne pas porter de jupe (courte). Ne pas avoir 17 ans. Ne pas mettre de décolleté. Ne pas marcher seule le soir. Ne pas sourire aux inconnus. Ne pas porter de talons. Ne pas harceler. » Seule la dernière réponse est cochée, signe que c’est la seule bonne réponse. Cela a l’air de rien, mais tout y est. C’est d’un simplisme évangélique : « si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le. »

Le divorce du Ciel et de l’Enfer

Mme de Haas, à la différence de Jésus-Christ, de son église, et de tout le bon sens de l’espèce humaine, prétend que le désir et la volonté chez l’homme, le mâle, c’est la même chose. On remarquera qu’elle ne mentionne que les désirs de la femme, que l’homme devrait « respecter », désirs par ailleurs supposés d’une pureté angélique, comme elle l’a signifié par son indignation face à Brigitte Lahaie, qui lui a courageusement dit la sombre vérité : « On peut jouir lors d’un viol ». La vision puritaine de Mme de Haas ampute la sexualité de sa part d’ombre, elle souhaiterait sans doute qu’il n’y ait ni masochisme, ni sadisme, ni perversions, que la violence et l’amour soient soigneusement séparés, comme le Ciel de l’Enfer.

Mais la vérité du monde tel qu’il est, c’est que le désir n’est pas identique à la volonté. C’est bien triste, en effet, que cela soit si sale et si imprévisible, que nous ne soyons pas au Ciel. Saint Augustin expliquait bien que seulement avant la Chute, on bandait comme on voulait : « C’est avec raison que nous avons honte de cette convoitise, et les membres qui sont, pour ainsi dire, de son ressort et indépendants de la volonté, sont justement appelés honteux. Il n’en était pas ainsi avant le péché. ‘Ils étaient nus’, dit l’Ecriture, et ils n’en avaient point honte. Ce n’est pas que leur nudité leur fût inconnue, mais c’est qu’elle n’était pas encore honteuse; car alors la concupiscence ne faisait pas mouvoir ces membres contre le consentement de la volonté, et la désobéissance de la chair ne témoignait pas encore contre la désobéissance de l’esprit. »1

Désirez-moi respectueusement !

Pour le dire sans figures, l’homme n’est pas attiré « respectueusement » par une femme. Il est attiré ou il ne l’est pas, malgré lui, et c’est faire l’imbécile que de prétendre que l’habillement de la femme, sa nudité, son âge, son sourire ne sont pour rien dans l’attraction qu’elle peut déclencher. Certes, cela ne place pas la responsabilité du déclenchement du désir uniquement du côté de la femme, ni ne justifie que le mâle exprime n’importe comment le désir qu’il ressent. Cela, seuls les wahhabites et Tariq Ramadan le pensent, c’est pourquoi ils veulent voiler toutes les femmes, reléguant les hommes dans une position de « porcs lubriques » incapables de se contrôler. Mais notre monde, la France galante, a navigué entre ces deux pôles extrêmes, pour responsabiliser les deux sexes de leurs désirs et des moyens qu’ils mettent en œuvre à la fois pour le susciter chez autrui et pour l’exprimer quand ils en sont émus.2

Plus encore, il n’y aucune preuve que la femme n’ait que des désirs purs, non mélangés à cette satanée violence, bien au contraire. On a fait un cas « emblématique » des « frotteurs ». Le « frotteurisme » est une des nombreuses « paraphilies », parmi lesquelles on en trouve une autre, qui concerne, elle, majoritairement les femmes : l’hybristophilie, la fascination pour les tueurs en série. Anders Breivik reçoit au moins « huit cents lettres d’amour par an ». Une jeune fille de seize ans l’a demandé en mariage pendant son procès de 2012. A quand la pénalisation de cette conduite déviante, de cet éloge de la violence ?

On leur donnerait le bon Dieu…

Mais ce sont peut-être des égarées qui n’ont pas encore acheté une formation à Mme de Haas. Cependant, comme notre féministe adore les statistiques plus que le Dieu de Saint Augustin, que dira-t-elle de cette analyse des recoins des âmes humaines, à partir de ce qu’elles confient à Google : Everybody Lies : Big Data, New Data, and What the Internet Can Tell Us About Who We Really Are de Seth Stephens-Davidowitz ? Dans la deuxième partie, au chapitre « sexe », on trouve cette information : « parmi les recherches les plus populaires sur PornHub faites par des internautes femmes, il y a un genre de pornographie qui, je vous préviens, va troubler de nombreux lecteurs: le sexe avec violence contre les femmes. Au total, 25% des femmes qui cherchent du porno hétérosexuel mettent l’accent sur la douleur et/ou l’humiliation de la femme — « anal douloureux », « humiliation publique» et « gangbang  extrême brutal » par exemple. Cinq pour cent cherchent des rapports sexuels non consentis – «viols» ou «contraints» – même si ces vidéos sont interdites sur PornHub. Et les taux de recherche pour tous ces termes sont au moins deux fois plus fréquents chez les femmes que chez les hommes. S’il existe un genre de pornographie dans lequel la violence est perpétrée contre une femme, mon analyse des données montre qu’elle fait presque toujours appel de façon disproportionnée aux femmes. »

Mme de Haas pourrait reprendre le rôle de Tartuffe et déclarer aux mâles : « Couvrez ces pectoraux que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées. »

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