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Alain Finkielkraut: « Commémorer Maurras? Je suis incapable de trancher »


Le meilleur d’Alain Finkielkraut dans L’Esprit de l’escalier. Ce mois-ci, néoféminisme, Ebdo et Charles Maurras sont au programme.


La mise à mal du droit et de la littérature 

La révolution #metoo se caractérise comme toutes ses devancières par l’antijuridisme.

Parce qu’il est méticuleux, parce qu’il respecte les formes, parce qu’il impose à chaque accusation l’épreuve du contradictoire, le droit suscite aujourd’hui l’impatience, l’incompréhension et même la haine. À l’époque de l’immédiateté technique et de la mobilisation politique contre la violence faite aux femmes, on n’a pas de temps à perdre avec les procédures, les coupables doivent payer tout de suite. En Amérique, il suffit déjà d’une simple dénonciation pour que des acteurs, des metteurs en scène, des chefs d’orchestre soient mis au ban. Le jugement n’attend pas la justice et il est sans appel. En France, quand deux plaintes, l’une pour viol, l’autre pour abus de faiblesse, sont déposées contre le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, les néoféministes, Mediapart, et aussi ceux qui, à droite, ne lui pardonnent pas d’avoir changé de camp, exigent sa démission sur-le-champ. À quoi bon attendre les enquêtes ? Le porc est démasqué : il doit disparaître.

La même logique est à l’œuvre dans une affaire criminelle qui a tenu la France en haleine : l’affaire Daval. Alexia Daval a été retrouvée morte non loin de chez elle, le corps à demi calciné. On a cru d’abord qu’elle avait été tuée par un rôdeur lors de son jogging matinal. Or, après trois mois de mensonges et de larmes, son mari vient d’avouer : il est le meurtrier. Les tables rondes se succèdent alors sur les chaînes d’information continue : Muriel Salmona, la psychiatre à qui l’on doit le concept de « culture du viol », brosse le portrait d’un monstre manipulateur. Mais surgit soudain une voix dissonante : l’avocat de Jonathann Daval affirme, sans excuser son client, que les rapports entre les époux étaient très tendus et que c’est elle qui se montrait violente. Cette ligne de défense fait scandale. Les néoféministes s’indignent. Bafouant la séparation des pouvoirs, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes accuse l’avocat de salir toutes les victimes de violences conjugales. Elle requalifie sur sa lancée le meurtre d’assassinat et parle même de « féminicide » comme si, à l’instar des nazis qui éliminaient les juifs en tant que juifs, Jonathann Daval avait étranglé sa femme pour la punir d’être une femme. Imaginons une seule seconde le scénario inverse. Alexia tue Jonathann, et son avocat révèle que celui-ci avait une personnalité écrasante et se montrait parfois violent. Aussitôt, un comité de soutien se serait formé, et Josiane Balasko, invitée à la télévision par Laurent Delahousse, aurait invoqué la légitime défense. Je ne ferai pas la même chose pour Jonathann Daval : son crime est atroce. Mais il est le dénouement d’une histoire singulière. Sa femme, en effet, furieuse de n’avoir pas d’enfant en dépit de son traitement anti-infertilité, lui envoyait des SMS pour fustiger son impuissance…

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Le droit ne connaît que des cas particuliers. La révolution n’a affaire qu’à des entités. C’est pourquoi toutes les révolutions veulent se défaire du droit. « Il n’y a pas d’innocents parmi les aristocrates », disait Collot d’Herbois, et la loi du 22 prairial, la fameuse loi des suspects, donnait les coudées franches au tribunal révolutionnaire en supprimant l’instruction, en fondant l’acte d’accusation sur de simples dénonciations, en retirant à l’accusé le secours d’un avocat, en supprimant l’audition de témoins, bref : en faisant de l’audience une simple formalité. Nous ne sommes pas revenus à l’âge de la guillotine, Dieu soit loué, mais la structure mentale de la révolution actuelle est la même. La dénonciation fait le coupable, le « porc » est celui que sa victime désigne comme tel, car, selon la phrase immortelle d’Agnès Varda : « L’humiliation est toujours du côté des femmes. »

Le droit relève de ce que les Grecs appelaient la phronesis, qu’on traduit généralement par « prudence » et qui est, plus précisément, la sagesse pratique adaptée à la singularité des cas. Aujourd’hui, une nouvelle fois, l’idéologie congédie la phronesis et traite les individus comme des symboles. Le droit est donc mis à mal et, avec lui, la littérature, cette jurisprudence de la vie humaine. Dans le numéro du Nouveau Magazine littéraire consacré à « l’histoire qui se fait sous nos yeux », Sophie Rabau, enseignante-chercheuse à l’université Paris III, explique doctement que si Carmen la rebelle accepte de suivre José et renonce à se défendre, c’est qu’elle a été violée. Nausicaa surprise par Ulysse a subi un sort identique. Et notre herméneute se demande ce qu’on a bien pu faire à Célimène pour que cette veuve indépendante et joyeuse finisse par proposer à Alceste un mariage dont elle a dit sur tous les tons qu’elle ne le voulait pas. Conclusion de l’article : « Une récente campagne a appelé les victimes d’agressions sexuelles à briser le silence qui les tue une deuxième fois, je ne vois aucune raison à ce que cette saine entreprise s’arrête au bord de la fiction. Seule une action collective des lecteurs, lectrices et personnages permettra de mettre au jour la violence enfouie dans les pages de la littérature mondiale. Aux dernières nouvelles, Carmen se trouverait en Italie, à Florence, où elle semble avoir réussi à se débarrasser de José dans une mise-en-scène de l’opéra de Bizet par Leo Muscato. Depuis les foyers des femmes de Toscane où je l’ai retrouvée, je lance avec elle ce solennel appel : #Balance ton porc dans la fiction. »

Ce texte à n’en pas croire ses yeux est publié dans un magazine qui a le culot de se dire « littéraire ». Quand l’esprit du droit s’éclipse, l’esprit du procès s’installe, et ni les vivants, ni les morts, ni les êtres en chair et en os, ni les personnages de roman n’échappent à ses incriminations.

Les œufs se rebiffent ! 

Ebdo est un nouveau magazine qui doit jouer des coudes pour se faire une place sur un marché déjà saturé. Ce besoin pressant d’attirer l’attention l’a donc conduit à exhumer une ancienne plainte pour viol classée sans suite contre Nicolas Hulot, ministre médiatique s’il en est. Mais, cette fois, les autres journaux n’ont pas suivi. Ils ont condamné cette initiative tout en se gardant de critiquer le mouvement qui l’avait rendue possible. Et sans se démonter, les néoféministes ont dit que les excès de la nouvelle révolution étaient le prix à payer pour ses avancées prodigieuses. À entendre ces variations sur le thème « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », j’ai pensé à un article magnifique d’Hannah Arendt : « Eggs speak up » (« Les œufs se rebiffent »).

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Avant d’être de gauche ou de droite, je suis du parti des œufs car je n’ai pas oublié le xxe siècle. Je n’en déduis pas pour autant que le monde est exclusivement composé d’individus : il y a des classes, des peuples, des nations, des minorités… C’est toujours pour des causes collectives qu’on s’engage, mais ce que je retiens de l’histoire de l’engagement, c’est qu’il faut absolument résister à la tentation d’assigner le Bien à l’une ou l’autre de ces entités. Elles ne sont jamais intégralement innocentes ou vertueuses. Or, le néoféminisme a tendance à idéaliser toutes les femmes et à recueillir leurs plaintes sans aucune vérification, comme si la calomnie et l’esprit de vengeance étaient des spécificités masculines.

Il n’y a de Dieu que Dieu et si Dieu n’existe pas, sa place doit demeurer vide, la remplir par une totalité, quelle qu’elle soit, c’est tomber dans l’idolâtrie, et l’idolâtrie peut faire des ravages. Les néoféministes évoquent irrésistiblement les islamistes, pour qui les hommes musulmans sont tous des frères et les femmes toutes des sœurs. De beaux moments de fraternité interrompent parfois le cours des choses, mais vouloir pérenniser ces moments, c’est exposer les hommes et les femmes à de grands périls. Le « frérisme » et le « sororisme » sont des attentats contre la pluralité humaine.

Commémorer Maurras ? 

« Commémorer n’est pas célébrer, c’est se souvenir ensemble d’un moment ou d’un destin », écrivent Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory. Distinction essentielle : « On commémore la Saint-Barthélemy, on ne la célèbre pas. On commémore l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac, on ne le célèbre pas. On commémore la Grande Guerre, on ne la célèbre pas. (…) Le haut comité aux commémorations nationales a jugé qu’il était de sa mission de rappeler ce que furent les mouvements intellectuels et politiques d’extrême droite sous la IIIe République, et l’influence majeure qu’y eut, bien au-delà de sa famille politique, et le rôle qu’y joua un personnage tel que Charles Maurras, que son nationalisme monarchiste, antisémite, raciste, conduisit, en 1940, à un soutien immédiat au régime du maréchal Pétain et aux pires infamies de celui-ci ». Pour Sébastien Ledoux, qui est aussi historien, c’est la dette des contemporains envers les objets du passé qui inspire l’acte de commémorer : « Si les commémorations officielles des pages sombres de l’Histoire nationale ont pu faire sens collectivement, c’est précisément au nom de l’hommage rendu aux victimes et non en souvenir de ceux qui ont participé au crime, ou soutenu, par adhésion idéologique, les responsables de ces crimes. » Cet argument a une certaine force. Celui de Jeanneney et Ory aussi. Je me sens donc incapable de trancher. Je ne sais pas si Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, a eu tort ou raison de retirer la référence à Maurras dans le livre de commémorations de 2018. Ce que je sais, en revanche, c’est que si nous voulons comprendre quelque chose au passé français, la vie, l’œuvre et l’action de Charles Maurras ne doivent surtout pas tomber dans l’oubli. Son rayonnement a été immense, mais à la différence de Barrès, l’autre grand doctrinaire du nationalisme français, Maurras est insauvable. Tous deux ont été des antidreyfusards passionnés, tous deux défendaient l’armée et l’État contre une justice abstraite qui risquait de les affaiblir. Tous deux considéraient les juifs comme des étrangers. Mais la guerre de 14 a changé Barrès. Apprenant notamment que le grand rabbin de Lyon Abraham Bloch était tombé au champ d’honneur en offrant un crucifix à un soldat catholique mourant, il a intégré les israélites dans Les Familles spirituelles de la France. Rien de tel chez Maurras. Quand Léon Blum accède au pouvoir, il émet le vœu qu’il soit tué d’une balle dans le dos et il le traite de « vieux chameau sémitique ». Après la « divine surprise » de l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain, il applaudit le statut des Juifs d’octobre 1940, « au nom du droit absolu de faire nos conditions aux nomades que nous recevons sous nos toits ». Avec lui, l’antisémitisme accède au rang d’idéologie, c’est-à-dire non plus seulement de préjugé, mais de principe explicatif de l’histoire. « Tout paraît impossible, ou affreusement difficile, sans cette providence de l’antisémitisme. Par elle tout s’arrange, s’aplanit et se simplifie. Si l’on n’était antisémite par volonté patriotique, on le deviendrait par simple sentiment de l’opportunité. » Le Juif symbolise l’antination. Et il n’est pas le seul. La République selon Maurras « livre le patrimoine national à une véritable entreprise de colonisation, le pouvoir réel est passé entre la main de quatre états complices, et tous émanant de l’étranger : les états juif, métèque, maçon et protestant ».

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Cette pensée n’a pas survécu aux années noires et elle a emporté dans sa débâcle l’idée même de conservatisme. Quand Mathieu Bock-Côté, par exemple, écrit que notre temps est traversé par une grande peur, celle de devenir étranger chez soi, on lui jette immédiatement Maurras à la figure : « Il s’agit de savoir si nous sommes chez nous en France ou si nous n’y sommes plus ;  si notre sol nous appartient, ou si nous allons perdre avec lui notre fer, notre houille, et notre pain ; si, avec les champs et les mers, les canaux et les fleuves, nous allons aliéner les habitations de nos pères, depuis les monuments où se glorifie la cité, jusqu’aux humbles maisons de nos particuliers. Devant un cas de cette taille, il est ridicule de se demander si la France renonce aux traditions hospitalières d’un grand peuple civilisé. Avant d’hospitaliser, il faut être. » Maurras est aujourd’hui le repoussoir providentiel du progressisme mondialisé, qui ne veut pas voir dans le monde des peuples avec des mœurs et des traditions spécifiques, mais des populations interchangeables. Ainsi, la France se disloque et la nouvelle judéophobie prospère à l’abri de la vigilance antimaurrassienne. Tout compte fait, ce n’est pas le retour de l’idéologie de l’Action française qui est à craindre c’est, commémoration ou pas, la mise en accusation pour maurrassisme d’une stupeur et d’une douleur qui ne méritent pas cette indignité.

Agriculture: la poule, le président et les dindons de la farce


Pendant qu’Emmanuel Macron joue au fermier, les agriculteurs, eux, se meurent.


En pleine période d’élections législatives italiennes, une vidéo intitulée « des poules à l’Elysée » est publiée sur le compte twitter de l’Elysée.

Notre président serait-il en train de se berlusconiser ? Non. Brigitte veille au grain. Un éleveur avait offert une poule au président lors de son passage au Salon de l’agriculture. Chose promise, chose due, l’éleveur est venu avec non pas une, mais deux poules. Il était temps, car le un acheté un offert, c’est bientôt fini ! Les deux nouvelles pensionnaires de l’Elysée se prénomment (car les galinacées ont un nom) Agathe et Marianne, et ont été accueillies par Emmanuel Macron en personne, accompagné de son chien.

Pendant ce temps-là, l’agriculture dépérit 

Avec un tel orfèvre en matière de communication, il est donc légitime de s’interroger sur le pourquoi d’une telle mise en scène. Un premier élément de réponse est apporté lorsque le président, voyant l’une des poules ouvrir un peu trop son bec, demande à l’éleveur la technique pour l’endormir. Un procédé qui pourrait s’avérer bien utile pour calmer les agriculteurs (prochains dindons de la farce) dénonçant les accords de libre-échange et en particulier celui entre l’UE et les quatre pays du Mercosur, en cours de négociation.

Agathe et Marianne ne se doutent donc pas, sous les ors du poulailler présidentiel, que leurs congénères sud-américaines menacent de bientôt déferler en France. Ces lointaines voisines, nourries à base de farines animales et élevées dans des conditions sanitaires déplorables, seront vendues à un prix plus bas. Interbev bovins, l’interprofession de la filière, a estimé qu’il « entre actuellement 250 000 tonnes de viande d’Amérique du Sud par an en Europe. Les négociations avec le Mercosur pourraient y ajouter 100 000 tonnes ». Comment absorber un tel afflux, à un moment où le sort de la filière de la viande bovine n’est guère enviable ?

La mort est dans le pré

Les producteurs de lait, subissant depuis de nombreuses années un prix payé par les centrales d’achats nettement inférieur au coût de production, abandonnent leur métier et vendent leurs vaches, ce qui fait baisser les cours. Cette concurrence déloyale ne manquera donc pas de causer de nombreuses faillites d’exploitations et une baisse de revenus des éleveurs. Une situation extrême qui risque malheureusement de conduire au désespoir, voire au suicide. Un agriculteur se suicide tous les deux jours. La mort est dans le pré. Mais notre président semble plus enclin à faire le coq qu’à prendre réellement le taureau par les cornes.

Alors, pour ceux qui se demanderaient jusque-là comment se portent les deux volatiles, qu’ils soient rassurés. Le chef cuisinier de l’Elysée s’est empressé de poser, tout sourire, avec le premier œuf pondu. Il en réclamait même d’autres, afin de faire une omelette.

Aussi, prenez garde mes poulettes. Avec Emmanuel Macron, l’agriculture est faite avant tout pour produire ! N’oubliez pas que le cordon bleu est le péché mignon du chef de l’Etat qui, pour cette fois, a réussi l’exploit de repartir du Salon de l’agriculture avec deux poules, plutôt que des œufs.

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Enquête: des associations antirépublicaines subventionnées par l’Etat


Aux quatre coins de l’Hexagone, des islamistes militants propagent leur idéologie dans des associations aux missions a priori louables (sport, culture, soutien scolaire) avec la fréquente complicité des collectivités locales. Enquête.


« Comme la fonction d’adjoint au maire en charge du logement, celle de délégué à la vie associative est un poste déterminant dans les villes. Les risques de clientélisme se révèlent particulièrement élevés. » Marie-Laure Brossier en sait quelque chose. Cette élue (LREM) de l’opposition à Bagnolet observe depuis plusieurs années les dérives sur le terrain. Et en banlieue parisienne, elles ne manquent pas. « Ces mouvements viennent s’installer où les territoires sont accueillants car ils ne s’y heurtent à aucune résistance, au contraire, ils sont souvent accueillis officiellement par les élus », ajoute-t-elle. Elle vise en l’occurrence deux collectifs tous deux dirigés par Fatima Ouassak. Cette plume des Indigènes de la République, « politologue », a fondé Ensemble pour les enfants de Bagnolet (EEB) puis le Front de mères, association bien plus politisée que sa cadette. Les combats d’EEB tournent autour des dangers des écrans pour les plus jeunes ainsi que de la mise en place de menus « sans viande » dans les cantines scolaires. À ceux qui seraient tentés de voir l’enjeu du hallal dans cette bataille pour des menus végétariens, l’association oppose un discours bien plus universaliste centré sur la santé publique.

Contre la France « raciste »

Il faut cependant préciser que l’école inquiète beaucoup Fatima Ouassak et les membres de Front de mères qui pensent que le système scolaire français est par nature raciste. Dans une tribune publiée il y a un an pour le lancement de l’organisation, la militante apostrophait les « parents noirs, arabes et musulmans, habitant les quartiers populaires » : « Êtes-vous sereins quand vous confiez vos enfants à l’école le matin ? » On pouvait lire que l’école apprend aux enfants « à avoir honte de ce qu’ils sont », « à ne pas respecter les valeurs que nous essayons de leur transmettre » sans oublier de leur inculquer « la hiérarchisation raciale ». La chanson bien connue des Indigènes de la République…

A lire aussi: Enquête: des indigènes sous perfusion de l’Etat

« Une association anodine consacrée aux écrans et à la malbouffe comme EEB a en réalité pour objectif de recruter des militants que l’on pourra diriger vers le collectif politique, Front de mères, afin de pouvoir ensuite peser aux prochaines élections municipales », explique Marie-Laure Brossier. Celle-ci a signalé aux élus de Bagnolet les prises de position de Fatima Ouassak et celles de Youcef Brakni, militant indigéniste, porte-parole de la famille Traoré, qui affirme tranquillement que la police, en France, « tue des Noirs et des Arabes dans les quartiers populaires ». Pas de quoi émouvoir la majorité à Bagnolet.

Associations de déscolarisation

Véritables paravents, certaines associations peuvent même abriter en leur sein des écoles coraniques clandestines. En 2016, l’association Tous ensemble, à Évry (Essonne), qui prétendait proposer du « soutien scolaire, l’apprentissage des langues, l’alphabétisation pour étrangers » a été fermée sur ordre de la mairie et de la préfecture. L’association était en réalité une école coranique clandestine et prodiguait des cours de Coran et de sciences religieuses à des enfants âgés de trois à six ans. À en croire certains élus locaux, ce type d’enseignement est en forte recrudescence. « Pour éviter tout problème avec les autorités, des parents scolarisent leurs enfants à domicile via le CNED, observe un maire sous couvert d’anonymat. Mais les enfants ne suivent pas les cours par correspondance. Les parents les emmènent dans des centres communautaires, voire des écoles coraniques clandestines. » Alors que le pays compte plus d’un million d’associations, le nombre d’enfants instruits à domicile a doublé entre 2008 et 2015, passant de 13 500 à près de 25 000. Difficile dans ces conditions d’assurer un contrôle rigoureux… Pour le centenaire de la loi de 1901, un rapport du Conseil d’État publié en 1999 pointait du doigt « les dérives ou abus de certaines associations », tout en souhaitant éviter de modifier la loi. Près de 20 ans plus tard, des associations fabriquent sur notre sol des petits musulmans plus à l’aise à la Mecque qu’en France.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: quand la France finance sa contre-société

Certains maires, soucieux de limiter les esclandres, préfèrent jouer la discrétion et évitent d’accorder des subventions aux organisations sulfureuses. L’aide se transforme alors en prêt de locaux municipaux ou en soutien ponctuel à l’association lors de manifestations. Pour l’organisation de sa conférence en février dernier, « La viande, la fin d’un mythe », Fatima Ouassak a bénéficié d’une salle de la ville de Bagnolet. Étaient présents à la conférence le maire de Fontenay-sous-Bois, qui a déclaré souhaiter « une cuisine inclusive », des anciens élus de la majorité communiste, des élus insoumis, un militant d’Act Up, l’élu (FG) de Saint-Denis Madjid Messaoudene, qui trouve islamophobe l’interdiction de la burka : c’était en somme l’intersectionnalité des luttes incarnée.

Sous couvert de missions d’intérêt général, des associations véhiculent une idéologie contraire aux valeurs républicaines

Du reste, quand ce ne sont pas les associations qui propagent la bonne parole et les revendications islamo-gauchistes, les élus s’en chargent directement. Alors qu’il avait pris ses fonctions depuis peu, Merouan Hakem, adjoint au maire de Bagnolet en charge de la vie associative, s’est rapproché de la seule association féministe, à l’époque, Femmes solidaires. Michelle Barte, présidente de l’association, se souvient de la conversation : « Il a évoqué l’idée de mettre en place des horaires de piscine réservés aux femmes. Évoquant les complexes qu’elles pouvaient avoir, il expliquait qu’il pouvait être difficile de se mettre en maillot de bain devant des hommes. » Un discours contraire aux principes de cette militante féministe, ancienne communiste. L’affaire remonte jusqu’au conseil municipal. Interrogé sur son projet, Merouan Hakem rétorque qu’il s’agissait… d’une plaisanterie. Contacté, le maire de Bagnolet n’a pas donné suite à nos sollicitations. Quant à Merouam Hakem, il nous a assuré au téléphone qu’il avait « beaucoup de choses à dire sur le clientélisme », avant de raccrocher et d’oublier de nous rappeler.

La problématique n’est pas propre à la banlieue parisienne. Ailleurs sur le territoire français, des associations propagent sous couvert de missions d’intérêt général une idéologie contraire aux valeurs républicaines. Même la ville de Robert Ménard n’y échappe pas. À Béziers, Mehdi Roland, musulman converti de 39 ans qui se présente comme un « communicant », s’est lancé dans un bras de fer avec la municipalité. Membre de plusieurs associations, il est devenu une figure emblématique du militantisme islamique biterrois, notamment dans les deux zones prioritaires de la politique de la ville que sont le centre et le quartier de la Devèze. C’est dans ce quartier difficile que se situe son association culturelle Esprit libre depuis une dizaine d’années. Objectif affiché : « L’épanouissement intellectuel, interculturel et la cohésion entre les habitants de la ville de Béziers. » Dans les faits, l’association promeut le boycott des produits israéliens, compare les musulmans biterrois aux juifs des années 1930, met en place des soupes populaires hallal, et fait chanter de jeunes enfants, garçons en qamis et fillettes voilées, lors de la fête du quartier.

Buste de Marianne décapitée

Sur les réseaux sociaux, Mehdi Roland, qui arbore aussi la casquette de porte-parole local du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), n’avance pas masqué. En 2013, il publiait la photo d’un buste de Marianne décapitée. À la place de la tête, un Coran. Il a, depuis, effacé le post. Pas de quoi lui fermer les portes des réceptions officielles… Le 4 septembre 2016, lors de la cérémonie pour l’anniversaire de la IIIe République, Mehdi Roland est convié au discours du sous-préfet. Le maire de Béziers, Robert Ménard, également présent, s’en offusque et quitte le lieu.

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À Lunel aussi, la mairie a décidé de réagir. Dans cette ville surnommée un temps « Djihad City » pour sa vingtaine de jeunes partis rejoindre les rangs de Daech, le club de football était devenu une association sportive islamique. Prières dans les vestiaires, équipe féminine entraînée par une femme voilée… L’US Lunel était appelé « l’US Barbus ». « Ça partait dans tous les sens, la ville en pâtissait », commente Philippe Moissonnier, élu socialiste. L’année dernière, le conseil municipal décide de sévir. Un règlement est adopté à l’unanimité ; les pratiques religieuses sont désormais interdites au sein du club.

C’est ainsi que certaines municipalités font le choix d’accommodements peu raisonnables qui leur permettent de nouer se constituer dans le tissu associatif de la ville des liens une réserve de voix susceptible de faire la différence lors des élections. Ainsi l’islamisme progresse-t-il tranquillement grâce au clientélisme ordinaire.

Une France soumise - Les voix du refus

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« La Forme de l’eau » : le nanar qui a eu l’Oscar

Attention, certains éléments de l’intrigue apparaissent dans cet article.

Vous rappelez-vous Ed Wood (1924-1978), l’inénarrable réalisateur de Plan 9 from Outer Space (1959), un nanar drolatique qui traîne la réputation d’être le pire film jamais produit — mais aujourd’hui culte, justement à ce titre ? Vampira (Maila Nurmi, 1922-2008) y jouait — et Bela Lugosi pendant une courte scène.

Mythique. Si mythique qu’en 1994, Tim Burton, fasciné par la poésie qui se dégage de ces navets si sincères dans leurs trucages apparents et leurs scenarii impossibles, réalisa en noir et blanc un très beau film à la gloire de Wood, où Johnny Depp interprète avec conviction le rôle du « plus mauvais metteur en scène de l’histoire du cinéma » (dixerunt les critiques Michael et Harry Medved dans leur livre The Golden Turkey awards, 1980).

Les films à message, c’est de l’eau

Eh bien, la Forme de l’eau, qui vient de recevoir les Oscars du Meilleur film et du Meilleur réalisateur (sans rire — et en face il y avait ce pur chef d’œuvre qu’est Three Billboards) après avoir été Lion d’or à Venise, est un navet bien pire que les pires productions d’Ed Wood. Parce qu’au lieu de se contenter de raconter une histoire, aussi farfelue fût-elle, il prétend faire penser. Ah mon dieu, préservez-moi des films à message.

A lire aussi: Aller voir « La Forme de l’eau » et prendre un bain de bons sentiments

Ce film est un exemple-type de l’inclusion rider, cet addendum que les plus crétins des acteurs et actrices (y compris Frances McDormand, qui a profité de son Oscar de meilleure actrice, dimanche dernier, pour s’en faire le promoteur) voudraient faire ajouter à tous les contrats désormais : une expression inventée en 2016 par deux femmes, une spécialiste de communication, Stacy Smith, et une avocate des droits civiques, Kalpana Kotagal. Il s’agit d’une clause visant à établir une juste représentation des femmes et des minorités dans les films.

Monstres & cie

The Shape of Water (son titre original) est splendidement dans les clous du politiquement correct. L’héroïne est muette (clause « handicapés »), sa copine est noire (clause « minorités visibles ») et obèse (clause « je suis bien dans mon corps de Big Beautiful Woman »), son copain est probablement homosexuel (clause « transgenre »), l’objet de leur affection est un migrant (clause « vivre ensemble »), et les méchants sont non seulement tous des hommes (clause « finissons-en avec l’oppression masculine ») mais de surcroît des WASP exemplaires (clause « vive la diversité ») et militaires par dessus le marché (clauses « objection de conscience » et « fraternité mondialisée »).

Le migrant, parlons-en. Il sort tout droit de…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Givenchy, souvenir de l’élégance

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Hubert de Givenchy, l’un des grands couturiers de l’âge d’or de la mode française, est décédé ce samedi. Une dernière leçon de style pour une époque qui n’en a plus. 


L’actualité de ces dernières heures a quelque chose de terrifiant et d’abyssal. Des informations se percutent et nous plongent dans un abîme de perplexité. Notre société de la transparence et de l’affaissement culturel atteint des sommets indicibles. Des crêtes d’ignorance.

Les mots nous manquent parfois pour décrire notre état d’hébétude face à cette machine qui engloutit tout sur son passage. Elle anéantira la moindre parcelle de beauté et de poésie. Elle finira par salir nos âmes endolories. Elle ne s’arrêtera donc jamais comme si la vulgarité avait envahi tout l’espace. Nous asphyxions de tant de veulerie esthétique et d’approximations artistiques. L’harmonie, l’allure, l’élégance, le bon goût seraient-ils devenus des insultes dans un monde hystérique qui avance par mode, par faiblesse et par cupidité ?

Givenchy, entre deux flots

Nos yeux fatigués par les écrans publicitaires ont oublié le sens des proportions, ce style classique qui exprimait sa quintessence sans jouer les apprentis architectes du corps. Le froissé d’un tissu, le respect des matières, la symphonie des couleurs, quand l’œil n’était pas agressé, gangréné par la facilité et la bêtise. Quand les designers et autres sorciers de la fripe ne voulaient pas tout révolutionner, tout renverser dans l’espoir de heurter le bourgeois, plus souvent par conformisme intellectuel que par provocation.

Ce week-end, les réseaux sociaux relayaient l’étrange initiative du Palais de Tokyo de proposer prochainement une visite réservée aux naturistes. Lorsqu’une annonce comme celle-ci tombe sur votre ordinateur, vous êtes saisi d’un malaise, d’un rire nerveux et d’un profond sentiment de lassitude, voire des trois sensations à la fois. Et cet après-midi, nous venons d’apprendre la disparition du couturier Hubert de Givenchy à l’âge de 91 ans. Deux infos aux antipodes qui seront bientôt noyées par le flot, le flux, la crue des médias, ces sprinters de l’éphémère.

Un prince des années 1950

Qu’aurait pensé le disciple de Balenciaga, l’aristo beauvaisien à la crinière argentée, le propriétaire du manoir du Jonchet, ce gentleman de l’âge d’or d’Hollywood ? Nous ne préférons pas le savoir. Laissons ce seigneur reposer en paix. Evitons-lui ces attaques incessantes dont la laideur est le seul moteur. Cet homme-là avait connu une autre époque où le smoking n’était pas une tenue de pingouin, où les robes de soirée scintillaient sur les marches de l’Opéra de Paris ou à l’entrée du Carnegie Hall et où les actrices ne singeaient pas démagogiquement la ménagère par petites combines mercantiles.

Ce prince des années 1950 habillait les femmes du gotha avec suavité et rigueur, sans jamais brusquer leur silhouette, en ayant toujours l’audace du détail qui charme, qui émeut aussi.

Avec Givenchy, les trente glorieuses gardaient la tête haute et aussi une certaine féérie « Grand Siècle ». Cet immense couturier ne se fourvoyait pas dans une maison en fusion prompte à se donner au premier maquignon. Ses supportrices s’appelaient Greta, Marlène, Lauren ou Grace. En ce temps-là, il existait une variété infinie de tenues pour le bal, le cocktail, le grand soir, etc. On faisait l’effort de se vêtir pour sortir. Cette vieille politesse française, bienséance désuète et splendide, était probablement le meilleur témoignage de notre humanité triomphante.

L’éternel témoin de nos relâchements 

Avec Givenchy, notre contrat social ne se fissurait pas sur l’autel du crasseux et du spectaculaire. Femmes du monde et femmes du peuple regardaient ces tenues de rêve avec la même envie. Ce grand couturier ne faisait pas dans le divertissement et le grotesque. Ses créations intimistes et brillantes ne juraient pas. Il avait trop de respect pour son métier et pour ses fidèles clientes que de se risquer dans la confection de vêtements hasardeux et blessants.

Alors cet après-midi, pour apprécier le talent de ce créateur, il suffit de regarder quelques images de lui sur le net. Ce n’est pas la peine d’être un spécialiste de l’organdi ou de la soie sauvage pour s’émerveiller d’une classe naturelle. Givenchy était un maître. Il faut le voir se promener sur les quais de Seine avec son amie Audrey Hepburn, on se dit que notre société a vrillé à un moment. On est ébloui par ce tableau hors du temps. Ils sont uniques, lui en costume, elle en trench-coat, ils évoquent une parenthèse enchantée.

HUBERT DE GIVENCHY

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Jeanne d’Arc: ma fille, elle, n’aurait pas pu


Victime de tweets racistes, la Franco-Béninoise Mathilde Edey Gamassou a toute légitimité à incarner Jeanne d’Arc, la pucelle d’Orléans, durant les fêtes johanniques. Un rôle qui reste évidemment inaccessible aux juifs et aux protestants. Ils sont partout, ces catholiques !


On s’est ému – à juste titre – du tombereau d’insultes racistes déversées sur les réseaux sociaux contre Mathilde Edey Gamassou, désignée pour incarner Jeanne d’Arc lors des traditionnelles fêtes johanniques du 8 mai à Orléans. Cette jeune fille, une Franco-Béninoise âgée de 17 ans, a été choisie par le comité d’organisation des festivités parmi 13 candidates pour conduire, à cheval et revêtue d’une armure, le défilé qui traverse la ville. Le comité a estimé que la jeune métisse répondait, mieux que ses concurrentes, aux critères fixés depuis 1855 pour incarner cette figure héroïque de notre récit national : la jeune fille doit habiter depuis dix ans à Orléans, fréquenter un établissement scolaire de la ville, être baptisée, catholique pratiquante, donner de son temps bénévolement pour les autres et être de bonne moralité.

Front commun contre le racisme…

Le maire d’Orléans, Olivier Carré (LR) la défend vigoureusement : « Cette jeune fille a été choisie parce qu’elle avait le meilleur dossier. Elle a fait un oral, elle a été choisie par des institutions, par le clergé, par des militaires et par la ville. On veut quelqu’un qui est là pour incarner des valeurs, pas pour figurer un mimétisme de Jeanne d’Arc, et ces valeurs elle les incarne parfaitement. C’est la raison pour laquelle unanimement ce choix s’est fait », a assuré le maire de la ville. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes monte au créneau et saisit la Dilcrah, l’institution d’État en charge de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie pour que les auteurs de tweets haineux soient poursuivis et châtiés. La réprobation est unanime, rassemblant ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, comme notre ami Laurent Bouvet, porte-étendard de la laïcité intransigeante du Printemps républicain. Pour laver l’affront, le père de Mathilde demande à Emmanuel Macron de venir en personne présider les fêtes le 8 mai prochain.

…mais pas contre les critères

Cependant, on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine gêne à la lecture des critères de sélection de l’héroïne annuelle d’une fête qui rassemble une ville entière dans la commémoration d’un passé glorieux. Les hasards de la vie m’ont amené à passer deux décennies de ma vie à Orléans et dans ses alentours. C’est dans cette ville que naquit ma fille, qui aurait pu souhaiter « faire la Jeanne » l’année de ses 16 ans. Si cela avait été le cas, j’aurais dû lui expliquer que cela était impossible, car elle cochait toutes les cases d’aptitude, sauf une, qu’il est inutile de préciser plus avant. Même les relations très cordiales que j’entretenais alors avec l’évêque d’Orléans, Aron Jean-Marie Lustiger, n’auraient pu lever cet obstacle rédhibitoire. Pour la consoler, j’aurais pu, alors, lui raconter que sa petite camarade de jeu Sophie, née la même année qu’elle à quelques jours d’intervalle, était dans le même cas. Pourtant, c’était la petite-fille de Jean Zay, député d’Orléans, ministre de l’Éducation de 1936 à 1939, assassiné en 1944 par la milice de Darnand et entré au Panthéon en 2016. Jean Zay, issu d’une famille juive par son père, avait adopté la religion de sa mère, une institutrice protestante…

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Cet ostracisme aurait été d’autant plus injuste que le christianisme de la Pucelle était celui d’une époque antérieure au schisme intervenu entre les Papistes et les Réformés disciples de Luther et de Calvin. On devrait reparler de cette histoire lorsque se posera le problème de la candidature d’une transsexuelle orléanaise fréquentant la messe tous les dimanches, bénévole au Secours catholique et cavalière émérite.

Alain Finkielkraut: Mennel ou la nouvelle France


Mennel Ibtissem est une Française de notre temps: adepte des réseaux sociaux, de la théorie du complot et de la diabolisation d’Israël. Mais fallait-il la contraindre à quitter « The Voice » au risque de la jeter définitivement dans les bras des islamistes ?


Mennel Ibtissem, une chanteuse enturbannée dont la voix avait fait sensation lors d’un concours de télé-crochet, a dû abandonner en cours de route, après la découverte sur son compte Twitter de deux messages postés, l’un, après l’attentat de Nice, l’autre, après l’égorgement du père Hamel dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Le premier disait : « C’est bon, c’est devenu une routine : un attentat par semaine, et toujours, pour rester fidèle, le “terroriste” prend avec lui ses papiers d’identité. C’est vrai, quand on prépare un sale coup, on n’oublie pas de prendre ses papiers. » Et sur le second message, on lisait ces simples mots : « Les vrais terroristes, c’est notre gouvernement. » L’interprète d’Hallelujah, de Leonard Cohen, chante aussi ces beaux vers : « Ô Allah, sauve les Musulmans de Gaza ! Sois leur soutien et leur allié. Ô Allah, toi qui as fait descendre le livre saint, qui déplace les nuages, destructeur des armées, détruis-les et ébranle les oppresseurs des innocents ! Gloire et louange à toi ! »

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« Comme par hasard, ils ont laissé chanter un juif et éliminé une musulmane. »

Mennel a 22 ans, ce n’est donc pas une « môme », comme je l’entends dire aujourd’hui. Elle n’échappe pas à l’imputabilité. Elle doit pouvoir répondre de ses paroles et de ses actes. Mais fallait-il la contraindre à quitter « The Voice », au risque de la jeter définitivement dans les bras des islamistes ? Ou fallait-il au contraire lui laisser une chance d’intégration par le succès, au nom du droit à l’erreur ? Personnellement, je pencherais plutôt pour la deuxième option et je ne me serais pas arrêté à cette affaire si Saïd Benmouffok, professeur de philosophie au lycée Condorcet de Limay, n’avait publié sur le site de Libération une tribune intitulée « Mennel, une Française ordinaire » et s’il n’avait expliqué à la télévision ce qu’il entendait par là : « Mennel est très ressemblante à de nombreux élèves que je peux avoir en terminale, et même dans le supérieur. En assistant à ce lynchage, j’ai trouvé ça insupportable. Ce qu’elle a dit, c’est ce à quoi on a assisté dans les salles de classe après les attentats de 2015 et 2016. Elle n’a fait que traduire la bêtise de l’air du temps, elle est à l’image de ce que sont les enfants de sa génération. Que ce soit inacceptable, c’est une chose, ça ne justifie en rien le lynchage qu’elle a subi. » En guise d’alternative à ce traitement féroce, le professeur de philosophie préconise la déconstruction des thèses complotistes et des stéréotypes antisémites. Mais il reconnaît son échec en constatant que ses élèves et tant d’autres dans les lycées français opposent le sort malheureux de Mennel à celui du candidat juif de « The Voice » qui continue tranquillement son aventure« Comme par hasard, ils ont laissé chanter un juif et éliminé une musulmane. »

Faire taire Zemmour et laisser chanter Mennel ?

Cet aveu démoralisant ne perturbe pas les journalistes qui protestent contre la disqualification de Mennel. Ces partisans de la transparence et de l’investigation tous azimuts, ces professionnels patentés du fouillage de merde s’indignent qu’on soit allé enquêter sur elle et qu’on ait réussi à exhumer des tweets compromettants. Ces apôtres de la tolérance auraient voulu qu’elle pût aller sans encombre jusqu’à la fin d’un concours qu’elle avait toutes les chances de gagner, et qu’Éric Zemmour, lui, fût enfin frappé d’interdiction. Si ce pays se portait bien, elle connaîtrait un destin de star, tandis qu’il serait réduit au silence. Mennel, c’est la France qui se cherche ; avec ce qu’Edwy Plenel a appelé « ses saloperies fascistes », Zemmour c’est la véritable anti-France. « The Voice » pour elle, le bâillon pour lui : ce souhait explicitement formulé m’effraie et me scandalise, alors même que le récent éditorial de Zemmour sur Charles Maurras m’a mis littéralement hors de moi. Je comprends qu’on se refuse à évacuer Maurras de la mémoire nationale. Zemmour cependant va beaucoup plus loin : il affirme que le temps est venu de réconcilier les mémoires de la Seconde Guerre mondiale, et il dit qu’en soutenant Pétain, Maurras a refusé de choisir entre les gaullistes pro-anglais et les collabos pro-allemands. Sans doute voulait-il souligner le caractère singulier de la position prise par le chantre de « la France seule ». Mais le propos est pour le moins maladroit. Quant à réconcilier les mémoires de la Résistance et de la Collaboration, je répondrai avec les mots des adolescents d’aujourd’hui : même pas en rêve ! L’épisode Pétain-Laval est une tache ineffaçable de notre histoire. Zemmour aurait dû lire et méditer ces phrases du général de Gaulle dans les Mémoires de guerre « Et puis l’épreuve, si elle fut marquée pour nous, Français, par une gloire tirée du plus profond de l’abîme, n’en a pas moins comporté d’abord des défaillances désastreuses. Avec la satisfaction causée par le dénouement, elle laisse – c’est pour toujours ! – une douleur sourde au fond de la conscience nationale. »

Leur rêve est notre cauchemar

Tout à sa condamnation des excès pénitentiels de la France d’aujourd’hui, Éric Zemmour n’entend plus la voix du général de Gaulle. Il n’y a pas de défauts dans sa cuirasse, il n’y a pas de place pour la douleur sourde dans sa vision de la France et du monde. C’est sa grande faille que de n’avoir pas de faille. Il ne mérite pas pour autant d’être excommunié. Ses censeurs, en outre, ne veulent pas s’arrêter là. Ils dénoncent avec la même hargne les républicains laïques qui peuplent le Conseil des sages nommé par Jean-Michel Blanquer. Ces indignés sont en train d’annexer les lanceurs d’alerte à ce qu’ils appellent la « fachosphère ». Ils militent pour une France métissée, c’est-à-dire « mennelisée », et rien ni personne ne doit entraver ou retarder son avènement. Leur rêve est notre cauchemar, et honte à nous si nous persistons à trembler. Les anti-lyncheurs ont décidé d’avoir notre peau, à nous, les laïcards.

L'identité malheureuse

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Eric Zemmour : itinéraire d'un insoumis

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«Le discours du Pape François sur l’immigration est très équilibré»


Dans Le Pari chrétien (Editions Tallandier, 2018), l’historien des idées François Huguenin s’interroge sur les conditions nouvelles dans lesquelles les chrétiens affrontent leurs responsabilités politiques. Comment être une minorité créatrice, influente, dans un monde qui a cessé d’être chrétien ? La réponse tient dans ce paradoxe : c’est dans leur distance à l’égard du pouvoir que se trouve leur véritable puissance politique. Entretien.


Philippe de Saint-Germain. Dès l’origine, le christianisme s’est pensé comme une religion « dans le monde mais non pas du monde ». Comment ce monde en France a-t-il cessé d’être chrétien ?

François Huguenin. C’est une longue histoire, à l’évolution complexe, et qui remonte au moins au XVIIe siècle. Ce qui est entièrement nouveau, c’est que la déchristianisation va de pair aujourd’hui avec la perte des valeurs communes. Non seulement la société n’est plus chrétienne, mais la morale — qui n’est pas religieuse en elle-même — n’est plus universelle au sens où elle constitue plus un point de rencontre entre chrétiens et non-chrétiens. Pendant des générations, la pratique religieuse a diminué, mais la conscience collective restait de « marque » chrétienne, pour reprendre l’expression de Pierre Manent. De nos jours, les chrétiens pratiquants ne représentent guère plus de 4 à 5% de la population, et la majorité des Français qui persistent à se dire catholiques ne vit plus comme dans une société moralement ou culturellement chrétienne.

En quoi cette situation modifie le rapport que les chrétiens peuvent avoir avec la politique ?

Je pense que cela rend obsolète les postures de domination qui ont longtemps formaté les chrétiens, et plus profondément leur relation au pouvoir. Pourtant, les réflexes demeurent : à droite, la tendance est de confondre christianisme et chrétienté, autrement dit d’attribuer à l’autorité le pouvoir de « faire la norme » ; à gauche, la tentation est de rejoindre le monde en diluant son message au prétexte de rejoindre ses préoccupations. Dans les deux cas, nous restons dans une logique de pouvoir. Or même si le christianisme s’est développé dans le cadre d’une société chrétienne, son existence n’est pas liée à cet état des mœurs ni conditionnée par une forme de pouvoir politique où il tiendrait plus ou moins le manche. Les chrétiens ont d’abord besoin d’une société qui garantisse la liberté religieuse : Vatican II l’a dit clairement, mais les premiers chrétiens le disaient aussi entre le IIe et le IVe siècle !

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Après tout, les zélotes  qui confondent leur foi avec leurs engagements politiques ont toujours existé.

Oui, mais nous avons une autre forme de dérive aujourd’hui qui constitue, même dans l’apparente résistance à l’esprit du temps, une compromission avec l’individualisme contemporain : je veux parler de la tentation du repli, qu’il soit individuel ou communautaire. Nous retrouvons cette tentation aussi bien chez les chrétiens de droite que de gauche. Considérer que son devoir politique consiste à défendre les intérêts ou les « valeurs » de sa communauté n’est ni plus ni moins qu’une réduction du message chrétien qui porte en lui une visée universelle (comme le dit étymologiquement le mot « catholique »). C’est exactement la même chose si l’on refuse de s’engager publiquement en tant que chrétien au prétexte que sa foi relève de la sphère privée. Brandir ses convictions comme celles d’un parti, ou les taire au prétexte qu’il s’agit d’une option purement personnelle, sont deux faces du même écueil : communautarisme et individualisme. Cela relève au fond d’une manière d’absolutiser un intérêt qui, d’une manière ou d’une autre, demeure particulier. Or cette absolutisation, même si elle s’inscrit dans une logique de fonctionnement très contemporaine, c’est ce que la Bible appelle l’idolâtrie (de l’argent, du pouvoir…).

Quel est donc le sens de l’engagement politique chrétien, s’il ne peut être ni communautaire, ni dominateur, ni subjectif ?

Benoît XVI, à qui je rends un hommage particulier dans mon livre, l’a très bien exposé à travers ses nombreuses communications à caractère politique, que ce soit comme théologien ou comme pape, par exemple lors de son discours à Westminster en 2010. La mission politique de l’Église, et des laïcs chrétiens dans leur responsabilité propre, n’est pas d’imposer une norme, mais d’éclairer le débat en aidant le politique à demeurer dans le champ de la raison. Autrement dit, à ne pas céder aux illusions de l’idéologie, de la technique ou aux manipulations en tout genre, comme celle des majorités de circonstance.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Tout d’abord, accepter les conséquences de la situation présente : la déchristianisation de la société, sa sécularisation, et le caractère minoritaire des catholiques. Les chrétiens sont encore trop dans le déni. Ils doivent faire le deuil de leur position dominante. Le concile Vatican II avait anticipé cette situation, mais la révolution intérieure que cela suppose n’est pas encore complètement assumée. Ensuite, considérer que la priorité est de manifester les principes qui rendent possibles l’exercice d’une politique authentiquement sociale et libre, dans une société individualiste et matérialiste. Dans un monde dominé par le relativisme, on ne peut pas faire l’économie d’un retour à la notion de bien, selon les lois de la grande politique classique. Enfin, pratiquement, cela ne passe pas des grands discours, mais par le témoignage, des actions concrètes de proximité, l’exercice « des pouvoirs » dans la vie de la société civile, plutôt que la recherche « du pouvoir » et de ses mythes.

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Plusieurs visions de la laïcité s’affrontent, sans doute en raison des questions posées par la montée de l’islam, mais dont les chrétiens risquent de faire les frais.

Si la laïcité n’a plus de représentation du bien, elle tourne en rond. Aucune société ne peut vivre sans référence à l’idée même de quelque chose qui lui est extérieur et lui permet de réfléchir sur elle-même. La laïcité a donc besoin, pour ne pas devenir une coquille vide, de chrétiens qui s’engagent en tant que chrétiens. C’est l’essence de notre société qui est en jeu, non pas pour qu’elle redevienne chrétienne (même si un chrétien est tenu à témoigner de sa foi), mais pour exister en tant que société qui continue à s’interroger sur la conception de l’homme et de la vie qu’elle veut promouvoir. Si la démocratie ne s’appuie pas sur un socle éthique, sur une conception du bien qui puisse être largement partagée, elle sera absorbée par les procédures de gouvernance et finira par faire le lit de l’islamisme qui, lui, taille sa route sans états d’âme.

Pourquoi cette obstination de l’Eglise catholique à porter une parole politique si son message est « hors du monde » ?

La grande force politique de l’Église tient au fait qu’elle ne cherche pas le pouvoir, comme le Christ n’a pas voulu établir son royaume sur terre. D’où sa grande liberté pour parler sans complexe à tous les hommes de bonne volonté. Sa parole a vocation à éclairer la décision politique. Que ce message et ses implications pratiques sur les questions qui fâchent comme le respect de la vie, la dignité de la personne au travail ou l’accueil de l’étranger dérange, c’est une évidence, mais c’est d’abord la cohérence d’une vision de l’homme qui répond à des situations très concrètes, aussi bien individuelles que collectives. « Tout est lié » ne cesse d’expliquer le pape François.

N’y-a-t-il pas une grande méprise sur le message social de l’Église, compris à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Église comme un programme politique ?

La mission de l’Église et des chrétiens dans le monde consiste à éclairer les consciences et à servir le bien commun dans la seule perspective de dire et de faire le bien. De fait, le monde médiatique qui est aussi le reflet de la société, interprète ce que dit l’Église sur les questions sociales comme des consignes politiques, comme si l’Église prétendait avoir autorité directe sur les gouvernements. Elle ne le revendique plus depuis longtemps ! Elle rappelle librement des principes universels dont l’application doit garantir à la fois que les États ne versent dans l’arbitraire et le cynisme utilitariste et que les plus faibles soient protégés. C’est à la lumière de ces principes que les États et la société civile dans chaque pays doivent prendre leurs responsabilités, et doser leurs décisions dans leur contexte propre et selon leurs possibilités réelles.

Pourquoi le message donne-t-il l’impression de passer si mal, par exemple hier sur l’avortement et aujourd’hui sur l’accueil des réfugiés ?

Vous avez raison d’associer les deux questions, qui sont emblématiques du message social de l’Église, signe de contradiction avec l’esprit du monde et pourtant d’une profonde cohérence et d’une grande continuité dans l’enseignement des papes. « Tout est lié », encore une fois. Je vous rappelle que la Journée mondiale du migrant a été lancée par le pape Benoît XV. Si aujourd’hui l’appel de l’Église à accueillir les migrants étonne autant, ce n’est pas parce qu’il a changé, c’est parce que le phénomène migratoire prend des proportions nouvelles, à l’échelle de la planète, même si chacun voit le problème uniquement chez lui. Or si l’on prend la peine d’écouter le discours du pape François dans sa globalité, on s’aperçoit qu’il est d’un grand équilibre. Son message est triple : 1/ les migrants sont des personnes et doivent être traitées avec la dignité qui convient à chaque être humain ; 2/ les États ont la responsabilité de la politique migratoire, selon leurs devoirs et leurs moyens, en s’attaquant d’abord à la cause du mal, l’Église considérant depuis toujours que le premier droit du réfugié est de rester chez lui ; 3/ les migrants contraints de quitter leur pays doivent faire l’effort de s’intégrer dans leur pays  d’accueil, de telle sorte que les cultures de chacun et les lois du pays d’accueil soient respectées dans le cadre du bien commun de tous.

C’est-à-dire ?

Le principe est clair : l’accueil du plus faible, en l’espèce le réfugié, mais bien sûr, en fonction de l’état du monde et de la société, marquée chez nous par une grande insécurité sociale et culturelle, nous sommes tenus à faire au mieux et pas à l’impossible ou au suicidaire (par exemple nourrir les conditions d’une guerre civile). De même pour l’avortement, le principe est clair : c’est toujours un mal et un drame. Mais, l’état des mœurs étant ce qu’il est, aucun chrétien sérieux ne revendique l’abrogation de la loi Veil. Mais dans les deux cas, le chrétien aura à cœur de rappeler les principes à temps et à contretemps et d’œuvrer dans la mesure du possible pour des actions concrètes (accueil des migrants dans les paroisses, aide aux femmes pour garder leur enfant).

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Que dites-vous à ceux qui reprochent à l’Église et au pape son angélisme ?

C’est un mauvais procès. L’Église est aujourd’hui une des seules organisations à avoir pris la mesure du fait que l’homme est en danger sur des fronts multiples : transhumanisme, inégalités économiques créant une pression migratoire inédite, péril écologique. Que ces questions sont planétaires et que les nations n’ont d’autre choix que s’entendre et coopérer. Ça c’est du réalisme ! En réalité, dans un monde dévoré par l’argent et secoué par les luttes de pouvoir qui procèdent de visions à court terme, l’Église vient rappeler que la maison commune est en péril et que l’homme est menacé.  C’est le rôle du chrétien de le rappeler sans cesse et, en donnant à la société un horizon moins étriqué, de lui permettre d’aborder autrement des questions complexes et redoutables sur lesquelles aujourd’hui elle ne cesse de buter faute de vision.

François Huguenin,  Le Pari chrétien. Une autre vision du monde, Tallandier, 2018.

Identitaire

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Donald Trump et Kim Jong-un : un barrage pour le Pacifique

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Contrairement à ce qu’écrivent certains médias, la stratégie géopolitique de Donald Trump est mûrement réfléchie. Sa rencontre avec le leader nord-coréen, Kim Jong-un, doit permettre de contrer l’influence grandissante de la Chine dans l’aire Pacifique.


L’annonce d’une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un, à l’invitation de ce dernier (et donc probablement à Pyongyang), a été présentée comme un « coup de poker », un « impensable renversement de situation » de « l’imprévisible milliardaire » que les commentateurs moutonniers se refusent encore à nommer « président des Etats-Unis ».

Il était plus vite fait mal fait, pour les chroniqueurs installés, de se focaliser sur les tweets, les pseudo-scandales, les ragots d’arrière-cour, alimentés par les frustrés de la défaite d’Hillary Clinton et leurs médias. On eut, alors, l’impression un peu déconcertante que le président Trump se délectait de ces attaques venues de l’ancien monde « washingtonien » désormais démonétisé. C’est que Donald Trump, qui n’a jamais exercé aucune fonction officielle, s’était d’emblée affirmé – sur un ton vigoureux sinon virulent – comme un adversaire de l’establishment et du politiquement correct. Et un défenseur, contre les apparatchiks du mondialisme, de l’intérêt national américain concret.

Trump ne triche pas

Désormais les chroniqueurs les plus avisés découvrent que le président Trump prend des décisions rapides, fortes, révolutionnaires. Et qu’elles ne sont pas incohérentes, même si elles sont vivement contestées. D’ailleurs comment a-t-on pu alimenter – même en France – des rumeurs sur la santé mentale et l’éventuel impeachment d’un homme qui avait su construire un colossal empire d’entreprises et battre, lors de la présidentielle, toute la caste politico-financière et médiatique ?

Il n’est pourtant pas difficile de savoir ce que veut faire Donald Trump : il l’a annoncé pendant sa campagne et il le met en application. Quant à la méthode, elle a été énoncée il y a 30 ans dans son livre : The art of the deal. En un an le président a : modifié le système de santé (plutôt plus logiquement), abaissé drastiquement la fiscalité sur les entreprises et les particuliers, programmé des milliards d’investissements publics, et pris des mesures contre l’immigration. Le chômage baisse et les salaires augmentent ! Le Dow Jones a franchi les 25 000 points, ce qui est inouï. Toujours sur le plan intérieur, il est prêt à faire évoluer la législation sur les armes, ce qui est une première. Mais il s’est aussi habilement défendu sur la suspicion de collusion avec la Russie en déclassifiant des documents qui mettent dans l’embarras le FBI en raison de sa possible connivence avec les Démocrates pendant la campagne électorale.

La Corée du Nord, un missile tourné vers la Chine

Sur le plan international, il a indiqué être prêt à travailler avec Vladimir Poutine. Et il attend sûrement la réélection de celui-ci, en ce mois de mars, pour reprendre le fil de la relation. C’est sans doute la raison pour laquelle il hésite sur la situation en Syrie où la Turquie (membre de l’Otan…) malmène les alliés kurdes (YPG) des Etats-Unis en envahissant le territoire syrien et en bombardant les civils. D’ailleurs, le président Trump avait annoncé que l’Otan n’avait plus sa raison d’être… Si, dans la grande négociation qui est en cours, il a la certitude que l’Otan budgétivore ne sert plus à rien car il aura trouvé un deal avec la Russie, il mettra en sommeil cette relique de la guerre froide et, comme il l’a annoncé, utilisera les économies ainsi faites pour redonner à la recherche industrielle militaire les moyens et les commandes colossales qui permettront de donner à son pays une grande suprématie géostratégique sur la Chine.

Pour Donald Trump, en effet, si l’Europe est une concurrente qu’il va affaiblir en l’obligeant à plus dépenser pour sa défense, sa vraie rivale est la Chine. Il veut régler assez vite la question du Moyen-Orient pour ne plus avoir à y consacrer son énergie. Il sait que la Russie pourra l’aider à cantonner les velléités de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire (si proche des frontières russes) et que la Turquie n’intéressera plus personne sitôt la Syrie en voie de normalisation. Dans ce nouveau Yalta qui s’esquisse c’est le Pacifique qui lui importe. Et il a bien l’intention d’y contrer l’expansionnisme chinois, son véritable objectif.

Contre la Chine il a déjà gagné la première et la deuxième manche géostratégique : en anéantissant le marché transpacifique et en devenant, via Séoul, celui qui aura créé une fêlure entre Pyongyang et la Chine. Certains commentateurs sont tellement – et ridiculement – anti-Trump qu’ils imaginent que ce serait une victoire et un bénéfice attribuable à la Chine que d’avoir rapproché Kim Jung-un et Donald Trump. Il n’en est rien: la Chine perdrait une monnaie de menace et d’échange en perdant la main sur la Corée du Nord. Du coup, aux mesures protectionnistes qu’il prendra sur le plan commercial, la Chine ne pourra guère riposter car si ses entreprises perdaient le marché américain il en résulterait un marasme économique, puis des troubles politiques dans l’Empire du Milieu. En 2020, trois générations après la victoire du communisme, la Chine entrera dans une période sensible comparable à celle de l’URSS en 1990.

Face à Trump, l’aveuglement volontaire

Cette analyse est corroborée par des spécialistes de la vie politique américaine, Jean-Eric Braana et François Durpaire, interrogés par Le HuffPost. Pour eux, Donald Trump est loin d’être fou ; mieux encore : il est en train de réussir ce qu’il a programmé. Dans son livre Trumpland, portrait d’une Amérique divisée, Jean-Eric Braana l’écrit : « Trump a bien une stratégie mais une stratégie d’homme d’affaires, bien rodée, qui marche plutôt bien… en gros il bluffe. Une fois l’adversaire déstabilisé il entame une période de détente et cède sur certains points afin que le camp d’en face pense avoir remporté la partie ».

Il restera cependant à voir si Kim Jong-un cédera réellement du terrain sur son arsenal nucléaire et s’il trouvera une présentation pour ne pas perdre la face. Cela pourrait consister en des coopérations commerciales et industrielles avec le Sud, les Etats-Unis réduisant leur dispositif militaire.

François Durpaire fait le même type de constat sur la gestion de la situation en Syrie par Donald Trump : « Peu après son investiture, Donald Trump a fait tirer 59 missiles contre la Syrie d’Assad en réponse aux bombardements chimiques…C’était la première réponse concrète… d’un pays occidental dans ce conflit… Bachar al-Assad s’est fait petit pendant un moment ».

En résumé : ne sont surpris que ceux qui limitaient leur compréhension du projet Trump aux facéties destinées à son électorat populaire, qu’il rassure ainsi. Il est au contraire extrêmement facile de le comprendre (voire d’être admiratif) : encore une fois, tout ce qu’il fait avait été annoncé. Encore fallait-il observer et réfléchir. Quant à Emmanuel Macron, c’est l’anti-Trump. Il dit et n’agit pas au fond. Et rien de ce qu’il fait n’avait été annoncé. Grand Chambellan du système, il n’en changera rien, le conduisant inévitablement ainsi à sa perte. La France perd une occasion unique (après le Brexit) de suivre le brise-glace Trump et de promouvoir la reconstruction d’une vraie, libre et forte Europe des nations, à la place de feu celle de Bruxelles.

Trump: The Art of the Deal

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Alain Finkielkraut sur l’alternative entre populisme et politiquement correct et sur la journée des droits des femmes


Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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Alain Finkielkraut: « Commémorer Maurras? Je suis incapable de trancher »

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Alain Finkielkraut, septembre 2017. ©Hannah ASSOULINE/Opale/Leemage

Le meilleur d’Alain Finkielkraut dans L’Esprit de l’escalier. Ce mois-ci, néoféminisme, Ebdo et Charles Maurras sont au programme.


La mise à mal du droit et de la littérature 

La révolution #metoo se caractérise comme toutes ses devancières par l’antijuridisme.

Parce qu’il est méticuleux, parce qu’il respecte les formes, parce qu’il impose à chaque accusation l’épreuve du contradictoire, le droit suscite aujourd’hui l’impatience, l’incompréhension et même la haine. À l’époque de l’immédiateté technique et de la mobilisation politique contre la violence faite aux femmes, on n’a pas de temps à perdre avec les procédures, les coupables doivent payer tout de suite. En Amérique, il suffit déjà d’une simple dénonciation pour que des acteurs, des metteurs en scène, des chefs d’orchestre soient mis au ban. Le jugement n’attend pas la justice et il est sans appel. En France, quand deux plaintes, l’une pour viol, l’autre pour abus de faiblesse, sont déposées contre le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, les néoféministes, Mediapart, et aussi ceux qui, à droite, ne lui pardonnent pas d’avoir changé de camp, exigent sa démission sur-le-champ. À quoi bon attendre les enquêtes ? Le porc est démasqué : il doit disparaître.

La même logique est à l’œuvre dans une affaire criminelle qui a tenu la France en haleine : l’affaire Daval. Alexia Daval a été retrouvée morte non loin de chez elle, le corps à demi calciné. On a cru d’abord qu’elle avait été tuée par un rôdeur lors de son jogging matinal. Or, après trois mois de mensonges et de larmes, son mari vient d’avouer : il est le meurtrier. Les tables rondes se succèdent alors sur les chaînes d’information continue : Muriel Salmona, la psychiatre à qui l’on doit le concept de « culture du viol », brosse le portrait d’un monstre manipulateur. Mais surgit soudain une voix dissonante : l’avocat de Jonathann Daval affirme, sans excuser son client, que les rapports entre les époux étaient très tendus et que c’est elle qui se montrait violente. Cette ligne de défense fait scandale. Les néoféministes s’indignent. Bafouant la séparation des pouvoirs, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes accuse l’avocat de salir toutes les victimes de violences conjugales. Elle requalifie sur sa lancée le meurtre d’assassinat et parle même de « féminicide » comme si, à l’instar des nazis qui éliminaient les juifs en tant que juifs, Jonathann Daval avait étranglé sa femme pour la punir d’être une femme. Imaginons une seule seconde le scénario inverse. Alexia tue Jonathann, et son avocat révèle que celui-ci avait une personnalité écrasante et se montrait parfois violent. Aussitôt, un comité de soutien se serait formé, et Josiane Balasko, invitée à la télévision par Laurent Delahousse, aurait invoqué la légitime défense. Je ne ferai pas la même chose pour Jonathann Daval : son crime est atroce. Mais il est le dénouement d’une histoire singulière. Sa femme, en effet, furieuse de n’avoir pas d’enfant en dépit de son traitement anti-infertilité, lui envoyait des SMS pour fustiger son impuissance…

A voir aussi: Antisémitisme à Sarcelles, Affaire Darmanin, aveux de Jonathann Daval, Tariq Ramadan : la semaine vue par Alain Finkielkraut

Le droit ne connaît que des cas particuliers. La révolution n’a affaire qu’à des entités. C’est pourquoi toutes les révolutions veulent se défaire du droit. « Il n’y a pas d’innocents parmi les aristocrates », disait Collot d’Herbois, et la loi du 22 prairial, la fameuse loi des suspects, donnait les coudées franches au tribunal révolutionnaire en supprimant l’instruction, en fondant l’acte d’accusation sur de simples dénonciations, en retirant à l’accusé le secours d’un avocat, en supprimant l’audition de témoins, bref : en faisant de l’audience une simple formalité. Nous ne sommes pas revenus à l’âge de la guillotine, Dieu soit loué, mais la structure mentale de la révolution actuelle est la même. La dénonciation fait le coupable, le « porc » est celui que sa victime désigne comme tel, car, selon la phrase immortelle d’Agnès Varda : « L’humiliation est toujours du côté des femmes. »

Le droit relève de ce que les Grecs appelaient la phronesis, qu’on traduit généralement par « prudence » et qui est, plus précisément, la sagesse pratique adaptée à la singularité des cas. Aujourd’hui, une nouvelle fois, l’idéologie congédie la phronesis et traite les individus comme des symboles. Le droit est donc mis à mal et, avec lui, la littérature, cette jurisprudence de la vie humaine. Dans le numéro du Nouveau Magazine littéraire consacré à « l’histoire qui se fait sous nos yeux », Sophie Rabau, enseignante-chercheuse à l’université Paris III, explique doctement que si Carmen la rebelle accepte de suivre José et renonce à se défendre, c’est qu’elle a été violée. Nausicaa surprise par Ulysse a subi un sort identique. Et notre herméneute se demande ce qu’on a bien pu faire à Célimène pour que cette veuve indépendante et joyeuse finisse par proposer à Alceste un mariage dont elle a dit sur tous les tons qu’elle ne le voulait pas. Conclusion de l’article : « Une récente campagne a appelé les victimes d’agressions sexuelles à briser le silence qui les tue une deuxième fois, je ne vois aucune raison à ce que cette saine entreprise s’arrête au bord de la fiction. Seule une action collective des lecteurs, lectrices et personnages permettra de mettre au jour la violence enfouie dans les pages de la littérature mondiale. Aux dernières nouvelles, Carmen se trouverait en Italie, à Florence, où elle semble avoir réussi à se débarrasser de José dans une mise-en-scène de l’opéra de Bizet par Leo Muscato. Depuis les foyers des femmes de Toscane où je l’ai retrouvée, je lance avec elle ce solennel appel : #Balance ton porc dans la fiction. »

Ce texte à n’en pas croire ses yeux est publié dans un magazine qui a le culot de se dire « littéraire ». Quand l’esprit du droit s’éclipse, l’esprit du procès s’installe, et ni les vivants, ni les morts, ni les êtres en chair et en os, ni les personnages de roman n’échappent à ses incriminations.

Les œufs se rebiffent ! 

Ebdo est un nouveau magazine qui doit jouer des coudes pour se faire une place sur un marché déjà saturé. Ce besoin pressant d’attirer l’attention l’a donc conduit à exhumer une ancienne plainte pour viol classée sans suite contre Nicolas Hulot, ministre médiatique s’il en est. Mais, cette fois, les autres journaux n’ont pas suivi. Ils ont condamné cette initiative tout en se gardant de critiquer le mouvement qui l’avait rendue possible. Et sans se démonter, les néoféministes ont dit que les excès de la nouvelle révolution étaient le prix à payer pour ses avancées prodigieuses. À entendre ces variations sur le thème « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », j’ai pensé à un article magnifique d’Hannah Arendt : « Eggs speak up » (« Les œufs se rebiffent »).

A voir aussi: Alain Finkielkraut analyse l’affaire Nicolas Hulot

Avant d’être de gauche ou de droite, je suis du parti des œufs car je n’ai pas oublié le xxe siècle. Je n’en déduis pas pour autant que le monde est exclusivement composé d’individus : il y a des classes, des peuples, des nations, des minorités… C’est toujours pour des causes collectives qu’on s’engage, mais ce que je retiens de l’histoire de l’engagement, c’est qu’il faut absolument résister à la tentation d’assigner le Bien à l’une ou l’autre de ces entités. Elles ne sont jamais intégralement innocentes ou vertueuses. Or, le néoféminisme a tendance à idéaliser toutes les femmes et à recueillir leurs plaintes sans aucune vérification, comme si la calomnie et l’esprit de vengeance étaient des spécificités masculines.

Il n’y a de Dieu que Dieu et si Dieu n’existe pas, sa place doit demeurer vide, la remplir par une totalité, quelle qu’elle soit, c’est tomber dans l’idolâtrie, et l’idolâtrie peut faire des ravages. Les néoféministes évoquent irrésistiblement les islamistes, pour qui les hommes musulmans sont tous des frères et les femmes toutes des sœurs. De beaux moments de fraternité interrompent parfois le cours des choses, mais vouloir pérenniser ces moments, c’est exposer les hommes et les femmes à de grands périls. Le « frérisme » et le « sororisme » sont des attentats contre la pluralité humaine.

Commémorer Maurras ? 

« Commémorer n’est pas célébrer, c’est se souvenir ensemble d’un moment ou d’un destin », écrivent Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory. Distinction essentielle : « On commémore la Saint-Barthélemy, on ne la célèbre pas. On commémore l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac, on ne le célèbre pas. On commémore la Grande Guerre, on ne la célèbre pas. (…) Le haut comité aux commémorations nationales a jugé qu’il était de sa mission de rappeler ce que furent les mouvements intellectuels et politiques d’extrême droite sous la IIIe République, et l’influence majeure qu’y eut, bien au-delà de sa famille politique, et le rôle qu’y joua un personnage tel que Charles Maurras, que son nationalisme monarchiste, antisémite, raciste, conduisit, en 1940, à un soutien immédiat au régime du maréchal Pétain et aux pires infamies de celui-ci ». Pour Sébastien Ledoux, qui est aussi historien, c’est la dette des contemporains envers les objets du passé qui inspire l’acte de commémorer : « Si les commémorations officielles des pages sombres de l’Histoire nationale ont pu faire sens collectivement, c’est précisément au nom de l’hommage rendu aux victimes et non en souvenir de ceux qui ont participé au crime, ou soutenu, par adhésion idéologique, les responsables de ces crimes. » Cet argument a une certaine force. Celui de Jeanneney et Ory aussi. Je me sens donc incapable de trancher. Je ne sais pas si Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, a eu tort ou raison de retirer la référence à Maurras dans le livre de commémorations de 2018. Ce que je sais, en revanche, c’est que si nous voulons comprendre quelque chose au passé français, la vie, l’œuvre et l’action de Charles Maurras ne doivent surtout pas tomber dans l’oubli. Son rayonnement a été immense, mais à la différence de Barrès, l’autre grand doctrinaire du nationalisme français, Maurras est insauvable. Tous deux ont été des antidreyfusards passionnés, tous deux défendaient l’armée et l’État contre une justice abstraite qui risquait de les affaiblir. Tous deux considéraient les juifs comme des étrangers. Mais la guerre de 14 a changé Barrès. Apprenant notamment que le grand rabbin de Lyon Abraham Bloch était tombé au champ d’honneur en offrant un crucifix à un soldat catholique mourant, il a intégré les israélites dans Les Familles spirituelles de la France. Rien de tel chez Maurras. Quand Léon Blum accède au pouvoir, il émet le vœu qu’il soit tué d’une balle dans le dos et il le traite de « vieux chameau sémitique ». Après la « divine surprise » de l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain, il applaudit le statut des Juifs d’octobre 1940, « au nom du droit absolu de faire nos conditions aux nomades que nous recevons sous nos toits ». Avec lui, l’antisémitisme accède au rang d’idéologie, c’est-à-dire non plus seulement de préjugé, mais de principe explicatif de l’histoire. « Tout paraît impossible, ou affreusement difficile, sans cette providence de l’antisémitisme. Par elle tout s’arrange, s’aplanit et se simplifie. Si l’on n’était antisémite par volonté patriotique, on le deviendrait par simple sentiment de l’opportunité. » Le Juif symbolise l’antination. Et il n’est pas le seul. La République selon Maurras « livre le patrimoine national à une véritable entreprise de colonisation, le pouvoir réel est passé entre la main de quatre états complices, et tous émanant de l’étranger : les états juif, métèque, maçon et protestant ».

A lire aussi: A Charles Maurras, la patrie pas reconnaissante!

Cette pensée n’a pas survécu aux années noires et elle a emporté dans sa débâcle l’idée même de conservatisme. Quand Mathieu Bock-Côté, par exemple, écrit que notre temps est traversé par une grande peur, celle de devenir étranger chez soi, on lui jette immédiatement Maurras à la figure : « Il s’agit de savoir si nous sommes chez nous en France ou si nous n’y sommes plus ;  si notre sol nous appartient, ou si nous allons perdre avec lui notre fer, notre houille, et notre pain ; si, avec les champs et les mers, les canaux et les fleuves, nous allons aliéner les habitations de nos pères, depuis les monuments où se glorifie la cité, jusqu’aux humbles maisons de nos particuliers. Devant un cas de cette taille, il est ridicule de se demander si la France renonce aux traditions hospitalières d’un grand peuple civilisé. Avant d’hospitaliser, il faut être. » Maurras est aujourd’hui le repoussoir providentiel du progressisme mondialisé, qui ne veut pas voir dans le monde des peuples avec des mœurs et des traditions spécifiques, mais des populations interchangeables. Ainsi, la France se disloque et la nouvelle judéophobie prospère à l’abri de la vigilance antimaurrassienne. Tout compte fait, ce n’est pas le retour de l’idéologie de l’Action française qui est à craindre c’est, commémoration ou pas, la mise en accusation pour maurrassisme d’une stupeur et d’une douleur qui ne méritent pas cette indignité.

Agriculture: la poule, le président et les dindons de la farce

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Emmanuel Macron et sa poule au Salon de l'agriculture, 24 février 2018. ©THIBAULT CAMUS / POOL / AFP

Pendant qu’Emmanuel Macron joue au fermier, les agriculteurs, eux, se meurent.


En pleine période d’élections législatives italiennes, une vidéo intitulée « des poules à l’Elysée » est publiée sur le compte twitter de l’Elysée.

Notre président serait-il en train de se berlusconiser ? Non. Brigitte veille au grain. Un éleveur avait offert une poule au président lors de son passage au Salon de l’agriculture. Chose promise, chose due, l’éleveur est venu avec non pas une, mais deux poules. Il était temps, car le un acheté un offert, c’est bientôt fini ! Les deux nouvelles pensionnaires de l’Elysée se prénomment (car les galinacées ont un nom) Agathe et Marianne, et ont été accueillies par Emmanuel Macron en personne, accompagné de son chien.

Pendant ce temps-là, l’agriculture dépérit 

Avec un tel orfèvre en matière de communication, il est donc légitime de s’interroger sur le pourquoi d’une telle mise en scène. Un premier élément de réponse est apporté lorsque le président, voyant l’une des poules ouvrir un peu trop son bec, demande à l’éleveur la technique pour l’endormir. Un procédé qui pourrait s’avérer bien utile pour calmer les agriculteurs (prochains dindons de la farce) dénonçant les accords de libre-échange et en particulier celui entre l’UE et les quatre pays du Mercosur, en cours de négociation.

Agathe et Marianne ne se doutent donc pas, sous les ors du poulailler présidentiel, que leurs congénères sud-américaines menacent de bientôt déferler en France. Ces lointaines voisines, nourries à base de farines animales et élevées dans des conditions sanitaires déplorables, seront vendues à un prix plus bas. Interbev bovins, l’interprofession de la filière, a estimé qu’il « entre actuellement 250 000 tonnes de viande d’Amérique du Sud par an en Europe. Les négociations avec le Mercosur pourraient y ajouter 100 000 tonnes ». Comment absorber un tel afflux, à un moment où le sort de la filière de la viande bovine n’est guère enviable ?

La mort est dans le pré

Les producteurs de lait, subissant depuis de nombreuses années un prix payé par les centrales d’achats nettement inférieur au coût de production, abandonnent leur métier et vendent leurs vaches, ce qui fait baisser les cours. Cette concurrence déloyale ne manquera donc pas de causer de nombreuses faillites d’exploitations et une baisse de revenus des éleveurs. Une situation extrême qui risque malheureusement de conduire au désespoir, voire au suicide. Un agriculteur se suicide tous les deux jours. La mort est dans le pré. Mais notre président semble plus enclin à faire le coq qu’à prendre réellement le taureau par les cornes.

Alors, pour ceux qui se demanderaient jusque-là comment se portent les deux volatiles, qu’ils soient rassurés. Le chef cuisinier de l’Elysée s’est empressé de poser, tout sourire, avec le premier œuf pondu. Il en réclamait même d’autres, afin de faire une omelette.

Aussi, prenez garde mes poulettes. Avec Emmanuel Macron, l’agriculture est faite avant tout pour produire ! N’oubliez pas que le cordon bleu est le péché mignon du chef de l’Etat qui, pour cette fois, a réussi l’exploit de repartir du Salon de l’agriculture avec deux poules, plutôt que des œufs.

Le livre noir de l'agriculture

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Enquête: des associations antirépublicaines subventionnées par l’Etat

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"Marche de la dignité contre le racisme et les violences policières", Paris, octobre 2015. La convergence des luttes dans la rue.

Aux quatre coins de l’Hexagone, des islamistes militants propagent leur idéologie dans des associations aux missions a priori louables (sport, culture, soutien scolaire) avec la fréquente complicité des collectivités locales. Enquête.


« Comme la fonction d’adjoint au maire en charge du logement, celle de délégué à la vie associative est un poste déterminant dans les villes. Les risques de clientélisme se révèlent particulièrement élevés. » Marie-Laure Brossier en sait quelque chose. Cette élue (LREM) de l’opposition à Bagnolet observe depuis plusieurs années les dérives sur le terrain. Et en banlieue parisienne, elles ne manquent pas. « Ces mouvements viennent s’installer où les territoires sont accueillants car ils ne s’y heurtent à aucune résistance, au contraire, ils sont souvent accueillis officiellement par les élus », ajoute-t-elle. Elle vise en l’occurrence deux collectifs tous deux dirigés par Fatima Ouassak. Cette plume des Indigènes de la République, « politologue », a fondé Ensemble pour les enfants de Bagnolet (EEB) puis le Front de mères, association bien plus politisée que sa cadette. Les combats d’EEB tournent autour des dangers des écrans pour les plus jeunes ainsi que de la mise en place de menus « sans viande » dans les cantines scolaires. À ceux qui seraient tentés de voir l’enjeu du hallal dans cette bataille pour des menus végétariens, l’association oppose un discours bien plus universaliste centré sur la santé publique.

Contre la France « raciste »

Il faut cependant préciser que l’école inquiète beaucoup Fatima Ouassak et les membres de Front de mères qui pensent que le système scolaire français est par nature raciste. Dans une tribune publiée il y a un an pour le lancement de l’organisation, la militante apostrophait les « parents noirs, arabes et musulmans, habitant les quartiers populaires » : « Êtes-vous sereins quand vous confiez vos enfants à l’école le matin ? » On pouvait lire que l’école apprend aux enfants « à avoir honte de ce qu’ils sont », « à ne pas respecter les valeurs que nous essayons de leur transmettre » sans oublier de leur inculquer « la hiérarchisation raciale ». La chanson bien connue des Indigènes de la République…

A lire aussi: Enquête: des indigènes sous perfusion de l’Etat

« Une association anodine consacrée aux écrans et à la malbouffe comme EEB a en réalité pour objectif de recruter des militants que l’on pourra diriger vers le collectif politique, Front de mères, afin de pouvoir ensuite peser aux prochaines élections municipales », explique Marie-Laure Brossier. Celle-ci a signalé aux élus de Bagnolet les prises de position de Fatima Ouassak et celles de Youcef Brakni, militant indigéniste, porte-parole de la famille Traoré, qui affirme tranquillement que la police, en France, « tue des Noirs et des Arabes dans les quartiers populaires ». Pas de quoi émouvoir la majorité à Bagnolet.

Associations de déscolarisation

Véritables paravents, certaines associations peuvent même abriter en leur sein des écoles coraniques clandestines. En 2016, l’association Tous ensemble, à Évry (Essonne), qui prétendait proposer du « soutien scolaire, l’apprentissage des langues, l’alphabétisation pour étrangers » a été fermée sur ordre de la mairie et de la préfecture. L’association était en réalité une école coranique clandestine et prodiguait des cours de Coran et de sciences religieuses à des enfants âgés de trois à six ans. À en croire certains élus locaux, ce type d’enseignement est en forte recrudescence. « Pour éviter tout problème avec les autorités, des parents scolarisent leurs enfants à domicile via le CNED, observe un maire sous couvert d’anonymat. Mais les enfants ne suivent pas les cours par correspondance. Les parents les emmènent dans des centres communautaires, voire des écoles coraniques clandestines. » Alors que le pays compte plus d’un million d’associations, le nombre d’enfants instruits à domicile a doublé entre 2008 et 2015, passant de 13 500 à près de 25 000. Difficile dans ces conditions d’assurer un contrôle rigoureux… Pour le centenaire de la loi de 1901, un rapport du Conseil d’État publié en 1999 pointait du doigt « les dérives ou abus de certaines associations », tout en souhaitant éviter de modifier la loi. Près de 20 ans plus tard, des associations fabriquent sur notre sol des petits musulmans plus à l’aise à la Mecque qu’en France.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: quand la France finance sa contre-société

Certains maires, soucieux de limiter les esclandres, préfèrent jouer la discrétion et évitent d’accorder des subventions aux organisations sulfureuses. L’aide se transforme alors en prêt de locaux municipaux ou en soutien ponctuel à l’association lors de manifestations. Pour l’organisation de sa conférence en février dernier, « La viande, la fin d’un mythe », Fatima Ouassak a bénéficié d’une salle de la ville de Bagnolet. Étaient présents à la conférence le maire de Fontenay-sous-Bois, qui a déclaré souhaiter « une cuisine inclusive », des anciens élus de la majorité communiste, des élus insoumis, un militant d’Act Up, l’élu (FG) de Saint-Denis Madjid Messaoudene, qui trouve islamophobe l’interdiction de la burka : c’était en somme l’intersectionnalité des luttes incarnée.

Sous couvert de missions d’intérêt général, des associations véhiculent une idéologie contraire aux valeurs républicaines

Du reste, quand ce ne sont pas les associations qui propagent la bonne parole et les revendications islamo-gauchistes, les élus s’en chargent directement. Alors qu’il avait pris ses fonctions depuis peu, Merouan Hakem, adjoint au maire de Bagnolet en charge de la vie associative, s’est rapproché de la seule association féministe, à l’époque, Femmes solidaires. Michelle Barte, présidente de l’association, se souvient de la conversation : « Il a évoqué l’idée de mettre en place des horaires de piscine réservés aux femmes. Évoquant les complexes qu’elles pouvaient avoir, il expliquait qu’il pouvait être difficile de se mettre en maillot de bain devant des hommes. » Un discours contraire aux principes de cette militante féministe, ancienne communiste. L’affaire remonte jusqu’au conseil municipal. Interrogé sur son projet, Merouan Hakem rétorque qu’il s’agissait… d’une plaisanterie. Contacté, le maire de Bagnolet n’a pas donné suite à nos sollicitations. Quant à Merouam Hakem, il nous a assuré au téléphone qu’il avait « beaucoup de choses à dire sur le clientélisme », avant de raccrocher et d’oublier de nous rappeler.

La problématique n’est pas propre à la banlieue parisienne. Ailleurs sur le territoire français, des associations propagent sous couvert de missions d’intérêt général une idéologie contraire aux valeurs républicaines. Même la ville de Robert Ménard n’y échappe pas. À Béziers, Mehdi Roland, musulman converti de 39 ans qui se présente comme un « communicant », s’est lancé dans un bras de fer avec la municipalité. Membre de plusieurs associations, il est devenu une figure emblématique du militantisme islamique biterrois, notamment dans les deux zones prioritaires de la politique de la ville que sont le centre et le quartier de la Devèze. C’est dans ce quartier difficile que se situe son association culturelle Esprit libre depuis une dizaine d’années. Objectif affiché : « L’épanouissement intellectuel, interculturel et la cohésion entre les habitants de la ville de Béziers. » Dans les faits, l’association promeut le boycott des produits israéliens, compare les musulmans biterrois aux juifs des années 1930, met en place des soupes populaires hallal, et fait chanter de jeunes enfants, garçons en qamis et fillettes voilées, lors de la fête du quartier.

Buste de Marianne décapitée

Sur les réseaux sociaux, Mehdi Roland, qui arbore aussi la casquette de porte-parole local du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), n’avance pas masqué. En 2013, il publiait la photo d’un buste de Marianne décapitée. À la place de la tête, un Coran. Il a, depuis, effacé le post. Pas de quoi lui fermer les portes des réceptions officielles… Le 4 septembre 2016, lors de la cérémonie pour l’anniversaire de la IIIe République, Mehdi Roland est convié au discours du sous-préfet. Le maire de Béziers, Robert Ménard, également présent, s’en offusque et quitte le lieu.

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À Lunel aussi, la mairie a décidé de réagir. Dans cette ville surnommée un temps « Djihad City » pour sa vingtaine de jeunes partis rejoindre les rangs de Daech, le club de football était devenu une association sportive islamique. Prières dans les vestiaires, équipe féminine entraînée par une femme voilée… L’US Lunel était appelé « l’US Barbus ». « Ça partait dans tous les sens, la ville en pâtissait », commente Philippe Moissonnier, élu socialiste. L’année dernière, le conseil municipal décide de sévir. Un règlement est adopté à l’unanimité ; les pratiques religieuses sont désormais interdites au sein du club.

C’est ainsi que certaines municipalités font le choix d’accommodements peu raisonnables qui leur permettent de nouer se constituer dans le tissu associatif de la ville des liens une réserve de voix susceptible de faire la différence lors des élections. Ainsi l’islamisme progresse-t-il tranquillement grâce au clientélisme ordinaire.

Une France soumise - Les voix du refus

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« La Forme de l’eau » : le nanar qui a eu l’Oscar

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"La Forme de l'eau" de Guillermo del Toro a obtenu 4 Oscars, dont celui du meilleur film. Mars 2018. SIPA. SIPAUSA31453401_000007
Attention, certains éléments de l’intrigue apparaissent dans cet article.

Vous rappelez-vous Ed Wood (1924-1978), l’inénarrable réalisateur de Plan 9 from Outer Space (1959), un nanar drolatique qui traîne la réputation d’être le pire film jamais produit — mais aujourd’hui culte, justement à ce titre ? Vampira (Maila Nurmi, 1922-2008) y jouait — et Bela Lugosi pendant une courte scène.

Mythique. Si mythique qu’en 1994, Tim Burton, fasciné par la poésie qui se dégage de ces navets si sincères dans leurs trucages apparents et leurs scenarii impossibles, réalisa en noir et blanc un très beau film à la gloire de Wood, où Johnny Depp interprète avec conviction le rôle du « plus mauvais metteur en scène de l’histoire du cinéma » (dixerunt les critiques Michael et Harry Medved dans leur livre The Golden Turkey awards, 1980).

Les films à message, c’est de l’eau

Eh bien, la Forme de l’eau, qui vient de recevoir les Oscars du Meilleur film et du Meilleur réalisateur (sans rire — et en face il y avait ce pur chef d’œuvre qu’est Three Billboards) après avoir été Lion d’or à Venise, est un navet bien pire que les pires productions d’Ed Wood. Parce qu’au lieu de se contenter de raconter une histoire, aussi farfelue fût-elle, il prétend faire penser. Ah mon dieu, préservez-moi des films à message.

A lire aussi: Aller voir « La Forme de l’eau » et prendre un bain de bons sentiments

Ce film est un exemple-type de l’inclusion rider, cet addendum que les plus crétins des acteurs et actrices (y compris Frances McDormand, qui a profité de son Oscar de meilleure actrice, dimanche dernier, pour s’en faire le promoteur) voudraient faire ajouter à tous les contrats désormais : une expression inventée en 2016 par deux femmes, une spécialiste de communication, Stacy Smith, et une avocate des droits civiques, Kalpana Kotagal. Il s’agit d’une clause visant à établir une juste représentation des femmes et des minorités dans les films.

Monstres & cie

The Shape of Water (son titre original) est splendidement dans les clous du politiquement correct. L’héroïne est muette (clause « handicapés »), sa copine est noire (clause « minorités visibles ») et obèse (clause « je suis bien dans mon corps de Big Beautiful Woman »), son copain est probablement homosexuel (clause « transgenre »), l’objet de leur affection est un migrant (clause « vivre ensemble »), et les méchants sont non seulement tous des hommes (clause « finissons-en avec l’oppression masculine ») mais de surcroît des WASP exemplaires (clause « vive la diversité ») et militaires par dessus le marché (clauses « objection de conscience » et « fraternité mondialisée »).

Le migrant, parlons-en. Il sort tout droit de…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Givenchy, souvenir de l’élégance

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Hubert de Givenchy peaufine la robe d'Audrey Hepburn en 1958 à Paris. ©Leemage / AFP

Hubert de Givenchy, l’un des grands couturiers de l’âge d’or de la mode française, est décédé ce samedi. Une dernière leçon de style pour une époque qui n’en a plus. 


L’actualité de ces dernières heures a quelque chose de terrifiant et d’abyssal. Des informations se percutent et nous plongent dans un abîme de perplexité. Notre société de la transparence et de l’affaissement culturel atteint des sommets indicibles. Des crêtes d’ignorance.

Les mots nous manquent parfois pour décrire notre état d’hébétude face à cette machine qui engloutit tout sur son passage. Elle anéantira la moindre parcelle de beauté et de poésie. Elle finira par salir nos âmes endolories. Elle ne s’arrêtera donc jamais comme si la vulgarité avait envahi tout l’espace. Nous asphyxions de tant de veulerie esthétique et d’approximations artistiques. L’harmonie, l’allure, l’élégance, le bon goût seraient-ils devenus des insultes dans un monde hystérique qui avance par mode, par faiblesse et par cupidité ?

Givenchy, entre deux flots

Nos yeux fatigués par les écrans publicitaires ont oublié le sens des proportions, ce style classique qui exprimait sa quintessence sans jouer les apprentis architectes du corps. Le froissé d’un tissu, le respect des matières, la symphonie des couleurs, quand l’œil n’était pas agressé, gangréné par la facilité et la bêtise. Quand les designers et autres sorciers de la fripe ne voulaient pas tout révolutionner, tout renverser dans l’espoir de heurter le bourgeois, plus souvent par conformisme intellectuel que par provocation.

Ce week-end, les réseaux sociaux relayaient l’étrange initiative du Palais de Tokyo de proposer prochainement une visite réservée aux naturistes. Lorsqu’une annonce comme celle-ci tombe sur votre ordinateur, vous êtes saisi d’un malaise, d’un rire nerveux et d’un profond sentiment de lassitude, voire des trois sensations à la fois. Et cet après-midi, nous venons d’apprendre la disparition du couturier Hubert de Givenchy à l’âge de 91 ans. Deux infos aux antipodes qui seront bientôt noyées par le flot, le flux, la crue des médias, ces sprinters de l’éphémère.

Un prince des années 1950

Qu’aurait pensé le disciple de Balenciaga, l’aristo beauvaisien à la crinière argentée, le propriétaire du manoir du Jonchet, ce gentleman de l’âge d’or d’Hollywood ? Nous ne préférons pas le savoir. Laissons ce seigneur reposer en paix. Evitons-lui ces attaques incessantes dont la laideur est le seul moteur. Cet homme-là avait connu une autre époque où le smoking n’était pas une tenue de pingouin, où les robes de soirée scintillaient sur les marches de l’Opéra de Paris ou à l’entrée du Carnegie Hall et où les actrices ne singeaient pas démagogiquement la ménagère par petites combines mercantiles.

Ce prince des années 1950 habillait les femmes du gotha avec suavité et rigueur, sans jamais brusquer leur silhouette, en ayant toujours l’audace du détail qui charme, qui émeut aussi.

Avec Givenchy, les trente glorieuses gardaient la tête haute et aussi une certaine féérie « Grand Siècle ». Cet immense couturier ne se fourvoyait pas dans une maison en fusion prompte à se donner au premier maquignon. Ses supportrices s’appelaient Greta, Marlène, Lauren ou Grace. En ce temps-là, il existait une variété infinie de tenues pour le bal, le cocktail, le grand soir, etc. On faisait l’effort de se vêtir pour sortir. Cette vieille politesse française, bienséance désuète et splendide, était probablement le meilleur témoignage de notre humanité triomphante.

L’éternel témoin de nos relâchements 

Avec Givenchy, notre contrat social ne se fissurait pas sur l’autel du crasseux et du spectaculaire. Femmes du monde et femmes du peuple regardaient ces tenues de rêve avec la même envie. Ce grand couturier ne faisait pas dans le divertissement et le grotesque. Ses créations intimistes et brillantes ne juraient pas. Il avait trop de respect pour son métier et pour ses fidèles clientes que de se risquer dans la confection de vêtements hasardeux et blessants.

Alors cet après-midi, pour apprécier le talent de ce créateur, il suffit de regarder quelques images de lui sur le net. Ce n’est pas la peine d’être un spécialiste de l’organdi ou de la soie sauvage pour s’émerveiller d’une classe naturelle. Givenchy était un maître. Il faut le voir se promener sur les quais de Seine avec son amie Audrey Hepburn, on se dit que notre société a vrillé à un moment. On est ébloui par ce tableau hors du temps. Ils sont uniques, lui en costume, elle en trench-coat, ils évoquent une parenthèse enchantée.

HUBERT DE GIVENCHY

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Jeanne d’Arc: ma fille, elle, n’aurait pas pu

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La jeune femme qui incarne Jeanne d'Arc salue le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, lors des fêtes johanniques 2016 à Orléans. SIPA. 00754845_000003

Victime de tweets racistes, la Franco-Béninoise Mathilde Edey Gamassou a toute légitimité à incarner Jeanne d’Arc, la pucelle d’Orléans, durant les fêtes johanniques. Un rôle qui reste évidemment inaccessible aux juifs et aux protestants. Ils sont partout, ces catholiques !


On s’est ému – à juste titre – du tombereau d’insultes racistes déversées sur les réseaux sociaux contre Mathilde Edey Gamassou, désignée pour incarner Jeanne d’Arc lors des traditionnelles fêtes johanniques du 8 mai à Orléans. Cette jeune fille, une Franco-Béninoise âgée de 17 ans, a été choisie par le comité d’organisation des festivités parmi 13 candidates pour conduire, à cheval et revêtue d’une armure, le défilé qui traverse la ville. Le comité a estimé que la jeune métisse répondait, mieux que ses concurrentes, aux critères fixés depuis 1855 pour incarner cette figure héroïque de notre récit national : la jeune fille doit habiter depuis dix ans à Orléans, fréquenter un établissement scolaire de la ville, être baptisée, catholique pratiquante, donner de son temps bénévolement pour les autres et être de bonne moralité.

Front commun contre le racisme…

Le maire d’Orléans, Olivier Carré (LR) la défend vigoureusement : « Cette jeune fille a été choisie parce qu’elle avait le meilleur dossier. Elle a fait un oral, elle a été choisie par des institutions, par le clergé, par des militaires et par la ville. On veut quelqu’un qui est là pour incarner des valeurs, pas pour figurer un mimétisme de Jeanne d’Arc, et ces valeurs elle les incarne parfaitement. C’est la raison pour laquelle unanimement ce choix s’est fait », a assuré le maire de la ville. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes monte au créneau et saisit la Dilcrah, l’institution d’État en charge de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’homophobie pour que les auteurs de tweets haineux soient poursuivis et châtiés. La réprobation est unanime, rassemblant ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, comme notre ami Laurent Bouvet, porte-étendard de la laïcité intransigeante du Printemps républicain. Pour laver l’affront, le père de Mathilde demande à Emmanuel Macron de venir en personne présider les fêtes le 8 mai prochain.

…mais pas contre les critères

Cependant, on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine gêne à la lecture des critères de sélection de l’héroïne annuelle d’une fête qui rassemble une ville entière dans la commémoration d’un passé glorieux. Les hasards de la vie m’ont amené à passer deux décennies de ma vie à Orléans et dans ses alentours. C’est dans cette ville que naquit ma fille, qui aurait pu souhaiter « faire la Jeanne » l’année de ses 16 ans. Si cela avait été le cas, j’aurais dû lui expliquer que cela était impossible, car elle cochait toutes les cases d’aptitude, sauf une, qu’il est inutile de préciser plus avant. Même les relations très cordiales que j’entretenais alors avec l’évêque d’Orléans, Aron Jean-Marie Lustiger, n’auraient pu lever cet obstacle rédhibitoire. Pour la consoler, j’aurais pu, alors, lui raconter que sa petite camarade de jeu Sophie, née la même année qu’elle à quelques jours d’intervalle, était dans le même cas. Pourtant, c’était la petite-fille de Jean Zay, député d’Orléans, ministre de l’Éducation de 1936 à 1939, assassiné en 1944 par la milice de Darnand et entré au Panthéon en 2016. Jean Zay, issu d’une famille juive par son père, avait adopté la religion de sa mère, une institutrice protestante…

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Cet ostracisme aurait été d’autant plus injuste que le christianisme de la Pucelle était celui d’une époque antérieure au schisme intervenu entre les Papistes et les Réformés disciples de Luther et de Calvin. On devrait reparler de cette histoire lorsque se posera le problème de la candidature d’une transsexuelle orléanaise fréquentant la messe tous les dimanches, bénévole au Secours catholique et cavalière émérite.

Alain Finkielkraut: Mennel ou la nouvelle France

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Mennel Ibtissem lors de son passage dans l'émission "The Voice" sur TF1.

Mennel Ibtissem est une Française de notre temps: adepte des réseaux sociaux, de la théorie du complot et de la diabolisation d’Israël. Mais fallait-il la contraindre à quitter « The Voice » au risque de la jeter définitivement dans les bras des islamistes ?


Mennel Ibtissem, une chanteuse enturbannée dont la voix avait fait sensation lors d’un concours de télé-crochet, a dû abandonner en cours de route, après la découverte sur son compte Twitter de deux messages postés, l’un, après l’attentat de Nice, l’autre, après l’égorgement du père Hamel dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Le premier disait : « C’est bon, c’est devenu une routine : un attentat par semaine, et toujours, pour rester fidèle, le “terroriste” prend avec lui ses papiers d’identité. C’est vrai, quand on prépare un sale coup, on n’oublie pas de prendre ses papiers. » Et sur le second message, on lisait ces simples mots : « Les vrais terroristes, c’est notre gouvernement. » L’interprète d’Hallelujah, de Leonard Cohen, chante aussi ces beaux vers : « Ô Allah, sauve les Musulmans de Gaza ! Sois leur soutien et leur allié. Ô Allah, toi qui as fait descendre le livre saint, qui déplace les nuages, destructeur des armées, détruis-les et ébranle les oppresseurs des innocents ! Gloire et louange à toi ! »

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« Comme par hasard, ils ont laissé chanter un juif et éliminé une musulmane. »

Mennel a 22 ans, ce n’est donc pas une « môme », comme je l’entends dire aujourd’hui. Elle n’échappe pas à l’imputabilité. Elle doit pouvoir répondre de ses paroles et de ses actes. Mais fallait-il la contraindre à quitter « The Voice », au risque de la jeter définitivement dans les bras des islamistes ? Ou fallait-il au contraire lui laisser une chance d’intégration par le succès, au nom du droit à l’erreur ? Personnellement, je pencherais plutôt pour la deuxième option et je ne me serais pas arrêté à cette affaire si Saïd Benmouffok, professeur de philosophie au lycée Condorcet de Limay, n’avait publié sur le site de Libération une tribune intitulée « Mennel, une Française ordinaire » et s’il n’avait expliqué à la télévision ce qu’il entendait par là : « Mennel est très ressemblante à de nombreux élèves que je peux avoir en terminale, et même dans le supérieur. En assistant à ce lynchage, j’ai trouvé ça insupportable. Ce qu’elle a dit, c’est ce à quoi on a assisté dans les salles de classe après les attentats de 2015 et 2016. Elle n’a fait que traduire la bêtise de l’air du temps, elle est à l’image de ce que sont les enfants de sa génération. Que ce soit inacceptable, c’est une chose, ça ne justifie en rien le lynchage qu’elle a subi. » En guise d’alternative à ce traitement féroce, le professeur de philosophie préconise la déconstruction des thèses complotistes et des stéréotypes antisémites. Mais il reconnaît son échec en constatant que ses élèves et tant d’autres dans les lycées français opposent le sort malheureux de Mennel à celui du candidat juif de « The Voice » qui continue tranquillement son aventure« Comme par hasard, ils ont laissé chanter un juif et éliminé une musulmane. »

Faire taire Zemmour et laisser chanter Mennel ?

Cet aveu démoralisant ne perturbe pas les journalistes qui protestent contre la disqualification de Mennel. Ces partisans de la transparence et de l’investigation tous azimuts, ces professionnels patentés du fouillage de merde s’indignent qu’on soit allé enquêter sur elle et qu’on ait réussi à exhumer des tweets compromettants. Ces apôtres de la tolérance auraient voulu qu’elle pût aller sans encombre jusqu’à la fin d’un concours qu’elle avait toutes les chances de gagner, et qu’Éric Zemmour, lui, fût enfin frappé d’interdiction. Si ce pays se portait bien, elle connaîtrait un destin de star, tandis qu’il serait réduit au silence. Mennel, c’est la France qui se cherche ; avec ce qu’Edwy Plenel a appelé « ses saloperies fascistes », Zemmour c’est la véritable anti-France. « The Voice » pour elle, le bâillon pour lui : ce souhait explicitement formulé m’effraie et me scandalise, alors même que le récent éditorial de Zemmour sur Charles Maurras m’a mis littéralement hors de moi. Je comprends qu’on se refuse à évacuer Maurras de la mémoire nationale. Zemmour cependant va beaucoup plus loin : il affirme que le temps est venu de réconcilier les mémoires de la Seconde Guerre mondiale, et il dit qu’en soutenant Pétain, Maurras a refusé de choisir entre les gaullistes pro-anglais et les collabos pro-allemands. Sans doute voulait-il souligner le caractère singulier de la position prise par le chantre de « la France seule ». Mais le propos est pour le moins maladroit. Quant à réconcilier les mémoires de la Résistance et de la Collaboration, je répondrai avec les mots des adolescents d’aujourd’hui : même pas en rêve ! L’épisode Pétain-Laval est une tache ineffaçable de notre histoire. Zemmour aurait dû lire et méditer ces phrases du général de Gaulle dans les Mémoires de guerre « Et puis l’épreuve, si elle fut marquée pour nous, Français, par une gloire tirée du plus profond de l’abîme, n’en a pas moins comporté d’abord des défaillances désastreuses. Avec la satisfaction causée par le dénouement, elle laisse – c’est pour toujours ! – une douleur sourde au fond de la conscience nationale. »

Leur rêve est notre cauchemar

Tout à sa condamnation des excès pénitentiels de la France d’aujourd’hui, Éric Zemmour n’entend plus la voix du général de Gaulle. Il n’y a pas de défauts dans sa cuirasse, il n’y a pas de place pour la douleur sourde dans sa vision de la France et du monde. C’est sa grande faille que de n’avoir pas de faille. Il ne mérite pas pour autant d’être excommunié. Ses censeurs, en outre, ne veulent pas s’arrêter là. Ils dénoncent avec la même hargne les républicains laïques qui peuplent le Conseil des sages nommé par Jean-Michel Blanquer. Ces indignés sont en train d’annexer les lanceurs d’alerte à ce qu’ils appellent la « fachosphère ». Ils militent pour une France métissée, c’est-à-dire « mennelisée », et rien ni personne ne doit entraver ou retarder son avènement. Leur rêve est notre cauchemar, et honte à nous si nous persistons à trembler. Les anti-lyncheurs ont décidé d’avoir notre peau, à nous, les laïcards.

L'identité malheureuse

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Eric Zemmour : itinéraire d'un insoumis

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«Le discours du Pape François sur l’immigration est très équilibré»

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pape francois huguenin
Le Pape François entouré de migrants, Bologne, janvier 2017. Sipa. Numéro de reportage : AP22133502_000002.

Dans Le Pari chrétien (Editions Tallandier, 2018), l’historien des idées François Huguenin s’interroge sur les conditions nouvelles dans lesquelles les chrétiens affrontent leurs responsabilités politiques. Comment être une minorité créatrice, influente, dans un monde qui a cessé d’être chrétien ? La réponse tient dans ce paradoxe : c’est dans leur distance à l’égard du pouvoir que se trouve leur véritable puissance politique. Entretien.


Philippe de Saint-Germain. Dès l’origine, le christianisme s’est pensé comme une religion « dans le monde mais non pas du monde ». Comment ce monde en France a-t-il cessé d’être chrétien ?

François Huguenin. C’est une longue histoire, à l’évolution complexe, et qui remonte au moins au XVIIe siècle. Ce qui est entièrement nouveau, c’est que la déchristianisation va de pair aujourd’hui avec la perte des valeurs communes. Non seulement la société n’est plus chrétienne, mais la morale — qui n’est pas religieuse en elle-même — n’est plus universelle au sens où elle constitue plus un point de rencontre entre chrétiens et non-chrétiens. Pendant des générations, la pratique religieuse a diminué, mais la conscience collective restait de « marque » chrétienne, pour reprendre l’expression de Pierre Manent. De nos jours, les chrétiens pratiquants ne représentent guère plus de 4 à 5% de la population, et la majorité des Français qui persistent à se dire catholiques ne vit plus comme dans une société moralement ou culturellement chrétienne.

En quoi cette situation modifie le rapport que les chrétiens peuvent avoir avec la politique ?

Je pense que cela rend obsolète les postures de domination qui ont longtemps formaté les chrétiens, et plus profondément leur relation au pouvoir. Pourtant, les réflexes demeurent : à droite, la tendance est de confondre christianisme et chrétienté, autrement dit d’attribuer à l’autorité le pouvoir de « faire la norme » ; à gauche, la tentation est de rejoindre le monde en diluant son message au prétexte de rejoindre ses préoccupations. Dans les deux cas, nous restons dans une logique de pouvoir. Or même si le christianisme s’est développé dans le cadre d’une société chrétienne, son existence n’est pas liée à cet état des mœurs ni conditionnée par une forme de pouvoir politique où il tiendrait plus ou moins le manche. Les chrétiens ont d’abord besoin d’une société qui garantisse la liberté religieuse : Vatican II l’a dit clairement, mais les premiers chrétiens le disaient aussi entre le IIe et le IVe siècle !

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Après tout, les zélotes  qui confondent leur foi avec leurs engagements politiques ont toujours existé.

Oui, mais nous avons une autre forme de dérive aujourd’hui qui constitue, même dans l’apparente résistance à l’esprit du temps, une compromission avec l’individualisme contemporain : je veux parler de la tentation du repli, qu’il soit individuel ou communautaire. Nous retrouvons cette tentation aussi bien chez les chrétiens de droite que de gauche. Considérer que son devoir politique consiste à défendre les intérêts ou les « valeurs » de sa communauté n’est ni plus ni moins qu’une réduction du message chrétien qui porte en lui une visée universelle (comme le dit étymologiquement le mot « catholique »). C’est exactement la même chose si l’on refuse de s’engager publiquement en tant que chrétien au prétexte que sa foi relève de la sphère privée. Brandir ses convictions comme celles d’un parti, ou les taire au prétexte qu’il s’agit d’une option purement personnelle, sont deux faces du même écueil : communautarisme et individualisme. Cela relève au fond d’une manière d’absolutiser un intérêt qui, d’une manière ou d’une autre, demeure particulier. Or cette absolutisation, même si elle s’inscrit dans une logique de fonctionnement très contemporaine, c’est ce que la Bible appelle l’idolâtrie (de l’argent, du pouvoir…).

Quel est donc le sens de l’engagement politique chrétien, s’il ne peut être ni communautaire, ni dominateur, ni subjectif ?

Benoît XVI, à qui je rends un hommage particulier dans mon livre, l’a très bien exposé à travers ses nombreuses communications à caractère politique, que ce soit comme théologien ou comme pape, par exemple lors de son discours à Westminster en 2010. La mission politique de l’Église, et des laïcs chrétiens dans leur responsabilité propre, n’est pas d’imposer une norme, mais d’éclairer le débat en aidant le politique à demeurer dans le champ de la raison. Autrement dit, à ne pas céder aux illusions de l’idéologie, de la technique ou aux manipulations en tout genre, comme celle des majorités de circonstance.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Tout d’abord, accepter les conséquences de la situation présente : la déchristianisation de la société, sa sécularisation, et le caractère minoritaire des catholiques. Les chrétiens sont encore trop dans le déni. Ils doivent faire le deuil de leur position dominante. Le concile Vatican II avait anticipé cette situation, mais la révolution intérieure que cela suppose n’est pas encore complètement assumée. Ensuite, considérer que la priorité est de manifester les principes qui rendent possibles l’exercice d’une politique authentiquement sociale et libre, dans une société individualiste et matérialiste. Dans un monde dominé par le relativisme, on ne peut pas faire l’économie d’un retour à la notion de bien, selon les lois de la grande politique classique. Enfin, pratiquement, cela ne passe pas des grands discours, mais par le témoignage, des actions concrètes de proximité, l’exercice « des pouvoirs » dans la vie de la société civile, plutôt que la recherche « du pouvoir » et de ses mythes.

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Plusieurs visions de la laïcité s’affrontent, sans doute en raison des questions posées par la montée de l’islam, mais dont les chrétiens risquent de faire les frais.

Si la laïcité n’a plus de représentation du bien, elle tourne en rond. Aucune société ne peut vivre sans référence à l’idée même de quelque chose qui lui est extérieur et lui permet de réfléchir sur elle-même. La laïcité a donc besoin, pour ne pas devenir une coquille vide, de chrétiens qui s’engagent en tant que chrétiens. C’est l’essence de notre société qui est en jeu, non pas pour qu’elle redevienne chrétienne (même si un chrétien est tenu à témoigner de sa foi), mais pour exister en tant que société qui continue à s’interroger sur la conception de l’homme et de la vie qu’elle veut promouvoir. Si la démocratie ne s’appuie pas sur un socle éthique, sur une conception du bien qui puisse être largement partagée, elle sera absorbée par les procédures de gouvernance et finira par faire le lit de l’islamisme qui, lui, taille sa route sans états d’âme.

Pourquoi cette obstination de l’Eglise catholique à porter une parole politique si son message est « hors du monde » ?

La grande force politique de l’Église tient au fait qu’elle ne cherche pas le pouvoir, comme le Christ n’a pas voulu établir son royaume sur terre. D’où sa grande liberté pour parler sans complexe à tous les hommes de bonne volonté. Sa parole a vocation à éclairer la décision politique. Que ce message et ses implications pratiques sur les questions qui fâchent comme le respect de la vie, la dignité de la personne au travail ou l’accueil de l’étranger dérange, c’est une évidence, mais c’est d’abord la cohérence d’une vision de l’homme qui répond à des situations très concrètes, aussi bien individuelles que collectives. « Tout est lié » ne cesse d’expliquer le pape François.

N’y-a-t-il pas une grande méprise sur le message social de l’Église, compris à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Église comme un programme politique ?

La mission de l’Église et des chrétiens dans le monde consiste à éclairer les consciences et à servir le bien commun dans la seule perspective de dire et de faire le bien. De fait, le monde médiatique qui est aussi le reflet de la société, interprète ce que dit l’Église sur les questions sociales comme des consignes politiques, comme si l’Église prétendait avoir autorité directe sur les gouvernements. Elle ne le revendique plus depuis longtemps ! Elle rappelle librement des principes universels dont l’application doit garantir à la fois que les États ne versent dans l’arbitraire et le cynisme utilitariste et que les plus faibles soient protégés. C’est à la lumière de ces principes que les États et la société civile dans chaque pays doivent prendre leurs responsabilités, et doser leurs décisions dans leur contexte propre et selon leurs possibilités réelles.

Pourquoi le message donne-t-il l’impression de passer si mal, par exemple hier sur l’avortement et aujourd’hui sur l’accueil des réfugiés ?

Vous avez raison d’associer les deux questions, qui sont emblématiques du message social de l’Église, signe de contradiction avec l’esprit du monde et pourtant d’une profonde cohérence et d’une grande continuité dans l’enseignement des papes. « Tout est lié », encore une fois. Je vous rappelle que la Journée mondiale du migrant a été lancée par le pape Benoît XV. Si aujourd’hui l’appel de l’Église à accueillir les migrants étonne autant, ce n’est pas parce qu’il a changé, c’est parce que le phénomène migratoire prend des proportions nouvelles, à l’échelle de la planète, même si chacun voit le problème uniquement chez lui. Or si l’on prend la peine d’écouter le discours du pape François dans sa globalité, on s’aperçoit qu’il est d’un grand équilibre. Son message est triple : 1/ les migrants sont des personnes et doivent être traitées avec la dignité qui convient à chaque être humain ; 2/ les États ont la responsabilité de la politique migratoire, selon leurs devoirs et leurs moyens, en s’attaquant d’abord à la cause du mal, l’Église considérant depuis toujours que le premier droit du réfugié est de rester chez lui ; 3/ les migrants contraints de quitter leur pays doivent faire l’effort de s’intégrer dans leur pays  d’accueil, de telle sorte que les cultures de chacun et les lois du pays d’accueil soient respectées dans le cadre du bien commun de tous.

C’est-à-dire ?

Le principe est clair : l’accueil du plus faible, en l’espèce le réfugié, mais bien sûr, en fonction de l’état du monde et de la société, marquée chez nous par une grande insécurité sociale et culturelle, nous sommes tenus à faire au mieux et pas à l’impossible ou au suicidaire (par exemple nourrir les conditions d’une guerre civile). De même pour l’avortement, le principe est clair : c’est toujours un mal et un drame. Mais, l’état des mœurs étant ce qu’il est, aucun chrétien sérieux ne revendique l’abrogation de la loi Veil. Mais dans les deux cas, le chrétien aura à cœur de rappeler les principes à temps et à contretemps et d’œuvrer dans la mesure du possible pour des actions concrètes (accueil des migrants dans les paroisses, aide aux femmes pour garder leur enfant).

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Que dites-vous à ceux qui reprochent à l’Église et au pape son angélisme ?

C’est un mauvais procès. L’Église est aujourd’hui une des seules organisations à avoir pris la mesure du fait que l’homme est en danger sur des fronts multiples : transhumanisme, inégalités économiques créant une pression migratoire inédite, péril écologique. Que ces questions sont planétaires et que les nations n’ont d’autre choix que s’entendre et coopérer. Ça c’est du réalisme ! En réalité, dans un monde dévoré par l’argent et secoué par les luttes de pouvoir qui procèdent de visions à court terme, l’Église vient rappeler que la maison commune est en péril et que l’homme est menacé.  C’est le rôle du chrétien de le rappeler sans cesse et, en donnant à la société un horizon moins étriqué, de lui permettre d’aborder autrement des questions complexes et redoutables sur lesquelles aujourd’hui elle ne cesse de buter faute de vision.

François Huguenin,  Le Pari chrétien. Une autre vision du monde, Tallandier, 2018.

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Donald Trump et Kim Jong-un : un barrage pour le Pacifique

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Donald Trump et Kim Jong-un sont à l'affiche dans les rues de Tokyo, mars 2018. SIPA. AP22176219_000001

Contrairement à ce qu’écrivent certains médias, la stratégie géopolitique de Donald Trump est mûrement réfléchie. Sa rencontre avec le leader nord-coréen, Kim Jong-un, doit permettre de contrer l’influence grandissante de la Chine dans l’aire Pacifique.


L’annonce d’une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un, à l’invitation de ce dernier (et donc probablement à Pyongyang), a été présentée comme un « coup de poker », un « impensable renversement de situation » de « l’imprévisible milliardaire » que les commentateurs moutonniers se refusent encore à nommer « président des Etats-Unis ».

Il était plus vite fait mal fait, pour les chroniqueurs installés, de se focaliser sur les tweets, les pseudo-scandales, les ragots d’arrière-cour, alimentés par les frustrés de la défaite d’Hillary Clinton et leurs médias. On eut, alors, l’impression un peu déconcertante que le président Trump se délectait de ces attaques venues de l’ancien monde « washingtonien » désormais démonétisé. C’est que Donald Trump, qui n’a jamais exercé aucune fonction officielle, s’était d’emblée affirmé – sur un ton vigoureux sinon virulent – comme un adversaire de l’establishment et du politiquement correct. Et un défenseur, contre les apparatchiks du mondialisme, de l’intérêt national américain concret.

Trump ne triche pas

Désormais les chroniqueurs les plus avisés découvrent que le président Trump prend des décisions rapides, fortes, révolutionnaires. Et qu’elles ne sont pas incohérentes, même si elles sont vivement contestées. D’ailleurs comment a-t-on pu alimenter – même en France – des rumeurs sur la santé mentale et l’éventuel impeachment d’un homme qui avait su construire un colossal empire d’entreprises et battre, lors de la présidentielle, toute la caste politico-financière et médiatique ?

Il n’est pourtant pas difficile de savoir ce que veut faire Donald Trump : il l’a annoncé pendant sa campagne et il le met en application. Quant à la méthode, elle a été énoncée il y a 30 ans dans son livre : The art of the deal. En un an le président a : modifié le système de santé (plutôt plus logiquement), abaissé drastiquement la fiscalité sur les entreprises et les particuliers, programmé des milliards d’investissements publics, et pris des mesures contre l’immigration. Le chômage baisse et les salaires augmentent ! Le Dow Jones a franchi les 25 000 points, ce qui est inouï. Toujours sur le plan intérieur, il est prêt à faire évoluer la législation sur les armes, ce qui est une première. Mais il s’est aussi habilement défendu sur la suspicion de collusion avec la Russie en déclassifiant des documents qui mettent dans l’embarras le FBI en raison de sa possible connivence avec les Démocrates pendant la campagne électorale.

La Corée du Nord, un missile tourné vers la Chine

Sur le plan international, il a indiqué être prêt à travailler avec Vladimir Poutine. Et il attend sûrement la réélection de celui-ci, en ce mois de mars, pour reprendre le fil de la relation. C’est sans doute la raison pour laquelle il hésite sur la situation en Syrie où la Turquie (membre de l’Otan…) malmène les alliés kurdes (YPG) des Etats-Unis en envahissant le territoire syrien et en bombardant les civils. D’ailleurs, le président Trump avait annoncé que l’Otan n’avait plus sa raison d’être… Si, dans la grande négociation qui est en cours, il a la certitude que l’Otan budgétivore ne sert plus à rien car il aura trouvé un deal avec la Russie, il mettra en sommeil cette relique de la guerre froide et, comme il l’a annoncé, utilisera les économies ainsi faites pour redonner à la recherche industrielle militaire les moyens et les commandes colossales qui permettront de donner à son pays une grande suprématie géostratégique sur la Chine.

Pour Donald Trump, en effet, si l’Europe est une concurrente qu’il va affaiblir en l’obligeant à plus dépenser pour sa défense, sa vraie rivale est la Chine. Il veut régler assez vite la question du Moyen-Orient pour ne plus avoir à y consacrer son énergie. Il sait que la Russie pourra l’aider à cantonner les velléités de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire (si proche des frontières russes) et que la Turquie n’intéressera plus personne sitôt la Syrie en voie de normalisation. Dans ce nouveau Yalta qui s’esquisse c’est le Pacifique qui lui importe. Et il a bien l’intention d’y contrer l’expansionnisme chinois, son véritable objectif.

Contre la Chine il a déjà gagné la première et la deuxième manche géostratégique : en anéantissant le marché transpacifique et en devenant, via Séoul, celui qui aura créé une fêlure entre Pyongyang et la Chine. Certains commentateurs sont tellement – et ridiculement – anti-Trump qu’ils imaginent que ce serait une victoire et un bénéfice attribuable à la Chine que d’avoir rapproché Kim Jung-un et Donald Trump. Il n’en est rien: la Chine perdrait une monnaie de menace et d’échange en perdant la main sur la Corée du Nord. Du coup, aux mesures protectionnistes qu’il prendra sur le plan commercial, la Chine ne pourra guère riposter car si ses entreprises perdaient le marché américain il en résulterait un marasme économique, puis des troubles politiques dans l’Empire du Milieu. En 2020, trois générations après la victoire du communisme, la Chine entrera dans une période sensible comparable à celle de l’URSS en 1990.

Face à Trump, l’aveuglement volontaire

Cette analyse est corroborée par des spécialistes de la vie politique américaine, Jean-Eric Braana et François Durpaire, interrogés par Le HuffPost. Pour eux, Donald Trump est loin d’être fou ; mieux encore : il est en train de réussir ce qu’il a programmé. Dans son livre Trumpland, portrait d’une Amérique divisée, Jean-Eric Braana l’écrit : « Trump a bien une stratégie mais une stratégie d’homme d’affaires, bien rodée, qui marche plutôt bien… en gros il bluffe. Une fois l’adversaire déstabilisé il entame une période de détente et cède sur certains points afin que le camp d’en face pense avoir remporté la partie ».

Il restera cependant à voir si Kim Jong-un cédera réellement du terrain sur son arsenal nucléaire et s’il trouvera une présentation pour ne pas perdre la face. Cela pourrait consister en des coopérations commerciales et industrielles avec le Sud, les Etats-Unis réduisant leur dispositif militaire.

François Durpaire fait le même type de constat sur la gestion de la situation en Syrie par Donald Trump : « Peu après son investiture, Donald Trump a fait tirer 59 missiles contre la Syrie d’Assad en réponse aux bombardements chimiques…C’était la première réponse concrète… d’un pays occidental dans ce conflit… Bachar al-Assad s’est fait petit pendant un moment ».

En résumé : ne sont surpris que ceux qui limitaient leur compréhension du projet Trump aux facéties destinées à son électorat populaire, qu’il rassure ainsi. Il est au contraire extrêmement facile de le comprendre (voire d’être admiratif) : encore une fois, tout ce qu’il fait avait été annoncé. Encore fallait-il observer et réfléchir. Quant à Emmanuel Macron, c’est l’anti-Trump. Il dit et n’agit pas au fond. Et rien de ce qu’il fait n’avait été annoncé. Grand Chambellan du système, il n’en changera rien, le conduisant inévitablement ainsi à sa perte. La France perd une occasion unique (après le Brexit) de suivre le brise-glace Trump et de promouvoir la reconstruction d’une vraie, libre et forte Europe des nations, à la place de feu celle de Bruxelles.

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