Oui, Mathilde Edey Gamassou a été victime de propos racistes. Mais était-il nécessaire de faire de commentaires marginaux un phénomène médiatique ? Non, le « péril fasciste » n’est pas à nos portes. 


Jeanne d’Arc est un personnage fascinant, à la fois incarnation de la France catholique traditionnelle et de l’idéal républicain. Jeune fille très fervente, elle répondit à l’appel de Dieu pour libérer le Royaume, contribua à la restauration du pouvoir monarchique et devint sainte de l’Eglise catholique.

Jeune fille modeste, elle sut s’imposer face aux hommes (à l’époque on était vraiment dans une société patriarcale), s’habiller comme eux et les commander. Elle tint tête aux puissants du Royaume, fit face à l’Eglise et devint un symbole de progrès et d’émancipation.  A la fois nostalgique et pleine d’espérance, elle fut merveilleusement décrite par Péguy, en rêvant sa « Meuse endormeuse et douce à mon enfance ».

Jeanne d’Arc n’a pas de couleur

Je suis originaire de Lorraine, mes grands-parents se sont mariés à la chapelle de Bermont où Jeanne avait l’habitude de prier, j’ai vécu à Orléans, mon cousin lui a récemment consacré un reportage à la télévision, ma sœur a défilé aux fêtes johanniques, Jeanne d’Arc est donc un personnage dont je me sens proche. Je n’aurais pourtant pas la prétention de me l’accaparer. Elle appartient à tous les français et nulle faction ne saurait s’en attribuer exclusivement l’héritage.

Si un jour j’ai pu me sentir contrarié par une jeune fille incarnant Jeanne, ce fut en voyant le film de Luc Besson, pas par Mathilde Edey Gamassou

 

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Si un jour j’ai pu me sentir contrarié par une jeune fille incarnant Jeanne, ce fut en voyant le film de Luc Besson, tourné en anglais et dans lequel l’héroïne était interprétée par une personne de culture anglo-saxonne. Quel anachronisme ! En revanche, qu’une jeune femme métisse, Mathilde Edey Gamassou, représente Jeanne d’Arc aux prochaines fêtes d’Orléans, cela ne me gêne absolument pas. Jeanne d’Arc est un tel symbole qu’on ne saurait la résumer à un degré de pigmentation cutanée.

Rappelons aux puristes que si Jeanne n’était métisse, elle n’était pas non plus orléanaise ni même pure Française de souche

Certes, la vraie Jeanne d’Arc n’était pas métisse, mais rappelons aux puristes qu’elle ne venait pas non plus d’Orléans et qu’elle n’était pas vraiment Française de souche. Son village Domrémy, aujourd’hui en « Grand Est » était à l’époque dépendant de la seigneurie de Vaucouleurs, aux confins des duchés de Bar et de Lorraine.

Ce n’est pas le sujet. Comme l’écrit justement Aurélien Marq dans Causeur : « Les fêtes johanniques ne sont pas une reconstitution historique, mais symbolique, et la présence de Mathilde Edey Gamassou n’a pas pour but de faire croire à qui que ce soit que le métissage entre Européens et Africains aurait existé massivement au Moyen-Âge ».

Le « déferlement de haine », une armée de trois péquins

Effectivement, depuis quelques jours, de nombreuses critiques ont été adressées à l’association Orléans-Jeanne-d’Arc pour avoir procédé à la désignation d’une jeune fille métisse. La presse a relayé cette information en se faisant l’écho d’un « déferlement de haines » sur les réseaux sociaux. Alors, regardons de plus près les fameux commentaires haineux.

Dénonçant le racisme, France Bleu Orléans aura publié en premier un article ayant pour titre : « la fachosphère se déchaine sur la nouvelle Jeanne d’Arc ». Pour toute illustration des déchaînements annoncés, il est fait état d’un tweet de « Pont d’Arcole » dénonçant le « forçage de l’idéologie multiculturelle ». Jusqu’ici, critiquer le multiculturalisme ne constitue pas une infraction pénale et parler de racisme est plus que prématuré. Beaucoup de sites d’information ont également déploré le racisme en faisant part de commentaires dénonçant une Jeanne « non blanche », s’en prenant à « la réécriture de l’histoire de France », suggérant encore « Depardieu pour interpréter Nelson Mandela », proposant de mettre « Jeanne en burqa l’an prochain » et se contentant d’indiquer que sur des sites Internet d’extrême droite, ce choix est dénoncé comme « une propagande prométissage ». Les propos ne sont certes pas très malins, mais de là à les qualifier de racistes (on rappellera que le racisme est un délit), il ne faut pas exagérer. Attention, risque de fake news. Espérons qu’il est encore permis de critiquer le multiculturalisme sans commettre d’infraction.

Le quart d’heure de gloire inespéré des racistes anonymes

Mathilde a, pourtant, bel et bien été victime de propos racistes. L’article de France bleu Orléans publie les contributions de parfaits anonymes (auxquels il est donné une audience inespérée). Un commentaire de « Tintin Tu » qui présente des représentations de la pucelle et écrit « j’ai beau chercher », un autre de « Nadège » qui commente « on marche vraiment sur la tête dans ce pays » et enfin un dernier de « Alphsombre » qui trouve que Jeanne est « moche à crever et qu’on se rapproche de la tête de babouin ». Alors soit, offusquons-nous de commentaires imbéciles de trois anonymes qui n’ont pas compris grand-chose.

A force de jouer sur la peur, on surestime une menace inexistante

Aujourd’hui, nous apprenons que le procureur de la République d’Orléans a ouvert une enquête pour découvrir l’identité de deux individus : le premier qui avait comparé la jeune femme à un babouin et le second qui lui avait répondu en publiant une photo de bananes. Le déferlement de haine annoncé, c’est donc en réalité deux pauvres types qui « tweetent » anonymement des bêtises derrière leur écran. Espérons que la République n’est pas en danger chaque fois que « Tintin Tu » et « Alphsombre » s’emparent de leur clavier ! A force de jouer sur la peur, on fait d’un non-événement un sujet d’actualité, on surestime une menace inexistante.

Les propos sont odieux et ils méritent d’être punis. Mais pourquoi les relayer à ce point ? N’est-ce pas faire trop d’honneur aux auteurs de commentaires sans intérêt ? Qualifier leur acte de « déferlement de haine », n’est-ce pas leur accorder une capacité de nuisance qu’ils n’ont pas ?

Marlène Schiappa met (encore) les pieds dans le plat

Cela aurait pu demeurer insignifiant si un représentant de l’Etat n’était pas intervenu sur ce sujet. L’inénarrable Marlène Schiappa s’est bien évidemment engouffrée dans la brèche (on n’en attendait pas moins d’elle) s’en prenant à la « fachosphère » et menaçant de saisir la DILCRAH (nième organe financé sur fonds publics et qui sait mieux que tout le monde comment il faut penser).

On se demande bien ce qu’il va ressortir de cet entretien de la plus haute importance. Réjouissons-nous de voir que notre sous-ministre n’a rien de mieux à faire que de jouer au petit délateur après avoir lu trois commentaires sur Fdesouche.

Il y a une dimension assez pathétique à voir un membre de l’exécutif se livrer à une réaction indignée selon une méthode maintes fois éprouvée : relayer les propos idiots de trois fachos, surestimer leur importance, crier au péril fasciste puis se poser en rempart de la menace qu’on vient artificiellement de créer pour enfin nous servir le baratin antiraciste. Dénoncer la fachosphère en 2018, quel courage !

Une bonne conscience à peu de frais

Mais c’est tellement pratique de s’acheter une bonne conscience à peu de frais en se portant héroïquement défenseur d’un « péril fasciste » qui n’existe pas. Cela permet de s’octroyer généreusement une posture de résistante alors qu’on ne fait que se vautrer dans le conformisme ambiant.

Il serait regrettable de systématiquement renvoyer Mathilde à ses origines

Laissons donc Mathilde tranquille et ne lui gâchons pas sa fête. Il serait vraiment triste pour elle que son nom demeure associé à une polémique artificiellement gonflée par ceux qui prétendent être de son côté. Il serait regrettable qu’elle soit systématiquement renvoyée à ses origines et qu’on ne retienne d’elle que sa couleur de peau et non ce qu’elle fait et représente.

Ne la prenons pas en otage, Mathilde ne mérite pas d’être plainte ou prise en pitié, elle doit être félicitée, célébrée et fêtée.

Réjouissons-nous pour celle qui représentera Jeanne d’Arc, femme pleine d’espérance, aux antipodes des valeurs véhiculées par la société de consommation mondialisée, matérialiste et nihiliste. Réjouissons-nous pour celle qui représentera Jeanne d’Arc, symbole de la France éternelle, libre, indépendante, rebelle et fière.

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