Contrairement à ce qu’écrivent certains médias, la stratégie géopolitique de Donald Trump est mûrement réfléchie. Sa rencontre avec le leader nord-coréen, Kim Jong-un, doit permettre de contrer l’influence grandissante de la Chine dans l’aire Pacifique.


L’annonce d’une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un, à l’invitation de ce dernier (et donc probablement à Pyongyang), a été présentée comme un « coup de poker », un « impensable renversement de situation » de « l’imprévisible milliardaire » que les commentateurs moutonniers se refusent encore à nommer « président des Etats-Unis ».

Il était plus vite fait mal fait, pour les chroniqueurs installés, de se focaliser sur les tweets, les pseudo-scandales, les ragots d’arrière-cour, alimentés par les frustrés de la défaite d’Hillary Clinton et leurs médias. On eut, alors, l’impression un peu déconcertante que le président Trump se délectait de ces attaques venues de l’ancien monde « washingtonien » désormais démonétisé. C’est que Donald Trump, qui n’a jamais exercé aucune fonction officielle, s’était d’emblée affirmé – sur un ton vigoureux sinon virulent – comme un adversaire de l’establishment et du politiquement correct. Et un défenseur, contre les apparatchiks du mondialisme, de l’intérêt national américain concret.

Trump ne triche pas

Désormais les chroniqueurs les plus avisés découvrent que le président Trump prend des décisions rapides, fortes, révolutionnaires. Et qu’elles ne sont pas incohérentes, même si elles sont vivement contestées. D’ailleurs comment a-t-on pu alimenter – même en France – des rumeurs sur la santé mentale et l’éventuel impeachment d’un homme qui avait su construire un colossal empire d’entreprises et battre, lors de la présidentielle, toute la caste politico-financière et médiatique ?

Il n’est pourtant pas difficile de savoir ce que veut faire Donald Trump : il l’a annoncé pendant sa campagne et il le met en application. Quant à la méthode, elle a été énoncée il y a 30 ans dans son livre : The art of the deal. En un an le président a : modifié le système de santé (plutôt plus logiquement), abaissé drastiquement la fiscalité sur les entreprises et les particuliers, programmé des milliards d’investissements publics, et pris des mesures contre l’immigration. Le chômage baisse et les salaires augmentent ! Le Dow Jones a franchi les 25 000 points, ce qui est inouï. Toujours sur le plan intérieur, il est prêt à faire évoluer la législation sur les armes, ce qui est une première. Mais il s’est aussi habilement défendu sur la suspicion de collusion avec la Russie en déclassifiant des documents qui mettent dans l’embarras le FBI en raison de sa possible connivence avec les Démocrates pendant la campagne électorale.

La Corée du Nord, un missile tourné vers la Chine

Sur le plan international, il a indiqué être prêt à travailler avec Vladimir Poutine. Et il attend sûrement la réélection de celui-ci, en ce mois de mars, pour reprendre le fil de la relation. C’est sans doute la raison pour laquelle il hésite sur la situation en Syrie où la Turquie (membre de l’Otan…) malmène les alliés kurdes (YPG) des Etats-Unis en envahissant le territoire syrien et en bombardant les civils. D’ailleurs, le président Trump avait annoncé que l’Otan n’avait plus sa raison d’être… Si, dans la grande négociation qui est en cours, il a la certitude que l’Otan budgétivore ne sert plus à rien car il aura trouvé un deal avec la Russie, il mettra en sommeil cette relique de la guerre froide et, comme il l’a annoncé, utilisera les économies ainsi faites pour redonner à la recherche industrielle militaire les moyens et les commandes colossales qui permettront de donner à son pays une grande suprématie géostratégique sur la Chine.

Pour Donald Trump, en effet, si l’Europe est une concurrente qu’il va affaiblir en l’obligeant à plus dépenser pour sa défense, sa vraie rivale est la Chine. Il veut régler assez vite la question du Moyen-Orient pour ne plus avoir à y consacrer son énergie. Il sait que la Russie pourra l’aider à cantonner les velléités de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire (si proche des frontières russes) et que la Turquie n’intéressera plus personne sitôt la Syrie en voie de normalisation. Dans ce nouveau Yalta qui s’esquisse c’est le Pacifique qui lui importe. Et il a bien l’intention d’y contrer l’expansionnisme chinois, son véritable objectif.

Contre la Chine il a déjà gagné la première et la deuxième manche géostratégique : en anéantissant le marché transpacifique et en devenant, via Séoul, celui qui aura créé une fêlure entre Pyongyang et la Chine. Certains commentateurs sont tellement – et ridiculement – anti-Trump qu’ils imaginent que ce serait une victoire et un bénéfice attribuable à la Chine que d’avoir rapproché Kim Jung-un et Donald Trump. Il n’en est rien: la Chine perdrait une monnaie de menace et d’échange en perdant la main sur la Corée du Nord. Du coup, aux mesures protectionnistes qu’il prendra sur le plan commercial, la Chine ne pourra guère riposter car si ses entreprises perdaient le marché américain il en résulterait un marasme économique, puis des troubles politiques dans l’Empire du Milieu. En 2020, trois générations après la victoire du communisme, la Chine entrera dans une période sensible comparable à celle de l’URSS en 1990.

Face à Trump, l’aveuglement volontaire

Cette analyse est corroborée par des spécialistes de la vie politique américaine, Jean-Eric Braana et François Durpaire, interrogés par Le HuffPost. Pour eux, Donald Trump est loin d’être fou ; mieux encore : il est en train de réussir ce qu’il a programmé. Dans son livre Trumpland, portrait d’une Amérique divisée, Jean-Eric Braana l’écrit : « Trump a bien une stratégie mais une stratégie d’homme d’affaires, bien rodée, qui marche plutôt bien… en gros il bluffe. Une fois l’adversaire déstabilisé il entame une période de détente et cède sur certains points afin que le camp d’en face pense avoir remporté la partie ».

Il restera cependant à voir si Kim Jong-un cédera réellement du terrain sur son arsenal nucléaire et s’il trouvera une présentation pour ne pas perdre la face. Cela pourrait consister en des coopérations commerciales et industrielles avec le Sud, les Etats-Unis réduisant leur dispositif militaire.

François Durpaire fait le même type de constat sur la gestion de la situation en Syrie par Donald Trump : « Peu après son investiture, Donald Trump a fait tirer 59 missiles contre la Syrie d’Assad en réponse aux bombardements chimiques…C’était la première réponse concrète… d’un pays occidental dans ce conflit… Bachar al-Assad s’est fait petit pendant un moment ».

En résumé : ne sont surpris que ceux qui limitaient leur compréhension du projet Trump aux facéties destinées à son électorat populaire, qu’il rassure ainsi. Il est au contraire extrêmement facile de le comprendre (voire d’être admiratif) : encore une fois, tout ce qu’il fait avait été annoncé. Encore fallait-il observer et réfléchir. Quant à Emmanuel Macron, c’est l’anti-Trump. Il dit et n’agit pas au fond. Et rien de ce qu’il fait n’avait été annoncé. Grand Chambellan du système, il n’en changera rien, le conduisant inévitablement ainsi à sa perte. La France perd une occasion unique (après le Brexit) de suivre le brise-glace Trump et de promouvoir la reconstruction d’une vraie, libre et forte Europe des nations, à la place de feu celle de Bruxelles.

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