Les gilets jaunes, une révolution anti-Macron
Emmanuel Macron est confronté à un mouvement d’un genre nouveau, largement orienté contre sa personne et ce qu’il représente. S’il veut s’en sortir, il n’a pas d’autre choix que de céder.
Le mouvement des gilets jaunes est inouï. Il est à la fois nouveau et singulier. Il dépasse tous les cadres théoriques existants. Sans leader, hors de toute organisation institutionnelle, de tout corps intermédiaire et constitué, reniant toute forme de récupération politique et idéologique, il se caractérise surtout par sa diversité, à savoir à la fois par la multiplicité des auto-organisations spontanées et par la multiplicité des revendications.
Pourtant, un mouvement, pour avoir du sens et de l’efficacité, a toujours besoin d’unification, de simplification, d’orientation autant dire de théorisation. Pour passer de la révolte vague, polymorphe et épidermique à la réalisation effective et efficace d’une action authentique et orientée. Cette théorisation doit concerner aussi bien le contenu d’un projet que les méthodes stratégiques et tactiques d’action permettant la réalisation de ce projet. Il faut, pour les gilets jaunes, une orientation de signification pour que leur révolte, dans la puissance émotionnelle aussi bien que dans la puissance d’adhésion globale qu’elle suscite, puissent déboucher sur une imprégnation politique authentique.
Les pauvres types ne sont pas pour autant de pauvres cons
La seule justification de cette théorisation n’est pas ici dans la satisfaction d’une quelconque idéologie, car elle trahirait, dans ce cas, l’essence même du mouvement en question. Cette justification est dans une simple constatation de fait. Les classes moyennes souffrent, leur détermination est puissante. Par-delà l’aspect quantitatif de la mobilisation, aspect qui ne saurait faire l’objet d’une constatation objective de la part du pouvoir lui-même, par-delà la spectacularisation de l’action, laquelle bat en brèche la fameuse manipulation par le talent macronien des puissances médiatiques de l’image auxquelles sa fonction lui donne facilement accès, il faut prendre en compte la puissance qualitative de la mobilisation pour cerner sa réalité.
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La seule justification de la théorisation est simplement ici dans l’intérêt manifeste de la collectivité nationale. La multiplicité irrationnelle et la contradiction ne sauraient avoir, sans théorisation et laissées pour elles-mêmes, que la signification de la pure et simple décomposition de la nation. Cette théorisation ne saurait pourtant pas émaner de l’élite pensante traditionnelle car celle-ci ne saurait, par essence, que manquer l’originalité singulière et inouïe du mouvement. Une vérité absolue doit avant tout, avant de tenter la moindre théorisation, être prise en compte. Même si les classes moyennes inférieures n’ont pas l’élévation intellectuelle et culturelle des dirigeants, l’arrogance et le mépris de ces derniers sont une absurdité liée à leur décadence, car il y a une intelligence instinctive des masses qui est une réalité absolue et à laquelle l’intelligence théorique doit absolument se soumettre. Les pauvres types ne sont pas pour autant de pauvres cons. Voilà ce que l’élite technocratique ne peut en aucune manière reconnaître, tout simplement parce qu’il lui manque le ventre et le cœur pour le sentir et l’éprouver. Qui ne s’est pas senti humilié par les grands, qui n’a pas senti, inscrite dans la réalité affective et quasiment charnelle de son âme, l’impression foudroyante du malheur, ne saurait jamais avoir le génie adéquat pour relever le défi lancé par l’exaspération des opprimés !
La démocratie directe se fait sans les syndicats
Deux grands points sont à mettre en évidence pour l’amorce d’une synthèse théorique. Il s’agit premièrement de l’importance d’Internet pour l’émergence de la démocratie directe, et deuxièmement de l’exigence d’une prise en compte d’une égale répartition des efforts par toutes les classes sociales de la nation pour faire face aux défis économiques du monde.
Même s’il ne s’agit ici en aucune manière de se soumettre à la tradition théorique, le premier élément qui exige d’être mentionné, dans une perspective de première théorisation approximative, doit pourtant être d’obédience marxiste. L’essence du marxisme consiste en effet et avec raison de penser une détermination ou un conditionnement en dernière instance de l’action consciente, individuelle et collective, par le niveau de production, à savoir par le niveau de développement des techniques. C’est ce que Marx appelait le déterminisme des superstructures idéologiques par les infrastructures matérielles. C’est la seule existence d’Internet et des réseaux sociaux, à savoir de la plus formidable évolution technique généralisée et démocratisée de ces dernières années, qui a rendu possible le caractère inouï et auto-organisé des gilets jaunes.
C’est l’Internet qui a créé les conditions d’une authentique démocratie directe et d’une action collective sans manipulation institutionnelle. Le peuple sait parfaitement que les syndicats ne sont que des moyens détournés d’enfumage hypocrite permettant à leurs dirigeants de faire croire à l’action hostile au pouvoir alors qu’il ne font que collaborer avec ce dernier, afin de garantir leur propre prospérité sociale au détriment des classes laborieuses. Le peuple sait parfaitement qu’il est autant exploité par les dirigeants syndicaux eux-mêmes que par les dirigeants technocratiques de l’Etat. Le peuple sait aussi parfaitement que les partis politiques, les assemblées et même les associations, à savoir tous les corps intermédiaires sans aucune exception, ne sont que des moyens de promotion sociale de ceux qui parviennent à blouser et à exploiter les autres. Le peuple est spontanément rousseauiste. Il sait que toute représentation est un détournement hypocrite d’intérêt au seul profit des représentants et de leur carrière et toujours à l’éternel détriment des représentés à savoir des faibles et des exploités.
La suppression de l’ISF, une trahison symbolique
Le deuxième élément qui doit enclencher et amorcer la théorisation, c’est l’essentielle prise en compte du ras-le-bol généralisé de la population quant à la baisse de son pouvoir d’achat et à son sentiment de déclassement, tout cela étant dû à la hausse systématique des charges et des taxations. Cette idée est certes une tarte à la crème, mais sa prise en compte réelle est au contraire tout à fait inouïe. La hausse concerne à la fois les timbres, la CSG, les carburants, le gaz, le fuel, le tabac, l’électricité, le contrôle technique, les péages, les mutuelles, le stationnement, les assurances, les frais bancaires et le forfait hospitalier. C’est l’urgence de la situation sociale qui rend sa prise en compte incontournable. Cette prise en compte ne saurait en effet être rien d’autre que la remise en cause totale et pure et simple de la politique d’Emmanuel Macron, laquelle, s’inscrivant dans la parfaite continuité de ses prédécesseurs, n’en est que son amplification cynique et radicale. La suppression de l’ISF est un marqueur symbolique définitif et, même si Macron avait par cette mesure des reconnaissances à exprimer, cette suppression témoigne, chez un homme pourtant réputé très intelligent, d’une erreur politique fondamentale. Il est singulier que, à l’instar des erreurs propres à cet autre libéral que fut Giscard d’Estaing, ce soit un homme aussi intelligent qui fasse une erreur politique aussi grossière. C’est pourquoi il est au plus haut point cohérent que l’un des slogans principaux du mouvement, malgré son caractère singulier dans une démocratie institutionnalisée et fondée sur la représentation, ne soit rien d’autre que la démission du président de la République. Cette exigence est par ailleurs parfaitement conséquente avec la superstructure de démocratie directe qui a engendré le mouvement des gilets jaunes. Répondre à cette exigence par l’arrogance et le mépris et surtout par l’attachement carriériste à son poste et à son rayonnement artificiel et médiatique témoigne d’un manque total d’envergure, de responsabilité historique et surtout de lucidité sur la réalité sociale de la situation.
Macron contre les fondements de la nation
L’idéologie fondamentale d’Emmanuel Macron, celle dont témoigne son livre joliment et ironiquement intitulé Révolution, est éminemment libérale. Il s’agit d’une remise en cause de la rente et des statuts au profit du risque et de la contractualisation. Or, la revendication de l’individualisme libéral d’inspiration anglo-saxonne au détriment de la solidarité nationale et étatique, l’adaptation de la tradition hexagonale à la mondialisation, la revendication d’un privilège du conflit concurrentiel par rapport à la solidarité redistributive, ce n’est rien de moins que la revendication pure et simple de la destruction de l’identité nationale française. La posture jupitérienne n’est, au mieux, qu’une hypocrisie parmi d’autres, une poudre aux yeux visant à faire oublier la réalité de la destruction de l’Etat, et, au pire, une forme de dictature paradoxale visant la destruction technocratique et tyrannique du support étatique et national de la démocratie.
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Indépendamment du retour à la souveraineté nationale, ce qui permettrait certes, par la maîtrise étatique de la monnaie, le rétablissement d’une action indépendante de redynamisation de l’économie nationale par la protection, la dévaluation et l’inflation, une seule alternative s’ouvre à nous. De deux choses l’une en effet, ou l’on réclame l’effacement de la dette de l’Etat, laquelle repose sur une convention d’écriture internationale que la puissance économique du pays peut parfaitement gérer d’une manière politique, ou l’on crée les conditions politiques d’une égalisation des efforts de remboursement entre les différentes classes sociales. Dans la deuxième branche de cette alternative, le seul enclenchement du processus politique rendant possible, par un choc symbolique, l’entente nationale qui en est la condition de possibilité ne saurait être que le rétablissement immédiat de l’ISF.
Le peuple est plus grand que Macron
Le génie jupitérien de la maîtrise médiatique de la communication est battu en brèche par la puissance des images et des slogans, lesquels sont la création du peuple. Car le peuple a le génie et l’intelligence de l’instinct, il est plus puissant que le talentueux Macron. Il est plus grand que lui car il est créateur et, pas plus insoumis que nationaliste, il ne se soumet pourtant à aucune puissance, il est le patriote éternel. Aussi grande que soit la puissance institutionnelle qui est la sienne, aussi grande que soit son intelligence technocratique, aussi grande que soit la puissance matérielle et militaire de l’Etat dont il est le chef, le président de la République est d’une faiblesse insigne car le peuple a déclaré caduque sa puissance et dérisoire son rayonnement. L’un des slogans des gilets jaunes fut absolument génial : « Brigitte, Brigitte, dis au gamin d’arrêter ses macronneries… » Macron doit céder car la puissance qui anime le peuple est celle du cœur et du ventre. Contre le déclassement et le mépris, le peuple seul fera l’histoire car le peuple seul a le génie des événements authentiques et incontournables ! Contre la révolution en faux-nez de Macron, le peuple va accomplir la révolution authentique en profondeur de l’organisation politique, il va réaliser rien de moins que les deux aspects dont le présent texte est la tentative théorique amorcée, à savoir d’une part la démocratie directe et d’autre part l’égalité des sacrifices pour la seule grandeur de la nation.
Partager le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU serait une trahison
Le vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, a suggéré à la France, mercredi 28 novembre, de partager avec son pays son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. La simple idée qu’une telle proposition puisse être émise est une insulte à la France, qui n’est pas un « machin » qu’on s’échange entre grands de ce monde. Sa souveraineté appartient à la nation, pas à Emmanuel Macron. Une tribune de Guillaume Bigot.
Si d’aventure, Emmanuel Macron décidait de partager avec l’Allemagne ou avec l’Union européenne le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, il se rendrait coupable d’une impardonnable forfaiture.
Le mandat dont il dispose permet en effet au président de la République de représenter la nation et de décider en son nom mais dans la limite des attributions qui lui sont reconnues par la Constitution. En cédant aux demandes exprimées par Berlin, le locataire de l’Élysée disposerait alors d’un pouvoir qui ne lui appartient pas. La France est en effet représentée au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que nation.
La souveraineté de la France ne se partage pas
L’article 5 de notre loi fondamentale dispose justement que le président de la République est le garant de l’indépendance nationale. En aucun cas, un président ne saurait renoncer à un instrument aussi décisif de puissance sans porter atteinte à une indépendance nationale dont il est le garant. Un référendum gagné sur la question de savoir si le peuple français accepte de partager son rôle au sein du directoire des Nations unies formerait une condition minimale pour partager notre siège avec Berlin ou avec Bruxelles.
Si Emmanuel Macron faisait droit à la proposition du vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, sans avoir préalablement obtenu une autorisation explicite du peuple, il prendrait une décision aussi inique que celle d’un locataire qui se mettrait à vendre un bien qu’il occupe sans en référer au légitime propriétaire. Emmanuel Macron ne peut en aucun cas brader un « actif » historique conquis de haute lutte par le général De Gaulle.
Ce siège, arraché à Staline et à Roosevelt, signifie que la France reste une puissance mondiale en tant que telle, non comme partenaire de l’Allemagne ou comme ce länder d’une « grosse Europe » dont certains rêvent. Ce statut de membre permanent n’est pas un titre de gloriole cocardier mais un levier d’influence « tous azimuts ».
La France n’est (toujours) pas une start-up
Disposer d’un siège de membre permanent signifie que Paris endosse des intérêts qui dépassent l’Hexagone. Seule une mentalité de comptable étriqué pourrait empêcher un chef de l’État français de comprendre que son pays « n’est jamais aussi grand que lorsqu’il l’est pour tous les hommes ». La France n’est pas qu’une colonne de chiffres. Obnubilés par une vision strictement financière et court-termiste, certains sont peut-être tentés d’améliorer le bas de bilan en réalisant une « FUSAC » pour devenir plus gros sur le marché.
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Fusionner pour peser : tel est le réflexe pavlovien des « managaires » (le terme vient du vieux français « ménasger », c’est-à-dire faire le ménage !). Transposer sur le plan politique ce raisonnement (déjà spécieux sur le plan industriel) serait pire qu’un crime de lèse-majesté contre l’histoire et contre le peuple français, ce serait une erreur. Ce serait surtout un réflexe d’une bêtise géopolitique crasse. Au nom de la mode, ce serait tout ignorer des réalités de la puissance d’aujourd’hui et de demain.
Brader la France, c’est hypothéquer la sécurité du monde
Parier sur l’Allemagne, c’est miser sur le passé et sur le déclin. Chaque année, la population française s’accroît de 500 000 âmes tandis que les Allemands vieillissants sont 500 000 de moins. Demain, 700 millions d’homme et de femmes parleront notre langue. Pour ces multitudes, le tricolore doit redevenir un étendard d’espoir. Notre drapeau reste un symbole d’être au monde spécifique dans le grand marché global. Espérons que notre Rastignac d’Amiens n’aura pas l’idée saugrenue de confier à Berlin le soin de défendre les intérêts de la Francophonie.
Qui peut imaginer que les retraités allemands accepteront de financer des soldats européens et les autoriser à rétablir la paix au Mali ? En tant que commandant en chef, Emmanuel Macron ne saurait ignorer que Paris est la seule capitale déterminée à maintenir l’ordre sur le continent. La France est, avec les États-Unis, la seule puissance à disposer de troupes pré-positionnées dans cette Afrique en plein décollage économique, mais qui est aussi travaillée par l’islamisme et traversée par des tensions ethniques.
Après Maastricht, New-York ?
Troquer notre siège au Conseil de sécurité en échange de quoi d’ailleurs ? Un plat de lentilles ou un accroissement de 1 ou de 2 % du budget européen ? N’osant plus pratiquer la politique de la chaise vide à Bruxelles, il serait désolant que nos autorités se sentent obligées de partager leur fauteuil à New-York pour obtenir d’hypothétiques et timides concessions de nos partenaires. Cette gentillesse à l’égard de Mme Merkel serait touchante si les nations avaient des amies mais elles n’ont hélas que des intérêts. La ratification du traité de Maastricht date de 1992. Qu’avons-nous gagné comme surcroît d’influence et de prospérité en tant que nation ?
Cela fait vingt-six ans que les citoyens français votent sinon pour rien, du moins pour des fondés de pouvoir de Bruxelles. Cela fait vingt-six ans que les élections nationales en France sont un jeu de dupes ou les électeurs croient remettre leur pouvoir de décider, en leur nom, à un président ou à des députés et désigne, en fait, les représentants d’un vingt-septième du pouvoir européen. Personne n’ayant pris la peine d’expliquer à nos compatriotes qu’en faisant l’Europe, on défaisait la démocratie directe pour la replacer, dans le meilleur des cas, par le suffrage indirect au sein du Conseil européen.
La feuille de vigne de l’européisme
Cette dépossession s’opère au nom d’une idée fausse : la France serait nanifiée par la mondialisation. On nous explique que, ne comptant plus suffisamment par nous-même, nous devrions fusionner pour continuer à peser. Mais un pouvoir qui accepterait de partager notre siège de sécurité finirait d’arracher ce qui est une véritable feuille de vigne pour le projet européiste : l’argument de la taille ! Car notre statut au sein des Nations unies est justement l’un des moyens dont nous disposons pour compter plus que proportionnellement par rapport à notre PIB.
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En bradant volontairement cet atout, l’européisme révélerait la rage anti-nationale et la passion de soumission que dissimule, en réalité, le projet européen. Ce ne peut être pour peser plus que l’on décide en effet de peser moins, c’est uniquement pour qu’une autre entité pèse plus que nous ! Mais ce nous de majesté appartient au peuple, certainement pas au Jupiter de la rue du Faubourg Saint-honoré.
Si cette folie européiste venait à être commise, ce serait la goutte d’eau qui ferait déborder le vase de la colère française. Macron est déjà assis sur un siège éjectable. S’il acceptait de partager le statut de la France aux Nations unies avec l’Allemagne ou avec l’Union européenne, il appuierait sur le bouton.
Comment l’Italie pourrait sortir du conflit avec l’Europe… sans humilier Bruxelles
Une sortie de crise est possible dans le conflit qui oppose l’Italie à la Commission européenne.
Les traders ont arrêté leur marche sur Rome. Ils campent à présent au bord du Rubicon. Il s’agit donc d’un cas de figure inédit. D’un côté, les traders ont passé un nœud coulant autour du cou de l’Italie mais se refusent pour l’instant à le resserrer : la faillite n’est pas déclarée. D’un autre côté, la commission européenne a déclenché une procédure dite de « déficit excessif » à l’égard du gouvernement de Rome qui implique l’application d’amendes financières si celui-ci continue de désobéir. Résumons : l’Etat italien subit, en tant qu’emprunteur, des conditions de refinancement (à 3,4% sur les emprunts à dix ans), qui constituent un handicap par rapport aux autres grands Etats de la zone euro, tout en s’exposant à des amendes dolosives de l’autorité de tutelle.
Une voix, et des plus autorisées, vient pourtant de s’élever pour dire qu’il fallait sortir de ce blocage et qu’on le pouvait ! David Folkerts-Landau, chef économiste de la Deutsche Bank, la plus grande banque allemande, a signé une tribune qui est à la fois une analyse objective du problème italien, un chef-d’œuvre d’honnêteté au regard de la propagande de Bruxelles et de ses soutiens médiatiques, et une proposition de sortie de la crise profitable à l’Italie qui permettrait aussi de sauver la face des commissaires européens.
Une dette qui vient de loin
Le chef économiste de la banque allemande met d’emblée les points sur les i. « Contrairement au préjugé largement répandu, l’Italie a été un Etat frugal. Son excès de dette est un legs du temps où elle n’était pas dans l’eurozone. Depuis lors, elle a réalisé un excédent primaire de son budget –un excédent de recettes sur les dépenses hors charges de la dette. Toutes les autres économies de la zone, à l’exception de l’Allemagne, ont accumulé à l’inverse des déficits primaires ». Il faut interpréter son propos comme la dénonciation d’une injustice puisque notre partenaire transalpin, élève exemplaire, est incriminé par ses partenaires quelque peu laxistes, à commencer par la France de François Hollande et Emmanuel Macron, de Pierre Moscovici et de Michel Barnier, nos représentants à Bruxelles.
L’économiste allemand enfonce le clou. « Depuis 2000, la nouvelle dette italienne a été consacrée à payer les intérêts et non les dépenses courantes. (…) Et la politique de restriction budgétaire assortie de douloureuses réformes de structures a échoué à promouvoir la croissance. L’Italie stagne. Son économie n’a cru que de 7% durant les deux dernières décennies tandis que l’Espagne a cru de 40%, la France et l’Allemagne de 30%. » On croirait que cet expert est passé à l’ennemi keynésien avec armes et bagages. En vérité, sa préoccupation est double, prévenir une nouvelle crise financière en Europe, dont, sans qu’il l’avoue, sa banque serait une victime de choix, et enrayer la montée du populisme que la politique d’austérité aveugle a encouragé sans le savoir. Il admet d’ailleurs que l’Italie devrait pouvoir relancer son économie par des dépenses appropriées, en particulier dans le domaine des infrastructures. Mais, pour ce faire, il faut opérer une réduction substantielle de la charge d’intérêts, qui fournirait les moyens de la relance tout en consolidant le crédit de l’Italie.
Une solution technique au parfum politique
Il écarte la solution de la mutualisation des dettes, qu’il juge inconcevable dans le contexte politique actuel. Il ne croit pas plus à un abandon de créances de la part des détenteurs de la dette italienne, qui fragiliseraient ces derniers[tooltips content= »Près de 400 milliards d’euros de la dette d’Etat sont détenus par les banques de la péninsule »]1[/tooltips]. Il ne reste donc qu’une seule option : faire donner la Garde, en l’occurrence le Mécanisme Européen de Stabilité, ce fonds qui a pris en charge plus de 400 milliards d’euros représentatifs de la faillite de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de Chypre et des banques espagnoles. Le fonds européen serait chargé de substituer par étapes une dette nouvelle peu onéreuse à la dette ancienne qui pèse exagérément sur le Trésor de Rome. David Folkerts-Landau estime qu’on pourrait ainsi réduire la charge d’intérêts de la moitié et dégager ainsi une marge de dépenses productives de 35 milliards d’euros, soit deux gros points de PIB. Pour compléter le dispositif, il préconise une action de la Banque centrale pour réduire les taux exigés par les prêteurs de l’Italie.
Je ne vois aucune faille dans la proposition d’ensemble de l’économiste allemand. Son seul défaut apparent est politique : elle met le doigt sur l’aveuglement des autorités européennes. Mais comme elle leur permettrait de sauver la face dans cet imbroglio dont elles sont les premières responsables, ce défaut semble plus apparent que réel. Ce sont elles en effet qui pilotent le Mécanisme Européen. Elles pourraient, en acceptant les clauses techniques de la proposition, rétablir quelque peu leur autorité politique défiée par le gouvernement Conte. Elles pourraient aussi, ne serait-ce que pour la forme, assortir leur accord d’une demande de réformes supplémentaires. Et les protagonistes pourraient s’embrasser sous les applaudissements des médias au moment du dénouement.
Encore faudrait-il que les esprits de Bruxelles soient encore accessibles à la raison. Rien n’est moins sûr.
« École d’ingénieur·e·s » et « Monsieur la directrice »: l’écriture inclusive envahit le champ universitaire
Avec la complicité passive du gouvernement, de plus en plus de centres universitaires adoptent l’écriture inclusive. A rebours du sens commun, cette novlangue égalitariste déconstruit l’idée même de sexe par tous les moyens grammaticaux.
À en croire certains féministes, voilà fort longtemps que la forme « inclusive » ferait partie de notre registre langagier. Pour preuve, le général de Gaulle lui-même, dans ses adresses à la nation, aurait maintes fois fait usage de la « double flexion » (c’est-à-dire de la juxtaposition systématique du féminin et du masculin des mots déclinables en genre) – depuis lors politiquement consacrée : « Françaises, Français ». Peu leur chaut que la formule ait valeur particulière de vocatif, les subtilités de la grammaire attendront tant que l’objectif politique est agréablement servi.
Cachez ces mots que nous ne saurions voir
L’écriture « inclusive » ou « épicène » n’est pas réductible au recours au point milieu, qui agite le Landerneau médiatique et militant depuis quelques années. Elle a prétention à réformer le français plus amplement ; déjà en était-il question lorsque le ministre des Droits des Femmes de François Mitterrand confiait à Benoîte Groult, en 1984, la présidence de la commission de terminologie relative à la féminisation des noms de fonctions et de métiers, dont les promoteurs de l’usage des « autrice », « professeuse » et « cheffe » se déclarent aujourd’hui les héritiers.
Près de trois décennies plus tard, fort de la bienveillance de la mandature socialiste d’alors, le Haut Conseil pour l’égalité publiait en 2016 son Guide pour une communication publique sans stéréotype de sexe, encourageant notamment l’usage dudit point milieu, et le remplacement de toute occurrence marquée en genre par un équivalent « englobant ». C’est d’ailleurs ainsi que, précurseurs, les Québécois ont banni de leur constitution les trop sexistes « droits de l’homme » pour les bien plus raisonnables « droits de la personne », ou que le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pu juger judicieux de corriger en public une jeune femme qui a usé du terme « mankind » (humanité) au lieu du néologisme mieux-pensant « peoplekind ».
Complicités coupables
En 2017, face aux polémiques engendrées par de telles dérives langagières, Édouard Philippe a tenu à affirmer, au travers de la circulaire du 22 novembre, la prohibition de l’écriture épicène dans les textes officiels français. Dans les faits, le gouvernement – en se contentant de ne traiter que la partie la moins controversée du problème (celle de notre corpus administratif et juridique) – s’est rendu coupable d’une complicité passive aussi inacceptable qu’hypocrite. Car déjà les excès abondent, sans que l’État manifeste aucune réprobation crédible : le Cnam, établissement public de formation, s’est rebaptisé « École d’ingénieur.e.s » ; le CESE, troisième chambre de la république, use et abuse du point milieu dans ses publications, la SNCF, entreprise publique, diffuse cette année un « guide des parents salarié.e.s » ; quand notre lysistratesque secrétaire d’État à l’Égalité hommes-femmes n’hésite plus à clamer être « favorable à féminiser le langage, à ne pas [y] invisibiliser les femmes ».
Malheureusement, il ne faut voir là que des jalons liminaires d’une volonté farouche de remaniement de la langue bien plus radicale. Pour une certaine frange féministe militante, il s’agirait non « plus » d’égaliser le rapport sémantique de genre, mais de l’inverser, ce à quoi l’emploi systématique du « féminin générique » doit contribuer. Les milieux universitaires et leurs départements de sciences humaines sont en première ligne quant à cette attaque en règle de la neutralité du masculin. Ainsi, l’UFR d’anthropologie, de sociologie et de science politique de l’université Lumière-Lyon II peut-elle par exemple se targuer de faire officiellement référence, dans ses statuts, à « Monsieur la Directrice » (sic) ou de s’adresser à l’ensemble de ses « doctorantes » pour désigner un aréopage mixte. Ajoutons que l’écriture inclusive est abondamment pratiquée à Normale Sup, Sciences-Po ou l’École des hautes études en sciences sociales.
La langue serait un instrument de domination qu’il conviendrait de déconstruire, quoi qu’il en coûte. Pour les talibans de la lexicologie, ce qui en établit l’efficacité opératoire – à savoir sa non-ambiguïté, sa pérennité structurelle et sa cohérence interne – doit s’effacer devant toute considération politique compensatoire et son cortège de revendications séditieuses.
La déconstruction déconstruite
La langue n’est certes pas un sanctuaire, mais elle constitue ce qui nous lie et ce sur quoi notre culture commune se fonde, avec, parfois, des conflictualités historiques que nous nous devons d’accepter. L’académicien Jean Dutourd l’avait bien perçu quand il écrivait que « pervertir une langue, c’est pervertir l’esprit, c’est renier l’âme de la nation dans ce qu’elle a de plus intime et de plus précieux ».
Cela est d’autant plus vrai que l’entreprise de déconstruction de la langue dont il est ici question ne saurait avoir de fin véritable. En témoignent les vifs débats internes qui agitent déjà une partie des activistes et « intellectuels » engagés dans la bataille du genre. Employer la forme « inclusive » ou le féminin générique, ce serait promouvoir en fait une vision « genrée » du monde, celle qui accepte que des individus puissent se définir comme relevant binairement du masculin ou du féminin (les transsexuels faisant partie, à leur lisière, de ces « privilégiés »). Or, il suffit de constater que le réseau social Facebook ou l’application de rencontre Tinder proposent aujourd’hui plusieurs dizaines d’identités alternatives de genre ou de non-genre (asexualité, intersexualité, etc.), pour réaliser la profondeur de l’ornière dans laquelle se trouvent les nouveaux réformateurs de la langue.
Afin de permettre à chacun (et ce, dès l’enfance) de se définir en dehors de toute considération de genre, un pronom neutre a ainsi été très officiellement introduit en Suède en 2015. Dans le même temps, encouragée par l’impunité dont ont bénéficié les promoteurs de l’écriture épicène, une communauté militante envisage le combat d’après : celui d’une langue française totalement neutre, débarrassée de la binarité de genre qui la caractérise. Étendant la démarche scandinave, toute la syntaxe et la grammaire devraient être réformées. Nos pronoms, déterminants, articles, règles d’accords et de déclinaisons, jugés discriminatoires (même dans leur forme inclusive !), devraient disparaître.
De Proust, nous ne dirions plus que longtemps « il s’est couché de bonne heure », ni qu’« iel s’est couché.e de bonne heure » (inconvenant, car reconnaissant la binarité de genre), mais que « ul s’est couchet de bonne heure » (forme neutre, re-sic). Pour ne pas heurter et favoriser un vivre-ensemble qui ne demande qu’à être renouvelé, les associations sexualistes militantes préconisent en outre de ne pas s’adresser à un tiers avant de lui avoir demandé de quel pronom il se réclame[tooltips content= »Dans ses guides de bonnes pratiques, l’organisation militante The 519 invite ainsi le plus grand nombre à « commencer les réunions en demandant à chaque personne de se présenter et de préciser le pronom qui est le sien », voire à porter des insignes porte-noms et pronoms. »]1[/tooltips].
Nul doute qu’en bonnes Bouvarde et Pécuchette, ces dernières aient depuis longtemps conclu que « la syntaxe est une fantaisie et la grammaire une illusion ».
Gilets jaunes: il n’y a pas que les politiques qui doivent ouvrir les yeux…
La surprise des politiques et des médias devant l’émergence du mouvement des gilets jaunes prouve qu’il était nécessaire. Mais les Français aussi doivent en tirer des conclusions sur leur rapport à l’Etat.
La couleur de leurs gilets est la même que celle dont les cyclistes se servent pour assurer leur visibilité la nuit : jaune. Cette couleur ne doit rien au hasard. Comme si elle avait été choisie pour conjurer précisément l’invisibilité de cette France des classes moyennes qui ne passe jamais au journal de 20 H, indétectable aux radars médiatiques, et que nos fins limiers des combines politiciennes éprouvent toutes les peines du monde à identifier.
Paris s’éveille…
Dans le pays centralisé qui est le nôtre, les pouvoirs politiques et médiatiques se concentrent à Paris. Il est difficile de franchir le « périph’ ». Certes, une petite excursion en banlieue proche ne coûte pas grand-chose, et permet au besoin de découvrir, pour des journalistes biberonnés au politiquement correct, des évidences que les classes moyennes ont assimilées depuis fort longtemps – par exemple les difficultés de l’intégration.
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En revanche, il est plus difficile pour un médiacrate, drogué aux projeteurs des plateaux télé, de se faire une idée de la déréliction des Français qui vivent dans les villes de moins de cinq mille habitants, aux commerces fermés, percluses d’un chômage incompressible et qui estiment passer à côté des bienfaits de la mondialisation enchantée. C’est cette France qui essaye, des gilets jaunes sur le dos, de se rappeler au bon souvenir des décideurs et de leurs courroies de transmission médiatique.
La France à l’horizontale
Un des enseignements les plus significatifs du mouvement des gilets jaunes est son émergence en dehors des circuits des corps intermédiaires traditionnels : partis politiques et syndicats. Les réseaux sociaux, en favorisant une mobilisation « horizontale » qui court-circuite les institutions, ont permis à ce mouvement de s’adresser directement à l’exécutif. C’est ainsi qu’au tout début de la révolte, à la selfie-vidéo de Jacline, passionnaria de la première heure, une sous-secrétaire d’Etat a répliqué par le truchement du même canal médiatique !
Il n’y a aucun complot du gouvernement contre la voiture !
Je réponds à Jacline Mouraud et au coup de gueule de certains automobilistes en vidéo : pic.twitter.com/sAkCFWgerY— Emmanuelle Wargon (@EmmWargon) 4 novembre 2018
Au-delà de la sympathie que suscite cette démocratie directe, les observateurs de la vie publique ont raison de souligner l’extrême défiance que le succès de ce mouvement met en lumière : défiance envers les syndicats, les partis politiques, mais aussi envers la représentativité de nos élus. Par exemple, il est certain que le très faible nombre d’ouvriers au Parlement est un point qu’il serait téméraire de traiter par-dessus la jambe. Le discrédit dans lequel sont tombés les syndicats est tout aussi inquiétant. Le fait qu’ils n’aient rien vu venir de cette révolte en dit long sur leur déconnexion d’une partie de la France.
Dépenser moins pour gagner plus
Cependant, gardons-nous des simplifications hâtives. Si les gilets jaunes ont raison de dénoncer la hausse continue des taxes (même s’il existe d’autres motifs à leur fronde), celles-ci ne tombent pas du ciel sans raison. Leur cause a un nom : la corpulence de l’Etat. Notre pays a la fâcheuse habitude de trop attendre de ce dernier. Et quand je parle de pays, je parle des Français, et pas seulement de cette entité transcendante nommée France. C’est nous tous qui sommes les complices de cette avalanche ininterrompue de taxes. Si les Français désirent que leurs responsables politiques réduisent celles-ci, il va bien falloir s’attaquer aux dépenses publiques. Et sur ce sujet, il n’est pas écrit que l’unanimité se fasse sur les solutions à apporter.
Le mouvement des gilets jaunes est certainement prometteur. Mais en posant son diagnostic, il ne fait que la moitié du chemin qu’il nous reste à parcourir afin de desserrer l’étau fiscal.
Leur « écologie » est une escroquerie, vite du diesel et des clopes!
L’écologie est le combat de ma vie. Mais celle qui est promue par les pouvoirs publics n’a aucune chance de régler les problèmes de la Terre. Elle fait prendre des risques sociaux et économiques inutiles aux populations.
Il arrive que le militant mécontent renvoie sa carte au parti qui l’a trahi. J’ai parfois envie de rendre la mienne à « l’Ecologie » qui est pourtant le combat de ma vie. J’étouffe dans mon gilet vert à cause du changement climatique ! Pourquoi ? Parce que celui-ci est devenu le seul horizon de l’écologie ! Le vaste domaine de l’environnement a été mis en coupes réglées ces dernières années pour répondre à un unique objectif : lutter contre le CO2. Ce n’est pas sans conséquence : si celui-ci est un des gaz de la vie, il pourrait devenir mortel pour cette noble cause qui a mis si longtemps à s’imposer.
Aucune certitude ne guide l’action des politiques
Contrairement à ce qui est présenté dans la plupart des grands médias, il n’y a pas d’abord de vérité scientifique sur le sujet de l’évolution du climat et de ses possibles causes anthropiques. L’écologiste que je suis et qui n’avait jamais songé à remettre en cause les conclusions du Groupe Inter-Gouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), a été récemment ébranlé par la découverte du mouvement des « climato-réalistes ». Derrière eux ne se cache aucun lobby et la critique qu’ils opèrent de la thèse officielle n’est pas irrationnelle ; elle est argumentée. Ils démontrent que des raisons naturelles peuvent expliquer les modifications du climat et que la présentation des « faits » par les instances gouvernementales et les médias ne relève pas toujours, loin s’en faut, d’un traitement objectif.
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J’ignore aujourd’hui qui a tort ou raison. En revanche, je suis convaincu qu’il existe des incertitudes non négligeables sur les causes et sur les conséquences des évolutions climatiques récentes. Ce n’est donc plus, selon moi, au nom de la « transition écologique » que l’on mène les politiques contre lesquelles se révoltent aujourd’hui les gilets jaunes, mais au nom de « l’incertitude climatique ». On comprend aisément les effets dévastateurs de ce renversement de perspective sur l’acceptabilité sociale des mesures prises pour la « bonne cause ». On le comprend d’autant plus qu’ils sont amplifiés par la certitude venant se greffer sur l’incertitude : celle de l’inutilité des mesures prises sur le problème qu’elles sont censées résoudre.
La juste intuition des gilets jaunes
En effet, l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre demandé aux Européens ne pourra avoir qu’un effet infinitésimal sur le climat futur de la Terre. En prenant pour argent comptant les thèses du GIEC, les milliards engloutis et les milliards prélevés ne serviraient qu’à empêcher un réchauffement d’une valeur se rapprochant du centième de degré… Bien sûr, l’effort de la France et de l’Europe n’a de sens que s’il est compris comme la part d’un effort planétaire. Mais il serait temps d’en convenir : celui-ci ne se produira pas. Les accords internationaux sur le climat ne sont jamais respectés : avec cohérence par ceux qui refusent de les signer et avec duplicité par ceux qui les signent sans les mettre à exécution. Derrière la colère des gilets jaunes, il y a la juste intuition que les sacrifices demandés sont inutiles ou servent d’autres intérêts que ceux qui leur sont présentés.
Privilégier l’écologie locale
En bon écologiste de carnaval, le pouvoir politique essaye maladroitement de « penser globalement » pour assurément « faillir localement ». En proposant des mesures inadéquates pour répondre à des problèmes incertains, il fait courir à son pays et à ses habitants des risques économiques et sociaux inutiles. Cette situation est regrettable car il existe aujourd’hui en France des problèmes « certains », y compris environnementaux, qui mériteraient d’autant plus d’obséder les esprits que les solutions réalistes pour les traiter existent. Mais, pour s’en rendre compte, il faudrait privilégier le local au global, les siens à l’humanité, les périphéries de la France aux confins du monde. Un jour peut-être, l’écologie cessera d’être l’allié objectif des « anywhere » (ceux de nulle part) aux dépens des « somewhere » (ceux de quelque part) et renouera avec une forme d’enracinement. Sans honte, j’enfilerai alors de nouveau mon gilet vert.
Entre peur et idéologie, l’école abandonne la laïcité
Au-delà des gesticulations du ministère, rien n’est fait pour assurer la laïcité à l’école. Sous pression, certains éducateurs ont peur de l’enseigner ; d’autres la refusent carrément…
« Pas de vague » disaient-ils. Pourtant, le tsunami du hashtag maritime n’en est qu’à ses premiers effets. Dès le reflux des flots, devrait apparaître ce qui était sous nos yeux, mais que certains se refusaient à voir, par angélisme ou par intérêt : l’action de défense de la laïcité à l’école, fer de lance d’une politique revendiquée comme volontariste, repose sur de bien fragiles pilotis.
53% des enseignants en REP avouent qu’ils se sont déjà « autocensurés »
A la lumière des récits d’abandon des troupes par la hiérarchie qui inondent le web, on peine à croire que les enseignants soient en mesure de lutter efficacement sur tous les points d’attaque de la laïcité. Dans un tel contexte, il est en effet légitime que « l’intelligence des acteurs de terrain », soit avant tout consacrée à protéger leur intégrité physique et psychique en esquivant les risques. Et, si l’on ajoute à ce réflexe humain de préservation, le choix idéologique de certains d’adhérer à une conception accommodante de la laïcité, la lecture du sondage IFOP sur les enseignants et la laïcité de janvier 2018 a de quoi inquiéter.
Quelques exemples. Alors que la circulaire de septembre 2013 précise que « dans les écoles et établissements d’enseignement publics, la Charte de la laïcité à l’École est affichée de manière à être visible de tous », 34% des sondés issus des lycées et collèges, et 23% de ceux du primaire n’ont pas la certitude qu’elle l’est dans leur établissement. La question de la Charte et des territoires demeure donc d’actualité. Plus grave, 32% des enseignants hors REP et 53% en REP avouent qu’ils se sont déjà « autocensurés dans leur enseignement afin d’éviter de possibles incidents provoqués par certains élèves ». Enfin, 20% des sondés signalent des actes de contestation de la loi sur le port des signes religieux à l’école de 2004 par… des enseignants et membres du personnel eux-mêmes !
La montée des eaux du réel est implacable et les digues que Jean-Michel Blanquer a construites, aussi haut que la Macronie le lui permettait, risquent de n’y point résister.
L’héritage bien vendu de Najat Vallaud-Belkacem
Il est vrai que certains indices auraient dû nous alerter dès le lancement de l’opération « Conseil des Sages ». Pourquoi devoir recourir à un tel conclave pour rédiger un vadémécum qui se révèle n’être, en définitive, que la compilation de textes de loi et de jurisprudences en vigueur sur la laïcité en milieu scolaire ? Il est certes fort utile et synthétique, mais la conception d’un tel outil du quotidien ne relevait-elle pas des cadres du ministère dont son administration regorge ?
Plusieurs hypothèses sont possibles autour de ce choix, dont aucune n’est rassurante. La première est la connaissance par Jean-Michel Blanquer des dysfonctionnements du système et du « principe de l’avalanche ». Cette technique de management pathogène, consiste à submerger le terrain de textes et notes de services lorsque les consignes qu’ils contiennent peuvent être sources de problèmes pour la hiérarchie. Sur la question de la laïcité, cette méthode, corrélée à la lâcheté dénoncée par #Pasdevague, a permis aux difficultés de demeurer confinées au niveau du terrain, sans atteindre l’encadrement. Peut-être le ministre a-t-il donc fait le choix de confier la conception d’un outil réellement opérationnel à des experts non contaminés par ce travers, car déconnectés de toute responsabilité dans sa mise en pratique ? La deuxième possibilité est la nécessité de sanctifier cet évangile car, actuellement, la seule existence de ces règles de droit ne suffit plus à en assurer une légitimité permettant son application. Enfin, et c’est peut-être là le plus terrible, mettre dans un écrin de prestige un outil relevant de la routine administrative était la seule marge de manœuvre dont disposait ce ministre, lucide sur l’urgence, pour maximiser son action sous contrainte du contexte macroniste.
Quant aux adjuvants de la recette, formation et référent laïcité étaient déjà les moyens mis en vitrine par Najat Vallaud-Belkacem. Or, dans le sondage déjà cité, 94% des enseignants disent n’avoir toujours reçu aucune formation continue sur le sujet et, parmi ceux qui l’ont eue, 40% la jugent de mauvaise qualité. Quant à l’action des référents laïcité des rectorats, 47 % la jugent inutile.
Pourtant, reconnaissons que la gestion marketing du vadémécum a été efficace. En vertu du théorème de la lampe torche qui dit que « tout cercle de lumière puissamment orienté sur un sujet génère par contraste une obscurité profonde hors du halo », l’attention de l’opinion publique a été habilement orientée sur l’aspect juridique de la problématique, la détournant d’un légitime questionnement sur la mise en pratique de l’outil. Le silence syndical prudent sur le sujet a fait le reste.
L’inconscience des profs
Mais le réel s’obstine. La déferlante « Pas de vague » révèle l’impuissance des enseignants, l’abandon par la hiérarchie, l’impossibilité à agir par simple dialogue sans sanctions significatives, face à la violence et aux remises en cause de leur autorité. De plus, le sondage IFOP de janvier révèle que seulement 59% d’entre eux pensent la laïcité en danger alors que 72% du reste de la population en est persuadé. Les 41 % qui ne semblent pas s’alarmer, pourcentage déjà important en soi, sont-ils capables d’identifier les dérives et sont-ils motivés pour les combattre ? Qui sont-ils ? Ne risquent-ils pas, par moindre motivation, d’éteindre la volonté d’agir de collègues plus concernés ? Leur confiance en l’état des choses est-elle due au fait qu’ils travaillent dans des zones préservées de toute remise en cause ou, au contraire, sont-ils tous en REP et ne voient-il rien à redire aux atteintes à la laïcité recensés dans les rapports ?
Enfin, il y a ces failles que la forme lisse et calculée du vadémécum laisse malgré tout apparaître. « Les intervenants extérieurs ont le droit au même titre que les parents d’élèves de manifester ostensiblement leurs convictions philosophiques ou religieuse mais ne peuvent faire acte de propagande ou de prosélytisme religieux. » L’évaluation du caractère prosélyte ou propagandiste est bien évidemment renvoyée à l’estimation du directeur ou du chef d’établissement. Les restrictions « ne peuvent être générales et systématiques et doivent être justifiées au cas pas cas ».
Le vadémécum constitue donc un écrit dont l’interprétation peut fluctuer selon les paramètres du système de négociation que sont la radicalité et la maîtrise de ses failles par les parents et les élèves, la force des groupes porteurs de revendications, l’interprétation des faits et la capacité de fermeté des directeurs. A ce propos, le Printemps républicain a d’ailleurs offert cet été, à son corps défendant, une belle illustration de ce que donne la subjectivité de l’interprétation. Sa remise d’un prix de citoyenneté à Latifa Ibn Ziaten a engendré parmi les adhérents et sympathisants un débat musclé, illustrant que, pour une même personne dont les actes sont largement médiatisés, la perception du prosélytisme de son port du foulard à l’intérieur des établissements scolaires ne fait pas consensus. Comment imaginer qu’il en aille autrement pour un intervenant quelconque dont le profil est bien moins connu ?
Calcul électoraliste et peur de l’embrasement des territoires
Enfin, l’Education nationale occulte la dynamique de pression sociale communautaire. Elle contribue à travestir les enjeux, en prétendant qu’il ne s’agit que d’une question de dialogue et de pédagogie à mener d’individu à individu, alors qu’elle est la preuve même que ces vecteurs, employés depuis des décennies, ont échoué à transmettre le respect de règles et principes fondamentaux de notre culture à une part non négligeable de la population.
Une fois encore, la peur du « face à face » de la prophétie de Gérard Collomb, pousse les acteurs politiques aux commandes à s’abstenir de traiter le problème au niveau où il se situe, c’est-à-dire en prenant la parole haut et fort depuis la tribune que le peuple leur a confiée. Par calcul électoraliste et peur de l’embrasement des territoires, la formulation claire des valeurs et pratiques non négociables de notre nation, en direction des groupes sociaux qui ne les partagent pas, n’est jamais exprimée. La lecture attentive du vadémécum et son rapprochement des faits d’actualité mettent à mal le postulat optimiste qu’une unicité de doctrine suffit à engendrer une mise en pratique ferme et homogène. Il est une expression de ce juridisme béat qui consiste à chuchoter derrière un paravent de textes, sans jamais évaluer la réalité de leur application. En ces temps de libération de la parole, cette approche ne devrait pas permettre bien longtemps de s’illusionner sur la portée des actions entreprises.
Facebook censure-t-il la photo de Macron aux Antilles?
Plusieurs utilisateurs de Facebook se plaignent d’avoir été « censurés », pour un étrange motif, par le réseau social après avoir posté la fameuse photo d’Emmanuel Macron entouré de deux jeunes habitants de Saint-Martin…
Ah, la photo de Macron entouré de Réaulf et Dimitri sur l’île de Saint-Martin, lors de son déplacement aux Antilles ! Le président était en visite un an après le passage de l’ouragan Irma et l’exécutif souffrait déjà des violentes critiques de la population. Alors la photo, ça tombait franchement mal. Catastrophique en termes d’image. Le cliché honteux montrait le président à côté d’hommes peu recommandables dont l’un faisait de surcroît un doigt d’honneur face à l’objectif. En sueur, les deux jeunes gens entouraient le président français. La presse apprendrait plus tard que celui qui avait gardé son débardeur était un ancien braqueur qui sortait tout juste de prison.
« Le doigt d’honneur [de mon cousin NDLR], je sais que ce n’est pas bon », confiait au Parisien quelques jours plus tard l’homme, condamné en 2014. Il ajoutait : « Mais ce n’était pas du tout contre le président. Sur le moment, il a juste fait ça pour le style. Il a fait ça envers les gars qui ne veulent pas qu’on avance dans la vie… Pour les gars qui n’aiment pas nous voir avec le président.» Et en effet, Réaulf affirmait être sur le chemin de la rédemption. C’est que le président lui avait conseillé devant les caméras de ne plus faire de bêtises.
« Scènes dénudées » et « activité sexuelle »
« J’aime tous les enfants de la République », se justifiera-t-il plus tard alors que la polémique enflammait rédactions et réseaux sociaux, accusant ceux qui critiquaient le cliché de n’être que d’affreux racistes. Reconnaissons que la droite s’était alors déchainée, Marine Le Pen allant jusqu’à qualifier l’épisode d’impardonnable.
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Aujourd’hui, le cliché maudit refait parler de lui. Mercredi 27 novembre, soit deux mois plus tard, de nombreux utilisateurs du réseau social Facebook se plaignent que la photo qu’ils avaient partagée sur leur profil soit désormais censurée par la boite de Mark Zuckerberg. Le motif ? Le cliché irait à l’encontre des « standards de la communauté sur les scènes dénudées ou l’activité sexuelle » (!) Ainsi, Régis de Castelnau, avocat au Barreau de Paris et contributeur régulier de Causeur, écrivait hier : « Comme des milliers de facebookiens, j’avais publié le 30 septembre dernier la photo de Macron en goguette à Saint Martin. Assortie d’un commentaire lapidaire et consterné. Publiée des milliers de fois sur les réseaux, elle a fait le tour du monde. Deux mois plus tard, je reçois un message courroucé de FB avec un commentaire explicite sur la nature de cette photo. Oscours! Je n’y suis pour rien. Je n’y avais pas vu malice. Je n’ai fait aucun commentaire salace. Que s’est-il passé ? Pourquoi publier des photos du président de la République est-il désormais considéré comme pornographique ? Je suis désarroi… » (sic)
Le Monde révélait hier que le réseau social avait mené une opération de nettoyage de certains comptes bidons qui se coordonnaient pour relayer une propagande anti-Macron. Désormais, c’est donc le fameux cliché que tout le monde a vu qui pose problème… De là à y voir connivences, il y a un pas que nous ne franchirons pas ! Trop effrayés que nous sommes par la loi anti fake-news votée il y a 10 jours à l’Assemblée nationale. Contacté hier, le service de presse de Facebook n’avait pas encore répondu à notre sollicitation quant à cette nouvelle « censure »…
France Inter contre France catholique
Les méthodes de Sonia Devillers ne sont pas très catholiques. La présentatrice de France Inter semble trouver suspect que Vincent Bolloré ait racheté un hebdomadaire par conviction religieuse…
Pour une raison ou pour une autre, Sonia Devillers, grande prêtresse des médias sur France Inter, est très anticatholique, ce qui est son droit le plus strict. Et elle ne manque pas une occasion de le faire savoir et de prêcher pour son antichapelle.
Vous avez dit catholique ? Comme c’est bizarre…
Jeudi 11 octobre, sa chronique média était consacrée au rachat par Vincent Bolloré de l’hebdomadaire France catholique, qui n’intéresse personne. Cette minuscule revue ne risque pas de lui rapporter de l’argent. Il le fait par conviction : « Il n’a jamais fait mystère de sa foi chrétienne. » Et il va placer à la direction de la rédaction « un certain Aymeric Pourbaix ». La journaliste a découvert (et on sent que c’est après une sérieuse enquête), qu’avant d’être responsable de l’agence I.Media à Rome, il a dirigé Famille chrétienne. Ce n’est pas tout : « Ce Aymeric Pourbaix » (sic) est l’instigateur du pèlerinage annuel des médias, fréquenté par des journalistes cathos. Or, Vincent Bolloré a pour directeur de conscience un certain abbé Grimaud. Qui se trouve être aussi l’aumônier dudit pèlerinage. On voit par là qu’il est partout. Réactionnaire patenté, l’abbé Grimaud est un complot à lui tout seul, et Pourbaix est son sicaire.
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Y a-t-il dans cette affaire quoi que ce soit de répréhensible, au regard de la loi, de la déontologie, de la morale ? Aux tribunaux de toutes sortes de le dire. Mais on vous défie, après avoir écouté ce bref édito, de ne pas garder l’impression qu’il y a là quelque chose de suspect. Déjà, l’idée de racheter un titre par conviction, sans en escompter un profit, on sent que c’est louche… Merveilles de la perfidie rhétorique : elle donne à l’insinuation l’autorité de la démonstration. CQFD ? Non, CQFI.
Les gilets jaunes, une révolution anti-Macron
Emmanuel Macron est confronté à un mouvement d’un genre nouveau, largement orienté contre sa personne et ce qu’il représente. S’il veut s’en sortir, il n’a pas d’autre choix que de céder.
Le mouvement des gilets jaunes est inouï. Il est à la fois nouveau et singulier. Il dépasse tous les cadres théoriques existants. Sans leader, hors de toute organisation institutionnelle, de tout corps intermédiaire et constitué, reniant toute forme de récupération politique et idéologique, il se caractérise surtout par sa diversité, à savoir à la fois par la multiplicité des auto-organisations spontanées et par la multiplicité des revendications.
Pourtant, un mouvement, pour avoir du sens et de l’efficacité, a toujours besoin d’unification, de simplification, d’orientation autant dire de théorisation. Pour passer de la révolte vague, polymorphe et épidermique à la réalisation effective et efficace d’une action authentique et orientée. Cette théorisation doit concerner aussi bien le contenu d’un projet que les méthodes stratégiques et tactiques d’action permettant la réalisation de ce projet. Il faut, pour les gilets jaunes, une orientation de signification pour que leur révolte, dans la puissance émotionnelle aussi bien que dans la puissance d’adhésion globale qu’elle suscite, puissent déboucher sur une imprégnation politique authentique.
Les pauvres types ne sont pas pour autant de pauvres cons
La seule justification de cette théorisation n’est pas ici dans la satisfaction d’une quelconque idéologie, car elle trahirait, dans ce cas, l’essence même du mouvement en question. Cette justification est dans une simple constatation de fait. Les classes moyennes souffrent, leur détermination est puissante. Par-delà l’aspect quantitatif de la mobilisation, aspect qui ne saurait faire l’objet d’une constatation objective de la part du pouvoir lui-même, par-delà la spectacularisation de l’action, laquelle bat en brèche la fameuse manipulation par le talent macronien des puissances médiatiques de l’image auxquelles sa fonction lui donne facilement accès, il faut prendre en compte la puissance qualitative de la mobilisation pour cerner sa réalité.
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La seule justification de la théorisation est simplement ici dans l’intérêt manifeste de la collectivité nationale. La multiplicité irrationnelle et la contradiction ne sauraient avoir, sans théorisation et laissées pour elles-mêmes, que la signification de la pure et simple décomposition de la nation. Cette théorisation ne saurait pourtant pas émaner de l’élite pensante traditionnelle car celle-ci ne saurait, par essence, que manquer l’originalité singulière et inouïe du mouvement. Une vérité absolue doit avant tout, avant de tenter la moindre théorisation, être prise en compte. Même si les classes moyennes inférieures n’ont pas l’élévation intellectuelle et culturelle des dirigeants, l’arrogance et le mépris de ces derniers sont une absurdité liée à leur décadence, car il y a une intelligence instinctive des masses qui est une réalité absolue et à laquelle l’intelligence théorique doit absolument se soumettre. Les pauvres types ne sont pas pour autant de pauvres cons. Voilà ce que l’élite technocratique ne peut en aucune manière reconnaître, tout simplement parce qu’il lui manque le ventre et le cœur pour le sentir et l’éprouver. Qui ne s’est pas senti humilié par les grands, qui n’a pas senti, inscrite dans la réalité affective et quasiment charnelle de son âme, l’impression foudroyante du malheur, ne saurait jamais avoir le génie adéquat pour relever le défi lancé par l’exaspération des opprimés !
La démocratie directe se fait sans les syndicats
Deux grands points sont à mettre en évidence pour l’amorce d’une synthèse théorique. Il s’agit premièrement de l’importance d’Internet pour l’émergence de la démocratie directe, et deuxièmement de l’exigence d’une prise en compte d’une égale répartition des efforts par toutes les classes sociales de la nation pour faire face aux défis économiques du monde.
Même s’il ne s’agit ici en aucune manière de se soumettre à la tradition théorique, le premier élément qui exige d’être mentionné, dans une perspective de première théorisation approximative, doit pourtant être d’obédience marxiste. L’essence du marxisme consiste en effet et avec raison de penser une détermination ou un conditionnement en dernière instance de l’action consciente, individuelle et collective, par le niveau de production, à savoir par le niveau de développement des techniques. C’est ce que Marx appelait le déterminisme des superstructures idéologiques par les infrastructures matérielles. C’est la seule existence d’Internet et des réseaux sociaux, à savoir de la plus formidable évolution technique généralisée et démocratisée de ces dernières années, qui a rendu possible le caractère inouï et auto-organisé des gilets jaunes.
C’est l’Internet qui a créé les conditions d’une authentique démocratie directe et d’une action collective sans manipulation institutionnelle. Le peuple sait parfaitement que les syndicats ne sont que des moyens détournés d’enfumage hypocrite permettant à leurs dirigeants de faire croire à l’action hostile au pouvoir alors qu’il ne font que collaborer avec ce dernier, afin de garantir leur propre prospérité sociale au détriment des classes laborieuses. Le peuple sait parfaitement qu’il est autant exploité par les dirigeants syndicaux eux-mêmes que par les dirigeants technocratiques de l’Etat. Le peuple sait aussi parfaitement que les partis politiques, les assemblées et même les associations, à savoir tous les corps intermédiaires sans aucune exception, ne sont que des moyens de promotion sociale de ceux qui parviennent à blouser et à exploiter les autres. Le peuple est spontanément rousseauiste. Il sait que toute représentation est un détournement hypocrite d’intérêt au seul profit des représentants et de leur carrière et toujours à l’éternel détriment des représentés à savoir des faibles et des exploités.
La suppression de l’ISF, une trahison symbolique
Le deuxième élément qui doit enclencher et amorcer la théorisation, c’est l’essentielle prise en compte du ras-le-bol généralisé de la population quant à la baisse de son pouvoir d’achat et à son sentiment de déclassement, tout cela étant dû à la hausse systématique des charges et des taxations. Cette idée est certes une tarte à la crème, mais sa prise en compte réelle est au contraire tout à fait inouïe. La hausse concerne à la fois les timbres, la CSG, les carburants, le gaz, le fuel, le tabac, l’électricité, le contrôle technique, les péages, les mutuelles, le stationnement, les assurances, les frais bancaires et le forfait hospitalier. C’est l’urgence de la situation sociale qui rend sa prise en compte incontournable. Cette prise en compte ne saurait en effet être rien d’autre que la remise en cause totale et pure et simple de la politique d’Emmanuel Macron, laquelle, s’inscrivant dans la parfaite continuité de ses prédécesseurs, n’en est que son amplification cynique et radicale. La suppression de l’ISF est un marqueur symbolique définitif et, même si Macron avait par cette mesure des reconnaissances à exprimer, cette suppression témoigne, chez un homme pourtant réputé très intelligent, d’une erreur politique fondamentale. Il est singulier que, à l’instar des erreurs propres à cet autre libéral que fut Giscard d’Estaing, ce soit un homme aussi intelligent qui fasse une erreur politique aussi grossière. C’est pourquoi il est au plus haut point cohérent que l’un des slogans principaux du mouvement, malgré son caractère singulier dans une démocratie institutionnalisée et fondée sur la représentation, ne soit rien d’autre que la démission du président de la République. Cette exigence est par ailleurs parfaitement conséquente avec la superstructure de démocratie directe qui a engendré le mouvement des gilets jaunes. Répondre à cette exigence par l’arrogance et le mépris et surtout par l’attachement carriériste à son poste et à son rayonnement artificiel et médiatique témoigne d’un manque total d’envergure, de responsabilité historique et surtout de lucidité sur la réalité sociale de la situation.
Macron contre les fondements de la nation
L’idéologie fondamentale d’Emmanuel Macron, celle dont témoigne son livre joliment et ironiquement intitulé Révolution, est éminemment libérale. Il s’agit d’une remise en cause de la rente et des statuts au profit du risque et de la contractualisation. Or, la revendication de l’individualisme libéral d’inspiration anglo-saxonne au détriment de la solidarité nationale et étatique, l’adaptation de la tradition hexagonale à la mondialisation, la revendication d’un privilège du conflit concurrentiel par rapport à la solidarité redistributive, ce n’est rien de moins que la revendication pure et simple de la destruction de l’identité nationale française. La posture jupitérienne n’est, au mieux, qu’une hypocrisie parmi d’autres, une poudre aux yeux visant à faire oublier la réalité de la destruction de l’Etat, et, au pire, une forme de dictature paradoxale visant la destruction technocratique et tyrannique du support étatique et national de la démocratie.
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Indépendamment du retour à la souveraineté nationale, ce qui permettrait certes, par la maîtrise étatique de la monnaie, le rétablissement d’une action indépendante de redynamisation de l’économie nationale par la protection, la dévaluation et l’inflation, une seule alternative s’ouvre à nous. De deux choses l’une en effet, ou l’on réclame l’effacement de la dette de l’Etat, laquelle repose sur une convention d’écriture internationale que la puissance économique du pays peut parfaitement gérer d’une manière politique, ou l’on crée les conditions politiques d’une égalisation des efforts de remboursement entre les différentes classes sociales. Dans la deuxième branche de cette alternative, le seul enclenchement du processus politique rendant possible, par un choc symbolique, l’entente nationale qui en est la condition de possibilité ne saurait être que le rétablissement immédiat de l’ISF.
Le peuple est plus grand que Macron
Le génie jupitérien de la maîtrise médiatique de la communication est battu en brèche par la puissance des images et des slogans, lesquels sont la création du peuple. Car le peuple a le génie et l’intelligence de l’instinct, il est plus puissant que le talentueux Macron. Il est plus grand que lui car il est créateur et, pas plus insoumis que nationaliste, il ne se soumet pourtant à aucune puissance, il est le patriote éternel. Aussi grande que soit la puissance institutionnelle qui est la sienne, aussi grande que soit son intelligence technocratique, aussi grande que soit la puissance matérielle et militaire de l’Etat dont il est le chef, le président de la République est d’une faiblesse insigne car le peuple a déclaré caduque sa puissance et dérisoire son rayonnement. L’un des slogans des gilets jaunes fut absolument génial : « Brigitte, Brigitte, dis au gamin d’arrêter ses macronneries… » Macron doit céder car la puissance qui anime le peuple est celle du cœur et du ventre. Contre le déclassement et le mépris, le peuple seul fera l’histoire car le peuple seul a le génie des événements authentiques et incontournables ! Contre la révolution en faux-nez de Macron, le peuple va accomplir la révolution authentique en profondeur de l’organisation politique, il va réaliser rien de moins que les deux aspects dont le présent texte est la tentative théorique amorcée, à savoir d’une part la démocratie directe et d’autre part l’égalité des sacrifices pour la seule grandeur de la nation.
Partager le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU serait une trahison
Le vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, a suggéré à la France, mercredi 28 novembre, de partager avec son pays son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. La simple idée qu’une telle proposition puisse être émise est une insulte à la France, qui n’est pas un « machin » qu’on s’échange entre grands de ce monde. Sa souveraineté appartient à la nation, pas à Emmanuel Macron. Une tribune de Guillaume Bigot.
Si d’aventure, Emmanuel Macron décidait de partager avec l’Allemagne ou avec l’Union européenne le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, il se rendrait coupable d’une impardonnable forfaiture.
Le mandat dont il dispose permet en effet au président de la République de représenter la nation et de décider en son nom mais dans la limite des attributions qui lui sont reconnues par la Constitution. En cédant aux demandes exprimées par Berlin, le locataire de l’Élysée disposerait alors d’un pouvoir qui ne lui appartient pas. La France est en effet représentée au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que nation.
La souveraineté de la France ne se partage pas
L’article 5 de notre loi fondamentale dispose justement que le président de la République est le garant de l’indépendance nationale. En aucun cas, un président ne saurait renoncer à un instrument aussi décisif de puissance sans porter atteinte à une indépendance nationale dont il est le garant. Un référendum gagné sur la question de savoir si le peuple français accepte de partager son rôle au sein du directoire des Nations unies formerait une condition minimale pour partager notre siège avec Berlin ou avec Bruxelles.
Si Emmanuel Macron faisait droit à la proposition du vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, sans avoir préalablement obtenu une autorisation explicite du peuple, il prendrait une décision aussi inique que celle d’un locataire qui se mettrait à vendre un bien qu’il occupe sans en référer au légitime propriétaire. Emmanuel Macron ne peut en aucun cas brader un « actif » historique conquis de haute lutte par le général De Gaulle.
Ce siège, arraché à Staline et à Roosevelt, signifie que la France reste une puissance mondiale en tant que telle, non comme partenaire de l’Allemagne ou comme ce länder d’une « grosse Europe » dont certains rêvent. Ce statut de membre permanent n’est pas un titre de gloriole cocardier mais un levier d’influence « tous azimuts ».
La France n’est (toujours) pas une start-up
Disposer d’un siège de membre permanent signifie que Paris endosse des intérêts qui dépassent l’Hexagone. Seule une mentalité de comptable étriqué pourrait empêcher un chef de l’État français de comprendre que son pays « n’est jamais aussi grand que lorsqu’il l’est pour tous les hommes ». La France n’est pas qu’une colonne de chiffres. Obnubilés par une vision strictement financière et court-termiste, certains sont peut-être tentés d’améliorer le bas de bilan en réalisant une « FUSAC » pour devenir plus gros sur le marché.
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Fusionner pour peser : tel est le réflexe pavlovien des « managaires » (le terme vient du vieux français « ménasger », c’est-à-dire faire le ménage !). Transposer sur le plan politique ce raisonnement (déjà spécieux sur le plan industriel) serait pire qu’un crime de lèse-majesté contre l’histoire et contre le peuple français, ce serait une erreur. Ce serait surtout un réflexe d’une bêtise géopolitique crasse. Au nom de la mode, ce serait tout ignorer des réalités de la puissance d’aujourd’hui et de demain.
Brader la France, c’est hypothéquer la sécurité du monde
Parier sur l’Allemagne, c’est miser sur le passé et sur le déclin. Chaque année, la population française s’accroît de 500 000 âmes tandis que les Allemands vieillissants sont 500 000 de moins. Demain, 700 millions d’homme et de femmes parleront notre langue. Pour ces multitudes, le tricolore doit redevenir un étendard d’espoir. Notre drapeau reste un symbole d’être au monde spécifique dans le grand marché global. Espérons que notre Rastignac d’Amiens n’aura pas l’idée saugrenue de confier à Berlin le soin de défendre les intérêts de la Francophonie.
Qui peut imaginer que les retraités allemands accepteront de financer des soldats européens et les autoriser à rétablir la paix au Mali ? En tant que commandant en chef, Emmanuel Macron ne saurait ignorer que Paris est la seule capitale déterminée à maintenir l’ordre sur le continent. La France est, avec les États-Unis, la seule puissance à disposer de troupes pré-positionnées dans cette Afrique en plein décollage économique, mais qui est aussi travaillée par l’islamisme et traversée par des tensions ethniques.
Après Maastricht, New-York ?
Troquer notre siège au Conseil de sécurité en échange de quoi d’ailleurs ? Un plat de lentilles ou un accroissement de 1 ou de 2 % du budget européen ? N’osant plus pratiquer la politique de la chaise vide à Bruxelles, il serait désolant que nos autorités se sentent obligées de partager leur fauteuil à New-York pour obtenir d’hypothétiques et timides concessions de nos partenaires. Cette gentillesse à l’égard de Mme Merkel serait touchante si les nations avaient des amies mais elles n’ont hélas que des intérêts. La ratification du traité de Maastricht date de 1992. Qu’avons-nous gagné comme surcroît d’influence et de prospérité en tant que nation ?
Cela fait vingt-six ans que les citoyens français votent sinon pour rien, du moins pour des fondés de pouvoir de Bruxelles. Cela fait vingt-six ans que les élections nationales en France sont un jeu de dupes ou les électeurs croient remettre leur pouvoir de décider, en leur nom, à un président ou à des députés et désigne, en fait, les représentants d’un vingt-septième du pouvoir européen. Personne n’ayant pris la peine d’expliquer à nos compatriotes qu’en faisant l’Europe, on défaisait la démocratie directe pour la replacer, dans le meilleur des cas, par le suffrage indirect au sein du Conseil européen.
La feuille de vigne de l’européisme
Cette dépossession s’opère au nom d’une idée fausse : la France serait nanifiée par la mondialisation. On nous explique que, ne comptant plus suffisamment par nous-même, nous devrions fusionner pour continuer à peser. Mais un pouvoir qui accepterait de partager notre siège de sécurité finirait d’arracher ce qui est une véritable feuille de vigne pour le projet européiste : l’argument de la taille ! Car notre statut au sein des Nations unies est justement l’un des moyens dont nous disposons pour compter plus que proportionnellement par rapport à notre PIB.
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En bradant volontairement cet atout, l’européisme révélerait la rage anti-nationale et la passion de soumission que dissimule, en réalité, le projet européen. Ce ne peut être pour peser plus que l’on décide en effet de peser moins, c’est uniquement pour qu’une autre entité pèse plus que nous ! Mais ce nous de majesté appartient au peuple, certainement pas au Jupiter de la rue du Faubourg Saint-honoré.
Si cette folie européiste venait à être commise, ce serait la goutte d’eau qui ferait déborder le vase de la colère française. Macron est déjà assis sur un siège éjectable. S’il acceptait de partager le statut de la France aux Nations unies avec l’Allemagne ou avec l’Union européenne, il appuierait sur le bouton.
Comment l’Italie pourrait sortir du conflit avec l’Europe… sans humilier Bruxelles

Une sortie de crise est possible dans le conflit qui oppose l’Italie à la Commission européenne.
Les traders ont arrêté leur marche sur Rome. Ils campent à présent au bord du Rubicon. Il s’agit donc d’un cas de figure inédit. D’un côté, les traders ont passé un nœud coulant autour du cou de l’Italie mais se refusent pour l’instant à le resserrer : la faillite n’est pas déclarée. D’un autre côté, la commission européenne a déclenché une procédure dite de « déficit excessif » à l’égard du gouvernement de Rome qui implique l’application d’amendes financières si celui-ci continue de désobéir. Résumons : l’Etat italien subit, en tant qu’emprunteur, des conditions de refinancement (à 3,4% sur les emprunts à dix ans), qui constituent un handicap par rapport aux autres grands Etats de la zone euro, tout en s’exposant à des amendes dolosives de l’autorité de tutelle.
Une voix, et des plus autorisées, vient pourtant de s’élever pour dire qu’il fallait sortir de ce blocage et qu’on le pouvait ! David Folkerts-Landau, chef économiste de la Deutsche Bank, la plus grande banque allemande, a signé une tribune qui est à la fois une analyse objective du problème italien, un chef-d’œuvre d’honnêteté au regard de la propagande de Bruxelles et de ses soutiens médiatiques, et une proposition de sortie de la crise profitable à l’Italie qui permettrait aussi de sauver la face des commissaires européens.
Une dette qui vient de loin
Le chef économiste de la banque allemande met d’emblée les points sur les i. « Contrairement au préjugé largement répandu, l’Italie a été un Etat frugal. Son excès de dette est un legs du temps où elle n’était pas dans l’eurozone. Depuis lors, elle a réalisé un excédent primaire de son budget –un excédent de recettes sur les dépenses hors charges de la dette. Toutes les autres économies de la zone, à l’exception de l’Allemagne, ont accumulé à l’inverse des déficits primaires ». Il faut interpréter son propos comme la dénonciation d’une injustice puisque notre partenaire transalpin, élève exemplaire, est incriminé par ses partenaires quelque peu laxistes, à commencer par la France de François Hollande et Emmanuel Macron, de Pierre Moscovici et de Michel Barnier, nos représentants à Bruxelles.
L’économiste allemand enfonce le clou. « Depuis 2000, la nouvelle dette italienne a été consacrée à payer les intérêts et non les dépenses courantes. (…) Et la politique de restriction budgétaire assortie de douloureuses réformes de structures a échoué à promouvoir la croissance. L’Italie stagne. Son économie n’a cru que de 7% durant les deux dernières décennies tandis que l’Espagne a cru de 40%, la France et l’Allemagne de 30%. » On croirait que cet expert est passé à l’ennemi keynésien avec armes et bagages. En vérité, sa préoccupation est double, prévenir une nouvelle crise financière en Europe, dont, sans qu’il l’avoue, sa banque serait une victime de choix, et enrayer la montée du populisme que la politique d’austérité aveugle a encouragé sans le savoir. Il admet d’ailleurs que l’Italie devrait pouvoir relancer son économie par des dépenses appropriées, en particulier dans le domaine des infrastructures. Mais, pour ce faire, il faut opérer une réduction substantielle de la charge d’intérêts, qui fournirait les moyens de la relance tout en consolidant le crédit de l’Italie.
Une solution technique au parfum politique
Il écarte la solution de la mutualisation des dettes, qu’il juge inconcevable dans le contexte politique actuel. Il ne croit pas plus à un abandon de créances de la part des détenteurs de la dette italienne, qui fragiliseraient ces derniers[tooltips content= »Près de 400 milliards d’euros de la dette d’Etat sont détenus par les banques de la péninsule »]1[/tooltips]. Il ne reste donc qu’une seule option : faire donner la Garde, en l’occurrence le Mécanisme Européen de Stabilité, ce fonds qui a pris en charge plus de 400 milliards d’euros représentatifs de la faillite de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de Chypre et des banques espagnoles. Le fonds européen serait chargé de substituer par étapes une dette nouvelle peu onéreuse à la dette ancienne qui pèse exagérément sur le Trésor de Rome. David Folkerts-Landau estime qu’on pourrait ainsi réduire la charge d’intérêts de la moitié et dégager ainsi une marge de dépenses productives de 35 milliards d’euros, soit deux gros points de PIB. Pour compléter le dispositif, il préconise une action de la Banque centrale pour réduire les taux exigés par les prêteurs de l’Italie.
Je ne vois aucune faille dans la proposition d’ensemble de l’économiste allemand. Son seul défaut apparent est politique : elle met le doigt sur l’aveuglement des autorités européennes. Mais comme elle leur permettrait de sauver la face dans cet imbroglio dont elles sont les premières responsables, ce défaut semble plus apparent que réel. Ce sont elles en effet qui pilotent le Mécanisme Européen. Elles pourraient, en acceptant les clauses techniques de la proposition, rétablir quelque peu leur autorité politique défiée par le gouvernement Conte. Elles pourraient aussi, ne serait-ce que pour la forme, assortir leur accord d’une demande de réformes supplémentaires. Et les protagonistes pourraient s’embrasser sous les applaudissements des médias au moment du dénouement.
Encore faudrait-il que les esprits de Bruxelles soient encore accessibles à la raison. Rien n’est moins sûr.
« École d’ingénieur·e·s » et « Monsieur la directrice »: l’écriture inclusive envahit le champ universitaire
Avec la complicité passive du gouvernement, de plus en plus de centres universitaires adoptent l’écriture inclusive. A rebours du sens commun, cette novlangue égalitariste déconstruit l’idée même de sexe par tous les moyens grammaticaux.
À en croire certains féministes, voilà fort longtemps que la forme « inclusive » ferait partie de notre registre langagier. Pour preuve, le général de Gaulle lui-même, dans ses adresses à la nation, aurait maintes fois fait usage de la « double flexion » (c’est-à-dire de la juxtaposition systématique du féminin et du masculin des mots déclinables en genre) – depuis lors politiquement consacrée : « Françaises, Français ». Peu leur chaut que la formule ait valeur particulière de vocatif, les subtilités de la grammaire attendront tant que l’objectif politique est agréablement servi.
Cachez ces mots que nous ne saurions voir
L’écriture « inclusive » ou « épicène » n’est pas réductible au recours au point milieu, qui agite le Landerneau médiatique et militant depuis quelques années. Elle a prétention à réformer le français plus amplement ; déjà en était-il question lorsque le ministre des Droits des Femmes de François Mitterrand confiait à Benoîte Groult, en 1984, la présidence de la commission de terminologie relative à la féminisation des noms de fonctions et de métiers, dont les promoteurs de l’usage des « autrice », « professeuse » et « cheffe » se déclarent aujourd’hui les héritiers.
Près de trois décennies plus tard, fort de la bienveillance de la mandature socialiste d’alors, le Haut Conseil pour l’égalité publiait en 2016 son Guide pour une communication publique sans stéréotype de sexe, encourageant notamment l’usage dudit point milieu, et le remplacement de toute occurrence marquée en genre par un équivalent « englobant ». C’est d’ailleurs ainsi que, précurseurs, les Québécois ont banni de leur constitution les trop sexistes « droits de l’homme » pour les bien plus raisonnables « droits de la personne », ou que le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pu juger judicieux de corriger en public une jeune femme qui a usé du terme « mankind » (humanité) au lieu du néologisme mieux-pensant « peoplekind ».
Complicités coupables
En 2017, face aux polémiques engendrées par de telles dérives langagières, Édouard Philippe a tenu à affirmer, au travers de la circulaire du 22 novembre, la prohibition de l’écriture épicène dans les textes officiels français. Dans les faits, le gouvernement – en se contentant de ne traiter que la partie la moins controversée du problème (celle de notre corpus administratif et juridique) – s’est rendu coupable d’une complicité passive aussi inacceptable qu’hypocrite. Car déjà les excès abondent, sans que l’État manifeste aucune réprobation crédible : le Cnam, établissement public de formation, s’est rebaptisé « École d’ingénieur.e.s » ; le CESE, troisième chambre de la république, use et abuse du point milieu dans ses publications, la SNCF, entreprise publique, diffuse cette année un « guide des parents salarié.e.s » ; quand notre lysistratesque secrétaire d’État à l’Égalité hommes-femmes n’hésite plus à clamer être « favorable à féminiser le langage, à ne pas [y] invisibiliser les femmes ».
Malheureusement, il ne faut voir là que des jalons liminaires d’une volonté farouche de remaniement de la langue bien plus radicale. Pour une certaine frange féministe militante, il s’agirait non « plus » d’égaliser le rapport sémantique de genre, mais de l’inverser, ce à quoi l’emploi systématique du « féminin générique » doit contribuer. Les milieux universitaires et leurs départements de sciences humaines sont en première ligne quant à cette attaque en règle de la neutralité du masculin. Ainsi, l’UFR d’anthropologie, de sociologie et de science politique de l’université Lumière-Lyon II peut-elle par exemple se targuer de faire officiellement référence, dans ses statuts, à « Monsieur la Directrice » (sic) ou de s’adresser à l’ensemble de ses « doctorantes » pour désigner un aréopage mixte. Ajoutons que l’écriture inclusive est abondamment pratiquée à Normale Sup, Sciences-Po ou l’École des hautes études en sciences sociales.
La langue serait un instrument de domination qu’il conviendrait de déconstruire, quoi qu’il en coûte. Pour les talibans de la lexicologie, ce qui en établit l’efficacité opératoire – à savoir sa non-ambiguïté, sa pérennité structurelle et sa cohérence interne – doit s’effacer devant toute considération politique compensatoire et son cortège de revendications séditieuses.
La déconstruction déconstruite
La langue n’est certes pas un sanctuaire, mais elle constitue ce qui nous lie et ce sur quoi notre culture commune se fonde, avec, parfois, des conflictualités historiques que nous nous devons d’accepter. L’académicien Jean Dutourd l’avait bien perçu quand il écrivait que « pervertir une langue, c’est pervertir l’esprit, c’est renier l’âme de la nation dans ce qu’elle a de plus intime et de plus précieux ».
Cela est d’autant plus vrai que l’entreprise de déconstruction de la langue dont il est ici question ne saurait avoir de fin véritable. En témoignent les vifs débats internes qui agitent déjà une partie des activistes et « intellectuels » engagés dans la bataille du genre. Employer la forme « inclusive » ou le féminin générique, ce serait promouvoir en fait une vision « genrée » du monde, celle qui accepte que des individus puissent se définir comme relevant binairement du masculin ou du féminin (les transsexuels faisant partie, à leur lisière, de ces « privilégiés »). Or, il suffit de constater que le réseau social Facebook ou l’application de rencontre Tinder proposent aujourd’hui plusieurs dizaines d’identités alternatives de genre ou de non-genre (asexualité, intersexualité, etc.), pour réaliser la profondeur de l’ornière dans laquelle se trouvent les nouveaux réformateurs de la langue.
Afin de permettre à chacun (et ce, dès l’enfance) de se définir en dehors de toute considération de genre, un pronom neutre a ainsi été très officiellement introduit en Suède en 2015. Dans le même temps, encouragée par l’impunité dont ont bénéficié les promoteurs de l’écriture épicène, une communauté militante envisage le combat d’après : celui d’une langue française totalement neutre, débarrassée de la binarité de genre qui la caractérise. Étendant la démarche scandinave, toute la syntaxe et la grammaire devraient être réformées. Nos pronoms, déterminants, articles, règles d’accords et de déclinaisons, jugés discriminatoires (même dans leur forme inclusive !), devraient disparaître.
De Proust, nous ne dirions plus que longtemps « il s’est couché de bonne heure », ni qu’« iel s’est couché.e de bonne heure » (inconvenant, car reconnaissant la binarité de genre), mais que « ul s’est couchet de bonne heure » (forme neutre, re-sic). Pour ne pas heurter et favoriser un vivre-ensemble qui ne demande qu’à être renouvelé, les associations sexualistes militantes préconisent en outre de ne pas s’adresser à un tiers avant de lui avoir demandé de quel pronom il se réclame[tooltips content= »Dans ses guides de bonnes pratiques, l’organisation militante The 519 invite ainsi le plus grand nombre à « commencer les réunions en demandant à chaque personne de se présenter et de préciser le pronom qui est le sien », voire à porter des insignes porte-noms et pronoms. »]1[/tooltips].
Nul doute qu’en bonnes Bouvarde et Pécuchette, ces dernières aient depuis longtemps conclu que « la syntaxe est une fantaisie et la grammaire une illusion ».
Gilets jaunes: il n’y a pas que les politiques qui doivent ouvrir les yeux…
La surprise des politiques et des médias devant l’émergence du mouvement des gilets jaunes prouve qu’il était nécessaire. Mais les Français aussi doivent en tirer des conclusions sur leur rapport à l’Etat.
La couleur de leurs gilets est la même que celle dont les cyclistes se servent pour assurer leur visibilité la nuit : jaune. Cette couleur ne doit rien au hasard. Comme si elle avait été choisie pour conjurer précisément l’invisibilité de cette France des classes moyennes qui ne passe jamais au journal de 20 H, indétectable aux radars médiatiques, et que nos fins limiers des combines politiciennes éprouvent toutes les peines du monde à identifier.
Paris s’éveille…
Dans le pays centralisé qui est le nôtre, les pouvoirs politiques et médiatiques se concentrent à Paris. Il est difficile de franchir le « périph’ ». Certes, une petite excursion en banlieue proche ne coûte pas grand-chose, et permet au besoin de découvrir, pour des journalistes biberonnés au politiquement correct, des évidences que les classes moyennes ont assimilées depuis fort longtemps – par exemple les difficultés de l’intégration.
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En revanche, il est plus difficile pour un médiacrate, drogué aux projeteurs des plateaux télé, de se faire une idée de la déréliction des Français qui vivent dans les villes de moins de cinq mille habitants, aux commerces fermés, percluses d’un chômage incompressible et qui estiment passer à côté des bienfaits de la mondialisation enchantée. C’est cette France qui essaye, des gilets jaunes sur le dos, de se rappeler au bon souvenir des décideurs et de leurs courroies de transmission médiatique.
La France à l’horizontale
Un des enseignements les plus significatifs du mouvement des gilets jaunes est son émergence en dehors des circuits des corps intermédiaires traditionnels : partis politiques et syndicats. Les réseaux sociaux, en favorisant une mobilisation « horizontale » qui court-circuite les institutions, ont permis à ce mouvement de s’adresser directement à l’exécutif. C’est ainsi qu’au tout début de la révolte, à la selfie-vidéo de Jacline, passionnaria de la première heure, une sous-secrétaire d’Etat a répliqué par le truchement du même canal médiatique !
Il n’y a aucun complot du gouvernement contre la voiture !
Je réponds à Jacline Mouraud et au coup de gueule de certains automobilistes en vidéo : pic.twitter.com/sAkCFWgerY— Emmanuelle Wargon (@EmmWargon) 4 novembre 2018
Au-delà de la sympathie que suscite cette démocratie directe, les observateurs de la vie publique ont raison de souligner l’extrême défiance que le succès de ce mouvement met en lumière : défiance envers les syndicats, les partis politiques, mais aussi envers la représentativité de nos élus. Par exemple, il est certain que le très faible nombre d’ouvriers au Parlement est un point qu’il serait téméraire de traiter par-dessus la jambe. Le discrédit dans lequel sont tombés les syndicats est tout aussi inquiétant. Le fait qu’ils n’aient rien vu venir de cette révolte en dit long sur leur déconnexion d’une partie de la France.
Dépenser moins pour gagner plus
Cependant, gardons-nous des simplifications hâtives. Si les gilets jaunes ont raison de dénoncer la hausse continue des taxes (même s’il existe d’autres motifs à leur fronde), celles-ci ne tombent pas du ciel sans raison. Leur cause a un nom : la corpulence de l’Etat. Notre pays a la fâcheuse habitude de trop attendre de ce dernier. Et quand je parle de pays, je parle des Français, et pas seulement de cette entité transcendante nommée France. C’est nous tous qui sommes les complices de cette avalanche ininterrompue de taxes. Si les Français désirent que leurs responsables politiques réduisent celles-ci, il va bien falloir s’attaquer aux dépenses publiques. Et sur ce sujet, il n’est pas écrit que l’unanimité se fasse sur les solutions à apporter.
Le mouvement des gilets jaunes est certainement prometteur. Mais en posant son diagnostic, il ne fait que la moitié du chemin qu’il nous reste à parcourir afin de desserrer l’étau fiscal.
Leur « écologie » est une escroquerie, vite du diesel et des clopes!
L’écologie est le combat de ma vie. Mais celle qui est promue par les pouvoirs publics n’a aucune chance de régler les problèmes de la Terre. Elle fait prendre des risques sociaux et économiques inutiles aux populations.
Il arrive que le militant mécontent renvoie sa carte au parti qui l’a trahi. J’ai parfois envie de rendre la mienne à « l’Ecologie » qui est pourtant le combat de ma vie. J’étouffe dans mon gilet vert à cause du changement climatique ! Pourquoi ? Parce que celui-ci est devenu le seul horizon de l’écologie ! Le vaste domaine de l’environnement a été mis en coupes réglées ces dernières années pour répondre à un unique objectif : lutter contre le CO2. Ce n’est pas sans conséquence : si celui-ci est un des gaz de la vie, il pourrait devenir mortel pour cette noble cause qui a mis si longtemps à s’imposer.
Aucune certitude ne guide l’action des politiques
Contrairement à ce qui est présenté dans la plupart des grands médias, il n’y a pas d’abord de vérité scientifique sur le sujet de l’évolution du climat et de ses possibles causes anthropiques. L’écologiste que je suis et qui n’avait jamais songé à remettre en cause les conclusions du Groupe Inter-Gouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), a été récemment ébranlé par la découverte du mouvement des « climato-réalistes ». Derrière eux ne se cache aucun lobby et la critique qu’ils opèrent de la thèse officielle n’est pas irrationnelle ; elle est argumentée. Ils démontrent que des raisons naturelles peuvent expliquer les modifications du climat et que la présentation des « faits » par les instances gouvernementales et les médias ne relève pas toujours, loin s’en faut, d’un traitement objectif.
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J’ignore aujourd’hui qui a tort ou raison. En revanche, je suis convaincu qu’il existe des incertitudes non négligeables sur les causes et sur les conséquences des évolutions climatiques récentes. Ce n’est donc plus, selon moi, au nom de la « transition écologique » que l’on mène les politiques contre lesquelles se révoltent aujourd’hui les gilets jaunes, mais au nom de « l’incertitude climatique ». On comprend aisément les effets dévastateurs de ce renversement de perspective sur l’acceptabilité sociale des mesures prises pour la « bonne cause ». On le comprend d’autant plus qu’ils sont amplifiés par la certitude venant se greffer sur l’incertitude : celle de l’inutilité des mesures prises sur le problème qu’elles sont censées résoudre.
La juste intuition des gilets jaunes
En effet, l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre demandé aux Européens ne pourra avoir qu’un effet infinitésimal sur le climat futur de la Terre. En prenant pour argent comptant les thèses du GIEC, les milliards engloutis et les milliards prélevés ne serviraient qu’à empêcher un réchauffement d’une valeur se rapprochant du centième de degré… Bien sûr, l’effort de la France et de l’Europe n’a de sens que s’il est compris comme la part d’un effort planétaire. Mais il serait temps d’en convenir : celui-ci ne se produira pas. Les accords internationaux sur le climat ne sont jamais respectés : avec cohérence par ceux qui refusent de les signer et avec duplicité par ceux qui les signent sans les mettre à exécution. Derrière la colère des gilets jaunes, il y a la juste intuition que les sacrifices demandés sont inutiles ou servent d’autres intérêts que ceux qui leur sont présentés.
Privilégier l’écologie locale
En bon écologiste de carnaval, le pouvoir politique essaye maladroitement de « penser globalement » pour assurément « faillir localement ». En proposant des mesures inadéquates pour répondre à des problèmes incertains, il fait courir à son pays et à ses habitants des risques économiques et sociaux inutiles. Cette situation est regrettable car il existe aujourd’hui en France des problèmes « certains », y compris environnementaux, qui mériteraient d’autant plus d’obséder les esprits que les solutions réalistes pour les traiter existent. Mais, pour s’en rendre compte, il faudrait privilégier le local au global, les siens à l’humanité, les périphéries de la France aux confins du monde. Un jour peut-être, l’écologie cessera d’être l’allié objectif des « anywhere » (ceux de nulle part) aux dépens des « somewhere » (ceux de quelque part) et renouera avec une forme d’enracinement. Sans honte, j’enfilerai alors de nouveau mon gilet vert.
Entre peur et idéologie, l’école abandonne la laïcité
Au-delà des gesticulations du ministère, rien n’est fait pour assurer la laïcité à l’école. Sous pression, certains éducateurs ont peur de l’enseigner ; d’autres la refusent carrément…
« Pas de vague » disaient-ils. Pourtant, le tsunami du hashtag maritime n’en est qu’à ses premiers effets. Dès le reflux des flots, devrait apparaître ce qui était sous nos yeux, mais que certains se refusaient à voir, par angélisme ou par intérêt : l’action de défense de la laïcité à l’école, fer de lance d’une politique revendiquée comme volontariste, repose sur de bien fragiles pilotis.
53% des enseignants en REP avouent qu’ils se sont déjà « autocensurés »
A la lumière des récits d’abandon des troupes par la hiérarchie qui inondent le web, on peine à croire que les enseignants soient en mesure de lutter efficacement sur tous les points d’attaque de la laïcité. Dans un tel contexte, il est en effet légitime que « l’intelligence des acteurs de terrain », soit avant tout consacrée à protéger leur intégrité physique et psychique en esquivant les risques. Et, si l’on ajoute à ce réflexe humain de préservation, le choix idéologique de certains d’adhérer à une conception accommodante de la laïcité, la lecture du sondage IFOP sur les enseignants et la laïcité de janvier 2018 a de quoi inquiéter.
Quelques exemples. Alors que la circulaire de septembre 2013 précise que « dans les écoles et établissements d’enseignement publics, la Charte de la laïcité à l’École est affichée de manière à être visible de tous », 34% des sondés issus des lycées et collèges, et 23% de ceux du primaire n’ont pas la certitude qu’elle l’est dans leur établissement. La question de la Charte et des territoires demeure donc d’actualité. Plus grave, 32% des enseignants hors REP et 53% en REP avouent qu’ils se sont déjà « autocensurés dans leur enseignement afin d’éviter de possibles incidents provoqués par certains élèves ». Enfin, 20% des sondés signalent des actes de contestation de la loi sur le port des signes religieux à l’école de 2004 par… des enseignants et membres du personnel eux-mêmes !
La montée des eaux du réel est implacable et les digues que Jean-Michel Blanquer a construites, aussi haut que la Macronie le lui permettait, risquent de n’y point résister.
L’héritage bien vendu de Najat Vallaud-Belkacem
Il est vrai que certains indices auraient dû nous alerter dès le lancement de l’opération « Conseil des Sages ». Pourquoi devoir recourir à un tel conclave pour rédiger un vadémécum qui se révèle n’être, en définitive, que la compilation de textes de loi et de jurisprudences en vigueur sur la laïcité en milieu scolaire ? Il est certes fort utile et synthétique, mais la conception d’un tel outil du quotidien ne relevait-elle pas des cadres du ministère dont son administration regorge ?
Plusieurs hypothèses sont possibles autour de ce choix, dont aucune n’est rassurante. La première est la connaissance par Jean-Michel Blanquer des dysfonctionnements du système et du « principe de l’avalanche ». Cette technique de management pathogène, consiste à submerger le terrain de textes et notes de services lorsque les consignes qu’ils contiennent peuvent être sources de problèmes pour la hiérarchie. Sur la question de la laïcité, cette méthode, corrélée à la lâcheté dénoncée par #Pasdevague, a permis aux difficultés de demeurer confinées au niveau du terrain, sans atteindre l’encadrement. Peut-être le ministre a-t-il donc fait le choix de confier la conception d’un outil réellement opérationnel à des experts non contaminés par ce travers, car déconnectés de toute responsabilité dans sa mise en pratique ? La deuxième possibilité est la nécessité de sanctifier cet évangile car, actuellement, la seule existence de ces règles de droit ne suffit plus à en assurer une légitimité permettant son application. Enfin, et c’est peut-être là le plus terrible, mettre dans un écrin de prestige un outil relevant de la routine administrative était la seule marge de manœuvre dont disposait ce ministre, lucide sur l’urgence, pour maximiser son action sous contrainte du contexte macroniste.
Quant aux adjuvants de la recette, formation et référent laïcité étaient déjà les moyens mis en vitrine par Najat Vallaud-Belkacem. Or, dans le sondage déjà cité, 94% des enseignants disent n’avoir toujours reçu aucune formation continue sur le sujet et, parmi ceux qui l’ont eue, 40% la jugent de mauvaise qualité. Quant à l’action des référents laïcité des rectorats, 47 % la jugent inutile.
Pourtant, reconnaissons que la gestion marketing du vadémécum a été efficace. En vertu du théorème de la lampe torche qui dit que « tout cercle de lumière puissamment orienté sur un sujet génère par contraste une obscurité profonde hors du halo », l’attention de l’opinion publique a été habilement orientée sur l’aspect juridique de la problématique, la détournant d’un légitime questionnement sur la mise en pratique de l’outil. Le silence syndical prudent sur le sujet a fait le reste.
L’inconscience des profs
Mais le réel s’obstine. La déferlante « Pas de vague » révèle l’impuissance des enseignants, l’abandon par la hiérarchie, l’impossibilité à agir par simple dialogue sans sanctions significatives, face à la violence et aux remises en cause de leur autorité. De plus, le sondage IFOP de janvier révèle que seulement 59% d’entre eux pensent la laïcité en danger alors que 72% du reste de la population en est persuadé. Les 41 % qui ne semblent pas s’alarmer, pourcentage déjà important en soi, sont-ils capables d’identifier les dérives et sont-ils motivés pour les combattre ? Qui sont-ils ? Ne risquent-ils pas, par moindre motivation, d’éteindre la volonté d’agir de collègues plus concernés ? Leur confiance en l’état des choses est-elle due au fait qu’ils travaillent dans des zones préservées de toute remise en cause ou, au contraire, sont-ils tous en REP et ne voient-il rien à redire aux atteintes à la laïcité recensés dans les rapports ?
Enfin, il y a ces failles que la forme lisse et calculée du vadémécum laisse malgré tout apparaître. « Les intervenants extérieurs ont le droit au même titre que les parents d’élèves de manifester ostensiblement leurs convictions philosophiques ou religieuse mais ne peuvent faire acte de propagande ou de prosélytisme religieux. » L’évaluation du caractère prosélyte ou propagandiste est bien évidemment renvoyée à l’estimation du directeur ou du chef d’établissement. Les restrictions « ne peuvent être générales et systématiques et doivent être justifiées au cas pas cas ».
Le vadémécum constitue donc un écrit dont l’interprétation peut fluctuer selon les paramètres du système de négociation que sont la radicalité et la maîtrise de ses failles par les parents et les élèves, la force des groupes porteurs de revendications, l’interprétation des faits et la capacité de fermeté des directeurs. A ce propos, le Printemps républicain a d’ailleurs offert cet été, à son corps défendant, une belle illustration de ce que donne la subjectivité de l’interprétation. Sa remise d’un prix de citoyenneté à Latifa Ibn Ziaten a engendré parmi les adhérents et sympathisants un débat musclé, illustrant que, pour une même personne dont les actes sont largement médiatisés, la perception du prosélytisme de son port du foulard à l’intérieur des établissements scolaires ne fait pas consensus. Comment imaginer qu’il en aille autrement pour un intervenant quelconque dont le profil est bien moins connu ?
Calcul électoraliste et peur de l’embrasement des territoires
Enfin, l’Education nationale occulte la dynamique de pression sociale communautaire. Elle contribue à travestir les enjeux, en prétendant qu’il ne s’agit que d’une question de dialogue et de pédagogie à mener d’individu à individu, alors qu’elle est la preuve même que ces vecteurs, employés depuis des décennies, ont échoué à transmettre le respect de règles et principes fondamentaux de notre culture à une part non négligeable de la population.
Une fois encore, la peur du « face à face » de la prophétie de Gérard Collomb, pousse les acteurs politiques aux commandes à s’abstenir de traiter le problème au niveau où il se situe, c’est-à-dire en prenant la parole haut et fort depuis la tribune que le peuple leur a confiée. Par calcul électoraliste et peur de l’embrasement des territoires, la formulation claire des valeurs et pratiques non négociables de notre nation, en direction des groupes sociaux qui ne les partagent pas, n’est jamais exprimée. La lecture attentive du vadémécum et son rapprochement des faits d’actualité mettent à mal le postulat optimiste qu’une unicité de doctrine suffit à engendrer une mise en pratique ferme et homogène. Il est une expression de ce juridisme béat qui consiste à chuchoter derrière un paravent de textes, sans jamais évaluer la réalité de leur application. En ces temps de libération de la parole, cette approche ne devrait pas permettre bien longtemps de s’illusionner sur la portée des actions entreprises.
Facebook censure-t-il la photo de Macron aux Antilles?
Plusieurs utilisateurs de Facebook se plaignent d’avoir été « censurés », pour un étrange motif, par le réseau social après avoir posté la fameuse photo d’Emmanuel Macron entouré de deux jeunes habitants de Saint-Martin…
Ah, la photo de Macron entouré de Réaulf et Dimitri sur l’île de Saint-Martin, lors de son déplacement aux Antilles ! Le président était en visite un an après le passage de l’ouragan Irma et l’exécutif souffrait déjà des violentes critiques de la population. Alors la photo, ça tombait franchement mal. Catastrophique en termes d’image. Le cliché honteux montrait le président à côté d’hommes peu recommandables dont l’un faisait de surcroît un doigt d’honneur face à l’objectif. En sueur, les deux jeunes gens entouraient le président français. La presse apprendrait plus tard que celui qui avait gardé son débardeur était un ancien braqueur qui sortait tout juste de prison.
« Le doigt d’honneur [de mon cousin NDLR], je sais que ce n’est pas bon », confiait au Parisien quelques jours plus tard l’homme, condamné en 2014. Il ajoutait : « Mais ce n’était pas du tout contre le président. Sur le moment, il a juste fait ça pour le style. Il a fait ça envers les gars qui ne veulent pas qu’on avance dans la vie… Pour les gars qui n’aiment pas nous voir avec le président.» Et en effet, Réaulf affirmait être sur le chemin de la rédemption. C’est que le président lui avait conseillé devant les caméras de ne plus faire de bêtises.
« Scènes dénudées » et « activité sexuelle »
« J’aime tous les enfants de la République », se justifiera-t-il plus tard alors que la polémique enflammait rédactions et réseaux sociaux, accusant ceux qui critiquaient le cliché de n’être que d’affreux racistes. Reconnaissons que la droite s’était alors déchainée, Marine Le Pen allant jusqu’à qualifier l’épisode d’impardonnable.
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Aujourd’hui, le cliché maudit refait parler de lui. Mercredi 27 novembre, soit deux mois plus tard, de nombreux utilisateurs du réseau social Facebook se plaignent que la photo qu’ils avaient partagée sur leur profil soit désormais censurée par la boite de Mark Zuckerberg. Le motif ? Le cliché irait à l’encontre des « standards de la communauté sur les scènes dénudées ou l’activité sexuelle » (!) Ainsi, Régis de Castelnau, avocat au Barreau de Paris et contributeur régulier de Causeur, écrivait hier : « Comme des milliers de facebookiens, j’avais publié le 30 septembre dernier la photo de Macron en goguette à Saint Martin. Assortie d’un commentaire lapidaire et consterné. Publiée des milliers de fois sur les réseaux, elle a fait le tour du monde. Deux mois plus tard, je reçois un message courroucé de FB avec un commentaire explicite sur la nature de cette photo. Oscours! Je n’y suis pour rien. Je n’y avais pas vu malice. Je n’ai fait aucun commentaire salace. Que s’est-il passé ? Pourquoi publier des photos du président de la République est-il désormais considéré comme pornographique ? Je suis désarroi… » (sic)
Le Monde révélait hier que le réseau social avait mené une opération de nettoyage de certains comptes bidons qui se coordonnaient pour relayer une propagande anti-Macron. Désormais, c’est donc le fameux cliché que tout le monde a vu qui pose problème… De là à y voir connivences, il y a un pas que nous ne franchirons pas ! Trop effrayés que nous sommes par la loi anti fake-news votée il y a 10 jours à l’Assemblée nationale. Contacté hier, le service de presse de Facebook n’avait pas encore répondu à notre sollicitation quant à cette nouvelle « censure »…
France Inter contre France catholique
Les méthodes de Sonia Devillers ne sont pas très catholiques. La présentatrice de France Inter semble trouver suspect que Vincent Bolloré ait racheté un hebdomadaire par conviction religieuse…
Pour une raison ou pour une autre, Sonia Devillers, grande prêtresse des médias sur France Inter, est très anticatholique, ce qui est son droit le plus strict. Et elle ne manque pas une occasion de le faire savoir et de prêcher pour son antichapelle.
Vous avez dit catholique ? Comme c’est bizarre…
Jeudi 11 octobre, sa chronique média était consacrée au rachat par Vincent Bolloré de l’hebdomadaire France catholique, qui n’intéresse personne. Cette minuscule revue ne risque pas de lui rapporter de l’argent. Il le fait par conviction : « Il n’a jamais fait mystère de sa foi chrétienne. » Et il va placer à la direction de la rédaction « un certain Aymeric Pourbaix ». La journaliste a découvert (et on sent que c’est après une sérieuse enquête), qu’avant d’être responsable de l’agence I.Media à Rome, il a dirigé Famille chrétienne. Ce n’est pas tout : « Ce Aymeric Pourbaix » (sic) est l’instigateur du pèlerinage annuel des médias, fréquenté par des journalistes cathos. Or, Vincent Bolloré a pour directeur de conscience un certain abbé Grimaud. Qui se trouve être aussi l’aumônier dudit pèlerinage. On voit par là qu’il est partout. Réactionnaire patenté, l’abbé Grimaud est un complot à lui tout seul, et Pourbaix est son sicaire.
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Y a-t-il dans cette affaire quoi que ce soit de répréhensible, au regard de la loi, de la déontologie, de la morale ? Aux tribunaux de toutes sortes de le dire. Mais on vous défie, après avoir écouté ce bref édito, de ne pas garder l’impression qu’il y a là quelque chose de suspect. Déjà, l’idée de racheter un titre par conviction, sans en escompter un profit, on sent que c’est louche… Merveilles de la perfidie rhétorique : elle donne à l’insinuation l’autorité de la démonstration. CQFD ? Non, CQFI.










