Les non-réponses de Macron aux gilets jaunes le montrent: l’Etat sacrifie l’humain à la transition énergétique. Hier, il n’a pourtant rien fait pour la faire accoucher sans la douleur…


Personne ne conteste qu’il faille lutter contre la pollution.

Mais le pouvoir a tenté de discréditer, dénaturer, voire diffamer un mouvement social spontané rare que les historiens étudieront longtemps, celui des gilets jaunes. Le pouvoir a refusé de l’écouter feignant de croire qu’il ne visait que le prix du carburant et, suivi par des intégristes très sélectifs de l’environnement, a critiqué vertement ou méprisé des hommes et des femmes « égoïstes », qualifiés de « peste brune ».

Etat de l’écologie et écologie de l’Etat

Or, s’il s’agissait vraiment de réduire la pollution due à la combustion d’énergies fossiles, quid des centrales à charbon allemandes, des camions transfrontières, des porte-conteneurs chinois, qui polluent l’atmosphère infiniment plus que l’infirmier du Massif central ou la mère de famille de Normandie ou d’Île de France. Car pouvoir aller et venir pour les besoins de sa vie avec son véhicule est un droit citoyen. Et si nos véhicules polluent, c’est que l’État et ses voisins ont été incapables, depuis des décennies, de se soustraire aux lobbys pétroliers et de faire un grand effort scientifique, industriel et réglementaire pour aller vers des véhicules moins polluants. N’oublions pas le scandale Volkswagen.

Où en sont les plans de ferroutage et de merroutage en panne depuis 30 ans ?

Et s’il s’agit de préserver les ressources naturelles, quid encore de la destruction massive et délirante de nos terres agricoles et des sites naturels ? Faut-il toujours plus de voies ferrées, de lotissements, de parkings de supermarchés, d’autoroutes privatisées, de TGV ?

La cause de ces effets, c’est notamment la surpopulation d’un monde passé en un siècle d’un milliard à bientôt huit milliards d’habitants. Avec les crises migratoires – et donc sociologiques et politiques – qui s’ajoutent aux pollutions inhérentes et proportionnelles. Qui osera évoquer ce tabou ?

La transition énergétique, l’arbre qui cache la souffrance

Se focaliser sur la seule transition énergétique permet d’éviter de parler du reste, de la vérité qui dérange. Car les gilets jaunes, pour qui aurait dû avoir le respect de les écouter et pas seulement de les entendre, réclament aussi un droit de l’homme fondamental incoercible et imprescriptible : le droit de vivre et de travailler dans la dignité.

L’appauvrissement de notre pays, qui fut si riche et que nos dirigeants ont, depuis 40 ans, ruiné par idéologie, incompétence ou complicité, fait que des travailleurs, des chômeurs et des retraités ne peuvent plus vivre. Je dis bien : vivre. Sinon dans la gêne absolue, l’angoisse, l’humiliation. Les intégristes écolos peuvent-ils l’entendre ? Sont-ils accessibles à l’écologie humaine ? Ou seulement aux ours et au sadomasochisme réglementaire borné ?

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Il y a encore plus profond dans le malheur des Français des giratoires et des péages. Ils exigent à juste titre, parfois sans bien savoir l’exprimer, que la République et la France redeviennent une civilisation fondée sur la solidarité, la dignité, la justice, le consensus culturel et social, la démocratie.

De la transition énergétique à la transition démocratique

Ceci supposerait d’abord que les grands choix politiques, économiques et sociaux soient désormais, à jamais, de façon impérative et intangible, effectués par referendum. Le « contrat social » né en 1790 lors de la fête de la Fédération est foulé aux pieds depuis 40 ans. La Fayette avait réussi, le 14 juillet 1790, à rapprocher toutes les forces vives du pays. Du roi à l’armée et aux clercs, des puissants aux bourgeois et au peuple : « Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi [l’Etat], de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi et de protéger conformément aux lois la sûreté des personnes et des propriétés, la circulation des grains et des subsistances dans l’intérieur du royaume, la prescription des contributions publiques sous quelque forme qu’elle existe, et de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la Fraternité. » Une sacrée leçon.

Ce pacte national fut rejeté par l’aveuglement des nantis. Un an plus tard, le Champ-de-Mars, qui avait été le cadre de la fête de la Fédération, devenait celui de la fusillade qui entraînera la Terreur. La France n’allait pas souvent retrouver l’esprit de la « Fédération ».

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