Le vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, a suggéré à la France, mercredi 28 novembre, de partager avec son pays son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. La simple idée qu’une telle proposition puisse être émise est une insulte à la France, qui n’est pas un « machin » qu’on s’échange entre grands de ce monde. Sa souveraineté appartient à la nation, pas à Emmanuel Macron. Une tribune de Guillaume Bigot.


Si d’aventure, Emmanuel Macron décidait de partager avec l’Allemagne ou avec l’Union européenne le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, il se rendrait coupable d’une impardonnable forfaiture.

Le mandat dont il dispose permet en effet au président de la République de représenter la nation et de décider en son nom mais dans la limite des attributions qui lui sont reconnues par la Constitution. En cédant aux demandes exprimées par Berlin, le locataire de l’Élysée disposerait alors d’un pouvoir qui ne lui appartient pas. La France est en effet représentée au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que nation.

La souveraineté de la France ne se partage pas

L’article 5 de notre loi fondamentale dispose justement que le président de la République est le garant de l’indépendance nationale. En aucun cas, un président ne saurait renoncer à un instrument aussi décisif de puissance sans porter atteinte à une indépendance nationale dont il est le garant. Un référendum gagné sur la question de savoir si le peuple français accepte de partager son rôle au sein du directoire des Nations unies formerait une condition minimale pour partager notre siège avec Berlin ou avec Bruxelles.

Si Emmanuel Macron faisait droit à la proposition du vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, sans avoir préalablement obtenu une autorisation explicite du peuple, il prendrait une décision aussi inique que celle d’un locataire qui se mettrait à vendre un bien qu’il occupe sans en référer au légitime propriétaire. Emmanuel Macron ne peut en aucun cas brader un « actif » historique conquis de haute lutte par le général De Gaulle.

Ce siège, arraché à Staline et à Roosevelt, signifie que la France reste une puissance mondiale en tant que telle, non comme partenaire de l’Allemagne ou comme ce länder d’une « grosse Europe » dont certains rêvent. Ce statut de membre permanent n’est pas un titre de gloriole cocardier mais un levier d’influence « tous azimuts ». 

La France n’est (toujours) pas une start-up

Disposer d’un siège de membre permanent signifie que Paris endosse des intérêts qui dépassent l’Hexagone. Seule une mentalité de comptable étriqué pourrait empêcher un chef de l’État français de comprendre que son pays « n’est jamais aussi grand que lorsqu’il l’est pour tous les hommes ». La France n’est pas qu’une colonne de chiffres. Obnubilés par une vision strictement financière et court-termiste, certains sont peut-être tentés d’améliorer le bas de bilan en réalisant une « FUSAC » pour devenir plus gros sur le marché.

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Fusionner pour peser : tel est le réflexe pavlovien des « managaires » (le terme vient du vieux français « ménasger », c’est-à-dire faire le ménage !). Transposer sur le plan politique ce raisonnement (déjà spécieux sur le plan industriel) serait pire qu’un crime de lèse-majesté contre l’histoire et contre le peuple français, ce serait une erreur. Ce serait surtout un réflexe d’une bêtise géopolitique crasse. Au nom de la mode, ce serait tout ignorer des réalités de la puissance d’aujourd’hui et de demain.

Brader la France, c’est hypothéquer la sécurité du monde

Parier sur l’Allemagne, c’est miser sur le passé et sur le déclin. Chaque année, la population française s’accroît de 500 000 âmes tandis que les Allemands vieillissants sont 500 000 de moins. Demain, 700 millions d’homme et de femmes parleront notre langue. Pour ces multitudes, le tricolore doit redevenir un étendard d’espoir. Notre drapeau reste un symbole d’être au monde spécifique dans le grand marché global. Espérons que notre Rastignac d’Amiens n’aura pas l’idée saugrenue de confier à Berlin le soin de défendre les intérêts de la Francophonie.

Qui peut imaginer que les retraités allemands accepteront de financer des soldats européens et les autoriser à rétablir la paix au Mali ? En tant que commandant en chef, Emmanuel Macron ne saurait ignorer que Paris est la seule capitale déterminée à maintenir l’ordre sur le continent. La France est, avec les États-Unis, la seule puissance à disposer de troupes pré-positionnées dans cette Afrique en plein décollage économique, mais qui est aussi travaillée par l’islamisme et traversée par des tensions ethniques. 

Après Maastricht, New-York ?

Troquer notre siège au Conseil de sécurité en échange de quoi d’ailleurs ? Un plat de lentilles ou un accroissement de 1 ou de 2 % du budget européen ? N’osant plus pratiquer la politique de la chaise vide à Bruxelles, il serait désolant que nos autorités se sentent obligées de partager leur fauteuil à New-York pour obtenir d’hypothétiques et timides concessions de nos partenaires. Cette gentillesse à l’égard de Mme Merkel serait touchante si les nations avaient des amies mais elles n’ont hélas que des intérêts. La ratification du traité de Maastricht date de 1992. Qu’avons-nous gagné comme surcroît d’influence et de prospérité en tant que nation ?

Cela fait vingt-six ans que les citoyens français votent sinon pour rien, du moins pour des fondés de pouvoir de Bruxelles. Cela fait vingt-six ans que les élections nationales en France sont un jeu de dupes ou les électeurs croient remettre leur pouvoir de décider, en leur nom, à un président ou à des députés et désigne, en fait, les représentants d’un vingt-septième du pouvoir européen. Personne n’ayant pris la peine d’expliquer à nos compatriotes qu’en faisant l’Europe, on défaisait la démocratie directe pour la replacer, dans le meilleur des cas, par le suffrage indirect au sein du Conseil européen.

La feuille de vigne de l’européisme

Cette dépossession s’opère au nom d’une idée fausse : la France serait nanifiée par la mondialisation. On nous explique que, ne comptant plus suffisamment par nous-même, nous devrions fusionner pour continuer à peser. Mais un pouvoir qui accepterait de partager notre siège de sécurité finirait d’arracher ce qui est une véritable feuille de vigne pour le projet européiste : l’argument de la taille ! Car notre statut au sein des Nations unies est justement l’un des moyens dont nous disposons pour compter plus que proportionnellement par rapport à notre PIB.

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En bradant volontairement cet atout, l’européisme révélerait la rage anti-nationale et la passion de soumission que dissimule, en réalité, le projet européen. Ce ne peut être pour peser plus que l’on décide en effet de peser moins, c’est uniquement pour qu’une autre entité pèse plus que nous ! Mais ce nous de majesté appartient au peuple, certainement pas au Jupiter de la rue du Faubourg Saint-honoré.

Si cette folie européiste venait à être commise, ce serait la goutte d’eau qui ferait déborder le vase de la colère française. Macron est déjà assis sur un siège éjectable. S’il acceptait de partager le statut de la France aux Nations unies avec l’Allemagne ou avec l’Union européenne, il appuierait sur le bouton.

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