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La révolte des gilets jaunes n’est pas seulement antifiscale


La révolte des gilets jaunes n’est pas une simple jacquerie antifiscale. Certes, la France périphérique souffre de la vie chère et du déclassement social mais sa colère ne se compte pas en euros. Symboliquement, la voiture représente le dernier espace de liberté pour cette frange du peuple fâchée avec ses élites politiques, syndicales et médiatiques. Loin de pleurer le modèle social français, les gilets jaunes en ont assez de le financer. 


Populaires ou populistes ? Peste brune ou lutte des classes ? Poujadistes ou insoumis ? Mobilisation ou jacquerie ? La question du sexe des « gilets jaunes » a mis au supplice nombre de commentateurs d’habitude prompts à nommer, catégoriser, enfermer et, in fine, disqualifier ou encenser – on se rappelle le ravissement de certains devant Nuit debout. Ce désarroi sémantique partagé d’un bout à l’autre de l’arc médiatique et politique (y compris par votre servante) n’est guère surprenant. Jusqu’à ce que Christophe Guilluy, identifiant le grand mouvement qui a chassé les classes moyennes et populaires des centres-villes trop chers, puis des banlieues, trop islamisées, la qualifie de « périphérique », la France périurbaine, celle qui vit dans des bourgades qui ne sont ni vraiment la ville, ni vraiment la campagne et cumulent souvent les défauts des deux, n’avait aucune existence médiatique. « Il s’agit d’une France largement ignorée par les intellectuels et les acteurs publics, confirme l’urbaniste Philippe Genestier dans Le Monde. Quand on parcourt cette France-là, on perçoit qu’elle se considère comme vraiment invisible aux yeux des pouvoirs publics, contrairement aux “banlieues à problèmes”, bien qu’elle soit, elle aussi, menacée de déclassement et de précarisation. En outre, elle se sent déconsidérée par les injonctions morales (à la mixité sociale dans l’habitat et à l’école, ou à utiliser des modes de déplacement doux) que lui adresse la “France d’en haut”, alors que cette dernière s’affranchit de la carte scolaire et voyage régulièrement en avion. »

Marre des crânes d’œuf parisiens 

La sociologie très hétérogène du mouvement et la diversité des aspirations que cachent les « Ras l’bol » et les « On n’en peut plus », exprimés de mille manières, sont un défi de plus à l’analyse. Aussi faut-il saluer l’effort de Genestier pour dresser un portrait-robot des manifestants : « Que leurs revenus soient modestes ou moyens (de 1,5 à 3 ou 4 SMIC pour un couple avec deux salaires), qu’ils soient ouvriers qualifiés, employés, cadres d’exécution ou alors représentants, artisans, commerçants ou infirmières, leurs activités et leur choix de vie se caractérisent par leur localisation dans le périurbain. Il s’agit de ces Français qui ont conçu l’accès à la propriété d’un pavillon dans une zone peu dense (rêve de 85 % d’entre eux, selon un sondage TNS-Sofres de 2007) comme une manière de sécuriser l’avenir. Cette stratégie a pour corollaire la possession d’une voiture (et le plus souvent de deux) leur permettant de s’affranchir des assignations spatiales, sociales, économiques. » Les « gilets jaunes », c’est d’abord le petit peuple de la bagnole, celui pour qui elle est, non seulement un indispensable moyen d’aller bosser, mais aussi, symboliquement, le dernier refuge de sa liberté, le seul endroit où il est aux commandes. C’est cette liberté que menace l’augmentation du carburant. Pour filer une blague de Tellenne-De Koch père et fils, dans la France des « gilets jaunes », l’essence précède l’existence.

Ce n’est pas parce qu’elle aime les morts au volant que cette France s’était déjà soulevée contre la limite des 80 km/h, mais parce qu’elle en a assez que des crânes d’œuf parisiens sachent toujours mieux qu’elle ce qui est bon pour elle. S’ils angoissent à l’idée que des blocages d’aéroport pourraient les empêcher de faire prendre à leur conscience écologique un repos bien mérité sur une plage lointaine, elle ne va pas pleurer.

Pour le citadin lambda, qui a lui aussi des problèmes de fins de mois et peur de l’Urssaf, le « gilet jaune » est un inconnu. Et pour cause : « Il s’agit de la France qui ne prend pas les transports en commun, qui se déplace surtout de banlieue à banlieue en évitant le cœur des villes avec ses encombrements et ses rues piétonnisées aux commerces franchisés », explique encore Genestier. Entre les deux France, le décrochage est, nous dit-on, géographique, économique, numérique, social. Autant dire existentiel et culturel. Non seulement les Français ne vivent plus dans le même monde, mais ils sont de plus en plus nombreux à considérer que la règle commune n’est pas légitime. Interrogée sur le refus des bloqueurs de se conformer aux parcours autorisés pour les manifestations et même de demander des autorisations, une jeune femme répondait sur un ton buté : « Oui, c’est peut-être la règle, mais ce n’est pas la nôtre. » À court terme, s’il est fort probable que le froid, les divisions, la résignation, la violence et l’approche de Noël viendront à bout de cette révolte, ils ne mettront pas fin à l’humeur sécessionniste d’une partie des Français. Et on peut gager que les annonces présidentielles ne suffiront pas plus à les réconcilier avec leurs dirigeants. Ni avec leurs syndicats, leurs partis ou leurs médias.

Un spécimen encore plus exotique que l’électeur FN

L’omniprésence des « gilets jaunes » sur les chaînes d’info continue, où on s’est mis en mode « émission spéciale » pendant deux semaines, a donné à beaucoup (sauf aux intéressés) le sentiment que les médias encourageaient le mouvement. C’est plutôt le contraire qui s’est produit, sous l’effet de ce que Gilles Casanova appelle l’autoréférentialité des médias. L’affaire passionnant le public, les audiences ont été historiques, suscitant en retour l’intérêt passionné des directions (et on les comprend). Une théorie ininterrompue d’experts et autres spécialistes en tout (comme votre servante) a donc défilé sur tous les plateaux pour disséquer le « gilet jaune », spécimen encore plus exotique que l’électeur du Front national. Des journalistes-ethnologues sont partis aux quatre coins du pays, rapportant de passionnantes bribes de vérité comme Erwan Seznec qui a croisé des Bretons excédés par la bureaucratie. Hors antenne, et parfois à l’antenne, nombre de confrères trouvent néanmoins que ces gens ne sont décidément pas raisonnables, qu’ils ont des mauvaises manières et qu’il faut bien protéger la planète contre ces vandales.

S’agissant des mauvaises manières, c’est indéniable, au moins pour la partie des bloqueurs qui s’est volontiers montrée agressive ou violente. On ne saurait exclure complètement que, le 24 novembre, le pouvoir ait laissé le « bololo » s’installer sur les Champs-Élysées, dans l’espoir que les images de violence effraieraient le bourgeois. En tout cas, alors que les réseaux sociaux bruissaient d’appels à envahir l’avenue malgré l’interdiction de la préfecture, celle-ci a oublié de demander à la mairie de Paris de prendre les précautions élémentaires et habituelles dans de pareils cas. Reste que les violences et dégradations, qui n’ont d’ailleurs pas été limitées à Paris, n’ont pas été commises par des policiers, mais bien par des casseurs avec ou sans gilet jaune. Du reste, il ne suffit pas d’être malheureux ou en colère, ni même d’être méprisé par les sermonneurs pour avoir raison.

La révolte des désespérés

Il ne s’agit donc pas d’abdiquer de tout esprit critique et de sanctifier toute parole venue de la base ni, comme le pointe justement Jean-Pierre Le Goff dans Le Figaro, d’opposer « de façon démagogique la “France d’en haut”, les “élites” à qui l’on attribue tous les vices, et la “France d’en bas”, le “peuple” paré de vertus régénératrices. » Défensive et parfois hargneuse, la révolte des ronds-points est éminemment discutable dans ses méthodes et dans ses mots d’ordre. Le refus de certains d’entendre tout argument s’éloignant d’un agenda qu’ils sont bien en peine de définir est décourageant. Et le syndrome « réunion de copropriété », qui dans une assemblée voit souvent les pires enquiquineurs prendre le pouvoir, a vite été à l’œuvre. De plus, la détestation revendiquée du président de la République témoigne pour le moins d’une faible capacité à l’empathie que les « gilets jaunes » attendent à bon droit de leurs concitoyens. qui jette sans vergogne de l’huile sur ce feu-là a de quoi glacer ; d’ailleurs, c’est peut-être son but. « Ce que les instituts ne mesurent pas, écrivait-il le 27 novembre dans Libération, c’est le dégoût, puissant, virulent, que vous suscitez chez, combien ? à la louche un quart ? un tiers ? des Français. […] Samedi dernier, surtout, qu’est-ce qui rassemblait les “gilets jaunes” ? Qu’est-ce qui les unissait, bien plus que le gazole ? Qu’est-ce qui, par-delà mille différences, leur faisait un trait commun ? Vous. L’aversion que vous provoquez. Et ça se comprend. » Quel talent, s’exclame-t-on de toutes parts tout en trouvant qu’il exagère. La haine est-elle une politique ?

Il y a en outre quelque chose de déconcertant, voire d’un peu triste, dans cette révolte qui ne se raconte même pas qu’elle va faire advenir un monde meilleur. Si Ruffin et les Insoumis projettent volontiers sur ce mouvement social leurs fantasmes de Grand Soir et d’opprimés en lutte, la France des « gilets jaunes » est individualiste, comme l’observe encore Philippe Genestier. « Pour elle, le choix (sous contrainte) du mode de vie périurbain correspond plus à des valeurs de solidarité familiale et d’entraide entre pairs que de citoyenneté. Il affirme ainsi une préférence pour des liens forts, mais peu nombreux, offerts par un ancrage local (le choix de la localisation dans tel ou tel secteur de grande banlieue ayant été fait en fonction de la localisation des parents ou de la fratrie) plutôt que pour les liens faibles qu’offre le centre-ville. » Elle râle certes de voir les services publics qu’elle paye à grands frais disparaître ou décliner quand ils ne deviennent pas des générateurs de persécution administrative. Mais à la différence des foules habituées des grandes manifs de gauche, elle ne pleure pas le modèle social français, au contraire, elle trouve qu’il lui coûte encore beaucoup trop cher. Et si elle veut que ses dirigeants tournent enfin leurs regards vers elle, elle aimerait bien que l’État l’oublie, comme le résume encore Genestier : « Cette France perçoit les politiques locales avec méfiance : les tramways, les centres-villes patrimonialisés, les théâtres subventionnés, par exemple, elle ne les fréquente guère. Pourtant, par la taxe foncière, les périurbains contribuent largement à financer des politiques urbaines calibrées sur des aspirations qui ne sont pas les leurs. Cette France se sent alors ponctionnée pour mettre en œuvre des mesures sociales dont elle ne sera pas bénéficiaire. Ainsi, il ne lui vient pas à l’esprit, sauf accident de la vie (décès d’un conjoint, chômage, divorce) de déposer une demande d’HLM, alors que 70 % des Français y sont éligibles. »

Un populisme chimiquement pur 

Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas de se demander si on est pour ou contre les « gilets jaunes », mais d’essayer de comprendre ce qui les anime – et ce qui pourrait éventuellement les rabibocher avec leurs institutions et leurs concitoyens. L’Obs a pourtant tranché, non sans une pointe de mauvaise conscience. Si l’hebdomadaire de la gauche vieillissante consent à entendre la « voix du peuple » dans la révolte du diesel, cette voix ne lui dit rien de bon. Derrière les « gilets jaunes », il pointait, dès le 22 novembre, la « récupération populiste ». Ce n’est pas complètement faux. D’une part, si on veut bien employer ce terme de façon parfaitement neutre, le mouvement des « gilets jaunes » est bien une forme française de cette grande vague protestataire que l’on nomme populiste. Et d’autre part, quoiqu’on ne puisse accuser Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan de récupération, on voit mal qui d’autre qu’eux pourrait tirer un bénéfice politique d’un mouvement où les électeurs de la première sont d’ailleurs surreprésentés, selon le politologue Jérôme Fourquet. Emmanuel Macron table peut-être déjà sur le même duel qu’en 2017 pour être réélu. Après tout, il ne serait pas le premier à se livrer à de tels calculs.

Nés des réseaux sociaux, sans l’intervention de partis, de syndicats, d’associations ou de médias reconnus relayant les appels à manifester, les « gilets jaunes » sont contre tout cela à la fois. Ils ne croient en rien ni en personne. Par leur défiance revendiquée à l’égard de tout truchement politique par lequel ils pourraient dire leur colère, ils représentent peut-être même, comme me le souffle Daoud Boughezala, un populisme chimiquement pur, délivré de toute trace de démocratie représentative. On dira que ce mot-valise, qui vise avant tout à coiffer du même opprobre des personnalités aussi différentes que Marine Le Pen et Jair Bolsonaro, empêche de penser. S’agissant des partis et des responsables politiques qu’il vise, c’est certain. Il a cependant le mérite de pointer ce qu’il y a de commun dans les aspirations, les refus et les colères qui font leur succès. Derrière le vote populiste, aussi hétérogène soit-il, il y a toujours le même ressort : le ressentiment de classes populaires et moyennes sacrifiées sur l’autel du nouveau progrès. « Il ne faut pas sacrifier l’avenir au présent », a dit le président. Certes. Mais demander aux humains de sacrifier leur ici et maintenant pour le bonheur de leurs descendants est, pour le coup, assez injuste. Croyez-vous que ces petits ingrats nous diront merci ? (Ceci est une blague qui ne traduit aucune indifférence coupable à l’urgence écologique. Mais peut-être que certaines urgences sont plus urgentes que d’autres.)

Les cibles favorites de la gauche paillettes

La « vague populiste », comme on dit pour faire peur aux enfants, grossit donc à mesure que des petits et des petits-moyens, autrement dit des sans-grades et ceux qui craignent de le devenir, adressent de grands bras d’honneur à leurs dirigeants et, au-delà, à tous les beaux esprits qui leur donnent des leçons de maintien. Le vote Trump est une claque pour le New York Times. Et les « gilets jaunes », une anomalie pour tous ceux qui sont convaincus de savoir ce qui est bon pour les gens ordinaires, comme disait Orwell : comment rouler, comment manger, comment élever leurs gosses et, bien sûr, comment penser. La crise des « gilets jaunes » est bien le dernier avatar de l’affrontement, décrit par le chercheur David Goodhart, entre les « gens de nulle part » (autrefois baptisés « élites mondialisées » par Jean-Pierre Chevènement), et « ceux de quelque part », également dénoncés comme ploucs. En France, ces suspects habituels sont, depuis quelques décennies, les cibles favorites de la gauche paillette qui les a caricaturés en beaufs, ringards et fachos et les somme avec constance, non seulement de s’adapter au nouveau monde, mais aussi de l’aimer en se prosternant bruyamment devant toutes les vachettes sacrées du progressisme, du multiculti à la GPA, en passant par l’apocalyptisme climatique et l’européisme. Peut-être avait-on vaguement oublié de leur dire que le capitalisme sans frontières inventé dans les années 1980 exigerait de toute façon la destruction de tous les cadres de vie et de pensée auxquels ils étaient attachés, autrement dit leur disparition symbolique. Ou encore qu’il accoucherait d’un monde dans lequel travailler ne suffit pas pour vivre.

Un peuple étranger à la France insoumise

On ne s’en étonnera pas : si les Insoumis ont tenté de surfer sur la vague jaune, la gauche boboïsée des grandes villes, flairant le malentendu, n’a pas tardé à froncer le nez. Cette révolte antifiscale, comme on l’a baptisée, n’est pas vraiment sa came Elle a aimé, au début du mouvement, la petite musique de la lutte contre les inégalités et les slogans contre le « président des riches ». Puis beaucoup, dans ses rangs, se sont aperçus que le peuple qui se soulevait leur était, en réalité, assez profondément étranger. Sans doute parce que, comme on l’explique doctement dans un article de Libération intitulé « “C’était mieux avant”, carburant des populismes », les diverses révoltes, électorales ou pas, que l’on qualifie de populistes,ont aussi en commun de révéler chez leurs protagonistes, « des Brexiters anglais aux rodomontades de Bolsonaro », un goût coupable pour la nostalgie. « À l’ère des populismes sensationnalistes, peut-on notamment y lire, on comprend mieux pourquoi le recours à une rhétorique nostalgique sur fond de déclinisme apparaît le plus à même de séduire une population occidentale vieillissante et craintive face à la modernité et au progrès technique qui la marginalise. » Ces salauds, ils n’ont même pas le bon goût d’applaudir à leur propre effacement.

Cependant, si la gauche a congédié ce peuple coupable de regretter un monde où il avait le sentiment de compter, il faut bien dire que le reste de l’échiquier idéologique ne l’attendait pas là où il s’est manifesté. Alors que, d’un bout à l’autre de l’Europe, les peuples de la périphérie clament leur volonté de rester des peuples et pour cela de contrôler et d’intégrer, voire de stopper, les flux migratoires, beaucoup, comme votre servante, annonçaient (ou souhaitaient) un sursaut culturel. Contre le séparatisme islamiste, les menaces sur la laïcité, le vivre-ensemble en ruine, le parti de la continuité historique, toutes origines et toutes conditions confondues, allait se lever et dire « ça suffit ». « On est chez nous » – ce « on » incluant tous ceux qui veulent être accueillis dans la culture et les mœurs françaises. L’homme, rappelait-on, ne vit pas que de pain, il a aussi besoin d’identité. On avait oublié qu’il vit d’abord de pain, de chauffage et de tout le reste. Quand on compte – en minutes – le temps pendant lequel on laisse un radiateur d’appoint allumé dans la chambre de son môme, quand toute l’énergie est mobilisée pour se procurer l’indispensable, il n’y a guère de place pour se demander s’il y a quelque chose de plus grand, de plus collectif, que soi. Préoccupation qui a d’ailleurs largement déserté les beaux quartiers, mais pour d’autres raisons. Quand le succès se mesure à la détention d’une Rolex et le bonheur au dernier iPhone, le rétrécissement de la vie n’est pas qu’une affaire de pauvres, comme le remarque Jean-Pierre Le Goff dans l’entretien déjà cité : « La déculturation ne concerne pas qu’une partie des élites, elle me paraît largement transversale aux différentes catégories sociales. La combinaison du chômage de masse et du bouleversement du terreau socio-éducatif a produit des effets de déstructuration anthropologique individuelle et sociale au sein des couches populaires. Parler d’“insurrection citoyenne” comme le fait Mélenchon, c’est non seulement prendre ses désirs pour des réalités, mais aussi verser de l’huile sur un feu difficilement maîtrisable. »

Que faire ?

Reste en effet à poser la vieille question léniniste. Que faire pour répondre à des inquiétudes à la fois si profondes et si variées dans leurs objets ? En réalité, et c’est le plus angoissant, on a l’impression que personne n’en sait fichtrement rien, ni ceux qui, comme Macron, pensent que le bonheur est au bout du chemin européiste et mondialiste, ni ceux qui, à l’instar de Le Pen, prétendent restaurer la souveraineté des nations. Il y a trente ans, on disait, à propos du Front national : « Bonnes questions, mauvaises réponses. » Puis, on a cru éliminer le problème en regardant ailleurs et on a décidé qu’il n’y avait pas de questions. Aujourd’hui que les questions nous explosent à la figure, on se dit qu’il n’y a pas de bonnes réponses. En effet, quand on ne les chérit pas, on s’interroge peu sur les causes qui produisent les effets qu’on abhorre. Or, il y a quelques raisons de penser que c’est l’alliance du libre-échangisme généralisé et du capitalisme financiarisé qui explique que, d’un bout à l’autre du monde développé et même en partie émergent, les usines aient été fermées et les classes moyennes laminées. Seulement, à supposer qu’on en ait la volonté, on ne voit pas vraiment comment remettre le dentifrice dans le tube. S’insurgeant contre le « il n’y a pas d’alternative » thatchérien, Natacha Polony nous répond : « Il n’y a pas d’autre monde, mais il y a d’autres politiques possibles. Sinon, autant abolir tout de suite la démocratie. » Quand tant de citoyens pensent que la politique se fait sans eux, voire contre eux, la démocratie est déjà mal en point. Surtout, que ce soit du côté de la France insoumise ou de celui du Rassemblement national, on ne voit pas plus pointer une alternative enviable et crédible qu’on ne croit à la grande réforme fiscale promise depuis des années. Ce qu’on voit, en revanche, c’est que les gens de quelque part refusent de n’être plus personne. Le peuple, bien sûr, n’a pas toujours raison. L’ennui c’est qu’en démocratie, on ne peut pas le gouverner durablement en décrétant qu’il a tort.


Malaise dans la démocratie

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La Macronie ne s’imaginait pas la France comme ça

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Le Premier ministre Edouard Philippe est apparu un poil abattu, jeudi 6 décembre, sur le plateau de TF1. A l’image d’une Macronie revenue de ses ambitions bonaparto-startupiennes, et déçue d’une France qu’elle imaginait autrement.


En rentrant d’Argentine, alors que l’anarchie venait de frapper Paris, le président Macron aurait, selon Le Canard Enchainé, piqué une colère noire contre ce « branleur » d’Edouard Philippe. Depuis, alors que la situation politique est de plus en plus préoccupante, le Premier ministre a été contraint de sortir de la discrétion qui avait, jusqu’alors, fait sa légende. Hier soir, c’est au JT de notre chaîne de télévision la plus populaire et la plus conservatrice (TF1) qu’Edouard Philippe s’était invité pour parler aux Français.

Est-ce que j’ai une gueule d’ « unité nationale », moi ?

« La France a peur » ? Peut-être. Les concessionnaires de l’avenue de la Grande Armée, eux, c’est certain. Notre Premier ministre de droite, qui chapeaute un gouvernement et de droite et de gauche, a répondu aux questions d’un Gilles Bouleau inquiet. Ceci, moins de 48 heures avant la manifestation de tous les dangers… Alors, moratoire de 6 mois ou suspension définitive de l’augmentation des taxes sur le gazole, à la fin ? Gilles Bouleau s’emporte : « Ce n’est pas clair ! » Selon lui, Macron et Philippe se sont renvoyé la balle et c’est la « cacophonie » depuis le début de la semaine. Droit dans ses bottes, Philippe confirme que l’augmentation est définitivement abandonnée : « Cette taxe est annulée. Nous avons entendu la colère des Français. » L’air grave, il répétera à deux ou trois reprises qu’aucune taxe « ne mérite de remettre en cause l’unité nationale ».

A lire aussi: Christophe Guilluy: « Les gilets jaunes demandent du respect, le pouvoir répond par l’insulte! »

Reste que pendant 18 mois, Philippe a poursuivi une chasse aux automobilistes, à la mode en France depuis des années, et dressé contre Macron la tripotée de mécontents que l’on sait. Le contrôle technique contraignant et cher, l’effondrement de la cote des véhicules diesel, le prix à la pompe et les radars toujours plus nombreux ont eu raison de la patience de la désormais consacrée « France périphérique ». Ceux qui suivent régulièrement le journal de Jean-Pierre Pernaut savaient à quoi s’en tenir. Les brillants cabinets ministériels à Paris, eux, n’auraient « rien vu venir »

La Macronie s’est trompée de pays

Macron a tant aimé être « vertical » et « gaullien ». Par ici l’addition : il est sur le point d’avoir son propre Mai 68 ! L’exécutif ne pensait pas que la limitation de la vitesse à 80 km/h, votée le 1er juillet, allait mettre le feu aux poudres. Ensuite, sur les réseaux sociaux, le pays a fait connaissance avec l’élégante Jacline Mouraud. Puis, les Français se sont regroupés en masse sur de multiples ronds-points de province. Et enfin, des « séditieux » sur les Champs-Elysées ont fait un « bololo » effarant. Arc de Triomphe vandalisé, policiers violemment pris à partie, 55 voitures défoncées dans Paris et six immeubles incendiés auront-ils raison du quinquennat ? La foule a terrifié l’exécutif.

Les éditorialistes ergotent depuis des jours : mauvaises consignes aux policiers, peur de la bavure, vrais ou faux « gilets jaune » au Tribunal d’instance de Paris ? On s’en fiche, le résultat est là : face à cette grogne inédite, l’exécutif a été contraint de faire « marche arrière ». Et prie désormais pour qu’il ne soit pas trop tard. Alors qu’elle a longtemps raillé la couardise de ses prédécesseurs de « l’ancien monde » incapable d’aller au bout des réformes, c’est toute la Macronie qui est maintenant ridicule.

Macron et la nostalgie de l’Italie

Gilles Bouleau veut savoir qui a vraiment pris la décision de reculer. Comme si cela intéressait encore quelqu’un, alors que des chiards brûlent maintenant les poubelles sans savoir vraiment pourquoi aux abords des lycées, et que les cahiers de doléances des gilets jaunes prennent des allures de bottin téléphonique. L’entrée « des banlieues » (que des esprits malveillants supputent vraiment séditieuses) dans ce conflit social protéiforme, enfin, est davantage un sujet d’inquiétude pour le citoyen lambda.

A lire aussi: Les gilets jaunes, une révolution anti-Macron

« Je suis pris pour cible, mais je constate que c’est aussi un terrible échec pour les partis politiques et les syndicats, qui sont hors-jeu », aurait déclaré Macron, toujours selon Le Canard Enchaîné, en début de semaine auprès de ses conseillers. Il se rassure comme il peut. Il n’y a pas un mois, le président et nombre de médiatiques pensaient que le mouvement 5 Etoiles italien relevait du folklore transalpin le plus grotesque. Les mêmes brûlent maintenant des cierges pour que les gilets jaunes puissent en prendre une forme équivalente. La société française est depuis plusieurs jours aux frontières du réel. Le regard légèrement désabusé d’Edouard Philippe sur TF1 en était l’illustration un peu désarmante.

Veuillez exprimer votre colère calmement

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Le lion de la MGM finit de rugir. Le sigle d’United Artists passe et s’éteint. Fondu au noir. Banc-titre, en lettres capitales, en blanc-au-noir :

THE REVOLUTION
IS NOT A SOCIAL DINNER
A LITERARY EVENT,
A DRAWING OR AN EMBROIDERY .
IT CANNOT BE DONE WITH…
ELEGANCE AND COURTESY ;
THE REVOLUTION IS AN ACT OF VIOLENCE…

Mao Tse-Tung

Puis le jet de pisse le plus célèbre de l’histoire du cinéma, dru, moussu, impétueux, frappe une souche pétrifiée où s’agitent des fourmis, qui succombent l’une après l’autre sous le flot de sodium / potassium / chlore / bicarbonates… Comme c’est un péon inculte et désœuvré qui se soulage, peu de chances que cette urine-là contienne de l’acide asparagusique.

Suivent 157 minutes de violence déchaînée. Le Mexique des années Villa / Zapata ne faisait pas dans la dentelle — ni les Allemands des fosses ardéatines, auquel il est fait allusion au passage : tout film ou roman historique raconte aussi l’histoire des temps modernes. Fin de la famille de Juan Miranda, massacrée. Fin du triolisme amoureux et libertaire de Sean Mallory, anéanti. Et fin de Mallory (« Sean-Sean-Sean »), renvoyé dans les astres par son dernier litre de nitroglycérine. Ça vaut le coup de la chaudière de locomotive de La Condition humaine : la révolution mange ses enfants, comme le Saturne de Goya.

« On voudrait une colère, mais polie, bien élevée »

Pourquoi parlé-je de ce qui fut le dernier western (et bien plus que cela) de Sergio Leone ? C’est qu’à lire et à écouter les commentaires sur les derniers événements qui ont balafré Paris, Marseille, Toulouse et le Puy-en-Velais. La Vierge noire ne s’en est pas remise, ni Macron qui est passé voir les dégâts, et qui s’est fait copieusement huer par la foule.

Cris d’effroi dans la classe politico-journalistique : protester, certes, mais cette violence ! Ces débordements ! Christophe Castaner n’a pas été le dernier à fustiger des événements que dans son inculture — comme le lui a rappelé Barbara Lefebvre — il a un peu rapidement assimilés au 6 février 1934. L’Histoire ne repasse pas les plats. La situation actuelle n’est ni 34, ni 68. Dans Libération, le philosophe Frédéric Gros note avec une grande pertinence :  « On ne cesse d’entendre de la part des « responsables » politiques le même discours : « La colère est légitime, nous l’entendons ; mais rien ne peut justifier la violence. » On voudrait une colère, mais polie, bien élevée, qui remette une liste des doléances, en remerciant bien bas que le monde politique veuille bien prendre le temps de la consulter. On voudrait une colère détachée de son expression. Il faut admettre l’existence d’un certain registre de violences qui ne procède plus d’un choix ni d’un calcul, auquel il est impossible même d’appliquer le critère légitime vs. illégitime parce qu’il est l’expression pure d’une exaspération. Cette révolte-là est celle du « trop, c’est trop », du ras-le-bol. Tout gouvernement a la violence qu’il mérite. »

Castaner et la prise de la Bastille

Eh oui : la révolution (et encore, nous en sommes loin, pour le moment) n’est pas un dîner de gala. Mais j’imagine assez bien Castaner ou BFM commenter la prise de la Bastille — « violences inacceptables, un monument historique ravagé par une foule menée par des extrémistes, rassemblons-nous autour de notre roi »… Sans compter le gouverneur Launay mort sous les coups et dont la tête sanglante a été promenée dans Paris par des émeutiers incontrôlables — mais comme disait Rivarol, qui était pourtant monarchiste : « Il avait perdu la tête avant qu’on la lui coupât. »

À noter qu’on promena aussi dans les rues ce jour-là la tête de Flesselles, maire de Paris. Hidalgo devrait se méfier.

Et encore, c’étaient les violons avant le bal. Bien des têtes tombèrent dans les années qui suivirent. La révolution est violente — mais les révoltes aussi, et les simples émeutes ne restent pas en rade. Quand on inonde de mépris ceux qui…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Monsieur le président, abolissez vos privilèges!

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Pour apaiser la situation et accorder des concessions symboliques aux gilets jaunes, le président de la République Emmanuel Macron devrait renoncer aux privilèges de la classe politique. Un moyen rapide de renouer le dialogue avec le peuple.


Il existe un moyen absolument magique et immédiat de ramener la paix civile en France, d’empêcher que le samedi 8 décembre 2018 ne devienne un 14 juillet 1789 avec la perspective de voir la tête d’un gentil jeune homme intelligent et prometteur brandie au bout d’une pique. Dans ma grandeur d’âme, je livre à la Nation et à son gouvernement ce moyen sans demander la moindre rétribution financière.

Dans Le sacrifice, du génial réalisateur russe Tarkovski, un homme isolé dans une petite île suédoise avec sa famille apprend un soir par la télévision que la guerre atomique est déclarée et que la fin du monde arrive. Il décide alors de faire un sacrifice extraordinaire, de brûler entièrement sa belle et vaste maison pour que l’atroce événement n’ait pas existé. Il se réveille le lendemain près du tas de cendres et un voisin lui apprend que le monde se porte comme à l’ordinaire et que nulle guerre atomique n’a été déclarée. Fable magnifique, très chrétienne au demeurant : il faut savoir brûler le superflu pour sauver l’essentiel.

Les ex-présidents au minimum vieillesse

Imaginons que ce soir ou demain soir (le temps presse) le président Macron apparaisse à la télévision et déclare renoncer à la moitié de son salaire, de sa liste civile selon la terminologie officielle. Imaginons que dans la même allocution, il annonce plusieurs projets de loi : la diminution de 50 % des émoluments des députés et des sénateurs, la mise au pain sec des ministres et la fin de l’extravagante pension à vie des chanceux qui ont été ministres même si c’était pour quelques jours (je n’ai pas besoin de contrôler si cette fameuse pension existe ou pas, tout le monde y croit et en est scandalisé). Sans oublier une réforme essentielle : le versement du minimum vieillesse à quatre retraités qui nous coûtent fort cher en pensions et en gardiennage, MM Giscard, Chirac, Sarkozy et Hollande. Trois d’entre eux pourraient compléter leurs 800 euros mensuels par quelques conférences annuelles à 200 ou 300.000 euros, ils ont encore la langue bien pendue. Pour le pauvre monsieur Chirac, il serait inhumain de le faire discourir ligoté sur sa chaise comme on fait pour M. Bouteflika. Il vaudrait mieux que Bernadette demande des secours aux riches amis moyen-orientaux du couple. N’oublions pas un coup de sabre sur les revenus de la plus haute fonction publique, ambassadeurs et autres volailles du conseil d’Etat et des grands corps. Et pourquoi pas une taxe à vie sur les revenus des anciens énarques ?

Ne nous cachons pas la réalité : ces économies apparemment drastiques n’auraient pas de grandes conséquences sur le budget de l’Etat. Entre les sommes ainsi récoltées et le « pognon dingue » de la dépense publique, il y a une différence d’échelle. Mais le choc psychologique ! Aussitôt après le discours, les bouteilles de crémant débouchées sur les ronds-points ! Les vivats pour le président Macron, hué quelques jours avant, dont la démission était souhaitée par tous ! Comme on encenserait vite celui qu’on avait voulu brûler ! En insistant sur la rapidité du retournement, je ne me moque pas de la versatilité du peuple des pauvres gilets jaunes, je souligne le rapport haine/amour que la très monarchique Vème République a instauré entre le Président et les Français.

Une crise de symboles

Les Parisiens de 1789 voulaient arracher à Versailles le boulanger, la boulangère et le petit mitron et les ramener à Paris. Pas seulement pour fabriquer du pain, mais qu’ils soient parmi eux, qu’ils partagent leurs difficultés, vivent à leur niveau et dans leur quotidien. La crise des gilets jaunes est une crise de symboles et c’est avec des symboles qu’il faut y répondre. Macron a courageusement affronté les ouvriers en grève à Amiens, il faut que, une fois la rage apaisée par l’annonce de la baisse de son salaire, il revête un gilet jaune et aille discuter avec les braves employés, les caissières de supermarché, les vieux retraités pauvres sur un rond-point. Je garantis la chute immédiate des violences. Ajoutons entre parenthèses que ces fameux ronds-points qui pendant longtemps ont été accusés de coûter cher et de ne servir à rien ont enfin trouvé leur utilité. Et une magnifique utilité : ils sont devenus des hauts-lieux de la démocratie française, des agoras athéniennes présentes dans chaque petite ville de France, une amorce de la réalisation du rêve fou de démocratie directe.

Ah, elle est dure la condition monarchique, même dans la France hautement civilisée du XXIème siècle ! Le roi masqué en président a tous les pouvoirs, il est donc responsable de toutes les misères. Le président Macron peut se consoler en pensant qu’autrefois dans certaines cultures comme dans l’antique Scandinavie, le roi était tenu pour responsable des récoltes et mis à mort si une moisson trop faible annonçait la famine.

Acte 2 : l’immigration

À plus long terme, si Macron souhaite avoir la moindre chance d’être réélu, il faut qu’il s’intéresse enfin à la question migratoire et aux énormes dépenses consacrées à ceux qui se sont invités chez nous. Je lis çà et là le chiffre de 80 milliards par an et entre les logements en Formule 1, les subsides aux Mineurs Non Accompagnés et aux demandeurs d’asile, les allocations versées aux familles régularisées, ces sommes astronomiques pourraient bien refléter la réalité. La question migratoire s’invite enfin dans les doléances des gilets jaunes et Emmanuel Macron, s’il ne veut pas ranimer la flamme des colères devra s’abstenir de signer le pacte de Marrakech.

Gilets jaunes: la nouvelle stratégie des médias pour les discréditer

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Ou comment grotesquiser un mouvement.

Bon, j’avoue, dimanche soir, je voulais regarder The Revenant, sur France 2. Voilà, voilà…

Et au lieu de voir lui (ok je sais, il ne ressemble plus à ça) :

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j’ai vu lui :

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Oh, il est beau aussi, hein ? C’est pas la question.

Mais surtout, je me suis aperçue que la stratégie médiatique vis-à-vis du mouvement des « gilets jaunes » s’était sensiblement modifiée.

« Extrême droite », c’est fini

Nos journalistes poursuivent certes dans le refrain « mouvement radicalisé, etc. » mais admettent de plus en plus que ce mouvement, par nature peu structuré, est en train d’être débordé par des casseurs qui profitent de l’opportunité qui leur est offerte de semer la pagaille et de casser du flic. Le problème n’est plus là. D’ailleurs, dimanche soir sur France 2, le représentant d’un syndicat de police a fini par faire sentir son agacement en constatant qu’on ne s’intéressait pas à lui et, après quelques phrases énervées, est tout bonnement parti parce qu’il avait autre chose à faire que pot de fleur sur un plateau télé.

« Mouvement d’extrême droite » a disparu. Il faut croire que l’insulte ne prenait pas.

Maintenant, on les laisse parler

On a trouvé mieux pour les ridiculiser : on fait croire qu’ils ont des « revendications institutionnelles ». Et évidemment, comme on trouve facilement des « gilets jaunes » qui demandent tout et n’importe quoi, on en trouve qui viennent expliquer qu’il faut dissoudre l’assemblée, rendre le pouvoir au peuple, et qui prétendent que des gilets jaunes vont se lancer en politique. Notez que le coup des « personnes issues de la société civile » qui entrent en politique pour rafraîchir le paysage, on nous l’a déjà fait il n’y a pas si longtemps. Je ne sache pas que cela ait changé grand-chose. M’enfin j’dis ça, j’dis rien, pas vrai ?

La vérité est que les gilets jaunes étaient légitimes, audibles et compréhensibles tant qu’ils râlaient contre les taxes, le prix de l’essence et les tarifs du contrôle technique.

Quand ils commencent à exprimer des idées politiques tout en niant vouloir faire de la politique, quand ces gens fatigués et en colère jouent les insurgés-théoriciens en…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Gilets jaunes vs Macron: si les banlieues s’en mêlent…

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Malgré le caractère pacifique de l’immense majorité des manifestations, si indigénistes et banlieues s’en mêlent, le peuple français peut craindre le pire…


 

Quiconque connaît l’histoire sait que les révoltes et les révolutions ne se passent pas dans la joie et l’allégresse. C’est le moins que l’on puisse dire. Tout s’arrache au forceps et parfois il n’en sort pas le meilleur.

Un beau roman, une belle histoire progressistes

Dans l’imaginaire collectif de certains romantiques progressistes, les sans-culottes ont pris la Bastille, ont proclamé la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen inspirés par les Lumières. Ensuite, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants laïques qui firent le Front Populaire, obtinrent les congés payés, libérèrent les femmes du joug patriarcal, abolirent la peine de mort, firent les 35 heures et dans une apothéose finale prirent toutes les minorités sous leur aile.

Il est très étonnant de constater que ceux qui invoquent le plus notre cadre légal républicain sont aussi ceux qui rejettent le plus les gilets jaunes alors que sans les violences de 1789, nous serions encore sous l’Ancien Régime et nous ne connaîtrions certainement pas la laïcité. Il est rare qu’on obtienne gain de cause en se contentant de brouter le béton et de rentrer ensuite sagement à la maison pour regarder Cyril Hanouna.

Les violences des foules en colère charrient souvent les pires instincts ainsi que des haines et des frustrations qui viennent de très loin. Le danger est de voir instrumentaliser ces forces destructrices par des idéologues avec des projets totalitaires. La France, en 1792, avec son comité de Salut Public, a sombré dans la paranoïa purificatrice en plongeant le pays dans une terreur dont les Vendéens se souviennent encore. La grande Russie fut confrontée à un Comité de salut public permanent avec une mise en pratique de la Terreur Bolchevique qui fut totale et systémique au sein de la société russe. 20 000 révolutionnaires furent suffisants pour renverser la Russie.

Des corps intermédiaires en crise

Le totalitarisme se construit sur cette idée de purification de la société et de mise au monde d’un homme nouveau débarrassé des scories de l’ancien monde ou de l’ancien régime. Aujourd’hui en France, plusieurs dynamiques s’opposent. Les gilets jaunes, dans leur hétérogénéité sociologique, semblent demander la fin des privilèges imposés par une caste formée avec les outils de la République dans ses meilleures écoles et administrations et pervertie par une aspiration supranationale. Le peuple français voit son histoire à travers 1789 qu’il voit comme l’avènement d’une ère de justice sociale et de liberté. Si Macron a ignoré les corps intermédiaires, les Français ne se reconnaissent plus dans lesdits corps depuis belle lurette. Ceux ci se sont embourgeoisés et défendent des intérêts de castes privilégiées.

Parallèlement, des élites mondialisées ont fait sécession avec la nation et le peuple français. De leur point de vue, la nation doit être dévitalisée, le peuple dilué.
Ce processus de destruction de la nation trouve sa propre logique dans la dynamique révolutionnaire où une bourgeoisie en pleine ascension se débarrasse du sang royal, veut démembrer l’État-nation et se séparer du sang du peuple historique français devenu trop encombrant. Sans consulter le peuple en principe souverain, les élites ont décidé de détruire notre souveraineté.

SOS racines

L’ambition de régénérer le « vieux sang pourri » des Français, est illustrée par le pacte migratoire qu’Emmanuel Macron va signer à Marrakech le 10 décembre prochain. L’accélération du phénomène migratoire, sans aucune mesure avec les phénomènes migratoires du passé, est utilisée par des élites en sécession avec le peuple Français pour renforcer le communautarisme et casser la communauté nationale.

Le séparatisme islamiste et indigéniste a été récemment encouragé par le terra-novisme mais surtout produit provoqué par trente ans de SOS racisme au service électoral de ceux qui appliqueront cette feuille de route antirépublicaine. Une contre société s’est mise en place et fut sponsorisée avec les deniers de la République par des édiles cyniques ou inconscients.Cette contre-société suscite des craintes dans les couloirs du pouvoir et dans les préfectures de nos métropoles. Acheter la paix sociale des quartiers n’a pas de prix, mais un coût qui se chiffre en dizaines de milliards d’euros par an. Il faut pour cela sacrifier les services publics et les classes moyennes, mais aussi ne pas mécontenter Bruxelles et le dogme des 3%.

Si le terra-novisme est incompatible avec notre pacte social républicain, il accompagne merveilleusement le multiculturalisme de la Constitution Européenne imposé contre la volonté du peuple français.

La double sécession

Un responsable politique ne peut faire les deux. Soit il opte pour la République une et indivisible et recherche l’intérêt de la communauté nationale en défendant des principes universalistes. Soit il accepte l’américanisation de la société française et la vie politique deviendra un lieu de guerre idéologique permanente entre des communautés en concurrence recherchant des droits particuliers en fonction de l’origine, de la couleur de peau, du genre, de l’orientation sexuelle, de la religion, etc. Comme aux Etats-Unis, ce serait l’antichambre de la guerre civile à laquelle il faudrait y répondre par anticipation par un système répressif et carcéral très développé.

Dans cette optique, il faut protéger la « banlieue » de peur qu’elle ne devienne violente tout en protégeant fiscalement les élites et leurs bobos subalternes. Ces échotiers prêcheurs de l’humanité sans frontières pour mieux culpabiliser les ploucs qui vivent au-delà du périphérique. Ces assassins qui roulent au diesel et fument des clopes et se sentent mal à l’aise à La Courneuve entre barbus, voilées quasi intégrales et caïds super testostéronés. Cette double sécession est un coup de poignard dans le dos du peuple français, les élites et les bobos font les poches des ploucs et arrosent de subventions les banlieues sensibles des impôts qu’ils se refusent à payer. Les plus riches culpabilisent la France périphérique au nom de valeurs nobles retournées contre elle. On convoque l’antiracisme, l’humanisme, la tolérance et l’écologie pour bâillonner le quidam qui ne peut plus boucler sa fin de mois. Pendant ce temps, les services publics se dégradent alors que la fiscalité n’a jamais été aussi élevée.

Leur révolution et la nôtre

Toute la question dans la suite de cet affrontement entre gilets jaunes et élites déconnectées sera de savoir quelle révolution continuera sa trajectoire. La révolution par le haut qui veut se détacher d’un Peuple qu’elle méprise et qui l’encombre ou la révolution du peuple historique de France et de ses assimilés qui ont adhéré au pacte social républicain?

Il se pourrait qu’une troisième entité politique fasse irruption et emporte la mise, l’alliance entre léninistes New Age et indigéno-islamistes est plus qu’envisageable. Ce serait le deuxième danger totalitaire. Les banlieues regorgent d’armes si bien que les antifas et autres black blocs peuvent trouver en eux des alliés objectifs.

Guyane: un bobo au temps béni des colonies

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Souvent de gauche, pleins de bonnes intentions, les métropolitains qui débarquent en Guyane se comportent bien souvent en néocolons….


 

Un peu d’histoire. Département français, la Guyane a d’abord été accostée en 1530 par les Espagnols, qui y furent massacrés. Puis, dupés par la légende de l’Eldorado, les Français, les Anglais et les Hollandais se combattront pour posséder cet hostile bout de terrain. Lors du XVIIème siècle, l’installation des Français, guidée par Louis XIV, prendra corps. En 1676, la Guyane est officiellement une colonie française. La France y exporte alors, comme maintenant, des fonctionnaires et militaires. Vient la traite négrière transatlantique, avec son lot d’esclaves noirs. Le « Code Noir » y est promulgué en 1686. Après presque deux siècles d’esclavage et de résistances, notamment des Noirs-Marrons, l’esclavage y est aboli en 1848. Lors de la traite transatlantique, les grands propriétaires possédaient entre 50 et 100 esclaves. Les petits blancs en possédaient une dizaine.

Visiter le monde tout en restant chez soi

Aujourd’hui, le petit blanc n’a plus d’esclaves. Et celui qui vient de débarquer de métropole pour un boulot dans l’Education Nationale ou la santé a souvent le cœur à gauche. D’ailleurs, il est ravi de discuter avec des Noirs, pardon, des Blacks, et parfois, il en a même dans son cercle d’amis. Il écoute du reggae, le néocolon de gauche, et il lui arrive de fumer des pétards.  Il admire Che Guevara, Jean-Luc Mélenchon ou Stéphane Hessel, et il est souvent solidaire des Tibétains et des Palestiniens. N’allez surtout pas lui dire que la France, si prompte à sermonner l’Etat d’Israël sur ses colonies, ferait bien de balayer devant sa porte, cela peut le mettre hors de lui. L’un d’entre-eux m’a affirmé que le Français venu en Guyane, contrairement au colon d’Hébron, « apprend aux Noirs-Marrons à parler un bon français ». N’est-ce pas la preuve de ses bonnes intentions ? Il serait plutôt aventurier, le néocolon de gauche. Mais attention, pas n’importe-où. Car il pense à son compte en banque, et aussi à sa retraite. Et s’il ne cesse de dire qu’il est ravi d’être en Guyane, où il estime se sentir utile, il irait quand même bien voir ailleurs. Les restes de l’Empire français n’offrent-ils pas un choix suffisant pour allier exotisme et portefeuille ? Au choix, la splendide Réunion, la tumultueuse Mayotte, la mythique Tahiti, la Nouvelle Calédonie, Saint Pierre et Miquelon. Ou pourquoi pas Wallis et Futuna ? Être né français offre de bien belles possibilités d’explorations. Mais attention, il ne s’agirait pas d’aimer la France pour autant. Non, le passé colonial, la guerre en Libye, voir la Syrie pour certains, la “jungle” de Calais, le roi Macron, sans parler de la Françafrique, cela suffit à honnir le pays qui lui a permis d’aller au bout du monde tout en restant chez lui. D’ailleurs, s’il décide de poursuivre sa carrière dans un pays francophone d’Afrique, tel le bon vieux Sénégal, avec de très bonnes conditions de salaires, ce sera pour le seul amour du continent noir, et il ne devra rien à la France.

« Les Amérindiens ne sont pas toujours accueillants »

Le néocolon de gauche se sent sensible au sort des peuples premiers. En Guyane, il ira faire un tour dans un des villages amérindiens, symboles de l’ancien monde qui résiste à la décadence de la société occidentale. Il y ira généralement en groupe, avec des gens comme lui. A la recherche des bons sauvages en costumes traditionnels, il tentera l’aventure. Mais à son retour, il sera souvent déçu. Les Amérindiens sont entrés dans la modernité, le temps de « Tristes Tropiques » est révolu – d’ailleurs, une néocolon mélenchoniste m’a bien affirmé que c’était un ouvrage ethnocentrique et parfois raciste. Et pourra sous-entendre, voire affirmer franchement que « les Amérindiens ne sont pas toujours accueillants ». De quoi tomber de haut. Ne lui était-il pas venu à l’idée qu’à moins d’être réellement passionné par leur culture, il serait bien de laisser ces gens-là tranquilles ? Mais cela sera sans rancune, pour le néocolon de gauche : il est totalement opposé au projet « Montagne d’or ». Pourquoi ? Ben… parce que ce n’est pas bien pour les Amérindiens et que l’or, c’est le mal. Il n’a pas plus d’estime pour les orpailleurs illégaux, d’ailleurs, ces bruyants brésiliens  qui, vous savez quoi ? Embauchent des prostitués.  Là, c’est niet. Le néocolon de gauche prône l’ouverture, mais pas avec n’importe qui. Une prostituée brésilienne ou dominicaine en Guyane, ça reste une prostituée, donc peu fréquentable. Idéologiquement hostile à l’armée, il n’a pas non plus une grande considération pour les militaires qui combattent ces même orpailleurs illégaux.

Aux armes, citoyen du monde !

Plus Nuit debout que Gilets jaunes, le néocolon de gauche est généralement révulsé par le nucléaire. Cependant, il n’est pas dérangé par les gros nuages blancs propulsés par les fusées Ariane. Il programmera même une sortie touristique sur la base de Kourou, où il pourra voir de près les fusées du Centre spatial guyanais décoller. N’est-ce pas une bénédiction d’être né français ? Il ne sait pas. En admirant les fusées, il pourra pourtant croiser d’autres néocolons, qui ne se prétendent pas forcément écolos comme lui, dans des treillis militaires flanqués d’une cocarde tricolore. De quoi susciter un amour du drapeau ? Ce serait oublier qu’avant d’être français, il se sent d’abord citoyen… du monde!

Le néocolon de gauche reste empêtré dans ses contradictions : il dit n’apprécier ni la France, ni son passé colonial, mais il ne saurait faire sans. Il pourrait pourtant prendre le large. Néocolon de gauche, si tu me lis, tente l’aventure hors des restes de l’Empire français, la Terre est suffisamment grande et accueillante. Si tu te penses vraiment tiers-mondiste, lis Jean-Paul Sartre ou Frantz Fanon et agis en conséquence. Ou alors, assume le fait d’être un néocolon au service de la France. Ce n’est pas si dégradant que tu le penses, tu verras.

Transsexuels : l’irrésistible ascension des conversions précoces en Amérique

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Des militants de la « cause transgenre » réclament que les thérapies de conversion soient systématiquement acceptées par les médecins. Pourtant, dans une Amérique polarisée entre conservateurs et progressistes délurés, le nombre de jeunes adultes regrettant d’avoir changé de sexe trop tôt soulève de nombreux problèmes…


 

C’est un cri du coeur dans l’Amérique de Donald Trump et de Caitlyn Jenner : « Mon nouveau vagin ne me rendra pas heureuse. On ne devrait pas attendre cela de moi ! » Ce cri a été poussé par la transsexuelle Andrea Long Chu dans le New York Times daté du 25 novembre. La  curieuse tribune conteste aux médecins le droit de discuter avec leurs patients l’accès aux thérapies hormonales ou à la chirurgie. Andrea a depuis été opérée. Tant mieux pour elle.

Vous avez dit « dysphorie de genre » ?

Etre transsexuelle est la deuxième chose « la plus terrible » qui soit arrivée à la jeune Andrea. La pire étant d’être née garçon, bien sûr ! Andrea Long Chu argumente : « Jeudi prochain, j’aurais un vagin. […] C’est ce que je veux, bien qu’il n’y ait aucune garantie que cela puisse me rendre plus heureuse. En réalité, je ne m’attends même pas à ce que cela me rende heureuse ! Cela ne devrait pas pour autant m’empêcher d’avoir le droit d’obtenir mon opération. » Depuis qu’elle prend des médicaments depuis plusieurs mois, Andrea confesse pourtant avoir des idées suicidaires. Vous êtes un peu perdus ? Je vais vous expliquer.

La jolie activiste aux cheveux bleus souffre de ce que l’on appelle la « dysphorie de genre », un trouble touchant des personnes persuadées de ne pas avoir le sexe qui leur correspond. Pour Andrea, cette sensation est difficile à définir. Elle la décrit comme l’incapacité à se réchauffer quel que soit le « nombre de couches de vêtements » qu’elle enfile. Ou comme une faim permanente mais « sans appétit ». Ou encore, comme « prendre l’avion pour rentrer chez soi » et réaliser au milieu du vol qu’on ne va jamais atterrir. Un vol sans fin pas franchement agréable, donc. Vous ne pouvez pas vraiment comprendre… Et cela peut mener à la toxicomanie, à la dépression ou au suicide.

Que font les médecins ?

Face à ce mal étrange, la médecine moderne a adopté deux approches. La première, conservatrice, consiste à classer la dysphorie de genre parmi les maladies mentales. Evidemment, cette approche semble anachronique pour beaucoup. Et ça tombe bien, en Occident, elle est de plus en plus battue en brèche. Pour preuve, les cliniques spécialisées se multiplient et un intense lobbying est mené aux USA pour que cette pathologie soit retirée de la classification des maladies mentales DSM-5 (digne du Moyen Âge, apparemment).

La seconde approche, présentée comme progressiste, consiste à apaiser la souffrance qui résulte de la dysphorie de genre en proposant un changement de sexe au cas par cas (on parle de thérapie de conversion, souvent salvatrice pour bien des malheureux). Dans cette seconde optique, la dysphorie de genre est comparée à une simple « hernie discale » que les pilules du pharmacologue et la technique du chirurgien vont guérir. Andrea Long Chu reconnait que c’est désormais la pratique la plus répandue (au point d’être devenue « mainstream » en Amérique). A noter qu’on propose aussi aux pré-ados américains des médicaments bloquant la puberté dans certains cas. Ensuite, place aux hormones et au bistouri.

Thérapie de conversion pour tous !

Malgré ces évolutions récentes ayant permis à un grand nombre de transsexuels d’obtenir le traitement et l’apaisement recherché, l’approche progressiste pose toujours un problème à Andrea Long Chu. Pourquoi ? Les transsexuels doivent faire la preuve qu’ils sont malheureux et que le changement de sexe est donc une solution adéquate pour aller mieux. Ce qui apparaît comme une évidence est un scandale pour Andrea Long Chu. Un éventuel refus médical ne saurait être toléré.

Quand médecins et patients ne sont pas d’accord, la prérogative des premiers serait une souffrance de plus pour les seconds. Lesquels, on l’a compris, souffrent déjà beaucoup. Laisser aux médecins et le pouvoir d’évaluer cette prétendue souffrance et la décision finale quant à la pertinence d’une opération apparaît comme insupportable. En prétendant vouloir le Bien, des praticiens réfractaires se transforment ainsi en petits dictateurs régnant sur le corps d’autrui, selon Andrea Long Chu. Le « serment d’Hippocrate » qui demande ne pas amplifier le mal, c’est des bêtises. Aussi, la réclamation d’un nouveau droit semble émerger : la thérapie de conversion pour toutes et tous. Peu importe que cela rende l’état d’Andrea peut-être pire, elle réclame ce droit. Et à ceux qui prétendent que le changement de sexe n’est peut être pas la solution pour tout le monde, Andrea répond qu’elle s’en moque : « Je veux la souffrance. Changer de sexe n’a pas à me rendre heureux pour que j’en aie envie. » Mon corps mon choix, en quelque sorte.

Le nombre de transsexuels a doublé en dix ans

Mais cette revendication de faire ce que l’on veut avec son corps inquiète, dans un contexte où des enfants de plus en plus jeunes affirment à leurs parents être transexuels. Le journaliste Jesse Singal n’est pas bien méchant, mais Andrea Long Chu l’a dans le viseur… Il a consacré cet été une vaste enquête sur le sujet des thérapies trop précoces. Andrea Long Chu l’a lue et n’a pas aimé. L’étude observe qu’en une décennie, le nombre de personnes se définissant comme transexuelles aux Etats-Unis a doublé. La parole est complètement libérée, en atteste par exemple la chaine YouTube de Miles McKenna qui compte plus d’un million de fans. Un vrai phénomène de mode chez les teenagers, dont l’intérêt pour la conversion se trouve conforté par ce type de propagande.

Si Jesse Singal reconnait volontiers que pour beaucoup de jeunes gens, le changement de sexe a considérablement amélioré leur condition, le journaliste redoute que cette solution ne soit désormais un peu trop systématiquement proposée à des ados en simple questionnement. Se poser des questions sur son genre à la puberté ou être déprimé, quoi de plus banal ? Circonspect quant à la liberté absolue revendiquée par Andrea Long Chu de faire ce que l’on veut  quand on veut, le journaliste s’inquiète du nombre grandissant de jeunes adultes regrettant d’avoir été poussés par des médecins à entamer une thérapie de conversion. Si, jusqu’à récemment, les hormones n’étaient jamais prescrites avant l’âge de 16 ans, il est de plus en plus commun de voir des ados de 15 voir 14 ans bénéficier d’une telle prescription aux USA.

Max, 17 ans, tente de redevenir femme

À ce titre, le témoignage de Max Robinson est éclairant. La jeune fille commence à prendre des hormones à 16 ans. Sa voix change, son apparence et sa pilosité aussi. A 17 ans, elle subit une double masechtomie. Aujourd’hui âgée de 22 ans, elle tente de redevenir une femme et témoigne que le diagnostic de dysphorie de genre était érronné dans son cas : « Je suis allé à l’opération optimiste, je pensais que cela allait résoudre mes problèmes. Mais je n’avais pas identifié les vrais problèmes que j’avais à l’époque». Une autre jeune femme, Cari Stella, explique aussi ses regrets dans la même enquête : « Je suis une femme de 22 ans avec une poitrine mutilée, une voix cassée et un duvet qui repousse passé 5 heures de l’après-midi. Tout ça parce que je n’arrivais pas à l’adolescence à affronter l’idée que j’allais devenir une femme. » Pendant que l’Amérique s’est déchirée pendant des mois sur les toilettes que les personnes transgenres étaient en droit d’utiliser, ces transitions trop précoces commencent tout juste à questionner les praticiens quant à leur nombre. Dans un texte de Debrag Soh traduit récemment par Peggy Sastre (une de nos cover-girls), une hypothèse paradoxale pourrait expliquer l’essor d’une partie de ces pratiques irresponsables sur les plus jeunes. Le changement de sexe demandé par certains parents pourrait en fait cacher une homophobie non assumée. Dans certains cas, une erreur de sexe biologique de naissance rapidement corrigée serait plus facile à accepter socialement que l’homosexualité.

Les seins ne repoussent pas

Alors bien sûr, loin de nous l’idée que les transsexuels soient tous dingues. C’est la tribune de Andrea Long Chu qui l’est un peu ! Ses cheveux, actuellement teints en bleus, repousseront. Les seins de Cari Stella, eux, jamais. Si Andrea n’a pas atteint l’âge respectable et raisonnable d’une femme comme Jacline Mouraud, elle a toutefois passé l’adolescence. Et l’on peut espérer que son choix est plus réfléchi qu’elle ne veut le faire croire. Mais que dire des plus jeunes ? Si Andrea Long Chu et sa troupe de militant.e.s plus ou moins velu.e.s n’ont pas exactement le physique qui plait à tous, ce ne sont pas des monstres. Mais une société « progressiste » qui transforme de légitimes questionnements d’adolescents en mutilations irréversibles ne l’est-elle pas un peu, monstrueuse ? Sur Twitter, la bataille fait rage. Des supporters d’Andrea, dont elle relaie les messages, regrettent que la mère du journaliste inconvenant Jesse Singal n’ait pas avorté…

Tout en animant cet épineux débat qui prend les allures d’un combat communautaire, Andréa n’avait réuni que le tiers des 30 000 dollars dont elle a besoin pour finaliser sa transformation sur une plateforme de financement collaboratif, quand nous écrivions ces lignes.

La Théorie du genre

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Natacha Polony: « J’espère faire mieux pour Marianne que Macron pour le pays! »


Souverainiste bon teint, la directrice de la rédaction de Marianne entend réveiller de sa torpeur l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn. Europe, gilets jaunes, nouvel actionnaire tchèque: en détaillant son projet éditorial, Natacha Polony passe les sujets d’actualité au crible (2/2).


A lire aussi: Natacha Polony: « Quand on n’offre aucun débouché politique à la révolte, on engendre la radicalisation » (1/2)

Marianne a une identité. Quelle est celle de son lecteur ?

Quand j’étais jeune journaliste à Marianne, notre public couvrait à peu près tout le prisme politique. J’ai à cœur de reconstruire cette diversité, non pas en draguant les électeurs de tel ou tel bord, mais en faisant du journalisme, c’est-à-dire de l’enquête. Pour le dire autrement, je veux organiser la convergence des luttes ! Un journal comme Marianne devrait s’adresser autant aux fonctionnaires de son actuel lectorat qu’aux petits commerçants, artisans et patrons de PME. Par-delà leurs intérêts et leurs visions du monde, parfois divergents, tous sont les dindons de la farce d’un système économique qui est en train de désindustrialiser les pays occidentaux et de détruire les bases culturelles et économiques d’organisation des sociétés.

Daniel Kretinsky, le magnat tchèque qui a racheté Marianne, partage-t-il votre agenda politique ? Qui est-il exactement ?

C’est un industriel qui a fait fortune dans les centrales à charbon. Bizarrement, la présentation du personnage a changé du tout au tout quand il a annoncé son intention de mettre des billes dans Le Monde. Soudain, c’est devenu un faux-nez de Poutine !

Son profil d’industriel charbonnier doit chatouiller votre fibre écolo…

Totalement. On peut surtout déplorer le fait que les médias appartiennent à des milliardaires, qui ne sont plus forcément des hommes de presse, comme cela pouvait être le cas autrefois. Reste que Daniel Kretinsky n’a pas de contrat avec l’État français ni de conflit d’intérêts, ce qui me semble plutôt sain.

Ce n’est pas forcément rassurant, mais le seul pays où le paysage médiatique est suffisamment fragilisé pour qu’on puisse essayer d’y construire quelque chose, c’est la France

Est-il déjà intervenu dans la rédaction de Marianne ?

Jamais. Il explique croire dans le rôle démocratique des médias et ce n’est pas seulement un beau discours. Il est en pointe sur le combat pour la souveraineté numérique de l’Europe face aux Gafam, quand nombre de politiques sont encore à la traîne. Pour ce qui est de Marianne, nous avons prouvé notre indépendance avec notre une sur Bernard Arnault, un des principaux annonceurs de la presse. Nous avons publié en exclusivité un rapport dévastateur de la Cour des comptes sur la fondation Vuitton. Eh bien, pas un mot de reprise chez nos chers confrères.  Ce n’est pas une info, nous a dit l’AFP. Mais pas un mot de notre actionnaire non plus.

Pourquoi Kretinsky a-t-il choisi d’investir dans la presse française ?

Il s’est sans doute senti à l’étroit en République tchèque où il possède un groupe de médias. Francophone, il a observé le continent et sait que les autres pays européens n’offrent pas vraiment d’opportunités dans la presse. Ce n’est pas forcément rassurant, mais le seul pays où le paysage médiatique est suffisamment fragilisé pour qu’on puisse essayer d’y construire quelque chose, c’est la France.

Vous avez aussi fait cette une sur l’immigration. Croyez-vous le continent menacé par les flux migratoires venus du Sud ?

Un simple regard sur les courbes démographiques laisse penser qu’il faut se poser la question maintenant. Si la gauche trouvait normal que le paysan du Larzac rêve de vivre et travailler au pays dans les années 1960, on ne voit pas pourquoi elle refuserait ce rêve au paysan ivoirien ou kenyan. En tant qu’Européens, nous devrions avoir conscience qu’il n’y a pas d’émancipation humaine possible tant qu’on ne choisit pas son destin. Faisons en sorte que chaque être humain puisse vivre et travailler au pays. S’il veut ensuite vivre ailleurs, pourquoi pas, mais cela nécessite qu’il adhère aux valeurs de la société qui l’accueille.

La liberté et la souveraineté d’un pays impliquent de pouvoir choisir qui il accueille sur son sol

Pouvons-nous accueillir tous candidats à l’immigration, quand bien même ils adhéreraient à nos valeurs ?

Non. La liberté et la souveraineté d’un pays impliquent de pouvoir choisir qui il accueille sur son sol. Évidemment, il ne faut pas fermer les yeux sur la misère et la désespérance qui gangrènent l’Afrique, mais prenons les problèmes à la racine. Il est irresponsable de continuer à exploiter les matières premières africaines à travers des multinationales, puis d’exiger que la misère qui a été créée par ce système économique soit accueillie en France. Le tout sans jamais se demander comment faire pour que ces miséreux soient intégrés, puissent travailler et devenir véritablement européens.

L’intégration passe notamment par l’école. En tant qu’ancienne enseignante, comment jugez-vous le premier bilan du ministre Blanquer ?

La destruction du système scolaire français et de l’idéal de l’école républicaine est tellement profonde qu’on ne peut pas y remédier en dix-huit mois. Pour autant, les discours comptent, car ils définissent une certaine vision de ce que doivent être l’éducation et la transmission. Si Blanquer a une vision plus utilitariste que la mienne de l’école républicaine, nous sommes d’accord sur le fait que notre système scolaire devient le plus inégalitaire des pays de l’OCDE, parce qu’on a détruit les méthodes d’apprentissage. Jean-Michel Blanquer essaie de régler ce problème, ce qui prendra beaucoup de temps.

De toute façon, tant qu’on en est à apprendre à lire, écrire, compter, on ne peut être que d’accord !

C’est la base, mais toute la structure de l’Éducation nationale n’en convient pas ! Blanquer n’aura fait bouger le système que quand il aura refondu la formation des enseignants. C’est un travail de Romain.

Tout comme diriger un journal ! Trouvez-vous cette tâche épanouissante ?

C’est une question très difficile, parce qu’en effet, Marianne est un journal qui a souffert, qui a besoin d’être repositionné sur ses bases, de retrouver le sens de ce qui a fait son succès et sa place dans le paysage médiatique. Même si les journalistes font un boulot formidable, ils se sont retrouvés parfois prisonniers de situations qu’ils n’avaient pas choisies, donc il va falloir retrouver cette envie de faire un journal ensemble. En somme, c’est très proche de la situation de la France : comment reconstruire un destin commun autour de valeurs partagées, au-delà de nos divergences ?

En somme, vous voulez être la Macron de Marianne

J’espère faire mieux pour le journal que Macron pour le pays !

Délivrez-nous du bien !

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La révolution, c’est quand la police rejoint le peuple

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Les révolutions populaires et spontanées sont-elles devenues impossibles avec l’apparition de la modernité ? En théorie, les moyens techniques dont disposent les forces de l’ordre sont aujourd’hui suffisants pour repousser une foule. Seulement, la police n’est pas séparée du peuple…


Qu’est-ce qu’une révolution ? Il est simple de répondre à cette question, en apparence, fort complexe et très actuelle. Et, afin de comprendre comment le mouvement des gilets jaunes peut évoluer, il est essentiel d’y répondre. Au sens technique.

L’un des plus grands écrivains italiens du vingtième siècle, Curzio Malaparte, va nous y aider. Dans un petit ouvrage au titre transparent, Technique du coup d’Etat, l’un des esprits politiques les plus pénétrants de l’entre-deux-guerres, expliquait, en 1931, que la geste romantique, à la mode de 1789, était devenue impossible à l’ère moderne.

La mitrailleuse tenant le peuple

Selon Malaparte, la révolution, entendue comme le renversement d’un gouvernement par une foule incarnant le peuple (une vision symbolisée par la toile d’Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple) aurait été en quelque sorte dés-inventée par la mitrailleuse.

Dans son essai, il s’appuie sur la répression de la Commune, sur l’écrasement de la révolution spartakiste pour asseoir sa démonstration. La révolution serait devenue anachronique. Et l’auteur de Kapput d’enfoncer le clou avec le marteau de la révolution de 1917 dont il montre, sans peine, que le putsch de Lénine n’eut de révolutionnaire que le nom.

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Selon l’intellectuel italien, il suffirait, pour tout pouvoir confronté à des émeutes populaires, de positionner, suivant les bons angles de tir, des mitrailleuses devant les bâtiments officiels pour tenir.

Armes modernes contre foules sentimentales

Depuis la révolution d’octobre, les techniques de maintien de l’ordre se sont largement perfectionnées. Il n’est plus indispensable de hacher menu les manifestants pour protéger les bâtiments publics et les principaux centres névralgiques du pouvoir (les sièges des ministères et des grands médias mais aussi les dépôts de carburant, les ports, etc.).

Des compagnies de CRS bien formées, utilisant toute la panoplie du maintien de l’ordre, des grenades au gaz en passant par le canon à eau, sans oublier la matraque et le Taser, peuvent dresser un mur infranchissable face à une foule innombrable et désarmée. Seuls ceux qui ne l’ont jamais vécu croient que des civils, même surmotivés, peuvent résister à une charge de gardes mobiles.

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Et même lorsque la foule est prête à en découdre, Malaparte a encore raison : les armes modernes, concentrées entre les mains d’un appareil d’État résolu, peuvent stopper net une émeute. Ce fut le cas en 2004, à Abidjan, lorsque des centaines de milliers d’Ivoiriens fous furieux et munis d’armes de petit calibre et de machettes tentèrent de franchir un pont et d’attaquer l’hôtel. Une section de marsouins bien entraînés et armés de Famas put tenir la foule en respect tandis que l’intervention d’un de nos hélicoptères a achevé de transformer ce bloc de haine humaine en volée de moineaux.

Tous les flics ont une mère

Si la situation inédite créée par les gilets jaunes dégénère, compte tenu de l’exercice du monopole légal de la violence légitime dont il dispose, le président de la République peut espérer calmer la furia francese en activant l’article 16 ou en décrétant l’état d’urgence.

Mais comme disait Lacan, l’espoir précède le désespoir.  Car si le raisonnement de Malaparte semble d’une implacable logique, il omet toutefois un détail essentiel qui doit faire perdre tout optimisme au pouvoir en place. Ce détail, c’est la psychologie sociale.

Nulle part, surtout pas dans notre République, les forces de répression ne demeurent isolées du reste de la population. Même dans les régimes les plus autoritaires, l’armée, les CRS, la police, même les services de renseignement, ne vivent « hors sol ».

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Dans l’Iran du Shah, la féroce savak, dans l’Égypte de Moubarak, les très redoutés moukhabaraths, dans l’Allemagne de l’Est de Honecker, la terrible Stasi étaient insérées dans le tissu social et national. Même surpayés et choyés par l’État, ces garants du maintien de l’ordre, appartiennent au peuple qu’ils sont censés surveiller et réprimer. Ils ont des frères, des mères, des oncles et des nièces. Ils ne peuvent donc rester insensibles aux mouvements de l’opinion. C’est ce qui explique la permanence des révolutions.

Comme la chute du mur de Berlin ou les printemps arabes l’ont encore rappelé, les événements se mettent subitement en branle. Sans crier gare, l’opinion publique, qui était encore une mer d’huile 48h plus tôt, peut laisser place à une tempête qui balaye tout. « History is on the move again », disait le grand historien britannique Arnold Toynbee.  Les changements de cette ampleur sont lents à incuber. Ils correspondent à des courants souterrains et invisibles. Et puis soudain, ils débouchent et le décor change alors instantanément.

Servir et fraterniser

Pour comprendre ce qui va se passer dans les semaines et les mois à venir en France, il faut garder à l’esprit que les forces de l’ordre habitent le même pays et vivent dans le même présent que les émeutiers. Ce cordon de sécurité que forment les forces de l’ordre, le pouvoir actuel et les pouvoirs depuis des décennies ont beaucoup tiré dessus. Effectifs réduits, peu ou pas augmentées, peu ou mal considérées (cf. l’épisode du général de Villiers) : les épisodes de fraternisation avec la foule risquent de se multiplier.

Malaparte a raison : si des soldats ou des policiers déterminés à appuyer sur la queue de détente veulent tenir le peuple en joug, il ne se passe rien. Et le pouvoir politique est souvent prêt à réprimer au nom du maintien de l’ordre. Mais Malaparte a tort car le véritable changement d’époque implique qu’un matin, les soldats ou les policiers refusent de tirer. C’est ce qui s’était passé en 1789.

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Nous arrivons donc à notre conclusion : qu’est-ce qu’une révolution ? C’est la situation où les forces de l’ordre, les CRS, les policiers et les gendarmes mettent la crosse en l’air, soulèvent la visière de leur casque et disent à la foule : nous sommes avec vous.

Nous n’en sommes plus très loin.

Macron n’a donc plus que deux choix réalistes : se soumettre (dissoudre ou a minima changer de gouvernement pour organiser des élections) ou se démettre (démissionner). La révolution de 2018 a débuté.

La révolte des gilets jaunes n’est pas seulement antifiscale

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gilets jaunes fn ruffin impots
Manifestation des gilets jaunes, novembre 2018.

La révolte des gilets jaunes n’est pas une simple jacquerie antifiscale. Certes, la France périphérique souffre de la vie chère et du déclassement social mais sa colère ne se compte pas en euros. Symboliquement, la voiture représente le dernier espace de liberté pour cette frange du peuple fâchée avec ses élites politiques, syndicales et médiatiques. Loin de pleurer le modèle social français, les gilets jaunes en ont assez de le financer. 


Populaires ou populistes ? Peste brune ou lutte des classes ? Poujadistes ou insoumis ? Mobilisation ou jacquerie ? La question du sexe des « gilets jaunes » a mis au supplice nombre de commentateurs d’habitude prompts à nommer, catégoriser, enfermer et, in fine, disqualifier ou encenser – on se rappelle le ravissement de certains devant Nuit debout. Ce désarroi sémantique partagé d’un bout à l’autre de l’arc médiatique et politique (y compris par votre servante) n’est guère surprenant. Jusqu’à ce que Christophe Guilluy, identifiant le grand mouvement qui a chassé les classes moyennes et populaires des centres-villes trop chers, puis des banlieues, trop islamisées, la qualifie de « périphérique », la France périurbaine, celle qui vit dans des bourgades qui ne sont ni vraiment la ville, ni vraiment la campagne et cumulent souvent les défauts des deux, n’avait aucune existence médiatique. « Il s’agit d’une France largement ignorée par les intellectuels et les acteurs publics, confirme l’urbaniste Philippe Genestier dans Le Monde. Quand on parcourt cette France-là, on perçoit qu’elle se considère comme vraiment invisible aux yeux des pouvoirs publics, contrairement aux “banlieues à problèmes”, bien qu’elle soit, elle aussi, menacée de déclassement et de précarisation. En outre, elle se sent déconsidérée par les injonctions morales (à la mixité sociale dans l’habitat et à l’école, ou à utiliser des modes de déplacement doux) que lui adresse la “France d’en haut”, alors que cette dernière s’affranchit de la carte scolaire et voyage régulièrement en avion. »

Marre des crânes d’œuf parisiens 

La sociologie très hétérogène du mouvement et la diversité des aspirations que cachent les « Ras l’bol » et les « On n’en peut plus », exprimés de mille manières, sont un défi de plus à l’analyse. Aussi faut-il saluer l’effort de Genestier pour dresser un portrait-robot des manifestants : « Que leurs revenus soient modestes ou moyens (de 1,5 à 3 ou 4 SMIC pour un couple avec deux salaires), qu’ils soient ouvriers qualifiés, employés, cadres d’exécution ou alors représentants, artisans, commerçants ou infirmières, leurs activités et leur choix de vie se caractérisent par leur localisation dans le périurbain. Il s’agit de ces Français qui ont conçu l’accès à la propriété d’un pavillon dans une zone peu dense (rêve de 85 % d’entre eux, selon un sondage TNS-Sofres de 2007) comme une manière de sécuriser l’avenir. Cette stratégie a pour corollaire la possession d’une voiture (et le plus souvent de deux) leur permettant de s’affranchir des assignations spatiales, sociales, économiques. » Les « gilets jaunes », c’est d’abord le petit peuple de la bagnole, celui pour qui elle est, non seulement un indispensable moyen d’aller bosser, mais aussi, symboliquement, le dernier refuge de sa liberté, le seul endroit où il est aux commandes. C’est cette liberté que menace l’augmentation du carburant. Pour filer une blague de Tellenne-De Koch père et fils, dans la France des « gilets jaunes », l’essence précède l’existence.

Ce n’est pas parce qu’elle aime les morts au volant que cette France s’était déjà soulevée contre la limite des 80 km/h, mais parce qu’elle en a assez que des crânes d’œuf parisiens sachent toujours mieux qu’elle ce qui est bon pour elle. S’ils angoissent à l’idée que des blocages d’aéroport pourraient les empêcher de faire prendre à leur conscience écologique un repos bien mérité sur une plage lointaine, elle ne va pas pleurer.

Pour le citadin lambda, qui a lui aussi des problèmes de fins de mois et peur de l’Urssaf, le « gilet jaune » est un inconnu. Et pour cause : « Il s’agit de la France qui ne prend pas les transports en commun, qui se déplace surtout de banlieue à banlieue en évitant le cœur des villes avec ses encombrements et ses rues piétonnisées aux commerces franchisés », explique encore Genestier. Entre les deux France, le décrochage est, nous dit-on, géographique, économique, numérique, social. Autant dire existentiel et culturel. Non seulement les Français ne vivent plus dans le même monde, mais ils sont de plus en plus nombreux à considérer que la règle commune n’est pas légitime. Interrogée sur le refus des bloqueurs de se conformer aux parcours autorisés pour les manifestations et même de demander des autorisations, une jeune femme répondait sur un ton buté : « Oui, c’est peut-être la règle, mais ce n’est pas la nôtre. » À court terme, s’il est fort probable que le froid, les divisions, la résignation, la violence et l’approche de Noël viendront à bout de cette révolte, ils ne mettront pas fin à l’humeur sécessionniste d’une partie des Français. Et on peut gager que les annonces présidentielles ne suffiront pas plus à les réconcilier avec leurs dirigeants. Ni avec leurs syndicats, leurs partis ou leurs médias.

Un spécimen encore plus exotique que l’électeur FN

L’omniprésence des « gilets jaunes » sur les chaînes d’info continue, où on s’est mis en mode « émission spéciale » pendant deux semaines, a donné à beaucoup (sauf aux intéressés) le sentiment que les médias encourageaient le mouvement. C’est plutôt le contraire qui s’est produit, sous l’effet de ce que Gilles Casanova appelle l’autoréférentialité des médias. L’affaire passionnant le public, les audiences ont été historiques, suscitant en retour l’intérêt passionné des directions (et on les comprend). Une théorie ininterrompue d’experts et autres spécialistes en tout (comme votre servante) a donc défilé sur tous les plateaux pour disséquer le « gilet jaune », spécimen encore plus exotique que l’électeur du Front national. Des journalistes-ethnologues sont partis aux quatre coins du pays, rapportant de passionnantes bribes de vérité comme Erwan Seznec qui a croisé des Bretons excédés par la bureaucratie. Hors antenne, et parfois à l’antenne, nombre de confrères trouvent néanmoins que ces gens ne sont décidément pas raisonnables, qu’ils ont des mauvaises manières et qu’il faut bien protéger la planète contre ces vandales.

S’agissant des mauvaises manières, c’est indéniable, au moins pour la partie des bloqueurs qui s’est volontiers montrée agressive ou violente. On ne saurait exclure complètement que, le 24 novembre, le pouvoir ait laissé le « bololo » s’installer sur les Champs-Élysées, dans l’espoir que les images de violence effraieraient le bourgeois. En tout cas, alors que les réseaux sociaux bruissaient d’appels à envahir l’avenue malgré l’interdiction de la préfecture, celle-ci a oublié de demander à la mairie de Paris de prendre les précautions élémentaires et habituelles dans de pareils cas. Reste que les violences et dégradations, qui n’ont d’ailleurs pas été limitées à Paris, n’ont pas été commises par des policiers, mais bien par des casseurs avec ou sans gilet jaune. Du reste, il ne suffit pas d’être malheureux ou en colère, ni même d’être méprisé par les sermonneurs pour avoir raison.

La révolte des désespérés

Il ne s’agit donc pas d’abdiquer de tout esprit critique et de sanctifier toute parole venue de la base ni, comme le pointe justement Jean-Pierre Le Goff dans Le Figaro, d’opposer « de façon démagogique la “France d’en haut”, les “élites” à qui l’on attribue tous les vices, et la “France d’en bas”, le “peuple” paré de vertus régénératrices. » Défensive et parfois hargneuse, la révolte des ronds-points est éminemment discutable dans ses méthodes et dans ses mots d’ordre. Le refus de certains d’entendre tout argument s’éloignant d’un agenda qu’ils sont bien en peine de définir est décourageant. Et le syndrome « réunion de copropriété », qui dans une assemblée voit souvent les pires enquiquineurs prendre le pouvoir, a vite été à l’œuvre. De plus, la détestation revendiquée du président de la République témoigne pour le moins d’une faible capacité à l’empathie que les « gilets jaunes » attendent à bon droit de leurs concitoyens. qui jette sans vergogne de l’huile sur ce feu-là a de quoi glacer ; d’ailleurs, c’est peut-être son but. « Ce que les instituts ne mesurent pas, écrivait-il le 27 novembre dans Libération, c’est le dégoût, puissant, virulent, que vous suscitez chez, combien ? à la louche un quart ? un tiers ? des Français. […] Samedi dernier, surtout, qu’est-ce qui rassemblait les “gilets jaunes” ? Qu’est-ce qui les unissait, bien plus que le gazole ? Qu’est-ce qui, par-delà mille différences, leur faisait un trait commun ? Vous. L’aversion que vous provoquez. Et ça se comprend. » Quel talent, s’exclame-t-on de toutes parts tout en trouvant qu’il exagère. La haine est-elle une politique ?

Il y a en outre quelque chose de déconcertant, voire d’un peu triste, dans cette révolte qui ne se raconte même pas qu’elle va faire advenir un monde meilleur. Si Ruffin et les Insoumis projettent volontiers sur ce mouvement social leurs fantasmes de Grand Soir et d’opprimés en lutte, la France des « gilets jaunes » est individualiste, comme l’observe encore Philippe Genestier. « Pour elle, le choix (sous contrainte) du mode de vie périurbain correspond plus à des valeurs de solidarité familiale et d’entraide entre pairs que de citoyenneté. Il affirme ainsi une préférence pour des liens forts, mais peu nombreux, offerts par un ancrage local (le choix de la localisation dans tel ou tel secteur de grande banlieue ayant été fait en fonction de la localisation des parents ou de la fratrie) plutôt que pour les liens faibles qu’offre le centre-ville. » Elle râle certes de voir les services publics qu’elle paye à grands frais disparaître ou décliner quand ils ne deviennent pas des générateurs de persécution administrative. Mais à la différence des foules habituées des grandes manifs de gauche, elle ne pleure pas le modèle social français, au contraire, elle trouve qu’il lui coûte encore beaucoup trop cher. Et si elle veut que ses dirigeants tournent enfin leurs regards vers elle, elle aimerait bien que l’État l’oublie, comme le résume encore Genestier : « Cette France perçoit les politiques locales avec méfiance : les tramways, les centres-villes patrimonialisés, les théâtres subventionnés, par exemple, elle ne les fréquente guère. Pourtant, par la taxe foncière, les périurbains contribuent largement à financer des politiques urbaines calibrées sur des aspirations qui ne sont pas les leurs. Cette France se sent alors ponctionnée pour mettre en œuvre des mesures sociales dont elle ne sera pas bénéficiaire. Ainsi, il ne lui vient pas à l’esprit, sauf accident de la vie (décès d’un conjoint, chômage, divorce) de déposer une demande d’HLM, alors que 70 % des Français y sont éligibles. »

Un populisme chimiquement pur 

Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas de se demander si on est pour ou contre les « gilets jaunes », mais d’essayer de comprendre ce qui les anime – et ce qui pourrait éventuellement les rabibocher avec leurs institutions et leurs concitoyens. L’Obs a pourtant tranché, non sans une pointe de mauvaise conscience. Si l’hebdomadaire de la gauche vieillissante consent à entendre la « voix du peuple » dans la révolte du diesel, cette voix ne lui dit rien de bon. Derrière les « gilets jaunes », il pointait, dès le 22 novembre, la « récupération populiste ». Ce n’est pas complètement faux. D’une part, si on veut bien employer ce terme de façon parfaitement neutre, le mouvement des « gilets jaunes » est bien une forme française de cette grande vague protestataire que l’on nomme populiste. Et d’autre part, quoiqu’on ne puisse accuser Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan de récupération, on voit mal qui d’autre qu’eux pourrait tirer un bénéfice politique d’un mouvement où les électeurs de la première sont d’ailleurs surreprésentés, selon le politologue Jérôme Fourquet. Emmanuel Macron table peut-être déjà sur le même duel qu’en 2017 pour être réélu. Après tout, il ne serait pas le premier à se livrer à de tels calculs.

Nés des réseaux sociaux, sans l’intervention de partis, de syndicats, d’associations ou de médias reconnus relayant les appels à manifester, les « gilets jaunes » sont contre tout cela à la fois. Ils ne croient en rien ni en personne. Par leur défiance revendiquée à l’égard de tout truchement politique par lequel ils pourraient dire leur colère, ils représentent peut-être même, comme me le souffle Daoud Boughezala, un populisme chimiquement pur, délivré de toute trace de démocratie représentative. On dira que ce mot-valise, qui vise avant tout à coiffer du même opprobre des personnalités aussi différentes que Marine Le Pen et Jair Bolsonaro, empêche de penser. S’agissant des partis et des responsables politiques qu’il vise, c’est certain. Il a cependant le mérite de pointer ce qu’il y a de commun dans les aspirations, les refus et les colères qui font leur succès. Derrière le vote populiste, aussi hétérogène soit-il, il y a toujours le même ressort : le ressentiment de classes populaires et moyennes sacrifiées sur l’autel du nouveau progrès. « Il ne faut pas sacrifier l’avenir au présent », a dit le président. Certes. Mais demander aux humains de sacrifier leur ici et maintenant pour le bonheur de leurs descendants est, pour le coup, assez injuste. Croyez-vous que ces petits ingrats nous diront merci ? (Ceci est une blague qui ne traduit aucune indifférence coupable à l’urgence écologique. Mais peut-être que certaines urgences sont plus urgentes que d’autres.)

Les cibles favorites de la gauche paillettes

La « vague populiste », comme on dit pour faire peur aux enfants, grossit donc à mesure que des petits et des petits-moyens, autrement dit des sans-grades et ceux qui craignent de le devenir, adressent de grands bras d’honneur à leurs dirigeants et, au-delà, à tous les beaux esprits qui leur donnent des leçons de maintien. Le vote Trump est une claque pour le New York Times. Et les « gilets jaunes », une anomalie pour tous ceux qui sont convaincus de savoir ce qui est bon pour les gens ordinaires, comme disait Orwell : comment rouler, comment manger, comment élever leurs gosses et, bien sûr, comment penser. La crise des « gilets jaunes » est bien le dernier avatar de l’affrontement, décrit par le chercheur David Goodhart, entre les « gens de nulle part » (autrefois baptisés « élites mondialisées » par Jean-Pierre Chevènement), et « ceux de quelque part », également dénoncés comme ploucs. En France, ces suspects habituels sont, depuis quelques décennies, les cibles favorites de la gauche paillette qui les a caricaturés en beaufs, ringards et fachos et les somme avec constance, non seulement de s’adapter au nouveau monde, mais aussi de l’aimer en se prosternant bruyamment devant toutes les vachettes sacrées du progressisme, du multiculti à la GPA, en passant par l’apocalyptisme climatique et l’européisme. Peut-être avait-on vaguement oublié de leur dire que le capitalisme sans frontières inventé dans les années 1980 exigerait de toute façon la destruction de tous les cadres de vie et de pensée auxquels ils étaient attachés, autrement dit leur disparition symbolique. Ou encore qu’il accoucherait d’un monde dans lequel travailler ne suffit pas pour vivre.

Un peuple étranger à la France insoumise

On ne s’en étonnera pas : si les Insoumis ont tenté de surfer sur la vague jaune, la gauche boboïsée des grandes villes, flairant le malentendu, n’a pas tardé à froncer le nez. Cette révolte antifiscale, comme on l’a baptisée, n’est pas vraiment sa came Elle a aimé, au début du mouvement, la petite musique de la lutte contre les inégalités et les slogans contre le « président des riches ». Puis beaucoup, dans ses rangs, se sont aperçus que le peuple qui se soulevait leur était, en réalité, assez profondément étranger. Sans doute parce que, comme on l’explique doctement dans un article de Libération intitulé « “C’était mieux avant”, carburant des populismes », les diverses révoltes, électorales ou pas, que l’on qualifie de populistes,ont aussi en commun de révéler chez leurs protagonistes, « des Brexiters anglais aux rodomontades de Bolsonaro », un goût coupable pour la nostalgie. « À l’ère des populismes sensationnalistes, peut-on notamment y lire, on comprend mieux pourquoi le recours à une rhétorique nostalgique sur fond de déclinisme apparaît le plus à même de séduire une population occidentale vieillissante et craintive face à la modernité et au progrès technique qui la marginalise. » Ces salauds, ils n’ont même pas le bon goût d’applaudir à leur propre effacement.

Cependant, si la gauche a congédié ce peuple coupable de regretter un monde où il avait le sentiment de compter, il faut bien dire que le reste de l’échiquier idéologique ne l’attendait pas là où il s’est manifesté. Alors que, d’un bout à l’autre de l’Europe, les peuples de la périphérie clament leur volonté de rester des peuples et pour cela de contrôler et d’intégrer, voire de stopper, les flux migratoires, beaucoup, comme votre servante, annonçaient (ou souhaitaient) un sursaut culturel. Contre le séparatisme islamiste, les menaces sur la laïcité, le vivre-ensemble en ruine, le parti de la continuité historique, toutes origines et toutes conditions confondues, allait se lever et dire « ça suffit ». « On est chez nous » – ce « on » incluant tous ceux qui veulent être accueillis dans la culture et les mœurs françaises. L’homme, rappelait-on, ne vit pas que de pain, il a aussi besoin d’identité. On avait oublié qu’il vit d’abord de pain, de chauffage et de tout le reste. Quand on compte – en minutes – le temps pendant lequel on laisse un radiateur d’appoint allumé dans la chambre de son môme, quand toute l’énergie est mobilisée pour se procurer l’indispensable, il n’y a guère de place pour se demander s’il y a quelque chose de plus grand, de plus collectif, que soi. Préoccupation qui a d’ailleurs largement déserté les beaux quartiers, mais pour d’autres raisons. Quand le succès se mesure à la détention d’une Rolex et le bonheur au dernier iPhone, le rétrécissement de la vie n’est pas qu’une affaire de pauvres, comme le remarque Jean-Pierre Le Goff dans l’entretien déjà cité : « La déculturation ne concerne pas qu’une partie des élites, elle me paraît largement transversale aux différentes catégories sociales. La combinaison du chômage de masse et du bouleversement du terreau socio-éducatif a produit des effets de déstructuration anthropologique individuelle et sociale au sein des couches populaires. Parler d’“insurrection citoyenne” comme le fait Mélenchon, c’est non seulement prendre ses désirs pour des réalités, mais aussi verser de l’huile sur un feu difficilement maîtrisable. »

Que faire ?

Reste en effet à poser la vieille question léniniste. Que faire pour répondre à des inquiétudes à la fois si profondes et si variées dans leurs objets ? En réalité, et c’est le plus angoissant, on a l’impression que personne n’en sait fichtrement rien, ni ceux qui, comme Macron, pensent que le bonheur est au bout du chemin européiste et mondialiste, ni ceux qui, à l’instar de Le Pen, prétendent restaurer la souveraineté des nations. Il y a trente ans, on disait, à propos du Front national : « Bonnes questions, mauvaises réponses. » Puis, on a cru éliminer le problème en regardant ailleurs et on a décidé qu’il n’y avait pas de questions. Aujourd’hui que les questions nous explosent à la figure, on se dit qu’il n’y a pas de bonnes réponses. En effet, quand on ne les chérit pas, on s’interroge peu sur les causes qui produisent les effets qu’on abhorre. Or, il y a quelques raisons de penser que c’est l’alliance du libre-échangisme généralisé et du capitalisme financiarisé qui explique que, d’un bout à l’autre du monde développé et même en partie émergent, les usines aient été fermées et les classes moyennes laminées. Seulement, à supposer qu’on en ait la volonté, on ne voit pas vraiment comment remettre le dentifrice dans le tube. S’insurgeant contre le « il n’y a pas d’alternative » thatchérien, Natacha Polony nous répond : « Il n’y a pas d’autre monde, mais il y a d’autres politiques possibles. Sinon, autant abolir tout de suite la démocratie. » Quand tant de citoyens pensent que la politique se fait sans eux, voire contre eux, la démocratie est déjà mal en point. Surtout, que ce soit du côté de la France insoumise ou de celui du Rassemblement national, on ne voit pas plus pointer une alternative enviable et crédible qu’on ne croit à la grande réforme fiscale promise depuis des années. Ce qu’on voit, en revanche, c’est que les gens de quelque part refusent de n’être plus personne. Le peuple, bien sûr, n’a pas toujours raison. L’ennui c’est qu’en démocratie, on ne peut pas le gouverner durablement en décrétant qu’il a tort.


Malaise dans la démocratie

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La Macronie ne s’imaginait pas la France comme ça

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Edouard Philippe sur le plateau du 20h de TF1, 6 décembre 2018. ©THOMAS SAMSON / AFP

Le Premier ministre Edouard Philippe est apparu un poil abattu, jeudi 6 décembre, sur le plateau de TF1. A l’image d’une Macronie revenue de ses ambitions bonaparto-startupiennes, et déçue d’une France qu’elle imaginait autrement.


En rentrant d’Argentine, alors que l’anarchie venait de frapper Paris, le président Macron aurait, selon Le Canard Enchainé, piqué une colère noire contre ce « branleur » d’Edouard Philippe. Depuis, alors que la situation politique est de plus en plus préoccupante, le Premier ministre a été contraint de sortir de la discrétion qui avait, jusqu’alors, fait sa légende. Hier soir, c’est au JT de notre chaîne de télévision la plus populaire et la plus conservatrice (TF1) qu’Edouard Philippe s’était invité pour parler aux Français.

Est-ce que j’ai une gueule d’ « unité nationale », moi ?

« La France a peur » ? Peut-être. Les concessionnaires de l’avenue de la Grande Armée, eux, c’est certain. Notre Premier ministre de droite, qui chapeaute un gouvernement et de droite et de gauche, a répondu aux questions d’un Gilles Bouleau inquiet. Ceci, moins de 48 heures avant la manifestation de tous les dangers… Alors, moratoire de 6 mois ou suspension définitive de l’augmentation des taxes sur le gazole, à la fin ? Gilles Bouleau s’emporte : « Ce n’est pas clair ! » Selon lui, Macron et Philippe se sont renvoyé la balle et c’est la « cacophonie » depuis le début de la semaine. Droit dans ses bottes, Philippe confirme que l’augmentation est définitivement abandonnée : « Cette taxe est annulée. Nous avons entendu la colère des Français. » L’air grave, il répétera à deux ou trois reprises qu’aucune taxe « ne mérite de remettre en cause l’unité nationale ».

A lire aussi: Christophe Guilluy: « Les gilets jaunes demandent du respect, le pouvoir répond par l’insulte! »

Reste que pendant 18 mois, Philippe a poursuivi une chasse aux automobilistes, à la mode en France depuis des années, et dressé contre Macron la tripotée de mécontents que l’on sait. Le contrôle technique contraignant et cher, l’effondrement de la cote des véhicules diesel, le prix à la pompe et les radars toujours plus nombreux ont eu raison de la patience de la désormais consacrée « France périphérique ». Ceux qui suivent régulièrement le journal de Jean-Pierre Pernaut savaient à quoi s’en tenir. Les brillants cabinets ministériels à Paris, eux, n’auraient « rien vu venir »

La Macronie s’est trompée de pays

Macron a tant aimé être « vertical » et « gaullien ». Par ici l’addition : il est sur le point d’avoir son propre Mai 68 ! L’exécutif ne pensait pas que la limitation de la vitesse à 80 km/h, votée le 1er juillet, allait mettre le feu aux poudres. Ensuite, sur les réseaux sociaux, le pays a fait connaissance avec l’élégante Jacline Mouraud. Puis, les Français se sont regroupés en masse sur de multiples ronds-points de province. Et enfin, des « séditieux » sur les Champs-Elysées ont fait un « bololo » effarant. Arc de Triomphe vandalisé, policiers violemment pris à partie, 55 voitures défoncées dans Paris et six immeubles incendiés auront-ils raison du quinquennat ? La foule a terrifié l’exécutif.

Les éditorialistes ergotent depuis des jours : mauvaises consignes aux policiers, peur de la bavure, vrais ou faux « gilets jaune » au Tribunal d’instance de Paris ? On s’en fiche, le résultat est là : face à cette grogne inédite, l’exécutif a été contraint de faire « marche arrière ». Et prie désormais pour qu’il ne soit pas trop tard. Alors qu’elle a longtemps raillé la couardise de ses prédécesseurs de « l’ancien monde » incapable d’aller au bout des réformes, c’est toute la Macronie qui est maintenant ridicule.

Macron et la nostalgie de l’Italie

Gilles Bouleau veut savoir qui a vraiment pris la décision de reculer. Comme si cela intéressait encore quelqu’un, alors que des chiards brûlent maintenant les poubelles sans savoir vraiment pourquoi aux abords des lycées, et que les cahiers de doléances des gilets jaunes prennent des allures de bottin téléphonique. L’entrée « des banlieues » (que des esprits malveillants supputent vraiment séditieuses) dans ce conflit social protéiforme, enfin, est davantage un sujet d’inquiétude pour le citoyen lambda.

A lire aussi: Les gilets jaunes, une révolution anti-Macron

« Je suis pris pour cible, mais je constate que c’est aussi un terrible échec pour les partis politiques et les syndicats, qui sont hors-jeu », aurait déclaré Macron, toujours selon Le Canard Enchaîné, en début de semaine auprès de ses conseillers. Il se rassure comme il peut. Il n’y a pas un mois, le président et nombre de médiatiques pensaient que le mouvement 5 Etoiles italien relevait du folklore transalpin le plus grotesque. Les mêmes brûlent maintenant des cierges pour que les gilets jaunes puissent en prendre une forme équivalente. La société française est depuis plusieurs jours aux frontières du réel. Le regard légèrement désabusé d’Edouard Philippe sur TF1 en était l’illustration un peu désarmante.

Veuillez exprimer votre colère calmement

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Christophe Castaner, décembre 2018. SIPA. 00887310_000003

Le lion de la MGM finit de rugir. Le sigle d’United Artists passe et s’éteint. Fondu au noir. Banc-titre, en lettres capitales, en blanc-au-noir :

THE REVOLUTION
IS NOT A SOCIAL DINNER
A LITERARY EVENT,
A DRAWING OR AN EMBROIDERY .
IT CANNOT BE DONE WITH…
ELEGANCE AND COURTESY ;
THE REVOLUTION IS AN ACT OF VIOLENCE…

Mao Tse-Tung

Puis le jet de pisse le plus célèbre de l’histoire du cinéma, dru, moussu, impétueux, frappe une souche pétrifiée où s’agitent des fourmis, qui succombent l’une après l’autre sous le flot de sodium / potassium / chlore / bicarbonates… Comme c’est un péon inculte et désœuvré qui se soulage, peu de chances que cette urine-là contienne de l’acide asparagusique.

Suivent 157 minutes de violence déchaînée. Le Mexique des années Villa / Zapata ne faisait pas dans la dentelle — ni les Allemands des fosses ardéatines, auquel il est fait allusion au passage : tout film ou roman historique raconte aussi l’histoire des temps modernes. Fin de la famille de Juan Miranda, massacrée. Fin du triolisme amoureux et libertaire de Sean Mallory, anéanti. Et fin de Mallory (« Sean-Sean-Sean »), renvoyé dans les astres par son dernier litre de nitroglycérine. Ça vaut le coup de la chaudière de locomotive de La Condition humaine : la révolution mange ses enfants, comme le Saturne de Goya.

« On voudrait une colère, mais polie, bien élevée »

Pourquoi parlé-je de ce qui fut le dernier western (et bien plus que cela) de Sergio Leone ? C’est qu’à lire et à écouter les commentaires sur les derniers événements qui ont balafré Paris, Marseille, Toulouse et le Puy-en-Velais. La Vierge noire ne s’en est pas remise, ni Macron qui est passé voir les dégâts, et qui s’est fait copieusement huer par la foule.

Cris d’effroi dans la classe politico-journalistique : protester, certes, mais cette violence ! Ces débordements ! Christophe Castaner n’a pas été le dernier à fustiger des événements que dans son inculture — comme le lui a rappelé Barbara Lefebvre — il a un peu rapidement assimilés au 6 février 1934. L’Histoire ne repasse pas les plats. La situation actuelle n’est ni 34, ni 68. Dans Libération, le philosophe Frédéric Gros note avec une grande pertinence :  « On ne cesse d’entendre de la part des « responsables » politiques le même discours : « La colère est légitime, nous l’entendons ; mais rien ne peut justifier la violence. » On voudrait une colère, mais polie, bien élevée, qui remette une liste des doléances, en remerciant bien bas que le monde politique veuille bien prendre le temps de la consulter. On voudrait une colère détachée de son expression. Il faut admettre l’existence d’un certain registre de violences qui ne procède plus d’un choix ni d’un calcul, auquel il est impossible même d’appliquer le critère légitime vs. illégitime parce qu’il est l’expression pure d’une exaspération. Cette révolte-là est celle du « trop, c’est trop », du ras-le-bol. Tout gouvernement a la violence qu’il mérite. »

Castaner et la prise de la Bastille

Eh oui : la révolution (et encore, nous en sommes loin, pour le moment) n’est pas un dîner de gala. Mais j’imagine assez bien Castaner ou BFM commenter la prise de la Bastille — « violences inacceptables, un monument historique ravagé par une foule menée par des extrémistes, rassemblons-nous autour de notre roi »… Sans compter le gouverneur Launay mort sous les coups et dont la tête sanglante a été promenée dans Paris par des émeutiers incontrôlables — mais comme disait Rivarol, qui était pourtant monarchiste : « Il avait perdu la tête avant qu’on la lui coupât. »

À noter qu’on promena aussi dans les rues ce jour-là la tête de Flesselles, maire de Paris. Hidalgo devrait se méfier.

Et encore, c’étaient les violons avant le bal. Bien des têtes tombèrent dans les années qui suivirent. La révolution est violente — mais les révoltes aussi, et les simples émeutes ne restent pas en rade. Quand on inonde de mépris ceux qui…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Monsieur le président, abolissez vos privilèges!

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macron privileges gilets jaunes immigration
Emmanuel Macron, décembre 2018. Sipa. Numéro de reportage : AP22277121_000051

Pour apaiser la situation et accorder des concessions symboliques aux gilets jaunes, le président de la République Emmanuel Macron devrait renoncer aux privilèges de la classe politique. Un moyen rapide de renouer le dialogue avec le peuple.


Il existe un moyen absolument magique et immédiat de ramener la paix civile en France, d’empêcher que le samedi 8 décembre 2018 ne devienne un 14 juillet 1789 avec la perspective de voir la tête d’un gentil jeune homme intelligent et prometteur brandie au bout d’une pique. Dans ma grandeur d’âme, je livre à la Nation et à son gouvernement ce moyen sans demander la moindre rétribution financière.

Dans Le sacrifice, du génial réalisateur russe Tarkovski, un homme isolé dans une petite île suédoise avec sa famille apprend un soir par la télévision que la guerre atomique est déclarée et que la fin du monde arrive. Il décide alors de faire un sacrifice extraordinaire, de brûler entièrement sa belle et vaste maison pour que l’atroce événement n’ait pas existé. Il se réveille le lendemain près du tas de cendres et un voisin lui apprend que le monde se porte comme à l’ordinaire et que nulle guerre atomique n’a été déclarée. Fable magnifique, très chrétienne au demeurant : il faut savoir brûler le superflu pour sauver l’essentiel.

Les ex-présidents au minimum vieillesse

Imaginons que ce soir ou demain soir (le temps presse) le président Macron apparaisse à la télévision et déclare renoncer à la moitié de son salaire, de sa liste civile selon la terminologie officielle. Imaginons que dans la même allocution, il annonce plusieurs projets de loi : la diminution de 50 % des émoluments des députés et des sénateurs, la mise au pain sec des ministres et la fin de l’extravagante pension à vie des chanceux qui ont été ministres même si c’était pour quelques jours (je n’ai pas besoin de contrôler si cette fameuse pension existe ou pas, tout le monde y croit et en est scandalisé). Sans oublier une réforme essentielle : le versement du minimum vieillesse à quatre retraités qui nous coûtent fort cher en pensions et en gardiennage, MM Giscard, Chirac, Sarkozy et Hollande. Trois d’entre eux pourraient compléter leurs 800 euros mensuels par quelques conférences annuelles à 200 ou 300.000 euros, ils ont encore la langue bien pendue. Pour le pauvre monsieur Chirac, il serait inhumain de le faire discourir ligoté sur sa chaise comme on fait pour M. Bouteflika. Il vaudrait mieux que Bernadette demande des secours aux riches amis moyen-orientaux du couple. N’oublions pas un coup de sabre sur les revenus de la plus haute fonction publique, ambassadeurs et autres volailles du conseil d’Etat et des grands corps. Et pourquoi pas une taxe à vie sur les revenus des anciens énarques ?

Ne nous cachons pas la réalité : ces économies apparemment drastiques n’auraient pas de grandes conséquences sur le budget de l’Etat. Entre les sommes ainsi récoltées et le « pognon dingue » de la dépense publique, il y a une différence d’échelle. Mais le choc psychologique ! Aussitôt après le discours, les bouteilles de crémant débouchées sur les ronds-points ! Les vivats pour le président Macron, hué quelques jours avant, dont la démission était souhaitée par tous ! Comme on encenserait vite celui qu’on avait voulu brûler ! En insistant sur la rapidité du retournement, je ne me moque pas de la versatilité du peuple des pauvres gilets jaunes, je souligne le rapport haine/amour que la très monarchique Vème République a instauré entre le Président et les Français.

Une crise de symboles

Les Parisiens de 1789 voulaient arracher à Versailles le boulanger, la boulangère et le petit mitron et les ramener à Paris. Pas seulement pour fabriquer du pain, mais qu’ils soient parmi eux, qu’ils partagent leurs difficultés, vivent à leur niveau et dans leur quotidien. La crise des gilets jaunes est une crise de symboles et c’est avec des symboles qu’il faut y répondre. Macron a courageusement affronté les ouvriers en grève à Amiens, il faut que, une fois la rage apaisée par l’annonce de la baisse de son salaire, il revête un gilet jaune et aille discuter avec les braves employés, les caissières de supermarché, les vieux retraités pauvres sur un rond-point. Je garantis la chute immédiate des violences. Ajoutons entre parenthèses que ces fameux ronds-points qui pendant longtemps ont été accusés de coûter cher et de ne servir à rien ont enfin trouvé leur utilité. Et une magnifique utilité : ils sont devenus des hauts-lieux de la démocratie française, des agoras athéniennes présentes dans chaque petite ville de France, une amorce de la réalisation du rêve fou de démocratie directe.

Ah, elle est dure la condition monarchique, même dans la France hautement civilisée du XXIème siècle ! Le roi masqué en président a tous les pouvoirs, il est donc responsable de toutes les misères. Le président Macron peut se consoler en pensant qu’autrefois dans certaines cultures comme dans l’antique Scandinavie, le roi était tenu pour responsable des récoltes et mis à mort si une moisson trop faible annonçait la famine.

Acte 2 : l’immigration

À plus long terme, si Macron souhaite avoir la moindre chance d’être réélu, il faut qu’il s’intéresse enfin à la question migratoire et aux énormes dépenses consacrées à ceux qui se sont invités chez nous. Je lis çà et là le chiffre de 80 milliards par an et entre les logements en Formule 1, les subsides aux Mineurs Non Accompagnés et aux demandeurs d’asile, les allocations versées aux familles régularisées, ces sommes astronomiques pourraient bien refléter la réalité. La question migratoire s’invite enfin dans les doléances des gilets jaunes et Emmanuel Macron, s’il ne veut pas ranimer la flamme des colères devra s’abstenir de signer le pacte de Marrakech.

Gilets jaunes: la nouvelle stratégie des médias pour les discréditer

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Léa Salamé et Thomos Sotto, novembre 2018. ©BERTRAND GUAY / AFP

Ou comment grotesquiser un mouvement.

Bon, j’avoue, dimanche soir, je voulais regarder The Revenant, sur France 2. Voilà, voilà…

Et au lieu de voir lui (ok je sais, il ne ressemble plus à ça) :

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j’ai vu lui :

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Oh, il est beau aussi, hein ? C’est pas la question.

Mais surtout, je me suis aperçue que la stratégie médiatique vis-à-vis du mouvement des « gilets jaunes » s’était sensiblement modifiée.

« Extrême droite », c’est fini

Nos journalistes poursuivent certes dans le refrain « mouvement radicalisé, etc. » mais admettent de plus en plus que ce mouvement, par nature peu structuré, est en train d’être débordé par des casseurs qui profitent de l’opportunité qui leur est offerte de semer la pagaille et de casser du flic. Le problème n’est plus là. D’ailleurs, dimanche soir sur France 2, le représentant d’un syndicat de police a fini par faire sentir son agacement en constatant qu’on ne s’intéressait pas à lui et, après quelques phrases énervées, est tout bonnement parti parce qu’il avait autre chose à faire que pot de fleur sur un plateau télé.

« Mouvement d’extrême droite » a disparu. Il faut croire que l’insulte ne prenait pas.

Maintenant, on les laisse parler

On a trouvé mieux pour les ridiculiser : on fait croire qu’ils ont des « revendications institutionnelles ». Et évidemment, comme on trouve facilement des « gilets jaunes » qui demandent tout et n’importe quoi, on en trouve qui viennent expliquer qu’il faut dissoudre l’assemblée, rendre le pouvoir au peuple, et qui prétendent que des gilets jaunes vont se lancer en politique. Notez que le coup des « personnes issues de la société civile » qui entrent en politique pour rafraîchir le paysage, on nous l’a déjà fait il n’y a pas si longtemps. Je ne sache pas que cela ait changé grand-chose. M’enfin j’dis ça, j’dis rien, pas vrai ?

La vérité est que les gilets jaunes étaient légitimes, audibles et compréhensibles tant qu’ils râlaient contre les taxes, le prix de l’essence et les tarifs du contrôle technique.

Quand ils commencent à exprimer des idées politiques tout en niant vouloir faire de la politique, quand ces gens fatigués et en colère jouent les insurgés-théoriciens en…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Gilets jaunes vs Macron: si les banlieues s’en mêlent…

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Manifestation des gilets jaunes, place de l'Etoile, Paris, 24 novembre 2018. Sipa. Numéro de reportage : 00885768_000018

Malgré le caractère pacifique de l’immense majorité des manifestations, si indigénistes et banlieues s’en mêlent, le peuple français peut craindre le pire…


 

Quiconque connaît l’histoire sait que les révoltes et les révolutions ne se passent pas dans la joie et l’allégresse. C’est le moins que l’on puisse dire. Tout s’arrache au forceps et parfois il n’en sort pas le meilleur.

Un beau roman, une belle histoire progressistes

Dans l’imaginaire collectif de certains romantiques progressistes, les sans-culottes ont pris la Bastille, ont proclamé la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen inspirés par les Lumières. Ensuite, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants laïques qui firent le Front Populaire, obtinrent les congés payés, libérèrent les femmes du joug patriarcal, abolirent la peine de mort, firent les 35 heures et dans une apothéose finale prirent toutes les minorités sous leur aile.

Il est très étonnant de constater que ceux qui invoquent le plus notre cadre légal républicain sont aussi ceux qui rejettent le plus les gilets jaunes alors que sans les violences de 1789, nous serions encore sous l’Ancien Régime et nous ne connaîtrions certainement pas la laïcité. Il est rare qu’on obtienne gain de cause en se contentant de brouter le béton et de rentrer ensuite sagement à la maison pour regarder Cyril Hanouna.

Les violences des foules en colère charrient souvent les pires instincts ainsi que des haines et des frustrations qui viennent de très loin. Le danger est de voir instrumentaliser ces forces destructrices par des idéologues avec des projets totalitaires. La France, en 1792, avec son comité de Salut Public, a sombré dans la paranoïa purificatrice en plongeant le pays dans une terreur dont les Vendéens se souviennent encore. La grande Russie fut confrontée à un Comité de salut public permanent avec une mise en pratique de la Terreur Bolchevique qui fut totale et systémique au sein de la société russe. 20 000 révolutionnaires furent suffisants pour renverser la Russie.

Des corps intermédiaires en crise

Le totalitarisme se construit sur cette idée de purification de la société et de mise au monde d’un homme nouveau débarrassé des scories de l’ancien monde ou de l’ancien régime. Aujourd’hui en France, plusieurs dynamiques s’opposent. Les gilets jaunes, dans leur hétérogénéité sociologique, semblent demander la fin des privilèges imposés par une caste formée avec les outils de la République dans ses meilleures écoles et administrations et pervertie par une aspiration supranationale. Le peuple français voit son histoire à travers 1789 qu’il voit comme l’avènement d’une ère de justice sociale et de liberté. Si Macron a ignoré les corps intermédiaires, les Français ne se reconnaissent plus dans lesdits corps depuis belle lurette. Ceux ci se sont embourgeoisés et défendent des intérêts de castes privilégiées.

Parallèlement, des élites mondialisées ont fait sécession avec la nation et le peuple français. De leur point de vue, la nation doit être dévitalisée, le peuple dilué.
Ce processus de destruction de la nation trouve sa propre logique dans la dynamique révolutionnaire où une bourgeoisie en pleine ascension se débarrasse du sang royal, veut démembrer l’État-nation et se séparer du sang du peuple historique français devenu trop encombrant. Sans consulter le peuple en principe souverain, les élites ont décidé de détruire notre souveraineté.

SOS racines

L’ambition de régénérer le « vieux sang pourri » des Français, est illustrée par le pacte migratoire qu’Emmanuel Macron va signer à Marrakech le 10 décembre prochain. L’accélération du phénomène migratoire, sans aucune mesure avec les phénomènes migratoires du passé, est utilisée par des élites en sécession avec le peuple Français pour renforcer le communautarisme et casser la communauté nationale.

Le séparatisme islamiste et indigéniste a été récemment encouragé par le terra-novisme mais surtout produit provoqué par trente ans de SOS racisme au service électoral de ceux qui appliqueront cette feuille de route antirépublicaine. Une contre société s’est mise en place et fut sponsorisée avec les deniers de la République par des édiles cyniques ou inconscients.Cette contre-société suscite des craintes dans les couloirs du pouvoir et dans les préfectures de nos métropoles. Acheter la paix sociale des quartiers n’a pas de prix, mais un coût qui se chiffre en dizaines de milliards d’euros par an. Il faut pour cela sacrifier les services publics et les classes moyennes, mais aussi ne pas mécontenter Bruxelles et le dogme des 3%.

Si le terra-novisme est incompatible avec notre pacte social républicain, il accompagne merveilleusement le multiculturalisme de la Constitution Européenne imposé contre la volonté du peuple français.

La double sécession

Un responsable politique ne peut faire les deux. Soit il opte pour la République une et indivisible et recherche l’intérêt de la communauté nationale en défendant des principes universalistes. Soit il accepte l’américanisation de la société française et la vie politique deviendra un lieu de guerre idéologique permanente entre des communautés en concurrence recherchant des droits particuliers en fonction de l’origine, de la couleur de peau, du genre, de l’orientation sexuelle, de la religion, etc. Comme aux Etats-Unis, ce serait l’antichambre de la guerre civile à laquelle il faudrait y répondre par anticipation par un système répressif et carcéral très développé.

Dans cette optique, il faut protéger la « banlieue » de peur qu’elle ne devienne violente tout en protégeant fiscalement les élites et leurs bobos subalternes. Ces échotiers prêcheurs de l’humanité sans frontières pour mieux culpabiliser les ploucs qui vivent au-delà du périphérique. Ces assassins qui roulent au diesel et fument des clopes et se sentent mal à l’aise à La Courneuve entre barbus, voilées quasi intégrales et caïds super testostéronés. Cette double sécession est un coup de poignard dans le dos du peuple français, les élites et les bobos font les poches des ploucs et arrosent de subventions les banlieues sensibles des impôts qu’ils se refusent à payer. Les plus riches culpabilisent la France périphérique au nom de valeurs nobles retournées contre elle. On convoque l’antiracisme, l’humanisme, la tolérance et l’écologie pour bâillonner le quidam qui ne peut plus boucler sa fin de mois. Pendant ce temps, les services publics se dégradent alors que la fiscalité n’a jamais été aussi élevée.

Leur révolution et la nôtre

Toute la question dans la suite de cet affrontement entre gilets jaunes et élites déconnectées sera de savoir quelle révolution continuera sa trajectoire. La révolution par le haut qui veut se détacher d’un Peuple qu’elle méprise et qui l’encombre ou la révolution du peuple historique de France et de ses assimilés qui ont adhéré au pacte social républicain?

Il se pourrait qu’une troisième entité politique fasse irruption et emporte la mise, l’alliance entre léninistes New Age et indigéno-islamistes est plus qu’envisageable. Ce serait le deuxième danger totalitaire. Les banlieues regorgent d’armes si bien que les antifas et autres black blocs peuvent trouver en eux des alliés objectifs.

Guyane: un bobo au temps béni des colonies

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guyane bobo colonialisme
Rassemblement contre le projet d'exploitation de la Montagne d'or, Cayenne, juin 2018. Sipa. Numéro de reportage : 00864032_000022

Souvent de gauche, pleins de bonnes intentions, les métropolitains qui débarquent en Guyane se comportent bien souvent en néocolons….


 

Un peu d’histoire. Département français, la Guyane a d’abord été accostée en 1530 par les Espagnols, qui y furent massacrés. Puis, dupés par la légende de l’Eldorado, les Français, les Anglais et les Hollandais se combattront pour posséder cet hostile bout de terrain. Lors du XVIIème siècle, l’installation des Français, guidée par Louis XIV, prendra corps. En 1676, la Guyane est officiellement une colonie française. La France y exporte alors, comme maintenant, des fonctionnaires et militaires. Vient la traite négrière transatlantique, avec son lot d’esclaves noirs. Le « Code Noir » y est promulgué en 1686. Après presque deux siècles d’esclavage et de résistances, notamment des Noirs-Marrons, l’esclavage y est aboli en 1848. Lors de la traite transatlantique, les grands propriétaires possédaient entre 50 et 100 esclaves. Les petits blancs en possédaient une dizaine.

Visiter le monde tout en restant chez soi

Aujourd’hui, le petit blanc n’a plus d’esclaves. Et celui qui vient de débarquer de métropole pour un boulot dans l’Education Nationale ou la santé a souvent le cœur à gauche. D’ailleurs, il est ravi de discuter avec des Noirs, pardon, des Blacks, et parfois, il en a même dans son cercle d’amis. Il écoute du reggae, le néocolon de gauche, et il lui arrive de fumer des pétards.  Il admire Che Guevara, Jean-Luc Mélenchon ou Stéphane Hessel, et il est souvent solidaire des Tibétains et des Palestiniens. N’allez surtout pas lui dire que la France, si prompte à sermonner l’Etat d’Israël sur ses colonies, ferait bien de balayer devant sa porte, cela peut le mettre hors de lui. L’un d’entre-eux m’a affirmé que le Français venu en Guyane, contrairement au colon d’Hébron, « apprend aux Noirs-Marrons à parler un bon français ». N’est-ce pas la preuve de ses bonnes intentions ? Il serait plutôt aventurier, le néocolon de gauche. Mais attention, pas n’importe-où. Car il pense à son compte en banque, et aussi à sa retraite. Et s’il ne cesse de dire qu’il est ravi d’être en Guyane, où il estime se sentir utile, il irait quand même bien voir ailleurs. Les restes de l’Empire français n’offrent-ils pas un choix suffisant pour allier exotisme et portefeuille ? Au choix, la splendide Réunion, la tumultueuse Mayotte, la mythique Tahiti, la Nouvelle Calédonie, Saint Pierre et Miquelon. Ou pourquoi pas Wallis et Futuna ? Être né français offre de bien belles possibilités d’explorations. Mais attention, il ne s’agirait pas d’aimer la France pour autant. Non, le passé colonial, la guerre en Libye, voir la Syrie pour certains, la “jungle” de Calais, le roi Macron, sans parler de la Françafrique, cela suffit à honnir le pays qui lui a permis d’aller au bout du monde tout en restant chez lui. D’ailleurs, s’il décide de poursuivre sa carrière dans un pays francophone d’Afrique, tel le bon vieux Sénégal, avec de très bonnes conditions de salaires, ce sera pour le seul amour du continent noir, et il ne devra rien à la France.

« Les Amérindiens ne sont pas toujours accueillants »

Le néocolon de gauche se sent sensible au sort des peuples premiers. En Guyane, il ira faire un tour dans un des villages amérindiens, symboles de l’ancien monde qui résiste à la décadence de la société occidentale. Il y ira généralement en groupe, avec des gens comme lui. A la recherche des bons sauvages en costumes traditionnels, il tentera l’aventure. Mais à son retour, il sera souvent déçu. Les Amérindiens sont entrés dans la modernité, le temps de « Tristes Tropiques » est révolu – d’ailleurs, une néocolon mélenchoniste m’a bien affirmé que c’était un ouvrage ethnocentrique et parfois raciste. Et pourra sous-entendre, voire affirmer franchement que « les Amérindiens ne sont pas toujours accueillants ». De quoi tomber de haut. Ne lui était-il pas venu à l’idée qu’à moins d’être réellement passionné par leur culture, il serait bien de laisser ces gens-là tranquilles ? Mais cela sera sans rancune, pour le néocolon de gauche : il est totalement opposé au projet « Montagne d’or ». Pourquoi ? Ben… parce que ce n’est pas bien pour les Amérindiens et que l’or, c’est le mal. Il n’a pas plus d’estime pour les orpailleurs illégaux, d’ailleurs, ces bruyants brésiliens  qui, vous savez quoi ? Embauchent des prostitués.  Là, c’est niet. Le néocolon de gauche prône l’ouverture, mais pas avec n’importe qui. Une prostituée brésilienne ou dominicaine en Guyane, ça reste une prostituée, donc peu fréquentable. Idéologiquement hostile à l’armée, il n’a pas non plus une grande considération pour les militaires qui combattent ces même orpailleurs illégaux.

Aux armes, citoyen du monde !

Plus Nuit debout que Gilets jaunes, le néocolon de gauche est généralement révulsé par le nucléaire. Cependant, il n’est pas dérangé par les gros nuages blancs propulsés par les fusées Ariane. Il programmera même une sortie touristique sur la base de Kourou, où il pourra voir de près les fusées du Centre spatial guyanais décoller. N’est-ce pas une bénédiction d’être né français ? Il ne sait pas. En admirant les fusées, il pourra pourtant croiser d’autres néocolons, qui ne se prétendent pas forcément écolos comme lui, dans des treillis militaires flanqués d’une cocarde tricolore. De quoi susciter un amour du drapeau ? Ce serait oublier qu’avant d’être français, il se sent d’abord citoyen… du monde!

Le néocolon de gauche reste empêtré dans ses contradictions : il dit n’apprécier ni la France, ni son passé colonial, mais il ne saurait faire sans. Il pourrait pourtant prendre le large. Néocolon de gauche, si tu me lis, tente l’aventure hors des restes de l’Empire français, la Terre est suffisamment grande et accueillante. Si tu te penses vraiment tiers-mondiste, lis Jean-Paul Sartre ou Frantz Fanon et agis en conséquence. Ou alors, assume le fait d’être un néocolon au service de la France. Ce n’est pas si dégradant que tu le penses, tu verras.

Transsexuels : l’irrésistible ascension des conversions précoces en Amérique

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lu chong robinson transgenres
Chaîne youtube de Max Robinson

Des militants de la « cause transgenre » réclament que les thérapies de conversion soient systématiquement acceptées par les médecins. Pourtant, dans une Amérique polarisée entre conservateurs et progressistes délurés, le nombre de jeunes adultes regrettant d’avoir changé de sexe trop tôt soulève de nombreux problèmes…


 

C’est un cri du coeur dans l’Amérique de Donald Trump et de Caitlyn Jenner : « Mon nouveau vagin ne me rendra pas heureuse. On ne devrait pas attendre cela de moi ! » Ce cri a été poussé par la transsexuelle Andrea Long Chu dans le New York Times daté du 25 novembre. La  curieuse tribune conteste aux médecins le droit de discuter avec leurs patients l’accès aux thérapies hormonales ou à la chirurgie. Andrea a depuis été opérée. Tant mieux pour elle.

Vous avez dit « dysphorie de genre » ?

Etre transsexuelle est la deuxième chose « la plus terrible » qui soit arrivée à la jeune Andrea. La pire étant d’être née garçon, bien sûr ! Andrea Long Chu argumente : « Jeudi prochain, j’aurais un vagin. […] C’est ce que je veux, bien qu’il n’y ait aucune garantie que cela puisse me rendre plus heureuse. En réalité, je ne m’attends même pas à ce que cela me rende heureuse ! Cela ne devrait pas pour autant m’empêcher d’avoir le droit d’obtenir mon opération. » Depuis qu’elle prend des médicaments depuis plusieurs mois, Andrea confesse pourtant avoir des idées suicidaires. Vous êtes un peu perdus ? Je vais vous expliquer.

La jolie activiste aux cheveux bleus souffre de ce que l’on appelle la « dysphorie de genre », un trouble touchant des personnes persuadées de ne pas avoir le sexe qui leur correspond. Pour Andrea, cette sensation est difficile à définir. Elle la décrit comme l’incapacité à se réchauffer quel que soit le « nombre de couches de vêtements » qu’elle enfile. Ou comme une faim permanente mais « sans appétit ». Ou encore, comme « prendre l’avion pour rentrer chez soi » et réaliser au milieu du vol qu’on ne va jamais atterrir. Un vol sans fin pas franchement agréable, donc. Vous ne pouvez pas vraiment comprendre… Et cela peut mener à la toxicomanie, à la dépression ou au suicide.

Que font les médecins ?

Face à ce mal étrange, la médecine moderne a adopté deux approches. La première, conservatrice, consiste à classer la dysphorie de genre parmi les maladies mentales. Evidemment, cette approche semble anachronique pour beaucoup. Et ça tombe bien, en Occident, elle est de plus en plus battue en brèche. Pour preuve, les cliniques spécialisées se multiplient et un intense lobbying est mené aux USA pour que cette pathologie soit retirée de la classification des maladies mentales DSM-5 (digne du Moyen Âge, apparemment).

La seconde approche, présentée comme progressiste, consiste à apaiser la souffrance qui résulte de la dysphorie de genre en proposant un changement de sexe au cas par cas (on parle de thérapie de conversion, souvent salvatrice pour bien des malheureux). Dans cette seconde optique, la dysphorie de genre est comparée à une simple « hernie discale » que les pilules du pharmacologue et la technique du chirurgien vont guérir. Andrea Long Chu reconnait que c’est désormais la pratique la plus répandue (au point d’être devenue « mainstream » en Amérique). A noter qu’on propose aussi aux pré-ados américains des médicaments bloquant la puberté dans certains cas. Ensuite, place aux hormones et au bistouri.

Thérapie de conversion pour tous !

Malgré ces évolutions récentes ayant permis à un grand nombre de transsexuels d’obtenir le traitement et l’apaisement recherché, l’approche progressiste pose toujours un problème à Andrea Long Chu. Pourquoi ? Les transsexuels doivent faire la preuve qu’ils sont malheureux et que le changement de sexe est donc une solution adéquate pour aller mieux. Ce qui apparaît comme une évidence est un scandale pour Andrea Long Chu. Un éventuel refus médical ne saurait être toléré.

Quand médecins et patients ne sont pas d’accord, la prérogative des premiers serait une souffrance de plus pour les seconds. Lesquels, on l’a compris, souffrent déjà beaucoup. Laisser aux médecins et le pouvoir d’évaluer cette prétendue souffrance et la décision finale quant à la pertinence d’une opération apparaît comme insupportable. En prétendant vouloir le Bien, des praticiens réfractaires se transforment ainsi en petits dictateurs régnant sur le corps d’autrui, selon Andrea Long Chu. Le « serment d’Hippocrate » qui demande ne pas amplifier le mal, c’est des bêtises. Aussi, la réclamation d’un nouveau droit semble émerger : la thérapie de conversion pour toutes et tous. Peu importe que cela rende l’état d’Andrea peut-être pire, elle réclame ce droit. Et à ceux qui prétendent que le changement de sexe n’est peut être pas la solution pour tout le monde, Andrea répond qu’elle s’en moque : « Je veux la souffrance. Changer de sexe n’a pas à me rendre heureux pour que j’en aie envie. » Mon corps mon choix, en quelque sorte.

Le nombre de transsexuels a doublé en dix ans

Mais cette revendication de faire ce que l’on veut avec son corps inquiète, dans un contexte où des enfants de plus en plus jeunes affirment à leurs parents être transexuels. Le journaliste Jesse Singal n’est pas bien méchant, mais Andrea Long Chu l’a dans le viseur… Il a consacré cet été une vaste enquête sur le sujet des thérapies trop précoces. Andrea Long Chu l’a lue et n’a pas aimé. L’étude observe qu’en une décennie, le nombre de personnes se définissant comme transexuelles aux Etats-Unis a doublé. La parole est complètement libérée, en atteste par exemple la chaine YouTube de Miles McKenna qui compte plus d’un million de fans. Un vrai phénomène de mode chez les teenagers, dont l’intérêt pour la conversion se trouve conforté par ce type de propagande.

Si Jesse Singal reconnait volontiers que pour beaucoup de jeunes gens, le changement de sexe a considérablement amélioré leur condition, le journaliste redoute que cette solution ne soit désormais un peu trop systématiquement proposée à des ados en simple questionnement. Se poser des questions sur son genre à la puberté ou être déprimé, quoi de plus banal ? Circonspect quant à la liberté absolue revendiquée par Andrea Long Chu de faire ce que l’on veut  quand on veut, le journaliste s’inquiète du nombre grandissant de jeunes adultes regrettant d’avoir été poussés par des médecins à entamer une thérapie de conversion. Si, jusqu’à récemment, les hormones n’étaient jamais prescrites avant l’âge de 16 ans, il est de plus en plus commun de voir des ados de 15 voir 14 ans bénéficier d’une telle prescription aux USA.

Max, 17 ans, tente de redevenir femme

À ce titre, le témoignage de Max Robinson est éclairant. La jeune fille commence à prendre des hormones à 16 ans. Sa voix change, son apparence et sa pilosité aussi. A 17 ans, elle subit une double masechtomie. Aujourd’hui âgée de 22 ans, elle tente de redevenir une femme et témoigne que le diagnostic de dysphorie de genre était érronné dans son cas : « Je suis allé à l’opération optimiste, je pensais que cela allait résoudre mes problèmes. Mais je n’avais pas identifié les vrais problèmes que j’avais à l’époque». Une autre jeune femme, Cari Stella, explique aussi ses regrets dans la même enquête : « Je suis une femme de 22 ans avec une poitrine mutilée, une voix cassée et un duvet qui repousse passé 5 heures de l’après-midi. Tout ça parce que je n’arrivais pas à l’adolescence à affronter l’idée que j’allais devenir une femme. » Pendant que l’Amérique s’est déchirée pendant des mois sur les toilettes que les personnes transgenres étaient en droit d’utiliser, ces transitions trop précoces commencent tout juste à questionner les praticiens quant à leur nombre. Dans un texte de Debrag Soh traduit récemment par Peggy Sastre (une de nos cover-girls), une hypothèse paradoxale pourrait expliquer l’essor d’une partie de ces pratiques irresponsables sur les plus jeunes. Le changement de sexe demandé par certains parents pourrait en fait cacher une homophobie non assumée. Dans certains cas, une erreur de sexe biologique de naissance rapidement corrigée serait plus facile à accepter socialement que l’homosexualité.

Les seins ne repoussent pas

Alors bien sûr, loin de nous l’idée que les transsexuels soient tous dingues. C’est la tribune de Andrea Long Chu qui l’est un peu ! Ses cheveux, actuellement teints en bleus, repousseront. Les seins de Cari Stella, eux, jamais. Si Andrea n’a pas atteint l’âge respectable et raisonnable d’une femme comme Jacline Mouraud, elle a toutefois passé l’adolescence. Et l’on peut espérer que son choix est plus réfléchi qu’elle ne veut le faire croire. Mais que dire des plus jeunes ? Si Andrea Long Chu et sa troupe de militant.e.s plus ou moins velu.e.s n’ont pas exactement le physique qui plait à tous, ce ne sont pas des monstres. Mais une société « progressiste » qui transforme de légitimes questionnements d’adolescents en mutilations irréversibles ne l’est-elle pas un peu, monstrueuse ? Sur Twitter, la bataille fait rage. Des supporters d’Andrea, dont elle relaie les messages, regrettent que la mère du journaliste inconvenant Jesse Singal n’ait pas avorté…

Tout en animant cet épineux débat qui prend les allures d’un combat communautaire, Andréa n’avait réuni que le tiers des 30 000 dollars dont elle a besoin pour finaliser sa transformation sur une plateforme de financement collaboratif, quand nous écrivions ces lignes.

La Théorie du genre

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Natacha Polony: « J’espère faire mieux pour Marianne que Macron pour le pays! »

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Natacha Polony ©SIPA

Souverainiste bon teint, la directrice de la rédaction de Marianne entend réveiller de sa torpeur l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn. Europe, gilets jaunes, nouvel actionnaire tchèque: en détaillant son projet éditorial, Natacha Polony passe les sujets d’actualité au crible (2/2).


A lire aussi: Natacha Polony: « Quand on n’offre aucun débouché politique à la révolte, on engendre la radicalisation » (1/2)

Marianne a une identité. Quelle est celle de son lecteur ?

Quand j’étais jeune journaliste à Marianne, notre public couvrait à peu près tout le prisme politique. J’ai à cœur de reconstruire cette diversité, non pas en draguant les électeurs de tel ou tel bord, mais en faisant du journalisme, c’est-à-dire de l’enquête. Pour le dire autrement, je veux organiser la convergence des luttes ! Un journal comme Marianne devrait s’adresser autant aux fonctionnaires de son actuel lectorat qu’aux petits commerçants, artisans et patrons de PME. Par-delà leurs intérêts et leurs visions du monde, parfois divergents, tous sont les dindons de la farce d’un système économique qui est en train de désindustrialiser les pays occidentaux et de détruire les bases culturelles et économiques d’organisation des sociétés.

Daniel Kretinsky, le magnat tchèque qui a racheté Marianne, partage-t-il votre agenda politique ? Qui est-il exactement ?

C’est un industriel qui a fait fortune dans les centrales à charbon. Bizarrement, la présentation du personnage a changé du tout au tout quand il a annoncé son intention de mettre des billes dans Le Monde. Soudain, c’est devenu un faux-nez de Poutine !

Son profil d’industriel charbonnier doit chatouiller votre fibre écolo…

Totalement. On peut surtout déplorer le fait que les médias appartiennent à des milliardaires, qui ne sont plus forcément des hommes de presse, comme cela pouvait être le cas autrefois. Reste que Daniel Kretinsky n’a pas de contrat avec l’État français ni de conflit d’intérêts, ce qui me semble plutôt sain.

Ce n’est pas forcément rassurant, mais le seul pays où le paysage médiatique est suffisamment fragilisé pour qu’on puisse essayer d’y construire quelque chose, c’est la France

Est-il déjà intervenu dans la rédaction de Marianne ?

Jamais. Il explique croire dans le rôle démocratique des médias et ce n’est pas seulement un beau discours. Il est en pointe sur le combat pour la souveraineté numérique de l’Europe face aux Gafam, quand nombre de politiques sont encore à la traîne. Pour ce qui est de Marianne, nous avons prouvé notre indépendance avec notre une sur Bernard Arnault, un des principaux annonceurs de la presse. Nous avons publié en exclusivité un rapport dévastateur de la Cour des comptes sur la fondation Vuitton. Eh bien, pas un mot de reprise chez nos chers confrères.  Ce n’est pas une info, nous a dit l’AFP. Mais pas un mot de notre actionnaire non plus.

Pourquoi Kretinsky a-t-il choisi d’investir dans la presse française ?

Il s’est sans doute senti à l’étroit en République tchèque où il possède un groupe de médias. Francophone, il a observé le continent et sait que les autres pays européens n’offrent pas vraiment d’opportunités dans la presse. Ce n’est pas forcément rassurant, mais le seul pays où le paysage médiatique est suffisamment fragilisé pour qu’on puisse essayer d’y construire quelque chose, c’est la France.

Vous avez aussi fait cette une sur l’immigration. Croyez-vous le continent menacé par les flux migratoires venus du Sud ?

Un simple regard sur les courbes démographiques laisse penser qu’il faut se poser la question maintenant. Si la gauche trouvait normal que le paysan du Larzac rêve de vivre et travailler au pays dans les années 1960, on ne voit pas pourquoi elle refuserait ce rêve au paysan ivoirien ou kenyan. En tant qu’Européens, nous devrions avoir conscience qu’il n’y a pas d’émancipation humaine possible tant qu’on ne choisit pas son destin. Faisons en sorte que chaque être humain puisse vivre et travailler au pays. S’il veut ensuite vivre ailleurs, pourquoi pas, mais cela nécessite qu’il adhère aux valeurs de la société qui l’accueille.

La liberté et la souveraineté d’un pays impliquent de pouvoir choisir qui il accueille sur son sol

Pouvons-nous accueillir tous candidats à l’immigration, quand bien même ils adhéreraient à nos valeurs ?

Non. La liberté et la souveraineté d’un pays impliquent de pouvoir choisir qui il accueille sur son sol. Évidemment, il ne faut pas fermer les yeux sur la misère et la désespérance qui gangrènent l’Afrique, mais prenons les problèmes à la racine. Il est irresponsable de continuer à exploiter les matières premières africaines à travers des multinationales, puis d’exiger que la misère qui a été créée par ce système économique soit accueillie en France. Le tout sans jamais se demander comment faire pour que ces miséreux soient intégrés, puissent travailler et devenir véritablement européens.

L’intégration passe notamment par l’école. En tant qu’ancienne enseignante, comment jugez-vous le premier bilan du ministre Blanquer ?

La destruction du système scolaire français et de l’idéal de l’école républicaine est tellement profonde qu’on ne peut pas y remédier en dix-huit mois. Pour autant, les discours comptent, car ils définissent une certaine vision de ce que doivent être l’éducation et la transmission. Si Blanquer a une vision plus utilitariste que la mienne de l’école républicaine, nous sommes d’accord sur le fait que notre système scolaire devient le plus inégalitaire des pays de l’OCDE, parce qu’on a détruit les méthodes d’apprentissage. Jean-Michel Blanquer essaie de régler ce problème, ce qui prendra beaucoup de temps.

De toute façon, tant qu’on en est à apprendre à lire, écrire, compter, on ne peut être que d’accord !

C’est la base, mais toute la structure de l’Éducation nationale n’en convient pas ! Blanquer n’aura fait bouger le système que quand il aura refondu la formation des enseignants. C’est un travail de Romain.

Tout comme diriger un journal ! Trouvez-vous cette tâche épanouissante ?

C’est une question très difficile, parce qu’en effet, Marianne est un journal qui a souffert, qui a besoin d’être repositionné sur ses bases, de retrouver le sens de ce qui a fait son succès et sa place dans le paysage médiatique. Même si les journalistes font un boulot formidable, ils se sont retrouvés parfois prisonniers de situations qu’ils n’avaient pas choisies, donc il va falloir retrouver cette envie de faire un journal ensemble. En somme, c’est très proche de la situation de la France : comment reconstruire un destin commun autour de valeurs partagées, au-delà de nos divergences ?

En somme, vous voulez être la Macron de Marianne

J’espère faire mieux pour le journal que Macron pour le pays !

Délivrez-nous du bien !

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La révolution, c’est quand la police rejoint le peuple

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Gilets jaunes et policiers à Paris, 1er décembre 2018. SIPA. 00886591_000025

Les révolutions populaires et spontanées sont-elles devenues impossibles avec l’apparition de la modernité ? En théorie, les moyens techniques dont disposent les forces de l’ordre sont aujourd’hui suffisants pour repousser une foule. Seulement, la police n’est pas séparée du peuple…


Qu’est-ce qu’une révolution ? Il est simple de répondre à cette question, en apparence, fort complexe et très actuelle. Et, afin de comprendre comment le mouvement des gilets jaunes peut évoluer, il est essentiel d’y répondre. Au sens technique.

L’un des plus grands écrivains italiens du vingtième siècle, Curzio Malaparte, va nous y aider. Dans un petit ouvrage au titre transparent, Technique du coup d’Etat, l’un des esprits politiques les plus pénétrants de l’entre-deux-guerres, expliquait, en 1931, que la geste romantique, à la mode de 1789, était devenue impossible à l’ère moderne.

La mitrailleuse tenant le peuple

Selon Malaparte, la révolution, entendue comme le renversement d’un gouvernement par une foule incarnant le peuple (une vision symbolisée par la toile d’Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple) aurait été en quelque sorte dés-inventée par la mitrailleuse.

Dans son essai, il s’appuie sur la répression de la Commune, sur l’écrasement de la révolution spartakiste pour asseoir sa démonstration. La révolution serait devenue anachronique. Et l’auteur de Kapput d’enfoncer le clou avec le marteau de la révolution de 1917 dont il montre, sans peine, que le putsch de Lénine n’eut de révolutionnaire que le nom.

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Selon l’intellectuel italien, il suffirait, pour tout pouvoir confronté à des émeutes populaires, de positionner, suivant les bons angles de tir, des mitrailleuses devant les bâtiments officiels pour tenir.

Armes modernes contre foules sentimentales

Depuis la révolution d’octobre, les techniques de maintien de l’ordre se sont largement perfectionnées. Il n’est plus indispensable de hacher menu les manifestants pour protéger les bâtiments publics et les principaux centres névralgiques du pouvoir (les sièges des ministères et des grands médias mais aussi les dépôts de carburant, les ports, etc.).

Des compagnies de CRS bien formées, utilisant toute la panoplie du maintien de l’ordre, des grenades au gaz en passant par le canon à eau, sans oublier la matraque et le Taser, peuvent dresser un mur infranchissable face à une foule innombrable et désarmée. Seuls ceux qui ne l’ont jamais vécu croient que des civils, même surmotivés, peuvent résister à une charge de gardes mobiles.

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Et même lorsque la foule est prête à en découdre, Malaparte a encore raison : les armes modernes, concentrées entre les mains d’un appareil d’État résolu, peuvent stopper net une émeute. Ce fut le cas en 2004, à Abidjan, lorsque des centaines de milliers d’Ivoiriens fous furieux et munis d’armes de petit calibre et de machettes tentèrent de franchir un pont et d’attaquer l’hôtel. Une section de marsouins bien entraînés et armés de Famas put tenir la foule en respect tandis que l’intervention d’un de nos hélicoptères a achevé de transformer ce bloc de haine humaine en volée de moineaux.

Tous les flics ont une mère

Si la situation inédite créée par les gilets jaunes dégénère, compte tenu de l’exercice du monopole légal de la violence légitime dont il dispose, le président de la République peut espérer calmer la furia francese en activant l’article 16 ou en décrétant l’état d’urgence.

Mais comme disait Lacan, l’espoir précède le désespoir.  Car si le raisonnement de Malaparte semble d’une implacable logique, il omet toutefois un détail essentiel qui doit faire perdre tout optimisme au pouvoir en place. Ce détail, c’est la psychologie sociale.

Nulle part, surtout pas dans notre République, les forces de répression ne demeurent isolées du reste de la population. Même dans les régimes les plus autoritaires, l’armée, les CRS, la police, même les services de renseignement, ne vivent « hors sol ».

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Dans l’Iran du Shah, la féroce savak, dans l’Égypte de Moubarak, les très redoutés moukhabaraths, dans l’Allemagne de l’Est de Honecker, la terrible Stasi étaient insérées dans le tissu social et national. Même surpayés et choyés par l’État, ces garants du maintien de l’ordre, appartiennent au peuple qu’ils sont censés surveiller et réprimer. Ils ont des frères, des mères, des oncles et des nièces. Ils ne peuvent donc rester insensibles aux mouvements de l’opinion. C’est ce qui explique la permanence des révolutions.

Comme la chute du mur de Berlin ou les printemps arabes l’ont encore rappelé, les événements se mettent subitement en branle. Sans crier gare, l’opinion publique, qui était encore une mer d’huile 48h plus tôt, peut laisser place à une tempête qui balaye tout. « History is on the move again », disait le grand historien britannique Arnold Toynbee.  Les changements de cette ampleur sont lents à incuber. Ils correspondent à des courants souterrains et invisibles. Et puis soudain, ils débouchent et le décor change alors instantanément.

Servir et fraterniser

Pour comprendre ce qui va se passer dans les semaines et les mois à venir en France, il faut garder à l’esprit que les forces de l’ordre habitent le même pays et vivent dans le même présent que les émeutiers. Ce cordon de sécurité que forment les forces de l’ordre, le pouvoir actuel et les pouvoirs depuis des décennies ont beaucoup tiré dessus. Effectifs réduits, peu ou pas augmentées, peu ou mal considérées (cf. l’épisode du général de Villiers) : les épisodes de fraternisation avec la foule risquent de se multiplier.

Malaparte a raison : si des soldats ou des policiers déterminés à appuyer sur la queue de détente veulent tenir le peuple en joug, il ne se passe rien. Et le pouvoir politique est souvent prêt à réprimer au nom du maintien de l’ordre. Mais Malaparte a tort car le véritable changement d’époque implique qu’un matin, les soldats ou les policiers refusent de tirer. C’est ce qui s’était passé en 1789.

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Nous arrivons donc à notre conclusion : qu’est-ce qu’une révolution ? C’est la situation où les forces de l’ordre, les CRS, les policiers et les gendarmes mettent la crosse en l’air, soulèvent la visière de leur casque et disent à la foule : nous sommes avec vous.

Nous n’en sommes plus très loin.

Macron n’a donc plus que deux choix réalistes : se soumettre (dissoudre ou a minima changer de gouvernement pour organiser des élections) ou se démettre (démissionner). La révolution de 2018 a débuté.