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La France, le pays aux 252 variétés de taxes

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« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 252 variétés de taxes ? », aurait pu dire le général De Gaulle. En attendant la « mise à plat » de la fiscalité française et le « grand débat national sans tabou », voilà la liste des différentes taxes, cotisations et contributions. A méditer et, au besoin, à enrichir, il se peut que la liste ne soit pas complète…

1 Impôt sur le revenu (IR)

2 Impôt sur la fortune immobilière (IFI)

3 Impôt sur les sociétés (IS)

4 Taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB)

5 Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB)

6 Taxe d’habitation (TH)

7 Cotisation foncière des entreprises (CFE)

8 Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE)

9 Contribution sur les revenus locatifs (CRL)

10 Taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM)

11 Taxe spéciale d’équipement (désormais remplacée par la taxe d’aménagement)

12 Taxe additionnelle à la TFPNB

13 Taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères (TEOM)

14 Taxe destinée au financement des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE)

15 Redevance départementale sur l’aménagement des espaces naturels et sensibles (TDENS)

16 Taxe de balayage

17 Taxe locale sur la publicité extérieure (TLPE)

18 Impositions perçues au profit des communautés urbaines

19 Contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie

20 Prélèvement sur les bénéfices tirés de la construction immobilière

21 Taxe hydraulique au profit des voies navigables de France

22 Taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP)

23 Contribution additionnelle à l’impôt sur les sociétés

24 Taxe sur la consommation de charbon

25 Taxes générales sur les activités polluantes (TGAP)

26 CRDS (Contribution pour le remboursement de la dette sociale)

27 CSG (Contribution sociale généralisée)

28 Taxe forfaitaire sur les métaux précieux

29 Contribution à l’AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés)

30 Redevances pour droit de construire EPAD (Établissement public d’aménagement et de développement)

31 Droit sur les cessions de fonds de commerce et opérations assimilées

32 Droits sur les ventes d’immeubles

33 Droit sur les cessions de droits sociaux

34 Droits de succession et de donation

35 Prélèvement non libératoire forfaitaire sur les dividendes et distributions assimilées

36 Droit du permis de chasse

37 Droit de validation du permis de chasse

38 Taxe sur la musique (SACEM – SPRE)

39 Taxe sur les plus-values immobilières autres que terrains à bâtir

40 Impôt sur les plus-values immobilières

41 Cotisation additionnelle versée par les organismes HLM et les SEM

42 Cotisation versée par les organismes HLM et les SEM

43 Redevances perçues à l’occasion de l’introduction des familles étrangères en France

44 Taxe sur les spectacles perçue au profit de l’Association pour le soutien des théâtres privés

45 Taxe sur les transactions financières

46 Taxe annuelle sur les produits cosmétiques

47 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base dite « de stockage »

48 Surtaxe sur les eaux minérales

49 Taxe communale additionnelle à certains droits d’enregistrement

50 Redevances proportionnelles sur l’énergie hydraulique

51 Taxe communale sur les remontées mécaniques

52 Taxe communale sur la consommation finale d’électricité

53 Redevance d’enlèvement d’ordures ménagères (REOM)

54 Taxe sur les cartes grises

55 Redevances communale et départementale des mines

56 Imposition forfaitaire annuelle sur les pylônes

57 Taxes de trottoir et de pavage

58 Prélèvement progressif sur le produit des jeux dans les casinos au profit des communes

59 Taxe sur les activités commerciales non salariées à durée saisonnière

60 Taxe forfaitaire sur la cession à titre onéreux des terrains nus qui ont été rendus constructibles du fait de leur classement

61 Taxes sur les friches commerciales

62 Taxe sur le ski de fond

63 Taxe sur les éoliennes maritimes

64 Taxe sur les déchets réceptionnés dans une installation de stockages ou un incinérateur de déchets ménagers

65 Taxe pour non-raccordement à l’égout

66 Taxes dans le domaine funéraire

67 Taxe pour obstacle sur les cours d’eau, taxe pour stockage d’eau en période d’étiage et taxe pour la protection des milieux aquatiques, redevances pour pollution diffuses

68 Redevances pour pollution de l’eau et pour modernisation des réseaux de collecte

69 Taxe départementale des espaces naturels sensibles

70 Taxe sur les nuisances sonores aériennes

71 Taxe spéciale sur la publicité télévisée

72 Octroi de mer

73 TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) lubrifiants, huiles et préparations lubrifiantes

74 TGAP lessives

75 TGAP matériaux d’extraction

76 TGAP imprimés

77 TGAP installations classées

78 TGAP déchets

79 TGAP émissions polluantes

80 Redevances spéciales d’enlèvement des déchets non ménagers

81 Taxe sur les produits, déchets et résidus d’hydrocarbures

82 Taxe sur la publicité foncière

83 Taxe sur la valeur vénale des biens immobiliers des entités juridiques

84 Cotisation spéciale sur les boissons alcoolisées

85 Droit de circulation sur les vins, cidres, poirés et hydromels

86 Droit de consommation sur les produits intermédiaires

87 Droits de consommation sur les alcools

88 Droit sur les bières et les boissons non alcoolisées

89 Taxe sur les prémix

90 Prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et les produits de placement et contribution additionnelle

91 Contribution sociale de solidarité des sociétés

92 Contribution due par les laboratoires et les grossistes répartiteurs sur les ventes en gros aux officines pharmaceutiques

93 Contribution à la charge des laboratoires pharmaceutiques non conventionnés avec le comité économique des produits de santé

94 Contribution due par les laboratoires sur leurs dépenses de publicité

95 Prélèvement sur les ressources de différents régimes de prestations familiales

96 Redevance due par les titulaires de titres d’exploitation de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux

97 Droits de plaidoirie

98 Contribution due par les entreprises exploitant des médicaments bénéficiant d’une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché)

99 Contribution due par les entreprises fabriquant ou exploitant des dispositifs médicaux sur leurs dépenses de publicité

100 Participation des employeurs occupant 10 salariés ou plus au développement de la formation professionnelle continue

101 Participation des employeurs occupant moins de 10 salariés au développement de la formation professionnelle continue

102 Participation des employeurs occupant 10 salariés ou plus au financement du congé individuel de formation des salariés (0,2 % des rémunérations)

103 Taxe de séjour

104 Financement des congés individuels de formation des salariés sous contrats à durée déterminée CIF-CDD (1 % des salaires versés, ou moins en cas d’accord de branche)

105 Participation au financement de la formation des professions non salariées (à l’exception des artisans et des exploitants agricoles) correspondant à 0,15 % du montant annuel du plafond de la Sécurité sociale

106 Taxe d’apprentissage – versements aux centres de formation d’apprentis et aux établissements publics ou privés d’enseignement technologique et professionnel

107 Taxe départementale sur les remontées mécaniques

108 Taxe d’apprentissage – versements au titre de la péréquation

109 Contribution au développement de l’apprentissage

110 Taxe d’apprentissage

111 Contribution pour le financement des contrats et périodes de professionnalisation et du droit individuel à la formation à 0,15 % et 0,5 %

112 Taxe destinée à financer le développement des actions de formation professionnelle dans les transports routiers

113 Taxe pour le développement de la formation professionnelle dans les métiers de la réparation de l’automobile, du cycle et du motocycle

114 Taxe additionnelle à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, pour frais de chambres d’agriculture

115 Taxe spécifique pour la Chambre nationale de la batellerie artisanale

116 Taxe pour frais de chambres des métiers et de l’artisanat

117 Taxe pour frais de chambres de commerce et d’industrie

118 Taxe spéciale d’équipement

119 Participation des employeurs à l’effort de construction (1 % logement)

120 Cotisation des employeurs (FNAL, Fonds national d’aide au logement)

121 Taxe annuelle sur les logements vacants

122 Versement de transport dû par les entreprises de plus de 9 salariés implantées en province

123 Taxe sur les titulaires d’ouvrages de prise d’eau, rejet d’eau ou autres ouvrages hydrauliques destinés à prélever ou à évacuer des volumes d’eau

124 Taxe d’aéroport

125 Contributions additionnelles aux primes ou cotisations afférentes à certaines conventions d’assurance

126 Taxes de protection des obtentions végétales

127 Taxe d’abattage (remplacée par une majoration de la CVO des éleveurs)

128 Taxe sur les céréales

129 Taxe au profit de France Agri Mer (anciennement affectée à l’Ofimer)

130 Redevances perçues à l’occasion des procédures et formalités en matière de propriété industrielle, ainsi que de registre du commerce et des sociétés, établies par divers textes

131 Majoration de 10 % du montant maximum du droit fixe de la taxe pour frais de chambres de métiers

132 Contribution annuelle des distributeurs d’énergie électrique en basse tension

133 Taxe pour le développement des industries de l’ameublement ainsi que des industries du bois

134 Taxe pour le développement des industries du cuir, de la maroquinerie, de la ganterie et de la chaussure

135 Taxe pour le développement des industries de l’horlogerie, bijouterie, joaillerie, orfèvrerie et arts de la table

136 Taxe pour le développement des industries de la mécanique et de la construction métallique, des matériels et consommables de soudage et produits du décolletage, de construction métallique et des matériels aérauliques et thermiques

137 Taxe pour le développement des industries des matériaux de construction regroupant les industries du béton, de la terre cuite et des roches ornementales et de construction

138 Taxe pour le développement de l’industrie de la conservation des produits agricoles

139 Taxe pour le comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers

140 Droit annuel de francisation et de navigation en Corse ; droit de passeport en Corse

141 Redevance due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère permanente et saisonnière

142 Taxe applicable lors du Renouvellement des autorisations de travail aux travailleurs étrangers

143 Droits gradués des greffiers des tribunaux de commerce (inscription des privilèges et sûretés)

144 Contribution spéciale versée par les employeurs des étrangers sans autorisation de travail

145 Taxe perçue à l’occasion de la délivrance du premier titre de séjour

146 Taxes sur les primes d’assurance

147 Contribution au fonds national de gestion des risques en agriculture

148 TVA brute sur les produits pharmaceutiques (commerce de gros)

149 TVA brute sur les tabacs

150 Contribution additionnelle à la contribution sociale de solidarité des sociétés

151 Droits de consommation sur les tabacs (cigares)

152 Taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux perçue dans la région Île-de-France

153 Taxe sur les salaires

154 Taxes sur les nuisances sonores aéroportuaires

155 Taxes sur les primes d’assurance automobile

156 Contribution de solidarité sur les billets d’avion

157 Taxe affectée au Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes

158 Taxe perçue lors de la mise sur le marché de médicaments vétérinaires, ainsi qu’une taxe annuelle pour certaines autorisations ou enregistrements

159 Taxe pour l’évaluation et le contrôle de la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et à leurs adjuvants mentionnés à l’article L. 253-1 du Code rural et de la pêche maritime et aux matières fertilisantes et supports de culture

160 Taxe applicable aux demandes de validation d’une attestation d’accueil

161 Versement de transport dû par les entreprises de plus de 9 salariés implantées en Île-de-France

162 Contribution sociale sur les bénéfices

163 Contribution pour frais de contrôle

164 Droits de timbre sur les passeports sécurisés

165 Taxe spéciale sur les huiles végétales, fluides ou concrètes, destinées à l’alimentation humaine

166 Cotisations (normale et supplémentaire) des entreprises cinématographiques

167 Taxe sur les spectacles

168 Taxe sur les spectacles de variétés

169 Taxe sur l’édition des ouvrages de librairie

170 Taxe sur les appareils de reproduction ou d’impression

171 Redevance d’archéologie préventive

172 Taxe additionnelle aux droits d’enregistrement et à la taxe de publicité foncière perçus au profit des départements

173 Redevances pour pollution de l’eau, modernisation des réseaux de collecte, pollutions diffuses, prélèvement sur la ressource en eau, stockage d’eau en période d’étiage, obstacle sur les cours d’eau et protection du milieu aquatique

174 Taxe sur les passagers maritimes embarqués à destination d’espaces naturels protégés

175 Droit de francisation et de navigation

176 Taxe sur les boues d’épuration urbaines ou industrielles

177 Redevances biocides

178 Taxe sur les voitures particulières les plus polluantes

179 Taxe intérieure sur les consommations de gaz naturel

180 Taxe intérieure de consommation sur les houilles, lignites et cokes

181 Octroi de mer

182 Contribution sur la cession à un service de télévision des droits de diffusion de manifestations ou de compétitions sportives

183 Taxe due par les concessionnaires d’autoroutes

184 Droit de sécurité

185 Cotisation pêche et milieux aquatiques

186 Redevances cynégétiques

187 Prélèvement sur le produit des primes ou cotisations additionnelles relatives à la garantie contre le risque de catastrophes naturelles

188 Taxe sur les installations nucléaires de base

189 Contribution perçue au profit de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES)

190 Taxe sur les résidences secondaires

191 Taxe spéciale d’équipement pour la région Île-de-France

192 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base – Recherche

193 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base – Accompagnement

194 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base – Diffusion technologique

195 Produits des jeux exploités par la Française des Jeux

196 Taxe annuelle d’habitation sur les résidences mobiles terrestres

197 Droit de licence sur la rémunération des débitants de tabacs

198 Contribution sociale sur les bénéfices

199 TVA brute collectée sur les producteurs de boissons alcoolisées

200 Taxe sur les appareils automatiques

201 Droit sur les produits bénéficiant d’une appellation d’origine ou d’une indication géographique protégée

202 Taxe annuelle sur les médicaments et les produits bénéficiaires d’une autorisation de mise sur le marché

203 Taxe annuelle relative aux dispositifs médicaux mis sur le marché français

204 Droit progressif sur les demandes d’autorisation de mise sur le marché de médicaments

205 Taxe annuelle due par tout laboratoire public ou privé d’analyses de biologie médicale (CNQ)

206 Taxe sur les demandes d’autorisation de recherche biomédicale (taxe essais cliniques)

207 Taxe additionnelle à la taxe sur les demandes d’autorisation de recherche biomédicale

208 Taxe sur les demandes de visa ou de renouvèlement de visa de publicité et les dépôts de publicité pharmaceutique

209 Droit sur les inspections menées en vue de la délivrance du certificat de conformité mentionné à l’article L 5138-4 du Code de la santé publique

210 Contribution forfaitaire due par les employeurs de main-d’œuvre permanente

211 Droits fixes des greffiers des tribunaux de commerce

212 Contribution de solidarité en faveur des travailleurs privés d’emploi

213 Taxe de Renouvellement (et fourniture de duplicatas) du titre de séjour

214 Taxe applicable aux documents de circulation pour étrangers mineurs

215 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère permanente

216 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère temporaire

217 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère saisonnière

218 Taxe sur le prix des entrées aux séances organisées dans les établissements de spectacles cinématographiques

219 Taxe sur les services de télévision

220 Taxe sur les ventes et les locations de vidéogrammes destinés à l’usage privé du public (taxe vidéo et VOD)

221 Taxe et prélèvements spéciaux au titre des films pornographiques ou d’incitation à la violence

222 Taxe sur les contributions patronales au financement de la prévoyance complémentaire

223 Contribution des organismes de protection sociale complémentaire à la couverture universelle complémentaire du risque maladie

224 Contribution solidarité autonomie

225 Contribution sur les avantages de préretraite d’entreprise

226 Contribution sur les indemnités de mise à la retraite

227 Contributions patronales et salariales sur les attributions d’options (stock-options) de souscription ou d’achat des actions et sur les attributions gratuites

228 Taxe portant sur les quantités de farines, semoules et gruaux de blé tendre livrées ou mises en œuvre en vue de la consommation humaine

229 Contribution annuelle au Fonds de développement pour l’insertion professionnelle des handicapés (FIPH)

230 Contribution des employeurs publics au Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP)

231 Contributions additionnelles de 1,1 % au prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et produits de placements

232 Contribution sur les régimes de retraite conditionnant la constitution de droits à prestations à l’achèvement de la carrière du bénéficiaire dans l’entreprise

233 Taxe d’équipement

234 Droits de consommation sur les tabacs (autres tabacs à fumer)

235 Taxe sur les véhicules de société

236 Taxe pour frais de chambre de métiers et de l’artisanat – chambre de métiers de la Moselle

237 Taxe pour frais de chambre de métiers et de l’artisanat – chambre de métiers d’Alsace

238 Taxe pour la gestion des certificats d’immatriculation des véhicules

239 Droits de consommation sur les tabacs (cigarettes)

240 Taxe additionnelle à la taxe annuelle sur les médicaments et les produits bénéficiaires d’une autorisation de mise sur le marché (AMM)

241 Droit progressif sur l’enregistrement des produits homéopathiques

242 Taxe annuelle relative aux dispositifs médicaux et sur les dispositifs médicaux de diagnostic « in vitro » mis sur le marché français

243 Enregistrement des médicaments traditionnels à base de plantes

244 Contribution visée au II de l’article 8 de l’ordonnance no 2003-1213 du 18 décembre 2003

245 Majoration de la taxe de séjour pour les logements haut de gamme

246 Taxe de voirie

247 Taxe sur les ventes et locations de vidéogrammes destinés à l’usage privé du public (TCA)

248 Péréquation entre organismes de logement social

249 Contribution sur les mises jouées sur les paris sportifs en ligne de la Française des jeux et des nouveaux opérateurs agréés

250 Redevance destinée à financer les missions de service public confiées aux sociétés de courses

251 Prélèvement affecté au Centre des monuments nationaux

252 Taxe sur les jeux en ligne

« Pupille »: un film (involontairement) comique sur l’adoption


D’habitude, les vidéos de chat mignonnes et drôles sont diffusées sur Youtube. Avec Pupille, qui sort le 5 décembre, Jeanne Herry a choisi d’en diffuser l’équivalent humain au cinéma…


« Les dossiers de l’écran », la désormais mythique émission de la télévision publique du siècle passé est morte, mais le cinéma français s’acharne à vouloir lui fournir la matière de ses films d’introduction. Hier, c’était la pédophilie, avec Les Chatouilles. Aujourd’hui nous arrive Pupille, lourd mille-feuille fictionnel sur l’abandon et l’adoption qui s’ensuit en France. Face caméra, on nous assène ainsi un cours de droit parsemé de-ci, de-là de gros plans sur des visages de bébés qui font risette. Les réseaux sociaux sont bourrés de vidéos de chats et de chiens. Ici, ce sont des vidéos de bambins en voie d’adoption. Pauvreté d’un propos consensuel fondé sur le dialogue avec le nouveau-né qui aurait fait rigoler même la défunte Françoise Dolto. Tandis que le Japonais Kore-eda prend la peine d’inventer une histoire digne de ce nom, la Française Jeanne Herry se la joue comme il se doit à la paresseuse avec le récit chronologique d’une nativité renouvelée.

Et au milieu de ce beau désastre bourré de pathos, trône en majesté l’incontournable figure de Gilles Lellouche, cette fois, tenez-vous bien, dans le rôle tout en émotion contenue de l’assistant paternel modèle. Un grand film comique involontaire s’ouvre alors devant nos yeux effarés. Il est donc temps de laisser la parole à Guy Darbois et aux questions du standard, face à tant de belles intentions et de bons sentiments au service de la cause adoptive !

Natacha Polony, bonnet phrygien et bottes de cuir

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Natacha Polony, gilets jaunes, Gilles-William Goldnadel, des grands crus du chocolat : voici le menu de fête du Causeur de décembre.


Pour ce nouveau numéro de Causeur, Elisabeth Lévy vous offre un scoop : la révolte des gilets jaunes n’est pas une simple jacquerie antifiscale. Certes, la France périphérique souffre de la vie chère et du déclassement social mais sa colère ne se compte pas en euros. Symboliquement, la voiture représente le dernier espace de liberté pour cette frange du peuple fâchée avec ses élites politiques, syndicales et médiatiques. Loin de pleurer le modèle social français, les gilets jaunes en ont assez de le financer.

Guilluy, Taguieff et gilets jaunes

Expression d’un populisme pur et parfait, l’éruption du mouvement des gilets jaunes est tombée à point nommé alors que nous préparions un dossier consacré au populisme. Habitué de nos colonnes, le géographe social Christophe Guilluy nous a accordé un entretien autour de ce mouvement disparate qu’il avait vu venir. Mondialisation malheureuse, crise des classes moyennes, réaction populiste : ce spectre hante tout l’Occident. Autre ponte, Pierre-André Taguieff nous livre un article fort didactique, montrant que l’étiquette néo-nationaliste souvent infamante qualifie avant tout un style que les néo-nationalismes remettent désormais au goût du jour.

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Pour observer les manifestations au plus près, Erwan Seznec a interrogé les gilets courroucés de Quimper. Surprise : loin de réclamer la sollicitude des pouvoirs publics, nombre de gilets jaunes déplorent le coût et les excès de zèle d’un appareil administratif qui régente chaque année un pan supplémentaire de leur existence. Quant aux gilets jaunes réunionnais, ils affrontent la concurrence du lumpen racaillisé au cœur d’une société en pleine déréliction, comme l’analyse le brillant Geoffroy Géraud-Legros.

Goldnadel, JFK et Polony

Interrogé par Elisabeth Lévy, l’avocat Gilles-William Goldnadel déplore l’uniformité idéologique du système médiatique. A l’ère de Twitter, cet intellectuel de droite décomplexé (une espèce de plus en plus répandue !) décortique la psychologie des foules virtuelles en citant abondamment le grand Gustave Le Bon.

Au centre de ce numéro, la nouvelle directrice de la rédaction de Marianne Natacha Polony nous expose son projet éditorial. Souverainiste bon teint, la directrice de la rédaction de Marianne entend réveiller de sa torpeur l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn. Europe, gilets jaunes, nouvel actionnaire tchèque : en détaillant son projet éditorial, Polony appelle à la convergence des luttes entre patrons de PME, chômeurs, enseignants et autres perdants de la mondialisation. 

Campana, Birnbaum et tablettes de chocolat

Côté culture, à l’approche de Noël, Emmanuel Tresmontant nous ouvre les portes de l’étonnante chocolaterie Kosak, 106 rue Caulaincourt (Paris, 18e). Une adresse appréciée des fines bouches que fascine légitimement le mouvement « bean to bar » (de la fève à la tablette). Cette tendance permet aux passionnés de fabriquer du chocolat dans leur cuisine à partir de cacaos rigoureusement sélectionnés.

Un peu plus au sud, Patrick Mandon arpente le musée du Louvre, lequel consacre une exposition entière à l’exceptionnelle collection du marquis de Campana (1808-1880). Avant sa disgrâce finale, le directeur du Mont-de-Piété romain a détourné d’innombrables chefs d’œuvres de l’art italien, de l’Antiquité au XIXe siècle pour honorer et transmettre l’art immortel de son pays.

Enfin, le directeur du Monde des livres Jean Birnbaum s’épanche longuement sur le désarroi de la gauche face à l’offensive islamiste. L’ethnocentrisme inconscient de la gauche l’a, dit-il dans son nouvel essai, rendue aveugle à l’altérité, au point de considérer le djihadisme comme un retour de boomerang. Entretien viril mais amical avec un intellectuel de gauche qui critique la gauche.

Allez, au mois prochain !

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La Religion des faibles: Ce que le djihadisme dit de nous

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Christophe Guilluy: « Les gilets jaunes demandent du respect, le pouvoir répond par l’insulte! »


Christophe Guilluy avait vu venir les gilets jaunes. En effet, la « France périphérique », que le géographe a conceptualisée et dont il montre, dans No Society, qu’elle est l’oubliée de la nouvelle mondialisation et des politiques qui l’ont accompagnée, est aussi celle qui s’est soulevée, sur les routes et les ronds-points, contre son déclassement. Mondialisation malheureuse, crise des classes moyennes, réaction populiste: ce spectre hante tout l’Occident.


Causeur. Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », on vous voit partout. Vous êtes une sorte de prophète : vous avez inventé la France périphérique avant que la hausse du diesel la fasse apparaître sur les écrans radar. Qu’ont en commun tous ces Français qui ont endossé le gilet jaune ?

Christophe Guilluy. Prophète ? Disons surtout que je dis depuis quinze ans qu’il y a un éléphant malade (la classe moyenne) dans le magasin de porcelaine (l’Occident) et qu’on m’explique qu’il n’y a pas d’éléphant. Les « gilets jaunes » correspondent effectivement à la sociologie et à la géographie de la France périphérique que j’observe depuis des années. Ouvriers, employés ou petits indépendants, ils ont du mal à boucler leurs fins de mois. Socialement précarisées, ces catégories modestes vivent dans les territoires (villes, moyennes ou petites, campagnes) qui créent le moins d’emplois. Ces déclassés illustrent un mouvement enraciné sur le temps long : la fin de la classe moyenne dont ils formaient hier encore le socle.

En plus d’être économiquement précaires, les « gilets jaunes » représentent-ils la France des perdants culturels ?

Absolument. Du paysan historiquement de droite à l’ouvrier historiquement de gauche, les « gilets jaunes » constatent que le modèle mondialisé ne les intègre plus. Ils roulent en diesel parce qu’on leur a dit de le faire, mais se font traiter de pollueurs par les élites des grandes métropoles. Alors que le monde d’en haut réaffirme sans cesse son identité culturelle (la ville mondialisée, le bio, le vivre-ensemble…), les « gilets jaunes » n’entendent pas se plier au modèle économique et culturel qui les exclut.

Un leader populiste pourrait surgir aussi vite que Macron a émergé

Qu’est-ce qui vous fait dire que la France d’en haut exclut les « gilets jaunes » ?

Plus que l’exclusion des plus modestes, c’est d’abord la sécession du monde d’en haut qui a joué. La rupture entre le haut et le bas de la société se creuse à mesure que les élites ostracisent le peuple. Macron a beau avoir fait le bon diagnostic quand il a déclaré : « Je n’ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants », son camp s’est empressé de traiter les « gilets jaunes » de racistes, d’antisémites et d’homophobes. Ça ne favorise pas la réconciliation ! Pourtant majoritaire, puisqu’elle constitue 60 % de la population, la France périphérique est rejetée par le monde d’en haut qui ne se reconnaît plus dans son propre peuple. L’importance du mouvement et surtout du soutien de l’opinion (huit Français sur dix) révèle l’isolement du monde d’en haut et des représentations sociales et territoriales totalement erronées. Ce divorce soulève un véritable problème démocratique, car les classes moyennes ont toujours été le référent culturel de la classe dirigeante.

À la décharge de nos dirigeants, admettez que la diversité idéologique du mouvement ne facilite pas la prise en compte de ses revendications. Payer moins d’impôts, ça ne fait pas un projet…

Certes, il y a des manifestants de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche qui structurent assez mal leurs discours. Mais tous souhaitent la même chose : du travail et la préservation de ce qu’ils sont. La question du respect est fondamentale, mais le pouvoir y répond par l’insulte !

A lire aussi: Guilluy / Smith : démolition médiatique demandée!

Faute d’écoute du pouvoir, les « gilets jaunes » pourraient-ils constituer un Mouvement 5 étoiles à la française ?

Tout est possible. Il y a un tel déficit d’offre politique qu’un leader populiste pourrait surgir aussi vite que Macron a émergé. La demande existe. Dans le reste du monde, les populistes réussissent en adaptant leur idéologie à la demande. Il y a quelques années, Salvini défendait des positions sécessionnistes, libérales et racistes en s’attaquant aux Italiens du Sud. Aujourd’hui ministre, il se fait acclamer à Naples, devient étatiste, prône l’unité italienne et vote un budget quasiment de gauche. Quant à Trump, c’est un membre de l’hyperélite new-yorkaise qui a écouté les demandes de l’Amérique périphérique.

Ces leaders ne se disent pas qu’il faut rééduquer le peuple. Au contraire, ce sont les demandes de la base qui leur indiquent la voie à suivre. Ainsi, un Mouvement 5 étoiles pourra émerger en France s’il répond aux demandes populaires de régulation (économique, migratoire).

Dans tous les pays occidentaux, la classe moyenne est en train d’exploser par le bas

Cette lame de fond touche-t-elle tout l’Occident ?

Oui. Dans tous les pays occidentaux, la classe moyenne est en train d’exploser par le bas. Cette évolution a démarré dans les années 1970-1980 par la crise du monde ouvrier, avec les restructurations industrielles, puis a touché les paysans, les employés du secteur tertiaire, et enfin des territoires ruraux et des villes moyennes. Si on met bout à bout toutes ces catégories, cela touche le cœur de la société. Sur les décombres des classes moyennes telles qu’elles existaient pendant les Trente Glorieuses, les nouvelles classes populaires – ouvriers, employés, paysans, petits commerçants – forment partout l’immense majorité de la population.

Est-ce la sociologie du populisme ?

En gros, oui. Maintenant que la classe moyenne a explosé, deux grandes catégories sociales s’affrontent avec comme arrière-plan un nouveau modèle économique de polarisation de l’emploi. D’un côté, les catégories supérieures – 20 à 25 % de la population –, qui occupent des emplois extrêmement qualifiés et hyper intégrés, se concentrent dans les métropoles. De l’autre, une grosse masse de précaires dont les salaires ne suivent pas, vit dans des zones périphériques. Même dans une région riche comme la Bavière, l’électorat AfD recoupe une sociologie et une géographie plutôt populaires réparties dans des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales.

Vous utilisez des catégories socio-économiques, mais vos détracteurs vous accusent de défendre la « France blanche »…

La classe moyenne n’est absolument pas une catégorie ethnique. Dans mon dernier livre, je critique l’ethnicisation du concept qui, contrairement à ce qu’on croit, est venue de l’intelligentsia de gauche. Depuis quelques années, il y a un glissement sémantique : quand certains parlent des banlieues ou de la politique de la ville, ils désignent les populations issues de l’immigration récente, et quand ils évoquent la « classe moyenne », ils veulent dire « Blancs ». C’est une bêtise.

La classe moyenne est le produit d’une intégration économique et culturelle qui a fonctionné pour les Antillais ainsi que pour les premières vagues d’immigration maghrébine qui en épousaient les valeurs, quelle que fût leur origine ou leur religion. Faut-il le rappeler, les DOM-TOM font partie de la France périphérique. Dans ces territoires, les demandes de régulation (économique et migratoire) émanent des mêmes catégories. Cette dynamique est aujourd’hui cassée car le modèle occidental n’intègre plus ces catégories, ni économiquement, ni socialement, ni culturellement. Même dans des régions du monde prospères comme la Scandinavie, les petites gens sont fragilisées culturellement. Cette explosion des classes moyennes entraîne la crise des valeurs culturelles qu’elles portaient, donc des systèmes d’assimilation.

La fracture entre l’élite et le peuple ne cesse de se creuser. Jamais dans l’histoire ces deux mondes n’avaient été aussi étrangers l’un à l’autre.

En quoi la crise des classes moyennes nuit-elle à l’intégration des immigrés ?

Si les classes moyennes, socle populaire du monde d’en haut, ne sont plus les référents culturels de celui-ci, qui ne cesse de les décrire comme des déplorables, elles ne peuvent plus mécaniquement être celles à qui ont envie de ressembler les immigrés. Hier, un immigré qui débarquait s’assimilait mécaniquement en voulant ressembler au Français moyen. De même, l’american way of life était porté par l’ouvrier américain à qui l’immigré avait envie de ressembler. Dès lors que les milieux modestes sont fragilisés et perçus comme des perdants, ils perdent leur capacité d’attractivité. C’est un choc psychologique gigantesque. Cerise sur le gâteau, l’intelligentsia vomit ces gens, à l’image d’Hillary Clinton qui traitait les électeurs de Trump de « déplorables ». Personne n’a envie de ressembler à un déplorable !

Les catégories populaires ne sont pas les seules à ne pas se sentir politiquement représentées. Parmi les électeurs des partis dits « populistes », on trouve des perdants culturels qui s’en tirent économiquement plutôt bien, mais se sentent culturellement dépossédés.

La dynamique populiste joue sur deux ressorts à la fois : l’insécurité sociale et l’insécurité culturelle. L’insécurité culturelle sans l’insécurité économique et sociale, cela donne l’électorat Fillon, qui a logiquement voté Macron au second tour : il n’a aucun intérêt à renverser le modèle dont il bénéficie.

On l’a vu avec l’élection de Trump, aucun vote populiste n’émerge sans la conjonction de fragilités identitaire et sociale. Il est donc vain de se demander si c’est l’une ou l’autre de ces composantes qui joue. Raison pour laquelle les débats sur la prétendue influence d’Éric Zemmour sont idiots. Zemmour exprime un mouvement réel de la société, qui explique qu’avec 11 millions d’électeurs pour Marine Le Pen, le Front national ait battu son record absolu de voix au second tour en 2017. Malgré tout, la redistribution reste très forte et les protégés sont nombreux. Emmanuel Macron n’a pas seulement été élu par le monde d’en haut. Il a aussi été largement soutenu par les protégés, c’est-à-dire les retraités – notamment de la classe moyenne – et les fonctionnaires. Là est le paradoxe français : ce qui reste de l’État providence protège le monde d’en haut…

Ce n’est pas le seul : Macron, pour lequel ils ont voté, n’épargne pas fonctionnaires et retraités…

Cela explique son effondrement dans les sondages. Ceci dit, le niveau de pension reste relativement correct et ne pousse pas les retraités français à renverser la table, même ceux qui estiment qu’il y a des problèmes avec l’immigration. Mais cela pourrait changer aux États-Unis et en Grande-Bretagne, l’État providence étant fragilisé depuis les années 1980, les retraités ne craignent pas de bousculer le système. Ils ont voté pour le Brexit parce qu’ils n’ont rien à perdre. Si demain le gouvernement fragilise les retraités français, ils ne cautionneront pas éternellement le système. En détricotant tous les filets sociaux, comme la redistribution en faveur des retraités, on prend de très gros risques pour la suite des opérations.

N’exagère-t-on pas un peu le détricotage des acquis sociaux ?

Non. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le gouvernement a fait marche arrière sur la CSG. La pension de retraite médiane en France tourne autour de 1 000, 1 100 euros par mois ! En dessous de 1 000 euros par mois, cela commence à être très compliqué. La majorité des retraités sont issus des catégories populaires. Et ils sont les seuls, au sein de celles-ci, à n’avoir pas majoritairement basculé dans l’abstention ou dans le vote populiste. Le jour où eux aussi basculeront, le choc sera comparable au Brexit. Regardez aussi la rapidité avec laquelle les populistes ont gagné en Italie.

Voulez-vous dire que, pour la France, ce n’est qu’une question de temps ?

Qu’on le veuille ou non, le mouvement est là et il suffit d’attendre. Partout en Occident, il y a une très forte demande de régulation : économique, sociale, migratoire. Pour toute réponse à cette demande populaire, on la traite de fasciste – je suis bien placé pour le savoir. Le résultat de cette stratégie de diversion, c’est que la fracture entre l’élite et les classes supérieures, d’une part, et le peuple d’autre part, ne cesse de se creuser. Jamais dans l’histoire ces deux mondes n’avaient été aussi étrangers l’un à l’autre.

Il faut être sacrément doué pour sortir Guéret ou Vierzon de l’impasse

Qui sont ces élites ?

Ce monde d’en haut ne tient pas seulement avec le 1 % ou les hyper riches, mais avec des catégories supérieures et une technostructure – les énarques, mais aussi les technocrates territoriaux issus de l’INET. Ses membres viennent tous des mêmes milieux et partagent exactement la même vision de la société. À l’inverse, quand je me balade en France, je rencontre des élus de gauche ou de droite qui partagent mon diagnostic. Et qui se désolent de voir qu’au sommet de leur parti, domine le modèle mondialisé structuré autour des métropoles.

Au sommet de l’État, Emmanuel Macron a créé un grand ministère de la Cohésion des territoires dirigé par Jacqueline Gourault. N’est-ce pas la preuve que votre discours commence à infuser ?

Bien sûr. Quand la pensée est vraiment en décalage avec le réel, les tentatives de déni et de diabolisation ne marchent plus. Cependant, avec toute la volonté politique du monde, sans l’appui de la technostructure, aucun changement n’est possible. La même question se pose dans les territoires : comment initier des politiques différentes avec la même technostructure ? Peu importe qui est maire de Paris ou Bordeaux, ces villes créent de la richesse grâce au libre jeu du marché. En revanche, il faut être sacrément doué pour sortir Guéret ou Vierzon de l’impasse.

Justement, comment peut-on raccorder Guéret ou Vierzon à l’économie mondiale ? Y a-t-il des initiatives locales réussies ?

Énormément. Actuellement, on traite la France périphérique à coups de subventions. On redistribue un peu, beaucoup, passionnément, de façon à ce que les gens puissent remplir leur caddie au supermarché. On est arrivé au bout de ce modèle, notamment parce que l’État et les ménages sont surendettés. Mais lorsque des élus locaux et des entreprises privées se réunissent autour d’une table pour impulser un projet économique, cela réussit. Je pense par exemple à la relance des couteaux de Laguiole, dans l’Aveyron.

Certes, mais alors que les industries de pointe requièrent de très lourds investissements, n’est-ce pas condamner certains territoires à la production manufacturière à l’ancienne ?  

Comme le démontre l’exemple de Laguiole, on ne peut plus penser l’organisation territoriale uniquement à travers une volonté imposée d’en haut par les pouvoirs publics. C’est du bas vers le haut qu’il faut penser ces territoires. Dans des départements ruraux comme la Nièvre, les élus réclament la compétence économique pour initier des projets. Les présidents de conseils départementaux connaissent parfaitement leur territoire, les entreprises qui marchent et la raison de leur succès, la ville où il y a des pauvres et des chômeurs. Ils sont souples, inventifs, pragmatiques et ont à leur disposition des fonctionnaires départementaux issus du cru. Mais les hauts fonctionnaires qui forment l’administration régionale ou étatique cherchent à leur retirer de plus en plus de compétences économiques. Quoique majoritaire, la France des territoires n’existe pas politiquement. Les élus locaux sont marginalisés au sein de leurs partis, contrairement aux élus des grandes villes. Tout doit donc commencer par un rééquilibrage démocratique.

No Society: La fin de la classe moyenne occidentale

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Le peuple de la frontière

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Méfiez-vous de l’extrême-centre…

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Et si les extrêmes n’étaient pas ceux qu’on croit ? Et si les extrêmes étaient ceux qui qualifient les autres d’extrêmes ? Et si les extrêmes, c’était le centre ?


– Oh tu sais, on n’a pas le choix, on est obligés de voter pour Macron.

– Ah bon ? Mais pourquoi ?

– Mais parce que sinon il n’y a plus que des partis extrémistes !

Le constat est sans appel. La rhétorique de La République en marche a réussi à laver les cerveaux en radicalisant de façon factice le choix politique : le centre ou les extrêmes. Macron ou le chaos, comme ils disent. Avec un tel discours, plus de débat possible. Plus d’alternative. Les centristes sont au pouvoir, et pour longtemps. Mais au fait, et si les extrémistes, c’était eux, les centristes ?

Gauche-droite, ça n’oppose plus

Historiquement, le centre a fait son fonds de commerce de l’opposition gauche-droite, cristallisée autour de marqueurs comme la lutte du libéralisme contre le conservatisme, du socialisme contre le capitalisme, entre Jacquot le pauvre ouvrier et Jean-Edouard, le riche bourgeois « tradi ». Se voulant au-dessus de la mêlée, le centre serait le consensus, le rassemblement et la mesure, à l’opposé des idéologies, réservées à la gauche ou à la droite, partis qui, n’étant fatalement pas au centre, compteront des extrémistes aux marges de leurs troupes.

A lire aussi: Les gilets jaunes, une révolution anti-Macron

Cependant, la chute de l’URSS et la victoire de la démocratie libérale rendent caduque cette traditionnelle opposition. Les marqueurs de confrontation ne se polarisent plus sur la lutte des classes, mais sur un rapport à la mondialisation et l’accélération du monde, de la science, des flux de population, avec un déclassement politique et économique de la France. Le marqueur, à présent, est le suivant : la réponse à ses défis passe-t-elle par plus d’ouverture de frontières, de multiculturalisme, d’intégration européenne ? La France Etat-nation souverain n’est-elle plus capable d’assurer notre avenir ?

Gauche-droite, ça rassemble

Demandons à Jacquot et Jean-Edouard ce qu’ils en pensent. Jacquot a perdu son emploi. Il n’a rien contre la mondialisation, mais il trouve que les technocrates sans-frontiéristes libre-échangistes de Bruxelles ne le protègent pas beaucoup de la compétition économique internationale ou du dumping social que représentent à ses yeux ses nouveaux voisins migrants. Il veut un Etat qui le protège. Jean-Edouard, lui, pense que la France, historiquement et culturellement, ce n’est pas si mal. Il est attaché à sa culture et ne voit pas pourquoi il devrait l’abandonner pour un communautarisme multiculturel, surtout quand il voit ce qu’il se passe chez ceux dont il faudrait laisser place aux pratiques chez lui. Tous les deux se rejoignent : oui, la France, Etat-nation souverain qui a fait ses preuves dans le tumulte de l’Histoire, peut défendre leurs intérêts. Elle représente même un atout dans le concert européen et mondial.

Face à eux, il y a Manu, le centriste. Urbain et mondialisé, il leur répond que non, oublions le passé, la France doit être remplacée par une « start-up nation » incorporée dans une Europe fédérale gouvernée par des experts. Que le multiculturalisme, c’est super, que les frontières, c’est nul.

En Italie, l’électeur de gauche (mouvement 5 étoiles) et celui de droite (Ligue du Nord) se sont rejoints pour voter Salvini. En France, les citoyens de gauche et de droite ont sorti leurs gilets jaunes de la boite à gants pour défiler ensemble. Aujourd’hui, là où les nouveaux marqueurs politiques rassemblent l’électeur de gauche et celui de droite, le « centrisme », cette nouvelle idéologie, ne se trouve plus au centre, force de consensus, mais bel et bien à une extrémité du clivage politique, avec ses extrémistes.

Manuel de l’ultra-centriste

D’ailleurs, qu’est-ce que l’extrémisme ? C’est une doctrine dont les adeptes refusent toute modération ou toute alternative à la leur. Les actions extrémistes ont pour but un changement radical de la société. Au regard de cette définition, sur de nombreux aspects, le « centrisme » aujourd’hui est extrémiste. Lors de votre prochain diner mondain, si vous croisez un « centriste », amusez-vous à le taquiner en le traitant d’ultra-centriste. Au menu, voici quelques arguments :

Déshumanisation

En guise de mise en bouche, commencez en douceur avec l’argument de la « déshumanisation » des adversaires. La rhétorique centriste repose sur la dénonciation des extrêmes. Ils voient des extrémistes partout. Exemple : les gilets jaunes manifestent ? Attention, c’est le retour de la « peste brune » (Darmanin). Parler ainsi de ses adversaires, c’est extrémiste. Rien de tel que de déshumaniser son adversaire pour refuser tout débat et rejeter ses idées. On se souvient de Sartre, grand promoteur du communisme, idéologie non moins extrémiste : « Tout anti-communiste est un chien. »

Déni

Ensuite, ajoutez un zest de « déni ». En effet, quoi de plus extrémiste que quelqu’un qui est dans le déni de la réalité ? On a Macron par exemple avec son fameux « la culture française n’existe pas », ou la délicieuse réduction de la présence française en Algérie à un « crime contre l’humanité ». Un autre exemple de déni ? Gérard Collomb, qui avait ouvert les yeux lors de son départ du ministère de l’Intérieur en nous avertissant sur le risque de séparatisme communautaire : « Aujourd’hui on vit côte à côte… Je crains que demain on vive face à face. » Appel non entendu. Pour relever ce défi, Macron nomme Castaner, le plus communautariste de ses ministres, en total déni de réalité. Pour rappel, le génial Castaner, c’est celui qui a relativisé le motif religieux des attentats islamistes, « au nom de l’islam, certains ont des comportements assassins, mais, évidemment, ça n’a rien à voir avec ce qu’est la religion de l’islam, qui est une religion de bonheur, d’amour, comme la religion catholique » : pas de pot, rien à voir avec la religion, ces attentats auraient tout aussi bien pu être l’œuvre de catholiques ou de bouddhistes radicaux. Et de renchérir plus tard, à propos du voile islamique, « il y a quelques années, quand en France, y compris nos mamans portaient un voile, portaient le voile catholique, on ne se posait pas la question. » Circulez, il n’y a rien à voir. Au royaume des autruches, il y a des centristes rois…

Violence

Là, il est temps d’attaquer le plat de résistance, avec un truc un peu plus piquant. Et si on osait l’argument de la violence ? Car quoi de plus violent qu’un extrémiste ? On passera vite fait sur les barbouzes, façon Benalla, dont notre président a eu du mal à se détacher des services, pour aborder une violence plus sournoise, la violence médiatique face aux opposants, muselant les voix alternatives. Exit de la puissante centro-sphère médiatique tous les dissidents : Zemmour, Onfray, Taddeï en ont déjà fait les frais… Quelques petites lois « anti fake-news » permettront bien de trouver des motifs d’accusation contre les derniers récalcitrants et de leur clouer le bec !

Méfiance

Tant qu’on est dans les fake news, on pourra ajouter une petite pincée de populisme. En effet, autoritarisme et extrémisme ont toujours fait bon ménage. Or, aujourd’hui, que nous dit le centrisme ? Qu’il faut se méfier de la volonté du peuple, forcément populiste, manipulée par les fake-news. Si on laisse la démocratie s’exprimer, le peuple voter, il votera mal : voir comment Macron a reproché à demi-mots aux Italiens d’avoir mal voté pour Salvini. Quant au sujet des migrants, alors que la majorité des Européens se déclare favorable à un contrôle, voire à l’arrêt de l’afflux, les centristes refusent tout référendum sur la question, répétant que l’on ne peut rien faire et qu’il faut toujours plus d’intégration européenne pour gérer la situation, plus de pouvoir des technocrates de Bruxelles qui, on le sait ont été élus démocratiquement et n’ont pas brillé dans le domaine… Bref, aujourd’hui, le centrisme se méfie de la démocratie, pour lui préférer des institutions européennes gouvernées par des lobbies.

Division

On pourra ensuite servir une bonne louche de « division ». La division ? Oui. La ritournelle des ultra-centristes, c’est qu’ils rassemblent, alors que les autres, les extrémistes, divisent, en « stigmatisant » tel ou tel pan de la société. Mais quelle entourloupe ! Déjà, systématiquement qualifier d’extrémistes ses opposants, ce n’est pas très rassembleur. Mais au-delà, en tant que nouvelle force politique, le centrisme, pour s’attacher un électorat, a besoin de diviser, de casser l’existant, de provoquer un changement radical. Quoi de mieux dans cette optique que de fragmenter la société française que nous avons connue jusqu’à présent, unie autour de la nation, en une multitude de communautarismes pour s’attacher leurs votes ? Avez-vous vu comme Macron, dès qu’il le peut, au lieu de parler aux Français, s’adresse systématiquement à des communautés ou s’affiche entouré de minorités ? Cette fragmentation de la société française, les centristes essaient aussi de l’appliquer au niveau Européen, en favorisant les régionalismes pour casser les Etats, en maintenant les vannes de l’immigration ouverte pour diluer les cultures européennes, en ostracisant les dirigeants européens qui ont le malheur de souhaiter une Europe construite autour de nations souveraines et d’une identité européenne non gloubi-boulga-mondialisée.

Phobophile

Enfin, en digestif, on s’offrira une petite douceur sémantique. En effet, quoi de plus extrémiste qu’un « phobe » ? Pour la centro-sphère, tout extrémiste est taxé du suffixe « phobe » : islamophobe, europhobe, xénophobe, etc. Mais les ultra-centristes ne sont-ils pas un peu phobes eux-mêmes ? N’est-ce pas être europhobe que de réduire l’Europe à une organisation technocratique de moins en moins démocratique reniant son originalité culturelle unique au monde, riche d’une multitude de nations regroupées sur un si petit territoire ? En niant que d’autres modèles de construction européenne que celui proposé aujourd’hui par Bruxelles sont possibles ? N’est-ce pas être francophobe que de vouloir en permanence réécrire l’histoire de France en la réduisant à ses aspects les moins glorieux et à la repentance perpétuelle ? N’est pas être francophobe que de vouloir diluer un Etat-nation souverain qui a proposé au monde le modèle universel des Lumières, dans son opposé, un vague relativisme multiculturaliste et une technostructure qui essaie de se faire croire européenne ?

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On le voit, si par bien des aspects, l’opposition classique gauche-droite est devenue factice, elle est entretenue par un centrisme qui a un besoin vital de faire croire que ce vieux schéma perdure, pour mieux crier au spectre des extrêmes afin de se faire passer comme la seule force politique crédible, mais aussi masquer que l’ultra-centre, en tant qu’idéologie, est devenu lui-même extrémiste.

« Mur des cons »: un procès pour des pommes

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Il y a cinq ans, la France découvrait, accroché à la paroi du Syndicat de la magistrature, le « mur des cons », auquel étaient épinglés un certain nombre de justiciables et de personnalités. Aujourd’hui s’ouvre le procès de sa présidente de l’époque. Mais la justice a trop tardé, le mal est fait.


Ainsi, cinq ans après le scandale lié à l’existence, dans un local syndical ouvert à tous les vents, d’un panneau ou étaient épinglées des photos de justiciables et d’autorités de l’État affublés du qualificatif de « cons », le tribunal correctionnel de Paris va devoir enfin donner une suite à ce qui constituait dès le départ un étonnant scandale. Scandale qui a laissé dans l’opinion une trace cuisante et indélébile.

Fillon, lui, n’a pas attendu cinq ans

Tranquilles, les organisations syndicales de magistrats, tout en psalmodiant le mot « indépendance », continuent à revendiquer la partialité pour les magistrats qu’ils prétendent représenter. Comme ils l’ont montré en approuvant bruyamment la destruction par les voies judiciaires du principal candidat à l’élection présidentielle, favorisant ainsi le triomphe d’Emmanuel Macron. Pour assister ensuite, sans piper mot, à l’instrumentalisation politique de l’appareil judiciaire, d’abord mobilisé contre l’opposition, et ensuite pour protéger les équipes au pouvoir.

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On se permettra quelques observations à titre liminaire. Tout d’abord, on peut constater que l’urgence utilisée à l’encontre de François Fillon, et dont on nous prétendait contre l’évidence qu’elle était normale, est donc bien à géométrie variable. Ensuite, lorsque l’on voit comment le parquet s’est battu bec et ongles pour éviter toute suite judiciaire – obéissant sûrement à des réflexes de protection corporatiste et allant probablement au-devant des souhaits du pouvoir en place – on se dit que le mal est vraiment profond.

Les magistrats nous prennent pour des…

Initialement, ce qui était parfaitement logique, le Conseil supérieur de la Magistrature (CSM), avait été saisi par Christiane Taubira, garde des Sceaux, de l’aspect éventuellement disciplinaire de l’invraisemblable manquement. Par un communiqué long et juridiquement charpenté, celui-ci a soigneusement refusé de se saisir du problème. On pouvait sourire de cette circonspection à la lecture de la tribune libre publiée au moment du scandale dans le journal Le Monde, sous la signature de Nicolas Blot (juge d’instruction, ancien secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats) et d’Evelyne Sire-Marin (vice-présidente, ancienne présidente du Syndicat de la magistrature). Intitulé « Mur des cons, les raisons d’un affichage », cet article, au-delà de l’habituel plaidoyer pro-domo, nous offrait un assez joli collier de perles, dont certaines méritaient vraiment enchâssement. Reflet d’un état d’esprit partagé chez nos amis magistrats, à qui on rappellera quand même qu’ils officient, jusqu’à nouvel ordre, au nom du peuple français. Jetons à nouveau un coup d’œil sur ce texte en rappelant d’abord, que les deux signataires s’expriment, non pas, au nom de leurs organisations syndicales respectives, mais en tant que magistrats en exercice.

On retrouve, pour commencer, la mise en cause, quasi-routinière, de l’activité législative du Parlement. Montesquieu, connais pas ! « Une vingtaine de lois s’empilent ainsi jusqu’en 2012 : à chaque fait divers sa loi, à chaque problème de société sa sanction pénale, sans réflexion. » C’est vrai ça ! Ces parlementaires de la République élus au suffrage universel pour élaborer et voter la loi, ils ne réfléchissent pas !

SOS magistrats en danger !

Et puis, la justification de l’existence du totem : « Ce ‘mur des cons’ n’est-il pas la réaction affective, hystérique, magique, d’une partie de ce corps social en danger, celui des magistrats ? N’est-il pas une sorte de maraboutage de l’ennemi, un peu comme on enfonce des aiguilles dans la photo de son adversaire ? » Un corps social en danger ? Certes, tout est relatif, mais il semble pourtant qu’il en est d’autres, dans ce pays, nettement plus menacés, et qui ont d’ailleurs commencé à le faire savoir. Les magistrats céderaient-ils à la concurrence victimaire ? Ensuite, il s’agirait d’une réaction affective, hystérique et magique. Houlà, on est carrément dans le syndrome. J’ai connu (il y a longtemps) un magistrat qui, présidant une chambre correctionnelle, tirait le thème astral des gens qu’il allait juger. Je le pensais minoritaire, mais constate que ce n’est pas le cas. Il y aurait donc des cours de vaudou à l’Ecole nationale de la magistrature, des marabouts sénégalais ou haïtiens comme enseignants ? Et si l’on comprend bien, les représentants de l’exécutif de l’époque, du législatif et les justiciables, tous présents sur le mur, sont des adversaires ?

Malheureusement, ce n’est pas fini, car vient la définition de l’impartialité portée par les deux plus grandes organisations syndicales. « Une fois de plus, cette affaire va servir à défendre une conception abstraite et surannée de l’impartialité du juge, que sous-tend le code de déontologie des magistrats publié en 2010 par le CSM (Conseil supérieur de la magistrature) : le juge doit être transparent, sans sexe, sans opinion et sans engagement. » Comment des magistrats formés, disposant de hautes responsabilités peuvent-ils proférer de pareilles énormités et revendiquer ainsi une impartialité à géométrie variable ? Mais, chers amis magistrats, nous ne vous demandons pas d’être personnellement transparents, asexués ou sans opinions politiques. Mais que vos décisions le soient ! Vous ne les rendez pas à titre personnel, en tant que femmes (ou hommes), en tant qu’électeurs, ou en tant que militants, mais au nom du peuple français. Mesurez-vous le caractère fondamental de cette formule ?

Cette sidérante revendication de la subjectivité et de la partialité, qui se nourrit d’une négation des principes qui fondent l’organisation de la justice, est aussi inquiétante que révélatrice.

Circulez, c’est du passé !

On ajoutera un dernier bijou qui, derrière la désinvolture d’expression, est quand même assez effarant. Par l’intermédiaire de leurs anciens dirigeants, les organisations syndicales donnent les consignes. « Bien sûr, les plaintes en diffamation, injure publique ou privée des malheureux nominés du ‘mur des cons’ n’aboutiront à aucune condamnation pénale du SM, car il n’avait nulle intention de diffuser ces images strictement privées. » C’est donc plié, il n’y a plus rien à voir ?

Le droit de la presse (puisque c’est de lui qu’il s’agit) est particulièrement délicat à manier et à interpréter. Les spécialistes de cette matière sont partagés sur son application à ce cas d’espèce. Diffamation ou injure ? Bonne ou mauvaise foi ? Diffusion publique ou privée ? Sachant que la diffusion privée est également pénalement répréhensible, il y a quand même matière à discussion judiciaire, et il appartiendrait au juge de trancher. Eh bien non, c’est tout vu. Deux éminents magistrats, qui se réclament de leurs précédentes responsabilités syndicales nous ont déjà donné la décision. Il n’y aura « bien sûr » pas de condamnation pénale. Parce qu’il ne doit pas y en avoir ? C’est vrai ça, à quoi bon un débat judiciaire contradictoire ? De son côté le parquet a scrupuleusement appliqué la consigne en se battant pour éviter que cette affaire vienne à une audience correctionnelle.

Le mal est fait

Ce qui est quand même un peu étonnant, c’est cette constance dans l’expression de telles énormités. On comprendrait que les « épinglés » soient un peu hésitants lorsque qu’on leur demande de faire confiance à la justice de leur pays. La seule véritable réponse de la République aurait dû être de donner à ce qui constitue un véritable scandale les suites disciplinaires qu’il méritait. Cinq ans après, la décision à venir quelle qu’elle soit, de relaxe ou de condamnation ne servira à rien.

Il y a 13 ans, après l’affaire d’Outreau, j’avais publié dans Libérationun article pour déplorer la tentation autiste des magistrats : « La tentation de l’autisme est pourtant une stratégie risquée pour le corps lui-même. Est-il sûr que l’opinion publique française s’en contente, alors qu’elle se méfie désormais de sa propre justice ? »

Clairement, les choses ne se sont pas arrangées.

Comment la Cour de cassation nous soumet au droit supranational


Depuis près de cinquante ans, des juges français détricotent progressivement notre modèle républicain sous l’influence d’une idéologie multiculturaliste d’inspiration anglo-saxonne. Ployant face aux assauts de l’islamisme, l’aristocratie judiciaire impose cahin-caha un droit jurisprudentiel avec l’appui des juridictions supranationales.


Lors de l’audience solennelle d’installation des nouveaux magistrats, le 3 septembre dernier, le premier président de la Cour de cassation, M. Bertrand Louvel, a laissé entendre que la justice française devrait s’incliner devant l’avis du comité des droits de l’homme de l’ONU, estimant que la France aurait, dans l’affaire du voile à la crèche Baby-Loup, porté atteinte à la liberté religieuse garantie par le pacte de New York sur les droits civils et politiques. Le propos a d’autant plus inquiété que le même comité vient encore d’en rajouter en jugeant que la loi française interdisant la burqa est, elle aussi, attentatoire à la même liberté.

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La déclaration du président Louvel n’a pourtant rien d’étonnant et s’inscrit dans le droit fil d’une entreprise de sape du modèle républicain français, entamée dès la disparition du général de Gaulle, mais qui s’est accélérée à grande vitesse sous l’influence du droit européen et international. Il s’agit de substituer à notre droit démocratique dans lequel la loi votée par le peuple ou ses représentants constitue « l’expression de la volonté générale » (article 6 de la Déclaration de 1789) un droit jurisprudentiel d’origine supranationale et d’inspiration anglo-saxonne clairement revendiqué. Bertrand Louvel l’avoue explicitement dans son discours du 3 septembre : « Ce phénomène d’internationalisation appelle la culture judiciaire et juridique française à entrer en synthèse avec la culture anglo-saxonne. » La réalité est plus crue : elle consiste à soumettre les choix démocratiques des États aux diktats d’une aristocratie judiciaire elle-même mise au service d’une conception globalisée, « progressiste » et multiculturelle des sociétés européennes. Le modèle républicain français est particulièrement attaqué par cette contre-révolution qui porte à la fois sur les pouvoirs (I) et sur le contenu du droit (II).

I. La contre-révolution des pouvoirs : la post-démocratie

L’entreprise a d’abord consisté à multiplier les conventions internationales et européennes consacrant des droits et libertés individuels et catégoriels en assortissant ces textes de voies de recours permettant aux ressortissants d’un État d’accuser celui-ci devant une instance internationale. Tantôt, il s’agit d’une juridiction rendant des décisions dont l’exécution s’impose aux États (CEDH), tantôt, il s’agit de comités ou organismes divers et variés composés de personnalités présentées comme des « experts indépendants » et qui formulent seulement des avis ou recommandations non contraignants (comité de l’ONU). Mais il s’ajoute à cette surveillance internationale un contrôle permanent opéré par les juridictions nationales elles-mêmes, dont on n’a pas mesuré, au départ, qu’il allait prendre une tournure qualitativement et quantitativement toxique, propre à faire imploser notre modèle juridique et judiciaire.

L’article 55 de la Constitution française dispose, en effet, que « les traités régulièrement ratifiés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois ». Il restait à savoir si le juge national allait se permettre de vérifier, dans un procès, si la loi applicable au litige était bien conforme au traité européen ou onusien et, dans la négative, s’il pourrait écarter la loi. Une telle éventualité constituait en France une contre-révolution puisque les textes révolutionnaires ont toujours fermement interdit aux juges de sanctionner la loi. La loi des 16 et 24 août 1790, confirmée par les constitutions qui suivent, affirme ainsi : « Les tribunaux ne pourront prendre directement ou indirectement aucune part à l’exercice du pouvoir législatif, ni empêcher ou suspendre l’exécution des décrets du corps législatif sanctionnés par le Roi, à peine de forfaiture. » Le Code pénal de 1810 affirme encore : « Seront coupables de forfaiture et punis de la dégradation civique les juges […] qui se seront immiscés dans l’exercice du pouvoir législatif, soit par des règlements contenant des dispositions législatives, soit en arrêtant ou en suspendant l’exécution d’une ou plusieurs lois. »

Cette tradition de soumission du juge à la loi sera toujours maintenue en France, y compris sous la Ve République du général de Gaulle. La Constitution de 1958 a sans doute créé un Conseil constitutionnel chargé de vérifier si les lois ont bien été votées dans le domaine et selon les procédures prescrites par la Constitution, mais ce contrôle, qui ne pouvait être déclenché que par le chef de l’État et celui du gouvernement, ainsi que par les deux présidents de chambre, ne portait pas du tout sur la conformité du contenu de la loi avec les droits et libertés des citoyens mentionnés dans le préambule. Pour ce qui est du juge ordinaire, Michel Debré fut aussi très clair dans son discours de présentation de la nouvelle Constitution : « Il n’est ni dans l’esprit du régime parlementaire, ni dans la tradition française, de donner à la justice, c’est-à-dire à chaque justiciable, le droit d’examiner la valeur de la loi. »

À peine, cependant, la dépouille du général refroidie, se manifesta la revanche des juges, avec l’aimable complicité de ceux qui n’avaient jamais digéré l’attachement viscéral du gaullisme à l’indépendance de la France. Le centriste Alain Poher ouvre les hostilités en prenant prétexte d’une loi dite « Marcellin » sur les associations pour offrir au Conseil constitutionnel l’occasion de son premier coup d’État. Le 16 juillet 1971, en effet, celui-ci s’empare spontanément du pouvoir de contrôler le contenu des lois qui lui sont déférées aux droits et libertés auxquels le préambule renvoie, se permettant ainsi de changer complètement son office en tournant désormais son canon contre la volonté majoritaire. Puis, le même Poher profite ensuite de l’intérim du président Pompidou pour ratifier en 1974 la Convention européenne des droits de l’homme. Puis, c’est Valéry Giscard d’Estaing qui, la même année, donne sa bénédiction à la décision de 1971 en étendant le droit de saisine du Conseil constitutionnel à 60 députés ou 60 sénateurs, c’est-à-dire à l’opposition, permettant alors au Conseil de déployer largement le pouvoir conquis trois ans plus tôt.

En 1975, le Conseil constitutionnel affirme qu’il n’est pas compétent pour contrôler la conformité des lois au droit européen et international, laissant aux juges ordinaires, judiciaires et administratifs, le soin de s’en charger dans les litiges qui leur sont soumis. La Cour de cassation ne se fait pas prier et se lance aussitôt dans le contrôle dit de « conventionnalité » des lois, consistant à écarter l’application de dispositions législatives jugées contraires à une règle européenne ou internationale, même antérieure. Le Conseil d’État la suit en 1989 dans l’arrêt Nicolo. En juin 1980, la France ratifie le pacte de New York sur les droits civils et politiques dont la rédaction aurait dû susciter de fortes réserves du gouvernement français sur ses articles 18 (liberté de religion) et 27 (droits des minorités). Puis, François Mitterrand ratifie encore en 1981 le protocole sur le droit de recours individuel à la Cour européenne des droits de l’homme qui permet à tout un chacun de saisir la Cour après épuisement des voies de recours internes et, en 1983, celui qui autorise les plaintes individuelles devant le comité des droits de l’homme de l’ONU. Celui-ci n’est pas une juridiction, mais se comporte comme tel en rédigeant ses avis comme des arrêts. À partir de ce moment-là, tout est en place pour que le gouvernement des juges et des experts internationaux se diffuse dans tout l’appareil judiciaire français.

Le Conseil constitutionnel risquant alors d’être marginalisé, Nicolas Sarkozy offre en 2008 la QPC aux justiciables pour leur permettre de contester eux-mêmes, devant le Conseil, une disposition législative dont ils prétendent qu’elle « porte atteinte à un droit ou une liberté que la Constitution garantit ». Enfin, viennent s’ajouter encore deux nouveaux échelons. D’une part l’Union européenne se dote d’une Charte des droits fondamentaux annexée au traité de Lisbonne, tout en adhérant elle-même à la Convention européenne des droits de l’homme, ce qui déclenche inévitablement une rivalité entre les deux juges européens (CJUE et CEDH). D’autre part le protocole n° 16 à la Convention européenne des droits de l’homme permet désormais aux juges nationaux de renvoyer à la cour de Strasbourg les questions d’interprétation de la convention qu’ils rencontrent. La Cour de cassation s’en est servie aussitôt au sujet de la transcription à l’état civil des GPA frauduleusement réalisées à l’étranger.

Voilà donc comment les juges et les experts, nationaux comme supranationaux, ont progressivement assis leur tutelle sur le législateur français dont la volonté est de plus en plus souvent censurée ou contrariée. Mais cette contre-révolution des pouvoirs n’est pas neutre sur le fond et véhicule un « grand remplacement » des normes elles-mêmes.

II. Le grand remplacement normatif : la « tolérance » multiculturelle

Le droit jurisprudentiel ainsi imposé et substitué au droit écrit législatif par les instances internationales et européennes ne se contente pas de modifier complètement l’office des juges nationaux, mais charrie des conceptions libérales-progressistes multiculturelles de type anglo-saxon complètement opposées au modèle républicain français. Celui-ci est d’ailleurs ouvertement dans le collimateur d’instances internationales. Dans le rapport MacDougall du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, rendu public en 2008, l’« experte indépendante » accable ainsi notre tradition constitutionnelle jugée aveugle aux minorités.

Saisis par des individus et des groupes qui entendent défendre leurs droits subjectifs contre des États chargés de l’intérêt national, ainsi que de l’ordre et de la sécurité publics, tous les juges se sont vite laissé entraîner vers l’hyperindividualisme victimaire et la surenchère du marché des droits. Tandis que la Cour européenne des droits de l’homme s’adonne à une casuistique erratique et compassionnelle à la canadienne, où le « droit au respect de la vie privée et familiale » sert à torpiller les dispositions législatives nationales sur l’immigration ou la famille, le comité des droits de l’homme de l’ONU, très prisé par les juristes français les plus impliqués dans la défense des migrants, des minorités ethniques et religieuses, des femmes et des LGBT, s’en prend à notre laïcité.

Au niveau national, le Conseil d’État ne rate pas une occasion de se poser en « juge européen de droit commun » et son ancien vice-président a même quitté ses fonctions en disant que ce dont il était le plus fier était la « mise en cohérence de notre jurisprudence avec celles des cours européennes ». Effectivement, outre ses circonvolutions sur le voile islamique, le Conseil d’État s’est permis de stériliser les dispositions explicites du Code de la santé publique prohibant l’insémination post-mortem au motif qu’elles portent une atteinte disproportionnée au droit à une vie familiale garanti par la CEDH. Parallèlement le premier président de la Cour de cassation s’est lancé depuis sa nomination dans un projet d’autoréforme de l’institution consistant à délaisser la mission d’application uniforme de la loi qui lui était impartie depuis la Révolution pour se transformer en cour suprême concentrée sur la « défense des libertés et des droits fondamentaux », sur le mode de la CEDH, c’est-à-dire en remplaçant le contrôle de légalité par celui d’équité et de proportionnalité. L’exemple type du « bon » arrêt de cassation étant pour le président Louvel celui dans lequel la Cour a, en 2013, refusé de prononcer la nullité d’un mariage incestueux au motif qu’elle porterait une atteinte excessive au droit à la vie familiale des intéressés, garanti par la CEDH.

En résumé, pour les juges européens et nationaux comme pour les « experts » internationaux, quand la loi républicaine est trop dure pour les individus ou les groupes minoritaires, il convient tout simplement soit de condamner la France (CEDH et comité des droits de l’homme de l’ONU) soit de ne plus appliquer la loi (Conseil d’État et Cour de cassation). C’est donc tout naturellement et dans cette logique que le président Louvel a estimé nécessaire de revoir la jurisprudence Baby-Loup pour obéir à « l’autorité de fait » du comité de l’ONU. On n’ose imaginer le sort qui pourrait aussi être réservé à notre loi sur la burqa. Les juristes ont pour habitude de désigner cette entière soumission des juges français aux standards européens et internationaux, qui évoque surtout le roman de Houellebecq, par le terme euphémisé de « dialogue des juges ».

Parallèlement, la QPC accoutume le Conseil constitutionnel à inverser sa perspective en se prononçant aussi sur des réclamations individuelles et catégorielles qui tendent donc à prendre le pas sur l’intérêt national et les principes républicains, d’autant que le Conseil louche également sur le juge européen, avec lequel il est en concurrence sur le marché des droits. Ainsi s’explique la stupéfiante décision du 6 juillet 2018 censurant, au nom d’un principe de fraternité universelle créé de toutes pièces, le délit de complicité de séjour irrégulier sur le territoire français. Comme pour les autres juges, il s’agit de censurer une loi nationale réputée trop dure pour les « droits » des minorités. En clair, le juge constitutionnel encourage désormais la violation des lois de la République.

La face cachée du multiculturalisme

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Et au milieu du chaos, les gilets jaunes protègent une DS blanche

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Si Paris s’est encore embrasé, samedi 1er décembre, les gilets jaunes ont su protéger un symbole d’une France perdue, en forme d’étendard de leur lutte: au milieu des flammes et des lancers de pavés, une DS blanche a été épargnée. 


Quand les foules s’embrasent, le matériel urbain vole en éclats. Samedi, en début de soirée, Paris a retrouvé cette vieille odeur de lacrymos et de poubelles brûlées. Ces vapeurs de l’Histoire qui font de notre capitale l’épicentre des tension sociales, depuis des siècles. Le chaudron de nos peurs et de nos rancœurs. Le lieu de tous nos rendez-vous manqués. Tout commence et se termine à Paris, comme dans une chanson d’Aznavour.

La France qui souffre…

Le visage d’un peuple, uni et débordé, éruptif et sensible, casseur et triste, s’est rappelé au bon souvenir des élites déconfites. C’était donc ça la France qui souffre, qui crie et qui désespère. Cette France hors des enceintes protégées, loin des métropoles emmurées. Tous ces anonymes sont sortis des périphéries, de toutes ces villes fantômes que notre République a créées dans l’indifférence et le déni. Ces éternels recalés du système sont venus des profondeurs des départements ruraux pour rappeler leur droit à un peu de dignité. Dans la confusion générale, tous ces perdants de la mondialisation ont dit : stop !

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Des retraités appauvris, des étudiants-travailleurs, des commerçants asphyxiés, des policiers abandonnés, des agriculteurs perdus, des salariés à bout de souffle, de droite comme de gauche, cohorte d’abstentionnistes, ils étaient tous là, sans honte, à exposer en plein jour leur déclassement. Il en faut du courage pour s’avouer à genoux, prêt à exploser.

…et qui sent le soufre 

Leur ras-le-bol a été immédiatement sali, dénaturé, déformé, déconsidéré par des médias qui firent l’amère expérience de la vie chère, ce quotidien brutal partagé par des millions de Français. Cette sincérité-là ne pouvait plus être tue, ni ensevelie sous les sarcasmes habituels des éditorialistes périmés. Pas de porte-parole officiel au bout du micro, de communicant vermoulu sous les projecteurs, ni même de ces cortèges encadrés comme un concert au Stade de France, seulement l’irruption du réel dans le confort ouaté des studios. Ces gilets jaunes à travers tout le pays, dans des rassemblements aussi désorganisés que remontés, sans chefferie, ni PowerPoint dans leur attaché-case, tous ces invisibles en sac à dos, marcheurs en colère, nous ont renvoyé l’image d’une nation à l’agonie. À la déchéance des fins de mois compliqués, ils durent supporter, pendant plus de trois semaines, les errements du pouvoir.

Samedi 1er décembre, dans ce nuage de fumée, il y eut des gestes déplorables et héroïques, des conneries impardonnables et des sursauts de panache. Malgré les débordements, l’âme française, brouillonne et toujours si perspicace sur la situation actuelle, n’était pas morte. Elle brillait sous les feux de bengale. Un événement anodin, et finalement essentiel pour la compréhension de ce mouvement, eut lieu Place Saint-Augustin.

La DS, patrimoine des gilets jaunes

Au milieu des débris et des voitures calcinées, une Citroën DS blanche fut épargnée de la vindicte populaire. Dans cette exception merveilleuse, superbe et ridicule à la fois, on peut y voir une plaisanterie, le respect pour la belle mécanique d’antan, un éclair de lucidité dans la bêtise à chaud ou quelque chose, de plus fort encore, le souvenir d’une époque bénie. La mémoire vive des Trente Glorieuses, leur croissance, leur partage, leur redistribution, leur foi dans l’avenir, dans le progrès.

 

Cette Déesse dessinée par un carrossier italien a incarné, pour les manifestants d’un soir, un monde à jamais détruit, le condensé des espoirs déçus. Cette bagnole chère à Fantômas et au Général n’était pas seulement un moyen de locomotion, un parangon de la mobilité mais une œuvre d’art. Une cathédrale que Roland Barthes avait tentée de percer. Une mystique faite d’acier.

Cette ligne aérodynamique avait mis le monde automobile en émoi au milieu des années 1950. Un produit industriel fabriqué en France par nos ouvriers pouvait générer de la féerie. Un peuple capable de construire, d’imaginer une telle voiture avait de la ressource, du nerf et encore des rêves. Alors, confusément, les manifestants ont estimé que toucher à ce morceau de France aurait été une manière de se dégrader. Cette DS fut un phare dans la nuit de samedi.

Elle disait, en substance que l’intelligence, l’émotion, la créativité, l’engagement vers une société plus juste demeurent des traits fondamentaux de notre République.

Éloge de la voiture

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Gilets jaunes: la flamme des soldats inconnus

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Alors sire, révolte ou révolution ? A mesure qu’il prend de l’ampleur, le mouvement des gilets jaunes met en évidence l’incompréhension et la passivité des élites devant des maux qu’ils ne comprennent pas. Leur crépuscule est tout sauf un mirage. 


Parmi toutes les questions posées par nos journalistes, intellectuels brillants et intervenants qui envahissent les plateaux depuis le début du mouvement des gilets jaunes, la seule qui soit importante, bizarrement, n’est pas posée, ou pas clairement, même si elle est en filigrane, on s’en rend bien compte, de tous les discours. On ressent, chez ceux qui parlent, comme une sorte de peur cachée, comme s’ils craignaient de remettre en branle le terrible processus de l’époque révolutionnaire, comme s’ils savaient bien, au fond, qu’ils ont profité ou laissé profiter, jusqu’à la limite supportable, de la mansuétude des peuples, qu’à force de mordre et mordre encore le lion qui dormait, on avait fini par le réveiller, et que ce sont eux, au bout du compte, qui sont les « aristos » d’aujourd’hui, promis peut-être bientôt à « la lanterne » comme leurs malheureux anciens. Pour toutes ces raisons, la question n’est pas vraiment posée, alors qu’elle est essentielle : s’agit-il d’une révolte ou bien d’une révolution ? En effet, la réponse politique n’est pas du tout la même selon qu’on considère être dans le référentiel du premier ou du deuxième cas.

Révolte ou révolution ?

S’il s’agit d’une révolte, on peut considérer que le « dialogue » et la négociation pourraient être suffisants : « écoute », prise en compte de « la détresse et la colère » des manifestants, réunions en province et même à Paris, moratoire sur la hausse des carburants, TIPP « flottante », mesures de compensation du coût des trajets automobiles pour les plus modestes, « coup de pouce » au SMIC, etc. Toutes ces mesures sont envisageables, et elles sont certainement déjà prêtes. Le calcul, dans ce cas, n’est pas politique, il est financier. Le pouvoir raisonne comme dans une négociation « normale » : « comment faire en sorte pour que tout rentre dans l’ordre et que ça me coûte le moins possible ? », telle est la question qu’il doit se poser.

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Si on est dans le deuxième cas, ça n’est pas du tout la même chose. Dans ce cas, il faut reconnaître que la « jacquerie » des gilets jaunes est très profonde, qu’elle fait suite à des décennies d’erreurs politiques et d’humiliations, et aussi, il faut bien le dire, à des décennies de mensonges, de calculs cyniques et de non-dits, la « reductio ad hitlerum », la fascisation permanente des petits électeurs populaires du FN et l’entretien volontaire et systématique de la fracture sociale par les pouvoirs de droite et de gauche ayant été très utile pour marginaliser leurs votes et leurs revendications. Escamoter et pervertir sans cesse les débats sur l’immigration et sur l’islamisme, déifier et dramatiser la question climatique, vanter la technologie, les « premiers de cordée », l’Europe sans les nations, la « mondialisation heureuse » et le progressisme sont des discours pour les riches. Il ne suffit pas de se faire filmer dans une école villageoise avec Jean-Pierre Pernaut, ni de serrer des mains lors d’une « itinérance mémorielle » bien mal conçue, ni de parler au peuple depuis le pont du Charles-de-Gaulle, pour être entendu.

Les pansements ne suffiront pas

Si c’est un tel constat qui est fait, les mesurettes concoctées à Bercy ne suffiront pas. C’est à un changement complet de cap qu’il s’agit de procéder, comme avait su le faire De Gaulle avec son « Je vous ai compris » aux Français d’Algérie avant de les trahir, ou Mitterrand après les grandes manifestations pour l’Ecole libre de 1984, qui lui avaient permis de jeter dans le lac tous les idéologues qui l’avaient porté au pouvoir, et qui l’empêchaient de faire, comme dans les grands pays de l’époque, une politique libérale.

D’abord, qu’on me permette de penser que c’est bien dans le deuxième cas que l’on se trouve aujourd’hui.

En effet, c’est (enfin !) devenu une tarte à la crème de le dire, il y a très clairement, en France comme ailleurs, un fossé devenu gigantesque entre les élites technocratiques mondialistes et les peuples. Ce qui est positif dans l’affaire, c’est que l’affrontement entre les deux, qui était, encore il y a peu, considéré comme du « complotisme », est aujourd’hui ouvert et manifeste. C’est cela, avant tout, que nous disent les gilets jaunes.

Dans les pays communistes, où j’avais vu exactement le même phénomène se produire à la fin des années 80, le pouvoir, qui se considérait bien plus « patriotique » que démocratique, pouvait justifier de l’emploi de la force pour lutter contre les « terroristes » et les « séditieux » qui menaçaient l’Empire. Malgré cela, quelques résistants comme Sakharov, Soljenitsyne ou Walesa l’ont fait tomber. Chez nous, le système s’affirme comme étant lui-même démocratique. Comment fera-t-il pour justifier que la majorité a tort contre la minorité ? Il a tenté jusqu’ici de le faire en perturbant l’élection présidentielle elle-même (l’affaire Fillon est encore dans toutes les mémoires), en discréditant la majorité populaire, en la faisant passer pour fasciste ou populiste, en la poussant à l’abstention. Mais on voit que ça tient de moins en moins bien.

Ils voulaient le réveil des autres

En réalité, le pouvoir élitiste est en train de tomber partout, et ce sera bientôt le cas en France. On ne voit pas comment Macron, un pur produit de l’oligarchie, un « Tchernenko » plutôt qu’un Gorbatchev, pourrait vraiment résister. Les forces populaires, qui étaient longtemps si fatalistes que Christophe Guilluy avait théorisé leur « marronnage »[tooltips content= »Rappelons que le marronnage était le nom donné à la fuite d’un esclave hors de la propriété de son maître. Pour Guilluy, le « marronnage » territorial, culturel et politique des nouveaux « negmarrons » des classes populaires,  qui ont quitté la « plantation » des maîtres (le système dirigé par les élites mondialisées des grandes villes), les a paradoxalement préservés. Je dis que la cause, sur le plan politique en tout cas, est un certain fatalisme (qui s’est traduit notamment par un fort accroissement de l’abstention). Guilluy parle de la conséquence, qui a été, selon lui, une libération. Nos points de vue ne sont donc pas divergents. « ]1[/tooltips], sont en train de découvrir qu’elles ont un véritable et grand pouvoir. On est aujourd’hui très loin du marronnage, on est même dans la reconquête. On voit clairement qu’elles prennent l’espace, le temps et la parole. Elles ne se coucheront plus. Elles le disent et il faut les croire.

Nous vivons réellement un « réveil des peuples ». Ce qui est assez drôle, d’ailleurs, c’est que nos élites n’ont cessé de le fantasmer, mais seulement pour les autres, comme pour les dits « printemps arabes ». Ils seront certainement très étonnés qu’on leur dise à leur tour « dégage », comme le faisaient les manifestants à Tunis ou au Caire, sur la place Tahrir… Ça n’est qu’une question de temps, et ça va leur faire bizarre.

Macron doit penser le pire ou se condamner à le vivre

Dans ces conditions, il est possible que la peur de certaines élites, comme dans la presse ou chez les politiques, par exemple, s’inverse. Si un scénario révolutionnaire s’affirme, au lieu de fasciser la population pour conserver leurs avantages, comme elles l’ont fait jusqu’à présent, elles vont préférer sacrifier le pouvoir en place pour sauver leur peau. Si c’est comme cela que les choses tournent, l’affaire se terminera au mieux par une dissolution, au pire par une démission, une possibilité qu’on ne peut surtout pas écarter.

Si Emmanuel Macron ne pense pas de cette façon, il a sans doute peu de chances de s’en sortir. S’il le pense, il a encore peut-être des cartes à jouer. Dans ce cas, il lui faut rapidement, grande tradition de la Vème oblige, « charger », faire porter le chapeau, désavouer et révoquer le Premier ministre. Il lui faudrait alors nommer un Premier ministre « provincial », un profil rassurant « à la Larcher », pour faire retomber la pression, et inverser totalement sa politique : « Je vous ai compris : le social d’abord, le mondialisme progressiste ensuite ». Il ne manquerait pas de candidats. L’un d’entre eux est déjà prêt, il frétille dans sa mairie de Pau, en regardant avec gourmandise les manifestants devant sa télé. Il y en a d’autres.

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Piloter un tel changement de cap, Macron en aurait-il la force, les « tripes » ? Ce qui est certain, c’est qu’il est aujourd’hui desservi par la Constitution. En effet, le passage du septennat au quinquennat lui a fait perdre la hauteur monarchique dont avaient bénéficié, pour ce grand changement de pied, ses prédécesseurs. Il peut difficilement « charger » un Premier ministre dont il prend la place tous les jours…

Panne de perlimpinpin 

Par ailleurs, sur le plan du comportement, il n’en prend pas le chemin non plus. Pour le moment, il « joue au bonneteau » avec les gilets jaunes : « Tu as vu mon ministre des Finances (celui qui te concerne) ? Hop, tu vas rencontrer celui de la Transition énergétique (dont tu n’as rien à faire). Tu veux la baisse de la taxe à la pompe ? Hop, tu auras une prime pour acheter une voiture électrique. Tu veux discuter à Paris ? Hop, tu vas intégrer des commissions de travail de province. Tu me parles de tes fins de mois ? Hop, je te dis que j’ai compris ta détresse. Tu veux défiler pacifiquement ? Hop, je te colle les black blocks dans les pattes, pour te ‘pourrir la vie’, justifier ma posture sécuritaire et l’amalgame, terroriser les classes moyennes  et te pousser, j’espère, à la radicalisation. Adieu alors à ta popularité ». Pendant que l’on joue un jeu dangereux et que l’on perd ainsi du temps, la gangrène s’étend.

Enfin, dans ce genre de cas, il est impératif, comme le disait le Général, de « garder un silence effrayant ». Or Macron parle tous les jours ou presque, jusqu’à répondre, depuis l’Argentine, aux morsures bénignes de François Hollande. Tout ça ne laisse envisager ni qu’il a la hauteur de vue nécessaire aux grandes décisions, ni qu’il sera capable de piloter une issue maîtrisée de la crise… L’avenir est sombre, les amis.

No Society: La fin de la classe moyenne occidentale

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Gilets jaunes: pour une nouvelle « nuit du 4 août »

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La comparaison avec la Révolution n’est pas totalement usurpée. Ce que veulent les gilets jaunes, c’est l’abolition des privilèges des nouveaux aristocrates, la fin d’une inégalité de fait, le droit d’y croire comme les autres.


Ce que veulent les gilets jaunes, à côté de toutes leurs revendications pour une vie plus décente, c’est une nouvelle « nuit du 4 août », cette fameuse nuit de 1789 où la noblesse et le clergé abandonnèrent leurs privilèges, hérités de la France féodale et monarchique.

Dans la France d’aujourd’hui, ces privilèges sont multiples : poudres, toilettes et fêtes des monarques et de leur Cour, salaires exorbitants des patrons du CAC 40 et parachutes dorés, placards confortables de la République, fonctions et prébendes accordés par la faveur des princes, privilèges des corps constitués de la politique, de la haute administration et de l’université.

Les nouveaux aristocrates

La Révolution de 1789 forgea le passage de la civilisation féodale à l’ère démocratique ; aujourd’hui, c’est une nouvelle démocratie que les gilets jaunes réclament, l’abolition des privilèges représentant la première étape de ce changement majeur. Le peuple des gilets jaunes sent confusément que le régime actuel corrompu et repu ne nous protègera pas des orages totalitaires qui s’annoncent à l’horizon. Ils ne parlent pas d’islamisme en public mais ils y pensent et en parlent en privé. Ce pouvoir qui se donne à l’encan, aux technocrates de Bruxelles, à l’Allemagne de Merkel, aux émirs du pétrole, ils n’en veulent donc plus.

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Les gilets jaunes veulent de la reconnaissance, certes. Ils disent vouloir être écoutés dans leurs souffrances, mais surtout affirment avec force que la vraie reconnaissance consisterait à ce qu’il y ait davantage d’égalité et de justice, signifiés justement par l’abandon volontaire des privilèges. Il ne s’agit pas d’une utopie révolutionnaire d’extrême gauche mais d’une simple reconnaissance par plus d’égalité. Leurs souffrances, concrètes et immédiates, les gilets jaunes en parlent et réclament l’amélioration de leur vie quotidienne, mais ils souffrent aussi, comme leurs ancêtres de 1789, de la comparaison de leur sort avec ce nouveau Versailles bourgeois, de ces princes et princesses des temps modernes qui dilapident l’argent public dans des fêtes ou des retraites dorées.

Les nouveaux pauvres face à l’indifférence de Macron

Macron, cet égoïste narcissique, n’a pas vu venir cette « grogne » et, au contraire, il a joué avec les symboles de la fonction présidentielle, comme à cette fameuse fête de la musique et comme ces accolades pulsionnelles à Saint-Martin. Il s’est montré indigne de la fonction présidentielle et son image de petit prince choyé est désormais rebutante pour une population en voie d’appauvrissement et en chute sociale.

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Comme aux Etats-Unis, au moment de l’élection de Donald Trump, c’est le peuple blanc qui s’est révolté, blanc non pas par la race mais par une des couleurs du drapeau national, par cette partie de la société laissée pour compte pendant de longues années : traités de beaufs et de racistes trop souvent, ces nouveaux pauvres ont entraîné avec eux une majorité de Français qui veulent survivre dans le chaos du monde, dans cette mondialisation trop malheureuse pour bon nombre d’entre eux.

La fraternité au service de l’égalité

Pour le moment, les banlieues, ces fameux « quartiers populaires » de la gauche, se taisent et restent à l’écart, avec une sorte de prudence. Ils sentent qu’ils pourraient être les autres victimes de la colère populaire, de cette colère qui va peut-être s’exprimer dans les urnes. Est-ce que ce sera un bien ou un mal ? L’avenir est imprévisible. De toute façon, ce qui est dit aujourd’hui, c’est la nécessité de la création d’une nouvelle vie démocratique, où le peuple a la parole sur ce qu’il sait de sa vie, et où il est écouté, entendu, respecté pour son intelligence et son savoir.

Les grands équilibres financiers doivent peut-être être préservés, mais c’est une nouvelle ère qui doit commencer, celle de la parole et de la décision démocratique.

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Enfin, ce mouvement existe aussi parce qu’il donne de la chaleur par la rencontre avec les autres et la sortie de la solitude dépressive. Un peuple a besoin de s’unir pour être fort. Avec une autre partie de ce peuple qui vit dans les grandes métropoles et leurs banlieues, il faudra d’abord rétablir la sécurité par tous les moyens nécessaires et également retrouver la confiance par la rencontre. Puisse ce peuple de France être entendu dans ses aspirations et non pas menacé, manipulé, obligé finalement de rentrer dans le rang et l’ordre des privilégiés de la fortune et du savoir.

La France, le pays aux 252 variétés de taxes

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Louis de Funès incarne Don Salluste dans "La Folie des grandeurs" de Gérard Oury (1971). SIPA. 00353942_000002

« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 252 variétés de taxes ? », aurait pu dire le général De Gaulle. En attendant la « mise à plat » de la fiscalité française et le « grand débat national sans tabou », voilà la liste des différentes taxes, cotisations et contributions. A méditer et, au besoin, à enrichir, il se peut que la liste ne soit pas complète…

1 Impôt sur le revenu (IR)

2 Impôt sur la fortune immobilière (IFI)

3 Impôt sur les sociétés (IS)

4 Taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB)

5 Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB)

6 Taxe d’habitation (TH)

7 Cotisation foncière des entreprises (CFE)

8 Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE)

9 Contribution sur les revenus locatifs (CRL)

10 Taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM)

11 Taxe spéciale d’équipement (désormais remplacée par la taxe d’aménagement)

12 Taxe additionnelle à la TFPNB

13 Taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères (TEOM)

14 Taxe destinée au financement des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE)

15 Redevance départementale sur l’aménagement des espaces naturels et sensibles (TDENS)

16 Taxe de balayage

17 Taxe locale sur la publicité extérieure (TLPE)

18 Impositions perçues au profit des communautés urbaines

19 Contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie

20 Prélèvement sur les bénéfices tirés de la construction immobilière

21 Taxe hydraulique au profit des voies navigables de France

22 Taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP)

23 Contribution additionnelle à l’impôt sur les sociétés

24 Taxe sur la consommation de charbon

25 Taxes générales sur les activités polluantes (TGAP)

26 CRDS (Contribution pour le remboursement de la dette sociale)

27 CSG (Contribution sociale généralisée)

28 Taxe forfaitaire sur les métaux précieux

29 Contribution à l’AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés)

30 Redevances pour droit de construire EPAD (Établissement public d’aménagement et de développement)

31 Droit sur les cessions de fonds de commerce et opérations assimilées

32 Droits sur les ventes d’immeubles

33 Droit sur les cessions de droits sociaux

34 Droits de succession et de donation

35 Prélèvement non libératoire forfaitaire sur les dividendes et distributions assimilées

36 Droit du permis de chasse

37 Droit de validation du permis de chasse

38 Taxe sur la musique (SACEM – SPRE)

39 Taxe sur les plus-values immobilières autres que terrains à bâtir

40 Impôt sur les plus-values immobilières

41 Cotisation additionnelle versée par les organismes HLM et les SEM

42 Cotisation versée par les organismes HLM et les SEM

43 Redevances perçues à l’occasion de l’introduction des familles étrangères en France

44 Taxe sur les spectacles perçue au profit de l’Association pour le soutien des théâtres privés

45 Taxe sur les transactions financières

46 Taxe annuelle sur les produits cosmétiques

47 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base dite « de stockage »

48 Surtaxe sur les eaux minérales

49 Taxe communale additionnelle à certains droits d’enregistrement

50 Redevances proportionnelles sur l’énergie hydraulique

51 Taxe communale sur les remontées mécaniques

52 Taxe communale sur la consommation finale d’électricité

53 Redevance d’enlèvement d’ordures ménagères (REOM)

54 Taxe sur les cartes grises

55 Redevances communale et départementale des mines

56 Imposition forfaitaire annuelle sur les pylônes

57 Taxes de trottoir et de pavage

58 Prélèvement progressif sur le produit des jeux dans les casinos au profit des communes

59 Taxe sur les activités commerciales non salariées à durée saisonnière

60 Taxe forfaitaire sur la cession à titre onéreux des terrains nus qui ont été rendus constructibles du fait de leur classement

61 Taxes sur les friches commerciales

62 Taxe sur le ski de fond

63 Taxe sur les éoliennes maritimes

64 Taxe sur les déchets réceptionnés dans une installation de stockages ou un incinérateur de déchets ménagers

65 Taxe pour non-raccordement à l’égout

66 Taxes dans le domaine funéraire

67 Taxe pour obstacle sur les cours d’eau, taxe pour stockage d’eau en période d’étiage et taxe pour la protection des milieux aquatiques, redevances pour pollution diffuses

68 Redevances pour pollution de l’eau et pour modernisation des réseaux de collecte

69 Taxe départementale des espaces naturels sensibles

70 Taxe sur les nuisances sonores aériennes

71 Taxe spéciale sur la publicité télévisée

72 Octroi de mer

73 TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) lubrifiants, huiles et préparations lubrifiantes

74 TGAP lessives

75 TGAP matériaux d’extraction

76 TGAP imprimés

77 TGAP installations classées

78 TGAP déchets

79 TGAP émissions polluantes

80 Redevances spéciales d’enlèvement des déchets non ménagers

81 Taxe sur les produits, déchets et résidus d’hydrocarbures

82 Taxe sur la publicité foncière

83 Taxe sur la valeur vénale des biens immobiliers des entités juridiques

84 Cotisation spéciale sur les boissons alcoolisées

85 Droit de circulation sur les vins, cidres, poirés et hydromels

86 Droit de consommation sur les produits intermédiaires

87 Droits de consommation sur les alcools

88 Droit sur les bières et les boissons non alcoolisées

89 Taxe sur les prémix

90 Prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et les produits de placement et contribution additionnelle

91 Contribution sociale de solidarité des sociétés

92 Contribution due par les laboratoires et les grossistes répartiteurs sur les ventes en gros aux officines pharmaceutiques

93 Contribution à la charge des laboratoires pharmaceutiques non conventionnés avec le comité économique des produits de santé

94 Contribution due par les laboratoires sur leurs dépenses de publicité

95 Prélèvement sur les ressources de différents régimes de prestations familiales

96 Redevance due par les titulaires de titres d’exploitation de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux

97 Droits de plaidoirie

98 Contribution due par les entreprises exploitant des médicaments bénéficiant d’une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché)

99 Contribution due par les entreprises fabriquant ou exploitant des dispositifs médicaux sur leurs dépenses de publicité

100 Participation des employeurs occupant 10 salariés ou plus au développement de la formation professionnelle continue

101 Participation des employeurs occupant moins de 10 salariés au développement de la formation professionnelle continue

102 Participation des employeurs occupant 10 salariés ou plus au financement du congé individuel de formation des salariés (0,2 % des rémunérations)

103 Taxe de séjour

104 Financement des congés individuels de formation des salariés sous contrats à durée déterminée CIF-CDD (1 % des salaires versés, ou moins en cas d’accord de branche)

105 Participation au financement de la formation des professions non salariées (à l’exception des artisans et des exploitants agricoles) correspondant à 0,15 % du montant annuel du plafond de la Sécurité sociale

106 Taxe d’apprentissage – versements aux centres de formation d’apprentis et aux établissements publics ou privés d’enseignement technologique et professionnel

107 Taxe départementale sur les remontées mécaniques

108 Taxe d’apprentissage – versements au titre de la péréquation

109 Contribution au développement de l’apprentissage

110 Taxe d’apprentissage

111 Contribution pour le financement des contrats et périodes de professionnalisation et du droit individuel à la formation à 0,15 % et 0,5 %

112 Taxe destinée à financer le développement des actions de formation professionnelle dans les transports routiers

113 Taxe pour le développement de la formation professionnelle dans les métiers de la réparation de l’automobile, du cycle et du motocycle

114 Taxe additionnelle à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, pour frais de chambres d’agriculture

115 Taxe spécifique pour la Chambre nationale de la batellerie artisanale

116 Taxe pour frais de chambres des métiers et de l’artisanat

117 Taxe pour frais de chambres de commerce et d’industrie

118 Taxe spéciale d’équipement

119 Participation des employeurs à l’effort de construction (1 % logement)

120 Cotisation des employeurs (FNAL, Fonds national d’aide au logement)

121 Taxe annuelle sur les logements vacants

122 Versement de transport dû par les entreprises de plus de 9 salariés implantées en province

123 Taxe sur les titulaires d’ouvrages de prise d’eau, rejet d’eau ou autres ouvrages hydrauliques destinés à prélever ou à évacuer des volumes d’eau

124 Taxe d’aéroport

125 Contributions additionnelles aux primes ou cotisations afférentes à certaines conventions d’assurance

126 Taxes de protection des obtentions végétales

127 Taxe d’abattage (remplacée par une majoration de la CVO des éleveurs)

128 Taxe sur les céréales

129 Taxe au profit de France Agri Mer (anciennement affectée à l’Ofimer)

130 Redevances perçues à l’occasion des procédures et formalités en matière de propriété industrielle, ainsi que de registre du commerce et des sociétés, établies par divers textes

131 Majoration de 10 % du montant maximum du droit fixe de la taxe pour frais de chambres de métiers

132 Contribution annuelle des distributeurs d’énergie électrique en basse tension

133 Taxe pour le développement des industries de l’ameublement ainsi que des industries du bois

134 Taxe pour le développement des industries du cuir, de la maroquinerie, de la ganterie et de la chaussure

135 Taxe pour le développement des industries de l’horlogerie, bijouterie, joaillerie, orfèvrerie et arts de la table

136 Taxe pour le développement des industries de la mécanique et de la construction métallique, des matériels et consommables de soudage et produits du décolletage, de construction métallique et des matériels aérauliques et thermiques

137 Taxe pour le développement des industries des matériaux de construction regroupant les industries du béton, de la terre cuite et des roches ornementales et de construction

138 Taxe pour le développement de l’industrie de la conservation des produits agricoles

139 Taxe pour le comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers

140 Droit annuel de francisation et de navigation en Corse ; droit de passeport en Corse

141 Redevance due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère permanente et saisonnière

142 Taxe applicable lors du Renouvellement des autorisations de travail aux travailleurs étrangers

143 Droits gradués des greffiers des tribunaux de commerce (inscription des privilèges et sûretés)

144 Contribution spéciale versée par les employeurs des étrangers sans autorisation de travail

145 Taxe perçue à l’occasion de la délivrance du premier titre de séjour

146 Taxes sur les primes d’assurance

147 Contribution au fonds national de gestion des risques en agriculture

148 TVA brute sur les produits pharmaceutiques (commerce de gros)

149 TVA brute sur les tabacs

150 Contribution additionnelle à la contribution sociale de solidarité des sociétés

151 Droits de consommation sur les tabacs (cigares)

152 Taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux perçue dans la région Île-de-France

153 Taxe sur les salaires

154 Taxes sur les nuisances sonores aéroportuaires

155 Taxes sur les primes d’assurance automobile

156 Contribution de solidarité sur les billets d’avion

157 Taxe affectée au Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes

158 Taxe perçue lors de la mise sur le marché de médicaments vétérinaires, ainsi qu’une taxe annuelle pour certaines autorisations ou enregistrements

159 Taxe pour l’évaluation et le contrôle de la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et à leurs adjuvants mentionnés à l’article L. 253-1 du Code rural et de la pêche maritime et aux matières fertilisantes et supports de culture

160 Taxe applicable aux demandes de validation d’une attestation d’accueil

161 Versement de transport dû par les entreprises de plus de 9 salariés implantées en Île-de-France

162 Contribution sociale sur les bénéfices

163 Contribution pour frais de contrôle

164 Droits de timbre sur les passeports sécurisés

165 Taxe spéciale sur les huiles végétales, fluides ou concrètes, destinées à l’alimentation humaine

166 Cotisations (normale et supplémentaire) des entreprises cinématographiques

167 Taxe sur les spectacles

168 Taxe sur les spectacles de variétés

169 Taxe sur l’édition des ouvrages de librairie

170 Taxe sur les appareils de reproduction ou d’impression

171 Redevance d’archéologie préventive

172 Taxe additionnelle aux droits d’enregistrement et à la taxe de publicité foncière perçus au profit des départements

173 Redevances pour pollution de l’eau, modernisation des réseaux de collecte, pollutions diffuses, prélèvement sur la ressource en eau, stockage d’eau en période d’étiage, obstacle sur les cours d’eau et protection du milieu aquatique

174 Taxe sur les passagers maritimes embarqués à destination d’espaces naturels protégés

175 Droit de francisation et de navigation

176 Taxe sur les boues d’épuration urbaines ou industrielles

177 Redevances biocides

178 Taxe sur les voitures particulières les plus polluantes

179 Taxe intérieure sur les consommations de gaz naturel

180 Taxe intérieure de consommation sur les houilles, lignites et cokes

181 Octroi de mer

182 Contribution sur la cession à un service de télévision des droits de diffusion de manifestations ou de compétitions sportives

183 Taxe due par les concessionnaires d’autoroutes

184 Droit de sécurité

185 Cotisation pêche et milieux aquatiques

186 Redevances cynégétiques

187 Prélèvement sur le produit des primes ou cotisations additionnelles relatives à la garantie contre le risque de catastrophes naturelles

188 Taxe sur les installations nucléaires de base

189 Contribution perçue au profit de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES)

190 Taxe sur les résidences secondaires

191 Taxe spéciale d’équipement pour la région Île-de-France

192 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base – Recherche

193 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base – Accompagnement

194 Taxe additionnelle à la taxe sur les installations nucléaires de base – Diffusion technologique

195 Produits des jeux exploités par la Française des Jeux

196 Taxe annuelle d’habitation sur les résidences mobiles terrestres

197 Droit de licence sur la rémunération des débitants de tabacs

198 Contribution sociale sur les bénéfices

199 TVA brute collectée sur les producteurs de boissons alcoolisées

200 Taxe sur les appareils automatiques

201 Droit sur les produits bénéficiant d’une appellation d’origine ou d’une indication géographique protégée

202 Taxe annuelle sur les médicaments et les produits bénéficiaires d’une autorisation de mise sur le marché

203 Taxe annuelle relative aux dispositifs médicaux mis sur le marché français

204 Droit progressif sur les demandes d’autorisation de mise sur le marché de médicaments

205 Taxe annuelle due par tout laboratoire public ou privé d’analyses de biologie médicale (CNQ)

206 Taxe sur les demandes d’autorisation de recherche biomédicale (taxe essais cliniques)

207 Taxe additionnelle à la taxe sur les demandes d’autorisation de recherche biomédicale

208 Taxe sur les demandes de visa ou de renouvèlement de visa de publicité et les dépôts de publicité pharmaceutique

209 Droit sur les inspections menées en vue de la délivrance du certificat de conformité mentionné à l’article L 5138-4 du Code de la santé publique

210 Contribution forfaitaire due par les employeurs de main-d’œuvre permanente

211 Droits fixes des greffiers des tribunaux de commerce

212 Contribution de solidarité en faveur des travailleurs privés d’emploi

213 Taxe de Renouvellement (et fourniture de duplicatas) du titre de séjour

214 Taxe applicable aux documents de circulation pour étrangers mineurs

215 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère permanente

216 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère temporaire

217 Taxe due par les employeurs de main-d’œuvre étrangère saisonnière

218 Taxe sur le prix des entrées aux séances organisées dans les établissements de spectacles cinématographiques

219 Taxe sur les services de télévision

220 Taxe sur les ventes et les locations de vidéogrammes destinés à l’usage privé du public (taxe vidéo et VOD)

221 Taxe et prélèvements spéciaux au titre des films pornographiques ou d’incitation à la violence

222 Taxe sur les contributions patronales au financement de la prévoyance complémentaire

223 Contribution des organismes de protection sociale complémentaire à la couverture universelle complémentaire du risque maladie

224 Contribution solidarité autonomie

225 Contribution sur les avantages de préretraite d’entreprise

226 Contribution sur les indemnités de mise à la retraite

227 Contributions patronales et salariales sur les attributions d’options (stock-options) de souscription ou d’achat des actions et sur les attributions gratuites

228 Taxe portant sur les quantités de farines, semoules et gruaux de blé tendre livrées ou mises en œuvre en vue de la consommation humaine

229 Contribution annuelle au Fonds de développement pour l’insertion professionnelle des handicapés (FIPH)

230 Contribution des employeurs publics au Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP)

231 Contributions additionnelles de 1,1 % au prélèvement de 2 % sur les revenus du patrimoine et produits de placements

232 Contribution sur les régimes de retraite conditionnant la constitution de droits à prestations à l’achèvement de la carrière du bénéficiaire dans l’entreprise

233 Taxe d’équipement

234 Droits de consommation sur les tabacs (autres tabacs à fumer)

235 Taxe sur les véhicules de société

236 Taxe pour frais de chambre de métiers et de l’artisanat – chambre de métiers de la Moselle

237 Taxe pour frais de chambre de métiers et de l’artisanat – chambre de métiers d’Alsace

238 Taxe pour la gestion des certificats d’immatriculation des véhicules

239 Droits de consommation sur les tabacs (cigarettes)

240 Taxe additionnelle à la taxe annuelle sur les médicaments et les produits bénéficiaires d’une autorisation de mise sur le marché (AMM)

241 Droit progressif sur l’enregistrement des produits homéopathiques

242 Taxe annuelle relative aux dispositifs médicaux et sur les dispositifs médicaux de diagnostic « in vitro » mis sur le marché français

243 Enregistrement des médicaments traditionnels à base de plantes

244 Contribution visée au II de l’article 8 de l’ordonnance no 2003-1213 du 18 décembre 2003

245 Majoration de la taxe de séjour pour les logements haut de gamme

246 Taxe de voirie

247 Taxe sur les ventes et locations de vidéogrammes destinés à l’usage privé du public (TCA)

248 Péréquation entre organismes de logement social

249 Contribution sur les mises jouées sur les paris sportifs en ligne de la Française des jeux et des nouveaux opérateurs agréés

250 Redevance destinée à financer les missions de service public confiées aux sociétés de courses

251 Prélèvement affecté au Centre des monuments nationaux

252 Taxe sur les jeux en ligne

Payer moins d'impôts 2018-2019 pour les Nuls, poche

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« Pupille »: un film (involontairement) comique sur l’adoption

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© 2018 TRÉSOR FILMS - CHI-FOU-MI PRODUCTIONS - STUDIOCANAL - FRANCE 3 CINEMA - ARTÉMIS PRODUCTIONS 9

D’habitude, les vidéos de chat mignonnes et drôles sont diffusées sur Youtube. Avec Pupille, qui sort le 5 décembre, Jeanne Herry a choisi d’en diffuser l’équivalent humain au cinéma…


« Les dossiers de l’écran », la désormais mythique émission de la télévision publique du siècle passé est morte, mais le cinéma français s’acharne à vouloir lui fournir la matière de ses films d’introduction. Hier, c’était la pédophilie, avec Les Chatouilles. Aujourd’hui nous arrive Pupille, lourd mille-feuille fictionnel sur l’abandon et l’adoption qui s’ensuit en France. Face caméra, on nous assène ainsi un cours de droit parsemé de-ci, de-là de gros plans sur des visages de bébés qui font risette. Les réseaux sociaux sont bourrés de vidéos de chats et de chiens. Ici, ce sont des vidéos de bambins en voie d’adoption. Pauvreté d’un propos consensuel fondé sur le dialogue avec le nouveau-né qui aurait fait rigoler même la défunte Françoise Dolto. Tandis que le Japonais Kore-eda prend la peine d’inventer une histoire digne de ce nom, la Française Jeanne Herry se la joue comme il se doit à la paresseuse avec le récit chronologique d’une nativité renouvelée.

Et au milieu de ce beau désastre bourré de pathos, trône en majesté l’incontournable figure de Gilles Lellouche, cette fois, tenez-vous bien, dans le rôle tout en émotion contenue de l’assistant paternel modèle. Un grand film comique involontaire s’ouvre alors devant nos yeux effarés. Il est donc temps de laisser la parole à Guy Darbois et aux questions du standard, face à tant de belles intentions et de bons sentiments au service de la cause adoptive !

Natacha Polony, bonnet phrygien et bottes de cuir

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polony goldnadel chocolat birnbaum

Natacha Polony, gilets jaunes, Gilles-William Goldnadel, des grands crus du chocolat : voici le menu de fête du Causeur de décembre.


Pour ce nouveau numéro de Causeur, Elisabeth Lévy vous offre un scoop : la révolte des gilets jaunes n’est pas une simple jacquerie antifiscale. Certes, la France périphérique souffre de la vie chère et du déclassement social mais sa colère ne se compte pas en euros. Symboliquement, la voiture représente le dernier espace de liberté pour cette frange du peuple fâchée avec ses élites politiques, syndicales et médiatiques. Loin de pleurer le modèle social français, les gilets jaunes en ont assez de le financer.

Guilluy, Taguieff et gilets jaunes

Expression d’un populisme pur et parfait, l’éruption du mouvement des gilets jaunes est tombée à point nommé alors que nous préparions un dossier consacré au populisme. Habitué de nos colonnes, le géographe social Christophe Guilluy nous a accordé un entretien autour de ce mouvement disparate qu’il avait vu venir. Mondialisation malheureuse, crise des classes moyennes, réaction populiste : ce spectre hante tout l’Occident. Autre ponte, Pierre-André Taguieff nous livre un article fort didactique, montrant que l’étiquette néo-nationaliste souvent infamante qualifie avant tout un style que les néo-nationalismes remettent désormais au goût du jour.

causeur-avent-offre-deux

Pour observer les manifestations au plus près, Erwan Seznec a interrogé les gilets courroucés de Quimper. Surprise : loin de réclamer la sollicitude des pouvoirs publics, nombre de gilets jaunes déplorent le coût et les excès de zèle d’un appareil administratif qui régente chaque année un pan supplémentaire de leur existence. Quant aux gilets jaunes réunionnais, ils affrontent la concurrence du lumpen racaillisé au cœur d’une société en pleine déréliction, comme l’analyse le brillant Geoffroy Géraud-Legros.

Goldnadel, JFK et Polony

Interrogé par Elisabeth Lévy, l’avocat Gilles-William Goldnadel déplore l’uniformité idéologique du système médiatique. A l’ère de Twitter, cet intellectuel de droite décomplexé (une espèce de plus en plus répandue !) décortique la psychologie des foules virtuelles en citant abondamment le grand Gustave Le Bon.

Au centre de ce numéro, la nouvelle directrice de la rédaction de Marianne Natacha Polony nous expose son projet éditorial. Souverainiste bon teint, la directrice de la rédaction de Marianne entend réveiller de sa torpeur l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn. Europe, gilets jaunes, nouvel actionnaire tchèque : en détaillant son projet éditorial, Polony appelle à la convergence des luttes entre patrons de PME, chômeurs, enseignants et autres perdants de la mondialisation. 

Campana, Birnbaum et tablettes de chocolat

Côté culture, à l’approche de Noël, Emmanuel Tresmontant nous ouvre les portes de l’étonnante chocolaterie Kosak, 106 rue Caulaincourt (Paris, 18e). Une adresse appréciée des fines bouches que fascine légitimement le mouvement « bean to bar » (de la fève à la tablette). Cette tendance permet aux passionnés de fabriquer du chocolat dans leur cuisine à partir de cacaos rigoureusement sélectionnés.

Un peu plus au sud, Patrick Mandon arpente le musée du Louvre, lequel consacre une exposition entière à l’exceptionnelle collection du marquis de Campana (1808-1880). Avant sa disgrâce finale, le directeur du Mont-de-Piété romain a détourné d’innombrables chefs d’œuvres de l’art italien, de l’Antiquité au XIXe siècle pour honorer et transmettre l’art immortel de son pays.

Enfin, le directeur du Monde des livres Jean Birnbaum s’épanche longuement sur le désarroi de la gauche face à l’offensive islamiste. L’ethnocentrisme inconscient de la gauche l’a, dit-il dans son nouvel essai, rendue aveugle à l’altérité, au point de considérer le djihadisme comme un retour de boomerang. Entretien viril mais amical avec un intellectuel de gauche qui critique la gauche.

Allez, au mois prochain !

Délivrez-nous du bien !

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La Religion des faibles: Ce que le djihadisme dit de nous

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Christophe Guilluy: « Les gilets jaunes demandent du respect, le pouvoir répond par l’insulte! »

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Christophe Guilluy. ©Hannah Assouline

Christophe Guilluy avait vu venir les gilets jaunes. En effet, la « France périphérique », que le géographe a conceptualisée et dont il montre, dans No Society, qu’elle est l’oubliée de la nouvelle mondialisation et des politiques qui l’ont accompagnée, est aussi celle qui s’est soulevée, sur les routes et les ronds-points, contre son déclassement. Mondialisation malheureuse, crise des classes moyennes, réaction populiste: ce spectre hante tout l’Occident.


Causeur. Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », on vous voit partout. Vous êtes une sorte de prophète : vous avez inventé la France périphérique avant que la hausse du diesel la fasse apparaître sur les écrans radar. Qu’ont en commun tous ces Français qui ont endossé le gilet jaune ?

Christophe Guilluy. Prophète ? Disons surtout que je dis depuis quinze ans qu’il y a un éléphant malade (la classe moyenne) dans le magasin de porcelaine (l’Occident) et qu’on m’explique qu’il n’y a pas d’éléphant. Les « gilets jaunes » correspondent effectivement à la sociologie et à la géographie de la France périphérique que j’observe depuis des années. Ouvriers, employés ou petits indépendants, ils ont du mal à boucler leurs fins de mois. Socialement précarisées, ces catégories modestes vivent dans les territoires (villes, moyennes ou petites, campagnes) qui créent le moins d’emplois. Ces déclassés illustrent un mouvement enraciné sur le temps long : la fin de la classe moyenne dont ils formaient hier encore le socle.

En plus d’être économiquement précaires, les « gilets jaunes » représentent-ils la France des perdants culturels ?

Absolument. Du paysan historiquement de droite à l’ouvrier historiquement de gauche, les « gilets jaunes » constatent que le modèle mondialisé ne les intègre plus. Ils roulent en diesel parce qu’on leur a dit de le faire, mais se font traiter de pollueurs par les élites des grandes métropoles. Alors que le monde d’en haut réaffirme sans cesse son identité culturelle (la ville mondialisée, le bio, le vivre-ensemble…), les « gilets jaunes » n’entendent pas se plier au modèle économique et culturel qui les exclut.

Un leader populiste pourrait surgir aussi vite que Macron a émergé

Qu’est-ce qui vous fait dire que la France d’en haut exclut les « gilets jaunes » ?

Plus que l’exclusion des plus modestes, c’est d’abord la sécession du monde d’en haut qui a joué. La rupture entre le haut et le bas de la société se creuse à mesure que les élites ostracisent le peuple. Macron a beau avoir fait le bon diagnostic quand il a déclaré : « Je n’ai pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants », son camp s’est empressé de traiter les « gilets jaunes » de racistes, d’antisémites et d’homophobes. Ça ne favorise pas la réconciliation ! Pourtant majoritaire, puisqu’elle constitue 60 % de la population, la France périphérique est rejetée par le monde d’en haut qui ne se reconnaît plus dans son propre peuple. L’importance du mouvement et surtout du soutien de l’opinion (huit Français sur dix) révèle l’isolement du monde d’en haut et des représentations sociales et territoriales totalement erronées. Ce divorce soulève un véritable problème démocratique, car les classes moyennes ont toujours été le référent culturel de la classe dirigeante.

À la décharge de nos dirigeants, admettez que la diversité idéologique du mouvement ne facilite pas la prise en compte de ses revendications. Payer moins d’impôts, ça ne fait pas un projet…

Certes, il y a des manifestants de droite, de gauche, d’extrême droite et d’extrême gauche qui structurent assez mal leurs discours. Mais tous souhaitent la même chose : du travail et la préservation de ce qu’ils sont. La question du respect est fondamentale, mais le pouvoir y répond par l’insulte !

A lire aussi: Guilluy / Smith : démolition médiatique demandée!

Faute d’écoute du pouvoir, les « gilets jaunes » pourraient-ils constituer un Mouvement 5 étoiles à la française ?

Tout est possible. Il y a un tel déficit d’offre politique qu’un leader populiste pourrait surgir aussi vite que Macron a émergé. La demande existe. Dans le reste du monde, les populistes réussissent en adaptant leur idéologie à la demande. Il y a quelques années, Salvini défendait des positions sécessionnistes, libérales et racistes en s’attaquant aux Italiens du Sud. Aujourd’hui ministre, il se fait acclamer à Naples, devient étatiste, prône l’unité italienne et vote un budget quasiment de gauche. Quant à Trump, c’est un membre de l’hyperélite new-yorkaise qui a écouté les demandes de l’Amérique périphérique.

Ces leaders ne se disent pas qu’il faut rééduquer le peuple. Au contraire, ce sont les demandes de la base qui leur indiquent la voie à suivre. Ainsi, un Mouvement 5 étoiles pourra émerger en France s’il répond aux demandes populaires de régulation (économique, migratoire).

Dans tous les pays occidentaux, la classe moyenne est en train d’exploser par le bas

Cette lame de fond touche-t-elle tout l’Occident ?

Oui. Dans tous les pays occidentaux, la classe moyenne est en train d’exploser par le bas. Cette évolution a démarré dans les années 1970-1980 par la crise du monde ouvrier, avec les restructurations industrielles, puis a touché les paysans, les employés du secteur tertiaire, et enfin des territoires ruraux et des villes moyennes. Si on met bout à bout toutes ces catégories, cela touche le cœur de la société. Sur les décombres des classes moyennes telles qu’elles existaient pendant les Trente Glorieuses, les nouvelles classes populaires – ouvriers, employés, paysans, petits commerçants – forment partout l’immense majorité de la population.

Est-ce la sociologie du populisme ?

En gros, oui. Maintenant que la classe moyenne a explosé, deux grandes catégories sociales s’affrontent avec comme arrière-plan un nouveau modèle économique de polarisation de l’emploi. D’un côté, les catégories supérieures – 20 à 25 % de la population –, qui occupent des emplois extrêmement qualifiés et hyper intégrés, se concentrent dans les métropoles. De l’autre, une grosse masse de précaires dont les salaires ne suivent pas, vit dans des zones périphériques. Même dans une région riche comme la Bavière, l’électorat AfD recoupe une sociologie et une géographie plutôt populaires réparties dans des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales.

Vous utilisez des catégories socio-économiques, mais vos détracteurs vous accusent de défendre la « France blanche »…

La classe moyenne n’est absolument pas une catégorie ethnique. Dans mon dernier livre, je critique l’ethnicisation du concept qui, contrairement à ce qu’on croit, est venue de l’intelligentsia de gauche. Depuis quelques années, il y a un glissement sémantique : quand certains parlent des banlieues ou de la politique de la ville, ils désignent les populations issues de l’immigration récente, et quand ils évoquent la « classe moyenne », ils veulent dire « Blancs ». C’est une bêtise.

La classe moyenne est le produit d’une intégration économique et culturelle qui a fonctionné pour les Antillais ainsi que pour les premières vagues d’immigration maghrébine qui en épousaient les valeurs, quelle que fût leur origine ou leur religion. Faut-il le rappeler, les DOM-TOM font partie de la France périphérique. Dans ces territoires, les demandes de régulation (économique et migratoire) émanent des mêmes catégories. Cette dynamique est aujourd’hui cassée car le modèle occidental n’intègre plus ces catégories, ni économiquement, ni socialement, ni culturellement. Même dans des régions du monde prospères comme la Scandinavie, les petites gens sont fragilisées culturellement. Cette explosion des classes moyennes entraîne la crise des valeurs culturelles qu’elles portaient, donc des systèmes d’assimilation.

La fracture entre l’élite et le peuple ne cesse de se creuser. Jamais dans l’histoire ces deux mondes n’avaient été aussi étrangers l’un à l’autre.

En quoi la crise des classes moyennes nuit-elle à l’intégration des immigrés ?

Si les classes moyennes, socle populaire du monde d’en haut, ne sont plus les référents culturels de celui-ci, qui ne cesse de les décrire comme des déplorables, elles ne peuvent plus mécaniquement être celles à qui ont envie de ressembler les immigrés. Hier, un immigré qui débarquait s’assimilait mécaniquement en voulant ressembler au Français moyen. De même, l’american way of life était porté par l’ouvrier américain à qui l’immigré avait envie de ressembler. Dès lors que les milieux modestes sont fragilisés et perçus comme des perdants, ils perdent leur capacité d’attractivité. C’est un choc psychologique gigantesque. Cerise sur le gâteau, l’intelligentsia vomit ces gens, à l’image d’Hillary Clinton qui traitait les électeurs de Trump de « déplorables ». Personne n’a envie de ressembler à un déplorable !

Les catégories populaires ne sont pas les seules à ne pas se sentir politiquement représentées. Parmi les électeurs des partis dits « populistes », on trouve des perdants culturels qui s’en tirent économiquement plutôt bien, mais se sentent culturellement dépossédés.

La dynamique populiste joue sur deux ressorts à la fois : l’insécurité sociale et l’insécurité culturelle. L’insécurité culturelle sans l’insécurité économique et sociale, cela donne l’électorat Fillon, qui a logiquement voté Macron au second tour : il n’a aucun intérêt à renverser le modèle dont il bénéficie.

On l’a vu avec l’élection de Trump, aucun vote populiste n’émerge sans la conjonction de fragilités identitaire et sociale. Il est donc vain de se demander si c’est l’une ou l’autre de ces composantes qui joue. Raison pour laquelle les débats sur la prétendue influence d’Éric Zemmour sont idiots. Zemmour exprime un mouvement réel de la société, qui explique qu’avec 11 millions d’électeurs pour Marine Le Pen, le Front national ait battu son record absolu de voix au second tour en 2017. Malgré tout, la redistribution reste très forte et les protégés sont nombreux. Emmanuel Macron n’a pas seulement été élu par le monde d’en haut. Il a aussi été largement soutenu par les protégés, c’est-à-dire les retraités – notamment de la classe moyenne – et les fonctionnaires. Là est le paradoxe français : ce qui reste de l’État providence protège le monde d’en haut…

Ce n’est pas le seul : Macron, pour lequel ils ont voté, n’épargne pas fonctionnaires et retraités…

Cela explique son effondrement dans les sondages. Ceci dit, le niveau de pension reste relativement correct et ne pousse pas les retraités français à renverser la table, même ceux qui estiment qu’il y a des problèmes avec l’immigration. Mais cela pourrait changer aux États-Unis et en Grande-Bretagne, l’État providence étant fragilisé depuis les années 1980, les retraités ne craignent pas de bousculer le système. Ils ont voté pour le Brexit parce qu’ils n’ont rien à perdre. Si demain le gouvernement fragilise les retraités français, ils ne cautionneront pas éternellement le système. En détricotant tous les filets sociaux, comme la redistribution en faveur des retraités, on prend de très gros risques pour la suite des opérations.

N’exagère-t-on pas un peu le détricotage des acquis sociaux ?

Non. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le gouvernement a fait marche arrière sur la CSG. La pension de retraite médiane en France tourne autour de 1 000, 1 100 euros par mois ! En dessous de 1 000 euros par mois, cela commence à être très compliqué. La majorité des retraités sont issus des catégories populaires. Et ils sont les seuls, au sein de celles-ci, à n’avoir pas majoritairement basculé dans l’abstention ou dans le vote populiste. Le jour où eux aussi basculeront, le choc sera comparable au Brexit. Regardez aussi la rapidité avec laquelle les populistes ont gagné en Italie.

Voulez-vous dire que, pour la France, ce n’est qu’une question de temps ?

Qu’on le veuille ou non, le mouvement est là et il suffit d’attendre. Partout en Occident, il y a une très forte demande de régulation : économique, sociale, migratoire. Pour toute réponse à cette demande populaire, on la traite de fasciste – je suis bien placé pour le savoir. Le résultat de cette stratégie de diversion, c’est que la fracture entre l’élite et les classes supérieures, d’une part, et le peuple d’autre part, ne cesse de se creuser. Jamais dans l’histoire ces deux mondes n’avaient été aussi étrangers l’un à l’autre.

Il faut être sacrément doué pour sortir Guéret ou Vierzon de l’impasse

Qui sont ces élites ?

Ce monde d’en haut ne tient pas seulement avec le 1 % ou les hyper riches, mais avec des catégories supérieures et une technostructure – les énarques, mais aussi les technocrates territoriaux issus de l’INET. Ses membres viennent tous des mêmes milieux et partagent exactement la même vision de la société. À l’inverse, quand je me balade en France, je rencontre des élus de gauche ou de droite qui partagent mon diagnostic. Et qui se désolent de voir qu’au sommet de leur parti, domine le modèle mondialisé structuré autour des métropoles.

Au sommet de l’État, Emmanuel Macron a créé un grand ministère de la Cohésion des territoires dirigé par Jacqueline Gourault. N’est-ce pas la preuve que votre discours commence à infuser ?

Bien sûr. Quand la pensée est vraiment en décalage avec le réel, les tentatives de déni et de diabolisation ne marchent plus. Cependant, avec toute la volonté politique du monde, sans l’appui de la technostructure, aucun changement n’est possible. La même question se pose dans les territoires : comment initier des politiques différentes avec la même technostructure ? Peu importe qui est maire de Paris ou Bordeaux, ces villes créent de la richesse grâce au libre jeu du marché. En revanche, il faut être sacrément doué pour sortir Guéret ou Vierzon de l’impasse.

Justement, comment peut-on raccorder Guéret ou Vierzon à l’économie mondiale ? Y a-t-il des initiatives locales réussies ?

Énormément. Actuellement, on traite la France périphérique à coups de subventions. On redistribue un peu, beaucoup, passionnément, de façon à ce que les gens puissent remplir leur caddie au supermarché. On est arrivé au bout de ce modèle, notamment parce que l’État et les ménages sont surendettés. Mais lorsque des élus locaux et des entreprises privées se réunissent autour d’une table pour impulser un projet économique, cela réussit. Je pense par exemple à la relance des couteaux de Laguiole, dans l’Aveyron.

Certes, mais alors que les industries de pointe requièrent de très lourds investissements, n’est-ce pas condamner certains territoires à la production manufacturière à l’ancienne ?  

Comme le démontre l’exemple de Laguiole, on ne peut plus penser l’organisation territoriale uniquement à travers une volonté imposée d’en haut par les pouvoirs publics. C’est du bas vers le haut qu’il faut penser ces territoires. Dans des départements ruraux comme la Nièvre, les élus réclament la compétence économique pour initier des projets. Les présidents de conseils départementaux connaissent parfaitement leur territoire, les entreprises qui marchent et la raison de leur succès, la ville où il y a des pauvres et des chômeurs. Ils sont souples, inventifs, pragmatiques et ont à leur disposition des fonctionnaires départementaux issus du cru. Mais les hauts fonctionnaires qui forment l’administration régionale ou étatique cherchent à leur retirer de plus en plus de compétences économiques. Quoique majoritaire, la France des territoires n’existe pas politiquement. Les élus locaux sont marginalisés au sein de leurs partis, contrairement aux élus des grandes villes. Tout doit donc commencer par un rééquilibrage démocratique.

No Society: La fin de la classe moyenne occidentale

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Le peuple de la frontière

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Méfiez-vous de l’extrême-centre…

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Emmanuel Macron et Chsritophe Castaner défilent à côté des Champs-Elysées, 2 décembre 2018. SIPA. AP22277548_000015

Et si les extrêmes n’étaient pas ceux qu’on croit ? Et si les extrêmes étaient ceux qui qualifient les autres d’extrêmes ? Et si les extrêmes, c’était le centre ?


– Oh tu sais, on n’a pas le choix, on est obligés de voter pour Macron.

– Ah bon ? Mais pourquoi ?

– Mais parce que sinon il n’y a plus que des partis extrémistes !

Le constat est sans appel. La rhétorique de La République en marche a réussi à laver les cerveaux en radicalisant de façon factice le choix politique : le centre ou les extrêmes. Macron ou le chaos, comme ils disent. Avec un tel discours, plus de débat possible. Plus d’alternative. Les centristes sont au pouvoir, et pour longtemps. Mais au fait, et si les extrémistes, c’était eux, les centristes ?

Gauche-droite, ça n’oppose plus

Historiquement, le centre a fait son fonds de commerce de l’opposition gauche-droite, cristallisée autour de marqueurs comme la lutte du libéralisme contre le conservatisme, du socialisme contre le capitalisme, entre Jacquot le pauvre ouvrier et Jean-Edouard, le riche bourgeois « tradi ». Se voulant au-dessus de la mêlée, le centre serait le consensus, le rassemblement et la mesure, à l’opposé des idéologies, réservées à la gauche ou à la droite, partis qui, n’étant fatalement pas au centre, compteront des extrémistes aux marges de leurs troupes.

A lire aussi: Les gilets jaunes, une révolution anti-Macron

Cependant, la chute de l’URSS et la victoire de la démocratie libérale rendent caduque cette traditionnelle opposition. Les marqueurs de confrontation ne se polarisent plus sur la lutte des classes, mais sur un rapport à la mondialisation et l’accélération du monde, de la science, des flux de population, avec un déclassement politique et économique de la France. Le marqueur, à présent, est le suivant : la réponse à ses défis passe-t-elle par plus d’ouverture de frontières, de multiculturalisme, d’intégration européenne ? La France Etat-nation souverain n’est-elle plus capable d’assurer notre avenir ?

Gauche-droite, ça rassemble

Demandons à Jacquot et Jean-Edouard ce qu’ils en pensent. Jacquot a perdu son emploi. Il n’a rien contre la mondialisation, mais il trouve que les technocrates sans-frontiéristes libre-échangistes de Bruxelles ne le protègent pas beaucoup de la compétition économique internationale ou du dumping social que représentent à ses yeux ses nouveaux voisins migrants. Il veut un Etat qui le protège. Jean-Edouard, lui, pense que la France, historiquement et culturellement, ce n’est pas si mal. Il est attaché à sa culture et ne voit pas pourquoi il devrait l’abandonner pour un communautarisme multiculturel, surtout quand il voit ce qu’il se passe chez ceux dont il faudrait laisser place aux pratiques chez lui. Tous les deux se rejoignent : oui, la France, Etat-nation souverain qui a fait ses preuves dans le tumulte de l’Histoire, peut défendre leurs intérêts. Elle représente même un atout dans le concert européen et mondial.

Face à eux, il y a Manu, le centriste. Urbain et mondialisé, il leur répond que non, oublions le passé, la France doit être remplacée par une « start-up nation » incorporée dans une Europe fédérale gouvernée par des experts. Que le multiculturalisme, c’est super, que les frontières, c’est nul.

En Italie, l’électeur de gauche (mouvement 5 étoiles) et celui de droite (Ligue du Nord) se sont rejoints pour voter Salvini. En France, les citoyens de gauche et de droite ont sorti leurs gilets jaunes de la boite à gants pour défiler ensemble. Aujourd’hui, là où les nouveaux marqueurs politiques rassemblent l’électeur de gauche et celui de droite, le « centrisme », cette nouvelle idéologie, ne se trouve plus au centre, force de consensus, mais bel et bien à une extrémité du clivage politique, avec ses extrémistes.

Manuel de l’ultra-centriste

D’ailleurs, qu’est-ce que l’extrémisme ? C’est une doctrine dont les adeptes refusent toute modération ou toute alternative à la leur. Les actions extrémistes ont pour but un changement radical de la société. Au regard de cette définition, sur de nombreux aspects, le « centrisme » aujourd’hui est extrémiste. Lors de votre prochain diner mondain, si vous croisez un « centriste », amusez-vous à le taquiner en le traitant d’ultra-centriste. Au menu, voici quelques arguments :

Déshumanisation

En guise de mise en bouche, commencez en douceur avec l’argument de la « déshumanisation » des adversaires. La rhétorique centriste repose sur la dénonciation des extrêmes. Ils voient des extrémistes partout. Exemple : les gilets jaunes manifestent ? Attention, c’est le retour de la « peste brune » (Darmanin). Parler ainsi de ses adversaires, c’est extrémiste. Rien de tel que de déshumaniser son adversaire pour refuser tout débat et rejeter ses idées. On se souvient de Sartre, grand promoteur du communisme, idéologie non moins extrémiste : « Tout anti-communiste est un chien. »

Déni

Ensuite, ajoutez un zest de « déni ». En effet, quoi de plus extrémiste que quelqu’un qui est dans le déni de la réalité ? On a Macron par exemple avec son fameux « la culture française n’existe pas », ou la délicieuse réduction de la présence française en Algérie à un « crime contre l’humanité ». Un autre exemple de déni ? Gérard Collomb, qui avait ouvert les yeux lors de son départ du ministère de l’Intérieur en nous avertissant sur le risque de séparatisme communautaire : « Aujourd’hui on vit côte à côte… Je crains que demain on vive face à face. » Appel non entendu. Pour relever ce défi, Macron nomme Castaner, le plus communautariste de ses ministres, en total déni de réalité. Pour rappel, le génial Castaner, c’est celui qui a relativisé le motif religieux des attentats islamistes, « au nom de l’islam, certains ont des comportements assassins, mais, évidemment, ça n’a rien à voir avec ce qu’est la religion de l’islam, qui est une religion de bonheur, d’amour, comme la religion catholique » : pas de pot, rien à voir avec la religion, ces attentats auraient tout aussi bien pu être l’œuvre de catholiques ou de bouddhistes radicaux. Et de renchérir plus tard, à propos du voile islamique, « il y a quelques années, quand en France, y compris nos mamans portaient un voile, portaient le voile catholique, on ne se posait pas la question. » Circulez, il n’y a rien à voir. Au royaume des autruches, il y a des centristes rois…

Violence

Là, il est temps d’attaquer le plat de résistance, avec un truc un peu plus piquant. Et si on osait l’argument de la violence ? Car quoi de plus violent qu’un extrémiste ? On passera vite fait sur les barbouzes, façon Benalla, dont notre président a eu du mal à se détacher des services, pour aborder une violence plus sournoise, la violence médiatique face aux opposants, muselant les voix alternatives. Exit de la puissante centro-sphère médiatique tous les dissidents : Zemmour, Onfray, Taddeï en ont déjà fait les frais… Quelques petites lois « anti fake-news » permettront bien de trouver des motifs d’accusation contre les derniers récalcitrants et de leur clouer le bec !

Méfiance

Tant qu’on est dans les fake news, on pourra ajouter une petite pincée de populisme. En effet, autoritarisme et extrémisme ont toujours fait bon ménage. Or, aujourd’hui, que nous dit le centrisme ? Qu’il faut se méfier de la volonté du peuple, forcément populiste, manipulée par les fake-news. Si on laisse la démocratie s’exprimer, le peuple voter, il votera mal : voir comment Macron a reproché à demi-mots aux Italiens d’avoir mal voté pour Salvini. Quant au sujet des migrants, alors que la majorité des Européens se déclare favorable à un contrôle, voire à l’arrêt de l’afflux, les centristes refusent tout référendum sur la question, répétant que l’on ne peut rien faire et qu’il faut toujours plus d’intégration européenne pour gérer la situation, plus de pouvoir des technocrates de Bruxelles qui, on le sait ont été élus démocratiquement et n’ont pas brillé dans le domaine… Bref, aujourd’hui, le centrisme se méfie de la démocratie, pour lui préférer des institutions européennes gouvernées par des lobbies.

Division

On pourra ensuite servir une bonne louche de « division ». La division ? Oui. La ritournelle des ultra-centristes, c’est qu’ils rassemblent, alors que les autres, les extrémistes, divisent, en « stigmatisant » tel ou tel pan de la société. Mais quelle entourloupe ! Déjà, systématiquement qualifier d’extrémistes ses opposants, ce n’est pas très rassembleur. Mais au-delà, en tant que nouvelle force politique, le centrisme, pour s’attacher un électorat, a besoin de diviser, de casser l’existant, de provoquer un changement radical. Quoi de mieux dans cette optique que de fragmenter la société française que nous avons connue jusqu’à présent, unie autour de la nation, en une multitude de communautarismes pour s’attacher leurs votes ? Avez-vous vu comme Macron, dès qu’il le peut, au lieu de parler aux Français, s’adresse systématiquement à des communautés ou s’affiche entouré de minorités ? Cette fragmentation de la société française, les centristes essaient aussi de l’appliquer au niveau Européen, en favorisant les régionalismes pour casser les Etats, en maintenant les vannes de l’immigration ouverte pour diluer les cultures européennes, en ostracisant les dirigeants européens qui ont le malheur de souhaiter une Europe construite autour de nations souveraines et d’une identité européenne non gloubi-boulga-mondialisée.

Phobophile

Enfin, en digestif, on s’offrira une petite douceur sémantique. En effet, quoi de plus extrémiste qu’un « phobe » ? Pour la centro-sphère, tout extrémiste est taxé du suffixe « phobe » : islamophobe, europhobe, xénophobe, etc. Mais les ultra-centristes ne sont-ils pas un peu phobes eux-mêmes ? N’est-ce pas être europhobe que de réduire l’Europe à une organisation technocratique de moins en moins démocratique reniant son originalité culturelle unique au monde, riche d’une multitude de nations regroupées sur un si petit territoire ? En niant que d’autres modèles de construction européenne que celui proposé aujourd’hui par Bruxelles sont possibles ? N’est-ce pas être francophobe que de vouloir en permanence réécrire l’histoire de France en la réduisant à ses aspects les moins glorieux et à la repentance perpétuelle ? N’est pas être francophobe que de vouloir diluer un Etat-nation souverain qui a proposé au monde le modèle universel des Lumières, dans son opposé, un vague relativisme multiculturaliste et une technostructure qui essaie de se faire croire européenne ?

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On le voit, si par bien des aspects, l’opposition classique gauche-droite est devenue factice, elle est entretenue par un centrisme qui a un besoin vital de faire croire que ce vieux schéma perdure, pour mieux crier au spectre des extrêmes afin de se faire passer comme la seule force politique crédible, mais aussi masquer que l’ultra-centre, en tant qu’idéologie, est devenu lui-même extrémiste.

« Mur des cons »: un procès pour des pommes

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40 ème congrès du Syndicat de la magistrature, Paris, 2008. SIPA. 00570885_000003

Il y a cinq ans, la France découvrait, accroché à la paroi du Syndicat de la magistrature, le « mur des cons », auquel étaient épinglés un certain nombre de justiciables et de personnalités. Aujourd’hui s’ouvre le procès de sa présidente de l’époque. Mais la justice a trop tardé, le mal est fait.


Ainsi, cinq ans après le scandale lié à l’existence, dans un local syndical ouvert à tous les vents, d’un panneau ou étaient épinglées des photos de justiciables et d’autorités de l’État affublés du qualificatif de « cons », le tribunal correctionnel de Paris va devoir enfin donner une suite à ce qui constituait dès le départ un étonnant scandale. Scandale qui a laissé dans l’opinion une trace cuisante et indélébile.

Fillon, lui, n’a pas attendu cinq ans

Tranquilles, les organisations syndicales de magistrats, tout en psalmodiant le mot « indépendance », continuent à revendiquer la partialité pour les magistrats qu’ils prétendent représenter. Comme ils l’ont montré en approuvant bruyamment la destruction par les voies judiciaires du principal candidat à l’élection présidentielle, favorisant ainsi le triomphe d’Emmanuel Macron. Pour assister ensuite, sans piper mot, à l’instrumentalisation politique de l’appareil judiciaire, d’abord mobilisé contre l’opposition, et ensuite pour protéger les équipes au pouvoir.

A lire aussi: Justice: la juge mise en examen pour le mur des cons bénéficie d’un traitement bienveillant

On se permettra quelques observations à titre liminaire. Tout d’abord, on peut constater que l’urgence utilisée à l’encontre de François Fillon, et dont on nous prétendait contre l’évidence qu’elle était normale, est donc bien à géométrie variable. Ensuite, lorsque l’on voit comment le parquet s’est battu bec et ongles pour éviter toute suite judiciaire – obéissant sûrement à des réflexes de protection corporatiste et allant probablement au-devant des souhaits du pouvoir en place – on se dit que le mal est vraiment profond.

Les magistrats nous prennent pour des…

Initialement, ce qui était parfaitement logique, le Conseil supérieur de la Magistrature (CSM), avait été saisi par Christiane Taubira, garde des Sceaux, de l’aspect éventuellement disciplinaire de l’invraisemblable manquement. Par un communiqué long et juridiquement charpenté, celui-ci a soigneusement refusé de se saisir du problème. On pouvait sourire de cette circonspection à la lecture de la tribune libre publiée au moment du scandale dans le journal Le Monde, sous la signature de Nicolas Blot (juge d’instruction, ancien secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats) et d’Evelyne Sire-Marin (vice-présidente, ancienne présidente du Syndicat de la magistrature). Intitulé « Mur des cons, les raisons d’un affichage », cet article, au-delà de l’habituel plaidoyer pro-domo, nous offrait un assez joli collier de perles, dont certaines méritaient vraiment enchâssement. Reflet d’un état d’esprit partagé chez nos amis magistrats, à qui on rappellera quand même qu’ils officient, jusqu’à nouvel ordre, au nom du peuple français. Jetons à nouveau un coup d’œil sur ce texte en rappelant d’abord, que les deux signataires s’expriment, non pas, au nom de leurs organisations syndicales respectives, mais en tant que magistrats en exercice.

On retrouve, pour commencer, la mise en cause, quasi-routinière, de l’activité législative du Parlement. Montesquieu, connais pas ! « Une vingtaine de lois s’empilent ainsi jusqu’en 2012 : à chaque fait divers sa loi, à chaque problème de société sa sanction pénale, sans réflexion. » C’est vrai ça ! Ces parlementaires de la République élus au suffrage universel pour élaborer et voter la loi, ils ne réfléchissent pas !

SOS magistrats en danger !

Et puis, la justification de l’existence du totem : « Ce ‘mur des cons’ n’est-il pas la réaction affective, hystérique, magique, d’une partie de ce corps social en danger, celui des magistrats ? N’est-il pas une sorte de maraboutage de l’ennemi, un peu comme on enfonce des aiguilles dans la photo de son adversaire ? » Un corps social en danger ? Certes, tout est relatif, mais il semble pourtant qu’il en est d’autres, dans ce pays, nettement plus menacés, et qui ont d’ailleurs commencé à le faire savoir. Les magistrats céderaient-ils à la concurrence victimaire ? Ensuite, il s’agirait d’une réaction affective, hystérique et magique. Houlà, on est carrément dans le syndrome. J’ai connu (il y a longtemps) un magistrat qui, présidant une chambre correctionnelle, tirait le thème astral des gens qu’il allait juger. Je le pensais minoritaire, mais constate que ce n’est pas le cas. Il y aurait donc des cours de vaudou à l’Ecole nationale de la magistrature, des marabouts sénégalais ou haïtiens comme enseignants ? Et si l’on comprend bien, les représentants de l’exécutif de l’époque, du législatif et les justiciables, tous présents sur le mur, sont des adversaires ?

Malheureusement, ce n’est pas fini, car vient la définition de l’impartialité portée par les deux plus grandes organisations syndicales. « Une fois de plus, cette affaire va servir à défendre une conception abstraite et surannée de l’impartialité du juge, que sous-tend le code de déontologie des magistrats publié en 2010 par le CSM (Conseil supérieur de la magistrature) : le juge doit être transparent, sans sexe, sans opinion et sans engagement. » Comment des magistrats formés, disposant de hautes responsabilités peuvent-ils proférer de pareilles énormités et revendiquer ainsi une impartialité à géométrie variable ? Mais, chers amis magistrats, nous ne vous demandons pas d’être personnellement transparents, asexués ou sans opinions politiques. Mais que vos décisions le soient ! Vous ne les rendez pas à titre personnel, en tant que femmes (ou hommes), en tant qu’électeurs, ou en tant que militants, mais au nom du peuple français. Mesurez-vous le caractère fondamental de cette formule ?

Cette sidérante revendication de la subjectivité et de la partialité, qui se nourrit d’une négation des principes qui fondent l’organisation de la justice, est aussi inquiétante que révélatrice.

Circulez, c’est du passé !

On ajoutera un dernier bijou qui, derrière la désinvolture d’expression, est quand même assez effarant. Par l’intermédiaire de leurs anciens dirigeants, les organisations syndicales donnent les consignes. « Bien sûr, les plaintes en diffamation, injure publique ou privée des malheureux nominés du ‘mur des cons’ n’aboutiront à aucune condamnation pénale du SM, car il n’avait nulle intention de diffuser ces images strictement privées. » C’est donc plié, il n’y a plus rien à voir ?

Le droit de la presse (puisque c’est de lui qu’il s’agit) est particulièrement délicat à manier et à interpréter. Les spécialistes de cette matière sont partagés sur son application à ce cas d’espèce. Diffamation ou injure ? Bonne ou mauvaise foi ? Diffusion publique ou privée ? Sachant que la diffusion privée est également pénalement répréhensible, il y a quand même matière à discussion judiciaire, et il appartiendrait au juge de trancher. Eh bien non, c’est tout vu. Deux éminents magistrats, qui se réclament de leurs précédentes responsabilités syndicales nous ont déjà donné la décision. Il n’y aura « bien sûr » pas de condamnation pénale. Parce qu’il ne doit pas y en avoir ? C’est vrai ça, à quoi bon un débat judiciaire contradictoire ? De son côté le parquet a scrupuleusement appliqué la consigne en se battant pour éviter que cette affaire vienne à une audience correctionnelle.

Le mal est fait

Ce qui est quand même un peu étonnant, c’est cette constance dans l’expression de telles énormités. On comprendrait que les « épinglés » soient un peu hésitants lorsque qu’on leur demande de faire confiance à la justice de leur pays. La seule véritable réponse de la République aurait dû être de donner à ce qui constitue un véritable scandale les suites disciplinaires qu’il méritait. Cinq ans après, la décision à venir quelle qu’elle soit, de relaxe ou de condamnation ne servira à rien.

Il y a 13 ans, après l’affaire d’Outreau, j’avais publié dans Libérationun article pour déplorer la tentation autiste des magistrats : « La tentation de l’autisme est pourtant une stratégie risquée pour le corps lui-même. Est-il sûr que l’opinion publique française s’en contente, alors qu’elle se méfie désormais de sa propre justice ? »

Clairement, les choses ne se sont pas arrangées.

Comment la Cour de cassation nous soumet au droit supranational

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Emmanuel Macron aux côtés de Bertrand Louvel (à sa gauche), premier président de la Cour de cassation, et de Jean-Claude Martin, procureur général, lors de l'audience solennelle de début d'année judiciaire 2018 à la Cour de cassation. ©François Mori

Depuis près de cinquante ans, des juges français détricotent progressivement notre modèle républicain sous l’influence d’une idéologie multiculturaliste d’inspiration anglo-saxonne. Ployant face aux assauts de l’islamisme, l’aristocratie judiciaire impose cahin-caha un droit jurisprudentiel avec l’appui des juridictions supranationales.


Lors de l’audience solennelle d’installation des nouveaux magistrats, le 3 septembre dernier, le premier président de la Cour de cassation, M. Bertrand Louvel, a laissé entendre que la justice française devrait s’incliner devant l’avis du comité des droits de l’homme de l’ONU, estimant que la France aurait, dans l’affaire du voile à la crèche Baby-Loup, porté atteinte à la liberté religieuse garantie par le pacte de New York sur les droits civils et politiques. Le propos a d’autant plus inquiété que le même comité vient encore d’en rajouter en jugeant que la loi française interdisant la burqa est, elle aussi, attentatoire à la même liberté.

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La déclaration du président Louvel n’a pourtant rien d’étonnant et s’inscrit dans le droit fil d’une entreprise de sape du modèle républicain français, entamée dès la disparition du général de Gaulle, mais qui s’est accélérée à grande vitesse sous l’influence du droit européen et international. Il s’agit de substituer à notre droit démocratique dans lequel la loi votée par le peuple ou ses représentants constitue « l’expression de la volonté générale » (article 6 de la Déclaration de 1789) un droit jurisprudentiel d’origine supranationale et d’inspiration anglo-saxonne clairement revendiqué. Bertrand Louvel l’avoue explicitement dans son discours du 3 septembre : « Ce phénomène d’internationalisation appelle la culture judiciaire et juridique française à entrer en synthèse avec la culture anglo-saxonne. » La réalité est plus crue : elle consiste à soumettre les choix démocratiques des États aux diktats d’une aristocratie judiciaire elle-même mise au service d’une conception globalisée, « progressiste » et multiculturelle des sociétés européennes. Le modèle républicain français est particulièrement attaqué par cette contre-révolution qui porte à la fois sur les pouvoirs (I) et sur le contenu du droit (II).

I. La contre-révolution des pouvoirs : la post-démocratie

L’entreprise a d’abord consisté à multiplier les conventions internationales et européennes consacrant des droits et libertés individuels et catégoriels en assortissant ces textes de voies de recours permettant aux ressortissants d’un État d’accuser celui-ci devant une instance internationale. Tantôt, il s’agit d’une juridiction rendant des décisions dont l’exécution s’impose aux États (CEDH), tantôt, il s’agit de comités ou organismes divers et variés composés de personnalités présentées comme des « experts indépendants » et qui formulent seulement des avis ou recommandations non contraignants (comité de l’ONU). Mais il s’ajoute à cette surveillance internationale un contrôle permanent opéré par les juridictions nationales elles-mêmes, dont on n’a pas mesuré, au départ, qu’il allait prendre une tournure qualitativement et quantitativement toxique, propre à faire imploser notre modèle juridique et judiciaire.

L’article 55 de la Constitution française dispose, en effet, que « les traités régulièrement ratifiés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois ». Il restait à savoir si le juge national allait se permettre de vérifier, dans un procès, si la loi applicable au litige était bien conforme au traité européen ou onusien et, dans la négative, s’il pourrait écarter la loi. Une telle éventualité constituait en France une contre-révolution puisque les textes révolutionnaires ont toujours fermement interdit aux juges de sanctionner la loi. La loi des 16 et 24 août 1790, confirmée par les constitutions qui suivent, affirme ainsi : « Les tribunaux ne pourront prendre directement ou indirectement aucune part à l’exercice du pouvoir législatif, ni empêcher ou suspendre l’exécution des décrets du corps législatif sanctionnés par le Roi, à peine de forfaiture. » Le Code pénal de 1810 affirme encore : « Seront coupables de forfaiture et punis de la dégradation civique les juges […] qui se seront immiscés dans l’exercice du pouvoir législatif, soit par des règlements contenant des dispositions législatives, soit en arrêtant ou en suspendant l’exécution d’une ou plusieurs lois. »

Cette tradition de soumission du juge à la loi sera toujours maintenue en France, y compris sous la Ve République du général de Gaulle. La Constitution de 1958 a sans doute créé un Conseil constitutionnel chargé de vérifier si les lois ont bien été votées dans le domaine et selon les procédures prescrites par la Constitution, mais ce contrôle, qui ne pouvait être déclenché que par le chef de l’État et celui du gouvernement, ainsi que par les deux présidents de chambre, ne portait pas du tout sur la conformité du contenu de la loi avec les droits et libertés des citoyens mentionnés dans le préambule. Pour ce qui est du juge ordinaire, Michel Debré fut aussi très clair dans son discours de présentation de la nouvelle Constitution : « Il n’est ni dans l’esprit du régime parlementaire, ni dans la tradition française, de donner à la justice, c’est-à-dire à chaque justiciable, le droit d’examiner la valeur de la loi. »

À peine, cependant, la dépouille du général refroidie, se manifesta la revanche des juges, avec l’aimable complicité de ceux qui n’avaient jamais digéré l’attachement viscéral du gaullisme à l’indépendance de la France. Le centriste Alain Poher ouvre les hostilités en prenant prétexte d’une loi dite « Marcellin » sur les associations pour offrir au Conseil constitutionnel l’occasion de son premier coup d’État. Le 16 juillet 1971, en effet, celui-ci s’empare spontanément du pouvoir de contrôler le contenu des lois qui lui sont déférées aux droits et libertés auxquels le préambule renvoie, se permettant ainsi de changer complètement son office en tournant désormais son canon contre la volonté majoritaire. Puis, le même Poher profite ensuite de l’intérim du président Pompidou pour ratifier en 1974 la Convention européenne des droits de l’homme. Puis, c’est Valéry Giscard d’Estaing qui, la même année, donne sa bénédiction à la décision de 1971 en étendant le droit de saisine du Conseil constitutionnel à 60 députés ou 60 sénateurs, c’est-à-dire à l’opposition, permettant alors au Conseil de déployer largement le pouvoir conquis trois ans plus tôt.

En 1975, le Conseil constitutionnel affirme qu’il n’est pas compétent pour contrôler la conformité des lois au droit européen et international, laissant aux juges ordinaires, judiciaires et administratifs, le soin de s’en charger dans les litiges qui leur sont soumis. La Cour de cassation ne se fait pas prier et se lance aussitôt dans le contrôle dit de « conventionnalité » des lois, consistant à écarter l’application de dispositions législatives jugées contraires à une règle européenne ou internationale, même antérieure. Le Conseil d’État la suit en 1989 dans l’arrêt Nicolo. En juin 1980, la France ratifie le pacte de New York sur les droits civils et politiques dont la rédaction aurait dû susciter de fortes réserves du gouvernement français sur ses articles 18 (liberté de religion) et 27 (droits des minorités). Puis, François Mitterrand ratifie encore en 1981 le protocole sur le droit de recours individuel à la Cour européenne des droits de l’homme qui permet à tout un chacun de saisir la Cour après épuisement des voies de recours internes et, en 1983, celui qui autorise les plaintes individuelles devant le comité des droits de l’homme de l’ONU. Celui-ci n’est pas une juridiction, mais se comporte comme tel en rédigeant ses avis comme des arrêts. À partir de ce moment-là, tout est en place pour que le gouvernement des juges et des experts internationaux se diffuse dans tout l’appareil judiciaire français.

Le Conseil constitutionnel risquant alors d’être marginalisé, Nicolas Sarkozy offre en 2008 la QPC aux justiciables pour leur permettre de contester eux-mêmes, devant le Conseil, une disposition législative dont ils prétendent qu’elle « porte atteinte à un droit ou une liberté que la Constitution garantit ». Enfin, viennent s’ajouter encore deux nouveaux échelons. D’une part l’Union européenne se dote d’une Charte des droits fondamentaux annexée au traité de Lisbonne, tout en adhérant elle-même à la Convention européenne des droits de l’homme, ce qui déclenche inévitablement une rivalité entre les deux juges européens (CJUE et CEDH). D’autre part le protocole n° 16 à la Convention européenne des droits de l’homme permet désormais aux juges nationaux de renvoyer à la cour de Strasbourg les questions d’interprétation de la convention qu’ils rencontrent. La Cour de cassation s’en est servie aussitôt au sujet de la transcription à l’état civil des GPA frauduleusement réalisées à l’étranger.

Voilà donc comment les juges et les experts, nationaux comme supranationaux, ont progressivement assis leur tutelle sur le législateur français dont la volonté est de plus en plus souvent censurée ou contrariée. Mais cette contre-révolution des pouvoirs n’est pas neutre sur le fond et véhicule un « grand remplacement » des normes elles-mêmes.

II. Le grand remplacement normatif : la « tolérance » multiculturelle

Le droit jurisprudentiel ainsi imposé et substitué au droit écrit législatif par les instances internationales et européennes ne se contente pas de modifier complètement l’office des juges nationaux, mais charrie des conceptions libérales-progressistes multiculturelles de type anglo-saxon complètement opposées au modèle républicain français. Celui-ci est d’ailleurs ouvertement dans le collimateur d’instances internationales. Dans le rapport MacDougall du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, rendu public en 2008, l’« experte indépendante » accable ainsi notre tradition constitutionnelle jugée aveugle aux minorités.

Saisis par des individus et des groupes qui entendent défendre leurs droits subjectifs contre des États chargés de l’intérêt national, ainsi que de l’ordre et de la sécurité publics, tous les juges se sont vite laissé entraîner vers l’hyperindividualisme victimaire et la surenchère du marché des droits. Tandis que la Cour européenne des droits de l’homme s’adonne à une casuistique erratique et compassionnelle à la canadienne, où le « droit au respect de la vie privée et familiale » sert à torpiller les dispositions législatives nationales sur l’immigration ou la famille, le comité des droits de l’homme de l’ONU, très prisé par les juristes français les plus impliqués dans la défense des migrants, des minorités ethniques et religieuses, des femmes et des LGBT, s’en prend à notre laïcité.

Au niveau national, le Conseil d’État ne rate pas une occasion de se poser en « juge européen de droit commun » et son ancien vice-président a même quitté ses fonctions en disant que ce dont il était le plus fier était la « mise en cohérence de notre jurisprudence avec celles des cours européennes ». Effectivement, outre ses circonvolutions sur le voile islamique, le Conseil d’État s’est permis de stériliser les dispositions explicites du Code de la santé publique prohibant l’insémination post-mortem au motif qu’elles portent une atteinte disproportionnée au droit à une vie familiale garanti par la CEDH. Parallèlement le premier président de la Cour de cassation s’est lancé depuis sa nomination dans un projet d’autoréforme de l’institution consistant à délaisser la mission d’application uniforme de la loi qui lui était impartie depuis la Révolution pour se transformer en cour suprême concentrée sur la « défense des libertés et des droits fondamentaux », sur le mode de la CEDH, c’est-à-dire en remplaçant le contrôle de légalité par celui d’équité et de proportionnalité. L’exemple type du « bon » arrêt de cassation étant pour le président Louvel celui dans lequel la Cour a, en 2013, refusé de prononcer la nullité d’un mariage incestueux au motif qu’elle porterait une atteinte excessive au droit à la vie familiale des intéressés, garanti par la CEDH.

En résumé, pour les juges européens et nationaux comme pour les « experts » internationaux, quand la loi républicaine est trop dure pour les individus ou les groupes minoritaires, il convient tout simplement soit de condamner la France (CEDH et comité des droits de l’homme de l’ONU) soit de ne plus appliquer la loi (Conseil d’État et Cour de cassation). C’est donc tout naturellement et dans cette logique que le président Louvel a estimé nécessaire de revoir la jurisprudence Baby-Loup pour obéir à « l’autorité de fait » du comité de l’ONU. On n’ose imaginer le sort qui pourrait aussi être réservé à notre loi sur la burqa. Les juristes ont pour habitude de désigner cette entière soumission des juges français aux standards européens et internationaux, qui évoque surtout le roman de Houellebecq, par le terme euphémisé de « dialogue des juges ».

Parallèlement, la QPC accoutume le Conseil constitutionnel à inverser sa perspective en se prononçant aussi sur des réclamations individuelles et catégorielles qui tendent donc à prendre le pas sur l’intérêt national et les principes républicains, d’autant que le Conseil louche également sur le juge européen, avec lequel il est en concurrence sur le marché des droits. Ainsi s’explique la stupéfiante décision du 6 juillet 2018 censurant, au nom d’un principe de fraternité universelle créé de toutes pièces, le délit de complicité de séjour irrégulier sur le territoire français. Comme pour les autres juges, il s’agit de censurer une loi nationale réputée trop dure pour les « droits » des minorités. En clair, le juge constitutionnel encourage désormais la violation des lois de la République.

La face cachée du multiculturalisme

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Et au milieu du chaos, les gilets jaunes protègent une DS blanche

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La DS blanche de Saint-Augustin épargnée par les violences de la place Saint-Augustin à Paris, 1er décembre 2018. ©Capture d'écran BFM TV

Si Paris s’est encore embrasé, samedi 1er décembre, les gilets jaunes ont su protéger un symbole d’une France perdue, en forme d’étendard de leur lutte: au milieu des flammes et des lancers de pavés, une DS blanche a été épargnée. 


Quand les foules s’embrasent, le matériel urbain vole en éclats. Samedi, en début de soirée, Paris a retrouvé cette vieille odeur de lacrymos et de poubelles brûlées. Ces vapeurs de l’Histoire qui font de notre capitale l’épicentre des tension sociales, depuis des siècles. Le chaudron de nos peurs et de nos rancœurs. Le lieu de tous nos rendez-vous manqués. Tout commence et se termine à Paris, comme dans une chanson d’Aznavour.

La France qui souffre…

Le visage d’un peuple, uni et débordé, éruptif et sensible, casseur et triste, s’est rappelé au bon souvenir des élites déconfites. C’était donc ça la France qui souffre, qui crie et qui désespère. Cette France hors des enceintes protégées, loin des métropoles emmurées. Tous ces anonymes sont sortis des périphéries, de toutes ces villes fantômes que notre République a créées dans l’indifférence et le déni. Ces éternels recalés du système sont venus des profondeurs des départements ruraux pour rappeler leur droit à un peu de dignité. Dans la confusion générale, tous ces perdants de la mondialisation ont dit : stop !

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Des retraités appauvris, des étudiants-travailleurs, des commerçants asphyxiés, des policiers abandonnés, des agriculteurs perdus, des salariés à bout de souffle, de droite comme de gauche, cohorte d’abstentionnistes, ils étaient tous là, sans honte, à exposer en plein jour leur déclassement. Il en faut du courage pour s’avouer à genoux, prêt à exploser.

…et qui sent le soufre 

Leur ras-le-bol a été immédiatement sali, dénaturé, déformé, déconsidéré par des médias qui firent l’amère expérience de la vie chère, ce quotidien brutal partagé par des millions de Français. Cette sincérité-là ne pouvait plus être tue, ni ensevelie sous les sarcasmes habituels des éditorialistes périmés. Pas de porte-parole officiel au bout du micro, de communicant vermoulu sous les projecteurs, ni même de ces cortèges encadrés comme un concert au Stade de France, seulement l’irruption du réel dans le confort ouaté des studios. Ces gilets jaunes à travers tout le pays, dans des rassemblements aussi désorganisés que remontés, sans chefferie, ni PowerPoint dans leur attaché-case, tous ces invisibles en sac à dos, marcheurs en colère, nous ont renvoyé l’image d’une nation à l’agonie. À la déchéance des fins de mois compliqués, ils durent supporter, pendant plus de trois semaines, les errements du pouvoir.

Samedi 1er décembre, dans ce nuage de fumée, il y eut des gestes déplorables et héroïques, des conneries impardonnables et des sursauts de panache. Malgré les débordements, l’âme française, brouillonne et toujours si perspicace sur la situation actuelle, n’était pas morte. Elle brillait sous les feux de bengale. Un événement anodin, et finalement essentiel pour la compréhension de ce mouvement, eut lieu Place Saint-Augustin.

La DS, patrimoine des gilets jaunes

Au milieu des débris et des voitures calcinées, une Citroën DS blanche fut épargnée de la vindicte populaire. Dans cette exception merveilleuse, superbe et ridicule à la fois, on peut y voir une plaisanterie, le respect pour la belle mécanique d’antan, un éclair de lucidité dans la bêtise à chaud ou quelque chose, de plus fort encore, le souvenir d’une époque bénie. La mémoire vive des Trente Glorieuses, leur croissance, leur partage, leur redistribution, leur foi dans l’avenir, dans le progrès.

 

Cette Déesse dessinée par un carrossier italien a incarné, pour les manifestants d’un soir, un monde à jamais détruit, le condensé des espoirs déçus. Cette bagnole chère à Fantômas et au Général n’était pas seulement un moyen de locomotion, un parangon de la mobilité mais une œuvre d’art. Une cathédrale que Roland Barthes avait tentée de percer. Une mystique faite d’acier.

Cette ligne aérodynamique avait mis le monde automobile en émoi au milieu des années 1950. Un produit industriel fabriqué en France par nos ouvriers pouvait générer de la féerie. Un peuple capable de construire, d’imaginer une telle voiture avait de la ressource, du nerf et encore des rêves. Alors, confusément, les manifestants ont estimé que toucher à ce morceau de France aurait été une manière de se dégrader. Cette DS fut un phare dans la nuit de samedi.

Elle disait, en substance que l’intelligence, l’émotion, la créativité, l’engagement vers une société plus juste demeurent des traits fondamentaux de notre République.

Éloge de la voiture

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Dictionnaire élégant de l'automobile

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Gilets jaunes: la flamme des soldats inconnus

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Un feu sur l'une des avenues de l'Etoile à Paris, 1er décembre 2018. SIPA. 00886640_000003

Alors sire, révolte ou révolution ? A mesure qu’il prend de l’ampleur, le mouvement des gilets jaunes met en évidence l’incompréhension et la passivité des élites devant des maux qu’ils ne comprennent pas. Leur crépuscule est tout sauf un mirage. 


Parmi toutes les questions posées par nos journalistes, intellectuels brillants et intervenants qui envahissent les plateaux depuis le début du mouvement des gilets jaunes, la seule qui soit importante, bizarrement, n’est pas posée, ou pas clairement, même si elle est en filigrane, on s’en rend bien compte, de tous les discours. On ressent, chez ceux qui parlent, comme une sorte de peur cachée, comme s’ils craignaient de remettre en branle le terrible processus de l’époque révolutionnaire, comme s’ils savaient bien, au fond, qu’ils ont profité ou laissé profiter, jusqu’à la limite supportable, de la mansuétude des peuples, qu’à force de mordre et mordre encore le lion qui dormait, on avait fini par le réveiller, et que ce sont eux, au bout du compte, qui sont les « aristos » d’aujourd’hui, promis peut-être bientôt à « la lanterne » comme leurs malheureux anciens. Pour toutes ces raisons, la question n’est pas vraiment posée, alors qu’elle est essentielle : s’agit-il d’une révolte ou bien d’une révolution ? En effet, la réponse politique n’est pas du tout la même selon qu’on considère être dans le référentiel du premier ou du deuxième cas.

Révolte ou révolution ?

S’il s’agit d’une révolte, on peut considérer que le « dialogue » et la négociation pourraient être suffisants : « écoute », prise en compte de « la détresse et la colère » des manifestants, réunions en province et même à Paris, moratoire sur la hausse des carburants, TIPP « flottante », mesures de compensation du coût des trajets automobiles pour les plus modestes, « coup de pouce » au SMIC, etc. Toutes ces mesures sont envisageables, et elles sont certainement déjà prêtes. Le calcul, dans ce cas, n’est pas politique, il est financier. Le pouvoir raisonne comme dans une négociation « normale » : « comment faire en sorte pour que tout rentre dans l’ordre et que ça me coûte le moins possible ? », telle est la question qu’il doit se poser.

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Si on est dans le deuxième cas, ça n’est pas du tout la même chose. Dans ce cas, il faut reconnaître que la « jacquerie » des gilets jaunes est très profonde, qu’elle fait suite à des décennies d’erreurs politiques et d’humiliations, et aussi, il faut bien le dire, à des décennies de mensonges, de calculs cyniques et de non-dits, la « reductio ad hitlerum », la fascisation permanente des petits électeurs populaires du FN et l’entretien volontaire et systématique de la fracture sociale par les pouvoirs de droite et de gauche ayant été très utile pour marginaliser leurs votes et leurs revendications. Escamoter et pervertir sans cesse les débats sur l’immigration et sur l’islamisme, déifier et dramatiser la question climatique, vanter la technologie, les « premiers de cordée », l’Europe sans les nations, la « mondialisation heureuse » et le progressisme sont des discours pour les riches. Il ne suffit pas de se faire filmer dans une école villageoise avec Jean-Pierre Pernaut, ni de serrer des mains lors d’une « itinérance mémorielle » bien mal conçue, ni de parler au peuple depuis le pont du Charles-de-Gaulle, pour être entendu.

Les pansements ne suffiront pas

Si c’est un tel constat qui est fait, les mesurettes concoctées à Bercy ne suffiront pas. C’est à un changement complet de cap qu’il s’agit de procéder, comme avait su le faire De Gaulle avec son « Je vous ai compris » aux Français d’Algérie avant de les trahir, ou Mitterrand après les grandes manifestations pour l’Ecole libre de 1984, qui lui avaient permis de jeter dans le lac tous les idéologues qui l’avaient porté au pouvoir, et qui l’empêchaient de faire, comme dans les grands pays de l’époque, une politique libérale.

D’abord, qu’on me permette de penser que c’est bien dans le deuxième cas que l’on se trouve aujourd’hui.

En effet, c’est (enfin !) devenu une tarte à la crème de le dire, il y a très clairement, en France comme ailleurs, un fossé devenu gigantesque entre les élites technocratiques mondialistes et les peuples. Ce qui est positif dans l’affaire, c’est que l’affrontement entre les deux, qui était, encore il y a peu, considéré comme du « complotisme », est aujourd’hui ouvert et manifeste. C’est cela, avant tout, que nous disent les gilets jaunes.

Dans les pays communistes, où j’avais vu exactement le même phénomène se produire à la fin des années 80, le pouvoir, qui se considérait bien plus « patriotique » que démocratique, pouvait justifier de l’emploi de la force pour lutter contre les « terroristes » et les « séditieux » qui menaçaient l’Empire. Malgré cela, quelques résistants comme Sakharov, Soljenitsyne ou Walesa l’ont fait tomber. Chez nous, le système s’affirme comme étant lui-même démocratique. Comment fera-t-il pour justifier que la majorité a tort contre la minorité ? Il a tenté jusqu’ici de le faire en perturbant l’élection présidentielle elle-même (l’affaire Fillon est encore dans toutes les mémoires), en discréditant la majorité populaire, en la faisant passer pour fasciste ou populiste, en la poussant à l’abstention. Mais on voit que ça tient de moins en moins bien.

Ils voulaient le réveil des autres

En réalité, le pouvoir élitiste est en train de tomber partout, et ce sera bientôt le cas en France. On ne voit pas comment Macron, un pur produit de l’oligarchie, un « Tchernenko » plutôt qu’un Gorbatchev, pourrait vraiment résister. Les forces populaires, qui étaient longtemps si fatalistes que Christophe Guilluy avait théorisé leur « marronnage »[tooltips content= »Rappelons que le marronnage était le nom donné à la fuite d’un esclave hors de la propriété de son maître. Pour Guilluy, le « marronnage » territorial, culturel et politique des nouveaux « negmarrons » des classes populaires,  qui ont quitté la « plantation » des maîtres (le système dirigé par les élites mondialisées des grandes villes), les a paradoxalement préservés. Je dis que la cause, sur le plan politique en tout cas, est un certain fatalisme (qui s’est traduit notamment par un fort accroissement de l’abstention). Guilluy parle de la conséquence, qui a été, selon lui, une libération. Nos points de vue ne sont donc pas divergents. « ]1[/tooltips], sont en train de découvrir qu’elles ont un véritable et grand pouvoir. On est aujourd’hui très loin du marronnage, on est même dans la reconquête. On voit clairement qu’elles prennent l’espace, le temps et la parole. Elles ne se coucheront plus. Elles le disent et il faut les croire.

Nous vivons réellement un « réveil des peuples ». Ce qui est assez drôle, d’ailleurs, c’est que nos élites n’ont cessé de le fantasmer, mais seulement pour les autres, comme pour les dits « printemps arabes ». Ils seront certainement très étonnés qu’on leur dise à leur tour « dégage », comme le faisaient les manifestants à Tunis ou au Caire, sur la place Tahrir… Ça n’est qu’une question de temps, et ça va leur faire bizarre.

Macron doit penser le pire ou se condamner à le vivre

Dans ces conditions, il est possible que la peur de certaines élites, comme dans la presse ou chez les politiques, par exemple, s’inverse. Si un scénario révolutionnaire s’affirme, au lieu de fasciser la population pour conserver leurs avantages, comme elles l’ont fait jusqu’à présent, elles vont préférer sacrifier le pouvoir en place pour sauver leur peau. Si c’est comme cela que les choses tournent, l’affaire se terminera au mieux par une dissolution, au pire par une démission, une possibilité qu’on ne peut surtout pas écarter.

Si Emmanuel Macron ne pense pas de cette façon, il a sans doute peu de chances de s’en sortir. S’il le pense, il a encore peut-être des cartes à jouer. Dans ce cas, il lui faut rapidement, grande tradition de la Vème oblige, « charger », faire porter le chapeau, désavouer et révoquer le Premier ministre. Il lui faudrait alors nommer un Premier ministre « provincial », un profil rassurant « à la Larcher », pour faire retomber la pression, et inverser totalement sa politique : « Je vous ai compris : le social d’abord, le mondialisme progressiste ensuite ». Il ne manquerait pas de candidats. L’un d’entre eux est déjà prêt, il frétille dans sa mairie de Pau, en regardant avec gourmandise les manifestants devant sa télé. Il y en a d’autres.

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Piloter un tel changement de cap, Macron en aurait-il la force, les « tripes » ? Ce qui est certain, c’est qu’il est aujourd’hui desservi par la Constitution. En effet, le passage du septennat au quinquennat lui a fait perdre la hauteur monarchique dont avaient bénéficié, pour ce grand changement de pied, ses prédécesseurs. Il peut difficilement « charger » un Premier ministre dont il prend la place tous les jours…

Panne de perlimpinpin 

Par ailleurs, sur le plan du comportement, il n’en prend pas le chemin non plus. Pour le moment, il « joue au bonneteau » avec les gilets jaunes : « Tu as vu mon ministre des Finances (celui qui te concerne) ? Hop, tu vas rencontrer celui de la Transition énergétique (dont tu n’as rien à faire). Tu veux la baisse de la taxe à la pompe ? Hop, tu auras une prime pour acheter une voiture électrique. Tu veux discuter à Paris ? Hop, tu vas intégrer des commissions de travail de province. Tu me parles de tes fins de mois ? Hop, je te dis que j’ai compris ta détresse. Tu veux défiler pacifiquement ? Hop, je te colle les black blocks dans les pattes, pour te ‘pourrir la vie’, justifier ma posture sécuritaire et l’amalgame, terroriser les classes moyennes  et te pousser, j’espère, à la radicalisation. Adieu alors à ta popularité ». Pendant que l’on joue un jeu dangereux et que l’on perd ainsi du temps, la gangrène s’étend.

Enfin, dans ce genre de cas, il est impératif, comme le disait le Général, de « garder un silence effrayant ». Or Macron parle tous les jours ou presque, jusqu’à répondre, depuis l’Argentine, aux morsures bénignes de François Hollande. Tout ça ne laisse envisager ni qu’il a la hauteur de vue nécessaire aux grandes décisions, ni qu’il sera capable de piloter une issue maîtrisée de la crise… L’avenir est sombre, les amis.

No Society: La fin de la classe moyenne occidentale

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Gilets jaunes: pour une nouvelle « nuit du 4 août »

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Statut brisée de Marianne à l'intérieur de l'Arc-de-Triomphe, décembre 2018. SIPA. AP22277302_000001

La comparaison avec la Révolution n’est pas totalement usurpée. Ce que veulent les gilets jaunes, c’est l’abolition des privilèges des nouveaux aristocrates, la fin d’une inégalité de fait, le droit d’y croire comme les autres.


Ce que veulent les gilets jaunes, à côté de toutes leurs revendications pour une vie plus décente, c’est une nouvelle « nuit du 4 août », cette fameuse nuit de 1789 où la noblesse et le clergé abandonnèrent leurs privilèges, hérités de la France féodale et monarchique.

Dans la France d’aujourd’hui, ces privilèges sont multiples : poudres, toilettes et fêtes des monarques et de leur Cour, salaires exorbitants des patrons du CAC 40 et parachutes dorés, placards confortables de la République, fonctions et prébendes accordés par la faveur des princes, privilèges des corps constitués de la politique, de la haute administration et de l’université.

Les nouveaux aristocrates

La Révolution de 1789 forgea le passage de la civilisation féodale à l’ère démocratique ; aujourd’hui, c’est une nouvelle démocratie que les gilets jaunes réclament, l’abolition des privilèges représentant la première étape de ce changement majeur. Le peuple des gilets jaunes sent confusément que le régime actuel corrompu et repu ne nous protègera pas des orages totalitaires qui s’annoncent à l’horizon. Ils ne parlent pas d’islamisme en public mais ils y pensent et en parlent en privé. Ce pouvoir qui se donne à l’encan, aux technocrates de Bruxelles, à l’Allemagne de Merkel, aux émirs du pétrole, ils n’en veulent donc plus.

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Les gilets jaunes veulent de la reconnaissance, certes. Ils disent vouloir être écoutés dans leurs souffrances, mais surtout affirment avec force que la vraie reconnaissance consisterait à ce qu’il y ait davantage d’égalité et de justice, signifiés justement par l’abandon volontaire des privilèges. Il ne s’agit pas d’une utopie révolutionnaire d’extrême gauche mais d’une simple reconnaissance par plus d’égalité. Leurs souffrances, concrètes et immédiates, les gilets jaunes en parlent et réclament l’amélioration de leur vie quotidienne, mais ils souffrent aussi, comme leurs ancêtres de 1789, de la comparaison de leur sort avec ce nouveau Versailles bourgeois, de ces princes et princesses des temps modernes qui dilapident l’argent public dans des fêtes ou des retraites dorées.

Les nouveaux pauvres face à l’indifférence de Macron

Macron, cet égoïste narcissique, n’a pas vu venir cette « grogne » et, au contraire, il a joué avec les symboles de la fonction présidentielle, comme à cette fameuse fête de la musique et comme ces accolades pulsionnelles à Saint-Martin. Il s’est montré indigne de la fonction présidentielle et son image de petit prince choyé est désormais rebutante pour une population en voie d’appauvrissement et en chute sociale.

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Comme aux Etats-Unis, au moment de l’élection de Donald Trump, c’est le peuple blanc qui s’est révolté, blanc non pas par la race mais par une des couleurs du drapeau national, par cette partie de la société laissée pour compte pendant de longues années : traités de beaufs et de racistes trop souvent, ces nouveaux pauvres ont entraîné avec eux une majorité de Français qui veulent survivre dans le chaos du monde, dans cette mondialisation trop malheureuse pour bon nombre d’entre eux.

La fraternité au service de l’égalité

Pour le moment, les banlieues, ces fameux « quartiers populaires » de la gauche, se taisent et restent à l’écart, avec une sorte de prudence. Ils sentent qu’ils pourraient être les autres victimes de la colère populaire, de cette colère qui va peut-être s’exprimer dans les urnes. Est-ce que ce sera un bien ou un mal ? L’avenir est imprévisible. De toute façon, ce qui est dit aujourd’hui, c’est la nécessité de la création d’une nouvelle vie démocratique, où le peuple a la parole sur ce qu’il sait de sa vie, et où il est écouté, entendu, respecté pour son intelligence et son savoir.

Les grands équilibres financiers doivent peut-être être préservés, mais c’est une nouvelle ère qui doit commencer, celle de la parole et de la décision démocratique.

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Enfin, ce mouvement existe aussi parce qu’il donne de la chaleur par la rencontre avec les autres et la sortie de la solitude dépressive. Un peuple a besoin de s’unir pour être fort. Avec une autre partie de ce peuple qui vit dans les grandes métropoles et leurs banlieues, il faudra d’abord rétablir la sécurité par tous les moyens nécessaires et également retrouver la confiance par la rencontre. Puisse ce peuple de France être entendu dans ses aspirations et non pas menacé, manipulé, obligé finalement de rentrer dans le rang et l’ordre des privilégiés de la fortune et du savoir.