Pour apaiser la situation et accorder des concessions symboliques aux gilets jaunes, le président de la République Emmanuel Macron devrait renoncer aux privilèges de la classe politique. Un moyen rapide de renouer le dialogue avec le peuple.


Il existe un moyen absolument magique et immédiat de ramener la paix civile en France, d’empêcher que le samedi 8 décembre 2018 ne devienne un 14 juillet 1789 avec la perspective de voir la tête d’un gentil jeune homme intelligent et prometteur brandie au bout d’une pique. Dans ma grandeur d’âme, je livre à la Nation et à son gouvernement ce moyen sans demander la moindre rétribution financière.

Dans Le sacrifice, du génial réalisateur russe Tarkovski, un homme isolé dans une petite île suédoise avec sa famille apprend un soir par la télévision que la guerre atomique est déclarée et que la fin du monde arrive. Il décide alors de faire un sacrifice extraordinaire, de brûler entièrement sa belle et vaste maison pour que l’atroce événement n’ait pas existé. Il se réveille le lendemain près du tas de cendres et un voisin lui apprend que le monde se porte comme à l’ordinaire et que nulle guerre atomique n’a été déclarée. Fable magnifique, très chrétienne au demeurant : il faut savoir brûler le superflu pour sauver l’essentiel.

Les ex-présidents au minimum vieillesse

Imaginons que ce soir ou demain soir (le temps presse) le président Macron apparaisse à la télévision et déclare renoncer à la moitié de son salaire, de sa liste civile selon la terminologie officielle. Imaginons que dans la même allocution, il annonce plusieurs projets de loi : la diminution de 50 % des émoluments des députés et des sénateurs, la mise au pain sec des ministres et la fin de l’extravagante pension à vie des chanceux qui ont été ministres même si c’était pour quelques jours (je n’ai pas besoin de contrôler si cette fameuse pension existe ou pas, tout le monde y croit et en est scandalisé). Sans oublier une réforme essentielle : le versement du minimum vieillesse à quatre retraités qui nous coûtent fort cher en pensions et en gardiennage, MM Giscard, Chirac, Sarkozy et Hollande. Trois d’entre eux pourraient compléter leurs 800 euros mensuels par quelques conférences annuelles à 200 ou 300.000 euros, ils ont encore la langue bien pendue. Pour le pauvre monsieur Chirac, il serait inhumain de le faire discourir ligoté sur sa chaise comme on fait pour M. Bouteflika. Il vaudrait mieux que Bernadette demande des secours aux riches amis moyen-orientaux du couple. N’oublions pas un coup de sabre sur les revenus de la plus haute fonction publique, ambassadeurs et autres volailles du conseil d’Etat et des grands corps. Et pourquoi pas une taxe à vie sur les revenus des anciens énarques ?

Ne nous cachons pas la réalité : ces économies apparemment drastiques n’auraient pas de grandes conséquences sur le budget de l’Etat. Entre les sommes ainsi récoltées et le « pognon dingue » de la dépense publique, il y a une différence d’échelle. Mais le choc psychologique ! Aussitôt après le discours, les bouteilles de crémant débouchées sur les ronds-points ! Les vivats pour le président Macron, hué quelques jours avant, dont la démission était souhaitée par tous ! Comme on encenserait vite celui qu’on avait voulu brûler ! En insistant sur la rapidité du retournement, je ne me moque pas de la versatilité du peuple des pauvres gilets jaunes, je souligne le rapport haine/amour que la très monarchique Vème République a instauré entre le Président et les Français.

Une crise de symboles

Les Parisiens de 1789 voulaient arracher à Versailles le boulanger, la boulangère et le petit mitron et les ramener à Paris. Pas seulement pour fabriquer du pain, mais qu’ils soient parmi eux, qu’ils partagent leurs difficultés, vivent à leur niveau et dans leur quotidien. La crise des gilets jaunes est une crise de symboles et c’est avec des symboles qu’il faut y répondre. Macron a courageusement affronté les ouvriers en grève à Amiens, il faut que, une fois la rage apaisée par l’annonce de la baisse de son salaire, il revête un gilet jaune et aille discuter avec les braves employés, les caissières de supermarché, les vieux retraités pauvres sur un rond-point. Je garantis la chute immédiate des violences. Ajoutons entre parenthèses que ces fameux ronds-points qui pendant longtemps ont été accusés de coûter cher et de ne servir à rien ont enfin trouvé leur utilité. Et une magnifique utilité : ils sont devenus des hauts-lieux de la démocratie française, des agoras athéniennes présentes dans chaque petite ville de France, une amorce de la réalisation du rêve fou de démocratie directe.

Ah, elle est dure la condition monarchique, même dans la France hautement civilisée du XXIème siècle ! Le roi masqué en président a tous les pouvoirs, il est donc responsable de toutes les misères. Le président Macron peut se consoler en pensant qu’autrefois dans certaines cultures comme dans l’antique Scandinavie, le roi était tenu pour responsable des récoltes et mis à mort si une moisson trop faible annonçait la famine.

Acte 2 : l’immigration

À plus long terme, si Macron souhaite avoir la moindre chance d’être réélu, il faut qu’il s’intéresse enfin à la question migratoire et aux énormes dépenses consacrées à ceux qui se sont invités chez nous. Je lis çà et là le chiffre de 80 milliards par an et entre les logements en Formule 1, les subsides aux Mineurs Non Accompagnés et aux demandeurs d’asile, les allocations versées aux familles régularisées, ces sommes astronomiques pourraient bien refléter la réalité. La question migratoire s’invite enfin dans les doléances des gilets jaunes et Emmanuel Macron, s’il ne veut pas ranimer la flamme des colères devra s’abstenir de signer le pacte de Marrakech.

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