Souverainiste bon teint, la directrice de la rédaction de Marianne entend réveiller de sa torpeur l’hebdomadaire fondé par Jean-François Kahn. Europe, gilets jaunes, nouvel actionnaire tchèque: en détaillant son projet éditorial, Natacha Polony passe les sujets d’actualité au crible (2/2).


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Marianne a une identité. Quelle est celle de son lecteur ?

Quand j’étais jeune journaliste à Marianne, notre public couvrait à peu près tout le prisme politique. J’ai à cœur de reconstruire cette diversité, non pas en draguant les électeurs de tel ou tel bord, mais en faisant du journalisme, c’est-à-dire de l’enquête. Pour le dire autrement, je veux organiser la convergence des luttes ! Un journal comme Marianne devrait s’adresser autant aux fonctionnaires de son actuel lectorat qu’aux petits commerçants, artisans et patrons de PME. Par-delà leurs intérêts et leurs visions du monde, parfois divergents, tous sont les dindons de la farce d’un système économique qui est en train de désindustrialiser les pays occidentaux et de détruire les bases culturelles et économiques d’organisation des sociétés.

Daniel Kretinsky, le magnat tchèque qui a racheté Marianne, partage-t-il votre agenda politique ? Qui est-il exactement ?

C’est un industriel qui a fait fortune dans les centrales à charbon. Bizarrement, la présentation du personnage a changé du tout au tout quand il a annoncé son intention de mettre des billes dans Le Monde. Soudain, c’est devenu un faux-nez de Poutine !

Son profil d’industriel charbonnier doit chatouiller votre fibre écolo…

Totalement. On peut surtout déplorer le fait que les médias appartiennent à des milliardaires, qui ne sont plus forcément des hommes de presse, comme cela pouvait être le cas autrefois. Reste que Daniel Kretinsky n’a pas de contrat avec l’État français ni de conflit d’intérêts, ce qui me semble plutôt sain.

Ce n’est pas forcément rassurant, mais le seul pays où le paysage médiatique est suffisamment fragilisé pour qu’on puisse essayer d’y construire quelque chose, c’est la France

Est-il déjà intervenu dans la rédaction de Marianne ?

Jamais. Il explique croire dans le rôle démocratique des médias et ce n’est pas seulement un beau discours. Il est en pointe sur le combat pour la souveraineté numérique de l’Europe face aux Gafam, quand nombre de politiques sont encore à la traîne. Pour ce qui est de Marianne, nous avons prouvé notre indépendance avec notre une sur Bernard Arnault, un des principaux annonceurs de la presse. Nous avons publié en exclusivité un rapport dévastateur de la Cour des comptes sur la fondation Vuitton. Eh bien, pas un mot de reprise chez nos chers confrères.  Ce n’est pas une info, nous a dit l’AFP. Mais pas un mot de not

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Décembre 2018 - Causeur #63

Article extrait du Magazine Causeur

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