Des militants de la « cause transgenre » réclament que les thérapies de conversion soient systématiquement acceptées par les médecins. Pourtant, dans une Amérique polarisée entre conservateurs et progressistes délurés, le nombre de jeunes adultes regrettant d’avoir changé de sexe trop tôt soulève de nombreux problèmes…


 

C’est un cri du coeur dans l’Amérique de Donald Trump et de Caitlyn Jenner : « Mon nouveau vagin ne me rendra pas heureuse. On ne devrait pas attendre cela de moi ! » Ce cri a été poussé par la transsexuelle Andrea Long Chu dans le New York Times daté du 25 novembre. La  curieuse tribune conteste aux médecins le droit de discuter avec leurs patients l’accès aux thérapies hormonales ou à la chirurgie. Andrea a depuis été opérée. Tant mieux pour elle.

Vous avez dit « dysphorie de genre » ?

Etre transsexuelle est la deuxième chose « la plus terrible » qui soit arrivée à la jeune Andrea. La pire étant d’être née garçon, bien sûr ! Andrea Long Chu argumente : « Jeudi prochain, j’aurais un vagin. […] C’est ce que je veux, bien qu’il n’y ait aucune garantie que cela puisse me rendre plus heureuse. En réalité, je ne m’attends même pas à ce que cela me rende heureuse ! Cela ne devrait pas pour autant m’empêcher d’avoir le droit d’obtenir mon opération. » Depuis qu’elle prend des médicaments depuis plusieurs mois, Andrea confesse pourtant avoir des idées suicidaires. Vous êtes un peu perdus ? Je vais vous expliquer.

La jolie activiste aux cheveux bleus souffre de ce que l’on appelle la « dysphorie de genre », un trouble touchant des personnes persuadées de ne pas avoir le sexe qui leur correspond. Pour Andrea, cette sensation est difficile à définir. Elle la décrit comme l’incapacité à se réchauffer quel que soit le « nombre de couches de vêtements » qu’elle enfile. Ou comme une faim permanente mais « sans appétit ». Ou encore, comme « prendre l’avion pour rentrer chez soi » et réaliser au milieu du vol qu’on ne va jamais atterrir. Un vol sans fin pas franchement agréable, donc. Vous ne pouvez pas vraiment comprendre… Et cela peut mener à la toxicomanie, à la dépression ou au suicide.

Que font les médecins ?

Face à ce mal étrange, la médecine moderne a adopté deux approches. La première, conservatrice, consiste à classer la dysphorie de genre parmi les maladies mentales. Evidemment, cette approche semble anachronique pour beaucoup. Et ça tombe bien, en Occident, elle est de plus en plus battue en brèche. Pour preuve, les cliniques spécialisées se multiplient et un intense lobbying est mené aux USA pour que cette pathologie soit retirée de la classification des maladies mentales DSM-5 (digne du Moyen Âge, apparemment).

La seconde approche, présentée comme progressiste, consiste à apaiser la souffrance qui résulte de la dysphorie de genre en proposant un changement de sexe au cas par cas (on parle de thérapie de conversion, souvent salvatrice pour bien des malheureux). Dans cette seconde optique, la dysphorie de genre est comparée à une simple « hernie discale » que les pilules du pharmacologue et la technique du chirurgien vont guérir. Andrea Long Chu reconnait que c’est désormais la pratique la plus répandue (au point d’être devenue « mainstream » en Amérique). A noter qu’on propose aussi aux pré-ados américains des médicaments bloquant la puberté dans certains cas. Ensuite, place aux hormones et au bistouri.

Thérapie de conversion pour tous !

Malgré ces évolutions récentes ayant permis à un grand nombre de transsexuels d’obtenir le traitement et l’apaisement recherché, l’approche progressiste pose toujours un problème à Andrea Long Chu. Pourquoi ? Les transsexuels doivent faire la preuve qu’ils sont malheureux et que le changement de sexe est donc une solution adéquate pour aller mieux. Ce qui apparaît comme une évidence est un scandale pour Andrea Long Chu. Un éventuel refus médical ne saurait être toléré.

Quand médecins et patients ne sont pas d’accord, la prérogative des premiers serait une souffrance de plus pour les seconds. Lesquels, on l’a compris, souffrent déjà beaucoup. Laisser aux médecins et le pouvoir d’évaluer cette prétendue souffrance et la décision finale quant à la pertinence d’une opération apparaît comme insupportable. En prétendant vouloir le Bien, des praticiens réfractaires se transforment ainsi en petits dictateurs régnant sur le corps d’autrui, selon Andrea Long Chu. Le « serment d’Hippocrate » qui demande ne pas amplifier le mal, c’est des bêtises. Aussi, la réclamation d’un nouveau droit semble émerger : la thérapie de conversion pour toutes et tous. Peu importe que cela rende l’état d’Andrea peut-être pire, elle réclame ce droit. Et à ceux qui prétendent que le changement de sexe n’est peut être pas la solution pour tout le monde, Andrea répond qu’elle s’en moque : « Je veux la souffrance. Changer de sexe n’a pas à me rendre heureux pour que j’en aie envie. » Mon corps mon choix, en quelque sorte.

Le nombre de transsexuels a doublé en dix ans

Mais cette revendication de faire ce que l’on veut avec son corps inquiète, dans un contexte où des enfants de plus en plus jeunes affirment à leurs parents être transexuels. Le journaliste Jesse Singal n’est pas bien méchant, mais Andrea Long Chu l’a dans le viseur… Il a consacré cet été une vaste enquête sur le sujet des thérapies trop précoces. Andrea Long Chu l’a lue et n’a pas aimé. L’étude observe qu’en une décennie, le nombre de personnes se définissant comme transexuelles aux Etats-Unis a doublé. La parole est complètement libérée, en atteste par exemple la chaine YouTube de Miles McKenna qui compte plus d’un million de fans. Un vrai phénomène de mode chez les teenagers, dont l’intérêt pour la conversion se trouve conforté par ce type de propagande.

Si Jesse Singal reconnait volontiers que pour beaucoup de jeunes gens, le changement de sexe a considérablement amélioré leur condition, le journaliste redoute que cette solution ne soit désormais un peu trop systématiquement proposée à des ados en simple questionnement. Se poser des questions sur son genre à la puberté ou être déprimé, quoi de plus banal ? Circonspect quant à la liberté absolue revendiquée par Andrea Long Chu de faire ce que l’on veut  quand on veut, le journaliste s’inquiète du nombre grandissant de jeunes adultes regrettant d’avoir été poussés par des médecins à entamer une thérapie de conversion. Si, jusqu’à récemment, les hormones n’étaient jamais prescrites avant l’âge de 16 ans, il est de plus en plus commun de voir des ados de 15 voir 14 ans bénéficier d’une telle prescription aux USA.

Max, 17 ans, tente de redevenir femme

À ce titre, le témoignage de Max Robinson est éclairant. La jeune fille commence à prendre des hormones à 16 ans. Sa voix change, son apparence et sa pilosité aussi. A 17 ans, elle subit une double masechtomie. Aujourd’hui âgée de 22 ans, elle tente de redevenir une femme et témoigne que le diagnostic de dysphorie de genre était érronné dans son cas : « Je suis allé à l’opération optimiste, je pensais que cela allait résoudre mes problèmes. Mais je n’avais pas identifié les vrais problèmes que j’avais à l’époque». Une autre jeune femme, Cari Stella, explique aussi ses regrets dans la même enquête : « Je suis une femme de 22 ans avec une poitrine mutilée, une voix cassée et un duvet qui repousse passé 5 heures de l’après-midi. Tout ça parce que je n’arrivais pas à l’adolescence à affronter l’idée que j’allais devenir une femme. » Pendant que l’Amérique s’est déchirée pendant des mois sur les toilettes que les personnes transgenres étaient en droit d’utiliser, ces transitions trop précoces commencent tout juste à questionner les praticiens quant à leur nombre. Dans un texte de Debrag Soh traduit récemment par Peggy Sastre (une de nos cover-girls), une hypothèse paradoxale pourrait expliquer l’essor d’une partie de ces pratiques irresponsables sur les plus jeunes. Le changement de sexe demandé par certains parents pourrait en fait cacher une homophobie non assumée. Dans certains cas, une erreur de sexe biologique de naissance rapidement corrigée serait plus facile à accepter socialement que l’homosexualité.

Les seins ne repoussent pas

Alors bien sûr, loin de nous l’idée que les transsexuels soient tous dingues. C’est la tribune de Andrea Long Chu qui l’est un peu ! Ses cheveux, actuellement teints en bleus, repousseront. Les seins de Cari Stella, eux, jamais. Si Andrea n’a pas atteint l’âge respectable et raisonnable d’une femme comme Jacline Mouraud, elle a toutefois passé l’adolescence. Et l’on peut espérer que son choix est plus réfléchi qu’elle ne veut le faire croire. Mais que dire des plus jeunes ? Si Andrea Long Chu et sa troupe de militant.e.s plus ou moins velu.e.s n’ont pas exactement le physique qui plait à tous, ce ne sont pas des monstres. Mais une société « progressiste » qui transforme de légitimes questionnements d’adolescents en mutilations irréversibles ne l’est-elle pas un peu, monstrueuse ? Sur Twitter, la bataille fait rage. Des supporters d’Andrea, dont elle relaie les messages, regrettent que la mère du journaliste inconvenant Jesse Singal n’ait pas avorté…

Tout en animant cet épineux débat qui prend les allures d’un combat communautaire, Andréa n’avait réuni que le tiers des 30 000 dollars dont elle a besoin pour finaliser sa transformation sur une plateforme de financement collaboratif, quand nous écrivions ces lignes.

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