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Yémen: les Emirats lâchent l’Arabie

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La guerre que la coalition arabe mène au Yémen n’en finit plus.  Les Emirats ont beau annoncer le retrait partiel de leurs troupes et son inscription dans une « logique de paix », le conflit semble sans issue. Théâtre de la guerre (de moins en moins) froide entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, l’ancienne Arabie heureuse s’enfonce dans la crise humanitaire.


Les Emirats Arabes Unis annoncent le retrait partiel de leurs troupes au Yémen et déclarent s’inscrire dans une « logique de paix », contrairement à « la stratégie militaire » jusqu’alors en vigueur. Tels sont les termes du communiqué officiel publié après que les rebelles houthis, proches de l’Iran, ont accepté de renoncer à certains territoires qu’ils avaient conquis à Hodeïda, à l’ouest du pays.

Les Emirats ont donc fait revenir au pays une partie de leurs chars et hélicoptères. Pourtant, malgré le rapatriement de leur artillerie lourde, de nombreuses troupes armées restent encore au sol. Et, surtout, cette annonce de « paix » ne réussit pas à freiner les escalades de violence que connaît le Yémen.

Le 1er août 2019, deux attaques jumelles ont embrasé le Yémen. L’une, revendiquée par les rebelles houthis à la périphérie d’Aden, visait des policiers en train de défiler lors d’une remise de diplômes, et a fait 17 morts et plusieurs blessés. Un brigadier haut placé entraîné par les Emirats, le général Mounir Al-Yafy, a été ciblé et tué sur le coup.

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L’autre attaque a été attribuée à des groupes djihadistes, même si l’ambassadeur des Emirats au Yémen, Mohammed bin Saeed Al Jabir, a immédiatement accusé les rebelles, et par conséquent, l’Iran, d’avoir coordonné l’attaque. Le 7 août, les houthis ont tué au moins deux membres des forces progouvernementales.

Comme de bien entendu, les Nations-Unies appellent à la désescalade. Sur la même ligne, le ministre de l’Intérieur du Yémen, qui siège au sein du gouvernement pro-saoudien d’Aden, Ahmed al-Mayssari, incite ses concitoyens à ne pas répondre aux attaques répétées des houthis. Même son de cloche chez le chef de la diplomatie émirati Anwar Gargash : répondre à la violence « n’est pas une solution » explique-t-il sur Twitter. Ce message manifeste la volonté des Emirats de prendre de la distance pour mieux manœuvrer dans le pays, notamment en se séparant peu à peu de l’Arabie Saoudite.

Car si elles sont officiellement alliées, les deux monarchies ne poursuivent pas tout à fait les mêmes objectifs au Yémen.

Si les Emirats veulent faire de ce pays un territoire faisant partie intégrante de leur politique d’influence régionale, l’Arabie Saoudite voit le Yémen comme une véritable extension de sa souveraineté, n’hésitant pas à passer des alliances avec les Frères musulmans qui sont la bête noire historique des Emiratis.

Objectif Socotra

Ainsi désolidarisés de l’Arabie Saoudite, les Emirats peuvent mieux manœuvrer comme ils l’entendent, ayant toujours sur le sol yéménite plus de neuf mille soldats engagés. Riyad s’est montrée discrète à propos de ce retrait, mais aurait essayé de dissuader les Emirats de prendre une telle décision. Et pour cause : sans l’appui des Emirats, l’Arabie Saoudite peut difficilement gagner la guerre contre les houthis. C’est pourquoi aucune issue au conflit ne se dessine.

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Ceci étant, se désengager partiellement du conflit ne signifie pas se désengager du pays – les Emirats auraient trop à y perdre compte tenu de leurs ambitions géopolitiques. Au contraire, ils vont essayer de renforcer toutes leurs forces locales, et, pour ce faire, former de nouvelles élites, explique le chercheur Ahmad Nagi. Les Emirats auraient un objectif précis : accroître leur présence sur l’île de Socotra, à 350 kilomètres du sud-est du Yémen, au large des côtes somaliennes. Cette île yéménite est fortement convoitée par les Emirats, qui tentent de l’annexer depuis mai 2018, et sans l’accord du Yémen. Elle présente un intérêt stratégique majeur pour les Emirats, qui veulent en faire une base navale et un comptoir commercial en mer d’Arabie.

Si aucune opposition armée n’a été déclarée, le premier ministre du Yémen, Ahmed ben Dagher, s’élève contre ces tentatives d’invasion qu’il considère comme des offensives « injustifiées » sur la souveraineté du pays.

Jouer le beau rôle

Le chercheur Yassine Al-Tamimi confirme donc que « en réalité, l’annonce de la diminution des forces militaires émiraties au Yémen n’a aucun rapport avec l’évolution de la situation géopolitique du Golfe ». Et François Frison-Roche, spécialiste du Yémen au CNRS, de rajouter : « Les Emirats, sensibles à leur image internationale, veulent se donner le beau rôle ». La principauté est en effet très attentive à sa communication et à l’image qu’ils renvoient à la communauté internationale. C’est aussi, par ailleurs, une des raisons pour lesquelles ils sont moins exposés que l’Arabie Saoudite dans la guerre du Yémen. Un politiste émirati, Abdulkhaleq Abdullah, ajoute à cela que les « Emirats font tout ce qu’ils peuvent pour montrer que si une guerre éclate, ce ne sera pas de leur faute », notamment au sujet de l’Iran, puisque le retrait des troupes devrait apaiser les relations avec Téhéran, qui soutient les rebelles houthis. Cette démarche se confirme avec le récent rapprochement des Emirats et de l’Iran, les deux pays s’étant rencontrés pour la première fois en six ans, même si, selon un émirati officiel, il ne s’agissait que de propos échangés autour de la sécurité maritime. Or, les Emirats veulent surtout échapper à une guerre prévisible, étant géographiquement en première ligne face à la République Islamique. On n’est jamais trop prudent.

Mounir Baatour: « L’homophobie reste très ancrée en Tunisie »

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Il est des pays où les gays au creux des lits font des rêves…. et où le militantisme pro-LGBT est un engagement dangereux. En Tunisie, l’avocat Mounir Baatour se bat pour la dépénalisation de l’homosexualité en présentant sa candidature à l’élection présidentielle du 15 septembre. Hélas, sa campagne a été marquée par l’agression d’un de ses camarades en plein Paris par un autre ressortissant tunisien. Entretien.


Daoud Boughezala. Un des cadres de votre association LGBT « Shams » a été agressé la semaine dernière à Paris. Que s’est-il exactement passé ?

Mounir Baatour. Nidal Belarbi, le porte-parole de Shams, est depuis un an réfugié politique en France. En 2017, il a été condamné en Tunisie à trois mois de prison pour homosexualité, puis il a été incarcéré dans le quartier de la prison de Mornaguia dans des conditions très difficiles. Il a été traité comme un terroriste alors qu’il s’agit d’un simple homosexuel qui ne fait de mal à personne. La personne qui a commencé à agresser Nidal à Paris est un Tunisien qui l’avait déjà agressé en Tunisie, en 2013. Il a reconnu Nidal dans le quartier où il habite, il l’a poursuivi jusque devant la porte de sa maison puis l’a agressé en compagnie de trois autres personnes. Ils l’ont roué de coups. Il a des contusions partout et devra subir dix jours d’interruption temporaire de travail.

Connaissez-vous le profil de son agresseur ? Un islamiste ?

C’est le Tunisien lambda homophobe. Il travaille comme vigile dans un bar du quartier où Nidal habite, c’est un videur qui surveille un bar. Il n’a pas de profil spécial, sauf que l’homophobie est tellement ancrée chez les Tunisiens que taper sur les homosexuels les soulage.

Vous exigez l’abrogation de l’article 230 du code pénal car il pénalise l’homosexualité.  En Tunisie, l’homophobie est-elle exclusivement juridique ou culturelle ? 

C’est un problème d’abord juridique mais aussi culturel. Juridique, car quand l’appareil judiciaire est contre les homosexuels, qu’il les persécute, les poursuit, les incarcère, les met en prison pour des peines plus ou moins longues, ça donne une justification à l’opinion publique comme quoi les homosexuels sont des délinquants. Quand la loi les condamne et les met en prison, ils deviennent des criminels dans l’opinion publique.

Culturellement, les sociétés orientales sont machistes. Ce sont des sociétés très masculines qui dénigrent la femme, et les homosexuels sont assimilés à ces dernières. En effet, la femme se fait pénétrer et ne pénètre pas, elle est donc inférieure à l’homme dans la mentalité orientale en général. Cette culture misogyne, machiste et masculine, fait que l’homophobie reste très ancrée en Tunisie.

La condition homosexuelle a-t-elle a progressé en Tunisie comme celle de la femme, grâce aux réformes de Bourguiba ?

Pas du tout. La question de la revendication de la communauté LGBT de son droit de vivre dignement ne s’est posée qu’après la révolution, et après la libération des droits sur les associations ainsi que de la liberté d’expression : tout cela a permis de créer, entre autre, l’association LGBT Shams. Mais les mouvements féministes en général, cela fait trente ans qu’ils ont adopté les revendications des LGBT et qu’ils réclament l’abolition de l’article 230.

Or, la condition de la femme elle-même n’est pas comparable avec celle de la femme occidentale… La femme tunisienne hérite encore moins que l’homme. Elle n’a pas la tutelle de ses enfants. Et elle est considérée comme mineure vu que c’est elle qui reçoit, quoi qu’il arrive, une pension alimentaire en cas de séparation. D’ailleurs, elle ne paie pas de pension alimentaire à ses enfants même si elle travaille et gagne beaucoup d’argent. Elle est considérée sous le tutorat de l’homme.

Deux grands blocs politiques s’affrontent en Tunisie : le pôle islamo-conservateur Ennahda proche des Frères musulmans, et le mouvement héritier du bourguibisme qu’est Nidaa Tounes. Rencontrez-vous moins d’hostilité à vos revendications chez les anti-islamistes ? 

Ils sont tous conservateurs, les islamistes, ceux qui se prétendent bourguibistes ou même modernistes. Sur la question de l’homosexualité, ils restent tous conservateurs, homophobes et hostiles à l’abrogation de l’article 230. Ils évitent d’aborder le sujet.

La candidate benaliste à la présidentielle Abir Moussi se prononce contre l’abrogation de l’article 230, mais s’oppose aussi aux tests anaux que la justice tunisienne pratique contre certains homosexuels présumés…

Cela ne veut rien dire. Les tests anaux n’ont aucune valeur scientifique, c’est une pratique barbare qui relève de la torture. La Tunisie a d’ailleurs été condamnée en 2017 par le Comité de l’ONU contre la torture pour ces pratiques. Cela consiste à introduire le doigt d’un médecin légiste dans l’anus d’un accusé pour soi-disant vérifier si l’anus n’est pas dilaté. Or, il peut être dilaté à cause d’une constipation. Ce test anal est encore utilisé pour prouver l’homosexualité. Au fond, le problème réside dans la condamnation elle-même de l’homosexualité. Lors de nombreux procès, des citoyens tunisiens ont été condamnés pour homosexualité, et ce sans tests anaux.

Vous disposez d’un certain nombre de parrainages, des milliers de Tunisiens sont là pour appuyer votre candidature. De quels milieux viennent-ils ?

Ce sont surtout des jeunes entre 18 et 28 ans. J’ai des parrainages venant de tous les gouvernorats[tooltips content= »Le gouvernorat est une collectivité territoriale de Tunisie NDLR »]1[/tooltips].

Passons au volet économique de votre programme. Vous défendez la création d’un nouveau dinar dans une politique de relance. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi ?

50 % de l’économie tunisienne évolue dans le secteur informel. Nombre de gens font leurs bénéfices au noir. Par conséquent, changer la monnaie va les obliger à aller vers les banques pour changer l’argent qu’ils détiennent au noir, qui représente, d’après le gouverneur de la banque centrale, 15 milliards de dinars. La loi les obligeant à ouvrir des comptes bancaires pour changer leur monnaie, ces comptes seront par la suite contrôlés par l’administration fiscale, ce qui va poser la question de l’origine des fonds et, surtout, rendre ces fonds taxables. Cela augmentera énormément les recettes de l’État : 50 % de plus d’après les estimations, et cela permettra d’aider les plus défavorisés, les familles nécessiteuses qui pourront augmenter leurs pensions, les bourses des étudiants, le SMIC, ou les pensions de retraite pour ceux qui touchent moins de 400 dinars. Tout cela devient faisable si l’argent qui revient à l’État… lui revient réellement.

Depuis la révolution, la Tunisie a du mal à renouer avec la croissance, la stabilité politique et économique. Comment comptez-vous relancer la machine économique?

Je permettrai aux investisseurs étrangers d’investir en Tunisie tout l’argent qu’ils désirent. Cela passe par la suppression de toutes les autorisations administratives préalables à l’investissement, pour les remplacer par des cahiers de charge. Il n’y aura plus de contrôles préalables à l’investissement, celui-ci sera complètement libre en Tunisie. J’abolirai également l’autorisation du gouverneur en ce qui concerne l’acquisition de biens immobiliers par les étrangers en Tunisie, que ce soient des biens touristiques, d’habitation ou des terres agricoles.

Ne craignez-vous pas que cela fasse monter les prix ?

Il y aura des zones qui resteront protégées, ce qu’on appelle les zones à AFH, de l’Agence foncière de l’habitation. Ces zones resteront à prix modérés et seront destinées aux Tunisiens uniquement.

A long terme, rêvez-vous d’une société tunisienne orientée vers l’égalité des droits, y compris jusqu’à l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homosexuels?

Non, on n’ira pas jusque-là. J’estime que le mariage gay, c’est singer les hétérosexuels. Nous voulons une égalité parfaite entre hommes et femmes, c’est la première chose. Deuxièmement, lever les contraintes et les persécutions contre la communauté LGBT.

Tunisie. Une démocratisation au-dessus de tout soupçon ?

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« Deux tiers des Français jugent que les parlementaires sont malhonnêtes »


Si la mort du maire de Signes émeut une grande partie de l’opinion, on ne peut pas en dire autant des attaques de permanences d’élus LREM. En multiplication constante, ces actes de défiance sont les symptômes d’un malaise dans la démocratie. D’après une enquête l’Ifop/JDD, deux tiers des Français jugent ainsi leurs députés et sénateurs malhonnêtes, trop payés et incompétents. Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop et auteur du bel essai L’Archipel français, en analyse les résultats. Entretien.


Daoud Boughezala. La dernière enquête de l’Ifop sur le rapport des Français à leurs élus donne des résultats préoccupants. Diagnostiquez-vous une crise de la représentation ?

Jérôme Fourquet.  Clairement. Il y a plusieurs enseignements. Le premier, c’est la défiance très forte qui règne entre les Français et les élus. Voici les critiques dont ils sont affublés : ils gagnent trop d’argent (pour 66 % des Français), ne sont pas compétents (30% sont d’accord avec cette opinion), ni assez proches des préoccupations des citoyens (26%), ni honnêtes (20%). En gros, deux tiers des français trouvent les élus éloignés des préoccupations, malhonnêtes et gagnant trop d’argent. Seuls les maires tirent leur épingle du jeu. 83 % des français ont une bonne opinion des maires, contre 33 % pour les députés et sénateurs, qui ont généralement le même score que les autres élus.

Députés et sénateurs pâtissent-ils des mêmes jugements négatifs, malgré le renouvellement de l’Assemblée nationale peu après l’élection d’Emmanuel Macron ?

En dépit de l’arrivée aux responsabilités de générations politiques nouvelles autour d’En Marche, avec des profils « issus de la société civile » qui ont nettement renouvelé le visage de l’Assemblée, la fracture béante qui sépare ces élus nationaux de leurs mandants s’est creusée. Les nouveaux députés ne sont pas de vieux briscards de la politique, ces parlementaires aux anciennes manières qui avaient aussi été maires, ce qui leur conférait un certain ancrage, une proximité. Au contraire, ce sont d’illustres inconnus auprès de leurs concitoyens, y compris auprès de ceux qui résident dans leurs circonscriptions. C’est dire si la question de la distance est très importante.

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Quelles sont les conséquences d’un tel climat de défiance ?

Cela peut virer à l’antiparlementarisme. On le voit dans les résultats d’une des questions au sondage, lorsque seulement 47 % des gens condamnent les attaques de permanences, dégradation et vandalisme. 44 % comprennent sans approuver. Enfin, 9 %, ce qui fait à peu près 4 millions de personnes, approuvent ce type d’action. Ces chiffres doivent être mis en regard avec les résultats de la première question : « quelle image avez-vous de vos députés et de vos sénateurs ? » C’est parce qu’on a d’eux une image très dégradée, qu’une partie significative de la population ne condamne pas les attaques dans leurs bureaux ou leurs locaux.

Pourquoi les maires gardent-ils une popularité intacte au milieu d’élus si impopulaires ?

Les maires représentent la proximité et beaucoup de Français ont le sentiment que leur maire ne gagne pas trop d’argent. Dans l’imaginaire collectif, le maire n’est pas Anne Hidalgo ou Jean-Luc Moudenc à Toulouse, mais bien davantage le maire de Signes ou ses confrères et collègues qui gèrent des communes de 50 à 10 000 habitants. Quand la dernière loi sur le non-cumul des mandats s’est appliquée, les députés-maires ont dû choisir entre leur ville et leur circonscription. Beaucoup n’ont pas hésité, décidant de conserver leur mairie. Ce choix ne découlait pas uniquement de considérations tactiques. Quand ils s’expliquaient, beaucoup disaient qu’ils se sentaient utiles. Dans les grandes villes, ils lancent des politiques qui transforment le paysage urbain et/ou le quotidien des administrés : un plan de circulation qui réduit la place de la voiture, un tramway, à la requalification de tel ou tel quartier.

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Les maires font bel et bien des choses visibles par les électeurs, ce qui n’est pas forcément le cas des députés et des sénateurs. Quant aux maires des petites communes, ce sont de véritables couteaux suisses qui font à la fois office de pompier/assistante sociale/urbaniste voire de garde champêtre dans l’affaire de Signes.

Cela donne à priori raison à Emmanuel Macron, qui s’est appuyé sur les maires au moment des grands débats pour éteindre l’incendie des gilets jaunes.

Macron, sans doute trop tardivement, a en effet découvert l’utilité du corps des maires dans une société « archipelisée ». De nos jours, quels sont, dans cet océan de défiance, les gens qui ont encore une relative confiance de l’opinion ? Et qui, par ailleurs, ont un ancrage dans le terrain, les deux étant liés, et qui peuvent nous faire remonter des choses ? Mais aussi, par leur dévouement, qui sont capables d’aller au contact des Français et de calmer les plus énervés ? Il n’y a pas trente-six personnes à qui s’adresser: ce sont les maires.

Dans quels groupes socio-politiques la défiance anti-élus est-elle plus forte ?

Puisque deux tiers de Français ont une mauvaise image des députés et des sénateurs, aucune catégorie de la population n’est totalement exempte de ce type de pensée. Bien évidemment, cette défiance est maximale à la France Insoumise et au RN, qui ont très peu de députés et qui sont depuis longtemps sur un discours anti-système. C’est un élément intéressant car l’image négative qui peut servir de terreau à un certain antiparlementarisme, n’est pas cantonnée aux électorats des formations les plus contestataires. Clairement, on compte plus de 70 % de mauvaise opinion au sujet des députés et des sénateurs dans l’électorat frontiste et mélenchoniste, mais on atteint quand même près d’un électeur sur deux de Macron et de Fillon. Autrement dit, l’antiparlementarisme touche même les électorats des partis de gouvernement.

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… au risque de cautionner des actes violents ?

Le même schéma se reproduit sur la réponse à la question : « est-ce que vous condamnez, comprenez ou approuvez les violences » : environ 30 % de condamnation chez les mélenchonistes et lepénistes, 70 % chez En Marche, et 62 % chez Fillon. Ces chiffres montrent la proximité entre Macron et Fillon. Cela confirme la bascule de tout un pan de la droite aux européennes en faveur de Macron. Dans cette jonction, on retrouve le réflexe du parti de l’ordre dans le sillon des gilets jaunes, face à la casse des monuments, les agressions contre les forces de l’ordre etc. L’électorat filloniste et macroniste favorise, à côté des réformes libérales, l’élargissement à droite de l’assise du bloc central macronien.

Et les gilets jaunes ?

Ceux qui se disent encore gilets jaunes, ce qui ne concerne plus que 4 ou 5 % de la population, encore gilets jaunes, ceux-là ne sont que 28 % à condamner, 49 % à comprendre sans approuver, mais 23 % à approuver les agressions contre les permanences d’élus ! Cette crise a donc peut-être eu comme conséquence de faire émerger dans « l’archipel français » une petite île qu’on peut appeler « île gilets jaunes », avec des gens qui viennent d’horizons politiques différents, mais qui se caractérisent par un très fort degré de défiance des institutions. Ou par un rapport à l’action violente ou musclée, qui est assez éloignée de la moyenne des autres Français.

Ces derniers soutiens des gilets jaunes, où se situent-ils politiquement ?

Ils viennent du RN, il y aussi des abstentionnistes et des mélanchonistes pour beaucoup. Ils se distinguent de la moyenne sur cette question. Il y a une deuxième catégorie qui rassemble 45 % de la population : « Je n’en suis pas mais je les soutiens ». Eux condamnent à seulement 29 %, comprennent sans approuver à 59 %, et ils approuvent à 12 %. Ils sont au même niveau sur la condamnation, mais ils sont moins nombreux à être dans l’approbation. Et parmi la moitié de la population n’appartenant pas aux gilets jaunes, 68 % condamnent, 29 % comprennent et 3 % approuvent. Une nouvelle segmentation s’opère, si bien que la moitié de la France qui n’a aucune empathie envers les gilets jaunes condamne massivement ce type d’actions. Dans cette partie de la France, on compte une forte représentation de l’électorat macroniste et de la droite classique.

En résumé, trois France se dégagent. Un noyau dur bienveillant et presque participant à ce genre d’actions ; un ventre mou qui n’approuve pas mais ne condamne pas non plus ; et une moitié du pays qui condamne aux deux tiers.

Le paradoxe, c’est que Macron a misé sur les maires pour son grand débat mais ses réformes achèvent la dilution du maire dans les grandes métropoles ou les intercommunalités…

Il faudra voir comment la trajectoire de ce processus déjà lancé sera recadrée. Soit on poursuit l’intercommunalisation mais on recrée, soit on donne des fonctions réelles aux maires des communes fusionnées par exemple. Macron l’a sans doute perçu dès « sa tournée des popotes », et il voit l’émoi dû au décès du maire de Signes. Le président sent bien que s’il avait eu des troupes plus nombreuses parmi les maires et/ou si une partie des maires était moins en tension avec lui, peut-être que la crise des gilets jaunes n’aurait pas pris de telles proportions. A ce moment-là, le pouvoir central s’est retrouvé seul face à la rue, au peuple de la route qui s’est mobilisé sur les ronds-points. Les maires auraient pu faire quelque chose.

Elisabeth Lévy: « Tant que la gauche affirmera qu’il n’y a pas d’identité française, elle ne se relèvera pas »

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Catherine Tricot, architecte et gérante de Regards, vient donner des nouvelles de la gauche à Elisabeth Lévy, sur la webtélé REACnROLL. Les deux femmes se demandent ce qu’est devenue la gauche et comment a évolué sa politique égalitariste. Causeur vous propose de lire deux extraits de leur échange. 


Elisabeth vy : On va aujourd’hui parler de la gauche. Je voudrais qu’on commence par un éclaircissement, parce que c’est un mot qui a longtemps fait la pluie et le beau temps dans la vie politique française: il fallait être de gauche, de «la vraie gauche». Mais il est désormais de moins en moins employé, en particulier par Jean-Luc Mélenchon. Etes-vous de gauche et qu’est-ce que cela signifie?

Retrouvez plus d’une heure d’échanges avec Catherine Tricot sur REACnROLL !

Catherine Tricot : Je pense que je suis de gauche et que Jean-Luc Mélenchon n’échappe pas à son histoire. Il est de gauche, et son électorat ainsi que ses adversaires politiques ne s’y trompent pas. C’est un mot qui a structuré la vie politique française depuis deux siècles, avec des hauts et des bas, des moments où il a un peu disparu, notamment ces cinquante dernières années. On a donc pu voir la gauche monter ou descendre en tant que référant structurant au sein de la vie politique. Mais, sur le long cours, c’est quand même la gauche et la droite qui ont été les deux pôles structurants. Et qu’est-ce que ça veut dire être de gauche, c’était votre question?

Elisabeth Lévy : Oui ! c’est-à-dire quel est le contenu que vous mettez derrière. L’autre jour, sur France Inter, j’ai entendu: « Je suis de gauche car je m’intéresse aux autres », et ça m’a semblé un peu court (elle rit). Je suis sûre que vous avez une meilleure définition à me donner.

Jamais à court d'arguments et pleine de conviction, il n'est pas certain que Catherine Tricot de Regards parvienne Elisabeth Lévy de voter à gauche aux prochaines élections
Bien que jamais à court d’arguments et pleine de convictions, il n’est pas certain que Catherine Tricot de Regards parvienne à convaincre Elisabeth Lévy de voter à gauche aux prochaines élections…

Catherine Tricot : Ce qui est au cœur de l’engagement de la gauche, et ce qui peut-être le différencie de la droite, c’est le combat pour l’égalité. C’est véritablement cela qui est structurant. Cela ne veut pas dire que seuls les gens de gauche sont pour l’égalité, et qu’il n’y a pas de débat autour de cette question, mais c’est le marqueur. Ce concept émerge avec la révolution française, car elle va avec la démocratie et l’égalité politique des citoyens. Même si la conquête de cette égalité a été longue, elle pose que tout un chacun est à égalité de dignité, de droit, et de devoir.

La question du territoire est fondamentale dans la définition de l’égalité, ce que la gauche a peu intégré dans son logiciel

Elisabeth Lévy : Certes, mais vous êtes consciente qu’aujourd’hui, à quelques groupuscules près, l’ensemble de la droite se réclame de la révolution française. Je ne vois pas, à droite, même chez ceux qu’on appelle improprement les «réacs», des personnes qui demandent le retour des castes et des privilèges !

Catherine Tricot : Tout à fait, c’est pour ça que je vous disais que la partition gauche/droite a bougé. Au XIXème siècle, la question de la République était au cœur de la gauche, mais, aujourd’hui, ça ne fait plus débat, tout le monde est républicain. Le contenu de la gauche et de la droite a bel et bien évolué, mais il a structuré cette alternative entre deux visions du monde. Etre de gauche ou de droite engage un rapport au monde, et c’est ce qui fait que cela tient sur le long terme.

Elisabeth Lévy : Excusez-moi, mais ce qui s’est passé avec Emmanuel Macron est une forme de clarification qui met à mal votre raisonnement. A quoi a-t-on assisté ces 20 ou 30 dernières années? Les gens de gauche et de droite étaient supposément censés s’affronter, mais croyez-vous vraiment que les visions du monde de François Hollande et d’Alain Juppé étaient différentes?

Catherine Tricot : C’est bien pour ça que ce n’est pas une question technique. La relation à la gauche n’est pas une question qui se résume à l’aide d’une politique concrète. (…) Et, justement, la gauche et la droite ont été en crise car leurs visions du monde n’étaient plus solides. En ce qui concerne l’égalité, ça fait quelques années que Pierre Rosanvallon redéfinit la question de l’égalité : quels sont les lieux et quelle est la définition concrète de cet engagement en faveur de l’égalité par exemple? Je m’explique un peu plus. Je crois que l’égalité ne se joue pas que dans l’égalité de salaires ou de revenus, mais plutôt qu’elle se joue dans l’accès ou non à la ville et à ses services. La question du territoire est fondamentale dans la définition de l’égalité, ce que la gauche a peu intégré dans son logiciel. On a seulement entendu des débats à propos de la répartition des richesses.

 (…)

Les mœurs françaises sont évolutives. (…) Il n’y a pas d’identité française!

Elisabeth Lévy : [A gauche] vous êtes totalement insensibles aux difficultés qu’éprouvent de nombreuses personnes car ils ne se sentent plus chez eux. Je suis allée il n’y a pas longtemps à la gare de St-Denis: c’est l’Afrique (…) (Poursuivant sur un mode ironique) Quand vous vivez tous les jours dans ce monde-là, je pense que c’est difficile : ça n’est pas tous les jours merveilleux, l’enrichissement, la diversité. Vous ne voyez pas que, pour beaucoup, ne plus se sentir culturellement chez soi, se sentir minoritaire, est une souffrance que la gauche n’a pas écoutée ou entendue. Cette gauche leur a tapé sur la tête en leur disant «vous êtes des salauds de racistes, pendant que moi qui vis dans le VIIème arrondissement, je vous dis à quel point la coexistence, c’est chouette» ! Il faut prendre en compte ces difficultés et savoir aussi dans quel monde culturel on veut vivre. Est-ce que les mœurs françaises vont avoir droit de cité en France ou va-t-on devoir accepter des burkinis ici? Est-ce que c’est l’avenir que la gauche propose?

Catherine Tricot : Les mœurs françaises sont évolutives. (…) Il n’y a pas d’identité française! Il y a des choses qui évoluent.

Retrouvez l’intégralité de cette causerie avec Catherine Tricot sur REACnROLL !

Elisabeth Lévy : Voilà pourquoi la gauche française va se planter tout le temps, parce qu’elle pense ça !

Catherine Tricot : Ce que je pense, c’est qu’il y a une construction. Il y a des choses qui se transforment. Bien sûr, il y a un socle historique, et il y a un peuple qui est en train de fabriquer son histoire en récupérant son passé pour l’amener vers un futur.

Elisabeth Lévy : Enfin, quand les gens arrivent dans un pays, ils n’arrivent pas sur une page blanche !

Catherine Tricot : Ce que je récuse, c’est la notion d’une identité fixe, de quelque chose qui serait posé. Il y a des continuums, mais même à l’intérieur de ces continuums, il y a des évolutions.

Elisabeth Lévy : Je n’ai jamais dit que l’identité devait être fixe. Je vais prendre un exemple qui nous est cher à toutes les deux : la liberté des femmes. Je n’ai pas envie que les flux migratoires remettent en cause cela, or c’est déjà le cas. Vous allez me dire que la banlieue c’est merveilleux, mais quand je vais à Epinay sur Seine, je dois faire attention à la manière dont je m’habille, et je n’ai pas le sentiment d’être dans mon pays. (…) Quand je suis dans mon pays, j’ai envie de m’habiller comme je veux, et j’ai envie que les arrivants s’intègrent à cette culture de la liberté des femmes.

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L'identité malheureuse

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Beurettes, une obsession française

Il y a bien des manières d’interpréter une statistique. Par exemple la révélation gracieusement offerte à ses usagers français par l’un des plus importants « tubes » pornos, Xhamster, à l’occasion du 14 juillet. Le site a classé les recherches de ses usagers hexagonaux par ordre de fréquence :Capture d’écran 2019-07-20 à 14.55.54Que « beurettes » arrive en tête de liste, et qu’« arabe » le talonne de près, peut avoir une foule de significations. Est-ce l’objet de la recherche des « beurs », qui viseraient ainsi à s’apparenter, dans leurs fantasmes, à leurs homologues féminines dans la « communauté » — le terme le plus exécrable du français contemporain ? Ou l’obsession de « Gaulois », comme disent les racistes « indigènes », désireux de s’approprier, par écran interposé, les gazelles qui arpentent leurs boulevards ? Le désir, si je puis dire, de lever le voile…

Postulons que l’objet de la recherche, en soi, correspond le plus souvent à ce dont on est frustré. Les règles de fer qui régissent les relations sexuelles au Maghreb, maintes fois documentées par des exégètes très sérieux, expliqueraient cette prédominance de la « beurette » dans les recherches des « beurs », puisque dans la réalité ils en sont privés — jusqu’au mariage. La prédominance de certaines pratiques préservatrices d’hymens, elle aussi largement documentée, va de pair avec cette frustration — à moins que l’on ne se résigne à se procurer un hymen artificiel auprès de la société chinoise Gigimo, pour une poignée d’euros. L’usager ferait donc sur l’écran de son ordinateur le brouillon de ses futurs baisers no limit.
D’un autre côté, la statistique globale fournie il y a quatre ans par Pornhub, le principal fournisseur de sexualité en boîte,Capture d’écran 2019-07-20 à 14.56.47révèle plutôt une tendance à aller chercher ce dont on est curieux. Les pays anglo-saxons, par exemple, mettent en tête de leurs quêtes le mot « lesbian » : quel sociologue nous expliquera pourquoi Américains, Anglais et Australiens plébiscitent ainsi l’homosexualité féminine? Le souci de savoir ce que font leurs mères, leurs femmes et leurs filles avec d’autres filles dès qu’elles sont débarrassées de leur maladroite présence ? Quels fantasmes nationaux sont ainsi révélés?

Les « tubes » ne nous renseignent pas sur le sexe de leurs clients fureteurs. Mais les usagers courants de la pornographie étant très majoritairement des mâles, comme le révélait dès 2014 une étude IFOP… À noter que dans cette étude, « beurettes » était très loin dans les classements. La montée de la demande est donc très récente — et j’ai tendance à croire davantage un « tube » calculant sa fréquentation sur les millions de visites qu’un institut de sondages, aussi sérieux soit-il, interrogeant 1003 personnes.

J’ai d’autant plus tendance à croire que les demandeurs de beurettes X sont leurs proches que des sous-catégories — « filles de ma cité », « beurette en gang bang » — fonctionnent comme des cas particuliers. De même la transgression des transgressions, la beurette soumise à un « black » — alors que longtemps le rêve du Black a été la Blonde — d’où le site blacksonblonde.com, qui alimente quelques fantasmes qui quantitativement (peu de femmes fréquentent les sites pornos) concernent surtout les Blacks (et la petite poignée de « Gaulois » candaulistes rêvant que leurs Gauloises soient fumées par des Africains). De même que la « beurette » de xHamster n’est pas l’objet de la recherche des beurettes bien réelles — qui n’ont pas d’attrait particulier pour la représentation de leur déchéance, question exploitation elles n’ont rien à apprendre… Celles que je connais et auxquelles j’enseigne n’ont qu’un rêve : quitter la famille, s’affranchir des grands frères, partir loin de la cité. L’une d’entre elles, cette année, fort jolie et fort intelligente, racontait dans un texte improvisé combien elle était lasse des regards gluants et des propos obscènes. Elle a réussi le concours d’entrée d’un IEP lointain, et elle en était ravie.

J’ai sérieusement étudié la pornographie, j’ai écrit sur le sujet un chef d’œuvre impérissable…

>>> Lisez la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

La société pornographique

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Pas de vacances pour les Bien-Pensants!


En ce mois d’août 2019, les acteurs Richard Gere et Rosanna Arquette font des sorties plus remarquées que remarquables. Quant au Pape, il ne s’autorise plus à parler politique que pour dénigrer le souverainisme des peuples européens…


Cette semaine a permis d’assister au spectacle drolatique des Belles Âmes, lesquelles ne savent plus trop quoi faire pour occuper leur temps libre.

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L’acteur Richard Gere tout d’abord, devenu comique malgré lui, est venu faire le show en Méditerranée avec des migrants dont il demande au petit peuple européen d’assurer l’accueil, se gardant naturellement bien de les emmener sous son bras généreux dans sa villa cossue. Il faut dire, le monde hollywoodien semble être en proie à quelque redoutable bacille toxique, en pleine décompensation anti-Trump, ne sachant plus trop quoi produire comme preuve de sa bien-pensance malsaine contre laquelle des décennies de psychanalyse caricaturale et onéreuse ou de méditation guidée auront été manifestement inefficaces. Ainsi, Rosanna Arquette, la malheureuse possédée, s’est déclarée dans la même semaine «honteuse et dégoûtée d’être née blanche et privilégiée» (même si cela présente toutefois l’avantage de pouvoir recourir abondamment à la chirurgie esthétique laquelle n’est, comme chacun sait, pas accessible au tout venant). Bref, ces pauvres gens vont mal et il semble urgent de s’en prémunir par quelque prophylaxie de circonstance, bien que le rire demeure la première des médecines.

Richard Gere, Rosanna Arquette et le Pape

Le Pape, ensuite, semble désormais clairement faire partie des croix et des épreuves que les Chrétiens doivent porter pour gagner leur chemin au Paradis. Coutumier des déclarations-bouillies, François a cette fois-ci décidé de s’essayer à la philosophie politique (demain ce sera peut-être le macramé, qui sait ?), fustigeant tout à trac le méchant «souverainisme». Jusqu’à présent, on avait le célèbre mantra «le nationalisme c’est la guerre». Désormais, c’est carrément le souverainisme issu lui-même du méchant «populisme» qui nous conduit tout droit à Hitler en personne.

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Forcément, que les peuples soient souverains, c’est dangereux. Celui que le destin vengeur nous a imposé comme Pape concède tout de même qu’il est normal que les peuples détiennent leur souveraineté (Comment, du coup? Par l’opération du Saint-Esprit? Nul ne saura, c’est un épais mystère jésuitique…), mais à la condition au fond de ne pas l’exercer et d’être privé des moyens pour cela. Il est du reste bien connu qu’avant l’avènement funeste du rouleau compresseur institutionnel de l’Union européenne, les peuples européens vivaient repliés sur eux-mêmes à la manière des bigorneaux, n’avaient jamais de contacts entre eux… La culture européenne d’ailleurs n’existait pas, les artistes, les intellectuels, les artisans n’échangeaient pas, le commerce non plus et chacun vivait d’ailleurs tapi dans une grotte, comme Paco Rabanne à l’approche de l’an 2000.

Il est toujours bon de rire mais…

Notons enfin que ce biais de la question migratoire semble être le dernier moyen qu’ait trouvé le Pape pour se mêler des affaires séculières… Ce qui constitue une très sérieuse entorse à la laïcité, ce dont personne ne semble se soucier pour une fois!

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Ce n’est pourtant pas, semble-t-il, aux prélats de s’occuper des affaires politiques, ou alors, tant qu’à faire, on aimerait l’entendre un peu plus au secours de ceux qui, en Europe, souhaitent justement protéger la civilisation issue du judéo-christianisme… grâce à laquelle il a son travail. Tout comme on aimerait voir François un peu plus concerné par le sort des Chrétiens d’Orient massacrés ou persécutés.

Il est toujours bon de rire. Mais que ce soit le Pape (qui n’a donc nul besoin de l’avion et de l’ivresse des cimes pour dire des fadaises), ou les bouffons en provenance d’Hollywood, si les Belles Âmes pouvaient se contenter de faire leur show dans le cercle familial le temps du mois d’août, cela nous ferait des vacances!

La gauche décoloniale colonise le monde


L’hégémonie de la gauche décoloniale, héritée de la pensée anglo-américaine, est en train de s’imposer dans le monde. En s’appropriant le monopole du bien, elle veut créer de nouveaux rapports de force au détriment des « hommes blancs ».


Il n’est rien de plus paradoxal que de voir le mouvement décolonialiste coloniser mentalement la planète. Les réflexes n’ont pas changé : il s’agit de réévangéliser les sociétés en prêchant le multiculturalisme. En effet, la gauche indigéniste veut détrôner «l’homme blanc» pour régner sur le monde de demain. Les décoloniaux sont des conquistadores du progrès : ils ne veulent pas ajuster la mémoire, mais la déconstruire de toutes pièces. Au lieu d’ajouter des nuances au tableau, ils veulent les effacer comme les meilleurs propagandistes de l’URSS.

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Il ne s’agit pas de créer un monde libéré des rapports de pouvoir, mais une société dont le sommet serait réservé à de nouvelles élites. Les indigénistes ne rêvent pas d’une société
réellement horizontale, mais de reconstruire une pyramide dans laquelle les différents paliers refléteraient les politiques de discrimination positive. Il ne s’agit pas seulement de renverser le pouvoir, mais d’inverser le pouvoir. La gauche indigéniste veut abolir ce qu’elle appelle les «privilèges blancs» pour instaurer une sorte de régime de compensation raciale.

Remplacer une hégémonie par une autre

Rien n’illustre mieux le moteur colonisateur du décolonialisme que l’hégémonie de la gauche universitaire dans le monde intellectuel, à laquelle contribuent beaucoup les démocrates américains, déjà bien radicalisés. Avec des figures comme Alexandria Ocasio-Cortez et Ilham Omar, le Parti démocrate est devenu l’avant-garde mondiale de ce nouveau courant politique. Aux côtés de ces figures de la nouvelle gauche, même Berny Sanders pourrait passer pour le reflet inversé de Trump. Quant à Hilary Clinton, elle passe déjà pour une aristocrate paternaliste. La «blanchitude» ne ment pas : être WASP en 2019, c’est être complètement dépassé dans le pays de l’Oncle Sam.

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Comme les théoriciens de leur propre mouvance, de nombreux démocrates voient maintenant du colonialisme partout. Puisque le racisme serait un système et que ce système serait englobant, rien n’échappe plus aux inquisiteurs : la société entière est visée. «Mais quand on y pense vraiment, quand quelqu’un dit qu’il est trop difficile de créer un espace vert où l’on cultiverait du yucca, par exemple, au lieu du chou-fleur – ou quelque chose du genre – c’est qu’il a une approche coloniale de l’écologisme», déclarait en mai dernier Alexandria Ocasio-Cortez, égérie de la gauche américaine. Refuser de cultiver certains légumes serait aussi devenu la marque du colonialisme. Rien de moins.

Le colonialisme en tout lieu

Depuis déjà plusieurs années, la France subit les assauts de cette gauche américaine qui a complètement court-circuité son universalisme. D’ailleurs, des intellectuels comme
Foucault, auteur rattaché à la French Theory, avaient bien préparé le terrain de cette pensée repentante. À tel point que la laïcité, une politique étant censée favoriser le métissage, incarne maintenant le racisme aux yeux mêmes de certains Français. Il ne s’agit plus seulement d’importer le puritanisme néo-féministe, mais de convertir l’Hexagone à une vision proprement anglo-américaine de la diversité, c’est-à-dire une vision qui amalgame la culture et la nature dans un esprit qui frise le racisme! Nous n’en sommes plus à un paradoxe près…

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La gauche américaine est si puissante qu’elle est parvenue à convertir une partie de la gauche latino-américaine à son multiculturalisme radical. Il faut notamment lire El País pour constater à quel point cette réalité est plus que jamais véridique. D’héritage marxiste et surtout réfractaire à tout impérialisme américain, la gauche latina se laisse pourtant conquérir, et il est à déplorer qu’une grande institution comme El País se laisse aussi facilement séduire par ces gringos faisant pénitence.

Par ailleurs, en Amérique latine, l’influence de la gauche américaine se traduit par des séances inédites d’autoflagellation. Récemment, une intellectuelle nous invitait dans les pages d’un journal mexicain à redécouvrir l’héritage africain du Mexique. Les intentions sont bonnes et les faits avérés, mais il n’y a presque plus aucun noir au pays de Benito Juárez, les afro-mexicains s’étant complètement fondus dans la masse. À quelle problématique, donc, vient répondre ce point de vue? Pourquoi dépoussiérer cette histoire? Le Mexique n’a rien d’un Cuba ni d’un Brésil. Serait-ce pour refaire le procès de l’Espagne? Le Mexique doit-il alors se découvrir des origines africaines pour avoir droit à une plus grande part du gâteau décolonial? Enfin, doit-il s’excuser d’être un pays métissé?

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Quand l’impérialisme se veut décolonial

La gauche américaine a fait traduire dans plusieurs langues les concepts qui lui servent d’armes idéologiques. Les notions de «racisme systémique», de «privilège blanc» et de
«blanchitude» sont devenues monnaie courante dans des régions du monde où elles sont souvent inapplicables. Quoi de mieux que d’imposer son pouvoir tout en prenant le parti des faibles? La gauche académique fait fi de la diversité mondiale pour appliquer de manière uniforme des concepts supposés valoriser les différences. Partout dans le monde, ou presque, cette gauche impose sa vision sans se soucier des réalités locales. Elle applique universellement une grille de lecture américaine qui est parfois défaillante sur son propre terrain. Son succès est si grand qu’elle pourrait réussir à recréer des tensions raciales dans des pays où elles étaient en train de s’atténuer. Un renversement renversant!

Pour en finir avec la repentance coloniale

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La face cachée du multiculturalisme

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Singapour: les morts hantent les vivants


Sous ses airs de Monaco asiatique, la cité-État de Singapour cache un passé qui ne passe pas. À l’ombre des gratte-ciel flambant neufs, les victimes des atrocités commises par l’occupant  japonais (1942-1945) crient justice.


Dès son arrivée à Singapour, le voyageur européen comprend qu’il a changé de dimension. À l’intérieur du « meilleur aéroport au monde » (selon le classement Skytrax), la plus haute cascade artificielle existante, le « Rain Vortex », déverse 500 000 litres d’eau de pluie sur une hauteur de 40 mètres au milieu d’une jungle équatoriale recréée avec 2 000 arbres et orchidées à foison. La dernière œuvre monumentale de l’architecte israélo-canadien Moshe Safdie, qui a coûté plus d’un milliard d’euros, est emblématique de l’approche futuriste de cette cité-État, devenue un pôle financier à l’échelle planétaire.

À Singapour, rien n’est laissé au hasard. L’édification des gratte-ciel du nouveau quartier d’affaires est soumise à de savants calculs en conformité avec les principes de l’art millénaire chinois du feng shui, qui vise à optimiser les flux d’énergie. L’État veille à la sérénité des lieux en appliquant une politique de tolérance zéro en matière d’incivilités, de corruption ou de trafic de stupéfiants. Ici, pas d’atmosphère chaotique ponctuée de bruits de klaxons. L’ordre et le calme règnent grâce à des milliers de caméras dissimulées dans l’espace public et bientôt renforcées par l’installation de dispositifs de reconnaissance faciale sur les 100 000 réverbères de la ville [tooltips content= »lesechos.fr/monde/asie-pacifique/ securite-singapour-va-tester-la-reconnaissance-retinienne-136249″](1)[/tooltips]. Sur fond de gigantisme et d’une débauche de luxe, les affaires sont florissantes. C’est Monaco à la puissance mille !

Mais dans ce paradis capitaliste de la finance globalisée où les fonds d’investissement spéculatifs règnent en maîtres, il reste un phénomène que personne ne parvient à maîtriser : celui de la prolifération des apparitions surnaturelles ! Dans les parcs, sur les plages, dans les rues, les fantômes sont légion [tooltips content= »todayonline.com/lifestyle/10-most-haunted-places-singapore »](2)[/tooltips], c’est en tout cas une évidence pour les habitants de la ville. Au grand désarroi du monde des affaires, les ectoplasmes sont même particulièrement présents dans les somptueux palaces de la ville hérités de la colonisation britannique.

Ceux-ci se montrent particulièrement facétieux et incommodants un mois par an, lors du septième mois lunaire bouddhiste ou taoïste, dit « mois des fantômes affamés », lorsque les esprits tourmentés des damnés reviennent hanter les vivants du fond de leurs enfers. Pour les apaiser, les Singapouriens (dont 75 % sont Chinois) multiplient les offrandes et rivalisent de piété. Ils se gardent bien d’entreprendre quoi que ce soit d’important en cette période périlleuse.

Reste à savoir qui est responsable de cette invasion d’outre-tombe. Tout d’abord, la poussée démographique et la spéculation immobilière ont aiguisé les appétits de terrains. On a donc systématiquement détruit des cimetières, exproprié les sépultures et reconstruit des immeubles sur ces lieux sensibles, sans se soucier du sacrilège commis.[tooltips content= »campus.sg/why-are-some-mrts-considered-haunted/ « ](3)[/tooltips]

En second lieu, l’ancien occupant japonais (1942-1945) continue à semer le chaos et à déchaîner des forces infernales par ses atrocités passées et par le refus de faire acte de repentance. Pour rappel, à la chute de Singapour, en 1942, quelque 50 000 soldats britanniques et alliés furent faits prisonniers et soumis aux pires sévices par les troupes du général Tomoyuki Yamashita (pendu aux Philippines en 1946) qui, dans une offensive éclair avaient conquis la péninsule malaisienne. Nombre d’entre eux furent affectés à la construction de « la voie ferrée de la mort » reliant la Thaïlande à la Birmanie, comme le relate l’écrivain Pierre Boulle dans Le Pont de la rivière Kwai.

À Singapour même, les Japonais, par le biais de leur « Gestapo », la Kenpeitai, et de collaborateurs locaux, se lancèrent dans une opération visant à éliminer tout ennemi potentiel au sein de la communauté chinoise. Il s’ensuivit le massacre dit de Sook Ching, à savoir l’élimination par des méthodes atroces d’hommes chinois âgés de 18 à 50 ans. Les Singapouriens ont avancé le nombre de 50 000 victimes, alors que les Japonais n’en reconnaissent que 5 000 !

Au fil des décennies, la découverte de charniers grâce au travail d’historiens internationaux et aux témoignages de familles de victimes, a permis de lever le voile sur cette histoire tragique. En témoigne, par exemple, le terrain de golf de l’île singapourienne de Sentosa, lieu très prisé par les joueurs de golf nippons, construit sur un ancien ossuaire.

Après avoir épluché des archives de guerre japonaises, le chercheur Lim Shaobin a révélé qu’une branche de l’infâme Unité 731, dédiée à la recherche sur la guerre biologique et chimique, avait été installée par les Japonais pendant la guerre à l’école de médecine de Singapour, car les puces de rat porteuses de la peste bubonique pouvaient y bénéficier de conditions climatiques idoines. Parachutées par avion au-dessus de la Chine, les puces infectées décimèrent près de 10 000 personnes [tooltips content= »straitstimes.com/singapore/wwii-spore-used-as-base-to-spread-disease »](4)[/tooltips].

Refusant obstinément la reddition de leurs forces d’Asie du Sud-Est en 1945, 300 officiers japonais se suicidèrent collectivement à l’intérieur du Raffles Hotel, le palace emblématique de la ville [tooltips content= » « The Real Japanese Surrender », The Sunday Times (The Straits Times), 4 septembre 2005. »](5)[/tooltips]. Dans le magnifique Goodwood Park Hotel, sur Scotts Road, d’autres de leurs collègues impliqués dans des massacres, tortures et expérimentations sur les êtres humains furent jugés lors de procès similaires à ceux de Nuremberg en Europe, puis pendus dans la foulée.

À ce jour, malgré sa culpabilité incontestable, le Japon n’a consenti à rendre à Singapour que 50 millions de dollars singapouriens (32 millions d’euros), extorqués de force pendant l’occupation aux Chinois de la ville. Devant tant d’amnésie, et de pingrerie, les esprits errants des défunts ont encore de beaux jours devant eux. Welcome to Singapour.

L’Asie du Sud-Est 2017 : bilan, enjeux et perspectives

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PMA et GPA: pas encore votées, déjà adoptées (par nos élites)!


Disons-le tout net, le PACS a mené au mariage… qui mène à la PMA… qui mène à la GPA… qui mènera à la libéralisation de la recherche sur l’embryon. Bientôt: les chimères génétiques. La boucle est bouclée.


Au lieu de l’action, c’est la fuite en avant sur le front sociétal. La PMA n’est pas mise en débat à l’Assemblée qu’on a anticipé la GPA. Depuis les politiques jusqu’au peuple en passant par les élites et les sondeurs patentés ; depuis les journaux de tout bord jusqu’aux émissions télévisées ; depuis belle lurette, on parle de la PMA comme si la loi était votée. La page est tournée sans avoir été écrite. Des extrémistes donneront de la voix à la rentrée ? Qu’on les fasse taire et passons à autre chose ! Bien joué !

A lire aussi : Marc-Olivier Fogiel: « Ce n’est pas la génétique qui m’a fait père, c’est le désir »

Les diktats du désir

Dans Le Figaro du 2 août, la philosophe Chantal Delsol analyse « le rouleau compresseur » menant du PACS à l’eugénisme, non plus programmé par un Etat totalitaire mais « légitimé par la volonté individuelle » : ce qu’elle appelle excellemment : « la roue crantée du progrès ». Guillaume Larrivé, tête de gondole du clan LR, prépare, à haute voix, son projet de loi contre la GPA, afin de nous éviter de nous réveiller « hagards, dans un monde transhumaniste, qui ne respecte plus les normes humaines ».

Ce qui le dispense, pour lors, d’être vent debout contre la PMA, porte royale du transhumanisme, avec l’instrumentalisation du corps humain et le marché juteux de l’or blanc. L’épiscopat pointe les dangers de la PMA. Un journal catholique la banalise tout en reconnaissant que ses conséquences, extrêmement néfastes, seront peu de chose en fonction de ce qui vient. Ainsi s’accomplit la prophétie : le PACS a mené au mariage qui mène à la PMA qui mène à la GPA qui mène à la libéralisation de la recherche sur l’embryon. Bientôt les ciseaux CRISPR-CAS9 et les chimères génétiques. La boucle est bouclée.

Macron nage

Au fort de Brégançon, le président nage, en gilet jaune, au milieu de ses sous-marins, en attendant le dénouement de la pièce, à l’affiche depuis 6 ans : Nouvelles Familles, scénario et mise en scène de et par « La Compagnie H. et Cie ». Il se frotte les ailerons : le travail de sape a été parfait. Ah ! Les enfants, le « don et le donneur » : quelle trouvaille ! Il peut compter sur sa jeune Chambre, biberonnée à l’idéologie. La PMA n’est-elle pas « actée » dans l’opinion ? Madame Delsol parle même de « fatalité ». C’est que la pièce manie admirablement les deux ressorts tragiques que sont la pitié (la femme en mal d’enfant) et la terreur (l’homophobie).

A lire aussi, du même auteur : « Faire des enfants sans faire l’amour est terrifiant »

Place au final de la récitante tirant la morale de la pièce : « Rien éthiquement ne s’oppose à la PMA. » Un spectateur, qu’on appellera Z., s’écrie du fond de la salle : « Eh bien voyons ! » : il est exfiltré. « Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. » Ainsi parle Hector dans la pièce de Giraudoux La guerre de Troie n’aura pas lieu. Si le droit est une fiction, le théâtre une illusion, le réel est têtu. Amandine, comme Capri, c’est fini. Au lieu de jouer les Cassandre dans les tribunes, de planter des drapeaux sur des châteaux de sable au bord de l’Océan, le temps est venu pour tous de battre le rappel des énergies. « Allons, enfants de la patrie ! » La pièce ne fait que commencer.

La fabrique d´orphelins - Essai

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Terrorisme: l’ex-patron de la DST passe aux aveux

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D’après l’ancien chef du contre-espionnage Yves Bonnet, la France avait passé un pacte de non-agression avec les terroristes palestiniens au lendemain des attentats de la Rue des rosiers en 1982. Sans grand succès.


6 morts, 22 blessés. Le 9 août 1982, il y a trente-sept ans, à coups de rafales de pistolets mitrailleurs et de grenades, les terroristes pro-palestiniens du groupe Abou Nidal ont semé la mort dans un restaurant casher de la rue des Rosiers, Chez Jo Goldenberg. À la suite de cette tuerie, et à en croire Yves Bonnet, les services de renseignement français auraient conclu un pacte verbal avec les terroristes palestiniens pour obtenir la fin des attentats sur le sol français. « On a passé une sorte de deal verbal en leur disant : Je ne veux plus d’attentat sur le sol français et en contrepartie, je vous laisse venir en France, je vous garantis qu’il ne vous arrivera rien » a donc avoué l’ancien directeur du contre-espionnage français. S’il n’y a aucune raison de douter des déclarations d’Yves Bonnet, on ne doute pas non plus que ce dernier a agi sur ordre et n’a pas passé cet accord indigne de son propre chef.

Indigne car derrière la realpolitik qui voudrait protéger le pays des actes terroristes se cachent les compromissions et la démission devant la terreur, ennemie mortelle de notre démocratie. Et les terroristes, eux, ne sont pas dupes. Ils savent que ce type d’accord est le paravent d’une indicible lâcheté, le signal qu’ils pourront toujours exiger plus encore dès lors que la première digue aura cédé.

Fausses promesses, vrais attentats

Ils n’attendront d’ailleurs pas longtemps. Le 21 août 1982, deux artificiers de la police sont tués par la bombe qu’ils désamorçaient avenue de La Bourdonnais à Paris. Cet attentat sera revendiqué par les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises fondées par Georges Ibrahim Abdallah, condamné par une Cour d’Assises française pour complicité d’assassinat en 1986 et toujours emprisonné à ce jour.

Le 17 septembre 1982, les mêmes FARL revendiqueront un attentat contre la voiture du responsable de la sécurité de l’ambassade d’Israël en France, à proximité du lycée Carnot à Paris.

Le 31 décembre 1983, deux attentats attribués au terroriste pro-palestinien Carlos perpétrés à la gare Saint-Charles de Marseille et dans le TGV Marseille-Paris feront 4 morts et 45 blessés.

En décembre 1985 dans les grands magasins parisiens, en février 1986 dans la galerie Claridge des Champs-Elysées, à la Tour Eiffel, chez Gibert Jeune, au Forum des Halles, en mars 1986 sur la ligne ferroviaire Paris-Lyon, à la galerie Point Show des Champs-Élysées, à la gare RER de Châtelet-les Halles, en septembre 1986 à la gare RER de la Gare de Lyon, au bureau de poste de l’Hôtel de ville, à La Défense, au Pub Renault de la rue Marbeuf, à la Préfecture de Police, et au magasin Tati de la rue de Rennes, Paris tremblera sous les bombes posées par Fouad Ali Saleh, terroriste tunisien à la solde du Hezbollah. 14 morts et 303 blessés.

On ne négocie pas avec la terreur 

Voilà ce que l’on récolte à pactiser avec des terroristes. Que l’on ne se méprenne pas, les pactes de non-agression n’ont jamais duré. Le plus faible, celui qui avait le plus à perdre et le moins de courage, celui qui préférait sa tranquillité bourgeoise ou idéologique à la nécessité du combat, celui-là a toujours subi les assauts répétés de son ennemi, qu’importe l’accord conclu qui n’a pas plus de valeur que la parole d’un lâche qui tue à l’aveugle des innocents que ce soit dans un restaurant casher en 1982 ou une salle de concert en 2015.

On ne négocie pas avec la terreur ni avec les ennemis mortels de la République. On ne s’abaisse pas à trouver un accord auprès de celui qui le déchirera avec le couteau qu’il vous plantera dans le dos. Ce principe devrait être intangible. Mais rien n’est moins sûr. Entre 2011 et 2015, en pleine guerre civile syrienne, le cimentier français Lafarge a poursuivi son activité dans une zone « libérée » de l’armée de Bachar Al-Assad mais conquise tour à tour par les groupes djihadistes d’Al-Nosra et de Daech, activité tolérée, si ce n’est soutenue, et en tout état de cause, connue par les services secrets français. Et Lafarge d’être mise en examen pour complicité de crimes contre l’Humanité en juin 2018. Misère de la realpolitik.

Yémen: les Emirats lâchent l’Arabie

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yemen arabie emirats iran
Rebelles houthis, Sanaa, 1er août 2019. Auteurs : Hani Mohammed/AP/SIPA. Numéro de reportage : AP22363104_000036

La guerre que la coalition arabe mène au Yémen n’en finit plus.  Les Emirats ont beau annoncer le retrait partiel de leurs troupes et son inscription dans une « logique de paix », le conflit semble sans issue. Théâtre de la guerre (de moins en moins) froide entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, l’ancienne Arabie heureuse s’enfonce dans la crise humanitaire.


Les Emirats Arabes Unis annoncent le retrait partiel de leurs troupes au Yémen et déclarent s’inscrire dans une « logique de paix », contrairement à « la stratégie militaire » jusqu’alors en vigueur. Tels sont les termes du communiqué officiel publié après que les rebelles houthis, proches de l’Iran, ont accepté de renoncer à certains territoires qu’ils avaient conquis à Hodeïda, à l’ouest du pays.

Les Emirats ont donc fait revenir au pays une partie de leurs chars et hélicoptères. Pourtant, malgré le rapatriement de leur artillerie lourde, de nombreuses troupes armées restent encore au sol. Et, surtout, cette annonce de « paix » ne réussit pas à freiner les escalades de violence que connaît le Yémen.

Le 1er août 2019, deux attaques jumelles ont embrasé le Yémen. L’une, revendiquée par les rebelles houthis à la périphérie d’Aden, visait des policiers en train de défiler lors d’une remise de diplômes, et a fait 17 morts et plusieurs blessés. Un brigadier haut placé entraîné par les Emirats, le général Mounir Al-Yafy, a été ciblé et tué sur le coup.

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L’autre attaque a été attribuée à des groupes djihadistes, même si l’ambassadeur des Emirats au Yémen, Mohammed bin Saeed Al Jabir, a immédiatement accusé les rebelles, et par conséquent, l’Iran, d’avoir coordonné l’attaque. Le 7 août, les houthis ont tué au moins deux membres des forces progouvernementales.

Comme de bien entendu, les Nations-Unies appellent à la désescalade. Sur la même ligne, le ministre de l’Intérieur du Yémen, qui siège au sein du gouvernement pro-saoudien d’Aden, Ahmed al-Mayssari, incite ses concitoyens à ne pas répondre aux attaques répétées des houthis. Même son de cloche chez le chef de la diplomatie émirati Anwar Gargash : répondre à la violence « n’est pas une solution » explique-t-il sur Twitter. Ce message manifeste la volonté des Emirats de prendre de la distance pour mieux manœuvrer dans le pays, notamment en se séparant peu à peu de l’Arabie Saoudite.

Car si elles sont officiellement alliées, les deux monarchies ne poursuivent pas tout à fait les mêmes objectifs au Yémen.

Si les Emirats veulent faire de ce pays un territoire faisant partie intégrante de leur politique d’influence régionale, l’Arabie Saoudite voit le Yémen comme une véritable extension de sa souveraineté, n’hésitant pas à passer des alliances avec les Frères musulmans qui sont la bête noire historique des Emiratis.

Objectif Socotra

Ainsi désolidarisés de l’Arabie Saoudite, les Emirats peuvent mieux manœuvrer comme ils l’entendent, ayant toujours sur le sol yéménite plus de neuf mille soldats engagés. Riyad s’est montrée discrète à propos de ce retrait, mais aurait essayé de dissuader les Emirats de prendre une telle décision. Et pour cause : sans l’appui des Emirats, l’Arabie Saoudite peut difficilement gagner la guerre contre les houthis. C’est pourquoi aucune issue au conflit ne se dessine.

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Ceci étant, se désengager partiellement du conflit ne signifie pas se désengager du pays – les Emirats auraient trop à y perdre compte tenu de leurs ambitions géopolitiques. Au contraire, ils vont essayer de renforcer toutes leurs forces locales, et, pour ce faire, former de nouvelles élites, explique le chercheur Ahmad Nagi. Les Emirats auraient un objectif précis : accroître leur présence sur l’île de Socotra, à 350 kilomètres du sud-est du Yémen, au large des côtes somaliennes. Cette île yéménite est fortement convoitée par les Emirats, qui tentent de l’annexer depuis mai 2018, et sans l’accord du Yémen. Elle présente un intérêt stratégique majeur pour les Emirats, qui veulent en faire une base navale et un comptoir commercial en mer d’Arabie.

Si aucune opposition armée n’a été déclarée, le premier ministre du Yémen, Ahmed ben Dagher, s’élève contre ces tentatives d’invasion qu’il considère comme des offensives « injustifiées » sur la souveraineté du pays.

Jouer le beau rôle

Le chercheur Yassine Al-Tamimi confirme donc que « en réalité, l’annonce de la diminution des forces militaires émiraties au Yémen n’a aucun rapport avec l’évolution de la situation géopolitique du Golfe ». Et François Frison-Roche, spécialiste du Yémen au CNRS, de rajouter : « Les Emirats, sensibles à leur image internationale, veulent se donner le beau rôle ». La principauté est en effet très attentive à sa communication et à l’image qu’ils renvoient à la communauté internationale. C’est aussi, par ailleurs, une des raisons pour lesquelles ils sont moins exposés que l’Arabie Saoudite dans la guerre du Yémen. Un politiste émirati, Abdulkhaleq Abdullah, ajoute à cela que les « Emirats font tout ce qu’ils peuvent pour montrer que si une guerre éclate, ce ne sera pas de leur faute », notamment au sujet de l’Iran, puisque le retrait des troupes devrait apaiser les relations avec Téhéran, qui soutient les rebelles houthis. Cette démarche se confirme avec le récent rapprochement des Emirats et de l’Iran, les deux pays s’étant rencontrés pour la première fois en six ans, même si, selon un émirati officiel, il ne s’agissait que de propos échangés autour de la sécurité maritime. Or, les Emirats veulent surtout échapper à une guerre prévisible, étant géographiquement en première ligne face à la République Islamique. On n’est jamais trop prudent.

Mounir Baatour: « L’homophobie reste très ancrée en Tunisie »

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Mounir Baatour. FETHI BELAID / AFP

Il est des pays où les gays au creux des lits font des rêves…. et où le militantisme pro-LGBT est un engagement dangereux. En Tunisie, l’avocat Mounir Baatour se bat pour la dépénalisation de l’homosexualité en présentant sa candidature à l’élection présidentielle du 15 septembre. Hélas, sa campagne a été marquée par l’agression d’un de ses camarades en plein Paris par un autre ressortissant tunisien. Entretien.


Daoud Boughezala. Un des cadres de votre association LGBT « Shams » a été agressé la semaine dernière à Paris. Que s’est-il exactement passé ?

Mounir Baatour. Nidal Belarbi, le porte-parole de Shams, est depuis un an réfugié politique en France. En 2017, il a été condamné en Tunisie à trois mois de prison pour homosexualité, puis il a été incarcéré dans le quartier de la prison de Mornaguia dans des conditions très difficiles. Il a été traité comme un terroriste alors qu’il s’agit d’un simple homosexuel qui ne fait de mal à personne. La personne qui a commencé à agresser Nidal à Paris est un Tunisien qui l’avait déjà agressé en Tunisie, en 2013. Il a reconnu Nidal dans le quartier où il habite, il l’a poursuivi jusque devant la porte de sa maison puis l’a agressé en compagnie de trois autres personnes. Ils l’ont roué de coups. Il a des contusions partout et devra subir dix jours d’interruption temporaire de travail.

Connaissez-vous le profil de son agresseur ? Un islamiste ?

C’est le Tunisien lambda homophobe. Il travaille comme vigile dans un bar du quartier où Nidal habite, c’est un videur qui surveille un bar. Il n’a pas de profil spécial, sauf que l’homophobie est tellement ancrée chez les Tunisiens que taper sur les homosexuels les soulage.

Vous exigez l’abrogation de l’article 230 du code pénal car il pénalise l’homosexualité.  En Tunisie, l’homophobie est-elle exclusivement juridique ou culturelle ? 

C’est un problème d’abord juridique mais aussi culturel. Juridique, car quand l’appareil judiciaire est contre les homosexuels, qu’il les persécute, les poursuit, les incarcère, les met en prison pour des peines plus ou moins longues, ça donne une justification à l’opinion publique comme quoi les homosexuels sont des délinquants. Quand la loi les condamne et les met en prison, ils deviennent des criminels dans l’opinion publique.

Culturellement, les sociétés orientales sont machistes. Ce sont des sociétés très masculines qui dénigrent la femme, et les homosexuels sont assimilés à ces dernières. En effet, la femme se fait pénétrer et ne pénètre pas, elle est donc inférieure à l’homme dans la mentalité orientale en général. Cette culture misogyne, machiste et masculine, fait que l’homophobie reste très ancrée en Tunisie.

La condition homosexuelle a-t-elle a progressé en Tunisie comme celle de la femme, grâce aux réformes de Bourguiba ?

Pas du tout. La question de la revendication de la communauté LGBT de son droit de vivre dignement ne s’est posée qu’après la révolution, et après la libération des droits sur les associations ainsi que de la liberté d’expression : tout cela a permis de créer, entre autre, l’association LGBT Shams. Mais les mouvements féministes en général, cela fait trente ans qu’ils ont adopté les revendications des LGBT et qu’ils réclament l’abolition de l’article 230.

Or, la condition de la femme elle-même n’est pas comparable avec celle de la femme occidentale… La femme tunisienne hérite encore moins que l’homme. Elle n’a pas la tutelle de ses enfants. Et elle est considérée comme mineure vu que c’est elle qui reçoit, quoi qu’il arrive, une pension alimentaire en cas de séparation. D’ailleurs, elle ne paie pas de pension alimentaire à ses enfants même si elle travaille et gagne beaucoup d’argent. Elle est considérée sous le tutorat de l’homme.

Deux grands blocs politiques s’affrontent en Tunisie : le pôle islamo-conservateur Ennahda proche des Frères musulmans, et le mouvement héritier du bourguibisme qu’est Nidaa Tounes. Rencontrez-vous moins d’hostilité à vos revendications chez les anti-islamistes ? 

Ils sont tous conservateurs, les islamistes, ceux qui se prétendent bourguibistes ou même modernistes. Sur la question de l’homosexualité, ils restent tous conservateurs, homophobes et hostiles à l’abrogation de l’article 230. Ils évitent d’aborder le sujet.

La candidate benaliste à la présidentielle Abir Moussi se prononce contre l’abrogation de l’article 230, mais s’oppose aussi aux tests anaux que la justice tunisienne pratique contre certains homosexuels présumés…

Cela ne veut rien dire. Les tests anaux n’ont aucune valeur scientifique, c’est une pratique barbare qui relève de la torture. La Tunisie a d’ailleurs été condamnée en 2017 par le Comité de l’ONU contre la torture pour ces pratiques. Cela consiste à introduire le doigt d’un médecin légiste dans l’anus d’un accusé pour soi-disant vérifier si l’anus n’est pas dilaté. Or, il peut être dilaté à cause d’une constipation. Ce test anal est encore utilisé pour prouver l’homosexualité. Au fond, le problème réside dans la condamnation elle-même de l’homosexualité. Lors de nombreux procès, des citoyens tunisiens ont été condamnés pour homosexualité, et ce sans tests anaux.

Vous disposez d’un certain nombre de parrainages, des milliers de Tunisiens sont là pour appuyer votre candidature. De quels milieux viennent-ils ?

Ce sont surtout des jeunes entre 18 et 28 ans. J’ai des parrainages venant de tous les gouvernorats[tooltips content= »Le gouvernorat est une collectivité territoriale de Tunisie NDLR »]1[/tooltips].

Passons au volet économique de votre programme. Vous défendez la création d’un nouveau dinar dans une politique de relance. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi ?

50 % de l’économie tunisienne évolue dans le secteur informel. Nombre de gens font leurs bénéfices au noir. Par conséquent, changer la monnaie va les obliger à aller vers les banques pour changer l’argent qu’ils détiennent au noir, qui représente, d’après le gouverneur de la banque centrale, 15 milliards de dinars. La loi les obligeant à ouvrir des comptes bancaires pour changer leur monnaie, ces comptes seront par la suite contrôlés par l’administration fiscale, ce qui va poser la question de l’origine des fonds et, surtout, rendre ces fonds taxables. Cela augmentera énormément les recettes de l’État : 50 % de plus d’après les estimations, et cela permettra d’aider les plus défavorisés, les familles nécessiteuses qui pourront augmenter leurs pensions, les bourses des étudiants, le SMIC, ou les pensions de retraite pour ceux qui touchent moins de 400 dinars. Tout cela devient faisable si l’argent qui revient à l’État… lui revient réellement.

Depuis la révolution, la Tunisie a du mal à renouer avec la croissance, la stabilité politique et économique. Comment comptez-vous relancer la machine économique?

Je permettrai aux investisseurs étrangers d’investir en Tunisie tout l’argent qu’ils désirent. Cela passe par la suppression de toutes les autorisations administratives préalables à l’investissement, pour les remplacer par des cahiers de charge. Il n’y aura plus de contrôles préalables à l’investissement, celui-ci sera complètement libre en Tunisie. J’abolirai également l’autorisation du gouverneur en ce qui concerne l’acquisition de biens immobiliers par les étrangers en Tunisie, que ce soient des biens touristiques, d’habitation ou des terres agricoles.

Ne craignez-vous pas que cela fasse monter les prix ?

Il y aura des zones qui resteront protégées, ce qu’on appelle les zones à AFH, de l’Agence foncière de l’habitation. Ces zones resteront à prix modérés et seront destinées aux Tunisiens uniquement.

A long terme, rêvez-vous d’une société tunisienne orientée vers l’égalité des droits, y compris jusqu’à l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homosexuels?

Non, on n’ira pas jusque-là. J’estime que le mariage gay, c’est singer les hétérosexuels. Nous voulons une égalité parfaite entre hommes et femmes, c’est la première chose. Deuxièmement, lever les contraintes et les persécutions contre la communauté LGBT.

Tunisie. Une démocratisation au-dessus de tout soupçon ?

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« Deux tiers des Français jugent que les parlementaires sont malhonnêtes »

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Portrait of Jerome Fourquet (opinion department manager at Ifop) 08/05/2017 © Hannah ASSOULINE/Opale/Leemage

Si la mort du maire de Signes émeut une grande partie de l’opinion, on ne peut pas en dire autant des attaques de permanences d’élus LREM. En multiplication constante, ces actes de défiance sont les symptômes d’un malaise dans la démocratie. D’après une enquête l’Ifop/JDD, deux tiers des Français jugent ainsi leurs députés et sénateurs malhonnêtes, trop payés et incompétents. Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop et auteur du bel essai L’Archipel français, en analyse les résultats. Entretien.


Daoud Boughezala. La dernière enquête de l’Ifop sur le rapport des Français à leurs élus donne des résultats préoccupants. Diagnostiquez-vous une crise de la représentation ?

Jérôme Fourquet.  Clairement. Il y a plusieurs enseignements. Le premier, c’est la défiance très forte qui règne entre les Français et les élus. Voici les critiques dont ils sont affublés : ils gagnent trop d’argent (pour 66 % des Français), ne sont pas compétents (30% sont d’accord avec cette opinion), ni assez proches des préoccupations des citoyens (26%), ni honnêtes (20%). En gros, deux tiers des français trouvent les élus éloignés des préoccupations, malhonnêtes et gagnant trop d’argent. Seuls les maires tirent leur épingle du jeu. 83 % des français ont une bonne opinion des maires, contre 33 % pour les députés et sénateurs, qui ont généralement le même score que les autres élus.

Députés et sénateurs pâtissent-ils des mêmes jugements négatifs, malgré le renouvellement de l’Assemblée nationale peu après l’élection d’Emmanuel Macron ?

En dépit de l’arrivée aux responsabilités de générations politiques nouvelles autour d’En Marche, avec des profils « issus de la société civile » qui ont nettement renouvelé le visage de l’Assemblée, la fracture béante qui sépare ces élus nationaux de leurs mandants s’est creusée. Les nouveaux députés ne sont pas de vieux briscards de la politique, ces parlementaires aux anciennes manières qui avaient aussi été maires, ce qui leur conférait un certain ancrage, une proximité. Au contraire, ce sont d’illustres inconnus auprès de leurs concitoyens, y compris auprès de ceux qui résident dans leurs circonscriptions. C’est dire si la question de la distance est très importante.

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Quelles sont les conséquences d’un tel climat de défiance ?

Cela peut virer à l’antiparlementarisme. On le voit dans les résultats d’une des questions au sondage, lorsque seulement 47 % des gens condamnent les attaques de permanences, dégradation et vandalisme. 44 % comprennent sans approuver. Enfin, 9 %, ce qui fait à peu près 4 millions de personnes, approuvent ce type d’action. Ces chiffres doivent être mis en regard avec les résultats de la première question : « quelle image avez-vous de vos députés et de vos sénateurs ? » C’est parce qu’on a d’eux une image très dégradée, qu’une partie significative de la population ne condamne pas les attaques dans leurs bureaux ou leurs locaux.

Pourquoi les maires gardent-ils une popularité intacte au milieu d’élus si impopulaires ?

Les maires représentent la proximité et beaucoup de Français ont le sentiment que leur maire ne gagne pas trop d’argent. Dans l’imaginaire collectif, le maire n’est pas Anne Hidalgo ou Jean-Luc Moudenc à Toulouse, mais bien davantage le maire de Signes ou ses confrères et collègues qui gèrent des communes de 50 à 10 000 habitants. Quand la dernière loi sur le non-cumul des mandats s’est appliquée, les députés-maires ont dû choisir entre leur ville et leur circonscription. Beaucoup n’ont pas hésité, décidant de conserver leur mairie. Ce choix ne découlait pas uniquement de considérations tactiques. Quand ils s’expliquaient, beaucoup disaient qu’ils se sentaient utiles. Dans les grandes villes, ils lancent des politiques qui transforment le paysage urbain et/ou le quotidien des administrés : un plan de circulation qui réduit la place de la voiture, un tramway, à la requalification de tel ou tel quartier.

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Les maires font bel et bien des choses visibles par les électeurs, ce qui n’est pas forcément le cas des députés et des sénateurs. Quant aux maires des petites communes, ce sont de véritables couteaux suisses qui font à la fois office de pompier/assistante sociale/urbaniste voire de garde champêtre dans l’affaire de Signes.

Cela donne à priori raison à Emmanuel Macron, qui s’est appuyé sur les maires au moment des grands débats pour éteindre l’incendie des gilets jaunes.

Macron, sans doute trop tardivement, a en effet découvert l’utilité du corps des maires dans une société « archipelisée ». De nos jours, quels sont, dans cet océan de défiance, les gens qui ont encore une relative confiance de l’opinion ? Et qui, par ailleurs, ont un ancrage dans le terrain, les deux étant liés, et qui peuvent nous faire remonter des choses ? Mais aussi, par leur dévouement, qui sont capables d’aller au contact des Français et de calmer les plus énervés ? Il n’y a pas trente-six personnes à qui s’adresser: ce sont les maires.

Dans quels groupes socio-politiques la défiance anti-élus est-elle plus forte ?

Puisque deux tiers de Français ont une mauvaise image des députés et des sénateurs, aucune catégorie de la population n’est totalement exempte de ce type de pensée. Bien évidemment, cette défiance est maximale à la France Insoumise et au RN, qui ont très peu de députés et qui sont depuis longtemps sur un discours anti-système. C’est un élément intéressant car l’image négative qui peut servir de terreau à un certain antiparlementarisme, n’est pas cantonnée aux électorats des formations les plus contestataires. Clairement, on compte plus de 70 % de mauvaise opinion au sujet des députés et des sénateurs dans l’électorat frontiste et mélenchoniste, mais on atteint quand même près d’un électeur sur deux de Macron et de Fillon. Autrement dit, l’antiparlementarisme touche même les électorats des partis de gouvernement.

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… au risque de cautionner des actes violents ?

Le même schéma se reproduit sur la réponse à la question : « est-ce que vous condamnez, comprenez ou approuvez les violences » : environ 30 % de condamnation chez les mélenchonistes et lepénistes, 70 % chez En Marche, et 62 % chez Fillon. Ces chiffres montrent la proximité entre Macron et Fillon. Cela confirme la bascule de tout un pan de la droite aux européennes en faveur de Macron. Dans cette jonction, on retrouve le réflexe du parti de l’ordre dans le sillon des gilets jaunes, face à la casse des monuments, les agressions contre les forces de l’ordre etc. L’électorat filloniste et macroniste favorise, à côté des réformes libérales, l’élargissement à droite de l’assise du bloc central macronien.

Et les gilets jaunes ?

Ceux qui se disent encore gilets jaunes, ce qui ne concerne plus que 4 ou 5 % de la population, encore gilets jaunes, ceux-là ne sont que 28 % à condamner, 49 % à comprendre sans approuver, mais 23 % à approuver les agressions contre les permanences d’élus ! Cette crise a donc peut-être eu comme conséquence de faire émerger dans « l’archipel français » une petite île qu’on peut appeler « île gilets jaunes », avec des gens qui viennent d’horizons politiques différents, mais qui se caractérisent par un très fort degré de défiance des institutions. Ou par un rapport à l’action violente ou musclée, qui est assez éloignée de la moyenne des autres Français.

Ces derniers soutiens des gilets jaunes, où se situent-ils politiquement ?

Ils viennent du RN, il y aussi des abstentionnistes et des mélanchonistes pour beaucoup. Ils se distinguent de la moyenne sur cette question. Il y a une deuxième catégorie qui rassemble 45 % de la population : « Je n’en suis pas mais je les soutiens ». Eux condamnent à seulement 29 %, comprennent sans approuver à 59 %, et ils approuvent à 12 %. Ils sont au même niveau sur la condamnation, mais ils sont moins nombreux à être dans l’approbation. Et parmi la moitié de la population n’appartenant pas aux gilets jaunes, 68 % condamnent, 29 % comprennent et 3 % approuvent. Une nouvelle segmentation s’opère, si bien que la moitié de la France qui n’a aucune empathie envers les gilets jaunes condamne massivement ce type d’actions. Dans cette partie de la France, on compte une forte représentation de l’électorat macroniste et de la droite classique.

En résumé, trois France se dégagent. Un noyau dur bienveillant et presque participant à ce genre d’actions ; un ventre mou qui n’approuve pas mais ne condamne pas non plus ; et une moitié du pays qui condamne aux deux tiers.

Le paradoxe, c’est que Macron a misé sur les maires pour son grand débat mais ses réformes achèvent la dilution du maire dans les grandes métropoles ou les intercommunalités…

Il faudra voir comment la trajectoire de ce processus déjà lancé sera recadrée. Soit on poursuit l’intercommunalisation mais on recrée, soit on donne des fonctions réelles aux maires des communes fusionnées par exemple. Macron l’a sans doute perçu dès « sa tournée des popotes », et il voit l’émoi dû au décès du maire de Signes. Le président sent bien que s’il avait eu des troupes plus nombreuses parmi les maires et/ou si une partie des maires était moins en tension avec lui, peut-être que la crise des gilets jaunes n’aurait pas pris de telles proportions. A ce moment-là, le pouvoir central s’est retrouvé seul face à la rue, au peuple de la route qui s’est mobilisé sur les ronds-points. Les maires auraient pu faire quelque chose.

Elisabeth Lévy: « Tant que la gauche affirmera qu’il n’y a pas d’identité française, elle ne se relèvera pas »

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Elisabeth Lévy et Catherine Tricot. Image : capture d'écran

Catherine Tricot, architecte et gérante de Regards, vient donner des nouvelles de la gauche à Elisabeth Lévy, sur la webtélé REACnROLL. Les deux femmes se demandent ce qu’est devenue la gauche et comment a évolué sa politique égalitariste. Causeur vous propose de lire deux extraits de leur échange. 


Elisabeth vy : On va aujourd’hui parler de la gauche. Je voudrais qu’on commence par un éclaircissement, parce que c’est un mot qui a longtemps fait la pluie et le beau temps dans la vie politique française: il fallait être de gauche, de «la vraie gauche». Mais il est désormais de moins en moins employé, en particulier par Jean-Luc Mélenchon. Etes-vous de gauche et qu’est-ce que cela signifie?

Retrouvez plus d’une heure d’échanges avec Catherine Tricot sur REACnROLL !

Catherine Tricot : Je pense que je suis de gauche et que Jean-Luc Mélenchon n’échappe pas à son histoire. Il est de gauche, et son électorat ainsi que ses adversaires politiques ne s’y trompent pas. C’est un mot qui a structuré la vie politique française depuis deux siècles, avec des hauts et des bas, des moments où il a un peu disparu, notamment ces cinquante dernières années. On a donc pu voir la gauche monter ou descendre en tant que référant structurant au sein de la vie politique. Mais, sur le long cours, c’est quand même la gauche et la droite qui ont été les deux pôles structurants. Et qu’est-ce que ça veut dire être de gauche, c’était votre question?

Elisabeth Lévy : Oui ! c’est-à-dire quel est le contenu que vous mettez derrière. L’autre jour, sur France Inter, j’ai entendu: « Je suis de gauche car je m’intéresse aux autres », et ça m’a semblé un peu court (elle rit). Je suis sûre que vous avez une meilleure définition à me donner.

Jamais à court d'arguments et pleine de conviction, il n'est pas certain que Catherine Tricot de Regards parvienne Elisabeth Lévy de voter à gauche aux prochaines élections
Bien que jamais à court d’arguments et pleine de convictions, il n’est pas certain que Catherine Tricot de Regards parvienne à convaincre Elisabeth Lévy de voter à gauche aux prochaines élections…

Catherine Tricot : Ce qui est au cœur de l’engagement de la gauche, et ce qui peut-être le différencie de la droite, c’est le combat pour l’égalité. C’est véritablement cela qui est structurant. Cela ne veut pas dire que seuls les gens de gauche sont pour l’égalité, et qu’il n’y a pas de débat autour de cette question, mais c’est le marqueur. Ce concept émerge avec la révolution française, car elle va avec la démocratie et l’égalité politique des citoyens. Même si la conquête de cette égalité a été longue, elle pose que tout un chacun est à égalité de dignité, de droit, et de devoir.

La question du territoire est fondamentale dans la définition de l’égalité, ce que la gauche a peu intégré dans son logiciel

Elisabeth Lévy : Certes, mais vous êtes consciente qu’aujourd’hui, à quelques groupuscules près, l’ensemble de la droite se réclame de la révolution française. Je ne vois pas, à droite, même chez ceux qu’on appelle improprement les «réacs», des personnes qui demandent le retour des castes et des privilèges !

Catherine Tricot : Tout à fait, c’est pour ça que je vous disais que la partition gauche/droite a bougé. Au XIXème siècle, la question de la République était au cœur de la gauche, mais, aujourd’hui, ça ne fait plus débat, tout le monde est républicain. Le contenu de la gauche et de la droite a bel et bien évolué, mais il a structuré cette alternative entre deux visions du monde. Etre de gauche ou de droite engage un rapport au monde, et c’est ce qui fait que cela tient sur le long terme.

Elisabeth Lévy : Excusez-moi, mais ce qui s’est passé avec Emmanuel Macron est une forme de clarification qui met à mal votre raisonnement. A quoi a-t-on assisté ces 20 ou 30 dernières années? Les gens de gauche et de droite étaient supposément censés s’affronter, mais croyez-vous vraiment que les visions du monde de François Hollande et d’Alain Juppé étaient différentes?

Catherine Tricot : C’est bien pour ça que ce n’est pas une question technique. La relation à la gauche n’est pas une question qui se résume à l’aide d’une politique concrète. (…) Et, justement, la gauche et la droite ont été en crise car leurs visions du monde n’étaient plus solides. En ce qui concerne l’égalité, ça fait quelques années que Pierre Rosanvallon redéfinit la question de l’égalité : quels sont les lieux et quelle est la définition concrète de cet engagement en faveur de l’égalité par exemple? Je m’explique un peu plus. Je crois que l’égalité ne se joue pas que dans l’égalité de salaires ou de revenus, mais plutôt qu’elle se joue dans l’accès ou non à la ville et à ses services. La question du territoire est fondamentale dans la définition de l’égalité, ce que la gauche a peu intégré dans son logiciel. On a seulement entendu des débats à propos de la répartition des richesses.

 (…)

Les mœurs françaises sont évolutives. (…) Il n’y a pas d’identité française!

Elisabeth Lévy : [A gauche] vous êtes totalement insensibles aux difficultés qu’éprouvent de nombreuses personnes car ils ne se sentent plus chez eux. Je suis allée il n’y a pas longtemps à la gare de St-Denis: c’est l’Afrique (…) (Poursuivant sur un mode ironique) Quand vous vivez tous les jours dans ce monde-là, je pense que c’est difficile : ça n’est pas tous les jours merveilleux, l’enrichissement, la diversité. Vous ne voyez pas que, pour beaucoup, ne plus se sentir culturellement chez soi, se sentir minoritaire, est une souffrance que la gauche n’a pas écoutée ou entendue. Cette gauche leur a tapé sur la tête en leur disant «vous êtes des salauds de racistes, pendant que moi qui vis dans le VIIème arrondissement, je vous dis à quel point la coexistence, c’est chouette» ! Il faut prendre en compte ces difficultés et savoir aussi dans quel monde culturel on veut vivre. Est-ce que les mœurs françaises vont avoir droit de cité en France ou va-t-on devoir accepter des burkinis ici? Est-ce que c’est l’avenir que la gauche propose?

Catherine Tricot : Les mœurs françaises sont évolutives. (…) Il n’y a pas d’identité française! Il y a des choses qui évoluent.

Retrouvez l’intégralité de cette causerie avec Catherine Tricot sur REACnROLL !

Elisabeth Lévy : Voilà pourquoi la gauche française va se planter tout le temps, parce qu’elle pense ça !

Catherine Tricot : Ce que je pense, c’est qu’il y a une construction. Il y a des choses qui se transforment. Bien sûr, il y a un socle historique, et il y a un peuple qui est en train de fabriquer son histoire en récupérant son passé pour l’amener vers un futur.

Elisabeth Lévy : Enfin, quand les gens arrivent dans un pays, ils n’arrivent pas sur une page blanche !

Catherine Tricot : Ce que je récuse, c’est la notion d’une identité fixe, de quelque chose qui serait posé. Il y a des continuums, mais même à l’intérieur de ces continuums, il y a des évolutions.

Elisabeth Lévy : Je n’ai jamais dit que l’identité devait être fixe. Je vais prendre un exemple qui nous est cher à toutes les deux : la liberté des femmes. Je n’ai pas envie que les flux migratoires remettent en cause cela, or c’est déjà le cas. Vous allez me dire que la banlieue c’est merveilleux, mais quand je vais à Epinay sur Seine, je dois faire attention à la manière dont je m’habille, et je n’ai pas le sentiment d’être dans mon pays. (…) Quand je suis dans mon pays, j’ai envie de m’habiller comme je veux, et j’ai envie que les arrivants s’intègrent à cette culture de la liberté des femmes.

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L'identité malheureuse

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Beurettes, une obsession française

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Illustration du site internet Youporn

Il y a bien des manières d’interpréter une statistique. Par exemple la révélation gracieusement offerte à ses usagers français par l’un des plus importants « tubes » pornos, Xhamster, à l’occasion du 14 juillet. Le site a classé les recherches de ses usagers hexagonaux par ordre de fréquence :Capture d’écran 2019-07-20 à 14.55.54Que « beurettes » arrive en tête de liste, et qu’« arabe » le talonne de près, peut avoir une foule de significations. Est-ce l’objet de la recherche des « beurs », qui viseraient ainsi à s’apparenter, dans leurs fantasmes, à leurs homologues féminines dans la « communauté » — le terme le plus exécrable du français contemporain ? Ou l’obsession de « Gaulois », comme disent les racistes « indigènes », désireux de s’approprier, par écran interposé, les gazelles qui arpentent leurs boulevards ? Le désir, si je puis dire, de lever le voile…

Postulons que l’objet de la recherche, en soi, correspond le plus souvent à ce dont on est frustré. Les règles de fer qui régissent les relations sexuelles au Maghreb, maintes fois documentées par des exégètes très sérieux, expliqueraient cette prédominance de la « beurette » dans les recherches des « beurs », puisque dans la réalité ils en sont privés — jusqu’au mariage. La prédominance de certaines pratiques préservatrices d’hymens, elle aussi largement documentée, va de pair avec cette frustration — à moins que l’on ne se résigne à se procurer un hymen artificiel auprès de la société chinoise Gigimo, pour une poignée d’euros. L’usager ferait donc sur l’écran de son ordinateur le brouillon de ses futurs baisers no limit.
D’un autre côté, la statistique globale fournie il y a quatre ans par Pornhub, le principal fournisseur de sexualité en boîte,Capture d’écran 2019-07-20 à 14.56.47révèle plutôt une tendance à aller chercher ce dont on est curieux. Les pays anglo-saxons, par exemple, mettent en tête de leurs quêtes le mot « lesbian » : quel sociologue nous expliquera pourquoi Américains, Anglais et Australiens plébiscitent ainsi l’homosexualité féminine? Le souci de savoir ce que font leurs mères, leurs femmes et leurs filles avec d’autres filles dès qu’elles sont débarrassées de leur maladroite présence ? Quels fantasmes nationaux sont ainsi révélés?

Les « tubes » ne nous renseignent pas sur le sexe de leurs clients fureteurs. Mais les usagers courants de la pornographie étant très majoritairement des mâles, comme le révélait dès 2014 une étude IFOP… À noter que dans cette étude, « beurettes » était très loin dans les classements. La montée de la demande est donc très récente — et j’ai tendance à croire davantage un « tube » calculant sa fréquentation sur les millions de visites qu’un institut de sondages, aussi sérieux soit-il, interrogeant 1003 personnes.

J’ai d’autant plus tendance à croire que les demandeurs de beurettes X sont leurs proches que des sous-catégories — « filles de ma cité », « beurette en gang bang » — fonctionnent comme des cas particuliers. De même la transgression des transgressions, la beurette soumise à un « black » — alors que longtemps le rêve du Black a été la Blonde — d’où le site blacksonblonde.com, qui alimente quelques fantasmes qui quantitativement (peu de femmes fréquentent les sites pornos) concernent surtout les Blacks (et la petite poignée de « Gaulois » candaulistes rêvant que leurs Gauloises soient fumées par des Africains). De même que la « beurette » de xHamster n’est pas l’objet de la recherche des beurettes bien réelles — qui n’ont pas d’attrait particulier pour la représentation de leur déchéance, question exploitation elles n’ont rien à apprendre… Celles que je connais et auxquelles j’enseigne n’ont qu’un rêve : quitter la famille, s’affranchir des grands frères, partir loin de la cité. L’une d’entre elles, cette année, fort jolie et fort intelligente, racontait dans un texte improvisé combien elle était lasse des regards gluants et des propos obscènes. Elle a réussi le concours d’entrée d’un IEP lointain, et elle en était ravie.

J’ai sérieusement étudié la pornographie, j’ai écrit sur le sujet un chef d’œuvre impérissable…

>>> Lisez la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

La société pornographique

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Pas de vacances pour les Bien-Pensants!

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De gauche à droite: Rosanna Arquette, Richard Gere et le Pape François. © Photos : Sthanlee Mirador/Sipa USA/SIPA Valerio Nicolosi/AP/SIPA Giuseppe Ciccia/PACIFIC P/SIPA Numéros de reportage: SIPAUSA30171809_000073 AP22366192_000002 00852864_000022

En ce mois d’août 2019, les acteurs Richard Gere et Rosanna Arquette font des sorties plus remarquées que remarquables. Quant au Pape, il ne s’autorise plus à parler politique que pour dénigrer le souverainisme des peuples européens…


Cette semaine a permis d’assister au spectacle drolatique des Belles Âmes, lesquelles ne savent plus trop quoi faire pour occuper leur temps libre.

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L’acteur Richard Gere tout d’abord, devenu comique malgré lui, est venu faire le show en Méditerranée avec des migrants dont il demande au petit peuple européen d’assurer l’accueil, se gardant naturellement bien de les emmener sous son bras généreux dans sa villa cossue. Il faut dire, le monde hollywoodien semble être en proie à quelque redoutable bacille toxique, en pleine décompensation anti-Trump, ne sachant plus trop quoi produire comme preuve de sa bien-pensance malsaine contre laquelle des décennies de psychanalyse caricaturale et onéreuse ou de méditation guidée auront été manifestement inefficaces. Ainsi, Rosanna Arquette, la malheureuse possédée, s’est déclarée dans la même semaine «honteuse et dégoûtée d’être née blanche et privilégiée» (même si cela présente toutefois l’avantage de pouvoir recourir abondamment à la chirurgie esthétique laquelle n’est, comme chacun sait, pas accessible au tout venant). Bref, ces pauvres gens vont mal et il semble urgent de s’en prémunir par quelque prophylaxie de circonstance, bien que le rire demeure la première des médecines.

Richard Gere, Rosanna Arquette et le Pape

Le Pape, ensuite, semble désormais clairement faire partie des croix et des épreuves que les Chrétiens doivent porter pour gagner leur chemin au Paradis. Coutumier des déclarations-bouillies, François a cette fois-ci décidé de s’essayer à la philosophie politique (demain ce sera peut-être le macramé, qui sait ?), fustigeant tout à trac le méchant «souverainisme». Jusqu’à présent, on avait le célèbre mantra «le nationalisme c’est la guerre». Désormais, c’est carrément le souverainisme issu lui-même du méchant «populisme» qui nous conduit tout droit à Hitler en personne.

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Forcément, que les peuples soient souverains, c’est dangereux. Celui que le destin vengeur nous a imposé comme Pape concède tout de même qu’il est normal que les peuples détiennent leur souveraineté (Comment, du coup? Par l’opération du Saint-Esprit? Nul ne saura, c’est un épais mystère jésuitique…), mais à la condition au fond de ne pas l’exercer et d’être privé des moyens pour cela. Il est du reste bien connu qu’avant l’avènement funeste du rouleau compresseur institutionnel de l’Union européenne, les peuples européens vivaient repliés sur eux-mêmes à la manière des bigorneaux, n’avaient jamais de contacts entre eux… La culture européenne d’ailleurs n’existait pas, les artistes, les intellectuels, les artisans n’échangeaient pas, le commerce non plus et chacun vivait d’ailleurs tapi dans une grotte, comme Paco Rabanne à l’approche de l’an 2000.

Il est toujours bon de rire mais…

Notons enfin que ce biais de la question migratoire semble être le dernier moyen qu’ait trouvé le Pape pour se mêler des affaires séculières… Ce qui constitue une très sérieuse entorse à la laïcité, ce dont personne ne semble se soucier pour une fois!

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Ce n’est pourtant pas, semble-t-il, aux prélats de s’occuper des affaires politiques, ou alors, tant qu’à faire, on aimerait l’entendre un peu plus au secours de ceux qui, en Europe, souhaitent justement protéger la civilisation issue du judéo-christianisme… grâce à laquelle il a son travail. Tout comme on aimerait voir François un peu plus concerné par le sort des Chrétiens d’Orient massacrés ou persécutés.

Il est toujours bon de rire. Mais que ce soit le Pape (qui n’a donc nul besoin de l’avion et de l’ivresse des cimes pour dire des fadaises), ou les bouffons en provenance d’Hollywood, si les Belles Âmes pouvaient se contenter de faire leur show dans le cercle familial le temps du mois d’août, cela nous ferait des vacances!

La gauche décoloniale colonise le monde

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Statue de Cecil Rhodes, figure majeure de l'Empire britannique en Afrique au XIXème siècle, démontée à l'université du Cap (Afrique du Sud), le 9 avril 2015

L’hégémonie de la gauche décoloniale, héritée de la pensée anglo-américaine, est en train de s’imposer dans le monde. En s’appropriant le monopole du bien, elle veut créer de nouveaux rapports de force au détriment des « hommes blancs ».


Il n’est rien de plus paradoxal que de voir le mouvement décolonialiste coloniser mentalement la planète. Les réflexes n’ont pas changé : il s’agit de réévangéliser les sociétés en prêchant le multiculturalisme. En effet, la gauche indigéniste veut détrôner «l’homme blanc» pour régner sur le monde de demain. Les décoloniaux sont des conquistadores du progrès : ils ne veulent pas ajuster la mémoire, mais la déconstruire de toutes pièces. Au lieu d’ajouter des nuances au tableau, ils veulent les effacer comme les meilleurs propagandistes de l’URSS.

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Il ne s’agit pas de créer un monde libéré des rapports de pouvoir, mais une société dont le sommet serait réservé à de nouvelles élites. Les indigénistes ne rêvent pas d’une société
réellement horizontale, mais de reconstruire une pyramide dans laquelle les différents paliers refléteraient les politiques de discrimination positive. Il ne s’agit pas seulement de renverser le pouvoir, mais d’inverser le pouvoir. La gauche indigéniste veut abolir ce qu’elle appelle les «privilèges blancs» pour instaurer une sorte de régime de compensation raciale.

Remplacer une hégémonie par une autre

Rien n’illustre mieux le moteur colonisateur du décolonialisme que l’hégémonie de la gauche universitaire dans le monde intellectuel, à laquelle contribuent beaucoup les démocrates américains, déjà bien radicalisés. Avec des figures comme Alexandria Ocasio-Cortez et Ilham Omar, le Parti démocrate est devenu l’avant-garde mondiale de ce nouveau courant politique. Aux côtés de ces figures de la nouvelle gauche, même Berny Sanders pourrait passer pour le reflet inversé de Trump. Quant à Hilary Clinton, elle passe déjà pour une aristocrate paternaliste. La «blanchitude» ne ment pas : être WASP en 2019, c’est être complètement dépassé dans le pays de l’Oncle Sam.

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Comme les théoriciens de leur propre mouvance, de nombreux démocrates voient maintenant du colonialisme partout. Puisque le racisme serait un système et que ce système serait englobant, rien n’échappe plus aux inquisiteurs : la société entière est visée. «Mais quand on y pense vraiment, quand quelqu’un dit qu’il est trop difficile de créer un espace vert où l’on cultiverait du yucca, par exemple, au lieu du chou-fleur – ou quelque chose du genre – c’est qu’il a une approche coloniale de l’écologisme», déclarait en mai dernier Alexandria Ocasio-Cortez, égérie de la gauche américaine. Refuser de cultiver certains légumes serait aussi devenu la marque du colonialisme. Rien de moins.

Le colonialisme en tout lieu

Depuis déjà plusieurs années, la France subit les assauts de cette gauche américaine qui a complètement court-circuité son universalisme. D’ailleurs, des intellectuels comme
Foucault, auteur rattaché à la French Theory, avaient bien préparé le terrain de cette pensée repentante. À tel point que la laïcité, une politique étant censée favoriser le métissage, incarne maintenant le racisme aux yeux mêmes de certains Français. Il ne s’agit plus seulement d’importer le puritanisme néo-féministe, mais de convertir l’Hexagone à une vision proprement anglo-américaine de la diversité, c’est-à-dire une vision qui amalgame la culture et la nature dans un esprit qui frise le racisme! Nous n’en sommes plus à un paradoxe près…

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La gauche américaine est si puissante qu’elle est parvenue à convertir une partie de la gauche latino-américaine à son multiculturalisme radical. Il faut notamment lire El País pour constater à quel point cette réalité est plus que jamais véridique. D’héritage marxiste et surtout réfractaire à tout impérialisme américain, la gauche latina se laisse pourtant conquérir, et il est à déplorer qu’une grande institution comme El País se laisse aussi facilement séduire par ces gringos faisant pénitence.

Par ailleurs, en Amérique latine, l’influence de la gauche américaine se traduit par des séances inédites d’autoflagellation. Récemment, une intellectuelle nous invitait dans les pages d’un journal mexicain à redécouvrir l’héritage africain du Mexique. Les intentions sont bonnes et les faits avérés, mais il n’y a presque plus aucun noir au pays de Benito Juárez, les afro-mexicains s’étant complètement fondus dans la masse. À quelle problématique, donc, vient répondre ce point de vue? Pourquoi dépoussiérer cette histoire? Le Mexique n’a rien d’un Cuba ni d’un Brésil. Serait-ce pour refaire le procès de l’Espagne? Le Mexique doit-il alors se découvrir des origines africaines pour avoir droit à une plus grande part du gâteau décolonial? Enfin, doit-il s’excuser d’être un pays métissé?

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Quand l’impérialisme se veut décolonial

La gauche américaine a fait traduire dans plusieurs langues les concepts qui lui servent d’armes idéologiques. Les notions de «racisme systémique», de «privilège blanc» et de
«blanchitude» sont devenues monnaie courante dans des régions du monde où elles sont souvent inapplicables. Quoi de mieux que d’imposer son pouvoir tout en prenant le parti des faibles? La gauche académique fait fi de la diversité mondiale pour appliquer de manière uniforme des concepts supposés valoriser les différences. Partout dans le monde, ou presque, cette gauche impose sa vision sans se soucier des réalités locales. Elle applique universellement une grille de lecture américaine qui est parfois défaillante sur son propre terrain. Son succès est si grand qu’elle pourrait réussir à recréer des tensions raciales dans des pays où elles étaient en train de s’atténuer. Un renversement renversant!

Pour en finir avec la repentance coloniale

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La face cachée du multiculturalisme

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Singapour: les morts hantent les vivants

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Promenade devant l'hôtel Marina Bay Sands à Singapour, septembre 2016. Photo : Roslan Rahman/ AFP

Sous ses airs de Monaco asiatique, la cité-État de Singapour cache un passé qui ne passe pas. À l’ombre des gratte-ciel flambant neufs, les victimes des atrocités commises par l’occupant  japonais (1942-1945) crient justice.


Dès son arrivée à Singapour, le voyageur européen comprend qu’il a changé de dimension. À l’intérieur du « meilleur aéroport au monde » (selon le classement Skytrax), la plus haute cascade artificielle existante, le « Rain Vortex », déverse 500 000 litres d’eau de pluie sur une hauteur de 40 mètres au milieu d’une jungle équatoriale recréée avec 2 000 arbres et orchidées à foison. La dernière œuvre monumentale de l’architecte israélo-canadien Moshe Safdie, qui a coûté plus d’un milliard d’euros, est emblématique de l’approche futuriste de cette cité-État, devenue un pôle financier à l’échelle planétaire.

À Singapour, rien n’est laissé au hasard. L’édification des gratte-ciel du nouveau quartier d’affaires est soumise à de savants calculs en conformité avec les principes de l’art millénaire chinois du feng shui, qui vise à optimiser les flux d’énergie. L’État veille à la sérénité des lieux en appliquant une politique de tolérance zéro en matière d’incivilités, de corruption ou de trafic de stupéfiants. Ici, pas d’atmosphère chaotique ponctuée de bruits de klaxons. L’ordre et le calme règnent grâce à des milliers de caméras dissimulées dans l’espace public et bientôt renforcées par l’installation de dispositifs de reconnaissance faciale sur les 100 000 réverbères de la ville [tooltips content= »lesechos.fr/monde/asie-pacifique/ securite-singapour-va-tester-la-reconnaissance-retinienne-136249″](1)[/tooltips]. Sur fond de gigantisme et d’une débauche de luxe, les affaires sont florissantes. C’est Monaco à la puissance mille !

Mais dans ce paradis capitaliste de la finance globalisée où les fonds d’investissement spéculatifs règnent en maîtres, il reste un phénomène que personne ne parvient à maîtriser : celui de la prolifération des apparitions surnaturelles ! Dans les parcs, sur les plages, dans les rues, les fantômes sont légion [tooltips content= »todayonline.com/lifestyle/10-most-haunted-places-singapore »](2)[/tooltips], c’est en tout cas une évidence pour les habitants de la ville. Au grand désarroi du monde des affaires, les ectoplasmes sont même particulièrement présents dans les somptueux palaces de la ville hérités de la colonisation britannique.

Ceux-ci se montrent particulièrement facétieux et incommodants un mois par an, lors du septième mois lunaire bouddhiste ou taoïste, dit « mois des fantômes affamés », lorsque les esprits tourmentés des damnés reviennent hanter les vivants du fond de leurs enfers. Pour les apaiser, les Singapouriens (dont 75 % sont Chinois) multiplient les offrandes et rivalisent de piété. Ils se gardent bien d’entreprendre quoi que ce soit d’important en cette période périlleuse.

Reste à savoir qui est responsable de cette invasion d’outre-tombe. Tout d’abord, la poussée démographique et la spéculation immobilière ont aiguisé les appétits de terrains. On a donc systématiquement détruit des cimetières, exproprié les sépultures et reconstruit des immeubles sur ces lieux sensibles, sans se soucier du sacrilège commis.[tooltips content= »campus.sg/why-are-some-mrts-considered-haunted/ « ](3)[/tooltips]

En second lieu, l’ancien occupant japonais (1942-1945) continue à semer le chaos et à déchaîner des forces infernales par ses atrocités passées et par le refus de faire acte de repentance. Pour rappel, à la chute de Singapour, en 1942, quelque 50 000 soldats britanniques et alliés furent faits prisonniers et soumis aux pires sévices par les troupes du général Tomoyuki Yamashita (pendu aux Philippines en 1946) qui, dans une offensive éclair avaient conquis la péninsule malaisienne. Nombre d’entre eux furent affectés à la construction de « la voie ferrée de la mort » reliant la Thaïlande à la Birmanie, comme le relate l’écrivain Pierre Boulle dans Le Pont de la rivière Kwai.

À Singapour même, les Japonais, par le biais de leur « Gestapo », la Kenpeitai, et de collaborateurs locaux, se lancèrent dans une opération visant à éliminer tout ennemi potentiel au sein de la communauté chinoise. Il s’ensuivit le massacre dit de Sook Ching, à savoir l’élimination par des méthodes atroces d’hommes chinois âgés de 18 à 50 ans. Les Singapouriens ont avancé le nombre de 50 000 victimes, alors que les Japonais n’en reconnaissent que 5 000 !

Au fil des décennies, la découverte de charniers grâce au travail d’historiens internationaux et aux témoignages de familles de victimes, a permis de lever le voile sur cette histoire tragique. En témoigne, par exemple, le terrain de golf de l’île singapourienne de Sentosa, lieu très prisé par les joueurs de golf nippons, construit sur un ancien ossuaire.

Après avoir épluché des archives de guerre japonaises, le chercheur Lim Shaobin a révélé qu’une branche de l’infâme Unité 731, dédiée à la recherche sur la guerre biologique et chimique, avait été installée par les Japonais pendant la guerre à l’école de médecine de Singapour, car les puces de rat porteuses de la peste bubonique pouvaient y bénéficier de conditions climatiques idoines. Parachutées par avion au-dessus de la Chine, les puces infectées décimèrent près de 10 000 personnes [tooltips content= »straitstimes.com/singapore/wwii-spore-used-as-base-to-spread-disease »](4)[/tooltips].

Refusant obstinément la reddition de leurs forces d’Asie du Sud-Est en 1945, 300 officiers japonais se suicidèrent collectivement à l’intérieur du Raffles Hotel, le palace emblématique de la ville [tooltips content= » « The Real Japanese Surrender », The Sunday Times (The Straits Times), 4 septembre 2005. »](5)[/tooltips]. Dans le magnifique Goodwood Park Hotel, sur Scotts Road, d’autres de leurs collègues impliqués dans des massacres, tortures et expérimentations sur les êtres humains furent jugés lors de procès similaires à ceux de Nuremberg en Europe, puis pendus dans la foulée.

À ce jour, malgré sa culpabilité incontestable, le Japon n’a consenti à rendre à Singapour que 50 millions de dollars singapouriens (32 millions d’euros), extorqués de force pendant l’occupation aux Chinois de la ville. Devant tant d’amnésie, et de pingrerie, les esprits errants des défunts ont encore de beaux jours devant eux. Welcome to Singapour.

Singapour : La cité-Etat ambitieuse

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L’Asie du Sud-Est 2017 : bilan, enjeux et perspectives

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PMA et GPA: pas encore votées, déjà adoptées (par nos élites)!

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Selon le magazine Closer, la vedette de TF1 Christophe Beaugrand et son mari "attendraient un enfant" en ayant recours à la GPA, une pratique pourtant interdite en France © Jacques BENAROCH/SIPA Numéro de reportage : 00910423_000102

Disons-le tout net, le PACS a mené au mariage… qui mène à la PMA… qui mène à la GPA… qui mènera à la libéralisation de la recherche sur l’embryon. Bientôt: les chimères génétiques. La boucle est bouclée.


Au lieu de l’action, c’est la fuite en avant sur le front sociétal. La PMA n’est pas mise en débat à l’Assemblée qu’on a anticipé la GPA. Depuis les politiques jusqu’au peuple en passant par les élites et les sondeurs patentés ; depuis les journaux de tout bord jusqu’aux émissions télévisées ; depuis belle lurette, on parle de la PMA comme si la loi était votée. La page est tournée sans avoir été écrite. Des extrémistes donneront de la voix à la rentrée ? Qu’on les fasse taire et passons à autre chose ! Bien joué !

A lire aussi : Marc-Olivier Fogiel: « Ce n’est pas la génétique qui m’a fait père, c’est le désir »

Les diktats du désir

Dans Le Figaro du 2 août, la philosophe Chantal Delsol analyse « le rouleau compresseur » menant du PACS à l’eugénisme, non plus programmé par un Etat totalitaire mais « légitimé par la volonté individuelle » : ce qu’elle appelle excellemment : « la roue crantée du progrès ». Guillaume Larrivé, tête de gondole du clan LR, prépare, à haute voix, son projet de loi contre la GPA, afin de nous éviter de nous réveiller « hagards, dans un monde transhumaniste, qui ne respecte plus les normes humaines ».

Ce qui le dispense, pour lors, d’être vent debout contre la PMA, porte royale du transhumanisme, avec l’instrumentalisation du corps humain et le marché juteux de l’or blanc. L’épiscopat pointe les dangers de la PMA. Un journal catholique la banalise tout en reconnaissant que ses conséquences, extrêmement néfastes, seront peu de chose en fonction de ce qui vient. Ainsi s’accomplit la prophétie : le PACS a mené au mariage qui mène à la PMA qui mène à la GPA qui mène à la libéralisation de la recherche sur l’embryon. Bientôt les ciseaux CRISPR-CAS9 et les chimères génétiques. La boucle est bouclée.

Macron nage

Au fort de Brégançon, le président nage, en gilet jaune, au milieu de ses sous-marins, en attendant le dénouement de la pièce, à l’affiche depuis 6 ans : Nouvelles Familles, scénario et mise en scène de et par « La Compagnie H. et Cie ». Il se frotte les ailerons : le travail de sape a été parfait. Ah ! Les enfants, le « don et le donneur » : quelle trouvaille ! Il peut compter sur sa jeune Chambre, biberonnée à l’idéologie. La PMA n’est-elle pas « actée » dans l’opinion ? Madame Delsol parle même de « fatalité ». C’est que la pièce manie admirablement les deux ressorts tragiques que sont la pitié (la femme en mal d’enfant) et la terreur (l’homophobie).

A lire aussi, du même auteur : « Faire des enfants sans faire l’amour est terrifiant »

Place au final de la récitante tirant la morale de la pièce : « Rien éthiquement ne s’oppose à la PMA. » Un spectateur, qu’on appellera Z., s’écrie du fond de la salle : « Eh bien voyons ! » : il est exfiltré. « Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. » Ainsi parle Hector dans la pièce de Giraudoux La guerre de Troie n’aura pas lieu. Si le droit est une fiction, le théâtre une illusion, le réel est têtu. Amandine, comme Capri, c’est fini. Au lieu de jouer les Cassandre dans les tribunes, de planter des drapeaux sur des châteaux de sable au bord de l’Océan, le temps est venu pour tous de battre le rappel des énergies. « Allons, enfants de la patrie ! » La pièce ne fait que commencer.

La guerre de Troie n'aura pas lieu

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Terrorisme: l’ex-patron de la DST passe aux aveux

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yves bonnet terrorisme islam
Yves Bonnet, ancien chef du contre-espionnage français. Auteurs : LYDIE/SIPA. Numéro de reportage : 00577164_000004

D’après l’ancien chef du contre-espionnage Yves Bonnet, la France avait passé un pacte de non-agression avec les terroristes palestiniens au lendemain des attentats de la Rue des rosiers en 1982. Sans grand succès.


6 morts, 22 blessés. Le 9 août 1982, il y a trente-sept ans, à coups de rafales de pistolets mitrailleurs et de grenades, les terroristes pro-palestiniens du groupe Abou Nidal ont semé la mort dans un restaurant casher de la rue des Rosiers, Chez Jo Goldenberg. À la suite de cette tuerie, et à en croire Yves Bonnet, les services de renseignement français auraient conclu un pacte verbal avec les terroristes palestiniens pour obtenir la fin des attentats sur le sol français. « On a passé une sorte de deal verbal en leur disant : Je ne veux plus d’attentat sur le sol français et en contrepartie, je vous laisse venir en France, je vous garantis qu’il ne vous arrivera rien » a donc avoué l’ancien directeur du contre-espionnage français. S’il n’y a aucune raison de douter des déclarations d’Yves Bonnet, on ne doute pas non plus que ce dernier a agi sur ordre et n’a pas passé cet accord indigne de son propre chef.

Indigne car derrière la realpolitik qui voudrait protéger le pays des actes terroristes se cachent les compromissions et la démission devant la terreur, ennemie mortelle de notre démocratie. Et les terroristes, eux, ne sont pas dupes. Ils savent que ce type d’accord est le paravent d’une indicible lâcheté, le signal qu’ils pourront toujours exiger plus encore dès lors que la première digue aura cédé.

Fausses promesses, vrais attentats

Ils n’attendront d’ailleurs pas longtemps. Le 21 août 1982, deux artificiers de la police sont tués par la bombe qu’ils désamorçaient avenue de La Bourdonnais à Paris. Cet attentat sera revendiqué par les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises fondées par Georges Ibrahim Abdallah, condamné par une Cour d’Assises française pour complicité d’assassinat en 1986 et toujours emprisonné à ce jour.

Le 17 septembre 1982, les mêmes FARL revendiqueront un attentat contre la voiture du responsable de la sécurité de l’ambassade d’Israël en France, à proximité du lycée Carnot à Paris.

Le 31 décembre 1983, deux attentats attribués au terroriste pro-palestinien Carlos perpétrés à la gare Saint-Charles de Marseille et dans le TGV Marseille-Paris feront 4 morts et 45 blessés.

En décembre 1985 dans les grands magasins parisiens, en février 1986 dans la galerie Claridge des Champs-Elysées, à la Tour Eiffel, chez Gibert Jeune, au Forum des Halles, en mars 1986 sur la ligne ferroviaire Paris-Lyon, à la galerie Point Show des Champs-Élysées, à la gare RER de Châtelet-les Halles, en septembre 1986 à la gare RER de la Gare de Lyon, au bureau de poste de l’Hôtel de ville, à La Défense, au Pub Renault de la rue Marbeuf, à la Préfecture de Police, et au magasin Tati de la rue de Rennes, Paris tremblera sous les bombes posées par Fouad Ali Saleh, terroriste tunisien à la solde du Hezbollah. 14 morts et 303 blessés.

On ne négocie pas avec la terreur 

Voilà ce que l’on récolte à pactiser avec des terroristes. Que l’on ne se méprenne pas, les pactes de non-agression n’ont jamais duré. Le plus faible, celui qui avait le plus à perdre et le moins de courage, celui qui préférait sa tranquillité bourgeoise ou idéologique à la nécessité du combat, celui-là a toujours subi les assauts répétés de son ennemi, qu’importe l’accord conclu qui n’a pas plus de valeur que la parole d’un lâche qui tue à l’aveugle des innocents que ce soit dans un restaurant casher en 1982 ou une salle de concert en 2015.

On ne négocie pas avec la terreur ni avec les ennemis mortels de la République. On ne s’abaisse pas à trouver un accord auprès de celui qui le déchirera avec le couteau qu’il vous plantera dans le dos. Ce principe devrait être intangible. Mais rien n’est moins sûr. Entre 2011 et 2015, en pleine guerre civile syrienne, le cimentier français Lafarge a poursuivi son activité dans une zone « libérée » de l’armée de Bachar Al-Assad mais conquise tour à tour par les groupes djihadistes d’Al-Nosra et de Daech, activité tolérée, si ce n’est soutenue, et en tout état de cause, connue par les services secrets français. Et Lafarge d’être mise en examen pour complicité de crimes contre l’Humanité en juin 2018. Misère de la realpolitik.