D’après l’ancien chef du contre-espionnage Yves Bonnet, la France avait passé un pacte de non-agression avec les terroristes palestiniens au lendemain des attentats de la Rue des rosiers en 1982. Sans grand succès.


6 morts, 22 blessés. Le 9 août 1982, il y a trente-sept ans, à coups de rafales de pistolets mitrailleurs et de grenades, les terroristes pro-palestiniens du groupe Abou Nidal ont semé la mort dans un restaurant casher de la rue des Rosiers, Chez Jo Goldenberg. À la suite de cette tuerie, et à en croire Yves Bonnet, les services de renseignement français auraient conclu un pacte verbal avec les terroristes palestiniens pour obtenir la fin des attentats sur le sol français. « On a passé une sorte de deal verbal en leur disant : Je ne veux plus d’attentat sur le sol français et en contrepartie, je vous laisse venir en France, je vous garantis qu’il ne vous arrivera rien » a donc avoué l’ancien directeur du contre-espionnage français. S’il n’y a aucune raison de douter des déclarations d’Yves Bonnet, on ne doute pas non plus que ce dernier a agi sur ordre et n’a pas passé cet accord indigne de son propre chef.

Indigne car derrière la realpolitik qui voudrait protéger le pays des actes terroristes se cachent les compromissions et la démission devant la terreur, ennemie mortelle de notre démocratie. Et les terroristes, eux, ne sont pas dupes. Ils savent que ce type d’accord est le paravent d’une indicible lâcheté, le signal qu’ils pourront toujours exiger plus encore dès lors que la première digue aura cédé.

Fausses promesses, vrais attentats

Ils n’attendront d’ailleurs pas longtemps. Le 21 août 1982, deux artificiers de la police sont tués par la bombe qu’ils désamorçaient avenue de La Bourdonnais à Paris. Cet attentat sera revendiqué par les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises fondées par Georges Ibrahim Abdallah, condamné par une Cour d’Assises française pour complicité d’assassinat en 1986 et toujours emprisonné à ce jour.

Le 17 septembre 1982, les mêmes FARL revendiqueront un attentat contre la voiture du responsable de la sécurité de l’ambassade d’Israël en France, à proximité du lycée Carnot à Paris.

Le 31 décembre 1983, deux attentats attribués au terroriste pro-palestinien Carlos perpétrés à la gare Saint-Charles de Marseille et dans le TGV Marseille-Paris feront 4 morts et 45 blessés.

En décembre 1985 dans les grands magasins parisiens, en février 1986 dans la galerie Claridge des Champs-Elysées, à la Tour Eiffel, chez Gibert Jeune, au Forum des Halles, en mars 1986 sur la ligne ferroviaire Paris-Lyon, à la galerie Point Show des Champs-Élysées, à la gare RER de Châtelet-les Halles, en septembre 1986 à la gare RER de la Gare de Lyon, au bureau de poste de l’Hôtel de ville, à La Défense, au Pub Renault de la rue Marbeuf, à la Préfecture de Police, et au magasin Tati de la rue de Rennes, Paris tremblera sous les bombes posées par Fouad Ali Saleh, terroriste tunisien à la solde du Hezbollah. 14 morts et 303 blessés.

On ne négocie pas avec la terreur 

Voilà ce que l’on récolte à pactiser avec des terroristes. Que l’on ne se méprenne pas, les pactes de non-agression n’ont jamais duré. Le plus faible, celui qui avait le plus à perdre et le moins de courage, celui qui préférait sa tranquillité bourgeoise ou idéologique à la nécessité du combat, celui-là a toujours subi les assauts répétés de son ennemi, qu’importe l’accord conclu qui n’a pas plus de valeur que la parole d’un lâche qui tue à l’aveugle des innocents que ce soit dans un restaurant casher en 1982 ou une salle de concert en 2015.

On ne négocie pas avec la terreur ni avec les ennemis mortels de la République. On ne s’abaisse pas à trouver un accord auprès de celui qui le déchirera avec le couteau qu’il vous plantera dans le dos. Ce principe devrait être intangible. Mais rien n’est moins sûr. Entre 2011 et 2015, en pleine guerre civile syrienne, le cimentier français Lafarge a poursuivi son activité dans une zone « libérée » de l’armée de Bachar Al-Assad mais conquise tour à tour par les groupes djihadistes d’Al-Nosra et de Daech, activité tolérée, si ce n’est soutenue, et en tout état de cause, connue par les services secrets français. Et Lafarge d’être mise en examen pour complicité de crimes contre l’Humanité en juin 2018. Misère de la realpolitik.

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