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Joseph Roth: un Empire perdu et une foi obstinée

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« Tiens, lis ça. C’est le meilleur livre que j’aie jamais lu », m’a dit un ami en me tendant un exemplaire d’un siècle jauni, dont la vie ne tenait qu’à un morceau de scotch gris. C’était mal me connaître, car chez moi, les éloges superlatifs se soldent toujours en déception. D’où mon refus discret, au fil des ans, de vénérer certains écrivains adoubés par je ne sais quels gourous des lettres. Mais, ignorant l’auteur en question, et respectant les goûts de mon ami, j’ouvrai, avec moult prudence, ces pages défraîchies.

Or, il ne m’avait pas prévenu que j’allais faire connaissance avec l’un des plus grands romanciers juifs d’Europe centrale, au même titre que Franz Kafka et Stefan Zweig – ce dernier, par ailleurs, lui ayant voué une admiration sans bornes.

Bien que la postérité ait la mémoire ingrate, Joseph Roth (1894-1939) occupa, dans la vie littéraire de son époque, une place de premier rang. Né dans la ville galicienne de Brody, aux confins de l’Empire austro-hongrois, Roth grandit dans un milieu traditionnel, le laissant fortement marqué par le judaïsme (Brody compta en effet la plus grande communauté juive d’Europe de l’Est, jusqu’à son extermination par les nazis en 1942-43). Un amour des mots le poussa à suivre des cours de philosophie et de lettres allemandes à l’Université de Vienne.

Mais toute sa vie, Roth se fit le défenseur de sa véritable patrie spirituelle : l’Empire austro-hongrois. Il ressentit le déclin de ce pays comme le sien propre, sa décomposition, comme un exil profond, et la mort de l’empereur François-Joseph, comme celle de son père (d’autant plus qu’il avait perdu celui-ci très jeune, laissant un manque de figure paternelle). Durant la Grande guerre, il s’engagea comme journaliste et censeur de l’armée. Plus tard, il publia plusieurs romans nostalgiques sur le déclin de l’Autriche-Hongrie, notamment La Marche de Radetzky (1932), qu’on peut lire à côté du Monde d’hier de Zweig.

Malgré nombre d’échecs sentimentaux et financiers, Roth maintint un rythme soutenu d’articles, de romans et de feuilletons, portant un regard affiné sur les sociétés viennoise, puis berlinoise, où il s’installe en 1920. Lorsque Hitler s’empare du pouvoir en 1933, la question ne se pose pas pour cet écrivain juif et libéral : il fuit, vivant en nomade entre la France, la Pologne, la Belgique, les Pays-Bas…

Les dernières années de sa vie passèrent dans une succession de chambres d’hôtels aperçues à travers des bouteilles vides. Qui plus est, les appuis financiers de son ami Zweig n’atténueront pas son alcoolisme, ni sa santé vacillante. Les exils s’accumulent : après son Autriche-Hongrie natale et son Allemagne adoptive, l’hôtel parisien où il demeura dix ans, rue de Tournon, fut démoli. Sûrement a-t-il vu, encore une fois, ce délabrement comme le sien propre… Le coup de grâce survint avec la nouvelle du suicide de son ami, le dramaturge Ernst Toller, le 22 mai 1939. Cinq jours plus tard, Joseph Roth mourut d’une pneumonie empirée par le sevrage abrupt de l’alcool, tandis qu’outre-Rhin, les nazis brûlaient ses livres.

Un shtetl miséreux

Dans Job, roman d’un homme simple (1930), nous suivons un certain Mendel Singer, dans un shtetl (ghetto juif) de Galicie. Père de famille, enseignant la Torah aux enfants du village dans sa modeste cuisine, rien ne différencie Mendel des autres habitants, si ce n’est sa foi inébranlable, et sa certitude que la main de Dieu le guidera à travers toute épreuve. Car les épreuves ne manquent pas, pour ces villageois à la merci du froid, de la misère et des pogroms.

Justement, au fil du roman, Dieu prendra un malin plaisir à accabler Mendel Singer d’épreuves, malgré sa foi – ou plutôt, en raison de celle-ci. Certaines familles aisées du village, l’ayant soutenu pendant des années, le délaissent, ou le trahissent. Rêvant de transmettre ses valeurs religieuses et familiales à ses enfants, voilà qu’une de ses filles s’enfuit avec des Cosaques. Ses deux fils aînés, l’avenir de sa lignée, lui seront arrachés pour servir dans l’armée russe, et son dernier sera né épileptique et mutique. Mais envers et contre tout, Mendel se réfugie dans la douceur de la religion et dans les voies secrètes le reliant à Dieu, seule consolation pour les supplices du monde…

Plus tard, une opportunité se présente : s’installer à New York. Quitter ce shtetl miséreux, ce quotidien sans issue. Mais quitter, aussi, ses deux fils mobilisés, ainsi que le petit dernier, handicapé, refusé à la douane… Celui-ci sera confié à contrecœur à une famille voisine, dans une maison délabrée, et ils partiront, Mendel, sa femme, et sa fille reprise aux mains des Cosaques.

La grande ville ne leur offrira pas mieux. Au contraire : Mendel constatera qu’en quittant la misère du village natal, il abandonnait aussi sa simplicité, son enracinement, sa spiritualité. Opprimé chez lui, malheureux ailleurs : un exil qui colle à la peau de ces Juifs errants. De plus, les épreuves de Dieu ne connaissent nulle frontière : faillites, décès et incertitudes continueront de ronger cet homme simple, d’année en année. Ce Job du XXe siècle gardera-t-il sa foi ? Son démiurge l’en récompensera-t-il ?

Ce qui frappe, dans la lecture de cette saga familiale, c’est la simplicité du style de Joseph Roth, renfermant une sagesse et une spiritualité profondes. La tradition juive est décrite en long et en large, mais de manière accessible. Tout ce qu’il demande au lecteur, c’est un esprit tourné vers la lumière, et un pressentiment de l’absolu. La vie reculée du shtetl, comme celle, frénétique, de la métropole, sont dépeintes à travers le regard touchant d’un vieillard qui ne s’épuise jamais dans sa quête du bonheur, malgré une vie bonne à semer la haine. C’est pourquoi les pages se tournent de plus en plus vite, à mesure que se multiplient les interrogations sur l’avenir de sa famille, les épreuves qui s’éternisent, et une foi de plus en plus difficile à justifier, mais d’autant plus belle.

Pour un lecteur du troisième millénaire, les thèmes de Job, roman d’un homme simple résonnent encore plus fort. Il n’est pas insensé de croire que Joseph Roth avait pressenti, dans la destruction de sa Galicie juive et de sa vieille Europe, l’avancée du superficiel, du déracinement, et l’effacement du spirituel, du pérenne. En plus de la tendresse du récit, ayant fait couler plus d’une larme chez ceux à qui je l’ai offert, et sa poésie religieuse, si rare de nos jours, se glisse un message : mieux vaut être un Job, obstiné dans son espoir, qu’un Caïn, éternel cynique.

288 pages

Job, roman d'un homme simple

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La «leçon» d’écriture de Wajdi Mouawad

L’écrivain et metteur en scène Wajdi Mouawad a publié, juste avant l’été, sa Leçon inaugurale du Collège de France, prononcée le 6 février 2025.


L’intitulé de cette leçon inaugurale du Collège de France, L’ombre en soi qui écrit, en annonçait la forte dimension littéraire. En effet, la chaire inaugurée porte sur « l’invention de l’Europe par les langues et les cultures », programme extrêmement prometteur de la part d’un homme de théâtre, c’est-à-dire d’un homme du verbe. Dans cette « Leçon », Wajdi Mouawad nous livre toutes les clefs de ce verbe, dans le théâtre et dans le roman. Et il le fait avec simplicité et, surtout, une grande sincérité, notamment lorsqu’il parle de son enfance bouleversée par la guerre.

Un nom associé au théâtre contemporain

Wajdi Mouawad étant d’origine libanaise, on peut rappeler brièvement, d’abord son enfance chaotique, dans un pays ravagé par la guerre civile. Mouawad, né en 1968 à Beyrouth, émigre avec sa famille en 1978. Il fait étape en France, puis au Québec, où il effectue des études d’art dramatique et commence à écrire des pièces et à monter des spectacles. Après y avoir connu assez tôt le succès, il revient en France. Le nom de Wajdi Mouawad sera couramment associé, grâce surtout à ses propres œuvres dramatiques, au théâtre contemporain, mais je remarque qu’il a monté aussi beaucoup de classiques, par exemple Macbeth en 1992, ou Six personnages en quête d’auteur de Pirandello, en 2001. On voit dès lors la diversité de son inspiration. En 2002, il commence à publier des romans,dont Anima en 2012. Wajdi Mouawad, c’est important à noter dans le contexte libanais, est chrétien maronite, mais sans mettre en avant cette confession. Sa vision de l’homme est humaniste et universaliste. Pour lui, l’homme ne se définit pas par ses croyances, mais par sa générosité. C’est une position morale qui lui a valu d’être très critiqué au Liban, lorsqu’il s’est associé à des artistes israéliens.

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Le traumatisme de la guerre civile

Aussi bien, Wajdi Mouawad revient de loin, pour ainsi dire. Son enfance, dans un Liban meurtri, l’obsède toujours. La guerre est un drame qu’on n’oublie pas, et Mouawad l’évoque à plusieurs reprises dans sa Leçon. Ainsi, tout petit, il subit un bombardement. Il écrit : « À ses parents accourus l’enfant parvient à peine à articuler une phrase. Il reste là, hébété, défait pour toujours. » Le sang joue un rôle fondamental dans l’imaginaire de Mouawad. Il intervient dans son théâtre, qui n’est que « tragédie » tout du long : « Et puisque la tragédie, déclare-t-il dans sa Leçon, est une affaire de sacrifice, levons le rideau vers cette scène inaugurale qui nous ouvrira la porte du sang. » Pour conclure ceci : « Car le sang, il faudra bien, à un moment ou à un autre, y venir et qu’il soit versé. » Mouawad a joint l’action à la parole, à la fin de la Leçon : il s’est fait faire sur l’estrade une prise de sang, et a maculé de liquide rouge son corps offert au public présent, comme une illustration frappante, dirais-je, du vers de Valéry : « L’argile rouge a bu la blanche espèce ».

La vocation littéraire comme effraction

Wajdi Mouawad nous expose, dans cette Leçon, quel sera son programme au Collège de France. Les langues et les cultures, c’est aussi et surtout l’écriture. Dans de très belles pages, Mouawad nous raconte comment sa vocation littéraire est née, dans son enfance précisément. Il a eu du mal à s’intégrer à l’école, et ses professeurs se sont désintéressés de son cas, mais pas sa mère qui l’a encouragé à continuer et à aller dans son sens à lui.

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Mouawad alors se rêvait tout éveillé en « poisson-soi », comme il disait de manière innocente, pour se raconter des contes de fées. « Entrer dans l’écriture est un rituel », précise-t-il, ajoutant : « Oser l’effraction. Aller là où il nous est interdit d’aller. Ne pas leur demander la permission. L’écriture n’est jamais un territoire que l’on peut revendiquer pour soi. »

L’impossibilité d’accueillir l’Autre

Mouawad reprend volontiers la maxime de Peter Sloterdijk : « L’ingratitude n’est qu’un synonyme de manque de culture. » Tous deux déplorent d’une même manière l’égoïsme généralisé de notre société, le terme « égoïsme » étant la plupart du temps pudiquement minoré en « individualisme ». Mouawad voudrait échapper à ce « nombrilisme » qui nous caractérise et qui frise le non-sens. À quel type d’être humain est-on arrivé ? Mouawad répond : « Un humain disant je pour lui-même, écrit-il, condamné à ne témoigner que de lui-même par incapacité d’être autant accueilli par l’Autre que d’accueillir lui-même cet Autre. » C’est une question éthique.

Pour Wajdi Mouawad, notre seul espoir réside dans l’élaboration de récits tragiques. À quoi sert l’écriture ? Réponse de notre conférencier : à faire de la poésie, car « tout ce qui n’est pas poème est trahison ». Par sa cohérence très convaincante, très réfléchie, et digne d’un enseignement (auquel, si on est parisien, on peut assister au Collège de France, ou qu’on peut suivre sur Internet), l’œuvre de Wajdi Mouawad, puisant dans la tragédie grecque pour éclairer notre modernité, apporte quelque chose de profondément original — une de ces révélations que nous dispense parfois le théâtre, quand il demeure fidèle à ses origines…

Wajdi Mouawad, L’Ombre en soi qui écrit. Leçon inaugurale au Collège de France, jeudi 6 février 2025. Éd. Du Collège de France, 57 pages.

L'ombre en soi qui écrit

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Dupond-Moretti et le journalisme

À l’université d’été du Medef, l’ancien ministre de la Justice d’Emmanuel Macron a une nouvelle fois sous-entendu que le problème en France, c’était CNews. « Monsieur Praud et ses amis finissent par créer dans les esprits quelque chose qui est assez délétère et qui ne nous donne pas envie d’être optimiste. Le débat public est tronqué » a-t-il notamment savamment expliqué.


La scène où il s’exprime n’est pas celle du théâtre Marigny, mais le court central de Roland Garros. Cela dit, le registre de l’acteur reste identique à ce qu’il est toujours : grosse voix et indignation surjouée. Cela se passe lors d’un de ces colloques qui ne servent à rien, l’essentiel étant, selon la belle maxime de Pierre de Coubertin, d’y participer. Ou plutôt de s’y montrer. Donc M. Dupond-Moretti est venu faire là ce que – médiatiquement – on attend de lui, du Dupond-Moretti.

On guettait l’emphase, l’envolée lyrique, elle eut lieu, rehaussée d’un parallèle audacieux entre l’avocature (sic) et le journalisme. Une diatribe conclue par cette formule qui se veut être une condamnation sans appel de notre profession : « N’importe qui peut être journaliste ». Alors que, à l’opposé, vous l’aurez compris, pour être avocat et faire son fric en défendant, cette fois pour de vrai, n’importe qui et n’importe quoi, il faut du diplôme, du serment, de la toge, le nom inscrit sur la liste du barreau, etc…

Il clair que, dans l’esprit du procureur d’estrade à grosse voix, pour devenir journaliste il serait de loin préférable que l’impétrant satisfasse à quelques épreuves, quelques tests, quelques examens qui permettraient d’évaluer son niveau d’adhésion, de soumission au politiquement correct, à la doxa dominante du moment. Et, de surcroît, si possible, être en mesure de joindre à sa carte de presse une autre carte, celle du bon syndicat ou du bon parti. Ai-je besoin de préciser lesquels ?

Or, Monsieur Dupond-Moretti, une fois encore, se trompe. Que n’importe qui – moyennant certaines aptitudes tout de même, que notre tribun se rassure ! – puisse devenir journaliste est, tout au contraire de ce qu’il clame, une excellente chose. C’est même l’honneur du métier.

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Des confrères, il y a ceux qui sortent des écoles de journalisme, ceux qui sortent de l’université ou de telle autre filière d’études, et ceux – comme on aimait à plaisanter à mes débuts – qui sortent tout droit du bar-tabac du coin. De la vraie vie, en quelque sorte.

Cette diversité d’origine constitue en effet la richesse même de la profession. Et je le répète, sa gloire, son honneur.

Il y a des années de cela, à l’époque où Le Parisien était encore Libéré, un gars d’une trentaine d’années ne rêvait que d’y devenir journaliste sportif. Il quitta son boulot d’employé de bureau et se fit embaucher comme éboueur afin de pouvoir continuer à nourrir femme et enfants. Il disposait ainsi de la plus grande partie de sa journée qu’il employait à faire le siège de la rédaction la plus proche de chez lui. Il se tenait là, patient, imperturbable. Jusqu’au jour, où puisqu’on l’avait sous la main, on l’envoya couvrir un match de foot de patronage. Une grosse décennie plus tard, ce « n’importe qui » était devenu chef du service des sports du quotidien. Ce cas n’est pas unique, loin s’en faut. L’honneur du métier, vous dis-je.

Pour tout dire, journaliste, c’est un peu comme ministre, « n’importe qui », au fond, peut le devenir. Monsieur Dupond-Moretti devrait le savoir, lui qui l’a été.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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L’ULB pour Rima Hassan contre Alain Destexhe: deux poids, deux mesures

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L’Université libre de Bruxelles confirme Rima Hassan comme marraine de promotion des étudiants en droit mais poursuit l’ancien sénateur Alain Destexhe.


« C’est l’ULB qui met les Juifs en danger. » La Faculté de droit de l’ULB vient de confirmer jeudi 28 août le choix des étudiants de nommer Rima Hassan marraine de la promotion 2025-2026. Le Conseil facultaire prend bien soin de préciser que cela « n’engage pas l’université », que rien sur les diplômes n’indiquera le nom controversé et que, dès l’année prochaine, un encadrement plus strict du choix des noms sera mis en place pour la promotion 2026… À l’analyse pourtant, il faut rappeler un chiffre: seul un étudiant sur cinq a effectivement voté pour Mlle Hassan, soit 42% de 51,6% de participation.

Une minorité militante a donc imposé son choix au reste de la promotion. L’ULB souligne que l’an prochain, la liste des noms sera davantage encadrée, preuve du malaise existant au sein de l’université.

Dans le même temps, l’université engage des poursuites contre l’ancien sénateur belge Alain Destexhe pour « incitation à la haine ». Que lui reproche-t-on ? D’avoir publié sur X un court extrait de la liste des prénoms (et aucun nom) des étudiants de cette promotion, soulignant qu’une grande partie est d’origine arabo-musulmane – un simple constat statistique, qui reflète l’évolution démographique bruxelloise. Un fait que tout le monde peut constater au quotidien et qui, loin d’être stigmatisant, témoigne au contraire de l’intégration de ces jeunes dans l’enseignement supérieur. 

Destexhe a mis en lumière une réalité sociologique qui peut, en partie selon lui, expliquer le choix de Rima Hassan, dans un contexte où Gaza mobilise fortement une partie de l’opinion et encore plus les Belges d’origine arabo-musulmane. Or, là où Rima Hassan multiplie les outrances – allant jusqu’à évoquer la mainmise des juifs sur les médias et la politique, menaçant l’eurodéputé Bellamy, ou mettant en danger l’imam Chalghoumi – l’ULB ne voit pas matière à s’opposer à sa nomination symbolique ! Mais lorsque Destexhe se borne à publier une petite liste de prénoms d’une proclamation, l’université crie à « l’incitation à la haine » et porte plainte ! 

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Deux poids, deux mesures. D’un côté, on ferme les yeux sur une élue qui flirte avec l’antisémitisme et refuse de qualifier de terroristes les auteurs du pogrom du 7-Octobre. De l’autre, on poursuit un ancien sénateur qui exerce une liberté fondamentale garantie par notre Constitution : la liberté d’expression. Et qui répond sans doute aux valeurs de l’ULB qui définit sur son site le libre examen comme « l’indépendance du jugement et le rejet de l’argument d’autorité ». 

Dans un communiqué de presse, le libéral belge a tenu à se défendre. « Par mon tweet, je formulais une hypothèse : le changement démographique, notamment à l’ULB, est en partie à l’origine de ce choix », explique-t-il. « Même s’il y a de nombreuses exceptions, une communauté arabo-musulmane tend à refléter son identité, ses valeurs et ses préoccupations. On le voit bien par le choix des prénoms, de la pratique religieuse (port du voile par exemple), du parti pris pour la Palestine, du vote se portant pour des candidats issus de la même communauté. Le choix de Rima Hassan n’en est que la énième manifestation. »

Alain Destexhe cite une étude de l’institut Jonathas, basé à Bruxelles et créé à la suite du massacre du 7-Octobre pour mesurer la montée de l’antisémitisme. L’Institut démontre que les préjugés antisémites sont plus répandus chez les musulmans que dans l’ensemble de la population belge. « 43 % des Belges musulmans pensent que ‘les Juifs belges ne sont pas vraiment des Belges comme les autres’, et 28 % des Belges musulmans estiment qu’il y a trop de Juifs en Belgique (page 37). »

« Le libre examen aurait précisément consisté à discuter, nuancer, réfuter cette hypothèse, explique-t-il. Au lieu de cela, l’attaque de l’ULB se résume aux poncifs pavloviens habituels de la gauche comme « les heures les plus sombres de l’histoire, stigmatisation, nauséabond… » dès qu’on a le malheur d’évoquer la réalité. Des prénoms ne permettent évidemment pas d’identifier des personnes, il n’y a aucune stigmatisation de qui que ce soit dans mon tweet. Affirmer le contraire relève d’un raisonnement totalement illogique. Depuis le 7 octobre 2023, l’ULB a toléré les pires manifestations d’antisémitisme sur le campus de l’ULB, y compris, pendant sept semaines (!), l’occupation de locaux au nom d’un terroriste palestinien. C’est l’ULB qui met les Juifs en danger sur son campus et les renvoie « aux pires heures de l’histoire ». » Il est décidément compliqué de débattre de l’islam et de l’immigration en Belgique…

Famine à Gaza: un rapport biaisé?

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L’annonce explosive de l’ONU a des effets dévastateurs sur Israël.


Le 22 août, l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC) une instance soutenue par l’ONU et considérée comme l’autorité en matière de crises alimentaires, a déclaré la famine à Gaza – plus précisément dans la ville de Gaza et pas dans les autres districts du territoire, mais personne ne s’encombre de ces nuances.

J’ai été ébranlé. Autant l’accusation de génocide contre Israël m’a paru à l’évidence une machination sordide, autant la menace d’une famine à Gaza, brandie dès les premiers jours de l’offensive israélienne et répétée avec obstination par M. Guteres, secrétaire général de l’ONU, était plausible car Israël avait pendant 78 jours, entre le 2 mars et le 19 mai, bloqué toute entrée de nourriture, eau, carburant et médicaments dans la bande de Gaza. 

Aide alimentaire : l’UNWRA écarté

Il convient de rappeler ce passé récent. N’oublions pas que c’était à la suite du refus du Hamas de prolonger un cessez-le-feu qui, depuis janvier, avait permis de libérer 33 otages vivants. Les images de ces otages en face d’une foule surexcitée et nullement dénutrie nous avaient alors profondément choqués.

Israël a élaboré avec l’aide des Etats Unis un mécanisme de distribution nouveau, organisé par une Fondation Humanitaire de Gaza, la FHG, une entité philanthropique mais faisant appel à des sous-traitants logistiques et sécuritaires privés. Cet organisme a commencé de fonctionner à la fin mai, dans quatre centres de distribution situés au sud de l’enclave, avec des difficultés de mise en place, des erreurs opérationnelles, des limitations géographiques, des contraintes sécuritaires, des mouvements de foule, des provocations de la part du Hamas et des morts…… 

Ce système de distribution alimentaire, pour la première fois depuis que l’ONU existe, ne faisait appel à aucune ONG classique, et en particulier pas à l’UNWRA dont la complicité avec le Hamas avait été avérée.

Il a donc suscité une violente hostilité de ces ONG qui ont dénoncé ses limitations topographiques, car il ne couvrait pratiquement que le sud de l’enclave, son amateurisme, son caractère commercial, ses portions soi-disant inadaptées et plus encore les dangers qu’il faisait courir aux Gazaouis qui s’y rendaient. Un rapport de Médecins sans Frontières du 7 août a été jusqu’à accuser le FHG d’organiser des tueries. Un indice, en passant, de la dérive d’une organisation qui fut glorieuse dans le passé….

Mais le FHG diabolisé s’est amélioré, a délivré jusqu’à aujourd’hui 140 millions de repas de 2000 calories chacun à la population de Gaza ; de ce fait les prix sur les marchés se sont effondrés et le Hamas, qui stockait des ressources provenant du vol des cargaisons, se voit privé d’un trafic très juteux. M. Tom Fletcher, le coordinateur des secours d’urgence de l’ONU, l’homme qui déclarait à la BBC au mois de mai que 14 000 bébés allaient mourir à Gaza dans les 48 heures, avait eu beau prétendre dans le passé que toutes les livraisons organisées par l’UNWRA arrivaient à destination, l’ONU a récemment reconnu que 95% d’entre elles étaient pillées… Il est scandaleux que le contenu de 950 camions pourrisse à Zikim et à Keren Shalom, sous le prétexte faisandé que l’armée israélienne ne fournit pas les garanties nécessaires.

Je n’ai pas cru aux photos terribles que certains journaux, du Daily Mirror au New York Times à Libération, ont publiées sans vergogne, montrant des enfants squelettiques dont on a appris qu’ils étaient porteurs de maladies congénitales. La présence près d’eux d’adultes ou d’enfants bien portants révélait la supercherie. Mais comment crier à la conspiration anti-israélienne quand tant de témoignages crédibles montraient l’existence de dénutrition chez certains Gazaouis ?

Israël de plus en plus isolé internationalement

Le rapport qu’a commis à ce sujet le Comité scientifique de l’IPC a eu un effet dévastateur pour Israël. Le secrétariat général de l’ONU et ses services ont immédiatement imputé à Israël l’entière responsabilité de cette famine, une analyse largement reprise, y compris par notre président de la République. Il devenait indécent de rappeler que si le Hamas avait accepté de rendre les otages qu’il avait enlevés et dont la récente video de deux d’entre eux montrait les stigmates d’une dénutrition extrême, la question de la famine des Gazaouis ne se serait pas posée. 

Quant au rapport lui-même, deux de ses six auteurs ont un vrai palmarès anti-israélien: Andrew Seale avait écrit que Israël était né de la destruction de l’Etat de Palestine par des insurgés juifs et soutient aujourd’hui  les attaques des Houthis. Quant à Zeina Jamaluddin, qui vient comme par hasard d’être incorporée au Comité, elle avait écrit dans un article controversé que les statistiques du Hamas sous-estimaient le nombre d’enfants gazaouis qui mouraient de faim, un élément crucial dans la définition de famine. Pour le choix de personnes neutres, on aurait pu faire mieux…

Quelques remarques sur les éléments techniques du rapport : le critère essentiel est le périmètre brachial des enfants de moins de cinq ans: en gros, moins de 12,5 cm c’est une dénutrition, moins de 11,5cm, c’est la famine. Une mesure simple, classique mais peu précise, qui est fournie par les correspondants du comité, c’est à dire des personnels travaillant dans des centres de santé. Les chiffres sont extrapolés à partir d’enfants amenés dans ces centres alors que ceux-ci sont par définition en moins bonne santé que les enfants qui n’y vont pas. De plus, il faut supposer que la mesure a été faite de façon non biaisée. La situation est très différente d’un foyer de famine comme le Soudan où les professionnels sont sur place, ont accès à la population et peuvent fournir des résultats plus robustes.

Malgré ces limitations, le rapport a eu un retentissement massif, car le nom «Nations Unies» charrie le fantasme d’un monde de vérité, de science et d’humanité. Rien n’est moins vrai aujourd’hui. Il suffit de rappeler avec quel acharnement les responsables de l’ONU ont crié à la famine imminente dès l’automne 2023, puis le rapport de juillet 2024 de la même IPC qui concluait à une famine inéluctable alors que les mois suivants montrèrent une amélioration notable.

Que peut-on en conclure ? Qu’il y a des Gazaouis, ceux dont les moyens physiques, familiaux et financiers sont limités, qui ne bénéficient pas de liens avec le Hamas et qui habitent loin des centres de distribution, qui souffrent de dénutrition grave. Certains, en particulier des enfants, en sont morts. Leur nombre est limité, mais la fixation du regard sur cette population, alors qu’aucun intérêt n’est porté à la situation alimentaire au Soudan ou au Yemen, interroge. Pour beaucoup d’Israéliens, de droite comme de gauche, l’appui porté par la population de Gaza au génocide du 7-Octobre oblitère des sentiments d’empathie, au moins tant que les otages ne sont pas revenus. Car dans le drame nutritionnel des Gazaouis, où Israël aurait peut-être pu faire plus ou plus vite, mais qu’il essaie de résoudre, ce que bien peu de belligérants ont fait dans l’histoire, il existe un coupable essentiel, et c’est le Hamas…

Maroc: guerre entre services ou déstabilisation extérieure?

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Le rapprochement entre Paris et Rabat, consolidé par la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara, n’a pas seulement des implications diplomatiques. Il s’inscrit aussi dans une réalité plus souterraine: celle de la montée en puissance discrète des services de renseignement marocains. Dans un contexte sahélo-méditerranéen où les repères se brouillent et où la France a vu s’effriter plusieurs de ses leviers d’influence, le Maroc s’impose comme un partenaire crédible, et parfois même incontournable.


La DGED (les renseignements extérieurs) marocaine fait montre ces derniers temps d’une certaine efficacité. Dirigée par Mohammed Yassine Mansouri, elle aurait apporté une aide cruciale aux forces armées nigériennes qui auraient, selon un communiqué officiel, exécuté Ibrahim Mamadou, le chef de Boko Haram sur l’île de Shilawa dans la région de Diffa. Cette secte islamiste à l’origine de dizaines de milliers de morts et de millions de déplacés dans la sous-région est un immense facteur d’instabilité. La France peut donc compter sur cette solidité opérationnelle bénéfique à l’ensemble de la région.  À la tête de la DGED, Mohammed Yassine Mansouri incarne cette orientation. Civil dans un univers longtemps dominé par les militaires, condisciple du roi Mohammed VI au Collège royal, il a construit sa légitimité sur le temps long: d’abord à la direction de la MAP (Agence marocaine de presse), puis au ministère de l’Intérieur avant d’être appelé à la DGED en 2005. Sa carrière illustre la volonté de professionnaliser le renseignement extérieur marocain, en le plaçant à l’intersection des réseaux tribaux, des canaux diplomatiques et des coopérations sécuritaires. Africa Intelligence rapportait même il y a quelques mois que la DGED était en pourparlers avec le Niger pour faire libérer le président Mohamed Bazoum, que la France a demandé à Niamey. Une libération qui avait été évoquée lors de la visite d’Emmanuel Macron à Rabat à l’automne dernier. 

La DGST (les renseignements intérieurs), dirigée par Abdellatif Hammouchi n’est pas en reste sur un front finalement très complémentaire. Spécialiste des réseaux islamistes radicaux, M. Hammouchi a imposé au fil des ans une discipline de fer à ses troupes et transformé la DGST en référence mondiale dans la lutte antiterroriste. Sa nomination à la tête de la DGSN (police nationale) en 2015 a permis de fusionner les cultures policière et renseignement. Ses méthodes, marquées par la tolérance zéro, ont valu à ses services une crédibilité inédite auprès des partenaires européens.  Ses services sont ainsi à l’origine de l’arrestation de figures du narcobanditisme hexagonal, comme Félix Bingui l’un des chefs du gang Yoda qui se cachait au Maroc. En ce mois d’août, le remorqueur Sky White battant pavillon camerounais était interpellé au large des îles Canaries avec trois tonnes de cocaïne à son bord grâce à l’idée de la DGST marocaine qui a fourni à la garde civile espagnole des renseignements et un appui opérationnel essentiel.

Des succès qui aiguisent les convoitises

Dans le nœud sécuritaire que représente actuellement la Méditerranée et l’Afrique sahélienne, encore récemment illustré par les violentes purges au Mali, la France ne peut plus compter sur la collaboration active de nombreux pays comme c’était naguère le cas. La tension énorme avec l’Algérie qui a atteint son apex en ce début de mois d’août l’aura encore démontré. En creux s’ajoutent aussi des difficultés plus ou moins publiques avec certains de nos alliés traditionnels européens, à l’image de l’Italie qui a toujours porté un regard envieux sur l’influence française en Afrique et s’est récemment de nouveau rapprochée d’Alger. Une danse du ventre qui a bien sûr trouvé un écho favorable du côté du régime algérien, englué dans sa politique répressive qui a conduit deux de nos compatriotes derrière les barreaux – Boualem Sansal et le journaliste sportif Christophe Gleizes.  

Notre partenaire principal pour trouver des solutions dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité du Sahel se trouve désormais à Rabat. Car, il faut le reconnaitre : nous ne parvenons plus à communiquer directement avec les autorités de transition là où les Marocains sont désormais capables de jouer les intermédiaires.  La libération, en décembre dernier, de quatre agents français de la DGSE détenus à Ouagadougou, fruit d’une intercession directe de Mohammed VI auprès des autorités de transition, l’a rappelé et fut très appréciée des services français.

Cette situation privilégiée excite le voisin algérien. Ainsi, depuis quelques semaines, des rumeurs se font entendre. Il y aurait au sein du Maroc une guerre « entre espions » opposant la DGED de M. Mansouri au pôle DGST / DGSN dirigé par Abdellatif Hammouchi. Certains verraient-ils d’un mauvais œil cette réussite opérationnelle et les bons rapports entre les services marocains et français ? L’emphase mise dans les médias algériens autour du cas de Mehdi Hijaouy peut le laisser penser ainsi que diverses publications dans la presse espagnole. Présenté en témoin de moralité et en ex-numéro deux de la DGED, l’homme a quitté les services en 2010 et a des problèmes judiciaires bien réels puisqu’il est accusé de fraudes et d’aide à l’immigration illégale. Peu de rapport direct donc avec une hypothétique « guerre des services ».

Cette campagne informationnelle sur les réseaux sociaux est d’ailleurs peut-être aussi alimentée par des services concurrents. La presse espagnole glosait ainsi récemment dans El Independiente autour d’une « guerre des services » alors que la DGST et la DGED n’ont ni les mêmes missions ni les mêmes périmètres : l’une agit sur le territoire national, l’autre à l’extérieur. Début août, du reste, les deux patrons du renseignement ont passé plusieurs jours ensemble lors d’un séminaire de réflexion stratégique. Ce rendez-vous portait sur les menaces asymétriques et visait à renforcer la liaison interservices dans la lutte contre les trafics transfrontaliers reliant le Sahel à l’Europe. En fait d’une guerre entre les deux principaux services marocains, il semble plutôt que des services extérieurs cherchent à en semer une… Lesquels ? Poser la question revient peut-être à y répondre.

L’Homme en veille: sur l’abdication cognitive à l’ère de l’IA

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L’homme moderne a déjà renoncé à l’effort physique. Renoncera-t-il demain à l’effort mental ? Entre fascination technologique, passivité cognitive et fantasme d’auto-amélioration, ce texte interroge les soubassements idéologiques du nouvel ordre technologique qui s’installe.


En février 2025, une étude conjointe de Microsoft Research et de l’Université Carnegie-Mellon a révélé un phénomène que beaucoup constatent intuitivement : lorsque des travailleurs en cols blancs utilisent une IA générative, 68% déclarent réduire spontanément leur effort cognitif et près d’un sur deux affirme moins vérifier les informations produites. Plus frappant encore, les participants les plus confiants dans la machine sont aussi ceux qui déclaraient avoir fourni le moins d’effort critique lorsqu’ils l’utilisaient. L’IA grand public ne se contente donc pas de produire du contenu : elle transforme notre rapport à l’effort mental et à la vérification, et installe peu à peu un réflexe de délégation.

« Demande à ChatGPT »

En moins de deux ans, les IA génératives sont passées de curiosité à réflexe quotidien : 600 millions de personnes les utilisent chaque jour au fil de multiples sessions dont la durée moyenne atteint désormais quatorze minutes par jour. Ce rythme d’adoption signe la marque d’une accoutumance croissante qui, par son ampleur, alimente directement ces systèmes : plus nous les sollicitons, plus ils se perfectionnent, créant ainsi une dynamique où l’usage massif devient le principal carburant de leur montée en puissance.

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Si l’usage des IA se développe si rapidement, au point qu’on leur cède chaque jour davantage de terrain, c’est d’abord parce qu’il repose sur une confiance quasi instinctive qui progressivement évolue vers une forme de passivité, proche – pour beaucoup – d’une démission intérieure à bas bruit. Face à l’efficacité presque surnaturelle de ces outils, nous acceptons de réduire progressivement l’effort critique et mental qui constituait hier encore le fondement de notre autonomie intellectuelle. Ces renoncements du quotidien deviennent ainsi la condition même du développement de dispositifs techniques toujours plus puissants.

Pire, à mesure que la technologie se renforce, nous intériorisons l’idée que nous ne sommes plus vraiment à la hauteur, que la machine ne fait pas seulement mieux : elle sait mieux. Un glissement insidieux ouvrant la voie à une défiance généralisée envers la condition humaine, érigeant la technologie en réponse miraculeuse à nos imperfections et qui nous pousse dans les bras des idéologies techno-solutionnistes les plus caricaturales, dont le fondement est précisément la faillibilité humaine et son nécessaire dépassement.

De la démission à la soumission

À bien des égards, ces néo-idéologies reposent en effet sur l’idée que l’Homme, dans sa forme actuelle, est une entrave à son propre accomplissement, et que seule une amélioration radicale pourrait lui permettre de se réaliser pleinement. Ses fragilités – peurs, erreurs de jugement etc. – tout comme les travers collectifs – corruption, inégalités économiques etc. – deviennent autant de raisons pour justifier le recours massif à la technologie afin de les dépasser. Cette perception de l’Homme n’est évidemment pas nouvelle. Elle rejoint une critique ancienne que l’on retrouve déjà chez les Épicuriens et les Stoïciens, pour qui les passions humaines étaient sources de malheur. Mais là où ces écoles prônaient une libération par des moyens intérieurs – la vertu, la modération, la maîtrise de soi –, nos gourous contemporains proposent une voie radicalement différente : supplanter notre nature au travers de dispositifs technologiques exogènes. Une défiance envers la nature humaine qui se révèle également dans l’essor des technologies financières récentes – notamment celle du Bitcoin. C’est en partie dans la critique adressée aux monnaies traditionnelles – politiques économiques contestées, retour de l’inflation etc. – que prend racine l’essor des monnaies virtuelles, lesquelles s’érigent en réponses absolues à ces imperfections. Leur code devient la promesse d’une justice pure, d’une équité inaltérable.

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Or, derrière cette prétendue pureté du code informatique se cache peut-être un phénomène plus profond : le retour du sacré sous forme technologique. Ce qui jadis relevait des religions et des croyances collectives se déplace désormais vers les algorithmes, les codes, les systèmes décentralisés. La technologie n’est plus un simple outil ; elle devient un Ordre Supérieur, un principe directeur au service d’une nouvelle foi, où le jugement humain passe au second plan. L’écran devient Oracle : on pose une question, on reçoit une réponse, on s’y conforme. Qui ose encore remettre en cause les itinéraires proposés par une application telle que Waze – si chère au philosophe Éric Sadin ? Combien d’utilisateurs de X (ex-Twitter) s’en remettent déjà à l’IA de Grok pour vérifier la véracité d’une information ?

Vers un grand remplacement ?

La possibilité d’un « grand remplacement » prend dès lors une dimension inédite : peut-être moins celle des peuples que celle de l’Homme, remplacé par les systèmes démiurgiques qu’il aura lui-même conçus. Et ce basculement ne serait pas imposé par une quelconque force extérieure, mais procéderait plutôt d’une démission intérieure : un renoncement volontaire des individus à prendre en main leur destin. Plutôt que de s’élever et se perfectionner, beaucoup semblent prêts à s’en remettre aux machines, une tentation que l’on voit poindre notamment chez les plus jeunes. L’IA, les algorithmes – et demain les robots domestiques – deviennent de facto les substituts de l’effort humain dans bien des domaines.

Après s’être affranchi du travail physique, le monde développé est-il en train de basculer vers la fin de l’effort mental ? Faudra‑t‑il bientôt entretenir son intellect comme on entretient son corps, à coups d’exercices ciblés sur des applications de “fitness cognitif” ? Devra‑t‑on s’abonner à des programmes spécialisés pour éviter la dégénérescence neuronale provoquée par l’inactivité cérébrale ? Ou bien la marche sera‑t‑elle trop haute, et certains préféreront-ils directement une puce Neuralink pour doper artificiellement leurs capacités ?

Les signaux sont déjà là : plusieurs études montrent une baisse constante du vocabulaire actif moyen chez les adultes, reflet d’une érosion lente de la richesse cognitive. Si nous avons su déléguer nos muscles aux machines, rien n’empêche que nous finissions par faire de même avec nos synapses. Dès lors, ce qui subsistera de l’expérience humaine sera un corps assisté et un esprit externalisé. Les techno-utopies californiennes, loin d’incarner une émancipation, deviendraient alors l’ultime asservissement : celui que nos renoncements quotidiens auront rendu possible.

Un film noir du grand Kurosawa dans le Japon des sixties: une redécouverte

Prise d’otage haletante à la nippone…


Gondo, industriel parvenu, patron de la National, une puissante marque de chaussures (on apprendra incidemment qu’il doit son ascension sociale à la dot de son épouse bien née), domine la grande ville aux usines fumantes de Yokohama, depuis les baies vitrées de son opulente maison au mobilier high tech, perchée au sommet de la colline, signe ostentatoire de sa réussite. En conflit avec son conseil d’administration, l’homme vient d’hypothéquer ses biens pour devenir actionnaire majoritaire de l’entreprise, lorsqu’un ravisseur, croyant enlever Jun, l’enfant unique du couple, s’empare par erreur de Shin’itchi, le fils du chauffeur. Gondo hésite à payer une rançon exorbitante au péril de ses ambitions matérielles, dans le dessein de sauver l’enfant, et à sacrifier ainsi ses intérêts à la morale.    

Immense succès lors de sa première sortie

Entre le ciel et l’enfer, joyau en noir et blanc exhumé par les soins du distributeur Carlotta, ressort en salles dans une version restaurée 4K. Le film n’a pas la renommée des Bas-Fonds, de Dodes’kaden, des Sept Samouraïs, du Château de l’araignée ou encore de La forteresse cachée, autant de chefs-d’œuvre d’Akira Kurosawa (1910-1998), le prolifique grand maître du Septième art nippon. Immense succès à sa sortie au Japon en 1963, il emprunte très ouvertement aux codes du film noir américain. À l’orée des années 1960, le Japon, faut-il le rappeler, n’est plus formellement sous occupation US mais reste largement sous influence du vainqueur de la Seconde Guerre mondiale. Le film est d’ailleurs une adaptation de Rançon sur un thème mineur, un roman signé du jeune Ed Mc Bain (1926-2005), écrivain new-yorkais plus tard rendu célèbre par les aventures du 87è District. Dans le rôle de Gondo, Toshirō Mifune (1920-1997), l’acteur fétiche de Kurosawa.

A relire, Jean Chauvet: Tant qu’il y aura des films

Le premier tiers de ce long métrage de près de deux heures-et-demi est concentré dans le huis-clos de la maison du capitaine d’industrie.  Les policiers y sont en planque, tandis que le kidnappeur, au téléphone, fait part de ses exigences pour récupérer la rançon en cash…

Haletant

À partir de là, le scénario prend une dimension inattendue : dans une deuxième partie haletante, très moderne dans sa facture, Entre le ciel et l’enfer s’ouvre sur l’espace de la ville accablée de chaleur. Autour du jeune inspecteur Tokura, une légion de limiers en chemises blanches, en nage malgré les ventilateurs dont le commissariat est équipé, se lance sur la piste du kidnappeur, munie de gros moyens logistiques et scientifiques (analyse des indices, repérage de la numérotation des billets, interrogatoires des comparses, filatures…). Traque urbaine échevelée, pleine de rebondissements, sur fond de trahison par les acolytes de Gondo. De fil en aiguille l’enquête se déplace dans les bas-fonds de la cité, au milieu des prostituées et des toxicomanes, jusqu’à l’arrestation du cerveau du rapt, un détraqué bientôt condamné à la peine capitale, après que ses complices junkies ont été retrouvés morts, assassinés par overdose de cocaïne!

Extraordinaire, toile de fond d’un suspense ancré dans ce Japon en essor accéléré, la présence étasunienne avérée jusque dans les enseignes (« tailor », « florist », « wc »), et plus précisément encore dans cette séquence de dancing où, sur un rythme de jazz endiablé se trémousse, au premier plan, un Noir américain murgé au scotch ou au gin-fizz… Exacte, scrupuleuse translation des canons du film noir hollywoodien dans l’archipel asiatique.      


Entre le ciel et l’enfer. Film d’Akira Kurosawa. Noir et blanc, Japon, 1963. Version restaurée 4K.  Durée: 2h23. En salles le 3 septembre 2025

Le baroque en sursis

Depuis près d’un demi-siècle, les élites de la musique baroque se produisent à Sablé (72). Mais avec un budget amoindri, l’ampleur du festival se réduit douloureusement.


C’est un joyau qui depuis un demi-siècle bientôt donne à entendre et à voir le meilleur de la musique et de la danse baroques en France.

Mais un joyau qui n’a jamais  trouvé (à l’exception notable de l’église Saint-Louis de La Flèche) l’écrin qu’il mérite : le théâtre, le château, la chapelle qui serait à même d’exalter, dans un cadre à sa mesure, la beauté de ce que l’on y voit ou entend.

© Stevan Lira

Un majestueux château

Etrange destinée que celle de ce Festival des arts baroques de Sablé né dans un lieu que rien de prédisposait à recevoir tant de merveilles. On y découvre des chefs d’œuvre des XVIIe et XVIIIe siècles exécutés par les solistes les plus brillants, les meilleures formations, les musiciens (ou les danseurs) les plus talentueux, mais dans d’aimables églises de villages qui n’ont rien d’exceptionnel ou, à Sablé même, dans une église néo-gothique aux beaux volumes, mais dont l’acoustique est défaillante. Ou encore dans une salle de spectacle confortable, mais incluse dans un centre culturel sans caractère datant de la fin des années 1970 ce qui dit combien il représente la fâcheuse antithèse des fastes ou des beautés baroques.

Dommage ! Il existe bien, à Sablé, un imposant château édifié à l’aube du XVIIIe siècle qui abrita cette marquise de Sablé si renommée en son temps, puis des ducs de Chaulnes de la maison d’Albert de Luynes au XIXe siècle. Mais il passa entre des mains bourgeoises qui lui firent  subir une lamentable destinée avant qu’il ne soit converti dans les années 1980 en atelier de restauration des ouvrages  endommagés de la Bibliothèque nationale.  Avec sa façade majestueuse, mais quelque peu lépreuse, ainsi que sa terrasse spectaculaire dominant théâtralement la Sarthe et la petite cité, il pourrait être le somptueux écrin qui fait défaut au festival. Encore faudrait qu’il soit libéré par l’Etat de ses fonctions actuelles, comme cela est annoncé, et que sa configuration intérieure permît d’y recevoir des concerts. 

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Mais il y a plus préoccupant : le financement du festival et l’âge du public.

Celui du Festival de Sablé est assurément des plus exemplaires. Fidèle, averti, curieux et sans doute dépourvu de ce snobisme qui n’est pas garant de recueillement et d’attention, il a le mérite de suivre avec ferveur ce qui s’y déroule. Mais en accompagnant une manifestation qui célébrait cette année sa 47e édition, il a inéluctablement vieilli. Les sexagénaires y font figure de galopins  et  la plupart des concerts, hors les artistes, sont désertés par toute figure de moins de cinquante ans.  D’où espérer dès lors un renouvellement du cheptel ?  La direction artistique a beau fermer les yeux en pratiquant la politique de l’autruche, le problème est aigu et d’autant plus inquiétant que le festival est une perle baroque dont on ne peut que souhaiter la pérennité.

Comme dans un régime totalitaire

Il est aussi exposé à une vraie calamité : les pouvoirs locaux, l’autorité régionale en l’occurrence, incarnée par une enragée qui, en cherchant à faire de légitimes et souhaitables  économies, sabre à tout va dans le budget culturel le faisant passer de 14 millions  d’euros à 4,5 millions (moins 73%), sans être capable d’effectuer des choix judicieux dans ces coupes drastiques. On peut certes effectuer des économies. Encore faut-il que ce soit à bon escient, sans pénaliser de remarquables entreprises avec la même fureur qu’on peut mettre à suspendre toute aide à des manifestations d’un intérêt discutable. Mais comment espérer rencontrer du discernement dans le domaine des arts chez les politiciens de province quand à Paris on attribue le ministère de la Culture à quelqu’un qui apparaît comme caricaturalement inculte ?

Du jour au lendemain, et avec une brutalité digne d’un régime totalitaire,  la présidence de la Région des Pays de Loire a supprimé l’aide fort modeste de 50 000 euros qu’elle apportait au Festival de Sablé. Outre les respectables recettes (billetterie et mécénat local) qu’engrange le festival et qui se montent à 100 000 euros, restent la participation de l’Etat (20 000 euros), celle du département de la Sarthe (57 000 euros), et celle de la municipalité qui se chiffre à 123 000 euros. Le maire de la petite ville a réagi avec noblesse en assurant le festival de son soutien indéfectible et en le projetant vers sa cinquantième édition. Mais qu’adviendra-t-il ensuite ? Le budget artistique du festival n’est que de 150 000 euros (cachets, hébergement et déplacements des artistes), ce qui est bien peu en regard de son rayonnement et du prestige qui a été le sien. Quant à son budget de fonctionnement, il entre dans celui du centre culturel portant le nom de l’ancien maire Joël Le Theule et que dirige Roland Bouchon. Les prix des billets courent de 40 à 12 euros. 12 euros pour les auditeurs de moins de 26 ans, bien plus rares, hélas ! que ne le sont les chevreuils dans les forêts des châteaux alentour. Plus invisibles encore sont les membres de la considérable communauté africaine installée dans la région en tant que main d’œuvre dans l’industrie alimentaire.

Alors que le  Festival de Sablé doit douloureusement réduire sa durée, le nombre des concerts et la variété des sites où ils se donnent, il y a un trésor à protéger autre que le seul festival : cette profusion de jeunes musiciens de talent, ces formations de chambre remarquables qui cherchent, découvrent, exhument, ressuscitent des musiques  injustement oubliées parfois ou maintiennent vivant avec foi et enthousiasme un répertoire fabuleux. Ils ne bénéficient pas des honneurs qu’on accorde dans les médias au moindre crétin qui brame dans un micro et se ridiculise à force de contorsions sur des podiums devant des foules  décervelées.  Mais ils appartiennent à l’élite du monde artistique et de la société, ils participent à l’identité, à la richesse culturelle du pays. Et à ce titre ils méritent qu’on les soigne alors que l’existence des festivals est pour eux essentielle.

Un chef d’œuvre d’élégance

Cette année encore, chaque concert aura délivré des moments exceptionnels :

cette partition d’un auteur anonyme allemand exécutée par l’ Ensemble Théodora (violon baroque, viole de gambe, théorbe et clavecin) qui est l’exemple même de la ferveur, de la fraîcheur et de l’esprit d’aventure que dispensent ces jeunes formations de musiciens passionnés ; cet aria, « Sovente il sole », extrait de l’ « Andromeda liberata » de Vivaldi, chanté de façon proprement céleste par le contre-ténor Carlo Vistoli accompagné par les musiciens des Accents, et qui suivait un magnifique « Stabat Mater » du même Vivaldi sous la direction de Thibaut Noally ; ces admirables concertos pour deux, trois ou quatre clavecins de Bach, dont jouent avec allégresse et jusqu’à l’envoûtement  Bertrand Cuiller, Olivier Fortin, Violaine Cochard et Jean-Luc Ho, comme dans le largo du concerto en la mineur BWV 1065, accompagnés qu’ils sont par cinq autres excellents musiciens (violons, alto, violoncelle et contrebasse) de l’ensemble Le Caravansérail ou dans la transcription du troisième Concerto brandebourgeois pour  quatre clavecins;  la voix de la contralto Anthea Pichanick dans le « Stabat Mater » de Pergolèse exécuté par l’Ensemble Il Caravaggio sous la direction de Camille Delaforge.

Et enfin ce trio dansé extrait du spectacle « Que ma joie demeure », chorégraphié par Béatrice Massin pour sa Compagnie des Fêtes Galantes : un trio qui est un pur chef d’œuvre d’élégance, de spiritualité, d’équilibre et de douceur.


La prochaine et 48e édition du Festival des arts baroques de Sablé aura lieu du 19 au 22 août 2026.

Profanation du mémorial d’Ilan Halimi: ce détail essentiel

Deux frères d’origine tunisienne sont soupçonnés d’avoir abattu à la tronçonneuse l’arbre planté à Épinay-sur-Seine en mémoire d’Ilan Halimi. Cet acte, d’une violence symbolique forte, illustre encore une fois comment l’immigration incontrôlée nourrit la montée d’un antisémitisme nouveau de plus en plus visible dans notre pays.


Les premières informations dont on dispose sur les deux hommes soupçonnés d’avoir détruit il y a quinze jours l’arbre planté en hommage au jeune juif assassiné, laissent penser que l’on a affaire à des islamistes antisémites.

On a appris hier dans Paris Match que deux frères jumeaux ont été interpellés par la police ce lundi à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) non loin du mémorial en hommage à Ilan Halimi, qui a été vandalisé dans la nuit du 13 au 14 août. Confondus grâce à leur ADN et à la présence dans leur smartphone de vidéos où on les voit manipuler la tronçonneuse ayant vraisemblablement servi à couper l’olivier qui surmontait la stèle profanée, ils sont soupçonnés d’être les auteurs de cet acte antisémite hélas si symbolique de l’atmosphère irrespirable de judéophobie qui flotte depuis le 7-octobre dans notre pays. Les deux jeunes hommes ont été entendus en comparution immédiate par la justice. On saura ultérieurement s’ils sont condamnés, et à quelles peines.

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Des jumeaux tunisiens

L’information a été reprise ce matin un peu partout dans les médias. Évidemment, France Inter n’a pas jugé utile de mentionner que les mis en cause sont des SDF âgés de 19 ans de nationalité tunisienne. Ce détail a pourtant de l’importance, car il laisse supposer que nous ne sommes pas en présence de militants gauchistes. Il ne s’agit pas ici de dédouaner La France insoumise de sa responsabilité dans la recrudescence de haine anti-juive telle qu’on l’a constatée en France cet été, mais de rappeler qu’il serait mensonger de faire porter le chapeau au seul Jean-Luc Mélenchon, qui, en l’espèce, a condamné la profanation d’Epinay sans ambiguïté et jugé utile d’indiquer à cette occasion que le meurtre d’llan Halimi, ce jeune juif torturé à mort en 2006, avait été selon lui « l’acte abject d’abrutis assassins antisémites qui ne méritent que notre mépris ».

Nouvel antisémitisme

Dans sa lettre adressée à Benyamin Nétanyahou mardi, Emmanuel Macron estime que l’antisémitisme n’aurait en France qu’une seule explication: l’extrémisme politique. « Les antisémitismes de notre pays viennent de loin, ont longtemps été nourris par l’extrême droite, sont aujourd’hui aussi alimentés par l’extrême gauche qui essentialise la communauté juive et soutient la haine contre cette dernière », écrit-il. Pas un mot sur cette autre source de la haine antisémite, pourtant majeure, qu’est l’islamisme. Il est pourtant assez probable que les deux violeurs présumés de la mémoire d’Ilan Halimi aient été plutôt inspirés par des motivations religieuses qu’idéologiques. Mais comme cette éventualité ne cadre pas avec ce qu’Emmanuel Macron croit savoir, grâce à son grand ami Yassine Bellatar, des banlieues, il y a peu de chances que le président français fasse au Premier ministre israélien l’aveu de ce mal qui ronge notre pays.

Joseph Roth: un Empire perdu et une foi obstinée

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L'écrivain autrichien Joseph Roth (1894-1939) © MARY EVANS/SIPA

« Tiens, lis ça. C’est le meilleur livre que j’aie jamais lu », m’a dit un ami en me tendant un exemplaire d’un siècle jauni, dont la vie ne tenait qu’à un morceau de scotch gris. C’était mal me connaître, car chez moi, les éloges superlatifs se soldent toujours en déception. D’où mon refus discret, au fil des ans, de vénérer certains écrivains adoubés par je ne sais quels gourous des lettres. Mais, ignorant l’auteur en question, et respectant les goûts de mon ami, j’ouvrai, avec moult prudence, ces pages défraîchies.

Or, il ne m’avait pas prévenu que j’allais faire connaissance avec l’un des plus grands romanciers juifs d’Europe centrale, au même titre que Franz Kafka et Stefan Zweig – ce dernier, par ailleurs, lui ayant voué une admiration sans bornes.

Bien que la postérité ait la mémoire ingrate, Joseph Roth (1894-1939) occupa, dans la vie littéraire de son époque, une place de premier rang. Né dans la ville galicienne de Brody, aux confins de l’Empire austro-hongrois, Roth grandit dans un milieu traditionnel, le laissant fortement marqué par le judaïsme (Brody compta en effet la plus grande communauté juive d’Europe de l’Est, jusqu’à son extermination par les nazis en 1942-43). Un amour des mots le poussa à suivre des cours de philosophie et de lettres allemandes à l’Université de Vienne.

Mais toute sa vie, Roth se fit le défenseur de sa véritable patrie spirituelle : l’Empire austro-hongrois. Il ressentit le déclin de ce pays comme le sien propre, sa décomposition, comme un exil profond, et la mort de l’empereur François-Joseph, comme celle de son père (d’autant plus qu’il avait perdu celui-ci très jeune, laissant un manque de figure paternelle). Durant la Grande guerre, il s’engagea comme journaliste et censeur de l’armée. Plus tard, il publia plusieurs romans nostalgiques sur le déclin de l’Autriche-Hongrie, notamment La Marche de Radetzky (1932), qu’on peut lire à côté du Monde d’hier de Zweig.

Malgré nombre d’échecs sentimentaux et financiers, Roth maintint un rythme soutenu d’articles, de romans et de feuilletons, portant un regard affiné sur les sociétés viennoise, puis berlinoise, où il s’installe en 1920. Lorsque Hitler s’empare du pouvoir en 1933, la question ne se pose pas pour cet écrivain juif et libéral : il fuit, vivant en nomade entre la France, la Pologne, la Belgique, les Pays-Bas…

Les dernières années de sa vie passèrent dans une succession de chambres d’hôtels aperçues à travers des bouteilles vides. Qui plus est, les appuis financiers de son ami Zweig n’atténueront pas son alcoolisme, ni sa santé vacillante. Les exils s’accumulent : après son Autriche-Hongrie natale et son Allemagne adoptive, l’hôtel parisien où il demeura dix ans, rue de Tournon, fut démoli. Sûrement a-t-il vu, encore une fois, ce délabrement comme le sien propre… Le coup de grâce survint avec la nouvelle du suicide de son ami, le dramaturge Ernst Toller, le 22 mai 1939. Cinq jours plus tard, Joseph Roth mourut d’une pneumonie empirée par le sevrage abrupt de l’alcool, tandis qu’outre-Rhin, les nazis brûlaient ses livres.

Un shtetl miséreux

Dans Job, roman d’un homme simple (1930), nous suivons un certain Mendel Singer, dans un shtetl (ghetto juif) de Galicie. Père de famille, enseignant la Torah aux enfants du village dans sa modeste cuisine, rien ne différencie Mendel des autres habitants, si ce n’est sa foi inébranlable, et sa certitude que la main de Dieu le guidera à travers toute épreuve. Car les épreuves ne manquent pas, pour ces villageois à la merci du froid, de la misère et des pogroms.

Justement, au fil du roman, Dieu prendra un malin plaisir à accabler Mendel Singer d’épreuves, malgré sa foi – ou plutôt, en raison de celle-ci. Certaines familles aisées du village, l’ayant soutenu pendant des années, le délaissent, ou le trahissent. Rêvant de transmettre ses valeurs religieuses et familiales à ses enfants, voilà qu’une de ses filles s’enfuit avec des Cosaques. Ses deux fils aînés, l’avenir de sa lignée, lui seront arrachés pour servir dans l’armée russe, et son dernier sera né épileptique et mutique. Mais envers et contre tout, Mendel se réfugie dans la douceur de la religion et dans les voies secrètes le reliant à Dieu, seule consolation pour les supplices du monde…

Plus tard, une opportunité se présente : s’installer à New York. Quitter ce shtetl miséreux, ce quotidien sans issue. Mais quitter, aussi, ses deux fils mobilisés, ainsi que le petit dernier, handicapé, refusé à la douane… Celui-ci sera confié à contrecœur à une famille voisine, dans une maison délabrée, et ils partiront, Mendel, sa femme, et sa fille reprise aux mains des Cosaques.

La grande ville ne leur offrira pas mieux. Au contraire : Mendel constatera qu’en quittant la misère du village natal, il abandonnait aussi sa simplicité, son enracinement, sa spiritualité. Opprimé chez lui, malheureux ailleurs : un exil qui colle à la peau de ces Juifs errants. De plus, les épreuves de Dieu ne connaissent nulle frontière : faillites, décès et incertitudes continueront de ronger cet homme simple, d’année en année. Ce Job du XXe siècle gardera-t-il sa foi ? Son démiurge l’en récompensera-t-il ?

Ce qui frappe, dans la lecture de cette saga familiale, c’est la simplicité du style de Joseph Roth, renfermant une sagesse et une spiritualité profondes. La tradition juive est décrite en long et en large, mais de manière accessible. Tout ce qu’il demande au lecteur, c’est un esprit tourné vers la lumière, et un pressentiment de l’absolu. La vie reculée du shtetl, comme celle, frénétique, de la métropole, sont dépeintes à travers le regard touchant d’un vieillard qui ne s’épuise jamais dans sa quête du bonheur, malgré une vie bonne à semer la haine. C’est pourquoi les pages se tournent de plus en plus vite, à mesure que se multiplient les interrogations sur l’avenir de sa famille, les épreuves qui s’éternisent, et une foi de plus en plus difficile à justifier, mais d’autant plus belle.

Pour un lecteur du troisième millénaire, les thèmes de Job, roman d’un homme simple résonnent encore plus fort. Il n’est pas insensé de croire que Joseph Roth avait pressenti, dans la destruction de sa Galicie juive et de sa vieille Europe, l’avancée du superficiel, du déracinement, et l’effacement du spirituel, du pérenne. En plus de la tendresse du récit, ayant fait couler plus d’une larme chez ceux à qui je l’ai offert, et sa poésie religieuse, si rare de nos jours, se glisse un message : mieux vaut être un Job, obstiné dans son espoir, qu’un Caïn, éternel cynique.

288 pages

Job, roman d'un homme simple

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La «leçon» d’écriture de Wajdi Mouawad

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Le dramaturge Wajdi Mouawad dirige la chaire annuelle du Collège de France consacrée à "L’invention de l’Europe par les langues et les cultures" © Patrick Imbert / Collège de France

L’écrivain et metteur en scène Wajdi Mouawad a publié, juste avant l’été, sa Leçon inaugurale du Collège de France, prononcée le 6 février 2025.


L’intitulé de cette leçon inaugurale du Collège de France, L’ombre en soi qui écrit, en annonçait la forte dimension littéraire. En effet, la chaire inaugurée porte sur « l’invention de l’Europe par les langues et les cultures », programme extrêmement prometteur de la part d’un homme de théâtre, c’est-à-dire d’un homme du verbe. Dans cette « Leçon », Wajdi Mouawad nous livre toutes les clefs de ce verbe, dans le théâtre et dans le roman. Et il le fait avec simplicité et, surtout, une grande sincérité, notamment lorsqu’il parle de son enfance bouleversée par la guerre.

Un nom associé au théâtre contemporain

Wajdi Mouawad étant d’origine libanaise, on peut rappeler brièvement, d’abord son enfance chaotique, dans un pays ravagé par la guerre civile. Mouawad, né en 1968 à Beyrouth, émigre avec sa famille en 1978. Il fait étape en France, puis au Québec, où il effectue des études d’art dramatique et commence à écrire des pièces et à monter des spectacles. Après y avoir connu assez tôt le succès, il revient en France. Le nom de Wajdi Mouawad sera couramment associé, grâce surtout à ses propres œuvres dramatiques, au théâtre contemporain, mais je remarque qu’il a monté aussi beaucoup de classiques, par exemple Macbeth en 1992, ou Six personnages en quête d’auteur de Pirandello, en 2001. On voit dès lors la diversité de son inspiration. En 2002, il commence à publier des romans,dont Anima en 2012. Wajdi Mouawad, c’est important à noter dans le contexte libanais, est chrétien maronite, mais sans mettre en avant cette confession. Sa vision de l’homme est humaniste et universaliste. Pour lui, l’homme ne se définit pas par ses croyances, mais par sa générosité. C’est une position morale qui lui a valu d’être très critiqué au Liban, lorsqu’il s’est associé à des artistes israéliens.

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Le traumatisme de la guerre civile

Aussi bien, Wajdi Mouawad revient de loin, pour ainsi dire. Son enfance, dans un Liban meurtri, l’obsède toujours. La guerre est un drame qu’on n’oublie pas, et Mouawad l’évoque à plusieurs reprises dans sa Leçon. Ainsi, tout petit, il subit un bombardement. Il écrit : « À ses parents accourus l’enfant parvient à peine à articuler une phrase. Il reste là, hébété, défait pour toujours. » Le sang joue un rôle fondamental dans l’imaginaire de Mouawad. Il intervient dans son théâtre, qui n’est que « tragédie » tout du long : « Et puisque la tragédie, déclare-t-il dans sa Leçon, est une affaire de sacrifice, levons le rideau vers cette scène inaugurale qui nous ouvrira la porte du sang. » Pour conclure ceci : « Car le sang, il faudra bien, à un moment ou à un autre, y venir et qu’il soit versé. » Mouawad a joint l’action à la parole, à la fin de la Leçon : il s’est fait faire sur l’estrade une prise de sang, et a maculé de liquide rouge son corps offert au public présent, comme une illustration frappante, dirais-je, du vers de Valéry : « L’argile rouge a bu la blanche espèce ».

La vocation littéraire comme effraction

Wajdi Mouawad nous expose, dans cette Leçon, quel sera son programme au Collège de France. Les langues et les cultures, c’est aussi et surtout l’écriture. Dans de très belles pages, Mouawad nous raconte comment sa vocation littéraire est née, dans son enfance précisément. Il a eu du mal à s’intégrer à l’école, et ses professeurs se sont désintéressés de son cas, mais pas sa mère qui l’a encouragé à continuer et à aller dans son sens à lui.

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Mouawad alors se rêvait tout éveillé en « poisson-soi », comme il disait de manière innocente, pour se raconter des contes de fées. « Entrer dans l’écriture est un rituel », précise-t-il, ajoutant : « Oser l’effraction. Aller là où il nous est interdit d’aller. Ne pas leur demander la permission. L’écriture n’est jamais un territoire que l’on peut revendiquer pour soi. »

L’impossibilité d’accueillir l’Autre

Mouawad reprend volontiers la maxime de Peter Sloterdijk : « L’ingratitude n’est qu’un synonyme de manque de culture. » Tous deux déplorent d’une même manière l’égoïsme généralisé de notre société, le terme « égoïsme » étant la plupart du temps pudiquement minoré en « individualisme ». Mouawad voudrait échapper à ce « nombrilisme » qui nous caractérise et qui frise le non-sens. À quel type d’être humain est-on arrivé ? Mouawad répond : « Un humain disant je pour lui-même, écrit-il, condamné à ne témoigner que de lui-même par incapacité d’être autant accueilli par l’Autre que d’accueillir lui-même cet Autre. » C’est une question éthique.

Pour Wajdi Mouawad, notre seul espoir réside dans l’élaboration de récits tragiques. À quoi sert l’écriture ? Réponse de notre conférencier : à faire de la poésie, car « tout ce qui n’est pas poème est trahison ». Par sa cohérence très convaincante, très réfléchie, et digne d’un enseignement (auquel, si on est parisien, on peut assister au Collège de France, ou qu’on peut suivre sur Internet), l’œuvre de Wajdi Mouawad, puisant dans la tragédie grecque pour éclairer notre modernité, apporte quelque chose de profondément original — une de ces révélations que nous dispense parfois le théâtre, quand il demeure fidèle à ses origines…

Wajdi Mouawad, L’Ombre en soi qui écrit. Leçon inaugurale au Collège de France, jeudi 6 février 2025. Éd. Du Collège de France, 57 pages.

L'ombre en soi qui écrit

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Dupond-Moretti et le journalisme

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© Tom Nicholson/Shutterstock/SIPA

À l’université d’été du Medef, l’ancien ministre de la Justice d’Emmanuel Macron a une nouvelle fois sous-entendu que le problème en France, c’était CNews. « Monsieur Praud et ses amis finissent par créer dans les esprits quelque chose qui est assez délétère et qui ne nous donne pas envie d’être optimiste. Le débat public est tronqué » a-t-il notamment savamment expliqué.


La scène où il s’exprime n’est pas celle du théâtre Marigny, mais le court central de Roland Garros. Cela dit, le registre de l’acteur reste identique à ce qu’il est toujours : grosse voix et indignation surjouée. Cela se passe lors d’un de ces colloques qui ne servent à rien, l’essentiel étant, selon la belle maxime de Pierre de Coubertin, d’y participer. Ou plutôt de s’y montrer. Donc M. Dupond-Moretti est venu faire là ce que – médiatiquement – on attend de lui, du Dupond-Moretti.

On guettait l’emphase, l’envolée lyrique, elle eut lieu, rehaussée d’un parallèle audacieux entre l’avocature (sic) et le journalisme. Une diatribe conclue par cette formule qui se veut être une condamnation sans appel de notre profession : « N’importe qui peut être journaliste ». Alors que, à l’opposé, vous l’aurez compris, pour être avocat et faire son fric en défendant, cette fois pour de vrai, n’importe qui et n’importe quoi, il faut du diplôme, du serment, de la toge, le nom inscrit sur la liste du barreau, etc…

Il clair que, dans l’esprit du procureur d’estrade à grosse voix, pour devenir journaliste il serait de loin préférable que l’impétrant satisfasse à quelques épreuves, quelques tests, quelques examens qui permettraient d’évaluer son niveau d’adhésion, de soumission au politiquement correct, à la doxa dominante du moment. Et, de surcroît, si possible, être en mesure de joindre à sa carte de presse une autre carte, celle du bon syndicat ou du bon parti. Ai-je besoin de préciser lesquels ?

Or, Monsieur Dupond-Moretti, une fois encore, se trompe. Que n’importe qui – moyennant certaines aptitudes tout de même, que notre tribun se rassure ! – puisse devenir journaliste est, tout au contraire de ce qu’il clame, une excellente chose. C’est même l’honneur du métier.

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Des confrères, il y a ceux qui sortent des écoles de journalisme, ceux qui sortent de l’université ou de telle autre filière d’études, et ceux – comme on aimait à plaisanter à mes débuts – qui sortent tout droit du bar-tabac du coin. De la vraie vie, en quelque sorte.

Cette diversité d’origine constitue en effet la richesse même de la profession. Et je le répète, sa gloire, son honneur.

Il y a des années de cela, à l’époque où Le Parisien était encore Libéré, un gars d’une trentaine d’années ne rêvait que d’y devenir journaliste sportif. Il quitta son boulot d’employé de bureau et se fit embaucher comme éboueur afin de pouvoir continuer à nourrir femme et enfants. Il disposait ainsi de la plus grande partie de sa journée qu’il employait à faire le siège de la rédaction la plus proche de chez lui. Il se tenait là, patient, imperturbable. Jusqu’au jour, où puisqu’on l’avait sous la main, on l’envoya couvrir un match de foot de patronage. Une grosse décennie plus tard, ce « n’importe qui » était devenu chef du service des sports du quotidien. Ce cas n’est pas unique, loin s’en faut. L’honneur du métier, vous dis-je.

Pour tout dire, journaliste, c’est un peu comme ministre, « n’importe qui », au fond, peut le devenir. Monsieur Dupond-Moretti devrait le savoir, lui qui l’a été.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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L’ULB pour Rima Hassan contre Alain Destexhe: deux poids, deux mesures

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Sipa / DR

L’Université libre de Bruxelles confirme Rima Hassan comme marraine de promotion des étudiants en droit mais poursuit l’ancien sénateur Alain Destexhe.


« C’est l’ULB qui met les Juifs en danger. » La Faculté de droit de l’ULB vient de confirmer jeudi 28 août le choix des étudiants de nommer Rima Hassan marraine de la promotion 2025-2026. Le Conseil facultaire prend bien soin de préciser que cela « n’engage pas l’université », que rien sur les diplômes n’indiquera le nom controversé et que, dès l’année prochaine, un encadrement plus strict du choix des noms sera mis en place pour la promotion 2026… À l’analyse pourtant, il faut rappeler un chiffre: seul un étudiant sur cinq a effectivement voté pour Mlle Hassan, soit 42% de 51,6% de participation.

Une minorité militante a donc imposé son choix au reste de la promotion. L’ULB souligne que l’an prochain, la liste des noms sera davantage encadrée, preuve du malaise existant au sein de l’université.

Dans le même temps, l’université engage des poursuites contre l’ancien sénateur belge Alain Destexhe pour « incitation à la haine ». Que lui reproche-t-on ? D’avoir publié sur X un court extrait de la liste des prénoms (et aucun nom) des étudiants de cette promotion, soulignant qu’une grande partie est d’origine arabo-musulmane – un simple constat statistique, qui reflète l’évolution démographique bruxelloise. Un fait que tout le monde peut constater au quotidien et qui, loin d’être stigmatisant, témoigne au contraire de l’intégration de ces jeunes dans l’enseignement supérieur. 

Destexhe a mis en lumière une réalité sociologique qui peut, en partie selon lui, expliquer le choix de Rima Hassan, dans un contexte où Gaza mobilise fortement une partie de l’opinion et encore plus les Belges d’origine arabo-musulmane. Or, là où Rima Hassan multiplie les outrances – allant jusqu’à évoquer la mainmise des juifs sur les médias et la politique, menaçant l’eurodéputé Bellamy, ou mettant en danger l’imam Chalghoumi – l’ULB ne voit pas matière à s’opposer à sa nomination symbolique ! Mais lorsque Destexhe se borne à publier une petite liste de prénoms d’une proclamation, l’université crie à « l’incitation à la haine » et porte plainte ! 

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Deux poids, deux mesures. D’un côté, on ferme les yeux sur une élue qui flirte avec l’antisémitisme et refuse de qualifier de terroristes les auteurs du pogrom du 7-Octobre. De l’autre, on poursuit un ancien sénateur qui exerce une liberté fondamentale garantie par notre Constitution : la liberté d’expression. Et qui répond sans doute aux valeurs de l’ULB qui définit sur son site le libre examen comme « l’indépendance du jugement et le rejet de l’argument d’autorité ». 

Dans un communiqué de presse, le libéral belge a tenu à se défendre. « Par mon tweet, je formulais une hypothèse : le changement démographique, notamment à l’ULB, est en partie à l’origine de ce choix », explique-t-il. « Même s’il y a de nombreuses exceptions, une communauté arabo-musulmane tend à refléter son identité, ses valeurs et ses préoccupations. On le voit bien par le choix des prénoms, de la pratique religieuse (port du voile par exemple), du parti pris pour la Palestine, du vote se portant pour des candidats issus de la même communauté. Le choix de Rima Hassan n’en est que la énième manifestation. »

Alain Destexhe cite une étude de l’institut Jonathas, basé à Bruxelles et créé à la suite du massacre du 7-Octobre pour mesurer la montée de l’antisémitisme. L’Institut démontre que les préjugés antisémites sont plus répandus chez les musulmans que dans l’ensemble de la population belge. « 43 % des Belges musulmans pensent que ‘les Juifs belges ne sont pas vraiment des Belges comme les autres’, et 28 % des Belges musulmans estiment qu’il y a trop de Juifs en Belgique (page 37). »

« Le libre examen aurait précisément consisté à discuter, nuancer, réfuter cette hypothèse, explique-t-il. Au lieu de cela, l’attaque de l’ULB se résume aux poncifs pavloviens habituels de la gauche comme « les heures les plus sombres de l’histoire, stigmatisation, nauséabond… » dès qu’on a le malheur d’évoquer la réalité. Des prénoms ne permettent évidemment pas d’identifier des personnes, il n’y a aucune stigmatisation de qui que ce soit dans mon tweet. Affirmer le contraire relève d’un raisonnement totalement illogique. Depuis le 7 octobre 2023, l’ULB a toléré les pires manifestations d’antisémitisme sur le campus de l’ULB, y compris, pendant sept semaines (!), l’occupation de locaux au nom d’un terroriste palestinien. C’est l’ULB qui met les Juifs en danger sur son campus et les renvoie « aux pires heures de l’histoire ». » Il est décidément compliqué de débattre de l’islam et de l’immigration en Belgique…

Famine à Gaza: un rapport biaisé?

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Gaza, 29 août 2025 © Omar Ashtawy apaimages/SIPA

L’annonce explosive de l’ONU a des effets dévastateurs sur Israël.


Le 22 août, l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC) une instance soutenue par l’ONU et considérée comme l’autorité en matière de crises alimentaires, a déclaré la famine à Gaza – plus précisément dans la ville de Gaza et pas dans les autres districts du territoire, mais personne ne s’encombre de ces nuances.

J’ai été ébranlé. Autant l’accusation de génocide contre Israël m’a paru à l’évidence une machination sordide, autant la menace d’une famine à Gaza, brandie dès les premiers jours de l’offensive israélienne et répétée avec obstination par M. Guteres, secrétaire général de l’ONU, était plausible car Israël avait pendant 78 jours, entre le 2 mars et le 19 mai, bloqué toute entrée de nourriture, eau, carburant et médicaments dans la bande de Gaza. 

Aide alimentaire : l’UNWRA écarté

Il convient de rappeler ce passé récent. N’oublions pas que c’était à la suite du refus du Hamas de prolonger un cessez-le-feu qui, depuis janvier, avait permis de libérer 33 otages vivants. Les images de ces otages en face d’une foule surexcitée et nullement dénutrie nous avaient alors profondément choqués.

Israël a élaboré avec l’aide des Etats Unis un mécanisme de distribution nouveau, organisé par une Fondation Humanitaire de Gaza, la FHG, une entité philanthropique mais faisant appel à des sous-traitants logistiques et sécuritaires privés. Cet organisme a commencé de fonctionner à la fin mai, dans quatre centres de distribution situés au sud de l’enclave, avec des difficultés de mise en place, des erreurs opérationnelles, des limitations géographiques, des contraintes sécuritaires, des mouvements de foule, des provocations de la part du Hamas et des morts…… 

Ce système de distribution alimentaire, pour la première fois depuis que l’ONU existe, ne faisait appel à aucune ONG classique, et en particulier pas à l’UNWRA dont la complicité avec le Hamas avait été avérée.

Il a donc suscité une violente hostilité de ces ONG qui ont dénoncé ses limitations topographiques, car il ne couvrait pratiquement que le sud de l’enclave, son amateurisme, son caractère commercial, ses portions soi-disant inadaptées et plus encore les dangers qu’il faisait courir aux Gazaouis qui s’y rendaient. Un rapport de Médecins sans Frontières du 7 août a été jusqu’à accuser le FHG d’organiser des tueries. Un indice, en passant, de la dérive d’une organisation qui fut glorieuse dans le passé….

Mais le FHG diabolisé s’est amélioré, a délivré jusqu’à aujourd’hui 140 millions de repas de 2000 calories chacun à la population de Gaza ; de ce fait les prix sur les marchés se sont effondrés et le Hamas, qui stockait des ressources provenant du vol des cargaisons, se voit privé d’un trafic très juteux. M. Tom Fletcher, le coordinateur des secours d’urgence de l’ONU, l’homme qui déclarait à la BBC au mois de mai que 14 000 bébés allaient mourir à Gaza dans les 48 heures, avait eu beau prétendre dans le passé que toutes les livraisons organisées par l’UNWRA arrivaient à destination, l’ONU a récemment reconnu que 95% d’entre elles étaient pillées… Il est scandaleux que le contenu de 950 camions pourrisse à Zikim et à Keren Shalom, sous le prétexte faisandé que l’armée israélienne ne fournit pas les garanties nécessaires.

Je n’ai pas cru aux photos terribles que certains journaux, du Daily Mirror au New York Times à Libération, ont publiées sans vergogne, montrant des enfants squelettiques dont on a appris qu’ils étaient porteurs de maladies congénitales. La présence près d’eux d’adultes ou d’enfants bien portants révélait la supercherie. Mais comment crier à la conspiration anti-israélienne quand tant de témoignages crédibles montraient l’existence de dénutrition chez certains Gazaouis ?

Israël de plus en plus isolé internationalement

Le rapport qu’a commis à ce sujet le Comité scientifique de l’IPC a eu un effet dévastateur pour Israël. Le secrétariat général de l’ONU et ses services ont immédiatement imputé à Israël l’entière responsabilité de cette famine, une analyse largement reprise, y compris par notre président de la République. Il devenait indécent de rappeler que si le Hamas avait accepté de rendre les otages qu’il avait enlevés et dont la récente video de deux d’entre eux montrait les stigmates d’une dénutrition extrême, la question de la famine des Gazaouis ne se serait pas posée. 

Quant au rapport lui-même, deux de ses six auteurs ont un vrai palmarès anti-israélien: Andrew Seale avait écrit que Israël était né de la destruction de l’Etat de Palestine par des insurgés juifs et soutient aujourd’hui  les attaques des Houthis. Quant à Zeina Jamaluddin, qui vient comme par hasard d’être incorporée au Comité, elle avait écrit dans un article controversé que les statistiques du Hamas sous-estimaient le nombre d’enfants gazaouis qui mouraient de faim, un élément crucial dans la définition de famine. Pour le choix de personnes neutres, on aurait pu faire mieux…

Quelques remarques sur les éléments techniques du rapport : le critère essentiel est le périmètre brachial des enfants de moins de cinq ans: en gros, moins de 12,5 cm c’est une dénutrition, moins de 11,5cm, c’est la famine. Une mesure simple, classique mais peu précise, qui est fournie par les correspondants du comité, c’est à dire des personnels travaillant dans des centres de santé. Les chiffres sont extrapolés à partir d’enfants amenés dans ces centres alors que ceux-ci sont par définition en moins bonne santé que les enfants qui n’y vont pas. De plus, il faut supposer que la mesure a été faite de façon non biaisée. La situation est très différente d’un foyer de famine comme le Soudan où les professionnels sont sur place, ont accès à la population et peuvent fournir des résultats plus robustes.

Malgré ces limitations, le rapport a eu un retentissement massif, car le nom «Nations Unies» charrie le fantasme d’un monde de vérité, de science et d’humanité. Rien n’est moins vrai aujourd’hui. Il suffit de rappeler avec quel acharnement les responsables de l’ONU ont crié à la famine imminente dès l’automne 2023, puis le rapport de juillet 2024 de la même IPC qui concluait à une famine inéluctable alors que les mois suivants montrèrent une amélioration notable.

Que peut-on en conclure ? Qu’il y a des Gazaouis, ceux dont les moyens physiques, familiaux et financiers sont limités, qui ne bénéficient pas de liens avec le Hamas et qui habitent loin des centres de distribution, qui souffrent de dénutrition grave. Certains, en particulier des enfants, en sont morts. Leur nombre est limité, mais la fixation du regard sur cette population, alors qu’aucun intérêt n’est porté à la situation alimentaire au Soudan ou au Yemen, interroge. Pour beaucoup d’Israéliens, de droite comme de gauche, l’appui porté par la population de Gaza au génocide du 7-Octobre oblitère des sentiments d’empathie, au moins tant que les otages ne sont pas revenus. Car dans le drame nutritionnel des Gazaouis, où Israël aurait peut-être pu faire plus ou plus vite, mais qu’il essaie de résoudre, ce que bien peu de belligérants ont fait dans l’histoire, il existe un coupable essentiel, et c’est le Hamas…

Maroc: guerre entre services ou déstabilisation extérieure?

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M. Hammouchi, spécialiste du renseignement de carrière et notamment de radicalisation propulsé à la tête de la DST (à droite) et M. Mansouri spécialiste de la sécurité et de l’information (à gauche). DR.

Le rapprochement entre Paris et Rabat, consolidé par la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara, n’a pas seulement des implications diplomatiques. Il s’inscrit aussi dans une réalité plus souterraine: celle de la montée en puissance discrète des services de renseignement marocains. Dans un contexte sahélo-méditerranéen où les repères se brouillent et où la France a vu s’effriter plusieurs de ses leviers d’influence, le Maroc s’impose comme un partenaire crédible, et parfois même incontournable.


La DGED (les renseignements extérieurs) marocaine fait montre ces derniers temps d’une certaine efficacité. Dirigée par Mohammed Yassine Mansouri, elle aurait apporté une aide cruciale aux forces armées nigériennes qui auraient, selon un communiqué officiel, exécuté Ibrahim Mamadou, le chef de Boko Haram sur l’île de Shilawa dans la région de Diffa. Cette secte islamiste à l’origine de dizaines de milliers de morts et de millions de déplacés dans la sous-région est un immense facteur d’instabilité. La France peut donc compter sur cette solidité opérationnelle bénéfique à l’ensemble de la région.  À la tête de la DGED, Mohammed Yassine Mansouri incarne cette orientation. Civil dans un univers longtemps dominé par les militaires, condisciple du roi Mohammed VI au Collège royal, il a construit sa légitimité sur le temps long: d’abord à la direction de la MAP (Agence marocaine de presse), puis au ministère de l’Intérieur avant d’être appelé à la DGED en 2005. Sa carrière illustre la volonté de professionnaliser le renseignement extérieur marocain, en le plaçant à l’intersection des réseaux tribaux, des canaux diplomatiques et des coopérations sécuritaires. Africa Intelligence rapportait même il y a quelques mois que la DGED était en pourparlers avec le Niger pour faire libérer le président Mohamed Bazoum, que la France a demandé à Niamey. Une libération qui avait été évoquée lors de la visite d’Emmanuel Macron à Rabat à l’automne dernier. 

La DGST (les renseignements intérieurs), dirigée par Abdellatif Hammouchi n’est pas en reste sur un front finalement très complémentaire. Spécialiste des réseaux islamistes radicaux, M. Hammouchi a imposé au fil des ans une discipline de fer à ses troupes et transformé la DGST en référence mondiale dans la lutte antiterroriste. Sa nomination à la tête de la DGSN (police nationale) en 2015 a permis de fusionner les cultures policière et renseignement. Ses méthodes, marquées par la tolérance zéro, ont valu à ses services une crédibilité inédite auprès des partenaires européens.  Ses services sont ainsi à l’origine de l’arrestation de figures du narcobanditisme hexagonal, comme Félix Bingui l’un des chefs du gang Yoda qui se cachait au Maroc. En ce mois d’août, le remorqueur Sky White battant pavillon camerounais était interpellé au large des îles Canaries avec trois tonnes de cocaïne à son bord grâce à l’idée de la DGST marocaine qui a fourni à la garde civile espagnole des renseignements et un appui opérationnel essentiel.

Des succès qui aiguisent les convoitises

Dans le nœud sécuritaire que représente actuellement la Méditerranée et l’Afrique sahélienne, encore récemment illustré par les violentes purges au Mali, la France ne peut plus compter sur la collaboration active de nombreux pays comme c’était naguère le cas. La tension énorme avec l’Algérie qui a atteint son apex en ce début de mois d’août l’aura encore démontré. En creux s’ajoutent aussi des difficultés plus ou moins publiques avec certains de nos alliés traditionnels européens, à l’image de l’Italie qui a toujours porté un regard envieux sur l’influence française en Afrique et s’est récemment de nouveau rapprochée d’Alger. Une danse du ventre qui a bien sûr trouvé un écho favorable du côté du régime algérien, englué dans sa politique répressive qui a conduit deux de nos compatriotes derrière les barreaux – Boualem Sansal et le journaliste sportif Christophe Gleizes.  

Notre partenaire principal pour trouver des solutions dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité du Sahel se trouve désormais à Rabat. Car, il faut le reconnaitre : nous ne parvenons plus à communiquer directement avec les autorités de transition là où les Marocains sont désormais capables de jouer les intermédiaires.  La libération, en décembre dernier, de quatre agents français de la DGSE détenus à Ouagadougou, fruit d’une intercession directe de Mohammed VI auprès des autorités de transition, l’a rappelé et fut très appréciée des services français.

Cette situation privilégiée excite le voisin algérien. Ainsi, depuis quelques semaines, des rumeurs se font entendre. Il y aurait au sein du Maroc une guerre « entre espions » opposant la DGED de M. Mansouri au pôle DGST / DGSN dirigé par Abdellatif Hammouchi. Certains verraient-ils d’un mauvais œil cette réussite opérationnelle et les bons rapports entre les services marocains et français ? L’emphase mise dans les médias algériens autour du cas de Mehdi Hijaouy peut le laisser penser ainsi que diverses publications dans la presse espagnole. Présenté en témoin de moralité et en ex-numéro deux de la DGED, l’homme a quitté les services en 2010 et a des problèmes judiciaires bien réels puisqu’il est accusé de fraudes et d’aide à l’immigration illégale. Peu de rapport direct donc avec une hypothétique « guerre des services ».

Cette campagne informationnelle sur les réseaux sociaux est d’ailleurs peut-être aussi alimentée par des services concurrents. La presse espagnole glosait ainsi récemment dans El Independiente autour d’une « guerre des services » alors que la DGST et la DGED n’ont ni les mêmes missions ni les mêmes périmètres : l’une agit sur le territoire national, l’autre à l’extérieur. Début août, du reste, les deux patrons du renseignement ont passé plusieurs jours ensemble lors d’un séminaire de réflexion stratégique. Ce rendez-vous portait sur les menaces asymétriques et visait à renforcer la liaison interservices dans la lutte contre les trafics transfrontaliers reliant le Sahel à l’Europe. En fait d’une guerre entre les deux principaux services marocains, il semble plutôt que des services extérieurs cherchent à en semer une… Lesquels ? Poser la question revient peut-être à y répondre.

L’Homme en veille: sur l’abdication cognitive à l’ère de l’IA

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© Yassine Mahjoub/SIPA

L’homme moderne a déjà renoncé à l’effort physique. Renoncera-t-il demain à l’effort mental ? Entre fascination technologique, passivité cognitive et fantasme d’auto-amélioration, ce texte interroge les soubassements idéologiques du nouvel ordre technologique qui s’installe.


En février 2025, une étude conjointe de Microsoft Research et de l’Université Carnegie-Mellon a révélé un phénomène que beaucoup constatent intuitivement : lorsque des travailleurs en cols blancs utilisent une IA générative, 68% déclarent réduire spontanément leur effort cognitif et près d’un sur deux affirme moins vérifier les informations produites. Plus frappant encore, les participants les plus confiants dans la machine sont aussi ceux qui déclaraient avoir fourni le moins d’effort critique lorsqu’ils l’utilisaient. L’IA grand public ne se contente donc pas de produire du contenu : elle transforme notre rapport à l’effort mental et à la vérification, et installe peu à peu un réflexe de délégation.

« Demande à ChatGPT »

En moins de deux ans, les IA génératives sont passées de curiosité à réflexe quotidien : 600 millions de personnes les utilisent chaque jour au fil de multiples sessions dont la durée moyenne atteint désormais quatorze minutes par jour. Ce rythme d’adoption signe la marque d’une accoutumance croissante qui, par son ampleur, alimente directement ces systèmes : plus nous les sollicitons, plus ils se perfectionnent, créant ainsi une dynamique où l’usage massif devient le principal carburant de leur montée en puissance.

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Si l’usage des IA se développe si rapidement, au point qu’on leur cède chaque jour davantage de terrain, c’est d’abord parce qu’il repose sur une confiance quasi instinctive qui progressivement évolue vers une forme de passivité, proche – pour beaucoup – d’une démission intérieure à bas bruit. Face à l’efficacité presque surnaturelle de ces outils, nous acceptons de réduire progressivement l’effort critique et mental qui constituait hier encore le fondement de notre autonomie intellectuelle. Ces renoncements du quotidien deviennent ainsi la condition même du développement de dispositifs techniques toujours plus puissants.

Pire, à mesure que la technologie se renforce, nous intériorisons l’idée que nous ne sommes plus vraiment à la hauteur, que la machine ne fait pas seulement mieux : elle sait mieux. Un glissement insidieux ouvrant la voie à une défiance généralisée envers la condition humaine, érigeant la technologie en réponse miraculeuse à nos imperfections et qui nous pousse dans les bras des idéologies techno-solutionnistes les plus caricaturales, dont le fondement est précisément la faillibilité humaine et son nécessaire dépassement.

De la démission à la soumission

À bien des égards, ces néo-idéologies reposent en effet sur l’idée que l’Homme, dans sa forme actuelle, est une entrave à son propre accomplissement, et que seule une amélioration radicale pourrait lui permettre de se réaliser pleinement. Ses fragilités – peurs, erreurs de jugement etc. – tout comme les travers collectifs – corruption, inégalités économiques etc. – deviennent autant de raisons pour justifier le recours massif à la technologie afin de les dépasser. Cette perception de l’Homme n’est évidemment pas nouvelle. Elle rejoint une critique ancienne que l’on retrouve déjà chez les Épicuriens et les Stoïciens, pour qui les passions humaines étaient sources de malheur. Mais là où ces écoles prônaient une libération par des moyens intérieurs – la vertu, la modération, la maîtrise de soi –, nos gourous contemporains proposent une voie radicalement différente : supplanter notre nature au travers de dispositifs technologiques exogènes. Une défiance envers la nature humaine qui se révèle également dans l’essor des technologies financières récentes – notamment celle du Bitcoin. C’est en partie dans la critique adressée aux monnaies traditionnelles – politiques économiques contestées, retour de l’inflation etc. – que prend racine l’essor des monnaies virtuelles, lesquelles s’érigent en réponses absolues à ces imperfections. Leur code devient la promesse d’une justice pure, d’une équité inaltérable.

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Or, derrière cette prétendue pureté du code informatique se cache peut-être un phénomène plus profond : le retour du sacré sous forme technologique. Ce qui jadis relevait des religions et des croyances collectives se déplace désormais vers les algorithmes, les codes, les systèmes décentralisés. La technologie n’est plus un simple outil ; elle devient un Ordre Supérieur, un principe directeur au service d’une nouvelle foi, où le jugement humain passe au second plan. L’écran devient Oracle : on pose une question, on reçoit une réponse, on s’y conforme. Qui ose encore remettre en cause les itinéraires proposés par une application telle que Waze – si chère au philosophe Éric Sadin ? Combien d’utilisateurs de X (ex-Twitter) s’en remettent déjà à l’IA de Grok pour vérifier la véracité d’une information ?

Vers un grand remplacement ?

La possibilité d’un « grand remplacement » prend dès lors une dimension inédite : peut-être moins celle des peuples que celle de l’Homme, remplacé par les systèmes démiurgiques qu’il aura lui-même conçus. Et ce basculement ne serait pas imposé par une quelconque force extérieure, mais procéderait plutôt d’une démission intérieure : un renoncement volontaire des individus à prendre en main leur destin. Plutôt que de s’élever et se perfectionner, beaucoup semblent prêts à s’en remettre aux machines, une tentation que l’on voit poindre notamment chez les plus jeunes. L’IA, les algorithmes – et demain les robots domestiques – deviennent de facto les substituts de l’effort humain dans bien des domaines.

Après s’être affranchi du travail physique, le monde développé est-il en train de basculer vers la fin de l’effort mental ? Faudra‑t‑il bientôt entretenir son intellect comme on entretient son corps, à coups d’exercices ciblés sur des applications de “fitness cognitif” ? Devra‑t‑on s’abonner à des programmes spécialisés pour éviter la dégénérescence neuronale provoquée par l’inactivité cérébrale ? Ou bien la marche sera‑t‑elle trop haute, et certains préféreront-ils directement une puce Neuralink pour doper artificiellement leurs capacités ?

Les signaux sont déjà là : plusieurs études montrent une baisse constante du vocabulaire actif moyen chez les adultes, reflet d’une érosion lente de la richesse cognitive. Si nous avons su déléguer nos muscles aux machines, rien n’empêche que nous finissions par faire de même avec nos synapses. Dès lors, ce qui subsistera de l’expérience humaine sera un corps assisté et un esprit externalisé. Les techno-utopies californiennes, loin d’incarner une émancipation, deviendraient alors l’ultime asservissement : celui que nos renoncements quotidiens auront rendu possible.

Un film noir du grand Kurosawa dans le Japon des sixties: une redécouverte

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"Entre le ciel et l’enfer" / Tengoku to jigoku, de Akira Kurosawa (1963) © Carlotta Films

Prise d’otage haletante à la nippone…


Gondo, industriel parvenu, patron de la National, une puissante marque de chaussures (on apprendra incidemment qu’il doit son ascension sociale à la dot de son épouse bien née), domine la grande ville aux usines fumantes de Yokohama, depuis les baies vitrées de son opulente maison au mobilier high tech, perchée au sommet de la colline, signe ostentatoire de sa réussite. En conflit avec son conseil d’administration, l’homme vient d’hypothéquer ses biens pour devenir actionnaire majoritaire de l’entreprise, lorsqu’un ravisseur, croyant enlever Jun, l’enfant unique du couple, s’empare par erreur de Shin’itchi, le fils du chauffeur. Gondo hésite à payer une rançon exorbitante au péril de ses ambitions matérielles, dans le dessein de sauver l’enfant, et à sacrifier ainsi ses intérêts à la morale.    

Immense succès lors de sa première sortie

Entre le ciel et l’enfer, joyau en noir et blanc exhumé par les soins du distributeur Carlotta, ressort en salles dans une version restaurée 4K. Le film n’a pas la renommée des Bas-Fonds, de Dodes’kaden, des Sept Samouraïs, du Château de l’araignée ou encore de La forteresse cachée, autant de chefs-d’œuvre d’Akira Kurosawa (1910-1998), le prolifique grand maître du Septième art nippon. Immense succès à sa sortie au Japon en 1963, il emprunte très ouvertement aux codes du film noir américain. À l’orée des années 1960, le Japon, faut-il le rappeler, n’est plus formellement sous occupation US mais reste largement sous influence du vainqueur de la Seconde Guerre mondiale. Le film est d’ailleurs une adaptation de Rançon sur un thème mineur, un roman signé du jeune Ed Mc Bain (1926-2005), écrivain new-yorkais plus tard rendu célèbre par les aventures du 87è District. Dans le rôle de Gondo, Toshirō Mifune (1920-1997), l’acteur fétiche de Kurosawa.

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Le premier tiers de ce long métrage de près de deux heures-et-demi est concentré dans le huis-clos de la maison du capitaine d’industrie.  Les policiers y sont en planque, tandis que le kidnappeur, au téléphone, fait part de ses exigences pour récupérer la rançon en cash…

Haletant

À partir de là, le scénario prend une dimension inattendue : dans une deuxième partie haletante, très moderne dans sa facture, Entre le ciel et l’enfer s’ouvre sur l’espace de la ville accablée de chaleur. Autour du jeune inspecteur Tokura, une légion de limiers en chemises blanches, en nage malgré les ventilateurs dont le commissariat est équipé, se lance sur la piste du kidnappeur, munie de gros moyens logistiques et scientifiques (analyse des indices, repérage de la numérotation des billets, interrogatoires des comparses, filatures…). Traque urbaine échevelée, pleine de rebondissements, sur fond de trahison par les acolytes de Gondo. De fil en aiguille l’enquête se déplace dans les bas-fonds de la cité, au milieu des prostituées et des toxicomanes, jusqu’à l’arrestation du cerveau du rapt, un détraqué bientôt condamné à la peine capitale, après que ses complices junkies ont été retrouvés morts, assassinés par overdose de cocaïne!

Extraordinaire, toile de fond d’un suspense ancré dans ce Japon en essor accéléré, la présence étasunienne avérée jusque dans les enseignes (« tailor », « florist », « wc »), et plus précisément encore dans cette séquence de dancing où, sur un rythme de jazz endiablé se trémousse, au premier plan, un Noir américain murgé au scotch ou au gin-fizz… Exacte, scrupuleuse translation des canons du film noir hollywoodien dans l’archipel asiatique.      


Entre le ciel et l’enfer. Film d’Akira Kurosawa. Noir et blanc, Japon, 1963. Version restaurée 4K.  Durée: 2h23. En salles le 3 septembre 2025

Le baroque en sursis

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© Festival de Sablé

Depuis près d’un demi-siècle, les élites de la musique baroque se produisent à Sablé (72). Mais avec un budget amoindri, l’ampleur du festival se réduit douloureusement.


C’est un joyau qui depuis un demi-siècle bientôt donne à entendre et à voir le meilleur de la musique et de la danse baroques en France.

Mais un joyau qui n’a jamais  trouvé (à l’exception notable de l’église Saint-Louis de La Flèche) l’écrin qu’il mérite : le théâtre, le château, la chapelle qui serait à même d’exalter, dans un cadre à sa mesure, la beauté de ce que l’on y voit ou entend.

© Stevan Lira

Un majestueux château

Etrange destinée que celle de ce Festival des arts baroques de Sablé né dans un lieu que rien de prédisposait à recevoir tant de merveilles. On y découvre des chefs d’œuvre des XVIIe et XVIIIe siècles exécutés par les solistes les plus brillants, les meilleures formations, les musiciens (ou les danseurs) les plus talentueux, mais dans d’aimables églises de villages qui n’ont rien d’exceptionnel ou, à Sablé même, dans une église néo-gothique aux beaux volumes, mais dont l’acoustique est défaillante. Ou encore dans une salle de spectacle confortable, mais incluse dans un centre culturel sans caractère datant de la fin des années 1970 ce qui dit combien il représente la fâcheuse antithèse des fastes ou des beautés baroques.

Dommage ! Il existe bien, à Sablé, un imposant château édifié à l’aube du XVIIIe siècle qui abrita cette marquise de Sablé si renommée en son temps, puis des ducs de Chaulnes de la maison d’Albert de Luynes au XIXe siècle. Mais il passa entre des mains bourgeoises qui lui firent  subir une lamentable destinée avant qu’il ne soit converti dans les années 1980 en atelier de restauration des ouvrages  endommagés de la Bibliothèque nationale.  Avec sa façade majestueuse, mais quelque peu lépreuse, ainsi que sa terrasse spectaculaire dominant théâtralement la Sarthe et la petite cité, il pourrait être le somptueux écrin qui fait défaut au festival. Encore faudrait qu’il soit libéré par l’Etat de ses fonctions actuelles, comme cela est annoncé, et que sa configuration intérieure permît d’y recevoir des concerts. 

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Mais il y a plus préoccupant : le financement du festival et l’âge du public.

Celui du Festival de Sablé est assurément des plus exemplaires. Fidèle, averti, curieux et sans doute dépourvu de ce snobisme qui n’est pas garant de recueillement et d’attention, il a le mérite de suivre avec ferveur ce qui s’y déroule. Mais en accompagnant une manifestation qui célébrait cette année sa 47e édition, il a inéluctablement vieilli. Les sexagénaires y font figure de galopins  et  la plupart des concerts, hors les artistes, sont désertés par toute figure de moins de cinquante ans.  D’où espérer dès lors un renouvellement du cheptel ?  La direction artistique a beau fermer les yeux en pratiquant la politique de l’autruche, le problème est aigu et d’autant plus inquiétant que le festival est une perle baroque dont on ne peut que souhaiter la pérennité.

Comme dans un régime totalitaire

Il est aussi exposé à une vraie calamité : les pouvoirs locaux, l’autorité régionale en l’occurrence, incarnée par une enragée qui, en cherchant à faire de légitimes et souhaitables  économies, sabre à tout va dans le budget culturel le faisant passer de 14 millions  d’euros à 4,5 millions (moins 73%), sans être capable d’effectuer des choix judicieux dans ces coupes drastiques. On peut certes effectuer des économies. Encore faut-il que ce soit à bon escient, sans pénaliser de remarquables entreprises avec la même fureur qu’on peut mettre à suspendre toute aide à des manifestations d’un intérêt discutable. Mais comment espérer rencontrer du discernement dans le domaine des arts chez les politiciens de province quand à Paris on attribue le ministère de la Culture à quelqu’un qui apparaît comme caricaturalement inculte ?

Du jour au lendemain, et avec une brutalité digne d’un régime totalitaire,  la présidence de la Région des Pays de Loire a supprimé l’aide fort modeste de 50 000 euros qu’elle apportait au Festival de Sablé. Outre les respectables recettes (billetterie et mécénat local) qu’engrange le festival et qui se montent à 100 000 euros, restent la participation de l’Etat (20 000 euros), celle du département de la Sarthe (57 000 euros), et celle de la municipalité qui se chiffre à 123 000 euros. Le maire de la petite ville a réagi avec noblesse en assurant le festival de son soutien indéfectible et en le projetant vers sa cinquantième édition. Mais qu’adviendra-t-il ensuite ? Le budget artistique du festival n’est que de 150 000 euros (cachets, hébergement et déplacements des artistes), ce qui est bien peu en regard de son rayonnement et du prestige qui a été le sien. Quant à son budget de fonctionnement, il entre dans celui du centre culturel portant le nom de l’ancien maire Joël Le Theule et que dirige Roland Bouchon. Les prix des billets courent de 40 à 12 euros. 12 euros pour les auditeurs de moins de 26 ans, bien plus rares, hélas ! que ne le sont les chevreuils dans les forêts des châteaux alentour. Plus invisibles encore sont les membres de la considérable communauté africaine installée dans la région en tant que main d’œuvre dans l’industrie alimentaire.

Alors que le  Festival de Sablé doit douloureusement réduire sa durée, le nombre des concerts et la variété des sites où ils se donnent, il y a un trésor à protéger autre que le seul festival : cette profusion de jeunes musiciens de talent, ces formations de chambre remarquables qui cherchent, découvrent, exhument, ressuscitent des musiques  injustement oubliées parfois ou maintiennent vivant avec foi et enthousiasme un répertoire fabuleux. Ils ne bénéficient pas des honneurs qu’on accorde dans les médias au moindre crétin qui brame dans un micro et se ridiculise à force de contorsions sur des podiums devant des foules  décervelées.  Mais ils appartiennent à l’élite du monde artistique et de la société, ils participent à l’identité, à la richesse culturelle du pays. Et à ce titre ils méritent qu’on les soigne alors que l’existence des festivals est pour eux essentielle.

Un chef d’œuvre d’élégance

Cette année encore, chaque concert aura délivré des moments exceptionnels :

cette partition d’un auteur anonyme allemand exécutée par l’ Ensemble Théodora (violon baroque, viole de gambe, théorbe et clavecin) qui est l’exemple même de la ferveur, de la fraîcheur et de l’esprit d’aventure que dispensent ces jeunes formations de musiciens passionnés ; cet aria, « Sovente il sole », extrait de l’ « Andromeda liberata » de Vivaldi, chanté de façon proprement céleste par le contre-ténor Carlo Vistoli accompagné par les musiciens des Accents, et qui suivait un magnifique « Stabat Mater » du même Vivaldi sous la direction de Thibaut Noally ; ces admirables concertos pour deux, trois ou quatre clavecins de Bach, dont jouent avec allégresse et jusqu’à l’envoûtement  Bertrand Cuiller, Olivier Fortin, Violaine Cochard et Jean-Luc Ho, comme dans le largo du concerto en la mineur BWV 1065, accompagnés qu’ils sont par cinq autres excellents musiciens (violons, alto, violoncelle et contrebasse) de l’ensemble Le Caravansérail ou dans la transcription du troisième Concerto brandebourgeois pour  quatre clavecins;  la voix de la contralto Anthea Pichanick dans le « Stabat Mater » de Pergolèse exécuté par l’Ensemble Il Caravaggio sous la direction de Camille Delaforge.

Et enfin ce trio dansé extrait du spectacle « Que ma joie demeure », chorégraphié par Béatrice Massin pour sa Compagnie des Fêtes Galantes : un trio qui est un pur chef d’œuvre d’élégance, de spiritualité, d’équilibre et de douceur.


La prochaine et 48e édition du Festival des arts baroques de Sablé aura lieu du 19 au 22 août 2026.

Profanation du mémorial d’Ilan Halimi: ce détail essentiel

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DR.

Deux frères d’origine tunisienne sont soupçonnés d’avoir abattu à la tronçonneuse l’arbre planté à Épinay-sur-Seine en mémoire d’Ilan Halimi. Cet acte, d’une violence symbolique forte, illustre encore une fois comment l’immigration incontrôlée nourrit la montée d’un antisémitisme nouveau de plus en plus visible dans notre pays.


Les premières informations dont on dispose sur les deux hommes soupçonnés d’avoir détruit il y a quinze jours l’arbre planté en hommage au jeune juif assassiné, laissent penser que l’on a affaire à des islamistes antisémites.

On a appris hier dans Paris Match que deux frères jumeaux ont été interpellés par la police ce lundi à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) non loin du mémorial en hommage à Ilan Halimi, qui a été vandalisé dans la nuit du 13 au 14 août. Confondus grâce à leur ADN et à la présence dans leur smartphone de vidéos où on les voit manipuler la tronçonneuse ayant vraisemblablement servi à couper l’olivier qui surmontait la stèle profanée, ils sont soupçonnés d’être les auteurs de cet acte antisémite hélas si symbolique de l’atmosphère irrespirable de judéophobie qui flotte depuis le 7-octobre dans notre pays. Les deux jeunes hommes ont été entendus en comparution immédiate par la justice. On saura ultérieurement s’ils sont condamnés, et à quelles peines.

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Des jumeaux tunisiens

L’information a été reprise ce matin un peu partout dans les médias. Évidemment, France Inter n’a pas jugé utile de mentionner que les mis en cause sont des SDF âgés de 19 ans de nationalité tunisienne. Ce détail a pourtant de l’importance, car il laisse supposer que nous ne sommes pas en présence de militants gauchistes. Il ne s’agit pas ici de dédouaner La France insoumise de sa responsabilité dans la recrudescence de haine anti-juive telle qu’on l’a constatée en France cet été, mais de rappeler qu’il serait mensonger de faire porter le chapeau au seul Jean-Luc Mélenchon, qui, en l’espèce, a condamné la profanation d’Epinay sans ambiguïté et jugé utile d’indiquer à cette occasion que le meurtre d’llan Halimi, ce jeune juif torturé à mort en 2006, avait été selon lui « l’acte abject d’abrutis assassins antisémites qui ne méritent que notre mépris ».

Nouvel antisémitisme

Dans sa lettre adressée à Benyamin Nétanyahou mardi, Emmanuel Macron estime que l’antisémitisme n’aurait en France qu’une seule explication: l’extrémisme politique. « Les antisémitismes de notre pays viennent de loin, ont longtemps été nourris par l’extrême droite, sont aujourd’hui aussi alimentés par l’extrême gauche qui essentialise la communauté juive et soutient la haine contre cette dernière », écrit-il. Pas un mot sur cette autre source de la haine antisémite, pourtant majeure, qu’est l’islamisme. Il est pourtant assez probable que les deux violeurs présumés de la mémoire d’Ilan Halimi aient été plutôt inspirés par des motivations religieuses qu’idéologiques. Mais comme cette éventualité ne cadre pas avec ce qu’Emmanuel Macron croit savoir, grâce à son grand ami Yassine Bellatar, des banlieues, il y a peu de chances que le président français fasse au Premier ministre israélien l’aveu de ce mal qui ronge notre pays.