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Philippe David, la radio populaire

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L’animateur de Sud Radio publie ses Mots du jour aux Editions Fauves, un recueil reprenant ses chroniques de la saison 2018-2019.


Vous allumez votre poste de radio. Ce soir, plutôt que de zapper entre les stations musicales, l’envie vous prend d’écouter des gens parler dans le micro. En plus, réforme des retraites et mouvement social obligent, vous êtes encore dans les bouchons. Que les informations sont monotones ! D’une fréquence à une autre, des émissions toutes plus sérieuses les unes que les autres s’emploient à vous édifier sur le monde, la France et leurs turpitudes.

Toutes se tirent la bourre pour trouver les intervenants les plus érudits, “décrypter” les informations du jour avec les meilleurs experts et recevoir les personnalités politiques en vue. En vue… de les passer sur le grill, de les soumettre aux questions-piège. Qui sait ? peut-être en obtenir quelque déclaration fracassante et exclusive susceptible de faire parler tous les confrères, et de faire décoller les audiences de la tranche horaire et du journaliste vedette.

Le roi de l’infotainment

Un autre genre à la mode connait un succès fulgurant ces dernières années, c’est l’infotainment, contraction d’information et d’entertainment (divertissement, en bon français). Philippe David en est le roi. Vous placez en studio quelques intervenants récurrents à forte personnalité autour des micros, vous balancez les sujets et vous les laissez se chamailler et confronter leurs arguments façon café du commerce. 

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Depuis qu’elle s’est lancée dans le genre, la station Sud Radio se targue de voir ses audiences progresser. C’est aussi sur cette station qu’officie Elisabeth Lévy chaque matin à 8h12Entre 18h et 20h, la station propose les “ Vraies Voix”. C’est dans ce “talk” qu’officie Philippe David, forte personnalité de la station. A 18h50, entouré du journaliste Christophe Bordet, de la conseillère politique Françoise Degois et du magistrat Philippe Bilger (lequel propose une belle déclaration d’amitié en préface), l’animateur populaire propose une chronique avec l’étymologie du mot qui a été le plus utilisé par les médias dans la journée. Après son essai Virons Dieu du débat politique publié en 2015 (évoquant la polémique Charlie Hebdo), ce sont donc ces chroniques qui sont reprises dans ce nouveau recueil, qui vient d’être publié. 

La passion du micro

Avec ses traits d’esprits, une large place est laissée à la bonne humeur, mais les politiques sont aussi fréquemment égratignés par celui qui prend soin de rappeler qu’il n’est pas un journaliste page 70. Populaire ou populiste ? Encore récemment, l’animateur a fait parler de lui en s’indignant de la légion d’honneur accordée à Jean-François Cirelli de Black Rock:

Ses phrases assassines et ses traits d’esprit railleurs visent en tout cas toujours les puissants, Philippe David n’est pas du genre à attaquer homme à terre. Il ne peut s’empêcher de faire un bon mot, comme un Laurent Ruquier de droite, en plus drôle. Surtout, à la différence de son illustre confrère de RTL, Philippe David n’est pas faussement franchouillard[tooltips content= »Gaulois est une des premières chroniques »](1)[/tooltips]. Girondin[tooltips content= »A l’entrée accent, il rappelle la bévue de Mélenchon qui avait honteusement rabroué la façon de parler d’une journaliste de France 3 à Toulouse en octobre 2018″](2)[/tooltips], parfois trivial[tooltips content= »Les entrées couilles, viagra ou laxatif en témoignent »](3)[/tooltips], on suspecte même qu’il se retient parfois. Fan de Johnny Hallyday ou du toulousain Claude Nougaro, il leur consacre de beaux papiers. Dès que l’occasion s’y prête, de nombreux “mots” se terminent d’ailleurs en musique. Forcément, c’est un peu moins chic que France culture. Dans ces chroniques, tout déborde !

A relire: Faut-il virer Dieu du débat politique?

Philippe David a la passion du micro : on se gargarise de tous les auditeurs qui écoutent, on chambre ses petits camarades. Un exercice d’écriture quotidien est, on imagine, une astreinte contraignante. Si le niveau des chroniques est parfois inégal, il y a de vrais bons moments où l’esprit est vif, ou la volonté de plaire paie.

Une lecture divertissante, prioritaire aux yeux des fans de la station mais aussi pour les curieux qui prendront plaisir à se remémorer les événements marquants de l’actualité qui ont marqué l’année écoulée (2018-2019) de façon légère. Sur les gilets jaunes notamment, il est marquant de constater que Philippe David a bien vu venir et accompagné cet événement social majeur dans ses interventions et coups des gueules. Pas de doute, les routiers sont sympas !

1er octobre 2018: Doigt

Le mot du jour est évidemment le mot doigt puisqu’un cliché montrant le Président de la République avec deux énergumènes faisant des gestes avec leurs doigts défraie la chronique depuis hier. Le mot doigt vient du latin vulgaire « ditus » lui-même issu de latin classique « digitus » qui vient de la racine indo-européenne « deik » qui veut dire montrer.

Voyant les réactions sur les réseaux sociaux, on imagine que le Président a envie de dire pouce à la divulgation de cette photo qui le met à l’index ce qui est pour lui, au plus bas dans les sondages, un problème majeur. Cette photo risque en effet de causer un nouveau divorce avec les Français, l’alliance se portant à l’annulaire, et ceci c’est mon auriculaire, pardon mon petit doigt, qui me le dit.

On peut affirmer qu’en prenant cette photo, Emmanuel Macron s’est mis le doigt dans l’œil et qu’un de ses gardes du corps aurait du lever le petit doigt en voyant les deux olibrius jouer avec leurs doigts. Ce type de photo met en effet le doigt dans l’engrenage de la désacralisation de la fonction présidentielle, ce cliché lui ayant filé entre les doigts. Les chômeurs, qui selon le président passent leur temps les doigts de pieds en éventail à ne rien faire de leurs dix doigts, ne vont pas lui pardonner, tout comme les retraités qui, avec l’augmentation de la CSG, suivent le chef de l’état au doigt et à l’œil. Il va lui falloir, pour
reprendre l’initiative, y aller du bout des doigts puisque depuis hier il ne cesse d’être montré du doigt. On va m’accuser de mettre le doigt là où ça fait mal mais aujourd’hui certains diront que le Président peut exprimer des regrets vis à vis de ce cliché. Et personnellement je mettrai un doigt d’honneur, pardon un point d’honneur à dire que non seulement il le peut mais surtout… il le doit!

Mes mots du jour, Philippe David, Editions Fauves, 298 pages

Mes Mots du jour

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Macron, président ?

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Les syndicats se sont réunis autour d’Édouard Philippe à Matignon ce matin. Ils revendiquaient près d’1,2 million de manifestants contre la réforme des retraites hier, dans 65 cortèges en France. Le gouvernement en dénombrait 452 000 de son côté. Emmanuel Macron ne va plus pouvoir rester silencieux très longtemps.


Ces jours-ci on compare beaucoup Edouard Philippe à Alain Juppé, sacrifié en 1995 en même temps que la réforme du régime spécial de la SNCF. Emmanuel Macron fait terriblement penser à Jacques Chirac, et pas seulement parce que Brigitte Macron a repris l’opération “pièces jaunes” de Bernadette.

Debout face à Trump, le chef de l’Etat se couchera-t-il devant Martinez?

Le président était en première ligne durant la crise des gilets jaunes. Il s’est offert avec le grand débat une véritable campagne électorale sans contradicteurs. L’Élysée contrôle, dit-on, les agendas et les interventions des ministres. Emmanuel Macron veut garder la main sur tout, jusqu’à la nomination du directeur de l’opéra de Paris – la Villa Médicis est toujours dirigée par un intérimaire en attendant que le chef de l’Etat se prononce. Bref, on est plus proche de l’hyperprésidence que d’un  pouvoir jupitérien supposément éloigné dans son Olympe.

Philippe rêve de refiler le mistigri à un président en retrait

Cependant, sur la réforme des retraites, le président est plutôt en retrait, voire carrément aux abonnés absents. Pas un mot sur le sujet entre le 22 novembre et le 31 décembre. Le 12 décembre à Bruxelles, il déclarait : « Il y a un président de la République qui défend les intérêts français ici et un gouvernement qui travaille à Paris ». Lors de ses vœux, il s’est contenté de dire que « la réforme serait menée à son terme » et de refiler le mistigri à Edouard Philippe, prié de trouver « la voie d’un compromis rapide ».

En somme, Emmanuel Macron envoie son premier ministre en première ligne, dans le but, dit-on de s’affairer à sa réélection, notamment en soignant son image écolo. Les Verts, qui pourraient ravir Lyon et Bordeaux aux municipales, l’inquièteraient de plus en plus.

En réalité, s’agissant d’une réforme qui ne relève pas de la gestion quotidienne mais des grandes orientations, et qui importe peut-être plus aux Français que le choix du directeur de l’Opéra, c’est bien le président qui devrait être à la manœuvre. D’autant que, si la réforme des régimes spéciaux en 1995 était le bébé de Juppé, la retraite à points est bien la grande réforme de Macron lui-même.

La théorie du fusible

Les Français n’ont pas élu Edouard Philippe mais Emmanuel Macron. Quoi qu’ils pensent de la réforme, ils attendent que le président assume la responsabilité politique qui va de pair avec la légitimité. D’après un sondage YouGov réalisé pour le HuffPost, 59% des personnes interrogées attendent en effet que le président s’implique dans la sortie de crise. Au passage, on peut remarquer que, contrairement à ce que racontaient les thuriféraires du RIC et autres hochets de la démocratie directe, les Français veulent un président qui préside. Beaucoup, au sein même de son camp, doutent de sa détermination et se demandent si le chef de l’Etat, debout face à Trump, se couchera devant Martinez. Autant dire que la belle théorie du fusible qu’affectionnent les journalistes politiques et les constitutionnalistes ne semble pas convaincre nos concitoyens. Alors, quoi qu’il décide, il est temps qu’Emmanuel Macron cesse de faire la grève de l’arbitrage et du pouvoir.

Vanessa Springora ou les mots qui délivrent

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Le consentement est l’évènement de la rentrée


Le 2 janvier, Vanessa Springora a sorti aux éditions Grasset un roman qui provoqua un séisme : Le consentement. Elle y évoque sa relation, à l’âge de treize ans, avec l’écrivain Gabriel Matzneff.

Il ne s’agira pas dans cette chronique de l’affaire Matzneff, sur laquelle tout a été dit ou presque. Mais de parler d’une œuvre littéraire très réussie. Il est nécessaire de faire taire cette rumeur qui raconte que Springora s’est adonné à une entreprise de lynchage de Matzneff. Non. Elle n’est pas une énième thuriféraire de metoo, une Sandra Muller du quartier latin. C’est une femme qui a souffert dans sa chair, et qui a décidé après des années, d’enfermer cette souffrance dans un livre pour la faire taire enfin : « Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre ».

Une adolescente amoureuse

Cette entreprise d’enfermement est minutieuse, lentement Springora tisse sa toile avec des mots précis, une structure efficace où elle met en place le terreau de la tragédie. Une enfance banalement solitaire et l’éternel père absent, la tendre mère un peu infantile, le goût précoce pour les livres, le milieu social propice aux rencontres prestigieuses.

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On ne trouve dans ce roman ni pathos, ni couplet victimaire, ni complaisance. Tout ce que les féministes auraient voulu y voir (il est d’ailleurs possible qu’elles le voient, selon leurs principes de distorsions de la réalité). Simplement la petite Vanessa, 13 ans, devait rencontrer le grand écrivain et y laisser beaucoup de son être, c’était écrit.

Vanessa n’est pas une victime, elle est aussi l’actrice de ce qui sera son malheur et se comporte comme toutes les femmes amoureuses et romanesques : elle a le cœur qui bat, et les jambes qui tremblent. Elle voit des signes de leur amour partout : « Ce jeudi 16 mars 1972 l’horloge de la gare du Luxembourg marquait midi trente ». Tel est l’incipit de l’un des romans de Matzneff, la date de naissance de Vanessa…

Cocon mortifère

Pendant ce temps, le prédateur – ce terme est galvaudé mais c’est bien de cela dont il s’agit – guette sa proie, la traque jusqu’aux portes de son collège, jusqu’à la rendre « transie d’amour ».

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Et le lecteur assiste à l’enferment dans le cocon mortifère à coups de lettres d’amour et de mots ridiculement tendres. Car Le Consentement est aussi en creux un roman épistolaire. La lettre est partout, celles que lui écrivait le grand homme. « Des lettres il y en aura beaucoup, d’une onctuosité parfaite, égrenant une kyrielle de compliments à mon sujet, détail important, G me voussoie, comme si j’étais une grande personne ». Celles, maladroites que lui écrira Vanessa, celles qu’il écrira à d’autres aussi, car le prédateur n’en finit pas de rôder. Et la lettre que personne ne verra jamais, une missive que Mitterrand aurait écrit au grand écrivain, un éloge que celui-ci gardait précieusement, un permis de nuire en toute impunité. On pense évidemment au plus grand des romans épistolaires : Les liaisons dangereuses d’autant plus que Le Consentement développe la même structure imparable.

Matzneff possède la rouerie de Valmont, mais Vanessa est-elle Cécile Volanges pour autant ?

Rien n’est moins sûr, car jusqu’à la moitié du livre plane l’ombre du journal de Matzneff, lecture qu’il a interdite à la jeune fille qui, telle une oie blanche des romans du XVIIIe s’y plie, jusqu’au jour où… Et fin de l’emprise.

La délicieuse enfant entame alors une renaissance faite d’anorexie et d’épisodes psychotiques dont les livres, desquels elle fut la prisonnière, la délivreront. Retournement de situation. Et bien plus tard, afin d’achever la résilience : l’écriture. « Quand les blessures sont mortelles tout secours devient inhumain » dit la Présidente de Tourvel dans Les liaisons dangereuses. Sauf celui des mots.

Le consentement

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Boris Johnson: le triomphe romain


Terrassant Jeremy Corbyn, le Premier ministre britannique Boris Johnson a conquis les bastions ouvriers. Son mélange d’étatisme et de libéralisme est le meilleur rempart au (vrai) populisme.


 

En l’an 46 avant J.-C., mettant fin à une terrible guerre civile, Jules César célèbre à Rome un quadruple triomphe au cours duquel il distribue de l’argent aux citoyens, satisfait les revendications des populares – les représentants des couches les plus pauvres de la société – et lance une grande réforme de l’administration romaine.

Au petit matin blafard du 13 décembre, contemplant les résultats des élections législatives au Royaume-Uni, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au vainqueur de la Gaule dont les œuvres faisaient autrefois partie de l’éducation classique de tout écolier anglais, de celle du Premier ministre comme de la mienne, humble membre du Parti conservateur. Car l’élection triomphale de Boris Johnson représente non pas une victoire, mais quatre. Et les actions, déjà engagées et à venir, du Premier ministre sont étrangement analogues à celles de César.

Les conservateurs de retour aux commandes

Quelles sont ces quatre victoires ?

La première est celle, personnelle, de M. Johnson. Celui dont beaucoup de commentateurs disaient qu’il ne racontait jamais la vérité, qu’il était indigne de la confiance du peuple, qu’il ne voulait pas négocier avec l’UE, qu’il cherchait, en populiste fanatique, à renverser les traditions démocratiques de son pays, vient d’infliger un démenti cinglant à tous ses détracteurs. Il a tenu ses promesses ; il a très largement convaincu l’électorat ; il a déjà entamé une série de négociations prometteuses avec l’UE ; et il a rétabli la stabilité dans les branches législatives et exécutives qui étaient grippées depuis trop longtemps. Les auteurs de ces commentaires devraient maintenant ravaler leurs paroles. Le feront-ils ? Il est peu probable qu’ils se remettent en cause. Consolons-nous avec Monsieur de La Rochefoucauld qui formule cette triste vérité : « À mesure que la philosophie fait des progrès, la sottise redouble ses efforts pour établir l’empire des préjugés. »

À lire aussi: BFM TV s’en prend à Boris Johnson, «le manipulateur»

La deuxième victoire est celle, inespérée, du Parti conservateur. Alors qu’il est au pouvoir depuis maintenant neuf ans, la loi de l’alternance aurait dû mettre fin à sa domination. Obligé de guider le pays à travers les écueils de la crise financière et du séisme politique que représente le Brexit, le gouvernement tory a pris un grand nombre de ces décisions dites « courageuses » qui nuisent gravement à une courbe flatteuse dans les sondages. Arrivant en cinquième position aux élections européennes au mois de mai, le parti avait été déclaré moribond par les je-sais-tout de l’intelligentsia. Le départ et l’exclusion d’une vingtaine de ses députés à l’automne ont réconforté l’image d’un parti en pleine guerre fratricide et sur le point d’imploser. Avec désormais une marge de 80 députés, les conservateurs de Boris Johnson sont de nouveau aux commandes avec la plus large majorité depuis les beaux jours de Margaret Thatcher. On objectera qu’il s’agit d’un vote contre le leader travailliste, Jeremy Corbyn. Cependant, la défaite de son parti, qui perd 60 sièges par rapport à 2017, est plutôt d’ordre structurel. Répugnant à honorer le résultat du référendum de 2016 et promettant des investissements colossaux, peu crédibles, les travaillistes ont laissé filer vers les conservateurs un grand nombre de leurs électeurs traditionnels. Sur les 100 circonscriptions les plus « ouvrières », en 2017, les conservateurs en détenaient 13 et les travaillistes 72 ; aujourd’hui, les derniers en ont 31 et les premiers 53. Ce conservatisme « col bleu » est parfaitement conforme à la tradition du grand leader tory du xixe siècle, Benjamin Disraeli – quelqu’un que Jeremy Corbyn ne doit pas trop apprécier puisqu’il était… juif.

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Un mandat fort pour le Brexit

La troisième victoire est celle, non seulement des partisans du Brexit, mais aussi de toutes les personnes, qu’elles aient voté « Leave » ou « Remain » en 2016, qui ont la conviction qu’il faut, coûte que coûte, mettre à exécution le choix des électeurs. Faisant l’économie du mythique deuxième plébiscite préconisé par certains politiciens et intellectuels, le résultat des élections confirme sans appel la volonté majoritaire en faveur du Brexit. Certes, les indépendantistes écossais ont pu célébrer une grande victoire, raflant 48 des 59 sièges attribués à leur pays, ce qui renforce leurs appels à un autre référendum sur l’indépendance. Cependant, les sondages d’opinion en Écosse ne sont pas aussi nettement favorables à la séparation d’avec la Grande-Bretagne. Chronologiquement, le Brexit interviendra d’abord, ce qui rendra l’indépendance écossaise beaucoup plus difficile, combinant un problème de frontière encore plus complexe que l’irlandaise, et un problème de monnaie inédit, l’Écosse utilisant la livre sterling. De surcroît, au cours de 2020, les résultats de la gestion sous-performante des finances du pays par Nicola Sturgeon risquent de devenir de plus en plus apparents, tandis qu’en mars, le procès de son prédécesseur, Alex Salmond, accusé d’agressions sexuelles, n’arrangera pas les choses.

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La dernière victoire, qui vient couronner toutes les autres, est celle de la vie politique au Royaume-Uni qui, ayant été mise à l’envers par le casse-tête du Brexit, est finalement remise à l’endroit et de manière décisive. Avec un mandat on ne peut plus clair, Boris Johnson aura toute liberté pour mettre en œuvre son programme « césarien » d’investissements dans la santé, la police, les écoles et les infrastructures, et de réforme du service public. Ce programme est destiné à répondre aux besoins des couches populaires – les populares de notre époque – qui ont voté pour le Brexit et pour lui. Est-ce à dire que BoJo est un populiste, comme le prétendent les analystes à la petite semaine dont la compréhension du mot « populisme » n’est pas digne d’un étudiant de première année dans une bonne université ?

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En plus de Jeremy Corbyn, ces élections ont fait un autre grand déçu : Nigel Farage. Son Brexit Party n’a aucun siège à Westminster et sa version radicale du Brexit a été marginalisée au profit de celle, pragmatique et conciliatrice, de Boris Johnson. Celui-ci, en tant que « one nation Tory », mêlant étatisme paternaliste et libéralisme pragmatique, est surtout notre bouclier contre le populisme. Le lecteur trouvera peut-être mon parallèle entre BoJo et Jules César trop hyperbolique à son goût. Certes, il témoigne d’un enthousiasme sans doute coupable. Mais la victoire de Johnson sera plus complète et plus durable que celle de César, car – n’en déplaise à certains – elle est surtout démocratique.

Humour jésuite pour les nuls (de Quotidien)

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Quand Yann Barthès et ses sbires ne comprennent pas une blague de Jean-Marie Le Pen…


Son Altesse Sérénissime Yann Barthes, avec l’élégance et la finesse qui le caractérisent, a tenu son public et ses chroniqueurs en haleine – enfin, il ne faut rien exagérer – les 4, 5 et 6 décembre derniers. Ses monteurs, dont il faut reconnaître qu’ils sont assez doués quoique très prévisibles et un brin lassants, se sont emparés, fort virilement, d’une blague de Noël piratée sur le site de Jean-Marie Le Pen et racontée par lui.

Et, comme d’habitude, ils en ont fait des caisses:

Tout d’abord, pour bien nous mettre dans l’ambiance et nous préparer à l’horreur qui nous attendait, il nous a été signifié que celui qui allait sobrement être désigné par le délicieux sobriquet de Papi Facho durant toute la séquence, séjournait dans un EPHAD où « raconter une blague peut être l’activité d’une semaine entière ». Les pensionnaires, leur famille et le personnel de ces établissements apprécieront. La mise en train s’est poursuivie grâce à un montage bien pourri, bien orienté, avec en boucle et en écho du « musulman », du « noir », de « l’arabe », de « la mosquée », de « l’envahissement », de la « burka ».

La blague de « Papi facho »

Le patron de Valeurs Actuelles a ensuite été largement moqué. Cette fois, il s’agissait de sa chevelure qui « interroge un rouquin, homosexuel, noir, musulman » (sic). Cheveux longs donc dans la soupe quotidienne. Et puis, pour conclure cette entrée en matière, un rien taquine, un bon gros rot sonore d’un raffinement à l’avenant.

A relire, Elisabeth Lévy: Emmanuelle Gave: fabrique-moi une antisémite

Papi Facho a (enfin) pu raconter sa blague : « Un jésuite interpelle un curé et lui demande si, à Bethléem, Jésus était gai ou triste. Le curé, lui répond qu’en ouvrant les yeux et en voyant l’âne et le bœuf, Jésus se serait écrié : « Mon Dieu, est-ce donc là toute la compagnie de Jésus ! »

Il n’en faut pas plus pour que notre arbitre des élégances, docteur es blagues, se déchaîne. Mais, ce n’est pas une blague. C’est juste du n’importe quoi. Papi Facho est nul, archi nul, complètement sénile. Sa (fausse) blague n’a pas de chute. Il est gâteux, le vieux.

Et que j’interroge les sbires: « vous l’avez ? », « vous l’avez ? ». « Personne ne l’a ! ». Et que j’insiste et que je harangue la foule : « vous l’avez ? », « vous l’avez ? ».

Bonjour le niveau du patron

De toute façon, si quelqu’un l’avait, on sent bien, que ce n’est pas le moment de faire le malin, ni la maligne. On voit bien qui est le patron. Tous ces galopin-e-s se calent donc sur le grand manitou. Et, il fait « pas facile » le mec. On sentirait même poindre une petite tendance à la Papi. Donc, sur commande, tout ce petit monde pouffe, s’étrangle, s’esclaffe, se gondole. Ouaf ! ouaf  ouaf ! Ce qu’ils sont beaux et intelligents, ces débusqueurs de bêtise. Comme on les envie.

A lire aussi, Martin Pimentel: La fureur de Yann Barthès contre Valeurs actuelles

Mais, Monsieur Barthes, puisqu’il faut tout vous expliquer, c’est une vraie blague, qu’a racontée monsieur Le Pen. Avec une vraie chute. Un brin désuète, certes, mais rigolote quand même. Et, quelle que soit leur opinion sur la personne qui la narrait, tous ceux à qui je l’ai racontée (histoire de vérifier que je n’étais pas à côté de la plaque) « l’avaient ». Parce qu’il y a un jeu de mots dans cette blague et un jeu de mots qui demande un tout petit peu de culture. La Compagnie de Jésus est en effet une congrégation catholique masculine dont les membres sont des clercs réguliers appelés jésuites. Les curés, clercs séculiers, et les jésuites n’ont pas la réputation de faire bon ménage. Donc, le curé se moque du jésuite. Les jésuites de la Compagnie de Jésus sont comparés à un âne et à un bœuf. Ce qui n’est pas flatteur.

Quand il faut expliquer la blague, forcément c’est moins drôle…

C’est du deuxième degré. Vous l’avez là, où il faut que je réexplique. Vous avez compris ? Vous pensez que vous allez pouvoir l’expliquer à votre smala ou je recommence ? Pour votre édification personnelle, tout comme il y a des blagues de Toto, des blagues belges, des blagues juives, il y a des blagues sur les jésuites et celle qu’a racontée monsieur Le Pen est la plus connue d’entre elles. Une sorte de mètre étalon de la blague sur les jésuites. Il y en a beaucoup. Il y a même des sites de blagues sur les jésuites comme Aleteia par exemple. Preuve, si cela était nécessaire, qu’il y a des gens intéressés par ce type de blagues et qui en rient. Ce n’est visiblement pas votre monde, ni celui de vos chroniqueurs (quoique !). Mais, ce n’est pas pour autant qu’il n’existe pas, ni qu’il mérite d’être ridiculisé.

Dans cette histoire, il y a un truc ou plutôt deux qui m’échappent.

Premièrement, comment se fait-il que fin lettré comme vous êtes, vous ne sachiez pas ce qu’est un jésuite, et n’ayez jamais entendu parler de la Compagnie de Jésus ? Je tombe de haut. Deuxièmement vous avez eu la semaine pour essayer de la comprendre, la blague. Cela ne vous est pas venu à l’idée de taper (ou de faire taper par un de vos thuriféraires) « Compagnie de Jésus » ? En un clic, vous auriez eu la réponse et « vous l’aviez » !

Le Paris-Dakar de MBS: on se tait et on profite du spectacle

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Mohammed ben Salmane (MBS) veut rattraper le retard qu’il a pris sur le Qatar en organisant de grands évènements sportifs. Il veut faire de Quiddya une vaste destination touristique digne d’un Disneyworld. Première pierre à cet édifice ambitieux, le Paris-Dakar. La délocalisation de la course dans le royaume de MBS est révélateur d’une époque où l’occident rend l’âme.


 

Départ le 5 janvier à Djeddah. Arrivée le 17 à Quiddya. Privés d’Afrique par les jihadistes, les amateurs de rallye auto-moto se sont d’abord rabattus sur l’Amérique Latine (2009-2019). Cette année, ils se délocalisent dans le pays qui représente le modèle absolu pour les jihadistes du monde entier. Un régime politique dont l’idéologie – le wahabisme – galvanise les fanatiques qui interdisent les sables et les savanes d’Afrique aux courses automobiles. Consciemment ou inconsciemment, le Paris-Dakar se réfugie dans la gueule du loup pour être sûr de ne pas être mordu. Cruelle ironie.

Mohammed ben Salmane, le prince héritier d'Arabie Saoudite
Mohammed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie Saoudite

On pourrait gloser longtemps sur les crucifixions pratiquées en place publique et sur le sort réservé aux femmes saoudiennes et aux migrants. Cela ne servirait à rien puisque les grandes ONG se limitent à des protestations tièdes lorsqu’il s’agit de l’Arabie Saoudite : elles préfèrent se concentrer sur les pays musulmans et africains qui se préoccupent encore de respectabilité, c’est-à-dire tous ceux qui ont besoin de se financer auprès du FMI ou qui ont des faveurs à demander à l’Union Européenne. L’Arabie Saoudite, elle, peut se permettre le luxe de déplaire à la communauté internationale. On pourrait aussi s’indigner auprès des partenaires de l’événement comme Honda, Karcher ou France Télévisions. Cela ne servirait à rien non plus, car le capitalisme n’est moralisant qu’à l’intérieur des frontières hexagonales et occidentales. Ailleurs, il a tendance à s’écraser devant la loi du plus fort et, en l’occurrence, le plus fort ici est MBS et son régime. En Chine, c’est le parti communiste chinois.

Arabie saoudite, Qatar: si ouverts!

Ne soyons pas trop puristes et inflexibles non plus. Par les temps qui courent, il vaut mieux paraître cool qu’en colère ou aigri. De toutes façons, si l’on critique le Paris-Dakar, il faudrait aussi s’en prendre à la FIFA qui s’apprête à organiser la Coupe du Monde au Qatar : une autre « grande » nation wahabite. Or, on ne critique jamais un mécène du sport et de la politique (française), ça ne se fait pas. Vous imaginez un monde sans football et des politiciens sans cadeaux somptueux à la hauteur de leur leadership ? Il vaut mieux se taire et profiter du spectacle.

A lire aussi: Seul comme MBS

Souhaitons donc au Paris-Dakar une belle course sur les dunes et les plateaux du désert saoudien.  Espérons que les Houthis du Yémen laisseront l’événement se dérouler sans anicroches et que les drones iraniens ne se perdront pas au-dessus des immensités dénudées de l’Arabie. Prions surtout pour que le prochain Tour de France ne se déroule pas en Sibérie par crainte d’attentats sur les Champs Élysées. Formons le vœu que les JO de Paris ne soient pas délocalisés à Manaus en Amazonie en guise de pénitence auprès de Gaia, la Déesse Terre-Mère. Greta et nos élus croient que nous avons tellement de choses à nous faire pardonner.

Un évènement révélateur

Il faut voir le bon côté des choses, toujours. La délocalisation du Paris-Dakar en Asie est un pas de plus vers la destruction de la Françafrique. Une étape décisive vers la rupture des liens entre l’ancienne puissance coloniale et les régimes qu’elle a méchamment et égoïstement maintenus dans sa dépendance. Elle se rajoute à la prochaine disparition du Franc CFA en Afrique de l’Ouest. Une page se tourne, une époque rend l’âme.

A lire aussi: Supercoupe d’Italie en Arabie saoudite: nos amies les femmes seules ne sont pas acceptées

N’ayez crainte : Paris et à Dakar, les deux villes qui prêtent leur nom à cette grande messe du sport automobile, seront dûment récompensées pour leur fair-play.

À l’instant où cet article est publié, des prédicateurs wahhabites sont formés, gratuitement et par centaines, dans les instituts saoudiens, ils seront bientôt disponibles pour propager un discours de paix et d’amour en France et au Sahel.

Camus, un penseur conservateur?

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Au 60e anniversaire de sa mort le 4 janvier 1960, Albert Camus est plus aimé que jamais.


Admirable dans sa vie, formidable par son œuvre simple et profonde, Albert Camus est de ces écrivains qui ont touché la réalité de leur temps en plein cœur et deviennent par là-même intemporels. La gauche, qui l’a longtemps mis au banc des anti-révolutionnaires, tente de s’approprier un homme dont la liberté de ton leur aurait pourtant bien déplu (notamment l’analyse acharnée contre les pleurs et les hurlements). La découverte en ce début d’année d’un texte exclusif de l’auteur dans les archives du général de Gaulle manifeste un héritage politique plus complexe de l’auteur de l’Homme révolté.

En dépit d’une tendance libertaire que l’on aurait tort d’associer aux imbéciles pourfendeurs du « jouir sans entrave » ou d’un libéralisme économique, Camus donne des clefs philosophiques profondes pour résister à notre modernité, et s’opposer à elle par simple amour de ce que la nature humaine a de plus ancré.

Albert Camus n’aimerait probablement pas notre époque

Penseur que toutes les misères indignaient, il refusait de s’acheter avec d’autres la belle conscience de gauche qui soutenait les massacres et les calomnies pourvu qu’elles se fassent au nom de la libération de l’homme. L’Algérie était sa terre natale, et après avoir déclaré qu’entre la justice et sa mère, il choisirait sa mère, il se désolidarise aussi bien de l’action violente du FLN que de la colonisation française, et aurait abhorré nos actuels « décoloniaux » qui professent la haine du Français blanc.

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Lui qui déclarait, dès l’Envers et l’endroit : « Tout est simple. Ce sont les hommes qui compliquent les choses » aurait conspué la fausse « complexité » revendiquée par une grande partie de la classe politique. Amoureux de la finitude humaine, Camus invite à épouser le tragique contre les prophètes qui voudraient bouleverser la nature de l’homme et en faire advenir une nouvelle. Cette philosophie qui traverse Le Mythe de Sisyphe se retrouve dans L’Homme révolté, car la vraie révolte ne se fait que par amour pour le monde ou l’humanité. Ce retour du tragique va à rebours du transhumanisme comme tentative d’extraire l’Homme de sa finitude. Homme à femmes incorrigibles, sûrement aurait-il subi les foudres du mouvement #metoo et porté le fardeau du patriarcat blanc.

Empêcher que le monde se défasse

Défenseur de la nature contre les marcheurs du sens de l’histoire, il est l’adversaire d’un progressisme qui avance au nom seul de la nécessité d’avancer. Préférant le bon sens aux philosophies alambiquées. Aimant la France et la République.

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Pour toutes ces raisons, Camus aurait probablement été en notre temps un écrivain décrit comme « réactionnaire » et de facto un mâle blanc de plus de 50 ans. Ses œuvres ne répondent pas à l’exigence de diversité imposée, sa philosophie n’exalte ni le changement perpétuel, ni le désir individuel, et s’inscrit loin des faiseurs de système et grands accusateurs de l’Occident qui ont forgé la pensée de mai 68. Camus est plutôt de ceux qui pensent que certains invariants de l’existence humaine doivent être éprouvés et aimés plutôt qu’annihilés par des progrès techniques et des théories fumeuses.

Son discours le plus célèbre reste celui qu’il prononce à Stockholm le 10 décembre 1957, pour la remise du prix Nobel de littérature. Un discours grave et magnifique, simple et décisif, qui inspire encore nombre de nos intellectuels qui chantent encore avec lui :

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ». Camus n’est pas un révolutionnaire, il est un résistant. Cet héroïsme protecteur, qui veut sauvegarder plutôt que bouleverser, qui veut préserver plutôt que balayer, fait de Camus un auteur capital pour toute pensée conservatrice.

Iran: la vengeance la plus nulle au monde

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«L’Iran semble reculer, ce qui est une bonne chose pour toutes les parties concernées et pour le monde», a dit Trump le 8 janvier. L’analyse du camouflet iranien par Gil Mihaely.


Après l’assassinat ciblé de Qassem Soleimani, une figure importante du régime et un proche du guide suprême Khamenei, l’Iran s’est engagé à venger sa mort.

Dans les premières heures de mardi dernier, les Iraniens ont lancé une salve de missiles visant deux grandes bases militaires irakiennes abritant des militaires et du matériel des forces américaines ainsi que de nombre de leurs alliés. Si l’Iran s’arrête là – et rien n’est moins sûr – la séquence militaire qui a commencé par l’attaque des drones américains vendredi à 1h20 du matin à Bagdad se termine avec un KO pour l’Iran dont la riposte était un fiasco, sans parler de la bousculade meurtrière pendant les funérailles de Soleimani qui a coûté la vie à une cinquantaine de personnes selon les médias officiels  iraniens. Imaginez ce qu’un épisode mortel similaire aurait provoqué dans un pays occidental, et avec quelles conséquences politiques et médiatiques. En Iran, en revanche il s’agit d’un chien écrasé ! Mais revenons à cette fameuse revanche. Dans le cas qui nous intéresse, parler de « revanche » est un pur abus de langage.

Dégâts matériels légers, communiqués triomphants

Selon les photos des missiles iraniens qui ont raté leurs cibles et n’ont pas explosé, il s’agit très probablement des missiles de croisière made in Iran de la famille Soumar, peut-être même le tout dernier modèle, Hoveyze, opérationnel depuis quelques mois. Selon les sources américaines et irakiennes, entre 12 et 22 missiles ont été tirés sur les deux bases irakiennes d’Ein el Assad (base aérienne) et Qayarrah Ouest près d’Irbil, dans la province kurde. Selon les images prises par un satellite commercial, la base aérienne d’El Assad a été touchée par cinq missiles qui ont provoqué des dégâts matériels relativement légers. Les communiqués des gardiens de la révolution (armée bis d’Iran mais aussi une méga entreprise économico-mafieuse) et du guide de la révolution ont été triomphants, annonçant 80 morts et des dégâts considérables.

Pour de tels résultats et une telle communication, des États-majors sont limogés honteusement dans les pays occidentaux. Pas en Iran.

Et d’ailleurs très vite, face à ces mauvaises performances du système d’armement le plus sophistiqué de l’industrie militaire iranienne, la machine à sur-interpréter s’est mise en marche : les Iraniens, ces géniaux joueurs d’échec, ont fait exprès de rater ! Dans leur humanité, ils ont épargné des vies humaines pour contribuer à la désescalade… Les bouchers de 2009 et de novembre 2019 ont été touchés par la grâce…

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Ce bilan minable est caractéristique de l’Iran. Leurs milices en Syrie sont nullissimes. Il aura fallu que leurs ennemis – les bras cassés de Daech – soient encore plus nuls qu’elles pour qu’elles arrivent à bout des quelques milliers de frères Kouachi. Avec un nombre incroyable de bavures et des pertes énormes ! L’armée syrienne était encore plus mauvaise, sans parler de ce qu’on appelle par courtoisie « l’armée irakienne » laquelle s’est évaporée au début de l’été 2014 devant les milices d’el Baghdadi. Voilà les adversaires de l’Iran et leur benchmark…  Tactiquement donc, pour reprendre la phrase du guide suprême, une claque retentissante a été affligée ces derniers jours en Mésopotamie, mais elle a brulé la joue de l’Iran. Dans un contexte plus large, les choses sont moins nettes.

Pousser les Iraniens à débarrasser leur pays du régime qui l’étouffe depuis 40 ans

La force des Iraniens est leur fanatisme (ils ne doutent jamais), leur idéologie islamiste, leur mépris de la vie humaine et la patience. Rien d’autre. Leurs performances techniques sont déplorables, ils n’ont même pas une armée de l’air digne de ce nom, mais derrière la colline il y a toujours des bataillons de martyrs prêts à inonder les lignes ennemies. Ainsi, la seule manière de vaincre l’Iran est d’empêcher les zélotes qui la dirigent de joindre le nationalisme au fanatisme chiite.

Quand les Iraniens se sentent visés en tant que nation souveraine, ils se rangent derrière leur gouvernement, même s’ils sont très nombreux – et cela se voit assez souvent – à le détester. La rage qui avait fait suite à la répression terrible des manifestations de novembre est passée au deuxième plan. La colère et l’humiliation de la mort de Soleimani l’ont remplacée. Voilà ce qui est réellement dommageable pour Trump et la stratégie occidentale des sanctions qui vise à réduire le soutien de la population au régime. Au lendemain de cette séquence très tendue, l’Iran est certes affaibli, mais le régime tient bon grâce à sa capacité de mobilisation du sentiment national.

Selon les services de renseignements américains et britanniques, le Boeing d’Ukraine International Airlines a été abattu par des missiles qu’auraient tiré les forces militaires iraniennes.  Ainsi s’expliquerait l’accident ayant abouti à la mort de 176 passagers et membres d’équipage. Cette information, qui s’appuie notamment sur l’imagerie spatiale et des écoutes (communications et messages électroniques), est corroborée par une vidéo prise par des Iraniens et vérifiée par le New York Times.

Ces images semblent montrer un missile explosant près d’un avion au-dessus de Parand (une ville nouvelle créée après la révolution de 1979 pour servir de résidence aux employés de l’aéroport international de Téhéran), l’endroit où le vol 752 d’Ukraine International Airlines a cessé de transmettre son signal. Il faut rappeler que les ogives missiles sol-air sont déclenchées par une fusée de proximité et donc, comme c’est le cas dans cette vidéo, ils ne touchent pas directement leur cible mais explosent au moment où ils commencent à s’en éloigner. La raison est simple : on ne peut jamais savoir qu’un objet se trouve au point le plus proche d’un autre objet avant que la distance entre les deux commence à croître, indiquant que ce point vient d’être dépassé.

Si ces informations sont vérifiées (il ne s’agit pour l’instant que d’une grande probabilité), on peut en tirer plusieurs conclusions. Tout d’abord, comme indiqué plus haut, cet incident suggère que le niveau des forces de défense aériennes iraniennes laisse à désirer et serait comparable à celui des leurs collègues syriens et russes (ceux qui ont abattu par erreur l’avion de Malaysian Airlines en 2014). Le brigadier général Alireza Sabahifard a donc des soucis à se faire. Mais si ses hommes ont effectivement cafouillé, il peut être tranquille pour le moment : la stratégie de communication iranienne consistant à nier en bloc  le protège. Si comme on dit à Téhéran, l’avion ukrainien a souffert d’une grave avarie technique, pas besoin de limoger le général chargé des batteries sol-air ni de faire une enquête. Et c’est ainsi que les ayatollahs creusent leur tombe. Un peu à la façon des dirigeants de l’URSS dont la série Tchernobyl a si bien su dépeindre la fin.

Tri sélectif: le pollueur est une ordure


L’humiliation écologique de François Tauriac


Je croyais avoir touché le fond du déshonneur écologique le jour où, faisant le plein d’une vieille anglaise à la pompe, j’avais croisé le regard accusateur d’une conductrice d’hybride, le temps – évidement trop long – de remplir les 90 litres des deux réservoirs de ma monture, avec adjonction de substitut plombé en bouquet final. Je n’avais en fait encore rien vu. Je viens d’essuyer l’ultime affront environnemental. L’humiliation écocitoyenne définitive. Le déshonneur du refus de poubelle (RDP). Pour ceux d’entre vous qui l’ignorent, le RDP se produit  lorsque « le responsable de l’hygiénisation de votre espace collaboratif » (le boueux en vieux français),  juge, au moment de la collecte de votre sac renfermant votre « production d’ordures ménagères résiduelles »,  que ce dernier n’a  pas été suffisamment trié. Car, s’il y a un truc que sait bien jauger l’éboueur – entraîné qu’il est à écouter la musique des immondices – c’est bien le bruit que font les ordures. Surtout entre elles. Il sait donc immédiatement, s’il y a anguille sous roche. Baleine sous gravier. Et si, éventuellement, il y a des choses pas claires que vous tentez de cacher dans vos poubelles.

La confession d’un citoyen éco-irresponsable

La matinée avait pourtant bien commencé. J’étais perché à l’étage de mon bureau à travailler, la fenêtre entrouverte, quand j’ai entendu le camion d’ordures passer à 8h comme tous les vendredis. Il a fait pshiiiiiii en s’arrêtant devant la maison. Jusqu’ici rien d’anormal. Ensuite, l’employé responsable de la collecte a sauté à terre pour prendre mon sac poubelle. Ça a fait un petit bruit quand il l’a soulevé. Comme lorsqu’on laisse tomber une ampoule sur le sol. Il y a eu un juron. Puis le camion a refait pschiiiii. Et il est vite reparti.

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Quand j’ai sorti la voiture à midi, mon voisin rentrait sa poubelle à roulettes. Elle est chouette la poubelle de Quentin. C’est une Plastic Omnium orange et grise comme dans les grandes villes. C’est bien plus pratique et propre que de mettre ses résidus en sac à même le sol. Il est bien organisé mon voisin. Et puis il m’a fait un signe comme chaque jour, mais pas pour me dire bonjour. Il m’a montré mon sac poubelle qui était resté au pied du portail. L’agent de la commune ne l’avait pas ramassé. Et il y avait un autocollant dessus. Avec écrit en énormes caractères « REFUS ».  Il faut avoir croisé, une fois dans sa vie, l’œillade incrédule, réprobatrice et donc évidemment déçue, de son plus proche riverain pour comprendre ce que peut être une humiliation écologique. Pour réaliser aussi la prise de conscience d’un début de déchéance sociale.

Destructeur de globe terrestre

Ce n’est pas une étiquette que m’ont collée les agents de la propreté de la commune ce jour-là. En jugeant d’ailleurs au jugé ma poubelle trop mélangée. C’est la pire des annotations. L’écriteau de l’infamie. Le label de la turpitude.

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Je ne suis plus désormais pour mon quartier qu’un salaud. Mais pas n’importe lequel. Celui de la pire espèce. Un de ceux qui se fout éperdument de l’avenir de la planète. Qui joue avec le futur des enfants du voisinage. Un salisseur. Un meurtrier. Y a pas pire qu’un destructeur de globe terrestre. Sur l’échelle de Richter de la honte,  je pensais benoîtement qu’avant le RDP, il y avait peut-être aussi l’avis de passage d’huissier. Mais l’argent qu’on peut devoir à ces foutus banquiers, c’est finalement pas si grave.  C’est même ridicule comparé au trafic de détritus. Le masquage de poubelle étant au moins aussi grave de  nos jours que le terrorisme ou la profanation de cimetière. Et en plus c’est dégueulasse. Pensez que j’ai bien tenté d’arranger mes affaires. Après tout,  j’avais juste omis de ranger le pot de moutarde Amora avec le verre usagé. À mes yeux, ça n’était pas si grave. Mais c’était peine perdue. Le mal était fait.

La petite-fille du voisin a pris son chaton dans ses bras quand elle m’a va vu, l’autre jour. Et son grand frère, que j’avais convaincu de retaper le Solex de son papy, a fini par s’acheter un vélo hydrogène. Je me demande bien ce qu’a pu leur raconter leur père sur moi. Mais c’est comme ça, il faut que je m’y fasse. À rouler en véhicule obsolète (et donc non recyclable), j’étais déjà perçu comme un irrécupérable de l’initiative décarbornée. Voilà désormais que la rumeur  raconte que  je  suis un non trieur. Ça doit être vrai.  Il n’y a pas de fumet sans pneus. L’autre jour, la femme de ménage a ressorti une bouteille de jus de mandarine que j’avais mise par erreur à la poubelle. Un gros flacon d’Andros  en plastique de 2,5 litres. Elle l’a posée sur la table de l’entrée bien en évidence. Comme pour me punir. Elle aussi, elle ne s’est pas trompée sur moi. Oh ! c’est pas qu’elle me prend pour un salaud. On ne mord  jamais complètement la main de celui qui vous nourrit. Même quand elle est sale. Non, elle a simplement compris que j’étais un mauvais trieur. Presque une ordure en somme.

Les Parisiens de droite vont-ils voter Dati?

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Apeuré par Anne Hidalgo, terrorisé par les hordes de cégétistes, l’électorat conservateur parisien est tenté de se rapprocher de la majorité présidentielle. Un mauvais calcul.


Les conservateurs sont souvent de grands naïfs. Parfois férus d’histoire politique, lecteurs de Sainte-Marie et Fourquet, ils peuvent vous parler de la tectonique des plaques politiques et être intarissables pour fustiger la modernité sociétale. Mais quand viennent les travaux pratiques, on ne les reconnaît plus. Ils s’inventent des croquemitaines et continuent de réfléchir comme s’ils n’avaient rien lu, comme si rien ne s’était passé en France depuis 2017.

Délivrez-nous de la CGT !

Voyez nos amis conservateurs parisiens, par exemple. En ce moment même. Ils ne pensent plus qu’à deux croquemitaines, Philippe Martinez et Anne Hidalgo. L’an dernier, parmi eux, certains n’avaient peut-être pas abandonné François-Xavier Bellamy pour Nathalie Loiseau, par goût du parti de l’Ordre contre l’affreux gilet jaune qui venait de province, couteau entre les dents. Parfois, ceux-là avaient même été sensibles à ce cri qui venait des entrailles du pays.

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Mais quand il s’agit de l’horrible Martinez ou de la maire de Paris, les réflexes grégaires reviennent et les belles théories s’envolent comme par enchantement. Ainsi pour la réforme des retraites, on ne voit plus que l’ennemi CGT qui lutte pour ses privilèges. Edouard Philippe l’a bien compris, lui qui se montre si inflexible sur l’âge pivot et veut rejouer à son avantage l’épreuve de forces perdue en 1995 par son mentor Alain Juppé. Et là, nos conservateurs sont aux anges. Vas-y Edouard, délivre-nous du Mal syndical ! Tu es des nôtres, tu as bouffé du Martinez comme les au-au-tres ! Voilà pour le premier croquemitaine. La seconde, Anne Hidalgo, joue un rôle encore plus efficace, sur le plan politique. Depuis quelques mois, une petite musique résonne (à défaut de raisonner) : plutôt Griveaux qu’Hidalgo. Cette musique est tellement jouée qu’elle est parvenue jusqu’aux oreilles de la commission d’investiture de LR qui a mis Rachida Dati en colère ce mercredi en désignant Geoffroy Boulard comme tête de liste dans le XVIIe arrondissement contre l’avis de l’ex-garde des sceaux et en son absence. Boulard, soutenu par Frédéric Péchenard, proche parmi les proches de Nicolas Sarkozy, n’a jamais caché sa Macron-compatibilité. Dati le soupçonne clairement – et sans doute à juste titre – de devoir basculer dans le camp Griveaux s’il le juge mieux placé pour renverser Anne Hidalgo. Et nos conservateurs parisiens sont tout à fait dans cet état d’esprit. Pour renverser Anne Hidalgo, tous les moyens sont bons, va pour l’ancien ministre du gouvernement d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, Griveaux n’a-t-il pas pour porte-parole Marie-Laure Harel, ex de l’UMP ?

Chacun ses convictions

C’est le moment de m’adresser directement à ceux qui font ce calcul. Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que, parce que Benjamin Griveaux aura remplacé Anne Hidalgo à l’Hôtel de Ville, tout ce qui vous fait horreur sur le plan sociétal s’envolera par enchantement ? Croyez-vous que l’écriture inclusive disparaîtra instantanément des communiqués de la Ville ? Qu’on n’y célèbrera plus le « matrimoine » en sus du patrimoine ? Qu’on ne fera plus sans arrêt l’éloge de la diversité, qu’on ne se vautrera plus dans le « vivre-ensemblisme » qui vous fait tant horreur ? Que la vie des Parisiens ne sera pas complètement réglée sur le compte à rebours des JO 2024 ?

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Pardonnez-moi, mais si vous le pensez, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’au coude. A moins que ne fassiez seulement le pari qu’avec Griveaux, au minimum les comptes seront bien tenus et les impôts n’augmenteront pas autant qu’avec Anne Hidalgo. Dans ce cas, vous feriez exactement le même pari que vos devanciers ayant lâché le conservateur Bellamy pour la progressiste Loiseau, réfléchissant davantage avec leurs portefeuilles qu’avec leurs convictions profondes.

Je vous vois venir. Vous allez me répondre que je ne vis pas à Paris et que je me montre bien égoïste de vous enjoindre à en reprendre pour six années d’Hidalgo supplémentaires. Egoïste vous-même, serais-je tenté de vous rétorquer.

L’avertissement de Jérôme Sainte-Marie

Je vise aussi les élus LR de province qui ont des étoiles dans les yeux quand ils parlent des « réformes du président », et ne voient absolument aucun inconvénient à s’allier avec LREM dans des listes municipales aujourd’hui, régionales demain. Qui se disent que la lutte contre la PMA, c’est bien gentil mais il ne faudrait pas prendre plaisir à « passer pour des archaïques ». Nous en collectionnons quelques beaux spécimens jusqu’en Franche-Comté. Mais surtout, si pour avoir un Hidalgo en un peu moins pire, vous installez l’idée que LREM est devenu l’alliée naturelle de ce que certains appellent encore la droite et que d’autres nomment « les conservateurs », vous acceptez la satellisation. Pire : vous l’actez. En fantasmant un monde qui s’organise selon le clivage droite-gauche, comme si on refaisait la sainte alliance du RPR (LR) avec l’UDF (LREM) contre les méchants bolchéviks le couteau entre les dents, vous vous trompez d’époque. Vous oubliez la théorie des blocs de Jérôme Sainte-Marie. Vous intégrez doucement mais sûrement le « bloc élitaire » dominé par le « progressisme » d’Emmanuel Macron. Qu’importe si d’aucuns croient profiter d’un effondrement du président pour y troquer François Baroin ou un autre, c’est dans cette géographie que vous subirez l’influence idéologique de tout ce que vous abhorrez, en matière de progressisme sociétal comme de naïveté sur les sujets régaliens.

Il ne sert à rien d’utiliser sans cesse le terme d’idiot utile pour en devenir un soi-même.

Bloc contre bloc - La dynamique du Macronisme

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Philippe David, la radio populaire

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Philippe David D.R.

 


L’animateur de Sud Radio publie ses Mots du jour aux Editions Fauves, un recueil reprenant ses chroniques de la saison 2018-2019.


Vous allumez votre poste de radio. Ce soir, plutôt que de zapper entre les stations musicales, l’envie vous prend d’écouter des gens parler dans le micro. En plus, réforme des retraites et mouvement social obligent, vous êtes encore dans les bouchons. Que les informations sont monotones ! D’une fréquence à une autre, des émissions toutes plus sérieuses les unes que les autres s’emploient à vous édifier sur le monde, la France et leurs turpitudes.

Toutes se tirent la bourre pour trouver les intervenants les plus érudits, “décrypter” les informations du jour avec les meilleurs experts et recevoir les personnalités politiques en vue. En vue… de les passer sur le grill, de les soumettre aux questions-piège. Qui sait ? peut-être en obtenir quelque déclaration fracassante et exclusive susceptible de faire parler tous les confrères, et de faire décoller les audiences de la tranche horaire et du journaliste vedette.

Le roi de l’infotainment

Un autre genre à la mode connait un succès fulgurant ces dernières années, c’est l’infotainment, contraction d’information et d’entertainment (divertissement, en bon français). Philippe David en est le roi. Vous placez en studio quelques intervenants récurrents à forte personnalité autour des micros, vous balancez les sujets et vous les laissez se chamailler et confronter leurs arguments façon café du commerce. 

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Depuis qu’elle s’est lancée dans le genre, la station Sud Radio se targue de voir ses audiences progresser. C’est aussi sur cette station qu’officie Elisabeth Lévy chaque matin à 8h12Entre 18h et 20h, la station propose les “ Vraies Voix”. C’est dans ce “talk” qu’officie Philippe David, forte personnalité de la station. A 18h50, entouré du journaliste Christophe Bordet, de la conseillère politique Françoise Degois et du magistrat Philippe Bilger (lequel propose une belle déclaration d’amitié en préface), l’animateur populaire propose une chronique avec l’étymologie du mot qui a été le plus utilisé par les médias dans la journée. Après son essai Virons Dieu du débat politique publié en 2015 (évoquant la polémique Charlie Hebdo), ce sont donc ces chroniques qui sont reprises dans ce nouveau recueil, qui vient d’être publié. 

La passion du micro

Avec ses traits d’esprits, une large place est laissée à la bonne humeur, mais les politiques sont aussi fréquemment égratignés par celui qui prend soin de rappeler qu’il n’est pas un journaliste page 70. Populaire ou populiste ? Encore récemment, l’animateur a fait parler de lui en s’indignant de la légion d’honneur accordée à Jean-François Cirelli de Black Rock:

Ses phrases assassines et ses traits d’esprit railleurs visent en tout cas toujours les puissants, Philippe David n’est pas du genre à attaquer homme à terre. Il ne peut s’empêcher de faire un bon mot, comme un Laurent Ruquier de droite, en plus drôle. Surtout, à la différence de son illustre confrère de RTL, Philippe David n’est pas faussement franchouillard[tooltips content= »Gaulois est une des premières chroniques »](1)[/tooltips]. Girondin[tooltips content= »A l’entrée accent, il rappelle la bévue de Mélenchon qui avait honteusement rabroué la façon de parler d’une journaliste de France 3 à Toulouse en octobre 2018″](2)[/tooltips], parfois trivial[tooltips content= »Les entrées couilles, viagra ou laxatif en témoignent »](3)[/tooltips], on suspecte même qu’il se retient parfois. Fan de Johnny Hallyday ou du toulousain Claude Nougaro, il leur consacre de beaux papiers. Dès que l’occasion s’y prête, de nombreux “mots” se terminent d’ailleurs en musique. Forcément, c’est un peu moins chic que France culture. Dans ces chroniques, tout déborde !

A relire: Faut-il virer Dieu du débat politique?

Philippe David a la passion du micro : on se gargarise de tous les auditeurs qui écoutent, on chambre ses petits camarades. Un exercice d’écriture quotidien est, on imagine, une astreinte contraignante. Si le niveau des chroniques est parfois inégal, il y a de vrais bons moments où l’esprit est vif, ou la volonté de plaire paie.

Une lecture divertissante, prioritaire aux yeux des fans de la station mais aussi pour les curieux qui prendront plaisir à se remémorer les événements marquants de l’actualité qui ont marqué l’année écoulée (2018-2019) de façon légère. Sur les gilets jaunes notamment, il est marquant de constater que Philippe David a bien vu venir et accompagné cet événement social majeur dans ses interventions et coups des gueules. Pas de doute, les routiers sont sympas !

1er octobre 2018: Doigt

Le mot du jour est évidemment le mot doigt puisqu’un cliché montrant le Président de la République avec deux énergumènes faisant des gestes avec leurs doigts défraie la chronique depuis hier. Le mot doigt vient du latin vulgaire « ditus » lui-même issu de latin classique « digitus » qui vient de la racine indo-européenne « deik » qui veut dire montrer.

Voyant les réactions sur les réseaux sociaux, on imagine que le Président a envie de dire pouce à la divulgation de cette photo qui le met à l’index ce qui est pour lui, au plus bas dans les sondages, un problème majeur. Cette photo risque en effet de causer un nouveau divorce avec les Français, l’alliance se portant à l’annulaire, et ceci c’est mon auriculaire, pardon mon petit doigt, qui me le dit.

On peut affirmer qu’en prenant cette photo, Emmanuel Macron s’est mis le doigt dans l’œil et qu’un de ses gardes du corps aurait du lever le petit doigt en voyant les deux olibrius jouer avec leurs doigts. Ce type de photo met en effet le doigt dans l’engrenage de la désacralisation de la fonction présidentielle, ce cliché lui ayant filé entre les doigts. Les chômeurs, qui selon le président passent leur temps les doigts de pieds en éventail à ne rien faire de leurs dix doigts, ne vont pas lui pardonner, tout comme les retraités qui, avec l’augmentation de la CSG, suivent le chef de l’état au doigt et à l’œil. Il va lui falloir, pour
reprendre l’initiative, y aller du bout des doigts puisque depuis hier il ne cesse d’être montré du doigt. On va m’accuser de mettre le doigt là où ça fait mal mais aujourd’hui certains diront que le Président peut exprimer des regrets vis à vis de ce cliché. Et personnellement je mettrai un doigt d’honneur, pardon un point d’honneur à dire que non seulement il le peut mais surtout… il le doit!

Mes mots du jour, Philippe David, Editions Fauves, 298 pages

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Macron, président ?

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Débordements lors de la manifestation parisienne, à proximité de la gare Saint Lazare, le 9 janvier 2020 © Olivier Coret / SIPA Numéro de reportage: 00939411_000001

Les syndicats se sont réunis autour d’Édouard Philippe à Matignon ce matin. Ils revendiquaient près d’1,2 million de manifestants contre la réforme des retraites hier, dans 65 cortèges en France. Le gouvernement en dénombrait 452 000 de son côté. Emmanuel Macron ne va plus pouvoir rester silencieux très longtemps.


Ces jours-ci on compare beaucoup Edouard Philippe à Alain Juppé, sacrifié en 1995 en même temps que la réforme du régime spécial de la SNCF. Emmanuel Macron fait terriblement penser à Jacques Chirac, et pas seulement parce que Brigitte Macron a repris l’opération “pièces jaunes” de Bernadette.

Debout face à Trump, le chef de l’Etat se couchera-t-il devant Martinez?

Le président était en première ligne durant la crise des gilets jaunes. Il s’est offert avec le grand débat une véritable campagne électorale sans contradicteurs. L’Élysée contrôle, dit-on, les agendas et les interventions des ministres. Emmanuel Macron veut garder la main sur tout, jusqu’à la nomination du directeur de l’opéra de Paris – la Villa Médicis est toujours dirigée par un intérimaire en attendant que le chef de l’Etat se prononce. Bref, on est plus proche de l’hyperprésidence que d’un  pouvoir jupitérien supposément éloigné dans son Olympe.

Philippe rêve de refiler le mistigri à un président en retrait

Cependant, sur la réforme des retraites, le président est plutôt en retrait, voire carrément aux abonnés absents. Pas un mot sur le sujet entre le 22 novembre et le 31 décembre. Le 12 décembre à Bruxelles, il déclarait : « Il y a un président de la République qui défend les intérêts français ici et un gouvernement qui travaille à Paris ». Lors de ses vœux, il s’est contenté de dire que « la réforme serait menée à son terme » et de refiler le mistigri à Edouard Philippe, prié de trouver « la voie d’un compromis rapide ».

En somme, Emmanuel Macron envoie son premier ministre en première ligne, dans le but, dit-on de s’affairer à sa réélection, notamment en soignant son image écolo. Les Verts, qui pourraient ravir Lyon et Bordeaux aux municipales, l’inquièteraient de plus en plus.

En réalité, s’agissant d’une réforme qui ne relève pas de la gestion quotidienne mais des grandes orientations, et qui importe peut-être plus aux Français que le choix du directeur de l’Opéra, c’est bien le président qui devrait être à la manœuvre. D’autant que, si la réforme des régimes spéciaux en 1995 était le bébé de Juppé, la retraite à points est bien la grande réforme de Macron lui-même.

La théorie du fusible

Les Français n’ont pas élu Edouard Philippe mais Emmanuel Macron. Quoi qu’ils pensent de la réforme, ils attendent que le président assume la responsabilité politique qui va de pair avec la légitimité. D’après un sondage YouGov réalisé pour le HuffPost, 59% des personnes interrogées attendent en effet que le président s’implique dans la sortie de crise. Au passage, on peut remarquer que, contrairement à ce que racontaient les thuriféraires du RIC et autres hochets de la démocratie directe, les Français veulent un président qui préside. Beaucoup, au sein même de son camp, doutent de sa détermination et se demandent si le chef de l’Etat, debout face à Trump, se couchera devant Martinez. Autant dire que la belle théorie du fusible qu’affectionnent les journalistes politiques et les constitutionnalistes ne semble pas convaincre nos concitoyens. Alors, quoi qu’il décide, il est temps qu’Emmanuel Macron cesse de faire la grève de l’arbitrage et du pouvoir.

Vanessa Springora ou les mots qui délivrent

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"Le consentement" de Vanessa SPRINGORA © Frederic DIDES/SIPA Numéro de reportage: 00938664_000001

Le consentement est l’évènement de la rentrée


Le 2 janvier, Vanessa Springora a sorti aux éditions Grasset un roman qui provoqua un séisme : Le consentement. Elle y évoque sa relation, à l’âge de treize ans, avec l’écrivain Gabriel Matzneff.

Il ne s’agira pas dans cette chronique de l’affaire Matzneff, sur laquelle tout a été dit ou presque. Mais de parler d’une œuvre littéraire très réussie. Il est nécessaire de faire taire cette rumeur qui raconte que Springora s’est adonné à une entreprise de lynchage de Matzneff. Non. Elle n’est pas une énième thuriféraire de metoo, une Sandra Muller du quartier latin. C’est une femme qui a souffert dans sa chair, et qui a décidé après des années, d’enfermer cette souffrance dans un livre pour la faire taire enfin : « Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre ».

Une adolescente amoureuse

Cette entreprise d’enfermement est minutieuse, lentement Springora tisse sa toile avec des mots précis, une structure efficace où elle met en place le terreau de la tragédie. Une enfance banalement solitaire et l’éternel père absent, la tendre mère un peu infantile, le goût précoce pour les livres, le milieu social propice aux rencontres prestigieuses.

A lire aussi: Le narcissisme hypertrophié de Gabriel Matzneff en prend un coup

On ne trouve dans ce roman ni pathos, ni couplet victimaire, ni complaisance. Tout ce que les féministes auraient voulu y voir (il est d’ailleurs possible qu’elles le voient, selon leurs principes de distorsions de la réalité). Simplement la petite Vanessa, 13 ans, devait rencontrer le grand écrivain et y laisser beaucoup de son être, c’était écrit.

Vanessa n’est pas une victime, elle est aussi l’actrice de ce qui sera son malheur et se comporte comme toutes les femmes amoureuses et romanesques : elle a le cœur qui bat, et les jambes qui tremblent. Elle voit des signes de leur amour partout : « Ce jeudi 16 mars 1972 l’horloge de la gare du Luxembourg marquait midi trente ». Tel est l’incipit de l’un des romans de Matzneff, la date de naissance de Vanessa…

Cocon mortifère

Pendant ce temps, le prédateur – ce terme est galvaudé mais c’est bien de cela dont il s’agit – guette sa proie, la traque jusqu’aux portes de son collège, jusqu’à la rendre « transie d’amour ».

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Et le lecteur assiste à l’enferment dans le cocon mortifère à coups de lettres d’amour et de mots ridiculement tendres. Car Le Consentement est aussi en creux un roman épistolaire. La lettre est partout, celles que lui écrivait le grand homme. « Des lettres il y en aura beaucoup, d’une onctuosité parfaite, égrenant une kyrielle de compliments à mon sujet, détail important, G me voussoie, comme si j’étais une grande personne ». Celles, maladroites que lui écrira Vanessa, celles qu’il écrira à d’autres aussi, car le prédateur n’en finit pas de rôder. Et la lettre que personne ne verra jamais, une missive que Mitterrand aurait écrit au grand écrivain, un éloge que celui-ci gardait précieusement, un permis de nuire en toute impunité. On pense évidemment au plus grand des romans épistolaires : Les liaisons dangereuses d’autant plus que Le Consentement développe la même structure imparable.

Matzneff possède la rouerie de Valmont, mais Vanessa est-elle Cécile Volanges pour autant ?

Rien n’est moins sûr, car jusqu’à la moitié du livre plane l’ombre du journal de Matzneff, lecture qu’il a interdite à la jeune fille qui, telle une oie blanche des romans du XVIIIe s’y plie, jusqu’au jour où… Et fin de l’emprise.

La délicieuse enfant entame alors une renaissance faite d’anorexie et d’épisodes psychotiques dont les livres, desquels elle fut la prisonnière, la délivreront. Retournement de situation. Et bien plus tard, afin d’achever la résilience : l’écriture. « Quand les blessures sont mortelles tout secours devient inhumain » dit la Présidente de Tourvel dans Les liaisons dangereuses. Sauf celui des mots.

Le consentement

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Boris Johnson: le triomphe romain

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Boris Johnson au 10 Downing Street, 13 décembre 2019 © SIPA

Terrassant Jeremy Corbyn, le Premier ministre britannique Boris Johnson a conquis les bastions ouvriers. Son mélange d’étatisme et de libéralisme est le meilleur rempart au (vrai) populisme.


 

En l’an 46 avant J.-C., mettant fin à une terrible guerre civile, Jules César célèbre à Rome un quadruple triomphe au cours duquel il distribue de l’argent aux citoyens, satisfait les revendications des populares – les représentants des couches les plus pauvres de la société – et lance une grande réforme de l’administration romaine.

Au petit matin blafard du 13 décembre, contemplant les résultats des élections législatives au Royaume-Uni, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au vainqueur de la Gaule dont les œuvres faisaient autrefois partie de l’éducation classique de tout écolier anglais, de celle du Premier ministre comme de la mienne, humble membre du Parti conservateur. Car l’élection triomphale de Boris Johnson représente non pas une victoire, mais quatre. Et les actions, déjà engagées et à venir, du Premier ministre sont étrangement analogues à celles de César.

Les conservateurs de retour aux commandes

Quelles sont ces quatre victoires ?

La première est celle, personnelle, de M. Johnson. Celui dont beaucoup de commentateurs disaient qu’il ne racontait jamais la vérité, qu’il était indigne de la confiance du peuple, qu’il ne voulait pas négocier avec l’UE, qu’il cherchait, en populiste fanatique, à renverser les traditions démocratiques de son pays, vient d’infliger un démenti cinglant à tous ses détracteurs. Il a tenu ses promesses ; il a très largement convaincu l’électorat ; il a déjà entamé une série de négociations prometteuses avec l’UE ; et il a rétabli la stabilité dans les branches législatives et exécutives qui étaient grippées depuis trop longtemps. Les auteurs de ces commentaires devraient maintenant ravaler leurs paroles. Le feront-ils ? Il est peu probable qu’ils se remettent en cause. Consolons-nous avec Monsieur de La Rochefoucauld qui formule cette triste vérité : « À mesure que la philosophie fait des progrès, la sottise redouble ses efforts pour établir l’empire des préjugés. »

À lire aussi: BFM TV s’en prend à Boris Johnson, «le manipulateur»

La deuxième victoire est celle, inespérée, du Parti conservateur. Alors qu’il est au pouvoir depuis maintenant neuf ans, la loi de l’alternance aurait dû mettre fin à sa domination. Obligé de guider le pays à travers les écueils de la crise financière et du séisme politique que représente le Brexit, le gouvernement tory a pris un grand nombre de ces décisions dites « courageuses » qui nuisent gravement à une courbe flatteuse dans les sondages. Arrivant en cinquième position aux élections européennes au mois de mai, le parti avait été déclaré moribond par les je-sais-tout de l’intelligentsia. Le départ et l’exclusion d’une vingtaine de ses députés à l’automne ont réconforté l’image d’un parti en pleine guerre fratricide et sur le point d’imploser. Avec désormais une marge de 80 députés, les conservateurs de Boris Johnson sont de nouveau aux commandes avec la plus large majorité depuis les beaux jours de Margaret Thatcher. On objectera qu’il s’agit d’un vote contre le leader travailliste, Jeremy Corbyn. Cependant, la défaite de son parti, qui perd 60 sièges par rapport à 2017, est plutôt d’ordre structurel. Répugnant à honorer le résultat du référendum de 2016 et promettant des investissements colossaux, peu crédibles, les travaillistes ont laissé filer vers les conservateurs un grand nombre de leurs électeurs traditionnels. Sur les 100 circonscriptions les plus « ouvrières », en 2017, les conservateurs en détenaient 13 et les travaillistes 72 ; aujourd’hui, les derniers en ont 31 et les premiers 53. Ce conservatisme « col bleu » est parfaitement conforme à la tradition du grand leader tory du xixe siècle, Benjamin Disraeli – quelqu’un que Jeremy Corbyn ne doit pas trop apprécier puisqu’il était… juif.

À lire aussi: Les accents antisémites de Corbyn

Un mandat fort pour le Brexit

La troisième victoire est celle, non seulement des partisans du Brexit, mais aussi de toutes les personnes, qu’elles aient voté « Leave » ou « Remain » en 2016, qui ont la conviction qu’il faut, coûte que coûte, mettre à exécution le choix des électeurs. Faisant l’économie du mythique deuxième plébiscite préconisé par certains politiciens et intellectuels, le résultat des élections confirme sans appel la volonté majoritaire en faveur du Brexit. Certes, les indépendantistes écossais ont pu célébrer une grande victoire, raflant 48 des 59 sièges attribués à leur pays, ce qui renforce leurs appels à un autre référendum sur l’indépendance. Cependant, les sondages d’opinion en Écosse ne sont pas aussi nettement favorables à la séparation d’avec la Grande-Bretagne. Chronologiquement, le Brexit interviendra d’abord, ce qui rendra l’indépendance écossaise beaucoup plus difficile, combinant un problème de frontière encore plus complexe que l’irlandaise, et un problème de monnaie inédit, l’Écosse utilisant la livre sterling. De surcroît, au cours de 2020, les résultats de la gestion sous-performante des finances du pays par Nicola Sturgeon risquent de devenir de plus en plus apparents, tandis qu’en mars, le procès de son prédécesseur, Alex Salmond, accusé d’agressions sexuelles, n’arrangera pas les choses.

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La dernière victoire, qui vient couronner toutes les autres, est celle de la vie politique au Royaume-Uni qui, ayant été mise à l’envers par le casse-tête du Brexit, est finalement remise à l’endroit et de manière décisive. Avec un mandat on ne peut plus clair, Boris Johnson aura toute liberté pour mettre en œuvre son programme « césarien » d’investissements dans la santé, la police, les écoles et les infrastructures, et de réforme du service public. Ce programme est destiné à répondre aux besoins des couches populaires – les populares de notre époque – qui ont voté pour le Brexit et pour lui. Est-ce à dire que BoJo est un populiste, comme le prétendent les analystes à la petite semaine dont la compréhension du mot « populisme » n’est pas digne d’un étudiant de première année dans une bonne université ?

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En plus de Jeremy Corbyn, ces élections ont fait un autre grand déçu : Nigel Farage. Son Brexit Party n’a aucun siège à Westminster et sa version radicale du Brexit a été marginalisée au profit de celle, pragmatique et conciliatrice, de Boris Johnson. Celui-ci, en tant que « one nation Tory », mêlant étatisme paternaliste et libéralisme pragmatique, est surtout notre bouclier contre le populisme. Le lecteur trouvera peut-être mon parallèle entre BoJo et Jules César trop hyperbolique à son goût. Certes, il témoigne d’un enthousiasme sans doute coupable. Mais la victoire de Johnson sera plus complète et plus durable que celle de César, car – n’en déplaise à certains – elle est surtout démocratique.

Humour jésuite pour les nuls (de Quotidien)

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C'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace © IBO/ Laurent Vu SIPA Numéros de reportage: 00848101_000001 et 00891652_000023

Quand Yann Barthès et ses sbires ne comprennent pas une blague de Jean-Marie Le Pen…


Son Altesse Sérénissime Yann Barthes, avec l’élégance et la finesse qui le caractérisent, a tenu son public et ses chroniqueurs en haleine – enfin, il ne faut rien exagérer – les 4, 5 et 6 décembre derniers. Ses monteurs, dont il faut reconnaître qu’ils sont assez doués quoique très prévisibles et un brin lassants, se sont emparés, fort virilement, d’une blague de Noël piratée sur le site de Jean-Marie Le Pen et racontée par lui.

Et, comme d’habitude, ils en ont fait des caisses:

Tout d’abord, pour bien nous mettre dans l’ambiance et nous préparer à l’horreur qui nous attendait, il nous a été signifié que celui qui allait sobrement être désigné par le délicieux sobriquet de Papi Facho durant toute la séquence, séjournait dans un EPHAD où « raconter une blague peut être l’activité d’une semaine entière ». Les pensionnaires, leur famille et le personnel de ces établissements apprécieront. La mise en train s’est poursuivie grâce à un montage bien pourri, bien orienté, avec en boucle et en écho du « musulman », du « noir », de « l’arabe », de « la mosquée », de « l’envahissement », de la « burka ».

La blague de « Papi facho »

Le patron de Valeurs Actuelles a ensuite été largement moqué. Cette fois, il s’agissait de sa chevelure qui « interroge un rouquin, homosexuel, noir, musulman » (sic). Cheveux longs donc dans la soupe quotidienne. Et puis, pour conclure cette entrée en matière, un rien taquine, un bon gros rot sonore d’un raffinement à l’avenant.

A relire, Elisabeth Lévy: Emmanuelle Gave: fabrique-moi une antisémite

Papi Facho a (enfin) pu raconter sa blague : « Un jésuite interpelle un curé et lui demande si, à Bethléem, Jésus était gai ou triste. Le curé, lui répond qu’en ouvrant les yeux et en voyant l’âne et le bœuf, Jésus se serait écrié : « Mon Dieu, est-ce donc là toute la compagnie de Jésus ! »

Il n’en faut pas plus pour que notre arbitre des élégances, docteur es blagues, se déchaîne. Mais, ce n’est pas une blague. C’est juste du n’importe quoi. Papi Facho est nul, archi nul, complètement sénile. Sa (fausse) blague n’a pas de chute. Il est gâteux, le vieux.

Et que j’interroge les sbires: « vous l’avez ? », « vous l’avez ? ». « Personne ne l’a ! ». Et que j’insiste et que je harangue la foule : « vous l’avez ? », « vous l’avez ? ».

Bonjour le niveau du patron

De toute façon, si quelqu’un l’avait, on sent bien, que ce n’est pas le moment de faire le malin, ni la maligne. On voit bien qui est le patron. Tous ces galopin-e-s se calent donc sur le grand manitou. Et, il fait « pas facile » le mec. On sentirait même poindre une petite tendance à la Papi. Donc, sur commande, tout ce petit monde pouffe, s’étrangle, s’esclaffe, se gondole. Ouaf ! ouaf  ouaf ! Ce qu’ils sont beaux et intelligents, ces débusqueurs de bêtise. Comme on les envie.

A lire aussi, Martin Pimentel: La fureur de Yann Barthès contre Valeurs actuelles

Mais, Monsieur Barthes, puisqu’il faut tout vous expliquer, c’est une vraie blague, qu’a racontée monsieur Le Pen. Avec une vraie chute. Un brin désuète, certes, mais rigolote quand même. Et, quelle que soit leur opinion sur la personne qui la narrait, tous ceux à qui je l’ai racontée (histoire de vérifier que je n’étais pas à côté de la plaque) « l’avaient ». Parce qu’il y a un jeu de mots dans cette blague et un jeu de mots qui demande un tout petit peu de culture. La Compagnie de Jésus est en effet une congrégation catholique masculine dont les membres sont des clercs réguliers appelés jésuites. Les curés, clercs séculiers, et les jésuites n’ont pas la réputation de faire bon ménage. Donc, le curé se moque du jésuite. Les jésuites de la Compagnie de Jésus sont comparés à un âne et à un bœuf. Ce qui n’est pas flatteur.

Quand il faut expliquer la blague, forcément c’est moins drôle…

C’est du deuxième degré. Vous l’avez là, où il faut que je réexplique. Vous avez compris ? Vous pensez que vous allez pouvoir l’expliquer à votre smala ou je recommence ? Pour votre édification personnelle, tout comme il y a des blagues de Toto, des blagues belges, des blagues juives, il y a des blagues sur les jésuites et celle qu’a racontée monsieur Le Pen est la plus connue d’entre elles. Une sorte de mètre étalon de la blague sur les jésuites. Il y en a beaucoup. Il y a même des sites de blagues sur les jésuites comme Aleteia par exemple. Preuve, si cela était nécessaire, qu’il y a des gens intéressés par ce type de blagues et qui en rient. Ce n’est visiblement pas votre monde, ni celui de vos chroniqueurs (quoique !). Mais, ce n’est pas pour autant qu’il n’existe pas, ni qu’il mérite d’être ridiculisé.

Dans cette histoire, il y a un truc ou plutôt deux qui m’échappent.

Premièrement, comment se fait-il que fin lettré comme vous êtes, vous ne sachiez pas ce qu’est un jésuite, et n’ayez jamais entendu parler de la Compagnie de Jésus ? Je tombe de haut. Deuxièmement vous avez eu la semaine pour essayer de la comprendre, la blague. Cela ne vous est pas venu à l’idée de taper (ou de faire taper par un de vos thuriféraires) « Compagnie de Jésus » ? En un clic, vous auriez eu la réponse et « vous l’aviez » !

Le Paris-Dakar de MBS: on se tait et on profite du spectacle

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L'Autrichien Matthias Walkner lors de la seconde étape du rallye en Arabie Saoudite le 6 janvier 2020 © FRANCK FIFE / AFP

Mohammed ben Salmane (MBS) veut rattraper le retard qu’il a pris sur le Qatar en organisant de grands évènements sportifs. Il veut faire de Quiddya une vaste destination touristique digne d’un Disneyworld. Première pierre à cet édifice ambitieux, le Paris-Dakar. La délocalisation de la course dans le royaume de MBS est révélateur d’une époque où l’occident rend l’âme.


 

Départ le 5 janvier à Djeddah. Arrivée le 17 à Quiddya. Privés d’Afrique par les jihadistes, les amateurs de rallye auto-moto se sont d’abord rabattus sur l’Amérique Latine (2009-2019). Cette année, ils se délocalisent dans le pays qui représente le modèle absolu pour les jihadistes du monde entier. Un régime politique dont l’idéologie – le wahabisme – galvanise les fanatiques qui interdisent les sables et les savanes d’Afrique aux courses automobiles. Consciemment ou inconsciemment, le Paris-Dakar se réfugie dans la gueule du loup pour être sûr de ne pas être mordu. Cruelle ironie.

Mohammed ben Salmane, le prince héritier d'Arabie Saoudite
Mohammed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie Saoudite

On pourrait gloser longtemps sur les crucifixions pratiquées en place publique et sur le sort réservé aux femmes saoudiennes et aux migrants. Cela ne servirait à rien puisque les grandes ONG se limitent à des protestations tièdes lorsqu’il s’agit de l’Arabie Saoudite : elles préfèrent se concentrer sur les pays musulmans et africains qui se préoccupent encore de respectabilité, c’est-à-dire tous ceux qui ont besoin de se financer auprès du FMI ou qui ont des faveurs à demander à l’Union Européenne. L’Arabie Saoudite, elle, peut se permettre le luxe de déplaire à la communauté internationale. On pourrait aussi s’indigner auprès des partenaires de l’événement comme Honda, Karcher ou France Télévisions. Cela ne servirait à rien non plus, car le capitalisme n’est moralisant qu’à l’intérieur des frontières hexagonales et occidentales. Ailleurs, il a tendance à s’écraser devant la loi du plus fort et, en l’occurrence, le plus fort ici est MBS et son régime. En Chine, c’est le parti communiste chinois.

Arabie saoudite, Qatar: si ouverts!

Ne soyons pas trop puristes et inflexibles non plus. Par les temps qui courent, il vaut mieux paraître cool qu’en colère ou aigri. De toutes façons, si l’on critique le Paris-Dakar, il faudrait aussi s’en prendre à la FIFA qui s’apprête à organiser la Coupe du Monde au Qatar : une autre « grande » nation wahabite. Or, on ne critique jamais un mécène du sport et de la politique (française), ça ne se fait pas. Vous imaginez un monde sans football et des politiciens sans cadeaux somptueux à la hauteur de leur leadership ? Il vaut mieux se taire et profiter du spectacle.

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Souhaitons donc au Paris-Dakar une belle course sur les dunes et les plateaux du désert saoudien.  Espérons que les Houthis du Yémen laisseront l’événement se dérouler sans anicroches et que les drones iraniens ne se perdront pas au-dessus des immensités dénudées de l’Arabie. Prions surtout pour que le prochain Tour de France ne se déroule pas en Sibérie par crainte d’attentats sur les Champs Élysées. Formons le vœu que les JO de Paris ne soient pas délocalisés à Manaus en Amazonie en guise de pénitence auprès de Gaia, la Déesse Terre-Mère. Greta et nos élus croient que nous avons tellement de choses à nous faire pardonner.

Un évènement révélateur

Il faut voir le bon côté des choses, toujours. La délocalisation du Paris-Dakar en Asie est un pas de plus vers la destruction de la Françafrique. Une étape décisive vers la rupture des liens entre l’ancienne puissance coloniale et les régimes qu’elle a méchamment et égoïstement maintenus dans sa dépendance. Elle se rajoute à la prochaine disparition du Franc CFA en Afrique de l’Ouest. Une page se tourne, une époque rend l’âme.

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N’ayez crainte : Paris et à Dakar, les deux villes qui prêtent leur nom à cette grande messe du sport automobile, seront dûment récompensées pour leur fair-play.

À l’instant où cet article est publié, des prédicateurs wahhabites sont formés, gratuitement et par centaines, dans les instituts saoudiens, ils seront bientôt disponibles pour propager un discours de paix et d’amour en France et au Sahel.

Camus, un penseur conservateur?

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Albert Camus en 1956 © AP/SIPA Numéro de reportage AP20879417_000001

Au 60e anniversaire de sa mort le 4 janvier 1960, Albert Camus est plus aimé que jamais.


Admirable dans sa vie, formidable par son œuvre simple et profonde, Albert Camus est de ces écrivains qui ont touché la réalité de leur temps en plein cœur et deviennent par là-même intemporels. La gauche, qui l’a longtemps mis au banc des anti-révolutionnaires, tente de s’approprier un homme dont la liberté de ton leur aurait pourtant bien déplu (notamment l’analyse acharnée contre les pleurs et les hurlements). La découverte en ce début d’année d’un texte exclusif de l’auteur dans les archives du général de Gaulle manifeste un héritage politique plus complexe de l’auteur de l’Homme révolté.

En dépit d’une tendance libertaire que l’on aurait tort d’associer aux imbéciles pourfendeurs du « jouir sans entrave » ou d’un libéralisme économique, Camus donne des clefs philosophiques profondes pour résister à notre modernité, et s’opposer à elle par simple amour de ce que la nature humaine a de plus ancré.

Albert Camus n’aimerait probablement pas notre époque

Penseur que toutes les misères indignaient, il refusait de s’acheter avec d’autres la belle conscience de gauche qui soutenait les massacres et les calomnies pourvu qu’elles se fassent au nom de la libération de l’homme. L’Algérie était sa terre natale, et après avoir déclaré qu’entre la justice et sa mère, il choisirait sa mère, il se désolidarise aussi bien de l’action violente du FLN que de la colonisation française, et aurait abhorré nos actuels « décoloniaux » qui professent la haine du Français blanc.

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Lui qui déclarait, dès l’Envers et l’endroit : « Tout est simple. Ce sont les hommes qui compliquent les choses » aurait conspué la fausse « complexité » revendiquée par une grande partie de la classe politique. Amoureux de la finitude humaine, Camus invite à épouser le tragique contre les prophètes qui voudraient bouleverser la nature de l’homme et en faire advenir une nouvelle. Cette philosophie qui traverse Le Mythe de Sisyphe se retrouve dans L’Homme révolté, car la vraie révolte ne se fait que par amour pour le monde ou l’humanité. Ce retour du tragique va à rebours du transhumanisme comme tentative d’extraire l’Homme de sa finitude. Homme à femmes incorrigibles, sûrement aurait-il subi les foudres du mouvement #metoo et porté le fardeau du patriarcat blanc.

Empêcher que le monde se défasse

Défenseur de la nature contre les marcheurs du sens de l’histoire, il est l’adversaire d’un progressisme qui avance au nom seul de la nécessité d’avancer. Préférant le bon sens aux philosophies alambiquées. Aimant la France et la République.

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Pour toutes ces raisons, Camus aurait probablement été en notre temps un écrivain décrit comme « réactionnaire » et de facto un mâle blanc de plus de 50 ans. Ses œuvres ne répondent pas à l’exigence de diversité imposée, sa philosophie n’exalte ni le changement perpétuel, ni le désir individuel, et s’inscrit loin des faiseurs de système et grands accusateurs de l’Occident qui ont forgé la pensée de mai 68. Camus est plutôt de ceux qui pensent que certains invariants de l’existence humaine doivent être éprouvés et aimés plutôt qu’annihilés par des progrès techniques et des théories fumeuses.

Son discours le plus célèbre reste celui qu’il prononce à Stockholm le 10 décembre 1957, pour la remise du prix Nobel de littérature. Un discours grave et magnifique, simple et décisif, qui inspire encore nombre de nos intellectuels qui chantent encore avec lui :

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ». Camus n’est pas un révolutionnaire, il est un résistant. Cet héroïsme protecteur, qui veut sauvegarder plutôt que bouleverser, qui veut préserver plutôt que balayer, fait de Camus un auteur capital pour toute pensée conservatrice.

Iran: la vengeance la plus nulle au monde

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Donald Trump s'est exprimé le 8 janvier, il a révélé que les attaques aériennes iraniennes n'avaient pas fait de morts, ni de dégats importants © Alex Brandon/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22415838_000012

«L’Iran semble reculer, ce qui est une bonne chose pour toutes les parties concernées et pour le monde», a dit Trump le 8 janvier. L’analyse du camouflet iranien par Gil Mihaely.


Après l’assassinat ciblé de Qassem Soleimani, une figure importante du régime et un proche du guide suprême Khamenei, l’Iran s’est engagé à venger sa mort.

Dans les premières heures de mardi dernier, les Iraniens ont lancé une salve de missiles visant deux grandes bases militaires irakiennes abritant des militaires et du matériel des forces américaines ainsi que de nombre de leurs alliés. Si l’Iran s’arrête là – et rien n’est moins sûr – la séquence militaire qui a commencé par l’attaque des drones américains vendredi à 1h20 du matin à Bagdad se termine avec un KO pour l’Iran dont la riposte était un fiasco, sans parler de la bousculade meurtrière pendant les funérailles de Soleimani qui a coûté la vie à une cinquantaine de personnes selon les médias officiels  iraniens. Imaginez ce qu’un épisode mortel similaire aurait provoqué dans un pays occidental, et avec quelles conséquences politiques et médiatiques. En Iran, en revanche il s’agit d’un chien écrasé ! Mais revenons à cette fameuse revanche. Dans le cas qui nous intéresse, parler de « revanche » est un pur abus de langage.

Dégâts matériels légers, communiqués triomphants

Selon les photos des missiles iraniens qui ont raté leurs cibles et n’ont pas explosé, il s’agit très probablement des missiles de croisière made in Iran de la famille Soumar, peut-être même le tout dernier modèle, Hoveyze, opérationnel depuis quelques mois. Selon les sources américaines et irakiennes, entre 12 et 22 missiles ont été tirés sur les deux bases irakiennes d’Ein el Assad (base aérienne) et Qayarrah Ouest près d’Irbil, dans la province kurde. Selon les images prises par un satellite commercial, la base aérienne d’El Assad a été touchée par cinq missiles qui ont provoqué des dégâts matériels relativement légers. Les communiqués des gardiens de la révolution (armée bis d’Iran mais aussi une méga entreprise économico-mafieuse) et du guide de la révolution ont été triomphants, annonçant 80 morts et des dégâts considérables.

Pour de tels résultats et une telle communication, des États-majors sont limogés honteusement dans les pays occidentaux. Pas en Iran.

Et d’ailleurs très vite, face à ces mauvaises performances du système d’armement le plus sophistiqué de l’industrie militaire iranienne, la machine à sur-interpréter s’est mise en marche : les Iraniens, ces géniaux joueurs d’échec, ont fait exprès de rater ! Dans leur humanité, ils ont épargné des vies humaines pour contribuer à la désescalade… Les bouchers de 2009 et de novembre 2019 ont été touchés par la grâce…

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Ce bilan minable est caractéristique de l’Iran. Leurs milices en Syrie sont nullissimes. Il aura fallu que leurs ennemis – les bras cassés de Daech – soient encore plus nuls qu’elles pour qu’elles arrivent à bout des quelques milliers de frères Kouachi. Avec un nombre incroyable de bavures et des pertes énormes ! L’armée syrienne était encore plus mauvaise, sans parler de ce qu’on appelle par courtoisie « l’armée irakienne » laquelle s’est évaporée au début de l’été 2014 devant les milices d’el Baghdadi. Voilà les adversaires de l’Iran et leur benchmark…  Tactiquement donc, pour reprendre la phrase du guide suprême, une claque retentissante a été affligée ces derniers jours en Mésopotamie, mais elle a brulé la joue de l’Iran. Dans un contexte plus large, les choses sont moins nettes.

Pousser les Iraniens à débarrasser leur pays du régime qui l’étouffe depuis 40 ans

La force des Iraniens est leur fanatisme (ils ne doutent jamais), leur idéologie islamiste, leur mépris de la vie humaine et la patience. Rien d’autre. Leurs performances techniques sont déplorables, ils n’ont même pas une armée de l’air digne de ce nom, mais derrière la colline il y a toujours des bataillons de martyrs prêts à inonder les lignes ennemies. Ainsi, la seule manière de vaincre l’Iran est d’empêcher les zélotes qui la dirigent de joindre le nationalisme au fanatisme chiite.

Quand les Iraniens se sentent visés en tant que nation souveraine, ils se rangent derrière leur gouvernement, même s’ils sont très nombreux – et cela se voit assez souvent – à le détester. La rage qui avait fait suite à la répression terrible des manifestations de novembre est passée au deuxième plan. La colère et l’humiliation de la mort de Soleimani l’ont remplacée. Voilà ce qui est réellement dommageable pour Trump et la stratégie occidentale des sanctions qui vise à réduire le soutien de la population au régime. Au lendemain de cette séquence très tendue, l’Iran est certes affaibli, mais le régime tient bon grâce à sa capacité de mobilisation du sentiment national.

Selon les services de renseignements américains et britanniques, le Boeing d’Ukraine International Airlines a été abattu par des missiles qu’auraient tiré les forces militaires iraniennes.  Ainsi s’expliquerait l’accident ayant abouti à la mort de 176 passagers et membres d’équipage. Cette information, qui s’appuie notamment sur l’imagerie spatiale et des écoutes (communications et messages électroniques), est corroborée par une vidéo prise par des Iraniens et vérifiée par le New York Times.

Ces images semblent montrer un missile explosant près d’un avion au-dessus de Parand (une ville nouvelle créée après la révolution de 1979 pour servir de résidence aux employés de l’aéroport international de Téhéran), l’endroit où le vol 752 d’Ukraine International Airlines a cessé de transmettre son signal. Il faut rappeler que les ogives missiles sol-air sont déclenchées par une fusée de proximité et donc, comme c’est le cas dans cette vidéo, ils ne touchent pas directement leur cible mais explosent au moment où ils commencent à s’en éloigner. La raison est simple : on ne peut jamais savoir qu’un objet se trouve au point le plus proche d’un autre objet avant que la distance entre les deux commence à croître, indiquant que ce point vient d’être dépassé.

Si ces informations sont vérifiées (il ne s’agit pour l’instant que d’une grande probabilité), on peut en tirer plusieurs conclusions. Tout d’abord, comme indiqué plus haut, cet incident suggère que le niveau des forces de défense aériennes iraniennes laisse à désirer et serait comparable à celui des leurs collègues syriens et russes (ceux qui ont abattu par erreur l’avion de Malaysian Airlines en 2014). Le brigadier général Alireza Sabahifard a donc des soucis à se faire. Mais si ses hommes ont effectivement cafouillé, il peut être tranquille pour le moment : la stratégie de communication iranienne consistant à nier en bloc  le protège. Si comme on dit à Téhéran, l’avion ukrainien a souffert d’une grave avarie technique, pas besoin de limoger le général chargé des batteries sol-air ni de faire une enquête. Et c’est ainsi que les ayatollahs creusent leur tombe. Un peu à la façon des dirigeants de l’URSS dont la série Tchernobyl a si bien su dépeindre la fin.

Tri sélectif: le pollueur est une ordure

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Les Chevaliers du Fiel dans " Municipaux 2.0 " aux Folies Bergeres, en 2015 © DELALANDE RAYMOND/SIPA Numéro de reportage: 00703964_000003

L’humiliation écologique de François Tauriac


Je croyais avoir touché le fond du déshonneur écologique le jour où, faisant le plein d’une vieille anglaise à la pompe, j’avais croisé le regard accusateur d’une conductrice d’hybride, le temps – évidement trop long – de remplir les 90 litres des deux réservoirs de ma monture, avec adjonction de substitut plombé en bouquet final. Je n’avais en fait encore rien vu. Je viens d’essuyer l’ultime affront environnemental. L’humiliation écocitoyenne définitive. Le déshonneur du refus de poubelle (RDP). Pour ceux d’entre vous qui l’ignorent, le RDP se produit  lorsque « le responsable de l’hygiénisation de votre espace collaboratif » (le boueux en vieux français),  juge, au moment de la collecte de votre sac renfermant votre « production d’ordures ménagères résiduelles »,  que ce dernier n’a  pas été suffisamment trié. Car, s’il y a un truc que sait bien jauger l’éboueur – entraîné qu’il est à écouter la musique des immondices – c’est bien le bruit que font les ordures. Surtout entre elles. Il sait donc immédiatement, s’il y a anguille sous roche. Baleine sous gravier. Et si, éventuellement, il y a des choses pas claires que vous tentez de cacher dans vos poubelles.

La confession d’un citoyen éco-irresponsable

La matinée avait pourtant bien commencé. J’étais perché à l’étage de mon bureau à travailler, la fenêtre entrouverte, quand j’ai entendu le camion d’ordures passer à 8h comme tous les vendredis. Il a fait pshiiiiiii en s’arrêtant devant la maison. Jusqu’ici rien d’anormal. Ensuite, l’employé responsable de la collecte a sauté à terre pour prendre mon sac poubelle. Ça a fait un petit bruit quand il l’a soulevé. Comme lorsqu’on laisse tomber une ampoule sur le sol. Il y a eu un juron. Puis le camion a refait pschiiiii. Et il est vite reparti.

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Quand j’ai sorti la voiture à midi, mon voisin rentrait sa poubelle à roulettes. Elle est chouette la poubelle de Quentin. C’est une Plastic Omnium orange et grise comme dans les grandes villes. C’est bien plus pratique et propre que de mettre ses résidus en sac à même le sol. Il est bien organisé mon voisin. Et puis il m’a fait un signe comme chaque jour, mais pas pour me dire bonjour. Il m’a montré mon sac poubelle qui était resté au pied du portail. L’agent de la commune ne l’avait pas ramassé. Et il y avait un autocollant dessus. Avec écrit en énormes caractères « REFUS ».  Il faut avoir croisé, une fois dans sa vie, l’œillade incrédule, réprobatrice et donc évidemment déçue, de son plus proche riverain pour comprendre ce que peut être une humiliation écologique. Pour réaliser aussi la prise de conscience d’un début de déchéance sociale.

Destructeur de globe terrestre

Ce n’est pas une étiquette que m’ont collée les agents de la propreté de la commune ce jour-là. En jugeant d’ailleurs au jugé ma poubelle trop mélangée. C’est la pire des annotations. L’écriteau de l’infamie. Le label de la turpitude.

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Je ne suis plus désormais pour mon quartier qu’un salaud. Mais pas n’importe lequel. Celui de la pire espèce. Un de ceux qui se fout éperdument de l’avenir de la planète. Qui joue avec le futur des enfants du voisinage. Un salisseur. Un meurtrier. Y a pas pire qu’un destructeur de globe terrestre. Sur l’échelle de Richter de la honte,  je pensais benoîtement qu’avant le RDP, il y avait peut-être aussi l’avis de passage d’huissier. Mais l’argent qu’on peut devoir à ces foutus banquiers, c’est finalement pas si grave.  C’est même ridicule comparé au trafic de détritus. Le masquage de poubelle étant au moins aussi grave de  nos jours que le terrorisme ou la profanation de cimetière. Et en plus c’est dégueulasse. Pensez que j’ai bien tenté d’arranger mes affaires. Après tout,  j’avais juste omis de ranger le pot de moutarde Amora avec le verre usagé. À mes yeux, ça n’était pas si grave. Mais c’était peine perdue. Le mal était fait.

La petite-fille du voisin a pris son chaton dans ses bras quand elle m’a va vu, l’autre jour. Et son grand frère, que j’avais convaincu de retaper le Solex de son papy, a fini par s’acheter un vélo hydrogène. Je me demande bien ce qu’a pu leur raconter leur père sur moi. Mais c’est comme ça, il faut que je m’y fasse. À rouler en véhicule obsolète (et donc non recyclable), j’étais déjà perçu comme un irrécupérable de l’initiative décarbornée. Voilà désormais que la rumeur  raconte que  je  suis un non trieur. Ça doit être vrai.  Il n’y a pas de fumet sans pneus. L’autre jour, la femme de ménage a ressorti une bouteille de jus de mandarine que j’avais mise par erreur à la poubelle. Un gros flacon d’Andros  en plastique de 2,5 litres. Elle l’a posée sur la table de l’entrée bien en évidence. Comme pour me punir. Elle aussi, elle ne s’est pas trompée sur moi. Oh ! c’est pas qu’elle me prend pour un salaud. On ne mord  jamais complètement la main de celui qui vous nourrit. Même quand elle est sale. Non, elle a simplement compris que j’étais un mauvais trieur. Presque une ordure en somme.

Les Parisiens de droite vont-ils voter Dati?

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Rachida Dati © Romuald Meigneux/SIPA Numéro de reportage: 00934649_000003

Apeuré par Anne Hidalgo, terrorisé par les hordes de cégétistes, l’électorat conservateur parisien est tenté de se rapprocher de la majorité présidentielle. Un mauvais calcul.


Les conservateurs sont souvent de grands naïfs. Parfois férus d’histoire politique, lecteurs de Sainte-Marie et Fourquet, ils peuvent vous parler de la tectonique des plaques politiques et être intarissables pour fustiger la modernité sociétale. Mais quand viennent les travaux pratiques, on ne les reconnaît plus. Ils s’inventent des croquemitaines et continuent de réfléchir comme s’ils n’avaient rien lu, comme si rien ne s’était passé en France depuis 2017.

Délivrez-nous de la CGT !

Voyez nos amis conservateurs parisiens, par exemple. En ce moment même. Ils ne pensent plus qu’à deux croquemitaines, Philippe Martinez et Anne Hidalgo. L’an dernier, parmi eux, certains n’avaient peut-être pas abandonné François-Xavier Bellamy pour Nathalie Loiseau, par goût du parti de l’Ordre contre l’affreux gilet jaune qui venait de province, couteau entre les dents. Parfois, ceux-là avaient même été sensibles à ce cri qui venait des entrailles du pays.

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Mais quand il s’agit de l’horrible Martinez ou de la maire de Paris, les réflexes grégaires reviennent et les belles théories s’envolent comme par enchantement. Ainsi pour la réforme des retraites, on ne voit plus que l’ennemi CGT qui lutte pour ses privilèges. Edouard Philippe l’a bien compris, lui qui se montre si inflexible sur l’âge pivot et veut rejouer à son avantage l’épreuve de forces perdue en 1995 par son mentor Alain Juppé. Et là, nos conservateurs sont aux anges. Vas-y Edouard, délivre-nous du Mal syndical ! Tu es des nôtres, tu as bouffé du Martinez comme les au-au-tres ! Voilà pour le premier croquemitaine. La seconde, Anne Hidalgo, joue un rôle encore plus efficace, sur le plan politique. Depuis quelques mois, une petite musique résonne (à défaut de raisonner) : plutôt Griveaux qu’Hidalgo. Cette musique est tellement jouée qu’elle est parvenue jusqu’aux oreilles de la commission d’investiture de LR qui a mis Rachida Dati en colère ce mercredi en désignant Geoffroy Boulard comme tête de liste dans le XVIIe arrondissement contre l’avis de l’ex-garde des sceaux et en son absence. Boulard, soutenu par Frédéric Péchenard, proche parmi les proches de Nicolas Sarkozy, n’a jamais caché sa Macron-compatibilité. Dati le soupçonne clairement – et sans doute à juste titre – de devoir basculer dans le camp Griveaux s’il le juge mieux placé pour renverser Anne Hidalgo. Et nos conservateurs parisiens sont tout à fait dans cet état d’esprit. Pour renverser Anne Hidalgo, tous les moyens sont bons, va pour l’ancien ministre du gouvernement d’Emmanuel Macron. D’ailleurs, Griveaux n’a-t-il pas pour porte-parole Marie-Laure Harel, ex de l’UMP ?

Chacun ses convictions

C’est le moment de m’adresser directement à ceux qui font ce calcul. Mais qu’est-ce que vous croyez ? Que, parce que Benjamin Griveaux aura remplacé Anne Hidalgo à l’Hôtel de Ville, tout ce qui vous fait horreur sur le plan sociétal s’envolera par enchantement ? Croyez-vous que l’écriture inclusive disparaîtra instantanément des communiqués de la Ville ? Qu’on n’y célèbrera plus le « matrimoine » en sus du patrimoine ? Qu’on ne fera plus sans arrêt l’éloge de la diversité, qu’on ne se vautrera plus dans le « vivre-ensemblisme » qui vous fait tant horreur ? Que la vie des Parisiens ne sera pas complètement réglée sur le compte à rebours des JO 2024 ?

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Pardonnez-moi, mais si vous le pensez, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’au coude. A moins que ne fassiez seulement le pari qu’avec Griveaux, au minimum les comptes seront bien tenus et les impôts n’augmenteront pas autant qu’avec Anne Hidalgo. Dans ce cas, vous feriez exactement le même pari que vos devanciers ayant lâché le conservateur Bellamy pour la progressiste Loiseau, réfléchissant davantage avec leurs portefeuilles qu’avec leurs convictions profondes.

Je vous vois venir. Vous allez me répondre que je ne vis pas à Paris et que je me montre bien égoïste de vous enjoindre à en reprendre pour six années d’Hidalgo supplémentaires. Egoïste vous-même, serais-je tenté de vous rétorquer.

L’avertissement de Jérôme Sainte-Marie

Je vise aussi les élus LR de province qui ont des étoiles dans les yeux quand ils parlent des « réformes du président », et ne voient absolument aucun inconvénient à s’allier avec LREM dans des listes municipales aujourd’hui, régionales demain. Qui se disent que la lutte contre la PMA, c’est bien gentil mais il ne faudrait pas prendre plaisir à « passer pour des archaïques ». Nous en collectionnons quelques beaux spécimens jusqu’en Franche-Comté. Mais surtout, si pour avoir un Hidalgo en un peu moins pire, vous installez l’idée que LREM est devenu l’alliée naturelle de ce que certains appellent encore la droite et que d’autres nomment « les conservateurs », vous acceptez la satellisation. Pire : vous l’actez. En fantasmant un monde qui s’organise selon le clivage droite-gauche, comme si on refaisait la sainte alliance du RPR (LR) avec l’UDF (LREM) contre les méchants bolchéviks le couteau entre les dents, vous vous trompez d’époque. Vous oubliez la théorie des blocs de Jérôme Sainte-Marie. Vous intégrez doucement mais sûrement le « bloc élitaire » dominé par le « progressisme » d’Emmanuel Macron. Qu’importe si d’aucuns croient profiter d’un effondrement du président pour y troquer François Baroin ou un autre, c’est dans cette géographie que vous subirez l’influence idéologique de tout ce que vous abhorrez, en matière de progressisme sociétal comme de naïveté sur les sujets régaliens.

Il ne sert à rien d’utiliser sans cesse le terme d’idiot utile pour en devenir un soi-même.

Bloc contre bloc - La dynamique du Macronisme

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