L’animateur de Sud Radio publie ses Mots du jour aux Editions Fauves, un recueil reprenant ses chroniques de la saison 2018-2019.


Vous allumez votre poste de radio. Ce soir, plutôt que de zapper entre les stations musicales, l’envie vous prend d’écouter des gens parler dans le micro. En plus, réforme des retraites et mouvement social obligent, vous êtes encore dans les bouchons. Que les informations sont monotones ! D’une fréquence à une autre, des émissions toutes plus sérieuses les unes que les autres s’emploient à vous édifier sur le monde, la France et leurs turpitudes.

Toutes se tirent la bourre pour trouver les intervenants les plus érudits, “décrypter” les informations du jour avec les meilleurs experts et recevoir les personnalités politiques en vue. En vue… de les passer sur le grill, de les soumettre aux questions-piège. Qui sait ? peut-être en obtenir quelque déclaration fracassante et exclusive susceptible de faire parler tous les confrères, et de faire décoller les audiences de la tranche horaire et du journaliste vedette.

Le roi de l’infotainment

Un autre genre à la mode connait un succès fulgurant ces dernières années, c’est l’infotainment, contraction d’information et d’entertainment (divertissement, en bon français). Philippe David en est le roi. Vous placez en studio quelques intervenants récurrents à forte personnalité autour des micros, vous balancez les sujets et vous les laissez se chamailler et confronter leurs arguments façon café du commerce. 

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Depuis qu’elle s’est lancée dans le genre, la station Sud Radio se targue de voir ses audiences progresser. C’est aussi sur cette station qu’officie Elisabeth Lévy chaque matin à 8h12Entre 18h et 20h, la station propose les “ Vraies Voix”. C’est dans ce “talk” qu’officie Philippe David, forte personnalité de la station. A 18h50, entouré du journaliste Christophe Bordet, de la conseillère politique Françoise Degois et du magistrat Philippe Bilger (lequel propose une belle déclaration d’amitié en préface), l’animateur populaire propose une chronique avec l’étymologie du mot qui a été le plus utilisé par les médias dans la journée. Après son essai Virons Dieu du débat politique publié en 2015 (évoquant la polémique Charlie Hebdo), ce sont donc ces chroniques qui sont reprises dans ce nouveau recueil, qui vient d’être publié. 

La passion du micro

Avec ses traits d’esprits, une large place est laissée à la bonne humeur, mais les politiques sont aussi fréquemment égratignés par celui qui prend soin de rappeler qu’il n’est pas un journaliste page 70. Populaire ou populiste ? Encore récemment, l’animateur a fait parler de lui en s’indignant de la légion d’honneur accordée à Jean-François Cirelli de Black Rock:

Ses phrases assassines et ses traits d’esprit railleurs visent en tout cas toujours les puissants, Philippe David n’est pas du genre à attaquer homme à terre. Il ne peut s’empêcher de faire un bon mot, comme un Laurent Ruquier de droite, en plus drôle. Surtout, à la différence de son illustre confrère de RTL, Philippe David n’est pas faussement franchouillard(1). Girondin(2), parfois trivial(3), on suspecte même qu’il se retient parfois. Fan de Johnny Hallyday ou du toulousain Claude Nougaro, il leur consacre de beaux papiers. Dès que l’occasion s’y prête, de nombreux “mots” se terminent d’ailleurs en musique. Forcément, c’est un peu moins chic que France culture. Dans ces chroniques, tout déborde !

A relire: Faut-il virer Dieu du débat politique?

Philippe David a la passion du micro : on se gargarise de tous les auditeurs qui écoutent, on chambre ses petits camarades. Un exercice d’écriture quotidien est, on imagine, une astreinte contraignante. Si le niveau des chroniques est parfois inégal, il y a de vrais bons moments où l’esprit est vif, ou la volonté de plaire paie.

Une lecture divertissante, prioritaire aux yeux des fans de la station mais aussi pour les curieux qui prendront plaisir à se remémorer les événements marquants de l’actualité qui ont marqué l’année écoulée (2018-2019) de façon légère. Sur les gilets jaunes notamment, il est marquant de constater que Philippe David a bien vu venir et accompagné cet événement social majeur dans ses interventions et coups des gueules. Pas de doute, les routiers sont sympas !

1er octobre 2018: Doigt

Le mot du jour est évidemment le mot doigt puisqu’un cliché montrant le Président de la République avec deux énergumènes faisant des gestes avec leurs doigts défraie la chronique depuis hier. Le mot doigt vient du latin vulgaire « ditus » lui-même issu de latin classique « digitus » qui vient de la racine indo-européenne « deik » qui veut dire montrer.

Voyant les réactions sur les réseaux sociaux, on imagine que le Président a envie de dire pouce à la divulgation de cette photo qui le met à l’index ce qui est pour lui, au plus bas dans les sondages, un problème majeur. Cette photo risque en effet de causer un nouveau divorce avec les Français, l’alliance se portant à l’annulaire, et ceci c’est mon auriculaire, pardon mon petit doigt, qui me le dit.

On peut affirmer qu’en prenant cette photo, Emmanuel Macron s’est mis le doigt dans l’œil et qu’un de ses gardes du corps aurait du lever le petit doigt en voyant les deux olibrius jouer avec leurs doigts. Ce type de photo met en effet le doigt dans l’engrenage de la désacralisation de la fonction présidentielle, ce cliché lui ayant filé entre les doigts. Les chômeurs, qui selon le président passent leur temps les doigts de pieds en éventail à ne rien faire de leurs dix doigts, ne vont pas lui pardonner, tout comme les retraités qui, avec l’augmentation de la CSG, suivent le chef de l’état au doigt et à l’œil. Il va lui falloir, pour
reprendre l’initiative, y aller du bout des doigts puisque depuis hier il ne cesse d’être montré du doigt. On va m’accuser de mettre le doigt là où ça fait mal mais aujourd’hui certains diront que le Président peut exprimer des regrets vis à vis de ce cliché. Et personnellement je mettrai un doigt d’honneur, pardon un point d’honneur à dire que non seulement il le peut mais surtout… il le doit!

Mes mots du jour, Philippe David, Editions Fauves, 298 pages

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Martin Pimentel
Rédacteur en chef du site Causeur.fr
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