Mohammed ben Salmane (MBS) veut rattraper le retard qu’il a pris sur le Qatar en organisant de grands évènements sportifs. Il veut faire de Quiddya une vaste destination touristique digne d’un Disneyworld. Première pierre à cet édifice ambitieux, le Paris-Dakar. La délocalisation de la course dans le royaume de MBS est révélateur d’une époque où l’occident rend l’âme.


 

Départ le 5 janvier à Djeddah. Arrivée le 17 à Quiddya. Privés d’Afrique par les jihadistes, les amateurs de rallye auto-moto se sont d’abord rabattus sur l’Amérique Latine (2009-2019). Cette année, ils se délocalisent dans le pays qui représente le modèle absolu pour les jihadistes du monde entier. Un régime politique dont l’idéologie – le wahabisme – galvanise les fanatiques qui interdisent les sables et les savanes d’Afrique aux courses automobiles. Consciemment ou inconsciemment, le Paris-Dakar se réfugie dans la gueule du loup pour être sûr de ne pas être mordu. Cruelle ironie.

Mohammed ben Salmane, le prince héritier d'Arabie Saoudite
Mohammed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie Saoudite

On pourrait gloser longtemps sur les crucifixions pratiquées en place publique et sur le sort réservé aux femmes saoudiennes et aux migrants. Cela ne servirait à rien puisque les grandes ONG se limitent à des protestations tièdes lorsqu’il s’agit de l’Arabie Saoudite : elles préfèrent se concentrer sur les pays musulmans et africains qui se préoccupent encore de respectabilité, c’est-à-dire tous ceux qui ont besoin de se financer auprès du FMI ou qui ont des faveurs à demander à l’Union Européenne. L’Arabie Saoudite, elle, peut se permettre le luxe de déplaire à la communauté internationale. On pourrait aussi s’indigner auprès des partenaires de l’événement comme Honda, Karcher ou France Télévisions. Cela ne servirait à rien non plus, car le capitalisme n’est moralisant qu’à l’intérieur des frontières hexagonales et occidentales. Ailleurs, il a tendance à s’écraser devant la loi du plus fort et, en l’occurrence, le plus fort ici est MBS et son régime. En Chine, c’est le parti communiste chinois.

Arabie saoudite, Qatar: si ouverts!

Ne soyons pas trop puristes et inflexibles non plus. Par les temps qui courent, il vaut mieux paraître cool qu’en colère ou aigri. De toutes façons, si l’on critique le Paris-Dakar, il faudrait aussi s’en prendre à la FIFA qui s’apprête à organiser la Coupe du Monde au Qatar : une autre « grande » nation wahabite. Or, on ne critique jamais un mécène du sport et de la politique (française), ça ne se fait pas. Vous imaginez un monde sans football et des politiciens sans cadeaux somptueux à la hauteur de leur leadership ? Il vaut mieux se taire et profiter du spectacle.

A lire aussi: Seul comme MBS

Souhaitons donc au Paris-Dakar une belle course sur les dunes et les plateaux du désert saoudien.  Espérons que les Houthis du Yémen laisseront l’événement se dérouler sans anicroches et que les drones iraniens ne se perdront pas au-dessus des immensités dénudées de l’Arabie. Prions surtout pour que le prochain Tour de France ne se déroule pas en Sibérie par crainte d’attentats sur les Champs Élysées. Formons le vœu que les JO de Paris ne soient pas délocalisés à Manaus en Amazonie en guise de pénitence auprès de Gaia, la Déesse Terre-Mère. Greta et nos élus croient que nous avons tellement de choses à nous faire pardonner.

Un évènement révélateur

Il faut voir le bon côté des choses, toujours. La délocalisation du Paris-Dakar en Asie est un pas de plus vers la destruction de la Françafrique. Une étape décisive vers la rupture des liens entre l’ancienne puissance coloniale et les régimes qu’elle a méchamment et égoïstement maintenus dans sa dépendance. Elle se rajoute à la prochaine disparition du Franc CFA en Afrique de l’Ouest. Une page se tourne, une époque rend l’âme.

A lire aussi: Supercoupe d’Italie en Arabie saoudite: nos amies les femmes seules ne sont pas acceptées

N’ayez crainte : Paris et à Dakar, les deux villes qui prêtent leur nom à cette grande messe du sport automobile, seront dûment récompensées pour leur fair-play.

À l’instant où cet article est publié, des prédicateurs wahhabites sont formés, gratuitement et par centaines, dans les instituts saoudiens, ils seront bientôt disponibles pour propager un discours de paix et d’amour en France et au Sahel.

Lire la suite