Les syndicats se sont réunis autour d’Édouard Philippe à Matignon ce matin. Ils revendiquaient près d’1,2 million de manifestants contre la réforme des retraites hier, dans 65 cortèges en France. Le gouvernement en dénombrait 452 000 de son côté. Emmanuel Macron ne va plus pouvoir rester silencieux très longtemps.


Ces jours-ci on compare beaucoup Edouard Philippe à Alain Juppé, sacrifié en 1995 en même temps que la réforme du régime spécial de la SNCF. Emmanuel Macron fait terriblement penser à Jacques Chirac, et pas seulement parce que Brigitte Macron a repris l’opération “pièces jaunes” de Bernadette.

Debout face à Trump, le chef de l’Etat se couchera-t-il devant Martinez?

Le président était en première ligne durant la crise des gilets jaunes. Il s’est offert avec le grand débat une véritable campagne électorale sans contradicteurs. L’Élysée contrôle, dit-on, les agendas et les interventions des ministres. Emmanuel Macron veut garder la main sur tout, jusqu’à la nomination du directeur de l’opéra de Paris – la Villa Médicis est toujours dirigée par un intérimaire en attendant que le chef de l’Etat se prononce. Bref, on est plus proche de l’hyperprésidence que d’un  pouvoir jupitérien supposément éloigné dans son Olympe.

Philippe rêve de refiler le mistigri à un président en retrait

Cependant, sur la réforme des retraites, le président est plutôt en retrait, voire carrément aux abonnés absents. Pas un mot sur le sujet entre le 22 novembre et le 31 décembre. Le 12 décembre à Bruxelles, il déclarait : « Il y a un président de la République qui défend les intérêts français ici et un gouvernement qui travaille à Paris ». Lors de ses vœux, il s’est contenté de dire que « la réforme serait menée à son terme » et de refiler le mistigri à Edouard Philippe, prié de trouver « la voie d’un compromis rapide ».

En somme, Emmanuel Macron envoie son premier ministre en première ligne, dans le but, dit-on de s’affairer à sa réélection, notamment en soignant son image écolo. Les Verts, qui pourraient ravir Lyon et Bordeaux aux municipales, l’inquièteraient de plus en plus.

En réalité, s’agissant d’une réforme qui ne relève pas de la gestion quotidienne mais des grandes orientations, et qui importe peut-être plus aux Français que le choix du directeur de l’Opéra, c’est bien le président qui devrait être à la manœuvre. D’autant que, si la réforme des régimes spéciaux en 1995 était le bébé de Juppé, la retraite à points est bien la grande réforme de Macron lui-même.

La théorie du fusible

Les Français n’ont pas élu Edouard Philippe mais Emmanuel Macron. Quoi qu’ils pensent de la réforme, ils attendent que le président assume la responsabilité politique qui va de pair avec la légitimité. D’après un sondage YouGov réalisé pour le HuffPost, 59% des personnes interrogées attendent en effet que le président s’implique dans la sortie de crise. Au passage, on peut remarquer que, contrairement à ce que racontaient les thuriféraires du RIC et autres hochets de la démocratie directe, les Français veulent un président qui préside. Beaucoup, au sein même de son camp, doutent de sa détermination et se demandent si le chef de l’Etat, debout face à Trump, se couchera devant Martinez. Autant dire que la belle théorie du fusible qu’affectionnent les journalistes politiques et les constitutionnalistes ne semble pas convaincre nos concitoyens. Alors, quoi qu’il décide, il est temps qu’Emmanuel Macron cesse de faire la grève de l’arbitrage et du pouvoir.

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