L’Arabie Saoudite de Mohammed ben Salmane (MBS) est un pays qui n’a ni hard power ni soft power. Ses milliards de dollars et ses réserves en pétrole ne lui sont d’aucune utilité… Déjà en conflit avec les Houthis, la voilà toujours aussi isolée alors que des drones se sont attaqués à ses installations pétrolières. Analyse.


Une bande de maquisards en guenilles (les Houthis) arrivent à tenir tête à l’Arabie Saoudite, voire à la bombarder au cœur de son hinterland sans que l’armée saoudienne ne réagisse ou que les pays musulmans ne se mobilisent. A quoi sert d’empiler l’armement le plus sophistiqué si la vulnérabilité est totale ? Le budget de la défense saoudien a beau être le 3ème au monde (67 milliards de dollars en 2018), il ne modifie pas d’un iota l’équilibre des forces. A part faire la fortune du complexe militaro-industriel des Etats-Unis, cette dépense est inutile. Personne ne se fait d’illusion: la défense de l’Arabie Saoudite incombe aux Américains qui disposent d’un chapelet de bases du Golfe persique à Djibouti. Cela relève du protectorat plus que d’une relation client-fournisseur.

Les Saoud isolés dans le monde arabe

Les Arabes et les Musulmans ne se bousculent pas au portillon pour défendre les «Gardiens des Lieux Saints»: la famille des Saoud. On trouve aisément des candidats pour s’engager sur le front syrien, afghan ou même au Sahel mais personne pour aller tenir la frontière saoudienne avec le Yémen! Personne non plus pour aller rouler des mécaniques face aux Iraniens chiites, pourtant déclarés « hérétiques » par le sunnisme (et ils le sont, sans aucun doute). Peut-être que les jihadistes ne sont ni des fous ni des déséquilibrés. On nous aurait donc menti?

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Se battre contre les Yéménites et les Iraniens exige du courage et de l’abnégation alors que ravager le Levant ou le Sahel permet d’obtenir un butin et de s’emparer des femmes d’autrui. Autrement dit, le soft power saoudien est par terre. Tout le monde veut leur argent mais personne n’est disposé à donner la vie pour la survie du régime des Saoud.

A quoi servent donc les chaînes de télévision à la gloire de l’Arabie, les ONG islamiques implantées aux quatre coins du monde et les mosquées wahabites financées par les caisses noires ? A quoi servent 30 ou 40 ans d’activisme politico-religieux si Ryad est seule face aux Yéménites et à leurs parrains iraniens ?

L’Arabie saoudite récolte ce qu’elle a semé

Les Saoudiens payent le prix de leur politique étrangère qui a consisté à torpiller tous les régimes arabes qui disposaient, d’une manière ou d’une autre, d’une armée capable de se battre. Avec l’aide de Bush Jr, ils ont démantelé le Baath iraquien et dispersé l’armée de Saddam. Depuis, l’Irak est un Etat failli et qui ne promet pas de se relever de sitôt. Avec la complicité de nos bien-pensants occidentaux, les Saoudiens ont contribué à détruire le régime syrien qui, bien qu’il soit encore debout, n’en demeure pas moins un squelette vivant. Enfin en Egypte, ils ont suivi une seule et même politique depuis 1970 : islamiser en profondeur la société au point de transformer la politique égyptienne en un face-à-face stérile entre une armée plus ou moins séculaire et un peuple profondément réislamisé. Dans ces conditions, l’armée égyptienne a autre chose à faire que de se projeter en Arabie pour sauver la peau des Al Saoud.

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La liste est longue et on pourrait y inclure la Libye, plongée dans le chaos avec la complicité des Saoudiens (des Emiratis aussi) qui ont remplacé Kadhafi par des milices barbares.

En résumé, l’Arabie a contribué à transformer le Moyen Orient en un champ de ruines où aucune armée ni régime n’est capable de lui venir en aide. L’heure est venue de payer la facture.

Au bonheur de l’industrie de l’armement

Et le passage en caisse fera le bonheur des puissances étrangères, comme d’habitude. Trump exulte tout comme les représentants commerciaux du complexe militaro-industriel. C’est bien connu: un client anxieux fait un très bon acheteur. Et à la veille des élections de 2020, le retour du Moyen-Orient sur le devant de l’actualité arrange les affaires de Trump car les bruits de botte atténuent l’aura des candidats de gauche ou d’extrême-gauche. On parlera moins d’enjeux sociétaux et de redistribution et plus de puissance et de sécurité.

Les Russes aussi se positionnement pour vendre leur S-400. Les Français vont assurément essayer de prendre une part du gâteau tout comme les Turcs voire les Israéliens… C’est la fête chez les vendeurs d’armement et tant mieux pour eux !

Le Moyen Orient est revenu à la case départ, celle qu’avait connu Laurence d’Arabie il y a un siècle. Les décisions importantes se prennent en dehors des capitales arabes. Aucun Etat-nation ou presque ne tient debout (Yémen, Irak, Syrie, Soudan). L’intérêt des peuples n’est la priorité de personne, seule compte le maintien des oligarchies au pouvoir. Et la présence militaire étrangère est partout : à Tartousse en Syrie (les Russes), aux Emirats Arabes Unis (Français et Américains), au Qatar (Américains), au Koweït (Américains), en Irak (Américain) sans omettre la V et VIe flottes américaines et les pistes d’aviation confidentielles.

Attaques au drone 

Et dans ce chaos surnage le génie des rares peuples qui, en dépit de l’adversité des conditions, tiennent le coup. Je pense à l’Iran qui est en position de force dans la perspective d’une négociation avec les Américains lorsqu’ils voudront renouer le dialogue avec les ayatollahs. Ce pays fabrique son armement en dépit des sanctions et se défend tout seul. Je pense également à Israël qui cumule le génie militaire, culturel et scientifique.

Face aux Perses et aux Israéliens, les Arabes sont faibles et divisés. Il serait facile d’accuser les Saoudiens de tous les maux du monde arabe. Ils ont leur part de responsabilité puisqu’ils ont diffusé la funeste idéologie nommée wahhabisme. Mais, il faut admettre qu’ils ont trouvé des oreilles attentives à leur propagande de Nouakchott à Mossoul (en passant par la Seine-Saint-Denis aussi).

Enfin, pour conclure, nous noterons que l’attaque à l’aide de drones a eu lieu quelques jours à peine après le 18e anniversaire des attaques du 11 Septembre. Des attaques aériennes sur des cibles civiles au moyen d’avions contrôlés par des pirates de l’air saoudiens. Triste ironie de l’histoire.

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