Jour de fête pour Anne Hidalgo et Rachida Dati !


Ce mercredi, les deux représentantes de l’Ancien monde dans la capitale, Hidalgo et Dati, ont dû mettre le champagne au frais. La candidature de Cédric Villani, en sus de celle de Benjamin Griveaux, portera à deux le nombre des candidats issus la majorité. Santé, mesdames !

La campagne à Paris

Les conséquences de la candidature du célèbre mathématicien, député LREM de l’Essonne, sont multiples dans le cadre de la campagne municipale qui s’annonce à Paris. La pression sera grande sur Pierre-Yves Bournazel, qui se voyait bien candidat au mois de mars prochain, pour le compte des ex-LR Macron-compatibles d’AGIR, représentés au gouvernement par le ministre de la Culture Franck Riester. De même, il ne reste plus beaucoup d’espace pour les écologistes d’EELV, puisque Cédric Villani semble déterminé à faire de l’environnement l’axe central de sa campagne et qu’Anne Hidalgo, connue pour ses positions clivantes sur le sujet, devrait bénéficier de son statut de sortante. Quid, également, de la candidature de Gaspard Gantzer, flanqué aujourd’hui d’Isabelle Saporta, très proche d’Yves Jadot ? Bref, la candidature de Villani rebat complètement les cartes d’une campagne et la victime principale de cette décision est bien la Macronie au sens le plus large du terme.

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Car, Emmanuel Macron, l’élu des métropoles françaises, comptait énormément sur la prise de Paris. Et il se retrouve dans la situation de Valéry Giscard d’Estaing en 1977, lorsque Jacques Chirac avait annoncé sa candidature face à Michel d’Ornano, candidat officiel de l’Elysée. Mauvais présage. Le président de la République récolte en partie ce qu’il mérite. Le choix de Benjamin Griveaux aux dépens de Cédric Villani apparaît un mauvais choix tant les Parisiens attendaient la candidature d’une personnalité dénuée d’arrogance et d’égocentrisme, après le mandat d’Anne Hidalgo. Il n’y avait en fait qu’une seule personne capable d’apparaître plus antipathique qu’Hidalgo et Emmanuel Macron l’a désignée. De plus l’unanimité de la commission d’investiture de LREM a été reçue comme une humiliation publique par l’ancien récipiendaire de la Médaille Fields.

Par temps d’uberisation, on surveille son langage

Les propos privés de Benjamin Griveaux sur ses divers concurrents n’auraient sans doute pas eu un tel succès s’ils ne collaient pas parfaitement avec la manière dont il est perçu non seulement à Paris mais dans la France entière. Ses déclarations sur « la France qui fume des clopes et roule au diesel », prononcées à la veille du mouvement des Gilets jaunes résonnent aussi encore dans la tête de nombreux Français. Evidemment, nous préférons le temps où les propos privés demeuraient privés. Et nous sommes conscients que ce genre de mots d’oiseaux pour qualifier les adversaires n’est pas réservé à l’ex-porte-parole du gouvernement. Mais après tout, n’est-il pas le représentant de ce Nouveau monde où la transparence est la règle ? Et le fait qu’ils aient été dévoilés ne démontre-t-il pas que son entourage proche – qui est forcément responsable de la fuite – n’est lui-même pas très emballé par sa candidature ?

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Mais cette dichotomie Nouveau monde vs l’ancien n’est pas mise à l’épreuve qu’à l’occasion de ces fuites malencontreuses. Qu’est ce qui motive ainsi Cédric Villani à ignorer superbement la décision de la Commission d’investiture et mépriser les menaces d’exclusion de LREM qui pèsent sur lui ? Depuis les débuts d’En Marche, il était clair pour tout le monde que ce mouvement se montrait différent des autres. On y adhérait avec un simple clic sur Internet. Finis, les vieux partis et leurs « compagnons » d’un côté ou les « camarades » de l’autre. La Macronie s’est construite sur la disparition des « rigidités » dans la société en général et dans la vie politique en particulier. LREM était aux chauffeurs privés ce que les taxis étaient à LR et au PS. Le parti de l’uberisation. On adhère en un clic, on part en un clic. Bien entendu, dès le président élu et la transformation d’EM en LREM, les statuts ont évolué. Dès la majorité installée, on a écrit des règlements où la vieille discipline des vieux partis de l’Ancien monde était de mise. On a vu ainsi la députée Agnès Thill se faire virer pour déviance de la pensée sur les sujets sociétaux.

Quand la Macronie déraille

Depuis longtemps LR et PS ne se comportaient plus ainsi. La comparaison avec les parlementaires « godillots » de la majorité gaulliste a pu être faite. Sans doute la majorité macroniste tient davantage cette volonté de discipline du monde impitoyable de la banque d’affaires que de l’organisation militaire à la gloire d’un Grand homme, fut-il le général de Gaulle, à l’époque des fameux « godillots ».

La candidature de Villani est donc symbolique de cette contradiction macronienne. On ne peut pas d’un côté prôner l’uberisation, la souplesse et pratiquer de l’autre une discipline de fer et l’autorité du Chef. Il faut choisir. Quand il est établi dès le début que l’on peut entrer et sortir facilement d’un parti, la menace d’exclusion se transforme en un marteau-pilon pour écraser une… araignée.

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