Grèves. En essayant de passionner les citoyens sur les enjeux des ennuyeuses élections municipales, les médias font-ils le jeu du gouvernement ?
« Fin de l’âge pivot…et des grèves? », ce titre d’un tout récent numéro de « C dans l’air » (13 janvier) résume la position générale des médias depuis quelques jours. Un grand nombre de débats, sur les chaînes d’information, ont, en effet, été pourvus de titres proches de celui-ci; et la teneur des questions adressées aux invités, et notamment aux représentants syndicaux, était en cohérence avec les présupposés de cette approche : pourquoi poursuivre le mouvement de contestation alors même que le principal point de crispation n’est plus à l’ordre du jour du projet de réforme ?
On trouvera sans peine des titres d’articles reprenant la même logique:
Est-ce bien honnête? Et surtout, quel est l’effet escompté par nos journalistes lorsqu’ils orientent ainsi collectivement leur approche? On pourrait penser, mais ce serait malheureux, qu’ils font volontairement le jeu du gouvernement. En reportant temporairement la question de l’âge pivot, ce dernier a donné l’impression d’accéder, par la vertu des négociations, à une revendication des syndicats réformistes. Mais le report n’est que stratégique puisque ce thème est appelé à revenir sur la table au mois d’avril à l’occasion de la conférence de financement. C’est une différence notable par rapport à bien des lois dont la « suspension » a constitué un euphémisme gouvernemental pour ne pas reconnaître leur « suppression »: la loi n’est pas suspendue, seul l’est un des points litigieux du texte et il ne l’est que pour quelques semaines, jusqu’à un terme fixé.
Que ce report temporaire puisse être présenté par tant de médias comme un « retrait », un « abandon », est pour le moins surprenant. L’effet, voulu ou non, est bien sûr de susciter un essoufflement du mouvement de contestation et de rendre ce mouvement et ses actions, incompréhensibles aux yeux de l’opinion publique. Désormais, les grèves apparaîtront comme le fait de jusqu’au-boutistes cramponnés à une posture d’opposition illégitime.
Mais nos médias se comportent-ils vraiment en valets de l’exécutif? Je crois bien plutôt qu’ils ont épuisé les traitements possibles de la grève : on a vu ressurgir les habituelles mises en scène pitoyables (journaliste enchaînant les covoiturages d’un point A à un point B pour montrer combien c’est laborieux, tout en interrogeant ses camarades de trajet et même, en enregistrant la musique de l’autoradio!) Ils ont maintenant envie de parler d’autre chose et ils savent très bien de quoi ils ont envie de parler: outre le nouvel ouvrage de Davet et Lhomme, ils ont envie de reprendre le cours de leur « bus des municipales » (titre d’une émission de France Info).
Ils n’aiment rien tant que scénariser les périodes d’élections : ils vont distribuer les rôles (les « favoris », les « outsiders », etc.), organiser des débats, des micro-trottoirs, des sondages à tire larigot. Et si cela ne nous intéresse pas, ils sauront nous y intéresser. Il n’est, pour s’en persuader, que de voir la une du quotidien Aujourd’hui en France le 13 janvier (jour où fleurissaient les émissions sur le « retrait » de l’âge pivot rendant la grève inutile): « Municipales, la campagne qui peut tout changer »; avec ce sous-titre : « jamais ce scrutin local n’aura suscité autant d’intérêt et d’inquiétude ». Je ne sais pas si cette hyperbole ronflante revêt une quelconque vérité, mais cette présentation des choses a fait rire tous les gens à qui j’ai soumis ce titre.
« La retraite, faut la prendre jeune » disait Michel Audiard. On dit souvent que « partir c’est mourir un peu ». Dans sa grande sagesse, Alphonse Allais a précisé aussi que «mourir, c’est partir beaucoup ».
La langue française, les grands auteurs et l’imagerie populaire regorgent de bons mots et de citations pour commenter et justifier les départs, la mort et même l’illusion d’irremplaçabilité. On peut douter de la véracité de certains adages. En gardant deux certitudes dans la vie, comme Woody Allen : les impôts et la mort. Depuis peu, j’en ai presque une troisième. J’ai bien peur aussi « qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La personne avec laquelle je partageais mon bureau n’est pourtant pas morte. Elle est simplement partie à la retraite. Mais depuis qu’elle a quitté son poste, c’est comme si j’étais en deuil. Elle a fait ses paquets il y a peu. Rangeant soigneusement ses tiroirs. Ses petites boîtes où elle gardait les rubans d’emballage et les cartes de vœux des années passées. Enterrant ses dossiers en cours, ses activités passées. Fermant sa boîte à pharmacie et ses placards à fournitures. Et puis, elle s’en est allée. Après 20 ans de maison. 40 ans de labeur. Saluée comme il se doit par ses collègues et la DG bien sûr. Mais elle n’est plus là ce lundi. Et ça, c’est vraiment triste.
Indice énergétique
Trop souvent, on juge l’efficacité des collaborateurs à l’aune de leurs capacités de rendement. Collant sur leur dos des étiquettes multicolores semblables à celles qui enluminent les réfrigérateurs dans les magasins d’électroménager. Indice de consommation? Orange! Performance énergétique? Rouge! Niveau de bruit? Vert! Ma codétenue, n’a que très rarement amélioré le chiffre d’affaire de la maison – même si certains clients, égarés par le standard sur son poste, se souviendront longtemps de son accueil et de son dévouement appliqué – elle était pourtant, sans doute, une des plus belles richesses locale.
Une valeur bien plus estimable qu’un contrat ou un coup de tampon « payé» sur une facture à six zéros. Le prix de mon amie, c’était sa gentillesse. Son rendement ? Son empathie, sa capacité d’écoute, son talent pour cimenter les collaborateurs entre eux. Son rire, son entrain, sa folie même, son respect de l’autre. Son sens de l’organisation bien sûr. Et par-dessus tout son envie, mais aussi son égard pour son employeur. Autant de détails qui, en ces temps jaunis par le trouble, passent finalement bien au-dessus de la tête de la gestion moderne. Ensuquée qu’elle est, très légitimement, par le profit et l’efficacité.
Le management moderne laboure l’humain
Des détails qui, selon moi, devraient avoir autant de valeur que certaines «bottom line » ou autres bilans. On ne fait évidemment pas de business avec de bons sentiments. On ne crée pas non plus de richesse ou de rendement avec des mots doux. Mais ces derniers, pourtant, peuvent largement contribuer à donner du sens à une entreprise. Le management moderne est souvent broyant. Il laboure l’humain sur son passage au nom du profit. Quitte à lui ouvrir les entrailles. Ma collaboratrice était bien plus qu’une collègue.
C’était un point d’ancrage. Un fil d’Ariane social qui établissait la jonction entre le bas et le haut de l’échelle. Comme ces filets de cordes que l’on place sur la coque des navires pour permettre aux naufragés de monter à bord. Elle a toujours fait le joint entre la base et le sommet. Les petits et les grands. Sans se départir jamais de la noblesse de cœur qui caractérise ces femmes qui savent si bien se mélanger, s’adapter même, sans jamais oublier leur classe naturelle, ni leurs origines. Avec sa bonté, sa belle âme, son courage.
Bien sûr, rien n’arrête l’inertie du paquebot d’une belle entreprise. Certainement pas les ambiances, l’amitié, ni encore moins l’empathie ou l’amour de l’autre. Mais au bout des réussites, quelle qu’elles soient, c’est toujours le souvenir de tous ces infinis détails qui perdure. Celui de l’amitié et des bons moments. Après tout. Quoi qu’il advienne. On ne devrait jamais quitter Montauban.
Le Musée de l’Immigration a organisé hier soir un débat sur le thème : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Les grands historiens de gauche Benjamin Stora et Gérard Noiriel y ont multiplié les amalgames. Reportage.
Hier soir, la belle enceinte Art déco du Musée de l’immigration a accueilli une causerie des plus prometteuses : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Pour y répondre, Benjamin Stora et Gérard Noiriel, deux brillants historiens de gauche à peu près d’accord sur tout participaient à ce que Michel Houellebecq appelle un « débat nord-coréen ». Dans l’assistance, hormis quelques jeunes, une assemblée assez âgée unit cheveux blancs et cheveux gris. A l’extérieur, une accorte intermittente du spectacle distribue des prospectus de sa pièce Migrando, sous-titrée « C’est quand la dernière fois que vous avez pu changer le destin de cinquante personnes ? » (un mauvais génie me souffle : « une nuit à Cologne… »).
Photo: Daoud Boughezala
Mais revenons à nos moutons de Panurge. Avant que la séance des questions ne confirme l’uniformité idéologique de la salle, les réactions du public révèlent une adhésion pleine et entière aux présupposés des deux intellectuels. L’arbitre, Nicolas Prissette, journaliste à la revue L’Eléphant, leur tend la perche : si les thèses identitaires ont « envahi » le débat public, est-ce la faute des médias, des « partis de gauche, dont c’est l’essence ou la raison d’être de lutter contre l’extrême droite », ou des partis de droite devenus RN-compatibles ? A Gérard Noiriel d’ouvrir le bal, par un résumé de son dernier essai qui amalgame la violence antisémite d’Edouard Drumont aux écrits « islamophobes » d’Eric Zemmour. Ici, je ne paraphraserai pas Georges Bensoussan qui a brillamment démonté cette lecture anachronique et partisane du Suicide français. En plus des politesses d’usage, Noiriel exprime sa solidarité avec son ami « Benjamin » à la suite du portrait vachard qu’en a fait Valeurs actuelles. Cette charge outrancière avait suscité l’indignation pavlovienne de 250 universitaires. L’épisode inspire un constat sans appel : « On a aujourd’hui une résurgence des discours de haine » qui ne sont « pas des arguments ». La disqualification morale et intellectuelle de l’adversaire ne fait que commencer. Saisissant la balle au bond, le spécialiste de l’Algérie Benjamin Stora accuse Valeurs actuelles d’antisémitisme dissimulé (« lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il grossit parce qu’il s’élève socialement, qu’il est tout le temps dans les arcanes du pouvoir de manière mystérieuse et secrète, et qu’enfin il n’arrive pas à se définir dans l’identité française », cela sent mauvais…). La preuve par Noiriel : Drumont, Le Pen père et Zemmour fonctionnent tous par petites phrases sybillines qui leur permettent de contourner la loi et de plaider la bonne foi face aux tribunaux. « Il n’y a jamais de possibilité de discussion sur le fond. D’où le problème pour nous : est-ce qu’il faut discuter avec ces gens-là ? » Parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne pense pas, on éructe ! D’où le dilemme qui étreint le clerc antiraciste : débattre avec ses contradicteurs (pouah !) au risque de les crédibiliser ou les boycotter, ce qui leur laisse un espace de (libre) parole.
Que fait le CSA ?
Attention, un contre-argument pointe. L’arbitre Nicolas Prissette a calculé le temps de parole télévisuel hors élections aux mois d’octobre et novembre. Surprise : loin de survaloriser « l’extrême droite », le petit écran n’a accordé que 13% de son antenne aux porte-parole RN et DLF. Les autres forces politiques ont occupé 87% du temps de parole, sans compter les heures dévolues à l’exécutif macronien. Réplique de Stora : « On ne peut pas s’en sortir par des pourcentages ». Oublions élus et politiques professionnels aux temps de parole strictement comptabilités, la droitisation cathodique passe plutôt par les « émissions quotidiennes et régulières » confiées à des « polémistes » réacs qui n’avaient jusque-là pas voix au chapitre. Qui sont « ces gens qui sont des propagandistes, des polémistes, des militants sans le dire qui se réclament de l’objectivité scientifique mais qui appartiennent en fait à un camp idéologique » ? Certainement pas des universitaires. Non, les coupables enrichissent la grille de CNews, entretenant l’illusion d’une « fausse hégémonie culturelle » alors que « masse des intellectuels » reste heureusement ancrée à gauche. On respire. « Qu’est-ce qu’on voit dans les séminaires de recherche, dans les colloques universitaires, dans les centre d’archives, on ne voit pas des gens qui se réclament de Zemmour (…) Les centaines de gens qui s’inscrivent en thèse en France, il n’y en a pas un seul qui se réclame de la pensée zemmourienne. Ça n’existe pas. » Pas plus qu’il n’y a d’homosexuels en Iran, il serait absurde d’imaginer la présence d’étudiants, de chercheurs ou d’universitaires franchement ancrés à droite. Il faudrait être fou pour y voir l’action d’un maccarthysme universitaire qui contraint les droitards à la taqya s’ils veulent échapper à la répression des gardes rouges. D’ailleurs, Noiriel incrimine les médias de masse que sont les réseaux sociaux et les chaînes infos, soumises à la dictature de l’audimat comme jadis la presse millionnaire. Par ses programmes quotidiens « C l’info » (l’émission d’Eric Zemmour contre le reste du monde) et « L’heure des pros », CNews banaliserait des idées malodorantes parce que Vincent Bolloré « veut faire de l’audience ». Petit canaillou ! Pour Noiriel, l’urgence est d’édifier les masses « tout en mettant la pression sur le CSA pour qu’on ne laisse pas ces gens-là pérorer un peu partout ». Liberté d’expression, j’écris ton nom. A la façon des « sleeping giants » enjoignant aux marques de retirer leurs réclames dans les médias déviants, l’historien marxisant prône comme « forme de résistance » les « pressions qui peuvent être faites sur les publicitaires » afin d’ « élever le seuil d’intolérance ». C’est vrai ça, la tolérance, il y a des maisons pour ça.
Sans jamais dévier de la pensée autorisée, le truchement Nicolas Prissette émet une hypothèse : « s’il y a cette offre, c’est peut-être parce qu’il y a une demande », citant un sondage Ipsos selon lequel 64% des Français ne se sentent plus chez eux. Une majorité estime aussi que les immigrés ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer. Las, l’antifascisme n’envisage qu’une politique de l’offre. Si le RN atteint des sommets électoraux, c’est que droite et gauche ont renoncé au cordon sanitaire, dixit Stora. Si cet excellent connaisseur du Maghreb combat l’essentialisation des ex-pays colonisés, il cultive une conception immuable de l’extrême droite. « Sous Vichy ou en Algérie, leur projet politique est un Etat autoritaire » ainsi que le prouve « le bouquin excellent du fils de Patrick Buisson », où « on voit bien l’histoire de l’extrême droite française qui ne change pas fondamentalement ». Pour un historien, amalgamer Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Marcel Déat et Bastien-Thiry manque quelque peu de rigueur. Mais qu’à Drieu ne plaise, la justesse de la cause vaut bien de confondre témoignage et démonstration…
Questions du public et intermède comique
Certes, « la matrice de l’extrême droite ne change pas », confirme Noiriel mais les électeurs frontistes « ne sont pas tous d’horribles racistes » (ouf !). Inquiet du fossé entre l’intelligentsia et « une partie des classes populaires dans une logique de repli », l’auteur du Creuset français voudrait sauver le petit peuple. D’autant que cette classe dangereuse se révèle « plus nombreuse que les autres et peut faire une majorité ». Saleté de suffrage universel ! Tempête sous un crâne : rétablir le cens ou conscientiser le prolo ? Loin de ces mauvaises pensées, Gérard Noiriel rêve de rétablir un clivage marxiste entre possédants et déshérités, articulant antiracisme idéologique et combat social. Bon courage !
L’heure des questions du public a sonné. Une interrogation innocente sur la politique de Macron justifie un premier point Godwin. Ou presque. De Nuremberg à Nuremberg, l’histoire passe par Munich. Dans la bouche de Noiriel, cela donne : le candidat Macron « critiquait la déchéance de nationalité, etc. Et puis on a vu une volte-face qui s’est produite après, avec les lois successives sur l’immigration (…) C’est l’histoire de Daladier en 1938. Daladier avait été militant de la Ligue des droits de l’homme, un des fers de lance du Front populaire, qui retourne sa veste en 1938 (…) Ça n’a pas empêché Vichy et lui-même a été mis en prison après » Le président Macron n’a certes pas cédé à Macron et Mussolini mais accordé un entretien à Valeurs actuelles, une opération de communication jugée néfaste « à la cause qu’on défend ».
Oh non! pas encore l’islam!
Intermède comique. Assise juste derrière moi, une jeune fille appelle à l’aide Noiriel et Stora : « je sollicite de votre part des conseils parce que je suis potentiellement entourée de personnes qui sont sensibles au lexique extrême droite dans les émissions grand public de CNews ». Zut, je suis repéré ? Le clou du spectacle ne va pas tarder. En toute innocence, un spectateur pose une question qui fâche : « par rapport au tableau que vous avez dressé, quelle place vous faites aux événements depuis 2001, aux attentats à Paris et en France, à la persistance du conflit au Moyen-Orient entre Israël et la Palestine ? » Mi-agacé, mi-ricaneur, Benjamin Stora s’exclame : « C’est l’islam, c’est ça ? L’islam politique, l’intégrisme ? Faut être précis, faut être direct ! » Objection de l’accusé : « Mais je ne vois pas en quoi je louvoie ! Je dis simplement qu’il y a des attentats qui ont provoqué un effet de sidération et de peur tous azimuts. Très souvent, il n’y a plus de raisonnement possible et ça travaille en profondeur la société française ». Visiblement exaspéré, Stora déplore l’irruption inopinée de la question islamique « chaque fois qu’on fait un débat sur l’immigration ». Son appel à « isoler la question de l’islam politique de la présence des musulmans en France » obéit à des intentions louables, mais semble déresponsabiliser les individus. Que serait une religion sans adeptes ? Gérard Noiriel rebondit pour se lancer dans un plaidoyer pro domo : « Dans mon dernier livre, j’ai eu un certain nombre de réactions extrêmement négatives parce que j’avais osé utiliser le terme « islamophobie ». Certains m’ont même accusé (…) de faire le jeu des islamistes parce que je parlais d’islamophobie ». Loin de nous cette idée…
La meilleure interpellation vient d’un spectateur au léger accent algérien. La critique du populisme inclut-elle l’extrême gauche ? Tout discours populiste est-il forcément dangereux et réductible à la Bête immonde ? Noiriel conclut : « il y a une histoire du mot ». Autrefois, « le mot populiste » était « utilisé par les dominants pour discréditer parfois des revendications » populaires. Ah ces historiens, toujours à parler au passé !
Une intervention de la néerlandaise Eva Vlaardingerbroek, enregistrée dans un congrès du parti conservateur de Thierry Baudet, le FVD, est devenue virale. Cette vidéo apporte la démonstration que dans les pays européens, le néoféminisme moderne est avant tout le marche-pied de la droite réactionnaire.
Plusieurs de mes amis m’ont montré cette vidéo (voir ci-dessous). Apparemment, elle tourne pas mal sur les réseaux sociaux, et comme ces amis et Causeur me demandent mon avis de féministe repentie, le voici donc.
Ce qui y est dénoncé par la jolie militante du FVD (c’est aussi la petite amie de Julien Rochedy) est le féminisme mainstream, majoritairement de gauche. Disons le tout de suite: la dénonciation est plutôt pertinente.
En effet, le féminisme actuel est une forme de dissonance cognitive hardcore, vu qu’il dénonce en permanence le moindre mot, le moindre regard, mais soutient l’immigration, notamment afro-maghrébine, tout en sachant que la majorité des personnes qui la compose est venue de pays où on ne peut pas dire que niveau égalité et liberté sexuelle, ce soit la panacée…
Le seul exploit du néoféminisme
D’ailleurs, dans les affaires de viol collectif, de guet-apens d’homosexuels, de mariage forcé, de crime d’honneur, de viol punitif ou d’excision, force est de constater que cela vient un peu toujours des mêmes. Mais les néoféministes n’ont aucune réflexion sur ce que le multiculturalisme comporte de rétrograde ou de problématique, particulièrement sur le sujet qui les intéresse pourtant : le sexisme. Aussi, ce féminisme est effectivement l’une des plus immenses impostures actuelles qui soit.
Mais, de l’autre côté de l’échiquier politique, par effet de balancier, on a ce genre de militante qui émerge, et qui passe évidemment pour quelqu’un de très sensé et de très pertinent. Voilà ce que réussit le féminisme : rendre la droite identitaire pertinente !
En réalité le féminisme, ou plutôt cette critique acerbe du féminisme permet de faire passer la droite identitaire comme la garante des « droits des femmes ». C’est une belle entourloupe intellectuelle. Regardez comment à droite des gens sont devenus incroyablement favorables à l’égalité hommes / femmes et à la liberté sexuelle ces dernières années, dis donc ! Cela leur permet de montrer qu’ils sont civilisationnellement parlant supérieurs à tous ces immigrés qui nous envahissent et transforment nos pays en les rendant dangereux pour nos valeurs et pour nos femmes.
Bien sûr comme il y a une part de vrai, ils marquent des points.
À choisir…
Mais personnellement, je me sens bien plus en phase avec une Zineb El Rhazoui ou un Hakim El Karoui qu’avec un Damien Rieu. Je me sens plus en phase avec un “maghrébin” ex-musulman qu’avec un “petit blanc” de chez Civitas !
Que l’on écoute les néoféministes ou Eva Vlaardingerbroek, en réalité, des deux côtés le sujet est bien le multiculturalisme. Celui-ci doit être abordé sans aucun tabou, sans la peur d’être accusé de racisme. Cette accusation menaçante qui continue d’être brandie est devenue pathétique, et il faut choisir de s’en moquer. Dans le même temps, le multiculturalisme doit être abordé sans essentialisation aucune, et en reconnaissant tous ceux (nombreux mais silencieux) qui, parmi les immigrés et les descendants d’immigrés, se bougent pour faire changer les mentalités. C’est compliqué, car quoi qu’on dise on est soit accusé d’être raciste facho, soit accusé d’être laxiste bien pensant. Aussi je me répète : le mieux est donc littéralement de s’en foutre et de dire simplement ce qu’on pense. Que ça plaise ou non.
Comme elle a manqué de réserve dans ses propos sur l’exécutif, Ségo est contrainte de dire adieu aux réserves de manchots dont elle avait la garde. Causeur résume cette situation politique burlesque…
Hier soir, le bandeau de BFMTV s’inquiète : “Que reproche-t-on à Ségolène Royal ?” Mince, je ne savais pas qu’il fallait maintenant une raison légitime pour dire du mal de cette haute figure de Poitou-Charentes ! Dès qu’un nouvel épisode du feuilleton Ségolène Royal se produit, je prends ma plume.
Depuis quelques jours, l’ambassadrice des pôles est “dans la tourmente” comme on dit sur les chaines info. Alors qu’elle pensait avoir échappé au pire, alors que sa carrière ne semblait finalement pas devoir prendre fin – malgré les attaques si méchantes de Radio France (auxquelles elle avait bien maladroitement riposté) – , voilà que c’est maintenant le président Macron qui lui voudrait du mal.
Des pressions seraient exercées pour que le Parquet national financier se penche sur la façon de travailler de l’ex du capitaine de pédalo.
Un ambassadeur des pôles ça ferme sa gueule ou bien…
On lui a scandaleusement refusé l’entrée du gouvernement, il ne fallait pas la chercher. Tout ce qu’elle voulait, c’était une bonne place. Politicienne de premier plan, femme, née en Afrique, n’avait-elle pas le profil diversitaire idéal ? Pas assez pour ces snobs de macronistes, peut-être.
Ségolène Royal passe désormais son temps à attaquer Emmanuel Macron, lequel est déjà fort occupé par ces vilaines histoires de violences policières, par ces médecins hospitaliers qui menacent de démissionner ou par la mise en place de la fameuse conférence de financement pour les retraites. Alors… on ne va pas tortiller du fion longtemps. Virons-la ! Validée en haut lieu, Ségo a reçu le 7 janvier dernier la missive suivante :
“Madame l’ambassadrice, il est envisagé de mettre fin à vos fonctions au regard de vos récentes prises de parole publiques, qui mettent en cause la politique du gouvernement, à la mise en œuvre de laquelle, en votre qualité d’ambassadrice (…) vous êtes étroitement associée.” Des fois qu’elle soit longue à la comprenette, la lettre – qui proviendrait du secrétariat du Ministère de l’Ecologie -, ajoute: “Les fonctions que vous exercez impliquent un devoir de réserve sur l’action du gouvernement et ne permettent pas des prises de position publiques qui peuvent être celles d’une personne n’exerçant pas de telles fonctions”. Quand on pense qu’Elisabeth Borne, l’actuelle ministre, a un temps été sa directrice de cabinet, Ségo avait de quoi être furieuse quand elle a reçu ces remontrances !
Depuis, par tous les moyens légaux, le moulin à paroles de la gauche de 2007 se victimise. En lui reprochant via une tierce personne ses prises de paroles et son manque de rectitude, le petit Monsieur de l’Élysée manque vraiment de bravitude !
Un parcours politique royal
Quoi d’autre ?
Les médias affirment qu’elle ne va jamais au Conseil sur l’Arctique ? C’est que Madame Royal préfère servir son pays, comme elle l’a toujours fait ! Libre à chaque citoyen de faire le bilan de ses exemplaires années d’action politique (elle a été pour la première fois ministre en 1992).
Elle utiliserait ses assistants et son budget d’ambassadrice des pôles à des fins personnelles (déplacements en province pour la promotion de son livre ou de sa fondation) ? Et le déplacement d’Emmanuel Macron au CES de Las Vegas en 2016, vous voulez qu’elle en reparle ?
Désormais libre, on ne fera plus taire le César d’or 2007 de la parole creuse. Pour preuve, elle invoque par pure démagagie et par erreur Voltaire sur Twitter, et devient une fois encore la risée des réseaux sociaux. Poussée à démissionner de son poste d’ambassadrice, c’est avec fracas qu’elle entre dans l’opposition.
L’esprit voltairien ne nous manque t’il pas ? < Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire > VOLTAIRE https://t.co/0oaZ2T89bX
Se mettra-t-elle en campagne, comme l’affirment de nombreux journaux ? Naïve et moins habile politiquement que nombre de ses petits camarades en Macronie, le côté foutraque de Royal a quelque chose d’attachant. Macron s’inquiéterait d’avoir cette ancienne alliée comme adversaire en 2022. La France est franchement dans le pétrin.
Le témoignage glaçant d’un professeur de philosophie de l’Éducation nationale.
J’exerce le métier de professeur de philosophie dans un de ces lycées de France et de Navarre où la religion est désormais très présente. Certes, c’est une présence qui n’est pas ouvertement agressive, mais elle est néanmoins permanente et insistante, « enveloppante » et même obsédante pour tout dire. Si on laisse de côté la question des tenues vestimentaires (la fameuse loi de 2004 sur les signes religieux à l’école interdit les vêtements les plus ostentatoires dans l’enceinte des établissements scolaires, comme le voile des jeunes filles, lesquelles acceptent de plus ou moins bon gré de l’ôter à la grille d’entrée du lycée, or la loi reste silencieuse sur d’autres signes plus discrets quoique tout à fait explicites…), je dirais que cette omniprésence tient en outre à de petites choses quotidiennes et apparemment insignifiantes, des petits détails à peine perceptibles pour le profane inattentif.
Bienvenue en enfer
Mais je dois reconnaître également que mes élèves, des adolescents proches de l’âge de la majorité ou bien l’ayant dépassée, sont généralement très doux, souriants et bienveillants, si on excepte quelques olibrius à la barbe imposante qui tiennent à se faire remarquer par leur caractère atrabilaire et par leur mine sombre qui laisse deviner un esprit obnubilé par de sombres pensées.
Un jour, c’est telle élève qui me demande soudain, avec une vive sollicitude, si je n’ai pas « peur de brûler en enfer avec tous les athées ». Une autre fois, c’est tel élève attentionné qui me propose de m’offrir un exemplaire du livre saint des musulmans afin de m’éviter la géhenne éternelle. Un autre jour encore, telle jeune fille me dit courtoisement et de façon impromptue, tout en me fixant du regard : « vous savez, moi je suis d’accord pour écouter tout ce que vous nous dites, mais je n’y crois pas, car je n’ai confiance que dans mon imam ». Cause toujours, tu m’intéresses ! Alors que je parlais en classe des découvertes scientifiques faites dans le « monde moderne », de Copernic à Einstein en passant par Newton ou Darwin, un de mes élèves studieux me fit aussitôt remarquer avec aplomb que toutes ces découvertes étaient en réalité « déjà toutes contenues dans le Coran ».Pourquoi chercher plus loin ?!Quand je leur demande ce qu’est la culture, mes élèves me répondent bien souvent et très spontanément : « la religion ». Et si je m’aventure à leur demander ce qu’est l’ignorance ou l’inculture, je reçois le plus souvent pour réponse : « l’athéisme ». Je me demande donc bien à quel titre, moi l’ignorant ou l’inculte, je pourrais leur enseigner quoi que ce soit ?! D’ailleurs mes élèves me demandent très souvent ce qu’est un « savant ». Quand je leur réponds que, dans notre société dite « moderne », on considère que les « savants », ce sont les scientifiques ou éventuellement les philosophes, mais pas les religieux, ils tombent des nues…
Dans ces conditions, il est évident qu’il convient d’éviter de citer des auteurs ou d’évoquer des doctrines trop ouvertement anti-religieuses et « provocatrices », si l’on veut éviter les problèmes. Je m’y risque néanmoins parfois, par « bravade » ou « esprit d’aventure »… Un jour, alors que nous étions en train de faire un cours précisément sur le chapitre de la religion (eh oui car c’est au programme officiel !), et lorsque j’en fus venu à évoquer la pensée d’un certain Frédéric Nietzsche à ce sujet, une élève protesta sèchement : « on n’a pas le droit de dire cela, c’est péché ». Lorsque j’invitai cette élève à lire à haute voix la célèbre phrase tirée du Gai savoir qui faisait l’objet de son indignation : « Dieu est mort », afin que nous puissions en discuter et qu’elle puisse m’expliquer les motifs de son désaccord, l’élève en question m’opposa un refus catégorique. Elle déclara qu’il lui était impossible de prononcer ces paroles. Me tournant vers ses autres camarades, je lus une moue de vive désapprobation, proche du dégoût, sur le visage de plusieurs d’entre eux : ils étaient solidaires! Le reste de la classe, quant à lui, se tenait coi et m’observait avec curiosité: comment le professeur va-t-il réagir à ce défi ? Sauvé par le « gong » de la sonnerie, qui marquait à heure fixe la fin des cours, je n’eus pasà relever le défi, et je dois avouer que, cette fois-là j’en fus lâchement soulagé.
Briser le silence
Certes, j’aurais dû me méfier. J’avais bien entendu les chuchotements indignés de certains élèves lorsque j’avais tenté d’expliquer à la classe ce que signifiait l’expression « opium du peuple » sous la plume de Karl Marx. Je savais bien, de toute façon que le cours sur la religion serait une épreuve risquée, voir un passage dangereux dans un tel établissement. N’était-ce pas de ma faute après tout ? Les professeurs sont habitués à ce qu’on rejette la faute sur eux lorsque quelque chose se passe mal. D’où leur silence et leur autocensure. Moi-même, j’ai beaucoup hésitéavant de m’exprimer ici, de peur d’être mis en cause dans mon professionnalisme. Un professeur ne se doit-il pas de préserver le secret de la relation professionnelle qu’il a avec ses élèves ? Ne se doit-il pas aussi de protéger ces derniers ? Enfin, attirer l’attention sur certains faits, fussent-ils réels et « déplaisants », n’est-ce pas prendre le risque de leur donner trop d’importance, de les « monter en épingle » ? Lorsque la température monte, c’est toujours le thermomètre qui finit sur le banc des accusés. Si j’en parle tout de même, c’est donc avec la conscience de faire une entorse à la fois au secret professionnel et au devoir de réserve, comme aussi à la décence commune qui commande de taire des faits qui risquent de fâcher la collectivité. En définitive, si j’aichoisi de romprele« vœu de silence » des enseignants, c’est parce que j’ai le sentiment que le sens de la mission qui est la mienne est de moins en moins clair pour tout le monde, y compris au sein de la communauté éducative.
Parmi les manifestants contre la réforme des retraites, Extinction Rébellion brille une fois de plus dans sa lutte contre l’« inaction climatique ». À Paris, ils s’en sont pris aux trottinettes « briseuses de grève »…
On se souvient de l’occupation illégale de la place de la République, organisée par le mouvement Nuit debout, à l’occasion des débats relatifs à la loi Travail. Trois ans plus tard, le même groupe a contribué aux festivités parisiennes par le blocage de la place du Châtelet, après avoir squatté le centre commercial Italie 2, « symbole du capitalisme » triomphant – le tout pour dénoncer l’« inaction climatique ».
Et les autorités de n’avoir rien à y redire, tant que le pacifisme de façade prévaut : le folklore des AG assis sur des bottes de paille et la recyclabilité des banderoles post-soixante-huitardes en lin bio ont presque fait oublier qu’en démocratie, la majorité « subissante » souvent se tait, mais n’en souffre pas moins. Anne Hidalgo a même indiqué soutenir cette action militante, tandis que la ministre de l’Environnement Élisabeth Borne disait ne pas pouvoir « être contre quand les gens se préoccupent du climat », la ligne jaune restant celle de la violence.
En pénétrant la « ZAD de Châtelet » cet automne, on tombait nez à nez avec un amoncellement de trottinettes en libre-service sous le gardiennage prudent des forces de police postées en « réserve d’intervention ». Ce n’étaient là que les prémices de l’opération de vandalisme d’ampleur menée début décembre par la même organisation et ayant conduit à la mise hors service illégale de 4 000 de ces véhicules, sur l’ensemble du territoire.
Il faut croire que les « nouvelles mobilités » ne sont jamais assez « douces » pour Extinction Rébellion. Hors de la stricte décroissance, point de salut ! Jamais en reste quand il s’agit de récupération idéologique, l’extrême gauche militante a justifié ce sabotage en taxant ces moyens de locomotion de « briseurs de grève », permettant aux usagers de continuer à se déplacer malgré les mouvements sociaux !
À l’occasion de la sortie de deux de ses livres: Grandeur du petit peuple (Albin Michel) et LeChemin de la Garenne (Gallimard), Michel Onfray s’est rendu chez REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Causeur vous propose de lire un extrait de l’intervention.
L’intégralité de l’émission est disponible sur REACnROLL (5€ par mois). Lors de leur échange, le plus prolifique des penseurs est interrogé par Elisabeth Lévy sur la masculinité. Il évoque alors son père.
Verbatim
Elisabeth Lévy. J’observe qu’il y a une autre chose que le catholicisme qui vous a formé, c’est votre détestation de la testostérone. Vous faites dans l’un de vos livres le récit de ce qu’est une enfance au milieu hommes, des odeurs d’hommes, etc. J’avais trouvé cela très bien vu. Mais j’ai peur que vous jetiez le bébé de la masculinité avec l’eau du bain.
Michel Onfray. Pas du tout ! Je veux que les hommes soient des hommes, les femmes des femmes, les enfants des enfants, et les adultes des adultes. Mais cela ne veut pas dire qu’un homme doit être ce que je déciderais : la testostérone, le football, l’apéritif, l’anisette, la chasse, la pêche, la grossièreté, la vulgarité, le fait de ne pas voir souvent la douche, etc. Mon père était un « vir » au sens romain, je ne l’ai jamais entendu dire une grossièreté, dire une méchanceté sur autrui, il travaillait, il supportait, ne se plaignait jamais, alors qu’on est aujourd’hui dans une génération de geignards : « mes ancêtres, ma couleur, ma religion, mon sexe ! »
Elisabeth Lévy (en faisant un clin d’oeil). « Ma retraite… » Je dis ça pour vous embêter.
Michel Ondray. C’est autre chose !
OnfrayTV, soutien de la presse de droite, origines sociales, gouvernement, retraites, place des femmes, affaire Matzneff, gilets jaunes… 50 minutes d’entretien entre Michel Onfray et Elisabeth Lévy sont à découvrir sur REACnROLL maintenant.
Elisabeth Lévy. Est-ce que votre père geignait sur la retraite ?
Michel Onfray. Non. Mon père a eu un problème cardiaque. On l’a mis à la retraite par la suite. Il ne serait pas parti à la retraite, sinon. Mon père avait des vacances qu’il ne prenait pas. Et quand il lui est arrivé de prendre des vacances c’était pour aller travailler ailleurs. On faisait la saison des betteraves, mon frère, mes parents et moi. Mon père ne se plaignait pas, ne geignait pas. Il prenait ses 8 jours de congés et pendant ces 8 jours nous allions faire les betteraves pour la ferme d’à côté. Il a eu plein d’occasions de souffrir dans son existence, y compris corporellement, mais il ne s’est jamais plaint. Nous sommes dans une civilisation de la plainte perpétuelle. Certains se plaignent encore de leurs ancêtres et vont vous dire « moi je suis black, mes ancêtres il y a trois siècles étaient des esclaves donc je me plains ». Bon ça va quoi ! (…)
Elisabeth Lévy. Vous semblez attribuer un excès de testostérone à un certain nombre de crimes de l’histoire. Est-ce que ça n’est pas explicatif d’un certain nombre d’entreprises glorieuses et
folles ?
Michel Onfray. Écoutez, là j’en parle dans ce livre sur les gilets jaunes. Regardez ce qu’ont été les femmes dans le mouvement gilet jaune, ce qu’elles ont dit, comment elles ont porté le mouvement et comment pour un certain nombre d’hommes, en face, ça n’est pas exactement la même chose… Jacline Mouraud, Priscillia Ludosky sont des femmes chez qui il n’y a jamais eu de débordement. En revanche en face, chez des Éric Drouet et autres…
Elisabeth Lévy. Certes. Mais on va jusqu’à dire que les femmes sont meilleures pour exercer le pouvoir. Il me semble qu’il faut faire attention…
Michel Onfray. Non je ne suis pas d’accord avec ça. Et je ne dis pas ça. J’ajoute que pendant la révolution française les grandes femmes étaient toutes…
OnfrayTV, soutien de la presse de droite, origines sociales, gouvernement, retraites, place des femmes, affaire Matzneff, gilets jaunes, antisémitisme, Guillaume Durand, Etienne Chouard… 50 minutes d’entretien entre Michel Onfray et Elisabeth Lévy sont à découvrir sur REACnROLL maintenant.
Alors que la vague #metoo a déferlé en Amérique du nord et dans tout l’occident, la notion de « consentement » n’en finit plus d’être redéfinie. Pour ne plus rien vouloir dire ? Laura Kipnis s’en inquiète.
Tout le monde s’accorde sur le fait qu’une relation sexuelle non consentie est une agression ou un viol. Mais attention : encore faut-il s’entendre au préalable sur ce que signifie « une relation sexuelle non consentie ». Cette notion de consentement s’est en effet trouvée récemment redéfinie dans ces cénacles lexicographiques d’un nouveau genre que sont devenus les départements d’études féministes aux États-Unis, et de telle manière que ce concept apparemment clair est devenu un véritable sac de nœuds. Et le plus inquiétant dans tout ça, c’est que de telles redéfinitions trouvent désormais un écho complaisant, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, tant dans le monde juridique qu’auprès des autorités politiques et administratives (universitaires notamment).
Sur cette question du consentement, on est ainsi passé en quelques années du slogan «Non, c’est non», qui ciblait de façon explicite la lutte contre les relations sexuelles non consenties, donc contre les agressions sexuelles caractérisées, à une nouvelle mouture : «Sans oui, c’est non», qui est beaucoup plus ambiguë. Un cas récent qui a défrayé la chronique au Canada est venu révéler le caractère problématique de ce nouveau slogan. Ce cas était d’autant plus intéressant qu’il impliquait deux députés du parlement canadien.
Consentement « enthousiaste » et « continu »
S’ennuyant probablement dans la capitale fédérale d’Ottawa, une députée du NPD (Nouveau Parti Démocratique, du centre-gauche) et un député du Parti libéral (centre-droit) se rencontrent dans un bar, boivent un verre, puis deux, flirtent ensemble, jusqu’à ce que l’homme politique propose à sa collègue de monter prendre un dernier verre dans sa chambre d’hôtel. Là, il devient plus entreprenant, et ils finissent par avoir une relation sexuelle, que la jeune femme – elle en convient elle-même – n’a jamais refusée explicitement. Seulement voilà, le lendemain ou quelques jours plus tard, elle réalise qu’elle n’a pas non plus consenti clairement à cette relation sexuelle, s’en plaint au chef de son parti, qui en réfère au chef du Parti libéral, et ce dernier contraint son député libidineux, ou malchanceux en amour, à démissionner.
Il ne suffit donc plus pour un homme de ne pas insister quand une femme lui dit non. Il lui faut encore, avant tout geste osé ou aventureux, s’assurer de son consentement explicite. Et il ne doit pas uniquement s’en assurer une fois, avant un premier effleurement ou un premier baiser; car cette nouvelle conception du consentement qui a cours désormais en Amérique du Nord stipule en outre que celui-ci doit être non seulement libre et explicite, mais également enthousiaste et continu.
Négociation contractuelle
Les deux premiers termes de cette définition soulèvent déjà leur lot de problèmes. Le premier entraîne, par exemple, aux yeux des magistrats ou des autorités compétentes l’invalidation de tout consentement s’il y a eu préalablement consommation d’alcool (Adieu, ingestion désinhibitrice d’une coupe de champagne !) ou s’il y a présence entre les partenaires sexuels du moindre soupçon de relation hiérarchique. Quant au second – qui semble emprunter au répertoire de la chanson coquine façon Patti LaBelle[tooltips content= »Chanteuse américaine, qui chantait ce célèbre refrain : « Voulez-vous coucher avec moi, ce soir ? » »](1)[/tooltips] – ne risque-t-il pas de tuer dans l’œuf toute velléité de romantisme et de transformer les préliminaires amoureux en négociation contractuelle (il a d’ores et déjà donné naissance à des applications pour téléphones intelligents du genre We-consent qui permettent d’officialiser, et surtout de garder une trace de ces consentements contractualisés) ?
Mais ce sont les deux derniers termes qui soulèvent bien entendu le plus de questions. Tous les mauvais esprits qui ont vu un jour un film porno se plairont à imaginer en ricanant ce à quoi devrait ressembler un tel consentement enthousiaste et continu ! Et peut-être n’ont-ils pas tout à fait tort : cette conception du consentement amoureux ne peut guère être née que sur ces terres hollywoodiennes où l’on cultive en matière d’amour et de sexe tous les clichés les plus superficiels qui tendent ensuite à se substituer à la réalité. Même la chroniqueuse féministe du Monde Maïa Mazaurette semblait convenir du caractère artificiel de cette définition du consentement. « Un enthousiasme continu, écrivait-elle, demanderait soit un extraordinaire talent du partenaire (avec storytelling intégré pour ne laisser aucun espace de frustration ou d’ennui), soit une permanente mise en scène du plaisir, c’est-à-dire une forme de simulation »[tooltips content= »Maïa Mazaurette, « Consentement enthousiaste : pourquoi pas ? », publié le 24 décembre 2017 sur le site du Monde »](2)[/tooltips]. Bien d’accord avec elle !
Le sexe polémique
Ce qu’elle ne semble pas voir en revanche, c’est que la principale conséquence du caractère artificiel de cette nouvelle définition : puisque celle-ci rend pratiquement impossible un consentement absolument univoque et donc incontestable (sauf pour ces donjuan millionnaires, qui feront signer aux impétrantes, sur le modèle de Cinquante nuances de gris, des contrats en bonne et due forme préparés par leurs avocats), il fait de tous les hommes sexuellement actifs des coupables potentiels ; en plus de contribuer à cette judiciarisation des rapports sociaux et de l’existence quotidienne, qui est sans doute la dynamique la plus évidente de la société américaine contemporaine.
Ces messieurs ne sont d’ailleurs pas au bout de leur peine, ainsi qu’en témoigne l’excellent essai de Laura Kipnis, Le Sexe polémique, qui vient d’être récemment traduit en français[tooltips content= »Laura Kipnis, Le sexe polémique. Quand la paranoïa s’empare des campus américains, trad. par Gabriel Laverdière, Liber, 2019″](3)[/tooltips]. Cette universitaire y raconte par le menu les déboires d’un de ses collègues, le professeur de philosophie Peter Ludlow. Accusé par une étudiante de « comportement sexuel inapproprié », celui-ci a vu une de ses anciennes compagnes se retourner contre lui et affirmer que leur relation n’était pas… consentie. En dépit des milliers de textos amoureux qu’ils avaient échangés et du fait qu’ils étaient sortis ensemble plusieurs mois et avaient même partagé un appartement, celle-ci affirmait que son ex-amant avait profité de sa position de pouvoir pour abuser d’elle. De partenaire sexuelle consentante, elle se transformait ainsi, longtemps après les faits, en victime d’abus sexuel et même de viol.
L’effrayant avertissement de Laura Kipnis
Le plus étrange dans toute cette histoire, c’est que les autorités universitaires appelées à juger de cette affaire lui ont donné raison. Ludlow a été congédié. « Soyez donc avisé, conclut Laura Kipnis, que toute personne ayant jamais eu des rapports sexuels est à partir d’ici potentiellement coupable de viol. » (p. 115)
Ces nouvelles définitions pour le moins imaginatives de la notion de consentement ont donc de quoi inquiéter tous les hommes, du moins ceux qui n’ont pas prononcé de vœu de chasteté, risquant de faire même des plus galants d’entre eux des coupables idéaux. Mais elles ne sont guère beaucoup plus réjouissantes pour les femmes qu’elles semblent cantonner dans le rôle de victimes permanentes et passives de l’agressivité du mâle. Elles-mêmes sans désir, presqu’asexuées, elles seraient dans le fond trop faibles et trop influençables pour être en mesure d’offrir un consentement valide. On n’est pas bien loin de clichés misogynes éculés et c’est ce qui choque particulièrement Laura Kipnis, elle-même féministe convaincue, qui y voit non pas une avancée sur le chemin de l’égalité entre les femmes et les hommes, mais une formidable régression.
Le 13 janvier les présidents des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) étaient reçus en France par M. Macron pour un sommet. Au Sahel, la situation pourrait difficilement être pire : l’islamisme gagne des cœurs, les États souverains sont inefficaces et la France est peu soutenue.
À Pau, à l’issue de leurs discussions consacrées à la situation militaire au Sahel, lors de la conférence de presse commune, les présidents des six pays ont annoncé un renforcement de leur coopération militaire. Ils ont aussi clarifié leur position vis-à-vis de l’intervention militaire française dans la région, comme le souhaitait la France.
L’Afrique demain plus dangereuse que la Syrie ?
Après l’intensification récente des attaques islamistes (notamment au Faso), les centaines de victimes et les centaines de milliers de réfugiés, la situation au Sahel va devenir plus dangereuse que ne le fut celle de la Syrie. Et ceci pour plusieurs raisons. Principalement du fait de l’immensité des zones concernées ; pour le Sahara algérien, la Libye, le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina, au moins 6 millions de km2 (10 fois la France), sans même parler du Nigeria, nord Cameroun, Centrafrique ou l’islamisme sévit aussi.
De plus, désormais les criminels islamistes recrutent sur place (même au Burkina) et ce ne sont plus seulement à des katibas d’aventuriers transfrontaliers que l’on a affaire. De leur côté, les Américains ont annoncé leur volonté de se retirer (Donald Trump veut rapatrier tous ses »boys »). À Tripoli, les soldats turcs ont débarqué pour aider la tendance Frères musulmans à se maintenir au pouvoir, et se regardent en chiens de faïence avec les troupes de l’est libyen (le maréchal Hafthar et ses soutiens de l’armée égyptienne). Les pays du G5 sont des pays pauvres et, à l’exception de la remarquable armée tchadienne, ils n’ont pas de forces militaires significatives en nombre et équipements modernes. Pour ne rien arranger, le budget militaire français est très tendu, du fait de notre situation économique et sociale, mauvaise depuis des années. Enfin divers mouvements d’opinion publique et certains médias se sont manifestés contre la France et l’armée française. L »’invitation » des cinq chefs d’état concernés par M. Macron aurait été vécue comme une humiliante convocation par les opinions publiques au sud du Sahara. D’autant que, pour faire plaisir à François Bayrou, à deux mois de municipales difficiles pour le pouvoir, la réunion expéditive des 5 chefs d’État a eu lieu à Pau ; ils ont dû apprécier de passer de 35 ° à 5 °… Les entretiens n’ont duré que trois heures, ce qui accroît le malaise dans les opinions africaines : était-il nécessaire et habile d’être arrogant avec des alliés souverains ?
Les Africains renouvellent leur confiance en la France
Aucun chef des États africains ne s’est exprimé individuellement, mais leur déclaration conjointe insiste sur le « souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel » et il est demandé « un renforcement de la présence internationale à leurs côtés ». Les présidents expriment aussi « leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les États-Unis » et souhaitent que cet appui se poursuive.
Le communiqué rappelle que « cette action commune vise à protéger les populations civiles, à défendre la souveraineté des États, à prévenir une extension de la menace terroriste dans les pays frontaliers ». On notera que même le “terrorisme” n’est pas nommé. N’est-ce pas dès lors une victoire pour l’islamisme ? Les chefs d’État déclarent par ailleurs souhaiter « accroître et coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne », origine de l’instabilité au Sahel.
Une coalition
Les six présidents annoncent enfin la mise en place d’un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel, cadre dénommé « coalition pour le Sahel », qui rassemblera les pays du G5, la France et d’autres pays partenaires, qui ne sont pas précisés, l’espoir d’impliquer d’autres pays européens restant plus que ténu.
Cette »coalition » sera fondée sur quatre piliers : un pilier stratégique et militaire, un deuxième pilier relatif la formation des armées sahéliennes, le troisième pilier visera le retour de l’État et des administrations dans les territoires menacés (à haut risque si la sécurité n’est pas meilleure), et le dernier pilier sera consacré au développement (sans plus de précision). L’action militaire sera concentrée sur l’intersection des trois frontières entre le Mali, le Faso et le Niger, où se concentrent les attaques, notamment celles de la katibala plus dangereuse : l’État islamique au grand Sahara (EIGS). Un commandement conjoint Barkhane/G5 Sahel dirigera les opérations. Les forces spéciales européennes (en réalité françaises), désormais dénommées « Task force Takouba », seront intégrées à Barkhane. La force française sera renforcée : 220 soldats viendront s’ajouter aux 4 500 déjà présents dans la région. La force Barkhane ne se dispersera plus : elle deviendra une force de réaction rapide au profit des armées locales. Une bonne nouvelle: le calendrier est accéléré, car le G5 se réunira de nouveau dès juin prochain en Mauritanie pour faire le point sur les progrès attendus.
La France, désintéressée et vexée
Monsieur Macron, agacé, nerveux, est également revenu sur le sentiment anti-français qui s’est exprimé dans la sous-région et a lancé : « Chaque fois qu’un État demandera à l’armée française de ne plus être là, nous le quitterons… Notre seul intérêt, c’est la lutte contre le terrorisme et la stabilité et la souveraineté des États où nous sommes présents… Donc, les discours que j’ai pu entendre ces dernières semaines sont indignes. Indignes ! Et ils sont combattus avec beaucoup de fermeté par vos dirigeants, je les en remercie, et encore, au moment des vœux. Ils sont indignes, parce qu’ils servent aussi d’autres intérêts ». On ne peut que l’approuver.
Aux chefs d’État sahéliens désormais de prendre les mesures qui s’imposent en temps de guerre, contre les instigateurs de manifestations nuisibles à la sécurité de leurs pays. Notamment les sankaristes qui ont parlé de »chantage de la France ». Plus responsable a été l’opposition tchadienne qui a souhaité le maintien de l’assistance militaire française. Il serait éminemment souhaitable que chaque parlement des pays concernés vote une résolution en ce sens. Il est bon de pouvoir compter ses amis et ses ennemis. Dans cette perspective, il faut que les imams des pays victimes fassent enfin une déclaration commune, largement diffusée, en plusieurs langues, séparant islam et islamisme.
Enfin, et cela la France ne l’a pas exprimé, il faut conseiller, pour les très vastes territoires où vivent des populations hétérogènes qui ont des langues et histoires propres, de décentraliser, régionaliser et démocratiser cette décentralisation. Ce que Hollande et Fabius n’ont pas su faire au Mali quand c’était possible. Les populations excentrées se sentent méprisées et abandonnées par les pouvoirs centraux souvent inefficaces et parfois corrompus. Ce qui est évidemment le terreau idéal pour le recrutement de terroristes. Mais là, vu la compréhension élyséenne des Gilets jaunes, on ne peut qu’être pessimiste sur le succès de cette proposition.
Grèves. En essayant de passionner les citoyens sur les enjeux des ennuyeuses élections municipales, les médias font-ils le jeu du gouvernement ?
« Fin de l’âge pivot…et des grèves? », ce titre d’un tout récent numéro de « C dans l’air » (13 janvier) résume la position générale des médias depuis quelques jours. Un grand nombre de débats, sur les chaînes d’information, ont, en effet, été pourvus de titres proches de celui-ci; et la teneur des questions adressées aux invités, et notamment aux représentants syndicaux, était en cohérence avec les présupposés de cette approche : pourquoi poursuivre le mouvement de contestation alors même que le principal point de crispation n’est plus à l’ordre du jour du projet de réforme ?
On trouvera sans peine des titres d’articles reprenant la même logique:
Est-ce bien honnête? Et surtout, quel est l’effet escompté par nos journalistes lorsqu’ils orientent ainsi collectivement leur approche? On pourrait penser, mais ce serait malheureux, qu’ils font volontairement le jeu du gouvernement. En reportant temporairement la question de l’âge pivot, ce dernier a donné l’impression d’accéder, par la vertu des négociations, à une revendication des syndicats réformistes. Mais le report n’est que stratégique puisque ce thème est appelé à revenir sur la table au mois d’avril à l’occasion de la conférence de financement. C’est une différence notable par rapport à bien des lois dont la « suspension » a constitué un euphémisme gouvernemental pour ne pas reconnaître leur « suppression »: la loi n’est pas suspendue, seul l’est un des points litigieux du texte et il ne l’est que pour quelques semaines, jusqu’à un terme fixé.
Que ce report temporaire puisse être présenté par tant de médias comme un « retrait », un « abandon », est pour le moins surprenant. L’effet, voulu ou non, est bien sûr de susciter un essoufflement du mouvement de contestation et de rendre ce mouvement et ses actions, incompréhensibles aux yeux de l’opinion publique. Désormais, les grèves apparaîtront comme le fait de jusqu’au-boutistes cramponnés à une posture d’opposition illégitime.
Mais nos médias se comportent-ils vraiment en valets de l’exécutif? Je crois bien plutôt qu’ils ont épuisé les traitements possibles de la grève : on a vu ressurgir les habituelles mises en scène pitoyables (journaliste enchaînant les covoiturages d’un point A à un point B pour montrer combien c’est laborieux, tout en interrogeant ses camarades de trajet et même, en enregistrant la musique de l’autoradio!) Ils ont maintenant envie de parler d’autre chose et ils savent très bien de quoi ils ont envie de parler: outre le nouvel ouvrage de Davet et Lhomme, ils ont envie de reprendre le cours de leur « bus des municipales » (titre d’une émission de France Info).
Ils n’aiment rien tant que scénariser les périodes d’élections : ils vont distribuer les rôles (les « favoris », les « outsiders », etc.), organiser des débats, des micro-trottoirs, des sondages à tire larigot. Et si cela ne nous intéresse pas, ils sauront nous y intéresser. Il n’est, pour s’en persuader, que de voir la une du quotidien Aujourd’hui en France le 13 janvier (jour où fleurissaient les émissions sur le « retrait » de l’âge pivot rendant la grève inutile): « Municipales, la campagne qui peut tout changer »; avec ce sous-titre : « jamais ce scrutin local n’aura suscité autant d’intérêt et d’inquiétude ». Je ne sais pas si cette hyperbole ronflante revêt une quelconque vérité, mais cette présentation des choses a fait rire tous les gens à qui j’ai soumis ce titre.
« La retraite, faut la prendre jeune » disait Michel Audiard. On dit souvent que « partir c’est mourir un peu ». Dans sa grande sagesse, Alphonse Allais a précisé aussi que «mourir, c’est partir beaucoup ».
La langue française, les grands auteurs et l’imagerie populaire regorgent de bons mots et de citations pour commenter et justifier les départs, la mort et même l’illusion d’irremplaçabilité. On peut douter de la véracité de certains adages. En gardant deux certitudes dans la vie, comme Woody Allen : les impôts et la mort. Depuis peu, j’en ai presque une troisième. J’ai bien peur aussi « qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La personne avec laquelle je partageais mon bureau n’est pourtant pas morte. Elle est simplement partie à la retraite. Mais depuis qu’elle a quitté son poste, c’est comme si j’étais en deuil. Elle a fait ses paquets il y a peu. Rangeant soigneusement ses tiroirs. Ses petites boîtes où elle gardait les rubans d’emballage et les cartes de vœux des années passées. Enterrant ses dossiers en cours, ses activités passées. Fermant sa boîte à pharmacie et ses placards à fournitures. Et puis, elle s’en est allée. Après 20 ans de maison. 40 ans de labeur. Saluée comme il se doit par ses collègues et la DG bien sûr. Mais elle n’est plus là ce lundi. Et ça, c’est vraiment triste.
Indice énergétique
Trop souvent, on juge l’efficacité des collaborateurs à l’aune de leurs capacités de rendement. Collant sur leur dos des étiquettes multicolores semblables à celles qui enluminent les réfrigérateurs dans les magasins d’électroménager. Indice de consommation? Orange! Performance énergétique? Rouge! Niveau de bruit? Vert! Ma codétenue, n’a que très rarement amélioré le chiffre d’affaire de la maison – même si certains clients, égarés par le standard sur son poste, se souviendront longtemps de son accueil et de son dévouement appliqué – elle était pourtant, sans doute, une des plus belles richesses locale.
Une valeur bien plus estimable qu’un contrat ou un coup de tampon « payé» sur une facture à six zéros. Le prix de mon amie, c’était sa gentillesse. Son rendement ? Son empathie, sa capacité d’écoute, son talent pour cimenter les collaborateurs entre eux. Son rire, son entrain, sa folie même, son respect de l’autre. Son sens de l’organisation bien sûr. Et par-dessus tout son envie, mais aussi son égard pour son employeur. Autant de détails qui, en ces temps jaunis par le trouble, passent finalement bien au-dessus de la tête de la gestion moderne. Ensuquée qu’elle est, très légitimement, par le profit et l’efficacité.
Le management moderne laboure l’humain
Des détails qui, selon moi, devraient avoir autant de valeur que certaines «bottom line » ou autres bilans. On ne fait évidemment pas de business avec de bons sentiments. On ne crée pas non plus de richesse ou de rendement avec des mots doux. Mais ces derniers, pourtant, peuvent largement contribuer à donner du sens à une entreprise. Le management moderne est souvent broyant. Il laboure l’humain sur son passage au nom du profit. Quitte à lui ouvrir les entrailles. Ma collaboratrice était bien plus qu’une collègue.
C’était un point d’ancrage. Un fil d’Ariane social qui établissait la jonction entre le bas et le haut de l’échelle. Comme ces filets de cordes que l’on place sur la coque des navires pour permettre aux naufragés de monter à bord. Elle a toujours fait le joint entre la base et le sommet. Les petits et les grands. Sans se départir jamais de la noblesse de cœur qui caractérise ces femmes qui savent si bien se mélanger, s’adapter même, sans jamais oublier leur classe naturelle, ni leurs origines. Avec sa bonté, sa belle âme, son courage.
Bien sûr, rien n’arrête l’inertie du paquebot d’une belle entreprise. Certainement pas les ambiances, l’amitié, ni encore moins l’empathie ou l’amour de l’autre. Mais au bout des réussites, quelle qu’elles soient, c’est toujours le souvenir de tous ces infinis détails qui perdure. Celui de l’amitié et des bons moments. Après tout. Quoi qu’il advienne. On ne devrait jamais quitter Montauban.
Le Musée de l’Immigration a organisé hier soir un débat sur le thème : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Les grands historiens de gauche Benjamin Stora et Gérard Noiriel y ont multiplié les amalgames. Reportage.
Hier soir, la belle enceinte Art déco du Musée de l’immigration a accueilli une causerie des plus prometteuses : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Pour y répondre, Benjamin Stora et Gérard Noiriel, deux brillants historiens de gauche à peu près d’accord sur tout participaient à ce que Michel Houellebecq appelle un « débat nord-coréen ». Dans l’assistance, hormis quelques jeunes, une assemblée assez âgée unit cheveux blancs et cheveux gris. A l’extérieur, une accorte intermittente du spectacle distribue des prospectus de sa pièce Migrando, sous-titrée « C’est quand la dernière fois que vous avez pu changer le destin de cinquante personnes ? » (un mauvais génie me souffle : « une nuit à Cologne… »).
Photo: Daoud Boughezala
Mais revenons à nos moutons de Panurge. Avant que la séance des questions ne confirme l’uniformité idéologique de la salle, les réactions du public révèlent une adhésion pleine et entière aux présupposés des deux intellectuels. L’arbitre, Nicolas Prissette, journaliste à la revue L’Eléphant, leur tend la perche : si les thèses identitaires ont « envahi » le débat public, est-ce la faute des médias, des « partis de gauche, dont c’est l’essence ou la raison d’être de lutter contre l’extrême droite », ou des partis de droite devenus RN-compatibles ? A Gérard Noiriel d’ouvrir le bal, par un résumé de son dernier essai qui amalgame la violence antisémite d’Edouard Drumont aux écrits « islamophobes » d’Eric Zemmour. Ici, je ne paraphraserai pas Georges Bensoussan qui a brillamment démonté cette lecture anachronique et partisane du Suicide français. En plus des politesses d’usage, Noiriel exprime sa solidarité avec son ami « Benjamin » à la suite du portrait vachard qu’en a fait Valeurs actuelles. Cette charge outrancière avait suscité l’indignation pavlovienne de 250 universitaires. L’épisode inspire un constat sans appel : « On a aujourd’hui une résurgence des discours de haine » qui ne sont « pas des arguments ». La disqualification morale et intellectuelle de l’adversaire ne fait que commencer. Saisissant la balle au bond, le spécialiste de l’Algérie Benjamin Stora accuse Valeurs actuelles d’antisémitisme dissimulé (« lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il grossit parce qu’il s’élève socialement, qu’il est tout le temps dans les arcanes du pouvoir de manière mystérieuse et secrète, et qu’enfin il n’arrive pas à se définir dans l’identité française », cela sent mauvais…). La preuve par Noiriel : Drumont, Le Pen père et Zemmour fonctionnent tous par petites phrases sybillines qui leur permettent de contourner la loi et de plaider la bonne foi face aux tribunaux. « Il n’y a jamais de possibilité de discussion sur le fond. D’où le problème pour nous : est-ce qu’il faut discuter avec ces gens-là ? » Parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne pense pas, on éructe ! D’où le dilemme qui étreint le clerc antiraciste : débattre avec ses contradicteurs (pouah !) au risque de les crédibiliser ou les boycotter, ce qui leur laisse un espace de (libre) parole.
Que fait le CSA ?
Attention, un contre-argument pointe. L’arbitre Nicolas Prissette a calculé le temps de parole télévisuel hors élections aux mois d’octobre et novembre. Surprise : loin de survaloriser « l’extrême droite », le petit écran n’a accordé que 13% de son antenne aux porte-parole RN et DLF. Les autres forces politiques ont occupé 87% du temps de parole, sans compter les heures dévolues à l’exécutif macronien. Réplique de Stora : « On ne peut pas s’en sortir par des pourcentages ». Oublions élus et politiques professionnels aux temps de parole strictement comptabilités, la droitisation cathodique passe plutôt par les « émissions quotidiennes et régulières » confiées à des « polémistes » réacs qui n’avaient jusque-là pas voix au chapitre. Qui sont « ces gens qui sont des propagandistes, des polémistes, des militants sans le dire qui se réclament de l’objectivité scientifique mais qui appartiennent en fait à un camp idéologique » ? Certainement pas des universitaires. Non, les coupables enrichissent la grille de CNews, entretenant l’illusion d’une « fausse hégémonie culturelle » alors que « masse des intellectuels » reste heureusement ancrée à gauche. On respire. « Qu’est-ce qu’on voit dans les séminaires de recherche, dans les colloques universitaires, dans les centre d’archives, on ne voit pas des gens qui se réclament de Zemmour (…) Les centaines de gens qui s’inscrivent en thèse en France, il n’y en a pas un seul qui se réclame de la pensée zemmourienne. Ça n’existe pas. » Pas plus qu’il n’y a d’homosexuels en Iran, il serait absurde d’imaginer la présence d’étudiants, de chercheurs ou d’universitaires franchement ancrés à droite. Il faudrait être fou pour y voir l’action d’un maccarthysme universitaire qui contraint les droitards à la taqya s’ils veulent échapper à la répression des gardes rouges. D’ailleurs, Noiriel incrimine les médias de masse que sont les réseaux sociaux et les chaînes infos, soumises à la dictature de l’audimat comme jadis la presse millionnaire. Par ses programmes quotidiens « C l’info » (l’émission d’Eric Zemmour contre le reste du monde) et « L’heure des pros », CNews banaliserait des idées malodorantes parce que Vincent Bolloré « veut faire de l’audience ». Petit canaillou ! Pour Noiriel, l’urgence est d’édifier les masses « tout en mettant la pression sur le CSA pour qu’on ne laisse pas ces gens-là pérorer un peu partout ». Liberté d’expression, j’écris ton nom. A la façon des « sleeping giants » enjoignant aux marques de retirer leurs réclames dans les médias déviants, l’historien marxisant prône comme « forme de résistance » les « pressions qui peuvent être faites sur les publicitaires » afin d’ « élever le seuil d’intolérance ». C’est vrai ça, la tolérance, il y a des maisons pour ça.
Sans jamais dévier de la pensée autorisée, le truchement Nicolas Prissette émet une hypothèse : « s’il y a cette offre, c’est peut-être parce qu’il y a une demande », citant un sondage Ipsos selon lequel 64% des Français ne se sentent plus chez eux. Une majorité estime aussi que les immigrés ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer. Las, l’antifascisme n’envisage qu’une politique de l’offre. Si le RN atteint des sommets électoraux, c’est que droite et gauche ont renoncé au cordon sanitaire, dixit Stora. Si cet excellent connaisseur du Maghreb combat l’essentialisation des ex-pays colonisés, il cultive une conception immuable de l’extrême droite. « Sous Vichy ou en Algérie, leur projet politique est un Etat autoritaire » ainsi que le prouve « le bouquin excellent du fils de Patrick Buisson », où « on voit bien l’histoire de l’extrême droite française qui ne change pas fondamentalement ». Pour un historien, amalgamer Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Marcel Déat et Bastien-Thiry manque quelque peu de rigueur. Mais qu’à Drieu ne plaise, la justesse de la cause vaut bien de confondre témoignage et démonstration…
Questions du public et intermède comique
Certes, « la matrice de l’extrême droite ne change pas », confirme Noiriel mais les électeurs frontistes « ne sont pas tous d’horribles racistes » (ouf !). Inquiet du fossé entre l’intelligentsia et « une partie des classes populaires dans une logique de repli », l’auteur du Creuset français voudrait sauver le petit peuple. D’autant que cette classe dangereuse se révèle « plus nombreuse que les autres et peut faire une majorité ». Saleté de suffrage universel ! Tempête sous un crâne : rétablir le cens ou conscientiser le prolo ? Loin de ces mauvaises pensées, Gérard Noiriel rêve de rétablir un clivage marxiste entre possédants et déshérités, articulant antiracisme idéologique et combat social. Bon courage !
L’heure des questions du public a sonné. Une interrogation innocente sur la politique de Macron justifie un premier point Godwin. Ou presque. De Nuremberg à Nuremberg, l’histoire passe par Munich. Dans la bouche de Noiriel, cela donne : le candidat Macron « critiquait la déchéance de nationalité, etc. Et puis on a vu une volte-face qui s’est produite après, avec les lois successives sur l’immigration (…) C’est l’histoire de Daladier en 1938. Daladier avait été militant de la Ligue des droits de l’homme, un des fers de lance du Front populaire, qui retourne sa veste en 1938 (…) Ça n’a pas empêché Vichy et lui-même a été mis en prison après » Le président Macron n’a certes pas cédé à Macron et Mussolini mais accordé un entretien à Valeurs actuelles, une opération de communication jugée néfaste « à la cause qu’on défend ».
Oh non! pas encore l’islam!
Intermède comique. Assise juste derrière moi, une jeune fille appelle à l’aide Noiriel et Stora : « je sollicite de votre part des conseils parce que je suis potentiellement entourée de personnes qui sont sensibles au lexique extrême droite dans les émissions grand public de CNews ». Zut, je suis repéré ? Le clou du spectacle ne va pas tarder. En toute innocence, un spectateur pose une question qui fâche : « par rapport au tableau que vous avez dressé, quelle place vous faites aux événements depuis 2001, aux attentats à Paris et en France, à la persistance du conflit au Moyen-Orient entre Israël et la Palestine ? » Mi-agacé, mi-ricaneur, Benjamin Stora s’exclame : « C’est l’islam, c’est ça ? L’islam politique, l’intégrisme ? Faut être précis, faut être direct ! » Objection de l’accusé : « Mais je ne vois pas en quoi je louvoie ! Je dis simplement qu’il y a des attentats qui ont provoqué un effet de sidération et de peur tous azimuts. Très souvent, il n’y a plus de raisonnement possible et ça travaille en profondeur la société française ». Visiblement exaspéré, Stora déplore l’irruption inopinée de la question islamique « chaque fois qu’on fait un débat sur l’immigration ». Son appel à « isoler la question de l’islam politique de la présence des musulmans en France » obéit à des intentions louables, mais semble déresponsabiliser les individus. Que serait une religion sans adeptes ? Gérard Noiriel rebondit pour se lancer dans un plaidoyer pro domo : « Dans mon dernier livre, j’ai eu un certain nombre de réactions extrêmement négatives parce que j’avais osé utiliser le terme « islamophobie ». Certains m’ont même accusé (…) de faire le jeu des islamistes parce que je parlais d’islamophobie ». Loin de nous cette idée…
La meilleure interpellation vient d’un spectateur au léger accent algérien. La critique du populisme inclut-elle l’extrême gauche ? Tout discours populiste est-il forcément dangereux et réductible à la Bête immonde ? Noiriel conclut : « il y a une histoire du mot ». Autrefois, « le mot populiste » était « utilisé par les dominants pour discréditer parfois des revendications » populaires. Ah ces historiens, toujours à parler au passé !
Eva Vlaardingerbroek Image: capture d'écran YouTube
Une intervention de la néerlandaise Eva Vlaardingerbroek, enregistrée dans un congrès du parti conservateur de Thierry Baudet, le FVD, est devenue virale. Cette vidéo apporte la démonstration que dans les pays européens, le néoféminisme moderne est avant tout le marche-pied de la droite réactionnaire.
Plusieurs de mes amis m’ont montré cette vidéo (voir ci-dessous). Apparemment, elle tourne pas mal sur les réseaux sociaux, et comme ces amis et Causeur me demandent mon avis de féministe repentie, le voici donc.
Ce qui y est dénoncé par la jolie militante du FVD (c’est aussi la petite amie de Julien Rochedy) est le féminisme mainstream, majoritairement de gauche. Disons le tout de suite: la dénonciation est plutôt pertinente.
En effet, le féminisme actuel est une forme de dissonance cognitive hardcore, vu qu’il dénonce en permanence le moindre mot, le moindre regard, mais soutient l’immigration, notamment afro-maghrébine, tout en sachant que la majorité des personnes qui la compose est venue de pays où on ne peut pas dire que niveau égalité et liberté sexuelle, ce soit la panacée…
Le seul exploit du néoféminisme
D’ailleurs, dans les affaires de viol collectif, de guet-apens d’homosexuels, de mariage forcé, de crime d’honneur, de viol punitif ou d’excision, force est de constater que cela vient un peu toujours des mêmes. Mais les néoféministes n’ont aucune réflexion sur ce que le multiculturalisme comporte de rétrograde ou de problématique, particulièrement sur le sujet qui les intéresse pourtant : le sexisme. Aussi, ce féminisme est effectivement l’une des plus immenses impostures actuelles qui soit.
Mais, de l’autre côté de l’échiquier politique, par effet de balancier, on a ce genre de militante qui émerge, et qui passe évidemment pour quelqu’un de très sensé et de très pertinent. Voilà ce que réussit le féminisme : rendre la droite identitaire pertinente !
En réalité le féminisme, ou plutôt cette critique acerbe du féminisme permet de faire passer la droite identitaire comme la garante des « droits des femmes ». C’est une belle entourloupe intellectuelle. Regardez comment à droite des gens sont devenus incroyablement favorables à l’égalité hommes / femmes et à la liberté sexuelle ces dernières années, dis donc ! Cela leur permet de montrer qu’ils sont civilisationnellement parlant supérieurs à tous ces immigrés qui nous envahissent et transforment nos pays en les rendant dangereux pour nos valeurs et pour nos femmes.
Bien sûr comme il y a une part de vrai, ils marquent des points.
À choisir…
Mais personnellement, je me sens bien plus en phase avec une Zineb El Rhazoui ou un Hakim El Karoui qu’avec un Damien Rieu. Je me sens plus en phase avec un “maghrébin” ex-musulman qu’avec un “petit blanc” de chez Civitas !
Que l’on écoute les néoféministes ou Eva Vlaardingerbroek, en réalité, des deux côtés le sujet est bien le multiculturalisme. Celui-ci doit être abordé sans aucun tabou, sans la peur d’être accusé de racisme. Cette accusation menaçante qui continue d’être brandie est devenue pathétique, et il faut choisir de s’en moquer. Dans le même temps, le multiculturalisme doit être abordé sans essentialisation aucune, et en reconnaissant tous ceux (nombreux mais silencieux) qui, parmi les immigrés et les descendants d’immigrés, se bougent pour faire changer les mentalités. C’est compliqué, car quoi qu’on dise on est soit accusé d’être raciste facho, soit accusé d’être laxiste bien pensant. Aussi je me répète : le mieux est donc littéralement de s’en foutre et de dire simplement ce qu’on pense. Que ça plaise ou non.
Comme elle a manqué de réserve dans ses propos sur l’exécutif, Ségo est contrainte de dire adieu aux réserves de manchots dont elle avait la garde. Causeur résume cette situation politique burlesque…
Hier soir, le bandeau de BFMTV s’inquiète : “Que reproche-t-on à Ségolène Royal ?” Mince, je ne savais pas qu’il fallait maintenant une raison légitime pour dire du mal de cette haute figure de Poitou-Charentes ! Dès qu’un nouvel épisode du feuilleton Ségolène Royal se produit, je prends ma plume.
Depuis quelques jours, l’ambassadrice des pôles est “dans la tourmente” comme on dit sur les chaines info. Alors qu’elle pensait avoir échappé au pire, alors que sa carrière ne semblait finalement pas devoir prendre fin – malgré les attaques si méchantes de Radio France (auxquelles elle avait bien maladroitement riposté) – , voilà que c’est maintenant le président Macron qui lui voudrait du mal.
Des pressions seraient exercées pour que le Parquet national financier se penche sur la façon de travailler de l’ex du capitaine de pédalo.
Un ambassadeur des pôles ça ferme sa gueule ou bien…
On lui a scandaleusement refusé l’entrée du gouvernement, il ne fallait pas la chercher. Tout ce qu’elle voulait, c’était une bonne place. Politicienne de premier plan, femme, née en Afrique, n’avait-elle pas le profil diversitaire idéal ? Pas assez pour ces snobs de macronistes, peut-être.
Ségolène Royal passe désormais son temps à attaquer Emmanuel Macron, lequel est déjà fort occupé par ces vilaines histoires de violences policières, par ces médecins hospitaliers qui menacent de démissionner ou par la mise en place de la fameuse conférence de financement pour les retraites. Alors… on ne va pas tortiller du fion longtemps. Virons-la ! Validée en haut lieu, Ségo a reçu le 7 janvier dernier la missive suivante :
“Madame l’ambassadrice, il est envisagé de mettre fin à vos fonctions au regard de vos récentes prises de parole publiques, qui mettent en cause la politique du gouvernement, à la mise en œuvre de laquelle, en votre qualité d’ambassadrice (…) vous êtes étroitement associée.” Des fois qu’elle soit longue à la comprenette, la lettre – qui proviendrait du secrétariat du Ministère de l’Ecologie -, ajoute: “Les fonctions que vous exercez impliquent un devoir de réserve sur l’action du gouvernement et ne permettent pas des prises de position publiques qui peuvent être celles d’une personne n’exerçant pas de telles fonctions”. Quand on pense qu’Elisabeth Borne, l’actuelle ministre, a un temps été sa directrice de cabinet, Ségo avait de quoi être furieuse quand elle a reçu ces remontrances !
Depuis, par tous les moyens légaux, le moulin à paroles de la gauche de 2007 se victimise. En lui reprochant via une tierce personne ses prises de paroles et son manque de rectitude, le petit Monsieur de l’Élysée manque vraiment de bravitude !
Un parcours politique royal
Quoi d’autre ?
Les médias affirment qu’elle ne va jamais au Conseil sur l’Arctique ? C’est que Madame Royal préfère servir son pays, comme elle l’a toujours fait ! Libre à chaque citoyen de faire le bilan de ses exemplaires années d’action politique (elle a été pour la première fois ministre en 1992).
Elle utiliserait ses assistants et son budget d’ambassadrice des pôles à des fins personnelles (déplacements en province pour la promotion de son livre ou de sa fondation) ? Et le déplacement d’Emmanuel Macron au CES de Las Vegas en 2016, vous voulez qu’elle en reparle ?
Désormais libre, on ne fera plus taire le César d’or 2007 de la parole creuse. Pour preuve, elle invoque par pure démagagie et par erreur Voltaire sur Twitter, et devient une fois encore la risée des réseaux sociaux. Poussée à démissionner de son poste d’ambassadrice, c’est avec fracas qu’elle entre dans l’opposition.
L’esprit voltairien ne nous manque t’il pas ? < Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire > VOLTAIRE https://t.co/0oaZ2T89bX
Se mettra-t-elle en campagne, comme l’affirment de nombreux journaux ? Naïve et moins habile politiquement que nombre de ses petits camarades en Macronie, le côté foutraque de Royal a quelque chose d’attachant. Macron s’inquiéterait d’avoir cette ancienne alliée comme adversaire en 2022. La France est franchement dans le pétrin.
Le témoignage glaçant d’un professeur de philosophie de l’Éducation nationale.
J’exerce le métier de professeur de philosophie dans un de ces lycées de France et de Navarre où la religion est désormais très présente. Certes, c’est une présence qui n’est pas ouvertement agressive, mais elle est néanmoins permanente et insistante, « enveloppante » et même obsédante pour tout dire. Si on laisse de côté la question des tenues vestimentaires (la fameuse loi de 2004 sur les signes religieux à l’école interdit les vêtements les plus ostentatoires dans l’enceinte des établissements scolaires, comme le voile des jeunes filles, lesquelles acceptent de plus ou moins bon gré de l’ôter à la grille d’entrée du lycée, or la loi reste silencieuse sur d’autres signes plus discrets quoique tout à fait explicites…), je dirais que cette omniprésence tient en outre à de petites choses quotidiennes et apparemment insignifiantes, des petits détails à peine perceptibles pour le profane inattentif.
Bienvenue en enfer
Mais je dois reconnaître également que mes élèves, des adolescents proches de l’âge de la majorité ou bien l’ayant dépassée, sont généralement très doux, souriants et bienveillants, si on excepte quelques olibrius à la barbe imposante qui tiennent à se faire remarquer par leur caractère atrabilaire et par leur mine sombre qui laisse deviner un esprit obnubilé par de sombres pensées.
Un jour, c’est telle élève qui me demande soudain, avec une vive sollicitude, si je n’ai pas « peur de brûler en enfer avec tous les athées ». Une autre fois, c’est tel élève attentionné qui me propose de m’offrir un exemplaire du livre saint des musulmans afin de m’éviter la géhenne éternelle. Un autre jour encore, telle jeune fille me dit courtoisement et de façon impromptue, tout en me fixant du regard : « vous savez, moi je suis d’accord pour écouter tout ce que vous nous dites, mais je n’y crois pas, car je n’ai confiance que dans mon imam ». Cause toujours, tu m’intéresses ! Alors que je parlais en classe des découvertes scientifiques faites dans le « monde moderne », de Copernic à Einstein en passant par Newton ou Darwin, un de mes élèves studieux me fit aussitôt remarquer avec aplomb que toutes ces découvertes étaient en réalité « déjà toutes contenues dans le Coran ».Pourquoi chercher plus loin ?!Quand je leur demande ce qu’est la culture, mes élèves me répondent bien souvent et très spontanément : « la religion ». Et si je m’aventure à leur demander ce qu’est l’ignorance ou l’inculture, je reçois le plus souvent pour réponse : « l’athéisme ». Je me demande donc bien à quel titre, moi l’ignorant ou l’inculte, je pourrais leur enseigner quoi que ce soit ?! D’ailleurs mes élèves me demandent très souvent ce qu’est un « savant ». Quand je leur réponds que, dans notre société dite « moderne », on considère que les « savants », ce sont les scientifiques ou éventuellement les philosophes, mais pas les religieux, ils tombent des nues…
Dans ces conditions, il est évident qu’il convient d’éviter de citer des auteurs ou d’évoquer des doctrines trop ouvertement anti-religieuses et « provocatrices », si l’on veut éviter les problèmes. Je m’y risque néanmoins parfois, par « bravade » ou « esprit d’aventure »… Un jour, alors que nous étions en train de faire un cours précisément sur le chapitre de la religion (eh oui car c’est au programme officiel !), et lorsque j’en fus venu à évoquer la pensée d’un certain Frédéric Nietzsche à ce sujet, une élève protesta sèchement : « on n’a pas le droit de dire cela, c’est péché ». Lorsque j’invitai cette élève à lire à haute voix la célèbre phrase tirée du Gai savoir qui faisait l’objet de son indignation : « Dieu est mort », afin que nous puissions en discuter et qu’elle puisse m’expliquer les motifs de son désaccord, l’élève en question m’opposa un refus catégorique. Elle déclara qu’il lui était impossible de prononcer ces paroles. Me tournant vers ses autres camarades, je lus une moue de vive désapprobation, proche du dégoût, sur le visage de plusieurs d’entre eux : ils étaient solidaires! Le reste de la classe, quant à lui, se tenait coi et m’observait avec curiosité: comment le professeur va-t-il réagir à ce défi ? Sauvé par le « gong » de la sonnerie, qui marquait à heure fixe la fin des cours, je n’eus pasà relever le défi, et je dois avouer que, cette fois-là j’en fus lâchement soulagé.
Briser le silence
Certes, j’aurais dû me méfier. J’avais bien entendu les chuchotements indignés de certains élèves lorsque j’avais tenté d’expliquer à la classe ce que signifiait l’expression « opium du peuple » sous la plume de Karl Marx. Je savais bien, de toute façon que le cours sur la religion serait une épreuve risquée, voir un passage dangereux dans un tel établissement. N’était-ce pas de ma faute après tout ? Les professeurs sont habitués à ce qu’on rejette la faute sur eux lorsque quelque chose se passe mal. D’où leur silence et leur autocensure. Moi-même, j’ai beaucoup hésitéavant de m’exprimer ici, de peur d’être mis en cause dans mon professionnalisme. Un professeur ne se doit-il pas de préserver le secret de la relation professionnelle qu’il a avec ses élèves ? Ne se doit-il pas aussi de protéger ces derniers ? Enfin, attirer l’attention sur certains faits, fussent-ils réels et « déplaisants », n’est-ce pas prendre le risque de leur donner trop d’importance, de les « monter en épingle » ? Lorsque la température monte, c’est toujours le thermomètre qui finit sur le banc des accusés. Si j’en parle tout de même, c’est donc avec la conscience de faire une entorse à la fois au secret professionnel et au devoir de réserve, comme aussi à la décence commune qui commande de taire des faits qui risquent de fâcher la collectivité. En définitive, si j’aichoisi de romprele« vœu de silence » des enseignants, c’est parce que j’ai le sentiment que le sens de la mission qui est la mienne est de moins en moins clair pour tout le monde, y compris au sein de la communauté éducative.
Parmi les manifestants contre la réforme des retraites, Extinction Rébellion brille une fois de plus dans sa lutte contre l’« inaction climatique ». À Paris, ils s’en sont pris aux trottinettes « briseuses de grève »…
On se souvient de l’occupation illégale de la place de la République, organisée par le mouvement Nuit debout, à l’occasion des débats relatifs à la loi Travail. Trois ans plus tard, le même groupe a contribué aux festivités parisiennes par le blocage de la place du Châtelet, après avoir squatté le centre commercial Italie 2, « symbole du capitalisme » triomphant – le tout pour dénoncer l’« inaction climatique ».
Et les autorités de n’avoir rien à y redire, tant que le pacifisme de façade prévaut : le folklore des AG assis sur des bottes de paille et la recyclabilité des banderoles post-soixante-huitardes en lin bio ont presque fait oublier qu’en démocratie, la majorité « subissante » souvent se tait, mais n’en souffre pas moins. Anne Hidalgo a même indiqué soutenir cette action militante, tandis que la ministre de l’Environnement Élisabeth Borne disait ne pas pouvoir « être contre quand les gens se préoccupent du climat », la ligne jaune restant celle de la violence.
En pénétrant la « ZAD de Châtelet » cet automne, on tombait nez à nez avec un amoncellement de trottinettes en libre-service sous le gardiennage prudent des forces de police postées en « réserve d’intervention ». Ce n’étaient là que les prémices de l’opération de vandalisme d’ampleur menée début décembre par la même organisation et ayant conduit à la mise hors service illégale de 4 000 de ces véhicules, sur l’ensemble du territoire.
Il faut croire que les « nouvelles mobilités » ne sont jamais assez « douces » pour Extinction Rébellion. Hors de la stricte décroissance, point de salut ! Jamais en reste quand il s’agit de récupération idéologique, l’extrême gauche militante a justifié ce sabotage en taxant ces moyens de locomotion de « briseurs de grève », permettant aux usagers de continuer à se déplacer malgré les mouvements sociaux !
Michel Onfray a accordé un long entretien à REACnROLL. Image: capture d'écran RNR.tv
À l’occasion de la sortie de deux de ses livres: Grandeur du petit peuple (Albin Michel) et LeChemin de la Garenne (Gallimard), Michel Onfray s’est rendu chez REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Causeur vous propose de lire un extrait de l’intervention.
L’intégralité de l’émission est disponible sur REACnROLL (5€ par mois). Lors de leur échange, le plus prolifique des penseurs est interrogé par Elisabeth Lévy sur la masculinité. Il évoque alors son père.
Verbatim
Elisabeth Lévy. J’observe qu’il y a une autre chose que le catholicisme qui vous a formé, c’est votre détestation de la testostérone. Vous faites dans l’un de vos livres le récit de ce qu’est une enfance au milieu hommes, des odeurs d’hommes, etc. J’avais trouvé cela très bien vu. Mais j’ai peur que vous jetiez le bébé de la masculinité avec l’eau du bain.
Michel Onfray. Pas du tout ! Je veux que les hommes soient des hommes, les femmes des femmes, les enfants des enfants, et les adultes des adultes. Mais cela ne veut pas dire qu’un homme doit être ce que je déciderais : la testostérone, le football, l’apéritif, l’anisette, la chasse, la pêche, la grossièreté, la vulgarité, le fait de ne pas voir souvent la douche, etc. Mon père était un « vir » au sens romain, je ne l’ai jamais entendu dire une grossièreté, dire une méchanceté sur autrui, il travaillait, il supportait, ne se plaignait jamais, alors qu’on est aujourd’hui dans une génération de geignards : « mes ancêtres, ma couleur, ma religion, mon sexe ! »
Elisabeth Lévy (en faisant un clin d’oeil). « Ma retraite… » Je dis ça pour vous embêter.
Michel Ondray. C’est autre chose !
OnfrayTV, soutien de la presse de droite, origines sociales, gouvernement, retraites, place des femmes, affaire Matzneff, gilets jaunes… 50 minutes d’entretien entre Michel Onfray et Elisabeth Lévy sont à découvrir sur REACnROLL maintenant.
Elisabeth Lévy. Est-ce que votre père geignait sur la retraite ?
Michel Onfray. Non. Mon père a eu un problème cardiaque. On l’a mis à la retraite par la suite. Il ne serait pas parti à la retraite, sinon. Mon père avait des vacances qu’il ne prenait pas. Et quand il lui est arrivé de prendre des vacances c’était pour aller travailler ailleurs. On faisait la saison des betteraves, mon frère, mes parents et moi. Mon père ne se plaignait pas, ne geignait pas. Il prenait ses 8 jours de congés et pendant ces 8 jours nous allions faire les betteraves pour la ferme d’à côté. Il a eu plein d’occasions de souffrir dans son existence, y compris corporellement, mais il ne s’est jamais plaint. Nous sommes dans une civilisation de la plainte perpétuelle. Certains se plaignent encore de leurs ancêtres et vont vous dire « moi je suis black, mes ancêtres il y a trois siècles étaient des esclaves donc je me plains ». Bon ça va quoi ! (…)
Elisabeth Lévy. Vous semblez attribuer un excès de testostérone à un certain nombre de crimes de l’histoire. Est-ce que ça n’est pas explicatif d’un certain nombre d’entreprises glorieuses et
folles ?
Michel Onfray. Écoutez, là j’en parle dans ce livre sur les gilets jaunes. Regardez ce qu’ont été les femmes dans le mouvement gilet jaune, ce qu’elles ont dit, comment elles ont porté le mouvement et comment pour un certain nombre d’hommes, en face, ça n’est pas exactement la même chose… Jacline Mouraud, Priscillia Ludosky sont des femmes chez qui il n’y a jamais eu de débordement. En revanche en face, chez des Éric Drouet et autres…
Elisabeth Lévy. Certes. Mais on va jusqu’à dire que les femmes sont meilleures pour exercer le pouvoir. Il me semble qu’il faut faire attention…
Michel Onfray. Non je ne suis pas d’accord avec ça. Et je ne dis pas ça. J’ajoute que pendant la révolution française les grandes femmes étaient toutes…
OnfrayTV, soutien de la presse de droite, origines sociales, gouvernement, retraites, place des femmes, affaire Matzneff, gilets jaunes, antisémitisme, Guillaume Durand, Etienne Chouard… 50 minutes d’entretien entre Michel Onfray et Elisabeth Lévy sont à découvrir sur REACnROLL maintenant.
Alors que la vague #metoo a déferlé en Amérique du nord et dans tout l’occident, la notion de « consentement » n’en finit plus d’être redéfinie. Pour ne plus rien vouloir dire ? Laura Kipnis s’en inquiète.
Tout le monde s’accorde sur le fait qu’une relation sexuelle non consentie est une agression ou un viol. Mais attention : encore faut-il s’entendre au préalable sur ce que signifie « une relation sexuelle non consentie ». Cette notion de consentement s’est en effet trouvée récemment redéfinie dans ces cénacles lexicographiques d’un nouveau genre que sont devenus les départements d’études féministes aux États-Unis, et de telle manière que ce concept apparemment clair est devenu un véritable sac de nœuds. Et le plus inquiétant dans tout ça, c’est que de telles redéfinitions trouvent désormais un écho complaisant, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, tant dans le monde juridique qu’auprès des autorités politiques et administratives (universitaires notamment).
Sur cette question du consentement, on est ainsi passé en quelques années du slogan «Non, c’est non», qui ciblait de façon explicite la lutte contre les relations sexuelles non consenties, donc contre les agressions sexuelles caractérisées, à une nouvelle mouture : «Sans oui, c’est non», qui est beaucoup plus ambiguë. Un cas récent qui a défrayé la chronique au Canada est venu révéler le caractère problématique de ce nouveau slogan. Ce cas était d’autant plus intéressant qu’il impliquait deux députés du parlement canadien.
Consentement « enthousiaste » et « continu »
S’ennuyant probablement dans la capitale fédérale d’Ottawa, une députée du NPD (Nouveau Parti Démocratique, du centre-gauche) et un député du Parti libéral (centre-droit) se rencontrent dans un bar, boivent un verre, puis deux, flirtent ensemble, jusqu’à ce que l’homme politique propose à sa collègue de monter prendre un dernier verre dans sa chambre d’hôtel. Là, il devient plus entreprenant, et ils finissent par avoir une relation sexuelle, que la jeune femme – elle en convient elle-même – n’a jamais refusée explicitement. Seulement voilà, le lendemain ou quelques jours plus tard, elle réalise qu’elle n’a pas non plus consenti clairement à cette relation sexuelle, s’en plaint au chef de son parti, qui en réfère au chef du Parti libéral, et ce dernier contraint son député libidineux, ou malchanceux en amour, à démissionner.
Il ne suffit donc plus pour un homme de ne pas insister quand une femme lui dit non. Il lui faut encore, avant tout geste osé ou aventureux, s’assurer de son consentement explicite. Et il ne doit pas uniquement s’en assurer une fois, avant un premier effleurement ou un premier baiser; car cette nouvelle conception du consentement qui a cours désormais en Amérique du Nord stipule en outre que celui-ci doit être non seulement libre et explicite, mais également enthousiaste et continu.
Négociation contractuelle
Les deux premiers termes de cette définition soulèvent déjà leur lot de problèmes. Le premier entraîne, par exemple, aux yeux des magistrats ou des autorités compétentes l’invalidation de tout consentement s’il y a eu préalablement consommation d’alcool (Adieu, ingestion désinhibitrice d’une coupe de champagne !) ou s’il y a présence entre les partenaires sexuels du moindre soupçon de relation hiérarchique. Quant au second – qui semble emprunter au répertoire de la chanson coquine façon Patti LaBelle[tooltips content= »Chanteuse américaine, qui chantait ce célèbre refrain : « Voulez-vous coucher avec moi, ce soir ? » »](1)[/tooltips] – ne risque-t-il pas de tuer dans l’œuf toute velléité de romantisme et de transformer les préliminaires amoureux en négociation contractuelle (il a d’ores et déjà donné naissance à des applications pour téléphones intelligents du genre We-consent qui permettent d’officialiser, et surtout de garder une trace de ces consentements contractualisés) ?
Mais ce sont les deux derniers termes qui soulèvent bien entendu le plus de questions. Tous les mauvais esprits qui ont vu un jour un film porno se plairont à imaginer en ricanant ce à quoi devrait ressembler un tel consentement enthousiaste et continu ! Et peut-être n’ont-ils pas tout à fait tort : cette conception du consentement amoureux ne peut guère être née que sur ces terres hollywoodiennes où l’on cultive en matière d’amour et de sexe tous les clichés les plus superficiels qui tendent ensuite à se substituer à la réalité. Même la chroniqueuse féministe du Monde Maïa Mazaurette semblait convenir du caractère artificiel de cette définition du consentement. « Un enthousiasme continu, écrivait-elle, demanderait soit un extraordinaire talent du partenaire (avec storytelling intégré pour ne laisser aucun espace de frustration ou d’ennui), soit une permanente mise en scène du plaisir, c’est-à-dire une forme de simulation »[tooltips content= »Maïa Mazaurette, « Consentement enthousiaste : pourquoi pas ? », publié le 24 décembre 2017 sur le site du Monde »](2)[/tooltips]. Bien d’accord avec elle !
Le sexe polémique
Ce qu’elle ne semble pas voir en revanche, c’est que la principale conséquence du caractère artificiel de cette nouvelle définition : puisque celle-ci rend pratiquement impossible un consentement absolument univoque et donc incontestable (sauf pour ces donjuan millionnaires, qui feront signer aux impétrantes, sur le modèle de Cinquante nuances de gris, des contrats en bonne et due forme préparés par leurs avocats), il fait de tous les hommes sexuellement actifs des coupables potentiels ; en plus de contribuer à cette judiciarisation des rapports sociaux et de l’existence quotidienne, qui est sans doute la dynamique la plus évidente de la société américaine contemporaine.
Ces messieurs ne sont d’ailleurs pas au bout de leur peine, ainsi qu’en témoigne l’excellent essai de Laura Kipnis, Le Sexe polémique, qui vient d’être récemment traduit en français[tooltips content= »Laura Kipnis, Le sexe polémique. Quand la paranoïa s’empare des campus américains, trad. par Gabriel Laverdière, Liber, 2019″](3)[/tooltips]. Cette universitaire y raconte par le menu les déboires d’un de ses collègues, le professeur de philosophie Peter Ludlow. Accusé par une étudiante de « comportement sexuel inapproprié », celui-ci a vu une de ses anciennes compagnes se retourner contre lui et affirmer que leur relation n’était pas… consentie. En dépit des milliers de textos amoureux qu’ils avaient échangés et du fait qu’ils étaient sortis ensemble plusieurs mois et avaient même partagé un appartement, celle-ci affirmait que son ex-amant avait profité de sa position de pouvoir pour abuser d’elle. De partenaire sexuelle consentante, elle se transformait ainsi, longtemps après les faits, en victime d’abus sexuel et même de viol.
L’effrayant avertissement de Laura Kipnis
Le plus étrange dans toute cette histoire, c’est que les autorités universitaires appelées à juger de cette affaire lui ont donné raison. Ludlow a été congédié. « Soyez donc avisé, conclut Laura Kipnis, que toute personne ayant jamais eu des rapports sexuels est à partir d’ici potentiellement coupable de viol. » (p. 115)
Ces nouvelles définitions pour le moins imaginatives de la notion de consentement ont donc de quoi inquiéter tous les hommes, du moins ceux qui n’ont pas prononcé de vœu de chasteté, risquant de faire même des plus galants d’entre eux des coupables idéaux. Mais elles ne sont guère beaucoup plus réjouissantes pour les femmes qu’elles semblent cantonner dans le rôle de victimes permanentes et passives de l’agressivité du mâle. Elles-mêmes sans désir, presqu’asexuées, elles seraient dans le fond trop faibles et trop influençables pour être en mesure d’offrir un consentement valide. On n’est pas bien loin de clichés misogynes éculés et c’est ce qui choque particulièrement Laura Kipnis, elle-même féministe convaincue, qui y voit non pas une avancée sur le chemin de l’égalité entre les femmes et les hommes, mais une formidable régression.
Le 13 janvier les présidents des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) étaient reçus en France par M. Macron pour un sommet. Au Sahel, la situation pourrait difficilement être pire : l’islamisme gagne des cœurs, les États souverains sont inefficaces et la France est peu soutenue.
À Pau, à l’issue de leurs discussions consacrées à la situation militaire au Sahel, lors de la conférence de presse commune, les présidents des six pays ont annoncé un renforcement de leur coopération militaire. Ils ont aussi clarifié leur position vis-à-vis de l’intervention militaire française dans la région, comme le souhaitait la France.
L’Afrique demain plus dangereuse que la Syrie ?
Après l’intensification récente des attaques islamistes (notamment au Faso), les centaines de victimes et les centaines de milliers de réfugiés, la situation au Sahel va devenir plus dangereuse que ne le fut celle de la Syrie. Et ceci pour plusieurs raisons. Principalement du fait de l’immensité des zones concernées ; pour le Sahara algérien, la Libye, le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina, au moins 6 millions de km2 (10 fois la France), sans même parler du Nigeria, nord Cameroun, Centrafrique ou l’islamisme sévit aussi.
De plus, désormais les criminels islamistes recrutent sur place (même au Burkina) et ce ne sont plus seulement à des katibas d’aventuriers transfrontaliers que l’on a affaire. De leur côté, les Américains ont annoncé leur volonté de se retirer (Donald Trump veut rapatrier tous ses »boys »). À Tripoli, les soldats turcs ont débarqué pour aider la tendance Frères musulmans à se maintenir au pouvoir, et se regardent en chiens de faïence avec les troupes de l’est libyen (le maréchal Hafthar et ses soutiens de l’armée égyptienne). Les pays du G5 sont des pays pauvres et, à l’exception de la remarquable armée tchadienne, ils n’ont pas de forces militaires significatives en nombre et équipements modernes. Pour ne rien arranger, le budget militaire français est très tendu, du fait de notre situation économique et sociale, mauvaise depuis des années. Enfin divers mouvements d’opinion publique et certains médias se sont manifestés contre la France et l’armée française. L »’invitation » des cinq chefs d’état concernés par M. Macron aurait été vécue comme une humiliante convocation par les opinions publiques au sud du Sahara. D’autant que, pour faire plaisir à François Bayrou, à deux mois de municipales difficiles pour le pouvoir, la réunion expéditive des 5 chefs d’État a eu lieu à Pau ; ils ont dû apprécier de passer de 35 ° à 5 °… Les entretiens n’ont duré que trois heures, ce qui accroît le malaise dans les opinions africaines : était-il nécessaire et habile d’être arrogant avec des alliés souverains ?
Les Africains renouvellent leur confiance en la France
Aucun chef des États africains ne s’est exprimé individuellement, mais leur déclaration conjointe insiste sur le « souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel » et il est demandé « un renforcement de la présence internationale à leurs côtés ». Les présidents expriment aussi « leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les États-Unis » et souhaitent que cet appui se poursuive.
Le communiqué rappelle que « cette action commune vise à protéger les populations civiles, à défendre la souveraineté des États, à prévenir une extension de la menace terroriste dans les pays frontaliers ». On notera que même le “terrorisme” n’est pas nommé. N’est-ce pas dès lors une victoire pour l’islamisme ? Les chefs d’État déclarent par ailleurs souhaiter « accroître et coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne », origine de l’instabilité au Sahel.
Une coalition
Les six présidents annoncent enfin la mise en place d’un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel, cadre dénommé « coalition pour le Sahel », qui rassemblera les pays du G5, la France et d’autres pays partenaires, qui ne sont pas précisés, l’espoir d’impliquer d’autres pays européens restant plus que ténu.
Cette »coalition » sera fondée sur quatre piliers : un pilier stratégique et militaire, un deuxième pilier relatif la formation des armées sahéliennes, le troisième pilier visera le retour de l’État et des administrations dans les territoires menacés (à haut risque si la sécurité n’est pas meilleure), et le dernier pilier sera consacré au développement (sans plus de précision). L’action militaire sera concentrée sur l’intersection des trois frontières entre le Mali, le Faso et le Niger, où se concentrent les attaques, notamment celles de la katibala plus dangereuse : l’État islamique au grand Sahara (EIGS). Un commandement conjoint Barkhane/G5 Sahel dirigera les opérations. Les forces spéciales européennes (en réalité françaises), désormais dénommées « Task force Takouba », seront intégrées à Barkhane. La force française sera renforcée : 220 soldats viendront s’ajouter aux 4 500 déjà présents dans la région. La force Barkhane ne se dispersera plus : elle deviendra une force de réaction rapide au profit des armées locales. Une bonne nouvelle: le calendrier est accéléré, car le G5 se réunira de nouveau dès juin prochain en Mauritanie pour faire le point sur les progrès attendus.
La France, désintéressée et vexée
Monsieur Macron, agacé, nerveux, est également revenu sur le sentiment anti-français qui s’est exprimé dans la sous-région et a lancé : « Chaque fois qu’un État demandera à l’armée française de ne plus être là, nous le quitterons… Notre seul intérêt, c’est la lutte contre le terrorisme et la stabilité et la souveraineté des États où nous sommes présents… Donc, les discours que j’ai pu entendre ces dernières semaines sont indignes. Indignes ! Et ils sont combattus avec beaucoup de fermeté par vos dirigeants, je les en remercie, et encore, au moment des vœux. Ils sont indignes, parce qu’ils servent aussi d’autres intérêts ». On ne peut que l’approuver.
Aux chefs d’État sahéliens désormais de prendre les mesures qui s’imposent en temps de guerre, contre les instigateurs de manifestations nuisibles à la sécurité de leurs pays. Notamment les sankaristes qui ont parlé de »chantage de la France ». Plus responsable a été l’opposition tchadienne qui a souhaité le maintien de l’assistance militaire française. Il serait éminemment souhaitable que chaque parlement des pays concernés vote une résolution en ce sens. Il est bon de pouvoir compter ses amis et ses ennemis. Dans cette perspective, il faut que les imams des pays victimes fassent enfin une déclaration commune, largement diffusée, en plusieurs langues, séparant islam et islamisme.
Enfin, et cela la France ne l’a pas exprimé, il faut conseiller, pour les très vastes territoires où vivent des populations hétérogènes qui ont des langues et histoires propres, de décentraliser, régionaliser et démocratiser cette décentralisation. Ce que Hollande et Fabius n’ont pas su faire au Mali quand c’était possible. Les populations excentrées se sentent méprisées et abandonnées par les pouvoirs centraux souvent inefficaces et parfois corrompus. Ce qui est évidemment le terreau idéal pour le recrutement de terroristes. Mais là, vu la compréhension élyséenne des Gilets jaunes, on ne peut qu’être pessimiste sur le succès de cette proposition.