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Sexe: consentement, attention zone grise!

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Alors que la vague #metoo a déferlé en Amérique du nord et dans tout l’occident, la notion de « consentement » n’en finit plus d’être redéfinie. Pour ne plus rien vouloir dire ? Laura Kipnis s’en inquiète. 


 

Tout le monde s’accorde sur le fait qu’une relation sexuelle non consentie est une agression ou un viol. Mais attention : encore faut-il s’entendre au préalable sur ce que signifie « une relation sexuelle non consentie ». Cette notion de consentement s’est en effet trouvée récemment redéfinie dans ces cénacles lexicographiques d’un nouveau genre que sont devenus les départements d’études féministes aux États-Unis, et de telle manière que ce concept apparemment clair est devenu un véritable sac de nœuds. Et le plus inquiétant dans tout ça, c’est que de telles redéfinitions trouvent désormais un écho complaisant, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, tant dans le monde juridique qu’auprès des autorités politiques et administratives (universitaires notamment).

Sur cette question du consentement, on est ainsi passé en quelques années du slogan «Non, c’est non», qui ciblait de façon explicite la lutte contre les relations sexuelles non consenties, donc contre les agressions sexuelles caractérisées, à une nouvelle mouture : «Sans oui, c’est non», qui est beaucoup plus ambiguë. Un cas récent qui a défrayé la chronique au Canada est venu révéler le caractère problématique de ce nouveau slogan. Ce cas était d’autant plus intéressant qu’il impliquait deux députés du parlement canadien.

Consentement « enthousiaste » et « continu »

S’ennuyant probablement dans la capitale fédérale d’Ottawa, une députée du NPD (Nouveau Parti Démocratique, du centre-gauche) et un député du Parti libéral (centre-droit) se rencontrent dans un bar, boivent un verre, puis deux, flirtent ensemble, jusqu’à ce que l’homme politique propose à sa collègue de monter prendre un dernier verre dans sa chambre d’hôtel. Là, il devient plus entreprenant, et ils finissent par avoir une relation sexuelle, que la jeune femme – elle en convient elle-même – n’a jamais refusée explicitement. Seulement voilà, le lendemain ou quelques jours plus tard, elle réalise qu’elle n’a pas non plus consenti clairement à cette relation sexuelle, s’en plaint au chef de son parti, qui en réfère au chef du Parti libéral, et ce dernier contraint son député libidineux, ou malchanceux en amour, à démissionner.

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Il ne suffit donc plus pour un homme de ne pas insister quand une femme lui dit non. Il lui faut encore, avant tout geste osé ou aventureux, s’assurer de son consentement explicite. Et il ne doit pas uniquement s’en assurer une fois, avant un premier effleurement ou un premier baiser; car cette nouvelle conception du consentement qui a cours désormais en Amérique du Nord stipule en outre que celui-ci doit être non seulement libre et explicite, mais également enthousiaste et continu.

Négociation contractuelle

Les deux premiers termes de cette définition soulèvent déjà leur lot de problèmes. Le premier entraîne, par exemple, aux yeux des magistrats ou des autorités compétentes l’invalidation de tout consentement s’il y a eu préalablement consommation d’alcool (Adieu, ingestion désinhibitrice d’une coupe de champagne !) ou s’il y a présence entre les partenaires sexuels du moindre soupçon de relation hiérarchique. Quant au second – qui semble emprunter au répertoire de la chanson coquine façon Patti LaBelle[tooltips content= »Chanteuse américaine, qui chantait ce célèbre refrain : « Voulez-vous coucher avec moi, ce soir ? » »](1)[/tooltips] – ne risque-t-il pas de tuer dans l’œuf toute velléité de romantisme et de transformer les préliminaires amoureux en négociation contractuelle (il a d’ores et déjà donné naissance à des applications pour téléphones intelligents du genre We-consent qui permettent d’officialiser, et surtout de garder une trace de ces consentements contractualisés) ?

Mais ce sont les deux derniers termes qui soulèvent bien entendu le plus de questions. Tous les mauvais esprits qui ont vu un jour un film porno se plairont à imaginer en ricanant ce à quoi devrait ressembler un tel consentement enthousiaste et continu ! Et peut-être n’ont-ils pas tout à fait tort : cette conception du consentement amoureux ne peut guère être née que sur ces terres hollywoodiennes où l’on cultive en matière d’amour et de sexe tous les clichés les plus superficiels qui tendent ensuite à se substituer à la réalité. Même la chroniqueuse féministe du Monde Maïa Mazaurette semblait convenir du caractère artificiel de cette définition du consentement. « Un enthousiasme continu, écrivait-elle, demanderait soit un extraordinaire talent du partenaire (avec storytelling intégré pour ne laisser aucun espace de frustration ou d’ennui), soit une permanente mise en scène du plaisir, c’est-à-dire une forme de simulation »[tooltips content= »Maïa Mazaurette, « Consentement enthousiaste : pourquoi pas ? », publié le 24 décembre 2017 sur le site du Monde »](2)[/tooltips]Bien d’accord avec elle !

Le sexe polémique

Ce qu’elle ne semble pas voir en revanche, c’est que la principale conséquence du caractère artificiel de cette nouvelle définition : puisque celle-ci rend pratiquement impossible un consentement absolument univoque et donc incontestable (sauf pour ces donjuan millionnaires, qui feront signer aux impétrantes, sur le modèle de Cinquante nuances de gris, des contrats en bonne et due forme préparés par leurs avocats), il fait de tous les hommes sexuellement actifs des coupables potentiels ; en plus de contribuer à cette judiciarisation des rapports sociaux et de l’existence quotidienne, qui est sans doute la dynamique la plus évidente de la société américaine contemporaine.

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Ces messieurs ne sont d’ailleurs pas au bout de leur peine, ainsi qu’en témoigne l’excellent essai de Laura Kipnis, Le Sexe polémique, qui vient d’être récemment traduit en français[tooltips content= »Laura Kipnis, Le sexe polémique. Quand la paranoïa s’empare des campus américains, trad. par Gabriel Laverdière, Liber, 2019″](3)[/tooltips]. Cette universitaire y raconte par le menu les déboires d’un de ses collègues, le professeur de philosophie Peter Ludlow. Accusé par une étudiante de « comportement sexuel inapproprié », celui-ci a vu une de ses anciennes compagnes se retourner contre lui et affirmer que leur relation n’était pas… consentie. En dépit des milliers de textos amoureux qu’ils avaient échangés et du fait qu’ils étaient sortis ensemble plusieurs mois et avaient même partagé un appartement, celle-ci affirmait que son ex-amant avait profité de sa position de pouvoir pour abuser d’elle. De partenaire sexuelle consentante, elle se transformait ainsi, longtemps après les faits, en victime d’abus sexuel et même de viol.

L’effrayant avertissement de Laura Kipnis

Le plus étrange dans toute cette histoire, c’est que les autorités universitaires appelées à juger de cette affaire lui ont donné raison. Ludlow a été congédié. « Soyez donc avisé, conclut Laura Kipnis, que toute personne ayant jamais eu des rapports sexuels est à partir d’ici potentiellement coupable de viol. » (p. 115)

Ces nouvelles définitions pour le moins imaginatives de la notion de consentement ont donc de quoi inquiéter tous les hommes, du moins ceux qui n’ont pas prononcé de vœu de chasteté, risquant de faire même des plus galants d’entre eux des coupables idéaux. Mais elles ne sont guère beaucoup plus réjouissantes pour les femmes qu’elles semblent cantonner dans le rôle de victimes permanentes et passives de l’agressivité du mâle. Elles-mêmes sans désir, presqu’asexuées, elles seraient dans le fond trop faibles et trop influençables pour être en mesure d’offrir un consentement valide. On n’est pas bien loin de clichés misogynes éculés et c’est ce qui choque particulièrement Laura Kipnis, elle-même féministe convaincue, qui y voit non pas une avancée sur le chemin de l’égalité entre les femmes et les hommes, mais une formidable régression.

Le sommet de Pau a au moins clarifié les rôles

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Le 13 janvier les présidents des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) étaient reçus en France par M. Macron pour un sommet. Au Sahel, la situation pourrait difficilement être pire : l’islamisme gagne des cœurs, les États souverains sont inefficaces et la France est peu soutenue.


À Pau, à l’issue de leurs discussions consacrées à la situation militaire au Sahel, lors de la conférence de presse commune, les présidents des six pays ont annoncé un renforcement de leur coopération militaire. Ils ont aussi clarifié leur position vis-à-vis de l’intervention militaire française dans la région, comme le souhaitait la France.

L’Afrique demain plus dangereuse que la Syrie ?

Après l’intensification récente des attaques islamistes (notamment au Faso), les centaines de victimes et les centaines de milliers de réfugiés, la situation au Sahel va devenir plus dangereuse que ne le fut celle de la Syrie. Et ceci pour plusieurs raisons. Principalement du fait de l’immensité des zones concernées ; pour le Sahara algérien, la Libye, le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina, au moins 6 millions de km2 (10 fois la France), sans même parler du Nigeria, nord Cameroun, Centrafrique ou l’islamisme sévit aussi.

De plus, désormais les criminels islamistes recrutent sur place (même au Burkina) et ce ne sont plus seulement à des katibas d’aventuriers transfrontaliers que l’on a affaire. De leur côté, les Américains ont annoncé leur volonté de se retirer (Donald Trump veut rapatrier tous ses  »boys »). À Tripoli, les soldats turcs ont débarqué pour aider la tendance Frères musulmans à se maintenir au pouvoir, et se regardent en chiens de faïence avec les troupes de l’est libyen (le maréchal Hafthar et ses soutiens de l’armée égyptienne). Les pays du G5 sont des pays pauvres et, à l’exception de la remarquable armée tchadienne, ils n’ont pas de forces militaires significatives en nombre et équipements modernes. Pour ne rien arranger, le budget militaire français est très tendu, du fait de notre situation économique et sociale, mauvaise depuis des années. Enfin divers mouvements d’opinion publique et certains médias se sont manifestés contre la France et l’armée française. L »’invitation » des cinq chefs d’état concernés par M. Macron aurait été vécue comme une humiliante convocation par les opinions publiques au sud du Sahara. D’autant que, pour faire plaisir à François Bayrou, à deux mois de municipales difficiles pour le pouvoir, la réunion expéditive des 5 chefs d’État a eu lieu à Pau ; ils ont dû apprécier de passer de 35 ° à 5 °… Les entretiens n’ont duré que trois heures, ce qui accroît le malaise dans les opinions africaines : était-il nécessaire et habile d’être arrogant avec des alliés souverains ?

Les Africains renouvellent leur confiance en la France

Aucun chef des États africains ne s’est exprimé individuellement, mais leur déclaration conjointe insiste sur le « souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel » et il est demandé « un renforcement de la présence internationale à leurs côtés ». Les présidents expriment aussi « leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les États-Unis » et souhaitent que cet appui se poursuive.

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Le communiqué rappelle que « cette action commune vise à protéger les populations civiles, à défendre la souveraineté des États, à prévenir une extension de la menace terroriste dans les pays frontaliers ». On notera que même le “terrorisme” n’est pas nommé. N’est-ce pas dès lors une victoire pour l’islamisme ? Les chefs d’État déclarent par ailleurs souhaiter « accroître et coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne », origine de l’instabilité au Sahel.

Une coalition

Les six présidents annoncent enfin la mise en place d’un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel, cadre dénommé « coalition pour le Sahel », qui rassemblera les pays du G5, la France et d’autres pays partenaires, qui ne sont pas précisés, l’espoir d’impliquer d’autres pays européens restant plus que ténu.

Cette  »coalition » sera fondée sur quatre piliers : un pilier stratégique et militaire, un deuxième pilier relatif la formation des armées sahéliennes, le troisième pilier visera le retour de l’État et des administrations dans les territoires menacés (à haut risque si la sécurité n’est pas meilleure), et le dernier pilier sera consacré au développement (sans plus de précision). L’action militaire sera concentrée sur l’intersection des trois frontières entre le Mali, le Faso et le Niger, où se concentrent les attaques, notamment celles de la katiba la plus dangereuse : l’État islamique au grand Sahara (EIGS). Un commandement conjoint Barkhane/G5 Sahel dirigera les opérations. Les forces spéciales européennes (en réalité françaises), désormais dénommées « Task force Takouba », seront intégrées à Barkhane. La force française sera renforcée : 220 soldats viendront s’ajouter aux 4 500 déjà présents dans la région. La force Barkhane ne se dispersera plus : elle deviendra une force de réaction rapide au profit des armées locales. Une bonne nouvelle: le calendrier est accéléré, car le G5 se réunira de nouveau dès juin prochain en Mauritanie pour faire le point sur les progrès attendus.

La France, désintéressée et vexée

Monsieur Macron, agacé, nerveux, est également revenu sur le sentiment anti-français qui s’est exprimé dans la sous-région et a lancé : « Chaque fois qu’un État demandera à l’armée française de ne plus être là, nous le quitterons… Notre seul intérêt, c’est la lutte contre le terrorisme et la stabilité et la souveraineté des États où nous sommes présents… Donc, les discours que j’ai pu entendre ces dernières semaines sont indignes. Indignes ! Et ils sont combattus avec beaucoup de fermeté par vos dirigeants, je les en remercie, et encore, au moment des vœux. Ils sont indignes, parce qu’ils servent aussi d’autres intérêts ». On ne peut que l’approuver.

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Aux chefs d’État sahéliens désormais de prendre les mesures qui s’imposent en temps de guerre, contre les instigateurs de manifestations nuisibles à la sécurité de leurs pays. Notamment les sankaristes qui ont parlé de  »chantage de la France ». Plus responsable a été l’opposition tchadienne qui a souhaité le maintien de l’assistance militaire française. Il serait éminemment souhaitable que chaque parlement des pays concernés vote une résolution en ce sens. Il est bon de pouvoir compter ses amis et ses ennemis. Dans cette perspective, il faut que les imams des pays victimes fassent enfin une déclaration commune, largement diffusée, en plusieurs langues, séparant islam et islamisme.

Enfin, et cela la France ne l’a pas exprimé, il faut conseiller, pour les très vastes territoires où vivent des populations hétérogènes qui ont des langues et histoires propres, de décentraliser, régionaliser et démocratiser cette décentralisation. Ce que Hollande et Fabius n’ont pas su faire au Mali quand c’était possible. Les populations excentrées se sentent méprisées et abandonnées par les pouvoirs centraux souvent inefficaces et parfois corrompus. Ce qui est évidemment le terreau idéal pour le recrutement de terroristes. Mais là, vu la compréhension élyséenne des Gilets jaunes, on ne peut qu’être pessimiste sur le succès de cette proposition.

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Australie: le réchauffement climatique, vous êtes sûr?

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Jusqu’en Suisse, on relaye les images chocs du feu au pays des kangourous. Mais les médias helvètes comme français se gardent bien de traiter la polémique qui enflamme l’Australie. Certains mettent en cause l’administration et les Verts.


 

Plus personne n’ignore les terribles incendies qui ravagent l’Australie et qui pour l’heure ont tué 24 personnes, des centaines de millions d’animaux, et détruit des milliards d’hectares. Les journaux écrits et télévisés s’en sont abondamment fait l’écho.

La presse sous nos contrées est cependant restée très évasive, pour ne pas dire muette, sur les polémiques qui agitent l’Australie depuis le début des incendies. La cause la plus souvent évoquée par la presse incrimine le « réchauffement climatique » qui serait responsable de l’ampleur des incendies cette année, or c’est une affirmation contestée par nombre d’Australiens et de professionnels du feu. Pourquoi la presse helvétique n’en parle pas ?

Les feux de brousse ne sont pas une nouveauté sur le continent australien qui y fait face depuis aussi longtemps que l’homme s’y est installé. Des stratégies et des techniques de lutte contre le feu y ont été développées et pratiquées depuis plus d’un siècle, y compris des mesures comme le back-burning[tooltips content= »La technique de combat du feu par des feux préventifs (backburning) est aussi parfois utilisée en Suisse »][1][/tooltips] et le brûlis préventif qui consiste à faire de larges coupes dans la végétation en la brûlant par avance afin de créer des zones sans végétation et donc sans combustible, ce qui empêche le feu non maîtrisé de progresser et de se propager en cas de départ de feu accidentel.

Le réchauffement climatique a bon dos…

Sous la pression des Verts et des défenseurs de la biodiversité ces coupes de défrichement et ces brûlis préventifs ont été rendus par l’administration de plus en difficiles et compliqués à mettre en place. Le code de conduite écrit par les Verts australiens (Greens) montre clairement qu’ils sont à l’origine du problème, ils ne s’opposent pas aux brûlis préventifs mais seulement lorsque ce brûlis aura été autorisé par une personne habilitée et possédant les connaissances scientifiques nécessaires et qui inclut donc du personnel et une autorisation de l’administration.

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Le mieux est dit-on parfois l’ennemi du bien, et l’expérience faite par l’australien Liam Sheahan, 64 ans, et son fils, illustre parfaitement la problématique induite par les Verts qui dans leur extrémisme dogmatique dénient tout sens de la responsabilité chez les citoyens en prétendant que seuls leurs experts habilités sont en mesure d’apprécier les situations environnementales.

Liam Sheahan a demandé de pouvoir défricher une zone de protection autour de sa maison, cette autorisation lui a été refusée. Il a passé outre et a tout de même défriché et arraché des arbres et s’est vu infligé une amende pour un montant de 100’000 dollars australiens (env. 68’000.- CHF). Mais lors du grand incendie de 2009, du terrible samedi noir qui a fait 180 victimes, dans l’incendie qui a ravagé son secteur une seule maison a été épargnée et est restée debout, celle de Liam, qui s’il n’avait pas outrepassé la loi et défriché contre l’avis des greens experts, aurait vu sa maison brûler comme l’ont été celles de tous ses voisins, et peut-être même sa famille[tooltips content= »L’histoire complète de Liam Sheahan sur le Daily mail Australia :« Le nettoyage «illégal» de sa propriété lui a coûté 100 000 $ d’amendes. Mais lorsque les incendies du samedi noir ont fait 173 morts, sa famille et sa maison ont survécu pendant que ses voisins mouraient – alors LIAM SHEAHAN demande, pourquoi ne pouvons-nous pas contrôler nos propres maisons ? » »][2][/tooltips].

Bien sûr pour la presse helvétique il est beaucoup plus facile de fermer les yeux sur la responsabilité des Verts et de leur environnementalisme dogmatique et ainsi d’accuser le réchauffement climatique qui sert à justifier l’agenda politique. Mais ça ce n’est pas de l’information objective, complète et honnête. C’est de la manipulation des consciences. Pourquoi la presse protège certains acteurs, les Verts, au détriment d’autres citoyens ? Pourquoi elle ne fait pas entendre tous les sons de cloches ?

L’incrimination du réchauffement climatique comme cause des terribles incendies de cette année est également contredite par les données climatiques et météorologiques de l’Australie. Si les pics de chaleur et de sécheresse de cette année sont évidents ce ne sont ni des exceptions ni les premiers, ils y sont même des données communes du climat australien depuis des siècles[tooltips content= »Un blog australien réputé sur le débat du changement climatique et utilisant les données du BOM (Bureau of Meteorology) australien montre que la situation de la NSW Nouvelle-Galles du Sud en 2019, lieu des incendies, si elle présente des pics n’a rien d’exceptionnelle.Paul Homewood. Are Australian Wildfires Due To Climate Change ? DECEMBER 24, 2019″][3][/tooltips].

La catastrophe irrémédiable de cette année a d’autres causes, dont celle avancée, et qui incrimine les Verts et leur pression dogmatique sur toute la société.  Et l’opinion selon laquelle c’est la diminution des brûlis préventifs et des défrichements qui serait responsable du terrible désastre de cette année est partagée par des personnes qui ne sont pas des opposants politiques des Verts mais juste des professionnels de la lutte contre les incendies.

L’avis des soldats du feu

Sur sa page, le corps des sapeurs-pompiers volontaires d’Australie, c’est-à-dire des milliers de citoyens qui prennent des risques et parfois perdent la vie pour protéger du feu leurs familles et leurs communautés, incrimine directement l’idéologie environnementaliste.

C’est l’idéologie verte, et pas le changement climatique, qui empire les feux de brousse

Le 5 mars 2019 déjà, les pompiers volontaires de Nouvelles Galles du Sud, s’en prenaient à la Ministre australienne de l’environnement, Melissa Price, en lui reprochant d’incriminer le réchauffement climatique comme cause des feux de brousse alors qu’il était clair pour eux que ce sont les divers empêchements de l’Etat au débroussaillement qui était en cause.

« Désolé, Madame la ministre, ce n’est pas le changement climatique qui a causé les derniers feux de brousse qui ont jusqu’à présent détruit neuf maisons à Victoria, et ce n’est pas le changement climatique qui a tué près de 200 personnes dans les incendies du samedi noir il y a dix ans.

Le véritable coupable c’est l’idéologie verte qui s’oppose à la nécessaire réduction des risques de charges de combustibles dans les parcs nationaux et qui empêche les propriétaires fonciers de défricher la végétation autour de leurs maisons.

La mauvaise gestion continue des parcs nationaux et des forêts domaniales de Victoria et l’obstruction verte contre les stratégies d’atténuation des incendies ont conduit à des charges de combustibles dangereusement élevées au cours de la dernière décennie.
Cela signifie que lorsque des incendies éclatent inévitablement, ils sont si intenses qu’ils sont diaboliquement difficiles à contenir pour les pompiers. Comme une enquête parlementaire fédérale l’a entendu en 2003, si vous quadruplez le combustible au sol, vous obtenez une augmentation de 13 fois la chaleur générée par un incendie.
Les habitants connaissent la vérité. Andrew Clarke, propriétaire de Jinks Creek Winery, qui a été détruit par un incendie qui a ravagé la forêt d’État de Bunyip, avait « supplié » de réduire la quantité de combustible pour protéger sa propriété.

« Je les ai suppliés (le Forest Fire Management of Victoria) depuis 20 ans de brûler la forêt d’État à l’arrière de notre maison et, à ce jour, cela n’a toujours pas été fait », a-t-il déclaré à la chaine ABC Country Hour.

Clarke a déclaré qu’un brûlage planifié avait été annulé en raison de préoccupations concernant des oiseaux nicheurs.

Il y a à peine trois semaines, l’ancien chef des pompiers de Victoria, Ewan Waller, a averti que les charges de combustibles des forêts d’État atteignaient des niveaux mortels, semblables à ceux du samedi noir. Personne n’y a prêté attention.

Mais vous pouvez parier que le premier ministre Daniel Andrews se cachera derrière la furie du changement climatique.

Les mensonges des perroquets verts conviennent aux politiciens, car ils peuvent ainsi éviter d’être blâmés pour leur propre culpabilité.

La Commission d’enquête royale sur le feu de brousse du samedi noir (Black Saturday Bushfire) a critiqué le gouvernement victorien pour son incapacité à réduire les charges de combustible dans les forêts d’État. Il a recommandé de plus que doubler le nombre de brûlis préventifs.

Au lieu de cela, au cours des trois dernières années, le gouvernement d’Andrews a réduit de près des deux tiers la superficie des terres publiques à brûler.

C’est un crime. »

Association des pompiers volontaires de Nouvelle-Galles du Sud. 5 mars 2019[tooltips content= »Volunteer Fire Fighter Association of NSW (New South Wales). »][4][/tooltips].
Le problème des incendies en Australie touche donc désormais aussi la Suisse puisqu’il se présente maintenant comme un problème de désinformation dans notre pays, d’une information qui sélectionne certains faits pendant qu’elle en passe d’autres sous silence. La responsabilité des Verts en Australie n’intéresse pas notre presse mainstream. Elle la passe sous silence.

Pourtant une partie de ces millions de petits koalas et de kangourous atrocement brûlés ressortent bien de la responsabilité des Verts.

On se demande parfois si les Suisses se rendent vraiment compte de ce qui se passe avec les médias de leur pays, qu’ils payent bien plus chers que nulle part ailleurs au monde, entre les 350 millions qu’ils donnent chaque année à la RTS ou l’abonnement à des journaux locaux, comme par exemple la Tribune de Genève, qui coûte plus cher qu’un abonnement au Financial Time. Et pour ne se voir délivrer que des informations partiales et politiquement orientées.

Source : Article de Michel Piccand sur LesObservateurs.ch

Jacques Rigaut, le suicidé magnifique qui inspira Drieu


Dans une biographie passionnante, Jean-Luc Bitton retrace la vie de Jacques Rigaut, météore du dadaïsme suicidé à 30 ans en 1929. Le destin tragique de ce dandy héroïnomane inspira notamment Drieu, Gracq et Louis Malle.


 

Un siècle après, on n’a toujours pas fini de mesurer les ondes de choc de la Première Guerre mondiale. Cet événement n’a pas eu seulement un bilan humain effroyable et des conséquences géopolitiques désastreuses, il a aussi profondément remodelé les êtres eux-mêmes en faisant notamment apparaître un type d’homme enfermé dans une solitude radicale face à un monde définitivement vécu comme absurde. Dans la littérature, on a ainsi vu naître des personnages qui ne peuvent plus vivre, croire, ni aimer ; des personnages enfermés dans le solipsisme, c’est-à-dire dans une manière d’impasse métaphysique qui les fait douter de l’existence même du monde autour d’eux, qui leur font envisager la réalité comme une projection mentale, comme un mauvais rêve. Le solipsiste doute de tout : il est devenu, pour reprendre le mot de Schopenhauer, « un fou enfermé dans un blockhaus », inaccessible à la raison.

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Exemples de personnages solipsistes dans la littérature française d’après la Grande Guerre : le Roquentin de Sartre dans La Nausée, le Meursault de Camus dans L’Étranger, le Lafcadio de Gide dans Les Caves du Vatican ou encore nombre d’antihéros gris de Simenon, en proie à un malaise constant qui les conduit le plus souvent à des tentatives radicales pour retrouver la consistance des choses : le meurtre ou le suicide. « Bien calé, la nuque à la pile d’oreillers, les pieds au bois de lit, bien arc-bouté. La poitrine en avant, nue, bien exposée. On sait où l’on a le cœur. Un revolver, c’est solide, c’est en acier. C’est un objet. Se heurter enfin à l’objet. » Il s’agit des dernières phrases du Feu follet, un roman de Drieu, qui s’inspire largement de la vie de Jacques Rigaut.

Rigaut, une vie de personnage

Et c’est peut-être par cet angle du solipsisme qu’il faudrait aborder Jacques Rigaut (1898-1929) pour comprendre la splendide et terrifiante ascèse nihiliste de celui auquel Jean-Luc Bitton vient de consacrer une monumentale biographie, fruit de quinze années de travail. On nous objectera que Jacques Rigaut n’est pas un personnage et qu’il a réellement existé. Voire : Rigaut n’a jamais été persuadé de sa propre existence ou plus exactement, il n’a jamais été persuadé que le monde qui l’entourait était autre chose qu’une farce sinistre et absurde mise en scène par un dieu caché, comme celui des jansénistes.

Jacques Rigaut, vers vingt ans, s’est condamné lui-même à mort et a attendu impatiemment, d’heure en heure, pendant dix ans, l’instant de parfaite convenance, où il pourrait mettre fin à ses jours

Et puis, qui vous dit que Rigaut n’était pas un personnage, plutôt qu’une personne ? Ce qui pourrait ainsi étonner à première vue, c’est la relative minceur de la bibliographie dans ce Jacques Rigaut : le suicidé magnifique de Bitton. À peine cinq pages dans un livre qui en compte plus de 700. Et encore, il s’agit pour l’essentiel de ce que l’on pourrait appeler une bibliographie indirecte : des mémoires de ses contemporains, des articles épars, des études sur le dadaïsme et le surréalisme, ces deux avant-gardes qui surgissent des ruines de la « der des ders » et qui tenteront d’explorer toutes les possibilités de l’imaginaire par une contestation radicale de l’ordre établi. Deux avant-gardes où Jacques Rigaut joue un rôle essentiel et souterrain, artiste sans œuvre ou presque, ludion noir et désespéré qui tente de trouver là, sans trop y croire, des portes de sortie. Avant de se suicider au revolver, d’une balle en plein cœur, après des soins de toilette minutieux, dans la chambre d’une clinique de Châtenay-Malabry où il tentait encore une fois de se sevrer de l’héroïne. C’était au matin du 6 novembre 1929 et il avait trente ans.

Dans les livres des autres

Dans cette mince bibliographie établie par Jean-Luc Bitton, il y a pourtant une section plus importante que de coutume. C’est la liste des œuvres de fiction inspirées directement par Jacques Rigaut. Excusez du peu : Jacques Rigaut est, entre autres, le personnage principal d’un roman et de trois nouvelles de Drieu La Rochelle (Le Feu follet, La Valise vide, Plainte contre inconnu et Adieu à Gonzague), d’un roman de Philippe Soupault (En joue !),  d’un roman de Julien Gracq (Un beau ténébreux), mais aussi de deux films inspirés du Feu follet, celui de Louis Malle avec Maurice Ronet en 1963, ainsi que plus récemment celui du Norvégien Joachim Trier, Oslo, 31 août en 2011 sans compter un spectacle théâtral de Jean-Michel Ribes en 1973, Par-delà les marronniers.

Cela dit assez l’aura durable de la belle figure aux yeux mangés par la nuit de Jacques Rigaut, dont les seuls textes connus n’ont été réunis en un seul volume par Gallimard sous le titre Écrits qu’en 1970 : on y trouve essentiellement des fragments, des ébauches, des textes publiés du temps de Dada et du surréalisme. Auparavant, c’est André Breton qui l’avait fait figurer au premier rang de son Anthologie de l’humour noir parue en 1940, livre capital dans lequel il voulait réunir ceux qui avaient été surréalistes avant le surréalisme (on y trouve Swift et Kafka, Edgar Poe et Rimbaud, Baudelaire et Alphonse Allais), mais aussi les compagnons de route qui avaient cheminé « à côté » du surréalisme, comme Gide ou Prévert. Breton voulait montrer qu’au-delà d’un simple mouvement artistique, le surréalisme était une attitude face au monde, qui avait toujours existé et existerait toujours, et dont cet humour noir était la manifestation la plus évidente.

Breton y résume parfaitement la courbe météorique de l’existence Jacques Rigaut : « Jacques Rigaut, vers vingt ans, s’est condamné lui-même à mort et a attendu impatiemment, d’heure en heure, pendant dix ans, l’instant de parfaite convenance, où il pourrait mettre fin à ses jours. » Il est vrai que cet homme au sourire crispé, inventeur d’une « Agence générale du suicide » ne cachait pas son jeu quand il écrivait : « Essayez, si vous le pouvez, d’arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière. »

On retrouve ici deux aspects essentiels pour comprendre Rigaut, qui sont minutieusement exposés dans la biographie de Jean-Luc Bitton : une volonté de fer et une préméditation tragique derrière les apparences funambulesques et velléitaires d’un jeune homme qui aima beaucoup trop l’alcool, la drogue, les femmes et aussi l’argent.

Plus grand mort que vivant

Rigaut est un enfant de la petite bourgeoisie, avec un arbre généalogique un peu honteux, son père et son oncle étaient des enfants naturels, fils d’une lingère et d’un grand naturaliste qui ne les a pas reconnus. Il voit le jour boulevard Raspail, poursuit une scolarité agitée dans de bons établissements. La seule chose dont il soit certain, c’est de sa beauté. Les photos qui accompagnent la biographie de Bitton montrent bien qu’il a raison. Il en joue, il en joue auprès des filles comme des garçons. Homosexualité ? Rien n’est sûr. Impuissance ? Sans doute. Cela n’empêchera pas les femmes, riches si possible, de l’aimer. Elles financeront son dandysme, même si son dandysme aurait existé sans son train de vie parfois somptueux.

Avant, il s’est engagé volontaire pour faire la guerre, il s’ennuie dans l’artillerie puis connaît une manière d’extase sur les champs de bataille en mars 1918. Après, il goûte à la drogue, il adopte le chic anglais. On comprend la fascination qu’il a pu exercer sur Drieu qui a eu les mêmes passions, les mêmes névroses, les mêmes goûts, la même angoisse sexuelle. Quand arrive la fin des années 1920, chacun sort de scène à sa façon : Rigaut se suicide, Drieu devient fasciste, ce qui chez lui est un suicide différé avant le vrai qui interviendra en 1945. Drieu éprouvera pour Rigaut un amour contrarié, inavouable. Il livre une première nouvelle à charge, en 1923, sur son ami : La Valise vide. Ce pourrait aussi bien être un autoportrait. Et pourtant, après la sortie de ce texte, quelques mois plus tard, c’est Drieu qui lance une souscription auprès des amis de Rigaut pour l’envoyer aux États-Unis, à New York, « Gotham City » comme dit avec humour Jean-Luc Bitton. La mode de ces années-là est à la fascination pour la Grosse Pomme : Morand écrit New York, Céline célébrera bientôt la beauté des Américaines, ces Vikings blondes et surhumaines d’un monde nouveau.

Ce séjour coïncide avec la dernière publication que Rigaut fera de son vivant, neuf aphorismes dans une revue d’avant-garde, The Little Review, et encore une fois on retrouve le solipsisme : « Vous vivez sans preuves, échangez vos confiances et riez, les rieurs sont toujours de l’autre côté. » Bitton ressuscite avec une précision étonnante la descente programmée aux enfers du dandy. La drogue toujours, les amis qui tentent de vous sauver, les admirateurs célèbres, comme le photographe Man Ray qui l’immortalisera malgré lui. Mais rien n’y fait, même pas un mariage américain lors d’un ultime retour à New York. On reste toujours seul face à son miroir, comme le double qu’il s’est créé, Lord Patchogue.

« Je serai un grand mort », écrit Rigaut. Ce qui est certain, c’est qu’il est plus grand mort que vivant. Il devient un mythe : il manquait de souffle pour faire une œuvre, mais c’est sa vie qui en est devenue une. Quelques fulgurances d’expression et une destinée presque christique qui, par son prodigieux travail du négatif, donnent une autre vision du XXsiècle : celui d’une dépersonnalisation généralisée, de l’impossibilité d’être soi, de se retrouver, de se ressaisir. Il est certain qu’à l’époque de l’éparpillement de l’homme dans le virtuel toujours plus envahissant qui caractérise désormais nos existences numérisées, le suicidé magnifique Jacques Rigaut est un contemporain capital et, mieux encore, il est une clef pour comprendre ce qui se passe, ce qui se passe vraiment.

Elisabeth Lévy a rencontré l’Indiana Jones français

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Pierre Malinowski a retrouvé le corps du général Gudin, proche de Napoléon tombé au combat lors de la campagne de Russie, qui sera prochainement enterré aux Invalides en présence de Vladimir Poutine et d’Emmanuel Macron. Sur REACnROLL, l’Indiana Jones français nous raconte ses aventures.


 

Son histoire passionne. Pierre Malinowski après huit années dans la Légion étrangère et deux années aux côtés de Jean-Marie Le Pen en tant qu’attaché parlementaire, se lance dans de longues recherches de terrain en Russie. Causeur vous propose de lire quelques extraits de l’entretien qu’il a eu avec Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques sur REACnROLL.

D’où vous vient cette attirance pour la chose militaire ?

Mon père est un écrivain-historien spécialiste de la Première Guerre mondiale, j’habite sur le chemin des Dames. J’ai découvert mon premier corps de poilu à 5 ans. Donc j’ai toujours été baigné dans ce côté « Grande-Guerre ». Dans des cas pareils soit ça vous choque, soit ça vous marque, moi ça m’a marqué du bon côté en l’occurrence, du côté patriote. Je suivais mon père dans les tranchées le week-end… bref je suis né dans un berceau avec un fusil. (…) Comme j’étais très turbulent quand j’étais gamin, la seule solution était l’armée, le seul endroit qui a pu me cadrer pendant huit ans.

Après ces huit années, vous vous mettez au service de Jean-Marie Le Pen, comment ça se passe ?

Je quitte l’armée parce qu’en fait je me suis broyé le dos après un saut en parachute, je ne pouvais plus faire de sauts opérationnels, ça m’ennuyait de retourner dans un régiment lambda et donc je suis parti au bout de huit ans, sur un coup de tête, je n’avais pas de travail.

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Je suis allé voir Jean-Marie Le Pen, lui demander « Vous n’avez pas un travail pour moi ? », il m’a répondu qu’il avait plein de CV mais que c’était moi qu’il allait prendre : « Tu vas faire de grandes choses » dit-il. Je suis propulsé au parlement européen seulement il fallait un master pour être pris et moi je n’avais pas de diplômes, j’ai finalement été recruté sur dossier militaire. Jean-Marie Le Pen m’a dit « tu vas t’occuper des affaires avec la Russie », moi je n’ai jamais mis un pied là-bas, je ne connais rien et il continue « essaie de rencontrer Poutine ». Six mois après je rencontre Vladimir Poutine au Kremlin.

Vous dites que vous avez formé des équipes, recruté des Français pour aller se battre en Syrie…

Des anciens légionnaires, anciens flics, anciens militaires, tous ceux qui en avaient marre après les attentats du Bataclan. On a mis un mois pour monter la mission et il y avait déjà des structures de gars qui partaient, Arte a voulu partir avec nous…

Ils m’informaient au fur et à mesure de ce qu’il se passait là-bas. Quand ils arrêtaient des gars après un combat ils leur demandaient la nationalité : Syriens, Afghans, en taule ! Quand certains disaient être Français, eh bien pas de chance, on s’occupait d’eux… Mais c’est toujours ça en moins qui rentre en France ! Ceux qui reviennent en France et qui ont l’expérience du combat, c’est pas bon.

Vous avez créé ensuite une fondation à visée historique ?

C’est ça. Une fois que j’ai quitté le Parlement européen, je me suis dit qu’il fallait que j’essaie de toucher Poutine avec quelque chose qu’il n’a pas encore. Pour le revoir, il fallait trouver quelque chose qui puisse l’intéresser…

Donc avec ma pelle, pendant deux et demi, j’ai creusé dans un champ français pour retrouver le corps d’un soldat russe de la Première Guerre mondiale envoyé par le Tsar en 1917. Je faisais que ça avec ma pelle, matin, midi, soir, tout le temps, tous les week-end, au pif. Le jour de Noël le 24 décembre 2016, je fais un trou, je descends à 1m50 et je tombe sur une croix orthodoxe et je me dis « Bingo » et le corps était là. Poutine a dit « je veux voir ce gamin-là qui a passé deux ans de sa vie à chercher un soldat russe ». Il est venu en France pour voir Macron à Versailles, je l’ai vu après. Il m’a dit de continuer, j’ai pris mes bagages, je suis allé en Russie, j’ai créé ma fondation.

J’ai enchaîné les projets, que j’ai réussis, parce qu’on disparaît vite dans ce milieu quand on n’enchaîne pas les succès : j’ai sorti le premier avion Normandie-Niemen. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire, qui touche du monde à l’international et on arrive sur le sujet que vous connaissez…

Vous avez retrouvé le corps de Gudin à Smolensk en Russie…

On a fait un premier essai au mois de juin après toutes les archives, etc. avec des experts français de l’INRAP et l’académie des sciences et on ne l’a pas trouvé. Les Français sont repartis. Je me retrouve tout seul au mois de juillet, je reviens voir la personne qui me finance, je lui demande une seconde chance. Je me retrouve avec quatre archéologues russes et qui m’indiquent 40 mètres carrés, je me dis « Si je suis Napoléon, où-est-ce que j’enterrerais mon meilleur ami ? » je leur dis de creuser là et deux jours après Gudin était là.

Tout cela est financé par des mécènes français ?

Non, russes. La seule fondation qui nous a un petit peu aidé c’est le Souvenir Napoléonien qui nous a un petit peu soutenu financièrement et moralement, sinon Bernard Arnault m’a fait recevoir mais son bras droit m’a coupé les fonds.

On a de la chance d’avoir à nos côtés un milliardaire russe, M. Andreï Kozitsyn, à qui on doit tout. Il est passionné par l’Histoire, c’est un mec super, il ne me demande rien.

Il sait bien sûr que j’ai une fondation d’État surveillée par le président donc c’est de l’intérêt pour tout le monde. Le président lui dit que c’est bien ce qu’il fait. Donc avec Gudin tout le monde s’y retrouve.

>>> Retrouvez tout l’entretien avec Pierre Malinowski, cet aventurier français extraordinaire, en vidéo ici <<<

Hocine Drouiche, l’imam réformiste contre les islamistes

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Entre deux pérégrinations à Lunel, j’ai découvert l’imam d’une petite mosquée nîmoise courageusement engagé contre « l’islam conflictuel » des Frères musulmans, Tablighis et autres salafistes.  Et pour ne rien arranger, l’homme refuse également les prébendes de l’islam consulaire. Rencontre avec Hocine Drouiche. 


Au centre-ville de Nîmes, il faut y regarder à deux fois avant de trouver l’entrée discrète de la mosquée La Fraternité humaine. Une simple feuille de papier collée contre la fenêtre indique les horaires des cours d’arabe. Pas de doute, je suis sur la bonne piste. Un vieux chibani m’ouvre la porte de la salle de prière, qu’aucun minaret ni arabesque ne distingue extérieurement des immeubles voisins, et me confirme de l’arrivée imminente de l’imam. En ville, Hocine Drouiche, la quarantaine, porte un costume-cravate qu’il recouvre d’un qamis lorsqu’il dirige la prière. Parmi les dizaines d’adeptes qui se prosternent face à l’imam niché dans son minbar, quelques jeunes font baisser la moyenne d’âge plutôt élevée. La première génération d’immigrés, au français souvent approximatif, y pratique un islam traditionnel, étranger à la politique. Un vieillard d’origine algérienne me fait sourire en tentant de m’édifier : à l’en croire, seuls les musulmans iront au paradis. L’auguste septuagénaire ignore sans doute la chanson de Polnareff et le film d’Yves Robert.

Un conflit entre l’islam et la République

Chez Hocine Drouiche, on ne trouve aucune trace de cet argumentaire enfantin qui échange piété contre rétribution divine. Né en Algérie, ce docteur en théologie musulmane a gagné ses galons de réformateur sur le terrain. Au point de connaître Damas comme sa poche. Depuis vingt ans, l’homme a écumé toutes les grandes mosquées de la région avant de s’être fixé à Nîmes. En signe d’œcuménisme, assumant la rupture avec son prédécesseur Frère musulman notoire réputé polygame, fraudeur de la CAF, harceleur sexuel aujourd’hui imam à Montpellier, il a accolé l’épithète « humaine » au nom de la mosquée. Les présentations faites, Drouiche va droit au but : « Il y a un conflit entre l’islam et la République. Théologiquement, l’islam lui-même, le Coran et les hadiths nous mettent en conflit direct avec la modernité, notre époque et la société. Est-ce qu’on peut-encore accepter les interprétations du Moyen Âge ? » Diantre, le CCIF crierait à l’islamophobie pour moins que ça…

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Ce constat posé, tout reste à faire. Prenons l’exemple du voile. Il ne suffit pas de vouloir remodeler l’interprétation des textes à sa guise. Dans une religion dépourvue de clergé et d’autorité centrale, à l’instar du judaïsme, l’exégèse doit certes épouser son temps. Mais surtout obtenir l’assentiment de la majorité des ouailles. Ce qui n’est pas gagné.

Gagner les cœurs et les reins

Au risque de passer pour un apostat, voire un hérétique à la Hallaj, mieux vaut gagner les cœurs et les reins avant de prendre la tradition à rebrousse-poil. C’est bien l’ennui. « Les islamistes dominent mosquées et associations depuis 1980. Il faut du courage pour casser les tabous. Tariq Ramadan, l’UOIF et les Frères musulmans ont inculqué à des générations le conflit et la haine de l’Autre. C’est le modèle du musulman européen » diagnostique Drouiche qui se réclame de la « majorité silencieuse ». Dans son combat culturel, l’imam dénonce l’instrumentalisation politique de la religion telle qu’elle s’exprime dans les  manifestations contre l’islamophobie. Le 10 novembre. « des insultes ont été lancées contre des musulmans qui ont une vision plus humaine de l’islam » par des imprécateurs en quête de brebis galeuses à apostasier. Zineb El Rhazoui, Kamel Daoud, Zohra Bitan et autres « collabeurs » accusés de propager la haine contre leur supposée communauté en savent quelque chose. « On subit la censure. Si vous parlez, des armées virtuelles vous attaquent ou des gens viennent semer la zizanie à la mosquée », s’afflige Drouiche.

« Vendu, collabo, traître, sioniste, pro-juif et pro-français »

Sans craindre l’amalgame, il désigne clairement l’ennemi. « Ils sont dans la thématique du djihad : Daech fait le djihad armé, eux le djihad électronique, judiciaire, dans une logique d’affrontement et de conflit… On va mettre tous les Français qui critiquent l’islam devant les tribunaux ? » Cinq ans après, certains contempteurs de Charlie en rêvent. Après tout, l’aboutissement logique d’une société multiculturelle est peut-être d’interdire le « blasphème », histoire de ne heurter personne… Inquiet, l’imam balaye devant sa porte plutôt que d’accuser les criiques de l’islam d’attiser les tensions, sinon d’exciter les pulsions meurtrières de quelques frapadingues, comme le terroriste de Bayonne. « La relation entre les musulmans et la majorité sociale ne cesse de se dégrader. L’avenir de nos enfants et la paix sociale sont en danger. Les Arabes se font insulter dans la rue, la haine contre les musulmans ne cesse d’augmenter… »

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Son « islam réconciliateur » l’isole-t-il de la communauté des croyants musulmans ? C’est la conviction d’un de ses amis libre penseur, militant laïque de la région, qui admire son courage tout en s’interrogeant : « Qu’est-ce qui le pousse à m’aider et à prendre de tels risques ? » Traité « de vendu, de collabo, de traître, de sioniste, de pro-juif et de pro-français » (rayer la mention inutile), Hocine Drouiche s’est souvent senti esseulé. Quelques jours après l’attentat de l’Hyper cacher, ils n’étaient que trois ou quatre imams à se rendre sur les lieux du massacre commis par Amady Coulibaly pour dénoncer l’antisémitisme islamiste. A Nice, après le drame de la promenade des Anglais, il s’est recueilli seul. « En juillet 2017, j’ai co-organisé la marche musulmane contre le terrorisme avec Chalghoumi et soixante imams. On a marché jusqu’à Berlin. A Paris, le CFMC nous a traités de charlatans, de faux imams. Non seulement ils ne font rien mais ils combattent les rationalistes qui ouvrent une porte de dialogue ! » Vice-président de la Conférence des imams, instance très minoritaire à laquelle appartient l’imam de Drancy Hassen Chalghoumi,  « Bien sûr que je suis minoritaire dans la représentation. Mais je reçois presque 500 personnes par jour dans ma mosquée. »

Le CFCM, combien de divisions ?

Jusqu’à ces derniers jours, Drouiche briguait la présidence de la Grande mosquée de Paris. Patatras, entre-temps, l’inamovible Bouteflika, pardon Boubaker, a laissé la place à son dauphin, en cours à Alger. En vain, Drouiche demandait « le soutien de Macron », conscient que ce genre de tractation « se passe entre la présidence française et la présidence algérienne ».

Voilà un cheval de bataille supplémentaire pour cet homme qui n’en manque pas. L’islam consulaire est une rustine posée sur la plaie du sécessionisme islamiste. Certes, Turquie mise à part, les ambassades n’ont plus prise sur les deuxième, troisième et quatrième générations de musulmans. Mais Alger, Rabat, Ankara voire Riyad ou Doha ont placé leurs pions au sein de l’islam de France. Si bien que « presque tous les imams républicains sont exclus des aumôneries ou de leurs mosquées par le Conseil français du culte musulman (CFCM). La République a installé un élément qui travaille contre la République ! ». Contre ce mercenariat islamique, Drouiche sort les chiffres qui fâchent : d’après l’Institut Montaigne, seuls 9% des musulmans français déclarent se reconnaître dans le CFCM! Peut-être parce que 90% des imams de France restent dépourvus de toute diplôme en théologie…

Non au complotisme

Dernière mise au point, l’imam considère qu’exonérer les musulmans de leurs responsabilités dans la montée de l’islamisme et du djihadisme ne les aide pas. Pire, l’essor des théories du complot (qui s’orientent inexorablement vers qui-vous-savez…) permet aux plus radicaux de « manipuler la foule des musulmans » en la faisant « vivre dans la victimisation ».  Hélas, « ça marche parce que les gens ne veulent pas se libérer ». Souhaitons que l’amour de la liberté conquière les mosquées de France et de Navarre.

Détruire le fascisme islamique

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Frédéric Fromet: humour de fonctionnaires

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Il ne saurait être question d’interdire les chansons blasphématoires de Frédéric Fromet visant les cathos. Elisabeth Lévy déplore toutefois que l’humour de France inter soit à sens unique.


C’était vendredi soir dans « Par Jupiter », l’émission prétendument humoristique de Charline Vanhoenacker sur France inter – prétendument, car s’il peut arriver à ces rebelles appointés d’être drôles, l’humour, c’est autre chose, un pas de côté. Or ceux-là foncent sur tous les boulevards qui s’offrent à eux. Quelques jours après le cinquième anniversaire de l’assassinat de nos dessinateurs aux cris de Allah Akbar, on aurait pu attendre de Frédéric Fromet, chanteur-humoriste payé par nos impôts, qu’il s’en prenne par exemple aux Frères musulmans qui contrôlent nombre de nos quartiers. Ou aux déséquilibrés armés du Coran et de couteaux. Que nenni. L’urgence était de combattre les intégristes chrétiens qui, au Brésil, ont tenté d’interdire une série mettant en scène une liaison homosexuelle de Jésus. 

Ce qui a donné: « Jésus est pédé, Jésus est pédé, J’vois pas pourquoi ça dérangerait ». Fromet a justement voulu déranger, autrement dit épater le bourgeois, et ça a marché. La chanson a choqué pas mal de cathos, comme les caricatures de Mahomet publiées par Charlie avaient choqué beaucoup de musulmans. Mais ce n’est pas le problème. La laïcité à la française commande d’accepter d’être choqué par les idées, les croyances ou l’humour des autres. Encore faudrait-il que les baffes soient équitablement distribuées. 

Avec le catho, tout est permis!

Ce qui choque dans l’humour francintérien (ridiculisé dans le dernier livre de Beigbeder) n’est pas qu’il dérange les idées établies, bien au contraire, mais qu’il soit fort avec les faibles et faible avec les forts. 

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Face à l’islam radical qui a le vent en poupe et dont certains représentants sortent leur revolver quand ils entendent le mot critique, on fait preuve sur France inter d’une délicatesse de jeune fille. Il ne faut pas froisser le musulman du coin de la rue avec le grossier rappel des exploits macabres commis en son nom (le Huffpost qui s’est préposé à la défense de Fromet a exhumé, pour les cinq dernières années, une chronique sur les frères Coulibaly, datant de la courte période où France Inter était Charlie.) Avec les Juifs, on n’ose pas. Comme disait Bernanos, Hitler a déshonoré l’antisémitisme. 

Avec le catho, tout est permis. Tous pédophiles, tous intégristes, tous fachos. Tous des ploucs. Après l’incendie de Notre Dame Fromet s’était illustré en chantant « elle a cramé la cathédrale » sur un air de comédie musicale – avant de souhaiter qu’on soit aussi débarrassés des curés. 

Le vrai scandale

Il est vrai qu’on ne peut pas défendre l’humour et interdire le mauvais goût. Aussi ne s’agit-il pas d’interdire. On peut néanmoins observer que, sur France inter, le mauvais goût est à sens unique. Il hurle avec les loups, en particulier avec les minorités actives qui ont fait du statut de victime une arme pour pourrir la vie de leurs concitoyens. Un coup d’œil aux sujets des dernières cibles du sieur Fromet est révélateur : Finkielkraut et les vieux schnocks qui s’en prennent à Greta Thunberg, les violences policières, contre la réforme des retraites évidemment. Le jour où Fromet osera se moquer des tartuffes de gauche, du lobby LGBT, des féministes puritaines et punitives, des islamo-gauchistes, de Ladj Ly, de Télérama, voire de lui-même, bref des vaches sacrées et des idées dominantes, on pourra parler de subversion. Pour l’instant, il n’est qu’un mutin de Panurge, un petit soldat de la bien-pensance payé par mes impôts. D’aucuns trouveront mesquin ce rappel récurrent de « qui paye ». Que l’argent public finance une telle propagande est pourtant un scandale qui devrait mobiliser tous les esprits épris de liberté. 

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Pour autant, ceux qui, parmi les cathos, caressent l’espoir de rétablir le délit de blasphème font fausse route. Certes, quand un ministre, Julien Denormandie en l’occurrence, affirme, l’ignorance en étendard, que « l’islamophobie est un délit », faisant dire à Richard Malka « on se demande comment un ministre peut être aussi con », on se dit que le combat est déjà perdu. En attendant, des intellectuels ont été insultés et traités en justice pour n’avoir pas cédé au chantage à l’islamophobie, ce n’est pas pour qu’on en fasse taire d’autres en les traitant de cathophobes.

Nous ne défendrons pas la liberté d’expression en décrétant qu’on n’a plus le droit de rire de rien mais en revendiquant notre droit de rire de tout, y compris des sujets interdits par l’opinion censément éclairée. 

J’adjure donc mes amis catholiques, représentants en ligne directe de la vieille culture majoritaire en France, de ne pas céder à leur tour à la tentation victimaire, de ne pas devenir la énième minorité vindicative. L’humour n’est pas seulement un droit, c’est une façon de penser. 

Il ne s’agit donc pas de protéger les cathos contre la critique et la caricature mais d’étendre à tous, aux musulmans, aux juifs, aux pêcheurs à la ligne et aux végans la liberté de critiquer, de penser et de déconner. Commençons par nous en servir en nous payant sans relâche la tête des ronds-de-cuir du rire. En attendant de leur apprendre un jour le sens du mot « pluralisme ». 

Les Rien-pensants

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L'homme qui pleure de rire: roman

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Pologne: une certaine idée de l’antisémitisme

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Sur les bords de la Vistule, le ressentiment anti-juif a survécu à la Shoah. Et s’exprime sans complexe. Témoignage.


Avant que Vichy ne salisse tout, il y eut en France un antisémitisme de bon aloi. C’était le 11 novembre 1918. Une comtesse du Faubourg Saint Germain, réputé pour son esprit, tenait salon. De nombreux jeunes officiers se pressaient chez elle pour saluer la victoire. Un officier arriva, en retard, et dit : « Est-ce que vous savez que le fils Camondo[tooltips content= »Un richissime banquier juif de l’époque. »]1[/tooltips] vient, le dernier jour de la guerre, d’être tué aux commandes de son avion ? » Un autre officier enchaîna : « Y’a pas à dire, les Juifs se sont bien conduits pendant cette guerre ». La comtesse enchaîna alors : « Ce n’est pas étonnant, c’était une guerre d’usure ».

L’antisémitisme polonais a d’autres charmes. J’étais à la terrasse d’un café, sur la place du Palais-Royal, à Varsovie. C’était un dimanche. Il faisait beau. Les gens étaient beaux. Des mamans se promenaient avec leurs enfants. Des couples d’amoureux s’embrassaient. Un groupe de personnes arriva sur la place et se mit aux pieds de la statue du roi Zygmunt.

Un pays aux mains des « sionistes » ?

Ils étaient six : deux hommes, deux femmes, deux enfants. Lugubres, mal habillés, laids. Ils déployèrent une banderole sur laquelle était marquée : « Le Parti des Polonais pauvres ». Il était facile de comprendre qu’il s’agissait d’un groupuscule nationaliste et d’extrême droite. Je les regardais avec une curiosité amusée, tout en continuant à boire mon café et à fumer une cigarette. L’un des hommes prit le haut-parleur et commença un discours.

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C’était assez simple. Il était question que la Pologne n’appartenait plus aux Polonais. Qu’elle avait été toute entière achetée par les sionistes. Et cela continua comme ça pendant dix minutes, avec un mot qui revenait sans arrêt : « sionistes ». Le point d’orgue fut atteint quand le pathétique individu déclara qu’Adam Michnik, le directeur, d’origine juive du meilleur journal polonais, Gazeta Wyborcza, était « le roi sioniste de la Pologne ».

« Les Allemands ont tué tous les bons juifs »

Il faisait chaud. L’homme transpirait. Il passa le haut-parleur à son comparse et s’écarta pour boire une bouteille d’eau. Comme j’étais d’excellente humeur, je m’approchai de lui. Il me regarda d’un air méfiant : les Polonais sont très physionomistes.

En baragouinant le polonais, je lui expliquai que je venais de France et que j’avais une question à lui poser. Vaguement inquiet, il opina du chef. « Pourquoi dites-vous tout le temps « sionistes » et pas « Juifs » ? ». Le type me répondit : « Je ne dis pas Juifs car nous aimons beaucoup les Juifs ». Je le félicitai :  « C’est bien ». Et il enchaîna : « Vous savez, les Juifs nous manquent. Avant la guerre, il y avait plein de Juifs formidables en Pologne. Et il y en avait aussi d’autres. Et vous savez ce qu’ont fait les Allemands ? » Je nageais en plein bonheur et lui dis que non.

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Le bonhomme m’expliqua : « Vous savez, les Allemands ont tué tous les bons Juifs et ont laissé les mauvais en vie. Ceux que j’appelle les « sionistes » ». Je l’achevai : « Vous savez, je suis Juif moi aussi. À votre avis, je suis un bon Juif ou un mauvais Juif ? » Le type resta sans voix.

Elle court, elle court la rumeur…

Le lendemain, j’avais rendez-vous avec Adam Michnik. Je lui racontai ma belle histoire de la Place du Palais Royal. Il me répondit : « J’ai mieux ». De son bureau, il sortit une lettre qui lui avait été adressée par un groupe d’officiers polonais. Il me l’a lue à haute voix. Les officiers lui envoyaient leurs salutations et leur reconnaissance :

« Cher monsieur Michnik. Vous avez combattu le communisme, et grâce à des hommes comme vous, la Pologne en est débarrassée. Soyez assuré de notre reconnaissance. Mais, d’infâmes rumeurs circulent sur vous, et elles nous indignent. On entend dire que Michnik n’est pas votre vrai nom et que vous vous appelez Szechter. Et que vous êtes Juif. Eh bien, monsieur Michnik, nous savons que ce sont les Juifs eux-mêmes qui inventent cette rumeur pour ternir votre réputation ».

J’ai quitté Varsovie. À Paris, j’ai vu des manifestations avec des gens qui criaient « Mort aux sionistes » en français et « Mort aux Juifs » en arabe. Et je compris que j’étais rentré chez moi.

Belgique: il était une fois un pays divisé

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La division de la Belgique fait parler d’elle épisodiquement, d’autant que le pays est sans gouvernement depuis plus d’un an. Vu depuis l’autre côté du Quiévrain, elle est souvent tournée en dérision, à la façon d’une de ces histoires drôles courantes sur les ressortissants du plat pays. Pourtant, elle est le fruit de l’histoire méconnue de ce pays, situé sur plusieurs lignes de fracture du continent européen.


 

La Belgique est un État né sur le tard. S’il existe bien une Gaule Belgique à l’époque romaine, qui recouvre plus ou moins le territoire que nous connaissons, elle s’étend aussi au-delà pour couvrir les rives de la Seine et les Vosges, voire le Jura pour la province éponyme créée par l’Empire. Par ailleurs, il s’agit d’un ensemble de tribus dont l’organisation n’a pas grand-chose à voir avec un État. À la suite des invasions barbares, le territoire belge sera conquis par les Francs, et après les différents soubresauts des dynasties mérovingiennes et carolingiennes, finira divisé entre le Royaume de France et le Saint-Empire germanique lors du tournant de l’an mil.

Une naissance qui repose sur l’identité catholique

C’est la réforme protestante qui va causer l’apparition de la Belgique. En effet, à la Renaissance Luxembourg, Belgique et Pays-Bas forment une seule entité dénommée Pays-Bas espagnols. Mais à la suite du développement du protestantisme dans la partie septentrionale, celle-ci fait sécession et déclare son indépendance en 1581 sous le nom de Provinces-Unies. Désormais, le territoire belge a une réalité propre : celle d’un territoire sous le contrôle des Habsbourg (d’Espagne puis d’Autriche) et catholique de ce fait.

Toutefois, il faut attendre le XIXe siècle pour voir cette entité devenir un véritable État. Après une brève conquête par la France révolutionnaire puis napoléonienne, elle se voit rattachée d’autorité aux Provinces-Unies lors du congrès de Vienne en 1815. Mais supportant mal la tutelle des Hollandais calvinistes, la Belgique connaît en 1830 une révolution qui conduit à son indépendance.

Une domination francophone pendant le XIXe siècle

À sa naissance, la Belgique est un pays dominé par la francophonie, bien que les néerlandophones soient plus nombreux. En effet, grâce à l’industrialisation, la Wallonie est prospère économiquement, tandis que la Flandre est pauvre, et d’ailleurs terre d’émigration. Ainsi, le français est la langue des gouvernants de Bruxelles et cette domination se retrouve lorsque le pays s’aventure au Congo, où la langue de Molière devient langue de la colonisation tandis que le néerlandais n’y est diffusé que de façon marginale.

Pendant la guerre de 14-18, le pays est envahi par l’Empire allemand et le gouvernement se réfugie à Sainte-Adresse, à côté du Havre. À l’issue de celle-ci, la Belgique gagne un peu de territoire avec Eupen, Malmedy et Saint-Vith, mais aussi une communauté germanophone qui s’ajoute à l’édifice linguistique.

Cependant, durant le 20e siècle, le rapport de force entre Flamands et Wallons évolue. La natalité a chuté dès 1870 chez les francophones, et la population flamande voit son poids démographique s’accroître dans le pays.

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Caroline de Haas, la fortune de la vertu


Au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, la militante féministe a contribué à faire adopter le texte qui oblige le secteur public à financer des formations contre le harcèlement sexuel. La militante a ainsi créé le marché de sa future entreprise A défaut d’être moral, tout est légal. Enquête.


 

Mai 2012. Caroline De Haas a 32 ans. Elle a suivi le parcours classique d’une militante socialiste de sa génération. Secrétaire générale de l’Union des étudiants de France (UNEF) de 2006 à 2009, administratrice de La Mutuelle des étudiants (LMDE) – et spectatrice passive de son naufrage (voir encadré) –, elle patiente quelques mois comme chargée de mission à Touristra, un opérateur de tourisme proche de la CGT, avant de devenir, en novembre 2009, attachée de presse du porte-parole du PS, Benoît Hamon. À la même époque, elle participe au lancement de l’association Osez le féminisme. En mai 2012, elle gravit une marche supplémentaire en intégrant le cabinet de la nouvelle ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem.

La petite équipe se bat pour exister et elle y arrive plutôt bien. En moins d’un an, le cabinet imprime sa marque à deux textes importants. Il y a d’abord la loi du 6 août 2012 sur le harcèlement sexuel, puis le protocole d’accord sur l’égalité professionnelle dans la fonction publique, signé le 8 mars 2013. Celui-ci débouche sur une « charte pour la promotion de l’égalité et la lutte contre les discriminations », signée le 17 décembre 2013 par l’État et les syndicats du public.

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Contraignante, la charte prévoit des « formations spécifiques » pour « connaître, prévenir et traiter le harcèlement sexuel et moral » et précise que « tout nouvel entrant dans la fonction publique devra recevoir une formation dédiée à ces problématiques » et aux « violences particulières faites aux femmes ». Soit, au bas mot, plusieurs dizaines de milliers de clients chaque année.

En mai 2013, Caroline De Haas quitte le ministère. Moins de trois mois plus tard, le 27 juillet, elle dépose au registre du commerce les statuts d’une société anonyme à actionnaire unique (SASU), nommée « Égaé, d’égal à égale », ayant vocation à dispenser des formations spécifiques pour connaître, prévenir et traiter le harcèlement sexuel et moral, à destination des employeurs publics…

Sur le moment, personne ne tique, excepté une vieille connaissance de Caroline De Haas, Baki Youssoufou. Ex-leader de la Confédération étudiante, un syndicat concurrent de l’UNEF, il publie en ligne, le 25 mai 2013, un texte cinglant : « Ce matin, après avoir lu le tweet d’une copine […] concernant une formation des élues locales et élus locaux dont le thème principal est “L’égalité femmes-hommes dans les collectivités : comment agir ?”, je me suis dit que moi aussi, je veux avoir mon projet irréalisable, mais qui va m’apporter du pognon. » Baki Youssoufou vient d’apprendre que Caroline De Haas allait donner des cours à l’Institut européen des politiques publiques (IEPP), un organisme de formation continue qui travaille beaucoup avec les maires et les parlementaires. « Elle devient donc formatrice des élus sur un sujet pour lequel elle était au ministère ? Mouais ! […] En gros, elle va présenter une sensibilisation qu’elle a réalisée pour le compte de son ancien employeur à des fins privées et personnelles. […] On peut avoir de sérieux doutes sur l’origine des données utilisées pendant cette formation », pointe Baki Youssoufou.

« Le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem était très resserré, cinq personnes, pas plus, souligne un ancien collaborateur du même gouvernement. Il ne fait aucun doute que Caroline De Haas a été associée aux travaux sur la loi d’août 2012 et la charte de 2013. Elle en connaissait les contenus et savait exactement de quoi les administrations auraient besoin en termes de formation. Quand elle était en fonction, elle a élaboré une session de sensibilisation au sexisme à destination des ministères, ce qui l’a mise en contact avec les référents “discrimination” des administrations centrales. Beaucoup d’entre eux s’ennuyaient. Leur fonction était peu valorisée. Elle s’intéressait à leur travail, elle a été bien accueillie. »

Tout ceci est-il bien légal ? Selon Jean-François Kerléo, professeur de droit public à l’université d’Aix-Marseille, oui. « Aujourd’hui, ce serait peut-être différent, car une loi votée en août 2019 a précisé les contours du conflit d’intérêts pour les collaborateurs de cabinet. À ma connaissance, en 2013, en revanche, aucune disposition n’interdisait à une personne venue du privé de développer une activité de conseil après un passage dans un ministère, même dans des domaines en rapport avec ce ministère. » L’exemple vient d’en haut. D’Emmanuelle Cosse à François Fillon, en passant par Dominique de Villepin et Dominique Strauss-Kahn, de nombreux ex-ministres ont créé leurs sociétés.

Caroline De Haas © Hannah Assouline
Caroline De Haas
© Hannah Assouline

Un business rentable, mais fragile

Caroline De Haas assure avoir demandé le feu vert de la commission de déontologie de la fonction publique en 2013. C’est tout à son honneur. Comme le soulignait la commission elle-même dans son rapport annuel 2013, les personnes qui quittent le service de l’État « recourent rarement à la possibilité qui leur est offerte de saisir directement la commission » !

Celle-ci lui aurait interdit de travailler avec les services du ministère pendant trois ans[tooltips content= »Elle n’a pas souhaité répondre à nos questions, mais c’est ce qu’elle a affirmé à L’Express. Portrait publié le 16 mars 2017, sous le titre « Caroline de Haas, une pro de la com’ à l’assaut de l’Assemblée » »][1][/tooltips]. Si c’est exact, la commission aurait aussi dû se pencher sur le cas de Pauline Chabbert, associée de De Haas au sein d’Égaé. Elle a été en poste au ministère des Affaires étrangères de 2009 à 2013, comme responsable des questions de genre et développement. Dès sa première année d’exercice comme consultante spécialisée dans les questions d’égalité hommes-femmes, elle a travaillé pour le Quai d’Orsay et au moins deux de ses satellites, l’Agence française de développement et l’Institut français[tooltips content= »Pauline Chabbert a publié un communiqué de presse pour s’en féliciter le 21 octobre 2014″][2][/tooltips].

« Dans une telle situation, poursuit Jean-François Kerléo, ce n’est pas le consultant qui prend un risque, mais le fonctionnaire qui contractualise avec lui, car il peut commettre un délit de favoritisme ou de prise illégale d’intérêt. La jurisprudence est très stricte, à cet égard. Un simple lien d’amitié suffit. En avril 2018, la Cour de cassation a confirmé la condamnation d’un maire qui avait choisi pour un marché de BTP une société dont le patron était de ses partenaires de golf ! »

Caroline De Haas et Pauline Chabbert ne sont pas les seules membres d’Égaé à avoir travaillé dans un ministère. Une autre collaboratrice est passée par le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, rattaché à Matignon. Une autre encore a participé à la rédaction du « plan égalité 2014 » du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Autrement dit, plusieurs collaboratrices d’Égaé ont en commun d’avoir traité, dans la sphère publique, les sujets sur lesquels elles vendent leur expertise dans le privé.

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Le chiffre d’affaires d’Égaé a progressé de 176 900 euros en 2014 à 502 000 euros en 2018. La société a dégagé un bénéfice en 2018 (58 000 euros) après trois exercices déficitaires. 2019 devrait être une bonne année. Égaé, associé à d’autres cabinets, a gagné deux appels d’offres totalisant plus de 1,6 million d’euros pour des formations à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes destinées aux ministères de la Santé, du Travail et des Sports. En y ajoutant les collectivités et leurs satellites, le secteur public représente la quasi-totalité de l’activité d’Égaé. Une position qui n’est pas sans risque. Si les fonctionnaires qui ont côtoyé de près ou de loin les représentants d’Égaé dans le passé commençaient à craindre les accusations de favoritisme, le vent pourrait tourner. D’où, sans doute, le besoin de se diversifier vers le privé.

Diversification à haut risque

Le cabinet s’y emploie. En 2017 déjà, choisi comme prestataire pour de la formation continue par un grand organisme paritaire (L’Agefos-PME), Égaé propose aux stagiaires « un accompagnement personnalisé, sur mesure, dans les locaux de l’entreprise[tooltips content= »Brochure Égaé du 18 octobre 2017″][3][/tooltips] ».

Mais Caroline De Haas le reconnaît sur son blog Mediapart, dans un billet du 19 mars 2019 : « vraiment très peu » d’entreprises se laissent convaincre. Jusqu’à plus ample informé, il y en a eu deux, Mediapart et le groupe Le Monde-Télérama. Chez ce dernier, la mission a débouché sur le licenciement de deux cadres de Télérama pour harcèlement et comportement sexiste, en mai 2019, sur la base des témoignages recueillis par une cellule d’écoute mise en place par Égaé. Un client prestigieux pour un résultat spectaculaire. Jusqu’à présent, en effet, les actions d’Égaé dans la fonction publique n’ont guère provoqué de remous, ce qui tranche avec la gravité de la discrimination quasi systémique décrite par Caroline De Haas. À Télérama, enfin, des têtes tombent ! Paradoxalement, cette victoire place Égaé en position vulnérable. Comme les deux salariés licenciés de Télérama ont saisi le conseil des prud’hommes, les conclusions de la cellule d’écoute seront examinées de manière contradictoire, sur la base du Code du travail.

En attendant la décision des juges, un autre élément peut inciter à la prudence les entreprises intéressées par les prestations d’Égaé. Au moment où le cabinet montait à Télérama ce dossier qui s’avère risqué, il assurait en parallèle un module de formation pour l’Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE). Cet organisme de formation est rattaché au secrétariat général du ministère de l’Économie et des Finances, cotutelle, entre autres, de l’inspection du Travail… Le stade où le cabinet formerait des magistrats et des inspecteurs du Travail aux violences sexistes tout en étant partie prenante dans des plaintes en cours approche dangereusement. Un géant du conseil comme KPMG peut certainement cloisonner les missions assurées par ses centaines de consultants. Au sein d’une équipe de moins de dix personnes comme celle d’Égaé, c’est plus difficile.

Quoi que l’on pense de Caroline De Haas, de sa sincérité (probable), de son courage (indéniable) et de son sens de la mesure (inexistant), elle sera probablement appelée à choisir bientôt. Conseil en ressources humaines ou agitatrice ? Le premier rôle paye bien. Le second lui va peut-être mieux.

Sexe: consentement, attention zone grise!

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Michael Douglas et Demi Moore dans "Harcèlement" © WEBER ANITA/SIPA Numéro de reportage: 00255942_000001

Alors que la vague #metoo a déferlé en Amérique du nord et dans tout l’occident, la notion de « consentement » n’en finit plus d’être redéfinie. Pour ne plus rien vouloir dire ? Laura Kipnis s’en inquiète. 


 

Tout le monde s’accorde sur le fait qu’une relation sexuelle non consentie est une agression ou un viol. Mais attention : encore faut-il s’entendre au préalable sur ce que signifie « une relation sexuelle non consentie ». Cette notion de consentement s’est en effet trouvée récemment redéfinie dans ces cénacles lexicographiques d’un nouveau genre que sont devenus les départements d’études féministes aux États-Unis, et de telle manière que ce concept apparemment clair est devenu un véritable sac de nœuds. Et le plus inquiétant dans tout ça, c’est que de telles redéfinitions trouvent désormais un écho complaisant, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, tant dans le monde juridique qu’auprès des autorités politiques et administratives (universitaires notamment).

Sur cette question du consentement, on est ainsi passé en quelques années du slogan «Non, c’est non», qui ciblait de façon explicite la lutte contre les relations sexuelles non consenties, donc contre les agressions sexuelles caractérisées, à une nouvelle mouture : «Sans oui, c’est non», qui est beaucoup plus ambiguë. Un cas récent qui a défrayé la chronique au Canada est venu révéler le caractère problématique de ce nouveau slogan. Ce cas était d’autant plus intéressant qu’il impliquait deux députés du parlement canadien.

Consentement « enthousiaste » et « continu »

S’ennuyant probablement dans la capitale fédérale d’Ottawa, une députée du NPD (Nouveau Parti Démocratique, du centre-gauche) et un député du Parti libéral (centre-droit) se rencontrent dans un bar, boivent un verre, puis deux, flirtent ensemble, jusqu’à ce que l’homme politique propose à sa collègue de monter prendre un dernier verre dans sa chambre d’hôtel. Là, il devient plus entreprenant, et ils finissent par avoir une relation sexuelle, que la jeune femme – elle en convient elle-même – n’a jamais refusée explicitement. Seulement voilà, le lendemain ou quelques jours plus tard, elle réalise qu’elle n’a pas non plus consenti clairement à cette relation sexuelle, s’en plaint au chef de son parti, qui en réfère au chef du Parti libéral, et ce dernier contraint son député libidineux, ou malchanceux en amour, à démissionner.

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Il ne suffit donc plus pour un homme de ne pas insister quand une femme lui dit non. Il lui faut encore, avant tout geste osé ou aventureux, s’assurer de son consentement explicite. Et il ne doit pas uniquement s’en assurer une fois, avant un premier effleurement ou un premier baiser; car cette nouvelle conception du consentement qui a cours désormais en Amérique du Nord stipule en outre que celui-ci doit être non seulement libre et explicite, mais également enthousiaste et continu.

Négociation contractuelle

Les deux premiers termes de cette définition soulèvent déjà leur lot de problèmes. Le premier entraîne, par exemple, aux yeux des magistrats ou des autorités compétentes l’invalidation de tout consentement s’il y a eu préalablement consommation d’alcool (Adieu, ingestion désinhibitrice d’une coupe de champagne !) ou s’il y a présence entre les partenaires sexuels du moindre soupçon de relation hiérarchique. Quant au second – qui semble emprunter au répertoire de la chanson coquine façon Patti LaBelle[tooltips content= »Chanteuse américaine, qui chantait ce célèbre refrain : « Voulez-vous coucher avec moi, ce soir ? » »](1)[/tooltips] – ne risque-t-il pas de tuer dans l’œuf toute velléité de romantisme et de transformer les préliminaires amoureux en négociation contractuelle (il a d’ores et déjà donné naissance à des applications pour téléphones intelligents du genre We-consent qui permettent d’officialiser, et surtout de garder une trace de ces consentements contractualisés) ?

Mais ce sont les deux derniers termes qui soulèvent bien entendu le plus de questions. Tous les mauvais esprits qui ont vu un jour un film porno se plairont à imaginer en ricanant ce à quoi devrait ressembler un tel consentement enthousiaste et continu ! Et peut-être n’ont-ils pas tout à fait tort : cette conception du consentement amoureux ne peut guère être née que sur ces terres hollywoodiennes où l’on cultive en matière d’amour et de sexe tous les clichés les plus superficiels qui tendent ensuite à se substituer à la réalité. Même la chroniqueuse féministe du Monde Maïa Mazaurette semblait convenir du caractère artificiel de cette définition du consentement. « Un enthousiasme continu, écrivait-elle, demanderait soit un extraordinaire talent du partenaire (avec storytelling intégré pour ne laisser aucun espace de frustration ou d’ennui), soit une permanente mise en scène du plaisir, c’est-à-dire une forme de simulation »[tooltips content= »Maïa Mazaurette, « Consentement enthousiaste : pourquoi pas ? », publié le 24 décembre 2017 sur le site du Monde »](2)[/tooltips]Bien d’accord avec elle !

Le sexe polémique

Ce qu’elle ne semble pas voir en revanche, c’est que la principale conséquence du caractère artificiel de cette nouvelle définition : puisque celle-ci rend pratiquement impossible un consentement absolument univoque et donc incontestable (sauf pour ces donjuan millionnaires, qui feront signer aux impétrantes, sur le modèle de Cinquante nuances de gris, des contrats en bonne et due forme préparés par leurs avocats), il fait de tous les hommes sexuellement actifs des coupables potentiels ; en plus de contribuer à cette judiciarisation des rapports sociaux et de l’existence quotidienne, qui est sans doute la dynamique la plus évidente de la société américaine contemporaine.

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Ces messieurs ne sont d’ailleurs pas au bout de leur peine, ainsi qu’en témoigne l’excellent essai de Laura Kipnis, Le Sexe polémique, qui vient d’être récemment traduit en français[tooltips content= »Laura Kipnis, Le sexe polémique. Quand la paranoïa s’empare des campus américains, trad. par Gabriel Laverdière, Liber, 2019″](3)[/tooltips]. Cette universitaire y raconte par le menu les déboires d’un de ses collègues, le professeur de philosophie Peter Ludlow. Accusé par une étudiante de « comportement sexuel inapproprié », celui-ci a vu une de ses anciennes compagnes se retourner contre lui et affirmer que leur relation n’était pas… consentie. En dépit des milliers de textos amoureux qu’ils avaient échangés et du fait qu’ils étaient sortis ensemble plusieurs mois et avaient même partagé un appartement, celle-ci affirmait que son ex-amant avait profité de sa position de pouvoir pour abuser d’elle. De partenaire sexuelle consentante, elle se transformait ainsi, longtemps après les faits, en victime d’abus sexuel et même de viol.

L’effrayant avertissement de Laura Kipnis

Le plus étrange dans toute cette histoire, c’est que les autorités universitaires appelées à juger de cette affaire lui ont donné raison. Ludlow a été congédié. « Soyez donc avisé, conclut Laura Kipnis, que toute personne ayant jamais eu des rapports sexuels est à partir d’ici potentiellement coupable de viol. » (p. 115)

Ces nouvelles définitions pour le moins imaginatives de la notion de consentement ont donc de quoi inquiéter tous les hommes, du moins ceux qui n’ont pas prononcé de vœu de chasteté, risquant de faire même des plus galants d’entre eux des coupables idéaux. Mais elles ne sont guère beaucoup plus réjouissantes pour les femmes qu’elles semblent cantonner dans le rôle de victimes permanentes et passives de l’agressivité du mâle. Elles-mêmes sans désir, presqu’asexuées, elles seraient dans le fond trop faibles et trop influençables pour être en mesure d’offrir un consentement valide. On n’est pas bien loin de clichés misogynes éculés et c’est ce qui choque particulièrement Laura Kipnis, elle-même féministe convaincue, qui y voit non pas une avancée sur le chemin de l’égalité entre les femmes et les hommes, mais une formidable régression.

Le sommet de Pau a au moins clarifié les rôles

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Emmanuel Macron à Pau, le 13 janvier 2020 © Guillaume Horcajuelo/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22417656_000049

Le 13 janvier les présidents des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) étaient reçus en France par M. Macron pour un sommet. Au Sahel, la situation pourrait difficilement être pire : l’islamisme gagne des cœurs, les États souverains sont inefficaces et la France est peu soutenue.


À Pau, à l’issue de leurs discussions consacrées à la situation militaire au Sahel, lors de la conférence de presse commune, les présidents des six pays ont annoncé un renforcement de leur coopération militaire. Ils ont aussi clarifié leur position vis-à-vis de l’intervention militaire française dans la région, comme le souhaitait la France.

L’Afrique demain plus dangereuse que la Syrie ?

Après l’intensification récente des attaques islamistes (notamment au Faso), les centaines de victimes et les centaines de milliers de réfugiés, la situation au Sahel va devenir plus dangereuse que ne le fut celle de la Syrie. Et ceci pour plusieurs raisons. Principalement du fait de l’immensité des zones concernées ; pour le Sahara algérien, la Libye, le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina, au moins 6 millions de km2 (10 fois la France), sans même parler du Nigeria, nord Cameroun, Centrafrique ou l’islamisme sévit aussi.

De plus, désormais les criminels islamistes recrutent sur place (même au Burkina) et ce ne sont plus seulement à des katibas d’aventuriers transfrontaliers que l’on a affaire. De leur côté, les Américains ont annoncé leur volonté de se retirer (Donald Trump veut rapatrier tous ses  »boys »). À Tripoli, les soldats turcs ont débarqué pour aider la tendance Frères musulmans à se maintenir au pouvoir, et se regardent en chiens de faïence avec les troupes de l’est libyen (le maréchal Hafthar et ses soutiens de l’armée égyptienne). Les pays du G5 sont des pays pauvres et, à l’exception de la remarquable armée tchadienne, ils n’ont pas de forces militaires significatives en nombre et équipements modernes. Pour ne rien arranger, le budget militaire français est très tendu, du fait de notre situation économique et sociale, mauvaise depuis des années. Enfin divers mouvements d’opinion publique et certains médias se sont manifestés contre la France et l’armée française. L »’invitation » des cinq chefs d’état concernés par M. Macron aurait été vécue comme une humiliante convocation par les opinions publiques au sud du Sahara. D’autant que, pour faire plaisir à François Bayrou, à deux mois de municipales difficiles pour le pouvoir, la réunion expéditive des 5 chefs d’État a eu lieu à Pau ; ils ont dû apprécier de passer de 35 ° à 5 °… Les entretiens n’ont duré que trois heures, ce qui accroît le malaise dans les opinions africaines : était-il nécessaire et habile d’être arrogant avec des alliés souverains ?

Les Africains renouvellent leur confiance en la France

Aucun chef des États africains ne s’est exprimé individuellement, mais leur déclaration conjointe insiste sur le « souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel » et il est demandé « un renforcement de la présence internationale à leurs côtés ». Les présidents expriment aussi « leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les États-Unis » et souhaitent que cet appui se poursuive.

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Le communiqué rappelle que « cette action commune vise à protéger les populations civiles, à défendre la souveraineté des États, à prévenir une extension de la menace terroriste dans les pays frontaliers ». On notera que même le “terrorisme” n’est pas nommé. N’est-ce pas dès lors une victoire pour l’islamisme ? Les chefs d’État déclarent par ailleurs souhaiter « accroître et coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne », origine de l’instabilité au Sahel.

Une coalition

Les six présidents annoncent enfin la mise en place d’un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel, cadre dénommé « coalition pour le Sahel », qui rassemblera les pays du G5, la France et d’autres pays partenaires, qui ne sont pas précisés, l’espoir d’impliquer d’autres pays européens restant plus que ténu.

Cette  »coalition » sera fondée sur quatre piliers : un pilier stratégique et militaire, un deuxième pilier relatif la formation des armées sahéliennes, le troisième pilier visera le retour de l’État et des administrations dans les territoires menacés (à haut risque si la sécurité n’est pas meilleure), et le dernier pilier sera consacré au développement (sans plus de précision). L’action militaire sera concentrée sur l’intersection des trois frontières entre le Mali, le Faso et le Niger, où se concentrent les attaques, notamment celles de la katiba la plus dangereuse : l’État islamique au grand Sahara (EIGS). Un commandement conjoint Barkhane/G5 Sahel dirigera les opérations. Les forces spéciales européennes (en réalité françaises), désormais dénommées « Task force Takouba », seront intégrées à Barkhane. La force française sera renforcée : 220 soldats viendront s’ajouter aux 4 500 déjà présents dans la région. La force Barkhane ne se dispersera plus : elle deviendra une force de réaction rapide au profit des armées locales. Une bonne nouvelle: le calendrier est accéléré, car le G5 se réunira de nouveau dès juin prochain en Mauritanie pour faire le point sur les progrès attendus.

La France, désintéressée et vexée

Monsieur Macron, agacé, nerveux, est également revenu sur le sentiment anti-français qui s’est exprimé dans la sous-région et a lancé : « Chaque fois qu’un État demandera à l’armée française de ne plus être là, nous le quitterons… Notre seul intérêt, c’est la lutte contre le terrorisme et la stabilité et la souveraineté des États où nous sommes présents… Donc, les discours que j’ai pu entendre ces dernières semaines sont indignes. Indignes ! Et ils sont combattus avec beaucoup de fermeté par vos dirigeants, je les en remercie, et encore, au moment des vœux. Ils sont indignes, parce qu’ils servent aussi d’autres intérêts ». On ne peut que l’approuver.

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Aux chefs d’État sahéliens désormais de prendre les mesures qui s’imposent en temps de guerre, contre les instigateurs de manifestations nuisibles à la sécurité de leurs pays. Notamment les sankaristes qui ont parlé de  »chantage de la France ». Plus responsable a été l’opposition tchadienne qui a souhaité le maintien de l’assistance militaire française. Il serait éminemment souhaitable que chaque parlement des pays concernés vote une résolution en ce sens. Il est bon de pouvoir compter ses amis et ses ennemis. Dans cette perspective, il faut que les imams des pays victimes fassent enfin une déclaration commune, largement diffusée, en plusieurs langues, séparant islam et islamisme.

Enfin, et cela la France ne l’a pas exprimé, il faut conseiller, pour les très vastes territoires où vivent des populations hétérogènes qui ont des langues et histoires propres, de décentraliser, régionaliser et démocratiser cette décentralisation. Ce que Hollande et Fabius n’ont pas su faire au Mali quand c’était possible. Les populations excentrées se sentent méprisées et abandonnées par les pouvoirs centraux souvent inefficaces et parfois corrompus. Ce qui est évidemment le terreau idéal pour le recrutement de terroristes. Mais là, vu la compréhension élyséenne des Gilets jaunes, on ne peut qu’être pessimiste sur le succès de cette proposition.

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Australie: le réchauffement climatique, vous êtes sûr?

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Feu de forêt en Australie, 30 décembre 2019, East Gippsland © AP/SIPA

Jusqu’en Suisse, on relaye les images chocs du feu au pays des kangourous. Mais les médias helvètes comme français se gardent bien de traiter la polémique qui enflamme l’Australie. Certains mettent en cause l’administration et les Verts.


 

Plus personne n’ignore les terribles incendies qui ravagent l’Australie et qui pour l’heure ont tué 24 personnes, des centaines de millions d’animaux, et détruit des milliards d’hectares. Les journaux écrits et télévisés s’en sont abondamment fait l’écho.

La presse sous nos contrées est cependant restée très évasive, pour ne pas dire muette, sur les polémiques qui agitent l’Australie depuis le début des incendies. La cause la plus souvent évoquée par la presse incrimine le « réchauffement climatique » qui serait responsable de l’ampleur des incendies cette année, or c’est une affirmation contestée par nombre d’Australiens et de professionnels du feu. Pourquoi la presse helvétique n’en parle pas ?

Les feux de brousse ne sont pas une nouveauté sur le continent australien qui y fait face depuis aussi longtemps que l’homme s’y est installé. Des stratégies et des techniques de lutte contre le feu y ont été développées et pratiquées depuis plus d’un siècle, y compris des mesures comme le back-burning[tooltips content= »La technique de combat du feu par des feux préventifs (backburning) est aussi parfois utilisée en Suisse »][1][/tooltips] et le brûlis préventif qui consiste à faire de larges coupes dans la végétation en la brûlant par avance afin de créer des zones sans végétation et donc sans combustible, ce qui empêche le feu non maîtrisé de progresser et de se propager en cas de départ de feu accidentel.

Le réchauffement climatique a bon dos…

Sous la pression des Verts et des défenseurs de la biodiversité ces coupes de défrichement et ces brûlis préventifs ont été rendus par l’administration de plus en difficiles et compliqués à mettre en place. Le code de conduite écrit par les Verts australiens (Greens) montre clairement qu’ils sont à l’origine du problème, ils ne s’opposent pas aux brûlis préventifs mais seulement lorsque ce brûlis aura été autorisé par une personne habilitée et possédant les connaissances scientifiques nécessaires et qui inclut donc du personnel et une autorisation de l’administration.

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Le mieux est dit-on parfois l’ennemi du bien, et l’expérience faite par l’australien Liam Sheahan, 64 ans, et son fils, illustre parfaitement la problématique induite par les Verts qui dans leur extrémisme dogmatique dénient tout sens de la responsabilité chez les citoyens en prétendant que seuls leurs experts habilités sont en mesure d’apprécier les situations environnementales.

Liam Sheahan a demandé de pouvoir défricher une zone de protection autour de sa maison, cette autorisation lui a été refusée. Il a passé outre et a tout de même défriché et arraché des arbres et s’est vu infligé une amende pour un montant de 100’000 dollars australiens (env. 68’000.- CHF). Mais lors du grand incendie de 2009, du terrible samedi noir qui a fait 180 victimes, dans l’incendie qui a ravagé son secteur une seule maison a été épargnée et est restée debout, celle de Liam, qui s’il n’avait pas outrepassé la loi et défriché contre l’avis des greens experts, aurait vu sa maison brûler comme l’ont été celles de tous ses voisins, et peut-être même sa famille[tooltips content= »L’histoire complète de Liam Sheahan sur le Daily mail Australia :« Le nettoyage «illégal» de sa propriété lui a coûté 100 000 $ d’amendes. Mais lorsque les incendies du samedi noir ont fait 173 morts, sa famille et sa maison ont survécu pendant que ses voisins mouraient – alors LIAM SHEAHAN demande, pourquoi ne pouvons-nous pas contrôler nos propres maisons ? » »][2][/tooltips].

Bien sûr pour la presse helvétique il est beaucoup plus facile de fermer les yeux sur la responsabilité des Verts et de leur environnementalisme dogmatique et ainsi d’accuser le réchauffement climatique qui sert à justifier l’agenda politique. Mais ça ce n’est pas de l’information objective, complète et honnête. C’est de la manipulation des consciences. Pourquoi la presse protège certains acteurs, les Verts, au détriment d’autres citoyens ? Pourquoi elle ne fait pas entendre tous les sons de cloches ?

L’incrimination du réchauffement climatique comme cause des terribles incendies de cette année est également contredite par les données climatiques et météorologiques de l’Australie. Si les pics de chaleur et de sécheresse de cette année sont évidents ce ne sont ni des exceptions ni les premiers, ils y sont même des données communes du climat australien depuis des siècles[tooltips content= »Un blog australien réputé sur le débat du changement climatique et utilisant les données du BOM (Bureau of Meteorology) australien montre que la situation de la NSW Nouvelle-Galles du Sud en 2019, lieu des incendies, si elle présente des pics n’a rien d’exceptionnelle.Paul Homewood. Are Australian Wildfires Due To Climate Change ? DECEMBER 24, 2019″][3][/tooltips].

La catastrophe irrémédiable de cette année a d’autres causes, dont celle avancée, et qui incrimine les Verts et leur pression dogmatique sur toute la société.  Et l’opinion selon laquelle c’est la diminution des brûlis préventifs et des défrichements qui serait responsable du terrible désastre de cette année est partagée par des personnes qui ne sont pas des opposants politiques des Verts mais juste des professionnels de la lutte contre les incendies.

L’avis des soldats du feu

Sur sa page, le corps des sapeurs-pompiers volontaires d’Australie, c’est-à-dire des milliers de citoyens qui prennent des risques et parfois perdent la vie pour protéger du feu leurs familles et leurs communautés, incrimine directement l’idéologie environnementaliste.

C’est l’idéologie verte, et pas le changement climatique, qui empire les feux de brousse

Le 5 mars 2019 déjà, les pompiers volontaires de Nouvelles Galles du Sud, s’en prenaient à la Ministre australienne de l’environnement, Melissa Price, en lui reprochant d’incriminer le réchauffement climatique comme cause des feux de brousse alors qu’il était clair pour eux que ce sont les divers empêchements de l’Etat au débroussaillement qui était en cause.

« Désolé, Madame la ministre, ce n’est pas le changement climatique qui a causé les derniers feux de brousse qui ont jusqu’à présent détruit neuf maisons à Victoria, et ce n’est pas le changement climatique qui a tué près de 200 personnes dans les incendies du samedi noir il y a dix ans.

Le véritable coupable c’est l’idéologie verte qui s’oppose à la nécessaire réduction des risques de charges de combustibles dans les parcs nationaux et qui empêche les propriétaires fonciers de défricher la végétation autour de leurs maisons.

La mauvaise gestion continue des parcs nationaux et des forêts domaniales de Victoria et l’obstruction verte contre les stratégies d’atténuation des incendies ont conduit à des charges de combustibles dangereusement élevées au cours de la dernière décennie.
Cela signifie que lorsque des incendies éclatent inévitablement, ils sont si intenses qu’ils sont diaboliquement difficiles à contenir pour les pompiers. Comme une enquête parlementaire fédérale l’a entendu en 2003, si vous quadruplez le combustible au sol, vous obtenez une augmentation de 13 fois la chaleur générée par un incendie.
Les habitants connaissent la vérité. Andrew Clarke, propriétaire de Jinks Creek Winery, qui a été détruit par un incendie qui a ravagé la forêt d’État de Bunyip, avait « supplié » de réduire la quantité de combustible pour protéger sa propriété.

« Je les ai suppliés (le Forest Fire Management of Victoria) depuis 20 ans de brûler la forêt d’État à l’arrière de notre maison et, à ce jour, cela n’a toujours pas été fait », a-t-il déclaré à la chaine ABC Country Hour.

Clarke a déclaré qu’un brûlage planifié avait été annulé en raison de préoccupations concernant des oiseaux nicheurs.

Il y a à peine trois semaines, l’ancien chef des pompiers de Victoria, Ewan Waller, a averti que les charges de combustibles des forêts d’État atteignaient des niveaux mortels, semblables à ceux du samedi noir. Personne n’y a prêté attention.

Mais vous pouvez parier que le premier ministre Daniel Andrews se cachera derrière la furie du changement climatique.

Les mensonges des perroquets verts conviennent aux politiciens, car ils peuvent ainsi éviter d’être blâmés pour leur propre culpabilité.

La Commission d’enquête royale sur le feu de brousse du samedi noir (Black Saturday Bushfire) a critiqué le gouvernement victorien pour son incapacité à réduire les charges de combustible dans les forêts d’État. Il a recommandé de plus que doubler le nombre de brûlis préventifs.

Au lieu de cela, au cours des trois dernières années, le gouvernement d’Andrews a réduit de près des deux tiers la superficie des terres publiques à brûler.

C’est un crime. »

Association des pompiers volontaires de Nouvelle-Galles du Sud. 5 mars 2019[tooltips content= »Volunteer Fire Fighter Association of NSW (New South Wales). »][4][/tooltips].
Le problème des incendies en Australie touche donc désormais aussi la Suisse puisqu’il se présente maintenant comme un problème de désinformation dans notre pays, d’une information qui sélectionne certains faits pendant qu’elle en passe d’autres sous silence. La responsabilité des Verts en Australie n’intéresse pas notre presse mainstream. Elle la passe sous silence.

Pourtant une partie de ces millions de petits koalas et de kangourous atrocement brûlés ressortent bien de la responsabilité des Verts.

On se demande parfois si les Suisses se rendent vraiment compte de ce qui se passe avec les médias de leur pays, qu’ils payent bien plus chers que nulle part ailleurs au monde, entre les 350 millions qu’ils donnent chaque année à la RTS ou l’abonnement à des journaux locaux, comme par exemple la Tribune de Genève, qui coûte plus cher qu’un abonnement au Financial Time. Et pour ne se voir délivrer que des informations partiales et politiquement orientées.

Source : Article de Michel Piccand sur LesObservateurs.ch

Jacques Rigaut, le suicidé magnifique qui inspira Drieu

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Jean-Luc Bitton © Francesca Mantovani

Dans une biographie passionnante, Jean-Luc Bitton retrace la vie de Jacques Rigaut, météore du dadaïsme suicidé à 30 ans en 1929. Le destin tragique de ce dandy héroïnomane inspira notamment Drieu, Gracq et Louis Malle.


 

Un siècle après, on n’a toujours pas fini de mesurer les ondes de choc de la Première Guerre mondiale. Cet événement n’a pas eu seulement un bilan humain effroyable et des conséquences géopolitiques désastreuses, il a aussi profondément remodelé les êtres eux-mêmes en faisant notamment apparaître un type d’homme enfermé dans une solitude radicale face à un monde définitivement vécu comme absurde. Dans la littérature, on a ainsi vu naître des personnages qui ne peuvent plus vivre, croire, ni aimer ; des personnages enfermés dans le solipsisme, c’est-à-dire dans une manière d’impasse métaphysique qui les fait douter de l’existence même du monde autour d’eux, qui leur font envisager la réalité comme une projection mentale, comme un mauvais rêve. Le solipsiste doute de tout : il est devenu, pour reprendre le mot de Schopenhauer, « un fou enfermé dans un blockhaus », inaccessible à la raison.

A lire aussi: Drieu, l’homme qui échoua à se faire détester

Exemples de personnages solipsistes dans la littérature française d’après la Grande Guerre : le Roquentin de Sartre dans La Nausée, le Meursault de Camus dans L’Étranger, le Lafcadio de Gide dans Les Caves du Vatican ou encore nombre d’antihéros gris de Simenon, en proie à un malaise constant qui les conduit le plus souvent à des tentatives radicales pour retrouver la consistance des choses : le meurtre ou le suicide. « Bien calé, la nuque à la pile d’oreillers, les pieds au bois de lit, bien arc-bouté. La poitrine en avant, nue, bien exposée. On sait où l’on a le cœur. Un revolver, c’est solide, c’est en acier. C’est un objet. Se heurter enfin à l’objet. » Il s’agit des dernières phrases du Feu follet, un roman de Drieu, qui s’inspire largement de la vie de Jacques Rigaut.

Rigaut, une vie de personnage

Et c’est peut-être par cet angle du solipsisme qu’il faudrait aborder Jacques Rigaut (1898-1929) pour comprendre la splendide et terrifiante ascèse nihiliste de celui auquel Jean-Luc Bitton vient de consacrer une monumentale biographie, fruit de quinze années de travail. On nous objectera que Jacques Rigaut n’est pas un personnage et qu’il a réellement existé. Voire : Rigaut n’a jamais été persuadé de sa propre existence ou plus exactement, il n’a jamais été persuadé que le monde qui l’entourait était autre chose qu’une farce sinistre et absurde mise en scène par un dieu caché, comme celui des jansénistes.

Jacques Rigaut, vers vingt ans, s’est condamné lui-même à mort et a attendu impatiemment, d’heure en heure, pendant dix ans, l’instant de parfaite convenance, où il pourrait mettre fin à ses jours

Et puis, qui vous dit que Rigaut n’était pas un personnage, plutôt qu’une personne ? Ce qui pourrait ainsi étonner à première vue, c’est la relative minceur de la bibliographie dans ce Jacques Rigaut : le suicidé magnifique de Bitton. À peine cinq pages dans un livre qui en compte plus de 700. Et encore, il s’agit pour l’essentiel de ce que l’on pourrait appeler une bibliographie indirecte : des mémoires de ses contemporains, des articles épars, des études sur le dadaïsme et le surréalisme, ces deux avant-gardes qui surgissent des ruines de la « der des ders » et qui tenteront d’explorer toutes les possibilités de l’imaginaire par une contestation radicale de l’ordre établi. Deux avant-gardes où Jacques Rigaut joue un rôle essentiel et souterrain, artiste sans œuvre ou presque, ludion noir et désespéré qui tente de trouver là, sans trop y croire, des portes de sortie. Avant de se suicider au revolver, d’une balle en plein cœur, après des soins de toilette minutieux, dans la chambre d’une clinique de Châtenay-Malabry où il tentait encore une fois de se sevrer de l’héroïne. C’était au matin du 6 novembre 1929 et il avait trente ans.

Dans les livres des autres

Dans cette mince bibliographie établie par Jean-Luc Bitton, il y a pourtant une section plus importante que de coutume. C’est la liste des œuvres de fiction inspirées directement par Jacques Rigaut. Excusez du peu : Jacques Rigaut est, entre autres, le personnage principal d’un roman et de trois nouvelles de Drieu La Rochelle (Le Feu follet, La Valise vide, Plainte contre inconnu et Adieu à Gonzague), d’un roman de Philippe Soupault (En joue !),  d’un roman de Julien Gracq (Un beau ténébreux), mais aussi de deux films inspirés du Feu follet, celui de Louis Malle avec Maurice Ronet en 1963, ainsi que plus récemment celui du Norvégien Joachim Trier, Oslo, 31 août en 2011 sans compter un spectacle théâtral de Jean-Michel Ribes en 1973, Par-delà les marronniers.

Cela dit assez l’aura durable de la belle figure aux yeux mangés par la nuit de Jacques Rigaut, dont les seuls textes connus n’ont été réunis en un seul volume par Gallimard sous le titre Écrits qu’en 1970 : on y trouve essentiellement des fragments, des ébauches, des textes publiés du temps de Dada et du surréalisme. Auparavant, c’est André Breton qui l’avait fait figurer au premier rang de son Anthologie de l’humour noir parue en 1940, livre capital dans lequel il voulait réunir ceux qui avaient été surréalistes avant le surréalisme (on y trouve Swift et Kafka, Edgar Poe et Rimbaud, Baudelaire et Alphonse Allais), mais aussi les compagnons de route qui avaient cheminé « à côté » du surréalisme, comme Gide ou Prévert. Breton voulait montrer qu’au-delà d’un simple mouvement artistique, le surréalisme était une attitude face au monde, qui avait toujours existé et existerait toujours, et dont cet humour noir était la manifestation la plus évidente.

Breton y résume parfaitement la courbe météorique de l’existence Jacques Rigaut : « Jacques Rigaut, vers vingt ans, s’est condamné lui-même à mort et a attendu impatiemment, d’heure en heure, pendant dix ans, l’instant de parfaite convenance, où il pourrait mettre fin à ses jours. » Il est vrai que cet homme au sourire crispé, inventeur d’une « Agence générale du suicide » ne cachait pas son jeu quand il écrivait : « Essayez, si vous le pouvez, d’arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière. »

On retrouve ici deux aspects essentiels pour comprendre Rigaut, qui sont minutieusement exposés dans la biographie de Jean-Luc Bitton : une volonté de fer et une préméditation tragique derrière les apparences funambulesques et velléitaires d’un jeune homme qui aima beaucoup trop l’alcool, la drogue, les femmes et aussi l’argent.

Plus grand mort que vivant

Rigaut est un enfant de la petite bourgeoisie, avec un arbre généalogique un peu honteux, son père et son oncle étaient des enfants naturels, fils d’une lingère et d’un grand naturaliste qui ne les a pas reconnus. Il voit le jour boulevard Raspail, poursuit une scolarité agitée dans de bons établissements. La seule chose dont il soit certain, c’est de sa beauté. Les photos qui accompagnent la biographie de Bitton montrent bien qu’il a raison. Il en joue, il en joue auprès des filles comme des garçons. Homosexualité ? Rien n’est sûr. Impuissance ? Sans doute. Cela n’empêchera pas les femmes, riches si possible, de l’aimer. Elles financeront son dandysme, même si son dandysme aurait existé sans son train de vie parfois somptueux.

Avant, il s’est engagé volontaire pour faire la guerre, il s’ennuie dans l’artillerie puis connaît une manière d’extase sur les champs de bataille en mars 1918. Après, il goûte à la drogue, il adopte le chic anglais. On comprend la fascination qu’il a pu exercer sur Drieu qui a eu les mêmes passions, les mêmes névroses, les mêmes goûts, la même angoisse sexuelle. Quand arrive la fin des années 1920, chacun sort de scène à sa façon : Rigaut se suicide, Drieu devient fasciste, ce qui chez lui est un suicide différé avant le vrai qui interviendra en 1945. Drieu éprouvera pour Rigaut un amour contrarié, inavouable. Il livre une première nouvelle à charge, en 1923, sur son ami : La Valise vide. Ce pourrait aussi bien être un autoportrait. Et pourtant, après la sortie de ce texte, quelques mois plus tard, c’est Drieu qui lance une souscription auprès des amis de Rigaut pour l’envoyer aux États-Unis, à New York, « Gotham City » comme dit avec humour Jean-Luc Bitton. La mode de ces années-là est à la fascination pour la Grosse Pomme : Morand écrit New York, Céline célébrera bientôt la beauté des Américaines, ces Vikings blondes et surhumaines d’un monde nouveau.

Ce séjour coïncide avec la dernière publication que Rigaut fera de son vivant, neuf aphorismes dans une revue d’avant-garde, The Little Review, et encore une fois on retrouve le solipsisme : « Vous vivez sans preuves, échangez vos confiances et riez, les rieurs sont toujours de l’autre côté. » Bitton ressuscite avec une précision étonnante la descente programmée aux enfers du dandy. La drogue toujours, les amis qui tentent de vous sauver, les admirateurs célèbres, comme le photographe Man Ray qui l’immortalisera malgré lui. Mais rien n’y fait, même pas un mariage américain lors d’un ultime retour à New York. On reste toujours seul face à son miroir, comme le double qu’il s’est créé, Lord Patchogue.

« Je serai un grand mort », écrit Rigaut. Ce qui est certain, c’est qu’il est plus grand mort que vivant. Il devient un mythe : il manquait de souffle pour faire une œuvre, mais c’est sa vie qui en est devenue une. Quelques fulgurances d’expression et une destinée presque christique qui, par son prodigieux travail du négatif, donnent une autre vision du XXsiècle : celui d’une dépersonnalisation généralisée, de l’impossibilité d’être soi, de se retrouver, de se ressaisir. Il est certain qu’à l’époque de l’éparpillement de l’homme dans le virtuel toujours plus envahissant qui caractérise désormais nos existences numérisées, le suicidé magnifique Jacques Rigaut est un contemporain capital et, mieux encore, il est une clef pour comprendre ce qui se passe, ce qui se passe vraiment.

Jacques Rigaut: Le suicidé magnifique

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Elisabeth Lévy a rencontré l’Indiana Jones français

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Pierre Malinovski sur REAC n ROLL

Pierre Malinowski a retrouvé le corps du général Gudin, proche de Napoléon tombé au combat lors de la campagne de Russie, qui sera prochainement enterré aux Invalides en présence de Vladimir Poutine et d’Emmanuel Macron. Sur REACnROLL, l’Indiana Jones français nous raconte ses aventures.


 

Son histoire passionne. Pierre Malinowski après huit années dans la Légion étrangère et deux années aux côtés de Jean-Marie Le Pen en tant qu’attaché parlementaire, se lance dans de longues recherches de terrain en Russie. Causeur vous propose de lire quelques extraits de l’entretien qu’il a eu avec Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques sur REACnROLL.

D’où vous vient cette attirance pour la chose militaire ?

Mon père est un écrivain-historien spécialiste de la Première Guerre mondiale, j’habite sur le chemin des Dames. J’ai découvert mon premier corps de poilu à 5 ans. Donc j’ai toujours été baigné dans ce côté « Grande-Guerre ». Dans des cas pareils soit ça vous choque, soit ça vous marque, moi ça m’a marqué du bon côté en l’occurrence, du côté patriote. Je suivais mon père dans les tranchées le week-end… bref je suis né dans un berceau avec un fusil. (…) Comme j’étais très turbulent quand j’étais gamin, la seule solution était l’armée, le seul endroit qui a pu me cadrer pendant huit ans.

Après ces huit années, vous vous mettez au service de Jean-Marie Le Pen, comment ça se passe ?

Je quitte l’armée parce qu’en fait je me suis broyé le dos après un saut en parachute, je ne pouvais plus faire de sauts opérationnels, ça m’ennuyait de retourner dans un régiment lambda et donc je suis parti au bout de huit ans, sur un coup de tête, je n’avais pas de travail.

>>> Retrouvez plus de 30 minutes d’émission avec Pierre Malinowski en vous abonnant à REACnROLL <<<

Je suis allé voir Jean-Marie Le Pen, lui demander « Vous n’avez pas un travail pour moi ? », il m’a répondu qu’il avait plein de CV mais que c’était moi qu’il allait prendre : « Tu vas faire de grandes choses » dit-il. Je suis propulsé au parlement européen seulement il fallait un master pour être pris et moi je n’avais pas de diplômes, j’ai finalement été recruté sur dossier militaire. Jean-Marie Le Pen m’a dit « tu vas t’occuper des affaires avec la Russie », moi je n’ai jamais mis un pied là-bas, je ne connais rien et il continue « essaie de rencontrer Poutine ». Six mois après je rencontre Vladimir Poutine au Kremlin.

Vous dites que vous avez formé des équipes, recruté des Français pour aller se battre en Syrie…

Des anciens légionnaires, anciens flics, anciens militaires, tous ceux qui en avaient marre après les attentats du Bataclan. On a mis un mois pour monter la mission et il y avait déjà des structures de gars qui partaient, Arte a voulu partir avec nous…

Ils m’informaient au fur et à mesure de ce qu’il se passait là-bas. Quand ils arrêtaient des gars après un combat ils leur demandaient la nationalité : Syriens, Afghans, en taule ! Quand certains disaient être Français, eh bien pas de chance, on s’occupait d’eux… Mais c’est toujours ça en moins qui rentre en France ! Ceux qui reviennent en France et qui ont l’expérience du combat, c’est pas bon.

Vous avez créé ensuite une fondation à visée historique ?

C’est ça. Une fois que j’ai quitté le Parlement européen, je me suis dit qu’il fallait que j’essaie de toucher Poutine avec quelque chose qu’il n’a pas encore. Pour le revoir, il fallait trouver quelque chose qui puisse l’intéresser…

Donc avec ma pelle, pendant deux et demi, j’ai creusé dans un champ français pour retrouver le corps d’un soldat russe de la Première Guerre mondiale envoyé par le Tsar en 1917. Je faisais que ça avec ma pelle, matin, midi, soir, tout le temps, tous les week-end, au pif. Le jour de Noël le 24 décembre 2016, je fais un trou, je descends à 1m50 et je tombe sur une croix orthodoxe et je me dis « Bingo » et le corps était là. Poutine a dit « je veux voir ce gamin-là qui a passé deux ans de sa vie à chercher un soldat russe ». Il est venu en France pour voir Macron à Versailles, je l’ai vu après. Il m’a dit de continuer, j’ai pris mes bagages, je suis allé en Russie, j’ai créé ma fondation.

J’ai enchaîné les projets, que j’ai réussis, parce qu’on disparaît vite dans ce milieu quand on n’enchaîne pas les succès : j’ai sorti le premier avion Normandie-Niemen. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire, qui touche du monde à l’international et on arrive sur le sujet que vous connaissez…

Vous avez retrouvé le corps de Gudin à Smolensk en Russie…

On a fait un premier essai au mois de juin après toutes les archives, etc. avec des experts français de l’INRAP et l’académie des sciences et on ne l’a pas trouvé. Les Français sont repartis. Je me retrouve tout seul au mois de juillet, je reviens voir la personne qui me finance, je lui demande une seconde chance. Je me retrouve avec quatre archéologues russes et qui m’indiquent 40 mètres carrés, je me dis « Si je suis Napoléon, où-est-ce que j’enterrerais mon meilleur ami ? » je leur dis de creuser là et deux jours après Gudin était là.

Tout cela est financé par des mécènes français ?

Non, russes. La seule fondation qui nous a un petit peu aidé c’est le Souvenir Napoléonien qui nous a un petit peu soutenu financièrement et moralement, sinon Bernard Arnault m’a fait recevoir mais son bras droit m’a coupé les fonds.

On a de la chance d’avoir à nos côtés un milliardaire russe, M. Andreï Kozitsyn, à qui on doit tout. Il est passionné par l’Histoire, c’est un mec super, il ne me demande rien.

Il sait bien sûr que j’ai une fondation d’État surveillée par le président donc c’est de l’intérêt pour tout le monde. Le président lui dit que c’est bien ce qu’il fait. Donc avec Gudin tout le monde s’y retrouve.

>>> Retrouvez tout l’entretien avec Pierre Malinowski, cet aventurier français extraordinaire, en vidéo ici <<<

Hocine Drouiche, l’imam réformiste contre les islamistes

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hocine drouiche nimes islam
Hocine Drouiche. Auteurs : EREZ LICHTEFELD/SIPA. Numéro de reportage : 00814272_000006

Entre deux pérégrinations à Lunel, j’ai découvert l’imam d’une petite mosquée nîmoise courageusement engagé contre « l’islam conflictuel » des Frères musulmans, Tablighis et autres salafistes.  Et pour ne rien arranger, l’homme refuse également les prébendes de l’islam consulaire. Rencontre avec Hocine Drouiche. 


Au centre-ville de Nîmes, il faut y regarder à deux fois avant de trouver l’entrée discrète de la mosquée La Fraternité humaine. Une simple feuille de papier collée contre la fenêtre indique les horaires des cours d’arabe. Pas de doute, je suis sur la bonne piste. Un vieux chibani m’ouvre la porte de la salle de prière, qu’aucun minaret ni arabesque ne distingue extérieurement des immeubles voisins, et me confirme de l’arrivée imminente de l’imam. En ville, Hocine Drouiche, la quarantaine, porte un costume-cravate qu’il recouvre d’un qamis lorsqu’il dirige la prière. Parmi les dizaines d’adeptes qui se prosternent face à l’imam niché dans son minbar, quelques jeunes font baisser la moyenne d’âge plutôt élevée. La première génération d’immigrés, au français souvent approximatif, y pratique un islam traditionnel, étranger à la politique. Un vieillard d’origine algérienne me fait sourire en tentant de m’édifier : à l’en croire, seuls les musulmans iront au paradis. L’auguste septuagénaire ignore sans doute la chanson de Polnareff et le film d’Yves Robert.

Un conflit entre l’islam et la République

Chez Hocine Drouiche, on ne trouve aucune trace de cet argumentaire enfantin qui échange piété contre rétribution divine. Né en Algérie, ce docteur en théologie musulmane a gagné ses galons de réformateur sur le terrain. Au point de connaître Damas comme sa poche. Depuis vingt ans, l’homme a écumé toutes les grandes mosquées de la région avant de s’être fixé à Nîmes. En signe d’œcuménisme, assumant la rupture avec son prédécesseur Frère musulman notoire réputé polygame, fraudeur de la CAF, harceleur sexuel aujourd’hui imam à Montpellier, il a accolé l’épithète « humaine » au nom de la mosquée. Les présentations faites, Drouiche va droit au but : « Il y a un conflit entre l’islam et la République. Théologiquement, l’islam lui-même, le Coran et les hadiths nous mettent en conflit direct avec la modernité, notre époque et la société. Est-ce qu’on peut-encore accepter les interprétations du Moyen Âge ? » Diantre, le CCIF crierait à l’islamophobie pour moins que ça…

A lire aussi: L’islamophobie, « une arme d’intimidation » massive

Ce constat posé, tout reste à faire. Prenons l’exemple du voile. Il ne suffit pas de vouloir remodeler l’interprétation des textes à sa guise. Dans une religion dépourvue de clergé et d’autorité centrale, à l’instar du judaïsme, l’exégèse doit certes épouser son temps. Mais surtout obtenir l’assentiment de la majorité des ouailles. Ce qui n’est pas gagné.

Gagner les cœurs et les reins

Au risque de passer pour un apostat, voire un hérétique à la Hallaj, mieux vaut gagner les cœurs et les reins avant de prendre la tradition à rebrousse-poil. C’est bien l’ennui. « Les islamistes dominent mosquées et associations depuis 1980. Il faut du courage pour casser les tabous. Tariq Ramadan, l’UOIF et les Frères musulmans ont inculqué à des générations le conflit et la haine de l’Autre. C’est le modèle du musulman européen » diagnostique Drouiche qui se réclame de la « majorité silencieuse ». Dans son combat culturel, l’imam dénonce l’instrumentalisation politique de la religion telle qu’elle s’exprime dans les  manifestations contre l’islamophobie. Le 10 novembre. « des insultes ont été lancées contre des musulmans qui ont une vision plus humaine de l’islam » par des imprécateurs en quête de brebis galeuses à apostasier. Zineb El Rhazoui, Kamel Daoud, Zohra Bitan et autres « collabeurs » accusés de propager la haine contre leur supposée communauté en savent quelque chose. « On subit la censure. Si vous parlez, des armées virtuelles vous attaquent ou des gens viennent semer la zizanie à la mosquée », s’afflige Drouiche.

« Vendu, collabo, traître, sioniste, pro-juif et pro-français »

Sans craindre l’amalgame, il désigne clairement l’ennemi. « Ils sont dans la thématique du djihad : Daech fait le djihad armé, eux le djihad électronique, judiciaire, dans une logique d’affrontement et de conflit… On va mettre tous les Français qui critiquent l’islam devant les tribunaux ? » Cinq ans après, certains contempteurs de Charlie en rêvent. Après tout, l’aboutissement logique d’une société multiculturelle est peut-être d’interdire le « blasphème », histoire de ne heurter personne… Inquiet, l’imam balaye devant sa porte plutôt que d’accuser les criiques de l’islam d’attiser les tensions, sinon d’exciter les pulsions meurtrières de quelques frapadingues, comme le terroriste de Bayonne. « La relation entre les musulmans et la majorité sociale ne cesse de se dégrader. L’avenir de nos enfants et la paix sociale sont en danger. Les Arabes se font insulter dans la rue, la haine contre les musulmans ne cesse d’augmenter… »

A lire aussi, Hocine Drouiche: « Certains politiques veulent officialiser la victoire de l’islam politique en France »

Son « islam réconciliateur » l’isole-t-il de la communauté des croyants musulmans ? C’est la conviction d’un de ses amis libre penseur, militant laïque de la région, qui admire son courage tout en s’interrogeant : « Qu’est-ce qui le pousse à m’aider et à prendre de tels risques ? » Traité « de vendu, de collabo, de traître, de sioniste, de pro-juif et de pro-français » (rayer la mention inutile), Hocine Drouiche s’est souvent senti esseulé. Quelques jours après l’attentat de l’Hyper cacher, ils n’étaient que trois ou quatre imams à se rendre sur les lieux du massacre commis par Amady Coulibaly pour dénoncer l’antisémitisme islamiste. A Nice, après le drame de la promenade des Anglais, il s’est recueilli seul. « En juillet 2017, j’ai co-organisé la marche musulmane contre le terrorisme avec Chalghoumi et soixante imams. On a marché jusqu’à Berlin. A Paris, le CFMC nous a traités de charlatans, de faux imams. Non seulement ils ne font rien mais ils combattent les rationalistes qui ouvrent une porte de dialogue ! » Vice-président de la Conférence des imams, instance très minoritaire à laquelle appartient l’imam de Drancy Hassen Chalghoumi,  « Bien sûr que je suis minoritaire dans la représentation. Mais je reçois presque 500 personnes par jour dans ma mosquée. »

Le CFCM, combien de divisions ?

Jusqu’à ces derniers jours, Drouiche briguait la présidence de la Grande mosquée de Paris. Patatras, entre-temps, l’inamovible Bouteflika, pardon Boubaker, a laissé la place à son dauphin, en cours à Alger. En vain, Drouiche demandait « le soutien de Macron », conscient que ce genre de tractation « se passe entre la présidence française et la présidence algérienne ».

Voilà un cheval de bataille supplémentaire pour cet homme qui n’en manque pas. L’islam consulaire est une rustine posée sur la plaie du sécessionisme islamiste. Certes, Turquie mise à part, les ambassades n’ont plus prise sur les deuxième, troisième et quatrième générations de musulmans. Mais Alger, Rabat, Ankara voire Riyad ou Doha ont placé leurs pions au sein de l’islam de France. Si bien que « presque tous les imams républicains sont exclus des aumôneries ou de leurs mosquées par le Conseil français du culte musulman (CFCM). La République a installé un élément qui travaille contre la République ! ». Contre ce mercenariat islamique, Drouiche sort les chiffres qui fâchent : d’après l’Institut Montaigne, seuls 9% des musulmans français déclarent se reconnaître dans le CFCM! Peut-être parce que 90% des imams de France restent dépourvus de toute diplôme en théologie…

Non au complotisme

Dernière mise au point, l’imam considère qu’exonérer les musulmans de leurs responsabilités dans la montée de l’islamisme et du djihadisme ne les aide pas. Pire, l’essor des théories du complot (qui s’orientent inexorablement vers qui-vous-savez…) permet aux plus radicaux de « manipuler la foule des musulmans » en la faisant « vivre dans la victimisation ».  Hélas, « ça marche parce que les gens ne veulent pas se libérer ». Souhaitons que l’amour de la liberté conquière les mosquées de France et de Navarre.

Détruire le fascisme islamique

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Frédéric Fromet: humour de fonctionnaires

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Frédéric Fromet en 2017 © SADAKA EDMOND/SIPA Numéro de reportage: 00856966_000001

Il ne saurait être question d’interdire les chansons blasphématoires de Frédéric Fromet visant les cathos. Elisabeth Lévy déplore toutefois que l’humour de France inter soit à sens unique.


C’était vendredi soir dans « Par Jupiter », l’émission prétendument humoristique de Charline Vanhoenacker sur France inter – prétendument, car s’il peut arriver à ces rebelles appointés d’être drôles, l’humour, c’est autre chose, un pas de côté. Or ceux-là foncent sur tous les boulevards qui s’offrent à eux. Quelques jours après le cinquième anniversaire de l’assassinat de nos dessinateurs aux cris de Allah Akbar, on aurait pu attendre de Frédéric Fromet, chanteur-humoriste payé par nos impôts, qu’il s’en prenne par exemple aux Frères musulmans qui contrôlent nombre de nos quartiers. Ou aux déséquilibrés armés du Coran et de couteaux. Que nenni. L’urgence était de combattre les intégristes chrétiens qui, au Brésil, ont tenté d’interdire une série mettant en scène une liaison homosexuelle de Jésus. 

Ce qui a donné: « Jésus est pédé, Jésus est pédé, J’vois pas pourquoi ça dérangerait ». Fromet a justement voulu déranger, autrement dit épater le bourgeois, et ça a marché. La chanson a choqué pas mal de cathos, comme les caricatures de Mahomet publiées par Charlie avaient choqué beaucoup de musulmans. Mais ce n’est pas le problème. La laïcité à la française commande d’accepter d’être choqué par les idées, les croyances ou l’humour des autres. Encore faudrait-il que les baffes soient équitablement distribuées. 

Avec le catho, tout est permis!

Ce qui choque dans l’humour francintérien (ridiculisé dans le dernier livre de Beigbeder) n’est pas qu’il dérange les idées établies, bien au contraire, mais qu’il soit fort avec les faibles et faible avec les forts. 

A lire aussi: Elisabeth Lévy sur France Inter : « Vous n’informez pas, vous endoctrinez »

Face à l’islam radical qui a le vent en poupe et dont certains représentants sortent leur revolver quand ils entendent le mot critique, on fait preuve sur France inter d’une délicatesse de jeune fille. Il ne faut pas froisser le musulman du coin de la rue avec le grossier rappel des exploits macabres commis en son nom (le Huffpost qui s’est préposé à la défense de Fromet a exhumé, pour les cinq dernières années, une chronique sur les frères Coulibaly, datant de la courte période où France Inter était Charlie.) Avec les Juifs, on n’ose pas. Comme disait Bernanos, Hitler a déshonoré l’antisémitisme. 

Avec le catho, tout est permis. Tous pédophiles, tous intégristes, tous fachos. Tous des ploucs. Après l’incendie de Notre Dame Fromet s’était illustré en chantant « elle a cramé la cathédrale » sur un air de comédie musicale – avant de souhaiter qu’on soit aussi débarrassés des curés. 

Le vrai scandale

Il est vrai qu’on ne peut pas défendre l’humour et interdire le mauvais goût. Aussi ne s’agit-il pas d’interdire. On peut néanmoins observer que, sur France inter, le mauvais goût est à sens unique. Il hurle avec les loups, en particulier avec les minorités actives qui ont fait du statut de victime une arme pour pourrir la vie de leurs concitoyens. Un coup d’œil aux sujets des dernières cibles du sieur Fromet est révélateur : Finkielkraut et les vieux schnocks qui s’en prennent à Greta Thunberg, les violences policières, contre la réforme des retraites évidemment. Le jour où Fromet osera se moquer des tartuffes de gauche, du lobby LGBT, des féministes puritaines et punitives, des islamo-gauchistes, de Ladj Ly, de Télérama, voire de lui-même, bref des vaches sacrées et des idées dominantes, on pourra parler de subversion. Pour l’instant, il n’est qu’un mutin de Panurge, un petit soldat de la bien-pensance payé par mes impôts. D’aucuns trouveront mesquin ce rappel récurrent de « qui paye ». Que l’argent public finance une telle propagande est pourtant un scandale qui devrait mobiliser tous les esprits épris de liberté. 

A lire aussi: Si France Inter est numéro 1, c’est parce qu’elle est « progressiste »

Pour autant, ceux qui, parmi les cathos, caressent l’espoir de rétablir le délit de blasphème font fausse route. Certes, quand un ministre, Julien Denormandie en l’occurrence, affirme, l’ignorance en étendard, que « l’islamophobie est un délit », faisant dire à Richard Malka « on se demande comment un ministre peut être aussi con », on se dit que le combat est déjà perdu. En attendant, des intellectuels ont été insultés et traités en justice pour n’avoir pas cédé au chantage à l’islamophobie, ce n’est pas pour qu’on en fasse taire d’autres en les traitant de cathophobes.

Nous ne défendrons pas la liberté d’expression en décrétant qu’on n’a plus le droit de rire de rien mais en revendiquant notre droit de rire de tout, y compris des sujets interdits par l’opinion censément éclairée. 

J’adjure donc mes amis catholiques, représentants en ligne directe de la vieille culture majoritaire en France, de ne pas céder à leur tour à la tentation victimaire, de ne pas devenir la énième minorité vindicative. L’humour n’est pas seulement un droit, c’est une façon de penser. 

Il ne s’agit donc pas de protéger les cathos contre la critique et la caricature mais d’étendre à tous, aux musulmans, aux juifs, aux pêcheurs à la ligne et aux végans la liberté de critiquer, de penser et de déconner. Commençons par nous en servir en nous payant sans relâche la tête des ronds-de-cuir du rire. En attendant de leur apprendre un jour le sens du mot « pluralisme ». 

Les Rien-pensants

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L'homme qui pleure de rire: roman

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Pologne: une certaine idée de l’antisémitisme

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pologne juifs antisemitisme
Figurines représentant des Juifs ayant les traits des caricatures antisémites, Cracovie (Pologne), 2019. Sipa/Gaelle Girbes. Numéro de reportage : 00930003_000001.

Sur les bords de la Vistule, le ressentiment anti-juif a survécu à la Shoah. Et s’exprime sans complexe. Témoignage.


Avant que Vichy ne salisse tout, il y eut en France un antisémitisme de bon aloi. C’était le 11 novembre 1918. Une comtesse du Faubourg Saint Germain, réputé pour son esprit, tenait salon. De nombreux jeunes officiers se pressaient chez elle pour saluer la victoire. Un officier arriva, en retard, et dit : « Est-ce que vous savez que le fils Camondo[tooltips content= »Un richissime banquier juif de l’époque. »]1[/tooltips] vient, le dernier jour de la guerre, d’être tué aux commandes de son avion ? » Un autre officier enchaîna : « Y’a pas à dire, les Juifs se sont bien conduits pendant cette guerre ». La comtesse enchaîna alors : « Ce n’est pas étonnant, c’était une guerre d’usure ».

L’antisémitisme polonais a d’autres charmes. J’étais à la terrasse d’un café, sur la place du Palais-Royal, à Varsovie. C’était un dimanche. Il faisait beau. Les gens étaient beaux. Des mamans se promenaient avec leurs enfants. Des couples d’amoureux s’embrassaient. Un groupe de personnes arriva sur la place et se mit aux pieds de la statue du roi Zygmunt.

Un pays aux mains des « sionistes » ?

Ils étaient six : deux hommes, deux femmes, deux enfants. Lugubres, mal habillés, laids. Ils déployèrent une banderole sur laquelle était marquée : « Le Parti des Polonais pauvres ». Il était facile de comprendre qu’il s’agissait d’un groupuscule nationaliste et d’extrême droite. Je les regardais avec une curiosité amusée, tout en continuant à boire mon café et à fumer une cigarette. L’un des hommes prit le haut-parleur et commença un discours.

A lire aussi: Pologne: la bigoterie musulmane pas la bienvenue à la fac

C’était assez simple. Il était question que la Pologne n’appartenait plus aux Polonais. Qu’elle avait été toute entière achetée par les sionistes. Et cela continua comme ça pendant dix minutes, avec un mot qui revenait sans arrêt : « sionistes ». Le point d’orgue fut atteint quand le pathétique individu déclara qu’Adam Michnik, le directeur, d’origine juive du meilleur journal polonais, Gazeta Wyborcza, était « le roi sioniste de la Pologne ».

« Les Allemands ont tué tous les bons juifs »

Il faisait chaud. L’homme transpirait. Il passa le haut-parleur à son comparse et s’écarta pour boire une bouteille d’eau. Comme j’étais d’excellente humeur, je m’approchai de lui. Il me regarda d’un air méfiant : les Polonais sont très physionomistes.

En baragouinant le polonais, je lui expliquai que je venais de France et que j’avais une question à lui poser. Vaguement inquiet, il opina du chef. « Pourquoi dites-vous tout le temps « sionistes » et pas « Juifs » ? ». Le type me répondit : « Je ne dis pas Juifs car nous aimons beaucoup les Juifs ». Je le félicitai :  « C’est bien ». Et il enchaîna : « Vous savez, les Juifs nous manquent. Avant la guerre, il y avait plein de Juifs formidables en Pologne. Et il y en avait aussi d’autres. Et vous savez ce qu’ont fait les Allemands ? » Je nageais en plein bonheur et lui dis que non.

A lire aussi: Lucien Ehrard: Pologne: la droite gilet jaune crucifie les libéraux

Le bonhomme m’expliqua : « Vous savez, les Allemands ont tué tous les bons Juifs et ont laissé les mauvais en vie. Ceux que j’appelle les « sionistes » ». Je l’achevai : « Vous savez, je suis Juif moi aussi. À votre avis, je suis un bon Juif ou un mauvais Juif ? » Le type resta sans voix.

Elle court, elle court la rumeur…

Le lendemain, j’avais rendez-vous avec Adam Michnik. Je lui racontai ma belle histoire de la Place du Palais Royal. Il me répondit : « J’ai mieux ». De son bureau, il sortit une lettre qui lui avait été adressée par un groupe d’officiers polonais. Il me l’a lue à haute voix. Les officiers lui envoyaient leurs salutations et leur reconnaissance :

« Cher monsieur Michnik. Vous avez combattu le communisme, et grâce à des hommes comme vous, la Pologne en est débarrassée. Soyez assuré de notre reconnaissance. Mais, d’infâmes rumeurs circulent sur vous, et elles nous indignent. On entend dire que Michnik n’est pas votre vrai nom et que vous vous appelez Szechter. Et que vous êtes Juif. Eh bien, monsieur Michnik, nous savons que ce sont les Juifs eux-mêmes qui inventent cette rumeur pour ternir votre réputation ».

J’ai quitté Varsovie. À Paris, j’ai vu des manifestations avec des gens qui criaient « Mort aux sionistes » en français et « Mort aux Juifs » en arabe. Et je compris que j’étais rentré chez moi.

La Judéophobie des Modernes: Des Lumières au Jihad mondial

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Belgique: il était une fois un pays divisé

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Manifestation du parti nationaliste flamand Vlaams Belang pour la Fête du Travail le 1er mai 2010 © ARNOLD BRUNO/EUEYES/SIPA, Numéro de reportage : 00598379_000030.

La division de la Belgique fait parler d’elle épisodiquement, d’autant que le pays est sans gouvernement depuis plus d’un an. Vu depuis l’autre côté du Quiévrain, elle est souvent tournée en dérision, à la façon d’une de ces histoires drôles courantes sur les ressortissants du plat pays. Pourtant, elle est le fruit de l’histoire méconnue de ce pays, situé sur plusieurs lignes de fracture du continent européen.


 

La Belgique est un État né sur le tard. S’il existe bien une Gaule Belgique à l’époque romaine, qui recouvre plus ou moins le territoire que nous connaissons, elle s’étend aussi au-delà pour couvrir les rives de la Seine et les Vosges, voire le Jura pour la province éponyme créée par l’Empire. Par ailleurs, il s’agit d’un ensemble de tribus dont l’organisation n’a pas grand-chose à voir avec un État. À la suite des invasions barbares, le territoire belge sera conquis par les Francs, et après les différents soubresauts des dynasties mérovingiennes et carolingiennes, finira divisé entre le Royaume de France et le Saint-Empire germanique lors du tournant de l’an mil.

Une naissance qui repose sur l’identité catholique

C’est la réforme protestante qui va causer l’apparition de la Belgique. En effet, à la Renaissance Luxembourg, Belgique et Pays-Bas forment une seule entité dénommée Pays-Bas espagnols. Mais à la suite du développement du protestantisme dans la partie septentrionale, celle-ci fait sécession et déclare son indépendance en 1581 sous le nom de Provinces-Unies. Désormais, le territoire belge a une réalité propre : celle d’un territoire sous le contrôle des Habsbourg (d’Espagne puis d’Autriche) et catholique de ce fait.

Toutefois, il faut attendre le XIXe siècle pour voir cette entité devenir un véritable État. Après une brève conquête par la France révolutionnaire puis napoléonienne, elle se voit rattachée d’autorité aux Provinces-Unies lors du congrès de Vienne en 1815. Mais supportant mal la tutelle des Hollandais calvinistes, la Belgique connaît en 1830 une révolution qui conduit à son indépendance.

Une domination francophone pendant le XIXe siècle

À sa naissance, la Belgique est un pays dominé par la francophonie, bien que les néerlandophones soient plus nombreux. En effet, grâce à l’industrialisation, la Wallonie est prospère économiquement, tandis que la Flandre est pauvre, et d’ailleurs terre d’émigration. Ainsi, le français est la langue des gouvernants de Bruxelles et cette domination se retrouve lorsque le pays s’aventure au Congo, où la langue de Molière devient langue de la colonisation tandis que le néerlandais n’y est diffusé que de façon marginale.

Pendant la guerre de 14-18, le pays est envahi par l’Empire allemand et le gouvernement se réfugie à Sainte-Adresse, à côté du Havre. À l’issue de celle-ci, la Belgique gagne un peu de territoire avec Eupen, Malmedy et Saint-Vith, mais aussi une communauté germanophone qui s’ajoute à l’édifice linguistique.

Cependant, durant le 20e siècle, le rapport de force entre Flamands et Wallons évolue. La natalité a chuté dès 1870 chez les francophones, et la population flamande voit son poids démographique s’accroître dans le pays.

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Caroline de Haas, la fortune de la vertu

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Caroline de Haas lors de la première réunion du Groupe F, un "mouvement féministe de masse de lutte contre les violences sexistes et sexuelles", Paris, 5 janvier 2017 ©Yann CASTANIER/ Hans LUCAS/ AFP

Au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, la militante féministe a contribué à faire adopter le texte qui oblige le secteur public à financer des formations contre le harcèlement sexuel. La militante a ainsi créé le marché de sa future entreprise A défaut d’être moral, tout est légal. Enquête.


 

Mai 2012. Caroline De Haas a 32 ans. Elle a suivi le parcours classique d’une militante socialiste de sa génération. Secrétaire générale de l’Union des étudiants de France (UNEF) de 2006 à 2009, administratrice de La Mutuelle des étudiants (LMDE) – et spectatrice passive de son naufrage (voir encadré) –, elle patiente quelques mois comme chargée de mission à Touristra, un opérateur de tourisme proche de la CGT, avant de devenir, en novembre 2009, attachée de presse du porte-parole du PS, Benoît Hamon. À la même époque, elle participe au lancement de l’association Osez le féminisme. En mai 2012, elle gravit une marche supplémentaire en intégrant le cabinet de la nouvelle ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem.

La petite équipe se bat pour exister et elle y arrive plutôt bien. En moins d’un an, le cabinet imprime sa marque à deux textes importants. Il y a d’abord la loi du 6 août 2012 sur le harcèlement sexuel, puis le protocole d’accord sur l’égalité professionnelle dans la fonction publique, signé le 8 mars 2013. Celui-ci débouche sur une « charte pour la promotion de l’égalité et la lutte contre les discriminations », signée le 17 décembre 2013 par l’État et les syndicats du public.

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Contraignante, la charte prévoit des « formations spécifiques » pour « connaître, prévenir et traiter le harcèlement sexuel et moral » et précise que « tout nouvel entrant dans la fonction publique devra recevoir une formation dédiée à ces problématiques » et aux « violences particulières faites aux femmes ». Soit, au bas mot, plusieurs dizaines de milliers de clients chaque année.

En mai 2013, Caroline De Haas quitte le ministère. Moins de trois mois plus tard, le 27 juillet, elle dépose au registre du commerce les statuts d’une société anonyme à actionnaire unique (SASU), nommée « Égaé, d’égal à égale », ayant vocation à dispenser des formations spécifiques pour connaître, prévenir et traiter le harcèlement sexuel et moral, à destination des employeurs publics…

Sur le moment, personne ne tique, excepté une vieille connaissance de Caroline De Haas, Baki Youssoufou. Ex-leader de la Confédération étudiante, un syndicat concurrent de l’UNEF, il publie en ligne, le 25 mai 2013, un texte cinglant : « Ce matin, après avoir lu le tweet d’une copine […] concernant une formation des élues locales et élus locaux dont le thème principal est “L’égalité femmes-hommes dans les collectivités : comment agir ?”, je me suis dit que moi aussi, je veux avoir mon projet irréalisable, mais qui va m’apporter du pognon. » Baki Youssoufou vient d’apprendre que Caroline De Haas allait donner des cours à l’Institut européen des politiques publiques (IEPP), un organisme de formation continue qui travaille beaucoup avec les maires et les parlementaires. « Elle devient donc formatrice des élus sur un sujet pour lequel elle était au ministère ? Mouais ! […] En gros, elle va présenter une sensibilisation qu’elle a réalisée pour le compte de son ancien employeur à des fins privées et personnelles. […] On peut avoir de sérieux doutes sur l’origine des données utilisées pendant cette formation », pointe Baki Youssoufou.

« Le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem était très resserré, cinq personnes, pas plus, souligne un ancien collaborateur du même gouvernement. Il ne fait aucun doute que Caroline De Haas a été associée aux travaux sur la loi d’août 2012 et la charte de 2013. Elle en connaissait les contenus et savait exactement de quoi les administrations auraient besoin en termes de formation. Quand elle était en fonction, elle a élaboré une session de sensibilisation au sexisme à destination des ministères, ce qui l’a mise en contact avec les référents “discrimination” des administrations centrales. Beaucoup d’entre eux s’ennuyaient. Leur fonction était peu valorisée. Elle s’intéressait à leur travail, elle a été bien accueillie. »

Tout ceci est-il bien légal ? Selon Jean-François Kerléo, professeur de droit public à l’université d’Aix-Marseille, oui. « Aujourd’hui, ce serait peut-être différent, car une loi votée en août 2019 a précisé les contours du conflit d’intérêts pour les collaborateurs de cabinet. À ma connaissance, en 2013, en revanche, aucune disposition n’interdisait à une personne venue du privé de développer une activité de conseil après un passage dans un ministère, même dans des domaines en rapport avec ce ministère. » L’exemple vient d’en haut. D’Emmanuelle Cosse à François Fillon, en passant par Dominique de Villepin et Dominique Strauss-Kahn, de nombreux ex-ministres ont créé leurs sociétés.

Caroline De Haas © Hannah Assouline
Caroline De Haas
© Hannah Assouline

Un business rentable, mais fragile

Caroline De Haas assure avoir demandé le feu vert de la commission de déontologie de la fonction publique en 2013. C’est tout à son honneur. Comme le soulignait la commission elle-même dans son rapport annuel 2013, les personnes qui quittent le service de l’État « recourent rarement à la possibilité qui leur est offerte de saisir directement la commission » !

Celle-ci lui aurait interdit de travailler avec les services du ministère pendant trois ans[tooltips content= »Elle n’a pas souhaité répondre à nos questions, mais c’est ce qu’elle a affirmé à L’Express. Portrait publié le 16 mars 2017, sous le titre « Caroline de Haas, une pro de la com’ à l’assaut de l’Assemblée » »][1][/tooltips]. Si c’est exact, la commission aurait aussi dû se pencher sur le cas de Pauline Chabbert, associée de De Haas au sein d’Égaé. Elle a été en poste au ministère des Affaires étrangères de 2009 à 2013, comme responsable des questions de genre et développement. Dès sa première année d’exercice comme consultante spécialisée dans les questions d’égalité hommes-femmes, elle a travaillé pour le Quai d’Orsay et au moins deux de ses satellites, l’Agence française de développement et l’Institut français[tooltips content= »Pauline Chabbert a publié un communiqué de presse pour s’en féliciter le 21 octobre 2014″][2][/tooltips].

« Dans une telle situation, poursuit Jean-François Kerléo, ce n’est pas le consultant qui prend un risque, mais le fonctionnaire qui contractualise avec lui, car il peut commettre un délit de favoritisme ou de prise illégale d’intérêt. La jurisprudence est très stricte, à cet égard. Un simple lien d’amitié suffit. En avril 2018, la Cour de cassation a confirmé la condamnation d’un maire qui avait choisi pour un marché de BTP une société dont le patron était de ses partenaires de golf ! »

Caroline De Haas et Pauline Chabbert ne sont pas les seules membres d’Égaé à avoir travaillé dans un ministère. Une autre collaboratrice est passée par le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, rattaché à Matignon. Une autre encore a participé à la rédaction du « plan égalité 2014 » du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Autrement dit, plusieurs collaboratrices d’Égaé ont en commun d’avoir traité, dans la sphère publique, les sujets sur lesquels elles vendent leur expertise dans le privé.

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Le chiffre d’affaires d’Égaé a progressé de 176 900 euros en 2014 à 502 000 euros en 2018. La société a dégagé un bénéfice en 2018 (58 000 euros) après trois exercices déficitaires. 2019 devrait être une bonne année. Égaé, associé à d’autres cabinets, a gagné deux appels d’offres totalisant plus de 1,6 million d’euros pour des formations à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes destinées aux ministères de la Santé, du Travail et des Sports. En y ajoutant les collectivités et leurs satellites, le secteur public représente la quasi-totalité de l’activité d’Égaé. Une position qui n’est pas sans risque. Si les fonctionnaires qui ont côtoyé de près ou de loin les représentants d’Égaé dans le passé commençaient à craindre les accusations de favoritisme, le vent pourrait tourner. D’où, sans doute, le besoin de se diversifier vers le privé.

Diversification à haut risque

Le cabinet s’y emploie. En 2017 déjà, choisi comme prestataire pour de la formation continue par un grand organisme paritaire (L’Agefos-PME), Égaé propose aux stagiaires « un accompagnement personnalisé, sur mesure, dans les locaux de l’entreprise[tooltips content= »Brochure Égaé du 18 octobre 2017″][3][/tooltips] ».

Mais Caroline De Haas le reconnaît sur son blog Mediapart, dans un billet du 19 mars 2019 : « vraiment très peu » d’entreprises se laissent convaincre. Jusqu’à plus ample informé, il y en a eu deux, Mediapart et le groupe Le Monde-Télérama. Chez ce dernier, la mission a débouché sur le licenciement de deux cadres de Télérama pour harcèlement et comportement sexiste, en mai 2019, sur la base des témoignages recueillis par une cellule d’écoute mise en place par Égaé. Un client prestigieux pour un résultat spectaculaire. Jusqu’à présent, en effet, les actions d’Égaé dans la fonction publique n’ont guère provoqué de remous, ce qui tranche avec la gravité de la discrimination quasi systémique décrite par Caroline De Haas. À Télérama, enfin, des têtes tombent ! Paradoxalement, cette victoire place Égaé en position vulnérable. Comme les deux salariés licenciés de Télérama ont saisi le conseil des prud’hommes, les conclusions de la cellule d’écoute seront examinées de manière contradictoire, sur la base du Code du travail.

En attendant la décision des juges, un autre élément peut inciter à la prudence les entreprises intéressées par les prestations d’Égaé. Au moment où le cabinet montait à Télérama ce dossier qui s’avère risqué, il assurait en parallèle un module de formation pour l’Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE). Cet organisme de formation est rattaché au secrétariat général du ministère de l’Économie et des Finances, cotutelle, entre autres, de l’inspection du Travail… Le stade où le cabinet formerait des magistrats et des inspecteurs du Travail aux violences sexistes tout en étant partie prenante dans des plaintes en cours approche dangereusement. Un géant du conseil comme KPMG peut certainement cloisonner les missions assurées par ses centaines de consultants. Au sein d’une équipe de moins de dix personnes comme celle d’Égaé, c’est plus difficile.

Quoi que l’on pense de Caroline De Haas, de sa sincérité (probable), de son courage (indéniable) et de son sens de la mesure (inexistant), elle sera probablement appelée à choisir bientôt. Conseil en ressources humaines ou agitatrice ? Le premier rôle paye bien. Le second lui va peut-être mieux.