France inter est une radio de gauche. Cela ne serait pas un problème, si elle n’était pas financée par tous les Français.
France Inter est, parait-il, une radio publique. Pourtant, le service public est soumis à un devoir de neutralité lui interdisant d’être l’instrument d’une propagande. Apôtre d’un gauchisme moralisateur, n’est-ce pas ce que cette radio est devenue? Naturellement, nous pouvons choisir de ne pas les écouter. Cela ne nous empêchera pas de devoir les financer par nos impôts.
Toujours les mêmes cibles
Récemment, un pseudo humoriste, Frédéric Fromet, nous a montré à quel point cette radio pouvait être sectaire et agressive. Dans une chanson intitulée « Jésus est pédé », le chansonnier allie vulgarité et haine (« Du haut de la croix, pourquoi l’avoir cloué, pourquoi l’avoir pas enculé ? »). Comme une impression que France Inter s’inspire de Charlie, sans le talent, ni le courage de s’attaquer à toutes les communautés religieuses, et pas seulement la cible la plus facile. Le chansonnier s’était déjà distingué en tournant en dérision la mort du matador Iván Fandiño lors d’une corrida, ou en ironisant sur l’incendie de Notre-Dame, symbole de la tradition chrétienne de la France que France Inter visiblement vomit.
France Inter aime prôner un esprit de tolérance et d’ouverture. En réalité, ses journalistes expriment une pensée totalitaire, et sont incapables d’entendre la moindre idée contradictoire. Durant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017, la chronique d’un autre humoriste, Pierre-Emmanuel Barré, avait été censurée car il avait déclaré qu’il ne voterait pas pour Emmanuel Macron. Mais quelle est la légitimité d’une radio du service public de prendre parti aussi nettement pour un candidat politique? France Inter ne se pose même pas cette question tant elle est persuadée de prêcher la vérité contre l’hérésie d’une droite réactionnaire qu’il faudrait réduire au silence.
La radio déconnectée du peuple
France Inter n’est pas une radio d’information. C’est la radio du « Camp du Bien », la radio d’une pseudo-élite déracinée, déconnectée du peuple, se croyant rebelle alors qu’elle représente le système dans ce qu’il a de plus conformiste et de plus détestable. France Inter, c’est le sarcasme permanent, « la bouche en coin, toujours du côté gauche », selon l’excellente expression de Maitre Gilles-William Goldnadel. Chez France Inter, on se complait toujours à se gausser car on sait qu’il n’y a pas mieux pour humilier quelqu’un que de rire à ses dépens.
Ce qu’il y a de fascinant avec la station star de la Maison de la radio, c’est que personne ne peut se risquer à la critiquer.
Que ce soient les politiques, par peur de ne plus être invités dans la matinale la plus écoutée de France, ou tel intellectuel de droite qui se retrouverait immédiatement caricaturé à outrance par Guillaume Meurice ou Charline Vanhoenacker : nul ne prend le risque de déstabiliser une pensée autoproclamée correcte. Mais comme France Inter est financée par les Français, il faut rappeler aux Français qu’ils paient une caste parisienne de bobos de gauche, arrogants et méprisants, cultivant la vulgarité de masse et protégés par leur statut.
L’humour dévastateur de Philippe Muray naît de l’idée que l’homme est féroce et mu par la jalousie. Contre l’optimisme anthropologique de L’Empire du Bien, il s’est réfugié dans l’écriture et la possession des femmes.
Dans un poème intitulé Tombeau pour une touriste innocente, Muray évoque une touriste dotée de toutes les qualités contemporaines qu’il réprouve – un fond idiot et impitoyablement sympa – qui se fait trucider par un islamiste. Celui-ci est défini ontologiquement par Muray comme un « terroriste qui se voulait touriste », c’est-à-dire une sorte de frère en abrutissement de celle qu’il égorge, de symétrique inverse de sa victime, partageant le même idéal de règne de la bêtise. Ce poème, me dit-on, a été retiré de la liste des textes lus sur scène par Fabrice Luchini, car le public n’accrochait pas. Il y avait un blanc. Flash-back : Cunégonde, dans Candide, est violée par tous les reîtres qui traînent en Europe centrale et même, si je me souviens bien, termine cul-de-jatte et borgne ; mais il semblerait que, deux cents ans plus tard, cet effet comique de contraste avec l’optimisme philosophique de Pangloss ne soit plus possible sous la plume de Muray. Comme si les spectateurs ne pouvaient pas accepter un humour féroce, faute de sentir la férocité en eux, ni un humour où l’imbécile est victime, car cette imbécile était vertueuse.
Muray a un succès universel et superficiel quand il se moque des bobos. Mais quand il dit pourquoi il s’en moque, quand les vrais motifs sont sur la table, il n’en a plus. Quand il dévoile le fond de sa pensée, c’est le sauve-qui-peut, car sa pensée part de l’idée que l’homme est féroce et qu’il est fou quand il ne le voit pas. Or le truisme occidental contemporain érigé en principe est le suivant : l’homme est bon et il est sage quand il se pense bon. Ceux qui pensent que l’homme est mauvais sont mauvais.
Retour à l’inacceptable projet de Muray : désespérer l’optimisme anthropologique. Débouter Polnareff, glorifier le syllabus. De là, la première discussion qui s’ouvre sur l’avenir des thèses de Muray : jusqu’à quand serons-nous assez bêtes pour construire nos lois, nos institutions, nos programmes politiques sur notre phantasme de pureté intérieure immarcescible ? Et comment éviter le ridicule qu’il y a à constater les désordres du monde sans y voir l’effet de sa propre imperfection de nature ? Comment, en un mot, tourner autour de la question de la sagesse ? Et préférer à la sagesse l’accusation permanente ? Le bouc émissaire va-t-il disparaître ? La violence cesser de se focaliser sur des faux coupables ? Si la réponse est oui à ces deux dernières questions, Muray aura été exagérément pessimiste et aura forcé le trait. Mais si la société tourne à l’insurrection permanente des accusateurs contre des accusés imaginaires, comme nous le constatons tous les jours, l’auteur d’Après l’Histoire aura présenté un miroir à une époque où la curiosité, la réflexion, l’honnêteté sont réprouvées. Si les lyncheurs digitaux, qui sont à la fois en crise narcissique et en extase criminelle permanentes prolifèrent et deviennent la norme psychologique et morale, comme on peut le craindre tous les matins, Muray sera notre Jérôme Bosch littéraire.
Deuxième remarque : dans le dernier tome paru de son Ultima necat, il est souvent question de ses relations avec Philippe Sollers. L’analyse de Muray est très simple : Sollers ne tolère pas qu’on existe ailleurs que dans son ombre, dans cette obscurité propice au crime où il étranglera plus ou moins aimablement l’homme de talent qui aurait pu lui disputer la lumière. Ce sont des passages très drôles où la méfiance de Muray a presque l’air de se matérialiser, généralement à la Closerie des Lilas. Muray pense du mariage ce qu’il pense de Sollers. L’épousée vous tue sournoisement, à l’ombre de la loi. À petit feu, avec des ménagements, en vous expliquant qu’elle vous veut du bien. Une femme, ou un éditeur, c’est la synthèse de l’étrangleur ottoman et du consultant en bien-être. La misogynie de Muray et sa phobie de l’éditeur ont la même source : le désir de se fabriquer une baronnie où il serait libre, sous le soleil, sachant qu’il est entouré d’ennemis de ce projet. La jalousie est en effet chez lui le grand motif des actions sociales comme du projet conjugal. Dans les deux cas, l’objectif est que rien de libre ne subsiste autour de soi. L’être jaloux veut être seul à régner sur le néant. Des êtres jaloux qui veulent s’entre-empêcher de produire, d’exister, de vivre : ce résumé de l’état de la société et du couple me paraît parfaitement contemporain.
Troisième remarque : quand même, il est tombé dans le piège tendu au mâle hétérosexuel contemporain. Muray étant particulièrement intelligent et ne faisant rien comme tout le monde, il n’est pas tombé dans les pièges communs. Le premier piège où sombrent les hommes contemporains est de se déclarer réfugié sexuel : il s’agit de constater que les rapports hétérosexuels étant devenus impossibles tandis que la sexualité est restée nécessaire, on sera désormais homosexuel, ou on adoptera une des nombreuses propositions possibles à l’intersection du sexe, du genre et de l’orientation, dont la liste est disponible au siège de l’UNEF. C’est le piège « Tout sauf bobonne », ou plutôt : « N’importe quoi plutôt que bobonne. » Tomber dans le deuxième piège, c’est obéir aux injonctions que l’esprit de meurtre de l’homme nous adresse : acheter des lingettes au calendula à 23 heures au Franprix en se trouvant formidable. Confondre la réduction en esclavage avec la solidarité conjugale et parentale. Bref, incliner sa fierté et son indépendance au point de se transformer en un gastéropode sournois, un lâche faussement épanoui, qui deviendra aussi liberticide en société qu’il est privé de liberté dans sa vie personnelle. Muray tombe dans le troisième piège, le plus sophistiqué : instrumentaliser les femmes, qu’il adore pourtant. Il les adore esthétiquement, et il en pense le plus grand mal, parce qu’il considère qu’elles ont le projet de remplacer leur amant en mari, c’est-à-dire un condamné à mort qui sera exécuté au moyen du premier enfant qui naîtra. Donc, il ne prend la femme qu’avec son option pilule. Certes, nous en sommes tous là. Nos sentiments sont aussi éruptifs qu’ambivalents. Le désir de révolte se dispute avec les promesses de la volupté. Mais Muray ne veut pas penser à cette idée pourtant inscrite dans la civilisation chrétienne qu’il défend, idée qui n’est pas déshonorante : il est tout de même courtois de leur faire un enfant quand elles le désirent.
Caroline De Haas ne mentionne pas sur son CV sa première expérience professionnelle comme administratrice de la LMDE (2006-2009). Et pour cause. La sénatrice LR Catherine Procaccia, qui a mis fin au régime étudiant, répond à nos questions sur cette mutuelle qui fut si mal gérée par l’UNEF.
Fondé en 1948, le régime de sécurité sociale des étudiants a définitivement disparu en août 2019, les quelques 1,2 million d’assujettis étant désormais directement rattachés à l’Assurance maladie. La réforme était devenue inéluctable, en raison des prestations calamiteuses de La Mutuelle des étudiants (LMDE, héritière de la MNEF), qui représentait la moitié du régime. L’autre moitié était couverte par les mutuelles régionales du réseau Emevia. Carte vitale délivrée avec des mois de retard, service de réclamation injoignable, délais de remboursement ahurissants, pendant des années, la LMDE a fait vivre l’enfer à des dizaines de milliers d’étudiants.
Détail souvent passé sous silence, elle avait un conseil d’administration, où siégeait systématiquement une écrasante majorité de délégués issus de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF). Ces délégués touchaient une indemnité moyenne de 1 200 euros par mois, avec des pointes à 2 200 euros, pour un total annuel de 250 000 euros. Caroline De Haas a fait partie de ces administrateurs rémunérés par la mutuelle, lorsqu’elle était secrétaire générale de l’UNEF, de 2006 à 2009. Son CV en ligne sur Linkedin n’en parle pas. Et pour cause. Lors de cette première incursion dans le monde de l’entreprise, alors qu’elle avait le pouvoir concret d’aider des centaines de milliers d’étudiant.e.s, elle n’a rien fait qui ait laissé la moindre trace. On peut dire à sa décharge qu’elle n’a été, sur ce point, ni pire ni meilleure que les autres administrateurs[tooltips content= »Telle Sibeth Ndiaye, actuelle porte-parole du gouvernement, qui a siégé à la LMDE de 2003 à 2008″][1][/tooltips]. Personne ne leur a jamais demandé de comptes, souligne – sans animosité – la sénatrice LR du Val-de-Marne Catherine Procaccia, à l’origine de la proposition de loi qui a mis fin au régime étudiant.
Causeur. Les étudiants administrateurs de la LMDE étaient-ils conscients de l’étendue du désastre ?
Catherine Procaccia. Sans l’ombre d’un doute. En 2013, la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN) a été appelée en renfort, pour tenter de remettre de l’ordre dans la gestion de la LMDE. Les cadres envoyés en mission ont vu arriver les administrateurs élus de l’UNEF avec une liste d’étudiants VIP dont il fallait traiter les dossiers en priorité !
À partir de quel moment peut-on dire que l’UNEF sait forcément que la LMDE est en crise ?
Mes premières questions écrites au Sénat sont un peu antérieures à 2009. À cette période, ma fille était étudiante. La LMDE était injoignable, je me suis rendue dans une agence. Les files d’attente s’étiraient sur le trottoir. Une de ces agences était tout près de l’université de Jussieu. Comment les élus étudiants auraient-ils pu ignorer qu’il se passait quelque chose ? Ils savaient. Ils faisaient remonter quelques dossiers défaillants, comme des faveurs, pour montrer leur utilité, et puis ils encaissaient leur petit pécule tous les mois. Pas si petit que cela, du reste. 1 200 euros par mois lorsqu’on est étudiant, ce n’est pas rien.
Le service était défaillant, mais y avait-il vraiment des conséquences dommageables pour les affiliés ?
Une étudiante avait besoin d’une prothèse pour marcher. La LMDE l’a fait lanterner pendant un an avant de s’apercevoir que son dossier relevait en fait de l’Assurance maladie… Lors de sa première année, le fils du sénateur PS Ronan Kerdraon, qui a cosigné un rapport sur le régime étudiant avec moi, a reçu sa carte Vitale en avril. Ses parents pouvaient avancer l’argent des soins éventuels. Ce n’était pas le cas de tous. Les étudiants étrangers, encore plus perdus que les autres, repartaient de France sans n’avoir jamais reçu leur carte Vitale, dans l’indifférence. C’était une catastrophe.
Pourquoi les administrateurs n’ont-ils jamais rendu de comptes ?
Parce qu’on ne leur en a jamais demandé ! Personne n’a tenté de faire fonctionner correctement cette mutuelle. Elle privilégiait les recrutements politiques, à l’image de ma collègue sénatrice Laurence Rossignol, chargée de mission à temps partiel à la LMDE de 1993 à 2011, pour un travail qui ne lui prenait vraiment pas beaucoup d’heures par semaine. L’État a laissé faire, et pas seulement quand le PS était au pouvoir. J’ai été très agréablement surprise en 2017 lorsque la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé son intention de reprendre ma proposition de supprimer purement et simplement le régime étudiant. Au cours de mon mandat de sénatrice, c’est certainement ce que j’aurai fait de plus directement utile, pour le plus grand nombre de personnes. J’en suis fière. Quant aux administrateurs qui se sont bien recasés, tant mieux pour eux.
Connaissez-vous la cancel culture, cet autodafé moderne et inclusif que la presse féminine entend importer chez nous ?
Entre deux pages de publicité et les photos de mode, le magazine Stylist se pique de décrypter la société. C’est un gratuit qui prétend être bien ancré dans son époque. “Conscient” et “engagé”, il est distribué devant les bouches de métro. En priorité aux cadres dynamiques de sexe féminin, qui, en le glissant sous le bras, se gardent de quoi se remplir le cerveau pendant leur heure de table.
Case annulation pour les personnalités aux comportements polémiques
L’un de leurs derniers articles est consacré à la “cancel culture”. Quesaco ? Le sous-titre nous donne un indice : “Aujourd’hui, les personnalités publiques aux comportements polémiques risquent de passer directement par la case annulation”. Cette mode venue d’outre-Atlantique serait en train de déferler sur la France, ce dont le journaliste se réjouit. “Dorénavant, dès que quelque chose ne nous plait plus, on peut l’annuler dans la minute : forfait de téléphone, course Uber, abonnement Netflix. Alors pourquoi ne pas annuler aussi les humain.e.s?” se demande, en écriture inclusive, la plume de Stylist.
Comme les régimes communistes du siècle dernier, qui réécrivaient sans cesse le passé pour le rendre conforme aux normes idéologiques du présent, la cancel culture entend éliminer tout ce qui disconvient à sa moraline.
Voici quelques-unes de ses cibles :
• l’humoriste Kevin Hart a été évincé de la présentation des Oscars en 2019 parce qu’il aurait posté des blagues ou propos déplaisants envers les homosexuels, dix ans plus tôt. Annulé.
• Kevin Spacey, soupçonné d’abus sexuels, a disparu de la série House of Cards dont il incarnait le héros principal. Mieux, l’acteur est carrément effacé de scènes du film All the Money.
• Polanski, R. Kelly, Woody Allen: pour des affaires fort lointaines et également en dessous de la ceinture, la cancel culture travaille d’arrache-pied à les « annuler ».
• Antoine Griezmann, qui a fait un “blackface” en se grimant en basketteur noir de la NBA, s’est rapidement confondu en excuses. Heureusement, car la meute était prête à le lyncher. La cancel culture (sur)veille…
• Michael Jackson, le roi de la pop lui-même, à la suite d’un documentaire à charge, s’est vu totalement déprogrammé des playlists de nombreuses radios américaines. Jugé et condamné post mortem à cause d’accusations de pédophilie.
Le phénomène des « lecteurs en sensibilité »
Chaque jour, la liste s’allonge… On reconnaitra aisément les victimes de la cancel culture en France: elles ne seront plus reçues par Yann Barthès. Certains, comme Ladj Ly, ne sont pas touchés par la cancel culture – et Causeur s’en félicite ! Dans notre univers d’ados attardés, la carte banlieue vaut sans doute immunité…
Ne reculant devant aucun moyen, même légal, la cancel culture est un sport de combat.
Ses armes de prédilection contre les déviants : le lynchage médiatique et la chasse sur les réseaux sociaux. Selon les propres mots de Stylist, les phalanges de « social justice warriors » qui s’y adonnent représentent la “figure du.de la justicier.ère progressiste et radical.e (…) obsédé par la notion de pureté militante, parfois jusqu’à l’absurde”. Dans la même veine, un nouveau métier connaît un inquiétant essor : les “sensitivity readers”.
Leur noble tâche est d’éviter aux maisons d’éditions d’être taxés de racisme, de sexisme ou d’homophobie. Charlie Hebdo a aussi enquêté sur le sujet. On ne dira plus qu’il n’y a pas de sot métier.
Même Barack Obama, pourtant dans le camp progressiste, s’est ému de ce déferlement de censure. Fin octobre, lors d’une conférence à Chicago, il déplorait que les adeptes de la cancel culture fassent si vite marcher le pilori sur les réseaux sociaux. Il leur reproche en outre de ne pas s’investir dans la vraie vie. Les médias ont repris l’information en boucle au point que la phrase “Obama cancels “cancel culture” est devenue populaire. Mais cela n’a pas empêché le journaliste du New York Times Ernest Owens de critiquer les vues très “boomer” d’Obama sur le sujet. La liberté d’expression serait-elle une relique hors d’âge vénérée des seuls baby-boomers ? En tout cas, les jeunes censeurs nous mettent dans le pétrin.
Vingt nouvelles par un auteur belge dans la tradition du réalisme magique.
Dans Libre comme Robinson. Petit traité de vie privée (Les Impressions nouvelles), Luc Dellisse livrait quelques réflexions aussi salubres qu’impertinentes sur le nouveau monde qui vient, celui de la « ruche planétaire » et sur la manière, bien concrète, de gagner ces maquis qui résistent à la grande mise au pas. L’essai m’avait frappé par son indépendance d’esprit, par la peu commune vigilance que l’auteur exerce pour préserver sa liberté intérieure, qui me fait songer à la figure de l’anarque jüngerien (et non pas l’arnaque, chers lecteurs !), rebelle inflexible au Léviathan.
Échapper à l’enlisement
Avec Le Sas, recueil de vingt nouvelles, toujours dans le même état d’esprit, Luc Dellisse chante « le divin imprévu » cher à Stendhal, et aussi, pour évoquer à nouveau mon cher Jünger, cette mise en garde du Cœur aventureux contre le plus grand danger qui soit, « celui de laisser la vie nous devenir quotidienne ». Par la grâce d’une prose sèche, à la belle densité, l’écrivain s’y montre attentif aux signes avant-coureurs de l’aventure, de ce basculement parfois minuscule, qui nous permet d’échapper au fatal enlisement. Ces vingt nouvelles, dont certaines aux lisières du réalisme magique, celui d’un Gérard Prévot par exemple, décrivent comment le personnage principal, double de l’auteur, saisit la perche tendue par le destin pour rebondir sans jamais perdre ce bonheur d’exister auquel il refuse de renoncer. Parfois drôle, toujours subtil, jamais creux, encore moins verbeux, Luc Dellisse, cœur aventureux, se révèle poète et géomètre de l’âme.
Luc Dellisse, Le Sas, Editions Traverse, 155 pages
Cinq ans après la tuerie de Charlie Hebdo, sur la chaîne Public Sénat, une sénatrice Union Centriste (UC), Françoise Gatel, barbote dans des considérations au ras des pâquerettes sur le voile et sur le journal Valeurs actuelles.
Le 2 janvier, Public Sénat rediffusait l’émission « Questions aux Sénateurs » du 7 novembre 2019. Durant une heure, Françoise Gatel, sénatrice UC de l’Ille-et-Vilaine, y répondait aux questions du journaliste de la chaîne parlementaire. Élue au Sénat en 2014 sur une liste d’union UMP-UDI, Françoise Gatel a été maire de Châteaugiron de 2001 à 2017, date à laquelle elle abandonne son mandat de maire pour se conformer à la loi sur le non-cumul : « Maire, c’est ce qu’il y a de plus formidable, répète-t-elle (…) A un moment j’ai dû choisir ou trancher entre ma fonction de maire et ma fonction de sénatrice. J’ai beaucoup hésité. Mais maire c’est juste formidable. »
Elle dut abandonner également sa présidence de l’Association des Maires d’Ille-et-Vilaine et sa vice-présidence de l’Association des Maires de France. Dans la foulée de ces abandons imposés par la loi, la voici élue secrétaire du Sénat et siégeant, de ce fait, au Bureau de cette institution auprès du Président Gérard Larcher. Comme tous les centristes, elle a soutenu en 2016 Alain Juppé lors de la primaire organisée par les Républicains en vue de l’élection présidentielle. Elle a été élue Présidente de l’UDI de l’Ille-et-Vilaine et Vice-présidente de l’UDI au plan national. Bref, un poids lourd de ce parti européiste qui, emmené par Jean-Christophe Lagarde, son Président, obtiendra 2,5 % des voix aux élections européennes de 2019 et n’aura aucun élu au Parlement européen.
Briguera-t-elle un nouveau mandat de sénateur fin septembre 2020 ? La question ne lui est pas posée. On peut le supposer, les sénateurs renouvelables étant, à la veille des élections sénatoriales, prioritaires pour passer sur la chaîne parlementaire comme pour interroger un ministre lors de la séance des questions d’actualité au Gouvernement retransmise en direct à la télévision. Tout cela est banal dans les coulisses du cirque démocratique : pas de politique sans visibilité, pas de visibilité sans image. Françoise Gatel soigne la sienne avec une pointe d’originalité. Cette élue de la République, née en 1953, aura, si elle se représente, 73 ans à l’expiration de son second mandat en 2026. Les cheveux gris coiffés en brosse, une grosse paire de lunettes rondes pour créer la surprise dans un visage carré, elle est habillée d’une vareuse anthracite à col roulé qui lui donne un air décontracté s’harmonisant parfaitement avec la bonhommie de son timbre de voix. Pendant une heure, elle ne dira pas grand-chose mais réussira à donner l’image d’une femme modérée, ancrée dans son département et soucieuse d’améliorer la vie de ses compatriotes. Elle évoquera notamment le cas d’un jeune guinéen que l’on a aidé à avoir des papiers et qui s’en est sorti. « Il faut que l’école, elle permette à tous les enfants de s’en sortir, et puis il faut que les jeunes, ils aient envie, quoi ; il faut qu’ils aient de l’enthousiasme et de l’espérance ».
Sympathique, mais encore?
Françoise Gatel adore les champignons mais avoue qu’elle est lassée, en fin de saison, de faire des omelettes. Le personnage paraît fort sympathique d’un bout à l’autre de l’émission au point qu’on s’en voudra d’avoir été sous son charme alors que l’ennui et l’irritation ne cesseront de grandir devant le vide et le flou de ses propos. Du côté du journaliste, l’entretien commence fort :
– Je voudrais commencer, avant qu’on parle du Sénat, par un point d’actualité. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a accordé une interview à l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Vous l’avez lue ?
-Je l’ai parcourue.
-Valeurs actuelles, c’est un hebdomadaire d’extrême droite. Qu’est-ce que vous en pensez, du fait que le Président de la République, c’est une première en France…
Si la sénatrice ne suit pas le journaliste sur cette pente au motif qu’elle défend le pluralisme, son approbation du jugement à l’emporte-pièce porté sur l’hebdomadaire servira d’enseigne à tout l’entretien et notamment à la séquence relative au port du voile dont l’inconsistance est préoccupante.
Le jeune journaliste est un parfait représentant du politiquement correct, qui plus est imprudent, puisqu’il commence l’entretien en fonçant tête baissée dans le mur. Au bout de quarante-cinq minutes d’entretien, Françoise Gatel lui expliquera en effet que « Gérard Larcher est un bon Président du Sénat » et que « sur tous les bancs (…) chacun reconnaît sa compétence, son esprit constructif » – ce qui n’est pas faux, car il est très respectueux des petits jeux politiciens auxquels chacun est assujetti dans son département et au sein de sa propre famille politique. On pourrait s’attendre à ce que le journaliste, fidèle à son indignation, interrompe la sénatrice : « Mais Françoise Gatel, comment pouvez-vous penser cela ? J’ai appris que le Président Larcher a déjà reçu, en son bureau du Sénat, François d’Orcival qui est membre de la Commission éditoriale de Valeurs actuelles ! » Bien entendu notre jeune journaliste, non seulement l’ignore, mais n’imagine même pas que cela soit possible, encore moins que ce soit d’autant plus normal que Valeurs actuelles n’est en rien un magazine d’extrême droite, comme le politiquement correct médiatique tente d’en accréditer l’idée.
Il faut écouter l’interview conduit par ce journaliste : aucune question de fond n’est posée, aucun sujet n’est creusé. On est dans un jeu de rôle mondain. D’où le flou dans lequel la sénatrice a tout loisir de se réfugier. Comme le répétèrent en boucle les commentateurs de la réforme des retraites, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». Le loup ici – soyons attentifs à l’origine de l’expression – c’est le « loupé » de la perception. « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit », écrivait Charles Péguy dans Notre Jeunesse. Pourquoi est-ce si difficile ? Tout simplement parce que voir le réel oblige à se libérer de l’idéologie qui le dissimule, et que, l’idéologie étant ce que l’on a en partage avec d’autres, avec ses amis politiques notamment, s’en dégager conduit tôt ou tard non seulement à prendre ses distances avec eux, mais à les combattre.
Un entretien révélateur
Comme on va le vérifier dans la séquence de l’entretien relative au port du voile, l’idéologie est d’autant plus résistante (ce qui n’est pas incompatible avec son inconsistance) que la lecture des ouvrages traitant de l’avancée de l’Islam en France et en Europe est depuis trop longtemps négligée. Comment peut-on éviter une telle négligence dans un parti quand certains de ses responsables prétendent qu’il n’y a plus d’intellectuels en France ?
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Or, rien ne se conçoit bien sans les livres. Aussi est-il nécessaire pour appréhender les menaces qui pèsent sur le pays de lire Georges Bensoussan, Malika Sorel-Sutter, Michèle Tribalat, Bat Ye’or, Christopher Caldwell, Gilles Kepel, Matthias Küntzel, Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut, Bernard Rougier, Hugo Micheron, d’autres encore. C’est la seule façon de commencer à penser contre soi, contre le confort de ses préjugés et la naïveté de ses sentiments. Sans ces lectures, le parlementaire aura beau regarder tomber la pomme, il n’aura jamais accès à la loi de la gravitation universelle.
Voici donc la fameuse séquence relative au voile :
-Récemment le grand débat au Sénat, ça a été aussi la proposition de loi des Républicains sur l’interdiction du port du voile pour les accompagnatrices de sorties scolaires. Qu’est-ce que vous avez voté ?
-Moi, je n’ai pas voté cette proposition de loi.
-Vous avez voté contre.
-Je reconnais, j’entends la question parce que je pense qu’il ne faut pas, c’est le cas de le dire, se voiler la face, c’est-à-dire il y a un vrai sujet autour de ça. Moi, j’ai présenté une proposition de loi pour l’encadrement des écoles privées hors contrat, on voit des choses un peu folles, voilà, qui naissent d’un islam politique qui n’est plus un islam religieux, donc je suis à l’aise avec ces sujets et que, moi, je ne suis pas du tout favorable à ce qu’on porte le voile dans la rue si c’est un signe de soumission.
-Dans la rue ?
-Euh, ou dans, à l’école je veux dire, euh, enfin…
-Ce n’est pas pareil !
-Y compris, oui mais de manière générale, moi je pense qu’on vit dans une société voilà, où chacun peut être libre, alors, bon, ben, mais,
-Libre de porter ce qu’il veut du coup
(…)
-Il y a une bonne question [d’un téléspectateur] qui vous demande qui est apte à juger ou non de la soumission de telle ou telle personne ?
-Moi je ne juge pas. En tous cas là où vous pouvez juger c’est qu’en France il y a un âge en-dessous duquel la société doit vous protéger, quand vous êtes un enfant voilà,
-Le foulard des petites filles, c’est effectivement…
-Si vous êtes mineur aujourd’hui, voilà…
-Mais pour une femme majeure justement ?
-Ah non, mais, moi je dis,
-Elle a le droit de porter ce qu’elle veut
-Moi je ne dis pas que les femmes sont soumises mais que c’est quand même une image, le voile n’est pas obligatoire dans la religion musulmane et que ce qu’il y a derrière c’est bien le regard des hommes sur les femmes, on est d’accord, et que je ne pense pas que d’une manière générale le voile soit l’expression d’un signe de grande parité et d’égalité entre hommes et femmes. Mais moi je ne juge pas. Je donne un avis.
-On a entendu votre avis en tous cas et puis surtout l’important c’est que vous (le journaliste s’adresse alors aux téléspectateurs) vous vous fassiez votre propre opinion.
Se faire sa propre opinion sur quoi ? Sur le journalisme ? Sur le politiquement correct ? Sur le somnambulisme des politiques ? Sur leur inconsistance ? Sur le coût de cette chaîne parlementaire financée par le Parlement ? Sans doute.
Se tromper de loup comme une vraie centriste
Mais d’abord sur le « loupé » d’une perception centriste qui ne voit pas que les loups s’introduisent partout : à l’entrée d’une caserne à Montauban, d’une école juive à Toulouse, au siège de Charlie hebdo, dans un Hyper Cacher, à Saint-Quentin-Fallavier, dans le Thalys, au Bataclan, aux abords de la cathédrale Notre-Dame, au domicile privé d’un commissaire de police à Magnanville, sur la Promenade des Anglais, dans l’église Saint-Etienne-du-Rouvray, à l’aérogare d’Orly, sur l’avenue de Champs-Élysées, dans l’appartement de Sarah Halimi à Belleville, à la gare Saint-Charles de Marseille, dans un marché de Noël à Strasbourg, rue Victor Hugo à Lyon, à la Préfecture de police de Paris, dans un parc à Villejuif, dans le quartier Borny à Metz.
Chez un parlementaire, qui plus est membre du bureau du Sénat et dont les différents mandats et responsabilités exercés par le passé supposent le soutien de nombreux élus, ce gentillet bla-bla que vient conclure un stupéfiant « mais moi je ne juge pas, je donne un avis », ne laisse pas d’être fort préoccupant. On finit par se demander si être élu ne se réduit pas aujourd’hui à se partager les postes, et gouverner, à se contenter d’occuper le pouvoir.
Alors que les loups, les vrais, sont entrés, il y a quelques années, à nouveau dans Paris, que ce sont les mêmes qu’hier, que seul leur étendard a changé, alors qu’ils rôdent un peu partout sur notre territoire et qu’on appelle chacun à la vigilance, comment peut-on prétendre représenter la nation en tenant des propos aussi insignifiants et en criant au loup devant l’hebdomadaire que vous tend un malheureux journaliste ?
Un comique du service public a chanté « Jésus est pédé ». Quelle audace ! Quelle transgression ! Nous avons de la chance de voir le génie français en marche… vers l’abîme. Il faut, en effet, un courage extraordinaire pour cracher sur un cadavre, celui du catholicisme français.
France inter n’est pas une petite radio libertaire
Bien entendu, chacun a le droit de raconter des insanités, cela s’appelle la liberté d’expression. On a même le droit de blasphémer, c’est le corollaire de la liberté de conscience. Cela dit, ces deux libertés ne se conçoivent pas sans responsabilité. Il ne faut pas oublier, en effet, que la démocratie présuppose que les citoyens sont responsables et solidaires du bien commun. Si j’appelle à sodomiser Jésus, je dois mesurer que mes propos vont offenser des millions de catholiques en France et dans le monde. Si je dirige une radio publique, je dois admettre que heurter la sensibilité d’une grande partie de la communauté nationale contribuera à démoraliser encore plus une société qui est écorchée vive. Les ruines de Notre-Dame sont encore fumantes, les symboles nationaux sont outragés les uns après les autres depuis 2015 : policiers abattus face caméra, officiers égorgés, massacres de masse de la jeunesse, profanations systémiques des églises et des cimetières et j’en passe. Quand a l’immense charge de diriger France Inter, il faut savoir lire le contexte et moduler les messages en conséquence.
Quand Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet, il le fait en tant que journal d’extrême-gauche et qui occupe une niche singulière dans le paysage médiatique français. La portée de Charlie Hebdo n’est pas la même que France Inter, un média d’Etat (payé par tous les Français) et dont l’audience est nationale. Personnellement, je n’ai jamais aimé l’humour de Charlie Hebdo et ai toujours trouvé de mauvais goût le blasphème facile. Toutefois, la ligne éditoriale d’un petit journal libertaire m’importe peu et elle ne devrait pas causer une polémique nationale. Car Charlie Hebdo n’est pas la voix de la France ni de son gouvernement. France Inter oui. Autrement dit, Charlie Hebdo peut écrire tout et n’importe quoi, mais pas le service public.
Nous croyons faire rire en nous ouvrant les veines
La question de fond est celle de la ligne éditoriale des médias publics d’un pays en guerre. Oui, la France est en guerre contre l’islamisme. C’est le cas au Sahel mais aussi en métropole (est-ce que les journalistes de France Inter s’en sont rendus compte ?). L’ennemi est fanatique et lit le monde selon les catégories du jihad. Il ne comprend que la force et le symbole. Il ne respecte que ceux qui peuvent l’écraser et ceux qui croient fermement en quelque chose. Or, à quoi croyons-nous si nous sommes capables de chanter de telles inepties sur Jésus sur une radio de premier plan ? Comment voulons-nous impressionner l’ennemi et le dissuader de nous attaquer si nous n’avons plus aucune notion de sacré ?
Quand on offense ainsi la figure christique, on invite tous les allumés de la terre à s’en prendre à la France. On leur dit : venez-nous taper car nous sommes faibles, nous avons peut-être des drones et des satellites mais nous ne levons plus aucune bannière, nous nous amusons et croyons faire rire en nous ouvrant les veines, nous appelons cela « culture ». Or, la vocation d’une civilisation décadente est d’être prise d’assaut par les barbares.
Que nous reste-t-il à adorer ?
Si on ne veut plus défendre Jésus, on peut se choisir un autre symbole à adorer. Si le Dieu du moment est l’argent et bien adorons les billets de banque et les lingots d’or : chantons une ode au pouvoir du numéraire ! Il suffit de broder sur le scénario des clips de hip-hop. Autrement, on peut aussi adorer le sexe. Erigeons un phallus géant en guise de totem devant la Maison de la Radio ou bien un préservatif féminin plus size pour ne pas énerver les féministes. Je peux aussi suggérer d’édifier une cathédrale en hommage à Greta ou un temple en pierres recyclables qui flotterait dans le bassin de l’Amazone. Tout est permis du moment que l’on délimite ce qui est sacré c’est-à-dire ce qui est intouchable et non-négociable. Nous sommes en guerre et l’ennemi ne reculera que s’il comprend que nous avons construit des buttées infranchissables. Des remparts portés par chacun en son for intérieur et dont la matière première est le sacré. Même une civilisation décadente peut durer si elle fait croire à ses adversaires qu’elle peut encore lever le glaive pour défendre une idée, aussi déplorable qu’elle puisse être.
Blasphémer oui (pourquoi pas ?) mais faciliter la tâche d’un ennemi aussi vil et lâche que l’islamisme, non. Jamais ! Moi, je préfère rendre un culte à Marianne en récitant Liberté, Egalité, Fraternité…ou la Mort. Ma survie est non-négociable et j’invite tout le monde à faire pareil. La civilisation française mérite mieux que la capitulation sans condition prononcée par nos élites.
Ma génération est née fatiguée et essoufflée. Elle n’a rien à dire alors elle chante « Jésus est pédé ». Jésus lui, au moins, a laissé un héritage, il a changé le monde et cela fait 2000 ans qu’il habite l’Histoire. Je ne suis pas sûr que les talents du service public français aient la même postérité.
Le département de la Seine-Saint-Denis, associé au CAUE 93, a organisé un colloque pour combattre le harcèlement des femmes. Au nom du vivre-ensemble, les participants prônent la séparation des sexes. De quoi ravir les islamistes.
Lundi 2 décembre 2019 avait lieu à Saint-Denis le colloque « Femmes et espaces publics en Seine-Saint-Denis », organisé par le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement ) et le département. On se souvient de l’élargissement des trottoirs proposé par Caroline De Haas pour répondre au harcèlement de rue. L’idée fait son chemin. Objectif : la séparation des sexes dans l’espace public.
Nombre d’habitantes de Seine-Saint-Denis le savent par expérience, leur présence dans les rues ne va pas de soi. Remarques, insultes et injonctions à s’habiller « correctement » délivrées par de parfaits inconnus font partie de leur quotidien. Le colloque organisé par le CAUE 93 entend ainsi proposer des solutions à une réalité par ailleurs statistiquement confirmée par l’INED[tooltips content= »Enquête Virage de 2015″][1][/tooltips]: une femme sur trois vivant en Île-de-France est harcelée dans l’espace public. Qui donc empêche les femmes de Seine-Saint-Denis de vaquer à leur guise ? Les urbanistes présents au colloque (des femmes en majorité) ne poseront à aucun moment la question. En revanche, elles désigneront à l’unanimité le responsable de cette exclusion des femmes de l’espace public : l’aménagement urbain, fait par et pour les hommes. Prenons la ligne de métro 14, explique Claire Hancock, professeur à l’université de Créteil : inadaptés au corps féminin, les wagons de la ligne exerceraient une « véritable violence sur le corps des femmes ». Que les transports publics soient un lieu agressif pour les femmes (et pas uniquement pour elles, serait-on tenté d’ajouter) n’aurait donc rien à voir avec l’ensauvagement ambiant consigné par les enquêtes du ministère de l’Intérieur. Le coupable, c’est l’espace public, « conçu pour les garçons ».
Quant aux victimes, Claire Hancock est formelle : la femme harcelée qui hante les statistiques est une « femme abstraite appartenant à la classe moyenne ». En clair, dans la sémantique en vogue à laquelle se réfère Mme Hancock sans directement l’utiliser, la femme qui se plaint de harcèlement est blanche : « On se saisit de la question des femmes pour attirer les classes moyennes », en voulant « éradiquer les personnes racisées ». « Racisé », le mot est lâché. En novlangue déconstruite, comme le « genre » qui prétend se dissocier du sexe biologique, mais qui en réalité ne parle que de méchants messieurs et de dames victimes, la « race », soi-disant « construction sociale », désigne essentiellement les Noirs et les Arabes. Ces derniers auraient donc à voir avec le harcèlement des femmes, comme semble le dire à son insu Mme Hancock ? La cause des femmes serait l’alibi des impératifs économiques et bourgeois de la gentrification ?
L’inclusion en marche
La gentrification en effet pose problème, en ce qu’elle contredit le mantra qui revient chez tous les intervenants du colloque : l’inclusion. « Jeunes, travailleuses du sexe et toxicomanes » ne sauraient ainsi être exclus de l’espace public, sauf à céder à de dommageables velléités sécuritaires. Quelle étrange liste ! Pourquoi les « jeunes » seraient-ils susceptibles d’être exclus de l’espace public ? En quoi les prostituées harcèleraient-elles les femmes ? Et pour finir, les toxicomanes dont il est ici question ne renverraient-ils pas plutôt aux dealers (dont ils ne sont jamais très éloignés) et aux migrants dont certains consomment et trafiquent ?
Dès que « l’inclusion » prime sur la loi, les tensions sont inévitables : dealers et groupes de « jeunes », tant pour de basses considérations de business que pour des raisons culturelles liées à l’islam, tiennent leur territoire où les femmes n’ont selon eux rien à faire. Mais de cette réalité, il ne sera pas question. Pour résoudre (contourner ?) les contradictions posées par le vivre-ensemble auquel ils aspirent tant, les urbanistes du 93 ont la solution : la marche exploratoire. La marche exploratoire, c’est l’avenir. C’est le progrès. D’ailleurs, on la pratique « à l’international », à Vienne, à Barcelone, etc.
On brûle de savoir ce qu’est cette pratique mystérieuse. Après avoir suivi un « atelier de gestion du stress », un groupe d’habitantes arpente la ville, relevant les endroits à éviter. Le but : dresser une « cartographie genrée » servant de base de travail aux urbanistes. Ceux-ci, sous l’égide des marcheuses, aménageront dès lors les lieux de façon à les sécuriser, installant, par exemple, des éclairages avec capteurs de mouvements…
Si les intervenantes du colloque restent sibyllines quant au périmètre de non-mixité de ces marches exploratoires (concerne-t-elle les réunions préparatoires à la marche, la marche elle-même, les territoires arpentés ?), il en ressort néanmoins qu’à leurs yeux, « la séparation dans l’espace public » est à privilégier, en ce qu’elle « évite la domination d’un groupe sur l’autre ». La séparation des sexes dans l’espace public constitue donc pour les urbanistes présentes un concept légitime et une solution d’avenir. Sa mise en œuvre paraît néanmoins objectivement impossible, du fait de l’étendue et de la complexité dudit espace.
Cependant Jeannette Ruggeri, responsable du collectif Le Bruit du frigo, n’entend pas abandonner cette voie. Selon elle, dans les établissements scolaires, où « existe une non-mixité de fait », on peut travailler concrètement la question. Autrement dit, les collèges, gérés par le département, peuvent servir de ballons d’essai à la mise en place, voire à l’institutionnalisation de la non-mixité. Ainsi cette association (subventionnée) a-t-elle créé « des espaces éphémères de non-mixité » au collège de Talence. Est-ce fortuit ? L’expérience de non-mixité en milieu scolaire initiée par Mme Ruggeri correspond exactement à ce que réclament les tenants de l’islam politique : une séparation des filles et des garçons dès l’enfance.
Décédé récemment, Roger Scruton était aussi un grand amateur de vin. Hommage à l’auteur de Je bois donc je suis.
Roger Scruton est mort le 12 janvier 2020. Ce philosophe anglais, conservateur de choc, nous avait récemment offert une des plus brillantes analyses de la pensée de la gauche moderne dans ce qu’elle eut de plus idéologique, dogmatique et frauduleuse. Foucault, Derrida et Badiou y étaient remis à leur juste place, celle du fond de la classe philosophique, sur le strapontin des cancres de leur discipline. Dans L’erreur et l’orgueil (Éditions de l’Artilleur), Roger Scruton disséquait l’inoffensive spéculation deleuzienne, la négligeable réflexion lacanienne, et les errements politiques sartriens – connus de tous mais analysés ici avec la plus grande des finesses pour ce qui concerne l’usage de la « novlangue totalisante » des dernier écrits de Sartre.
Mais, pour qui ne goûte guère ces histoires de vrais ou faux philosophes, il est un livre plus à même de leur faire découvrir un autre Roger Scruton – en réalité le même mais abordant la vie de la pensée par un autre versant, celui du goût de la vie partagée, de la pratique assidue et de la passion de l’art de boire du vin qui est « la meilleure manière de discuter de questions vraiment sérieuses, comme savoir si le désir sexuel tend vers l’individu ou l’universel, si l’accord de Tristan est un septième à moitié diminué, ou s’il existe des preuves à la conjecture de Goldbach. »
Un amoureux du vin français
Jamais le vin, et tout particulièrement le vin français, n’aura été chanté avec autant de force, de poésie et d’humour, que dans le livre de Roger Scruton philosophiquement intitulé Je bois donc je suis (Éditons Stock). Bourguignon, fort amateur des vins de Bourgogne (que je préfère nettement aux vins bordelais devenus trop « américains » à mon goût), c’est avec Scruton que j’ai compris comment et pourquoi je devais patienter avant que de les boire : « Pour apprécier le bourgogne à sa juste valeur, il faut le laisser vieillir au moins cinq ans, après quoi une étrange transformation a lieu dans la bouteille. Le raisin se retire peu à peu, laissant d’abord au premier plan le village, puis le vignoble, et enfin le sol lui-même. »
C’est grâce à lui que j’ai réalisé que les personnes riches et stupides qui dépensent des sommes de plus en plus folles pour spéculer sur des vins devenus inabordables comme certains Montrachet, m’ont permis quand même la connaissance de vignobles voisins offrant des vins moins coûteux mais non moins savoureux, comme le Pernand-Vergelesses.
J’ai encore appris, dans ce livre que je compulse régulièrement au moment de me servir un verre de vin, que le délicieux vin blanc de Chablis, que je ne buvais qu’avec des fruits de mer, est ce qu’il y a de mieux pour accompagner les… trios de Haydn ! J’en fis immédiatement l’expérience et voue depuis cet instant magique un culte à cet homme audacieux et poétique.
Boire un coup à la santé de la planète
Une anecdote parmi cent que Scruton nous narre toujours avec humour : un soir qu’il est en France, il passe la soirée avec des étudiants, échange les chants de Noël anglais à deux voix contre Dans l’eau de la claire fontaine, s’étonne du peu de culture musicale « classique » de ces jeunes gens et commence de « donner un cours » sur ce qu’ils manquent en ignorant des sonates de Beethoven ou les grandes symphonies. De son propre aveu il s’embourbe. Mais un des étudiants est venu avec une Bouteille de jurançon 1955. Roger Scruton l’ouvre et s’en sert immédiatement un verre : « Ce goût propre a sauvé mes pensées […] j’ai arrêté de ronchonner à propos des choses que je n’aimais pas et j’ai commencé à louer ce que j’aimais […] afin de leur dire comment j’étais resté sain d’esprit sur les coteaux de Jurançon en jouant les symphonies de Beethoven dans ma tête, et comment je marchais dans la brume, éclairé par leur soleil intérieur. »
En appendice de ce livre remarquable, Roger Scruton rappelle que « les boissons qui ont un effet dépressif (l’eau par exemple) doivent être consommées à petite dose et seulement pour des raisons médicales » – ce que savent tous ceux qui ont déjà vu le beau film de Gilles Grangier, Archimède le clochard. De plus, et parce que l’écologie est à la mode, le poète philosophe souligne que la consommation d’alcool ne peut pas faire subir de « dommages durables à la planète » : « En précipitant votre mort, un verre ne présente guère de risque environnemental. Après tout, vous êtes biodégradables et c’est peut-être la meilleure chose que l’on puisse dire de vous. »
Procurez-vous cette bible
Enfin, pour tous ceux qui aimeraient quand même se plonger dans la lecture de quelques maîtres en philosophie, Roger Scruton conseille les accords parfaits pour une soirée vineuse et philosophique : un bordeaux subtil avec La République de Platon (un rose léger avec Phèdre mais un bourgogne solide avec Les lois). L’aridité de la Métaphysique d’Aristote réclame de garder le cerveau frais et disponible : eau plate toute la soirée (en revanche, l’Éthique supporte une bouteille de sauvignon blanc). Avec la Consolation de la philosophie de La Boétie[tooltips content= »La consolation de la philosophie, attribué dans le livre de Scruton à La Boétie, n’est pas de la Boétie mais de Boèce. Une erreur qui n’est sûrement pas le fait de Scruton mais plutôt du typographe de la maison d’édition qui, abusant des recommandations de Roger Scruton, aura lu La Boétie là où était écrit Boèce »][1][/tooltips], Scruton conseille vivement un verre de meursault aromatique. Pour lire celui qu’il considère comme le « philosophe le plus surestimé de l’histoire », Descartes, il suggère un vin du Rhône sombre, un châteauneuf-du-pape par exemple : « Un tel vin compensera la légèreté des Méditations et vous aurez là un sujet de discussion plus consistant ». Locke avec un verre de Chablis. Hume sera idéalement lu près de la cheminée avec un verre de Montbazillac. La pensée kantienne sera « expérimentée » avec un ami et une bouteille d’Hermitage blanc de chez Chapoutier. Pour Nieztche, ce sera une « potion diluée d’hypocondriaque », c’est-à-dire un doigt de beaujolais dans un verre rempli d’eau gazeuse.
Finissons sur une note cruelle et drôle, bien dans la veine scrutonienne : « Sartre est mon excuse pour retourner vers 1964 qui n’est pas un grand millésime mais qui porte pour moi la trace indélébile de la bouteille de chambertin Clos de Bèze 1964 que j’ai bue en 1980.[…] Si je devais relire Sartre, je chercherais un bourgogne 1964 pour laver le poison. Mais les chances d’en trouver sont rares. Voilà donc un grand écrivain que je ne visiterai pas une nouvelle fois et j’en remercie le ciel. »
Amis amateurs de vin, philosophes ou poètes, procurez-vous cette bible et, chaque soir, au moment de profiter d’un nouveau nectar, souvenez-vous en le lisant de Roger Scruton, l’homme qui pouvait écrire : « Vous devez boire ce que vous aimez dans les quantités que vous voulez. Ceci précipitera peut-être votre mort mais les profits pour votre entourage compenseront ce faible coût. »
Une étude américaine conclut que les femmes ont généralement plus froid que les hommes. Les gender studies lancent la « bataille du chauffage ».
Étrange titre que celui de cet article du Guardian, quotidien britannique si unilatéralement progressiste qu’il ferait passer Libération pour réac : « La température de votre maison est constamment réglée sur “sexiste” ? Vous n’êtes pas seules. »
Selon une étude américaine, la plupart des foyers possèdent leur « dictateur thermal, qui gère le thermostat d’une main de fer » et qui est bien sûr toujours un homme. Et les femmes, ces pauvres victimes soumises, seraient en passe de perdre « la bataille du chauffage ». Faut-il le préciser, cette étude passionnante a été commise par des chercheurs en « gender studies ». Ces têtes bien faites d’une université de l’Ohio ont dépensé de l’argent et de l’énergie pour conclure que les femmes avaient généralement plus froid que les hommes. Même le Guardian ironise : « Il y a une raison scientifique à cela, c’est que les femmes viennent de Vénus qui est une planète très froide et les hommes de Mars où la chaleur est insupportable », avant de renouer avec l’esprit de sérieux. De nouvelles études prouveraient en effet que les femmes sont plus performantes intellectuellement dans une atmosphère plutôt chaude. Or, remarque la journaliste, « il gèle souvent dans les bureaux. » Voilà une bonne raison de mettre en place séance tenante des bureaux non mixtes ! En revanche, les rôles s’inversent dans la chambre conjugale, où le beau sexe préfère dormir dans la fraîcheur. Un jour prochain, le couple postmoderne redécouvrira le plaisir bourgeois de la chambre à part.
France inter est une radio de gauche. Cela ne serait pas un problème, si elle n’était pas financée par tous les Français.
France Inter est, parait-il, une radio publique. Pourtant, le service public est soumis à un devoir de neutralité lui interdisant d’être l’instrument d’une propagande. Apôtre d’un gauchisme moralisateur, n’est-ce pas ce que cette radio est devenue? Naturellement, nous pouvons choisir de ne pas les écouter. Cela ne nous empêchera pas de devoir les financer par nos impôts.
Toujours les mêmes cibles
Récemment, un pseudo humoriste, Frédéric Fromet, nous a montré à quel point cette radio pouvait être sectaire et agressive. Dans une chanson intitulée « Jésus est pédé », le chansonnier allie vulgarité et haine (« Du haut de la croix, pourquoi l’avoir cloué, pourquoi l’avoir pas enculé ? »). Comme une impression que France Inter s’inspire de Charlie, sans le talent, ni le courage de s’attaquer à toutes les communautés religieuses, et pas seulement la cible la plus facile. Le chansonnier s’était déjà distingué en tournant en dérision la mort du matador Iván Fandiño lors d’une corrida, ou en ironisant sur l’incendie de Notre-Dame, symbole de la tradition chrétienne de la France que France Inter visiblement vomit.
France Inter aime prôner un esprit de tolérance et d’ouverture. En réalité, ses journalistes expriment une pensée totalitaire, et sont incapables d’entendre la moindre idée contradictoire. Durant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017, la chronique d’un autre humoriste, Pierre-Emmanuel Barré, avait été censurée car il avait déclaré qu’il ne voterait pas pour Emmanuel Macron. Mais quelle est la légitimité d’une radio du service public de prendre parti aussi nettement pour un candidat politique? France Inter ne se pose même pas cette question tant elle est persuadée de prêcher la vérité contre l’hérésie d’une droite réactionnaire qu’il faudrait réduire au silence.
La radio déconnectée du peuple
France Inter n’est pas une radio d’information. C’est la radio du « Camp du Bien », la radio d’une pseudo-élite déracinée, déconnectée du peuple, se croyant rebelle alors qu’elle représente le système dans ce qu’il a de plus conformiste et de plus détestable. France Inter, c’est le sarcasme permanent, « la bouche en coin, toujours du côté gauche », selon l’excellente expression de Maitre Gilles-William Goldnadel. Chez France Inter, on se complait toujours à se gausser car on sait qu’il n’y a pas mieux pour humilier quelqu’un que de rire à ses dépens.
Ce qu’il y a de fascinant avec la station star de la Maison de la radio, c’est que personne ne peut se risquer à la critiquer.
Que ce soient les politiques, par peur de ne plus être invités dans la matinale la plus écoutée de France, ou tel intellectuel de droite qui se retrouverait immédiatement caricaturé à outrance par Guillaume Meurice ou Charline Vanhoenacker : nul ne prend le risque de déstabiliser une pensée autoproclamée correcte. Mais comme France Inter est financée par les Français, il faut rappeler aux Français qu’ils paient une caste parisienne de bobos de gauche, arrogants et méprisants, cultivant la vulgarité de masse et protégés par leur statut.
L’humour dévastateur de Philippe Muray naît de l’idée que l’homme est féroce et mu par la jalousie. Contre l’optimisme anthropologique de L’Empire du Bien, il s’est réfugié dans l’écriture et la possession des femmes.
Dans un poème intitulé Tombeau pour une touriste innocente, Muray évoque une touriste dotée de toutes les qualités contemporaines qu’il réprouve – un fond idiot et impitoyablement sympa – qui se fait trucider par un islamiste. Celui-ci est défini ontologiquement par Muray comme un « terroriste qui se voulait touriste », c’est-à-dire une sorte de frère en abrutissement de celle qu’il égorge, de symétrique inverse de sa victime, partageant le même idéal de règne de la bêtise. Ce poème, me dit-on, a été retiré de la liste des textes lus sur scène par Fabrice Luchini, car le public n’accrochait pas. Il y avait un blanc. Flash-back : Cunégonde, dans Candide, est violée par tous les reîtres qui traînent en Europe centrale et même, si je me souviens bien, termine cul-de-jatte et borgne ; mais il semblerait que, deux cents ans plus tard, cet effet comique de contraste avec l’optimisme philosophique de Pangloss ne soit plus possible sous la plume de Muray. Comme si les spectateurs ne pouvaient pas accepter un humour féroce, faute de sentir la férocité en eux, ni un humour où l’imbécile est victime, car cette imbécile était vertueuse.
Muray a un succès universel et superficiel quand il se moque des bobos. Mais quand il dit pourquoi il s’en moque, quand les vrais motifs sont sur la table, il n’en a plus. Quand il dévoile le fond de sa pensée, c’est le sauve-qui-peut, car sa pensée part de l’idée que l’homme est féroce et qu’il est fou quand il ne le voit pas. Or le truisme occidental contemporain érigé en principe est le suivant : l’homme est bon et il est sage quand il se pense bon. Ceux qui pensent que l’homme est mauvais sont mauvais.
Retour à l’inacceptable projet de Muray : désespérer l’optimisme anthropologique. Débouter Polnareff, glorifier le syllabus. De là, la première discussion qui s’ouvre sur l’avenir des thèses de Muray : jusqu’à quand serons-nous assez bêtes pour construire nos lois, nos institutions, nos programmes politiques sur notre phantasme de pureté intérieure immarcescible ? Et comment éviter le ridicule qu’il y a à constater les désordres du monde sans y voir l’effet de sa propre imperfection de nature ? Comment, en un mot, tourner autour de la question de la sagesse ? Et préférer à la sagesse l’accusation permanente ? Le bouc émissaire va-t-il disparaître ? La violence cesser de se focaliser sur des faux coupables ? Si la réponse est oui à ces deux dernières questions, Muray aura été exagérément pessimiste et aura forcé le trait. Mais si la société tourne à l’insurrection permanente des accusateurs contre des accusés imaginaires, comme nous le constatons tous les jours, l’auteur d’Après l’Histoire aura présenté un miroir à une époque où la curiosité, la réflexion, l’honnêteté sont réprouvées. Si les lyncheurs digitaux, qui sont à la fois en crise narcissique et en extase criminelle permanentes prolifèrent et deviennent la norme psychologique et morale, comme on peut le craindre tous les matins, Muray sera notre Jérôme Bosch littéraire.
Deuxième remarque : dans le dernier tome paru de son Ultima necat, il est souvent question de ses relations avec Philippe Sollers. L’analyse de Muray est très simple : Sollers ne tolère pas qu’on existe ailleurs que dans son ombre, dans cette obscurité propice au crime où il étranglera plus ou moins aimablement l’homme de talent qui aurait pu lui disputer la lumière. Ce sont des passages très drôles où la méfiance de Muray a presque l’air de se matérialiser, généralement à la Closerie des Lilas. Muray pense du mariage ce qu’il pense de Sollers. L’épousée vous tue sournoisement, à l’ombre de la loi. À petit feu, avec des ménagements, en vous expliquant qu’elle vous veut du bien. Une femme, ou un éditeur, c’est la synthèse de l’étrangleur ottoman et du consultant en bien-être. La misogynie de Muray et sa phobie de l’éditeur ont la même source : le désir de se fabriquer une baronnie où il serait libre, sous le soleil, sachant qu’il est entouré d’ennemis de ce projet. La jalousie est en effet chez lui le grand motif des actions sociales comme du projet conjugal. Dans les deux cas, l’objectif est que rien de libre ne subsiste autour de soi. L’être jaloux veut être seul à régner sur le néant. Des êtres jaloux qui veulent s’entre-empêcher de produire, d’exister, de vivre : ce résumé de l’état de la société et du couple me paraît parfaitement contemporain.
Troisième remarque : quand même, il est tombé dans le piège tendu au mâle hétérosexuel contemporain. Muray étant particulièrement intelligent et ne faisant rien comme tout le monde, il n’est pas tombé dans les pièges communs. Le premier piège où sombrent les hommes contemporains est de se déclarer réfugié sexuel : il s’agit de constater que les rapports hétérosexuels étant devenus impossibles tandis que la sexualité est restée nécessaire, on sera désormais homosexuel, ou on adoptera une des nombreuses propositions possibles à l’intersection du sexe, du genre et de l’orientation, dont la liste est disponible au siège de l’UNEF. C’est le piège « Tout sauf bobonne », ou plutôt : « N’importe quoi plutôt que bobonne. » Tomber dans le deuxième piège, c’est obéir aux injonctions que l’esprit de meurtre de l’homme nous adresse : acheter des lingettes au calendula à 23 heures au Franprix en se trouvant formidable. Confondre la réduction en esclavage avec la solidarité conjugale et parentale. Bref, incliner sa fierté et son indépendance au point de se transformer en un gastéropode sournois, un lâche faussement épanoui, qui deviendra aussi liberticide en société qu’il est privé de liberté dans sa vie personnelle. Muray tombe dans le troisième piège, le plus sophistiqué : instrumentaliser les femmes, qu’il adore pourtant. Il les adore esthétiquement, et il en pense le plus grand mal, parce qu’il considère qu’elles ont le projet de remplacer leur amant en mari, c’est-à-dire un condamné à mort qui sera exécuté au moyen du premier enfant qui naîtra. Donc, il ne prend la femme qu’avec son option pilule. Certes, nous en sommes tous là. Nos sentiments sont aussi éruptifs qu’ambivalents. Le désir de révolte se dispute avec les promesses de la volupté. Mais Muray ne veut pas penser à cette idée pourtant inscrite dans la civilisation chrétienne qu’il défend, idée qui n’est pas déshonorante : il est tout de même courtois de leur faire un enfant quand elles le désirent.
Caroline De Haas ne mentionne pas sur son CV sa première expérience professionnelle comme administratrice de la LMDE (2006-2009). Et pour cause. La sénatrice LR Catherine Procaccia, qui a mis fin au régime étudiant, répond à nos questions sur cette mutuelle qui fut si mal gérée par l’UNEF.
Fondé en 1948, le régime de sécurité sociale des étudiants a définitivement disparu en août 2019, les quelques 1,2 million d’assujettis étant désormais directement rattachés à l’Assurance maladie. La réforme était devenue inéluctable, en raison des prestations calamiteuses de La Mutuelle des étudiants (LMDE, héritière de la MNEF), qui représentait la moitié du régime. L’autre moitié était couverte par les mutuelles régionales du réseau Emevia. Carte vitale délivrée avec des mois de retard, service de réclamation injoignable, délais de remboursement ahurissants, pendant des années, la LMDE a fait vivre l’enfer à des dizaines de milliers d’étudiants.
Détail souvent passé sous silence, elle avait un conseil d’administration, où siégeait systématiquement une écrasante majorité de délégués issus de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF). Ces délégués touchaient une indemnité moyenne de 1 200 euros par mois, avec des pointes à 2 200 euros, pour un total annuel de 250 000 euros. Caroline De Haas a fait partie de ces administrateurs rémunérés par la mutuelle, lorsqu’elle était secrétaire générale de l’UNEF, de 2006 à 2009. Son CV en ligne sur Linkedin n’en parle pas. Et pour cause. Lors de cette première incursion dans le monde de l’entreprise, alors qu’elle avait le pouvoir concret d’aider des centaines de milliers d’étudiant.e.s, elle n’a rien fait qui ait laissé la moindre trace. On peut dire à sa décharge qu’elle n’a été, sur ce point, ni pire ni meilleure que les autres administrateurs[tooltips content= »Telle Sibeth Ndiaye, actuelle porte-parole du gouvernement, qui a siégé à la LMDE de 2003 à 2008″][1][/tooltips]. Personne ne leur a jamais demandé de comptes, souligne – sans animosité – la sénatrice LR du Val-de-Marne Catherine Procaccia, à l’origine de la proposition de loi qui a mis fin au régime étudiant.
Causeur. Les étudiants administrateurs de la LMDE étaient-ils conscients de l’étendue du désastre ?
Catherine Procaccia. Sans l’ombre d’un doute. En 2013, la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN) a été appelée en renfort, pour tenter de remettre de l’ordre dans la gestion de la LMDE. Les cadres envoyés en mission ont vu arriver les administrateurs élus de l’UNEF avec une liste d’étudiants VIP dont il fallait traiter les dossiers en priorité !
À partir de quel moment peut-on dire que l’UNEF sait forcément que la LMDE est en crise ?
Mes premières questions écrites au Sénat sont un peu antérieures à 2009. À cette période, ma fille était étudiante. La LMDE était injoignable, je me suis rendue dans une agence. Les files d’attente s’étiraient sur le trottoir. Une de ces agences était tout près de l’université de Jussieu. Comment les élus étudiants auraient-ils pu ignorer qu’il se passait quelque chose ? Ils savaient. Ils faisaient remonter quelques dossiers défaillants, comme des faveurs, pour montrer leur utilité, et puis ils encaissaient leur petit pécule tous les mois. Pas si petit que cela, du reste. 1 200 euros par mois lorsqu’on est étudiant, ce n’est pas rien.
Le service était défaillant, mais y avait-il vraiment des conséquences dommageables pour les affiliés ?
Une étudiante avait besoin d’une prothèse pour marcher. La LMDE l’a fait lanterner pendant un an avant de s’apercevoir que son dossier relevait en fait de l’Assurance maladie… Lors de sa première année, le fils du sénateur PS Ronan Kerdraon, qui a cosigné un rapport sur le régime étudiant avec moi, a reçu sa carte Vitale en avril. Ses parents pouvaient avancer l’argent des soins éventuels. Ce n’était pas le cas de tous. Les étudiants étrangers, encore plus perdus que les autres, repartaient de France sans n’avoir jamais reçu leur carte Vitale, dans l’indifférence. C’était une catastrophe.
Pourquoi les administrateurs n’ont-ils jamais rendu de comptes ?
Parce qu’on ne leur en a jamais demandé ! Personne n’a tenté de faire fonctionner correctement cette mutuelle. Elle privilégiait les recrutements politiques, à l’image de ma collègue sénatrice Laurence Rossignol, chargée de mission à temps partiel à la LMDE de 1993 à 2011, pour un travail qui ne lui prenait vraiment pas beaucoup d’heures par semaine. L’État a laissé faire, et pas seulement quand le PS était au pouvoir. J’ai été très agréablement surprise en 2017 lorsque la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé son intention de reprendre ma proposition de supprimer purement et simplement le régime étudiant. Au cours de mon mandat de sénatrice, c’est certainement ce que j’aurai fait de plus directement utile, pour le plus grand nombre de personnes. J’en suis fière. Quant aux administrateurs qui se sont bien recasés, tant mieux pour eux.
Aux Etats-Unis, déprogrammé des playlists de nombreuses radios, M. Jackson est victime post-mortem de la cancel culture. Image: Pixabey
Connaissez-vous la cancel culture, cet autodafé moderne et inclusif que la presse féminine entend importer chez nous ?
Entre deux pages de publicité et les photos de mode, le magazine Stylist se pique de décrypter la société. C’est un gratuit qui prétend être bien ancré dans son époque. “Conscient” et “engagé”, il est distribué devant les bouches de métro. En priorité aux cadres dynamiques de sexe féminin, qui, en le glissant sous le bras, se gardent de quoi se remplir le cerveau pendant leur heure de table.
Case annulation pour les personnalités aux comportements polémiques
L’un de leurs derniers articles est consacré à la “cancel culture”. Quesaco ? Le sous-titre nous donne un indice : “Aujourd’hui, les personnalités publiques aux comportements polémiques risquent de passer directement par la case annulation”. Cette mode venue d’outre-Atlantique serait en train de déferler sur la France, ce dont le journaliste se réjouit. “Dorénavant, dès que quelque chose ne nous plait plus, on peut l’annuler dans la minute : forfait de téléphone, course Uber, abonnement Netflix. Alors pourquoi ne pas annuler aussi les humain.e.s?” se demande, en écriture inclusive, la plume de Stylist.
Comme les régimes communistes du siècle dernier, qui réécrivaient sans cesse le passé pour le rendre conforme aux normes idéologiques du présent, la cancel culture entend éliminer tout ce qui disconvient à sa moraline.
Voici quelques-unes de ses cibles :
• l’humoriste Kevin Hart a été évincé de la présentation des Oscars en 2019 parce qu’il aurait posté des blagues ou propos déplaisants envers les homosexuels, dix ans plus tôt. Annulé.
• Kevin Spacey, soupçonné d’abus sexuels, a disparu de la série House of Cards dont il incarnait le héros principal. Mieux, l’acteur est carrément effacé de scènes du film All the Money.
• Polanski, R. Kelly, Woody Allen: pour des affaires fort lointaines et également en dessous de la ceinture, la cancel culture travaille d’arrache-pied à les « annuler ».
• Antoine Griezmann, qui a fait un “blackface” en se grimant en basketteur noir de la NBA, s’est rapidement confondu en excuses. Heureusement, car la meute était prête à le lyncher. La cancel culture (sur)veille…
• Michael Jackson, le roi de la pop lui-même, à la suite d’un documentaire à charge, s’est vu totalement déprogrammé des playlists de nombreuses radios américaines. Jugé et condamné post mortem à cause d’accusations de pédophilie.
Le phénomène des « lecteurs en sensibilité »
Chaque jour, la liste s’allonge… On reconnaitra aisément les victimes de la cancel culture en France: elles ne seront plus reçues par Yann Barthès. Certains, comme Ladj Ly, ne sont pas touchés par la cancel culture – et Causeur s’en félicite ! Dans notre univers d’ados attardés, la carte banlieue vaut sans doute immunité…
Ne reculant devant aucun moyen, même légal, la cancel culture est un sport de combat.
Ses armes de prédilection contre les déviants : le lynchage médiatique et la chasse sur les réseaux sociaux. Selon les propres mots de Stylist, les phalanges de « social justice warriors » qui s’y adonnent représentent la “figure du.de la justicier.ère progressiste et radical.e (…) obsédé par la notion de pureté militante, parfois jusqu’à l’absurde”. Dans la même veine, un nouveau métier connaît un inquiétant essor : les “sensitivity readers”.
Leur noble tâche est d’éviter aux maisons d’éditions d’être taxés de racisme, de sexisme ou d’homophobie. Charlie Hebdo a aussi enquêté sur le sujet. On ne dira plus qu’il n’y a pas de sot métier.
Même Barack Obama, pourtant dans le camp progressiste, s’est ému de ce déferlement de censure. Fin octobre, lors d’une conférence à Chicago, il déplorait que les adeptes de la cancel culture fassent si vite marcher le pilori sur les réseaux sociaux. Il leur reproche en outre de ne pas s’investir dans la vraie vie. Les médias ont repris l’information en boucle au point que la phrase “Obama cancels “cancel culture” est devenue populaire. Mais cela n’a pas empêché le journaliste du New York Times Ernest Owens de critiquer les vues très “boomer” d’Obama sur le sujet. La liberté d’expression serait-elle une relique hors d’âge vénérée des seuls baby-boomers ? En tout cas, les jeunes censeurs nous mettent dans le pétrin.
Vingt nouvelles par un auteur belge dans la tradition du réalisme magique.
Dans Libre comme Robinson. Petit traité de vie privée (Les Impressions nouvelles), Luc Dellisse livrait quelques réflexions aussi salubres qu’impertinentes sur le nouveau monde qui vient, celui de la « ruche planétaire » et sur la manière, bien concrète, de gagner ces maquis qui résistent à la grande mise au pas. L’essai m’avait frappé par son indépendance d’esprit, par la peu commune vigilance que l’auteur exerce pour préserver sa liberté intérieure, qui me fait songer à la figure de l’anarque jüngerien (et non pas l’arnaque, chers lecteurs !), rebelle inflexible au Léviathan.
Échapper à l’enlisement
Avec Le Sas, recueil de vingt nouvelles, toujours dans le même état d’esprit, Luc Dellisse chante « le divin imprévu » cher à Stendhal, et aussi, pour évoquer à nouveau mon cher Jünger, cette mise en garde du Cœur aventureux contre le plus grand danger qui soit, « celui de laisser la vie nous devenir quotidienne ». Par la grâce d’une prose sèche, à la belle densité, l’écrivain s’y montre attentif aux signes avant-coureurs de l’aventure, de ce basculement parfois minuscule, qui nous permet d’échapper au fatal enlisement. Ces vingt nouvelles, dont certaines aux lisières du réalisme magique, celui d’un Gérard Prévot par exemple, décrivent comment le personnage principal, double de l’auteur, saisit la perche tendue par le destin pour rebondir sans jamais perdre ce bonheur d’exister auquel il refuse de renoncer. Parfois drôle, toujours subtil, jamais creux, encore moins verbeux, Luc Dellisse, cœur aventureux, se révèle poète et géomètre de l’âme.
Luc Dellisse, Le Sas, Editions Traverse, 155 pages
Cinq ans après la tuerie de Charlie Hebdo, sur la chaîne Public Sénat, une sénatrice Union Centriste (UC), Françoise Gatel, barbote dans des considérations au ras des pâquerettes sur le voile et sur le journal Valeurs actuelles.
Le 2 janvier, Public Sénat rediffusait l’émission « Questions aux Sénateurs » du 7 novembre 2019. Durant une heure, Françoise Gatel, sénatrice UC de l’Ille-et-Vilaine, y répondait aux questions du journaliste de la chaîne parlementaire. Élue au Sénat en 2014 sur une liste d’union UMP-UDI, Françoise Gatel a été maire de Châteaugiron de 2001 à 2017, date à laquelle elle abandonne son mandat de maire pour se conformer à la loi sur le non-cumul : « Maire, c’est ce qu’il y a de plus formidable, répète-t-elle (…) A un moment j’ai dû choisir ou trancher entre ma fonction de maire et ma fonction de sénatrice. J’ai beaucoup hésité. Mais maire c’est juste formidable. »
Elle dut abandonner également sa présidence de l’Association des Maires d’Ille-et-Vilaine et sa vice-présidence de l’Association des Maires de France. Dans la foulée de ces abandons imposés par la loi, la voici élue secrétaire du Sénat et siégeant, de ce fait, au Bureau de cette institution auprès du Président Gérard Larcher. Comme tous les centristes, elle a soutenu en 2016 Alain Juppé lors de la primaire organisée par les Républicains en vue de l’élection présidentielle. Elle a été élue Présidente de l’UDI de l’Ille-et-Vilaine et Vice-présidente de l’UDI au plan national. Bref, un poids lourd de ce parti européiste qui, emmené par Jean-Christophe Lagarde, son Président, obtiendra 2,5 % des voix aux élections européennes de 2019 et n’aura aucun élu au Parlement européen.
Briguera-t-elle un nouveau mandat de sénateur fin septembre 2020 ? La question ne lui est pas posée. On peut le supposer, les sénateurs renouvelables étant, à la veille des élections sénatoriales, prioritaires pour passer sur la chaîne parlementaire comme pour interroger un ministre lors de la séance des questions d’actualité au Gouvernement retransmise en direct à la télévision. Tout cela est banal dans les coulisses du cirque démocratique : pas de politique sans visibilité, pas de visibilité sans image. Françoise Gatel soigne la sienne avec une pointe d’originalité. Cette élue de la République, née en 1953, aura, si elle se représente, 73 ans à l’expiration de son second mandat en 2026. Les cheveux gris coiffés en brosse, une grosse paire de lunettes rondes pour créer la surprise dans un visage carré, elle est habillée d’une vareuse anthracite à col roulé qui lui donne un air décontracté s’harmonisant parfaitement avec la bonhommie de son timbre de voix. Pendant une heure, elle ne dira pas grand-chose mais réussira à donner l’image d’une femme modérée, ancrée dans son département et soucieuse d’améliorer la vie de ses compatriotes. Elle évoquera notamment le cas d’un jeune guinéen que l’on a aidé à avoir des papiers et qui s’en est sorti. « Il faut que l’école, elle permette à tous les enfants de s’en sortir, et puis il faut que les jeunes, ils aient envie, quoi ; il faut qu’ils aient de l’enthousiasme et de l’espérance ».
Sympathique, mais encore?
Françoise Gatel adore les champignons mais avoue qu’elle est lassée, en fin de saison, de faire des omelettes. Le personnage paraît fort sympathique d’un bout à l’autre de l’émission au point qu’on s’en voudra d’avoir été sous son charme alors que l’ennui et l’irritation ne cesseront de grandir devant le vide et le flou de ses propos. Du côté du journaliste, l’entretien commence fort :
– Je voudrais commencer, avant qu’on parle du Sénat, par un point d’actualité. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a accordé une interview à l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Vous l’avez lue ?
-Je l’ai parcourue.
-Valeurs actuelles, c’est un hebdomadaire d’extrême droite. Qu’est-ce que vous en pensez, du fait que le Président de la République, c’est une première en France…
Si la sénatrice ne suit pas le journaliste sur cette pente au motif qu’elle défend le pluralisme, son approbation du jugement à l’emporte-pièce porté sur l’hebdomadaire servira d’enseigne à tout l’entretien et notamment à la séquence relative au port du voile dont l’inconsistance est préoccupante.
Le jeune journaliste est un parfait représentant du politiquement correct, qui plus est imprudent, puisqu’il commence l’entretien en fonçant tête baissée dans le mur. Au bout de quarante-cinq minutes d’entretien, Françoise Gatel lui expliquera en effet que « Gérard Larcher est un bon Président du Sénat » et que « sur tous les bancs (…) chacun reconnaît sa compétence, son esprit constructif » – ce qui n’est pas faux, car il est très respectueux des petits jeux politiciens auxquels chacun est assujetti dans son département et au sein de sa propre famille politique. On pourrait s’attendre à ce que le journaliste, fidèle à son indignation, interrompe la sénatrice : « Mais Françoise Gatel, comment pouvez-vous penser cela ? J’ai appris que le Président Larcher a déjà reçu, en son bureau du Sénat, François d’Orcival qui est membre de la Commission éditoriale de Valeurs actuelles ! » Bien entendu notre jeune journaliste, non seulement l’ignore, mais n’imagine même pas que cela soit possible, encore moins que ce soit d’autant plus normal que Valeurs actuelles n’est en rien un magazine d’extrême droite, comme le politiquement correct médiatique tente d’en accréditer l’idée.
Il faut écouter l’interview conduit par ce journaliste : aucune question de fond n’est posée, aucun sujet n’est creusé. On est dans un jeu de rôle mondain. D’où le flou dans lequel la sénatrice a tout loisir de se réfugier. Comme le répétèrent en boucle les commentateurs de la réforme des retraites, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». Le loup ici – soyons attentifs à l’origine de l’expression – c’est le « loupé » de la perception. « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit », écrivait Charles Péguy dans Notre Jeunesse. Pourquoi est-ce si difficile ? Tout simplement parce que voir le réel oblige à se libérer de l’idéologie qui le dissimule, et que, l’idéologie étant ce que l’on a en partage avec d’autres, avec ses amis politiques notamment, s’en dégager conduit tôt ou tard non seulement à prendre ses distances avec eux, mais à les combattre.
Un entretien révélateur
Comme on va le vérifier dans la séquence de l’entretien relative au port du voile, l’idéologie est d’autant plus résistante (ce qui n’est pas incompatible avec son inconsistance) que la lecture des ouvrages traitant de l’avancée de l’Islam en France et en Europe est depuis trop longtemps négligée. Comment peut-on éviter une telle négligence dans un parti quand certains de ses responsables prétendent qu’il n’y a plus d’intellectuels en France ?
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Or, rien ne se conçoit bien sans les livres. Aussi est-il nécessaire pour appréhender les menaces qui pèsent sur le pays de lire Georges Bensoussan, Malika Sorel-Sutter, Michèle Tribalat, Bat Ye’or, Christopher Caldwell, Gilles Kepel, Matthias Küntzel, Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut, Bernard Rougier, Hugo Micheron, d’autres encore. C’est la seule façon de commencer à penser contre soi, contre le confort de ses préjugés et la naïveté de ses sentiments. Sans ces lectures, le parlementaire aura beau regarder tomber la pomme, il n’aura jamais accès à la loi de la gravitation universelle.
Voici donc la fameuse séquence relative au voile :
-Récemment le grand débat au Sénat, ça a été aussi la proposition de loi des Républicains sur l’interdiction du port du voile pour les accompagnatrices de sorties scolaires. Qu’est-ce que vous avez voté ?
-Moi, je n’ai pas voté cette proposition de loi.
-Vous avez voté contre.
-Je reconnais, j’entends la question parce que je pense qu’il ne faut pas, c’est le cas de le dire, se voiler la face, c’est-à-dire il y a un vrai sujet autour de ça. Moi, j’ai présenté une proposition de loi pour l’encadrement des écoles privées hors contrat, on voit des choses un peu folles, voilà, qui naissent d’un islam politique qui n’est plus un islam religieux, donc je suis à l’aise avec ces sujets et que, moi, je ne suis pas du tout favorable à ce qu’on porte le voile dans la rue si c’est un signe de soumission.
-Dans la rue ?
-Euh, ou dans, à l’école je veux dire, euh, enfin…
-Ce n’est pas pareil !
-Y compris, oui mais de manière générale, moi je pense qu’on vit dans une société voilà, où chacun peut être libre, alors, bon, ben, mais,
-Libre de porter ce qu’il veut du coup
(…)
-Il y a une bonne question [d’un téléspectateur] qui vous demande qui est apte à juger ou non de la soumission de telle ou telle personne ?
-Moi je ne juge pas. En tous cas là où vous pouvez juger c’est qu’en France il y a un âge en-dessous duquel la société doit vous protéger, quand vous êtes un enfant voilà,
-Le foulard des petites filles, c’est effectivement…
-Si vous êtes mineur aujourd’hui, voilà…
-Mais pour une femme majeure justement ?
-Ah non, mais, moi je dis,
-Elle a le droit de porter ce qu’elle veut
-Moi je ne dis pas que les femmes sont soumises mais que c’est quand même une image, le voile n’est pas obligatoire dans la religion musulmane et que ce qu’il y a derrière c’est bien le regard des hommes sur les femmes, on est d’accord, et que je ne pense pas que d’une manière générale le voile soit l’expression d’un signe de grande parité et d’égalité entre hommes et femmes. Mais moi je ne juge pas. Je donne un avis.
-On a entendu votre avis en tous cas et puis surtout l’important c’est que vous (le journaliste s’adresse alors aux téléspectateurs) vous vous fassiez votre propre opinion.
Se faire sa propre opinion sur quoi ? Sur le journalisme ? Sur le politiquement correct ? Sur le somnambulisme des politiques ? Sur leur inconsistance ? Sur le coût de cette chaîne parlementaire financée par le Parlement ? Sans doute.
Se tromper de loup comme une vraie centriste
Mais d’abord sur le « loupé » d’une perception centriste qui ne voit pas que les loups s’introduisent partout : à l’entrée d’une caserne à Montauban, d’une école juive à Toulouse, au siège de Charlie hebdo, dans un Hyper Cacher, à Saint-Quentin-Fallavier, dans le Thalys, au Bataclan, aux abords de la cathédrale Notre-Dame, au domicile privé d’un commissaire de police à Magnanville, sur la Promenade des Anglais, dans l’église Saint-Etienne-du-Rouvray, à l’aérogare d’Orly, sur l’avenue de Champs-Élysées, dans l’appartement de Sarah Halimi à Belleville, à la gare Saint-Charles de Marseille, dans un marché de Noël à Strasbourg, rue Victor Hugo à Lyon, à la Préfecture de police de Paris, dans un parc à Villejuif, dans le quartier Borny à Metz.
Chez un parlementaire, qui plus est membre du bureau du Sénat et dont les différents mandats et responsabilités exercés par le passé supposent le soutien de nombreux élus, ce gentillet bla-bla que vient conclure un stupéfiant « mais moi je ne juge pas, je donne un avis », ne laisse pas d’être fort préoccupant. On finit par se demander si être élu ne se réduit pas aujourd’hui à se partager les postes, et gouverner, à se contenter d’occuper le pouvoir.
Alors que les loups, les vrais, sont entrés, il y a quelques années, à nouveau dans Paris, que ce sont les mêmes qu’hier, que seul leur étendard a changé, alors qu’ils rôdent un peu partout sur notre territoire et qu’on appelle chacun à la vigilance, comment peut-on prétendre représenter la nation en tenant des propos aussi insignifiants et en criant au loup devant l’hebdomadaire que vous tend un malheureux journaliste ?
Un comique du service public a chanté « Jésus est pédé ». Quelle audace ! Quelle transgression ! Nous avons de la chance de voir le génie français en marche… vers l’abîme. Il faut, en effet, un courage extraordinaire pour cracher sur un cadavre, celui du catholicisme français.
France inter n’est pas une petite radio libertaire
Bien entendu, chacun a le droit de raconter des insanités, cela s’appelle la liberté d’expression. On a même le droit de blasphémer, c’est le corollaire de la liberté de conscience. Cela dit, ces deux libertés ne se conçoivent pas sans responsabilité. Il ne faut pas oublier, en effet, que la démocratie présuppose que les citoyens sont responsables et solidaires du bien commun. Si j’appelle à sodomiser Jésus, je dois mesurer que mes propos vont offenser des millions de catholiques en France et dans le monde. Si je dirige une radio publique, je dois admettre que heurter la sensibilité d’une grande partie de la communauté nationale contribuera à démoraliser encore plus une société qui est écorchée vive. Les ruines de Notre-Dame sont encore fumantes, les symboles nationaux sont outragés les uns après les autres depuis 2015 : policiers abattus face caméra, officiers égorgés, massacres de masse de la jeunesse, profanations systémiques des églises et des cimetières et j’en passe. Quand a l’immense charge de diriger France Inter, il faut savoir lire le contexte et moduler les messages en conséquence.
Quand Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet, il le fait en tant que journal d’extrême-gauche et qui occupe une niche singulière dans le paysage médiatique français. La portée de Charlie Hebdo n’est pas la même que France Inter, un média d’Etat (payé par tous les Français) et dont l’audience est nationale. Personnellement, je n’ai jamais aimé l’humour de Charlie Hebdo et ai toujours trouvé de mauvais goût le blasphème facile. Toutefois, la ligne éditoriale d’un petit journal libertaire m’importe peu et elle ne devrait pas causer une polémique nationale. Car Charlie Hebdo n’est pas la voix de la France ni de son gouvernement. France Inter oui. Autrement dit, Charlie Hebdo peut écrire tout et n’importe quoi, mais pas le service public.
Nous croyons faire rire en nous ouvrant les veines
La question de fond est celle de la ligne éditoriale des médias publics d’un pays en guerre. Oui, la France est en guerre contre l’islamisme. C’est le cas au Sahel mais aussi en métropole (est-ce que les journalistes de France Inter s’en sont rendus compte ?). L’ennemi est fanatique et lit le monde selon les catégories du jihad. Il ne comprend que la force et le symbole. Il ne respecte que ceux qui peuvent l’écraser et ceux qui croient fermement en quelque chose. Or, à quoi croyons-nous si nous sommes capables de chanter de telles inepties sur Jésus sur une radio de premier plan ? Comment voulons-nous impressionner l’ennemi et le dissuader de nous attaquer si nous n’avons plus aucune notion de sacré ?
Quand on offense ainsi la figure christique, on invite tous les allumés de la terre à s’en prendre à la France. On leur dit : venez-nous taper car nous sommes faibles, nous avons peut-être des drones et des satellites mais nous ne levons plus aucune bannière, nous nous amusons et croyons faire rire en nous ouvrant les veines, nous appelons cela « culture ». Or, la vocation d’une civilisation décadente est d’être prise d’assaut par les barbares.
Que nous reste-t-il à adorer ?
Si on ne veut plus défendre Jésus, on peut se choisir un autre symbole à adorer. Si le Dieu du moment est l’argent et bien adorons les billets de banque et les lingots d’or : chantons une ode au pouvoir du numéraire ! Il suffit de broder sur le scénario des clips de hip-hop. Autrement, on peut aussi adorer le sexe. Erigeons un phallus géant en guise de totem devant la Maison de la Radio ou bien un préservatif féminin plus size pour ne pas énerver les féministes. Je peux aussi suggérer d’édifier une cathédrale en hommage à Greta ou un temple en pierres recyclables qui flotterait dans le bassin de l’Amazone. Tout est permis du moment que l’on délimite ce qui est sacré c’est-à-dire ce qui est intouchable et non-négociable. Nous sommes en guerre et l’ennemi ne reculera que s’il comprend que nous avons construit des buttées infranchissables. Des remparts portés par chacun en son for intérieur et dont la matière première est le sacré. Même une civilisation décadente peut durer si elle fait croire à ses adversaires qu’elle peut encore lever le glaive pour défendre une idée, aussi déplorable qu’elle puisse être.
Blasphémer oui (pourquoi pas ?) mais faciliter la tâche d’un ennemi aussi vil et lâche que l’islamisme, non. Jamais ! Moi, je préfère rendre un culte à Marianne en récitant Liberté, Egalité, Fraternité…ou la Mort. Ma survie est non-négociable et j’invite tout le monde à faire pareil. La civilisation française mérite mieux que la capitulation sans condition prononcée par nos élites.
Ma génération est née fatiguée et essoufflée. Elle n’a rien à dire alors elle chante « Jésus est pédé ». Jésus lui, au moins, a laissé un héritage, il a changé le monde et cela fait 2000 ans qu’il habite l’Histoire. Je ne suis pas sûr que les talents du service public français aient la même postérité.
Le département de la Seine-Saint-Denis, associé au CAUE 93, a organisé un colloque pour combattre le harcèlement des femmes. Au nom du vivre-ensemble, les participants prônent la séparation des sexes. De quoi ravir les islamistes.
Lundi 2 décembre 2019 avait lieu à Saint-Denis le colloque « Femmes et espaces publics en Seine-Saint-Denis », organisé par le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement ) et le département. On se souvient de l’élargissement des trottoirs proposé par Caroline De Haas pour répondre au harcèlement de rue. L’idée fait son chemin. Objectif : la séparation des sexes dans l’espace public.
Nombre d’habitantes de Seine-Saint-Denis le savent par expérience, leur présence dans les rues ne va pas de soi. Remarques, insultes et injonctions à s’habiller « correctement » délivrées par de parfaits inconnus font partie de leur quotidien. Le colloque organisé par le CAUE 93 entend ainsi proposer des solutions à une réalité par ailleurs statistiquement confirmée par l’INED[tooltips content= »Enquête Virage de 2015″][1][/tooltips]: une femme sur trois vivant en Île-de-France est harcelée dans l’espace public. Qui donc empêche les femmes de Seine-Saint-Denis de vaquer à leur guise ? Les urbanistes présents au colloque (des femmes en majorité) ne poseront à aucun moment la question. En revanche, elles désigneront à l’unanimité le responsable de cette exclusion des femmes de l’espace public : l’aménagement urbain, fait par et pour les hommes. Prenons la ligne de métro 14, explique Claire Hancock, professeur à l’université de Créteil : inadaptés au corps féminin, les wagons de la ligne exerceraient une « véritable violence sur le corps des femmes ». Que les transports publics soient un lieu agressif pour les femmes (et pas uniquement pour elles, serait-on tenté d’ajouter) n’aurait donc rien à voir avec l’ensauvagement ambiant consigné par les enquêtes du ministère de l’Intérieur. Le coupable, c’est l’espace public, « conçu pour les garçons ».
Quant aux victimes, Claire Hancock est formelle : la femme harcelée qui hante les statistiques est une « femme abstraite appartenant à la classe moyenne ». En clair, dans la sémantique en vogue à laquelle se réfère Mme Hancock sans directement l’utiliser, la femme qui se plaint de harcèlement est blanche : « On se saisit de la question des femmes pour attirer les classes moyennes », en voulant « éradiquer les personnes racisées ». « Racisé », le mot est lâché. En novlangue déconstruite, comme le « genre » qui prétend se dissocier du sexe biologique, mais qui en réalité ne parle que de méchants messieurs et de dames victimes, la « race », soi-disant « construction sociale », désigne essentiellement les Noirs et les Arabes. Ces derniers auraient donc à voir avec le harcèlement des femmes, comme semble le dire à son insu Mme Hancock ? La cause des femmes serait l’alibi des impératifs économiques et bourgeois de la gentrification ?
L’inclusion en marche
La gentrification en effet pose problème, en ce qu’elle contredit le mantra qui revient chez tous les intervenants du colloque : l’inclusion. « Jeunes, travailleuses du sexe et toxicomanes » ne sauraient ainsi être exclus de l’espace public, sauf à céder à de dommageables velléités sécuritaires. Quelle étrange liste ! Pourquoi les « jeunes » seraient-ils susceptibles d’être exclus de l’espace public ? En quoi les prostituées harcèleraient-elles les femmes ? Et pour finir, les toxicomanes dont il est ici question ne renverraient-ils pas plutôt aux dealers (dont ils ne sont jamais très éloignés) et aux migrants dont certains consomment et trafiquent ?
Dès que « l’inclusion » prime sur la loi, les tensions sont inévitables : dealers et groupes de « jeunes », tant pour de basses considérations de business que pour des raisons culturelles liées à l’islam, tiennent leur territoire où les femmes n’ont selon eux rien à faire. Mais de cette réalité, il ne sera pas question. Pour résoudre (contourner ?) les contradictions posées par le vivre-ensemble auquel ils aspirent tant, les urbanistes du 93 ont la solution : la marche exploratoire. La marche exploratoire, c’est l’avenir. C’est le progrès. D’ailleurs, on la pratique « à l’international », à Vienne, à Barcelone, etc.
On brûle de savoir ce qu’est cette pratique mystérieuse. Après avoir suivi un « atelier de gestion du stress », un groupe d’habitantes arpente la ville, relevant les endroits à éviter. Le but : dresser une « cartographie genrée » servant de base de travail aux urbanistes. Ceux-ci, sous l’égide des marcheuses, aménageront dès lors les lieux de façon à les sécuriser, installant, par exemple, des éclairages avec capteurs de mouvements…
Si les intervenantes du colloque restent sibyllines quant au périmètre de non-mixité de ces marches exploratoires (concerne-t-elle les réunions préparatoires à la marche, la marche elle-même, les territoires arpentés ?), il en ressort néanmoins qu’à leurs yeux, « la séparation dans l’espace public » est à privilégier, en ce qu’elle « évite la domination d’un groupe sur l’autre ». La séparation des sexes dans l’espace public constitue donc pour les urbanistes présentes un concept légitime et une solution d’avenir. Sa mise en œuvre paraît néanmoins objectivement impossible, du fait de l’étendue et de la complexité dudit espace.
Cependant Jeannette Ruggeri, responsable du collectif Le Bruit du frigo, n’entend pas abandonner cette voie. Selon elle, dans les établissements scolaires, où « existe une non-mixité de fait », on peut travailler concrètement la question. Autrement dit, les collèges, gérés par le département, peuvent servir de ballons d’essai à la mise en place, voire à l’institutionnalisation de la non-mixité. Ainsi cette association (subventionnée) a-t-elle créé « des espaces éphémères de non-mixité » au collège de Talence. Est-ce fortuit ? L’expérience de non-mixité en milieu scolaire initiée par Mme Ruggeri correspond exactement à ce que réclament les tenants de l’islam politique : une séparation des filles et des garçons dès l’enfance.
Décédé récemment, Roger Scruton était aussi un grand amateur de vin. Hommage à l’auteur de Je bois donc je suis.
Roger Scruton est mort le 12 janvier 2020. Ce philosophe anglais, conservateur de choc, nous avait récemment offert une des plus brillantes analyses de la pensée de la gauche moderne dans ce qu’elle eut de plus idéologique, dogmatique et frauduleuse. Foucault, Derrida et Badiou y étaient remis à leur juste place, celle du fond de la classe philosophique, sur le strapontin des cancres de leur discipline. Dans L’erreur et l’orgueil (Éditions de l’Artilleur), Roger Scruton disséquait l’inoffensive spéculation deleuzienne, la négligeable réflexion lacanienne, et les errements politiques sartriens – connus de tous mais analysés ici avec la plus grande des finesses pour ce qui concerne l’usage de la « novlangue totalisante » des dernier écrits de Sartre.
Mais, pour qui ne goûte guère ces histoires de vrais ou faux philosophes, il est un livre plus à même de leur faire découvrir un autre Roger Scruton – en réalité le même mais abordant la vie de la pensée par un autre versant, celui du goût de la vie partagée, de la pratique assidue et de la passion de l’art de boire du vin qui est « la meilleure manière de discuter de questions vraiment sérieuses, comme savoir si le désir sexuel tend vers l’individu ou l’universel, si l’accord de Tristan est un septième à moitié diminué, ou s’il existe des preuves à la conjecture de Goldbach. »
Un amoureux du vin français
Jamais le vin, et tout particulièrement le vin français, n’aura été chanté avec autant de force, de poésie et d’humour, que dans le livre de Roger Scruton philosophiquement intitulé Je bois donc je suis (Éditons Stock). Bourguignon, fort amateur des vins de Bourgogne (que je préfère nettement aux vins bordelais devenus trop « américains » à mon goût), c’est avec Scruton que j’ai compris comment et pourquoi je devais patienter avant que de les boire : « Pour apprécier le bourgogne à sa juste valeur, il faut le laisser vieillir au moins cinq ans, après quoi une étrange transformation a lieu dans la bouteille. Le raisin se retire peu à peu, laissant d’abord au premier plan le village, puis le vignoble, et enfin le sol lui-même. »
C’est grâce à lui que j’ai réalisé que les personnes riches et stupides qui dépensent des sommes de plus en plus folles pour spéculer sur des vins devenus inabordables comme certains Montrachet, m’ont permis quand même la connaissance de vignobles voisins offrant des vins moins coûteux mais non moins savoureux, comme le Pernand-Vergelesses.
J’ai encore appris, dans ce livre que je compulse régulièrement au moment de me servir un verre de vin, que le délicieux vin blanc de Chablis, que je ne buvais qu’avec des fruits de mer, est ce qu’il y a de mieux pour accompagner les… trios de Haydn ! J’en fis immédiatement l’expérience et voue depuis cet instant magique un culte à cet homme audacieux et poétique.
Boire un coup à la santé de la planète
Une anecdote parmi cent que Scruton nous narre toujours avec humour : un soir qu’il est en France, il passe la soirée avec des étudiants, échange les chants de Noël anglais à deux voix contre Dans l’eau de la claire fontaine, s’étonne du peu de culture musicale « classique » de ces jeunes gens et commence de « donner un cours » sur ce qu’ils manquent en ignorant des sonates de Beethoven ou les grandes symphonies. De son propre aveu il s’embourbe. Mais un des étudiants est venu avec une Bouteille de jurançon 1955. Roger Scruton l’ouvre et s’en sert immédiatement un verre : « Ce goût propre a sauvé mes pensées […] j’ai arrêté de ronchonner à propos des choses que je n’aimais pas et j’ai commencé à louer ce que j’aimais […] afin de leur dire comment j’étais resté sain d’esprit sur les coteaux de Jurançon en jouant les symphonies de Beethoven dans ma tête, et comment je marchais dans la brume, éclairé par leur soleil intérieur. »
En appendice de ce livre remarquable, Roger Scruton rappelle que « les boissons qui ont un effet dépressif (l’eau par exemple) doivent être consommées à petite dose et seulement pour des raisons médicales » – ce que savent tous ceux qui ont déjà vu le beau film de Gilles Grangier, Archimède le clochard. De plus, et parce que l’écologie est à la mode, le poète philosophe souligne que la consommation d’alcool ne peut pas faire subir de « dommages durables à la planète » : « En précipitant votre mort, un verre ne présente guère de risque environnemental. Après tout, vous êtes biodégradables et c’est peut-être la meilleure chose que l’on puisse dire de vous. »
Procurez-vous cette bible
Enfin, pour tous ceux qui aimeraient quand même se plonger dans la lecture de quelques maîtres en philosophie, Roger Scruton conseille les accords parfaits pour une soirée vineuse et philosophique : un bordeaux subtil avec La République de Platon (un rose léger avec Phèdre mais un bourgogne solide avec Les lois). L’aridité de la Métaphysique d’Aristote réclame de garder le cerveau frais et disponible : eau plate toute la soirée (en revanche, l’Éthique supporte une bouteille de sauvignon blanc). Avec la Consolation de la philosophie de La Boétie[tooltips content= »La consolation de la philosophie, attribué dans le livre de Scruton à La Boétie, n’est pas de la Boétie mais de Boèce. Une erreur qui n’est sûrement pas le fait de Scruton mais plutôt du typographe de la maison d’édition qui, abusant des recommandations de Roger Scruton, aura lu La Boétie là où était écrit Boèce »][1][/tooltips], Scruton conseille vivement un verre de meursault aromatique. Pour lire celui qu’il considère comme le « philosophe le plus surestimé de l’histoire », Descartes, il suggère un vin du Rhône sombre, un châteauneuf-du-pape par exemple : « Un tel vin compensera la légèreté des Méditations et vous aurez là un sujet de discussion plus consistant ». Locke avec un verre de Chablis. Hume sera idéalement lu près de la cheminée avec un verre de Montbazillac. La pensée kantienne sera « expérimentée » avec un ami et une bouteille d’Hermitage blanc de chez Chapoutier. Pour Nieztche, ce sera une « potion diluée d’hypocondriaque », c’est-à-dire un doigt de beaujolais dans un verre rempli d’eau gazeuse.
Finissons sur une note cruelle et drôle, bien dans la veine scrutonienne : « Sartre est mon excuse pour retourner vers 1964 qui n’est pas un grand millésime mais qui porte pour moi la trace indélébile de la bouteille de chambertin Clos de Bèze 1964 que j’ai bue en 1980.[…] Si je devais relire Sartre, je chercherais un bourgogne 1964 pour laver le poison. Mais les chances d’en trouver sont rares. Voilà donc un grand écrivain que je ne visiterai pas une nouvelle fois et j’en remercie le ciel. »
Amis amateurs de vin, philosophes ou poètes, procurez-vous cette bible et, chaque soir, au moment de profiter d’un nouveau nectar, souvenez-vous en le lisant de Roger Scruton, l’homme qui pouvait écrire : « Vous devez boire ce que vous aimez dans les quantités que vous voulez. Ceci précipitera peut-être votre mort mais les profits pour votre entourage compenseront ce faible coût. »
Une étude américaine conclut que les femmes ont généralement plus froid que les hommes. Les gender studies lancent la « bataille du chauffage ».
Étrange titre que celui de cet article du Guardian, quotidien britannique si unilatéralement progressiste qu’il ferait passer Libération pour réac : « La température de votre maison est constamment réglée sur “sexiste” ? Vous n’êtes pas seules. »
Selon une étude américaine, la plupart des foyers possèdent leur « dictateur thermal, qui gère le thermostat d’une main de fer » et qui est bien sûr toujours un homme. Et les femmes, ces pauvres victimes soumises, seraient en passe de perdre « la bataille du chauffage ». Faut-il le préciser, cette étude passionnante a été commise par des chercheurs en « gender studies ». Ces têtes bien faites d’une université de l’Ohio ont dépensé de l’argent et de l’énergie pour conclure que les femmes avaient généralement plus froid que les hommes. Même le Guardian ironise : « Il y a une raison scientifique à cela, c’est que les femmes viennent de Vénus qui est une planète très froide et les hommes de Mars où la chaleur est insupportable », avant de renouer avec l’esprit de sérieux. De nouvelles études prouveraient en effet que les femmes sont plus performantes intellectuellement dans une atmosphère plutôt chaude. Or, remarque la journaliste, « il gèle souvent dans les bureaux. » Voilà une bonne raison de mettre en place séance tenante des bureaux non mixtes ! En revanche, les rôles s’inversent dans la chambre conjugale, où le beau sexe préfère dormir dans la fraîcheur. Un jour prochain, le couple postmoderne redécouvrira le plaisir bourgeois de la chambre à part.