L’éditorialiste du Figaro Ivan Rioufol fait désormais partie des intervenants de la webtélé des mécontemporains REACnROLL (5€ par mois). Lors de son dernier passage, auprès de Jean-Baptiste Roques, il est revenu sur l’épidémie de coronavirus qui nous menace.


 

Causeur vous propose de lire un extrait de leur échange. Vous pouvez trouver l’ensemble de la conversation et de nombreuses autres émissions ici pour 5€ par mois.

Verbatim

Jean-Baptiste Roques. Vous consacrez ce vendredi votre « Bloc-notes » sur votre blog du Figaro au sujet du coronavirus, avec le titre suivant « Le mondialisme victime du coronavirus ».

Ivan Rioufol. Oui, ce virus inattendu naturellement est révélateur des excès et de la fragilité du mondialisme. C’est particulièrement vrai pour la fragilité économique du mondialisme. On voit aujourd’hui que les bourses chancellent, on s’aperçoit que nous sommes très dépendants de la Chine qui a fermé une partie de ses unités de production automobiles, d’avions, de pièces détachées, d’électronique mais également de médicaments.

On a appris à cette occasion que l’Europe était dépendante de ce pays pour 80% des médicaments qui sont vendus chez nous (même l’aspirine, le doliprane, etc.) ! Si l’on doit se soigner, théoriquement, nous n’aurons plus accès direct à ces médicaments qui sont produits en Chine. C’est tout à fait effarant. Au nom du mondialisme, on a confié notre destin à des sources qui sont assez vulnérables.

D’ailleurs, Bruno Le Maire, notre ministre de l’économie, a eu raison de dire dès mardi qu’il fallait envisager des relocalisations, en induisant que les souverainetés avaient au fond quelque chose de bon. Enfin ! C’est ceci que j’analyse dans mon bloc-notes : le mondialisme dans sa structure idéologique ne peut pas répondre à cette crise dans la mesure où le mondialisme a fait précisément l’éloge d’un monde sans frontières, de la diversité, de la non-discrimination. Or si vous voulez, pour lutter face au poison du coronavirus, il faut naturellement ériger des protections, sans aller jusqu’à fermer les frontières, mais se replier, accepter qu’il y ait des discriminations, que l’on choisisse d’inviter qui l’on veut inviter… En résumé, aller à rebours de tout ce que l’on nous a appris à ne pas faire.

Les réticences de ceux qui parlent au nom du gouvernement, afin de nous faire comprendre que la frontière n’a rien à voir avec tout cela, sont intéressantes.

Sur le même sujet, l’éditorial d’Elisabeth Lévy: Médecins sans frontières

J’ai entendu lundi le ministre de la santé Olivier Veran nous dire que le coronavirus était à nos portes, mais qu’il n’était pas envisageable de fermer les frontières, car ça n’aurait pas de sens… Mais enfin ce qui n’a pas de sens c’est de dire qu’il y a des portes et qu’on ne va fermer les frontières. Jeudi matin, Sibeth Ndiaye de communiquer semblablement la même chose, en disant que les frontières physiques n’ont pas de sens pour un virus. Cette insistance-là et ces éléments de langage persistants me font comprendre que le pouvoir macronien qui s’est construit sur le mondialisme, sur le sans frontiérisme et sur la souveraineté européenne, craint par-dessus tout d’avoir à renier ses propres préceptes.

Retrouvez l’ensemble de l’émission du 28 février 2020 avec Ivan Rioufol
– Le coronavirus et la mondialisation
– La cérémonie des Césars et Roman Polanski
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D’autant que j’ai vu qu’Israël a bel et bien fermé ses frontières concernant les Italiens. Les Israéliens font donc cette analyse que je partage : la frontière peut protéger d’un virus. Je mets donc en garde contre l’idéologie qui commence à aveugler me semble-t-il ce gouvernement et lui fait prendre des décisions incohérentes. À vérifier par la suite des évènements naturellement.

(…)

Je crains que ce gouvernement-là n’ait fait le pari que cette épidémie serait une épidémie bénigne, – elle n’a fait que deux morts pour l’instant en France [propos tenus le 28/02/2020 NLDR] – mais on voit bien avec quelle fulgurance elle s’installe, et je pense qu’il n’est pas raisonnable de se laisser bercer par des idéologies confortables en disant que le mondialisme malgré tout doit continuer à être défendu dans ses préceptes universalistes et dans cette abolition des frontières, des nations, des peuples, etc. Tout ce qui a fait précisément les faiblesses qui apparaissent aujourd’hui à travers cet événement dérisoire qu’est le coronavirus…

Jean-Baptiste Roques. Je note quand même que vous donnez un bon point à Bruno Le Maire pour sa remise à l’honneur d’une « souveraineté pharmaceutique » ?

Ivan Rioufol. Oui, c’était assez surprenant mais il l’a fait d’une manière très claire en disant qu’il n’est pas sain et en effet ce n’est pas sain d’avoir mis une partie de nos sources industrielles en pièces détachées et en médicaments au cœur de cette usine du monde qu’est devenue la Chine, qui grosso modo doit représenter à peu près 20 ou 30 % de l’activité mondiale aujourd’hui. Je me réjouis que le ministre de l’économie envisage aujourd’hui de revoir une politique économique dont certains disaient en effet qu’il fallait la revoir de toute façon. Je pense qu’il faut le faire assez vite.

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