A minima, on peut assurément affirmer que la piteuse 45e cérémonie des César a été gangrénée par les thèses racialistes. Mais rejeter l’universalisme est dangereux. Car quand on commence à dire qu’il n’y a pas assez de noirs, on doit ensuite dire où il y a trop de blancs.


Les Césars 2020 ont été l’occasion pour les éminences grises du cinéma français de donner leur brillant « avis » sur le métier et la société.

Invisible Man, toujours sur vos écrans

Après donc une pétition fourre-tout demandant plus de parité (prendre des femmes, même lorsqu’elles le méritent moins), après les manifestations hystériques de Osez le féminisme, une nouvelle pétition signée le 28 février dans Le Parisien par 30 personnalités dénonçait l’invisibilité des « concitoyens issus des Outre-mer et des immigrations dans le cinéma français ».

Étrange époque où les individus réclament une place au nom de leurs origines au lieu de la construire par leur talent. On finirait presque par se demander comment les juifs ou les Italiens ont si bien fait pour s’intégrer à la France et fabriquer leurs éminentes figures. La société française des années 30, ou même 60, était certainement plus « inclusive ».

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« La France, dit la tribune, maintient ses acteurs de couleur dans des rôles insignifiants qui ne justifieront jamais une quelconque nomination aux César ». Phrase qui signifie explicitement que lorsqu’un acteur noir ne voit pas sa carrière décoller, il doit l’imputer au racisme d’un milieu qui l’assigne à un stéréotype raciste. Pire, c’est la France tout entière qui est accusée ! Ce mécanisme, qui consiste à imputer ses échecs à une collectivité « dominante » qui freinerait son ascension, est celui que décrit Sartre au sujet de l’antisémitisme dans ses Réflexions sur la question juive. La haine anti-blanc, ou anti-mâle, marche de la même manière que l’antisémitisme : attribuant leur invisibilité à l’omniprésence du mâle blanc plutôt qu’à leur absence totale de talent, les « diversitaires » font de son extermination la condition sine qua non de leur réussite.

Gênante Aïssa Maïga 

J’irai plus loin encore : la France, loin d’éloigner ses talents « issus de la diversité », les étreint avec beaucoup de fierté ! Comment oublier le succès de Ladj Ly, dont le passé judiciaire récent n’a pas vraiment freiné l’enthousiasme du milieu, là où Polanski subit une soirée d’insultes et d’irrespect pour un acte commis il y a 43 ans ? A ce compte-là, le milieu du cinéma aurait un problème avec les juifs plutôt qu’avec les noirs.

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La tribune considère qu’une société est forcément raciste lorsque la composition de ses élites ne respecte pas scrupuleusement les proportions de sa base. #BlackCésar – ironie du sort – considère même que la première tribune signée le 10 février sur la parité ne parle pas assez des minorités ! Ce mécanisme de dissociation et de réclamation est infini : Après Aïssa Maïga qui compte les noirs et les blancs comme les nazis énuméraient les patrons et financiers juifs, pourquoi ne pas compter les Sénégalais et les Congolais, ou les Alsaciens et les Bretons ? Y aurait-il du racisme anti-Basque à barbichette dans le jury ? Alors dites-moi pourquoi il n’y en a jamais eu dans les récompensés ?

L’accusation raciste, déclinée par l’immonde discours d’Aïssa Maïga parlant de « castings monochromes », est facile, mais aussi dangereuse : elle justifie tous les sécessionnismes, tous les communautarismes, dont la tribune #BlackCésar ne se cache pas : « L’adoption de mesures d’inclusion est urgente si on ne veut pas laisser à ces professionnels du cinéma français qu’une seule option : le communautarisme ».

Après les quotas viendront l’appropriation culturelle et la censure

Ce communautarisme – exprimé tout au long d’une cérémonie qui n’a parlé que du mâle blanc et de la « diversité » – est une menace constante adressée à une société qui fort heureusement se refuse encore à distinguer les Hommes selon leur sexe ou la couleur de leur peau. La tribune prend d’ailleurs Spike Lee comme exemple, le réalisateur dont on rappelle qu’il a insulté Clint Eastwood pour avoir fait un film sur Charlie Parker – qui était noir –, ou cracher sur Tarantino, dont le Django Unchained était jugé « irrespectueux » envers ses ancêtres. Car, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, la suite logique des demandes de quotas est le procès pour « appropriation culturelle ».

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La bêtise raciste de cette pétition a été couronnée par Aïssa Maïga, dont le « mesdames et mesdames les espoirs : bienvenu dans le nouveau monde » prenait des accents de totalitarisme. Elle dont la carrière, de l’Auberge Espagnole à L’Ecume des jours, va exactement à rebours de ce qu’elle décrit comme « être le bon noir » en rôle de dealer ou de « femme hypersexualisée ».

Si la composition du cinéma ne convient pas aux pétitionnaires, on ne saurait que leur suggérer de trouver eux-mêmes des talents – noirs, puisque cela semble être un critère déterminant pour eux.

Et pour être taquin, je ne résiste pas à l’envie de dire aux signataires blancs de dégager de nos écrans, puisqu’ils estiment qu’ils ne comptent pas assez de noirs et donc trop de blancs. Leur présence obstruant ostensiblement l’ascension fulgurante de talents plus bronzés constituera j’en suis sûr une action forte pour la diversité qu’ils appellent tant de leurs vœux.

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