Accueil Site Page 1343

Les 5 impitoyables leçons sur la société post-coronavirus d’Erwan Seznec


Sans-frontiérisme, zadisme, scientisme et quelques autres constructions intellectuelles à la mode ne sortiront pas indemnes de la pandémie. Un impitoyable (et cocasse) passage en revue concocté par Causeur


La crise du Covid-19 agit déjà comme le révélateur de la validité de certaines théories et des inconvénients de quelques travers contemporains. Causeur en a identifié cinq. Il y a bien évidemment l’hostilité idéologique à la notion de frontière, assimilée au repli et à la xénophobie primaire. Plus discrète, mais étonnamment forte, la tendresse envers le sous-développement se trouve aujourd’hui confrontée à la réalité. Tout comme le courant de la « science participative » ou « science citoyenne ». La pandémie, enfin, force les pouvoirs publics à mesurer la gravité de deux dérives anciennes, la tendance à tout pénaliser et la quête de la perfection administrative, source d’innombrables injonctions contradictoires.

Le romantisme du No Border 

Partisans d’une suppression totale des frontières, ils ont toujours été ultra minoritaires. Dans le microcosme de la jungle de Calais, leur tendance à instrumentaliser les migrants en les poussant à l’affrontement avec la police a souvent agacé les autres associatifs. Néanmoins, sous la forme édulcorée du soutien inconditionnel aux migrants, ils ont été transformés en héros de la résistance. En mai 2018, le maire de Grenoble, Éric Piolle, remettait une médaille à Cédric Herrou, et se déclarait par tweet « délinquant solidaire » du passeur de la vallée de la Roya, que 500 personnalités avaient soutenu dans une tribune publiée par Libération en octobre 2017. Le Covid-19 vient rappeler ce que produirait réellement la levée des restrictions aux déplacements à l’heure des vols low-cost : des catastrophes sanitaires en série. Mi-mars 2020, tous les pays du monde avaient suspendu les visas et renvoyé des douaniers dans les guérites. Des mesures cohérentes, dès lors que le confinement devient la règle quasi planétaire, mais des mesures mal assumées, beaucoup plus mal, par exemple, que l’interdiction faite à chacun de sortir à plus de 1 000 mètres de chez soi !

La réglementation est tellement contradictoire que les PME et les artisans ne parviennent plus à la respecter

Le 13 mars encore, Olivier Véran, ministre de la Santé, assurait sur Europe 1 que la fermeture des frontières n’avait « scientifiquement pas d’intérêt ». Le 16 mars, Emmanuel Macron annonçait la clôture pour un mois de l’espace Schengen.

L’apologie du sous-développement et du bidonville

Cette idée curieuse est devenue très tendance il y a une dizaine d’années. Publié en 2007 aux éditions La Fabrique, L’insurrection qui vient (anonyme) appelle à s’inspirer de « toutes les intuitions, de tous les savoir-faire, de cette ingéniosité propre aux bidonvilles qu’il nous faudra bien déployer si nous comptons repeupler le désert métropolitain ». En 2010, dans son livre Harmony, le prince Charles vante « l’organisation intuitivement supérieure » de Dharavi (Inde), le plus grand bidonville d’Asie, comparant les développements immobiliers « fragmentés et déstructurés » des nations occidentales à « l’ordre et l’harmonie » du bidonville. Le 5 janvier 2016, Les Échos publie une tribune intitulée « Le bidonville est-il l’avenir de l’urbanisme ? ». Réponse : oui. « Plus dense, mixte, d’emblée piétonne et économe en énergie, l’organisation spontanée des quartiers informels inspire les nouveaux modèles de développement urbain. » En octobre 2018, sort un livre sur la ZAD, Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre, réalisé avec le concours d’un enseignant et des étudiants du master Alternatives urbaines de Vitry-sur-Seine. Fort esthétique (la vraie ZAD l’était sensiblement moins), il fait l’apologie d’un bidonville soft, empire du précaire et de la débrouille. L’ordre et la propreté seraient fondamentalement réactionnaires et la saleté, cool et rebelle. Mars 2020, le Covid-19 ramène tout le monde à la raison, au moins temporairement. « Nous sommes face à une situation désastreuse, les mesures de précaution basées sur les distances physiques se révélant inapplicables dans les bidonvilles », écrit The Hindustan Times le 23 mars. Bidonvilles où « vivent la majorité des domestiques et des travailleurs manuels », ce qui place l’ensemble de la société urbaine indienne dans une situation particulièrement délicate.

La mascarade de la science participative

L’intention est louable. Botanistes ou astronomes, les simples citoyens ont souvent apporté leur pierre à la science. Pourquoi ne pas les associer aux prises de décision ? Depuis une dizaine d’années, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), le ministère de la Santé et le ministère de la Recherche ont donné une place croissante à la société civile. Les associatifs ont été invités à délibérer avec les scientifiques. Le malentendu a rapidement surgi. La représentation de la « société civile » a été préemptée par de petites structures aux idées bien arrêtées, qui attendent de la science qu’elle confirme leurs préjugés, fortement orientés vers la décroissance et l’anticapitalisme. Sur le site sciencescitoyennes.org, où on martèle que les chercheurs sont trop soumis aux pressions des lobbies, les militants du Criigen (anti-OGM) ou de Priartem (anti-ondes) se présentent comme des cautions démocratiques. Ils réclament et obtiennent parfois un droit de regard sur des avis qui vont formater la réglementation. Le Covid-19 montre ce que vaut cette science citoyenne dans un contexte d’urgence : rien.

A lire aussi, Analyse: Hervé Juin: Le mal du siècle

La justice, instrument du Bien

Dans les années 1990, les professeurs de droit expliquaient qu’une bonne décision de justice se reconnaît à ce qu’elle déçoit les deux parties. Cette conception s’est effacée. Le droit, de plus en plus, est conçu comme l’instrument du Bien, une sorte de bicarbonate de soude, qui nettoie, ravive, répare et purifie les souillures sociales, quitte à remettre en cause les libertés démocratiques. Pénalisation du droit des affaires pour lutter contre les patrons voyous, pénalisation du droit fiscal pour réprimer la fraude, pénalisation du droit de la famille contre les viols conjugaux et pour la protection de l’enfance. Sans parler de la pénalisation forcenée du droit de l’environnement, dont les plus fervents avocats sont en train de basculer dans le rejet pur et simple de la république parlementaire. « Notre modèle de démocratie représentative ne permet pas de prendre les mesures radicales nécessaires pour faire face aux défis actuels », lançait en août 2019 dans la revue We demain Cyril Dion, réalisateur du film Demain, sorti en 2015[tooltips content= »Ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de le nommer « garant » de la Convention citoyenne pour le climat. »](1)[/tooltips]. « Dans un régime démocratique où l’essentiel de l’offre politique fait de la croissance économique l’objectif ultime du bon gouvernement, l’endiguement des émissions de gaz à effet de serre est-il seulement possible ? » se demande Le Monde du 3 janvier 2019. En septembre 2018 déjà, l’astrophysicien Aurélien Barrau avait réclamé dans une vidéo des « mesures coercitives » pour sauver la planète, expliquant qu’il fallait « renoncer à certaines libertés ». Déjouant tous les pronostics, c’est un virus et non le réchauffement climatique qui a conduit à mettre les libertés publiques entre parenthèses. Pour la première fois, et peut-être pas la dernière, la détention à domicile est la règle à l’échelle du pays. Des hélicoptères et des drones survolent la France de Maîche (Doubs) à Combrit (Finistère). Des promeneurs sont placés en garde à vue dans le Rhône et dans l’Ain. À Cavaillon, le 30 mars, un récidiviste est condamné à deux mois de prison ferme pour non-respect du confinement. La veille, la chancellerie avait annoncé la libération anticipée de 3 500 prisonniers, pour désengorger les prisons menacées par le Covid…

La folie judiciaire rattrape les ministres. Onze familles de djihadistes avaient déjà porté plainte (classée sans suite en janvier 2020) contre Jean-Yves Le Drian, suite au refus de la France de rapatrier ses ressortissants incarcérés en Syrie. Dans le dossier du Covid-19, une dizaine de plaintes pour non-assistance à personne en danger ou homicide involontaire ont déjà été déposées devant la Cour de justice de la République contre Édouard Philippe, Agnès Buzin, Christophe Castaner et Nicole Belloubet. Réveil brutal dans les ministères : la pénalisation des rapports sociaux n’était pas seulement un sujet de dissertation au concours de l’ENA.

Il y a surenchère dans la contrainte. Le 30 mars, Act Up-Paris, le Collectif inter-hôpitaux, le Collectif inter-urgences, la Coordination nationale infirmière, l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament demandent la « réquisition » des moyens de production de masques et de médicaments. Le 25 mars, Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, appelle à une « réquisition » des soignants, alors que des médecins retraités se présentent déjà spontanément pour reprendre du service. Comment dire stop quand des vies sont en jeu ? Comme le dit Olivier Babeau, professeur de gestion, au Figaro Vox, nous assistons à la fusion de l’État-providence et de l’État-surveillance. Paradoxalement, la réaction pourrait venir des gouvernants, et non des gouvernés.

La quête de la perfection administrative

Depuis le début de la crise du Covid, le gouvernement a enchaîné les injonctions contradictoires, s’inscrivant dans la tendance actuelle, et pas seulement en France, à réglementer tous les cas de figure possibles, ce qui conduit invariablement à des textes illisibles. Le Conseil d’État le répète chaque année depuis 2006 au moins, le droit est devenu « instable, peu lisible et en partie imprévisible », car il est modifié en temps réel. Plus de 10 % des articles d’un code (de l’environnement, du travail, de la sécu) changent chaque année. Des dizaines de juristes et d’experts ont tiré en vain la sonnette d’alarme à ce sujet, sans être écoutés. Le Covid-19 confirme leurs plus sombres pronostics.

La cellule interministérielle de crise (CIC) au ministère de l'Intérieur, 20 mars 2020 Photo: Gonzalo Fuentes / Pool / AFP
La cellule interministérielle de crise (CIC) au ministère de l’Intérieur, 20 mars 2020 Photo: Gonzalo Fuentes / Pool / AFP

L’État français a de plus en plus de mal à formuler un discours cohérent, quels que soient les ministres en poste, quels que soient les sujets. D’ordinaire, ce sont les citoyens qui en font les frais. En 2018, par exemple, 88 % des contrôles réalisés par les Ursaaf se sont conclus par des redressements. La réglementation est tellement contradictoire que les PME et les artisans ne parviennent plus à la respecter[tooltips content= »Le site web du Cercle Lafay compile à cet égard des exemples effarants, dont celui des foyers Emmaüs redressés pour ne pas avoir payé de cotisation sur l’argent de poche versé aux personnes hébergées »](2)[/tooltips]. Le Covid pousse le système au point de rupture, avec des injonctions inhabituellement larges, mais toujours aussi contradictoires. Le vendredi 13 mars, Emmanuel Macron annonce la suspension des cours pour le lundi suivant, mais appelle les électeurs à se rendre aux urnes le dimanche. Le lendemain du premier tour, 16 mars, il annonce le confinement général et la fermeture des commerces qui ne sont « pas de première nécessité ». Deux jours plus tard, Bruno Le Maire envisage la réouverture des librairies, menacées par Amazon ! Le 17 mars, alors que les admonestations à rester chez soi se multiplient, la ministre du Travail Muriel Pénicaud se déclare « scandalisée » par « l’incivisme » d’un syndicat d’artisans du bâtiment, qui a appelé ses adhérents à suspendre les chantiers, le temps de trouver des solutions pour assurer la sécurité des salariés. « On nous laisse le choix entre le tribunal de commerce en cas de dépôt de bilan et le tribunal correctionnel en cas de problème sanitaire chez nos salariés », tonne un patron de 38 ans, Romain Dumans, dans une vidéo visionnée plus de 35 000 fois en cinq jours.

Les pouvoirs publics cherchent en vain la circulaire parfaite, celle qui ménagera les impératifs sanitaires et les nécessités économiques. À leur niveau, les préfets sont tout aussi difficiles à suivre. Le 17 mars au matin, celui du Morbihan ferme tout le littoral à la promenade. Dès l’après-midi, les amendes pleuvent. Le lendemain, le même préfet diffuse une diatribe martiale (« les batailles se gagnent en première ligne, mais c’est à l’arrière que se gagnent les guerres »), appelant ceux qui le peuvent à reprendre le travail pour « éviter la pire récession du siècle ». Interdiction de sortir, interdiction de rester à la maison ! Comme disait Philippe Muray dans L’Empire du Bien, « la seule, la bonne question désormais, est de savoir s’il est encore possible de ne pas tout interdire absolument ».

Les naufragés de l’édition

0

Les écrivains victimes de l’Office de 18 mars


L’édition française se prépare à subir de fortes avaries dans les prochaines semaines. 

Sa santé n’a jamais été brillante. Elle est valétudinaire de naissance. Son pavillon tangue depuis des lustres. Comme la presse écrite, le monde du livre est englué dans un système de diffusion opaque, des aides de l’État discrétionnaires et la paupérisation croissante des auteurs. Le virus va accentuer les travers d’un secteur d’activité sous perfusion qui profite toujours aux grosses locomotives et aux phénomènes de concentration. Les petites maisons risquent d’y laisser des plumes, les autres de faire des coupes sombres dans leur masse salariale et de réduire la voilure. Cette expression revient en boucle dans la bouche de tous les acteurs du métier. Elle inquiète les auteurs habitués à ne pas gagner d’argent mais qui vont se retrouver bientôt sans éditeurs. 

A lire aussi, Thomas Morales: Qui chroniquera le Covid-19?

Lundi, tous à la librairie

Le contrat d’édition va devenir une denrée rare. La France publie trop. Cinq cents romans à la rentrée de septembre ou de janvier, est-ce bien raisonnable dans un pays qui compte moins de 5 000 grands lecteurs ? Ce Covid-19 aura un effet bénéfique sur la production, du moins sur la quantité de nouveautés qui encombrent les rayons des magasins. Tous les catalogues sont bloqués, les parutions s’échelonneront dorénavant sur plusieurs mois. Il y a embouteillage à la sortie des imprimeries. On appelle Bison futé pour réguler ce « trop-plein » et faire la police. Le marché est saturé, le délit de cavalerie guette cette économie déjà précaire. Et puis, les libraires ont prévenu, ils ne veulent plus de nouveautés. Ils ouvriront avec du gel et de la distanciation sociale seulement pour distribuer des livres qui se vendent. Ils n’ont pas vocation à renvoyer des cartons d’invendus et à perdre leur temps avec des bouillons de culture. Ce ne sont pas des manutentionnaires, ils ont une éthique professionnelle, une dignité aussi. On comprend ces commerçants qui ont besoin de reconstituer leur trésorerie et de payer leurs charges. Leur message a été clair : oui aux best-sellers, peu importe le genre, des Astérix, du Onfray, du Tesson, du lourd, du « vu à la télé » qui draine de la clientèle, du sonnant et trébuchant ; non aux traîne-savates et aux obscurs écrivains. Les journaux de confinés à trois cents exemplaires, non merci. 

A lire aussi, Patrick Eudeline: Culture, année blanche et idées noires

À la limite des témoignages poignants de soignants, en dessous d’un objectif de 50 000 ex., ils ne se lèveront pas ! Le business y gagnera en clarté ce que la littérature y perdra en pluralisme et en dinguerie. L’audimat règne partout en maître, la pandémie n’y changera rien. Le public a toujours raison, les déçus du système ne sont que des aigris et des mauvais coucheurs. Avant qu’un secours populaire dédié spécifiquement aux écrivains ne leur vienne en aide, on peut tenter encore de réanimer quelques titres sortis en début de confinement. Au moment du déconfinement, ne les oubliez pas ! Les pauvres n’ont même pas eu le temps de se lancer dans le grand bain, ils ont été fauchés en plein vol. J’ai l’image en tête d’un sauteur en longueur, qui s’élève dans les airs et se claque un muscle avant de retomber dans le bac à sable. Ils ont été balayés, rayés des cadres. 

S.O.S Écrivains en danger

Rideau ! Au suivant ! Qu’y a-t-il de pire pour un auteur que de voir le fruit de plusieurs mois de travail stoppé net ? Ils n’ont même pas eu le bonheur de pester contre les critiques, de chouiner sur le manque de curiosité du public et d’incendier leur attaché de presse. Je vous conseille de leur donner une seconde chance. Ils la méritent. Dès le 11 mai, et malgré une période encore incertaine, ils vous attendent. J’ai sélectionné Le bruit de la mer de Franck Maubert paru chez Flammarion le 18 mars dernier. Sa prose délicate, au grain océanique et nostalgique, agit comme un activateur de mémoire. Maubert est la « Pénélope de l’amitié », il tisse une tapisserie où les sentiments sont effleurés, la pudeur toujours de mise, une mélopée soyeuse en hommage à un ami disparu et les embruns qui voltigent devant nos yeux embués. Ne soyons pas sectaires, si le papier capte toute notre attention, le livre numérique recèle parfois des textes étranges et savoureux. C’est le cas du Duetto que Serge Safran consacre à Paul Léautaud en empruntant la forme originale du journal pour coller au plus près au tempo du misanthrope à chats, c’est très original et traversé par un souffle intimiste. 

Sauvons-les !  

Le bruit de la mer de Franck Maubert – Flammarion

Le Bruit de la mer

Price: ---

0 used & new available from

Duetto Paul Léautaud par Serge Safran – Nouvelles Lectures

Paul Léautaud - Duetto

Price: ---

0 used & new available from

Conspiracy Quatsch, ou le négationnisme bien comme il faut

0

L’accusation de colportage de « théories du complot » peut être utilisée comme une nouvelle censure. Le site internet très fréquenté Conspiracy watch, en s’acharnant sur le professeur Montagnier qui envisage des manipulations dans le virus de Wuhan, participe par exemple de cette nouvelle police du bon ordre intellectuel. Une tribune de Yves Laisné.


Le développement de l’Internet a introduit une révolution dans le traitement de l’information. D’une part, il a mis une masse colossale d’informations à la disposition de tout un chacun, qui permet au chercheur ou au curieux d’accéder facilement à des informations inaccessibles ou très difficilement accessibles auparavant, ce qui peut ne pas être du goût de tout le monde et explique les restrictions d’accès et autres mesures de contrôle de régimes totalitaires ou autoritaires sur ce média redoutable (pour eux).

D’autre part, il permet à des personnes ou à des courants d’opinion, qui étaient antérieurement filtrés ou exclus par les médias traditionnels (presse écrite et audiovisuelle) de faire valoir leurs opinions à travers des sites Internet, des blogs, des vidéos, des journaux en ligne, des pages Facebook, des tweets, qui assurent une véritable liberté, limitée ni par l’absence de moyens financiers – il faut être très fortuné pour lancer et entretenir un journal – ni par la réticence de l’ordre intellectuel, attaché, de manière assez globale, et de plus en plus, à un socle d’idées convenues et « consensuelles ».

La censure, c’était mieux avant

Dans ce contexte, rappelons-le, d’exercice de la libre communication des pensées et des opinions qui est un des droits les plus précieux de l’Homme (article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, de valeur constitutionnelle) ont pu se développer, sans aucune censure de l’ordre intellectuel, des opinions complètement atypiques et extrêmement, ou plus ou moins, éloignées du consensualisme dominant. Ces opinions peuvent être farfelues, loufoques ou carrément folles, mais aussi intelligentes, articulées, crédibles. Le problème rencontré par l’ordre intellectuel est qu’elles échappent complètement à son filtrage, si ce n’est à sa censure et qu’elles dépassent le cercle de conversation de Café du commerce dans lequel elles étaient confinées, pour atteindre un large public.

A lire aussi, Sophie Flamand: Les soignants nous sauvent, l’Etat-nounou nous materne

Un large public que l’ordre intellectuel considère in petto, voire ouvertement, comme arriéré, obscur, incapable de distinguer le vrai du faux, immature, gouverné par des peurs, sujet à l’imagination, et qu’il convient d’orienter, de guider, de former pour qu’il ne s’égare pas sur des sentiers interdits de la pensée. Cette position, profondément méprisante, hostile à la liberté individuelle, contraire à l’esprit des Lumières et largement anti-démocratique appelle nécessairement la mise en place d’une forme de censure qui ne dit pas son nom. Sans doute n’en est-on plus, ou pas encore, à Madame Anastasia, mais on s’en rapproche, comme Noam Chomsky, dont je ne partage pas les idées par ailleurs, mais dont j’admire l’amour de la liberté d’expression et le courage, l’a justement fait ressortir.

Hérésie hier, complotisme aujourd’hui, mêmes clercs

La dénonciation systématique de la théorie du complot à propos de l’explication non conformiste de certains évènements, fait partie de cette censure.

La stigmatisation d’une théorie, d’une explication ou d’une thèse de complotisme, conspirationnisme ou théorie du complot, présente l’avantage, pour les censeurs et autres policiers de la pensée, de pouvoir se contenter de procéder par anathème. Transportons-nous en 1633, prétendre que la terre tournait autour du soleil était une hérésie, pour laquelle le malheureux Galilée fut condamné à une humiliante abjuration. Les clercs d’aujourd’hui anathémisent du nom de complotisme, toute explication des faits observables – ce qu’avait fait Galilée – qui ne correspond pas à la vérité officielle. Hérésie hier, complotisme aujourd’hui, mêmes clercs. Ceux d’hier étaient les cardinaux inquisiteurs, ceux d’aujourd’hui sont les journalistes « observateurs ». Le niveau a un peu baissé.

Un nouveau moyen de tenir l’ordre intellectuel?

Sans doute ne peut-on que se gausser de théories selon lesquelles aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone lors des attentats de Ben Laden, Kennedy ne serait pas mort à Dallas, Hitler aurait été détenu par Staline dans une cage de fer ou se serait enfui en Argentine dans un sous-marin, la CIA a commandité la destruction des tours jumelles de New York ou encore la reine d’Angleterre serait un lézard extra-terrestre ayant pris forme humaine, qui aurait, de plus, commandité l’assassinat de Lady Di…

Mieux vaut en rire. Et seulement en rire.

Il n’y a aucune raison de chercher à ce qu’il soit interdit, ou même empêché, de le dire. C’est drôle, c’est rafraîchissant et s’il y a des esprits influençables pour le croire, tant pis pour eux. C’est aussi cela, la liberté. La liberté d’être c… À vrai dire, ce n’est pas ce genre d’élucubrations qui constitue le vrai centre d’intérêt de nos sentinelles de veille de la théorie du complot. Leur boulot, c’est de discréditer des théories ou des analyses crédibles, d’empêcher, sur l’interprétation de certains faits, l’émergence d’un débat pouvant mettre en cause une vérité officielle ou « consensuelle ». Ce sont les serre-files de l’ordre intellectuel. 

A lire aussi, Benoît Rayski: Agression contre Zemmour: plaignons le pauvre Mehdi…

Leur méthode dialectique est voisine de celle des négationnistes. Les négationnistes prétendent que la Shoah n’a pas existé. Cette prétention est grotesque. Ils ne peuvent nier un certain nombre de faits avérés (déportations, persécutions, assassinats, témoignages, traces laissées nonobstant les tentatives d’effacement etc.). Pour tenter de faire prévaloir leur thèse, le plus souvent (Faurisson, David Irving) les négationnistes ne s’attaquent pas au fond du problème (et de l’horreur), mais à la supposition d’un complot juif, qu’ils croient pouvoir démontrer en s’attaquant de manière fallacieuse à l’absence, selon eux, des chambres à gaz d’Auschwitz. La discussion ne porte plus sur le crime, mais sur la fragilité prétendue d’une des preuves du crime.

Les méthodes de Fox Mulder ont pourtant fait leurs preuves

Les sentinelles du complotisme utilisent la même méthode dialectique : pour stigmatiser une analyse, ils vont prétendre qu’elle est conspirationniste et s’attacher à en critiquer l’absence de preuves reconnues. Il n’y a plus de débat. Ce qui peut être qualifié de complotisme est nié. Il n’y a pas d’ONG, de cercles de pensée, de lobbies, ou autres groupements, qui cherchent à influer sur le cours des choses sans révéler ce qu’ils font. Les services secrets eux-mêmes, si mal nommés, racontent tout ce qu’ils font dans les médias. Ils n’agissent jamais en secret. Tout cela n’existe pas, ou seulement dans votre imagination. Si vous en doutez, vous êtes un complotiste et vous faites du conspirationnisme. Ce qui justifie de vous clouer le bec.

Pourtant, de la part de ceux qui recherchent la vérité, soupçonner, voire prétendre qu’elle pourrait être ailleurs, selon le fameux slogan de la série-culte X Files, est une attitude parfaitement raisonnable, voire scientifique. Prendre pour argent comptant tout ce qu’affirment les autorités, politiques, religieuses, morales, scientifiques et médiatiques est se condamner à considérer qu’elles disent toujours la vérité, qu’il n’y a jamais d’erreurs, de mensonges, de « dessous des cartes ». Ce serait exactement aussi bête que de prétendre qu’elles mentent toujours et que tout est complot. En érigeant la théorie du complot en interdit de dénonciation de complots qui peuvent être bien réels, en anathème et exclusion de tout débat, certains intellectuels ressuscitent la Sainte Inquisition. Naguère, c’était l’hérésie, plus récemment le déviationnisme, la dissidence ; aujourd’hui, c’est le complotisme.

A lire aussi, Dr Liya Ju: France-Chine: la coopération médicale ne date pas d’hier

La question d’un accident de laboratoire à Wuhan, qui serait à l’origine de la propagation du virus chinois baptisé Covid-19, est une vraie question. C’est une question sérieuse dont l’existence fait débat aussi bien dans les sphères scientifique et du renseignement, qu’au niveau politique. Débat d’ailleurs entretenu par l’opacité de la Chine sur l’origine, qui demeure mystérieuse, de ce virus. Les seules choses qui semblent généralement admises sont que le virus vient de Wuhan en Chine, que la Chine a tardé à révéler l’épidémie à l’OMS et au reste du monde et qu’aucune enquête indépendante n’a eu lieu sur place. Ce qui permet, sans aucun complotisme et de façon parfaitement raisonnable, toutes sortes de spéculations. Si l’accident de laboratoire venait à être démontré, les conséquences pour la République populaire de Chine seraient simplement dévastatrices. Mais le « consensus » est que la RPC est « bien ». Elle réconcilie les communistes, leurs compagnons de route, et autres intellectuels orphelins inconsolables du rêve soviétique, avec les « loups de Wall Street » et autres « patrons » du CAC 40, pouvant, grâce à la main d’œuvre chinoise, distribuer commodément des dividendes confortables à leurs actionnaires (et ainsi… garder leur place). Sans parler de l’armée d’apologistes, sinologues dévoués et autres agents d’influence généreusement rémunérés qu’elle entretient dans le monde entier. Alors la Chine communiste fait partie du « camp du bien ». Se poser une question – qui se pose – devient du complotisme et l’auteur de la question se trouve relégué dans les ténèbres de la bêtise et de l’extrémisme. Pestiféré, il devient infréquentable, impubliable. Les sentinelles de veille du complotisme ont tranché.

Laissez parler le professeur Montagnier!

La qualité de sommité mondiale du Pr. Montagnier ne l’a pas protégé. Il affirme, en tant que Prix Nobel, spécialiste de la question, que le virus chinois a subi des manipulations génétiques, ce qui exclut un caractère naturel et une transmission d’un marché aux animaux.

On voit affleurer en divers points des écrits du site Conspiracy Watch une volonté métapolitique, voire carrément politique…

En ce qui me concerne, je n’ai aucune compétence pour décider s’il a raison ou tort. Mais j’ai une connaissance suffisante du langage, de la logique et… de la métapolitique, pour pouvoir affirmer que lorsque le site Conspiracy watch le qualifie de Prix Nobel du complotisme et le place à la tête des légions d’imbéciles, en parlant de propos tonitruants et de controversé Pr., il abandonne toute recherche d’objectivité dans la recherche de la vérité et la dénonciation des mensonges, par l’utilisation de classiques sophismes d’attaques ad personam, comme d’argument d’autorité : l’origine naturelle du Covid-19 fait partie des constats qui ne font pas aujourd’hui débat dans la communauté scientifique. En 1633 le géocentrisme était admis par l’autorité, l’héliocentrisme de Galilée était… un complot contre L’Église et les Saintes Écritures, ou une hérésie. C’est du même tonneau.  

A lire aussi, Thomas Morales: Au théâtre ce soir avec Pascal Praud!

D’ailleurs, avec un reste de prudence, le site n’exclut pas, dans une petite phrase, la possibilité d’un accident de laboratoire, après avoir développé sur une page une thèse qui le rend peu vraisemblable et le renvoie implicitement dans les ténèbres du conspirationnisme.

Un site qui a aussi son agenda

On voit affleurer en divers points de leurs écrits une volonté métapolitique, voire carrément politique, parfaitement étrangère au pur débusquement des fausses nouvelles, par exemple dans des prises de position contre les citoyens hostiles à l’assignation à résidence (dite confinement) ou favorables à la détention d’armes (États-Unis), combattue par la gauche américaine.

Les policiers de la pensée qui s’intitulent veilleurs de théories du complot, apparaissent ainsi comme les promoteurs d’une nouvelle censure qui vise à écarter du libre débat, des idées, des analyses ou des théories auxquelles ils sont hostiles, non pour faire triompher LA vérité, mais LEUR vérité. 

Dan Kavanagh ou le déclin de l’empire

0

À force de fréquenter les bouquinistes, on a empilé les livres depuis des années. Le confinement est l’occasion de les lire ou les relire. Aujourd’hui, Dan Kavanagh.


Loin de tous les clichés pur tweed véhiculés sur l’Angleterre et ses enquêteurs en chambre dans les bibliothèques de vieux manoirs, les romans noirs de Dan Kavanagh préfèrent autopsier la violence sociale d’un pays en crise, dont la bonne santé apparente des années Thatcher masquait de plus en plus mal les failles béantes de la paupérisation des plus faibles. Pour cela, à travers une demi-douzaine de romans, Dan Kavanagh a choisi le personnage de Duffy. Cet ancien flic dirige une société de gardiennage à Londres et loue à l’occasion ses services comme détective privé. Dans Vol à tous les étages, c’est dans les entrepôts tentaculaires de l’aéroport d’Heathrow que Duffy va exercer ses talents. 

Docteur Barnes et Mister Kavanagh

Après la mort d’un employé lors d’un accident de la route pour le moins suspect, et la disparition de produits divers, le responsable des entrepôts demande à Duffy de s’infiltrer parmi les manutentionnaires. Entre deux planques, Duffy va poursuivre, dans un Londres décati, pluvieux, parfois sordide et qui ressemble à une ville de pays totalitaire, son existence floue de marginal bisexuel amateur de boites gay et amant épisodique de Patricia, une ex-collègue de la police. 

Dan Kavanagh, on le connaît davantage sous son vrai nom : Julian Barnes,  un écrivain plein d’humour et de mélancolie quand il nous raconte avec une pudeur nostalgique des histoires d’amour qui tournent mal comme dans Une fille, qui danse ou La seule histoire parus récemment au Mercure de France. Barnes avait même commis un best-seller érudit et malin, au milieu des années 80 avec Le Perroquet de Flaubert.

Le port de la magouille!

Sous le nom de Kavanagh, il refuse les effets faciles inhérents à la (mauvaise) littérature de genre. Dans Vol à tous les étages, réédition en 1993 par Actes Sud d’une Série Noire de 1982 parue sous le titre assez honteux de Le Port de la magouille, il s’offre même le luxe de désamorcer sa propre intrigue, la réduisant à un simple malentendu. Cela ne l’empêche pas pourtant, et c’est sans doute le vrai but de tous les bons romans noirs, de peindre la brutalité d’une époque, ses désirs en désordre et sa solitude, avec une distance et une ironie des plus convaincantes. Il réussit ainsi à transformer le Londres policé et aimable de l’image d’Épinal en une Babylone dont les bordels minables, les combines foireuses, la course au fric et le déclin inéluctable donnent un avant-goût amer d’un effondrement définitif, comme si le monde avait fini par être fatigué de lui-même.

Vol à tous les étages (Fiddle city)

Price: ---

0 used & new available from

On achève bien la méritocratie


Le coronavirus révèle que nous avons grand tort d’abandonner le cadre national au profit d’élites méritocratiques, déconnectées du peuple


Depuis la reconstruction de l’Europe après les deux guerres mondiales, un système de reconnaissance des personnes qui constitueraient la nouvelle classe dirigeante et dont on s’assurerait qu’elle ne nous conduise plus à la guerre a été mis en place.

Ce nouvel ordre social s’appuie sur le mérite comme valeur cardinale. Armées de ce principe, les sociétés occidentales ont souhaité se protéger de la dérive des élites qui nous avaient précisément conduit à l’autodestruction de masse, à la barbarie. Les élites méritocratiques de l’après-guerre nous ont en effet évité de nouvelles guerres, mais pour le reste, l’autodestruction démocratique et biologique est bien un fait de ce début du 21e siècle.

La construction de l’Union Européenne fut l’œuvre d’une élite méritocratique pour elle-même, au mépris des peuples. La crise du coronavirus scelle définitivement son effondrement

Face au coup d’arrêt de la civilisation que représente la crise sanitaire du coronavirus et qui agit comme véritable révélateur d’un système obsolète, nous devons comprendre comment les élites de chaque pays, devenues hors sol et gravitant autour du monde, nous ont conduit vers cette étrange défaite et comment à l’avenir, s’en défendre.

Élites désincarnées, coupées du pays (réel)

Le phénomène qu’il faut décrire pourrait se résumer en une phrase : le système méritocratique, mis en place dans le contexte de la mondialisation et d’instances supranationales, a produit des élites désincarnées peu aptes à prendre les bonnes décisions face à une crise qui concerne leur pays, leurs concitoyens.

A lire aussi, la tribune de Florian Philippot: La Révolution qui vient

La méritocratie dispose, depuis 1945, d’un rouage essentiel à sa mise en place : la démocratisation scolaire. L’analyse prophétique de Michael Young, inventeur du mot en 1958, imagine le devenir d’une société où la sélection des élites se baserait sur les seuls diplômes obtenus au mérite de leurs efforts accomplis. Un tel système d’échafaudage de la société débouche alors sur une valorisation des méritants et un mépris des non méritants. Il y aurait de fait des « intellectuellement supérieurs » et des « intellectuellement inférieurs ». Revenant sur sa fine prédiction dans le journal britannique The Guardian, Down with meritocraty, en 2001, Michael Young insista sur le caractère hautain et définitif d’une caste de surdiplômés méritant leur place dominante face à une classe de non méritants moralement nue. L’irruption des gilets jaunes français ne fut pas plus belle démonstration. La prophétie de Young se termine par une révolte du peuple face à l’enfermement et l’aveuglement de cette élite méritocratique. Nous y sommes.

Renvoyez l’ascenseur!

La classe dirigeante actuelle n’a pas vu l’appauvrissement et le déclassement toujours plus grands des populations prises dans l’impasse de la mondialisation des échanges et sa version régionale européenne, l’Union Européenne et sa monnaie, l’Euro. Les sociétés sont aujourd’hui en proie aux révoltes populaires, les élites méritocratiques ont échoué. Un renversement est déjà à l’œuvre, bien décrit par Emmanuel Todd autour de son travail sur la lutte des classes au 21e siècle. Les classes populaires et moyennes se sont remplies de personnes intelligentes et compétentes qui n’ont pas pu bénéficier d’un ascenseur social à l’arrêt. Pour accentuer cette fracture, la méritocratie a en réalité sélectionné mécaniquement les profils les plus aptes à se soumettre et à rentrer en conformité. L’enfermement mental de la classe dirigeante est patent. Ce phénomène revêt une force particulière en France, modèle de l’école démocratisée, modèle de la course aux diplômes, modèle d’une vision universaliste de l’Homme.

A lire aussi, Hervé Juvin: Le mal du siècle

Ce que n’avait pas pu percevoir Michael Young, c’est l’effacement progressif des nations, au profit de la gouvernance supranationale mondialisée. Les élites bardées de diplômes se sont détachées de leurs pays pour entrer dans le monde merveilleux d’une vie hors sol et planétaire, laissant la majorité de non méritants se débrouiller entre eux, dans leurs terroirs. Les décisions prises par ces élites furent donc à leur avantage, oubliant leurs pays, oubliant les gens qui allaient rester là, les somewhere de David Goodhart.

Les procédures ont remplacé la prise de décision en responsabilité

La main de l’Homme n’est plus fiable, elle joue contre lui. Nous sommes pris entre une main de l’Homme qui hier conduisait aux guerres et une main de l’Homme qui aujourd’hui conduit à la destruction écologique et démocratique. L’homme méritocratique doit d’abord se déprendre de sa vision qu’il a de lui et de croire qu’il mérite sa place en ayant prouvé, lors de son parcours scolaire, son intelligence supérieure. Il doit ensuite s’extraire du piège idéologique qui est de croire que l’effacement des nations nous a préservé des guerres et que la menace écologique et démocratique ne peut se résoudre qu’à l’échelle supranationale. Le système méritocratique d’après-guerre a aussi veillé dans les détails à ce que l’Homme ne décide plus, trop risqué. Est apparue alors une classe dirigeante conformiste dans l’application des cadres et des normes, incapable de choisir, une classe devenue irresponsable malgré elle. Les mots du Professeur Perronne, engagé aux côtés du Professeur Raoult dans la réponse médicale au coronavirus, ont bien décrit cet état : « La médecine est tombée sous la coupe des méthodologistes depuis les années quatre-vingt, au début du SIDA, en disant : tout ce qui n’est pas démontré de façon formelle avec les canons de la science n’existe pas ». La clinique, l’expérience de terrain ont disparu de la pratique. 

A lire aussi, grand entretien: Marcel Gauchet : Les mondialisateurs n’ont pas rendu les armes

Engluées dans des procédures visant le brouillage des responsabilités et des décisions, les autorités médicales et politiques françaises ont choisi d’attendre que tous les critères scientifiques soient certifiés. La corruption académique, selon l’expression d’Idriss Aberkane, est l’une des conséquences de cette méritocratie fermentée.

L’heure est venue de réhabiliter la nation

La nation est en réalité l’espace de la vie humaine qui est en mesure de répondre à tous les défis du 21e siècle y compris l’entretien vertueux d’une méritocratie renouvelée et vivante. Pour éviter les dérives folles de nos élites, celles-ci doivent régulièrement rendre des comptes à la souveraineté populaire. Les expériences humaines contenues dans cette communauté de destin qu’est la nation seront toujours plus grandes qu’une série de diplômes qui n’est qu’une formalisation arbitraire, dans un contexte donné, d’une certaine aptitude à se conformer à une forme de pensée et une forme d’agir.

La nation est une société complexe soutenable susceptible d’augmenter l’humanité de l’Homme. Elle lui fournit d’abord et avant tout l’accès aux nécessités biologiques, une protection et une identité d’appartenance puis, dans un deuxième temps, une éducation et les moyens d’un possible accomplissement de soi. L’effondrement des sociétés devenues trop complexes démontre toujours leur impossibilité à pourvoir durablement les trois premières fonctions. L’Union Européenne et sa monnaie unique sont entrées dans une hypercomplexité qui ne peut plus fournir une protection biologique, économique et sociale acceptables d’une part, ni une identité d’appartenance dont une communauté de destin a besoin d’autre part. Cette construction fut l’œuvre d’une élite méritocratique pour elle-même, au mépris des peuples. La crise du coronavirus scelle définitivement son effondrement et rend à la nation son espace organique de la civilisation. Les nouvelles élites « renationalisées » sont maintenant tenues de prendre leurs responsabilités sous le contrôle de la souveraineté populaire retrouvée. Les peuples vont vite le faire savoir.

Les Luttes de classes en France au XXIe siècle

Price: ---

0 used & new available from

Je n’ai foi qu’en l’absurdité

0

Le billet du vaurien


Richard Brautigan, mais oui le beatnik oublié, recalé, suicidé, répétait volontiers : « In ABSURDITY we trust. » À quoi d’autre pourrions-nous croire ? Entre deux rasades de whisky (japonais bien sûr), il me demandait si je me souviendrais un jour que nous n’étions que souffrance attendant de hurler ? Ou un trou attendant d’être creusé ? Ou encore une larme attendant de tomber ?

Il voulait savoir si après son suicide, je rendrais une visite aux oiseaux mangeant du pain sur sa tombe…

Il me disait que tout écrivain laisse deux œuvres : l’une est la somme de ses écrits, l’autre est l’image qu’on se fait de lui. Il voulait savoir quelle image je me faisais de lui. Celle d’un amoureux du Japon, comme moi ? D’un joueur de tennis de table ? Celle d’un poète qui adressait à chaque fille qu’il aimait un poème qu’elle oublierait aussitôt ? Lui-même ne se souvenait plus de rien, sauf de la pêche à la truite, un livre qui lui avait rapporté des milliers de dollars et où il était question de tout, sauf de la pêche à la truite.

A lire aussi, du même auteur: Sushis et suicide

Quand on lui demandait quel était son nom, il répondait :  « ‘Peut-être qu’il pleuvait fort’, c’est cela mon nom. » Il aimait beaucoup les armes à feu. Elles lui ont permis d’échapper à l’absurdité du monde. C’était au début de l’automne 1984. Des oiseaux mangent encore du pain sur sa tombe. Quinze jours auparavant, il avait revu Akiko par hasard à San Francisco. Quand une Japonaise vous quitte, c’est un monde qui s’écroule, lui avait-il écrit. Elle ne lui a jamais répondu. Elle n’a jamais reçu sa lettre. D’ailleurs, il avait renoncé à la lui envoyer. Depuis, elle nourrit les oiseaux sur sa tombe chaque semaine. Quand on lui demandait qui elle était, elle répondait : « ‘Une tentative de communication’ c’est cela mon nom. »

Tentative absurde et avortée, mais y en a-t-il d’autres ?

Roman n.m. Œuvre d’imagination en prose

0

Yohann Elmaleh défend les droits imprescriptibles du roman face à l’inflation autobiographique.


« Quelle est la part autobiographique de votre livre, Madame ? Monsieur ? » La traîtresse question tourne en boucle à longueur d’ondes, plateaux télé, interviews pieuses, sorties bling-bling, papiers fameux à la rubrique : « Roman ».

L’arnaque du « Moi-Je »

Il nous faut à tout prix dénoncer cette arnaque du « Moi-Je » businessman. Greffer du fabuleux dans l’Offre ; de l’enchantement dans la Demande. Et pas plus tard que tout de suite. Notre affaire urge, menace… Je m’y risque ! Par définition, un roman est une fiction, aux trames : fictives. Pas d’auto-craques, d’auto-bio-truc. Moi-je ! Moi-je ! Très très tragique : inceste, mère seule, victime de school, violences, frère mort… Chacun sa vie !

« Œuvre d’imagination en prose », dit Le Grand Robert, moins bête que Google, plus grand que Duras. Avec tout ce qu’on leur propose pour déverser leur flotte intime – mémoires, journaux, correspondances, scénars, séries, biopics, cinoche –, ils veulent en plus pourrir le Genre. « Rôôman Pèèrsôônnel ! », ils chevrotent… « Triple identitêêê ! », ils béguètent… Auteur. Narrateur. Personnage. Tous également fondus ensemble ! Sujet, verbe, complément, virgule ; un point pathétique pour conclure. « Ô pauvre enfant ! Quelle vie… Quelle femme… » La ménagère égoutte son fard… Tant qu’elle fiche une tronche sur la plume, tout le monde y gagne : ISBN, auteurs-stars, libraires, TNT… La maison imprimante avec ! Le cercle vertueux littéraire ! Le divan douillet pour l’audimat !

Le style engendre l’histoire

« Œuvre d’imagination en prose »… Ce que j’en comprends, moi, de ce principe, en contemplateur assidu des narrations supérieures : c’est l’art de la fabulation. C’est la similitude des âmes, plutôt que l’identité des « Moi ». C’est la translation des humeurs, mieux que l’affinité des trames. C’est le style engendrant l’histoire, tout comme l’ego produit ses faits… ambiances, délires, O2 palpable… Le grand flou du cœur rendu visible. Tout l’innommé clair, distinguable. Les émotions traduites blabla !…

Car en soi qu’est-ce donc que le style, sinon le jaillissement graphique de toutes ces humeurs qui font l’âme ? Une seule méthode, un seul métier : mille apparences pour un seul cœur. Faire de son narrateur un autre dans la forme ; un même dans le fond. Créer un monde, un univers, une vision pour nous autres, modernes ! Réincarner la langue, l’époque, extraire du siècle l’intemporel… Varier ses tchiiip, décors, trois points, via des mots qui se prennent pour la vie…

Sans quoi le rôôôman, sous les décombres, rendra l’Esprit. Derniers soupirs…

L’école Potemkine


La communication désastreuse de Macron sur l’école a trouvé son apothéose ce mardi 5 mai



Je ne sais pas encore à quoi ressembleront le déconfinement et les premiers jours qui suivront le 11 mai. Je sais en revanche à quel point Macron, ce président qui prend ses désirs pour la réalité aura tenté jusqu’au bout de se donner l’illusion que tout était parfaitement calé. Comme c’est l’école qui est le domaine le plus sensible, celui où se sont cristallisées de manière légitime toutes les peurs des parents, des enseignants et parfois même des enfants eux-mêmes, il a décidé, le 5 mai, de faire une opération de communication avec Blanquer, l’homme qui pense que le virus est une offense personnelle inventée par les syndicats enseignants pour saboter ses réformes (!), et qui continue à annoncer le matin n’importe quoi, n’importe quand et à n’importe qui, pour être contredit le soir même. Quelqu’un est-il aujourd’hui, par exemple, capable de dire ce qu’il en est de l’épreuve anticipée du bac de Français qui, jusqu’à preuve du contraire, est maintenue au mépris des anxiétés des lycéens de 1ere et de leurs enseignants de Lettres ? À moins que Blanquer, c’est toujours possible, ait décidé de relancer l’économie en favorisant un boom de la consommation de Lexomil…

Macron optimiste et déconnecté, Philippe paniqué et en prise avec le réel

Mais revenons à Macron. Il ne se rend pas compte du rejet qu’il inspire de plus en plus violemment par sa gestion éthérée d’une crise pendant que son Premier ministre épuisé tente d’agir concrètement tout en se faisant maltraiter par son N+1 qui se moque de son catastrophisme. 

A lire aussi, du même auteur: Bon courage, Edouard Philippe!

Il décide donc d’aller visiter une école de Poissy qui accueille des enfants de soignants, accompagné du ministre de la Continuité Pédagogique et du Présentiel/Distanciel, comme ils disent. Macron est sans doute encore persuadé que son intervention sur le terrain rassurera la population. La réalité est qu’on en est arrivé à un point où même s’il disait qu’il fait jour à midi, l’opinion serait persuadée qu’il trafique les montres ou qu’il veut nous faire confondre le jour avec la nuit !

Exercice d’autosatisfaction et cancres en devenir

Il s’est livré, à Poissy, à cet exercice qui est déjà en temps normal, complètement artificiel et un peu ridicule : aller voir des enfants dans une école le jour de la rentrée pour dire que tout se passe bien. On nous permettra de l’appeler « la visite à l’école Potemkine » du nom des villages en carton pâte que son ministre faisait visiter à Catherine de Russie pour la convaincre du bonheur dans lequel vivait la paysannerie alors qu’elle crevait de faim.

L’école de Poissy a tenté de jouer ce rôle pour le bon peuple et, qui sait, pour Macron et Blanquer qui ont besoin de se mentir à eux-mêmes pour continuer d’avancer et oublier que leurs décisions se prennent à un moment où une crise sanitaire a fait 26000 morts en un peu plus de deux mois et mis le pays à l’arrêt, à cause de la pénurie d’armes adéquates.

A lire aussi, Corinne Berger: Rouvrir les écoles pour les “décrocheurs”?

Ils sont donc arrivés dans la classe avec deux beaux masques noirs made in France qui les faisaient ressembler à des envoyés de Dark Vador. Il ne manquait plus que la célèbre musique et on s’y serait crus. L’ennui, pour commencer, c’est qu’il n’y avait pas quinze élèves dans cette salle mais dix, ce que s’époumonent à demander les enseignants pour le 11 mai. Ensuite, on s’est assez vite aperçu que Macron a bien fait de faire banquier plutôt que professeur des écoles avant d’être Président car question pédagogie, il a été assez peu convaincant puisqu’une capture d’écran de la visite montre un gamin qui s’est levé et qui est en pleine conversation avec son camarade. 

On peut imaginer que celui qui est debout explique à celui qui est assis que le type avec la voix énervante, c’est celui qui avait dit à son frère qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver du boulot. Ou qu’il ne fallait pas avoir peur de l’autre, celui qui n’avait plus de cheveux. Il avait beau être le chef de la maîtresse, il y avait belle lurette que plus personne ne l’écoutait…

Le masque et la prune


Grands médias et exécutif se sont obstinés à mettre en doute l’efficacité des masques pendant des semaines. Contre toute logique! A partir de lundi, tout usager des transports publics sans masque encourt une amende de 135€.


Depuis le début de l’épidémie, l’OMS avait donné le la en insistant sur le fait que le masque ne devait être porté que par les soignants et les personnes malades car pour les autres non seulement son utilisation était inutile, mais en plus elle accroissait le risque de contamination. On croit rêver tellement cette affirmation est absurde, incohérente, contradictoire, et fausse. Pourtant elle a été reprise, adoptée et martelée avec conviction et acharnement par la grande majorité des décideurs dans le monde, politiques et scientifiques, les journalistes s’en faisant les fidèles porte-paroles. Habillée dans la posture supérieure de « l’intelligence », aucun commentateur n’y a trouvé rien à redire alors que l’épidémie se propageait avec force.

Durant des semaines cruciales, les discours et recommandations des officiels, politiques, scientifiques et médiatiques sont restés bloqués, coincés, obstinés à rejeter le port du masque et on a continué à discutailler sur son degré d’efficacité, le danger élevé de se croire protégé en le portant (en se laissant aller à ne plus respecter la distanciation sociale, en se contaminant en touchant son masque), et ci et ça et son contraire. 

L’exécutif ne reconnait pas s’être trompé

C’est seulement les cris des soignants, montés au créneau pour réclamer des masques, qui ont créé les premières notes discordantes dans le consensus unanime qui régnait jusque là. D’autres voix ont alors commencé à s’exprimer, des fissures sont apparues dans ce mur du refus du masque systématique. Le 24 mars, Libération a publié ma tribune intitulée « Masques : mais de qui se moque-t-on ? ». L’Académie Nationale de Médecine s’est jointe à ces demandes du port généralisé du masque. On a commencé à voir de plus en plus de gens masqués dans les rues. Mais le mur du refus est resté debout, infranchissable.

Allocution télévisée d'Emmanuel Macron, le 13 avril 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00955772_000009
Allocution télévisée d’Emmanuel Macron, le 13 avril 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00955772_000009

C’est seulement lors de son intervention télévisée du 13 avril qu’Emmanuel Macron évoque, mais avec une prudence démesurée comme s‘il marchait sur des œufs : « Pour les professions les plus exposées, et pour certaines situations comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique ». On se demande bien pourquoi « pourra » et non pas « sera ». Qu’est ce qui coinçait à ce point ? Les œufs imaginaires étaient-ils des mines… dans son esprit ?

A lire aussi, Yves Mamou: Sauve qui peut général, le déconfinement c’est lundi!

Jusqu’aux journalistes qui se sont lancés dans des investigations « rigoureuses » sur le port du masque et qui sont restés aveugles à l’incohérence et aux contradictions des arguments avancés par les « scientifiques ». Un CheckNews de Libération du 23 avril illustre magnifiquement le biais cognitif qui a et reste à l’œuvre dans toutes ces intelligences un peu trop carrées. Tout l’argumentaire s’articule autour d’une série de concessions sur l’utilité du masque pour à chaque fois le disqualifier avec force.

Par exemple il est stipulé que « Autant de questions qui se résument à ce constat, martelé par les autorités et les spécialistes que nous avons consultés : les masques dits grand public sont à utiliser en complément des gestes barrière et de la distanciation sociale. Sans quoi, ils sont parfaitement inutiles. ». Effectivement, s’il faut porter un masque en plus des autres mesures et non à leur place compte tenu des incertitudes qui subsistent sur son degré d’efficacité, la dernière phrase de la citation de Checknews pose problème. Comment peut-on soudainement conclure en affirmant sans le moindre doute « Sans quoi, ils sont parfaitement inutiles », alors qu’il est dit et redit qu’on ne connaît pas leur degré d’utilité ? 

Le parti-pris inconscient des médias

Comme on ne sait pas, peut-être que même sans les autres mesures, le port d’un masque par tous, diminuerait malgré tout le taux de contagion ? Entre autre, en rendant difficile de se toucher le visage. Les inconnues sont partout, alors pourquoi conclure en affirmant de façon péremptoire et définitive que le masque est parfaitement inutile si il est porté sans les autres mesures ? Il y a là une rupture flagrante de logique déductive. D’ailleurs, la décision d’imposer le masque dans les transports prouve bien qu’on considère qu’il a une certaine efficacité de protection même sans la distanciation puisque c’est justement le lieu où il est fort probable qu’elle ne sera pas respectée !

La dernière phrase du CheckNews va encore plus loin dans ce parti-pris anti-masque systématique en transformant le manque de connaissance en danger avec : « Mais, en ne prenant pas en compte l’existence des gestes barrières, il demeure beaucoup trop simpliste et ses proportions, loin de refléter la réalité, pourraient même s’avérer dangereuses en laissant supposer que le seul port du masque suffit pour se protéger d’une contamination. », révélant une fois de plus un parti pris inconscient, biaisé au nom d’une pseudo-objectivité. 

Un Décodeur du Monde du 3 mai en forme de vidéo, fait un tout petit pas pour reconnaître laborieusement que finalement le port d’un masque en tissu pourrait ne pas être totalement inutile à grand renfort de précautions. Mais la dernière phrase prononcée comme une sentence implacable de vérité, est extraordinaire dans sa révélation du biais inconscient anti-masque avec l’affirmation « Une fois porté, un masque est contaminé… », comme si un masque, dès qu’il était porté, allait forcément accrocher des virus. À part l’absurdité statistique de l’affirmation, elle contredit le fait que le masque est dangereux car sans ce masque contaminé, c’est le porteur qui l’aurait été s’il ne l’avait pas porté, et donc qu’il a bien eu raison de le porter. Tant d’incohérence absurde au nom d’une pseudo-objectivité rigoureuse, on en rirait presque s’il ne s’agissait pas de la vie des gens.

Obligatoire lundi dans les transports et dans les commerces qui le souhaitent

C’est finalement Edouard Philippe qui, lors de sa présentation à l’Assemblée Nationale pour présenter le déconfinement prévu le 11 mai, a enfin ouvert une brèche, certes petite en soi, mais énorme par rapport au blocage incroyable qui paralyse tous nos décideurs depuis le début de l’épidémie à propos des masques. Ainsi, à partir du 11 mai les masques seront obligatoires dans les transports. Et les commerçants que le désirent pourront l’imposer dans leur boutique. 

Mais pourquoi diable, ne pas le rendre obligatoire ce masque (industriel, alternatif, artisanal ou improvisé), partout dans l’espace public ouvert ou fermé, pour tout un chacun, et immédiatement sans attendre le déconfinement du 11 mai, maintenant que les masques sont disponibles ? Qu’est-ce qui coince encore ? Pourquoi les politiques et les scientifiques unis dans leurs blocages, restent paralysés, tétanisés, par un inconscient arc-bouté et obstiné sur le refus de reconnaître la nécessité du port du masque systématique par tous et partout ? Pourquoi deux ministres, Olivier Véran et Christophe Castaner, ont ressenti chacun le besoin de réaffirmer que le port du masque ne sera pas obligatoire ailleurs que dans les transports publics. De quoi ont-ils peur, si par « malheur » les gens se masquaient partout ? 

A lire aussi: Quand le drame du Covid se précise: le Syndrome de Détresse Respiratoire Aigu (SDRA)

Pourquoi ce déni ? Qu’est-ce que cela cache dans l’inconscient absurde et contradictoire de tous ces protagonistes ? Je dis bien inconscient, car il n’est pas question ici ni de près ni loin de supposer un « complot ».  Il y a certainement le refus de reconnaître s’être trompé, mais pas seulement. Il y a là une véritable pathologie à décider de mesures évidentes et simples que l’on retrouve à propos des tests, bien que là aussi les discours évoluent un peu avec la difficulté, il est vrai, que chacun ne pourra pas se confectionner le sien. Quelque chose reste à identifier et vite, pour l’avenir des gestions de crises aigües auxquelles nous allons être de nouveau confrontés.

Mais bon sang, si dans le cas d’un nouveau traitement non validé, il existe bien un risque pour la santé du patient, rendant nécessaires des limites d’application, je voudrais bien savoir quel risque il y a à porter un masque dans l’espace public ? Je ne comprends pas cette obstination d’une intelligence qui, se voulant exigeante sur l’évaluation quantitative d’une telle mesure, devient paralysante et bornée. Où est passé le fameux principe de précaution pourtant brandi par bon nombre de ces protagonistes en ce qui concerne le réchauffement climatique, les OGM, les biotechnologies ? Pourquoi personne n’évoque le principe de précaution, pour une mesure, le port du masque par tous, où pour une fois ce principe est justifié à 100%, puisque là, il y a vraiment rien à perdre et tellement à gagner ?

Expliquez-moi…

Pourquoi refuse-t-on d’appliquer une mesure immédiate, qui peut être mise en place en 24h, qui ne coûte quasiment rien en comparaison des sommes engagées de toutes parts, qui n’a aucun effet secondaire, et qui pourrait sauver des milliers de vies, voire beaucoup plus ? Si jusqu’à peu, il n’y avait pas de masques disponibles, désormais grâce aux masques dits alternatifs, chacun pourra avoir son masque, alors où est le problème ? 

De surcroît, on aurait pu faire des tests grandeur nature dans certaines villes qui avaient pris des directives pour imposer le port du masque. On aurait alors pu constater au bout d’un mois l’impact sur l’évolution du nombre de nouveaux contaminés. Mais, cerise sur le gâteau de l’aveuglement stupide d’une pseudo rigueur scientifique et républicaine, ces décisions ont été abrogées comme illégales. C’est du même niveau d’absurdité que la Ligue des Droits de l’Homme qui y a vu une atteinte insupportable à la liberté individuelle – oubliant que si le port du masque est individuel, la protection qu’il procure est démultipliée par la réciprocité de son application collective. On se protège, on protège les autres, et donc les autres nous protègent.

De grâce, arrêtons ces tergiversations déplacées sur le calcul précis du degré d’utilité du port systématique du masque, il y a urgence, imposons le : que tout le monde porte un masque partout et tout de suite. Si cela fonctionne bien comme c’est probable, c’est une « arme » rudimentaire d’une puissance exceptionnelle et immédiate, si l’impact n’est pas avéré, ce qui serait très surprenant, on aura fait une expérience exotique dont on ne voit décidément pas en quoi elle pourrait nous nuire. Arrêtons le blabla, on se masque tous, et dans un mois on en reparle.

Le Mexique survit au temps du corona

0

Sur les marchés, on comprend que l’art du commerce soit si bien ancré dans la culture mexicaine depuis l’ère aztèque, ce qui fait mauvais ménage avec l’assignation à résidence pour tous.


Imaginez des pièces de cochonnaille à n’en plus finir, des étaux de fruits et piments rivalisant de couleurs exubérantes, des tortillas qui crépitent à en avoir le vertige, des vendeurs à moustache et au ventre épais qui vous hèlent tous les trois mètres, des grands-mères aux traits indiens et aux mains rugueuses façonnées par l’artisanat, des tables poisseuses où l’on se délecte de tacos ou autres carnitas dégoulinants de guacamole et de piments, du Coca-Cola ou de la Corona pour en apaiser les flammes, des mignonnes de quinze ans enceintes déployant leurs sourires enivrants pour vous refourguer des babioles inutiles « made in China », vous comprendrez que l’art du commerce est ancré dans la culture mexicaine depuis l’ère aztèque, ce qui fait mauvais ménage avec l’assignation à résidence pour tous.

Résistance populaire

« Vivre tue. Ce n’est pas une raison pour arrêter », a écrit Élisabeth Lévy. Voilà une phrase que le Mexique devrait faire sienne. Dans un marché de Mexico, un stand a même affiché « Chers clients, nous continuerons à travailler jusqu’à ce que le coronavirus nous tue », relatent nos confrères du Figaro. Il faut dire qu’en pleine pandémie, le pilote de gauche Lopez Obrador n’a rien trouvé de mieux à faire que célébrer la « résistance » des Mexicains et a encouragé ces derniers à « soutenir cette économie populaire et familiale ». Certes, dans un pays où la moitié des actifs vit du travail de rue et où le nom composé « allocations chômage » ne fait pas partie du langage, difficile de mettre le pays sous cloche comme chez nous. Néanmoins, le président Lopez Obrador n’en est pas à sa première sortie démago, il avait déjà suggéré aux Mexicains de brandir un trèfle à quatre feuilles pour stopper le coronavirus, j’aurais d’ailleurs souhaité que nos « experts » des plateaux télés si prompts à s’indigner des postures de Trump ou de l’évangélique Bolsonaro en fassent de même pour le berger Obrador. Selon le quotidien espagnol El País, seuls 37% des Mexicains approuveraient sa gestion de la crise.

A lire aussi: Coronavirus au Brésil: l’urgence d’un New-Deal

Un peuple livré à lui-même

Quand le peuple est livré à lui-même, que faire? Lors de leur carnaval, de leur fête nationale, de leur Cinco de mayo – où ils ne sont pas peu fiers d’avoir bouté les troupes de Napoléon III hors de chez eux – ou de la Fête des morts, les Mexicains rivalisent de créativité dans l’élaboration de masques et de son festival de couleurs vivaces. À travers le vibrant hommage rendu aux ancêtres, à travers les verres de tequila – parfumée, douce, rien que la Bicentenario est une merveille et pourtant c’est une des plus modestes – trinqués dans les cimetières, la Toussaint mexicaine est une formidable ode à la vie. Face à la pandémie, le goût des Mexicains pour l’artisanat pourrait les inciter à se voiler la face sous des airs de chèvres, cochons, chiens, ou taureaux comme ils savent si bien le faire. Prenons-en d’ailleurs de la graine, car les revêtements de synthèse blancs qui hantent désormais nos visages nous font de plus en plus ressembler à des morts-vivants.

L’avenir du Mexique est l’avenir du monde

Revenons-en au coronavirus – qui a la bassesse de « stigmatiser » cette bière fine et subtile, n’en déplaise aux puristes de la Guinness, qu’est la Corona. Il y a un point qui rend les Mexicains particulièrement vulnérables au coronavirus: l’obésité. Chaque année, le Mexique se bat avec les États-Unis pour la première place des nations les plus obèses au monde. En cause, une réticence à la marche (l’insécurité ambiante y contribue beaucoup) et un goût déraisonnable pour les desserts, les glaces et le Coca Cola. Pour éviter l’hécatombe, il faudrait aussi mettre de côté les traditionnels abrazos (embrassades). Il y a un mois, le géographe amoureux du Mexique Alain Musset me soufflait que « si jamais le Mexique devenait l’épicentre mondial du coronavirus, on ne le saurait pas nécessairement ». Une telle tragédie n’augurerait rien de bon pour l’humanité. Le Mexique est un pays pétri d’authenticité, on y vénère les coutumes, les couleurs, la viande, les églises et les célébrations nationales; le Mexique est un monde à des années lumières de la société aseptisée que rêvent de nous imposer les végans ou autres purificateurs adeptes de plats Uber réchauffés.

A lire aussi: Les végans, ces pénibles puritains des fourneaux

Nous pouvons être solidaires de cette grande nation à notre modeste mesure: boire de la Corona (avec une rondelle de citron et un peu de sel directement sur la langue c’est sans égal), cette victime collatérale du si mal nommé coronavirus. Voilà qui rétablirait la balance face au sinistre hold-up sémantique dont sont victimes nos amis mexicains. Quant à moi, je m’en vais écouter le splendide Huapango du compositeur Moncayo, orchestré par Alondra de la Parra !

Dictionnaire Amoureux du Mexique

Price: ---

0 used & new available from


Les 5 impitoyables leçons sur la société post-coronavirus d’Erwan Seznec

0
Mélanie Laurent, Ségolène Royal et Cyril Dion © LAURENT BENHAMOU/SIPA Numéro de reportage: 00732975_000052

Sans-frontiérisme, zadisme, scientisme et quelques autres constructions intellectuelles à la mode ne sortiront pas indemnes de la pandémie. Un impitoyable (et cocasse) passage en revue concocté par Causeur


La crise du Covid-19 agit déjà comme le révélateur de la validité de certaines théories et des inconvénients de quelques travers contemporains. Causeur en a identifié cinq. Il y a bien évidemment l’hostilité idéologique à la notion de frontière, assimilée au repli et à la xénophobie primaire. Plus discrète, mais étonnamment forte, la tendresse envers le sous-développement se trouve aujourd’hui confrontée à la réalité. Tout comme le courant de la « science participative » ou « science citoyenne ». La pandémie, enfin, force les pouvoirs publics à mesurer la gravité de deux dérives anciennes, la tendance à tout pénaliser et la quête de la perfection administrative, source d’innombrables injonctions contradictoires.

Le romantisme du No Border 

Partisans d’une suppression totale des frontières, ils ont toujours été ultra minoritaires. Dans le microcosme de la jungle de Calais, leur tendance à instrumentaliser les migrants en les poussant à l’affrontement avec la police a souvent agacé les autres associatifs. Néanmoins, sous la forme édulcorée du soutien inconditionnel aux migrants, ils ont été transformés en héros de la résistance. En mai 2018, le maire de Grenoble, Éric Piolle, remettait une médaille à Cédric Herrou, et se déclarait par tweet « délinquant solidaire » du passeur de la vallée de la Roya, que 500 personnalités avaient soutenu dans une tribune publiée par Libération en octobre 2017. Le Covid-19 vient rappeler ce que produirait réellement la levée des restrictions aux déplacements à l’heure des vols low-cost : des catastrophes sanitaires en série. Mi-mars 2020, tous les pays du monde avaient suspendu les visas et renvoyé des douaniers dans les guérites. Des mesures cohérentes, dès lors que le confinement devient la règle quasi planétaire, mais des mesures mal assumées, beaucoup plus mal, par exemple, que l’interdiction faite à chacun de sortir à plus de 1 000 mètres de chez soi !

La réglementation est tellement contradictoire que les PME et les artisans ne parviennent plus à la respecter

Le 13 mars encore, Olivier Véran, ministre de la Santé, assurait sur Europe 1 que la fermeture des frontières n’avait « scientifiquement pas d’intérêt ». Le 16 mars, Emmanuel Macron annonçait la clôture pour un mois de l’espace Schengen.

L’apologie du sous-développement et du bidonville

Cette idée curieuse est devenue très tendance il y a une dizaine d’années. Publié en 2007 aux éditions La Fabrique, L’insurrection qui vient (anonyme) appelle à s’inspirer de « toutes les intuitions, de tous les savoir-faire, de cette ingéniosité propre aux bidonvilles qu’il nous faudra bien déployer si nous comptons repeupler le désert métropolitain ». En 2010, dans son livre Harmony, le prince Charles vante « l’organisation intuitivement supérieure » de Dharavi (Inde), le plus grand bidonville d’Asie, comparant les développements immobiliers « fragmentés et déstructurés » des nations occidentales à « l’ordre et l’harmonie » du bidonville. Le 5 janvier 2016, Les Échos publie une tribune intitulée « Le bidonville est-il l’avenir de l’urbanisme ? ». Réponse : oui. « Plus dense, mixte, d’emblée piétonne et économe en énergie, l’organisation spontanée des quartiers informels inspire les nouveaux modèles de développement urbain. » En octobre 2018, sort un livre sur la ZAD, Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre, réalisé avec le concours d’un enseignant et des étudiants du master Alternatives urbaines de Vitry-sur-Seine. Fort esthétique (la vraie ZAD l’était sensiblement moins), il fait l’apologie d’un bidonville soft, empire du précaire et de la débrouille. L’ordre et la propreté seraient fondamentalement réactionnaires et la saleté, cool et rebelle. Mars 2020, le Covid-19 ramène tout le monde à la raison, au moins temporairement. « Nous sommes face à une situation désastreuse, les mesures de précaution basées sur les distances physiques se révélant inapplicables dans les bidonvilles », écrit The Hindustan Times le 23 mars. Bidonvilles où « vivent la majorité des domestiques et des travailleurs manuels », ce qui place l’ensemble de la société urbaine indienne dans une situation particulièrement délicate.

La mascarade de la science participative

L’intention est louable. Botanistes ou astronomes, les simples citoyens ont souvent apporté leur pierre à la science. Pourquoi ne pas les associer aux prises de décision ? Depuis une dizaine d’années, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), le ministère de la Santé et le ministère de la Recherche ont donné une place croissante à la société civile. Les associatifs ont été invités à délibérer avec les scientifiques. Le malentendu a rapidement surgi. La représentation de la « société civile » a été préemptée par de petites structures aux idées bien arrêtées, qui attendent de la science qu’elle confirme leurs préjugés, fortement orientés vers la décroissance et l’anticapitalisme. Sur le site sciencescitoyennes.org, où on martèle que les chercheurs sont trop soumis aux pressions des lobbies, les militants du Criigen (anti-OGM) ou de Priartem (anti-ondes) se présentent comme des cautions démocratiques. Ils réclament et obtiennent parfois un droit de regard sur des avis qui vont formater la réglementation. Le Covid-19 montre ce que vaut cette science citoyenne dans un contexte d’urgence : rien.

A lire aussi, Analyse: Hervé Juin: Le mal du siècle

La justice, instrument du Bien

Dans les années 1990, les professeurs de droit expliquaient qu’une bonne décision de justice se reconnaît à ce qu’elle déçoit les deux parties. Cette conception s’est effacée. Le droit, de plus en plus, est conçu comme l’instrument du Bien, une sorte de bicarbonate de soude, qui nettoie, ravive, répare et purifie les souillures sociales, quitte à remettre en cause les libertés démocratiques. Pénalisation du droit des affaires pour lutter contre les patrons voyous, pénalisation du droit fiscal pour réprimer la fraude, pénalisation du droit de la famille contre les viols conjugaux et pour la protection de l’enfance. Sans parler de la pénalisation forcenée du droit de l’environnement, dont les plus fervents avocats sont en train de basculer dans le rejet pur et simple de la république parlementaire. « Notre modèle de démocratie représentative ne permet pas de prendre les mesures radicales nécessaires pour faire face aux défis actuels », lançait en août 2019 dans la revue We demain Cyril Dion, réalisateur du film Demain, sorti en 2015[tooltips content= »Ce qui n’a pas empêché Emmanuel Macron de le nommer « garant » de la Convention citoyenne pour le climat. »](1)[/tooltips]. « Dans un régime démocratique où l’essentiel de l’offre politique fait de la croissance économique l’objectif ultime du bon gouvernement, l’endiguement des émissions de gaz à effet de serre est-il seulement possible ? » se demande Le Monde du 3 janvier 2019. En septembre 2018 déjà, l’astrophysicien Aurélien Barrau avait réclamé dans une vidéo des « mesures coercitives » pour sauver la planète, expliquant qu’il fallait « renoncer à certaines libertés ». Déjouant tous les pronostics, c’est un virus et non le réchauffement climatique qui a conduit à mettre les libertés publiques entre parenthèses. Pour la première fois, et peut-être pas la dernière, la détention à domicile est la règle à l’échelle du pays. Des hélicoptères et des drones survolent la France de Maîche (Doubs) à Combrit (Finistère). Des promeneurs sont placés en garde à vue dans le Rhône et dans l’Ain. À Cavaillon, le 30 mars, un récidiviste est condamné à deux mois de prison ferme pour non-respect du confinement. La veille, la chancellerie avait annoncé la libération anticipée de 3 500 prisonniers, pour désengorger les prisons menacées par le Covid…

La folie judiciaire rattrape les ministres. Onze familles de djihadistes avaient déjà porté plainte (classée sans suite en janvier 2020) contre Jean-Yves Le Drian, suite au refus de la France de rapatrier ses ressortissants incarcérés en Syrie. Dans le dossier du Covid-19, une dizaine de plaintes pour non-assistance à personne en danger ou homicide involontaire ont déjà été déposées devant la Cour de justice de la République contre Édouard Philippe, Agnès Buzin, Christophe Castaner et Nicole Belloubet. Réveil brutal dans les ministères : la pénalisation des rapports sociaux n’était pas seulement un sujet de dissertation au concours de l’ENA.

Il y a surenchère dans la contrainte. Le 30 mars, Act Up-Paris, le Collectif inter-hôpitaux, le Collectif inter-urgences, la Coordination nationale infirmière, l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament demandent la « réquisition » des moyens de production de masques et de médicaments. Le 25 mars, Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, appelle à une « réquisition » des soignants, alors que des médecins retraités se présentent déjà spontanément pour reprendre du service. Comment dire stop quand des vies sont en jeu ? Comme le dit Olivier Babeau, professeur de gestion, au Figaro Vox, nous assistons à la fusion de l’État-providence et de l’État-surveillance. Paradoxalement, la réaction pourrait venir des gouvernants, et non des gouvernés.

La quête de la perfection administrative

Depuis le début de la crise du Covid, le gouvernement a enchaîné les injonctions contradictoires, s’inscrivant dans la tendance actuelle, et pas seulement en France, à réglementer tous les cas de figure possibles, ce qui conduit invariablement à des textes illisibles. Le Conseil d’État le répète chaque année depuis 2006 au moins, le droit est devenu « instable, peu lisible et en partie imprévisible », car il est modifié en temps réel. Plus de 10 % des articles d’un code (de l’environnement, du travail, de la sécu) changent chaque année. Des dizaines de juristes et d’experts ont tiré en vain la sonnette d’alarme à ce sujet, sans être écoutés. Le Covid-19 confirme leurs plus sombres pronostics.

La cellule interministérielle de crise (CIC) au ministère de l'Intérieur, 20 mars 2020 Photo: Gonzalo Fuentes / Pool / AFP
La cellule interministérielle de crise (CIC) au ministère de l’Intérieur, 20 mars 2020 Photo: Gonzalo Fuentes / Pool / AFP

L’État français a de plus en plus de mal à formuler un discours cohérent, quels que soient les ministres en poste, quels que soient les sujets. D’ordinaire, ce sont les citoyens qui en font les frais. En 2018, par exemple, 88 % des contrôles réalisés par les Ursaaf se sont conclus par des redressements. La réglementation est tellement contradictoire que les PME et les artisans ne parviennent plus à la respecter[tooltips content= »Le site web du Cercle Lafay compile à cet égard des exemples effarants, dont celui des foyers Emmaüs redressés pour ne pas avoir payé de cotisation sur l’argent de poche versé aux personnes hébergées »](2)[/tooltips]. Le Covid pousse le système au point de rupture, avec des injonctions inhabituellement larges, mais toujours aussi contradictoires. Le vendredi 13 mars, Emmanuel Macron annonce la suspension des cours pour le lundi suivant, mais appelle les électeurs à se rendre aux urnes le dimanche. Le lendemain du premier tour, 16 mars, il annonce le confinement général et la fermeture des commerces qui ne sont « pas de première nécessité ». Deux jours plus tard, Bruno Le Maire envisage la réouverture des librairies, menacées par Amazon ! Le 17 mars, alors que les admonestations à rester chez soi se multiplient, la ministre du Travail Muriel Pénicaud se déclare « scandalisée » par « l’incivisme » d’un syndicat d’artisans du bâtiment, qui a appelé ses adhérents à suspendre les chantiers, le temps de trouver des solutions pour assurer la sécurité des salariés. « On nous laisse le choix entre le tribunal de commerce en cas de dépôt de bilan et le tribunal correctionnel en cas de problème sanitaire chez nos salariés », tonne un patron de 38 ans, Romain Dumans, dans une vidéo visionnée plus de 35 000 fois en cinq jours.

Les pouvoirs publics cherchent en vain la circulaire parfaite, celle qui ménagera les impératifs sanitaires et les nécessités économiques. À leur niveau, les préfets sont tout aussi difficiles à suivre. Le 17 mars au matin, celui du Morbihan ferme tout le littoral à la promenade. Dès l’après-midi, les amendes pleuvent. Le lendemain, le même préfet diffuse une diatribe martiale (« les batailles se gagnent en première ligne, mais c’est à l’arrière que se gagnent les guerres »), appelant ceux qui le peuvent à reprendre le travail pour « éviter la pire récession du siècle ». Interdiction de sortir, interdiction de rester à la maison ! Comme disait Philippe Muray dans L’Empire du Bien, « la seule, la bonne question désormais, est de savoir s’il est encore possible de ne pas tout interdire absolument ».

Les naufragés de l’édition

0
Franck Maubert Photo : PHILIPPE MATSAS 2003 / Opale / Leemage via AFP

Les écrivains victimes de l’Office de 18 mars


L’édition française se prépare à subir de fortes avaries dans les prochaines semaines. 

Sa santé n’a jamais été brillante. Elle est valétudinaire de naissance. Son pavillon tangue depuis des lustres. Comme la presse écrite, le monde du livre est englué dans un système de diffusion opaque, des aides de l’État discrétionnaires et la paupérisation croissante des auteurs. Le virus va accentuer les travers d’un secteur d’activité sous perfusion qui profite toujours aux grosses locomotives et aux phénomènes de concentration. Les petites maisons risquent d’y laisser des plumes, les autres de faire des coupes sombres dans leur masse salariale et de réduire la voilure. Cette expression revient en boucle dans la bouche de tous les acteurs du métier. Elle inquiète les auteurs habitués à ne pas gagner d’argent mais qui vont se retrouver bientôt sans éditeurs. 

A lire aussi, Thomas Morales: Qui chroniquera le Covid-19?

Lundi, tous à la librairie

Le contrat d’édition va devenir une denrée rare. La France publie trop. Cinq cents romans à la rentrée de septembre ou de janvier, est-ce bien raisonnable dans un pays qui compte moins de 5 000 grands lecteurs ? Ce Covid-19 aura un effet bénéfique sur la production, du moins sur la quantité de nouveautés qui encombrent les rayons des magasins. Tous les catalogues sont bloqués, les parutions s’échelonneront dorénavant sur plusieurs mois. Il y a embouteillage à la sortie des imprimeries. On appelle Bison futé pour réguler ce « trop-plein » et faire la police. Le marché est saturé, le délit de cavalerie guette cette économie déjà précaire. Et puis, les libraires ont prévenu, ils ne veulent plus de nouveautés. Ils ouvriront avec du gel et de la distanciation sociale seulement pour distribuer des livres qui se vendent. Ils n’ont pas vocation à renvoyer des cartons d’invendus et à perdre leur temps avec des bouillons de culture. Ce ne sont pas des manutentionnaires, ils ont une éthique professionnelle, une dignité aussi. On comprend ces commerçants qui ont besoin de reconstituer leur trésorerie et de payer leurs charges. Leur message a été clair : oui aux best-sellers, peu importe le genre, des Astérix, du Onfray, du Tesson, du lourd, du « vu à la télé » qui draine de la clientèle, du sonnant et trébuchant ; non aux traîne-savates et aux obscurs écrivains. Les journaux de confinés à trois cents exemplaires, non merci. 

A lire aussi, Patrick Eudeline: Culture, année blanche et idées noires

À la limite des témoignages poignants de soignants, en dessous d’un objectif de 50 000 ex., ils ne se lèveront pas ! Le business y gagnera en clarté ce que la littérature y perdra en pluralisme et en dinguerie. L’audimat règne partout en maître, la pandémie n’y changera rien. Le public a toujours raison, les déçus du système ne sont que des aigris et des mauvais coucheurs. Avant qu’un secours populaire dédié spécifiquement aux écrivains ne leur vienne en aide, on peut tenter encore de réanimer quelques titres sortis en début de confinement. Au moment du déconfinement, ne les oubliez pas ! Les pauvres n’ont même pas eu le temps de se lancer dans le grand bain, ils ont été fauchés en plein vol. J’ai l’image en tête d’un sauteur en longueur, qui s’élève dans les airs et se claque un muscle avant de retomber dans le bac à sable. Ils ont été balayés, rayés des cadres. 

S.O.S Écrivains en danger

Rideau ! Au suivant ! Qu’y a-t-il de pire pour un auteur que de voir le fruit de plusieurs mois de travail stoppé net ? Ils n’ont même pas eu le bonheur de pester contre les critiques, de chouiner sur le manque de curiosité du public et d’incendier leur attaché de presse. Je vous conseille de leur donner une seconde chance. Ils la méritent. Dès le 11 mai, et malgré une période encore incertaine, ils vous attendent. J’ai sélectionné Le bruit de la mer de Franck Maubert paru chez Flammarion le 18 mars dernier. Sa prose délicate, au grain océanique et nostalgique, agit comme un activateur de mémoire. Maubert est la « Pénélope de l’amitié », il tisse une tapisserie où les sentiments sont effleurés, la pudeur toujours de mise, une mélopée soyeuse en hommage à un ami disparu et les embruns qui voltigent devant nos yeux embués. Ne soyons pas sectaires, si le papier capte toute notre attention, le livre numérique recèle parfois des textes étranges et savoureux. C’est le cas du Duetto que Serge Safran consacre à Paul Léautaud en empruntant la forme originale du journal pour coller au plus près au tempo du misanthrope à chats, c’est très original et traversé par un souffle intimiste. 

Sauvons-les !  

Le bruit de la mer de Franck Maubert – Flammarion

Le Bruit de la mer

Price: ---

0 used & new available from

Duetto Paul Léautaud par Serge Safran – Nouvelles Lectures

Paul Léautaud - Duetto

Price: ---

0 used & new available from

Conspiracy Quatsch, ou le négationnisme bien comme il faut

0
Selon le site recensant les "théories du complot" Conspiracy Watch, le professeur Luc Montagnier (photo) défend des thèses bien trop "controversées" © GUTNER/SIPA Numéro de reportage: 00761113_000016

L’accusation de colportage de « théories du complot » peut être utilisée comme une nouvelle censure. Le site internet très fréquenté Conspiracy watch, en s’acharnant sur le professeur Montagnier qui envisage des manipulations dans le virus de Wuhan, participe par exemple de cette nouvelle police du bon ordre intellectuel. Une tribune de Yves Laisné.


Le développement de l’Internet a introduit une révolution dans le traitement de l’information. D’une part, il a mis une masse colossale d’informations à la disposition de tout un chacun, qui permet au chercheur ou au curieux d’accéder facilement à des informations inaccessibles ou très difficilement accessibles auparavant, ce qui peut ne pas être du goût de tout le monde et explique les restrictions d’accès et autres mesures de contrôle de régimes totalitaires ou autoritaires sur ce média redoutable (pour eux).

D’autre part, il permet à des personnes ou à des courants d’opinion, qui étaient antérieurement filtrés ou exclus par les médias traditionnels (presse écrite et audiovisuelle) de faire valoir leurs opinions à travers des sites Internet, des blogs, des vidéos, des journaux en ligne, des pages Facebook, des tweets, qui assurent une véritable liberté, limitée ni par l’absence de moyens financiers – il faut être très fortuné pour lancer et entretenir un journal – ni par la réticence de l’ordre intellectuel, attaché, de manière assez globale, et de plus en plus, à un socle d’idées convenues et « consensuelles ».

La censure, c’était mieux avant

Dans ce contexte, rappelons-le, d’exercice de la libre communication des pensées et des opinions qui est un des droits les plus précieux de l’Homme (article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, de valeur constitutionnelle) ont pu se développer, sans aucune censure de l’ordre intellectuel, des opinions complètement atypiques et extrêmement, ou plus ou moins, éloignées du consensualisme dominant. Ces opinions peuvent être farfelues, loufoques ou carrément folles, mais aussi intelligentes, articulées, crédibles. Le problème rencontré par l’ordre intellectuel est qu’elles échappent complètement à son filtrage, si ce n’est à sa censure et qu’elles dépassent le cercle de conversation de Café du commerce dans lequel elles étaient confinées, pour atteindre un large public.

A lire aussi, Sophie Flamand: Les soignants nous sauvent, l’Etat-nounou nous materne

Un large public que l’ordre intellectuel considère in petto, voire ouvertement, comme arriéré, obscur, incapable de distinguer le vrai du faux, immature, gouverné par des peurs, sujet à l’imagination, et qu’il convient d’orienter, de guider, de former pour qu’il ne s’égare pas sur des sentiers interdits de la pensée. Cette position, profondément méprisante, hostile à la liberté individuelle, contraire à l’esprit des Lumières et largement anti-démocratique appelle nécessairement la mise en place d’une forme de censure qui ne dit pas son nom. Sans doute n’en est-on plus, ou pas encore, à Madame Anastasia, mais on s’en rapproche, comme Noam Chomsky, dont je ne partage pas les idées par ailleurs, mais dont j’admire l’amour de la liberté d’expression et le courage, l’a justement fait ressortir.

Hérésie hier, complotisme aujourd’hui, mêmes clercs

La dénonciation systématique de la théorie du complot à propos de l’explication non conformiste de certains évènements, fait partie de cette censure.

La stigmatisation d’une théorie, d’une explication ou d’une thèse de complotisme, conspirationnisme ou théorie du complot, présente l’avantage, pour les censeurs et autres policiers de la pensée, de pouvoir se contenter de procéder par anathème. Transportons-nous en 1633, prétendre que la terre tournait autour du soleil était une hérésie, pour laquelle le malheureux Galilée fut condamné à une humiliante abjuration. Les clercs d’aujourd’hui anathémisent du nom de complotisme, toute explication des faits observables – ce qu’avait fait Galilée – qui ne correspond pas à la vérité officielle. Hérésie hier, complotisme aujourd’hui, mêmes clercs. Ceux d’hier étaient les cardinaux inquisiteurs, ceux d’aujourd’hui sont les journalistes « observateurs ». Le niveau a un peu baissé.

Un nouveau moyen de tenir l’ordre intellectuel?

Sans doute ne peut-on que se gausser de théories selon lesquelles aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone lors des attentats de Ben Laden, Kennedy ne serait pas mort à Dallas, Hitler aurait été détenu par Staline dans une cage de fer ou se serait enfui en Argentine dans un sous-marin, la CIA a commandité la destruction des tours jumelles de New York ou encore la reine d’Angleterre serait un lézard extra-terrestre ayant pris forme humaine, qui aurait, de plus, commandité l’assassinat de Lady Di…

Mieux vaut en rire. Et seulement en rire.

Il n’y a aucune raison de chercher à ce qu’il soit interdit, ou même empêché, de le dire. C’est drôle, c’est rafraîchissant et s’il y a des esprits influençables pour le croire, tant pis pour eux. C’est aussi cela, la liberté. La liberté d’être c… À vrai dire, ce n’est pas ce genre d’élucubrations qui constitue le vrai centre d’intérêt de nos sentinelles de veille de la théorie du complot. Leur boulot, c’est de discréditer des théories ou des analyses crédibles, d’empêcher, sur l’interprétation de certains faits, l’émergence d’un débat pouvant mettre en cause une vérité officielle ou « consensuelle ». Ce sont les serre-files de l’ordre intellectuel. 

A lire aussi, Benoît Rayski: Agression contre Zemmour: plaignons le pauvre Mehdi…

Leur méthode dialectique est voisine de celle des négationnistes. Les négationnistes prétendent que la Shoah n’a pas existé. Cette prétention est grotesque. Ils ne peuvent nier un certain nombre de faits avérés (déportations, persécutions, assassinats, témoignages, traces laissées nonobstant les tentatives d’effacement etc.). Pour tenter de faire prévaloir leur thèse, le plus souvent (Faurisson, David Irving) les négationnistes ne s’attaquent pas au fond du problème (et de l’horreur), mais à la supposition d’un complot juif, qu’ils croient pouvoir démontrer en s’attaquant de manière fallacieuse à l’absence, selon eux, des chambres à gaz d’Auschwitz. La discussion ne porte plus sur le crime, mais sur la fragilité prétendue d’une des preuves du crime.

Les méthodes de Fox Mulder ont pourtant fait leurs preuves

Les sentinelles du complotisme utilisent la même méthode dialectique : pour stigmatiser une analyse, ils vont prétendre qu’elle est conspirationniste et s’attacher à en critiquer l’absence de preuves reconnues. Il n’y a plus de débat. Ce qui peut être qualifié de complotisme est nié. Il n’y a pas d’ONG, de cercles de pensée, de lobbies, ou autres groupements, qui cherchent à influer sur le cours des choses sans révéler ce qu’ils font. Les services secrets eux-mêmes, si mal nommés, racontent tout ce qu’ils font dans les médias. Ils n’agissent jamais en secret. Tout cela n’existe pas, ou seulement dans votre imagination. Si vous en doutez, vous êtes un complotiste et vous faites du conspirationnisme. Ce qui justifie de vous clouer le bec.

Pourtant, de la part de ceux qui recherchent la vérité, soupçonner, voire prétendre qu’elle pourrait être ailleurs, selon le fameux slogan de la série-culte X Files, est une attitude parfaitement raisonnable, voire scientifique. Prendre pour argent comptant tout ce qu’affirment les autorités, politiques, religieuses, morales, scientifiques et médiatiques est se condamner à considérer qu’elles disent toujours la vérité, qu’il n’y a jamais d’erreurs, de mensonges, de « dessous des cartes ». Ce serait exactement aussi bête que de prétendre qu’elles mentent toujours et que tout est complot. En érigeant la théorie du complot en interdit de dénonciation de complots qui peuvent être bien réels, en anathème et exclusion de tout débat, certains intellectuels ressuscitent la Sainte Inquisition. Naguère, c’était l’hérésie, plus récemment le déviationnisme, la dissidence ; aujourd’hui, c’est le complotisme.

A lire aussi, Dr Liya Ju: France-Chine: la coopération médicale ne date pas d’hier

La question d’un accident de laboratoire à Wuhan, qui serait à l’origine de la propagation du virus chinois baptisé Covid-19, est une vraie question. C’est une question sérieuse dont l’existence fait débat aussi bien dans les sphères scientifique et du renseignement, qu’au niveau politique. Débat d’ailleurs entretenu par l’opacité de la Chine sur l’origine, qui demeure mystérieuse, de ce virus. Les seules choses qui semblent généralement admises sont que le virus vient de Wuhan en Chine, que la Chine a tardé à révéler l’épidémie à l’OMS et au reste du monde et qu’aucune enquête indépendante n’a eu lieu sur place. Ce qui permet, sans aucun complotisme et de façon parfaitement raisonnable, toutes sortes de spéculations. Si l’accident de laboratoire venait à être démontré, les conséquences pour la République populaire de Chine seraient simplement dévastatrices. Mais le « consensus » est que la RPC est « bien ». Elle réconcilie les communistes, leurs compagnons de route, et autres intellectuels orphelins inconsolables du rêve soviétique, avec les « loups de Wall Street » et autres « patrons » du CAC 40, pouvant, grâce à la main d’œuvre chinoise, distribuer commodément des dividendes confortables à leurs actionnaires (et ainsi… garder leur place). Sans parler de l’armée d’apologistes, sinologues dévoués et autres agents d’influence généreusement rémunérés qu’elle entretient dans le monde entier. Alors la Chine communiste fait partie du « camp du bien ». Se poser une question – qui se pose – devient du complotisme et l’auteur de la question se trouve relégué dans les ténèbres de la bêtise et de l’extrémisme. Pestiféré, il devient infréquentable, impubliable. Les sentinelles de veille du complotisme ont tranché.

Laissez parler le professeur Montagnier!

La qualité de sommité mondiale du Pr. Montagnier ne l’a pas protégé. Il affirme, en tant que Prix Nobel, spécialiste de la question, que le virus chinois a subi des manipulations génétiques, ce qui exclut un caractère naturel et une transmission d’un marché aux animaux.

On voit affleurer en divers points des écrits du site Conspiracy Watch une volonté métapolitique, voire carrément politique…

En ce qui me concerne, je n’ai aucune compétence pour décider s’il a raison ou tort. Mais j’ai une connaissance suffisante du langage, de la logique et… de la métapolitique, pour pouvoir affirmer que lorsque le site Conspiracy watch le qualifie de Prix Nobel du complotisme et le place à la tête des légions d’imbéciles, en parlant de propos tonitruants et de controversé Pr., il abandonne toute recherche d’objectivité dans la recherche de la vérité et la dénonciation des mensonges, par l’utilisation de classiques sophismes d’attaques ad personam, comme d’argument d’autorité : l’origine naturelle du Covid-19 fait partie des constats qui ne font pas aujourd’hui débat dans la communauté scientifique. En 1633 le géocentrisme était admis par l’autorité, l’héliocentrisme de Galilée était… un complot contre L’Église et les Saintes Écritures, ou une hérésie. C’est du même tonneau.  

A lire aussi, Thomas Morales: Au théâtre ce soir avec Pascal Praud!

D’ailleurs, avec un reste de prudence, le site n’exclut pas, dans une petite phrase, la possibilité d’un accident de laboratoire, après avoir développé sur une page une thèse qui le rend peu vraisemblable et le renvoie implicitement dans les ténèbres du conspirationnisme.

Un site qui a aussi son agenda

On voit affleurer en divers points de leurs écrits une volonté métapolitique, voire carrément politique, parfaitement étrangère au pur débusquement des fausses nouvelles, par exemple dans des prises de position contre les citoyens hostiles à l’assignation à résidence (dite confinement) ou favorables à la détention d’armes (États-Unis), combattue par la gauche américaine.

Les policiers de la pensée qui s’intitulent veilleurs de théories du complot, apparaissent ainsi comme les promoteurs d’une nouvelle censure qui vise à écarter du libre débat, des idées, des analyses ou des théories auxquelles ils sont hostiles, non pour faire triompher LA vérité, mais LEUR vérité. 

Dan Kavanagh ou le déclin de l’empire

0
L'écrivain britannique Julian Barnes en 2007 © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00539778_000007

À force de fréquenter les bouquinistes, on a empilé les livres depuis des années. Le confinement est l’occasion de les lire ou les relire. Aujourd’hui, Dan Kavanagh.


Loin de tous les clichés pur tweed véhiculés sur l’Angleterre et ses enquêteurs en chambre dans les bibliothèques de vieux manoirs, les romans noirs de Dan Kavanagh préfèrent autopsier la violence sociale d’un pays en crise, dont la bonne santé apparente des années Thatcher masquait de plus en plus mal les failles béantes de la paupérisation des plus faibles. Pour cela, à travers une demi-douzaine de romans, Dan Kavanagh a choisi le personnage de Duffy. Cet ancien flic dirige une société de gardiennage à Londres et loue à l’occasion ses services comme détective privé. Dans Vol à tous les étages, c’est dans les entrepôts tentaculaires de l’aéroport d’Heathrow que Duffy va exercer ses talents. 

Docteur Barnes et Mister Kavanagh

Après la mort d’un employé lors d’un accident de la route pour le moins suspect, et la disparition de produits divers, le responsable des entrepôts demande à Duffy de s’infiltrer parmi les manutentionnaires. Entre deux planques, Duffy va poursuivre, dans un Londres décati, pluvieux, parfois sordide et qui ressemble à une ville de pays totalitaire, son existence floue de marginal bisexuel amateur de boites gay et amant épisodique de Patricia, une ex-collègue de la police. 

Dan Kavanagh, on le connaît davantage sous son vrai nom : Julian Barnes,  un écrivain plein d’humour et de mélancolie quand il nous raconte avec une pudeur nostalgique des histoires d’amour qui tournent mal comme dans Une fille, qui danse ou La seule histoire parus récemment au Mercure de France. Barnes avait même commis un best-seller érudit et malin, au milieu des années 80 avec Le Perroquet de Flaubert.

Le port de la magouille!

Sous le nom de Kavanagh, il refuse les effets faciles inhérents à la (mauvaise) littérature de genre. Dans Vol à tous les étages, réédition en 1993 par Actes Sud d’une Série Noire de 1982 parue sous le titre assez honteux de Le Port de la magouille, il s’offre même le luxe de désamorcer sa propre intrigue, la réduisant à un simple malentendu. Cela ne l’empêche pas pourtant, et c’est sans doute le vrai but de tous les bons romans noirs, de peindre la brutalité d’une époque, ses désirs en désordre et sa solitude, avec une distance et une ironie des plus convaincantes. Il réussit ainsi à transformer le Londres policé et aimable de l’image d’Épinal en une Babylone dont les bordels minables, les combines foireuses, la course au fric et le déclin inéluctable donnent un avant-goût amer d’un effondrement définitif, comme si le monde avait fini par être fatigué de lui-même.

Vol à tous les étages (Fiddle city)

Price: ---

0 used & new available from

On achève bien la méritocratie

0
20 heures à Saint Mandé, pendant le confinement en mai 2020 © Aurelien Morissard CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage: 00959597_000010

Le coronavirus révèle que nous avons grand tort d’abandonner le cadre national au profit d’élites méritocratiques, déconnectées du peuple


Depuis la reconstruction de l’Europe après les deux guerres mondiales, un système de reconnaissance des personnes qui constitueraient la nouvelle classe dirigeante et dont on s’assurerait qu’elle ne nous conduise plus à la guerre a été mis en place.

Ce nouvel ordre social s’appuie sur le mérite comme valeur cardinale. Armées de ce principe, les sociétés occidentales ont souhaité se protéger de la dérive des élites qui nous avaient précisément conduit à l’autodestruction de masse, à la barbarie. Les élites méritocratiques de l’après-guerre nous ont en effet évité de nouvelles guerres, mais pour le reste, l’autodestruction démocratique et biologique est bien un fait de ce début du 21e siècle.

La construction de l’Union Européenne fut l’œuvre d’une élite méritocratique pour elle-même, au mépris des peuples. La crise du coronavirus scelle définitivement son effondrement

Face au coup d’arrêt de la civilisation que représente la crise sanitaire du coronavirus et qui agit comme véritable révélateur d’un système obsolète, nous devons comprendre comment les élites de chaque pays, devenues hors sol et gravitant autour du monde, nous ont conduit vers cette étrange défaite et comment à l’avenir, s’en défendre.

Élites désincarnées, coupées du pays (réel)

Le phénomène qu’il faut décrire pourrait se résumer en une phrase : le système méritocratique, mis en place dans le contexte de la mondialisation et d’instances supranationales, a produit des élites désincarnées peu aptes à prendre les bonnes décisions face à une crise qui concerne leur pays, leurs concitoyens.

A lire aussi, la tribune de Florian Philippot: La Révolution qui vient

La méritocratie dispose, depuis 1945, d’un rouage essentiel à sa mise en place : la démocratisation scolaire. L’analyse prophétique de Michael Young, inventeur du mot en 1958, imagine le devenir d’une société où la sélection des élites se baserait sur les seuls diplômes obtenus au mérite de leurs efforts accomplis. Un tel système d’échafaudage de la société débouche alors sur une valorisation des méritants et un mépris des non méritants. Il y aurait de fait des « intellectuellement supérieurs » et des « intellectuellement inférieurs ». Revenant sur sa fine prédiction dans le journal britannique The Guardian, Down with meritocraty, en 2001, Michael Young insista sur le caractère hautain et définitif d’une caste de surdiplômés méritant leur place dominante face à une classe de non méritants moralement nue. L’irruption des gilets jaunes français ne fut pas plus belle démonstration. La prophétie de Young se termine par une révolte du peuple face à l’enfermement et l’aveuglement de cette élite méritocratique. Nous y sommes.

Renvoyez l’ascenseur!

La classe dirigeante actuelle n’a pas vu l’appauvrissement et le déclassement toujours plus grands des populations prises dans l’impasse de la mondialisation des échanges et sa version régionale européenne, l’Union Européenne et sa monnaie, l’Euro. Les sociétés sont aujourd’hui en proie aux révoltes populaires, les élites méritocratiques ont échoué. Un renversement est déjà à l’œuvre, bien décrit par Emmanuel Todd autour de son travail sur la lutte des classes au 21e siècle. Les classes populaires et moyennes se sont remplies de personnes intelligentes et compétentes qui n’ont pas pu bénéficier d’un ascenseur social à l’arrêt. Pour accentuer cette fracture, la méritocratie a en réalité sélectionné mécaniquement les profils les plus aptes à se soumettre et à rentrer en conformité. L’enfermement mental de la classe dirigeante est patent. Ce phénomène revêt une force particulière en France, modèle de l’école démocratisée, modèle de la course aux diplômes, modèle d’une vision universaliste de l’Homme.

A lire aussi, Hervé Juvin: Le mal du siècle

Ce que n’avait pas pu percevoir Michael Young, c’est l’effacement progressif des nations, au profit de la gouvernance supranationale mondialisée. Les élites bardées de diplômes se sont détachées de leurs pays pour entrer dans le monde merveilleux d’une vie hors sol et planétaire, laissant la majorité de non méritants se débrouiller entre eux, dans leurs terroirs. Les décisions prises par ces élites furent donc à leur avantage, oubliant leurs pays, oubliant les gens qui allaient rester là, les somewhere de David Goodhart.

Les procédures ont remplacé la prise de décision en responsabilité

La main de l’Homme n’est plus fiable, elle joue contre lui. Nous sommes pris entre une main de l’Homme qui hier conduisait aux guerres et une main de l’Homme qui aujourd’hui conduit à la destruction écologique et démocratique. L’homme méritocratique doit d’abord se déprendre de sa vision qu’il a de lui et de croire qu’il mérite sa place en ayant prouvé, lors de son parcours scolaire, son intelligence supérieure. Il doit ensuite s’extraire du piège idéologique qui est de croire que l’effacement des nations nous a préservé des guerres et que la menace écologique et démocratique ne peut se résoudre qu’à l’échelle supranationale. Le système méritocratique d’après-guerre a aussi veillé dans les détails à ce que l’Homme ne décide plus, trop risqué. Est apparue alors une classe dirigeante conformiste dans l’application des cadres et des normes, incapable de choisir, une classe devenue irresponsable malgré elle. Les mots du Professeur Perronne, engagé aux côtés du Professeur Raoult dans la réponse médicale au coronavirus, ont bien décrit cet état : « La médecine est tombée sous la coupe des méthodologistes depuis les années quatre-vingt, au début du SIDA, en disant : tout ce qui n’est pas démontré de façon formelle avec les canons de la science n’existe pas ». La clinique, l’expérience de terrain ont disparu de la pratique. 

A lire aussi, grand entretien: Marcel Gauchet : Les mondialisateurs n’ont pas rendu les armes

Engluées dans des procédures visant le brouillage des responsabilités et des décisions, les autorités médicales et politiques françaises ont choisi d’attendre que tous les critères scientifiques soient certifiés. La corruption académique, selon l’expression d’Idriss Aberkane, est l’une des conséquences de cette méritocratie fermentée.

L’heure est venue de réhabiliter la nation

La nation est en réalité l’espace de la vie humaine qui est en mesure de répondre à tous les défis du 21e siècle y compris l’entretien vertueux d’une méritocratie renouvelée et vivante. Pour éviter les dérives folles de nos élites, celles-ci doivent régulièrement rendre des comptes à la souveraineté populaire. Les expériences humaines contenues dans cette communauté de destin qu’est la nation seront toujours plus grandes qu’une série de diplômes qui n’est qu’une formalisation arbitraire, dans un contexte donné, d’une certaine aptitude à se conformer à une forme de pensée et une forme d’agir.

La nation est une société complexe soutenable susceptible d’augmenter l’humanité de l’Homme. Elle lui fournit d’abord et avant tout l’accès aux nécessités biologiques, une protection et une identité d’appartenance puis, dans un deuxième temps, une éducation et les moyens d’un possible accomplissement de soi. L’effondrement des sociétés devenues trop complexes démontre toujours leur impossibilité à pourvoir durablement les trois premières fonctions. L’Union Européenne et sa monnaie unique sont entrées dans une hypercomplexité qui ne peut plus fournir une protection biologique, économique et sociale acceptables d’une part, ni une identité d’appartenance dont une communauté de destin a besoin d’autre part. Cette construction fut l’œuvre d’une élite méritocratique pour elle-même, au mépris des peuples. La crise du coronavirus scelle définitivement son effondrement et rend à la nation son espace organique de la civilisation. Les nouvelles élites « renationalisées » sont maintenant tenues de prendre leurs responsabilités sous le contrôle de la souveraineté populaire retrouvée. Les peuples vont vite le faire savoir.

Les Luttes de classes en France au XXIe siècle

Price: ---

0 used & new available from

Les Deux clans

Price: ---

0 used & new available from

Je n’ai foi qu’en l’absurdité

0
Le poète américain Richard Brautigan. Image: DR/capture Amazon

Le billet du vaurien


Richard Brautigan, mais oui le beatnik oublié, recalé, suicidé, répétait volontiers : « In ABSURDITY we trust. » À quoi d’autre pourrions-nous croire ? Entre deux rasades de whisky (japonais bien sûr), il me demandait si je me souviendrais un jour que nous n’étions que souffrance attendant de hurler ? Ou un trou attendant d’être creusé ? Ou encore une larme attendant de tomber ?

Il voulait savoir si après son suicide, je rendrais une visite aux oiseaux mangeant du pain sur sa tombe…

Il me disait que tout écrivain laisse deux œuvres : l’une est la somme de ses écrits, l’autre est l’image qu’on se fait de lui. Il voulait savoir quelle image je me faisais de lui. Celle d’un amoureux du Japon, comme moi ? D’un joueur de tennis de table ? Celle d’un poète qui adressait à chaque fille qu’il aimait un poème qu’elle oublierait aussitôt ? Lui-même ne se souvenait plus de rien, sauf de la pêche à la truite, un livre qui lui avait rapporté des milliers de dollars et où il était question de tout, sauf de la pêche à la truite.

A lire aussi, du même auteur: Sushis et suicide

Quand on lui demandait quel était son nom, il répondait :  « ‘Peut-être qu’il pleuvait fort’, c’est cela mon nom. » Il aimait beaucoup les armes à feu. Elles lui ont permis d’échapper à l’absurdité du monde. C’était au début de l’automne 1984. Des oiseaux mangent encore du pain sur sa tombe. Quinze jours auparavant, il avait revu Akiko par hasard à San Francisco. Quand une Japonaise vous quitte, c’est un monde qui s’écroule, lui avait-il écrit. Elle ne lui a jamais répondu. Elle n’a jamais reçu sa lettre. D’ailleurs, il avait renoncé à la lui envoyer. Depuis, elle nourrit les oiseaux sur sa tombe chaque semaine. Quand on lui demandait qui elle était, elle répondait : « ‘Une tentative de communication’ c’est cela mon nom. »

Tentative absurde et avortée, mais y en a-t-il d’autres ?

Roman n.m. Œuvre d’imagination en prose

0
jim harrison roman
L'écrivain Jim Harrison, Paris, 2004. SIPA/BALTEL. Feature Reference: 00499301_000007

Yohann Elmaleh défend les droits imprescriptibles du roman face à l’inflation autobiographique.


« Quelle est la part autobiographique de votre livre, Madame ? Monsieur ? » La traîtresse question tourne en boucle à longueur d’ondes, plateaux télé, interviews pieuses, sorties bling-bling, papiers fameux à la rubrique : « Roman ».

L’arnaque du « Moi-Je »

Il nous faut à tout prix dénoncer cette arnaque du « Moi-Je » businessman. Greffer du fabuleux dans l’Offre ; de l’enchantement dans la Demande. Et pas plus tard que tout de suite. Notre affaire urge, menace… Je m’y risque ! Par définition, un roman est une fiction, aux trames : fictives. Pas d’auto-craques, d’auto-bio-truc. Moi-je ! Moi-je ! Très très tragique : inceste, mère seule, victime de school, violences, frère mort… Chacun sa vie !

« Œuvre d’imagination en prose », dit Le Grand Robert, moins bête que Google, plus grand que Duras. Avec tout ce qu’on leur propose pour déverser leur flotte intime – mémoires, journaux, correspondances, scénars, séries, biopics, cinoche –, ils veulent en plus pourrir le Genre. « Rôôman Pèèrsôônnel ! », ils chevrotent… « Triple identitêêê ! », ils béguètent… Auteur. Narrateur. Personnage. Tous également fondus ensemble ! Sujet, verbe, complément, virgule ; un point pathétique pour conclure. « Ô pauvre enfant ! Quelle vie… Quelle femme… » La ménagère égoutte son fard… Tant qu’elle fiche une tronche sur la plume, tout le monde y gagne : ISBN, auteurs-stars, libraires, TNT… La maison imprimante avec ! Le cercle vertueux littéraire ! Le divan douillet pour l’audimat !

Le style engendre l’histoire

« Œuvre d’imagination en prose »… Ce que j’en comprends, moi, de ce principe, en contemplateur assidu des narrations supérieures : c’est l’art de la fabulation. C’est la similitude des âmes, plutôt que l’identité des « Moi ». C’est la translation des humeurs, mieux que l’affinité des trames. C’est le style engendrant l’histoire, tout comme l’ego produit ses faits… ambiances, délires, O2 palpable… Le grand flou du cœur rendu visible. Tout l’innommé clair, distinguable. Les émotions traduites blabla !…

Car en soi qu’est-ce donc que le style, sinon le jaillissement graphique de toutes ces humeurs qui font l’âme ? Une seule méthode, un seul métier : mille apparences pour un seul cœur. Faire de son narrateur un autre dans la forme ; un même dans le fond. Créer un monde, un univers, une vision pour nous autres, modernes ! Réincarner la langue, l’époque, extraire du siècle l’intemporel… Varier ses tchiiip, décors, trois points, via des mots qui se prennent pour la vie…

Sans quoi le rôôôman, sous les décombres, rendra l’Esprit. Derniers soupirs…

L’école Potemkine

0
Le président français dans une école de Poissy, pendant la crise du coronavirus, le 5 mai 2020 © Ian Langsdon/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22452925_000015

La communication désastreuse de Macron sur l’école a trouvé son apothéose ce mardi 5 mai



Je ne sais pas encore à quoi ressembleront le déconfinement et les premiers jours qui suivront le 11 mai. Je sais en revanche à quel point Macron, ce président qui prend ses désirs pour la réalité aura tenté jusqu’au bout de se donner l’illusion que tout était parfaitement calé. Comme c’est l’école qui est le domaine le plus sensible, celui où se sont cristallisées de manière légitime toutes les peurs des parents, des enseignants et parfois même des enfants eux-mêmes, il a décidé, le 5 mai, de faire une opération de communication avec Blanquer, l’homme qui pense que le virus est une offense personnelle inventée par les syndicats enseignants pour saboter ses réformes (!), et qui continue à annoncer le matin n’importe quoi, n’importe quand et à n’importe qui, pour être contredit le soir même. Quelqu’un est-il aujourd’hui, par exemple, capable de dire ce qu’il en est de l’épreuve anticipée du bac de Français qui, jusqu’à preuve du contraire, est maintenue au mépris des anxiétés des lycéens de 1ere et de leurs enseignants de Lettres ? À moins que Blanquer, c’est toujours possible, ait décidé de relancer l’économie en favorisant un boom de la consommation de Lexomil…

Macron optimiste et déconnecté, Philippe paniqué et en prise avec le réel

Mais revenons à Macron. Il ne se rend pas compte du rejet qu’il inspire de plus en plus violemment par sa gestion éthérée d’une crise pendant que son Premier ministre épuisé tente d’agir concrètement tout en se faisant maltraiter par son N+1 qui se moque de son catastrophisme. 

A lire aussi, du même auteur: Bon courage, Edouard Philippe!

Il décide donc d’aller visiter une école de Poissy qui accueille des enfants de soignants, accompagné du ministre de la Continuité Pédagogique et du Présentiel/Distanciel, comme ils disent. Macron est sans doute encore persuadé que son intervention sur le terrain rassurera la population. La réalité est qu’on en est arrivé à un point où même s’il disait qu’il fait jour à midi, l’opinion serait persuadée qu’il trafique les montres ou qu’il veut nous faire confondre le jour avec la nuit !

Exercice d’autosatisfaction et cancres en devenir

Il s’est livré, à Poissy, à cet exercice qui est déjà en temps normal, complètement artificiel et un peu ridicule : aller voir des enfants dans une école le jour de la rentrée pour dire que tout se passe bien. On nous permettra de l’appeler « la visite à l’école Potemkine » du nom des villages en carton pâte que son ministre faisait visiter à Catherine de Russie pour la convaincre du bonheur dans lequel vivait la paysannerie alors qu’elle crevait de faim.

L’école de Poissy a tenté de jouer ce rôle pour le bon peuple et, qui sait, pour Macron et Blanquer qui ont besoin de se mentir à eux-mêmes pour continuer d’avancer et oublier que leurs décisions se prennent à un moment où une crise sanitaire a fait 26000 morts en un peu plus de deux mois et mis le pays à l’arrêt, à cause de la pénurie d’armes adéquates.

A lire aussi, Corinne Berger: Rouvrir les écoles pour les “décrocheurs”?

Ils sont donc arrivés dans la classe avec deux beaux masques noirs made in France qui les faisaient ressembler à des envoyés de Dark Vador. Il ne manquait plus que la célèbre musique et on s’y serait crus. L’ennui, pour commencer, c’est qu’il n’y avait pas quinze élèves dans cette salle mais dix, ce que s’époumonent à demander les enseignants pour le 11 mai. Ensuite, on s’est assez vite aperçu que Macron a bien fait de faire banquier plutôt que professeur des écoles avant d’être Président car question pédagogie, il a été assez peu convaincant puisqu’une capture d’écran de la visite montre un gamin qui s’est levé et qui est en pleine conversation avec son camarade. 

On peut imaginer que celui qui est debout explique à celui qui est assis que le type avec la voix énervante, c’est celui qui avait dit à son frère qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver du boulot. Ou qu’il ne fallait pas avoir peur de l’autre, celui qui n’avait plus de cheveux. Il avait beau être le chef de la maîtresse, il y avait belle lurette que plus personne ne l’écoutait…

Le masque et la prune

0
Le maire de Cannes David Lisnard présente un bus témoin de son agglomération à la presse, avril 2020 © Lionel Urman/SIPA Numéro de reportage: 00959290_000016

Grands médias et exécutif se sont obstinés à mettre en doute l’efficacité des masques pendant des semaines. Contre toute logique! A partir de lundi, tout usager des transports publics sans masque encourt une amende de 135€.


Depuis le début de l’épidémie, l’OMS avait donné le la en insistant sur le fait que le masque ne devait être porté que par les soignants et les personnes malades car pour les autres non seulement son utilisation était inutile, mais en plus elle accroissait le risque de contamination. On croit rêver tellement cette affirmation est absurde, incohérente, contradictoire, et fausse. Pourtant elle a été reprise, adoptée et martelée avec conviction et acharnement par la grande majorité des décideurs dans le monde, politiques et scientifiques, les journalistes s’en faisant les fidèles porte-paroles. Habillée dans la posture supérieure de « l’intelligence », aucun commentateur n’y a trouvé rien à redire alors que l’épidémie se propageait avec force.

Durant des semaines cruciales, les discours et recommandations des officiels, politiques, scientifiques et médiatiques sont restés bloqués, coincés, obstinés à rejeter le port du masque et on a continué à discutailler sur son degré d’efficacité, le danger élevé de se croire protégé en le portant (en se laissant aller à ne plus respecter la distanciation sociale, en se contaminant en touchant son masque), et ci et ça et son contraire. 

L’exécutif ne reconnait pas s’être trompé

C’est seulement les cris des soignants, montés au créneau pour réclamer des masques, qui ont créé les premières notes discordantes dans le consensus unanime qui régnait jusque là. D’autres voix ont alors commencé à s’exprimer, des fissures sont apparues dans ce mur du refus du masque systématique. Le 24 mars, Libération a publié ma tribune intitulée « Masques : mais de qui se moque-t-on ? ». L’Académie Nationale de Médecine s’est jointe à ces demandes du port généralisé du masque. On a commencé à voir de plus en plus de gens masqués dans les rues. Mais le mur du refus est resté debout, infranchissable.

Allocution télévisée d'Emmanuel Macron, le 13 avril 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00955772_000009
Allocution télévisée d’Emmanuel Macron, le 13 avril 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00955772_000009

C’est seulement lors de son intervention télévisée du 13 avril qu’Emmanuel Macron évoque, mais avec une prudence démesurée comme s‘il marchait sur des œufs : « Pour les professions les plus exposées, et pour certaines situations comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique ». On se demande bien pourquoi « pourra » et non pas « sera ». Qu’est ce qui coinçait à ce point ? Les œufs imaginaires étaient-ils des mines… dans son esprit ?

A lire aussi, Yves Mamou: Sauve qui peut général, le déconfinement c’est lundi!

Jusqu’aux journalistes qui se sont lancés dans des investigations « rigoureuses » sur le port du masque et qui sont restés aveugles à l’incohérence et aux contradictions des arguments avancés par les « scientifiques ». Un CheckNews de Libération du 23 avril illustre magnifiquement le biais cognitif qui a et reste à l’œuvre dans toutes ces intelligences un peu trop carrées. Tout l’argumentaire s’articule autour d’une série de concessions sur l’utilité du masque pour à chaque fois le disqualifier avec force.

Par exemple il est stipulé que « Autant de questions qui se résument à ce constat, martelé par les autorités et les spécialistes que nous avons consultés : les masques dits grand public sont à utiliser en complément des gestes barrière et de la distanciation sociale. Sans quoi, ils sont parfaitement inutiles. ». Effectivement, s’il faut porter un masque en plus des autres mesures et non à leur place compte tenu des incertitudes qui subsistent sur son degré d’efficacité, la dernière phrase de la citation de Checknews pose problème. Comment peut-on soudainement conclure en affirmant sans le moindre doute « Sans quoi, ils sont parfaitement inutiles », alors qu’il est dit et redit qu’on ne connaît pas leur degré d’utilité ? 

Le parti-pris inconscient des médias

Comme on ne sait pas, peut-être que même sans les autres mesures, le port d’un masque par tous, diminuerait malgré tout le taux de contagion ? Entre autre, en rendant difficile de se toucher le visage. Les inconnues sont partout, alors pourquoi conclure en affirmant de façon péremptoire et définitive que le masque est parfaitement inutile si il est porté sans les autres mesures ? Il y a là une rupture flagrante de logique déductive. D’ailleurs, la décision d’imposer le masque dans les transports prouve bien qu’on considère qu’il a une certaine efficacité de protection même sans la distanciation puisque c’est justement le lieu où il est fort probable qu’elle ne sera pas respectée !

La dernière phrase du CheckNews va encore plus loin dans ce parti-pris anti-masque systématique en transformant le manque de connaissance en danger avec : « Mais, en ne prenant pas en compte l’existence des gestes barrières, il demeure beaucoup trop simpliste et ses proportions, loin de refléter la réalité, pourraient même s’avérer dangereuses en laissant supposer que le seul port du masque suffit pour se protéger d’une contamination. », révélant une fois de plus un parti pris inconscient, biaisé au nom d’une pseudo-objectivité. 

Un Décodeur du Monde du 3 mai en forme de vidéo, fait un tout petit pas pour reconnaître laborieusement que finalement le port d’un masque en tissu pourrait ne pas être totalement inutile à grand renfort de précautions. Mais la dernière phrase prononcée comme une sentence implacable de vérité, est extraordinaire dans sa révélation du biais inconscient anti-masque avec l’affirmation « Une fois porté, un masque est contaminé… », comme si un masque, dès qu’il était porté, allait forcément accrocher des virus. À part l’absurdité statistique de l’affirmation, elle contredit le fait que le masque est dangereux car sans ce masque contaminé, c’est le porteur qui l’aurait été s’il ne l’avait pas porté, et donc qu’il a bien eu raison de le porter. Tant d’incohérence absurde au nom d’une pseudo-objectivité rigoureuse, on en rirait presque s’il ne s’agissait pas de la vie des gens.

Obligatoire lundi dans les transports et dans les commerces qui le souhaitent

C’est finalement Edouard Philippe qui, lors de sa présentation à l’Assemblée Nationale pour présenter le déconfinement prévu le 11 mai, a enfin ouvert une brèche, certes petite en soi, mais énorme par rapport au blocage incroyable qui paralyse tous nos décideurs depuis le début de l’épidémie à propos des masques. Ainsi, à partir du 11 mai les masques seront obligatoires dans les transports. Et les commerçants que le désirent pourront l’imposer dans leur boutique. 

Mais pourquoi diable, ne pas le rendre obligatoire ce masque (industriel, alternatif, artisanal ou improvisé), partout dans l’espace public ouvert ou fermé, pour tout un chacun, et immédiatement sans attendre le déconfinement du 11 mai, maintenant que les masques sont disponibles ? Qu’est-ce qui coince encore ? Pourquoi les politiques et les scientifiques unis dans leurs blocages, restent paralysés, tétanisés, par un inconscient arc-bouté et obstiné sur le refus de reconnaître la nécessité du port du masque systématique par tous et partout ? Pourquoi deux ministres, Olivier Véran et Christophe Castaner, ont ressenti chacun le besoin de réaffirmer que le port du masque ne sera pas obligatoire ailleurs que dans les transports publics. De quoi ont-ils peur, si par « malheur » les gens se masquaient partout ? 

A lire aussi: Quand le drame du Covid se précise: le Syndrome de Détresse Respiratoire Aigu (SDRA)

Pourquoi ce déni ? Qu’est-ce que cela cache dans l’inconscient absurde et contradictoire de tous ces protagonistes ? Je dis bien inconscient, car il n’est pas question ici ni de près ni loin de supposer un « complot ».  Il y a certainement le refus de reconnaître s’être trompé, mais pas seulement. Il y a là une véritable pathologie à décider de mesures évidentes et simples que l’on retrouve à propos des tests, bien que là aussi les discours évoluent un peu avec la difficulté, il est vrai, que chacun ne pourra pas se confectionner le sien. Quelque chose reste à identifier et vite, pour l’avenir des gestions de crises aigües auxquelles nous allons être de nouveau confrontés.

Mais bon sang, si dans le cas d’un nouveau traitement non validé, il existe bien un risque pour la santé du patient, rendant nécessaires des limites d’application, je voudrais bien savoir quel risque il y a à porter un masque dans l’espace public ? Je ne comprends pas cette obstination d’une intelligence qui, se voulant exigeante sur l’évaluation quantitative d’une telle mesure, devient paralysante et bornée. Où est passé le fameux principe de précaution pourtant brandi par bon nombre de ces protagonistes en ce qui concerne le réchauffement climatique, les OGM, les biotechnologies ? Pourquoi personne n’évoque le principe de précaution, pour une mesure, le port du masque par tous, où pour une fois ce principe est justifié à 100%, puisque là, il y a vraiment rien à perdre et tellement à gagner ?

Expliquez-moi…

Pourquoi refuse-t-on d’appliquer une mesure immédiate, qui peut être mise en place en 24h, qui ne coûte quasiment rien en comparaison des sommes engagées de toutes parts, qui n’a aucun effet secondaire, et qui pourrait sauver des milliers de vies, voire beaucoup plus ? Si jusqu’à peu, il n’y avait pas de masques disponibles, désormais grâce aux masques dits alternatifs, chacun pourra avoir son masque, alors où est le problème ? 

De surcroît, on aurait pu faire des tests grandeur nature dans certaines villes qui avaient pris des directives pour imposer le port du masque. On aurait alors pu constater au bout d’un mois l’impact sur l’évolution du nombre de nouveaux contaminés. Mais, cerise sur le gâteau de l’aveuglement stupide d’une pseudo rigueur scientifique et républicaine, ces décisions ont été abrogées comme illégales. C’est du même niveau d’absurdité que la Ligue des Droits de l’Homme qui y a vu une atteinte insupportable à la liberté individuelle – oubliant que si le port du masque est individuel, la protection qu’il procure est démultipliée par la réciprocité de son application collective. On se protège, on protège les autres, et donc les autres nous protègent.

De grâce, arrêtons ces tergiversations déplacées sur le calcul précis du degré d’utilité du port systématique du masque, il y a urgence, imposons le : que tout le monde porte un masque partout et tout de suite. Si cela fonctionne bien comme c’est probable, c’est une « arme » rudimentaire d’une puissance exceptionnelle et immédiate, si l’impact n’est pas avéré, ce qui serait très surprenant, on aura fait une expérience exotique dont on ne voit décidément pas en quoi elle pourrait nous nuire. Arrêtons le blabla, on se masque tous, et dans un mois on en reparle.

Le Mexique survit au temps du corona

0
mexique covid corona confinement
Mexico, mai 2020. Marco Ugarte/ AP Sipa. Numéro de reportage : AP22452369_000016

Sur les marchés, on comprend que l’art du commerce soit si bien ancré dans la culture mexicaine depuis l’ère aztèque, ce qui fait mauvais ménage avec l’assignation à résidence pour tous.


Imaginez des pièces de cochonnaille à n’en plus finir, des étaux de fruits et piments rivalisant de couleurs exubérantes, des tortillas qui crépitent à en avoir le vertige, des vendeurs à moustache et au ventre épais qui vous hèlent tous les trois mètres, des grands-mères aux traits indiens et aux mains rugueuses façonnées par l’artisanat, des tables poisseuses où l’on se délecte de tacos ou autres carnitas dégoulinants de guacamole et de piments, du Coca-Cola ou de la Corona pour en apaiser les flammes, des mignonnes de quinze ans enceintes déployant leurs sourires enivrants pour vous refourguer des babioles inutiles « made in China », vous comprendrez que l’art du commerce est ancré dans la culture mexicaine depuis l’ère aztèque, ce qui fait mauvais ménage avec l’assignation à résidence pour tous.

Résistance populaire

« Vivre tue. Ce n’est pas une raison pour arrêter », a écrit Élisabeth Lévy. Voilà une phrase que le Mexique devrait faire sienne. Dans un marché de Mexico, un stand a même affiché « Chers clients, nous continuerons à travailler jusqu’à ce que le coronavirus nous tue », relatent nos confrères du Figaro. Il faut dire qu’en pleine pandémie, le pilote de gauche Lopez Obrador n’a rien trouvé de mieux à faire que célébrer la « résistance » des Mexicains et a encouragé ces derniers à « soutenir cette économie populaire et familiale ». Certes, dans un pays où la moitié des actifs vit du travail de rue et où le nom composé « allocations chômage » ne fait pas partie du langage, difficile de mettre le pays sous cloche comme chez nous. Néanmoins, le président Lopez Obrador n’en est pas à sa première sortie démago, il avait déjà suggéré aux Mexicains de brandir un trèfle à quatre feuilles pour stopper le coronavirus, j’aurais d’ailleurs souhaité que nos « experts » des plateaux télés si prompts à s’indigner des postures de Trump ou de l’évangélique Bolsonaro en fassent de même pour le berger Obrador. Selon le quotidien espagnol El País, seuls 37% des Mexicains approuveraient sa gestion de la crise.

A lire aussi: Coronavirus au Brésil: l’urgence d’un New-Deal

Un peuple livré à lui-même

Quand le peuple est livré à lui-même, que faire? Lors de leur carnaval, de leur fête nationale, de leur Cinco de mayo – où ils ne sont pas peu fiers d’avoir bouté les troupes de Napoléon III hors de chez eux – ou de la Fête des morts, les Mexicains rivalisent de créativité dans l’élaboration de masques et de son festival de couleurs vivaces. À travers le vibrant hommage rendu aux ancêtres, à travers les verres de tequila – parfumée, douce, rien que la Bicentenario est une merveille et pourtant c’est une des plus modestes – trinqués dans les cimetières, la Toussaint mexicaine est une formidable ode à la vie. Face à la pandémie, le goût des Mexicains pour l’artisanat pourrait les inciter à se voiler la face sous des airs de chèvres, cochons, chiens, ou taureaux comme ils savent si bien le faire. Prenons-en d’ailleurs de la graine, car les revêtements de synthèse blancs qui hantent désormais nos visages nous font de plus en plus ressembler à des morts-vivants.

L’avenir du Mexique est l’avenir du monde

Revenons-en au coronavirus – qui a la bassesse de « stigmatiser » cette bière fine et subtile, n’en déplaise aux puristes de la Guinness, qu’est la Corona. Il y a un point qui rend les Mexicains particulièrement vulnérables au coronavirus: l’obésité. Chaque année, le Mexique se bat avec les États-Unis pour la première place des nations les plus obèses au monde. En cause, une réticence à la marche (l’insécurité ambiante y contribue beaucoup) et un goût déraisonnable pour les desserts, les glaces et le Coca Cola. Pour éviter l’hécatombe, il faudrait aussi mettre de côté les traditionnels abrazos (embrassades). Il y a un mois, le géographe amoureux du Mexique Alain Musset me soufflait que « si jamais le Mexique devenait l’épicentre mondial du coronavirus, on ne le saurait pas nécessairement ». Une telle tragédie n’augurerait rien de bon pour l’humanité. Le Mexique est un pays pétri d’authenticité, on y vénère les coutumes, les couleurs, la viande, les églises et les célébrations nationales; le Mexique est un monde à des années lumières de la société aseptisée que rêvent de nous imposer les végans ou autres purificateurs adeptes de plats Uber réchauffés.

A lire aussi: Les végans, ces pénibles puritains des fourneaux

Nous pouvons être solidaires de cette grande nation à notre modeste mesure: boire de la Corona (avec une rondelle de citron et un peu de sel directement sur la langue c’est sans égal), cette victime collatérale du si mal nommé coronavirus. Voilà qui rétablirait la balance face au sinistre hold-up sémantique dont sont victimes nos amis mexicains. Quant à moi, je m’en vais écouter le splendide Huapango du compositeur Moncayo, orchestré par Alondra de la Parra !

Dictionnaire Amoureux du Mexique

Price: ---

0 used & new available from