Grands médias et exécutif se sont obstinés à mettre en doute l’efficacité des masques pendant des semaines. Contre toute logique! A partir de lundi, tout usager des transports publics sans masque encourt une amende de 135€.


Depuis le début de l’épidémie, l’OMS avait donné le la en insistant sur le fait que le masque ne devait être porté que par les soignants et les personnes malades car pour les autres non seulement son utilisation était inutile, mais en plus elle accroissait le risque de contamination. On croit rêver tellement cette affirmation est absurde, incohérente, contradictoire, et fausse. Pourtant elle a été reprise, adoptée et martelée avec conviction et acharnement par la grande majorité des décideurs dans le monde, politiques et scientifiques, les journalistes s’en faisant les fidèles porte-paroles. Habillée dans la posture supérieure de « l’intelligence », aucun commentateur n’y a trouvé rien à redire alors que l’épidémie se propageait avec force.

Durant des semaines cruciales, les discours et recommandations des officiels, politiques, scientifiques et médiatiques sont restés bloqués, coincés, obstinés à rejeter le port du masque et on a continué à discutailler sur son degré d’efficacité, le danger élevé de se croire protégé en le portant (en se laissant aller à ne plus respecter la distanciation sociale, en se contaminant en touchant son masque), et ci et ça et son contraire. 

L’exécutif ne reconnait pas s’être trompé

C’est seulement les cris des soignants, montés au créneau pour réclamer des masques, qui ont créé les premières notes discordantes dans le consensus unanime qui régnait jusque là. D’autres voix ont alors commencé à s’exprimer, des fissures sont apparues dans ce mur du refus du masque systématique. Le 24 mars, Libération a publié ma tribune intitulée « Masques : mais de qui se moque-t-on ? ». L’Académie Nationale de Médecine s’est jointe à ces demandes du port généralisé du masque. On a commencé à voir de plus en plus de gens masqués dans les rues. Mais le mur du refus est resté debout, infranchissable.

Allocution télévisée d'Emmanuel Macron, le 13 avril 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00955772_000009
Allocution télévisée d’Emmanuel Macron, le 13 avril 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00955772_000009

C’est seulement lors de son intervention télévisée du 13 avril qu’Emmanuel Macron évoque, mais avec une prudence démesurée comme s‘il marchait sur des œufs : « Pour les professions les plus exposées, et pour certaines situations comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique ». On se demande bien pourquoi « pourra » et non pas « sera ». Qu’est ce qui coinçait à ce point ? Les œufs imaginaires étaient-ils des mines… dans son esprit ?

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Jusqu’aux journalistes qui se sont lancés dans des investigations « rigoureuses » sur le port du masque et qui sont restés aveugles à l’incohérence et aux contradictions des arguments avancés par les « scientifiques ». Un CheckNews de Libération du 23 avril illustre magnifiquement le biais cognitif qui a et reste à l’œuvre dans toutes ces intelligences un peu trop carrées. Tout l’argumentaire s’articule autour d’une série de concessions sur l’utilité du masque pour à chaque fois le disqualifier avec force.

Par exemple il est stipulé que « Autant de questions qui se résument à ce constat, martelé par les autorités et les spécialistes que nous avons consultés : les masques dits grand public sont à utiliser en complément des gestes barrière et de la distanciation sociale. Sans quoi, ils sont parfaitement inutiles. ». Effectivement, s’il faut porter un masque en plus des autres mesures et non à leur place compte tenu des incertitudes qui subsistent sur son degré d’efficacité, la dernière phrase de la citation de Checknews pose problème. Comment peut-on soudainement conclure en affirmant sans le moindre doute « Sans quoi, ils sont parfaitement inutiles », alors qu’il est dit et redit qu’on ne connaît pas leur degré d’utilité ? 

Le parti-pris inconscient des médias

Comme on ne sait pas, peut-être que même sans les autres mesures, le port d’un masque par tous, diminuerait malgré tout le taux de contagion ? Entre autre, en rendant difficile de se toucher le visage. Les inconnues sont partout, alors pourquoi conclure en affirmant de façon péremptoire et définitive que le masque est parfaitement inutile si il est porté sans les autres mesures ? Il y a là une rupture flagrante de logique déductive. D’ailleurs, la décision d’imposer le masque dans les transports prouve bien qu’on considère qu’il a une certaine efficacité de protection même sans la distanciation puisque c’est justement le lieu où il est fort probable qu’elle ne sera pas respectée !

La dernière phrase du CheckNews va encore plus loin dans ce parti-pris anti-masque systématique en transformant le manque de connaissance en danger avec : « Mais, en ne prenant pas en compte l’existence des gestes barrières, il demeure beaucoup trop simpliste et ses proportions, loin de refléter la réalité, pourraient même s’avérer dangereuses en laissant supposer que le seul port du masque suffit pour se protéger d’une contamination. », révélant une fois de plus un parti pris inconscient, biaisé au nom d’une pseudo-objectivité. 

Un Décodeur du Monde du 3 mai en forme de vidéo, fait un tout petit pas pour reconnaître laborieusement que finalement le port d’un masque en tissu pourrait ne pas être totalement inutile à grand renfort de précautions. Mais la dernière phrase prononcée comme une sentence implacable de vérité, est extraordinaire dans sa révélation du biais inconscient anti-masque avec l’affirmation « Une fois porté, un masque est contaminé… », comme si un masque, dès qu’il était porté, allait forcément accrocher des virus. À part l’absurdité statistique de l’affirmation, elle contredit le fait que le masque est dangereux car sans ce masque contaminé, c’est le porteur qui l’aurait été s’il ne l’avait pas porté, et donc qu’il a bien eu raison de le porter. Tant d’incohérence absurde au nom d’une pseudo-objectivité rigoureuse, on en rirait presque s’il ne s’agissait pas de la vie des gens.

Obligatoire lundi dans les transports et dans les commerces qui le souhaitent

C’est finalement Edouard Philippe qui, lors de sa présentation à l’Assemblée Nationale pour présenter le déconfinement prévu le 11 mai, a enfin ouvert une brèche, certes petite en soi, mais énorme par rapport au blocage incroyable qui paralyse tous nos décideurs depuis le début de l’épidémie à propos des masques. Ainsi, à partir du 11 mai les masques seront obligatoires dans les transports. Et les commerçants que le désirent pourront l’imposer dans leur boutique. 

Mais pourquoi diable, ne pas le rendre obligatoire ce masque (industriel, alternatif, artisanal ou improvisé), partout dans l’espace public ouvert ou fermé, pour tout un chacun, et immédiatement sans attendre le déconfinement du 11 mai, maintenant que les masques sont disponibles ? Qu’est-ce qui coince encore ? Pourquoi les politiques et les scientifiques unis dans leurs blocages, restent paralysés, tétanisés, par un inconscient arc-bouté et obstiné sur le refus de reconnaître la nécessité du port du masque systématique par tous et partout ? Pourquoi deux ministres, Olivier Véran et Christophe Castaner, ont ressenti chacun le besoin de réaffirmer que le port du masque ne sera pas obligatoire ailleurs que dans les transports publics. De quoi ont-ils peur, si par « malheur » les gens se masquaient partout ? 

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Pourquoi ce déni ? Qu’est-ce que cela cache dans l’inconscient absurde et contradictoire de tous ces protagonistes ? Je dis bien inconscient, car il n’est pas question ici ni de près ni loin de supposer un « complot ».  Il y a certainement le refus de reconnaître s’être trompé, mais pas seulement. Il y a là une véritable pathologie à décider de mesures évidentes et simples que l’on retrouve à propos des tests, bien que là aussi les discours évoluent un peu avec la difficulté, il est vrai, que chacun ne pourra pas se confectionner le sien. Quelque chose reste à identifier et vite, pour l’avenir des gestions de crises aigües auxquelles nous allons être de nouveau confrontés.

Mais bon sang, si dans le cas d’un nouveau traitement non validé, il existe bien un risque pour la santé du patient, rendant nécessaires des limites d’application, je voudrais bien savoir quel risque il y a à porter un masque dans l’espace public ? Je ne comprends pas cette obstination d’une intelligence qui, se voulant exigeante sur l’évaluation quantitative d’une telle mesure, devient paralysante et bornée. Où est passé le fameux principe de précaution pourtant brandi par bon nombre de ces protagonistes en ce qui concerne le réchauffement climatique, les OGM, les biotechnologies ? Pourquoi personne n’évoque le principe de précaution, pour une mesure, le port du masque par tous, où pour une fois ce principe est justifié à 100%, puisque là, il y a vraiment rien à perdre et tellement à gagner ?

Expliquez-moi…

Pourquoi refuse-t-on d’appliquer une mesure immédiate, qui peut être mise en place en 24h, qui ne coûte quasiment rien en comparaison des sommes engagées de toutes parts, qui n’a aucun effet secondaire, et qui pourrait sauver des milliers de vies, voire beaucoup plus ? Si jusqu’à peu, il n’y avait pas de masques disponibles, désormais grâce aux masques dits alternatifs, chacun pourra avoir son masque, alors où est le problème ? 

De surcroît, on aurait pu faire des tests grandeur nature dans certaines villes qui avaient pris des directives pour imposer le port du masque. On aurait alors pu constater au bout d’un mois l’impact sur l’évolution du nombre de nouveaux contaminés. Mais, cerise sur le gâteau de l’aveuglement stupide d’une pseudo rigueur scientifique et républicaine, ces décisions ont été abrogées comme illégales. C’est du même niveau d’absurdité que la Ligue des Droits de l’Homme qui y a vu une atteinte insupportable à la liberté individuelle – oubliant que si le port du masque est individuel, la protection qu’il procure est démultipliée par la réciprocité de son application collective. On se protège, on protège les autres, et donc les autres nous protègent.

De grâce, arrêtons ces tergiversations déplacées sur le calcul précis du degré d’utilité du port systématique du masque, il y a urgence, imposons le : que tout le monde porte un masque partout et tout de suite. Si cela fonctionne bien comme c’est probable, c’est une « arme » rudimentaire d’une puissance exceptionnelle et immédiate, si l’impact n’est pas avéré, ce qui serait très surprenant, on aura fait une expérience exotique dont on ne voit décidément pas en quoi elle pourrait nous nuire. Arrêtons le blabla, on se masque tous, et dans un mois on en reparle.

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