Accueil Site Page 1339

Je n’étais pas fait pour la boxe

0

Le billet du vaurien


Mon père qui était plutôt un intellectuel, avait pour ami Georges Baumgartner, un ancien champion suisse de boxe. Il lui avait demandé de m’entraîner avec l’arrière-pensée que si l’homme n’est pas fait pour la boxe, la boxe est faite pour l’homme. J’avais douze ans et il était temps que je me prépare à monter sur le ring. La vie, après tout, consiste à donner des coups et à en recevoir. Aussi tous les samedis après-midi, j’allais m’entraîner dans la salle de sport du Petit-Chêne où Georges Baumgartner nous préparait au grand combat de l’existence dont je pressentais déjà que nous sortirions tous vaincus. J’amusais beaucoup mon coach en récitant sur un air de rumba les catilinaires de Cicéron en latin. Il se doutait bien que ma carrière de boxeur s’arrêterait vite, mais par sympathie pour mon père, il m’avait pris sous sa protection.

Vint le jour où il fallut monter sur le ring. Je me répétais : tu n’as aucune chance, mais tente de la saisir quand même. En pure perte. Au deuxième round, je fus mis K.O., l’arcade sourcilière en sang et bien décidé à faire du latin plutôt que de la boxe. J’avais également une passion que je partageais avec mon père pour le football, mais là non plus, même comme junior au Lausanne-Sport, je ne brillais pas. Il fallait se rendre à l’évidence : je ne serais jamais ni Mike Tyson, ni une des gloires du football helvétique.

En revanche, j’aimais écouter mon père quand il me racontait la mort d’Al Brown, champion du monde des poids coq que Jean Cocteau avait pris sous sa protection et qu’il considérait tout à la fois comme un mime, un poète et un sorcier. Cocteau aimait cette « poésie active, à la syntaxe mystérieuse » qu’est la boxe. Quand Al Brown mourut le 11 avril 1951 (j’avais dix ans) dans l’oubli le plus total, alcoolique et toxicomane, son cercueil, fixé sur le toit d’une camionnette, sillonna pendant deux nuits les rues de Harlem. Ce fut sa manière à lui de prendre congé de la boxe, de la poésie et de New-York. C’est une histoire qui est restée gravée dans mémoire. À défaut d’avoir été Al Brown ou Mike Tyson, j’aurai lutté avec les mots. Là aussi, en pure perte.

Depardieu, l’homme qui n’aurait pas dû naître

0

Un livre, un film pour saluer le monstre sacré.


C’est le plus grand acteur du monde. Il sait tout jouer, tout. Du loubard Jean-Claude, dans Les Valseuses, à Robert Taro, maire de Marseille, en passant par Danton, Rodin, Staline, Cyrano, Obélix, Marin Marais, l’abbé Donissan, etc. Plus de 220 films. Vertigineux. Il n’a aucune limite. Une scène est une scène, on la joue, voilà. Il ne faut pas être hanté par le personnage, sinon on va dans le mur. Jouer un suicidé ne signifie pas qu’il faille passer à l’acte. Il doit y avoir une sortie de secours.

Instinctif

Depardieu est un instinctif. Il sent. Il se moque d’analyser. Son corps ne le trahit jamais. Dans son nouveau livre, Ailleurs, il écrit : « Un bon acteur, c’est quelqu’un qui n’a pas peur. La peur a une odeur. Ça pue un acteur qui pense. » La peur qui nous domine, et nous empêche de vivre. Nous y sommes, au cœur de l’époque, avec des dirigeants politiques qui entretiennent au quotidien cette peur paralysante pour mieux nous asservir. C’est pour ça que Depardieu va voir ailleurs, pour échapper à ce qui gâche notre envie de vivre. Il se rend en Éthiopie, découvre un « pays merveilleux », où se résume « toute l’histoire de l’humanité ». Ce pays n’a jamais été colonisé. Les Italiens ont pourtant essayé, en vain. Depardieu :  « Aucune greffe n’a pris. » L’acteur recherche un « Ailleurs proche de l’origine. » Il fustige la colonisation qui, sous prétexte de civiliser, a corrompu les hommes. Il s’en prend au passé colonial de la France. Il rappelle les monstruosités perpétrées en Algérie.

À lire aussi, Bérénice Levet : Cinéma: le festival des cons

Il revient de la ville d’El Djamila, souligne sa beauté, les fruits et les légumes qui se développent sous le ciel bleu, « sans une merde de glyphosate dessus. » Les paysans connaissent tout, ils se souviennent des leçons de la nature. Il les admire. Comme il admire ceux de Tchétchénie, du Kazakhstan, ou encore d’Ouzbékistan. Mais il ne peut oublier que dans sa ville natale, Châteauroux, où il fut voyou, il a vu « des gamins revenir de la guerre avec des colliers d’oreilles d’Arabes ».

En attendant Des hommes de Lucas Belvaux

Depardieu refuse l’amnésie collective de la France. Début novembre sort le film Des hommes, de Lucas Belvaux, sur la guerre d’Algérie. Depardieu incarne Feu-de-Bois, un appelé, devenu sexagénaire raciste. De quoi en déranger plus d’un dans sa petite mort à crédit.

La France est vieille et se veut jeune. C’est terrible

L’acteur envoie un uppercut à la bien-pensance. Il est ami avec Poutine, il aime l’homme, connaît son passé, ses failles, ses douleurs. Il sait que sa mère a failli mourir sous les décombres, à Léningrad, en 1943. Elle fut sauvée in extremis par le courage et l’amour de son mari. Depardieu, bourré, a chassé le lion avec Fidel Castro, il lui a donné la recette des rillettes au lapin. Il a passé des nuits entières à converser avec François Mitterrand, à l’Élysée. Le président lui avait conseillé de lire les mémoires de Casanova. Il n’a de compte à rendre à personne. Cet homme, dont la tête ressemble de plus en plus à l’immense écrivain Joseph Kessel, est furieusement libre. Il dit ce qu’il pense et ses vérités sont salutaires. Comme ses coups de gueule dans un pays « cassé », proche du chaos, hors de l’Histoire. « La France est vieille. Très vieille, écrit-il. Elle pourrait profiter des leçons de son ancien temps. Mais non. La France est vieille et se veut jeune. C’est terrible. »

Un regard étrangement neuf

Sa curiosité demeure pourtant celle de l’enfant qu’il n’a jamais été. Sa quête est celle des prophètes. Il cherche la façon dont « la vie, la matière et l’énergie » sont liées. Il se méfie en revanche du pouvoir politique et des religions, qui « chacune prêche une idée d’une foi qui toutes les dépasse. » C’est un animal aux aguets dans la jungle des hommes. Il fuit ceux qui veulent dicter leur loi. Il déteste les écolos, par exemple, qui se foutent de sauver la planète. Il tempête : « Ce sont des inquisiteurs, des ayatollahs, des Hitler du bien, les totalitaires de demain. »

Depardieu continue de promener sa silhouette épaissie sur des chemins de hasard. Son regard reste étrangement neuf, son esprit ouvert à l’impossible. Fils d’un père analphabète et alcoolique, le Dédé, il a quitté l’école très jeune, n’est pas baptisé, et possède aujourd’hui une culture encyclopédique. C’est qu’il a été épargné par les radiations idéologiques de l’Éducation nationale. Il a lu seul. « Un livre, note-t-il, c’est une porte sur la vie. » Il aime Michel Houellebecq, « dandy magnifique ». Depardieu : « J’ai passé quelques semaines avec Houellebecq, je l’ai vu amoureux, je l’ai vu pervers, je l’ai vu manipulateur, je l’ai vu insupportable, je l’ai vu engoncé, mais je l’ai toujours vu honnête. Jamais il ne se ment. Sinon tu ne peux pas écrire ce qu’il écrit. » Depardieu a raison, on devient vite un fonctionnaire du culturel. Ils grouillent sur le cadavre du style.

Cet excessif sans surmoi est encore debout à chanter Barbara, il vagabonde dans le désert, pleure devant un troupeau de chevaux sauvages dans la steppe d’Asie centrale. Il a connu le pire drame qu’un père puisse connaître : la mort de son fils, Guillaume. Guillaume, cet écorché vif, détruit d’avoir porté le nom de Depardieu, à qui les juges n’ont laissé aucune chance — trois ans de prison ferme pour deux grammes d’héro. L’acteur est allé le voir en taule. Les prisonniers, dans leur cellule, gueulaient : « On va l’enculer, ton fils ! »

Depardieu continue, malgré tout, d’aimer la vie. Sa mère, la Lilette, a tenté de se débarrasser de lui à l’aiguille à tricoter. Il a survécu, aidé la Lilette à accoucher de ses frères et sœurs. Il a coupé le cordon, tapé sur le corps du nouveau-né pour « ouvrir » les poumons. Comme le font les paysans. Depardieu, c’est un « acteur agricole », a dit un jour Bertrand Blier. Il a pardonné à sa mère, il est passé à autre chose, ne regardant jamais derrière lui. Il y avait un secret de famille : le père de la Lilette avait une liaison avec la mère du Dédé. Lilette, en l’apprenant, avait voulu faire passer celui qui ne s’appelait pas encore Gérard. « Quand je suis arrivé, elle allait se barrer à cause de ça, confie Depardieu. Je lui ai coupé les jambes. » Il a pris, en effet, les jambes de sa mère. Quant à ce lourd secret, il l’a inhibé très longtemps devant les femmes.

À lire aussi, Jean Chauvet : « Un pays qui se tient sage »: la violence policière en cliché

Ailleurs, composé de courts chapitres, nerveux, avec des phrases parfois paradoxales, recèle une sagesse solaire. L’Ailleurs doit nous amener à « la beauté de la vie. À ne plus juger. À aimer tout simplement. » Il doit nous inviter à voyager là où personne ne va, sans bagage, la tête vidangée. Il doit nous permettre de rencontrer des hommes qu’on comprendra d’un simple regard.

Un rêve ouzbek

Dans le très beau film d’Arnaud Frilley, Mon rêve ouzbek, Depardieu marche sur le sable blanc de la mer d’Oural asséchée par « un abruti de politique, Khrouchtchev ». Il est au milieu d’immenses épaves de bateaux, rouillées. Il parle. Sa voix grave nous touche. Il suit sa nature de nomade. Les paysages sont grandioses. Le vent souffle comme au premier matin du monde. Plus loin, dans le film, Depardieu se met à prier, lèvres salées, cheveux en désordre, bras tendus vers le ciel. Il dit, de cette façon de dire si particulière : « Désert, il faut tout le silence des mots pour dire ton nom. » À cet instant, l’homme semble en paix avec lui-même.

Depardieu, Ailleurs, Le Cherche-Midi.

Ailleurs

Prix: 12,99 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,51 €

Arnaud Frilley, Mon rêve ouzbek, B-Tween production. Diffusé sur Paris Première.

La légèreté criminelle du progressisme

0

Face à la barbarie islamiste, les alertes ayant été nombreuses, le ras-le-bol de la politique de la bougie et le désir de mesures fortes pour sauver la France vont grandissant. En leur absence, une décennie noire pourrait débuter.


Allez, c’est reparti pour un tour : « sidération », bougies, proclamations, « bouleversantes » chansonnettes, « tous unis contre la barbarie », manif à Répu, union-sacrée, vous-n’aurez-pas-ma-haine, fleurs, l’imam Chalghoumi, « mesures fortes », peluches, « radicalisation », les-valeurs-de-la-République, l’immense-majorité-des-musulmans, la « résistance » sur Twitter et Facebook, la-guerre-contre-le-terrorisme. C’est reparti et, comme d’habitude, dans quelques jours, on n’en parlera plus. Jusqu’à la prochaine « sidération », les prochaines bougies, etc. Il faut croire que les Français ont pris le pli ; depuis Merah, deux-cent-soixante-sept kouffars sont morts sous les coups de l’islamisme. Mais les pouvoirs publics en sont encore à se demander s’il serait bien convenable d’expulser des étrangers en situation irrégulière qui prônent le djihad…

Le rapport Obin date de… 2004

Cette fois, c’était un professeur d’histoire-géographie. L’autre jour, un Tchétchène de dix-huit ans l’a saigné en pleine rue, et a ensuite exhibé sa tête sur les réseaux sociaux. Il s’appelait Samuel Paty, il avait quarante-sept ans, un enfant de cinq ans. Le 5 octobre, il avait soumis deux de ses classes à la liberté d’expression. Nous connaissons la suite, du moins dans les grandes lignes. On sait déjà que l’institution était « gênée » ; on sait que des « gamins » ont aidé l’assassin à le trouver. Cet engrenage « sidère », paraît-il. Moi, il ne m’étonne en rien. 

A lire aussi, Barbara Lefebvre: Creil 1989-2019: du déni à la soumission

Les Territoires perdus de la République ont presque vingt ans. Le rapport Obin date de 2004, année de la loi contre le voile à l’école qui devait – dans l’esprit du législateur – clore l’affaire ouverte à Creil en 1989. Nombreux furent, dès le début des années 2000, les « réactionnaires » qui annoncèrent ce qui allait se produire. Dantec, Camus, Finkielkraut l’annonçaient. Il y eut Robert Redeker. Mais non, affirmait le camp du Bien, il n’y avait « aucun problème » avec l’islam. C’était même, ajoutaient les intellectuels organiques, en « stigmatisant » les musulmans que l’on risquait de rater le superbe train du multiculturalisme. Les historiens Olivier Pétré-Grenouilleau et Sylvain Gouguenheim devaient se taire ; Christiane Taubira expliquait qu’il ne fallait pas parler des traites interafricaines afin de donner une image positive de l’Afrique à ceux qui arrivaient ici par peuples entiers du fait de lois scélérates. Certes, pour savoir ce qui se passait quand on ne vivait pas avec la « diversité », il fallait être curieux, ne pas se payer de mots et de bons sentiments, ne pas être de ces « citoyens du monde » pour qui la France n’est qu’une réalité géographique et fiscale. Les alertes n’ont pas manqué. 

Ce sont les responsables du désastre qui prétendent le conjurer

Aujourd’hui même la gauche officielle défile. Les principaux responsables du désastre prétendent le conjurer. Ces gens n’ont honte de rien. C’est à se taper la tête contre les murs, non ? Et vous croyez vraiment que ces gus peuvent nous protéger des barbus ? Une fois « l’émotion » passée, ils vous vendront encore plus de « vivrensemble » – ils ont déjà commencé. Certes, les conséquences, ça, je crois qu’ils ont enfin un peu capté. Mais les causes…

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

J’avais une amie psychologue qui travaillait dans un centre pour réfugiés. Bien sûr, elle était de gauche. Elle s’occupait de « mineurs isolés » venus, pour l’essentiel, du Pakistan. Un jour, impavide, elle me racontait qu’elle devait « expliquer » aux jeunes hommes que non, ce n’était « pas bien » de vouloir brûler une « sœur » parce qu’elle flirtait avec un « mécréant ». On fait quoi avec ça ? Des sorties poney ? L’ironie suprême de la chose, c’est que mon amie était Yougoslave, qu’elle avait vécu les deux guerres, et qu’elle les attribuait fort justement en premier lieu à la volonté de ne pas du tout « vivrensemble » des Bosniens et des Kosovars. L’expérience lui prouvait donc que l’islam ne manifestait pas une « altérité » folle. Elle pensait d’ailleurs que la France risquait le même sort, mais elle restait de gauche : ses « valeurs » lui importaient bien plus que le destin de son pays – d’adoption, en l’occurrence. Partout, depuis l’hégire, les non-musulmans sont, en terre d’islam, au mieux, des citoyens de seconde zone. Le Coran le dit : la communauté des croyants est supérieure aux autres. D’obscurs imams formés dans un kebab, des politiciens sots ou calculateurs, des journalistes jamais revenus de leurs vacances dans un riad de Marrakech peuvent le nier, la lettre est têtue – et pour un musulman conséquent, la lettre est tout.  

Désarmés, au propre comme au figuré

Le progressisme refuse catégoriquement de considérer les cultures pour ce qu’elles sont ; plein d’orgueil, il croit que tous les hommes ont envie de le rejoindre. Il a fait et continue de faire preuve vis-à-vis de l’islamisme qu’une légèreté criminelle. Du reste, si les flots d’immigrés – pour la plupart musulmans – qui pénètrent chaque année en Europe étaient faibles, peut-être pourrions-nous les assimiler. Mais c’est par centaines de milliers que, chaque année, nous accueillons des individus qui, majoritairement, ignorent tout voire méprisent notre histoire, notre culture, nos coutumes et nos mœurs. Qu’est-ce qu’une femme en mini-jupe pour un paysan soudanais ? Qu’est-ce que la laïcité pour un clandestin afghan ? Qu’est-ce que la liberté d’expression pour un réfugié tchétchène ? 

A relire, Driss Ghali: Le progressisme n’en a plus pour longtemps…

Le pouvoir macroniste pourra prendre les « mesures » les plus « fermes » – et je ne crois pas un seul instant qu’il le fera –, il devra du reste affronter un autre pouvoir qui, depuis trop longtemps, s’occupe de ce qui ne le regarde pas : la justice. C’est la magistrature française qui, par l’intermédiaire du GISTI, a défendu victorieusement le regroupement familial ; c’est le Conseil d’État qui a consacré le délirant « droit de mener une vie familiale normale ». Dominée intellectuellement par le trotskyste Syndicat de la magistrature, cette dernière s’émeut à chaque fois qu’un ministre évoque la possibilité de réviser le droit des étrangers. Par ailleurs, le droit communautaire va encore plus loin ; le juge européen consolide régulièrement le droit, pour quiconque, de venir s’installer dans l’UE. Plus généralement, c’est toute la machinerie européiste qui promeut l’immigration comme une nécessité et un devoir. En 2017, le commissaire Dimitris Avramopoulos, tout sauf un anar, déclarait : « Nous ne pouvons pas et ne pourrons jamais arrêter l’immigration. Nous devons tous être prêts à accepter l’immigration, la mobilité et la diversité comme nouvelle norme et à adapter nos politiques en conséquence. C’est un impératif moral, mais aussi économique et social pour notre continent vieillissant. » Au fond, rien de nouveau sous le soleil : le gauchisme a toujours été l’idiot utile du capital.  

Il conviendrait encore, bien sûr, de parler du « monde de la culture », de l’Université, des médias, des associations, de la loi Avia, de BLM, etc. Mais je dois faire court. Court comme le temps qu’il nous reste avant que la France ne sombre dans la guerre civile. À présent, chacun d’entre nous doit, comme le dirait le préfet Lallement, choisir son camp. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Un jour, ce sera peut-être votre mère, votre fils, vous-même ; cela aura lieu dans la rue, le métro, au bureau, au restaurant… C’est parti, et ça va durer. Désarmés, au propre comme au figuré, nous pourrions être rentrés dans une décennie noire.

L'incident

Prix: 18,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 18,00 €

1789, une histoire de zombies

0

La dernière série sur Netflix, La Révolution, est d’abord à prendre comme un pur divertissement qui récrit l’histoire avec les codes du mauvais genre. Et c’est plutôt plaisant.


La dernière série française sur Netflix, La Révolution, ne lésine pas sur les moyens. Pour reconstituer le décor largement fantasmé dans le genre gothique de la France des années 1780 dans le comté imaginaire de Montargis, tout est soigné jusqu’au moins détail. La forteresse impressionnante, la forêt de toits misérables, les costumes et en permanence, un clair-obscur à la fois crasseux et léché qui doit plus à l’esthétique du film d’épouvante qu’à Rembrandt.

Pur divertissement

Il ne faut demander, à la série La Révolution d’Aurélien Molas, qui aura par ailleurs d’autres saisons, que ce qu’elle peut donner. Un pur divertissement qui ne prétend en rien à une quelconque ambition historique. L’utiliser comme support pédagogique, par exemple, demanderait beaucoup d’habileté aux enseignants. D’abord parce qu’il faudra tout de même passer vite sur les scènes de sexe et de violence qui sont traitées dans la grande tradition du genre, c’est-à-dire sans concessions. Ensuite parce qu’il faut admettre le point de départ de La Révolution.

Une hybridation plaisante de tous les « mauvais genres », fantastique, gore, zombie et compagnie…

Elle se déroule dans une réalité parallèle, dans une histoire alternative, un peu comme la seconde guerre mondiale dans le Maître du Haut Château de Dick (visible sur Amazon Prime). On appelle ça une uchronie. La Révolution française aura bien lieu, mais pas pour les raisons que l’on croit habituellement et se déroulera différemment, comme l’explique la voix-off de la jeune fille au commencement, même si on vous a raconté une toute autre histoire dans les manuels. Ce qu’on veut bien croire puisque la jeune fille en question, dans une scène inaugurale digne d’un western italien, arrive tranquillement à cheval devant Versailles en ruines et abat en duel au pistolet, dans un décor de neige, un aristocrate à perruque avant de le décapiter. On comprendra plus tard la nécessité de ce petit plus sadique…

Jouons avec les mauvais genres

Le point de divergence uchronique, comme on dit,  se situe vers 1787, quand une épidémie d’un genre nouveau, qui passe par le sang, transforme une partie de l’aristocratie en zombies, ou en vampires, ou en un mélange des deux, comme il vous plaira. 

Les deux ou trois premiers épisodes qui sont principalement des épisodes d’exposition jouent peut-être un peu trop avec les mystères d’une intrigue polyphonique et un risque d’égarement mais ils ont au moins le mérite de préciser le cadre et l’atmosphère tout de même assez inédits et de nous présenter les personnages joués par de bons acteurs, la plupart encore peu connus. Un seigneur sans pitié qui se nourrit de donzelles égarées (souvenir inconscient de Gilles de Rais et de la Bête du Gévaudan ?), une gamine qui fait des cauchemars terrifiants où elle voit le seigneur sans pitié, ce qui est ennuyeux car il est de la famille, un jeune médecin de la prison du comté de Montargis, un certain Joseph Guillotin qui découvre peu à peu la nature de la maladie et de l’épidémie qui menacent ;  une aristocrate, tante de la jeune fille aux cauchemars, qui prend peu à peu le parti de la Fraternité, un groupe de paysans rebelles. Rajoutez un esclave noir accusé à tort des meurtres des fillettes, du vaudou, de l’anthropophagie et vous aurez un joyeux foutoir, une hybridation plaisante de tous les « mauvais genres », fantastique, gore, zombie et compagnie.

Et quand on en arrive à l’épisode 4 et que l’action décolle vraiment, à moins de vouloir prendre au sérieux le très vague et très caricatural « message révolutionnaire », on prend un vrai plaisir de spectateur à ce combat des lumières contre les ténèbres qui a fini par déclencher La Révolution.

Pour le reste, il est amusant de voir que les Lumières, ce qui nous a enchanté, sont incarnées par le jeune Joseph Guillotin (qui sera, par humanité afin d’éviter les souffrances des condamnés, un des inventeurs de la guillotine) et un prêtre qui exerce systématiquement un droit d’asile dans son église, à croire qu’il a lu la dernière encyclique papale.

La Révolution, sur Netflix, huit épisodes de cinquante minutes. Création : Aurélien Molas.

Dissolution du collectif « Cheikh Yassine », il n’y a pas de hasard

0

Une tribune de Philippe Karsenty et Yves Mamou


Le collectif pro-palestinien « Cheikh Yassine », du nom du fondateur du Hamas, semble directement impliqué dans la décapitation de Samuel Paty, enseignant français dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine. Le fait que la cellule islamiste porte le nom d’un cheikh de Gaza ne doit rien au hasard. La cause palestinienne a été le cheval de Troie de l’islamisme en France à travers la victimisation forcenée des Palestiniens.

En 2000, au moment où éclate la seconde Intifada en Israël, en France, certains musulmans passent à l’attaque contre des rabbins, des écoles juives, des synagogues ou de simples juifs scolarisés dans des écoles publiques.

Le monde politique et les médias tairont cette première forme de guerre civile, ou la traiteront comme un conflit « ethnique » entre juifs et arabes sans voir que s’amorce à cet instant, le début de la guerre que l’islam radical mène aujourd’hui contre la France.

La politique d’omission des violences commises par des musulmans prendra diverses formes. Jusqu’à aujourd’hui, les médias taisent le nom des violeurs, des assassins, des auteurs des violences – parfois pudiquement appelées « incivilités » – quand ils portent des noms ou des prénoms qui pourraient faire penser qu’ils sont musulmans.

Mais au-delà de cette connivence, les médias français, et plus particulièrement le journaliste français Charles Enderlin et France 2 portent une lourde responsabilité dans la propagation de cette haine anti-juive : ils ont diffusé la première grande fake news de notre ère – la diffusion de la mise en scène de la « mort » Mohamed al Dura – alimentant la haine contre les juifs en France et dans le monde entier.

Pour mémoire, le 30 septembre 2000, France 2 a diffusé au 20 heures un reportage tourné à Gaza semblant montrer la mort d’un enfant palestinien « le petit Mohamed » dans les bras de son père. En fait, ces images diffusées par France 2 et commentées par Charles Enderlin s’avèreront être une pure et simple mise en scène. Ces images auront un retentissement planétaire, d’autant plus que France 2 les mettra gratuitement à la disposition de toutes chaînes de télévision de la planète. Le « petit Mohamed » assassiné par les Israéliens va devenir une icône du monde musulman.

Le message que les Palestiniens tentaient de faire passer au monde depuis longtemps – avec la complicité de certains médias occidentaux – était enfin parfaitement illustré : les juifs sont les nouveaux Nazis, les Palestiniens sont leurs victimes.

Ainsi, en février 2002 au Pakistan, Daniel Pearl a été égorgé avec en arrière-plan les images de la fameuse scène de France 2 devenue iconique. En France, la journaliste Catherine Nay résumera le sentiment général sur Europe 1 : « La mort du petit Mohamed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le ghetto de Varsovie ». Plus tard, en 2012, Mohamed Merah assassinera des enfants juifs et leur professeur devant une école juive à Toulouse – mais aussi déjà des militaires français  – pour venger la mort des enfants palestiniens tués à Gaza.

En incitant à la haine contre Israël – dans le but de fabriquer un buzz facile ou pour satisfaire des objectifs géopolitiques incertains – la plupart des politiques et des médias français ont alimenté la bête qui est en train de dévorer la France petit à petit : au début, on attaquait les juifs, puis les militaires et la police, des dessinateurs puis les cafés et les salles de concert, ensuite des Français en train de célébrer le 14 juillet pour arriver en 2020 à un professeur décapité en pleine rue.

La diabolisation d’Israël et le palestinisme ont des responsables. Mais rien ne sert de rouvrir de vieilles plaies.

Il est plus important de montrer que l’idéologie axée sur la défense sans recul du « peuple palestinien » a fini par lasser les autres peuples arabes puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à se tourner ostensiblement vers Israël (cf. Bahreïn et les Emirats Arabes Unis).

Il serait étrange que la France et l’Europe demeurent les derniers supports de la « cause » palestinienne alors que le monde arabe lui tourne le dos. Mais « l’antisionisme » des minorités musulmanes en Europe a besoin d’être ménagé.

Yves Mamou, ancien journaliste au Monde est l’auteur de « Le Grand Abandon, les élites françaises et l’islamisme » (L’Artilleur).

Philippe Karsenty est ancien élu de Neuilly, éditeur et homme d’affaires.

Le grand abandon: Les élites françaises et l'islamisme

Prix: 25,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,78 €

Macron va-t-il effacer la France de la scène internationale?

0

Alors que l’ONU fête ses 75 ans, la diplomatie française œuvre pour les intérêts… allemands


« La ligne que je veux avoir pour la France, c’est une ligne que je qualifierai de gaullo-mitterrandienne », avait affirmé Emmanuel Macron dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2017[tooltips content= »Propos tenu lors du débat télévisé face à Marine Le Pen du 3 mai 2017″](1)[/tooltips]. Or c’est tout l’inverse qu’il pratique.

Ouverte le mois dernier et prévue pour durer jusqu’en décembre, l’Assemblée générale des Nations Unies est la 75e du nom. Il y a en effet 75 ans qu’a été créée l’ONU, l’Organisation des Nations unies. En 1945, grâce à l’obstination du général de Gaulle, la France y avait obtenu son siège de membre permanent du Conseil de sécurité, doté d’un droit de veto.

Treize ans plus tard, confiant à Maurice Couve de Murville les clefs du quai d’Orsay qu’il allait conserver une décennie durant, le général de Gaulle lui avait donné cette unique consigne :« En matière de politique étrangère, ne jamais s’en remettre à personne d’autre qu’à soi-même. »

Lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), si François Mitterrand engagea la France contre l’Irak aux côtés de la coalition internationale menée par les États-Unis – position des plus contestables –, c’est parce qu’il considérait que dans le contexte international nouveau-né de la chute du Mur de Berlin, l’ONU, alors affaiblie, allait retrouver toute sa vigueur. Et que, par conséquent, la France ne devait en aucune façon voir contesté son siège de membre permanent[tooltips content= »Position explicitée par l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine in Les Mondes de François Mitterrand (Fayard, 1996). »](2)[/tooltips].

Du fondateur de la Ve République jusqu’à François Hollande, même en dépit de choix diplomatiques et stratégiques souvent contestables, voire nocifs et parfois criminels, les présidents successifs auront eu au moins le mérite de faire en sorte que les prises de position de la France en matière internationale ne procèdent que de sa seule décision. Tragiquement, c’est une voie totalement inverse qu’a choisie, délibérément, Emmanuel Macron, tout « gaullo-mitterrandien » qu’il se réclamât.

Emmanuel Macron n’a de cesse, depuis son accession à la présidence de la République, de mettre en pièces notre autonomie de décision en matière diplomatique et stratégique. Et, ce faisant, il trahit non seulement l’esprit mais le texte de la Constitution de la Ve République qui fait du chef de l’État, par son article 5, « le garant de l’indépendance nationale ».

Par le traité d’Aix-la Chapelle, il n’a pas complété le traité de l’Élysée, il l’a bafoué. Alors que le général de Gaulle et Konrad Adenauer étaient convenus que « sur toutes les questions importantes de politique étrangère, et en premier lieu sur les questions d’intérêt commun », la France et l’Allemagne mèneraient des consultations – rien de plus – « en vue de parvenir, autant que possible, à une position analogue », ce qui n’engageait à rien de plus qu’à de la courtoisie, Emmanuel Macron a paraphé un texte léonin dans lequel il est écrit (article 8, alinéa 2) : « Les deux États s’engagent à poursuivre leurs efforts pour mener à terme des négociations intergouvernementales concernant la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’admission de la République fédérale d’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande. » Une priorité !

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le ministre allemand des Finances Olaf Scholz ait réclamé que la France abandonne son siège de membre permanent du Conseil de sécurité au profit de l’Union européenne – donc, de facto, de l’Allemagne. Précisons qu’Olaf Scholz n’est autre que le candidat social-démocrate à la succession d’Angela Merkel au poste de chancelier dans la perspective des élections au Bundestag de septembre 2021.

De même, à force de parler de « souveraineté européenne », cet oxymore qu’il répète comme un mantra comme s’il lui fallait exorciser tous ceux qui sont simplement des patriotes, Emmanuel Macron multiplie les coups de boutoir à l’égard de la seule souveraineté qui vaille, la souveraineté nationale, la seule, là encore, reconnue par la Constitution de la Ve République.

Rappelons également à Emmanuel Macron que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, auquel le préambule de la Constitution de la Ve fait référence, stipule ceci en son article 3 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » 

Le jour même de son investiture, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron avait eu ces phrases passées inaperçues dans son premier discours au peuple français en tant que président de la République : « Nous avons besoin d’une Europe plus efficace, plus démocratique, plus politique, car elle est l’instrument de notre puissance et de notre souveraineté. J’y œuvrerai. »

C’est, hélas, la seule promesse contraire à l’esprit comme au texte de la Constitution qu’il ait tenue, conduisant jusqu’au précipice, le cœur joyeux et l’esprit assuré de celui qui marche dans le sens du progrès, notre existence de Nation libre et souveraine.

Jérôme Rivière est président de la délégation française du groupe ID, député européen et coordinateur de la commission Sécurité-Défense.

Tout compromis est une compromission: réflexions sur la laïcité

Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, devrait être remplacé, selon des informations du Point. Et on laisse en place Jean-Louis Bianco, président de cette institution qui est de fait la cinquième colonne de l’islamisation de la France ?

J’ai débattu dans le passé avec Bianco, qui voulait bien passer avec les fanatiques des accommodements — c’était à propos de l’autorisation donnée aux étudiantes de venir voilées à l’université. J’en suis arrivé à réclamer (c’était il y a plus de quatre ans déjà — on en est toujours au même point, avec les mêmes verrous à faire sauter) la démission de ce béni-oui-oui de la laïcité à géométrie variable.

Le socialiste Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcitén image d'archive  © REVELLI-BEAUMONT/SIPA Numéro de reportage: 00617074_000015
Le socialiste Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité image d’archive © REVELLI-BEAUMONT/SIPA Numéro de reportage: 00617074_000015

Or, il en est de la laïcité comme du « Je t’aime ». Toute variation est mortelle. Une flexion temporelle, « je t’aimais », ou l’adjonction d’un adverbe, « je t’aime bien » —, et l’histoire de Roméo et Juliette s’effondre. Toute entorse à la laïcité, tout compromis sur les principes, et c’est la porte ouverte à toutes les compromissions. 

Laïcité est un mot intraduisible. L’équivalent qu’en proposent les dictionnaires français-anglais, « secularism », est une approximation. Les lexicographes ont bien compris que le mot implique le refus du religieux et le recours au temporel contre le spirituel, mais ils peinent à rendre compte des implications strictement françaises du terme. En fait, « laïcité » fait partie, avec « béarnaise », « maître d’hôtel » et « blasé », de ces mots que les Anglais conservent tels quels — tout comme nous conservons « snob » ou « dandy ». Il est des caractères spécifiques, irréductibles au passage d’une langue à une autre, parce qu’ils témoignent d’une culture particulière. Et la laïcité est de ceux-là.

Le mot d’ailleurs n’apparaît en français qu’à l’aube de la IIIème République, à laquelle il est indéfectiblement associé. Son apparition (en 1871, dit Littré) précède à peine l’enseignement public des années 1880 et les lois laïques de 1905. L’un nourrit l’autre.

Un Français ne supporterait pas qu’un Président de la République nouvellement élu prête serment sur la Bible. Il est incrédule (c’est le cas de le dire) quand il apprend que règnent, dans certains pays, des partis religieux. Ça lui est même si incompréhensible que cela peut le mener à des faux-pas (un autre terme que les Anglais nous ont emprunté tel quel) fort dommageables en diplomatie. Nous ne comprenons rien à l’Iran des mollahs, rien à l’Arabie saoudite wahhabite, rien à Israël, ni à une foule d’autres États — les États-Unis par exemple, dont des zones entières sont définies par cette « Bible Belt » qui conditionne largement le vote de ses concitoyens. Qu’il y ait en Utah un crime de sodomy nous fascine, tant cela nous paraît exotique.

Nous payons, via l’impôt, l’entretien des lieux de culte depuis 1905, mais nous ne supporterions pas que figure sur nos relevés fiscaux l’indication d’une foi qui nous amènerait à verser un pourcentage directement dans les caisses de telle ou telle congrégation — y compris, comme en Allemagne, dans celles d’une secte comme la Scientologie. Et nous n’autoriserions pas les religieux à ne pas payer d’impôts, comme en Grèce. 

A lire ensuite: À la mémoire de Samuel Paty, professeur

C’est cela, être laïque : notre tolérance consiste à ne pas tolérer, parce que nous ne pouvons pas imaginer (et nous n’avons pas les mots pour cela, ce qui ne se conçoit pas bien ne s’énonce pas clairement) un État qui passerait des compromissions avec les Églises. En 2014, les contorsions de l’Observatoire de la laïcité sur le régime du Concordat en Alsace ont amené des protestations nombreuses : la tolérance dont font preuve en la matière Jean-Louis Bianco et ses acolytes ne nous paraît pas française. C’est, à la rigueur, celle de John Locke dans son Traité sur la tolérance — mais justement, 1689 n’est pas 1905, et toleration — le terme par lequel on a traduit immédiatement en anglais le tolerantia du philosophe — n’est pas la tolérance de Voltaire un demi-siècle plus tard, quelque anglophile qu’ait été le philosophe de Ferney.

Alors, que penser de la « laïcité ouverte », ou « aménagée », proposée jadis par la Droite, ou de la laïcité « aménagée » que cherche à imposer une Gauche communautariste ? Que penser de la présence de la France Insoumise ou de l’UNEF à une manifestation conspuant leurs amis d’il y a quelques mois ?

« Compromissions » : les mots qui viennent à l’esprit sont déjà péjoratifs. La « laïcité à la française » (on aura compris que c’est un pléonasme, tant la laïcité est essentiellement française) ne peut formuler, entre l’État (et le citoyen engagé dans la Cité) et les églises (et l’individu dans son particulier) d’autre règle qu’une ignorance réciproque (tout comme, quand on y pense, la sodomie condamnée aux États-Unis). La laïcité suppose une division bien nette entre ce que l’on doit à César et ce que l’on croit devoir à Dieu. Après tout, c’était le sens du message évangélique avant que l’Église ne s’aperçoive qu’il y a du pouvoir à glaner dans le champ de la foi. Il nous a fallu un peu plus d’un siècle, entre la Révolution française et la loi de séparation de l’Église et de l’État, pour retrouver le sens complet de cette injonction : l’État ne se mêle pas de la foi, et ne tolère pas que la foi empiète sur ses prérogatives. On en revient à la déclaration du comte de Clermont-Tonnerre à l’adresse des Juifs en 1789 : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ». 

Parce que de nation, il ne saurait y en avoir qu’une, et la nôtre est laïque. Mettez ce que vous voulez à la place de « Juifs » dans cette phrase célèbre et fondatrice — « Musulmans », « Catholiques », « Bouddhistes », que sais-je. Le principe est le même : la division bien nette entre la Foi et l’État.

Dès que l’on bâtit des ponts entre les deux, on entre en hérésie républicaine. La foi vampirise en ce moment la République. Elle la cannibalise. Dix millions de croyants (au mieux) prennent soixante millions d’agnostiques en otages — et les assassinent de temps à autre.

A lire aussi, Céline Pina: Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco 

Que 70% des jeunes musulmans pensent que la foi est supérieure à la loi témoigne de l’échec des politiques éducatives, vidées de leur contenu depuis trente ans par des pédagogues aventureux et parfois complices. Le discours de la tolérance moderne est en fait un discours d’exclusion : tolère-moi ou je te tue. 

Alors, oui, redéfinissons les missions de l’Observatoire de la laïcité, et pour cela, débarrassons cet organisme de tous les croupions qui l’encombrent. Que le gouvernement, qui a peut-être enfin compris comment regagner le terrain perdu devant les gilets jaunes, la gestion catastrophique du coronavirus, la montée de la pauvreté et la faillite organisée des plus humbles, individus ou entreprises, se saisisse de cette croisade (le mot choquera les anti-colonialistes professionnels, mais qui s’en préoccupe ?) et redonne d’un côté aux enseignants des programmes clairs, un soutien sans faille de la hiérarchie contre les menées de quelques parents d’élèves téléguidés, un grand lessivage des suspects, et une tolérance zéro vis-à-vis de ceux qui croient grignoter pas à pas la République sous prétexte de respect de la démocratie — dont ils se fichent pas mal, à l’arrivée. La liberté de parole accordée imprudemment aux élèves par la loi Jospin en 1989 doit s’effacer devant la nécessité de se taire et d’écouter. Peut-être alors comprendront-ils que la laïcité autorise les garçons à être assis près des filles sans avoir peur d’être souillés, et qu’elle implique une connaissance des faits historiques, scientifiques, culturels sur lesquels est bâtie notre civilisation — la nôtre à l’exclusion de toute autre.

Fillettes que l’on voile: un angle mort de la politique contre le séparatisme?


Un marqueur de radicalité qui devrait aussi alerter le gouvernement qui dit s’affairer contre l’islamisme. À Toulouse, un magasin de vêtements vend des voiles et des tenues couvrant tout le corps des jeunes filles. Dans la lutte contre le séparatisme, endiguer la démocratisation des vêtements islamistes est aussi un enjeu.


Depuis l’assassinat de Samuel Paty, le chef du gouvernement, Jean Castex, a affirmé mardi devant les députés, vouloir viser « toutes les associations dont la complicité avec l’islamisme radical peut être établie ». Des associations comme Baraka City, Cheikh Yassine, BarakaCity et le CCIF sont menacées de dissolution.

Des tenues qui recouvrent tout le corps pour des filles de 3-4 ans…

Mais l’hydre islamiste a de nombreuses têtes. À Toulouse, alors qu’une élève de 16 ans a été mise en examen après avoir menacé une enseignante à la suite d’un débat sur le port du voile, un magasin de prêt à porter islamique, Mimoza Hijab, propose des choix de tenues pour le moins « séparatistes ». Sur le site du magasin, qui se vante de pouvoir livrer partout dans le monde, on découvre même une catégorie enfants avec des hijabs pour petites filles. Pire, le « Jilbab », un vêtement composé d’une longue robe prolongée par une sorte de capuche, qui couvre la tête et l’ensemble du corps à l’exception des pieds, des mains et du visage, est proposé pour des filles de seulement 3/4 ans. Pour les petits garçons on découvre que des tenues islamiques comme le Qamis ou le Kaftan sont disponibles dès l’âge d’un an.

Visiblement, Mimoza Hijab tient à vite mettre les enfants dans le bon chemin, « dans les pas de Papa et Maman ! », pour reprendre les mots du site du magasin. Des bandes dessinées pour des enfants âgés de 3 à 5 ans sont disponibles, et sans surprise on ne retrouve pas les aventures de Tom-Tom et Nana ou de Martine, mais plutôt des BD  moralisatrices où filles et garçons semblent systématiquement séparés. Jugez plutôt : « Le halal et le haram expliqués aux enfants », « Les bonnes manières » un livre pour « apprendre les bonnes manières liées à l’islam, comment nous devons être dans notre quotidien, avec nos proches, dans la rue, etc… », ou encore « J’apprends à dire Bismillah ».

Plus choquant que les rayons communautaires des supermarchés

Qu’un magasin comme Mimoza Hijab puisse être tranquillement installé au cœur d’une des plus grandes villes de France, montre bien l’impunité avec laquelle les pratiques de l’islam salafiste s’implantent dans le pays. Notre ministre de l’Intérieur s’est dit « choqué » par les rayons de cuisine communautaires dans les supermarchés, mardi dernier sur le plateau de BFMTV, dénonçant la responsabilité du « capitalisme français, mondial » dans le développement du « communautarisme ». Difficile de ne pas aussi repenser à Décathlon et ses hijabs de running, ou à Nike qui commercialise des burkinis.

À lire aussi, Ingrid Riocreux : Après l’effroi, la France craint que Samuel Paty soit mort pour rien

On attend désormais l’indignation de Gérald Darmanin, et des actions du gouvernement, devant la multiplication des points de vente de tenues qui marquent l’appartenance à un islam rigoriste.

Une action vigoureuse contre certaines lectures pour enfants ou tenues problématiques que certains entendent leur imposer serait certainement bien vue par les Français, qui en ont assez des manifestations de l’islamisme, dont la boutique de Toulouse n’est qu’une des illustrations. Dans un sondage de l’IFOP sur « Le regard des Français sur la menace terroriste et l’islamisme », paru hier, 76% des sondés adhéraient à la dissolution du CCIF, et 78% soutenaient le droit des professeurs à montrer à leurs élèves des dessins se moquant des religions. Mais 63% d’entre eux doutent encore d’Emmanuel Macron, Jean Castex et Gérald Darmanin pour contrer l’islamisme.

Les territoires conquis de l'islamisme

Prix: 30,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,51 €

Islamophobie: Intoxication idéologique

Prix: 19,90 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 12,98 €

Que devient Nigel Farage?


Architecte majeur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, ce leader désormais sans mandat parlementaire s’est trouvé une nouvelle cause : la chasse aux migrants clandestins arrivant sur la côte anglaise. Reconverti en youtubeur à succès, il a de nouveau le Continent dans son collimateur.


Que devient Nigel Farage, le bouillonnant défenseur de la souveraineté britannique, l’ancienne bête noire de l’Union européenne ? Pour le leader du Parti du Brexit, ex-UKIP, le point culminant de sa carrière a été sa victoire retentissante aux élections européennes de mai 2019. Elle a ouvert les portes du 10 Downing Street à Boris Johnson et mis effectivement fin aux tergiversations et querelles qui bloquaient Westminster depuis 2016, rendant inévitable la sortie de son pays de l’UE. Maintenant que cet objectif suprême a été atteint et qu’il ne dispose plus de tribune à Strasbourg ou à Bruxelles pour ses vibrantes homélies contre la tyrannie eurocratique, que peut donc faire ce chef d’un parti sans député ? Réponse : une nouvelle campagne contre l’immigration. Précisément contre l’arrivée sur la côte sud de l’Angleterre d’immigrés clandestins venus de France dans des embarcations de fortune. Lui qui s’est toujours battu pour que le Royaume-Uni reconquière la maîtrise de ses frontières, trouve un nouveau souffle dans ce rôle de patrouilleur des côtes.

Pendant le confinement, Farage montre où les clandestins accostent

C’est pendant le confinement qu’il a commencé à arpenter les blanches falaises de Douvres ou les plages du comté de Kent où il vit, jumelles à la main, suivi d’un caméraman qui enregistre ses faits, gestes et surtout commentaires. Debout en habit de gentleman-farmer, il montre les points stratégiques où les clandestins accostent, interroge des témoins locaux ou désigne du bras tendu quelque canot qui arrive, chargé d’êtres humains. Il a été interrogé plus d’une fois par la police, pour avoir enfreint les restrictions de déplacement imposées par la crise sanitaire. Il s’est autoproclamé travailleur essentiel. Contraint de démissionner de la radio londonienne, LBC, après avoir comparé le déboulonnage de statues par les #BLM aux méthodes des talibans, il s’est reconverti en vedette de YouTube où ses vidéos font un tabac.

À lire aussi, Pierre Ménat : Dans un monde inquiétant, l’Europe en proie au doute

Les chiffres officiels ne lui donnent pas tort. De janvier à septembre, au moins 5 385 migrants ont accosté dans des bateaux de petite taille ou ont été sauvés en pleine mer par les autorités britanniques et ramenés à terre. C’est cinq fois plus que pendant la même période en 2019. Plus de 1 562 sont arrivés au seul mois d’août. Si la plupart sont d’origine iranienne, les arrivants – parmi lesquels on a du mal à distinguer les réfugiés de guerre des migrants économiques – viennent d’un peu partout en Afrique, au Proche-Orient et en Asie.

Farage attaque le gouvernement 

La première cible des critiques de Farage est le gouvernement de Boris Johnson, accusé d’un laxisme incompréhensible depuis que le pays a quitté l’UE. Goguenard, il exploite le fait que les autorités britanniques auraient fourni aux migrants des taxis pour les ramener au centre-ville de Douvres, des séjours dans des hôtels quatre étoiles et même une visite guidée du stade de football de Liverpool. Il n’est pas plus tendre pour la France, accusée – à tort ou à raison – de faiblesse face aux réseaux de passeurs opérant sur son territoire et dont la marine guiderait des bateaux jusque dans les eaux territoriales britanniques avant de les y abandonner. Il n’empêche que les services français ont secouru de nombreux migrants dont les bateaux ont coulé dans la Manche. À l’heure où les négociations de l’accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni prennent une tournure critique, la question migratoire accentue la pression sur les relations franco-britanniques. Gérald Darmanin a rencontré son homologue, Priti Patel, en juillet, afin de créer une cellule de renseignement commune chargée de lutter contre les trafiquants humains. Cependant, de plus en plus de voix s’élèvent en France, dont celle de la maire de Calais, pour appeler à une révision des accords du Touquet qui régissent les contrôles frontaliers entre les deux pays.

Pendant ce temps, Farage jubile d’avoir retrouvé son rôle de trouble-fête international. Les autorités douanières britanniques ont donné à une aire réservée aux camions, située près de Douvres, le surnom humoristique « the Farage Garage ». Ce qui est sûr, c’est que Farage ne reste jamais longtemps au garage.

Sous les rodomontades, le renoncement à la République?

0

La République est un colosse aux pieds d’argile. Elle est condamnée au courage, sinon, elle s’effondre


Comment ne pas être bouleversé par la décapitation de ce professeur d’histoire géo qui n’a jamais fait que son travail d’instruction civique, avec bienveillance ?

Il aura voulu expliquer la liberté d’expression à ses élèves et il l’aura payé de sa vie. Comment mieux expliquer la liberté d’expression à nos jeunes qu’en leur présentant ce qui symbolise le mieux les menaces qui pèsent sur son exercice : les caricatures de Mahomet ? L’enseignant avait vu juste, et les reproches qui lui ont été faits par quelques parents d’élèves comme les appels à la mesure en provenance de sa hiérarchie en témoignent. La presse évoque même que, selon une note des RT, l’inspecteur d’académie s’apprêtait à rappeler ce professeur à son « devoir de neutralité ». Ce point est discuté mais nous savons que l’éducation nationale n’a pas toujours été d’un grand réconfort pour les enseignants en difficulté sur le terrain de la laïcité.

Samuel Paty était plus qu’un enseignant, puisqu’il portait sur ses épaules cette liberté perpétuellement menacée.

A lire aussi: Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

Le droit au blasphème est acquis dans la République depuis bien longtemps. Ce n’a pas été facile et on se souvient encore de la figure du chevalier de la Barre. La République peut s’enorgueillir d’une solide tradition de liberté d’expression, encadrée dans ses excès par cette loi remarquable de 1881 sur la presse. Et parmi tous les modes d’expression, la caricature est le mieux accepté, en ce qu’elle fait appel au ressort de l’humour.

Si la République a trouvé la force d’imposer le droit au blasphème aux religions catholique, protestante, juive, elle peine manifestement à l’imposer à la religion musulmane, par crainte.  

Or ce renoncement est préjudiciable. La liberté d’expression est probablement celle qui nous relie le mieux, et nous permet de faire « société ». Nous avons tous des blessures, des sentiments d’injustice à foison, mais la liberté de les dénoncer fait de nous des citoyens, malgré tout ce qui nous oppose. 

La République repose sur deux jambes : les libertés qu’elle protège et la contrainte qu’elle exerce. Soit elle élève le citoyen, soit elle broie et nivelle toute différence.

Je reste persuadé que son fondement le plus solide demeure celui des libertés. Si ce socle-là s’effondre, tout s’effondre, car la contrainte n’est plus supportable sans les libertés.

Je préfère une République intransigeante sur les libertés de pensée, d’expression que la République qui détruit nos langues de Bretagne, et lamine toutes nos différences avec constance et méthode, au mépris du droit international et de l’humanité. Si le ministre Blanquer y va de sa politique hostile à nos langues minoritaires, libre encore à nous de le dénoncer.

La faiblesse de la République m’inquiète sur le terrain des libertés, car tout est fait pour ne jamais heurter la susceptibilité des musulmans, comme si on les pensait déjà en dehors de la société. Et les rodomontades récentes du pouvoir, après cette triste affaire, n’y changeront pas grand-chose.

Ainsi donc, certains hommes, certaines religions seraient insusceptibles d’intégrer les libertés essentielles de notre tradition politique et de notre mode de vie ? N’est-ce pas accorder aux musulmans un régime singulier en les enfermant dans leur déterminisme, en les considérant déjà perdus pour la société ? Devons-nous nous résigner à faire société à côté d’eux, en attendant l’effondrement général ou la guerre civile ?

Il s’agirait d’une démission d’autant plus préjudiciable, que si la République renonce à elle-même, et bien c’est terminé. La République est un colosse aux pieds d’argile. Elle est condamnée au courage, sinon, elle s’effondre. Serions-nous sur le registre de la démission collective ? Renoncer, c’est donner raison à l’ordre de la terreur. 

A lire aussi: Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

Il s’agit en montrant les dessins moins ici de heurter les consciences que de les élever, en rappelant que la liberté peut être supérieure à ses propres convictions philosophiques ou religieuses. 

Ce n’est pas en limitant la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, en supprimant les rayons communautaires dans les grands magasins, en imposant à tous un prénom français, voire même en plaçant dans un foyer tous les enfants des fondamentalistes comme le propose un député en marche, que nous ferons société. Il suffit de retrouver le sens des libertés. 

La République n’a jamais été aussi fragile. Ne serait-elle rien de plus qu’une longue autocélébration, un verbiage dépourvu de prise sur les inégalités, le chant de ralliement de ceux qui ont un avantage à défendre ? 

Il suffirait d’un symbole fort pour qu’elle se retrouve et surtout, du courage.

La désunion française: Essai sur l'altérité au sein de la République

Prix: 29,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 4,25 €

Je n’étais pas fait pour la boxe

0
Image d'illustration / Pixabay

Le billet du vaurien


Mon père qui était plutôt un intellectuel, avait pour ami Georges Baumgartner, un ancien champion suisse de boxe. Il lui avait demandé de m’entraîner avec l’arrière-pensée que si l’homme n’est pas fait pour la boxe, la boxe est faite pour l’homme. J’avais douze ans et il était temps que je me prépare à monter sur le ring. La vie, après tout, consiste à donner des coups et à en recevoir. Aussi tous les samedis après-midi, j’allais m’entraîner dans la salle de sport du Petit-Chêne où Georges Baumgartner nous préparait au grand combat de l’existence dont je pressentais déjà que nous sortirions tous vaincus. J’amusais beaucoup mon coach en récitant sur un air de rumba les catilinaires de Cicéron en latin. Il se doutait bien que ma carrière de boxeur s’arrêterait vite, mais par sympathie pour mon père, il m’avait pris sous sa protection.

Vint le jour où il fallut monter sur le ring. Je me répétais : tu n’as aucune chance, mais tente de la saisir quand même. En pure perte. Au deuxième round, je fus mis K.O., l’arcade sourcilière en sang et bien décidé à faire du latin plutôt que de la boxe. J’avais également une passion que je partageais avec mon père pour le football, mais là non plus, même comme junior au Lausanne-Sport, je ne brillais pas. Il fallait se rendre à l’évidence : je ne serais jamais ni Mike Tyson, ni une des gloires du football helvétique.

En revanche, j’aimais écouter mon père quand il me racontait la mort d’Al Brown, champion du monde des poids coq que Jean Cocteau avait pris sous sa protection et qu’il considérait tout à la fois comme un mime, un poète et un sorcier. Cocteau aimait cette « poésie active, à la syntaxe mystérieuse » qu’est la boxe. Quand Al Brown mourut le 11 avril 1951 (j’avais dix ans) dans l’oubli le plus total, alcoolique et toxicomane, son cercueil, fixé sur le toit d’une camionnette, sillonna pendant deux nuits les rues de Harlem. Ce fut sa manière à lui de prendre congé de la boxe, de la poésie et de New-York. C’est une histoire qui est restée gravée dans mémoire. À défaut d’avoir été Al Brown ou Mike Tyson, j’aurai lutté avec les mots. Là aussi, en pure perte.

Depardieu, l’homme qui n’aurait pas dû naître

0
Gérard Depardieu le 14 novembre 2016 pour la première du film "Tour de France", à Paris.© Thibault Camus/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22241837_000001

Un livre, un film pour saluer le monstre sacré.


C’est le plus grand acteur du monde. Il sait tout jouer, tout. Du loubard Jean-Claude, dans Les Valseuses, à Robert Taro, maire de Marseille, en passant par Danton, Rodin, Staline, Cyrano, Obélix, Marin Marais, l’abbé Donissan, etc. Plus de 220 films. Vertigineux. Il n’a aucune limite. Une scène est une scène, on la joue, voilà. Il ne faut pas être hanté par le personnage, sinon on va dans le mur. Jouer un suicidé ne signifie pas qu’il faille passer à l’acte. Il doit y avoir une sortie de secours.

Instinctif

Depardieu est un instinctif. Il sent. Il se moque d’analyser. Son corps ne le trahit jamais. Dans son nouveau livre, Ailleurs, il écrit : « Un bon acteur, c’est quelqu’un qui n’a pas peur. La peur a une odeur. Ça pue un acteur qui pense. » La peur qui nous domine, et nous empêche de vivre. Nous y sommes, au cœur de l’époque, avec des dirigeants politiques qui entretiennent au quotidien cette peur paralysante pour mieux nous asservir. C’est pour ça que Depardieu va voir ailleurs, pour échapper à ce qui gâche notre envie de vivre. Il se rend en Éthiopie, découvre un « pays merveilleux », où se résume « toute l’histoire de l’humanité ». Ce pays n’a jamais été colonisé. Les Italiens ont pourtant essayé, en vain. Depardieu :  « Aucune greffe n’a pris. » L’acteur recherche un « Ailleurs proche de l’origine. » Il fustige la colonisation qui, sous prétexte de civiliser, a corrompu les hommes. Il s’en prend au passé colonial de la France. Il rappelle les monstruosités perpétrées en Algérie.

À lire aussi, Bérénice Levet : Cinéma: le festival des cons

Il revient de la ville d’El Djamila, souligne sa beauté, les fruits et les légumes qui se développent sous le ciel bleu, « sans une merde de glyphosate dessus. » Les paysans connaissent tout, ils se souviennent des leçons de la nature. Il les admire. Comme il admire ceux de Tchétchénie, du Kazakhstan, ou encore d’Ouzbékistan. Mais il ne peut oublier que dans sa ville natale, Châteauroux, où il fut voyou, il a vu « des gamins revenir de la guerre avec des colliers d’oreilles d’Arabes ».

En attendant Des hommes de Lucas Belvaux

Depardieu refuse l’amnésie collective de la France. Début novembre sort le film Des hommes, de Lucas Belvaux, sur la guerre d’Algérie. Depardieu incarne Feu-de-Bois, un appelé, devenu sexagénaire raciste. De quoi en déranger plus d’un dans sa petite mort à crédit.

La France est vieille et se veut jeune. C’est terrible

L’acteur envoie un uppercut à la bien-pensance. Il est ami avec Poutine, il aime l’homme, connaît son passé, ses failles, ses douleurs. Il sait que sa mère a failli mourir sous les décombres, à Léningrad, en 1943. Elle fut sauvée in extremis par le courage et l’amour de son mari. Depardieu, bourré, a chassé le lion avec Fidel Castro, il lui a donné la recette des rillettes au lapin. Il a passé des nuits entières à converser avec François Mitterrand, à l’Élysée. Le président lui avait conseillé de lire les mémoires de Casanova. Il n’a de compte à rendre à personne. Cet homme, dont la tête ressemble de plus en plus à l’immense écrivain Joseph Kessel, est furieusement libre. Il dit ce qu’il pense et ses vérités sont salutaires. Comme ses coups de gueule dans un pays « cassé », proche du chaos, hors de l’Histoire. « La France est vieille. Très vieille, écrit-il. Elle pourrait profiter des leçons de son ancien temps. Mais non. La France est vieille et se veut jeune. C’est terrible. »

Un regard étrangement neuf

Sa curiosité demeure pourtant celle de l’enfant qu’il n’a jamais été. Sa quête est celle des prophètes. Il cherche la façon dont « la vie, la matière et l’énergie » sont liées. Il se méfie en revanche du pouvoir politique et des religions, qui « chacune prêche une idée d’une foi qui toutes les dépasse. » C’est un animal aux aguets dans la jungle des hommes. Il fuit ceux qui veulent dicter leur loi. Il déteste les écolos, par exemple, qui se foutent de sauver la planète. Il tempête : « Ce sont des inquisiteurs, des ayatollahs, des Hitler du bien, les totalitaires de demain. »

Depardieu continue de promener sa silhouette épaissie sur des chemins de hasard. Son regard reste étrangement neuf, son esprit ouvert à l’impossible. Fils d’un père analphabète et alcoolique, le Dédé, il a quitté l’école très jeune, n’est pas baptisé, et possède aujourd’hui une culture encyclopédique. C’est qu’il a été épargné par les radiations idéologiques de l’Éducation nationale. Il a lu seul. « Un livre, note-t-il, c’est une porte sur la vie. » Il aime Michel Houellebecq, « dandy magnifique ». Depardieu : « J’ai passé quelques semaines avec Houellebecq, je l’ai vu amoureux, je l’ai vu pervers, je l’ai vu manipulateur, je l’ai vu insupportable, je l’ai vu engoncé, mais je l’ai toujours vu honnête. Jamais il ne se ment. Sinon tu ne peux pas écrire ce qu’il écrit. » Depardieu a raison, on devient vite un fonctionnaire du culturel. Ils grouillent sur le cadavre du style.

Cet excessif sans surmoi est encore debout à chanter Barbara, il vagabonde dans le désert, pleure devant un troupeau de chevaux sauvages dans la steppe d’Asie centrale. Il a connu le pire drame qu’un père puisse connaître : la mort de son fils, Guillaume. Guillaume, cet écorché vif, détruit d’avoir porté le nom de Depardieu, à qui les juges n’ont laissé aucune chance — trois ans de prison ferme pour deux grammes d’héro. L’acteur est allé le voir en taule. Les prisonniers, dans leur cellule, gueulaient : « On va l’enculer, ton fils ! »

Depardieu continue, malgré tout, d’aimer la vie. Sa mère, la Lilette, a tenté de se débarrasser de lui à l’aiguille à tricoter. Il a survécu, aidé la Lilette à accoucher de ses frères et sœurs. Il a coupé le cordon, tapé sur le corps du nouveau-né pour « ouvrir » les poumons. Comme le font les paysans. Depardieu, c’est un « acteur agricole », a dit un jour Bertrand Blier. Il a pardonné à sa mère, il est passé à autre chose, ne regardant jamais derrière lui. Il y avait un secret de famille : le père de la Lilette avait une liaison avec la mère du Dédé. Lilette, en l’apprenant, avait voulu faire passer celui qui ne s’appelait pas encore Gérard. « Quand je suis arrivé, elle allait se barrer à cause de ça, confie Depardieu. Je lui ai coupé les jambes. » Il a pris, en effet, les jambes de sa mère. Quant à ce lourd secret, il l’a inhibé très longtemps devant les femmes.

À lire aussi, Jean Chauvet : « Un pays qui se tient sage »: la violence policière en cliché

Ailleurs, composé de courts chapitres, nerveux, avec des phrases parfois paradoxales, recèle une sagesse solaire. L’Ailleurs doit nous amener à « la beauté de la vie. À ne plus juger. À aimer tout simplement. » Il doit nous inviter à voyager là où personne ne va, sans bagage, la tête vidangée. Il doit nous permettre de rencontrer des hommes qu’on comprendra d’un simple regard.

Un rêve ouzbek

Dans le très beau film d’Arnaud Frilley, Mon rêve ouzbek, Depardieu marche sur le sable blanc de la mer d’Oural asséchée par « un abruti de politique, Khrouchtchev ». Il est au milieu d’immenses épaves de bateaux, rouillées. Il parle. Sa voix grave nous touche. Il suit sa nature de nomade. Les paysages sont grandioses. Le vent souffle comme au premier matin du monde. Plus loin, dans le film, Depardieu se met à prier, lèvres salées, cheveux en désordre, bras tendus vers le ciel. Il dit, de cette façon de dire si particulière : « Désert, il faut tout le silence des mots pour dire ton nom. » À cet instant, l’homme semble en paix avec lui-même.

Depardieu, Ailleurs, Le Cherche-Midi.

Ailleurs

Prix: 12,99 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,51 €

Arnaud Frilley, Mon rêve ouzbek, B-Tween production. Diffusé sur Paris Première.

La légèreté criminelle du progressisme

0
La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004

Face à la barbarie islamiste, les alertes ayant été nombreuses, le ras-le-bol de la politique de la bougie et le désir de mesures fortes pour sauver la France vont grandissant. En leur absence, une décennie noire pourrait débuter.


Allez, c’est reparti pour un tour : « sidération », bougies, proclamations, « bouleversantes » chansonnettes, « tous unis contre la barbarie », manif à Répu, union-sacrée, vous-n’aurez-pas-ma-haine, fleurs, l’imam Chalghoumi, « mesures fortes », peluches, « radicalisation », les-valeurs-de-la-République, l’immense-majorité-des-musulmans, la « résistance » sur Twitter et Facebook, la-guerre-contre-le-terrorisme. C’est reparti et, comme d’habitude, dans quelques jours, on n’en parlera plus. Jusqu’à la prochaine « sidération », les prochaines bougies, etc. Il faut croire que les Français ont pris le pli ; depuis Merah, deux-cent-soixante-sept kouffars sont morts sous les coups de l’islamisme. Mais les pouvoirs publics en sont encore à se demander s’il serait bien convenable d’expulser des étrangers en situation irrégulière qui prônent le djihad…

Le rapport Obin date de… 2004

Cette fois, c’était un professeur d’histoire-géographie. L’autre jour, un Tchétchène de dix-huit ans l’a saigné en pleine rue, et a ensuite exhibé sa tête sur les réseaux sociaux. Il s’appelait Samuel Paty, il avait quarante-sept ans, un enfant de cinq ans. Le 5 octobre, il avait soumis deux de ses classes à la liberté d’expression. Nous connaissons la suite, du moins dans les grandes lignes. On sait déjà que l’institution était « gênée » ; on sait que des « gamins » ont aidé l’assassin à le trouver. Cet engrenage « sidère », paraît-il. Moi, il ne m’étonne en rien. 

A lire aussi, Barbara Lefebvre: Creil 1989-2019: du déni à la soumission

Les Territoires perdus de la République ont presque vingt ans. Le rapport Obin date de 2004, année de la loi contre le voile à l’école qui devait – dans l’esprit du législateur – clore l’affaire ouverte à Creil en 1989. Nombreux furent, dès le début des années 2000, les « réactionnaires » qui annoncèrent ce qui allait se produire. Dantec, Camus, Finkielkraut l’annonçaient. Il y eut Robert Redeker. Mais non, affirmait le camp du Bien, il n’y avait « aucun problème » avec l’islam. C’était même, ajoutaient les intellectuels organiques, en « stigmatisant » les musulmans que l’on risquait de rater le superbe train du multiculturalisme. Les historiens Olivier Pétré-Grenouilleau et Sylvain Gouguenheim devaient se taire ; Christiane Taubira expliquait qu’il ne fallait pas parler des traites interafricaines afin de donner une image positive de l’Afrique à ceux qui arrivaient ici par peuples entiers du fait de lois scélérates. Certes, pour savoir ce qui se passait quand on ne vivait pas avec la « diversité », il fallait être curieux, ne pas se payer de mots et de bons sentiments, ne pas être de ces « citoyens du monde » pour qui la France n’est qu’une réalité géographique et fiscale. Les alertes n’ont pas manqué. 

Ce sont les responsables du désastre qui prétendent le conjurer

Aujourd’hui même la gauche officielle défile. Les principaux responsables du désastre prétendent le conjurer. Ces gens n’ont honte de rien. C’est à se taper la tête contre les murs, non ? Et vous croyez vraiment que ces gus peuvent nous protéger des barbus ? Une fois « l’émotion » passée, ils vous vendront encore plus de « vivrensemble » – ils ont déjà commencé. Certes, les conséquences, ça, je crois qu’ils ont enfin un peu capté. Mais les causes…

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

J’avais une amie psychologue qui travaillait dans un centre pour réfugiés. Bien sûr, elle était de gauche. Elle s’occupait de « mineurs isolés » venus, pour l’essentiel, du Pakistan. Un jour, impavide, elle me racontait qu’elle devait « expliquer » aux jeunes hommes que non, ce n’était « pas bien » de vouloir brûler une « sœur » parce qu’elle flirtait avec un « mécréant ». On fait quoi avec ça ? Des sorties poney ? L’ironie suprême de la chose, c’est que mon amie était Yougoslave, qu’elle avait vécu les deux guerres, et qu’elle les attribuait fort justement en premier lieu à la volonté de ne pas du tout « vivrensemble » des Bosniens et des Kosovars. L’expérience lui prouvait donc que l’islam ne manifestait pas une « altérité » folle. Elle pensait d’ailleurs que la France risquait le même sort, mais elle restait de gauche : ses « valeurs » lui importaient bien plus que le destin de son pays – d’adoption, en l’occurrence. Partout, depuis l’hégire, les non-musulmans sont, en terre d’islam, au mieux, des citoyens de seconde zone. Le Coran le dit : la communauté des croyants est supérieure aux autres. D’obscurs imams formés dans un kebab, des politiciens sots ou calculateurs, des journalistes jamais revenus de leurs vacances dans un riad de Marrakech peuvent le nier, la lettre est têtue – et pour un musulman conséquent, la lettre est tout.  

Désarmés, au propre comme au figuré

Le progressisme refuse catégoriquement de considérer les cultures pour ce qu’elles sont ; plein d’orgueil, il croit que tous les hommes ont envie de le rejoindre. Il a fait et continue de faire preuve vis-à-vis de l’islamisme qu’une légèreté criminelle. Du reste, si les flots d’immigrés – pour la plupart musulmans – qui pénètrent chaque année en Europe étaient faibles, peut-être pourrions-nous les assimiler. Mais c’est par centaines de milliers que, chaque année, nous accueillons des individus qui, majoritairement, ignorent tout voire méprisent notre histoire, notre culture, nos coutumes et nos mœurs. Qu’est-ce qu’une femme en mini-jupe pour un paysan soudanais ? Qu’est-ce que la laïcité pour un clandestin afghan ? Qu’est-ce que la liberté d’expression pour un réfugié tchétchène ? 

A relire, Driss Ghali: Le progressisme n’en a plus pour longtemps…

Le pouvoir macroniste pourra prendre les « mesures » les plus « fermes » – et je ne crois pas un seul instant qu’il le fera –, il devra du reste affronter un autre pouvoir qui, depuis trop longtemps, s’occupe de ce qui ne le regarde pas : la justice. C’est la magistrature française qui, par l’intermédiaire du GISTI, a défendu victorieusement le regroupement familial ; c’est le Conseil d’État qui a consacré le délirant « droit de mener une vie familiale normale ». Dominée intellectuellement par le trotskyste Syndicat de la magistrature, cette dernière s’émeut à chaque fois qu’un ministre évoque la possibilité de réviser le droit des étrangers. Par ailleurs, le droit communautaire va encore plus loin ; le juge européen consolide régulièrement le droit, pour quiconque, de venir s’installer dans l’UE. Plus généralement, c’est toute la machinerie européiste qui promeut l’immigration comme une nécessité et un devoir. En 2017, le commissaire Dimitris Avramopoulos, tout sauf un anar, déclarait : « Nous ne pouvons pas et ne pourrons jamais arrêter l’immigration. Nous devons tous être prêts à accepter l’immigration, la mobilité et la diversité comme nouvelle norme et à adapter nos politiques en conséquence. C’est un impératif moral, mais aussi économique et social pour notre continent vieillissant. » Au fond, rien de nouveau sous le soleil : le gauchisme a toujours été l’idiot utile du capital.  

Il conviendrait encore, bien sûr, de parler du « monde de la culture », de l’Université, des médias, des associations, de la loi Avia, de BLM, etc. Mais je dois faire court. Court comme le temps qu’il nous reste avant que la France ne sombre dans la guerre civile. À présent, chacun d’entre nous doit, comme le dirait le préfet Lallement, choisir son camp. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Un jour, ce sera peut-être votre mère, votre fils, vous-même ; cela aura lieu dans la rue, le métro, au bureau, au restaurant… C’est parti, et ça va durer. Désarmés, au propre comme au figuré, nous pourrions être rentrés dans une décennie noire.

L'incident

Prix: 18,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 18,00 €

1789, une histoire de zombies

0
© Netflix

La dernière série sur Netflix, La Révolution, est d’abord à prendre comme un pur divertissement qui récrit l’histoire avec les codes du mauvais genre. Et c’est plutôt plaisant.


La dernière série française sur Netflix, La Révolution, ne lésine pas sur les moyens. Pour reconstituer le décor largement fantasmé dans le genre gothique de la France des années 1780 dans le comté imaginaire de Montargis, tout est soigné jusqu’au moins détail. La forteresse impressionnante, la forêt de toits misérables, les costumes et en permanence, un clair-obscur à la fois crasseux et léché qui doit plus à l’esthétique du film d’épouvante qu’à Rembrandt.

Pur divertissement

Il ne faut demander, à la série La Révolution d’Aurélien Molas, qui aura par ailleurs d’autres saisons, que ce qu’elle peut donner. Un pur divertissement qui ne prétend en rien à une quelconque ambition historique. L’utiliser comme support pédagogique, par exemple, demanderait beaucoup d’habileté aux enseignants. D’abord parce qu’il faudra tout de même passer vite sur les scènes de sexe et de violence qui sont traitées dans la grande tradition du genre, c’est-à-dire sans concessions. Ensuite parce qu’il faut admettre le point de départ de La Révolution.

Une hybridation plaisante de tous les « mauvais genres », fantastique, gore, zombie et compagnie…

Elle se déroule dans une réalité parallèle, dans une histoire alternative, un peu comme la seconde guerre mondiale dans le Maître du Haut Château de Dick (visible sur Amazon Prime). On appelle ça une uchronie. La Révolution française aura bien lieu, mais pas pour les raisons que l’on croit habituellement et se déroulera différemment, comme l’explique la voix-off de la jeune fille au commencement, même si on vous a raconté une toute autre histoire dans les manuels. Ce qu’on veut bien croire puisque la jeune fille en question, dans une scène inaugurale digne d’un western italien, arrive tranquillement à cheval devant Versailles en ruines et abat en duel au pistolet, dans un décor de neige, un aristocrate à perruque avant de le décapiter. On comprendra plus tard la nécessité de ce petit plus sadique…

Jouons avec les mauvais genres

Le point de divergence uchronique, comme on dit,  se situe vers 1787, quand une épidémie d’un genre nouveau, qui passe par le sang, transforme une partie de l’aristocratie en zombies, ou en vampires, ou en un mélange des deux, comme il vous plaira. 

Les deux ou trois premiers épisodes qui sont principalement des épisodes d’exposition jouent peut-être un peu trop avec les mystères d’une intrigue polyphonique et un risque d’égarement mais ils ont au moins le mérite de préciser le cadre et l’atmosphère tout de même assez inédits et de nous présenter les personnages joués par de bons acteurs, la plupart encore peu connus. Un seigneur sans pitié qui se nourrit de donzelles égarées (souvenir inconscient de Gilles de Rais et de la Bête du Gévaudan ?), une gamine qui fait des cauchemars terrifiants où elle voit le seigneur sans pitié, ce qui est ennuyeux car il est de la famille, un jeune médecin de la prison du comté de Montargis, un certain Joseph Guillotin qui découvre peu à peu la nature de la maladie et de l’épidémie qui menacent ;  une aristocrate, tante de la jeune fille aux cauchemars, qui prend peu à peu le parti de la Fraternité, un groupe de paysans rebelles. Rajoutez un esclave noir accusé à tort des meurtres des fillettes, du vaudou, de l’anthropophagie et vous aurez un joyeux foutoir, une hybridation plaisante de tous les « mauvais genres », fantastique, gore, zombie et compagnie.

Et quand on en arrive à l’épisode 4 et que l’action décolle vraiment, à moins de vouloir prendre au sérieux le très vague et très caricatural « message révolutionnaire », on prend un vrai plaisir de spectateur à ce combat des lumières contre les ténèbres qui a fini par déclencher La Révolution.

Pour le reste, il est amusant de voir que les Lumières, ce qui nous a enchanté, sont incarnées par le jeune Joseph Guillotin (qui sera, par humanité afin d’éviter les souffrances des condamnés, un des inventeurs de la guillotine) et un prêtre qui exerce systématiquement un droit d’asile dans son église, à croire qu’il a lu la dernière encyclique papale.

La Révolution, sur Netflix, huit épisodes de cinquante minutes. Création : Aurélien Molas.

Dissolution du collectif « Cheikh Yassine », il n’y a pas de hasard

0
Abdelhakim Sefrioui, le leader du collectif pro-Palestine "Cheikh Yassine", interpellé par la gendarmerie à Paris en 2012 © MIGUEL MEDINA / AFP.

Une tribune de Philippe Karsenty et Yves Mamou


Le collectif pro-palestinien « Cheikh Yassine », du nom du fondateur du Hamas, semble directement impliqué dans la décapitation de Samuel Paty, enseignant français dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine. Le fait que la cellule islamiste porte le nom d’un cheikh de Gaza ne doit rien au hasard. La cause palestinienne a été le cheval de Troie de l’islamisme en France à travers la victimisation forcenée des Palestiniens.

En 2000, au moment où éclate la seconde Intifada en Israël, en France, certains musulmans passent à l’attaque contre des rabbins, des écoles juives, des synagogues ou de simples juifs scolarisés dans des écoles publiques.

Le monde politique et les médias tairont cette première forme de guerre civile, ou la traiteront comme un conflit « ethnique » entre juifs et arabes sans voir que s’amorce à cet instant, le début de la guerre que l’islam radical mène aujourd’hui contre la France.

La politique d’omission des violences commises par des musulmans prendra diverses formes. Jusqu’à aujourd’hui, les médias taisent le nom des violeurs, des assassins, des auteurs des violences – parfois pudiquement appelées « incivilités » – quand ils portent des noms ou des prénoms qui pourraient faire penser qu’ils sont musulmans.

Mais au-delà de cette connivence, les médias français, et plus particulièrement le journaliste français Charles Enderlin et France 2 portent une lourde responsabilité dans la propagation de cette haine anti-juive : ils ont diffusé la première grande fake news de notre ère – la diffusion de la mise en scène de la « mort » Mohamed al Dura – alimentant la haine contre les juifs en France et dans le monde entier.

Pour mémoire, le 30 septembre 2000, France 2 a diffusé au 20 heures un reportage tourné à Gaza semblant montrer la mort d’un enfant palestinien « le petit Mohamed » dans les bras de son père. En fait, ces images diffusées par France 2 et commentées par Charles Enderlin s’avèreront être une pure et simple mise en scène. Ces images auront un retentissement planétaire, d’autant plus que France 2 les mettra gratuitement à la disposition de toutes chaînes de télévision de la planète. Le « petit Mohamed » assassiné par les Israéliens va devenir une icône du monde musulman.

Le message que les Palestiniens tentaient de faire passer au monde depuis longtemps – avec la complicité de certains médias occidentaux – était enfin parfaitement illustré : les juifs sont les nouveaux Nazis, les Palestiniens sont leurs victimes.

Ainsi, en février 2002 au Pakistan, Daniel Pearl a été égorgé avec en arrière-plan les images de la fameuse scène de France 2 devenue iconique. En France, la journaliste Catherine Nay résumera le sentiment général sur Europe 1 : « La mort du petit Mohamed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le ghetto de Varsovie ». Plus tard, en 2012, Mohamed Merah assassinera des enfants juifs et leur professeur devant une école juive à Toulouse – mais aussi déjà des militaires français  – pour venger la mort des enfants palestiniens tués à Gaza.

En incitant à la haine contre Israël – dans le but de fabriquer un buzz facile ou pour satisfaire des objectifs géopolitiques incertains – la plupart des politiques et des médias français ont alimenté la bête qui est en train de dévorer la France petit à petit : au début, on attaquait les juifs, puis les militaires et la police, des dessinateurs puis les cafés et les salles de concert, ensuite des Français en train de célébrer le 14 juillet pour arriver en 2020 à un professeur décapité en pleine rue.

La diabolisation d’Israël et le palestinisme ont des responsables. Mais rien ne sert de rouvrir de vieilles plaies.

Il est plus important de montrer que l’idéologie axée sur la défense sans recul du « peuple palestinien » a fini par lasser les autres peuples arabes puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à se tourner ostensiblement vers Israël (cf. Bahreïn et les Emirats Arabes Unis).

Il serait étrange que la France et l’Europe demeurent les derniers supports de la « cause » palestinienne alors que le monde arabe lui tourne le dos. Mais « l’antisionisme » des minorités musulmanes en Europe a besoin d’être ménagé.

Yves Mamou, ancien journaliste au Monde est l’auteur de « Le Grand Abandon, les élites françaises et l’islamisme » (L’Artilleur).

Philippe Karsenty est ancien élu de Neuilly, éditeur et homme d’affaires.

Le grand abandon: Les élites françaises et l'islamisme

Prix: 25,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,78 €

Macron va-t-il effacer la France de la scène internationale?

0
Réunion du Conseil de Sécurité de l'ONU à New York, image d'archive © SAHIN/A.A./SIPA Numéro de reportage : 00532485_000005

Alors que l’ONU fête ses 75 ans, la diplomatie française œuvre pour les intérêts… allemands


« La ligne que je veux avoir pour la France, c’est une ligne que je qualifierai de gaullo-mitterrandienne », avait affirmé Emmanuel Macron dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2017[tooltips content= »Propos tenu lors du débat télévisé face à Marine Le Pen du 3 mai 2017″](1)[/tooltips]. Or c’est tout l’inverse qu’il pratique.

Ouverte le mois dernier et prévue pour durer jusqu’en décembre, l’Assemblée générale des Nations Unies est la 75e du nom. Il y a en effet 75 ans qu’a été créée l’ONU, l’Organisation des Nations unies. En 1945, grâce à l’obstination du général de Gaulle, la France y avait obtenu son siège de membre permanent du Conseil de sécurité, doté d’un droit de veto.

Treize ans plus tard, confiant à Maurice Couve de Murville les clefs du quai d’Orsay qu’il allait conserver une décennie durant, le général de Gaulle lui avait donné cette unique consigne :« En matière de politique étrangère, ne jamais s’en remettre à personne d’autre qu’à soi-même. »

Lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), si François Mitterrand engagea la France contre l’Irak aux côtés de la coalition internationale menée par les États-Unis – position des plus contestables –, c’est parce qu’il considérait que dans le contexte international nouveau-né de la chute du Mur de Berlin, l’ONU, alors affaiblie, allait retrouver toute sa vigueur. Et que, par conséquent, la France ne devait en aucune façon voir contesté son siège de membre permanent[tooltips content= »Position explicitée par l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine in Les Mondes de François Mitterrand (Fayard, 1996). »](2)[/tooltips].

Du fondateur de la Ve République jusqu’à François Hollande, même en dépit de choix diplomatiques et stratégiques souvent contestables, voire nocifs et parfois criminels, les présidents successifs auront eu au moins le mérite de faire en sorte que les prises de position de la France en matière internationale ne procèdent que de sa seule décision. Tragiquement, c’est une voie totalement inverse qu’a choisie, délibérément, Emmanuel Macron, tout « gaullo-mitterrandien » qu’il se réclamât.

Emmanuel Macron n’a de cesse, depuis son accession à la présidence de la République, de mettre en pièces notre autonomie de décision en matière diplomatique et stratégique. Et, ce faisant, il trahit non seulement l’esprit mais le texte de la Constitution de la Ve République qui fait du chef de l’État, par son article 5, « le garant de l’indépendance nationale ».

Par le traité d’Aix-la Chapelle, il n’a pas complété le traité de l’Élysée, il l’a bafoué. Alors que le général de Gaulle et Konrad Adenauer étaient convenus que « sur toutes les questions importantes de politique étrangère, et en premier lieu sur les questions d’intérêt commun », la France et l’Allemagne mèneraient des consultations – rien de plus – « en vue de parvenir, autant que possible, à une position analogue », ce qui n’engageait à rien de plus qu’à de la courtoisie, Emmanuel Macron a paraphé un texte léonin dans lequel il est écrit (article 8, alinéa 2) : « Les deux États s’engagent à poursuivre leurs efforts pour mener à terme des négociations intergouvernementales concernant la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’admission de la République fédérale d’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande. » Une priorité !

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le ministre allemand des Finances Olaf Scholz ait réclamé que la France abandonne son siège de membre permanent du Conseil de sécurité au profit de l’Union européenne – donc, de facto, de l’Allemagne. Précisons qu’Olaf Scholz n’est autre que le candidat social-démocrate à la succession d’Angela Merkel au poste de chancelier dans la perspective des élections au Bundestag de septembre 2021.

De même, à force de parler de « souveraineté européenne », cet oxymore qu’il répète comme un mantra comme s’il lui fallait exorciser tous ceux qui sont simplement des patriotes, Emmanuel Macron multiplie les coups de boutoir à l’égard de la seule souveraineté qui vaille, la souveraineté nationale, la seule, là encore, reconnue par la Constitution de la Ve République.

Rappelons également à Emmanuel Macron que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, auquel le préambule de la Constitution de la Ve fait référence, stipule ceci en son article 3 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » 

Le jour même de son investiture, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron avait eu ces phrases passées inaperçues dans son premier discours au peuple français en tant que président de la République : « Nous avons besoin d’une Europe plus efficace, plus démocratique, plus politique, car elle est l’instrument de notre puissance et de notre souveraineté. J’y œuvrerai. »

C’est, hélas, la seule promesse contraire à l’esprit comme au texte de la Constitution qu’il ait tenue, conduisant jusqu’au précipice, le cœur joyeux et l’esprit assuré de celui qui marche dans le sens du progrès, notre existence de Nation libre et souveraine.

Jérôme Rivière est président de la délégation française du groupe ID, député européen et coordinateur de la commission Sécurité-Défense.

Tout compromis est une compromission: réflexions sur la laïcité

0
Conflans-Sainte-Honorine pleure un innocent, 20 octobre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 00986917_000018.

Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, devrait être remplacé, selon des informations du Point. Et on laisse en place Jean-Louis Bianco, président de cette institution qui est de fait la cinquième colonne de l’islamisation de la France ?

J’ai débattu dans le passé avec Bianco, qui voulait bien passer avec les fanatiques des accommodements — c’était à propos de l’autorisation donnée aux étudiantes de venir voilées à l’université. J’en suis arrivé à réclamer (c’était il y a plus de quatre ans déjà — on en est toujours au même point, avec les mêmes verrous à faire sauter) la démission de ce béni-oui-oui de la laïcité à géométrie variable.

Le socialiste Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcitén image d'archive  © REVELLI-BEAUMONT/SIPA Numéro de reportage: 00617074_000015
Le socialiste Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité image d’archive © REVELLI-BEAUMONT/SIPA Numéro de reportage: 00617074_000015

Or, il en est de la laïcité comme du « Je t’aime ». Toute variation est mortelle. Une flexion temporelle, « je t’aimais », ou l’adjonction d’un adverbe, « je t’aime bien » —, et l’histoire de Roméo et Juliette s’effondre. Toute entorse à la laïcité, tout compromis sur les principes, et c’est la porte ouverte à toutes les compromissions. 

Laïcité est un mot intraduisible. L’équivalent qu’en proposent les dictionnaires français-anglais, « secularism », est une approximation. Les lexicographes ont bien compris que le mot implique le refus du religieux et le recours au temporel contre le spirituel, mais ils peinent à rendre compte des implications strictement françaises du terme. En fait, « laïcité » fait partie, avec « béarnaise », « maître d’hôtel » et « blasé », de ces mots que les Anglais conservent tels quels — tout comme nous conservons « snob » ou « dandy ». Il est des caractères spécifiques, irréductibles au passage d’une langue à une autre, parce qu’ils témoignent d’une culture particulière. Et la laïcité est de ceux-là.

Le mot d’ailleurs n’apparaît en français qu’à l’aube de la IIIème République, à laquelle il est indéfectiblement associé. Son apparition (en 1871, dit Littré) précède à peine l’enseignement public des années 1880 et les lois laïques de 1905. L’un nourrit l’autre.

Un Français ne supporterait pas qu’un Président de la République nouvellement élu prête serment sur la Bible. Il est incrédule (c’est le cas de le dire) quand il apprend que règnent, dans certains pays, des partis religieux. Ça lui est même si incompréhensible que cela peut le mener à des faux-pas (un autre terme que les Anglais nous ont emprunté tel quel) fort dommageables en diplomatie. Nous ne comprenons rien à l’Iran des mollahs, rien à l’Arabie saoudite wahhabite, rien à Israël, ni à une foule d’autres États — les États-Unis par exemple, dont des zones entières sont définies par cette « Bible Belt » qui conditionne largement le vote de ses concitoyens. Qu’il y ait en Utah un crime de sodomy nous fascine, tant cela nous paraît exotique.

Nous payons, via l’impôt, l’entretien des lieux de culte depuis 1905, mais nous ne supporterions pas que figure sur nos relevés fiscaux l’indication d’une foi qui nous amènerait à verser un pourcentage directement dans les caisses de telle ou telle congrégation — y compris, comme en Allemagne, dans celles d’une secte comme la Scientologie. Et nous n’autoriserions pas les religieux à ne pas payer d’impôts, comme en Grèce. 

A lire ensuite: À la mémoire de Samuel Paty, professeur

C’est cela, être laïque : notre tolérance consiste à ne pas tolérer, parce que nous ne pouvons pas imaginer (et nous n’avons pas les mots pour cela, ce qui ne se conçoit pas bien ne s’énonce pas clairement) un État qui passerait des compromissions avec les Églises. En 2014, les contorsions de l’Observatoire de la laïcité sur le régime du Concordat en Alsace ont amené des protestations nombreuses : la tolérance dont font preuve en la matière Jean-Louis Bianco et ses acolytes ne nous paraît pas française. C’est, à la rigueur, celle de John Locke dans son Traité sur la tolérance — mais justement, 1689 n’est pas 1905, et toleration — le terme par lequel on a traduit immédiatement en anglais le tolerantia du philosophe — n’est pas la tolérance de Voltaire un demi-siècle plus tard, quelque anglophile qu’ait été le philosophe de Ferney.

Alors, que penser de la « laïcité ouverte », ou « aménagée », proposée jadis par la Droite, ou de la laïcité « aménagée » que cherche à imposer une Gauche communautariste ? Que penser de la présence de la France Insoumise ou de l’UNEF à une manifestation conspuant leurs amis d’il y a quelques mois ?

« Compromissions » : les mots qui viennent à l’esprit sont déjà péjoratifs. La « laïcité à la française » (on aura compris que c’est un pléonasme, tant la laïcité est essentiellement française) ne peut formuler, entre l’État (et le citoyen engagé dans la Cité) et les églises (et l’individu dans son particulier) d’autre règle qu’une ignorance réciproque (tout comme, quand on y pense, la sodomie condamnée aux États-Unis). La laïcité suppose une division bien nette entre ce que l’on doit à César et ce que l’on croit devoir à Dieu. Après tout, c’était le sens du message évangélique avant que l’Église ne s’aperçoive qu’il y a du pouvoir à glaner dans le champ de la foi. Il nous a fallu un peu plus d’un siècle, entre la Révolution française et la loi de séparation de l’Église et de l’État, pour retrouver le sens complet de cette injonction : l’État ne se mêle pas de la foi, et ne tolère pas que la foi empiète sur ses prérogatives. On en revient à la déclaration du comte de Clermont-Tonnerre à l’adresse des Juifs en 1789 : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ». 

Parce que de nation, il ne saurait y en avoir qu’une, et la nôtre est laïque. Mettez ce que vous voulez à la place de « Juifs » dans cette phrase célèbre et fondatrice — « Musulmans », « Catholiques », « Bouddhistes », que sais-je. Le principe est le même : la division bien nette entre la Foi et l’État.

Dès que l’on bâtit des ponts entre les deux, on entre en hérésie républicaine. La foi vampirise en ce moment la République. Elle la cannibalise. Dix millions de croyants (au mieux) prennent soixante millions d’agnostiques en otages — et les assassinent de temps à autre.

A lire aussi, Céline Pina: Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco 

Que 70% des jeunes musulmans pensent que la foi est supérieure à la loi témoigne de l’échec des politiques éducatives, vidées de leur contenu depuis trente ans par des pédagogues aventureux et parfois complices. Le discours de la tolérance moderne est en fait un discours d’exclusion : tolère-moi ou je te tue. 

Alors, oui, redéfinissons les missions de l’Observatoire de la laïcité, et pour cela, débarrassons cet organisme de tous les croupions qui l’encombrent. Que le gouvernement, qui a peut-être enfin compris comment regagner le terrain perdu devant les gilets jaunes, la gestion catastrophique du coronavirus, la montée de la pauvreté et la faillite organisée des plus humbles, individus ou entreprises, se saisisse de cette croisade (le mot choquera les anti-colonialistes professionnels, mais qui s’en préoccupe ?) et redonne d’un côté aux enseignants des programmes clairs, un soutien sans faille de la hiérarchie contre les menées de quelques parents d’élèves téléguidés, un grand lessivage des suspects, et une tolérance zéro vis-à-vis de ceux qui croient grignoter pas à pas la République sous prétexte de respect de la démocratie — dont ils se fichent pas mal, à l’arrivée. La liberté de parole accordée imprudemment aux élèves par la loi Jospin en 1989 doit s’effacer devant la nécessité de se taire et d’écouter. Peut-être alors comprendront-ils que la laïcité autorise les garçons à être assis près des filles sans avoir peur d’être souillés, et qu’elle implique une connaissance des faits historiques, scientifiques, culturels sur lesquels est bâtie notre civilisation — la nôtre à l’exclusion de toute autre.

Fillettes que l’on voile: un angle mort de la politique contre le séparatisme?

0
Jouets pour enfants avec le voile islamique lors d'un rassemblement des musulmans du Nord organisé par l'UOIF à Lille le 7 février 2016.© Sarah ALCALAY/SIPA Numéro de reportage : 00742028_000001

Un marqueur de radicalité qui devrait aussi alerter le gouvernement qui dit s’affairer contre l’islamisme. À Toulouse, un magasin de vêtements vend des voiles et des tenues couvrant tout le corps des jeunes filles. Dans la lutte contre le séparatisme, endiguer la démocratisation des vêtements islamistes est aussi un enjeu.


Depuis l’assassinat de Samuel Paty, le chef du gouvernement, Jean Castex, a affirmé mardi devant les députés, vouloir viser « toutes les associations dont la complicité avec l’islamisme radical peut être établie ». Des associations comme Baraka City, Cheikh Yassine, BarakaCity et le CCIF sont menacées de dissolution.

Des tenues qui recouvrent tout le corps pour des filles de 3-4 ans…

Mais l’hydre islamiste a de nombreuses têtes. À Toulouse, alors qu’une élève de 16 ans a été mise en examen après avoir menacé une enseignante à la suite d’un débat sur le port du voile, un magasin de prêt à porter islamique, Mimoza Hijab, propose des choix de tenues pour le moins « séparatistes ». Sur le site du magasin, qui se vante de pouvoir livrer partout dans le monde, on découvre même une catégorie enfants avec des hijabs pour petites filles. Pire, le « Jilbab », un vêtement composé d’une longue robe prolongée par une sorte de capuche, qui couvre la tête et l’ensemble du corps à l’exception des pieds, des mains et du visage, est proposé pour des filles de seulement 3/4 ans. Pour les petits garçons on découvre que des tenues islamiques comme le Qamis ou le Kaftan sont disponibles dès l’âge d’un an.

Visiblement, Mimoza Hijab tient à vite mettre les enfants dans le bon chemin, « dans les pas de Papa et Maman ! », pour reprendre les mots du site du magasin. Des bandes dessinées pour des enfants âgés de 3 à 5 ans sont disponibles, et sans surprise on ne retrouve pas les aventures de Tom-Tom et Nana ou de Martine, mais plutôt des BD  moralisatrices où filles et garçons semblent systématiquement séparés. Jugez plutôt : « Le halal et le haram expliqués aux enfants », « Les bonnes manières » un livre pour « apprendre les bonnes manières liées à l’islam, comment nous devons être dans notre quotidien, avec nos proches, dans la rue, etc… », ou encore « J’apprends à dire Bismillah ».

Plus choquant que les rayons communautaires des supermarchés

Qu’un magasin comme Mimoza Hijab puisse être tranquillement installé au cœur d’une des plus grandes villes de France, montre bien l’impunité avec laquelle les pratiques de l’islam salafiste s’implantent dans le pays. Notre ministre de l’Intérieur s’est dit « choqué » par les rayons de cuisine communautaires dans les supermarchés, mardi dernier sur le plateau de BFMTV, dénonçant la responsabilité du « capitalisme français, mondial » dans le développement du « communautarisme ». Difficile de ne pas aussi repenser à Décathlon et ses hijabs de running, ou à Nike qui commercialise des burkinis.

À lire aussi, Ingrid Riocreux : Après l’effroi, la France craint que Samuel Paty soit mort pour rien

On attend désormais l’indignation de Gérald Darmanin, et des actions du gouvernement, devant la multiplication des points de vente de tenues qui marquent l’appartenance à un islam rigoriste.

Une action vigoureuse contre certaines lectures pour enfants ou tenues problématiques que certains entendent leur imposer serait certainement bien vue par les Français, qui en ont assez des manifestations de l’islamisme, dont la boutique de Toulouse n’est qu’une des illustrations. Dans un sondage de l’IFOP sur « Le regard des Français sur la menace terroriste et l’islamisme », paru hier, 76% des sondés adhéraient à la dissolution du CCIF, et 78% soutenaient le droit des professeurs à montrer à leurs élèves des dessins se moquant des religions. Mais 63% d’entre eux doutent encore d’Emmanuel Macron, Jean Castex et Gérald Darmanin pour contrer l’islamisme.

Les territoires conquis de l'islamisme

Prix: 30,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 2,51 €

Islamophobie: Intoxication idéologique

Prix: 19,90 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 12,98 €

Que devient Nigel Farage?

0
Nigel Farage dénonce, devant des journalistes, la hausse du nombre de migrants traversant clandestinement la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni, Douvre, 12 août 2020 © Peter Summers/Getty Images/AFP

Architecte majeur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, ce leader désormais sans mandat parlementaire s’est trouvé une nouvelle cause : la chasse aux migrants clandestins arrivant sur la côte anglaise. Reconverti en youtubeur à succès, il a de nouveau le Continent dans son collimateur.


Que devient Nigel Farage, le bouillonnant défenseur de la souveraineté britannique, l’ancienne bête noire de l’Union européenne ? Pour le leader du Parti du Brexit, ex-UKIP, le point culminant de sa carrière a été sa victoire retentissante aux élections européennes de mai 2019. Elle a ouvert les portes du 10 Downing Street à Boris Johnson et mis effectivement fin aux tergiversations et querelles qui bloquaient Westminster depuis 2016, rendant inévitable la sortie de son pays de l’UE. Maintenant que cet objectif suprême a été atteint et qu’il ne dispose plus de tribune à Strasbourg ou à Bruxelles pour ses vibrantes homélies contre la tyrannie eurocratique, que peut donc faire ce chef d’un parti sans député ? Réponse : une nouvelle campagne contre l’immigration. Précisément contre l’arrivée sur la côte sud de l’Angleterre d’immigrés clandestins venus de France dans des embarcations de fortune. Lui qui s’est toujours battu pour que le Royaume-Uni reconquière la maîtrise de ses frontières, trouve un nouveau souffle dans ce rôle de patrouilleur des côtes.

Pendant le confinement, Farage montre où les clandestins accostent

C’est pendant le confinement qu’il a commencé à arpenter les blanches falaises de Douvres ou les plages du comté de Kent où il vit, jumelles à la main, suivi d’un caméraman qui enregistre ses faits, gestes et surtout commentaires. Debout en habit de gentleman-farmer, il montre les points stratégiques où les clandestins accostent, interroge des témoins locaux ou désigne du bras tendu quelque canot qui arrive, chargé d’êtres humains. Il a été interrogé plus d’une fois par la police, pour avoir enfreint les restrictions de déplacement imposées par la crise sanitaire. Il s’est autoproclamé travailleur essentiel. Contraint de démissionner de la radio londonienne, LBC, après avoir comparé le déboulonnage de statues par les #BLM aux méthodes des talibans, il s’est reconverti en vedette de YouTube où ses vidéos font un tabac.

À lire aussi, Pierre Ménat : Dans un monde inquiétant, l’Europe en proie au doute

Les chiffres officiels ne lui donnent pas tort. De janvier à septembre, au moins 5 385 migrants ont accosté dans des bateaux de petite taille ou ont été sauvés en pleine mer par les autorités britanniques et ramenés à terre. C’est cinq fois plus que pendant la même période en 2019. Plus de 1 562 sont arrivés au seul mois d’août. Si la plupart sont d’origine iranienne, les arrivants – parmi lesquels on a du mal à distinguer les réfugiés de guerre des migrants économiques – viennent d’un peu partout en Afrique, au Proche-Orient et en Asie.

Farage attaque le gouvernement 

La première cible des critiques de Farage est le gouvernement de Boris Johnson, accusé d’un laxisme incompréhensible depuis que le pays a quitté l’UE. Goguenard, il exploite le fait que les autorités britanniques auraient fourni aux migrants des taxis pour les ramener au centre-ville de Douvres, des séjours dans des hôtels quatre étoiles et même une visite guidée du stade de football de Liverpool. Il n’est pas plus tendre pour la France, accusée – à tort ou à raison – de faiblesse face aux réseaux de passeurs opérant sur son territoire et dont la marine guiderait des bateaux jusque dans les eaux territoriales britanniques avant de les y abandonner. Il n’empêche que les services français ont secouru de nombreux migrants dont les bateaux ont coulé dans la Manche. À l’heure où les négociations de l’accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni prennent une tournure critique, la question migratoire accentue la pression sur les relations franco-britanniques. Gérald Darmanin a rencontré son homologue, Priti Patel, en juillet, afin de créer une cellule de renseignement commune chargée de lutter contre les trafiquants humains. Cependant, de plus en plus de voix s’élèvent en France, dont celle de la maire de Calais, pour appeler à une révision des accords du Touquet qui régissent les contrôles frontaliers entre les deux pays.

Pendant ce temps, Farage jubile d’avoir retrouvé son rôle de trouble-fête international. Les autorités douanières britanniques ont donné à une aire réservée aux camions, située près de Douvres, le surnom humoristique « the Farage Garage ». Ce qui est sûr, c’est que Farage ne reste jamais longtemps au garage.

Sous les rodomontades, le renoncement à la République?

0
© Pascal Fayolle/SIPA

La République est un colosse aux pieds d’argile. Elle est condamnée au courage, sinon, elle s’effondre


Comment ne pas être bouleversé par la décapitation de ce professeur d’histoire géo qui n’a jamais fait que son travail d’instruction civique, avec bienveillance ?

Il aura voulu expliquer la liberté d’expression à ses élèves et il l’aura payé de sa vie. Comment mieux expliquer la liberté d’expression à nos jeunes qu’en leur présentant ce qui symbolise le mieux les menaces qui pèsent sur son exercice : les caricatures de Mahomet ? L’enseignant avait vu juste, et les reproches qui lui ont été faits par quelques parents d’élèves comme les appels à la mesure en provenance de sa hiérarchie en témoignent. La presse évoque même que, selon une note des RT, l’inspecteur d’académie s’apprêtait à rappeler ce professeur à son « devoir de neutralité ». Ce point est discuté mais nous savons que l’éducation nationale n’a pas toujours été d’un grand réconfort pour les enseignants en difficulté sur le terrain de la laïcité.

Samuel Paty était plus qu’un enseignant, puisqu’il portait sur ses épaules cette liberté perpétuellement menacée.

A lire aussi: Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

Le droit au blasphème est acquis dans la République depuis bien longtemps. Ce n’a pas été facile et on se souvient encore de la figure du chevalier de la Barre. La République peut s’enorgueillir d’une solide tradition de liberté d’expression, encadrée dans ses excès par cette loi remarquable de 1881 sur la presse. Et parmi tous les modes d’expression, la caricature est le mieux accepté, en ce qu’elle fait appel au ressort de l’humour.

Si la République a trouvé la force d’imposer le droit au blasphème aux religions catholique, protestante, juive, elle peine manifestement à l’imposer à la religion musulmane, par crainte.  

Or ce renoncement est préjudiciable. La liberté d’expression est probablement celle qui nous relie le mieux, et nous permet de faire « société ». Nous avons tous des blessures, des sentiments d’injustice à foison, mais la liberté de les dénoncer fait de nous des citoyens, malgré tout ce qui nous oppose. 

La République repose sur deux jambes : les libertés qu’elle protège et la contrainte qu’elle exerce. Soit elle élève le citoyen, soit elle broie et nivelle toute différence.

Je reste persuadé que son fondement le plus solide demeure celui des libertés. Si ce socle-là s’effondre, tout s’effondre, car la contrainte n’est plus supportable sans les libertés.

Je préfère une République intransigeante sur les libertés de pensée, d’expression que la République qui détruit nos langues de Bretagne, et lamine toutes nos différences avec constance et méthode, au mépris du droit international et de l’humanité. Si le ministre Blanquer y va de sa politique hostile à nos langues minoritaires, libre encore à nous de le dénoncer.

La faiblesse de la République m’inquiète sur le terrain des libertés, car tout est fait pour ne jamais heurter la susceptibilité des musulmans, comme si on les pensait déjà en dehors de la société. Et les rodomontades récentes du pouvoir, après cette triste affaire, n’y changeront pas grand-chose.

Ainsi donc, certains hommes, certaines religions seraient insusceptibles d’intégrer les libertés essentielles de notre tradition politique et de notre mode de vie ? N’est-ce pas accorder aux musulmans un régime singulier en les enfermant dans leur déterminisme, en les considérant déjà perdus pour la société ? Devons-nous nous résigner à faire société à côté d’eux, en attendant l’effondrement général ou la guerre civile ?

Il s’agirait d’une démission d’autant plus préjudiciable, que si la République renonce à elle-même, et bien c’est terminé. La République est un colosse aux pieds d’argile. Elle est condamnée au courage, sinon, elle s’effondre. Serions-nous sur le registre de la démission collective ? Renoncer, c’est donner raison à l’ordre de la terreur. 

A lire aussi: Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

Il s’agit en montrant les dessins moins ici de heurter les consciences que de les élever, en rappelant que la liberté peut être supérieure à ses propres convictions philosophiques ou religieuses. 

Ce n’est pas en limitant la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, en supprimant les rayons communautaires dans les grands magasins, en imposant à tous un prénom français, voire même en plaçant dans un foyer tous les enfants des fondamentalistes comme le propose un député en marche, que nous ferons société. Il suffit de retrouver le sens des libertés. 

La République n’a jamais été aussi fragile. Ne serait-elle rien de plus qu’une longue autocélébration, un verbiage dépourvu de prise sur les inégalités, le chant de ralliement de ceux qui ont un avantage à défendre ? 

Il suffirait d’un symbole fort pour qu’elle se retrouve et surtout, du courage.

La désunion française: Essai sur l'altérité au sein de la République

Prix: 29,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 4,25 €