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La surmortalité limitée autorise une relance plus audacieuse

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Les annonces d’Edouard Philippe pour le plan de déconfinement sont très attendues. La surmortalité liée au coronavirus étant moins inquiétante que l’augmentation des demandeurs d’emploi ou l’état moral des entrepreneurs, chaque semaine supplémentaire de confinement doit être envisagée avec crainte.


Depuis le début de l’année, la pandémie du coronavirus occupe l’actualité. Malgré cette omniprésence, la couverture médiatique de l’épidémie n’aide pas à comprendre sa réelle ampleur. Le catastrophisme – qui est justifié dans le cas des drames individuels, de la situation dans les EHPAD et dans certains hôpitaux – domine. 

Ce ton anxiogène masque cependant une dimension essentielle de la crise : si, grâce au confinement, le pire semble avoir été évité, la catastrophe est désormais davantage économique et sociale que sanitaire.

Les chiffres bruts qui nous sont assénés chaque jour ne signifient pas grand chose s’ils ne sont pas rapportés à la population. On entend ainsi que ce week-end, l’épidémie « a franchi la barre des 200 000 morts »,  mais aucun article ne nous rappelle qu’il s’agit en réalité de  0,0028% de la population mondiale. Le sida, par exemple, a encore causé 770 000 décès en 2018.

Les bons résultats du confinement

Les  journalistes justifient souvent leur valeur ajoutée par l’analyse et la mise en contexte qu’ils apportent, ce qu’ils font rarement en rapportant les chiffres de la maladie. Ainsi, les États-Unis « sont le pays le plus touché», sans préciser qu’avec 164 décès par million d’habitants, ils étaient, le 25 avril, beaucoup moins affectés que la France (346), l’Italie (436) ou l’Espagne (490). 

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À quelques exceptions près (Espagne, Lombardie, Ile de France, Grand Est), l’épidémie a été bien gérée par les systèmes de santé européens qui n’ont pas été débordés. Le confinement a très probablement fonctionné et, grâce à celui-ci, la surmortalité due au coronavirus est relativement faible. 

Surmortalité française toute relative

L’INSEE vient de publier des chiffres, passés inaperçus, sans doute parce qu’ils ne vont pas dans le sens de la dramatisation ambiante.

« Au total, le nombre de décès survenus entre le 1er janvier et le 13 avril 2020 s’élève à 202 328 ; il est supérieur à celui enregistré sur la même période en 2019 (191 342) ou en 2018 (195 085) ». 

Il s’agit, certes, d’une hausse de 5,7% par rapport à 2019 et de 3,7% par rapport à 2018. Mais, concrètement, cela signifie “seulement” 7 243 morts supplémentaires dans un pays de 67 millions d’habitants, soit 10,8 décès supplémentaires pour 100 000 habitants. 

Normalement, pour ce genre de données, il est d’usage de comparer avec la moyenne des trois années antérieures. Curieusement,  l’INSEE ne compare pas avec 2017, année qui a vu un fort épisode grippal, avec un excès de décès estimé à 21 200 personnes sur une période de dix semaines. À ce stade, il n’est donc pas encore possible de dire si la mortalité du coronavirus sera plus forte (même si c’est probable) que la grippe de 2017 d’autant plus que, toujours selon l’INSEE « le nombre de décès diminue au cours de la semaine du 11 au 17 avril par rapport à la semaine précédente en France et dans toutes les régions de France métropolitaine ».

Par ailleurs, « vingt-trois départements ont moins de décès enregistrés entre le 1er mars et le 13 avril 2020 que sur la même période de 2019 ». Maintenir ces départements aussi longtemps en confinement total et en quasi-arrêt économique pose question.

Les données d’Euro Momo

Ces données – provisoires, il faut le souligner – se retrouvent ailleurs en Europe et témoignent vraisemblablement du « succès » de la politique de confinement. Le réseau européen d’enregistrement de la mortalité, Euro MOMO, compile la surmortalité dans 24 pays participants au projet. Il y a bien un pic de surmortalité liée au coronavirus, mais la surmortalité cumulée depuis le début de l’année jusqu’au 20 avril serait de 25 552 personnes décédées en comparaison de 2018 (83 769 pour 2019). 

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Il n’y a pas de surmortalité enregistrée chez les moins de 15 ans. Dans le groupe des 15 à 65 ans, elle ne serait, selon les données disponibles, que de 1 240 victimes sur l’ensemble des données transmises. La grande majorité des victimes ont plus que 65 ans et sont atteintes d’une comorbidité. C’est évidemment ces personnes, qui participent le moins à l’activité économique, qui devraient rester plus longtemps confinées.

Faute d’avoir été prévoyant, le gouvernement a été contraint d’imposer un confinement sévère à l’ensemble de la population. Il est maintenant tenté de prolonger les mesures au nom de la santé publique. Dans le même temps, chaque semaine perdue à relancer l’économie augmente le nombre de faillites, le chômage, la dette et le désespoir d’une partie de la population. Après l’absence de prévoyance, c’est l’excès de précaution qui risque de faire des dégâts considérables. 

Les pays du nord et du centre de l’Europe, mieux préparés et moins touchés par l’épidémie, ont commencé le déconfinement avant la France. L’avenir dira si la Suède, en choisissant de ne pas boucler le pays et ses habitants, s’en sortira mieux que les autres. Dans une Union européenne en panne, le risque est grand d’accentuer un peu plus la fracture entre une Europe du nord raisonnablement endettée, disposant encore d’une industrie performante et une Europe du sud asthénique, déprimée et dépendant du bon vouloir de la BCE pour financer ses déficits abyssaux. D’autant plus que, pour équilibrer leur balance commerciale, la France, l’Italie et l’Espagne dépendent largement du tourisme international, qui sera l’une des dernières activités à redémarrer.

Vivre avec la maladie

Gouverner c’est prévoir. C’est précisément ce que plusieurs gouvernements européens n’ont pas su faire face au coronavirus. Prévoir, c’est anticiper la catastrophe économique sociale et par conséquent sanitaire, qui se profile et qui pourrait nous faire regretter chaque semaine supplémentaire de confinement strict. 

Le 22 août 1914, en un seul jour, 27 000 soldats français  perdaient la vie, pour rien, sous le feu des mitrailleuses allemandes. En 2020, ce genre de sacrifice semble absurde. 150 000 personnes meurent chaque année du cancer en France et autant de maladies cardiovasculaires. Près de 100 000 décès sont liés au tabagisme et à l’alcoolisme. 8 000 désespérés se suicident (80 000 tentent de le faire) et plus de 3 000 sont victimes d’accidents de la route. Tout en luttant contre ces fléaux qui sont autant de drames humains, la société accepte d’en payer le prix. Pour préserver notre prospérité et nos systèmes sociaux, ne faudrait-il pas en fait apprendre à vivre avec ce coronavirus ?

« Bien sûr que si! »


 Bien sûr que si! est paru le 5 mars 2020 aux Editions de Paris-Max Chaleil…


Un frou-frou de papier, d’ailes ou de nuages. Un bouquet de marguerites. Un encrier deviné. Nuits blanches de pages que le ventilateur emporte. La première de couverture, telle une coupe de champagne, est promesse d’ivresse. Je t’ai quittée pour mieux te chanter. Parce que je t’aime dans la seule maison que je sache habiter : une maison de mots. Peu importe ton nom : « Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée. »

Une autobiographie amoureuse, fictive ou réelle

François Kasbi, connu pour son Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés (Les Editions de Paris-Max Chaleil) nous offre ici, dans Bien sûr que si ! paru en mars aux mêmes éditons, une autobiographie amoureuse, fictive ou réelle. Celui qui dit « je » lui ressemble comme un frère : un fou de littérature qui croit – rien de plus vrai ! – que la vie est un roman. Elle s’appelle Clarisse. Elle est la poésie du monde. Le clair de terre pour cet amoureux de la nuit.

A lire aussi: François Kasbi, la littérature à l’estomac

Le texte apparaît par vagues ourlées : un décousu fait main tout d’une pièce. La première partie, c’est le récit d’un amour « en plein cœur fait de bric et de broc » — la vie d’une étudiante et d’un écrivain, – dans un Paris en noir et blanc délicieusement inactuel. Ce sont les dîners et les promenades. Ce sont les livres, surtout, offerts, lus ensemble, pris dans la librairie de lui, auxquels l’histoire renvoie, encore et toujours, faisant de ce livre un véritable bréviaire amoureux, avec ses heures d’émerveillement et d’harmonie, puis les dissonances et la rupture – voulue par lui. Rien que de banal : mais tout cela est dit avec délicatesse et humour, avec poésie. La modernité nous a habitués à ne pas faire d’analyses quand nous parlons d’amour. Quelques mots suffisent : « la vie, ce n’est pas la littérature ». La première vague narrative se brise, après cinq ans d’absence, sur une réflexion ironique : « Je vais tourner la page, renouer avec le vivant. » Le vivant ? L’auteur ne l’a jamais quitté lors même que Clarisse lui avait donné – belle performance ! – le goût de la monogamie. La deuxième partie fait un catalogue romanesque des amours contingentes. La « maison de mots » (l’expression est de Bernard Frank) « des années Clarisse » va-t-elle devenir un tombeau littéraire ? Non, car Clarisse est une assurance  pour la vie.

Dame littérature

Dans ce roman, on l’a compris, la dame élue, c’est la littérature. Le chevalier a relevé le gant : le défi qu’il s’était lancé « d’écrire Clarisse ». Il a remporté la manche et la belle. Le style est souple, alerte, poétique et cocasse. Il y a surtout de la tendresse, de l’humanité : là en est tout le prix non dans une prouesse technique. Mais, direz-vous, les citations ? L’auteur les assume. O indiligent lecteur, souviens-toi, mutatis mutandis, des citations latines de Montaigne ! Ces auteurs vers lesquels Montaigne tendait la main dans sa « librairie » étaient des amis dont il te faisait partager l’amitié. Les citations de François Kasbi t’agacent parfois ? Parfait ! Elles t’ouvrent à des amis inconnus dont la liste est infinie. Surtout ces références ancrent l’histoire dans son vrai terreau en déjouant le piège du romanesque : la vraie vie est ailleurs. Le titre du livre a failli être Allégeance du nom du beau poème de René Char. À toi, lecteur, de faire allégeance à cet amour très littéraire.

La fin de l’histoire ? Clarisse serait revenue. Elle aurait pris, avec confiance, le parti du romanesque à deux. Tout recommence still et again. Une semaine après, elle est enceinte. Du livre que tu as, lecteur, entre les mains. Une autre histoire d’amour ? Bien sûr que oui ! In coda laetitia. Le livre qui chante Clarisse est dédié : « A Fanny qui /A Fanny que / A Fanny dont » etc. Dans le champ littéraire, l’écrivain est toujours vainqueur. Ce récit dense, raffiné, plein d’humour est à lire impérativement en temps de confinement.

Bien sûr que si !

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Les cités craquent: la faute à quoi?

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Le confinement et les « banlieues », l’occasion de revenir sur les raisons d’une insécurité toujours plus présente…


La pauvreté et l’urbanisme des fameuses barres d’immeubles sont rendus responsables depuis 30 ans de l’agitation dans les banlieues, appelées par certains sociologues ou politiciens de gauche « les quartiers populaires ». Mais on vivait plutôt bien autrefois dans ces quartiers qui ont accueilli des gens de toutes origines qui quittaient les bidonvilles ou des pieds-noirs venus d’Algérie en 1962. Certes, dans les années 80, une jeunesse souvent turbulente occupait déjà les halls d’immeuble, fascinée par la délinquance et l’argent facile, mais encore avide de partage et de reconnaissance.

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Tout s’est aggravé quand d’autres habitants issus de l’immigration maghrébine et africaine sont arrivés en masse dans des années de récession économique et de regroupement familial et ont importé des moeurs et des modes de civilité identiques à ceux des pays d’origine. Les dérives délinquantes se sont durcies avec la crise et les prêches radicaux des islamistes ont donné du sens à une jeunesse en mal de repères. Les modes de vie et de civilité étaient désormais calqués sur ceux des populations de Bamako, d’Alger, des villages du Maghreb ou du Sahel. Ceux des habitants qui pouvaient partir parce qu’ils en avaient la volonté forte ou les moyens matériels, ont fui l’insécurité et les incivilités et se sont intégrés dans la vie sociale et professionnelle. Mais des centaines de milliers de travailleurs pauvres, de toutes origines, se sont retrouvés piégés dans un cadre qui n’était pas le cadre français et obligés de s’y adapter en raison d’une immigration de masse qui amenaient sans cesse de nouveaux habitants.

La République n’a pas été à la hauteur

Les institutions de la République, malgré des exceptions notables de personnes sur le terrain, courageuses et douées, capables d’écoute, de fermeté et de discernement, n’ont pas su être à la hauteur de l’enjeu, probablement en raison de fonctionnements restés bureaucratiques et technocratiques. On a cherché des solutions à des problèmes qu’on ne connaissait pas vraiment et on n’a pas su accompagner ces changements importants d’une société française confrontée à l’immigration de masse. Au lieu de cela, des expertises, trop souvent biaisées par des idéologies militantes ont conforté la jeunesse des quartiers dans sa propre propagande victimaire. Des élus locaux ont cédé la place et la parole à des représentants de la population auto-désignés, plus enclins à protéger des trafics et des prés carrés associatifs qu’à apporter des solutions innovantes et réalistes.

Mais pourquoi ne possédait-t-on pas les informations pertinentes ? Les habitants des quartiers ne prenaient pas facilement la parole pour raconter ce qu’ils savaient, par peur des représailles parfois de la part de ceux qui voulaient protéger leurs trafics illicites, par absence de confiance et de familiarité avec les institutions souvent. Dans les institutions la peur des représailles existait également. Appelée « devoir de réserve », elle ne permettait pas de dire les failles de l’institution et ainsi de leur permettre de s’adapter, en utilisant l’intelligence et la créativité des agents de base.

La police n’est pas reconnue

Ainsi, j’ai eu l’occasion de travailler autrefois à la formation de commissaires de police à l’école de Saint-Cyr au Mont d’Or, ainsi qu’à la formation des formateurs de la police nationale à l’école de Gif-sur-Yvette. J’ai pu entendre les souffrances des agents de terrain, le manque de reconnaissance et d’écoute de la part de certains responsables hiérarchiques, plus soucieux de l’avancement de leur carrière que de la remontée des informations politiquement peu correctes. Les violences policières ? Elles existent, on ne peut le nier, mais le plus souvent en réaction à des violences subies par une police qui contrairement à la police d’autres pays, et singulièrement à la police des pays d’origine n’est pas autorisé à exercer la violence légitime de l’État. Depuis longtemps, la police est considérée par une partie de la jeunesse issue de l’immigration maghrébine et africaine comme une armée ennemie qui occupe indûment leur territoire. Il existe une minorité importante de jeunes nés en France et issus parfois depuis plusieurs générations de l’immigration maghrébine et africaine, qui manifestent par différentes formes de violences leur sentiment d’être des victimes : pillages et vols, trafics, agressions commises avec une brutalité extrême, tentations du terrorisme djihadiste… Ceux-là pourrissent la vie des cités, font fuir les habitants honnêtes, de toutes origines, qui ont la possibilité de partir, créent des situations intolérables aux enseignants, aux éducateurs, aux bibliothécaires, s’en prennent à la police, aux pompiers, aux médecins même. On connait les raisons qui produisent ces violences : des pères souvent absents ou violents, une éducation islamique marquée par l’intolérance de l’altérité, des tabous sexuels qui engendrent les frustrations, une culture de l’honneur et de la honte qui produit de la colère, de la peur, de la dépression et finalement de la haine. Ces jeunes de France ressemblent à leurs « frères » de Berlin, Düsseldorf, Göteborg, Alger, Londres, Bamako, Gaza: leur vision du monde est la même, nourrie de croyances superstitieuses et complotistes.

Le gouvernement, soucieux de ne pas déclencher un embrasement des banlieues qui pourrait déboucher sur un conflit généralisé, redouté d’ailleurs depuis des décennies, n’utilisera pas la force en faisant intervenir l’armée comme certains le recommandent déjà. Le projet de police de proximité, qui fut une belle idée, mais mal présentée et surtout mal mise en pratique a été rapidement abandonnée. Désormais, il est peut-être trop tard.

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Ainsi, dans ces quartiers, l’état a renoncé à faire appliquer les consignes de confinement pourtant valables pour tous. Jeunes et adultes retenus jusqu’à présent de gré ou de force dans la vie de la nation par l’école et les institutions de la république, risquent de se détacher encore plus dans un repli communautaire et un fonctionnement quasi tribal. Ce qu’on constate dans les quartiers d’habitat social au retour de quelques semaines de vacances « au bled » risque de se généraliser : un éloignement du commun national et un retour à des archaïsmes religieux, à des pratiques sociales réfractaires au projet républicain et au roman national, à une poursuite des confrontations avec les institutions républicaines.

En conséquence, comment allons-nous éviter une aggravation des violences actuelles ? Comment allons-nous ramener au sein de la nation française ces enfants perdus et leurs familles, sachant qu’un grand nombre des habitants de ces quartiers le souhaite en secret, mais n’osent le dire en raison de fonctionnement tribaux, appelés poliment communautaires, qu’il faut absolument contrecarrer. Comment permettre l’expression d’une parole authentique à ces citoyens de toutes origines, mais aussi à des enseignants, des policiers, des fonctionnaires territoriaux qui ont besoin de se connaître, de se rencontrer et d’élaborer ensemble des réflexions qui pourraient nourrir, mieux probablement que les experts technocratiques qui n’ont pas réussi à inventer de vraies solutions, la décision politique ?

La Thérapie Sociale

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La vie de château


Et si ce confinement vous poussait à voir la vie en plus grand ? Faites un investissement enfin raisonnable dans la pierre, et rejoignez nos “territoires”.


Cette crise sanitaire aura mis en lumière l’exiguïté des appartements parisiens. Notre habitat urbain est aussi indigne que le traitement infligé aux personnes âgées. Nos vieux parqués dans d’immondes bâtiments médico-sociaux et nos jeunes, dans des clapiers mal isolés, les retraites et les revenus de tous, pompés par cet immobilier ogresque qui grève, chaque année un peu plus, le budget des ménages. J’ai toujours fait un autre lien entre la faillite du système éducatif français et la construction, dès la fin des années 1960, de dizaines de collèges et lycées à l’architecture douteuse. Déjà la technostructure pensait rationalisation, adaptation, circulation des flux et mise à l’écart. La ségrégation a commencé là, sur l’argument fallacieux de la démocratisation. Les enfants d’ouvriers pourront passer le bachot, mais en dehors des murs solides, ils ne connaitront de la pierre que les cloisons fragiles et le placo inhospitalier. Seuls les grands établissements publics et privés, de prestige, les filières d’élite, ont échappé au cauchemar Pailleron. On en revient toujours aux fondations. Des écoles qui ressemblent à des hôpitaux psychiatriques en périphérie des villes n’incitent guère à l’effort. Le préfabriqué n’est pas compatible avec l’élévation de l’esprit. 

L’appel de la ruralité

Ce confinement nous amène à réfléchir ensemble sur notre avenir, comme continuer à payer à crédit un deux-pièces au prix d’une maison médiévale fortifiée du XVème siècle dans l’Oise, par exemple. Combien sommes-nous à nous interroger, chaque week-end, en regardant les pages « Propriétés » du Figaro Magazine ? Un jardin de 1 800 m2 à 100 km de Paris ou une chambre de bonne sous les toits haussmanniens ? Ce moulin à blé du XVIIème, classé Monuments Historiques, son bief et ses dépendances à la place d’un studio dans un arrondissement bruyant où le commerce de stupéfiants fait florès en pleine journée ? 12 hectares en Bourgogne et son château d’influence italienne de 475 m2 en échange d’un appartement familial à une Porte de la capitale avec vue sur des tramways et des bouchons, aux heures de pointe ? Dans un pays où l’emploi s’est concentré sur quelques métropoles régionales, où l’appareil d’état enjambe les deux rives de la Seine et où l’ensemble des sièges sociaux s’est agglutiné dans un quartier d’affaires aux façades alpestres, le retour en province a quelque chose d’irréel comme la blondeur de Catherine Deneuve dans « La vie de château », film de Jean-Paul Rappeneau en 1966. 

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La ruralité n’est pas un long fleuve tranquille, elle se mérite, les trains n’y passent presque plus, munissez-vous d’un permis de conduire et investissez dans un tout-terrain, l’état de la chaussée laisse à désirer. Comptez également trente bonnes minutes avant d’atteindre les Urgences, quant à un rendez-vous chez un spécialiste, tablez plutôt sur 14 mois d’attente. Et sur place, vous vivrez de quoi ? La maison d’hôtes ou la location de salles pour les mariages vont connaître des saisons bien austères après le passage du Covid-19. Tant pis, Stéphane Bern a beau nous alerter depuis des années à la télé sur la charge d’un tel bien, les toitures fuyantes par essence, les factures d’électricité monstrueuses, le chauffage inexistant, la plomberie tracassière, l’État tatillon sur les rénovations, le voisinage jaloux, les hivers forcément rigoureux, rien n’y fait, les Français rêvent d’un château en France, d’une propriété de famille près de Grignan, d’un mas du côté d’Uzès, d’une grande ferme dans la Vallée de Chamonix, d’une belle demeure où ils pourront poser leurs soucis et faire prospérer leurs racines. 

Depardieu et Jagger vous montrent le chemin

« Notre mythologie à nous, c’était le château. Le château jouait un rôle énorme dans notre vie de chaque jour. On aurait pu dire, peut-être, qu’il était l’incarnation du nom. Le même sacré les baignait. C’était le nom pétrifié » écrivait Jean d’Ormesson dans Au plaisir de dieu. Sans une particule, un héritage, un oncle d’Amérique, une grille de loto, chacun a droit de s’inventer une lignée. Cette crise nous prouve que la santé et le logement sont des valeurs d’avenir. Si nous n’avons pas brillé dans la gestion des masques, nos châteaux résistent, ils sont une part de notre identité qu’elle soit fantasmée ou non, ils sont notre « graal » et notre fierté nationale. Nous avons hâte de les revoir. Depardieu s’est réfugié dans le sien en Anjou et Mick Jagger en Touraine, c’est bien le signe que notre Histoire n’est pas morte.

Au plaisir de Dieu

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Fermeture de 14 réacteurs: un gâchis financier, humain et climatique

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Un décret du gouvernement du 23 avril, passé inaperçu dans cette période d’épidémie, grave dans le marbre la fermeture de 14 réacteurs nucléaires pour les 15 années à venir


Ces 14 réacteurs représentent le quart du parc nucléaire français. Les centrales nucléaires, décriées par les écologistes, ont pourtant rendu un sacré service au climat en économisant depuis quarante ans de gigantesques quantités d’émission de CO2. Elles rendent aussi un service important à l’emploi et à l’économie française puisque la filière nucléaire emploie 250 000 personnes. Le gâchis financier qui résulterait de leur mise à la casse est lui aussi énorme, la construction des centrales françaises ayant coûté 96 milliards d’euros selon la Cour des Comptes.

Mettre à la casse de telles unités de production d’électricité, avant leur fin programmée, est un gâchis : gâchis d’argent par dizaines de milliards d’euros, gâchis d’emplois bien rémunérés, gâchis dans la lutte contre le réchauffement climatique.

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Nous n’avons pourtant aucun chemin pour produire de l’électricité en émettant moins de CO2. En effet, stocker les énergies éoliennes et solaires, intermittentes par nature, avec des batteries est irréaliste. L’académie des Sciences a publié en 2017 une étude rappelant que pour stocker deux jours de besoins électriques d’hiver pour la France, il faut 15 millions de tonnes de batterie contenant 300 000 tonnes de lithium soit sept fois la production mondiale actuelle de lithium. La façon la plus propre pour remplacer l’électricité des 14 réacteurs est donc de produire de l’électricité avec des énergies renouvelables éoliennes et solaires complétées par des centrales au gaz lorsqu’il n’y a pas assez de vent ou de soleil, la nuit par exemple. Dans le meilleur des cas, à cause des périodes sans vent ou sans luminosité, les éoliennes et les panneaux solaires produiraient 35% de la production d’électricité avec peu d’émission de CO2 et des centrales au gaz complémentaires 65% avec beaucoup d’émission de CO2[tooltips content= »En France, une éolienne produit à plein régime l’équivalent de 2000 heures par an, un panneau photovoltaïque produit à plein régime l’équivalent 1100 heures par an. En additionnant les deux, ce qui est simpliste mais donne le résultat le plus favorable pour les énergies renouvelables, nous arrivons à 3100 heures par an soit 35% du temps. Le calcul réel est complexe, tient compte de la courbe réelle de consommation nationale d’électricité et de production prévisible heure par heure des énergies renouvelables, de la présence de vents et de soleil au niveau local quand il ne l’est pas au niveau national mais les ordres de grandeur sont acceptables. »](1)[/tooltips]. Le calcul, simple, montre que ces 14 réacteurs émettent 30 fois moins de CO2 que le couple énergies renouvelables et gaz[tooltips content= »La production des 14 réacteurs est de 95 milliards de kilowatts-heure d’électricité par an. Chaque réacteur émet 12 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit. Ces 14 réacteurs émettent donc chaque année 4,56 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 95*109*12/1012=1,14).
Une centrale au gaz émet 490 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit quand le couple éolienne et solaire émet en moyenne 30 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit. Le couple énergie renouvelable centrale au gaz émettra donc chaque année 31,25 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 65%*(380*109*490/1012)+35%*(380*109*30/1012)=31,25). Pour remplacer l’ensemble du parc nucléaire français, le même calcul aboutit à un surplus de 125 millions de tonnes de CO2 émis. »](2)[/tooltips]
nécessaire pour les remplacer. 

Si on réalise le programme d’Europe Ecologie les Verts, le remplacement de toutes les centrales nucléaires par des énergies renouvelables et des centrales au gaz, les émissions de CO2 de la France augmenteraient de 121 millions de tonnes de CO2. Ces calculs montrent toute l’absurdité d’un tel projet : chaque année, la France rejetterait 40% de CO2 en plus dans l’atmosphère qu’elle n’en rejette aujourd’hui !

Le nucléaire a économisé l’équivalent de 22 ans de rejets de CO2 d’un pays comme la France

Le nucléaire a beau être brocardé par les « Verts », il émet nettement moins de CO2 que l’électricité renouvelable intermittente, obligatoirement complétée par des centrales fossiles. Ce n’est pas pour rien que le champion des énergies renouvelables, l’Allemagne, a ouvert nombre de centrales au gaz (et même au charbon) ces dernières années. Ce pays démarrera d’ailleurs en 2020 une énième centrale… au charbon !

A lire aussi: Le coronavirus prouve une chose: les comportements individuels ont un impact limité sur la transition

De 1977 à aujourd’hui, les centrales nucléaires françaises ont économisé 22 ans de rejets de CO2 d’un pays comme la France d’aujourd’hui ou 9 ans de rejets de CO2 d’un pays comme l’Allemagne[tooltips content= »La production nucléaire de la France depuis 1977 est de 14 000 milliards de kilowatts heure. En les remplaçant par des centrales au gaz, puisque les énergies renouvelables n’existent que récemment, l’économie est environ de 6700 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 14000*109*(490-12)/ 1012=6692). La France a émis environ 300 millions de tonnes de CO2 en 2019 (source Banque Mondiale). L’Allemagne a émis environ 700 millions de tonnes de CO2 en 2019 (source Banque Mondiale). »](3)[/tooltips] !  

Le nucléaire permet à la France d’être le grand pays industrialisé le plus économe en CO2 : le Français moyen émet selon la Banque Mondiale 4,6 tonnes de CO2 par an quand le terrien moyen en émet 5 tonnes par an, l’Allemand 8,9 tonnes par an.

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Produire massivement de l’hydrogène, l’essence de demain

Le nucléaire est donc nécessaire à une production d’électricité avec le minimum d’émission de CO2. Faut-il en déduire que les éoliennes et les panneaux solaires ne peuvent servir à rien ?  Assurément non.

Un pays comme la France, ayant une électricité rejetant très peu de CO2, peut installer des éoliennes et des panneaux solaires en nombre. L’électricité produite sera utilisée pour produire sans émission de CO2 de l’hydrogène dans des électrolyseurs. Cerise sur le gâteau pour la France, les centrales nucléaires ne produisent pas toujours à plein régime. Il est possible et très rentable de se servir de cette production d’électricité supplémentaire à coût quasi nul pour produire encore plus d’hydrogène propre.

Cet hydrogène propre est produit à un coût acceptable et coûte moins cher que l’essence si on ne lui met pas sur le dos les taxes excessives sur le carburant. L’hydrogène est bien l’essence de demain.

Il existe déjà des trains à hydrogène Alstom permettant de remplacer les trains au Diesel. Bizarrement, ce train roule en Allemagne. La SNCF va cependant commander 17 trains Alstom à hydrogène. En utilisant cette technologie, nous pourrons remplacer les bus diesel par des bus à hydrogène en ville, allégeant du coût l’émission de particules fines. Les infrastructures hydrogène se développant, nous pourrons, dans une dizaine d’années, passer aux camions à hydrogène, aux voitures à hydrogène (trois voitures de série existent déjà et Paris compte 100 taxis à hydrogène et bientôt 600). Dans un jour lointain, l’avion à hydrogène et le bateau à hydrogène sont un développement tout à fait réaliste.

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Le système de transport peut donc à terme se passer d’énergie fossile. 

Voilà pourquoi, la fermeture de Fessenheim et la fermeture programmée de nombre de centrales nucléaires françaises est une erreur fatale dans la transition énergétique : c’est un gâchis terrible dans la lutte contre le réchauffement climatique, un gâchis financier et un gâchis humain. Une très mauvaise décision de nos gouvernements qui n’ont malheureusement pas de stratégie réaliste et pragmatique pour que la France se passe à terme des énergies fossiles. 

Le sujet de la transition énergétique et tous les autres sujets de la transition écologique sont développés dans un livre à paraître en mai : Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant.[tooltips content= »Edition Jean-Cyrille Godefroy « ](4)[/tooltips]

Source: Blog de Philippe Murer

Les conséquences économiques de la pandémie: qui va payer?

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Pour sauver l’économie, partout dans le monde, les États vont devoir « euthanasier les rentiers » (l’expression est de Keynes). Si l’euro y fait obstacle, la monnaie commune va sauter.


Pour bien mesurer les enjeux économiques soulevés par le confinement, il faut distinguer les effets sur le passé et sur l’avenir de cette quasi mise à l’arrêt du pays et de l’essentiel de la production mondiale. 

Le gel complet des trois quarts de l’activité exerce deux types d’effets. Prenons l’exemple de la France.

Le premier effet, c’est d’empêcher une part importante de la richesse d’être produite (si le confinement dure trois mois, en fin d’année, près d’un quart de PIB va manquer). Le deuxième effet découle des mesures prises par l’État pour  éviter que les entreprises coulent ou que les ménages privés d’emploi plongent dans  la misère.  Qu’il s’agisse de garantir des emprunts, de ne pas encaisser des taxes ou encore de verser les salaires du privé (le chômage partiel), de facto la majeure partie de l’économie a été de facto nationalisée.

Il est essentiel de comprendre que la majeure partie de cette richesse non produite sera définitivement perdue. Prenons l’exemple des cafés, une fois ré-ouverts, ils seront incapables de reconstituer le chiffre d’affaires perdu. Les Français ne vont pas boire trois tasses de café au lieu d’une, trois mois durant pour compenser l’effet confinement !

Au lendemain d’une guerre, on doit reconstruire, ce qui stimule le PIB. Ici, il faut sortit de l’engourdissement. La reprise sera fastidieuse voire douloureuse. Elle le sera d’autant que le déconfinement ne sera pas synchrone et qu’une partie importante de la production (effet de la globalisation) et de la consommation (le tourisme et les exportations) vient de l’étranger. Si l’épidémie dure, les surcoûts engendrés par la production du matériel de protection, par le respect des distances sociales (qui suppose plus de M2 pour produire ou une production perlée) va rendre le déconfinement plus lent et plus difficile. Enfin, le Covid a déjà fait des victimes économiques et ce n’est pas terminé : faillites, mise au chômage ; etc.

Une partie importante va se jouer dans la manière dont le gouvernement va considérer les dépenses publiques surtout dans notre pays qui, avant la pandémie, s’était déjà enfoncé dans la spirale de l’endettement : en étant obligé d’emprunter. Or, la BCE interdit aux banques centrales de financer directement les États, contrairement à ce que fait la Banque d’Angleterre, par exemple.

Au lendemain du déconfinement, l’attitude de l’État peut être de deux types : soit il considère que de futurs impôts doivent financer les dépenses publiques, soit il décide que celles-ci ne sont pas des avances mais des dons.

Dans le premier cas, le gouvernement brise les genoux du redressement avant même qu’il ait lieu. Dans le second cas, il favorise la production et la consommation. Ces deux solutions ne feront pas du tout les mêmes perdants et les mêmes gagnants. 

Si les dépenses publiques ne sont pas remboursées, si les dettes sont effacées, à la manière de ce que recommande l’ancien testament avec la tradition du Jubilé qui prescrit, une fois tous les 49 ans, de passer en pertes toutes les créances, on appauvrit les épargnants. L’effacement des dettes découle généralement de l’inflation déclenchée par la création monétaire (il y a davantage de monnaie que de production) laquelle déprécie la richesse existante. On parle de « monétiser la dette » ou de « seigneuriage monétaire ». Garant de l’ordre social, l’État considère que l’on ne peut se permettre de ruiner la société dans son ensemble pour préserver les intérêts de ceux qui détiennent des créances (en fait, les riches et les vieux). En effaçant les dettes, le pouvoir politique rappelle aux institutions financières qui est le patron. À raison. La folie de la globalisation, son caractère cancéreux résidait dans le fait de soumettre le pouvoir politique au bon vouloir des puissances économiques. 

Or, il ne peut y avoir de banques, de compagnies d’assurances, de fonds de pension, d’actionnaires, de riches ou de petits épargnants, pas même d’activité économique pérenne si l’État est ruiné. 

Si la puissance publique, garante de l’intérêt général, fait endosser aux producteurs (salariés, entreprises) le remboursement des dettes par des taxes, il sacrifie la richesse future. Rembourser les dépenses publiques et la dette, c’est sacrifier le futur sur l’autel du passé. Le « jubilé », c’est « l’euthanasie de rentiers » (l’expression est de Keynes) au nom de l’avenir. L’électorat et la politique de Macron sont ceux de la défense des bas de laine. L’apôtre de la start-up nation risque d’être contraint de préférer les salariés aux actionnaires, l’intérêt général aux marchés et la France à l’Europe et à la globalisation.

Une part importante des détenteurs d’obligations sont en effet étrangers (à 70%). De plus, non seulement les 27 ne veulent pas mutualiser les dettes mais les traités européens et notamment l’architecture de l’euro nous obligent à emprunter pour financer nos dépenses. Il y a donc un hiatus. Mourir Européen ou revivre Français ?

On comprend pourquoi Macron est aussi mal à l’aise. Il va devoir se démettre ou se soumettre à l’intérêt du plus grand nombre et sacrifier les 30% de privilégiés qui l’ont élu.

COP 86: reportage dans un futur insoutenable


À quoi ressemblera notre monde dans 60 ans? Permettez-nous un grand bond dans le futur…


3 septembre 2080. De notre envoyé·e spécial·e en direct de la COP 86 à Stockholm.

Les Covid 19, 20, 21 et 22 ne sont plus que de mauvais et douloureux souvenirs. Les températures élevées et soutenues des dernières décennies semblent avoir eu raison de ce fléau. Cet été a été parmi un des plus chauds de ces cinquante dernières années. En France, le record du mois de juin 2019 (46°C à Vérargues dans l’Héraut) a été battu à Poiseux (Nièvre) qui a vu les thermomètres grimper à 47,8°C. La température moyenne annuelle atteint 25 degrés. Le dernier rapport du GIEC tire le signal d’alarme. L’ONU pousse un cri. Les trois derniers pays qui forment l’UE pleurent. À Vienne, deuxième capitale du Califat Ottoman, Erdogan III est inquiet. Mais que faisons-nous en réalité ?

Heureusement, l’activiste suédoise Greta Thunberg, âgée aujourd’hui de 77 ans, continue sa grève de la faim ponctuelle, tous les dimanches, assise dans la cour de la maison de retraite dans laquelle elle réside. « Je retournerai manger dans ma chambre quand vous aurez rangé la vôtre », dit-elle aux grand.e.s de ce monde. « Vous m’avez volé ma jeunesse, puis mon adolescence, puis ma vie d’adulte, vous me volez maintenant ma seniorité. Il est temps que cela cesse », a-t-elle encore déclaré, dentier serré et tresses violettes, à la tribune de la dernière COP 86. « Je veux que vous ayez peur », a-t-elle ajouté en brandissant sa canne en bambou recyclable.

A lire aussi: Greta, intersectionnels, indigénistes : ils vomissent l’Occident

Il est évident que le sursaut d’une de nos plus éminentes représentantes des générations anciennes portera ses fruits. L’on voit d’ores et déjà nombre de retraité.e.s faire grève tous les dimanches dans la cour des MA·e·s (Maisons des Ancien·nes). Quand nous lui posons la question « Pourquoi une grève de la faim le dimanche ? », Greta nous montre avec une moue de dégoût et du bout de la manche de son tricot en fibre de carotte le plateau-repas qui fait office de déjeuner chaque dimanche dans sa Maison des Ancien·ne·s – c’est le seul repas de la semaine qui contient de la viande.

Il y a soixante ans, la maman de Greta avait confié aux journaux suédois : « Ma fille est capable de voir ce que les autres ne voient pas. Elle peut percevoir le CO2 à l’œil nu. Elle l’observe s’échapper des cheminées et se transformer en dépotoir dans l’atmosphère » (propos repris dans le journal crypto-climatosceptique Valeurs actuelles du 16 janvier 2020). Aujourd’hui, Greta ayant quasiment perdu la vue à cause d’une rétinopathie veganique (altération des vaisseaux rétiniens consécutive à un déficit protéique dû à une alimentation exclusivement légumineuse – pathologie mise en évidence par la Professeure Jenniphair Larzaouï-Bourrin en 2067), elle nous dit avoir développé son odorat jusqu’à pouvoir « renifler » à des kilomètres à la ronde les nuages toxiques, les odeurs de mort du CO2, et même les remugles d’un barbecue à plusieurs dizaines de kilomètres. « Les gens n’ont pas compris que c’était la fin, ils continuent comme si de rien n’était, c’est pourquoi mon engagement est si radical depuis… depuis… depuis… (elle se tourne vers Sof, son infirmière transgenre), depuis combien de temps déjà ? » – « Soixante ans. » – « Vous vous rendez compte, ça fait soixante ans que je dis, preuves en main, que nous serons morts dans vingt ans, et personne ne me prend au sérieux, personne n’écoute. »

Hier, devant le président racisé et les membres de la COP 86, Greta a redit ses angoisses en s’appuyant sur les toutes dernières données scientifiques du GIEC : « Si nous ne faisons rien MAINTENANT, nous serons tous.tes mort.e.s dans un ou deux ans. Cessez IMMÉDIATEMENT de manger de la viande, de vous chauffer et d’habiter de confortables maisons, habillez-vous léger (elle montre sa simple et transparente tunique en fil de noix de coco), respirez une fois sur deux (elle montre comment on fait), et, et, et…(deux vigiles non-binaires se précipitent pour la soutenir), comprenez bien que JE VEUX que vous ayez la trouille (sa voix s’étrangle), VOUS avez détruit ma vie, JE vous maudis, et j’annonce solennellement à cette tribune (elle se retient de respirer) qu’après ma mort je veux (elle se retient de respirer) que ma dépouille soit compostée, que la nature retourne à la nature, que MA volonté soit faite, ICI comme PARTOUT, et même AILLEURS ! »

L’émotion a été à son comble lorsque les ambulancières asexuelles de la Maison des Ancien·ne·s sont venues chercher Greta, épuisée, visiblement affaiblie par son déplacement en vélo avec robot-chien d’aveugle – Greta milite aussi pour l’arrêt de l’exploitation animale sous TOUTES ses formes.

Nous tenons à rassurer nos lecteurs·trices, les dernières nouvelles sont tout à fait rassurantes : Greta va bien. Elle se repose. Elle est prête, dit-elle, « à continuer le combat soixante ans encore s’il le faut. »

L'écologisme, nouveau totalitarisme ?

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Mes journées inutiles

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Quand le confinement berrichon se transforme en foire à la brocante


J’envie mes confrères encartés, éditorialistes du troisième âge, qui profitent de ces journées immobiles pour penser le monde d’après. Ils pourraient tapoter nonchalamment sur leur clavier, à la feignante, ouvrir la fenêtre, profiter du beau temps, rêvasser à cette caissière du Franprix aux seins lourds ou à une côte de bœuf persillée à souhait, mangée un été, sous la tonnelle, et prendre cette pause sanitaire pour des vacances forcées. Ils ont bien mérité de partir à la retraite, ils nous doivent au moins ça. Ont-ils envisagé d’accepter l’inacceptable et de se taire tout simplement ? En attendant la deuxième vague, ils ne renoncent pas au trop-plein, ils sont ivres de mots, de théories, d’injonctions, d’actions à distance. Ils sont incorrigibles dans leur vaine productivité. Même si toutes leurs prédictions politiques, économiques, culturelles et sociétales ont échoué, toutes leurs gesticulations n’ayant apporté que désordre et chaos, ils continuent à s’exprimer sur le devenir du pays, péremptoires souvent, gaulliens parfois, chiffres à l’appui toujours, et agissant pour notre bien commun, la main sur le cœur. Le doute ne les atteindra donc jamais comme s’ils étaient programmés pour nous désoler chaque jour, chaque année, chaque décennie de plus. On peut tout leur reprocher sauf leur régularité dans l’erreur et ce don inné pour nous fourrer dans des situations impossibles. 

Toujours quelque chose à dire

Nous sommes trop respectueux des personnes âgées, nous les avons laissées divaguer sur les antennes sans leur couper le sifflet. Naïvement, je croyais qu’après un tel désastre, le silence aurait été une solution de repli, décente et profitable à tous ces commentateurs satisfaits. Qui pourrait nier la faillite de notre modèle après ce virus ? Mais non, ils ont encore des choses à nous dire. Nous préférerions qu’ils végètent devant leur télé et chassent les mauvaises herbes dans leur jardin. Ils imaginent déjà, une société plus respectueuse de la nature, aux rapports de classe moins brutaux, certains vont même jusqu’à exiger que notre démocratie se réinvente. Avec leur concours, évidemment ! 

A lire aussi, du même auteur: Au théâtre ce soir avec Pascal Praud!

Pour tout vous avouer, ils me mettent mal à l’aise. Où puisent-ils cette force dans leurs certitudes ? Ces vieux ambitieux résistent à tout, aux changements de majorité, d’actionnaires, à l’honneur surtout. Ils sont dans le poste depuis sa création et je comprends aujourd’hui pourquoi j’ai échoué dans toutes mes tentatives d’élévation sociale. Ils avaient pour eux une énergie folle, une volonté de gladiateur, une assurance qui donne le vertige, le talent de faire reluire leur propre personne, ne le nions pas, c’est une qualité de nos jours, soyons bons princes. Ces « Conan-le-barbare » de l’info ressemblent beaucoup à Arnold, ce jeune culturiste autrichien à l’accent tranchant qui tînt Hollywood dans ses bras musclés à force d’opiniâtreté. Et moi, qu’est-ce que je fais pendant qu’ils réfléchissent à notre sort, à notre futur « vivre ensemble » ? 

Je m’abandonne à mon incurable dilettantisme

Ce matin, j’ai passé une heure sur le site de l’entreprise 3M et ai été émerveillé par la variété des masques, j’ai presque eu envie d’en faire une collection, quels beaux objets ! 

Le chanteur Christophe qui amassait de la quincaille et des synthés me comprendrait sûrement. Puis, j’ai été captivé par un article de Rustica qui m’apprenait que les loups sont entrés dans le Morvan. Un chauffeur de taxi en a photographié un de nuit, sur la route. 

Je ne suis pas fier de moi, ma seule création depuis deux mois de confinement à la campagne est l’invention d’une nouvelle stratégie de cuisson des chipolatas sur le barbecue. J’ai réussi à parfaire une technique qui saisit la chair sans la brusquer, évitant ainsi le goût désagréable du carbonisé. Pourrais-je breveter ma méthode ? 

Des amis écrivains m’ont conseillé de relire, en cette période « charnière », des textes substantiels qui nourrissent l’esprit, pour voir plus loin, pour dépasser mes réflexes, pour m’armer face aux nouvelles catastrophes. Je suis resté sourd à leurs appels. J’ai honte, je n’ai pas réouvert Proust, ni Maistre, ni même Bloy, je me suis laissé emporter par ma vague érotico-seventies-pathétique. Ma dernière lecture en date s’intitule Les Filles de Madame Claude (Un empire qui ne tient qu’à un fil) de Elisabeth Antébi et Anne Florentin paru chez France Loisirs en 1980. Ce n’est pas glorieux, je le confesse. Le Canard enchainé avait pourtant salué cet ouvrage : « Un livre rose où l’on décrit par le menu, avec doigté, le célèbre harem où se sont succédé pendant quinze ans plus de cinq cents jeunes filles ». Je suis irrécupérable. Je ne prends au sérieux que les ébats, les débats m’ennuient.

Pendant que mes camarades refont le monde, j’ai démonté mon antique « Télécran », cette tablette magique de mon enfance. C’était bien avant les cristaux liquides, j’ai passé ma journée à m’informer sur ce jouet disparu grâce au livre Jouets cultes de Pascal Pinteau (nouveau monde éditions) et j’ai fait la rencontre de son improbable inventeur, André Cassagnes, un électricien de Vitry-sur-Seine au milieu des années 1950. « Pour effacer, il suffit de retourner l’appareil à plat et de lui donner des mouvements de va-et-vient comme pour tamiser le sable » indiquait la notice. J’aimerais tant effacer ces deux derniers mois.

Jouets cultes

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Prostituées: difficile de respecter les gestes barrières dans la profession

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Alors que le confinement complique la vie des prostituées, les abolitionnistes sont de sortie pour continuer à combattre cette profession pas comme les autres.


Le confinement a bouleversé la vie de chacun d’entre nous et pour la plupart l’a rendue plus difficile. Le quotidien des travailleuses du sexe (j’ai choisi d’employer le féminin d’abord parce que je me refuse à écrire quoi que ce soit en écriture inclusive, ensuite parce que même si le masculin l’emporte dans notre langue, ce sont en majorité des femmes qui l’exercent) est devenu insoutenable. Croyez-vous que cela intéresse nos inénarrables féministes ? Que nenni. 

Le collectif NousToutes de Caroline de Haas est occupé à faire fonctionner son business de prévention contre la violence faite aux femmes, sujet bien trop grave à mon sens pour qu’il soit confié à ces professionnelles en victimologie, tandis que toutes nous expliquent qu’il ne faut plus se laver si s’habiller ni s’épiler pour ne pas céder aux injonctions patriarcales. Nous nageons en plein délire. 

C’est donc à votre servante que revient la lourde tâche d’analyser ce sujet si complexe aujourd’hui.

Le podcast Au Front donne la parole depuis le début du confinement à des personnes en “première ligne” face au virus, que ce soit le personnel soignant, les caissières, ou les travailleuses du sexe. Celui du 12 avril est consacré à Marie, travailleuse du sexe en confinement qui se définit comme pute. Marie s’estime privilégiée car elle perçoit une allocation handicapé en plus de ses revenus, mais elle s’en prend très durement à la loi du 13 avril 2016 qui pénalise les clients et a rendu le travail du sexe encore plus précaire. 

« Beaucoup de mes collègues en ce moment crèvent la dalle car elles n’ont droit à aucune aide et sont considérées par le gouvernement comme des personnes inexistantes ». Les syndicats du travail du sexe comme le Strass (syndicat du travail sexuel) ont mis en place des cagnottes pour venir en aide aux plus précaires, mais les sommes récoltées ne sont pas suffisantes, elles ne servent qu’à pallier aux besoins les plus urgents : nourritures et quelquefois payer des chambres d’hôtel car nombre d’entre elles se retrouvent sans hébergement, faute d’argent. Malgré les risques encourus, les voici contraintes de retourner au turbin, et vous imaginez bien qu’il n’est pas facile de respecter les gestes barrières lors d’un rapport sexuel. Le Strass a mis en ligne une sorte de guide pour limiter les risques. Ils recommandent bien sûr de travailler en ligne via webcam, mais comme le souligne Marie dans le podcast, c’est un métier à part entière et toutes ne sont pas équipées. Si vraiment il n’y a d’autres solutions, le collectif conseille d’éviter les positions en face en face et bien sûr les baisers. Ne vous gaussez pas car comme le chante Baudelaire dans un magnifique poème  : « Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d’ordures au visage fardé de cette pauvre impure que déesse famine a par un soir d’hiver contrainte à relever ses jupons en plein air. » 

Une prostituée enterrée au Bois de Boulogne?

Cette période chaotique est propice à tous les dérapages, nous le voyons dans nombre de domaines. L’Obs a publié le 16 avril un article qui depuis a été supprimé car il s’agirait vraisemblablement d’une énorme fake news. Cet article relaie l’histoire d’une jeune prostituée, Nouchka, qui serait morte dans le Bois de Boulogne des suites du Covid-19 et enterrée comme un  chien. Une histoire à la Zola 2020 servie par un champ lexical ronflant que l’on n’emploie plus trop pour évoquer l’univers des travailleuses du sexe : « maquereau”, « meute »… Cette fake news aurait été montée de toute pièce par Kathya de Brinon qui sévit sur Facebook et se veutla rédemptrice des femmes victimes de violence et des putains. Mais l’enfer est pavé de bonne intentions. 

A lire aussi: Belleville, le vieil homme et la marcheuse chinoise

Thierry Schaffauser, le responsable du Strass a superbement « débunké » la fable dans une lettre ouverte à l’Obs leur demandant de publier un correctif. Schaffauser, travailleur du sexe depuis 20 ans et responsable du Strass depuis 2009, a su débusquer toutes les invraisemblances. Il y existe d’abord une grande solidarité au sein de la communauté des travailleuses du sexe et jamais leurs membres n’auraient laissé faire un acte aussi sordide. Enterrer un cadavre dans un trou et le recouvrir de feuilles, voilà la fausse image que se font les abolitionnistes des prostituées : de pauvres âmes en déshérence qui ne peuvent survivre sans l’aide des bonnes âme de leur espèce ! Dans l’article, Nouchka était présentée comme une prostituée russe complétement perdue et inculte. Dans la réalité, les filles de l’Est travaillent en grande majorité sur internet et  sont au contraire parfaitement articulées intellectuellement. Enfin aucune association de travailleuses du sexe n’avaient entendu parler de ce fait divers sordide. Il y avait donc toutes les chances qu’il n’ait jamais existé et heureusement. Quant à Katia de Brinon, elle a fini par se rétracter et s’est dite victime d’un canular, faisant ricaner ses détracteurs. 

Les vérités derrière la fake news

Mais de quoi cet épisode est-il le nom ? L’Obs est un media abolitionniste (comme pratiquement tous les media à l’exception de Causeur, assumons ici notre parti pris), et les abolitionnistes se sont jetés sur ce fait divers comme la misère sur le monde car il correspond à l’idée qu’ils se font de la prostitution, un univers glauque, où évoluent des figures à la Fantine. Souvenez-vous, tragiquement, dans le roman de Victor Hugo, Fantine meurt chez les bonnes sœurs sous l’œil sévère de la Mère Supérieure. Les abolitionnistes d’aujourd’hui sont des curés de gauche. 

Revenons à présent à la fameuse loi du 13 avril 2016, contre laquelle les travailleuses du sexe ont organisé des manifestations virtuelles ce mois-ci, une sorte de non-commémoration pour dénoncer encore et toujours cette loi inique. Je me suis longuement entretenue avec Thierry Schaffauser, et il a été très clair et argumenté au sujet des dégâts déjà commis par le camp du Bien du sexe. Cette loi a plongé les prostituées dans une précarité encore plus grande, car le client étant pénalisé, il se fait plus rare. Elles sont donc obligées de revoir leurs tarifs à la baisse pour la grande majorité d’entre elles et d’accepter des pratiques à risques, telles que les rapports sexuels sans préservatifs. Selon lui, on observe une augmentation du VIH et des maladies vénériennes chez les travailleuses du sexe. Toutes les filles sont touchées, de l’escort qui officie sur internet et à domicile à la prostituée immigrée, doublement pénalisée si elle n’est pas régularisée. Marlène Schiappa, peu regardante des faits et qui n’aime rien tant que de tordre le réel pour le faire correspondre à son idéologie féministo-victimaire (les femmes étant pour elle des victimes ontologiques, la pute est une victime au carré !)  prétend que 95% des travailleuses du sexe seraient « maquées ». Voilà qui fait bondir Thierry Schaffauser. Le proxénétisme est un phénomène plus complexe que l’on ne pense : un propriétaire qui loue de manière tout à fait régulière son appartement à une prostituée peut être considéré comme proxénète par exemple. Schaffauser évalue le pourcentage de travailleuses du sexe sous le joug de proxénètes entre 10 et 20%. Quant aux prostituées migrantes, elles sont souvent davantage victimes de la traite, car elles se prostituent le plus souvent pour rembourser leurs passeurs. La frontière est mince me direz-vous. 

A lire aussi: Mais où sont donc passées les violences conjugales liées au confinement?

Si les prostituées ne sont pas toutes à l’image de Grisélidis Réal, symbole de la pute libre et artiste, la plupart sont des femmes qui désirent vivre librement de leur commerce, certes sulfureux. C’est ce que les syndicats réclament à cors et à cris : être considérés comme des travailleurs normaux, se déclarer en tant que tels et même payer des impôts.  

Curés de gauche

Nous sommes pour l’instant loin du compte. Les moralistes veillent au grain. 

Dans son excellent ouvrage La fin du tapin, sociologie de la croisade pour l’abolition, Lilian Mathieu retrace l’histoire de la prostitution depuis le Moyen Âge. Il y révèle le rôle de l’église, qui jusqu’au XIXe réglementait le commerce des corps et voulait sauver les âmes. Nous y revoilà avec nos curés de gauche ! À la loi du 13 avril 2016 figure en effet un projet de « Sortie de la prostitution ». Sans effet pour l’instant et très vague, il proposait de rémunérer les candidates à la sortie un peu plus de trois cents euros. Indigne charité. L’ouvrage souligne également  l’alliance des féministes et des catholiques dans les années 1960 en vue d’œuvrer pour la suppression de la prostitution. Les abolitionnistes sont évidemment plein de bonnes intentions. Pour l’instant, ils ne proposent en fait qu’une forme d’enfer aux âmes qu’ils désirent sauver. 

Je me fais fort de ne jamais me positionner en moraliste. Je ne sais pas si la prostitution est bien ou mal, je ne sais même pas si c’est un métier comme un autre, car il faut à mon sens (et d’aucuns vont pousser des cris d’orfraie) pas mal de courage pour l’exercer. 

Mais ce plus vieux métier du monde me semble indispensable au bon fonctionnement de toute société, car comme le chante Sardou, ce représentant de l’ancien monde : « Comme les filles de son espèce elle prend ses quartiers de noblesse au fond des âges (..) les malheureux  au cœur blessé tous les amoureux délaissés, ceux qui débutent, vont trouver l’amour chez les putes »

Attentat de Romans-sur-Isère: le bâtonnier du barreau de la Drôme démissionne

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Rendre public des échanges privés pour exalter la fraternité avec un terroriste, voilà les drôles de principes de certains avocats qui se sont opposés à lui !


 

« Cet homme-là, Abdallah Ahmed Osman est l’un des nôtres. Il nous ressemble. Nous sommes faits de la même chair, des mêmes os et le même sang que le vôtre coule dans ses veines. C’est notre frère ». Voilà ce qu’ont écrit neuf avocats dans Dalloz actualité, une revue juridique. L’homme dont il est ici question, ce “frère” donc, n’est autre que le réfugié soudanais qui a tué deux personnes et blessé 5 autres à Romans-sur-Isère, alors que nous étions en plein confinement. 

Celui-ci ne supportait pas de vivre dans un pays de kouffars, il est donc passé à l’acte suivant le mode opératoire recommandé par l’État islamique. Un mode opératoire que nous commençons tous a bien connaître : le meurtre au couteau. Pandémie oblige, la presse en a peu parlé.

Tout ce que vous écrivez sur Facebook pourra être retenu contre vous

Alors pourquoi une telle déclaration d’amour, une telle identification à un profil aussi violent qu’haineux et perturbé ?

« J’ai certainement employé des mots durs à son égard, mais le terroriste présumé ne sera jamais mon frère, jamais! » Thierry Chauvin, le magistrat démissionnaire

Parce qu’il semble que tout soit bon parfois quand il s’agit de régler des comptes d’où les questions de pouvoir ne sont pas absentes, et que l’on choisit pour cela de s’appuyer sur l’émotion plutôt que sur la raison. En ligne de mire de la tribune: le bâtonnier du barreau de la Drôme, Thierry Chauvin. L’affaire a commencé suite à une polémique autour de propos échangés dans un cadre privé (un groupe Facebook fermé) par les avocats du barreau local. 

Un avocat avait écrit, suite au drame de Romans « A tous les connards qui veulent défendre les sous-merdes du type de celui qui a tué deux personnes à Romans », le tout suivi d’un émoji « doigt d’honneur ». Le bâtonnier a commenté en écrivant : « Il peut crever où il veut, rien à … et, moi aussi je pèse mes mots », laissant entendre qu’il ne ferait pas d’effort pour désigner un avocat commis d’office. 

A lire aussi: Le terrorisme islamiste ne respecte pas le confinement

Si l’on peut être surpris par le langage employé, il n’en reste pas moins que rien ne se déroule dans un cadre officiel, mais dans un espace censé être confidentiel, lequel entraîne souvent le relâchement des échanges. Instrumentaliser ainsi cette parole n’est donc pas faire acte de justice, mais se poser en censeur. 

Si on rendait public des échanges entre ministres, collaborateurs de ministres, hauts fonctionnaires dans des cercles non officiels, on pourrait aussi être fort étonné. Or on n’est comptable que des actes que l’on pose. Il y a donc une vraie différence entre la parole publique et la parole privée : elles ne sont pas du même ordre. Imaginez que vous traitiez votre compagne ou compagnon de tous les noms, suite à une dispute, et que vous vous confiez à un groupe d’amis ; celui-ci vous laisserait probablement pérorer et pester, puis attendrait que vous ayez retrouvé vos esprits avant d’ouvrir une cagnotte Leetchi pour financer votre divorce, s’ils font preuve de discernement. De la même façon, un bâtonnier qui refuserait de nommer un avocat commis d’office dans le cadre de ses fonctions est sanctionnable. Mais un homme qui se lâche sur le coup de l’émotion dans un groupe privé n’a pas posé d’acte. Un bâtonnier peut donc faire son devoir -en l’occurrence veiller à ce que les droits de la défense soient honorés-, et pour autant n’en penser pas moins. Cette liberté-là est réelle et n’est un problème que si elle amène à faillir à sa fonction. D’ailleurs, observons que le fameux Abdallah Ahmed Osman a bel et bien un avocat, commis d’office par le barreau de Paris. Ses droits ont donc été respectés. 

Indécents avocats

En revanche, les avocats signataires de la tribune, qui se positionnent comme juges d’instruction et procureurs de leurs pairs, ont eux franchi délibérément une barrière morale essentielle : celle qui distingue la parole publique de la parole privée. 

Le deuxième problème est qu’ils se comportent comme des prédicateurs, imposant l’amour et la fraternité, ce qui n’a rien à voir avec la déontologie : le droit à une défense n’est pas une obligation affective, mais une exigence de justice. La « fraternité » n’a rien à voir là-dedans et tout le monde a parfaitement le droit de refuser de se sentir « frère » d’un homme qui tue ceux qui ne se prosternent pas devant le même dieu que lui. Car celui qui est cause de toute cette petite agitation à peine croyable à Valence n’est pas un innocent. L’homme qui suscite tant d’ardeur est un tueur dont l’idéologie et les crimes islamistes sont bien réels. Or, si toute personne a droit à une défense, même lorsque ses actes suscitent horreur et rejet, et ce de Klaus Barbie à Robert Brasillach en passant par Michel Fourniret, nous assigner pour autant à la fraternité avec ce type de personnage du haut de son statut d’avocat est aussi ridicule qu’indécent.

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La tonalité du texte polémique, entre exaltation adolescente et ivresse de soi, est avant tout un formidable exercice d’autopromotion. Comme Marguerite dans Faust, qui rit de se voir si belle dans son miroir, cette tribune a pour but d’amener à ce que l’on s’extasie devant la hauteur de vue de ces professionnels qui porteraient si haut l’exigence de leur métier. Une hauteur de vue telle qu’elle leur donnerait le droit de faire la morale à tous leurs confrères ? et de faire symboliquement la peau du bâtonnier du barreau de la Drôme ? Cela a formidablement bien marché. L’homme vient de donner sa démission. Il s’en explique dans la presse régionale: « Comment pourrais-je continuer à exercer ma fonction auprès de confrères qui, d’un côté, s’érigent en grands moralisateurs et, de l’autre, insultent la mémoire des victimes (…) ? Notre profession se discrédite. Je ne pouvais plus en être l’un de ses représentants ». Pendant ce temps, les avocats qui ont signé cette tribune d’anthologie se considèrent peut-être comme les dignes héritiers de Zola dans « J’accuse »… 

Que ces avocats permettent donc à nombre d’entre nous de préférer à ce prêchi-prêcha pseudo-humanitaire, dont certains nous rebattent les oreilles depuis le massacre de Charlie, les mots forts écrits par Riss en août 2019 dans l’éditorial de Charlie Hebdo quand nous étions sommés de bien vouloir accueillir les jihadistes français aux mains couvertes de sang et aux intentions toujours aussi violentes : « A ceux qui aujourd’hui se sont engagés dans un combat mortel contre nos libertés, nous ne souhaitons qu’une chose : qu’on les juge sans pitié et qu’ils disparaissent de nos vies à jamais ».

La surmortalité limitée autorise une relance plus audacieuse

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Maison de repos à Kaysesberg, le 16 avril 2020 © Jean-Francois Badias/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22448661_000004

Les annonces d’Edouard Philippe pour le plan de déconfinement sont très attendues. La surmortalité liée au coronavirus étant moins inquiétante que l’augmentation des demandeurs d’emploi ou l’état moral des entrepreneurs, chaque semaine supplémentaire de confinement doit être envisagée avec crainte.


Depuis le début de l’année, la pandémie du coronavirus occupe l’actualité. Malgré cette omniprésence, la couverture médiatique de l’épidémie n’aide pas à comprendre sa réelle ampleur. Le catastrophisme – qui est justifié dans le cas des drames individuels, de la situation dans les EHPAD et dans certains hôpitaux – domine. 

Ce ton anxiogène masque cependant une dimension essentielle de la crise : si, grâce au confinement, le pire semble avoir été évité, la catastrophe est désormais davantage économique et sociale que sanitaire.

Les chiffres bruts qui nous sont assénés chaque jour ne signifient pas grand chose s’ils ne sont pas rapportés à la population. On entend ainsi que ce week-end, l’épidémie « a franchi la barre des 200 000 morts »,  mais aucun article ne nous rappelle qu’il s’agit en réalité de  0,0028% de la population mondiale. Le sida, par exemple, a encore causé 770 000 décès en 2018.

Les bons résultats du confinement

Les  journalistes justifient souvent leur valeur ajoutée par l’analyse et la mise en contexte qu’ils apportent, ce qu’ils font rarement en rapportant les chiffres de la maladie. Ainsi, les États-Unis « sont le pays le plus touché», sans préciser qu’avec 164 décès par million d’habitants, ils étaient, le 25 avril, beaucoup moins affectés que la France (346), l’Italie (436) ou l’Espagne (490). 

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À quelques exceptions près (Espagne, Lombardie, Ile de France, Grand Est), l’épidémie a été bien gérée par les systèmes de santé européens qui n’ont pas été débordés. Le confinement a très probablement fonctionné et, grâce à celui-ci, la surmortalité due au coronavirus est relativement faible. 

Surmortalité française toute relative

L’INSEE vient de publier des chiffres, passés inaperçus, sans doute parce qu’ils ne vont pas dans le sens de la dramatisation ambiante.

« Au total, le nombre de décès survenus entre le 1er janvier et le 13 avril 2020 s’élève à 202 328 ; il est supérieur à celui enregistré sur la même période en 2019 (191 342) ou en 2018 (195 085) ». 

Il s’agit, certes, d’une hausse de 5,7% par rapport à 2019 et de 3,7% par rapport à 2018. Mais, concrètement, cela signifie “seulement” 7 243 morts supplémentaires dans un pays de 67 millions d’habitants, soit 10,8 décès supplémentaires pour 100 000 habitants. 

Normalement, pour ce genre de données, il est d’usage de comparer avec la moyenne des trois années antérieures. Curieusement,  l’INSEE ne compare pas avec 2017, année qui a vu un fort épisode grippal, avec un excès de décès estimé à 21 200 personnes sur une période de dix semaines. À ce stade, il n’est donc pas encore possible de dire si la mortalité du coronavirus sera plus forte (même si c’est probable) que la grippe de 2017 d’autant plus que, toujours selon l’INSEE « le nombre de décès diminue au cours de la semaine du 11 au 17 avril par rapport à la semaine précédente en France et dans toutes les régions de France métropolitaine ».

Par ailleurs, « vingt-trois départements ont moins de décès enregistrés entre le 1er mars et le 13 avril 2020 que sur la même période de 2019 ». Maintenir ces départements aussi longtemps en confinement total et en quasi-arrêt économique pose question.

Les données d’Euro Momo

Ces données – provisoires, il faut le souligner – se retrouvent ailleurs en Europe et témoignent vraisemblablement du « succès » de la politique de confinement. Le réseau européen d’enregistrement de la mortalité, Euro MOMO, compile la surmortalité dans 24 pays participants au projet. Il y a bien un pic de surmortalité liée au coronavirus, mais la surmortalité cumulée depuis le début de l’année jusqu’au 20 avril serait de 25 552 personnes décédées en comparaison de 2018 (83 769 pour 2019). 

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Il n’y a pas de surmortalité enregistrée chez les moins de 15 ans. Dans le groupe des 15 à 65 ans, elle ne serait, selon les données disponibles, que de 1 240 victimes sur l’ensemble des données transmises. La grande majorité des victimes ont plus que 65 ans et sont atteintes d’une comorbidité. C’est évidemment ces personnes, qui participent le moins à l’activité économique, qui devraient rester plus longtemps confinées.

Faute d’avoir été prévoyant, le gouvernement a été contraint d’imposer un confinement sévère à l’ensemble de la population. Il est maintenant tenté de prolonger les mesures au nom de la santé publique. Dans le même temps, chaque semaine perdue à relancer l’économie augmente le nombre de faillites, le chômage, la dette et le désespoir d’une partie de la population. Après l’absence de prévoyance, c’est l’excès de précaution qui risque de faire des dégâts considérables. 

Les pays du nord et du centre de l’Europe, mieux préparés et moins touchés par l’épidémie, ont commencé le déconfinement avant la France. L’avenir dira si la Suède, en choisissant de ne pas boucler le pays et ses habitants, s’en sortira mieux que les autres. Dans une Union européenne en panne, le risque est grand d’accentuer un peu plus la fracture entre une Europe du nord raisonnablement endettée, disposant encore d’une industrie performante et une Europe du sud asthénique, déprimée et dépendant du bon vouloir de la BCE pour financer ses déficits abyssaux. D’autant plus que, pour équilibrer leur balance commerciale, la France, l’Italie et l’Espagne dépendent largement du tourisme international, qui sera l’une des dernières activités à redémarrer.

Vivre avec la maladie

Gouverner c’est prévoir. C’est précisément ce que plusieurs gouvernements européens n’ont pas su faire face au coronavirus. Prévoir, c’est anticiper la catastrophe économique sociale et par conséquent sanitaire, qui se profile et qui pourrait nous faire regretter chaque semaine supplémentaire de confinement strict. 

Le 22 août 1914, en un seul jour, 27 000 soldats français  perdaient la vie, pour rien, sous le feu des mitrailleuses allemandes. En 2020, ce genre de sacrifice semble absurde. 150 000 personnes meurent chaque année du cancer en France et autant de maladies cardiovasculaires. Près de 100 000 décès sont liés au tabagisme et à l’alcoolisme. 8 000 désespérés se suicident (80 000 tentent de le faire) et plus de 3 000 sont victimes d’accidents de la route. Tout en luttant contre ces fléaux qui sont autant de drames humains, la société accepte d’en payer le prix. Pour préserver notre prospérité et nos systèmes sociaux, ne faudrait-il pas en fait apprendre à vivre avec ce coronavirus ?

« Bien sûr que si! »

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Franvois Kasbi. Photo : Patrick Iafrate.

 Bien sûr que si! est paru le 5 mars 2020 aux Editions de Paris-Max Chaleil…


Un frou-frou de papier, d’ailes ou de nuages. Un bouquet de marguerites. Un encrier deviné. Nuits blanches de pages que le ventilateur emporte. La première de couverture, telle une coupe de champagne, est promesse d’ivresse. Je t’ai quittée pour mieux te chanter. Parce que je t’aime dans la seule maison que je sache habiter : une maison de mots. Peu importe ton nom : « Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée. »

Une autobiographie amoureuse, fictive ou réelle

François Kasbi, connu pour son Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés (Les Editions de Paris-Max Chaleil) nous offre ici, dans Bien sûr que si ! paru en mars aux mêmes éditons, une autobiographie amoureuse, fictive ou réelle. Celui qui dit « je » lui ressemble comme un frère : un fou de littérature qui croit – rien de plus vrai ! – que la vie est un roman. Elle s’appelle Clarisse. Elle est la poésie du monde. Le clair de terre pour cet amoureux de la nuit.

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Le texte apparaît par vagues ourlées : un décousu fait main tout d’une pièce. La première partie, c’est le récit d’un amour « en plein cœur fait de bric et de broc » — la vie d’une étudiante et d’un écrivain, – dans un Paris en noir et blanc délicieusement inactuel. Ce sont les dîners et les promenades. Ce sont les livres, surtout, offerts, lus ensemble, pris dans la librairie de lui, auxquels l’histoire renvoie, encore et toujours, faisant de ce livre un véritable bréviaire amoureux, avec ses heures d’émerveillement et d’harmonie, puis les dissonances et la rupture – voulue par lui. Rien que de banal : mais tout cela est dit avec délicatesse et humour, avec poésie. La modernité nous a habitués à ne pas faire d’analyses quand nous parlons d’amour. Quelques mots suffisent : « la vie, ce n’est pas la littérature ». La première vague narrative se brise, après cinq ans d’absence, sur une réflexion ironique : « Je vais tourner la page, renouer avec le vivant. » Le vivant ? L’auteur ne l’a jamais quitté lors même que Clarisse lui avait donné – belle performance ! – le goût de la monogamie. La deuxième partie fait un catalogue romanesque des amours contingentes. La « maison de mots » (l’expression est de Bernard Frank) « des années Clarisse » va-t-elle devenir un tombeau littéraire ? Non, car Clarisse est une assurance  pour la vie.

Dame littérature

Dans ce roman, on l’a compris, la dame élue, c’est la littérature. Le chevalier a relevé le gant : le défi qu’il s’était lancé « d’écrire Clarisse ». Il a remporté la manche et la belle. Le style est souple, alerte, poétique et cocasse. Il y a surtout de la tendresse, de l’humanité : là en est tout le prix non dans une prouesse technique. Mais, direz-vous, les citations ? L’auteur les assume. O indiligent lecteur, souviens-toi, mutatis mutandis, des citations latines de Montaigne ! Ces auteurs vers lesquels Montaigne tendait la main dans sa « librairie » étaient des amis dont il te faisait partager l’amitié. Les citations de François Kasbi t’agacent parfois ? Parfait ! Elles t’ouvrent à des amis inconnus dont la liste est infinie. Surtout ces références ancrent l’histoire dans son vrai terreau en déjouant le piège du romanesque : la vraie vie est ailleurs. Le titre du livre a failli être Allégeance du nom du beau poème de René Char. À toi, lecteur, de faire allégeance à cet amour très littéraire.

La fin de l’histoire ? Clarisse serait revenue. Elle aurait pris, avec confiance, le parti du romanesque à deux. Tout recommence still et again. Une semaine après, elle est enceinte. Du livre que tu as, lecteur, entre les mains. Une autre histoire d’amour ? Bien sûr que oui ! In coda laetitia. Le livre qui chante Clarisse est dédié : « A Fanny qui /A Fanny que / A Fanny dont » etc. Dans le champ littéraire, l’écrivain est toujours vainqueur. Ce récit dense, raffiné, plein d’humour est à lire impérativement en temps de confinement.

Bien sûr que si !

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Les cités craquent: la faute à quoi?

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Émeutes à Villeneuve le 20 avril 2020. © Bastien Louvet/SIPA Numéro de reportage : 00957230_000011

Le confinement et les « banlieues », l’occasion de revenir sur les raisons d’une insécurité toujours plus présente…


La pauvreté et l’urbanisme des fameuses barres d’immeubles sont rendus responsables depuis 30 ans de l’agitation dans les banlieues, appelées par certains sociologues ou politiciens de gauche « les quartiers populaires ». Mais on vivait plutôt bien autrefois dans ces quartiers qui ont accueilli des gens de toutes origines qui quittaient les bidonvilles ou des pieds-noirs venus d’Algérie en 1962. Certes, dans les années 80, une jeunesse souvent turbulente occupait déjà les halls d’immeuble, fascinée par la délinquance et l’argent facile, mais encore avide de partage et de reconnaissance.

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Tout s’est aggravé quand d’autres habitants issus de l’immigration maghrébine et africaine sont arrivés en masse dans des années de récession économique et de regroupement familial et ont importé des moeurs et des modes de civilité identiques à ceux des pays d’origine. Les dérives délinquantes se sont durcies avec la crise et les prêches radicaux des islamistes ont donné du sens à une jeunesse en mal de repères. Les modes de vie et de civilité étaient désormais calqués sur ceux des populations de Bamako, d’Alger, des villages du Maghreb ou du Sahel. Ceux des habitants qui pouvaient partir parce qu’ils en avaient la volonté forte ou les moyens matériels, ont fui l’insécurité et les incivilités et se sont intégrés dans la vie sociale et professionnelle. Mais des centaines de milliers de travailleurs pauvres, de toutes origines, se sont retrouvés piégés dans un cadre qui n’était pas le cadre français et obligés de s’y adapter en raison d’une immigration de masse qui amenaient sans cesse de nouveaux habitants.

La République n’a pas été à la hauteur

Les institutions de la République, malgré des exceptions notables de personnes sur le terrain, courageuses et douées, capables d’écoute, de fermeté et de discernement, n’ont pas su être à la hauteur de l’enjeu, probablement en raison de fonctionnements restés bureaucratiques et technocratiques. On a cherché des solutions à des problèmes qu’on ne connaissait pas vraiment et on n’a pas su accompagner ces changements importants d’une société française confrontée à l’immigration de masse. Au lieu de cela, des expertises, trop souvent biaisées par des idéologies militantes ont conforté la jeunesse des quartiers dans sa propre propagande victimaire. Des élus locaux ont cédé la place et la parole à des représentants de la population auto-désignés, plus enclins à protéger des trafics et des prés carrés associatifs qu’à apporter des solutions innovantes et réalistes.

Mais pourquoi ne possédait-t-on pas les informations pertinentes ? Les habitants des quartiers ne prenaient pas facilement la parole pour raconter ce qu’ils savaient, par peur des représailles parfois de la part de ceux qui voulaient protéger leurs trafics illicites, par absence de confiance et de familiarité avec les institutions souvent. Dans les institutions la peur des représailles existait également. Appelée « devoir de réserve », elle ne permettait pas de dire les failles de l’institution et ainsi de leur permettre de s’adapter, en utilisant l’intelligence et la créativité des agents de base.

La police n’est pas reconnue

Ainsi, j’ai eu l’occasion de travailler autrefois à la formation de commissaires de police à l’école de Saint-Cyr au Mont d’Or, ainsi qu’à la formation des formateurs de la police nationale à l’école de Gif-sur-Yvette. J’ai pu entendre les souffrances des agents de terrain, le manque de reconnaissance et d’écoute de la part de certains responsables hiérarchiques, plus soucieux de l’avancement de leur carrière que de la remontée des informations politiquement peu correctes. Les violences policières ? Elles existent, on ne peut le nier, mais le plus souvent en réaction à des violences subies par une police qui contrairement à la police d’autres pays, et singulièrement à la police des pays d’origine n’est pas autorisé à exercer la violence légitime de l’État. Depuis longtemps, la police est considérée par une partie de la jeunesse issue de l’immigration maghrébine et africaine comme une armée ennemie qui occupe indûment leur territoire. Il existe une minorité importante de jeunes nés en France et issus parfois depuis plusieurs générations de l’immigration maghrébine et africaine, qui manifestent par différentes formes de violences leur sentiment d’être des victimes : pillages et vols, trafics, agressions commises avec une brutalité extrême, tentations du terrorisme djihadiste… Ceux-là pourrissent la vie des cités, font fuir les habitants honnêtes, de toutes origines, qui ont la possibilité de partir, créent des situations intolérables aux enseignants, aux éducateurs, aux bibliothécaires, s’en prennent à la police, aux pompiers, aux médecins même. On connait les raisons qui produisent ces violences : des pères souvent absents ou violents, une éducation islamique marquée par l’intolérance de l’altérité, des tabous sexuels qui engendrent les frustrations, une culture de l’honneur et de la honte qui produit de la colère, de la peur, de la dépression et finalement de la haine. Ces jeunes de France ressemblent à leurs « frères » de Berlin, Düsseldorf, Göteborg, Alger, Londres, Bamako, Gaza: leur vision du monde est la même, nourrie de croyances superstitieuses et complotistes.

Le gouvernement, soucieux de ne pas déclencher un embrasement des banlieues qui pourrait déboucher sur un conflit généralisé, redouté d’ailleurs depuis des décennies, n’utilisera pas la force en faisant intervenir l’armée comme certains le recommandent déjà. Le projet de police de proximité, qui fut une belle idée, mais mal présentée et surtout mal mise en pratique a été rapidement abandonnée. Désormais, il est peut-être trop tard.

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Ainsi, dans ces quartiers, l’état a renoncé à faire appliquer les consignes de confinement pourtant valables pour tous. Jeunes et adultes retenus jusqu’à présent de gré ou de force dans la vie de la nation par l’école et les institutions de la république, risquent de se détacher encore plus dans un repli communautaire et un fonctionnement quasi tribal. Ce qu’on constate dans les quartiers d’habitat social au retour de quelques semaines de vacances « au bled » risque de se généraliser : un éloignement du commun national et un retour à des archaïsmes religieux, à des pratiques sociales réfractaires au projet républicain et au roman national, à une poursuite des confrontations avec les institutions républicaines.

En conséquence, comment allons-nous éviter une aggravation des violences actuelles ? Comment allons-nous ramener au sein de la nation française ces enfants perdus et leurs familles, sachant qu’un grand nombre des habitants de ces quartiers le souhaite en secret, mais n’osent le dire en raison de fonctionnement tribaux, appelés poliment communautaires, qu’il faut absolument contrecarrer. Comment permettre l’expression d’une parole authentique à ces citoyens de toutes origines, mais aussi à des enseignants, des policiers, des fonctionnaires territoriaux qui ont besoin de se connaître, de se rencontrer et d’élaborer ensemble des réflexions qui pourraient nourrir, mieux probablement que les experts technocratiques qui n’ont pas réussi à inventer de vraies solutions, la décision politique ?

La Thérapie Sociale

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La vie de château

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Stéphane Bern passant une journée formidable à France Miniature, son parc de loisirs favori © LAURENT BENHAMOU/SIPA Numéro de reportage: 00854084_000041

Et si ce confinement vous poussait à voir la vie en plus grand ? Faites un investissement enfin raisonnable dans la pierre, et rejoignez nos “territoires”.


Cette crise sanitaire aura mis en lumière l’exiguïté des appartements parisiens. Notre habitat urbain est aussi indigne que le traitement infligé aux personnes âgées. Nos vieux parqués dans d’immondes bâtiments médico-sociaux et nos jeunes, dans des clapiers mal isolés, les retraites et les revenus de tous, pompés par cet immobilier ogresque qui grève, chaque année un peu plus, le budget des ménages. J’ai toujours fait un autre lien entre la faillite du système éducatif français et la construction, dès la fin des années 1960, de dizaines de collèges et lycées à l’architecture douteuse. Déjà la technostructure pensait rationalisation, adaptation, circulation des flux et mise à l’écart. La ségrégation a commencé là, sur l’argument fallacieux de la démocratisation. Les enfants d’ouvriers pourront passer le bachot, mais en dehors des murs solides, ils ne connaitront de la pierre que les cloisons fragiles et le placo inhospitalier. Seuls les grands établissements publics et privés, de prestige, les filières d’élite, ont échappé au cauchemar Pailleron. On en revient toujours aux fondations. Des écoles qui ressemblent à des hôpitaux psychiatriques en périphérie des villes n’incitent guère à l’effort. Le préfabriqué n’est pas compatible avec l’élévation de l’esprit. 

L’appel de la ruralité

Ce confinement nous amène à réfléchir ensemble sur notre avenir, comme continuer à payer à crédit un deux-pièces au prix d’une maison médiévale fortifiée du XVème siècle dans l’Oise, par exemple. Combien sommes-nous à nous interroger, chaque week-end, en regardant les pages « Propriétés » du Figaro Magazine ? Un jardin de 1 800 m2 à 100 km de Paris ou une chambre de bonne sous les toits haussmanniens ? Ce moulin à blé du XVIIème, classé Monuments Historiques, son bief et ses dépendances à la place d’un studio dans un arrondissement bruyant où le commerce de stupéfiants fait florès en pleine journée ? 12 hectares en Bourgogne et son château d’influence italienne de 475 m2 en échange d’un appartement familial à une Porte de la capitale avec vue sur des tramways et des bouchons, aux heures de pointe ? Dans un pays où l’emploi s’est concentré sur quelques métropoles régionales, où l’appareil d’état enjambe les deux rives de la Seine et où l’ensemble des sièges sociaux s’est agglutiné dans un quartier d’affaires aux façades alpestres, le retour en province a quelque chose d’irréel comme la blondeur de Catherine Deneuve dans « La vie de château », film de Jean-Paul Rappeneau en 1966. 

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La ruralité n’est pas un long fleuve tranquille, elle se mérite, les trains n’y passent presque plus, munissez-vous d’un permis de conduire et investissez dans un tout-terrain, l’état de la chaussée laisse à désirer. Comptez également trente bonnes minutes avant d’atteindre les Urgences, quant à un rendez-vous chez un spécialiste, tablez plutôt sur 14 mois d’attente. Et sur place, vous vivrez de quoi ? La maison d’hôtes ou la location de salles pour les mariages vont connaître des saisons bien austères après le passage du Covid-19. Tant pis, Stéphane Bern a beau nous alerter depuis des années à la télé sur la charge d’un tel bien, les toitures fuyantes par essence, les factures d’électricité monstrueuses, le chauffage inexistant, la plomberie tracassière, l’État tatillon sur les rénovations, le voisinage jaloux, les hivers forcément rigoureux, rien n’y fait, les Français rêvent d’un château en France, d’une propriété de famille près de Grignan, d’un mas du côté d’Uzès, d’une grande ferme dans la Vallée de Chamonix, d’une belle demeure où ils pourront poser leurs soucis et faire prospérer leurs racines. 

Depardieu et Jagger vous montrent le chemin

« Notre mythologie à nous, c’était le château. Le château jouait un rôle énorme dans notre vie de chaque jour. On aurait pu dire, peut-être, qu’il était l’incarnation du nom. Le même sacré les baignait. C’était le nom pétrifié » écrivait Jean d’Ormesson dans Au plaisir de dieu. Sans une particule, un héritage, un oncle d’Amérique, une grille de loto, chacun a droit de s’inventer une lignée. Cette crise nous prouve que la santé et le logement sont des valeurs d’avenir. Si nous n’avons pas brillé dans la gestion des masques, nos châteaux résistent, ils sont une part de notre identité qu’elle soit fantasmée ou non, ils sont notre « graal » et notre fierté nationale. Nous avons hâte de les revoir. Depardieu s’est réfugié dans le sien en Anjou et Mick Jagger en Touraine, c’est bien le signe que notre Histoire n’est pas morte.

Au plaisir de Dieu

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Fermeture de 14 réacteurs: un gâchis financier, humain et climatique

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Elisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique et solidaire, est en charge de l'énergie au gouvernement © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00949994_000020

Un décret du gouvernement du 23 avril, passé inaperçu dans cette période d’épidémie, grave dans le marbre la fermeture de 14 réacteurs nucléaires pour les 15 années à venir


Ces 14 réacteurs représentent le quart du parc nucléaire français. Les centrales nucléaires, décriées par les écologistes, ont pourtant rendu un sacré service au climat en économisant depuis quarante ans de gigantesques quantités d’émission de CO2. Elles rendent aussi un service important à l’emploi et à l’économie française puisque la filière nucléaire emploie 250 000 personnes. Le gâchis financier qui résulterait de leur mise à la casse est lui aussi énorme, la construction des centrales françaises ayant coûté 96 milliards d’euros selon la Cour des Comptes.

Mettre à la casse de telles unités de production d’électricité, avant leur fin programmée, est un gâchis : gâchis d’argent par dizaines de milliards d’euros, gâchis d’emplois bien rémunérés, gâchis dans la lutte contre le réchauffement climatique.

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Nous n’avons pourtant aucun chemin pour produire de l’électricité en émettant moins de CO2. En effet, stocker les énergies éoliennes et solaires, intermittentes par nature, avec des batteries est irréaliste. L’académie des Sciences a publié en 2017 une étude rappelant que pour stocker deux jours de besoins électriques d’hiver pour la France, il faut 15 millions de tonnes de batterie contenant 300 000 tonnes de lithium soit sept fois la production mondiale actuelle de lithium. La façon la plus propre pour remplacer l’électricité des 14 réacteurs est donc de produire de l’électricité avec des énergies renouvelables éoliennes et solaires complétées par des centrales au gaz lorsqu’il n’y a pas assez de vent ou de soleil, la nuit par exemple. Dans le meilleur des cas, à cause des périodes sans vent ou sans luminosité, les éoliennes et les panneaux solaires produiraient 35% de la production d’électricité avec peu d’émission de CO2 et des centrales au gaz complémentaires 65% avec beaucoup d’émission de CO2[tooltips content= »En France, une éolienne produit à plein régime l’équivalent de 2000 heures par an, un panneau photovoltaïque produit à plein régime l’équivalent 1100 heures par an. En additionnant les deux, ce qui est simpliste mais donne le résultat le plus favorable pour les énergies renouvelables, nous arrivons à 3100 heures par an soit 35% du temps. Le calcul réel est complexe, tient compte de la courbe réelle de consommation nationale d’électricité et de production prévisible heure par heure des énergies renouvelables, de la présence de vents et de soleil au niveau local quand il ne l’est pas au niveau national mais les ordres de grandeur sont acceptables. »](1)[/tooltips]. Le calcul, simple, montre que ces 14 réacteurs émettent 30 fois moins de CO2 que le couple énergies renouvelables et gaz[tooltips content= »La production des 14 réacteurs est de 95 milliards de kilowatts-heure d’électricité par an. Chaque réacteur émet 12 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit. Ces 14 réacteurs émettent donc chaque année 4,56 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 95*109*12/1012=1,14).
Une centrale au gaz émet 490 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit quand le couple éolienne et solaire émet en moyenne 30 grammes de CO2 par kilowatt-heure produit. Le couple énergie renouvelable centrale au gaz émettra donc chaque année 31,25 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 65%*(380*109*490/1012)+35%*(380*109*30/1012)=31,25). Pour remplacer l’ensemble du parc nucléaire français, le même calcul aboutit à un surplus de 125 millions de tonnes de CO2 émis. »](2)[/tooltips]
nécessaire pour les remplacer. 

Si on réalise le programme d’Europe Ecologie les Verts, le remplacement de toutes les centrales nucléaires par des énergies renouvelables et des centrales au gaz, les émissions de CO2 de la France augmenteraient de 121 millions de tonnes de CO2. Ces calculs montrent toute l’absurdité d’un tel projet : chaque année, la France rejetterait 40% de CO2 en plus dans l’atmosphère qu’elle n’en rejette aujourd’hui !

Le nucléaire a économisé l’équivalent de 22 ans de rejets de CO2 d’un pays comme la France

Le nucléaire a beau être brocardé par les « Verts », il émet nettement moins de CO2 que l’électricité renouvelable intermittente, obligatoirement complétée par des centrales fossiles. Ce n’est pas pour rien que le champion des énergies renouvelables, l’Allemagne, a ouvert nombre de centrales au gaz (et même au charbon) ces dernières années. Ce pays démarrera d’ailleurs en 2020 une énième centrale… au charbon !

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De 1977 à aujourd’hui, les centrales nucléaires françaises ont économisé 22 ans de rejets de CO2 d’un pays comme la France d’aujourd’hui ou 9 ans de rejets de CO2 d’un pays comme l’Allemagne[tooltips content= »La production nucléaire de la France depuis 1977 est de 14 000 milliards de kilowatts heure. En les remplaçant par des centrales au gaz, puisque les énergies renouvelables n’existent que récemment, l’économie est environ de 6700 millions de tonnes de CO2 (Calcul : 14000*109*(490-12)/ 1012=6692). La France a émis environ 300 millions de tonnes de CO2 en 2019 (source Banque Mondiale). L’Allemagne a émis environ 700 millions de tonnes de CO2 en 2019 (source Banque Mondiale). »](3)[/tooltips] !  

Le nucléaire permet à la France d’être le grand pays industrialisé le plus économe en CO2 : le Français moyen émet selon la Banque Mondiale 4,6 tonnes de CO2 par an quand le terrien moyen en émet 5 tonnes par an, l’Allemand 8,9 tonnes par an.

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Produire massivement de l’hydrogène, l’essence de demain

Le nucléaire est donc nécessaire à une production d’électricité avec le minimum d’émission de CO2. Faut-il en déduire que les éoliennes et les panneaux solaires ne peuvent servir à rien ?  Assurément non.

Un pays comme la France, ayant une électricité rejetant très peu de CO2, peut installer des éoliennes et des panneaux solaires en nombre. L’électricité produite sera utilisée pour produire sans émission de CO2 de l’hydrogène dans des électrolyseurs. Cerise sur le gâteau pour la France, les centrales nucléaires ne produisent pas toujours à plein régime. Il est possible et très rentable de se servir de cette production d’électricité supplémentaire à coût quasi nul pour produire encore plus d’hydrogène propre.

Cet hydrogène propre est produit à un coût acceptable et coûte moins cher que l’essence si on ne lui met pas sur le dos les taxes excessives sur le carburant. L’hydrogène est bien l’essence de demain.

Il existe déjà des trains à hydrogène Alstom permettant de remplacer les trains au Diesel. Bizarrement, ce train roule en Allemagne. La SNCF va cependant commander 17 trains Alstom à hydrogène. En utilisant cette technologie, nous pourrons remplacer les bus diesel par des bus à hydrogène en ville, allégeant du coût l’émission de particules fines. Les infrastructures hydrogène se développant, nous pourrons, dans une dizaine d’années, passer aux camions à hydrogène, aux voitures à hydrogène (trois voitures de série existent déjà et Paris compte 100 taxis à hydrogène et bientôt 600). Dans un jour lointain, l’avion à hydrogène et le bateau à hydrogène sont un développement tout à fait réaliste.

A lire ensuite: Les restaurateurs rêvaient de rouvrir le 11 mai aussi

Le système de transport peut donc à terme se passer d’énergie fossile. 

Voilà pourquoi, la fermeture de Fessenheim et la fermeture programmée de nombre de centrales nucléaires françaises est une erreur fatale dans la transition énergétique : c’est un gâchis terrible dans la lutte contre le réchauffement climatique, un gâchis financier et un gâchis humain. Une très mauvaise décision de nos gouvernements qui n’ont malheureusement pas de stratégie réaliste et pragmatique pour que la France se passe à terme des énergies fossiles. 

Le sujet de la transition énergétique et tous les autres sujets de la transition écologique sont développés dans un livre à paraître en mai : Comment réaliser la transition écologique, un défi passionnant.[tooltips content= »Edition Jean-Cyrille Godefroy « ](4)[/tooltips]

Source: Blog de Philippe Murer

Les conséquences économiques de la pandémie: qui va payer?

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Guillaume Bigot © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22382970_000028

Pour sauver l’économie, partout dans le monde, les États vont devoir « euthanasier les rentiers » (l’expression est de Keynes). Si l’euro y fait obstacle, la monnaie commune va sauter.


Pour bien mesurer les enjeux économiques soulevés par le confinement, il faut distinguer les effets sur le passé et sur l’avenir de cette quasi mise à l’arrêt du pays et de l’essentiel de la production mondiale. 

Le gel complet des trois quarts de l’activité exerce deux types d’effets. Prenons l’exemple de la France.

Le premier effet, c’est d’empêcher une part importante de la richesse d’être produite (si le confinement dure trois mois, en fin d’année, près d’un quart de PIB va manquer). Le deuxième effet découle des mesures prises par l’État pour  éviter que les entreprises coulent ou que les ménages privés d’emploi plongent dans  la misère.  Qu’il s’agisse de garantir des emprunts, de ne pas encaisser des taxes ou encore de verser les salaires du privé (le chômage partiel), de facto la majeure partie de l’économie a été de facto nationalisée.

Il est essentiel de comprendre que la majeure partie de cette richesse non produite sera définitivement perdue. Prenons l’exemple des cafés, une fois ré-ouverts, ils seront incapables de reconstituer le chiffre d’affaires perdu. Les Français ne vont pas boire trois tasses de café au lieu d’une, trois mois durant pour compenser l’effet confinement !

Au lendemain d’une guerre, on doit reconstruire, ce qui stimule le PIB. Ici, il faut sortit de l’engourdissement. La reprise sera fastidieuse voire douloureuse. Elle le sera d’autant que le déconfinement ne sera pas synchrone et qu’une partie importante de la production (effet de la globalisation) et de la consommation (le tourisme et les exportations) vient de l’étranger. Si l’épidémie dure, les surcoûts engendrés par la production du matériel de protection, par le respect des distances sociales (qui suppose plus de M2 pour produire ou une production perlée) va rendre le déconfinement plus lent et plus difficile. Enfin, le Covid a déjà fait des victimes économiques et ce n’est pas terminé : faillites, mise au chômage ; etc.

Une partie importante va se jouer dans la manière dont le gouvernement va considérer les dépenses publiques surtout dans notre pays qui, avant la pandémie, s’était déjà enfoncé dans la spirale de l’endettement : en étant obligé d’emprunter. Or, la BCE interdit aux banques centrales de financer directement les États, contrairement à ce que fait la Banque d’Angleterre, par exemple.

Au lendemain du déconfinement, l’attitude de l’État peut être de deux types : soit il considère que de futurs impôts doivent financer les dépenses publiques, soit il décide que celles-ci ne sont pas des avances mais des dons.

Dans le premier cas, le gouvernement brise les genoux du redressement avant même qu’il ait lieu. Dans le second cas, il favorise la production et la consommation. Ces deux solutions ne feront pas du tout les mêmes perdants et les mêmes gagnants. 

Si les dépenses publiques ne sont pas remboursées, si les dettes sont effacées, à la manière de ce que recommande l’ancien testament avec la tradition du Jubilé qui prescrit, une fois tous les 49 ans, de passer en pertes toutes les créances, on appauvrit les épargnants. L’effacement des dettes découle généralement de l’inflation déclenchée par la création monétaire (il y a davantage de monnaie que de production) laquelle déprécie la richesse existante. On parle de « monétiser la dette » ou de « seigneuriage monétaire ». Garant de l’ordre social, l’État considère que l’on ne peut se permettre de ruiner la société dans son ensemble pour préserver les intérêts de ceux qui détiennent des créances (en fait, les riches et les vieux). En effaçant les dettes, le pouvoir politique rappelle aux institutions financières qui est le patron. À raison. La folie de la globalisation, son caractère cancéreux résidait dans le fait de soumettre le pouvoir politique au bon vouloir des puissances économiques. 

Or, il ne peut y avoir de banques, de compagnies d’assurances, de fonds de pension, d’actionnaires, de riches ou de petits épargnants, pas même d’activité économique pérenne si l’État est ruiné. 

Si la puissance publique, garante de l’intérêt général, fait endosser aux producteurs (salariés, entreprises) le remboursement des dettes par des taxes, il sacrifie la richesse future. Rembourser les dépenses publiques et la dette, c’est sacrifier le futur sur l’autel du passé. Le « jubilé », c’est « l’euthanasie de rentiers » (l’expression est de Keynes) au nom de l’avenir. L’électorat et la politique de Macron sont ceux de la défense des bas de laine. L’apôtre de la start-up nation risque d’être contraint de préférer les salariés aux actionnaires, l’intérêt général aux marchés et la France à l’Europe et à la globalisation.

Une part importante des détenteurs d’obligations sont en effet étrangers (à 70%). De plus, non seulement les 27 ne veulent pas mutualiser les dettes mais les traités européens et notamment l’architecture de l’euro nous obligent à emprunter pour financer nos dépenses. Il y a donc un hiatus. Mourir Européen ou revivre Français ?

On comprend pourquoi Macron est aussi mal à l’aise. Il va devoir se démettre ou se soumettre à l’intérêt du plus grand nombre et sacrifier les 30% de privilégiés qui l’ont élu.

COP 86: reportage dans un futur insoutenable

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Photo truquée © Brais G. Rouco / SOPA Ima/SIPA Numéro de reportage: 00936364_000009

À quoi ressemblera notre monde dans 60 ans? Permettez-nous un grand bond dans le futur…


3 septembre 2080. De notre envoyé·e spécial·e en direct de la COP 86 à Stockholm.

Les Covid 19, 20, 21 et 22 ne sont plus que de mauvais et douloureux souvenirs. Les températures élevées et soutenues des dernières décennies semblent avoir eu raison de ce fléau. Cet été a été parmi un des plus chauds de ces cinquante dernières années. En France, le record du mois de juin 2019 (46°C à Vérargues dans l’Héraut) a été battu à Poiseux (Nièvre) qui a vu les thermomètres grimper à 47,8°C. La température moyenne annuelle atteint 25 degrés. Le dernier rapport du GIEC tire le signal d’alarme. L’ONU pousse un cri. Les trois derniers pays qui forment l’UE pleurent. À Vienne, deuxième capitale du Califat Ottoman, Erdogan III est inquiet. Mais que faisons-nous en réalité ?

Heureusement, l’activiste suédoise Greta Thunberg, âgée aujourd’hui de 77 ans, continue sa grève de la faim ponctuelle, tous les dimanches, assise dans la cour de la maison de retraite dans laquelle elle réside. « Je retournerai manger dans ma chambre quand vous aurez rangé la vôtre », dit-elle aux grand.e.s de ce monde. « Vous m’avez volé ma jeunesse, puis mon adolescence, puis ma vie d’adulte, vous me volez maintenant ma seniorité. Il est temps que cela cesse », a-t-elle encore déclaré, dentier serré et tresses violettes, à la tribune de la dernière COP 86. « Je veux que vous ayez peur », a-t-elle ajouté en brandissant sa canne en bambou recyclable.

A lire aussi: Greta, intersectionnels, indigénistes : ils vomissent l’Occident

Il est évident que le sursaut d’une de nos plus éminentes représentantes des générations anciennes portera ses fruits. L’on voit d’ores et déjà nombre de retraité.e.s faire grève tous les dimanches dans la cour des MA·e·s (Maisons des Ancien·nes). Quand nous lui posons la question « Pourquoi une grève de la faim le dimanche ? », Greta nous montre avec une moue de dégoût et du bout de la manche de son tricot en fibre de carotte le plateau-repas qui fait office de déjeuner chaque dimanche dans sa Maison des Ancien·ne·s – c’est le seul repas de la semaine qui contient de la viande.

Il y a soixante ans, la maman de Greta avait confié aux journaux suédois : « Ma fille est capable de voir ce que les autres ne voient pas. Elle peut percevoir le CO2 à l’œil nu. Elle l’observe s’échapper des cheminées et se transformer en dépotoir dans l’atmosphère » (propos repris dans le journal crypto-climatosceptique Valeurs actuelles du 16 janvier 2020). Aujourd’hui, Greta ayant quasiment perdu la vue à cause d’une rétinopathie veganique (altération des vaisseaux rétiniens consécutive à un déficit protéique dû à une alimentation exclusivement légumineuse – pathologie mise en évidence par la Professeure Jenniphair Larzaouï-Bourrin en 2067), elle nous dit avoir développé son odorat jusqu’à pouvoir « renifler » à des kilomètres à la ronde les nuages toxiques, les odeurs de mort du CO2, et même les remugles d’un barbecue à plusieurs dizaines de kilomètres. « Les gens n’ont pas compris que c’était la fin, ils continuent comme si de rien n’était, c’est pourquoi mon engagement est si radical depuis… depuis… depuis… (elle se tourne vers Sof, son infirmière transgenre), depuis combien de temps déjà ? » – « Soixante ans. » – « Vous vous rendez compte, ça fait soixante ans que je dis, preuves en main, que nous serons morts dans vingt ans, et personne ne me prend au sérieux, personne n’écoute. »

Hier, devant le président racisé et les membres de la COP 86, Greta a redit ses angoisses en s’appuyant sur les toutes dernières données scientifiques du GIEC : « Si nous ne faisons rien MAINTENANT, nous serons tous.tes mort.e.s dans un ou deux ans. Cessez IMMÉDIATEMENT de manger de la viande, de vous chauffer et d’habiter de confortables maisons, habillez-vous léger (elle montre sa simple et transparente tunique en fil de noix de coco), respirez une fois sur deux (elle montre comment on fait), et, et, et…(deux vigiles non-binaires se précipitent pour la soutenir), comprenez bien que JE VEUX que vous ayez la trouille (sa voix s’étrangle), VOUS avez détruit ma vie, JE vous maudis, et j’annonce solennellement à cette tribune (elle se retient de respirer) qu’après ma mort je veux (elle se retient de respirer) que ma dépouille soit compostée, que la nature retourne à la nature, que MA volonté soit faite, ICI comme PARTOUT, et même AILLEURS ! »

L’émotion a été à son comble lorsque les ambulancières asexuelles de la Maison des Ancien·ne·s sont venues chercher Greta, épuisée, visiblement affaiblie par son déplacement en vélo avec robot-chien d’aveugle – Greta milite aussi pour l’arrêt de l’exploitation animale sous TOUTES ses formes.

Nous tenons à rassurer nos lecteurs·trices, les dernières nouvelles sont tout à fait rassurantes : Greta va bien. Elle se repose. Elle est prête, dit-elle, « à continuer le combat soixante ans encore s’il le faut. »

L'écologisme, nouveau totalitarisme ?

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Mes journées inutiles

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Montage Causeur

Quand le confinement berrichon se transforme en foire à la brocante


J’envie mes confrères encartés, éditorialistes du troisième âge, qui profitent de ces journées immobiles pour penser le monde d’après. Ils pourraient tapoter nonchalamment sur leur clavier, à la feignante, ouvrir la fenêtre, profiter du beau temps, rêvasser à cette caissière du Franprix aux seins lourds ou à une côte de bœuf persillée à souhait, mangée un été, sous la tonnelle, et prendre cette pause sanitaire pour des vacances forcées. Ils ont bien mérité de partir à la retraite, ils nous doivent au moins ça. Ont-ils envisagé d’accepter l’inacceptable et de se taire tout simplement ? En attendant la deuxième vague, ils ne renoncent pas au trop-plein, ils sont ivres de mots, de théories, d’injonctions, d’actions à distance. Ils sont incorrigibles dans leur vaine productivité. Même si toutes leurs prédictions politiques, économiques, culturelles et sociétales ont échoué, toutes leurs gesticulations n’ayant apporté que désordre et chaos, ils continuent à s’exprimer sur le devenir du pays, péremptoires souvent, gaulliens parfois, chiffres à l’appui toujours, et agissant pour notre bien commun, la main sur le cœur. Le doute ne les atteindra donc jamais comme s’ils étaient programmés pour nous désoler chaque jour, chaque année, chaque décennie de plus. On peut tout leur reprocher sauf leur régularité dans l’erreur et ce don inné pour nous fourrer dans des situations impossibles. 

Toujours quelque chose à dire

Nous sommes trop respectueux des personnes âgées, nous les avons laissées divaguer sur les antennes sans leur couper le sifflet. Naïvement, je croyais qu’après un tel désastre, le silence aurait été une solution de repli, décente et profitable à tous ces commentateurs satisfaits. Qui pourrait nier la faillite de notre modèle après ce virus ? Mais non, ils ont encore des choses à nous dire. Nous préférerions qu’ils végètent devant leur télé et chassent les mauvaises herbes dans leur jardin. Ils imaginent déjà, une société plus respectueuse de la nature, aux rapports de classe moins brutaux, certains vont même jusqu’à exiger que notre démocratie se réinvente. Avec leur concours, évidemment ! 

A lire aussi, du même auteur: Au théâtre ce soir avec Pascal Praud!

Pour tout vous avouer, ils me mettent mal à l’aise. Où puisent-ils cette force dans leurs certitudes ? Ces vieux ambitieux résistent à tout, aux changements de majorité, d’actionnaires, à l’honneur surtout. Ils sont dans le poste depuis sa création et je comprends aujourd’hui pourquoi j’ai échoué dans toutes mes tentatives d’élévation sociale. Ils avaient pour eux une énergie folle, une volonté de gladiateur, une assurance qui donne le vertige, le talent de faire reluire leur propre personne, ne le nions pas, c’est une qualité de nos jours, soyons bons princes. Ces « Conan-le-barbare » de l’info ressemblent beaucoup à Arnold, ce jeune culturiste autrichien à l’accent tranchant qui tînt Hollywood dans ses bras musclés à force d’opiniâtreté. Et moi, qu’est-ce que je fais pendant qu’ils réfléchissent à notre sort, à notre futur « vivre ensemble » ? 

Je m’abandonne à mon incurable dilettantisme

Ce matin, j’ai passé une heure sur le site de l’entreprise 3M et ai été émerveillé par la variété des masques, j’ai presque eu envie d’en faire une collection, quels beaux objets ! 

Le chanteur Christophe qui amassait de la quincaille et des synthés me comprendrait sûrement. Puis, j’ai été captivé par un article de Rustica qui m’apprenait que les loups sont entrés dans le Morvan. Un chauffeur de taxi en a photographié un de nuit, sur la route. 

Je ne suis pas fier de moi, ma seule création depuis deux mois de confinement à la campagne est l’invention d’une nouvelle stratégie de cuisson des chipolatas sur le barbecue. J’ai réussi à parfaire une technique qui saisit la chair sans la brusquer, évitant ainsi le goût désagréable du carbonisé. Pourrais-je breveter ma méthode ? 

Des amis écrivains m’ont conseillé de relire, en cette période « charnière », des textes substantiels qui nourrissent l’esprit, pour voir plus loin, pour dépasser mes réflexes, pour m’armer face aux nouvelles catastrophes. Je suis resté sourd à leurs appels. J’ai honte, je n’ai pas réouvert Proust, ni Maistre, ni même Bloy, je me suis laissé emporter par ma vague érotico-seventies-pathétique. Ma dernière lecture en date s’intitule Les Filles de Madame Claude (Un empire qui ne tient qu’à un fil) de Elisabeth Antébi et Anne Florentin paru chez France Loisirs en 1980. Ce n’est pas glorieux, je le confesse. Le Canard enchainé avait pourtant salué cet ouvrage : « Un livre rose où l’on décrit par le menu, avec doigté, le célèbre harem où se sont succédé pendant quinze ans plus de cinq cents jeunes filles ». Je suis irrécupérable. Je ne prends au sérieux que les ébats, les débats m’ennuient.

Pendant que mes camarades refont le monde, j’ai démonté mon antique « Télécran », cette tablette magique de mon enfance. C’était bien avant les cristaux liquides, j’ai passé ma journée à m’informer sur ce jouet disparu grâce au livre Jouets cultes de Pascal Pinteau (nouveau monde éditions) et j’ai fait la rencontre de son improbable inventeur, André Cassagnes, un électricien de Vitry-sur-Seine au milieu des années 1950. « Pour effacer, il suffit de retourner l’appareil à plat et de lui donner des mouvements de va-et-vient comme pour tamiser le sable » indiquait la notice. J’aimerais tant effacer ces deux derniers mois.

Jouets cultes

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Prostituées: difficile de respecter les gestes barrières dans la profession

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Le militant Thierry Schaffauser (photographié ici en 2005) a dénoncé le misérabilisme d'un article de l'Obs sur la prostitution Photo: AFP PHOTO PIERRE ANDRIEU

Alors que le confinement complique la vie des prostituées, les abolitionnistes sont de sortie pour continuer à combattre cette profession pas comme les autres.


Le confinement a bouleversé la vie de chacun d’entre nous et pour la plupart l’a rendue plus difficile. Le quotidien des travailleuses du sexe (j’ai choisi d’employer le féminin d’abord parce que je me refuse à écrire quoi que ce soit en écriture inclusive, ensuite parce que même si le masculin l’emporte dans notre langue, ce sont en majorité des femmes qui l’exercent) est devenu insoutenable. Croyez-vous que cela intéresse nos inénarrables féministes ? Que nenni. 

Le collectif NousToutes de Caroline de Haas est occupé à faire fonctionner son business de prévention contre la violence faite aux femmes, sujet bien trop grave à mon sens pour qu’il soit confié à ces professionnelles en victimologie, tandis que toutes nous expliquent qu’il ne faut plus se laver si s’habiller ni s’épiler pour ne pas céder aux injonctions patriarcales. Nous nageons en plein délire. 

C’est donc à votre servante que revient la lourde tâche d’analyser ce sujet si complexe aujourd’hui.

Le podcast Au Front donne la parole depuis le début du confinement à des personnes en “première ligne” face au virus, que ce soit le personnel soignant, les caissières, ou les travailleuses du sexe. Celui du 12 avril est consacré à Marie, travailleuse du sexe en confinement qui se définit comme pute. Marie s’estime privilégiée car elle perçoit une allocation handicapé en plus de ses revenus, mais elle s’en prend très durement à la loi du 13 avril 2016 qui pénalise les clients et a rendu le travail du sexe encore plus précaire. 

« Beaucoup de mes collègues en ce moment crèvent la dalle car elles n’ont droit à aucune aide et sont considérées par le gouvernement comme des personnes inexistantes ». Les syndicats du travail du sexe comme le Strass (syndicat du travail sexuel) ont mis en place des cagnottes pour venir en aide aux plus précaires, mais les sommes récoltées ne sont pas suffisantes, elles ne servent qu’à pallier aux besoins les plus urgents : nourritures et quelquefois payer des chambres d’hôtel car nombre d’entre elles se retrouvent sans hébergement, faute d’argent. Malgré les risques encourus, les voici contraintes de retourner au turbin, et vous imaginez bien qu’il n’est pas facile de respecter les gestes barrières lors d’un rapport sexuel. Le Strass a mis en ligne une sorte de guide pour limiter les risques. Ils recommandent bien sûr de travailler en ligne via webcam, mais comme le souligne Marie dans le podcast, c’est un métier à part entière et toutes ne sont pas équipées. Si vraiment il n’y a d’autres solutions, le collectif conseille d’éviter les positions en face en face et bien sûr les baisers. Ne vous gaussez pas car comme le chante Baudelaire dans un magnifique poème  : « Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d’ordures au visage fardé de cette pauvre impure que déesse famine a par un soir d’hiver contrainte à relever ses jupons en plein air. » 

Une prostituée enterrée au Bois de Boulogne?

Cette période chaotique est propice à tous les dérapages, nous le voyons dans nombre de domaines. L’Obs a publié le 16 avril un article qui depuis a été supprimé car il s’agirait vraisemblablement d’une énorme fake news. Cet article relaie l’histoire d’une jeune prostituée, Nouchka, qui serait morte dans le Bois de Boulogne des suites du Covid-19 et enterrée comme un  chien. Une histoire à la Zola 2020 servie par un champ lexical ronflant que l’on n’emploie plus trop pour évoquer l’univers des travailleuses du sexe : « maquereau”, « meute »… Cette fake news aurait été montée de toute pièce par Kathya de Brinon qui sévit sur Facebook et se veutla rédemptrice des femmes victimes de violence et des putains. Mais l’enfer est pavé de bonne intentions. 

A lire aussi: Belleville, le vieil homme et la marcheuse chinoise

Thierry Schaffauser, le responsable du Strass a superbement « débunké » la fable dans une lettre ouverte à l’Obs leur demandant de publier un correctif. Schaffauser, travailleur du sexe depuis 20 ans et responsable du Strass depuis 2009, a su débusquer toutes les invraisemblances. Il y existe d’abord une grande solidarité au sein de la communauté des travailleuses du sexe et jamais leurs membres n’auraient laissé faire un acte aussi sordide. Enterrer un cadavre dans un trou et le recouvrir de feuilles, voilà la fausse image que se font les abolitionnistes des prostituées : de pauvres âmes en déshérence qui ne peuvent survivre sans l’aide des bonnes âme de leur espèce ! Dans l’article, Nouchka était présentée comme une prostituée russe complétement perdue et inculte. Dans la réalité, les filles de l’Est travaillent en grande majorité sur internet et  sont au contraire parfaitement articulées intellectuellement. Enfin aucune association de travailleuses du sexe n’avaient entendu parler de ce fait divers sordide. Il y avait donc toutes les chances qu’il n’ait jamais existé et heureusement. Quant à Katia de Brinon, elle a fini par se rétracter et s’est dite victime d’un canular, faisant ricaner ses détracteurs. 

Les vérités derrière la fake news

Mais de quoi cet épisode est-il le nom ? L’Obs est un media abolitionniste (comme pratiquement tous les media à l’exception de Causeur, assumons ici notre parti pris), et les abolitionnistes se sont jetés sur ce fait divers comme la misère sur le monde car il correspond à l’idée qu’ils se font de la prostitution, un univers glauque, où évoluent des figures à la Fantine. Souvenez-vous, tragiquement, dans le roman de Victor Hugo, Fantine meurt chez les bonnes sœurs sous l’œil sévère de la Mère Supérieure. Les abolitionnistes d’aujourd’hui sont des curés de gauche. 

Revenons à présent à la fameuse loi du 13 avril 2016, contre laquelle les travailleuses du sexe ont organisé des manifestations virtuelles ce mois-ci, une sorte de non-commémoration pour dénoncer encore et toujours cette loi inique. Je me suis longuement entretenue avec Thierry Schaffauser, et il a été très clair et argumenté au sujet des dégâts déjà commis par le camp du Bien du sexe. Cette loi a plongé les prostituées dans une précarité encore plus grande, car le client étant pénalisé, il se fait plus rare. Elles sont donc obligées de revoir leurs tarifs à la baisse pour la grande majorité d’entre elles et d’accepter des pratiques à risques, telles que les rapports sexuels sans préservatifs. Selon lui, on observe une augmentation du VIH et des maladies vénériennes chez les travailleuses du sexe. Toutes les filles sont touchées, de l’escort qui officie sur internet et à domicile à la prostituée immigrée, doublement pénalisée si elle n’est pas régularisée. Marlène Schiappa, peu regardante des faits et qui n’aime rien tant que de tordre le réel pour le faire correspondre à son idéologie féministo-victimaire (les femmes étant pour elle des victimes ontologiques, la pute est une victime au carré !)  prétend que 95% des travailleuses du sexe seraient « maquées ». Voilà qui fait bondir Thierry Schaffauser. Le proxénétisme est un phénomène plus complexe que l’on ne pense : un propriétaire qui loue de manière tout à fait régulière son appartement à une prostituée peut être considéré comme proxénète par exemple. Schaffauser évalue le pourcentage de travailleuses du sexe sous le joug de proxénètes entre 10 et 20%. Quant aux prostituées migrantes, elles sont souvent davantage victimes de la traite, car elles se prostituent le plus souvent pour rembourser leurs passeurs. La frontière est mince me direz-vous. 

A lire aussi: Mais où sont donc passées les violences conjugales liées au confinement?

Si les prostituées ne sont pas toutes à l’image de Grisélidis Réal, symbole de la pute libre et artiste, la plupart sont des femmes qui désirent vivre librement de leur commerce, certes sulfureux. C’est ce que les syndicats réclament à cors et à cris : être considérés comme des travailleurs normaux, se déclarer en tant que tels et même payer des impôts.  

Curés de gauche

Nous sommes pour l’instant loin du compte. Les moralistes veillent au grain. 

Dans son excellent ouvrage La fin du tapin, sociologie de la croisade pour l’abolition, Lilian Mathieu retrace l’histoire de la prostitution depuis le Moyen Âge. Il y révèle le rôle de l’église, qui jusqu’au XIXe réglementait le commerce des corps et voulait sauver les âmes. Nous y revoilà avec nos curés de gauche ! À la loi du 13 avril 2016 figure en effet un projet de « Sortie de la prostitution ». Sans effet pour l’instant et très vague, il proposait de rémunérer les candidates à la sortie un peu plus de trois cents euros. Indigne charité. L’ouvrage souligne également  l’alliance des féministes et des catholiques dans les années 1960 en vue d’œuvrer pour la suppression de la prostitution. Les abolitionnistes sont évidemment plein de bonnes intentions. Pour l’instant, ils ne proposent en fait qu’une forme d’enfer aux âmes qu’ils désirent sauver. 

Je me fais fort de ne jamais me positionner en moraliste. Je ne sais pas si la prostitution est bien ou mal, je ne sais même pas si c’est un métier comme un autre, car il faut à mon sens (et d’aucuns vont pousser des cris d’orfraie) pas mal de courage pour l’exercer. 

Mais ce plus vieux métier du monde me semble indispensable au bon fonctionnement de toute société, car comme le chante Sardou, ce représentant de l’ancien monde : « Comme les filles de son espèce elle prend ses quartiers de noblesse au fond des âges (..) les malheureux  au cœur blessé tous les amoureux délaissés, ceux qui débutent, vont trouver l’amour chez les putes »

Attentat de Romans-sur-Isère: le bâtonnier du barreau de la Drôme démissionne

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Le 4 avril dernier, Abdallah Ahmed Osman, un migrant soudanais, a tué 2 personnes et blessé 5 autres à Romans sur Isère, leur demandant s'ils étaient ou non de confession musulmane © JEFF PACHOUD / AFP

Rendre public des échanges privés pour exalter la fraternité avec un terroriste, voilà les drôles de principes de certains avocats qui se sont opposés à lui !


 

« Cet homme-là, Abdallah Ahmed Osman est l’un des nôtres. Il nous ressemble. Nous sommes faits de la même chair, des mêmes os et le même sang que le vôtre coule dans ses veines. C’est notre frère ». Voilà ce qu’ont écrit neuf avocats dans Dalloz actualité, une revue juridique. L’homme dont il est ici question, ce “frère” donc, n’est autre que le réfugié soudanais qui a tué deux personnes et blessé 5 autres à Romans-sur-Isère, alors que nous étions en plein confinement. 

Celui-ci ne supportait pas de vivre dans un pays de kouffars, il est donc passé à l’acte suivant le mode opératoire recommandé par l’État islamique. Un mode opératoire que nous commençons tous a bien connaître : le meurtre au couteau. Pandémie oblige, la presse en a peu parlé.

Tout ce que vous écrivez sur Facebook pourra être retenu contre vous

Alors pourquoi une telle déclaration d’amour, une telle identification à un profil aussi violent qu’haineux et perturbé ?

« J’ai certainement employé des mots durs à son égard, mais le terroriste présumé ne sera jamais mon frère, jamais! » Thierry Chauvin, le magistrat démissionnaire

Parce qu’il semble que tout soit bon parfois quand il s’agit de régler des comptes d’où les questions de pouvoir ne sont pas absentes, et que l’on choisit pour cela de s’appuyer sur l’émotion plutôt que sur la raison. En ligne de mire de la tribune: le bâtonnier du barreau de la Drôme, Thierry Chauvin. L’affaire a commencé suite à une polémique autour de propos échangés dans un cadre privé (un groupe Facebook fermé) par les avocats du barreau local. 

Un avocat avait écrit, suite au drame de Romans « A tous les connards qui veulent défendre les sous-merdes du type de celui qui a tué deux personnes à Romans », le tout suivi d’un émoji « doigt d’honneur ». Le bâtonnier a commenté en écrivant : « Il peut crever où il veut, rien à … et, moi aussi je pèse mes mots », laissant entendre qu’il ne ferait pas d’effort pour désigner un avocat commis d’office. 

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Si l’on peut être surpris par le langage employé, il n’en reste pas moins que rien ne se déroule dans un cadre officiel, mais dans un espace censé être confidentiel, lequel entraîne souvent le relâchement des échanges. Instrumentaliser ainsi cette parole n’est donc pas faire acte de justice, mais se poser en censeur. 

Si on rendait public des échanges entre ministres, collaborateurs de ministres, hauts fonctionnaires dans des cercles non officiels, on pourrait aussi être fort étonné. Or on n’est comptable que des actes que l’on pose. Il y a donc une vraie différence entre la parole publique et la parole privée : elles ne sont pas du même ordre. Imaginez que vous traitiez votre compagne ou compagnon de tous les noms, suite à une dispute, et que vous vous confiez à un groupe d’amis ; celui-ci vous laisserait probablement pérorer et pester, puis attendrait que vous ayez retrouvé vos esprits avant d’ouvrir une cagnotte Leetchi pour financer votre divorce, s’ils font preuve de discernement. De la même façon, un bâtonnier qui refuserait de nommer un avocat commis d’office dans le cadre de ses fonctions est sanctionnable. Mais un homme qui se lâche sur le coup de l’émotion dans un groupe privé n’a pas posé d’acte. Un bâtonnier peut donc faire son devoir -en l’occurrence veiller à ce que les droits de la défense soient honorés-, et pour autant n’en penser pas moins. Cette liberté-là est réelle et n’est un problème que si elle amène à faillir à sa fonction. D’ailleurs, observons que le fameux Abdallah Ahmed Osman a bel et bien un avocat, commis d’office par le barreau de Paris. Ses droits ont donc été respectés. 

Indécents avocats

En revanche, les avocats signataires de la tribune, qui se positionnent comme juges d’instruction et procureurs de leurs pairs, ont eux franchi délibérément une barrière morale essentielle : celle qui distingue la parole publique de la parole privée. 

Le deuxième problème est qu’ils se comportent comme des prédicateurs, imposant l’amour et la fraternité, ce qui n’a rien à voir avec la déontologie : le droit à une défense n’est pas une obligation affective, mais une exigence de justice. La « fraternité » n’a rien à voir là-dedans et tout le monde a parfaitement le droit de refuser de se sentir « frère » d’un homme qui tue ceux qui ne se prosternent pas devant le même dieu que lui. Car celui qui est cause de toute cette petite agitation à peine croyable à Valence n’est pas un innocent. L’homme qui suscite tant d’ardeur est un tueur dont l’idéologie et les crimes islamistes sont bien réels. Or, si toute personne a droit à une défense, même lorsque ses actes suscitent horreur et rejet, et ce de Klaus Barbie à Robert Brasillach en passant par Michel Fourniret, nous assigner pour autant à la fraternité avec ce type de personnage du haut de son statut d’avocat est aussi ridicule qu’indécent.

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La tonalité du texte polémique, entre exaltation adolescente et ivresse de soi, est avant tout un formidable exercice d’autopromotion. Comme Marguerite dans Faust, qui rit de se voir si belle dans son miroir, cette tribune a pour but d’amener à ce que l’on s’extasie devant la hauteur de vue de ces professionnels qui porteraient si haut l’exigence de leur métier. Une hauteur de vue telle qu’elle leur donnerait le droit de faire la morale à tous leurs confrères ? et de faire symboliquement la peau du bâtonnier du barreau de la Drôme ? Cela a formidablement bien marché. L’homme vient de donner sa démission. Il s’en explique dans la presse régionale: « Comment pourrais-je continuer à exercer ma fonction auprès de confrères qui, d’un côté, s’érigent en grands moralisateurs et, de l’autre, insultent la mémoire des victimes (…) ? Notre profession se discrédite. Je ne pouvais plus en être l’un de ses représentants ». Pendant ce temps, les avocats qui ont signé cette tribune d’anthologie se considèrent peut-être comme les dignes héritiers de Zola dans « J’accuse »… 

Que ces avocats permettent donc à nombre d’entre nous de préférer à ce prêchi-prêcha pseudo-humanitaire, dont certains nous rebattent les oreilles depuis le massacre de Charlie, les mots forts écrits par Riss en août 2019 dans l’éditorial de Charlie Hebdo quand nous étions sommés de bien vouloir accueillir les jihadistes français aux mains couvertes de sang et aux intentions toujours aussi violentes : « A ceux qui aujourd’hui se sont engagés dans un combat mortel contre nos libertés, nous ne souhaitons qu’une chose : qu’on les juge sans pitié et qu’ils disparaissent de nos vies à jamais ».